La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

.

I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

.

Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

.

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

.

III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

.

 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

.

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

.

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

9 011 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Merci à DraaK fut là pour ce récapitulatif (du 21.12).

    Chaque année, à de rares exceptions près, je suis un peu déçu quand je vois la liste des parutions à venir.

    Ca ne rate pas pour 2021. Je note que, sauf erreur de ma part, il n’y a pas, du moins pour les six premiers mois à venir, de « nouvel entrant » dans la belle collection. J’avais entendu parler d’Antonio Lobo Antunes, de Gabriel Garcia-Marquez, et d’autres encore… Peut-être au second semestre?

    Alors, pourquoi un nouveau coffret Baudelaire? C’est une nouvelle édition? Ce serait la quatrième… Un coffret des deux volumes est sorti en février 2019.
    Boris Vian a eu droit lui aussi à deux coffrets (en dix ans, c’est vrai). Etait-ce une priorité?

    Moi qui rêvait de Thomas Mann, Hermann Broch, Samuel Beckett ou Paul Léautaud 🙂

    Bonne fin d’année et bonne santé à toutes et à tous!

    • Joyeuses fêtes et bon et heureux déclin de décembre à chacun sur ce fil !

      Je veux faire chorus avec Alinio ; chaque année qui s’achève voit Gallimard égrener pour sa Pléiade les déceptions imminentes, au point que, d’épuisés de grand style en auteurs accédants discutables, voire risibles, et en éditions nouvelles très rarement fameuses, la collection est en bonne voie de ressembler à un champ de ruines littéraires dans le genre des Romans à lire et romans à proscrire du sinistre abbé Bethléem. Pour un peu, il semblerait que les mots de Grégoire VI, repris par ledit calotin en p. IX de son pensum, s’appliquent au propriétaire de cette maison autrefois noble et à son directeur de collection : « parmi les plus cruelles calamités de la culture française » (l’original porte : ‘de la religion catholique’) « en nos temps difficiles, la principale est, sans contredit, la multitude des livres pestilentiels qui, comme les sauterelles sorties du puits de l’abîme, couvrent toute la vigne du Seigneur pour la dévaster ».

      • Bonjour Neo-Birt7,
        Vous devez être le seul à pouvoir faire résonner dans la même phrase les termes « joyeux » puis « déclin ». Je ne me livrerai pas à une psychologie de comptoir…

        Une phrase vous suffit donc pour vous installer sur vos rails. « Déceptions », « discutables », « risibles », « champ de ruines ».

        Nous vous rassurons, nos fêtes sont joyeuses.

        • L’année que nous vécûmes fut telle que le soulagement éprouvé à la voir s’achever est objet de réjouissance. Je pensais m’être exprimé de manière épigrammatique, mea maxima culpa ; je lis trop nos poètes français, vous d’évidence pas assez. Réservez donc votre haruspicine, à sonder mon coeur et mes reins, pour une plus noble cause.

          Sur le fond, ce serait soutenir un effronté paradoxe que de nier que la Pléiade ne fait plus que le plus minime des efforts pour apporter de la qualité, tant au niveau du choix des auteurs entrants que de leur mise en oeuvre éditoriale (l’anthologie des poètes latins et néo-latins, par la piètre, pour ne pas dire : exécrable, qualité de la plupart des traductions, presque systématiquement fautives sur les lieux difficiles ou indéfendables sur les points controversés, nous renvoie cent-quarante ans en arrière à Fallex).

  2. Bonjour,
    l’un d’entre vous, Néo-Birt 7 par exemple, aurait-il la gentillesse de me donner son point de vue sur le choix d’une traduction du Banquet: celle de Léon Robin, Luc Brisson, Paul Vicaire ? Une autre ? Merci par avance

    • Tout dépend des besoins personnels auxquels vous souhaitez que réponde la traduction de ce texte sublime. S’il s’agit d’acquérir une connaissance schématique de l’argumentaire platonicien, notamment le repérage des principales lignes de force idéologiques et culturelles traversant son traitement du thème de l’amour, la version Brisson en GF devrait suffire, avec ses nombreuses notes ponctuelles, précises mais superficielles et sans aucune originalité (Brisson, en tant que bibliographe attitré de Platon dans la série spécialisée Lustrum depuis trois décennies, sait fort bien informer son brouet exégétique, mais il ne faut pas compter sur lui pour pénétrer jusqu’au fond des choses ni trouver du neuf, comme firent Diès, Cornford, Burnyeat ou Frede). Dans le cas d’une approche plus globalisante, intéressée non moins par la plasticité du style platonicien, éblouissante dans ce dialogue où est grande la part du pastiche littéraire, que par les doctrines convoquées devant le tribunal socratique, c’est la version Robin dans la première édition du Banquet aux Belles Lettres qu’il convient de compulser ; sa lourdeur, sa lenteur étendue au rendu de la moindre particule, du plus menu connecteur logique, sa sûreté philologique, y vont de pair avec un flair pour la rhétorique française qui permet de rendre sensible la saveur particulière des discours prononcés par chacun des orateurs avinés mis en scène par Platon. La longue notice paraphrastique, elle, procure une assistance toujours précieuse quasiment un siècle après la sortie de cette édition bilingue (1929). Enfin, pour des versions représentant en quelque sorte un compromis entre la vulgarisation désincarnée de Brisson et le décalque vigoureux de Robin (je déconseille sa seconde traduction, parue dans la Pléiade, quasiment illisible en raison de la composition typographique et d’un style difficile et filandreux au possible), le lecteur soucieux d’un peu approfondir mais sans se tracasser les méninges à suivre un texte français trop travaillé, dispose des pages de gauche de la seconde édition Budé de Vicaire (1989), au rendu d’un académisme bon teint, à la Jacqueline de Romilly, ainsi que la vieille version Chambry aux Classiques Garnier reprise dans les années 70 en Garnier Flammarion (avant qu’ils ne deviennent les GF), oeuvre d’un remarquable helléniste dont les qualités de fluidité, d’aisance impeccable, de naturel jusque dans la technicité, en imposent aujourd’hui encore à de bons platoniciens (Georges Leroux lui rend ainsi hommage en tête de sa propre traduction annotée de la République en GF [2002]). Je ne goûte guère la version, assez baroquisante comme toutes les productions d’après le grec émanant de cet homme de lettres, confectionnée par Mario Meunier (1915, 1947² ; reprint en Presses Pocket, 1999, etc) ; elle a de l’allure et du nerf, mais ne se prive pas de paraphraser et comme elle ne repose sur aucune étude approfondie de l’Antiquité gréco-romaine, à la différence des nombreuses traductions d’un Maurice Rat, n’intéresse, aujourd’hui comme hier, que les amateurs d’emphase. Il y aurait péril à s’en remettre à elle destitué d’autres secours.

  3. Je vais encore me faire traiter de « merveilleux farfelu » (je ne sais comment je devrais le prendre ?… ou le laisser ?… non, tous comptes faits – ou bien « tout contrefait » – mieux vaut le prendre et de la plus aimable façon, feignons de ne pas sentir l’amertume de l’amande et goûtons le sucre dont elle est enrobée), donc, bêlais-je (façon de « revenir à nos – trop fameux – moutons »), fidèle à ma réputation, je m’introduis dans la compagnie comme le chien dans un jeu de quille, pour revenir en batifolant quelque peu, sur le « cas Julien Green » (et m’en séparer aussitôt pour parler d’autre chose).

    Saviez-vous (moi, modestement (?), je l’ignorais il y a une heure encore) que le fauteuil n°22 de l’Académie Française, dont le postérieur du Grand Indigne Autobiographe fut un temps le locataire, est occupé aujourd’hui par celui du délicieux René de Obaldia ?

    Et je renchéris en précisant – autre chose que j’ignorais, décidément ! et que je viens z’également de découvrir – que cet autre « merveilleux farfelu » (auquel je ne songe pas à m’égaler) occupe ce fauteuil depuis la disparition de notre Julien-Pléiadisé, soit une vingtaine d’années, et qu’il est âgé (sans doute devrait-on plutôt parler de « hors d’âge ») de 102 ans (record académique absolu), étant né le 22 octobre 1918, à Hong Kong, au Couvent Saint-Paul, où son père, José Clemente de Obaldia, était consul de Panama (consul à Hong Kong, pas au Couvent Saint-Paul).

    Si j’ajoute (sur la foi de sa fiche wikipedia, mais les plus grands doutes sont permis, tant on est encore une fois dans le « Merveilleux farfelu », et d’ailleurs que vient faire la Foi – que je n’aime que mauvaise – là-dedans ?) que René est l’arrière-petit-fils de José Domingo de Obaldía, 2e président de la République du Panamá, fils du diplomate panaméen José Clémente de Obaldía (qui deviendra ministre de l’Intérieur, juste avant sa disparition, alors que la famille était en Chine) et d’une mère d’origine picarde Madeleine Peuvrel, cousine de Michèle Morgan, je crois qu’on peut affirmer sans craindre de démenti, que René, dès le jour de sa naissance (voire même bien avant) « faisait déjà du René de Obaldia ». Oserais-je dire, « Chapeau » ! Non, je me refuse à cette facilité.

    Ayant appris tout cela, ma journée en fut illuminée, et plus encore. Je tenais à vous faire partager, chers commensaux (ne partageons-nous pas moult nourritures spirituelles ?), cette joie sans plus tarder.
    Que la Sainte Covid et toutes ses cousines, nous conservent encore longtemps cet adorable vivant !
    ………………………

    PS : tout ça, au pâle prétexte que j’ai trouvé, hier, dans une boîte-à-livres-gratuits de ma modeste cité cévenole, le tome II du théâtre de Obaldia, contenant « L’Air du large », « Du vent dans les branches de Sassafras » (aussitôt le fantôme de Michel Simon bondit sur moi) et « Le Cosmonaute Agricole » (bien plus drôle et inquiétant que « La Soupe aux Choux », les rares initiés comprendront le rapprochement), livre dont je me suis aussitôt délecté, pour une heure de pur bonheur, et sur lequel figurait le tampon de la « Bibliothèque de la Clinique des Cadrans Solaires » (qui hébergeait, je l’espère, quelques loufoques ayant perdu la boussole), à « Vence (auquel me rattachent de merveilleux souvenirs de jeunesse) Alpes Maritimes » (le genre d’expression obsolète, remplacée depuis longtemps par d’ignobles « codes postaux »…
    ………………………………………………………..

    PPS : BONNE ANNÉE 2022 À TOUS !
    (je refuse de déposer mes voeux aux pieds de l’Année 2021, tant elle promet d’être la soeur jumelle de la chienne Année 2020).

    • Cher Domonkos,
      Le pire est un trou dont le fond n’est jamais atteint.
      On pourrait aimer cette chienne de 2020, si 2021 ou 2022 se fait/font tigre.

    • Quel plaisir de voir passer ici le nom du facétieux Réné de Obaldia, auteur – faut-il le rappeler ? – du plus beau vers de la langue française : « Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »… S’il en est certains dont je me demande comment diable a-t-on pu leur conférer le statut d’Immortels, Obaldia est de ceux qui méritent largement leur fauteuil sous la noble coupole, et sans doute à mon sens le meilleur écrivain, stylistiquement parlant, à s’y trouver aujourd’hui.
      C’est justement par l’entremise de Julien Green que j’ai eu le plaisir de lire pour la première fois du Obaldia, en achetant d’occasion, auprès d’un particulier, le tome 7 ou 8 de ses Oeuvres dans notre chère collection. Ledit particulier eut la gentillesse de joindre à ce volume de la pléiade une coupure de journal : il s’agissait de la page du ‘Monde’ du vendredi 16 juin 2000 reproduisant le discours de réception de Obaldia à l’Académie française, au fauteuil donc de Julien Green, lequel avait vivement exprimé le désir qu’on ne fît point son éloge. Particulièrement bien troussé, plein de malice et très plaisant à lire, en ce qu’il parvient à rendre hommage à Green tout en respectant sa volonté, ce discours constitue une idéale porte d’entrée dans l’oeuvre d’Obaldia, que j’avoue avoir à peine explorée depuis, mais tout de même, puisque j’ai lu cette année (ou plutôt l’année dernière, qui sur ce plan fut loin d’être horribilis) quelques-unes de ses espiègles poésies, et surtout la pièce que vous évoquez, Domonkos, ‘Du vent dans les branches de Sassafras’, délicieuse parodie de western où l’on sent derrière chaque réplique le sourire en coin du dramaturge.
      Devenir le plus vieil académicien qu’il y ait jamais eu en atteignant l’âge canonique de 102 ans (et peut-être encore plus, je le lui souhaite), c’est rien de moins que faire honneur à son statut d’Immortel, et ça, c’est du pur Obaldia, dans la vie comme dans le texte.

      • En me promenant sur la Toile (à l’aide de mes huit pattes), j’ai trouvé quelques entretiens donnés par René de Obaldia, de-ci de-là, dont une vidéo tournée dans un studio où il était entouré d’interviouveurs belges (ne pas oublier qu’il est « Citoyen d’Honneur de Waterloo » !) : alors octogénaire ingambe, à l’esprit vif, fantaisiste et intelligent, la voix claire et bien posée, l’oeil pétillant, et qui, entre deux propos, vidait une chope de bière… C’est quand même autre chose que de la littérature de pisse-froid !

        Et je suis bien d’accord avec vous : il doit être un des très rares aujourd’hui, à l’Académie, à mériter le titre d’écrivain.

  4. Pouvez-vous m’aider sur l’œuvre d’ Hölderlin, sur le choix des traducteurs qui pourraient se retrouver sur ma table de lecture ? (Il m’arrive d’en prendre 4 ou 5 si la garniture est belle)

    J’ai choisi comme porte d’entrée au monde d’ Hölderlin, de me restreindre, et ceci dans un premier temps, aux Elégies et aux Hymnes (grosso modo sa production lors des premières années du XIXème siècle). Mais cela peut changer si vous avez de meilleurs suggestions.

    Doit-on commencer par visiter le Burg d’Hölderlin en français ? Soit l’édition La Pléiade, avec sa « pléiade » de traducteurs franco-suisses, connus et moins connus mais, je présume, aux tempéraments très différents (Philippe Jaccottet, Robert Rovini, Jean Tardieu, Gustave Roud, André du Bouchet). Ou pour rester dans l’ère classique se perdre, tel l’errant solitaire, dans les sentiers ténébreux (Armel Guerne) ou bien encore, en remontant le temps, flâner dans les belles allées françaises (Geneviève Bianquis), et pourquoi pas finir, au bout du jardin, derrière un énorme sycomore, par se planter debout devant la porte de l’asile (Pierre Jean Jouve & Pierre Klossowski).
    Ou au contraire enjamber le gué, que dis-je, sauter le gouffre qui nous séparait de l’ère moderne. Alors doit-on s’égarer dans des jardins mystérieux aux nombreuses colonnes heideggeriennes, verticales, pointées toutes vers le ciel ? (François Fédier, Jean-Pierre Faye, Bernard Pautrat, Patrick Guillot), ou doit-on s’agenouiller devant le travail titanesque de François Garrigue ? (plus de mille pages !), ou finalement se laisser happer par l’air du temps avec les dernières traductions en date de Claude Neuman et Raoul de Varax ?
    Ou bien existe-t-il quelques traductions bien enfouies dans quelques revues littéraires qui surpasseraient celles que je viens de citer. (Cela existe malheureusement, je prends l’exemple de la plus belle traduction du plus beau poème de Gerard Manley Hopkins (que de superlatifs !), « Le Naufrage du Deutschland », l’équivalent pour les anglais du « Bateau ivre », traduit par Jean Mambrino qui ne se trouve que dans la revue Europe (n°925, mai 2006), quelques pages de pure poésie en plein milieu d’un spécial Marcel Schwob !) .

    Merci d’avance pour votre aide future !

  5. Bonjour tout le monde,

    que se passe-t-il?

    Je ne vois pas de nouveau message sur ce blog depuis 10 jours maintenant, est-ce un problème avec mon navigateur? Ou bien le site est-il saturé? Fermé?
    Je m’inquiète un peu: je prends beaucoup de plaisir à lire, régulièrement, vos commentaires. J’apprends énormément sur la collection elle-même, mais aussi sur les questions de traduction, ou de politique éditoriale de Gallimard.

    Merci par avance pour vos réponses,
    Alinio.

  6. Mon cher Alinio, je pense que c’est plutôt ma demande d’aide sur l’oeuvre Hölderlin : tous les blogueurs de ce site (sans exception) sont entrain de (re) lire, avec assiduité, le volume de La Pleiade qui lui a été consacré afin de m’apporter leurs réponses 🙂

    PS : (ou bien, autre possibilité, les blogueurs cherchent, désespérément, à posséder l’exemplaire de la revue Europe où se trouve le plus beau poème du monde !)

    • Je ne peux vous apporter aucune aide, personnellement, sur les traductions de Hölderlin. Sans doute voir du côté de NeoNirt7. J’espère qu’il va bien.

  7. Bonjour,

    Le thème a déjà été traité, incomplètement, si je me souviens bien. Je pose donc une question qui me tient à coeur : me conseilleriez-vous l’ancienne édition des « Œuvres poétiques complètes » ou le choix d' »Œuvres poétiques et dramatiques », de Charles Péguy ? Le premier volume date de 1941, avec un appareil critique qui doit être réduit à la portion congrue ; le second, de 2014, avec un appareil critique que j’imagine assez décevant, à l’instar de nombreux volumes des vingt dernières années.

    Par avance, merci.

    • Il me semble que les œuvres poétiques complètes de Charles Péguy, dans son édition de 1941, ne comporte qu’un appareil critique insuffisant au regard des éditions élaborées à cette époque. Je vous suggère de vous tourner vers la nouvelle édition avec force, je suis persuadé qu’elle conviendra très bien malgré les réserves qui ont été émises sur ce blog.

  8. Bonjour à tous,
    Entre autres nouveautés, je voulais signaler l’existence d’une petite page consacrée à Confucius sur le site Propager le feu. La fiche concerne surtout le référencement du Lúnyǔ (Les Entretiens avec Confucius) en Pléiade. Je sais que parmi vous il se trouve quelques sinologues ou férus de la Chine ancienne – cher domonkos suivez mon regard -, et je ne vous cache pas que des critiques, des compléments, des ajouts ou tout autre apport de votre part seraient véritablement les bienvenus. 🙂
    Bonne journée à tous.

    • Je vous remercie de votre clin d’oeil, Lombard. J’y suis sensible.
      Pour le moment, s’il devait y avoir un seul mot pour définir mon état, ce serait : « déprime ».
      Vivement le Printemps !
      (Mais de quelle année ?)

  9. Bonsoir à tous,

    Merci Lombard de nous signaler la fiche concernant Confucius sur Propager le feu. Concernant l’édition pléiade publiée il y a quelques années, j’ai gardé un très bon souvenir de cette lecture passionnante et je recommande cet ouvrage. Par contre j’ai cherché par la suite à lire les ouvrages T1 et T2 sur les philosophes taoïstes, et j’ai abandonné en cours de lecture sans grands regrets. Trop difficile pour moi, je n’ai pas réussi à rentrer dedans et à en saisir la finesse.

    Pour Domonkos : Déprime, oui je suis d’accord la période n’est pas sympathique en plus sur les mois d’hiver avec un manque cruel de lumière… Mais courage, les jours rallongent !
    Pour ma part je travaille à la maison et j’occupe mes journées professionnelles assis devant mon PC. J’utilise une partie de mon temps libre pour la lecture et pour continuer à acquérir des connaissances dans des domaines divers et variés. ( connaissance du vivant, mécanique des fluides, jardinage, permaculture, Tolkien, Blaise Pascal…) Une grande diversité de sujets qui me permettent de limiter l’ennui et la lassitude de cette situation pénible.

    Gardons le moral !

    César

    • Les jours rallongent… mais le couvre-feu raccourcit ! Nos Puisssants Protecteurs commandent même à Dame Nature ! Hi hi hi 8
      Merci, César, de donner des nouvelles littéraires, c ‘est un peu le désert, en ce moment.

      En ce qui concerne les Écrits Taoïstes, n’ayez ni regrets ni remords. Considérez cela comme de la poésie et pas du tout comme de la philosophie. Cela a grandement inspiré l’imaginaire chinois (et mondial), l’art, la poésie, mais pas grand chose quand à la pensée humaine (à moins d’être tenté par les diverses formes du nihilisme ou approchantes).
      Autre erreur à ne pas commettre : le « taoïsme » n’est pas le fond de la pensée chinoise, ni sa version la plus ancienne ou originelle. Le « taoïsme » est venu tardivement et a puisé dans le tréfonds de la pensée et de la conception du monde chinoises. Le « Dao » est bien plus ancien que le « dao » de Laozi.

    • Quand j’étais libre de rencontrer qui je voulais
      Ou bien qui voulait me rencontrer
      Je croyais certains jours les détester
      À présent je vois combient je ne puis m’en passer…
      …………………

      Insuffisante consolation de l’ivresse des livres
      Qui de la mélancolie ne me délivre
      Et parfois à la compagnie de Pascal et de Virgile
      Je préfèrerais la conversation d’un imbécile
      ……..

      « Animal (social), on est mal
      Et si on ne se conduit pas bien
      On revivra peut-être dans la peau d’un humain
      Animal (social), on est mal … »

      • 3 février 2021.

        « Et parfois à la compagnie de Pascal et de Virgile
        Je préfèrerais la conversation d’un imbécile. »

        Jamais pour ma part.

        Je ne me suis jamais senti animal social. Je conçois pourtant que l’on croie que c’est là un tort. Avouerai-je que je cède quelquefois moi-même à ce sentiment ?

        Je réagis ici à des paroles libres de Domonkos, venant à peine d’envoyer un message à quelqu’on où je tâchais d’expliquer que la timidité de Rousseau n’a pas été inutile, et surtout qu’il eût été fort dommageable — non peut-être à ses contemporains, mais à tous ceux qui sont venus après eux — de prétendre la guérir ou d’avoir agi dans ce sens et dans ce but. Qu’en somme sa timidité « maladive » est plutôt une bénédiction, un bienfait.

        • Tant mieux que Rousseau ne fut point guéri, Dans tous les cas qui s’y serait essayé y aurait échoué.

          Nous sommes inguérissables et c’est bien la pire sorte de fous que ceux qui veulent guérir les autres de leur folie.

          Seule la Mort, peut-être, encore n’en savons-nous rien.

  10. Bonjour à tous,
    On me déconseille fortement (et à l’instant) l’achat du « Las Cases » qui sort ce mois en Pléiade.
    Il s’agirait d’une vieille édition, menée par des maîtres d’oeuvre éteints depuis les années 40, et ne tenant pas compte d’un manuscrit retrouvé il y a quelques années. Gallimard essaie-t-il de nous refourguer une vieillerie ?
    Il est urgent que j’annule mon ordre auprès de mon libraire.
    Une confirmation de l’un d’entre vous ?
    Merci.

    • Gallimard est avare d’informations, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais cela ne semble pas présager d’une nouvelle édition enrichie et mise à jour. À votre place, j’appliquerais le « principe de précaution ».
      En cas d’improbable bonne surprise, vous pourrez toujours acheter ce coffret qui ne va pas s’épuiser en quelques jours. Vous n’avez donc rien à perdre à attendre et voir…

      • Cher DraaK,
        Une copie du manuscrit original que les Anglais ont dérobé à Las Cases en 1816 a été retrouvée à la British Library en 2005 (le Mémorial que nous avions coutume de lire avait été réécrit de mémoire par Las Cases a qui l’on avait confisqué son manuscrit original).
        À ma connaissance, la nouvelle « édition de référence » est pour l’instant la version parue chez Perrin en 2017, d’abord en édition de luxe, puis republiée en 2019 en édition « normale », dans une version commentée par l’équipe de la fondation Napoléon (Thierry Lentz, François Houdecek et Chantal Prévot). Disponible pour une trentaine d’euros.
        Si vous parvenez à dégager quarante minutes de votre temps, vous aurez les informations de première main par Thierry Lentz lui-même sur cette vidéo passionnante pour les férus d’histoire : https://www.youtube.com/v/ZPWiysvR5Fo?app=desktop

        • Merci Lombard.
          Ça tombe bien, c’est week-end !
          J’ai annulé ma commande en Pléiade et on m’a effectivement conseillé Perrin. Je ne savais pas qu’il existait une « édition luxe. »
          Je vais regarder cela de près.
          Mon prochain achat Pléiade sera donc Shakespearien.
          Mes petites économies ayant été sauvegardées d’un achat malheureux, j’ai compensé aujourd’hui en me procurant trois bandes dessinées « 1984 » (quatre sont sorties en janvier, je crois, 1984 étant tombé dans le domaine public. Il m’en reste donc une à trouver (et une à dessiner ?) pour avoir fait le tour. J’en ferai une présentation rapide sur la page Orwell de Propagerlefeu.fr)

          • Puisque vous n’hésitez pas à parler de bande dessinée, Draak, je me permets de vous signaler qu’en cette année bicentenaire de Baudelaire, le bédéaste Yslaire publie un ouvrage sur la maîtresse métisse de ce bon vieux Charles. (Il y a un moment que je guettais l’occasion de le faire et je vous remercie de me la donner.)

            Une prépublication en trois fascicules, contenant des dessins préparatoires, des esquisses de planches, des illustrations pleine page et divers états du projet, sont parus ces dernières semaines : un travail magnifique, tant esthétiquement que sur le plan de l’intelligence.
            Le livre achevé paraîtra chez Dupuis en avril prochain. Je ne doute pas de sa haute qualité, connaissant le talent et le travail d’Yslaire. C’est parmi mes projets d’achats les plus prioritaires et je vous le recommande.

            Ainsi qu’à tous ceux que le sujet intéresse et qui possèdent déjà le coffret Baudelaire qui va être rediffusé en Pléiade dans la même période.

          • Bonjour,

            J’avais évoqué voilà quelques semaines ce coffret Las Cases et appris grâce à neoBirt7 l’existence de cette édition Perrin. J’ai réussi à trouver un exemplaire de l’édition dite de luxe pas trop cher : le livre n’a rien de luxueux, c’est une couverture en toile sous jaquette comme on pouvait voir pour les livres de « clubs » dans les années 70-80 mais solide et de bonne qualité , le papier est de bonne qualité mais rien à voir avec un papier de luxe type velin. On est très très loin d’une pleiade. Cette édition épuisée est proposée à prix élevé à la revente (Je doute qu’elle intéresse grand monde) ce qui me parait injustifié, je pense que l’édition courante que je n’ai pas eu entre les mains est à préférer.

        • Cher Lombard,
          Un ami et confrère (et néanmoins grand lecteur) m’indique :
          « Votre connaissance oublie le découvreur, Peter Hicks, qui a également pris en charge un volume du manuscrit (qui en comprend quatre) avec les trois membres de la fondation Napoléon (Chacun un volume ; a priori, un très beau travail d’équipe). »
          (Mais je suppose que ce n’est pas un oubli anglophobique)

          • Oui, DraaK, il s’agit bien d’un oubli assez involontaire de ma part, mais certainement pas « anglophobique » ; il y a en effet de grands experts de notre histoire et de notre littérature chez les anglo-saxons en général et chez nos amis anglais en particulier. Peter Hicks, qui a découvert le manuscrit a en effet contribué au « Mémorial de Sainte-Hélène – le manuscrit retrouvé ». Présentez toutes mes excuses à votre ami et confrère pour cette omission ; pour en avoir un dans ma famille proche, je sais à quel niveau d’exactitude et de rigueur les spécialistes de Napoléon placent leurs exigences, ce qui les honore. 🙂

  11. Eh, bien Domonkos, je vous signalais sur mon site une bonne BD Orwell, au cas où vous passiez par là, car je vous sais amateur de cet art.
    Je regarderai Yslaire, de mon côté.

  12. La question a peut-être déjà été posée en ces lieux, mais n’ayant pas le courage de remonter les 30 pages de commentaires, je me permets de la soumettre à nouveau à qui saura y répondre : que vaut la nouvelle édition des œuvres de Paul Valéry en trois tomes à la Pochothèque, dirigée par Michel Jarrety (ce dernier auteur par ailleurs d’une biographie monumentale de Valéry chez Fayard), par rapport aux deux volumes de la Pléiade qui, datant respectivement de 1957 et 1960, me semblent passablement vieillis ? Je crois savoir que cette nouvelle édition a été saluée par la critique à sa parution, mais je voulais avoir l’avis de certains experts qui hantent ces parages, et surtout de lecteurs assidus de Valéry, écrivain que moi-même je connais très mal et envisage de découvrir par l’acquisition prochaine de ces trois tomes, mais voila, j’éprouve quelques tergiversations à l’idée de trahir la Pléiade pour une collection plus « cheap »…

    • 10 février 2021.

      Je lis Valéry depuis toujours. Curieux, j’ai parcouru ces trois tomes de la Pochothèque à leur sortie. Je n’y ai rien trouvé que je ne connaissais déjà. Je ne les ai donc pas achetés.

      L’essentiel de Valéry est dans la Pléiade, dans les volumes d’œuvres et dans les deux volumes de morceaux choisis des Cahiers. Il manque surtout la correspondance (sachant que celle qui m’aurait passionné a été détruite par Madame Gide dans une crise de jalousie).

      Le projet d’une édition complète des Cahiers est annoncé depuis au moins dix ans au CNRS. Je n’ai pas de nouvelles, je me demande si ce travail d’envergure n’a pas été abandonné.

      Valéry m’a toujours paru essentiel et je n’ai jamais compris cette constante : toutes les personnes que je rencontre, et qui souvent ont beaucoup lu, ne l’ont pas lu ou l’ont très peu lu.

      • Je ne fais pas partie de ceux qui ne l’ont pas lu ou très peu lu, mais je suis certainement loin de faire partie de ceux qui l’ont suffisamment lu, bien que je rouvre régulièrement mes volumes Pléiade que j’ai un jour trouvés, tous d’un coup, état neuf et pas cher, chez un bouquiniste à La Bourboule où mon épouse se livrait aux délices des soins thermaux tandis que j’explorais à pied les rues, ruelles et chemins, bravant la neige et le froid.
        Mon trésor sous le bras, je poussai la porte du premier bistrot de rencontre, pour aussitôt mettre le nez dans ces pages et dans la bière.

        Ah, je viens de m’apercevoir que j’ai utilisé un mot dont plus personne ne doit connaître la signification de nos jours : « bistrot ». Quelques-uns d’entre vous, très-âgés et très-savants ont-ils encore des réminiscences de ces lieux ?
        « Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
        A certaines heures pâles de la nuit
        Près d´une machine à sous, avec des problèmes d´hommes simplement
        Des problèmes de mélancolie
        Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
        Et l´on se dit qu´il est bien tard…
        (…)
        Nous avons eu nos nuits comme ça moi et moi
        Accoudés à ce bar devant la bière allemande
        Quand je nous y revois des fois je me demande
        Si les copains de ces temps-là (…) Léo Ferré
        ………………

        Pour en revenir à Paul Valéry et à sa relative occultation, il y a tant d’auteurs, des petits maîtres et des grands, plus oubliés aujourd’hui qu’hier, et moins que demain !

        Même pas certain que de Valéry il restera la jolie allusion de la « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète », car Georges Brassens sera lui-même oublié.

        D’ailleurs, il est temps que j’aille reprendre mes pages d’écriture… en ce moment, je m’exerce à remplir des pages de mon propre nom en toutes lettres, car j’ai de plus en plus de mal à m’en souvenir…

          • Merci à vous deux, chers Ahmed et Domonkos, pour vos réponses, qui ont renforcé mon désir de me plonger sans plus tarder dans l’œuvre de Valéry. Quitte à faire des infidélités à la Pléiade, je pense opter pour cette nouvelle édition à la Pochothèque, cela aura le mérite de rompre un tantinet la monotonie de ma bibliothèque tout en reliures de cuir et liserés d’or (ou peu s’en faut), en plus de me faire économiser quelques deniers qui pourront servir, prochainement, et dans le cas fort probable (à vous en croire) où l’œuvre de Valéry m’apparaisse de tout premier plan, à l’acquisition des deux pléiades anthologiques des Cahiers…

            Domonkos, nous parlions il y a peu de René de Obaldia. Après ses recueils de poèmes “Innocentines“, “Fantasmes de Demoiselles” et sa pièce “Du vent dans les branches de sassafras”, voici qu’à présent je me régale (j’insiste, c’est de l’ordre de la délectation) à la lecture de ses mémoires intitulés “Exobiographie” (aux Cahiers rouges, de Grasset), livre d’une poésie singulière, à la fois fringante et fantasque, que je ne saurais que trop vous conseiller, si vous ne l’avez pas lu, à vous comme à tous ceux qui, en littérature, s’attachent moins à la profondeur des idées qu’à l’humour servi par la virtuosité du style. Lire Obaldia est un plaisir simple, mais quel plaisir, vraiment !

          • Je ne peux même pas me réjouir d’une joie mauvaise, en pensant aux exécrables auteurs qui tombent dans l’oubli, comme les bons et les grands, car ils sont eux aussi un symptôme de l’oubli général de la littérature.
            Même cette amère consolation m’est interdite !

            Est-ce assez sentencieux, cher Ahmed?
            Reconnaissez qu’à ce jeu, je peux vous tenir la dragée haute !
            Amicalement.
            ……………………….

            Thomas Codaccioni, je n’ai pas eu encore le bonheur de lire l’Exobiographie de René de Obaldia, mais vous me mettez l’eau à la bouche.
            D’autant que, l’âge venant et ‘l’espérance de vie’ se réduisant – à tous les sens de l’expression – j’en viens à me dire que la profondeur, la gravité et la sagesse c’est bon pour les jeunes, et qu’au crépuscule de l’existence sied bien mieux de jouir et se réjouir de la fantaisie.

            Et pan ! Deux sentences pour le prix d’une !

    • Quelqu’un, je ne sais plus qui, avait été en contact avec Jarrety et lui avait demandé si la Pochothèque supplantait la Pléiade, à quoi il avait été répondu que oui. L’échange est niché quelque part dans ce blog, ça doit dater d’il y a un an ou deux.

      Je signale la sortie de Porcs 2 de Marc-Edouard Nabe dont M. Codaccioni, trop modeste pour en faire état, est le correcteur. On le trouve sur le site de l’écrivain.

      https://www.marcedouardnabe.com/?product=les-porcs-2

      Les Parisiens peuvent l’acheter directement au Dilettante, place de l’Odéon.

  13. Concernant Valéry, il y a aussi l’édition de Cahiers chez Gallimard, NRF, là où les deux volumes en Pléiade sont une sélection, il me semble que les treize volumes NRF sont complets. Je n’ai pas mis les yeux dedans cependant.

  14. Plus d’informations sur le catalogue en ligne de La Pléiade à propos de ce petit bijou de volume consacré aux Poèmes de Shakespeare, à paraître sous peu. Je dis petit bijou, car il me semble qu’avoir l’ensemble des poèmes, avec – j’espère – un appareil critique convenable, un historique des traductions et de leur réception, sous l’emballage d’une pléiade, a de quoi faire saliver de convoitise.

    Il n’y a plus souvent de Pléiade qui m’attire autant.

    Même le Genêt arrive pour moi bien trop tard. Je trouve que son étoile a bien pâli aujourd’hui (en tous cas à mes yeux), comme si elle s’éloignait de nous (ou nous d’elle). Ce volume aurait dû paraître à l’époque où Genêt conservait toute sa force dérangeante. À notre. époque, j’hésite entre le considérer comme « mainstream » ou même carrément obsolète. En tous cas, plus du tout avant-gardiste. Sans être encore (s’il doit le devenir un jour) un Classique incontournable.

    Cette édition se justifierait si elle apportait réellement une nouvelle vision, avec de l’inédit ou du rare, une véritable avancée critique, quelque chose qui renouvellerait entièrement notre connaissance et notre réception de Genêt. J’en doute, j’en doute… Il y aurait fallu deux volumes et une forte ambition.
    ………………………………….
    Déjà le volume du Théâtre qui lui-même n’apportait rien d’autre que la révérence habituelle envers Genêt, soumis entièrement à sa propre entreprise de mythification – pour ne pas dire de mystification – et qui figure dans ma bibliothèque fait partie de ceux que je n’ouvre jamais, que je ne regarde même pas. Il m’étonnerait que celui des Romans le rejoigne (l’inverse est plus probable : la sortie du volume du théâtre). Seules les poésies m’intéressent encore, mais c’est parce que la poésie est le genre littéraire qui occupe dans mon coeur et dans mon esprit la place centrale. D’ailleurs, dans ce soeur et dans cet esprit, Cocteau occupe plus de place aujourd’hui que Genêt, a contrario de ce que j’aurais dit à vingt ans…

    En ce qui concerne ce dernier paragraphe, il s’agit de sensibilité personnelle, j’ai quitté le domaine de la critique.

    • 13 février 2021.

      La question est de savoir si ce volume annoncé (de Shakespeare) sera ou non bilingue. S’il ne l’est pas, pourquoi même en parler ?

      J’ai lu avec grand intérêt vos remarques personnelles sur la réception de Genet, à l’égard desquelles je suis partagé : tandis qu’une part de moi-même s’y oppose ou veut s’y opposer, une part — peut-être la même — y trouve, y voit, du vrai, et même beaucoup de vrai.

      Je ne partage pas, ceci dit, votre pessimisme fait d’oubli, un oubli dont vous voyez l’empire s’étendre, ne cesser de s’étendre, et qui, tel l’ogre vorace de la fable dévorerait la substance dont nous sommes faits, dont il ne resterait à la fin du formidable festin, à vous entendre, bientôt rien.

      Je lisais il y a quelques jours des mémoires de Madame Roland. Eh bien, voyez-vous, cela m’a conforté dans l’idée qu’il est des choses inaltérables tant qu’il y a encore des livres pour les recueillir. Et que donc la situation est loin d’être aussi désespérée que vous le pensez.

      Dieu sait que je ne pèche pas habituellement par excès d’optimisme.

      • 13 février 2021 itou.

        Pourquoi diable, ami secoueur, les Sonnets ne seraient-ils pas présentés en bilingue, comme le reste de l’ouvrage ?

          • Ah ! Domonkos. Signe des temps de pauvreté intellectuelle : mon pauvre cerveau a toujours eu un peu de difficulté à saisir les phrases à double négation (un peu comme la main hésite un instant avant de trouver le sens de rotation pour desserrer la vis dont la tête est en bas).

      • Ahmed, je suis sans doute un peu tombé dans la caricature au sujet de « l’oubli de la Littérature » ou bien mon pessimisme est-il lié à la situation que nous vivons et qui se présente à mes yeux sous des couleurs crépusculaires.

        Pour préciser ma pensée, au sujet de la place de la littérature dans notre société (et je parle bien de la Littérature, et non pas des ouvrages – essais, romans, etc. – de divertissement – mot est encore trop noble – dont on nous accable sous ce vocable, non plus que de la « littérature » qui fleurit sur la Toile où tout le monde peut se croire et se proclamer écrivain), je crois que nous sommes en train de voir se refermer une parenthèse, qui s’était ouverte quelque part vers le milieu ou plutôt la fin du XIXème siècle, celle où la Littérature s’était acquise un large public, y compris populaire, et une place prépondérante dans notre imaginaire et même dans notre vie quotidienne. Non pas que dans ma cité banlieusarde, années 50 et 60, tout le monde lisait Hugo ou Hemingway, mais au moins ces noms représentaient-ils quelque chose dans l’espace public.

        La Littérature existait avant le XXème siècle et jouait un rôle, mais entre les mains d’une « élite », d »un public dit « éclairé », et je crois qu’elle redevient l’apanage d’un petit restreint de passionnés, mais que son Règne (au sens strictement monarchique) est terminé. Les signes sont multiples : depuis le fait que, dans les jeux télévisuels, par exemple, toute question littéraire, même des plus basique, apparaisse comme parfaitement ésotérique, jusqu’au fait qu’aucun dirigeant politique aujourd’hui n’éprouve le besoin de se faire passer pour un Lettré (et chercherait même à se présenter comme plus ignorant qu’il n’est en ce domaine).

        En ce sens, oui, la Littérature n’est pas en train de mourir ou de disparaître, mais de subir une certaine occultation : les passionnés attendront son retour comme d’autres mystiques attendent celui de l’Imam Caché.

        Je ne peux guère ici abuser de l’espace et de la patience des amateurs de Pléiade qui sont en leur maison, pour développer mes petites idées sur la question. J’en resterai donc à ces approximations.

        • Cher Domonkos,

          Je lis de temps à autre, et non sans intérêt, la mosaïque de messages qui fusent à tout sujet sur ce blog, tantôt très érudits, tantôt plus sémillants. Je souris assez fréquemment à vos pétulantes assertions – dont je ne saurais cependant évaluer la justesse dans la mesure où ma culture littéraire et scientifique en ait encore à ses premières vertes tiges.

          Cela étant, et je pense pouvoir parler au nom de quelques comparses partageant mon jeune âge ainsi que ma fébrile et inquiète curiosité pour la littérature classique : lire, et surtout, lire en étant à peine un étudiant, c’est aujourd’hui accepter de recevoir la qualification – presque – systématique de pédant, de lunaire, et de suranné ; daignez admettre que vous vous y intéressez, et soyez assuré que la railleuse et parfois méprisante avanie de celui qui est convaincu de la futilité de la littérature s’écroulera sur votre bonne foi.
          D’ailleurs, personne ne vous épargne, pas même vos proches ; les parents, qu’il s’agisse des collatéraux ou des ascendants, vous regardent d’une façon incrédule, et rétorquent avec force désabusement « oui mais, [Flaubert, Voltaire, Sophocle, Tolstoï etc.], c’était une autre époque, tout ceci n’existe plus, il faut évoluer et grandir », et autres litanies affirmant que les grands auteurs faisaient tout sauf défricher l’âme humaine, ses passions, ses turpitudes, ses questionnements inextricables, bref, ce qui touche à l’homme depuis que celui-ci a la « conscience de sa conscience » pour reprendre Lévi-Strauss.

          Il me semble, en fait, que les grands écrivains sont progressivement rangés au rang d’historiens grabataires et balbutiants, tout juste bons à exalter les particularités d’une époque.

          Et pourtant, au fur et à mesure que je déchiffre la littérature – sans aucune méthodologie d’ailleurs, je vaque d’un siècle à l’autre, sautant entre les continents sans trop d’hésitation -, la place essentielle de la littérature s’impose doucement à ma conscience. J’ai en ce sens lu il y a peu le Rêve dans le Pavillon rouge dans les éditions de la Pléiade, et outre la beauté des vers, des descriptions, de cet onirisme fluide et léger dont seuls les auteurs asiatiques semblent avoir le secret, le rapport constant avec la littérature des Anciens m’a émerveillé, soit que le rapport existe au terme de l’intérêt général(nécessaire aux concours ouvrant à une carrière de mandarin), soit au terme d’un intérêt poétique et voluptueux, et auquel cas chaque vers doit affleurer en référence à un vers d’auteur jugé comme faisant foi.

          Enfin, je suis confus d’avoir finalement assez déblatéré. Il me semble seulement qu’aujourd’hui, lire, c’est parfois se séparer des autres contre son gré, et c’est dommage somme toute.

          Quoiqu’il en soit, je continuerai à parcourir de temps à autre ce blog, c’est un plaisir de tous vous lire!

          • 14 février 2021.

            Ce que vous dites là est très inquiétant.

            Je hasarde ceci : « qu’il faut grandir » signifie, dans l’imaginaire de vos ascendants : monte une « start-up ».

          • Ahmed et Lombard, qu’advienne un jour que ma « voix » se « taise » sur ce fil vous pourriez en conclure que je suis mort, de mort brutale et imprévue. Car, si je devais simplement m’en aller, cela ne se produirait pas sans que je vous dise « au revoir ».

            Pour le reste, je ne sais que dire. Nos relations reposent sans doute sur un certain nombre d’ambiguïtés et de malentendu, mais aussi sur une passion commune pour la littérature en général et plus particulièrement pour la collection de la Pléiade (hormis quelques réfractaires, comme vous, cher Ahmed, et quelques désenchantés…).

            Il est vrai que nous comptons quelques « disparus », fort regrettés, dont la disparition inexpliquée suscite des inquiétudes.
            Il y a deux jours, j’ai mentionné que je trouve l’actuel silence de NeoBirt7 inhabituellement long. J’espère qu’il s’agit de sa part d’un choix et non d’un problème de santé, par exemple. Je ne peux croire qu’il s’agisse d’un brusque désintérêt, mais à tout prendre je préférerais cela.

          • Votre message, « Petite Fugue », du moins un passage précis, a provoqué mon amusement, autant que mon inquiétude : « lire, et surtout, lire en étant à peine un étudiant, c’est aujourd’hui accepter de recevoir la qualification – presque – systématique de pédant, de lunaire, et de suranné. »
            Avec les phrases suivantes, c’est exactement les qualificatifs et les remarques (parentales et autres : pour mon frère, lire autant de livres ne pouvait que me rendre fou comme « Don Quichotte » dont il avait lu des extraits en classe) que j’ai entendues à mon sujet (en particulier « lunaire ») !… D’où mon amusement.
            À ceci près que cela m’est arrivé au cours de mon enfance et de ma prime adolescence.
            Et non point à l’âge des études supérieures et dans le milieu estudiantin. De là, mon inquiétude.

            Je ne saurais trop vous conseiller de résister, car je reste persuadé qu’outre le plaisir vous trouverez dans la littérature des armes intellectuelles dont ceux qui la tiennent en piètre estime ne soupçonnent pas la puissance.
            Et je vous souhaite de rencontrer d’autres passionnés, parmi ceux de votre génération. Bien que vivant éloigné des milieux estudiantins, je sais qu’ils existent, par quelques témoignages directs et, parce que plusieurs fois certains se sont manifestés ici même.

            Bien à vous.

  15. J’hésite toujours (aussi) à citer Propagerlefeu.fr sur le présent espace soumis à la loi de notre hôte Brumes, car j’ai comme une mauvaise conscience de maquignon, mais je tiens quand même à faire un peu de publicité pour le remarquable travail accompli par notre ami Lombard qui, tout seul dans son coin, sans que je ne demande rien, a construit la page Charles Dickens. Allez jeter un oeil avant de revenir ici. C’est un premier jet. Elle s’améliorera encore. Mais on sent déjà le travail abattu et, que la peine soit agréable ne retire rien à son mérite. Merci à lui.

    http://propagerlefeu.fr/charles-dickens/

  16. 14 février 2021.

    Mon cher Domonkos,

    Personne n’évoque, à propos de l’époque, le livre que Foucault consacra à son étude du système carcéral : Surveiller et punir, alors que le livre de Orwell, 1984, est sur toutes les lèvres.

    Pourtant, surveiller et châtier ne sont-ils pas la grande affaire de nos contemporains ? La préoccupation constante des mœurs sexuelles, qu’il faut régler, ordonner dans leurs moindres détails, achevant le tableau.

    La littérature, telle que nous la connaissons, est devenue de ce fait anachronique, déplacée. La « littérature » courante est constituée — le mimétisme aidant — de ces livres innombrables où des auteurs « se mettent à nu », mais toujours en rapport avec les deux thèmes que je viens d’exposer. Ces auteurs ont-ils le sentiment de faire ainsi œuvre d’écrivain ? Je ne peux le savoir, mais je veux bien le supposer.

    • À moins que le titre du livre de Foucault ne soit dépassé ou en passe de l’être.
      En effet, Surveiller est le maître-mot, et la Surveillance, poussée à l’extrême, rendra finalement le châtiment inutile puisqu’elle conduira au conformisme et à la servilité absolus. Tel semble être le but ultime, l’idéal à atteindre.

      Quant à la littérature… Je sais bien que Baudelaire avait écrit : « Mon coeur mis à nu », mais on hésite à mettre cet écrit au premier rang de son oeuvre et je ne sache pas qu’il lui doive son immortalité. Bien des auteurs et des plus grands ont « tout balancé » à la figure du lecteur, mais ils étaient auteurs faisant oeuvre, au lieu que plusieurs qui nous bassinent aujourd’hui avec leurs confessions (qui alternent repentances et dénonciations) tentent de nous faire croire que c’est le fait de signer un livre qui fait d’eux des auteurs.

  17. Je commence à trouver inhabituellement long le silence de notre cher NeoBirt7, son dernier message datant, à ma connaissance, du 4 janvier.

    Un signe de lui, s’il nous lit, ou bien des nouvelles par quelqu’un qui serait en contact avec lui, serait le bienvenu.

  18. Cela n’a rien à voir avec la Pléiade, mais je voudrais tout de même ici rendre hommage à l’éditeur « indépendant » (à tous les sens du terme), Pierre-Guillaume de Roux, mort prématurément d’une saloperie de « longue maladie », le 11 février dernier, à l’âge de 57 ans.

    Fatalité familiale, puisque son père, le grand Dominique de Roux (notamment fondateur au début des années 60, des Cahiers de l’Herne, dont les premiers numéros, monumentaux au sens de « Monument Historique », étaient consacrés aux grands « maudits » de l’époque, Bernanos, Céline, Pound, Gombrowicz…) était lui-même mort à l’âge de 41 ans, en laissant son « Cinquième Empire » en héritage…

    Pierre-Guillaume de Roux était un esprit rebelle mais non victimaire, et, à ses derniers correspondants (qui étaient des amis communs), il y a moins de deux mois, il ne parlait que de la mauvaise santé de sa maison d’édition, qui luttait contre vents et marées, et passait sous silence la sienne.

    Une sacrée mauvaise nouvelle pour le monde de l’édition et de la littérature !

  19. 16 février 2021.

    Ce qui était merveilleux sur le blog de Monsieur Bilger (que j’ai eu l’occasion d’évoquer ici), c’est que Madame Bilger, qui gérait tout cela de main de maître, servait aussi de trait d’union entre les participants, n’hésitant pas à les mettre en contact les uns avec les autres, en fonction des demandes et des affinités.

    Madame Bilger trouvait toujours des fautes de français dans mes billets et les corrigeait systématiquement. Durant le peu de temps que j’ai passé sur ce blog trop politique à mon goût, j’ai pu perfectionner mon français rien qu’en comparant mon texte avec la version publiée par Madame Bilger !

    Ce n’est nullement ici un reproche déguisé que j’adresserais à Brumes. Nullement. Je dis simplement que cette dimension manque sur ce blog. Au point que des contributeurs que l’on a appréciés, aimés (j’ose le dire) disparaissent sans qu’il y ait aucun moyen de savoir ce qui se passe.

    Un jour, la belle voix amicale de Domonkos se taira, celles d’autres figures attachantes d’ici, et personne ne saura comment ni pourquoi.

    • Bonjour Ahmed,

      Vous évoquez là une fatalité des rapports qui restent virtuels, avec cette spécificité des blogs qui structurellement veulent que personne ne connaisse personne. Je sais que les forums (formule que j’avais évoquée auprès de brumes il y a fort longtemps) sont déjà un peu de la vieille école, mais ils permettent au moins à ceux qui le souhaitent de correspondre à travers une adresse électronique, voire de se téléphoner ou de se rencontrer.

      J’ai participé – et continue de participer – à de nombreux forums, et sur ceux que j’ai le plus pratiqués, j’ai créé quelques liens, parfois occasionnel mais parfois pérennes, avec des membres : rencontre autour d’un centre d’intérêt commun, voire sortie « thématique » entre membres et parfois leur famille.

      La littérature est une activité assez solitaire qui ne suscite pas forcément la rencontre ou la discussion réelle, pourtant bien plus riche que nos simples échanges qui n’engagent à rien. Et pourtant, même cette activité si solitaire pour ne pas dire égoïste peut conduire à de belles rencontres : pour exemple, l’invitation qu’avait lancé notre ami Draak – il y a deux ans déjà ! -, était une occasion pour ceux qui le pouvaient de se rencontrer et d’assister à une sublime pièce de théâtre. Le lien fut créé et il subsiste, même si en ces temps difficiles la rencontre n’est pas à l’ordre du jour – mais elle aura bien lieu à nouveau !

      Reste enfin la contrainte géographique : ces liens internet « merveilleux » qui permettent à tous de communiquer, partager, apprendre… n’entraînent pas forcément de rencontre si les membres habitent loin les uns des autres. Vous me direz qu’il reste la correspondance, la véritable, celle « avec une plume, de l’encre et une feuille de papier ».

      J’ai pour ma part une petite astuce pour garder le lien avec quelques membres de tel ou tel forum au cas où la belle machine viendrait à disparaître : nous échangeons nos coordonnées, adresse électronique ou numéro de téléphone, ou bien encore nous sommes inscrits sur un forum tiers qui permet le cas échéant de se retrouver. Très pratique lorsqu’il me faut organiser une virée régionale avec des membres qui viennent de la France entière mais aussi de Belgique ou de Suisse, ou lorsque nous devons nous retrouver pour une sortie photo…

      J’en profite pour vous remercier pour vos petits billets en forme d’extraits de journal.

      • Un ancien magistrat sur le blog duquel j’étais tombé un jour tout à fait par hasard. Intervenants de haut vol, mais un blog très orienté « politique française », ce qui m’en a fait partir assez rapidement.
        Mais je garde un merveilleux souvenir de mes échanges avec Madame Bilger, toujours à propos de menus détails de syntaxe.

        Je n’y suis pas retourné récemment et ne sais donc pas ce que ce blog est devenu.

        • C’est bien celui que j’avais aperçu à la TiVi, un jour que je promenais mon ennui pluvieux de chaîne en chaîne, c’est-à-dire de Charybde en Scylla.
          Purement anecdotique, j’en demande pardon à la compagnie et ne m’attarde pas sur le sujet – hors-sujet.

  20. Je viens de voir sur la-pleiade.fr que l’album de cette année et les deux nouveaux volumes au mois de mai seront consacrés à Flaubert. S’agit-il enfin des tomes IV et V des Œuvres complètes évoqués depuis plus de dix ans, avec en particulier L’éducation sentimentale ? Un article de Déborah Boltz évoquait jadis ce projet de tome IV (https://journals.openedition.org/flaubert/523). Auriez-vous d’autres informations à propos de ces tomes IV et V ?

    • Bonjour,
      Il s’agit bien des œuvres complètes IV et V, tel que le mentionne la page « À paraître » du site de la Pléiade (http://www.la-pleiade.fr/A-paraitre). Il devrait notamment contenir « L’éducation sentimentale », l’inachevé « Bouvard et Pécuchet », ainsi que le délicieux « Dictionnaire des idées reçues ».

      • Excellente nouvelle, d’autant plus que le site mentionne que l’album de la Pléiade 2021 sera consacré à Flaubert. Gallimard attendait sans doute le bicentenaire de Flaubert pour terminer la série.

  21. Bonjour,

    J’avais tantôt proposé en ces lieux agréables une liste. À l’époque, le document s’appelait « Liste d’œuvres pour la vie » ou quelque chose comme cela. Les critiques à l’époque n’avaient pas été tendres – en partie du fait que le public ici est, à raison, exigeant, et que le projet était fort jeune. J’ai continué à travailler dessus de façon assez intense quand mon travail me laisse un peu de répit. Il s’agit d’un travail qui n’est jamais achevé. Cependant, l’ensemble a atteint un résultat provisoire qui est bien meilleur que la très ancienne version postée ici il y a quelque chose comme deux années.

    Je ne souhaite pas démarrer de nouvelles polémiques, mais simplement partager mon travail avec toute personne intéressée, comme l’a fait Draak avec l’utile propagerlefeu. Je suis tout à fait au courant des limites inhérentes à un tel projet et, autant que faire se peut, me leurre pas. Si vous avez des remarques, suggestions, corrections, questions etc, je suis à l’écoute. Je signale qu’il est inutile de me dire qu’un tel document ne sert à rien. Il est disponible pour les personnes qui souhaitent s’intéresser à la culture d’elles-mêmes, sans avoir besoin de faire des génuflexions pour cela. Il n’est pas fait pour inciter quelqu’un qui ne s’intéresserait pas aux livres ou aux œuvres culturelles en général (il ne contient pas de dispositif pour cela, veux-je dire). Il est d’abord destiné à être donné à mes élèves en fin de Terminale afin de les assister durant leurs études supérieures. Ce document espère notamment être une source fidèle pour accompagner les découvertes culturelles de celles et ceux qui n’ont pas bénéficié d’une éducation où les codes culturels sont implicitement transmis, laissant les autres sur le carreau, confrontés aux mystères de l’oracle.

    Quoi qu’il en soit, bonne lecture. Le lien ci-après est pérenne, les mises à jour se faisant de façon transparente, vous pouvez y retourner au rythme qui convient à chaque personne afin d’y recueillir la dernière version (la mise à jour est faite plusieurs fois par mois). Vous pouvez librement diffuser ce document grâce à la licence choisie.

    Pour éviter tout malentendu, je vous invite à lire soigneusement le propos liminaire.
    Pour toute remarque, suggestion d’ajout ou de correction, diatribe, ou si vous souhaitez une version aisément éditable, vous pouvez librement me contacter à l’adresse suivante : contact01 [AT] kingsofspeed [POINT] fr

    Lien : https://drive.google.com/file/d/1EOaxq4foN02zLPLAz8CZjd6DHPsPBNx0/view?usp=sharing

    • 17 février 2021.

      J’ai eu la joie d’y voir le nom de Jean Amrouche. Mais ses Chants berbères de Kabylie sont le seul ouvrage de lui qui y figure. Je ne sais pas à quel point il est représentatif de la vie et de l’œuvre de ce poète à la destinée singulière.

      Une version de son journal aurait paru ces dernières années, mais je n’ai pas voulu la lire (alors que s’il y a un livre que je voudrais lire, c’est celui-là) parce que j’ai compris que ce n’est pas son journal intégral, la famille refusant, défendant, semble-t-il, qu’il paraisse entièrement.

      Il y a sa poésie, la part la plus personnelle de son œuvre, et je ne sais pas ce qui peut en être disponible encore chez de petits éditeurs. Certaines correspondances aussi peut-être.

      Je le répète : quel destin que celui de cet homme !

    • 19 février 2021.

      Petit complément :

      Un pur produit de l’école française, dans un pays et parmi un peuple où l’influence française était appelée à disparaître — et elle a disparu.

      Je parle évidemment d’une certaine idée de l’éducation à la française qui n’est plus, qui a vécu, qu’on est libre de regretter ou non.

  22. Question à Domonkos Szenes

    Il y a quelques jours, je me suis réjoui de trouver en vous un admirateur d’Yslaire. Vous connaissez certainement la série « XXe ciel.com ». J’ai fait mon miel des quatre volumes parus aux Humanoïdes Associés « …mémoires98 », « …99 », « …19.00 » et « …20.00 ». Il paraîtrait qu’il y aurait un ou deux autres volumes : « Introduction au XXe ciel » et « Mémoires du XXe ciel 98 », publiés chez Delcourt.
    Savez-vous si ces deux derniers volumes sont indépendants des autres ou s’ils font doublons ?
    Par avance, merci de votre réponse.

    Bonne nuit.

    • Bonjour Marc Bonetto

      L’histoire éditoriale de « XXe ciel.com » est assez erratique et un peu difficile à suivre, car Yslaire est aussi paranoïaque que « génial » (mot pris dans son acception « moderne ») et ses relations avec ses éditeurs sont tempétueuses.

      En fait, à ce que je crois avoir compris, il n’y a pas quatre volumes, ni six, mais cinq. Des deux volumes Delcourt, « Introduction au XXe Ciel » est vraiment une introduction (assez différente formellement des volumes suivants), tandis que « Mémoires du XXe Ciel 98 » a été repris, comme premier volume de la série aux Humanos. Je n’ai pas l’impression que « Introduction » ait été reprise par les Humanos, pour je ne sais quelle obscure raison appartenant au « mystère Yslaire ».
      Il y a eu aussi une intégrale, réunissant les 5 volumes Humanos, sous le titre « Le Siècle d’Eva ». Je ne la possède pas et ne sais pas si elle comporte des ajouts.

      Par ailleurs, il y avait tout le travail fait par Yslaire sur internet, dont je n’ai pas connaissance, car je reste attaché au livre papier et n’ai pas fait le bond dans le monde virtuel.
      ……………………….

      En tous cas, même si on n’est pas, comme vous et moi, un amateur du travail d’Yslaire au long cours, ni même un amateur de bandes dessinées, je recommande chaudement derechef son travail sur la maîtresse métisse de Baudelaire, qui est une véritable splendeur, au vu des trois « cahiers » d’esquisses, de travaux préparatoires, de dessins achevés, qui sont parus chez Dupuis, en attendant, le mois prochain, la parution de l’album achevé.

      Yslaire qui est, comme le prouve sa série « Sambre », plongé jusqu’au coup dans l’époque du Romantisme et son esthétique, donne une vision de l’intimité et de l’imaginaire de Baudelaire fascinante – vision bien entendu fantasmée : là est sa vérité. Il ne saurait en être autrement, car qui pourrait prétendre vraiment avoir une vue réaliste de la vie et des rêves du Poète, connaître son secret sous les apparences trompeuses mises en scène par Baudelaire lui-même ?

      • En ce qui concerne « Introduction au XXè siècle » chez Delcourt, je l’ai vue ailleurs qualifiée de « travail préparatoire ». Cette appellation me semble effectivement mieux convenir que celle d’introduction. C’est certainement cet aspect qui a conduit Yslaire à ne pas la reprendre dans l’édition des Humanoïdes Associés.
        Je suppose que vous connaissez également son diptyque : « Le Ciel au-dessus de Bruxelles » (« avant » et « après »), publié par Futuropolis, et qui est assez proche du précédent ensemble.

  23. Merci pour ces renseignements. Ils confirment mes soupçons. « Introduction au XX ciel » sera donc l’un de mes prochains achats et j’ai dans le collimateur l’album sur Baudelaire et Jeanne Duval.
    Un de mes défauts, véniel par rapports à d’autres, certainement névrotiques (mais on peut vivre très bien avec ses névroses), est de vouloir tout lire d’un écrivain. C’est évidemment impossible et le notion d' »oeuvres complètes » me paraît fallacieuse. La Bibliothèque de La Pléiade manque de cohérence. Par exemple, les « OEuvres complètes » de Baudelaire sont indépendantes de la correspondance. Allez comprendre.

    Bonne journée à vous et à ceux qui me liront.

    Marc Bonetto

    • J’avais un ami écrivain (Marc Petit) – je dis « j’avais » car depuis un an que je ne vois plus personne, assigné à résidence ou quasiment dans mon village isolé, mes amis sont tous devenus lointains et un peu « perdus » – qui, un soir où nous nous saoulions de poésie, a affirmé que les vers de Baudelaire étaient techniquement exécrables.
      Fort bien. Je ne suis pas de force à en discuter et alors, je restai coi.

      Néanmoins, les années passant, je considère de plus en plus Baudelaire comme le plus grand poète de son siècle (et c’est un hugolâtre non repenti qui vous le dit).
      Plus jeune, son poème « l’Albatros » me faisait rire comme rodomontade, aujourd’hui je savoure l’exactitude de la métaphore et la façon dont elle s’applique parfaitement à son auteur : Marc et moi voyions tous les deux « ses ailes immenses » mais, tandis que je ne l’imaginais qu’en « Prince des nuées », lui le voyait boiter lamentablement sur le pont du bateau.

      Chez certains – ce n’est pas le cas de tous – les pires défauts sont encore une marque de leur génie.

      Dans le cas de Baudelaire il paraît inconcevable de ne pas disposer du moindre mot sorti de sa plume – quand bien même sont-ce des cochonneries « belgiques » – tant son oeuvre, en l’état d’inachèvement où il l’a laissée, est indivisible. Qui pourrait se targuer de quelque légitimité à « faire le tri » que Baudelaire, s’il avait vécu plus longtemps et en disposant de ses facultés mentales, aurait fait mieux que personne ?

  24. Les vers de Baudelaire serait « techniquement exécrables ». Bigre ! Diantre ! Fichtre ! N’êtiez-vous saouls que de vers ? N’aviez-vous pas vidé quelques flacons d’alcohols plus ou moins frelatés et fait une consommation abusive de produits stupéfiants ?

    Mon avis vaut ce qu’il vaut, mais, jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire, je continuerai à penser que c’est lui le « poëte impeccable ». Dans les deux volumes de La Pléiade, il n’y a rien à jeter, et surtout pas « Les Fleurs du Mal ».

    Bonne soirée.

    P. S. J’ai acheté « Introduction à XXe siècle.com », neuf et à un prix raisonnable.

    • Il nous en avait fait une démonstration en disséquant quelques vers, mais franchement, c’était trop technique pour moi, et de toute façon, diX années plus tard, il ne m’en reste plus grand chose en mémoire.
      Par contre, je me souviens que, les trois ou quatre autres écrivains qui se trouvaient avec nous, autour de la table (nous formions un petit cercle de passionnés autour de deux ou trois idées communes que nous nous faisions de la littérature), tous estimables et plus encore, semblaient d’accord avec lui. Était-ce du snobisme ? Je n’en sais fichtrement rien et je m’en fiche. De toute façon, il s’agissait de « mécanique » et pour ma part, j’ai toujours aimé entendre ronronner un moteur sans qu’il me vienne envie de plonger les mains sous le capot.
      En tout état de cause, Baudelaire est un des rares dont j’ai retenu des vers tout au long de ma vie, et qu’il m’arrive de citer, avec Gérard de Nerval qui est le plus proche de mon coeur.

  25. 20 février 2021.

    Le langage précis fait sortir l’homme d’un rêve dont il est, depuis l’origine, le prisonnier.

    Adapté de Georges Perros.

    (Ce cher Perros avait écrit : « dont il est le mannequin bringuebalant » — dans Papiers collés I, 1960 ; ce qui est moins bien, et préjudiciable à l’équilibre de la phrase).

    Excellent week-end à tous.

  26. Voici le programme du volume Romans pour Genêt. Il est précisé qu’il s’agit de la première version non censurée et que les textes sont donc quelque peu différents de ceux connus : Notre-Dame-des-Fleurs – Miracle de la rose – Pompes funèbres – Querelle de Brest – Poèmes – Journal du voleur – L’Enfant criminel, Fragments – En marge des œuvres de Jean Genet:.

    • Voilà donc une bonne raison d’acheter cette Pléiade dont j’avais dit qu’il aurait fallu qu’elle apportât quelque chose de neuf pour me motiver. C’est chose faite.

      Je suis divisé, pléiadophile : le lecteur vous remercie, mais celui qui tient les cordons de la bourse ne vous remercie pas.

  27. « À Ferney-Voltaire, une famille lègue à la commune 30 livres de Voltaire imprimés avant sa mort

    À Ferney-Voltaire, dans l’Ain, à quelques kilomètres de la frontière avec la Suisse, la présence du philosophe des Lumières est partout. Il a vécu presque vingt ans dans la ville et lui donna son nom. Une statue à son effigie occupe la place centrale du bourg avec cette inscription : « Bienfaiteur de Ferney ».

    Près de deux siècles et demi plus tard, une nouvelle trace de ce passé vient de refaire surface. Une vieille famille de Ferney a fait don de 30 ouvrages de Voltaire vieux de 253 ans. Ils ont été imprimés dix ans avant la mort de l’écrivain, en 1778. » (France Info)

  28. Je ne résiste pas au plaisir de vous parler de mon dernier bonheur de lecture: j’ai depuis quelques années les deux volumes des Oeuvres Complètes de Roger Martin du Gard en ma possession; après avoir dévoré les Thibault, et beaucoup aimé Jean Barois, j’en était resté là. Et puis il y a quelques jours, j’ai ouvert le deuxième tome, au hasard, et j’ai découvert Vieille France. Quel texte! C’est terrible, le comique le dispute au tragique, on y est dans ce maudit village de Maupeyrou, avec ses vieilles bigottes, ses gamins sournois, ses mesquineries et ses jalousies recuites. Pas un mot en trop, c’est écrit avec un scalpel, c’est même un peu méchant, ce qui est étonnant de la part de cet écrivain, que je trouve hélas, à moins que je ne me trompe, un peu oublié. J’ai l’impression que Paul Morand, à qui ce texte m’a fait penser, a davantage les faveurs de Gallimard (biographie, journal de guerre…). C’est en tout cas, à mon humble avis, un livre à découvrir, et je me permets de vous le conseiller!

    Amitiés,
    Alinio.

    • 25 février 2021.

      Je suis si heureux que quelqu’un évoque enfin ce livre méconnu, qui est en effet une manière de chef-d’œuvre — que Martin du Gard avait écrit pour « se reposer » de son travail sérieux du moment. Je crois bien que c’est pendant l’écriture de ce livre impossible : Maumort.

    • Roger Martin du Gard a écrit Vieille France en 1932, il était presque ruiné, il avait interrompu l’écriture des Thibault, probablement un peu dans un état de désespoir. C’est pour cela que ce roman est si amer. Il n’a commencé à travailler sur le lieutenant-colonel de Maumort qu’en 1941.

  29. Philippe Jaccottet est mort. Je connaissais peu le poète mais je vénérais le traducteur et le passeur (de passions) qu’il était.
    La liste de ses traductions est effectivement longue comme le bras d’Hercule. J’ai commencé, jeune, par Musil et aujourd’hui je me délecte de son Holderlin chez La Pleiade dans lequel il a eu l’immense mérite de laisser à d’autres le soin de s’exprimer : je pense au très grand Gustave Roud, quel régal, lisez-donc sa traduction du Rhin, mais aussi à André du Bouchet et au moins connu Robert Rovini. Bien sur il y a son Rilke dont j’ai cherché pendant de très longs mois des bribes de traductions des Sonnets à Orphée qu’il disséminait, grand espiègle, ici ou là (j’en ai collecté que 4 dont trois dans la seule revue Europe!); sur sa traduction des Elégies de Duino, Jean-Yves Masson rapportait qu’il ne l’aurait jamais entreprise (et pourtant ô combien belle et rugueuse) s’il avait su que Jaccottet allait faire la sienne (bien plus tard). Nous avons gagné, là, deux immenses textes.
    Pour Mandelstam, il a été plus passeur que traducteur (malgré le fait d’avoir appris la langue russe justement pour le traduire), laissant une fois de plus la voix aux deux grands traducteurs de ce poète que sont Louis Martinez et surtout Jean-Claude Schneider qui, quelques années plus tard, acheva la traduction complète de l’œuvre de Mandelstam aux éditions le Bruit du Temps dirigée par Antoine, le fils de Philippe Jaccottet.

    Mais je veux ici surtout rendre hommage à sa traduction des Solitudes de Gongora (chez Dogana), dont on peut considérer que leurs univers sont totalement à l’opposé. Que vient faire l’amateur des ombreux sentiers vaudois chez l’astre solaire que fut Luis de Góngora y Argote !
    Ce terrible contraste donne ceci : voici la description de l’isthme de Panama, symbole du Nouveau Monde (Première solitude, v419-429) :

    « Puis, en dépit des volantes vipères
    – ombre au soleil et venin pour le vent –
    des archers caraïbes, ses bannières
    toujours glorieuses, toujours frémissantes,
    brisèrent, de cent plumes par l’Isthme bardés,
    les Lestrygons, fauves ailés :
    l’Isthme qui l’Océan divise
    et – serpent de cristal – l’empêche
    d’unir son chef par le Nord couronné
    à sa queue que le Sud orne, écailleuse,
    d’antarctiques étoiles. »

    • Merci pour ce bel hommage rendu à Jaccottet, Jaccottet dont j’étais à peu près le seul ici à dire que je l’aimais et l’admirais. J’aime aussi le poète, j’aime surtout le poète pourrais-je dire.

      • Ne croyez pas que les plus bruyants soient une majorité. Mais il est difficile, ici, parfois, de s’aventurer à défendre qui que ce soit.
        J’avais commis, à l’époque où ce blog n’était pas votre forum, mais mon blog, une note sur L’obscurité, je crois, un livre qui m’avait touché.
        Peu importe.

        • Faites comme moi, fermez ce « blog-forum ». J’avais fermé le mien — de blog, sur la même plateforme d’ailleurs — parce que la fréquentation en était exactement nulle, et parce que j’avais découvert que ce que j’y écrivais n’intéressait et ne pouvait intéresser personne.

          Pour vous, c’est peut-être différent.

      • Je fais partie de ceux qui ont pu avoir des mots assez durs (plus qu’il n’était nécessaire et raisonnable, sans doute) au sujet de la Pléiade Jacottet. En fait, ce n’est pas le poète que j’attaquais, car sa poésie me touche même si elle ne se peut égaler à certaines cimes – mais cela ne me gêne pas et d’ailleurs, en quoi serait-ce un défaut ? Ce qui me gênait, dans cette Pléiade (que j’ai lue) était la trop grande place, à mes yeux, donnée à des considérations prosaïques qui selon moi ne dépassent guère le niveau des vérités d’évidence et des choses entendues. Je ne me renierai pas sur ce point. Quant au traducteur qui a également été très contesté ici même, je ne puis rien en dire, dans un sens ou dans l’autre, pauvre monolingue (ou médiocre polyglotte) que je suis.

        Mais tenter de peser la valeur littéraire de l’oeuvre de Jaocottet n’est pas aujourd’hui l’objet de mon intervention, je suis tout à la tristesse de voir disparaître un authentique poète (question de sa place plus ou moins éminente mise à part) qui ne pouvait m’inspirer que du respect et de l’affection – et avec lui disparaître de notre présent une part de poésie.
        Au moins aura-t-il vécu « toute sa vie entière, » jusqu’au terme de son âge.

  30. Nous sommes d’accord, Il n’est pas comparable à Hugo, à Rimbaud ou à Baudelaire. Nul ne dit cela. Mais j’avoue que ses réflexions critiques sur la littérature ou la musique dans les Semaisons ne me sont pas désagréables. On comprend mieux ce qui a formé son univers intérieur.

  31. Mon cher Brumes,

    Sans vous demander de commettre la moindre indiscrétion, mais, de l’endroit où vous vous trouvez (celui où on tire les ficelles et tient les commandes de ce blog), avez-vous des nouvelles de NeoBirt7 ?

    Je dois être un cas supplémentaire de personne atteinte du syndrome de Stockholm, mais il est vrai que je me suis attaché à notre bon maître aux sévères jugements et à la férule toujours prête à entrer en action.

  32. Nous nous sommes quelquefois étripés ici même, au sujet des problèmes de traduction, polémiques dans lesquelles NeoBirt7 s’illustra plus d’une fois.

    Tout cela est dépassé à présent et les problèmes réglés définitivement. Il ne s’agit plus de traduire un texte mais une « âme ». Pour cela, point besoin de savantasses polyglottes, un parfait idiot ou un complet ignorant pourrait tout-à-fait faire l’affaire, pourvu qu’il ait la bonne couleur de peau. C’est ainsi que l’esprit humain avance en reculant de plusieurs siècles.

    Pour illustration, la façon dont la question a reçu une réponse définitive, près de chez nous, aux Pays-Bas :
    « L’auteure à succès Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de la poétesse noire américaine Amanda Gorman.
    Marieke Lucas Reineveld cède ainsi aux attaques formulées par une journaliste néerlandaise noire, originaire de l’ex-colonie de Suriname. Celle-ci affirmait dans un article du journal de gauche De Volkskrant qu’une personne blanche ne peut pas ressentir la détresse d’un peuple opprimé comme les Noirs américains. Et proposait une poignée d’artistes « afro-néerlandais » qui seraient selon elle mieux placés pour traduire des poèmes tels The Hill we Climb (trad: La Colline que nous gravissons), déclamé par Amanda Gorman lors de la cérémonie d’investiture du président Joe Biden. »

    • Ces fadaises ne datent pas d’hier ; le plus prolixe de nos traducteurs littéraires, à lui tout seul une véritable industrie se piquant d’entendre quinze ou seize langues, y compris l’hébreu biblique, le latin et le grec ancien, Pierre-Emmanuel Dauzat, ne translate-t-il pas à bride abattue armé de dictionnaires pour tout renfort (https://bit.ly/307D1ss et ailleurs) ? Il suffit de comparer la moindre de ses versions avec l’original pour y déceler moult erreurs que ne commettrait point un connaisseur universitaire de ces langues, allant de l’inexactitude vénielle au contresens grave, jusque sur l’anglais académique le plus limpide. « Or perhaps she is fantasizing about someone else » > « à moins qu’autre chose n’occupe leur imagination » ; « does one conclude that Montaigne had a smallish penis? » > « faut-il en conclure que Montaigne était pourvu d’un petit pénis ? » (traduire : « médiocrement outillé » ; smallish n’est pas small) ; « and he added a classical quotation » > « et y va d’une citation antique » ; « he showed no shame about revealing such things » > « il ne montra aucune gêne à révéler de telles choses » (affaiblissement sémantique : « vergogne, scrupule ») ; « amid the varied adventures of his friendly tool, nevertheless, Montaigne also did what all dutiful noblemen must do » > « et au milieu des diverses aventures de son ‘vit d’ami’, Montaigne fit aussi, néanmoins, ce que tous les nobles dignes de ce nom doivent faire » (contresens : dutiful = « respectueux de leur devoir » ; au passage, en copiant la citation métrique faite par Montaigne, Dauzat a détruit le rythme du décasyllabe, lui qui imprime « un vit d’ami la contente et la bien traite » au lieu de « un vit d’ami la contente et bien traite ») ; « among the many things for which he admired the philosopher Socrates was his having perfected the art of living with an aggressive wife » > « parmi les nombreuses raisons qu’il avait d’admirer Socrate, il y avait son art de vivre accompli avec une femme acariâtre » (contresens complet sur la construction : l’auteur original voulait dire « il y avait le fait d’avoir maîtrisé / porté au point de perfection l’art de vivre avec une virago d’épouse ») ; « Montaigne himself did not brood in his tower like a Gormenghast earl » > « Montaigne ne rêvassait pas dans sa chambre à la manière d’un comte de Gormenghast » (deux contresens de suite : la tour montanienne devient une chambre ; to brood = « être maussade, broyer du noir », ce qui est exactement le cas de ce personnage littéraire, à l’existence seulement égayée par ses livres jusqu’à leur destruction par le feu) – ces quelques exemples empruntés au début du chapitre 8 du détestable How to Live? Or A Life of Montaigne in One Question and Twenty Attempts at an Answer » de Sarah Bakewell (2010) dont Sauzat assura la traduction pour Albin Michel. Un interprète qui laisse échapper de telles perles en passant en français un anglais à ce point dénué d’ambiguïté et de fondrières, je laisse imaginer ce qu’il en est sur de l’allemand complexe ou sur les langues classiques (et je prie de croire que j’ai choisi ce passage, ainsi que ce livre, au hasard dans le catalogue du Kindle d’un de mes arrière-petits-enfants). Le regretté François Truchaud n’a jamais traduit de cette plume maladroite…

      L’oeuvre à laquelle j’ai voué ces mois de silence comportera, comme tout labeur humain, indubitablement des erreurs, mais elles n’auront rien, je pense, d’aussi élémentaire et imbécile que chez Dauzat – entre le brouillon de ma version de toutes les pièces de l’Anthologie Pléiade de la poésie chinoise (entreprise suggérée par l’altercation avec Domonkos, qui m’accusait de mal translater ce corpus), prévue pour un éditeur universitaire compte tenu de son copieux appareil critique ainsi que de la polémique frontale que j’y mène contre les sbires de Matthieu et les amateurs éclairés mais pas philologues pour un sou tel notre ami Domonkos, j’ajoute une annotation critique et exégétique à ma traduction inédite du Rāmāyana établie d’après l’édition critique de l’Institut orientaliste de Baroda et non pas d’après un texte vulgaire comme le fit le tome de la Pléiade (à la qualité doublement discutable compte tenu par surcroît du travail hâtif accompli par certains collaborateurs de cette entreprise). Ce sera sans nul doute un livre publié à compte d’auteur, vu le désintérêt pour le sanskrit de toutes les maisons d’éditions francophones hormis de trop rares séries contrôlées par des mandarins. Mes héritiers feront d’autant plus buisson creux !

      Le Flaubert de 2021 me tente bien, mais je redoute un manuscrit blanchi par l’âge, les grouillots de chez Gallimard n’aimant rien tant que laisser dormir les oeuvres rendues en attendant un quelconque jubilé qui leur ferait écouler quelques milliers d’exemplaires supplémentaires ! Le nouveau Genet me retourne les entrailles ; de quel droit en revient-on à l’état primitif des romans, canonisant pour ainsi dire la Samizdat par dessus les versions polies par ou au nom de l’auteur alors même qu’à son ordinaire la Pléiade réserve les pré-originales et autres versions initiales pour l’appareil critique ? La réponse ne fait que trop peu de doute, hélas – par souci de lucre, en remettant pour les quarante deniers du scandale les outrances verbales et les crudités du Genet éphèbe puis éphébophile sous les yeux du lecteur ! Sans moi. Dame Pléiade se comporte à l’inverse de Cyrano dans la tirade (superbe !) où il se défend contre le reproche de donquichottisme :

      bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
      lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
      ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

      (NB7, auquel la colère a redonné vie !).

      • Cher Neo-Birt7, de grâce, lancez une souscription ou permettez au moins que les personnes intéressées acquièrent ces précieux volumes.

        Heureux de vous lire de nouveau par ailleurs.

      • Très heureux de vous lire de nouveau, NeoBirt7, même si vous me réservez quelques piques (quoique, le qualificatif « amateur éclairé » me plaise assez). Je garderai sur le sujet mon quant à soi, ayant me semble-t-il déjà dit tout ce que je croyais devoir et pouvoir dit – et peut-être même un peu plus (ceci n’est pas un acte de repentance). Rémi Matthieu (dont j’appréciai jadis les travaux anciens) aurait-il fait figure de « géant » et de maître d’oeuvre incontournable, aux yeux des éditeurs de la Pléiade, « du temps que la Nature (ou l’Université) concevait chaque jour des enfants monstrueux ? (…) »

        Ne peut que partager votre méfiance pour Flaubert, mais elle ne sera pas suffisante pour me décourager de compléter la série Flaubert dans la ci-devant « prestigieuse collection ». Je ne saurais me contenter d’un Flaubert-Pléiadisé hémiplégique.

        Et, par-dessus tout, je vous sais gré de votre intervention musclée sur la nouvelle édition des romans de Jean Genet qui renforce les préventions que j’avais exprimées. Je partage entièrement votre point de vue sur le sujet, tant pour le fond que pour la forme. Ma déception est d’autant plus grande que j’avais d’abord cru comprendre (incapable de soupçonner qu’il pût en être autrement) que nous aurions les textes « primitifs » sans qu’ils vinssent remplacer les versions postérieures et définitives. Le mot scandale est encore faible !

  33. Je reviens sur l’édition des poèmes et romans de Jean Genet, prochainement, en Pléiade.
    Sur le site de la Pléiade, il nous est dit :

    « La plupart des œuvres inscrites au sommaire du volume étaient connues par la version qu’en proposent les Œuvres complètes de Genet, qui commencent à paraître chez Gallimard en 1951. Mais le texte de ces volumes avait été révisé, soit par Genet, soit avec son assentiment, de manière à atténuer certains éléments sexuels et politiques. La présente édition revient systématiquement au texte des premières publications clandestines. Ces versions n’étaient jusqu’à présent accessibles au grand public que pour Pompes funèbres et pour Querelle de Brest. Ce volume est donc l’occasion d’une redécouverte, spectaculaire et radicale, des œuvres romanesques de Genet. »

    Fort bien. L’éditeur a toutes raisons de se réjouir et d’appâter le client avec cette tonitruante annonce. Je serai parmi les premiers à me jeter dessus, et donc à couronner ses espérances.

    Ceci étant dit et établi – et passé mon premier mouvement d’enthousiasme – il n’est pourtant pas interdit de se poser une question :
    de quelle autorité se réclame l’éditeur pour nous donner comme définitive, et seule valide, une version des romans antérieure à l’édition des Oeuvres Complètes dont « le texte (…) avait été révisé, soit par Genet, soit avec son assentiment » ?

    N’est-il pas habituellement d’usage, notamment quand il s’agit de la Pléiade, de donner les textes dans la dernière version révisée et approuvée par l’auteur, et considérée comme définitive ?
    Ou bien, comme il a été fait pour Gustave Flaubert, de nous donner « le premier ND des Fleurs » suivi du « Second ND des Fleurs » et ainsi de suite pour chacun des romans ?
    Afin que nous puissions disposer, dans la même édition, des deux versions de l’oeuvre de Genet, la « clandestine » (que, de facto, l’auteur a reniée en la « censurant » ou acceptant qu’elle le soit), et « l’officielle » (révisée et approuvée par l’auteur).

    L’éditeur est-il habilité à décider que seul le « texte des premières publications clandestines » doit être pris en considération ?
    Ne s’agit-il pas, finalement, d’une manipulation, et d’une falsification de l’oeuvre et de l’auteur Genet, à l’encontre de sa propre volonté ? Genet ne détestait pas jouer avec son image, quitte à s’inventer une vie ou des pans de vie, faut-il que ses éditeurs posthumes usent des mêmes méthodes, pour nous donner un Genet « tel qu’en lui-même (la Pléiade) le change » ?

    J’aurais aimé avoir, sur cette question, un avis de NeoBirt7, dont l’absence prolongé me paraît si regrettable.

    • Il faudrait surtout connaître l’ampleur des différences entre les versions Barbezat et Gallimard.
      D’après cet article il y aurait eu quelques remaniement dans Miracle de la rose, des retranchements mineurs (et peu compréhensibles au passage) dans Notre-Dame-des-Fleurs ; Journal du voleur, Querelle de Brest et Pompes funèbres ont, sauf erreur, déjà été republiés en version original dans L’Imaginaire et Biblos.

      Genet, en 1951, fait paraître ses œuvres complètes chez Gallimard. Il apporte quelques modifications, mais surtout il accepte que certains passages soient caviardés ou amendés. Dans le Miracle de la rose, « on a remplacé le mot « bite par le mot « sexe, ce que je trouve lamentable », constatait Marc Barbezat. Moins de coupes, mais des âneries semblables dans Notre-Dame-des-Fleurs, « quand Genet parlait d’un personnage et donnait la mensuration de son sexe, Gallimard l’avait coupée ». C’est seulement en 1993, dans la collection «Biblos», que Gallimard rétablit le texte.

      • J’entends bien les justifications que donnent les éditeurs, il n’en demeure pas moins qu’on a soigneusement attendu les éditions posthumes pour « rétablir » le texte primitif, puis, avec la Pléiade, canoniser ce texte primitif, en lieu et place de celui qui avait été établi ou bien accepté par l’auteur.

        Je veux bien admettre que le débutant Jean Genêt a pu accepter contre son gré des modifications qui auraient conditionné (?) la parution de ses premières oeuvres, mais on me fera difficilement croire que le Jean Genet devenu souverain dans le domaine de la littérature et de la provocation, n’aurait pas eu l’occasion, s’il l’avait souhaité, de demander et d’imposer ces « restitutions » à un éditeur trop heureux de se soumettre aux desiderata du grand homme !

        Donc, jusqu’à plus solide démenti, je continuerai de croire qu’il s’agit là de basse manoeuvre éditoriale, de manipulation abusive et de falsification, afin de rendre ce Pléiade plus « bankable ».

        La simple honnêteté aurait consisté à donner les deux versions (soit in extenso, soit puisqu’il s’agit de modifications peu importantes en quantité, sous forme de variantes). J’ajoute que, s’il s’agit bien de différences mineures, l’éditeur rend son cas encore plus pendable, en voulant nous faire croire qu’il s’agit là d’une version susceptible de bouleverser notre vision de l’oeuvre et de l’homme : « l’occasion d’une redécouverte, spectaculaire et radicale, des œuvres romanesques de Genet ». Excusez du peu !

        On nous a déjà fait le coup avec l’édition de Segalen, censée nous faire connaître « le vrai » Segalen (après avoir lu dans les cendres ses intentions jamais exprimées de son vivant ?), celui que personne n’avait su voir avant (ce que la lecture attentive que j’ai faite, depuis, des deux volumes Pléiade, ne confirme absolument pas et fait même sombrer dans le ridicule). J’ai retrouvé dans les préfaces et commentaires la même prétention à « être plus Segalen que Segalen lui-même ». Antérieurement, on nous fit connaître un Shakespeare inouï, et ainsi de suite… Quelle merveilleuse époque vivons-nous, et combien nos prédécesseurs étaient ignorants et semi-analphabètes !

        Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le Royaume de La Pléiade, soumis aux diktats du marketing.

        • Il est clair que les superlatifs de la notice sont de pure communication — espérons que les deux éditeurs n’ont eux pas donné dans l’esbroufe.

          Pour la préséance des différentes versions c’est tout de même embrouillé :
          tous les textes parus dans les Œuvres complètes de la collection Blanche ont été retouchés mais Querelle de Brest et Pompes funèbres sont en même temps (1953) parus en version originale dans la collection L’imaginaire. Quant à Notre-Dame-des-Fleurs et Miracle de la rose ils ont continués à être réédités en version originale par Marc Barbézat dans L’Arbalète.
          J’ai par exemple devant moi un exemplaire de Notre-Dame-des-Fleurs imprimé en 1966 — du vivant de Genet et après l’édition Œuvres complètes en Blanche (1951), donc — qui reproduit l’édition non retouchée de 1948.

          • Là où il se trouve (à supposer qu’il se trouve quelque part, et bien que je ne croie guère à l’au-delà), Jean Genêt doit bien s’amuser du sac d’embrouilles qu’il nous a laissé.

          • Dans tous les cas de figure, dans une édition qui s’est aussi longtemps faite attendre et qui affiche haut ses prétentions, on doit s’interdire de faire des choix à la place de l’auteur, donc les deux versions – sous quelque forme que ce soit – s’imposent absolument. C’est le moins, pour être pris au sérieux.
            Faute de quoi, on en revient à l’éternelle question : à quoi sert un Pléiade, hormis décorer une bibliothèque ?

  34. Je ne peux que faire chorus. Quelle idée insensée de ne pas avoir conservé les versions antérieures pour les variantes. Décidément, Gallimard s’enferre dans des choix éditoriaux piètres qui deviennent par trop le nouvel esprit de la collection.

  35. Domonkos, veuillez ne pas prendre en trop mauvaise part mes remarques vous concernant ; je ne faisais que vous créditer, ainsi que cela se dit en (fr)anglais, comme force agissante derrière l’orsam telam, le lancement de la navette sur le métier, de mon incursion en 中國文化學誌. Il est très stimulant de reprendre de zéro la traduction et le commentaire d’un échantillon de poésie chinoise s’échelonnant sur quelques millénaires ; tant pis si le résultat de mes veilles fait sans cesse descendre le lecteur depuis le char des Muses pour traverser des sentines sans air. Certaines pièces m’ont demandé deux ou trois jours de recherches et de vérifications, à raison de 7 ou 8 heures quotidiennes, soit bien davantage que ce qu’un universitaire surchargé d’enseignements et par surcroît astreint aux contraintes d’une vie de famille peut décemment leur consacrer dans les deux ou trois ans qu’une portion de Pléiade exige de ses auteurs. A mes moments perdus, j’aimerais rimailler une version moins prosaïque de ces poèmes, mais l’essentiel ne me semble pas là.

    L’évolution qualitative suivie par la Pléiade (et toutes les séries non stricto sensu érudites des Belles Lettres) nous amène sûrement vers des collections de pseudo luxe, au contenu similaire à des brimborions culturels pour blogueurs ou tweetos poseurs. Je voudrais donc dire avec Malherbe

    tu me ravis (Szenes), il faut que je l’avoue,
    et tes sacrés discours me touchent tellement,
    que Pléiades aujourd’hui ne m’étant plus que boue,
    je me sens profané d’en parler seulement

    pour m’excuser de me faire rare sur ce fil (et mes détracteurs de s’éjouir !).

    • Bien sincèrement, j’ai vraiment pris pour un compliment les termes « amateur éclairé ». Je ne trouve pas cela dépréciatif, et même plutôt flatteur, du « lieu » où je me situe. Et puis, nous commençons à devenir de vieux « ennemis », donc de bons amis… Ha ha ha ! Que serait un échange entre personnes s’estimant, s’il ne devait être que de lait et de miel ? Autant dire la paresse et l’ennui…
      N’ayant moi-même ni talent ni vocation à enseigner, je suis demeuré un éternel élève, recherchant la compagnie de ceux qui ont un savoir plus étendu, ou plus profond, ou au moins différent du mien. Sans pour autant me diminuer ou me sentir diminué. Et je respecte par-dessus tout « l’honnête travailleur » capable (contrairement à moi) de consacrer « deux ou trois jours de recherches et de vérifications, à raison de 7 ou 8 heures quotidiennes, soit bien davantage que ce qu’un universitaire surchargé d’enseignements et par surcroît astreint aux contraintes d’une vie de famille peut décemment leur consacrer dans les deux ou trois ans qu’une portion de Pléiade exige de ses auteurs. »
      Remarque très judicieuse.

      Soyons sérieux : qui voudrait véritablement s’approcher de la poésie chinoise classique (la contemporaine étant si abâtardie), espérer en connaître le goût, la saveur et la force évocatrice, devrait disposer de la version originale en idéogrammes (graphie ancienne, bien sûr), pour les yeux, de la transcription en alphabet romain, pour la sonorité, d’un mot à mot ou d’une version critique selon NeoBirt7 (celle-ci pouvant rendre inutile celui-là), pour le sens, et seulement alors, pour le pur plaisir esthétique, d’une version plus libre et plus « poétique ». Le tout, accompagné de notes suffisantes.

      Impossible ?
      Impossible oui, quand on a la prétention de donner en un volume une « Anthologie de la Poésie Chinoise » générale, allant des poèmes les plus anciens jusqu’aux plus contemporains, ce qui ne devrait plus être permis de nos jours, tant cela dénote un mépris de ladite poésie (réduite à portion congrue) et du lecteur (censé se contenter de ce pot-pourri).
      Pour ma part, je n’ai aucune envie de trouver dans un même volume, Villon, Racine, Nerval, Hugo, Mallarmé, Cendrars, Aragon, Yves di Manno… (*) Absurde !

      (*) liste résultant d’un vagabondage et ne prétendant nullement au nec plus ultra.

  36. Je me disais hier que peut-être nous aurons droit à deux volumes de Mishima en Pléiade une fois que Gallimard aura terminé son entreprise de retraduction depuis le japonais cette fois ce qui avait été traduit de l’anglais dans son œuvre (quelle honte ! soit dit en passant que procéder ainsi à l’origine).

    Comme cela, Gallimard pourra écouler des volumes qu’il a déjà vendus par ailleurs… Peut-être aurons -nous droit à quelques inédits pour nous consoler. Quoi qu’il en soit, j’attends avec impatience la retraduction de sa tétralogie pour m’y plonger.

  37. Bonjour, néophyte sur cette page, j’y ai été amené par le hasard du moteur de recherche. Je suis le seul que ça étonne que le prochain album de la Pléiade est consacré à un auteur qui a déjà eu le sien ? Le numéro 11 en l’occurrence (1972) ? Doit-on s’attendre à revoir des auteurs en albums, alors que d’autres n’ont toujours pas eu l’honneur d’en avoir un ? Dickens, Marx, Montesquieu, Kafka… Merci d’avance

  38. Bonsoir,

    Nous devons être quelques-uns à partager votre étonnement, mais la parution d’un album de La Pléiade est la plupart du temps liée à l’actualité de la collection. On aurait pu intervertir la sortie des oeuvres complètes de Flaubert avec « Romans et poèmes » de Jean Genet et consacrer à celui-ci l’album 2021. Mais non.

    • Peut-être, mais j’ai quand même l’impression que la collection tourne en rond. Les rééditions s’enchainent, pour de temps en temps l’une ou l’autre nouveauté. Le nombre de coffret a explosé sur ces dernières années, au détriment de la qualité ou de la variété non ? je comprend l’argument économique, mais ce n’est pas nouveau, la Pléiade a toujours été une collection au dessus de ce genre de considération. J’ai peur d’y voir Amélie Nothomb, Marc Levy, Stephen King ou Michel Onfray… Bien que je n’ai absolument rien contre ce genre d’auteurs, ça reste un nivellement vers le bas qualitative, alors que tellement d’autres auraient leurs places en priorité : Beckett, Leibniz, Schopenhauer, Aron, Maurois, Averoes, Hegel… Si maintenant en plus les albums deviennent des rééditions « augmentées »…

      • Estimer que la collection, du fait de son image prestigieuse – de plus en plus écornée au demeurant – est au-delà des considérations économiques, cela relève à mon sens bien plus de l’espérance que de la réalité. Gallimard est une entreprise, appartenant qui plus est à un grand groupe éditoriale derrière lequel sont des financiers. On voit clairement avec l’évolution de la collection depuis un bon nombre d’années maintenant qu’il s’agit désormais avant tout d’être particulièrement rentable. C’est cela qui amène cette chute de la maison Pléiade.

      • Tout à fait d’accord sur l’aspect « tourner en rond ».
        Que de coffrets ! Qui ne sont que… que quoi au juste ? Vendre deux volumes dans une boîte nouvelle ?!
        Il y a tellement à faire dans le monde de l’édition ! Mais, faisons, nous ! Bougeons-nous !
        La Pléiade est une société, dont l’objet est le profit. L’idée de fond est belle. La réalisation de la forme est spectaculaire. Avoir réussi à mettre au monde d’aussi beaux objets. Le papier, l’impression, la reliure, le cuir. Que faire de tout cela ? Maintenant il faut des acheteurs. C’est évident.

  39. Question qui me turlupine: existe-t-il un site internet qui propose l’Album de la Pléiade gratuitement à l’achat de trois volumes durant la quinzaine? C’est que le gentil petit libraire de quartier qui connaît si bien ses clients et a de si bons conseils (mythe contemporain) je le cherche toujours dans mon coin… Jadis l’épicier étatsuniens Jeff B. s’y collait, mais ce n’est plus le cas depuis plusieurs années, et comme on nous incite à ne pas bouger de chez nous…

    • Je ne peux l’assurer absolument – à vérifier – mais il me semble que la Fnac doit le faire (je crois même me souvenir l’avoir fait, lorsque j’étais à Wallis et Futuna et que la plus proche librairie se trouvait à… 450 kms par avion !).

      • Le problème, avec la Fnac, c’est que, lorsqu’on est adhérent, on ne peut cumuler le port gratuit et la remise de 5% : c’est l’un ou l ‘autre, il faut choisir. Vu le prix de trois Pléiades, je pense que le choix est vite fait ! (On m’avait expliqué que les concurrents s’étaient plaints d’une concurrence déloyale, lorsqu’ils cumulaient les deux avantages.)

    • Je veux bien croire que le gentil petit libraire de quartier plein de bons conseils soit un mythe dans bien des endroits, mais je vous assure avoir rencontré cet étrange animal à plusieurs reprises et en connaitre personnellement quelques-uns.
      Je suis sûr que je ne suis pas le seul en ces lieux à connaitre des librairies de très grandes qualités où les conseils sont précieux.

  40. Le site des librairies Decitre participe à la Quinzaine de La Pléiade. 0, 01 euros de frais de port si la commande dépasse trente-cinq euros. Il faut seulement s’armer d’un peu de patience et attendre parfois une dizaine de jours avant ce recevoir le colis.
    L’an dernier, j’ai acheté trois volumes de la Pléiade sur le site de la librairie Compagnie, en téléphonant pour m’assurer que l’on m’enverrait bien l’album. Là aussi, ce fut un peu long, mais il vaut mieux privilégier les petites librairies aux grandes surfaces de la « culture ».

  41. Bonsoir,
    Des habitués de ce fil de discussion pourront peut-être me renseigner.
    Je feuilletai le premier volume des œuvres de Rousseau (Les Confessions et autres écrits autobiographiques). Je suis tombé sur quelques coquilles, parfois grossières. Je me suis demandé s’il s’agissait d’erreurs incombant à Gallimard, ou si cela est, au contraire, une volonté de retranscrire un manuscrit tel quel.

    Je poste un cliché photo :

    [IMG]https://zupimages.net/up/21/13/dy8a.jpeg[/IMG]

    On peut noter des circonflexes manquants sur « continuames » et « fumes » (je pense une évolution de la conjugaison…).
    Par contre, « nous fumes logER » pique vraiment les yeux.

    Qu’en pensez-vous ?
    Merci d’avance

  42. L’édition Gagnebin-Raymond est notablement moins moderniste que d’usage dans la Pléiade à l’époque (voir la Note sur le texte dans les tomes I et II). Je cite I, pp. XCVII-XCVIII: « désirant donner enfin une édition absolument fidèle aux divers manuscrits et nous conformant aux principes adoptés pour les éditions critiques, nous avons décidé de respecter scrupuleusement l’orthographe de l’auteur. Anachronismes, incohérences, provincialismes ont été soigneusement recueillis. Rousseau tenait à son orthographe, à certaines formes désuètes ou populaires. Il l’a dit et répété maintes fois à ses imprimeurs. On trouvera donc dans cette édition, et parfois à la même page, des orthographes différentes pour le même mot. Rousseau hésite encore entre la forme ancienne et la forme contemporaine d’un assez grand nombre de mots, sçavans et savans, assiète et assiette, diné et dîner, bisarre et bizarre, monoye et monnoye voire monnoie, Il lui arrive de faire âge féminin, conformément à certains textes du XVIe siècle, et d’écrire une assemblage. Toutes ces singularités figurent dans la présente édition. Nous n’avons consenti qu’une seule exception à cette règle en corrigeant les bévues évidentes (fautes d’inattention que l’auteur aurait corrigées lui-même s’il s’était relu attentivement). Ont été considérées comme des bévues évidentes: le défaut d’accord entre le sujet et le verbe (le sujet au singulier, le verbe au pluriel, ou vice versa), entre l’adjectif et le substantif (p. ex. les belles ame), l’omission de la décile (p. ex. : soupconné pour soupçonné, m’enfoncai pour m’enfonçai (…)), l’absence d’accent aigu sur la syllabe tonique (p. ex. verite pour verité, degres pour degrés), enfin l’absence d’accent grave sur la préposition à et l’adverbe de lieu où ».

      • Le paragraphe suivant, que j’ai omis car je ne pouvais tout copier, concerne les archaïsmes de syntaxe, notamment les syllepses nominales. Contrairement aux éditions Pléiades de Voltaire ou de Diderot (première mouture), sans nul doute trop agressivement modernisées pour la graphie comme pour la syntaxe, les cinq volumes de Gagnebin-Raymond donnent une idée fidèle de l’usage rousseauiste tout en étant lisibles (on ne peut pas vraiment en dire autant des « Oeuvres complètes » en cours chez Classiques Garnier, 2014 sqq., qui respectent jusqu’à la ponctuation de leurs sources de base, manuscrit ou édition princeps ; la principale mise à jour tient dans leur annotation, aussi développée, sinon davantage, que celle de la Pléiade). Toutes les fois où un grand auteur du XVIIe ou du XVIIIe siècle tenait à son système orthographique, ainsi Rousseau ou Marie de Gournay, il est bon de les éditer conformément à leurs voeux, dût la lisibilité y perdre, dans les séries à large diffusion (mais pas les éditions savantes ou les intégrales épistolaires, seulement connues des, ou consultées par les, spécialistes) ; pour nos classiques auxquels l’usage était indifférent, ou s’avère surtout celui de leurs imprimeurs, l’éditeur moderne devrait se sentir plus libre aux entournures. Comme le disait la demoiselle dans sa langue truculente, « à quoy sommes-nous plus bons s’il nous eschape en songeant un mesme, pour un mesmes, ou un commence, pour un commences ? On nous attend là de par tous les Dieux, on y guette la victoire et le triomphe sur nous, à l’imitation des petits enfans, qui par jeu complotté font dire à leurs compagnons : petit plat, petit plat, afin que s’il arrive à la langue de celuy qui parle, de fourcher, en prononçant, plit plat, il soit salüé d’une longue huée, avec la perte de l’espingle qu’il a consignée pour enjeu. Et le bon est qu’observer à leur mode toute ceste chicane de la langue s’appelle bien parler et bien escrire, s’il les en faut croire » (ponctuation modernisée).

  43. Bonsoir,
    J’envisage de m’acheter les deux volumes de la correspondance de Baudelaire. Au-delà d’en apprendre davantage sur son auteur, présente-t-elle de vraies qualités littéraires ?
    Merci.

    • Bonsoir cher lecteur baudelairien !
      Possédant les deux volumes neufs depuis plus d’un an, je peux vous répondre.
      Hélas, il faut être sincère, elle ne présente pas de qualités littéraires remarquables.
      Pichois le dit d’ailleurs dans l’introduction. Baudelaire n’est pas un épistolier. Il ne compose pas une Correspondance régulièrement dans le confort de salon, il écrit des lettres au jour le jour, où il peut, principalement pour quémander quelques sous à sa chère mère. C’est une suite de supplique pour de l’argent !
      Toutefois, si vous êtes sous le charme de l’homme, bien évidemment vous apprécierez les parcourir.
      Mais, on ne peut qu’être déçu que les volumes ne comportent pas les réponses des correspondants de Baudelaire… Une telle correspondance existe dans je ne sais plus quelle obscure édition érudite mentionnée dans l’appareil critique, sous la direction, bien évidemment, une énième fois, de Pichois (dont la qualité de la prose n’est hélas pas à la hauteur de son investissement dans les études baudelairiennes, mais c’est un autre sujet !)
      Je crois bien que c’est cette édition : https://www.abebooks.fr/Lettres-Beaudelaire-Charles-Baudelaire-Claude-Pichois/22868441153/bd (ça fait cher les 400 pages broché !)
      D’autant plus qu’il y avait largement la place : deux petits volumes de 1100 pages environ, qu’on aurait pu remplir de réponses de la chère Caroline ou autres.
      Bon, qu’importe.
      Sinon, la Note sur la fortune de Baudelaire par Ziegler, de quelques pages, très fouillé, au début du tome 1, est très intéressante (surtout si vous appréciez la rigueur notariale).
      On ne va pas se mentir, c’est un peu décevant pour plus d’une centaine d’euros, en comparaison de ce que l’on peut apprendre dans la biographie de Pichois et Ziegler, qui comporte bien de larges partie de la correspondance (ils l’auront peut-être à nouveau bientôt ici : https://www.recyclivre.com/shop/216428-2768836-charles-baudelaire-pichois—ziegler-9782213597737.html)
      Si l’édition de 1951 avait le mérite de rassembler tout Baudelaire en un seul volume, et si les deux tomes de Pichois depuis 1975 ont le mérite d’une bonne érudition, je dois dire que ces deux volumes de Correspondance ne se prêtent pas aux avantages du format Pléiade.
      Faîtes-les vous offrir, peut-être ?!
      En espérant ne pas vous avoir froissé…!

      • Je vous remercie de cette réponse complète et objective, Candy. Je vais donc réfléchir à tout cela avant un éventuel achat. La question du prix a peu d’importance dans mon cas personnel, mes préoccupations sont autres (ces volumes méritent-ils leur place dans ma bibliothèque, que je veux sélective…).
        Bien à vous

        • Bonjour KleineFuge,
          C’est intéressant cette notion de « mérite » pour entrer dans votre bibliothèque. On peut y réfléchir. Un mauvais livre gâche-t-il l’ensemble ? Jusqu’où s’étend la contagion de la médiocrité ? Que faites-vous des livres un peu décevants ? Des livres à la lecture non achevée (parce que bof) ? Des livres appréciés lorsque vous étiez plus jeune et que le temps vous fait considérer différemment ? Avez-vous des livres « honteux » que vous y placez, le rouge aux joues ?
          (Je pense que tout bibliophile a le même penchant au filtre sélectif. Je pince un peu le nez quand ma femme veut placer dans ma bibliothèque un de ses livres. Mes livres honteux, mais que j’assume très bien, sont les livres de « développement personnel » dont une amie me faisait remarquer que tout le monde les lit et tout le monde les planque ; Ah, et aussi la série des Angélique par Anne Golon. J’assume, j’assume..)

          • Ouhla ! Je risque de vous décevoir !

            Disons qu’actuellement, mes choix sont dictés par de vulgaires raisons logistiques. Je me suis fabriqué il y a peu deux bibliothèques sur-mesure pour y loger une collection Pléiade (avec la volonté de me restreindre au seul domaine français, et ce pour ne jouir que de textes originaux, la traduction étant selon moi une certaine forme de trahison…). Mes deux bibliothèques arrivent bientôt à saturation, présentant finalement un joli panorama de la littérature française. Donc pour la trentaine de volumes qu’il me reste à m’offrir, je vais devoir me serrer la ceinture et faire l’impasse sur certains écrivains.

          • Joli ! Mais il faut en effet commencer à bien soupeser ses choix !
            Le XVIIe en haut à gauche : vous ne remontez pas plus loin ou n’est-ce pas un classement tout à fait chronologique ?
            (Je suis d’humeur curieuse aujourd’hui).
            Amicalement.

          • J’ai très peu de volumes de la littérature d’avant le XVIIème siécle. Le Roman de Renart et Chrétien de Troyes pour le Moyen Age. Ronsard et Montaigne pour le XVIème (j’étais bien tenté par Rabelais, mais autant le français non modernisé des Essais n’a pas semblé me poser de souci dans les quelques passages que j’ai pu picorer au hasard, autant celui de Rabelais m’a fait l’effet d’une douche froide dès les premières lignes parcourues…).

            Donc effectivement, j’ai assez peu de textes situés avant les jolis rouges du XVIIème siècle. J’ai bien l’intention de m’offrir les volumes consacrés au théâtre antique grec, ayant conservé d’agréables souvenirs de lecture, quand j’étais adolescent. Mais comme je le signifiais dans mon message précédent, je me focalise exclusivement sur notre littérature française.

            En fait, le cliché posté plus haut est une photo prise il y a quelques semaines. J’avance à bon rythme, j’ai commencé cette bibliothèque il y a un peu plus d’un an, en novembre 2019. Mon libraire a de quoi se réjouir, certains mois où j’étais en forme olympique, j’ai pu alléger ses rayons d’une quinzaine de volumes.
            Depuis cette photo, mon XVIIIème notamment s’est bien étoffé =^.^=
            Les albums achetés d’occasion ont migré dans un petit meuble annexe, qui recevra également certains auteurs étrangers.
            Et pour gagner de la place, les quelques volumes présentés face avant et apportant un peu de dynamisme à l’ensemble ont dû réintégrer une position plus classique et moins ostentatoire !

            Ma lecture du moment, c’est la poésie de Baudelaire. Je m’attache à apprendre ses poèmes, pour me les réciter. Cela exerce ma mémoire, mais surtout, mon plaisir réside dans le fait de devenir intime avec chaque nouveau poème, qui se révèle peu à peu, et dont les subtilités et nuances deviennent alors limpides.

          • Il est vrai que si l’on élimine Shakespeare et le théâtre élisabéthain, Cervantes et autres Dante, on gagne déjà de la place avant d’arriver au (en effet) splendide « rouge XVIIe ».
            Ma curiosité n’a pas de limite aujourd’hui : Avez-vous fait une croix sur la littérature étrangère, ou lisez-vous dans le texte ?
            (Je n’ai pas été aussi restrictif que vous et en suis réduit à construire une extension à ma maison, et bibliothèques sur mesure itou, pour caser tout ça. J’ai le permis de construire et attends le devis du constructeur).

            Ami Lombard : J’ai reçu il y a quelques minutes The Oxford Companion to Charles Dickens. Pas mal du tout apparemment. Tout comme le « Charles Dickens, entre normes et déviance », que j’ai presque fini et vous conseille chaudement. J’en reparlerai où-vous-savez. (Ceci expliquant pourquoi je dois pousser les murs)

          • Non, je lis et apprécie la littérature étrangère et n’exclus pas de posséder quelques volumes de la Pléiade. J’ai évidemment songé à Shakespeare (les volumes bilingues ont ceci d’intéressant qu’ils proposent le texte original en regard de la traduction). Je n’ai malheureusement pas le niveau en anglais (encore moins dans d’autres langues) pour lire le texte original. Quand bien même je comprendrais le sens général d’un texte, je serais très loin de profiter du style. Je dois me contenter du filtre de la traduction.
            Mon coeur ira en priorité vers la littérature anglaise du XIXème siècle, ainsi que les auteurs russes. Et Sophocle, Eschyle et Euripide, comme j’ai pu le dire plus haut.

          • contentER

            Je suis désolé d’écrire ce message pour unique but de corriger une faute (qui pique les noeils). Je sais que tout message posté ici fait l’objet d’une notification email, donc les messages superflus seraient à éviter…

          • Il y a en ces lieux une Grâce Brumesque automatique pour les fautes dont on sait bien, venant d’amateurs de littérature, qu’elles ne sont que d’inattention.
            (En plus, c’est trop tard, tout le monde a déjà perdu un oeil).

        • Oui. En effet. Le lien cité vise la première réédition de 1996. Une deuxième réédition date de 2004, aussi aux éditions Fayard. L’édition originale de 1987 avait, elle, été éditée chez Julliard.

  44. Bonjour,

    A la place de la table, il me semble qu’on peut ajouter des rayonnages. J’ai choisi des étagères profondes, non pour jeter des livres en enfer, mais pour doubler l’espace.

    • Bonjour,

      C’est une volonté de ma part d’avoir des bibliothèques adaptées au format poche. Je les construis donc peu profondes, et surtout avec des casiers hauts de 20cm. Un faible encombrement, un rangement optimal. Et au final, cela se révèle plus esthétique. Je trouve dommage que certains livres se retrouvent relégués en seconde ligne, comme des mal-aimés ^^
      J’avais également adopté ce type de rangement, par le passé. Mais plus par contrainte que par choix.

      • (J’essaie depuis tout à l’heure de caser une blague sur les Pléiades et le blaireau du cadre mais n’arrive pas à tourner une phrase qui ne paraisse pas insultante ; que n’ai-je l’esprit d’un Baudelaire ?)

  45. Bonjour à tous.

    KleineFuge vous pourrez sans doute me renseigner.

    À propos de Baudelaire je compte acquérir les deux tome des œuvres complètes mais avant ça j’aimerais connaître la date d’impression et l’imprimeur ( Aubin ou Normandie Rôti ).

    Idem pour le Notre Dame de Paris- Les travailleurs de la mer.

    C’est que j’évite autant que possible les Aubin ayant constaté chez eux un défaut récurrent de fabrication.

    Merci d’avance.

    • Bonjour,
      Je vous dis ça de suite.

      Il se trouve que moi aussi, vous m’avez peut-être lu il y a quelques temps sur ce fil de discussion, je suis très regardant quant à la qualité de reliure de ces livres. Les volumes imprimés par Aubin présentant un problème parfois très prononcé et désastreux (parfois inexistant), alors que ceux imprimés par Normandie Roto demeurent généralement de bonne facture (mais j’ai pu repérer des Roto défectueux…).

      Concernant les volumes qui vous intéressent, si vous êtes patient (pour Baudelaire, j’entends), vous trouverez peut-être des reliures parfaitement exécutées.
      Je possédais le premier tome des œuvres complètes de Baudelaire, il y a quelques années. Cet exemplaire souffrait d’un assemblage hasardeux – du moins selon mes critères de maniaque méticuleux ^^.
      Dernièrement, j’ai pu feuilleter en librairie un exemplaire tout à fait honorable (et pour cause, imprimé par Roto). Je n’ai donc pas hésité à me l’offrir à nouveau. Quant au second tome, que je me refusais d’acheter tant la reliure était infecte sur tous les exemplaires que j’ai pu consulter ces derniers mois, j’en ai finalement trouvé un estampillé « FF » (« feuilletage fluide »).
      Enfin, mon Notre-Dame et mes Travailleurs sont très présentables !

      Baudelaire I : achevé d’imprimer par Roto le 14 décembre 2018
      Baudelaire II : achevé d’imprimer par Aubin le 9 mars 2017 (un Aubin qui fait exception !)
      Notre-Dame : achevé d’imprimer par Roto le 26 avril 2019

      Voilà !
      Au plaisir de vous renseigner sur d’autres références ^^

  46. Merci KleineFuge pour ces renseignements. Je pensais que le partenariat avec Aubin avait pris fin en 2014. Le tome 2 de Baudelaire me démontre le contraire.

    Sans vouloir abusé de votre patience j’aimerais un tout dernier renseignement sur 2 volumes qui me tiennent à cœur : le tome 2 des œuvres poétiques de Hugo ( qui contient les châtiments et les contemplations ). Pour l’anecdote : j’ai été obligé de racheter ce pléiade d’occasion ( imprimer en 86 ) tant le reliure de 2011 pour les Châtiments-Contemplations était horrible. Une des pire qui j’ai connu. En espérant qu’un nouveau tirage à été effectué depuis.

    Le second c’est la Légende des
    Siècles ( lui je l’ai eu d’occasion dans une édition des années 70 ) mais je serai curieux de connaître la date de son dernier tirage et si c’est un Normandie Roto ou un Aubin.

    Merci d’avance.

  47. Pas de souci, n’hesitez pas à me demander, au besoin. Et qui sait, cela peut avoir une certaine utilité pour d’autres lecteurs parcourant ces pages. J’assume et me charge de tristes questions pratiques, laissant le soin des considérations littéraires aux éminents intervenants réguliers que l’on peut lire ici.

    Ceci dit, si Brumes se trouve incommodé par ces futilités, nous pourrons sans problème échanger en privé.

    Concernant le volume II des œuvres poétiques de Hugo, j’ai été confronté au même souci. La reliure n’est pas propre – mais loin de certaines vraiment dégueulasses, pardonnez mon vocabulaire, je pense notamment au Queneau III. Constatant que le problème était récurrent sur tous les exemplaires que j’ai manipulés ces derniers mois (j’ai la chance de vivre près d’un libraire qui peut parfois proposer en rayon une dizaine d’exemplaires d’une même référence, bien pratique pour faire son choix). J’ai donc dû me résoudre à acheter ce volume II des poésies de Hugo, mais la fête était gâchée, le cœur n’y était pas !

    Quant à La Légende des siècles, mon Pléiade bénéficie d’une reliure irréprochable.

    Châtiments : Aubin, 14 décembre 2018
    Légende des siècle : Roto, 12 janvier 2016

    • Merci bien pour ces renseignements.

      Grrr Aubin, 14 décembre 2018. Moi qui était persuadé que le problème était résolu depuis 2014…

      Pour les Châtiments-Contemplations, je vais donc attendre et conserver mon exemplaire de 1986…

      Quant à la Légende des siècles, je vais sans crainte pouvoir remplacer mon exemplaire de 1977.

      Pour ma part c’est tout ce dont j’avais besoin de savoir. Mais que d’autres que moi n’hésitent pas.

      Car je pense que c’est aussi l’intérêt de cette page de donner des renseignements pratiques.

      • Oui, quelle triste affaire. J’ai de la famille à Poitiers, près de Ligugé. Lors d’une balade le dimanche, en voyant ce panneau, j’ai eu une envie fugace de poser une bombe =^.^=

  48. Bonjour à tous !
    Je serai bref, car je ne veux pas encombrer ce fil de discussions de propos hors du sujet Pléiade.
    Comme peut-être certains d’entre vous, j’ai un projet lancinant en moi depuis plusieurs années : éditer des œuvres.
    Le vide d’un espace capable de rassembler les intelligences littéraires solitaires me chagrine beaucoup. Je rêve d’un espace où l’amateur éclairé pourrait proposer des œuvres, fournir un travail de recherche, et recevoir la sanction de l’édition. Cela est assez simple à concevoir. Il manque l’émulation par les pairs pour le faire naître.
    Je suis partisan de la forme, de la belle mise en forme, et de l’accessibilité du texte. Le plus noble serait de créer un moteur de rendu web et pdf (que je suis en train de construire au fur et à mesure), pour proposer des versions plain-texte en ligne, et proposer à terme un format papier.
    Je voudrais commencer à déterrer quelques œuvres perdues du patrimoine littéraire. Ma prédilection va aux poètes et dramaturges du 16e et 17e siècles, mais tout est susceptible d’intéresser une telle entreprise.
    Le manque d’émulation par les pairs me réfrène énormément, c’est évident, mais, à l’état d’embryon intellectuel, ce projet a toutefois quelques exemples à fournir.
    Voir, par exemple, une édition (qui n’est pas terminée…) des Œuvres de Marc Papillon de Lasphrise : http://www.reprise-editions.fr/exemples/lasphrise.pdf
    Ou aussi, pour la forme web (et ce n’est là qu’un embryon d’ébauche, pour donner une idée) : http://www.reprise-editions.fr/exemples/baudelaire.html
    Si vous êtes intéressé, et c’est là une bouteille à la mer que je lance, vous pouvez me contacter à cette adresse : contact@reprise-editions.fr
    Je serais extrêmement heureux de pouvoir échanger avec d’autres lettrés, d’autres généreux citoyens de la République de Lettres, et de contribuer avec vous à développer cette idée d’entreprise éditoriale.
    En espérant ne pas avoir été trop accaparant.

    • J’ai lu il y a quelques mois qu’Antonio Lobo Antunes devrait être intronisé cette année. Ca reste à vérifier, car le calendrier des parutions a été largement perturbé depuis un an.

        • Pour Jean d’Ormesson, le cas est parfaitement clair. Un estimable écrivain mondain, fin diseur, écrivant élégamment des suites de banalités à faire périr d’ennui.

          En ce qui concerne Marguerite Duras, elle provoque plus la polémique, j’en conviens. À se demander si ce n’est pas son seul « mérite », si tout son « talent » ne réside pas dans cette propension à attirer la contestation. On se laisse facilement convaincre qu’au-delà des procédés irritants, « il doit y avoir quelque chose de profond ». Je l’ai cru, je m’y suis laissé prendre. Et c’est vrai : rien d’aussi profond que le plus profond ennui.

          Chez d’Ormesson, la banalité s’affiche fièrement et brillamment. Chez Duras, elle se dissimule, emprunte toutes sortes de déguisements. Les mêmes truismes, mais chez le premier la bêtise bourgeoise satisfaite d’elle-même, régnant dans son salon, chez la seconde la bêtise « intellectualisée », selon laquelle ce qui est déplaisant serait forcément de première force. Le premier veut plaire à tout pris, la seconde se flatte de la détestation qu’elle inspire.

          • Vous êtes très dur. Pour d’Ormesson je veux bien. Pour Marguerite je ne partage pas votre analyse, surtout que l’œuvre évolue beaucoup entre les premiers romans et les derniers, dans la forme comme dans le fond et vous prêtez à l’auteure un dessein, une intention fort négatifs et vous réduisez le fond à la forme.

  49. Bonsoir,
    J’aime beaucoup prendre du plaisir à lire. Et je lis ce qui m’intéresse à l’instant donné. Chacun peut trouver à redire sur tel ou tel auteur potentiel dans la pléiade, mais lisez ce qui vous intéresse ! Lorsqu’une publication ne me passionne pas, alors je passe.
    Par contre, je suis très intéressé par les commentaires sur la forme et sur la qualité des ouvrages, comme par exemple, comment reconnaître une très bonne reliure d’ une mauvaise. J’avais bien compris le sujet de l’impression Aubin, précédemment expliqué par Chardin, mais concernant la reliure ?
    C’est claire que cette collection a maintenant 90 ans et qu’elle a subit des transformations (lentes) depuis le début. Avoir ces explications techniques par des passionnés me permet encore plus d’apprécier ce que j’ai entre les mains. César

  50. Bonjour .J’ai ACHETE l’album Perec une dizaine d’euros , lors de sa parution ,chez mon librai-
    re de province .Je pense que certains libraires préfèrent les vendre plutot que de voir ces volumes leur rester sur les bras .Tout le monde y trouve son compte .Je n’ai jamais acheté trois
    « Pléiade » pour avoir un simple album – photos agrémenté d’une banale biographie .Je les ai
    toujours trouvés chez des bouquinistes .

    • Procédé pour le moins douteux – mais, crois-je savoir, assez répandu, sous le manteau – de la part de votre libraire. Je ne suis pas tenté d’y prêter la main ni de lui donner mon approbation. Un vague parfum de lésine…

      • Certains libraires « lissent » la quinzaine sur l’année. C’est le cas du mien qui ne me demande pas d’acheter 3 pleines PENDANT la quinzaine. Mais il sait que j’en achète au moins 6 par an neufs !

        • De même pour mon libraire : il me donne l’album et un ou deux agendas (selon ma demande) sans faire de compte précis de mes achats, y compris en 2019 (ou 2018 ? Le temps passe si vite…) où le programme Pléiade n’était pas très alléchant et où mes acquisitions se comptaient sur les doigts d’une main.

  51. Labiche est notoire pour son écriture théâtrale à plusieurs mains (quarante-sept collaborateurs qui se partagent un total de cent soixante-treize vaudevilles), de sorte que, la part prise par lui même à ses plus grandes pièces variant considérablement, le publier dans une collection de grands auteurs soit patrimoniaux soit classiques à l’époque de leur pléiadisation suppose tranchées d’épineuses questions. Une large sélection de ses succès existe déjà aux Classiques Garnier publiés par Bordas au début des années 90, récemment réimprimée en poche dans les Classiques Jaunes (40 pièces, dispersées sur 3 volumes, édition Henri Gidel qui eut l’heureuse idée de faire précéder chaque vaudeville de la rétrospective de ses représentations depuis la création). Hormis des notules et les notes frugales dont se contente la collection pour les auteurs réputés faciles, une Pléiade n’ajouterait sans nul doute rien sinon de la visibilité à un auteur encore populaire en raison de sa focalisation sur le registre éternel des avatars de la vie conjugale au sein de la bourgeoisie, lequel l’avait fait considérer en son temps comme un pornographe et un auteur scandaleux (principalement entre 1853 et 1860). Cela dit, s’il était republié de nos jours dans une édition grand public, nos dames patronnesses intersectionnelles s’indigneraient de nombre de ses saillies, e.g. « cette fille sent l’oignon » (Voyage autour de ma marmite).

    • Bonsoir Neo-Birt7
      Vous venez de participer à mon instruction, une fois de plus, au sujet de Labiche (il est vrai que son oeuvre n’a jamais éveillé en moi un très grand intérêt), et d’une page de notre histoire littéraire et théâtrale.

      J’avoue ne pas bien voir l’intérêt de publier un volume Pléiade de Feydeau (ou Labiche ou Courteline)… À la rigueur, si la vieille Dame tenait à accrocher sur les murs de son salon littéraire en trophées quelques belles têtes du temps de La Belle Époque (et antérieurement), pourquoi pas un volume (ou un coffret comme elle les aime tant depuis quelques années) consacré au théâtre de Vaudeville ?

      Dans tous les cas de figure, il m’étonnerait fort que cela vienne appauvrir mon porte-monnaie. Je me suis déjà suffisamment ennuyé à lire le si fameux (trop fameux à mes yeux) Journal de Jules Renard (voilà une remarque qui va certainement m’attirer quelques lazzis).

  52. Une anthologie consacrée au vaudeville aurait peut-ètre suffi ou un volume « théatre du XIX ème siècle ( comme pour les siècles précédents ) , englobant Edmond Rostand par exemple .

  53. Connaissez-vous le(s) traducteur(s) de cette nouvelle édition ?
    Pour ma part j’attends avec impatience la venue du troisième tome de la Divine Comédie (Paradis) chez Dogana, traduit par Michel Orcel qui est, pour moi, et de très loin, le grand traducteur de Dante en langue française.
    Il suffit de comparer deux mêmes lectures d’un des passages les plus célèbres de l’Enfer (chant V)
    Voici la version de Michel Orcel : https://youtu.be/SvrRR3pHFMg
    puis celle de Danièle Robert, qui se rapproche dangereusement du vers de mirliton du fait de vouloir reproduire en français la tierce rime : https://youtu.be/qK9Bl-Eqpb8?t=119

    Voici la fin du chant V traduite par Michel Orcel :

    ‘Et elle à moi : « Il n’est plus grand’ douleur
    que de se souvenir des temps heureux
    dans la misère – et ton maître le sait.

    Mais si tu as tant passion de connaître
    de notre amour la racine première,
    je le dirai, mais le dirai en pleurant.

    Par dilection, un beau jour, nous lisions
    comment Amour étreignit Lancelot;
    nous étions seuls et sans aucun soupçon.

    plus d’une fois cette lecture fit
    lever nos yeux, nos visages pâlir;
    mais un point seul put triompher de nous :

    lisant que cette lèvre désirée
    avait été baisée par tel amant
    cestui dont rien ne me désunira

    la bouche me baisa tout en tremblant.
    Galehaut fut le livre, et son auteur;
    ce jour là, nous ne lûmes plus avant. »

    Et cependant que me parlait cette âme,
    l’autre pleurait, si bien que d’émotion,
    je défaillis comme si je mourais;

    et comme tombe un corps mort je tombai.’

    Qui peut trouver meilleure version ?

    • À comparer avec la traduction d’André Pézard dans l’édition Pléiade actuellement disponible. Qui aura le courage d’écrire un petit article sinon sur Dante au moins sur La Divine Comédie et de comparer les versions françaises parues ? (Propager le feu serait preneur d’un tel effort si louable)

      • La version Pézard étant une translation de la Divine Comédie dans une sorte de français archaïque, conçu pour les besoins de la cause, aucune comparaison ne peut réellement être établie avec elle. C’est un hapax dans l’histoire de la traduction. Elle est certes très difficile à lire in extenso, sans aide, mais elle représente un travail sur le texte incroyable, et à mon sens, incomparable. Ce ne serait pas juste de lui comparer un travail en français moderne.
        Du reste, c’est un volume qui ne contient pas que la Divine Comédie, et qui, je l’espère, restera à ce titre au catalogue.

        En revanche, on pourra rapporter la traduction de ce nouveau volume aux versions actuellement sur le marché (il me semble que la version de M. Vegliante soit favorablement reconnue par les italianistes ? Je sais avoir lu du mal de celle de Mme Risset mais je vous laisse le plaisir de retrouver cela sur ce fil)

    • La traduction Orcel, à en juger par ce passage, tient davantage de la recréation étranglée par le cadre étroit du décasyllabe a minori, ou césuré 4/6, de nos vieilles chanson de geste (voir Paul Verrier, Le vers français. Forme primitive, développement, diffusion, II, Paris, Didier, 1932, p. 119), que d’une paraphrase serrée de l’italien. Par rapport à la limpidité classique et à l’unité de ton des alexandrins de Longnon ou des vers libres de Vegliante, je ne peux pas dire que je goûte la conjonction chez Orcel d’un vocabulaire précieux (« dilection », « baiser », « défaillir ») et du recours à des formes de la langue médiévale par souci de concision (« cestui’) avec le lexique contemporain, surtout quand il s’agit de vocables délavés, incolores et vagues dont l’assemblage manque autant de précision que de vénusté (« sans aucun soupçon » et « un seul point » me semblent aussi mal dits que possible). Des vers comme « Galehaut fut le livre, et son auteur » (renouvelé du « Galehaut fut le livre et son trouvère » de Pézard; ce n’est vraiment pas le seul endroit où Orcel se livre à un palimpseste de la version Pléiade) manifestent une brièveté elliptique incompatible avec le souci de l’intelligence du texte, et sans doute même réductrice de la riche tessiture de l’italien: « le livre, et son auteur, fut notre Galehaut » (Longnon) »; je propose: « le livre et celui qui l’écrivit furent notre Galehaut », car tout autant que le géant Galehaut se fit l’intermédiaire et facilitateur de la romance liant Guenièvre à son grand ami Lancelot, le livre où les adultères amants dantesques Paolo et Francesca lisent ici cette romance (le Lancelot en prose) se fait médiateur entre eux, par suite devient leur (au style direct: « notre) Galehaut. Tout cela se perd dans un rendu abrégé sous prétexte de versification. Je n’ignore pas que M. Orcel a traduit avec un grand succès d’estime de nombreux poètes italiens majeurs, Dante, L’Arioste, Leopardi notamment, mais sa technique ne me plait point, et son expertise polymathe (il fut presque le seul à dénoncer les innombrables grosses ficelles, platitudes, demies-vérités dont abondait L’élégie érotique romaine de P. Veyne, ouvrage accueilli par un concert de louanges chez nous) ne change rien à l’affaire. Une prose de bon artisan, souple et chatoyante, ou l’alexandrin moderne, seuls offrent l’amplitude requise pour prétendre coller aux rythmes italiens et à la diction très dense de cette poésie. Que si l’on conteste cette préférence, il faut encore me démontrer que le présent passage de l’Inferno, V ad finem, est suffisamment bien rendu par Orcel (j’y trouve presque la même soupe à la phraséologie que chez Robert!).

      • Voici l’italien : Galeotto fu il libro e chi lo scrisse.

        Le Lancelot et son auteur furent les entremetteurs entre Paolo et Francesca. Signalons que galeotto vint rapidement à dénoter « corrupteur », « érotique », témoin le sous-titre du Décaméron « cognominato principe Galeotto ».

  54. J’ai eu une drôle histoire avec la Divine Comédie de Dante, ne serait-ce le fait d’attendre plus de trente ans avant de lire l’Enfer. La cause de cette interminable attente ? Tout simplement pouvoir lire une traduction qui me satisfasse.
    Pourtant mon intérêt pour Dante dans les années 80 a grandi pendant que surfait sur une énorme vague médiatique la traduction de Jacqueline Risset. Tous les journaux littéraires en faisaient leur une ; Philippe Sollers, le Pape des modes, en faisait des gorges chaudes. A la trappe donc, dans le caveau de l’enfer, les anciennes traductions ! tout particulièrement celle de Pézard, une recréation archaïque mélangeant vieux français, dialectes provençaux et pures inventions intellectuelles; à la trappe, celle d’Henri Longnon dont le seul crime fût qu’elle était en alexandrins. Trop classique, trop de carcan pour les gens de l’époque, il fallait dépoussiérer voire faire tabula rasa. Mais que proposait alors Jacqueline Risset ? Une traduction en vers libre utilisant un vocabulaire de tous les jours, tendance « cibliste » diraient les traducteurs intellos, donnant la primauté au sens au détriment de la musicalité de l’original, tout cela sous couvert du concept de « vitesse » dont j’avoue n’avoir pas compris grand chose à part, in fine, que le texte traduit est devenu, sous sa plume et ce fumeux concept, lisse et insipide. Moi qui rêvais de l’Enfer, de figures dignes de Jheronimus Bosch, des gravures de Gustave Doré ! Quels contrastes avec ce que je pouvais lire dans les extraits offerts par la presse.
    Résultat : j’ai boudé Dante pendant plus d’une dizaine d’années jusqu’au début 2000 où j’ai lu une critique dans le Nouvel Observateur de Dominique Fernandez qui encensait la publication d’Orlando Furioso de l’Arioste traduit par un certain Michel Orcel – qui était pour moi un parfait inconnu -.
    J’ai relu cet article des dizaines de fois, impressionné par la verve de Dominique Fernandez dans son éloge mais plus encore par le talent de ce jeune traducteur :
    « Il hurle, et pleure, et jamais ne s’arrête,
    Ni nuit ni jour il ne trouve la paix.
    Il fuit cités et bourgs et, en forêt,
    Sur le sol dur, il gît à ciel ouvert »
    Malheureusement lire les 39000 vers de Roland Furieux n’était pas ma priorité de lectures à l’époque. Mais je gardais au chaud, près de moi, le nom de Michel Orcel et, certaines nuits orageuses, je rêvais que celui-ci marche sur les pas de Dante et qu’il traduise les neufs cercles de l’enfer. Peines perdues pendant de nombreuses années, jusqu’au jour où énervé de voir fleurir sur le marché moults traductions de Dante plus insipides les unes que les autres, je fis une recherche sur Internet et stupeur j’y trouvais sur un site italien un extrait du chant III de l’Enfer traduit par lui.
    (http://poesia.blog.rainews.it/2015/06/michel-orcel-la-divine-comedie-2/)
    Allais-je trouver là la version qui berçait mes rêves ? La réponse est oui, cent fois oui !
    Le pourquoi ? il suffit de relire les quelques vers que j’ai postés ci-dessus : sa traduction est tout comme les mouvements d’un cerf-volant, ses descentes ainsi que ses montées sont vertigineuses, ses trajectoires sinueuses au gré des vents, tout en gardant son motif majestueux et ses couleurs criantes dans les airs. Chez Orcel le rythme (la tenue exemplaire du décasyllabe) est roi, la richesse des sons (L’allitération, l’assonance, les rimes internes) est reine.
    La dernière bonne nouvelle est que ce ne fut pas un ballon d’essai, effectivement sa traduction de l’Enfer a été publiée en 2019 par les éditions Dogana. Le tome Purgatoire a suivi en 2020 et nous attendons pour les 700 ans de la mort de Dante l’arrivée du Paradis.
    J’ai donc commencé de lire l’Enfer dès sa parution, mais comme avec tous les poètes étrangers, j’ai associé à ma table de lectures d’autres traductions.
    Celle d’André Pézard : un véritable OLNI dans le monde de la traduction;
    Celle de Jean Charles Vegliante : ce dernier a choisi le plus souvent un vers de onze syllabes, rare dans la poésie française ; est présent chez lui une volonté de rendre constamment la langue plus archaïque. Je lui reproche son manque certain de musicalité, le coté rugueux ressort beaucoup, si en peinture Michel Orcel serait plutôt du coté Botticelli, Vegliante, lui à n’en pas douter, serait du coté Gustave Doré;
    Celle d’Henri Longnon : belle traduction en alexandrin mais ce choix peut jurer auprès de l’hendécasyllabe italien.
    Celle René de Cecatty : au contraire traduction en octosyllabe !! l’Enfer de Dante vu comme un fabliau moyen-âgeux. Une chanson de geste. Pur et vain exercice de style.
    Celle de Jacqueline Risset : j’ai déjà donné mes (mauvaises) impressions.
    Je n’ai pas retenu la traduction de Danièle Robert alors que c’est la personne la plus ambitieuse : vouloir reproduire en français la fameuse tierce rime est un véritable challenge, mais hélas ça s’est révélé être un fiasco ! les plus grands traducteurs en langue française déconseillent déjà d’appliquer la rime classique qui produit le plus souvent l’impression de pastiche (dixit Robert Ellrodt)
    Pour bien m’imprégner de l’univers de Dante, au-delà de lire les nombreuses notes ô combien savantes de Pézard, j’ai lu « lire la divine comédie de Dante » de François Mégroz chez L’âge d’homme, commentaire au texte, presque vers par vers, suivi de dessins en coupe des différents cercles de l’enfer qui permettent de vous aider à visualiser le chemin parcouru par Dante et son docteur Virgile tout au long de leur descente.

    L’extrait de la fin du chant V par André Pézard :

    « Et elle à moi : « Il n’est plus grand douleur
    que de se remembrer les jours heureux
    dans la misère ; et ton docteur le sait.

    Mais si tu as affection tant vive
    à suivre notre amour dès la racine,
    bien sais-je l’art de pleurer et de dire.

    Ensemble, un jour, nous lisions par plaisance
    de Lancelot, comme Amour l’étreignit :
    seulets étions, et sans soupçons de nous.

    A plusieurs coups nous fit lever les yeux
    cette lecture et pâlir le visage ;
    mais seul un point fut ce qui nous vainquit.

    Quand la riante lèvre et désirée
    vîmes baiser par un si preux amant,
    cestui, dont il n’est sort qui me délie,

    la bouche me baisa, tremblant d’angoisse.
    Galehaut fut le livre et son trouvère :
    et ce jour-là ne lûmes plus avant. »

    Tandis que ce disait l’une des ombres,
    l’autre pleurait ; si bien que de pitié
    je pâmai, cuidant la mort sentir ;

    et chus, comme corps mort à terre tombe »

    Viendront plus tard, la version des autres traducteurs, comme cela vous pourrez faire votre propre jugement sur l’un des plus beaux passages de la Divine Comédie.

    • Le chant V traduit par Henri Longon

      https://bit.ly/2QG5V13

      dont l’édition de la Divine Comédie [réimprimée en 2019 : https://bit.ly/3ecT8vn%5D nous fut recommandée non sans raison par notre Ἀρίσταρχος maison : « Deux versions concurrentes me semblent de beaucoup préférables : la traduction Henri Longnon […] en alexandrins non-rimés d’une belle fermeté, qui s’accompagne de 170 pages de notes sans prétentions mais suffisantes » [26-01-2019] et encore quelques jours plus tard « c’est l’une des plus estimables, pour sa simplicité, sa fluidité et sa sûreté (présence de très nombreuses notes de détail) » [17-02-2019], le tout approuvé par notre aimable Bellachon himself.

  55. Suite et fin.

    L’extrait de la fin du chant V par Jean-Charles Végliante :

    ‘Et elle à moi : « Il n’est plus grande douleur
    que de se ressouvenir des temps heureux
    dans la misère ; et ton docteur le sait.

    Mais si pour connaître dès sa racine
    notre amour premier tu as tant d’affection,
    je ferai comme qui tout en pleurant parle.

    Nous lisions une fois, pour notre plaisance,
    de Lancelot, comment amour l’étreignit ;
    nous étions seuls, sans aucune défiance.

    Plus d’une fois fit nous chercher des yeux
    cette lecture, et nos visages pâlirent ;
    mais un seul point fut capable de nous vaincre.

    Quand nous lûmes que le désiré sourire
    était baisé par un aussi bel amant,
    celui-ci, dont jamais ne me délie,

    me baisa sur la bouche tout tremblant.
    Galehaut fut le livre et qui l’a écrit ;
    ce jour-là nous n’y lûmes pas plus avant. »

    Lorsque l’un des esprits prononça ces mots,
    l’autre pleurait ; à tel point que de pitié
    je défaillis ainsi qu’homme mourant.

    Et je tombai comme tombe un corps mort.’

    L’extrait de la fin chant V par Henri Longnon

    ‘-« Nulle douleur n’est pire, me dit-elle,
    que de garder du temps heureux mémoire
    dans le malheur : ton docteur le sait bien.

    Mais de savoir la racine première
    de notre amour, si tu en as envie,
    je serai celle-là qui pleure, mais qui dit.

    Certain jour, par plaisir, nous lisions dans le livre
    de Lancelot comment Amour le prit:
    nous étions seuls, sans nous douter de rien.

    A plusieurs fois cette lecture fit
    que, relevant les yeux, ensemble nous pâlîmes.
    Mais un passage seul a triomphé de nous:

    Lorsque nous eûmes lu, du désiré sourire,
    qu’il fut baisé par un si bel amant,
    lui, qui jamais de moi ne sera retranché,

    il me baisa, tout en tremblant, la bouche.
    Le livre, et son auteur, fut notre Galehaut:
    pas plus avant, ce jour-là, nous n’y lûmes. »

    Tandis que nous parlait l’une de ces deux âmes,
    l’autre pleurait, si bien que de pitié
    je me pâmai, comme si je mourais;

    et je tombai comme tombe un cadavre.’

    L’extrait de la fin chant V par René de Cecatty :

    ‘« Rien, dit-elle, n’est plus cruel
    qu’un souvenir des jours heureux
    qui nous revient dans la misère.

    Ton maître le sait. Si tu veux
    suivre le cours de notre amour,
    je dirai tout, quitte à pleurer.

    Nous lisions heureux dans un livre
    l’amour brûlant de Lancelot.
    Nous étions seuls, insoupçonnables.

    Cette lecture plusieurs fois
    nous fit lever les yeux, blêmir.
    Un passage eut raison de nous :

    il était dit que son amante
    avait souri d’être embrassée.
    Alors mon amant éternel

    baisa mes lèvres en tremblant.
    Livre et auteur furent tous deux
    entremetteurs. Plus de lecture. »
    Son compagnon pleurait pendant
    qu’elle parlait. La compassion
    me fit si bien m’évanouir

    que je tombai comme un corps mort.’

    L’extrait de la fin chant V par Jacqueline Risset :

    ‘Et elle : « Il n’est pas de plus grande douleur
    que de se souvenir des temps heureux
    dans la misère ; et ton docteur le sait.

    Mais si tu as telle envie de connaître
    la racine première de notre amour,
    je ferai comme qui pleure et parle à la fois.

    Nous lisions un jour par agrément
    de Lancelot, comment amour le prit :
    nous étions seuls et sans aucun soupçon.

    Plusieurs fois la lecture nous fit lever les yeux
    et décolora nos visages ;
    mais un seul point fut ce qui nous vainquit.

    Lorsque nous vîmes le rire désiré
    être baisé par tel amant,
    celui-ci, qui jamais plus ne sera loin de moi,

    me baisa la bouche tout tremblant.
    Galehaut fut le livre et celui qui le fit ;
    ce jour-là nous ne lûmes pas plus avant. »

    Pendant que l’un des deux esprits parlait ainsi,
    l’autre pleurait, si bien que de pitié
    je m’évanouis comme si je mourais ;

    et je tombai comme tombe un corps mort.’

    L’extrait de la fin chant V par Danièle Robert :

    ‘Et elle : « Pas de plus grande douleur
    que de se souvenir tu temps heureux
    dans le malheur ; il le sait, ton docteur.

    Mais si de notre amour tu es désireux
    que je te dise la germination
    c’est avec mots et pleurs que je le peux.

    Nous lisions un jour par récréation
    comment Lancelot fut d’amour saisi ;
    nous étions seuls et sans aucun soupçon.

    Plusieurs fois cette lecture nous fit
    lever les yeux et fit pâlir nos traits ;
    mais il n’y eut qu’un point qui nous vainquit.

    Lorsque nous lûmes que le sourire aimé
    était baisé par un si noble amant,
    lui, dont je ne serai plus séparée,

    me baisa sur la bouche tout tremblant.
    Galehaut fut le livre et l’écrivit :
    ce jour-là nous ne lûmes pas plus avant. »

    Durant ce récit de l’un des esprits,
    l’autre pleurait ; si bien que de pitié
    comme si je mourais je défaillis.

    Et comme tombe un corps mort, je tombai.’

    Personnellement je ne connais pas la version de Marc Scialom publiée en Livre de Poche (1996) ni celle de Kolja Mićević qui a utilisé la rime tierce pour sa traduction de la Comédie publiée en 2017 aux éditions Ésopie.

    Je vous souhaite bonne lecture !

  56. Je me demande, naïvement et sans la moindre ironie, si l’énergie dépensée par chacun pour soupeser , comparer ect…, les différentes traductions, ne serait pas finalement mieux utilisée à apprendre la langue pour lire le texte original. Je ne plaisante pas et, évidemment, on ne peut appliquer le raisonnement à chaque livre qui plaît. Mais pour quelques rares oeuvres et à l’échelle de toute une vie ? Ainsi le grec pour approcher le Banquet ou l’Odyssée ou l’Italien pour la Divine Comédie. Car malgré tout, aucune des traductions ci dessus ne vaudra jamais: « E caddi como corpo morto cade »

    • Cher Ulysse (personnage ô combien cher à Dante),
      la traduction est une discipline-art, une écriture en somme assez complexe, faisant même appel à ce que d’aucuns nomment « pensée complexe »… Certes, elle ne restituera jamais l’original, à moins de le recopier au papier calque (rejoignant alors le célèbre paradoxe du Pierre Menard borgésien).
      Nous y travaillons collectivement, depuis quelques années, au sein du groupe « Une autre poésie italienne ». Nos productions publiées (Vie nouvelle ; Chansons de Leopardi ; Calogero ; Alfieri en cours…), en cherchant un peu, existent.
      La traduction s’exprime même sous forme de « traduction de surface » (ou des signifiants), non moins paradoxale. Et, pour revenir à votre question, est-ce que celle-ci pourrait vous agréer ? = Et caddie comme est cor peau morte au cas dé.
      [sic]
      Bien cordialement

      • Ce que je regrette le plus chez nombre de traducteurs, plus que leurs éventuelles faiblesses dans la langue de départ, c’est leur mauvaise maîtrise de la langue d’arrivée.
        Bien sûr, une connaissance approfondie et une maîtrise parfaite des deux est préférable : cas beaucoup plus rare qu’on ne croit.
        Dans tous les cas, je préfère une traduction dans un beau et excellent français (ou plusieurs pour les oeuvres essentielles, bien sûr) plutôt que lire mal dans la langue originale que je ne saurais goûter à l’égal de ma langue maternelle.
        Poussant l’exigence jusqu’aux bornes au-delà desquelles on dégringole dans le « vide » quantique, je pourrais dire qu’il faut être Russe pour lire Dostoïevski comme un Russe (et pas n’importe quel Russe, nombre d’habitants de Moscou ou de Volgograd n’en sont pas plus capables que ma voisine, pourtant Française de vieille souche, de lire Marcel Proust).
        Pour la poésie : bilingue, évidemment, on ne saurait exiger moins.

        Est-ce assez sérieux Père U. ou bien chois-je encore plus bas que corps à terre tombé, dans votre estime – que j’estime médiocrement ?

    • Révérence gardée envers le Dante (nul ne saurait remplacer le texte original, tel que l’auteur l’a conçu et écrit)…

      « et chus, comme corps mort à terre tombe »

      …est tout simplement magnifique et indépassable en langue française.

      Je me demande si – vous reconnaîtrez par là mon goût de la provocation – même dans le cas où je maîtriserais parfaitement l’italien de Dante (qui n’est pas celui qu’apprennent les petits Italiens à l’école ni celui qu’on m’enseignerait à la faculté), je pourrais me passer de la version française d’André Pézard (comme je ne saurais me passer du « Faust » de Nerval ou les « Histoires Extraordinaires » de Baudelaire).

      • Déjà, bien apprendre et connaître le français m’a pris une vie (et encore, « des progrès à faire »…).
        Idem pour apprendre et connaître, médiocrement, mal ou très mal selon affinités, l’anglais, le hongrois et le chinois…
        N’est pas polyglotte qui veut !

        Alors, l’allemand, l’italien, le provençal, l’espagnol, le russe, l’arabe classique, le persan, le grec ancien et moderne ainsi que le latin, le japonais, un peu de turc, de tibétain, quelques dizaines de langues indiennes des Indes, une teinture de coréen, hébreu, araméen, une solide poignée de langues moyen-orientales anciennes, déchiffrer un bon paquet d’hiéroglyphes et pousser, pourquoi pas, jusqu’à l’amharique, puis obliquer vers l’ouest jusqu’au golfe de Guinée et apprendre au passage un peu de yoruba, quelques notions de dogon et finir par le wolof, avant d’embarquer pour la traversée de l’Atlantique et débarquer au Brésil pour m’imprégner de suffisamment de portugais d’outre-mer et puis, qui sait, m’enfoncer et me perdre sans esprit de retour dans l’inextricable forêts des langues amazoniennes, elles-mêmes en voie de disparition ?…

          • Je reconnais mon crime, et m’en repens : comment ai-je pu oser mettre un grain de ma « fantaisie » au milieu de ces augustes et sérieux échanges ?

            Je compte sur vous pour « remonter le niveau » (mais il vous faudra, pour cela, viser un peu plus haut que votre dernière intervention qui, vulgairement parlant, vise un peu au-dessous de la ceinture…

            Je n’ose poursuivre avec ma propre prose, aussi me pardonnerez-vous d’emprunter la votre, pour me demander « naïvement et sans la moindre ironie, si l’énergie dépensée par chacun pour soupeser, comparer etc…, les différentes (contributions des fidèles du forum) (*), ne serait pas finalement mieux utilisée à apprendre la (courtoisie). » (*)

            Je ne cite pas la suite de votre texte si « intéressant », car lorsque j’ai envie d’écrire des banalités sans signification (comment dire, pour « faire savant » : truismes ?), je ne ressens nullement le besoin de les emprunter à d’autres.
            ……………..

            (*) redoublement de mon crime de lèse-majesté, non content de vous emprunter votre texte, voici que je le défigure en y ajoutant des mots de mon propre cru.

          • Vous remarquerer, cher Monsieur « Personne », et m’en revaudrer reconnaissance que je n’ai pas relever vos paresses de clavié car ne saurer utilisez de telles armes et usez de tant de mauvaise foi que vous pourrier me reprochez…

          • Si je puis me permettre, je comprends mal l’intérêt de cet échange entre Ulysse et Domonkos. Le premier est inutilement insultant (avec une faute de conjugaison délicieuse) et le second perd son temps à répondre, alors que nous avons des choses passionnantes à échanger.

          • Je suis d’accord avec vous Wizard – je n’aurais pas dû – mais voilà… il y a la raison et il y a… la dignité… ou l’ego… son petit orgueil personnel… comme on voudra.

            C’est ainsi que je n’ai guère aimé me faire « remettre à ma place » (comprenez : celle du cancre qui fait l’idiot au fond de la classe- en raison de ma petite « fantaisie » qui n’avait d’autre but que d’exprimer, sous une forme souriante, la difficulté à maîtriser parfaitement d’autres langues que la sienne, en avoir une connaissance assez intime non seulement pour pouvoir lire et comprendre le sens des oeuvres littéraires mais aussi en goûter la saveur, en percevoir le fonds et l’arrière-fond.
            Surtout que la mention « encore une fois » me laisse à penser que le sieur « Personne » me décerne cette récompense « pour l’ensemble de mon oeuvre » – preuve qu’il ne m’a pas souvent lu.

            Mais voilà, il est des pisse-froid qui ne comprennent (?) que ce qui est dit avec gravité et componction et confondent la forme (fantaisiste) et le fond (sérieux). Je les plains.

            …………….

            Sur ce, je vais aller rejoindre ces Dames en leur boudoir, papoter et partager des sucreries, et laisser les Messieurs au salon, fumer des cigares et échanger des propos sérieux. (Ou, en d’autres termes retourner dans ma grotte lécher mes plaies… cultiver mon jardin ?… au choix.)

  57. J’ajoute un petit mot à l’intention personnelle de Néo-Birt 7, qui m’avait si gracieusement répondu sur les traductions du Banquet. Eh bien, j’ai lu les quatre principales que vous aviez citées. Et je crois que je garderai celle d’E. Chambry. Avant de commencer le grec, bien entendu…

  58. Bonjour à tous,

    Programme de la Bibliothique de la Pléiade pour les mois à venir :

    Février
    NABOKOV, Œuvres romanesques complètes T. III (04/02/21) 9782070113026

    Mars
    SHAKESPEARE, Sonnets et autres poèmes (Œuvres complètes T. VIII) (11/03/21) 9782072830174
    VALLES, Œuvres Coffret 2 volumes (11/03/21)

    Avril
    BAUDELAIRE, Œuvres complètes Coffret 2 volumes (08/04/21)
    LA FONTAINE, Fables tirage spécial illustré (15/04/21) 9782072939983
    GENET, Romans et poèmes (22/04/21) 9782072744259

    Mai
    FLAUBERT, Œuvres complètes T. IV 1863-1874 (13/05/21)
    FLAUBERT, Œuvres complètes T. V 1874-1880 (13/05/21)
    FLAUBERT, Œuvres complètes T. IV et T. V Coffret 2 volumes (13/05/21)
    + album FLAUBERT

    SEPTEMBRE : DANTE, La Divine Comédie (édition bilingue) 9782072888748

    OCTOBRE : COLLECTIFS, L’Espèce humaine et autres écrits des camps 9782072729645
    LABÉ, Œuvres complètes 9782072792670

    NOVEMBRE : FEYDEAU, Théâtre 9782072803499

    Bonne lecture.

      • On parle de Louise Labé ?!
        Étonnant en effet…
        Ça me fait penser à la Pléiade François Villon.
        Le corpus est en effet trop petit pour une pléiade, et on sera bien obligé d’écrire des tartines pour arriver un nombre de pages suffisant.
        MAIS, pour apprécier beaucoup le poésie française du 16e, je ne peux qu’être réjoui de cette édition !

        • Je viens de vérifier dans mon volume « Poètes du XVIe siècle », Louise Labé s’y trouve déjà presque tout entière, sur une vingtaine de pages (trois élégies et 23 sonnets, ça ne prend guère de place).

          • En ce qui nous concerne, l’édition bilingue chez Gallimard-poésie, en vers de 11 (avec liaisons capcaudadas de 10), dont une réimpression revue est annoncée pour le 30 de ce mois, nous satisfait pleinement. Profitons-en pour rappeler aussi l’édition critique bilingue de « Vie nouvelle », chez Garnier-classiques cette fois.
            Cordialement,
            uapi

          • Attention aux abus de langage. L’édition Garnier de Vita nuova, introduction, traduction juxtapaginale annotée et annexes de Vegliante (2011) n’a rien de critique, puisqu’elle emprunte purement et simplement le texte italien établi par Guglielmo Gorni (Turin, Einaudi, 1996), qui l’accompagnait, à chaque page, d’un richissime appareil scientifique sur trois niveaux (variantes manuscrites ; notes philologiques ; exégèse de détail). L’annotation de Vegliante, également infrapaginale et démarquée de celle de Gorni (il n’a pu connaître la seconde mouture du travail de ce dernier insérée dans Marco Santagata (ed.), Dante Alighieri, Opere, I, Milan, Mondadori, 2011, pp. 745-1063), est très succincte, n’explique jamais ses prises de positions philologiques, ni n’éclaire la traduction extrêmement serrée, dans le vers de onze syllabes dont Vegliante est coutumier. Il existe des amateurs pour ce genre de rendus en stiques de mirlitons ; comme outil de travail, je n’irai pas jusqu’à la déclarer inutile l’édition Garnier, mais ses apports personnels, presque inexistants (Vegliante ne s’écarte presque jamais de sa Vorlage, quand même Gorni demande qu’on soupèse très régulièrement son choix de leçon), interdisent de la recommander.

          • Vous êtes bien sévère, comme on vous aime.
            Il s’agit effectivement d’une adaptation (bilingue) à un public relativement « large » – si ce terme a un sens – de l’édition CRITIQUE, à l’italienne sur un texte italien, de G. Gorni. C’est affiché en toutes lettres, seuls les (minuscules) écarts sont justifiés, et l’essentiel n’est pas là. C’est la vision de la construction de l’oeuvre, aussi rigoureuse que celle de « La Comédie », distribuée en §§ (non en chapitres), qui est intéressante. Ainsi que la traduction, prose aussi bien que vers, que nous oserons dire philologique.
            Bien respectueusement,
            uapi

          • Je n’aime pas quand l’on désigne un volume comme étant autre chose que ce pour quoi il se donne : ici, une simple traduction du nouveau texte dantesque de référence pour Vita Nuova, entourée des subsidia lectionis les plus indispensables. La reconstitution du découpage dantesque initial effectuée par Gorni a fait grand débat, il eût été bon que Vegliante s’expliquât un tantinet sur icelle – meilleur encore si le savant français avait traduit le, ou résumé les principaux apports du, commentaire italien de son édition de base, voire procuré sa propre exégèse, à l’instar de Luca Carlo Rossi dans le volume des Oscar Classici de Mondadori (Milan, 2016). En dehors des collections érudites, qui ne les cooptent jamais pour publier quoi que ce soit, tous les traducteurs contemporains tendent à se donner de grands airs de spécialistes, alors même qu’aucun n’est capable de faire oeuvre d’interprète en proposant un commentaire perpétuel tant soit peu original. N’est pas Paul Renucci ou André Pézard qui veut ! Je persiste à penser que la version Vegliante de Vita Nuova ne saurait être tenue pour une entreprise de déchiffrement besogneux de cet italien limpide mais piégeux ; celle-ci ne peut affecter, à mon sens, que la forme d’une lente, lourde, précise traduction en prose, qui n’hésiterait pas, en cas de difficulté, à s’allonger en paraphrase explicative et à déborder sur le commentaire en bas de page ou fin de volume.

  59. Une formidable idée ? Tout dépendra des traducteurs qui seront à l’oeuvre …
    Par contre, la sacrée bonne nouvelle est la parution, le 6 Mai, du Paradis traduit par Michel Orcel chez Dogana.

  60. Pléiade 2021, demandez le Programme !

    Reprises d’édition existantes – inchangées – en coffrets (4 vol.) :
    Baudelaire (2 vol.)
    Vallès (2 vol.)

    Nouvelles éditions – refondues et enrichies – d’auteurs présents en Pléiade (3 vol.) :
    Flaubert (2 vol.)
    Shakespeare (1 vol.)

    Nouvelles éditions – oeuvres séparées d’oeuvres complètes d’un auteur déjà publié en Pléiade – (2 vol.) :
    Dante, Comédie (bilingue et nouvelle traduction-
    La Fontaine, Fables (illustrées)

    Nouveautés – complétant auteurs déjà présents en Pléiade (2 vol.) :
    Nabokov (1 vol.)
    Jean Genet (1 vol.)

    Nouvelles oeuvres – nouveaux auteurs (3 vol.) :
    L’Espèce humaine et autres écrits des camps (1 vol.)
    Labé (1 vol.)
    Feydeau (1 vol.)

    Dans les cuisines de Gallimard-Pléiade, on développe considérablement «l’art d’accommoder les restes» (certes appréciables et souvent goûteux), puis «les recettes revisitées» comme il est de mode de dire aujourd’hui (d’un goût plus douteux), et on trouve fort peu de plats nouveaux, de recettes inédites (donc fort peu de saveurs nouvelles à découvrir), inscrits sur la Carte 2021.

  61. La production de Labé, poésie et prose réunie, se résume à une grosse soixantaine de pages, dont plus de la moitié occupée par le Débat de Folie et d’Amour. La très bonne intégrale bilingue, avec introduction, notices et double bibliographie (presque exclusivement anglophone) détaillées ainsi qu’une annotation convenable, par Deborah Lesko Baker et Annie Finch (Chicago / Londres, University of Chicago Press, 2006), en atteint péniblement 300, tandis que les poésies ainsi que leur commentaire infrapaginal tiennent en moins de 50 dans la jolie petite édition de Labé et Marie de France confectionnée par Rémi Poirier et Jean-Jacques Vincensini dans la collection ‘Etonnants Classiques’ (Paris, Flammarion, 2020, pp. 101-148). Une Pléiade consacrée à la seule poétesse lyonnaise, même appesantie d’un important Appendice sur la réception de l’auteure et de son oeuvre, devrait donc battre les records de brièveté atteints par le (misérable !) tome Alain-Fournier. Que ne ferait-on pas, chez Gallimard, pour satisfaire le féminisme intersectionnel supposé friand de ces livres genrés…

    • Si la taille du volume n’a plus d’importance, rien ne devrait alors empêcher, après le Isidore Ducasse seul, de rééditer Germain Nouveau qui partageait un Pléiade avec le susnommé, de même pour Charles Cros, et Tristan Corbières qui eux aussi constituèrent un bige, ou Aloysius Bertrand… tous bien plus intéressants, révérence gardée envers la bonne Louise, que Labé.

    • Oui, ce qu’il y a d’ affligeant et d’attrape nigot, c’est bien la promotion féministe évidente.
      Pourquoi Labé sinon Du Bellay, Belleau, du Bartas, Tyard, Sceve, etc. Etc.
      On sait bien que c’est parce qu’on va vouloir faire de Labé une icône féministe, là où le décalage temporel devrait emporter un évident recul critique.
      Suffit d’avoir le recul. Sinon, en effet, on tombe aisément dans le panneau. Belle idée commerciale de la part de Gallimard.
      Une telle édition apparaît superfétatoire après maints travaux de qualité réalisés à l’égard de la poétesse, comme vous le soulignez.
      Une édition de l’école Lyonnaise de poésie eût été plus ambitieuse, voire, une réédition critique, de grande ampleur, de la poésie de 16e, que j’appelle de mes vœux les plus chers.
      Mais, il est bien plus rentable et facile de faire du réchauffé de Labé et de promouvoir l’icône féministe, plutôt que de réaliser un véritable et ambitieux travail éditorial, quelque appliqué, érudit et passionné puisse être l’éditeur choisi pour la direction du volume en question, que je ne manquerai pas de consulter.

      • L’idée m’avait traversé qu’un volume sur l’école lyonnaise de poésie eût été plus pertinente et plus intéressante. Un coup de projecteur sur une « province » particulière de la poésie du XVIème siècle qui aurait pu amener certains lecteurs à enrichir leur vision de celle-ci, souvent résumée à deux ou trois grands noms (dans la mesure où même ceux-là ne seraient pas en train de s’effacer).

      • Une excellente idée aurait plutôt consisté à réunir toute la poésie lyonnaise du XVIe siècle, en français (principalement Labé, Scève) comme en néo-latin (Nicolas Bourbon, Gilbert Ducher, Jean Visagier). Un volume de taille moyenne, rassemblant ce corpus jamais encore réuni et qui aurait rendu service ne serait-ce qu’en raison de la dispersion de la bibliographie textuelle scévienne, répartie entre cinq éditions distinctes (Délie chez McFarlane [Cambridge, 1966 : texte critique] avec l’exégèse de Charpentier [Paris, 1996 ; son volume de la collection Gallimard Poésie (1984) n’est pas à dédaigner], le Microcosme chez Guidici [Cassin / Paris, 1976], les Minora dans les Oeuvres complètes par Quignard (Paris, 1974] colligées avec le surabondant Le opere minori du Maurice Scève du même Giudici [Parme, 1958, 2 vol.]). Evidemment, une telle Pléiade pionnière aurait demandé davantage que les quatre ou cinq misérables années que la direction de la collection impartit désormais à son, ou ses, éditeurs scientifiques; entre la collecte des textes, leur traduction pour la poésie humaniste, sophistiquée et demandant non seulement une grande habitude de la latinité classique mais une excellente judiciaire, la composition d’un appareil savant pas trop frugal pour ces textes d’une redoutable difficulté, tout en pétrarquisme compliqué de métaphysique néo-platonicienne et de recherches stylistiques parfois inouïes. Nos éditeurs Pléiades n’aiment rien tant que devoir confesser l’ignorance de leur discipline sur des points particuliers, qui peuvent ne point ressortir à des détails ; dans le cas de Délie, où les pièges abondent et où le décryptage des emblèmes demeure opaque en dépit d’une riche bibliographie, il y faudrait à tout le moins la science étourdissante, la transparence et la profusion mises par Brind’Amour au service des Prophéties de Nostradamus (oeuvre hélas interrompue par la mort).

  62. Tout de même… Louise Labé : 662 vers ! Il sera difficile de faire « mieux » !
    Ce n’est plus un Pléiade, c’est une plaquette de poésie.
    À qui le tour ?
    Sappho ? (dix lignes et mille pages sur la poésie saphique)

    L’année pléiadesque millésimée 2021 est vraiment des plus surprenantes, succédant à quelques autres qui le furent à peine moins. À croire qu’on s’imagine, du côté de la ci-devant rue Sébastien Bottin, avoir épuisé le stock des chef-d’oeuvre de la littérature mondiale et qu’on peut taper dans le région des « curiosités ».

    …………….
    Au fait, intrigué par les avatars de la rue ci-devant Sébastien Bottin, je me suis aperçu qu’un vent de révolte avait balayé l’immeuble du n°9 de ladite, ses habitants refusant d’habiter la rue Gaston Gallimard… et obtenant gain de cause ! Ainsi donc restèrent-ils les uniques et ultimes habitants de la rue Sébastien Bottin. Question : ce n’°9 ayant été durant un assez long temps l’adresse parisienne du leader-chanteur des Rolling Stones, la rue finira-t-elle par s’appeler un jour : rue Mick Jagger ?
    Encore une « merveilleuse incongruité », dont on pourrait dire qu’elle ne viendra pas rehausser le niveau intellectuel de ce site et que vous devez au « délégué du Maître des Recherches, un nommé Szenes » qui sans conteste « avait plus d’un tour dans son sac. »
    (Frédérick Tristan – L’Homme Sans Nom, p. 49)
    « Eh bien (…) n’en parlons plus ! » (ibid. p. 53)

    • Ne raillez pas, cher Domonkos ; contrairement à l’impression que peut laisser la consultation du corpus sapphique dans les travaux français les plus accessibles (l’édition-traduction Philippe Brunet à L’Âge d’homme, Paris, 191, 164 pp., résultat très amaigri d’une thèse proposant un texte, une traduction et un commentaire philologique ; Pascal Charvet, Sappho. Poèmes et fragments, Paris, La Délirante, 1992, 56 pp. ; Yves Battistini, Poétesses grecques. Sappho, Corinne, Anytè…, Paris, Imprimerie Nationale, 1998, pp. 32-159), il nous reste assez de la poétesse pour qu’une intégrale reproduisant tous les fragments, y compris ceux d’un ou deux mots cités à titre grammatical ou lexicologique par des Grecs ou des Romains, remplisse deux bons volumes (Battistini, Sappho. Oeuvres complètes[sic], s.l., Michel Chandeigne, 1991-1994). Aucune édition récente n’incorpore les trouvailles papyrologiques de ces dernières années, la collection de référence pour les poètes lesbiens, celle d’Eva-Maria Voigt (née Hamm) datant de 1971 ; or le corps s’est accru de quelques nouveaux poèmes, de belle qualité, si bien qu’on se prend à rêver qu’après l’Alcée très réussi de Gauthier Liberman, la collection Budé s’enrichisse d’un Sappho (mais les éditeurs retenus pour faire un Budé à partir de leur thèse nous font tellement attendre, ainsi Brunet pour Sappho ou Marie-Pierre Noël pour Gorgias [30 ans tous les deux] ou, parmi ceux qui ont fini par accoucher, l’Héroïque de Philostrate par Simone Follet, à elle attribué au milieu des années 70 et sorti seulement en 2017 [!], que ce n’est même plus un voeu pieux).

      • Eh bien, alors, qu’ils nous concoctent une édition en Pléiade, cela m’agréerait beaucoup plus qu’une Louise Labé – que je ne méprise point du tout, bien au contraire, mais dont il est très facile de trouver des éditions. Et s’il s’agissait de surfer sur la vague neoféministe – ici, percevoir un soupir de résignation… – qu’à cela ne tienne, puisque le dernier mot de ce féminisme new look semble bien être le saphisme hissé au pinacle, cela tombe bien !

        Je rêve déjà de ces volumes… ô Songes, Mensonges…

  63. Bonjour,

    Quelqu’un ici saurait-il où l’on peut trouver l’historique des publications de l’Imprimerie Nationale dans le domaine de la littérature ?

    Je vous remercie.

    • Cherchez
      « imprimerie nationale actes sud » sur Google. Une fois sur le site, remontez dans l’historique des publications.
      Il y a 490 références, mais plus, guère de littérature après 2007

  64. Je discutais avec mon libraire, ce matin, au sujet des étrangetés de la programmation des parutions en Pléiade, et il insistait sur le fait que Gallimard semble à présent vraiment accro aux anniversaires. La collection deviendrait ainsi une espèce de mémorial, calé sur le calendrier des commémorations nationales…

    Je suis donc allé illico, en naïf que je suis, vérifier les dates de naissance et de mort de Feydeau, et, Ô stupeur ! (qui n’en est pas une) je découvre que ce brave homme a quitté cette vallée de larmes le 05 juin 1921… Tout s’explique !
    Et rien ne s’explique… car si le criterium de parution en Pléiade devient un doublon de l’État Civil, je me demande bien où est l’intérêt…
    Du coup, attendu que j’avais envie de m’acheter quand même un (une ?) Pléiade ce matin (car, le 27 de chaque mois, ma CB se remet à zéro), attendu que le joli volume des Fables illustrées de Jean de La Fontaine aurait fait doublon avec mes deux volumes « d’oeuvres complètes » dudit, attendu qu’aucun anniversaire ne m’imposait de le faire, j’ai acquis un fort beau volume manquant à ma collection, et cher à mon coeur, celui de Notre Dame de Paris-Les Travailleurs de la Mer de l’immense Hugo.

    Gallimard espère-t-il vraiment, à l’occasion de ce centenaire, un revival inouï du faiseur de vaudeville ?…
    Ou bien, plus prosaïquement, a-t-il perçu quelques subventions publiques, généreusement distribuées au nom du sauvetage de la Culture Française ?
    Plus besoin de lecteurs, les contribuables – dont Georges Feydeau représente le cadet des soucis – suffisent à assurer la rentabilité financière !

    • Je n’aurais jamais cru aimer autant les poésies de Sappho. Car, il faut savoir que nous n’avons conservé d’elle qu’un seul poème en entier mais, par contre, de multiples fragments.
      Malgré les traîtrises du temps, Sappho a eu de la chance, c’est mon point de vue, d’avoir trois excellents traducteurs en France, tous très différents dans leur approche.

      Yves Battistini (Odes et fragments chez Poésie/Gallimard, traduction revue par rapport aux deux précédentes éditions citées par NeoBirt7), insuffle à sa traduction un parfum préraphaélite, ornemente à tout va, ce qui donne à Sappho un coté précieux, légèrement « fin de siècle ». S’il fallait choisir une figure le caractérisant ce serait le peintre. Après quelques hésitations sa traduction est devenue ma préférée.

      Pascal Charvet, c’est plutôt le lettré, chaque mot est ici pesé, ciselé, puis posé tel quel sur la page : les lacunes ont été laissées en blanc, les fragments sont espacés sur la page comme un Miro. Certaines pages ne comportent que quelques mots …
      En 1989, Pascal Charvet était effectivement assez extrémiste dans sa démarche : c’est l’époque où il traduisait Properce comme si c’était du Mallarmé (La Délirante n°9), il a d’ailleurs bien changé depuis et, tant mieux pour nous, il nous a fourni, dix ans plus tard, une superbe traduction en prose de ce même Properce (Imprimerie Nationale, 2003) dans un style somptueux et coulant, le parfait opposé de sa première tentative.

      Philippe Brunet, pour continuer l’analogie, en serait le musicien. Roi du rythme et prince des rejets et contre-rejets renversants !

      Pour pouvoir goûter à Sappho, voici son Hymme à Aphrodite, seul poème complet, mais qui n’est pas non plus le plus célèbre, le fameux : « Il me semble l’égal des dieux … »

      Traduction Yves Battistini

      Déesse au trône diapré, immortelle Aphrodite,
      Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie :
      ni tourments nauséeux, ni fléau de l’angoisse, pour me dompter,
      Souveraine, le cœur.

      Viens à moi plutôt, si jamais autrefois,
      quand je criais de loin vers toi, tu as entendu ma voix,
      si tu m’as exaucée, quittant le palais de ton père
      pour venir jusqu’à moi, dans l’or

      de ton char attelé : de beaux oiseaux t’entraînaient,
      des passereaux rapides, au-dessus de la terre bleu et noir,
      du battement pressé de leurs ailes, depuis l’espace ouranien, au
      travers de l’éther,

      et soudain ils furent là. Et toi, ô Bienheureuse,
      un sourire éclairait ton immortel visage
      quand tu me demandais quel tourment de nouveau était le mien
      et pourquoi de nouveau je criais vers toi,

      et quel désir en moi devait être assouvi
      en mon cœur affolé : « Quelle fille de nouveau dois-je persuader
      de te séduire à elle en son spasme d’amour ? Quelle amie,
      ô Sapphô, te porte préjudice ?

      Car si elle fuit, bientôt elle sera chasseresse.
      Si elle refuse les cadeaux, demain elle en offrira.
      Si elle n’est pas amoureuse, bientôt elle sera amoureuse,
      même contre son gré. »

      Viens à moi, et maintenant encore ! De mon cruel souci
      délivre-moi ! Tous les désirs de mon cœur passionné,
      accomplis-le ! Et toi-même,
      sois combattante à mes côtés !

      Traduction Pascal Charvet (nouvelle version datant de 2020)

      Aphrodite immortelle, au trône de toutes couleurs,
      fille de Zeus, tisseuse de ruses, je t’implore,
      par les peines et les dégoûts n’accable pas,
      ô souveraine, mon cœur,
      mais viens ici, si jamais autrefois
      entendant de loin ma voix,
      tu l’as exaucée, et si tu as quitté la maison de ton père,
      pour venir, sur ton char
      d’or attelé ; de beaux passereaux rapides te menaient
      au-dessus de la terre sombre et bleue,
      faisant battre leurs ailes serrées, du ciel
      à travers l’éther ;
      et soudain ils arrivèrent, et toi ô Bienheureuse,
      souriant de ton visage immortel,
      tu me demandas ce qu’encore je souffrais, pour quelle faveur
      encore je t’invoquais,
      et ce que je voulais plus que tout
      dans mon cœur affolé : « Qui encore dois-je persuader
      de venir à ton amour ? Qui Sappho
      t’as traitée injustement ?
      Car celle qui fuit, bientôt poursuivra,
      celle qui n’accepte pas les cadeaux, en fera,
      celle qui n’aime pas, aimera,
      même contre sa volonté. »
      Viens à moi maintenant ; de mes durs soucis
      délivre-moi, et tout ce que désire mon cœur
      accomplir, accomplis-le ; toi-même
      combats à mes côtés.

      Traduction Philippe Brunet

      Aphrodite au trône diapré, déesse
      née de Zeus, j’implore, immortelle fourbe,
      fais que ni tourments ni dégoûts ne dompte,
      Reine, mon âme…

      Viens ! N’as-tu jamais entendu ma bouche
      t’appeler, lointaine, et, quittant d’un père
      la demeure d’or, n’es-tu pas venue, si-
      tôt attelé ton

      char splendide ? Tes passereaux volages
      t’ont menée autour de la terre noire,
      agitant leurs ailes compactes par l’es-
      pace céleste

      jusqu’à moi. Et ton immortel visage
      a souri. Tu m’as, bienheureuse Reine,
      demandé pourquoi de nouveau je souffre,
      pourquoi j’appelle,

      et pourquoi je laisse un tel trouble naître
      dans mon cœur : « Qui dois-je contraindre encore,
      qui, mener jusqu’à ton amour ? Sappho, de
      qui vient l’offense ?

      Qui s’enfuit poursuive aussitôt, qui ose
      repousser l’offrande à son tour propose,
      qui déteste adore aussitôt, aussi mo-
      rose soit-elle ! »

      Viens encore, délivre-moi des affres
      du souci, accorde ce que mon âme
      brûle d’obtenir. Prête-moi main-forte
      dans la bataille.

      J’ai rajouté une traduction Jean Bollack que j’avais dans mes archives.

      Aphrodite, sur ton siège chatoyant, immortelle,
      fille de Zeus, tressant des pièges,
      souveraine, je te supplie, ne paralyse pas mon esprit, ni dans la lassitude,
      ni dans la souffrance.

      Viens ici. Une autre fois, à un autre moment,
      tu as entendu mes paroles au loin,
      et tu m’as écouté. Tu as quitté la demeure en or
      de ton père, et tu es venue.

      Tu as attelé ton char ; ils se sont faits beaux, les rapides
      moineaux, qui te conduisaient autour de la terre noire,
      tournant dru ; le tourbillon de leurs ailes est parti du centre
      du ciel, traversant l’éther.

      En un instant, ils étaient là. Et toi, la bienheureuse,
      avec tout le sourire d’un visage d’immortelle
      tu m’as demandé ce que je subissais encore, et ce qui
      encore faisait que je t’appelle,

      et ce que c’est que je veux le plus qu’il m’arrive
      dans mon esprit en délire. « Qui est-ce qu’encore je dois
      persuader de te conduire, toi aussi, dans ton amour,
      qui est-ce ? dis, ô Sappho, qui te maltraite ?

      C’est sûr : si elle évite, vite elle courra après
      et si elle refusait les cadeaux, elle en donnera.
      et si elle n’aime pas, vite elle aimera,
      serait-ce contre sa volonté ».

      Viens à moi, maintenant aussi, et libère-moi de mes atroces
      soucis, et tout ce dont mon esprit
      désire l’achèvement, achève-le. Et toi, en personne,
      sois mon alliée.

      Bonne lecture.

  65. Voici la version de Pascal Charvet avec cette fois-ci les sept strophes bien dessinées, c’est important pour la lecture.

    Aphrodite immortelle, au trône de toutes couleurs,
    fille de Zeus, tisseuse de ruses, je t’implore,
    par les peines et les dégoûts n’accable pas,
    ô souveraine, mon cœur,

    mais viens ici, si jamais autrefois
    entendant de loin ma voix,
    tu l’as exaucée, et si tu as quitté la maison de ton père,
    pour venir, sur ton char

    d’or attelé ; de beaux passereaux rapides te menaient
    au-dessus de la terre sombre et bleue,
    faisant battre leurs ailes serrées, du ciel
    à travers l’éther ;

    et soudain ils arrivèrent, et toi ô Bienheureuse,
    souriant de ton visage immortel,
    tu me demandas ce qu’encore je souffrais, pour quelle faveur
    encore je t’invoquais,

    et ce que je voulais plus que tout
    dans mon cœur affolé : « Qui encore dois-je persuader
    de venir à ton amour ? Qui Sappho
    t’as traitée injustement ?

    Car celle qui fuit, bientôt poursuivra,
    celle qui n’accepte pas les cadeaux, en fera,
    celle qui n’aime pas, aimera,
    même contre sa volonté. »

    Viens à moi maintenant ; de mes durs soucis
    délivre-moi, et tout ce que désire mon cœur
    accomplir, accomplis-le ; toi-même
    combats à mes côtés.

  66. Si la stratégie commerciale de Gallimard consiste à sortir des volumes à l’occasion de commémorations, on peut se livrer à un intéressant jeu de pronostics pour les années à venir. En comparant les dates de naissance et de décès d’auteurs, on obtient une liste conforme à la ligne éditoriale actuelle de Gallimard.

    2022 :
    – Kerouac ( né en 1922 ) : potentiel commercial certain, conforme à la ligne éditoriale favorable aux anglophones.
    – Pasolini ( né en 1922 ) : potentiel commercial certain.
    – Robbe-Grillet ( né en 1922 ) : certains le verraient bien rejoindre la collection, mais à mon sens le climat culturel actuel éloigne cette possiblité. Une partie de son oeuvre mêlant sadoérotisme et pédophilie, Gallimard pourrait être refroidi devant les polémiques probables.
    – Saramago ( né en 1922 ) : potentiel commercial ?
    – Kawabata ( mort en 1972 ) : une occasion pour le pléiadiser ?
    – Léautaud ( né en 1872 ) : difficile à vendre à la nouvelle génération à mon sens, mais Gallimard pourrait en profiter pour recycler son journal par exemple.
    – Castoriadis ( né en 1922 ) : improbable mais c’est un penseur qui compte.

    2023 :
    – Calvino ( né en 1923 ) : sortie très probable, les rumeurs le lient concrètement à la collection.
    – Bonnefoy ( né en 1923 ) : sortie très probable, les rumeurs le lient concrètement à la collection.
    – Tolkien ( mort en 1973 ) : une occasion pour sortir son volume attendu.
    – René Girard ( né en 1923 ) : la commémoration pourrait être une occasion de le pléiadiser.
    – Ernest Renan ( né en 1823 ) : la commémoration pourrait être une occasion de le pléiadiser.
    – Loti ( mort en 1923 ) : il finira bien par rejoindre la collection, ce pourrait être l’occasion.
    – Barrès ( mort en 1923 ) : la commémoration pourrait être une occasion de le pléiadiser.
    – Hašek ( mort en 1923 ) : Gallimard a publié récemment une nouvelle traduction en folio, un signe qu’on travaille dessus ?

    2024 :
    – Pagnol ( mort en 1974 ) : une commémoration pourrait être une occasion de le pléiadiser.
    – Kafka ( mort en 1924 ) : les volumes III et IV de la nouvelle édition sont en préparation, une bonne occasion ?
    – Groult, Flora ( né en 1924 ) : un volume  » Benoîte et Flora Groult » serait conforme à la ligne éditoriale cherchant à publier des femmes féministes.
    – Baldwin ( né en 1924 ) : hypothèse intéressante, conforme à la ligne éditoriale anglophone et cherchant à valoriser des auteurs engagés.

    2025 :
    – Mishima (né en 1925 ) : plusieurs traductions ont été publiées récemment. Doit-on y voir un travail de retraduction en cours de son oeuvre en vue d’une pléiadisation ?
    – Deleuze ( né en 1925 ) : une occasion de pléiadiser un autre philosophe postmoderne ?
    – Mann, Thomas ( né en 1875, libre de droits en 2025 ) : très probable que Gallimard attende cette date pour le pléiadiser.

    • Merci Niche pour ce commentaire documenté. On pourrait y rajouter, en 2022, le volume de correspondance de Proust dont J.Y. Tadié serait le maître d’œuvre. Finalement les commémorations ont du bon…

        • Pourquoi pas 2024 ?… Cela lui ferait 222 ans, c’est bien aussi 222 !
          Et puis, n’importe quelle occasion de voir enfin compléter ce monument de Poésie serait bonne à prendre.

          Blague à part, la liste de l’ami Niche serait de nature à me donner beaucoup d’espérance : à par quelques « intrus » je vois surtout une liste de noms que j’adorerais voir figurer en Pléiade, certains pour des raisons évidentes, au vu de leur importance reconnue (Kawabata, Thomas Mann, Italo Calvino…), d’autres pour des raisons de « réhabilitation » littéraire (Barrès…), d’autres par dilection personnelles (Pasolini…).

          En tout état de cause, nous avons déjà vu pire, et commençons à être mithridatisés.

      • D’autant que la direction de la Pléiade avait indiqué « étudier sérieusement le projet », il y a trois ans, de mémoire.

      • Roth (tome 2 de ses romans : 1979-1991) paraîtra dans moins d’un an car le volume est déjà annoncé et détaillé sur le catalogue 2021 sorti cette semaine…

        • Si votre raisonnement est exacte ( et je n’en doute pas ) alors il faudra attendre 2085 pour que paraisse la suite des œuvres poétiques de Victor Hugo. Patience, patience….

          • 1851, l’exil et la naissance du Second Victor Hugo.

            «Le 2 décembre 1851, après avoir appris la nouvelle du coup d’État bonapartiste à 8 heures du matin, Victor Hugo va retrouver les députés de la gauche, rue Blanche, où il participe à l’organisation d’un comité de résistance. Le lendemain, il arrive au Fg Saint Antoine, au moment où le député Alphonse Baudin est tué sur une barricade, et tente, avec quelques collègues, de soulever les ouvriers, sans succès.
            Le 4 décembre, il va encourager la résistance qui s’éteint néanmoins après la fusillade sur les Boulevards. Hugo doit alors se cacher et, grâce au développement purement de sa compagne Juliette Drouet, il trouve un abri sûr.
            Le 7 décembre, il reçoit un faut passeport, au nom de l’ouvrier imprimeur Lanvin.
            Le 11 décembre 1851, déguisé sous les traits de l’ouvrier Lanvin, Victor Hugo prend, seul, le train pour la Belgique, et il arrive le lendemain à Bruxelles. Juliette Drouter, chargée de la malle au manuscrits le rejoint le lendemain.» (source wikipedia)

            Je propose donc que le couronnement de l’Oeuvre Poétique de Victor Hugo, en Pléiade, ait lieu en 1851… ça tomberait d’autant mieux que cela coïnciderait avec mon propre Centenaire… après cette date, je ne puis promettre de patienter plus longtemps.

          • Patatras ! tout est raté… pourtant je me suis relu…
            Je voulais dire 2051 bien sûr !
            BI-CENTENAIRE DU sECOND vvICTOR HUGO.

          • Je multiplie les fautes de frappe… en guise de circonstances atténuantes, je précise qu’il y a une anomalie aujourd’hui, sur ma « messagerie brumesque » je ne vois que la moitié supérieure de la ligne que je suis en train d’écrire… c’est assez bizarre…

            En ce qui concerne mes petites fantaisies sur les anniversaires de Hugo, mon Cher Draak, vous aurez compris, je crois, que c’est pour moi, une façon de dénoncer fermement – tout en ne donnant pas trop dans la gravité ennuyeuse – le scandale de l’incomplétude des Oeuvres Poétiques huroniennes en Pléiade (une sorte « d’acte militant ») et aussi de rendre hommage à l’immense poète et au grand-homme-dans-son-temps que fut Hugo. (Ceci étant dit pour dissuader certaines personnes de m’envoyer uyn inutile soufflet.)

    • Barrès, Loti, Renan composeraient une magnifique trilogie : l’égotiste amoureux de la France, le sensualiste, et le poète des origines du christianisme, tous exceptionnels stylistes, excusez du peu !

  67. Exact sans le ‘e’, évidemment…

    Je ne suis qu’un passant de passage mais je trouve quand même le moyen de faire une faute aussi grossière…

    Pour finir je peux vous annoncer officieusement la date de sortie du pléiade Plotin : 2070.

  68. Vous êtes d’un ennuyeux et d’un prétentieux Mr Szenes à toujours tout ramener à vous, votre libraire, votre anniversaire, votre jardin…c’est creux, c’est inutile…cette façon de ramener n’importe quel grand sujet à votre petite dimension…

    • chèr(e) Claudie, commentaire tout à fit inutile (brumes, je me permets) et agressif. Un peu d’humour pléiadesque ne fait pas de mal. Et Demonkos a montré en de multiples occasions que le sérieux et l’érudition côtoie chez lui fort bien l’humour.

    • Ah la bonne vieille attaque ad hominem, on n’a rien fait de mieux, depuis la nuit des temps, pour élever l’esprit !
      Sur le thème de prédilection – un véritable cliché répété par tous les perroquets ayant une vague teinture de psychanalyse – de tous les envieux, jaloux, frustrés, coincés du sentiment, la suprême accusation : vous parlez trop de vous !

      Je (pardon pour ce «je») pourrai vous répondre, sur le mode «plaisant», qu’il vaut mieux dire du bien de soi, plutôt que du mal des autres.

      Je pourrais aussi vous rétorquer, sur le mode pratique et réaliste, que, si on devait censurer tous les écrits dans lesquels l’auteur s’expose et s’analyse, «raconte sa vie» ou ses états d’âme, il ne resterait pas grande chose de notre littérature… Vous préférez peut-être ceux qui parlent d’eux lorsqu’ils sont morts ou bien couronnés par quelque institution ou les trompettes de la renommée ? Cela leur conférerait une légitimité incontestable ?
      Votre naïveté en ce domaine est désarmante, à défaut d’être charmante.

      Je pourrais, sur le mode vantard, que «ramener les choses à soi» est aussi une revendication de ses opinions pour ce qu’elles sont – des opinions personnelles – et une prise de risque, une façon de s’exposer : notamment aux attaques du genre des vôtres.
      Le fait de signer de mon propre nom, fait partie du «package».
      Bref, «vantardise» ou «narcissisme» et modestie (en ne présentant ses opinions que comme des opinions personnelles, ponctuelles et circonstancielles, et non comme des vérités proclamées), ne sont que deux façons jumelles «d’assumer», deux faces de la même pièce.

      Je pourrais même – poussons le discours jusqu’à l’absurde, en supposant que vous seriez capable de le comprendre – vous expliquer que cette façon de «tout ramener à soi» est une façon de revenir à la réalité, de mettre du «vécu» dans des échanges intellectuels qui risqueraient de se perdre dans l’abstraction, et qu’en parlant de son propre «vécu» on peut se rapprocher du «vécu» de ceux qui nous lisent. Partager un peu de ce «vécu» avec eux est aussi une façon de les renvoyer à leur propre «vécu» et d’établir un échange, un véritable dialogue d’humains en chair.

      Rassurez-vous, cela ne veut pas dire que je vous demande de vous déboutonner et de nous balancer votre «vécu», mais simplement que «mon vécu» s’adresse à «votre vécu», si cela vous dit quelque chose – apparemment pas, d’après votre magnifique contribution.
      Faut-il vraiment vous apprendre que lorsqu’un auteur vous parle de ses joies et de ses drames, il vous parle aussi des vôtres ?
      Ou bien n’avez-vous jamais compris le moindre livre que vous avez lu ?

      Ou bien encore – j’y reviens, l’ayant déjà évoqué plus haut – considérez-vous que ce «privilège» ne doit être réservé qu’à des écrivains reconnus par les académies ou les médias, des écrivains morts ou lointains, dont vous êtes sûre qu’ils ne vous «contamineront» pas, qu’ils vous resteront étrangers ?
      Qu’ils ne vous demanderont aucun engagement en qualité de lectrice ?

      Je suis attristé (attristé est faible, accablé serait mieux) pour vous (et furieux – encore ce fichu «retour à soi» ! – de devoir rappeler ces évidences et y perdre mon temps).
      Mais, comme le verre à moitié vide est toujours également à moitié plein, je suis content que vous m’ayez contraint à ces explications – quand bien même ne seraient-elles que poussière volant et se perdant au gré des vents.

      • Domonkos, vous nourrissez bêtement les trolls. C’était pourtant tellement grossier et visible, pourtant ! Brumes nous apprendra bientôt que Claudie partage l’adresse IP de… Comment s’appelait-elle, celle qui nous taxait de réduire tous les intervenants au silence ? Sophie, non ?

        Concernant Victor Hugo, j’avais bien compris. C’est même un des rares cas où l’édition de référence par défaut (dans l’attente des discussions sur le sujet) indiquée sur Propagerlefeu.fr n’est pas la Pléiade , mais l’édition Bouquins.

        Tout cela ne m’a pas fait trouver le petit carton d’invitation pour vos 70 ans.

        (Et merci au passage à Alain-Michel B. de me faire connaître le « Rabelais grammairien » ; Je commence à réfléchir aux livres que j’emporterai dans mes valises cet été. Il y eu des étés raciniens, des étés orwelliens ; Pourquoi pas un été rabelaisien ?)

        • Dois-je déduire de votre message que vous vous portâtes acquéreur de la Pléiade Orwell ?
          Si oui, pan pensez-vous ?
          J’ai très (top) longtemps hésité… n’ayant pas haute opinion des qualités proprement littéraire de ce bon vieux George, si j’apprécie la lucidité et le courage de ses considérations politiques.
          Est-ce que cela vaut le coup que je surmonte mes préventions ?

          • Bonjour Domonkos,
            Je me portâte, en effet, je me portâte.
            Mon été orwellien est antérieur à la sortie de la Pléiade et a surtout été consacré à lire des biographies ou des études sur Orwell. Et, pour tout dire, je n’ai acheté l’exemplaire Pléiade que par « conscience professionnelle » vis-à-vis de Propagerlefeu.fr (il fallait bien que je m’en fasse une idée) ; et aussi par admiration pour le travail du traducteur, Philippe Jaworski (à qui je dois mes meilleurs moments en Pléiade, aux côtés de Georges Forestier pour le XVIIe).
            Mais vous me donnez l’occasion de redresser un tort : Vous avez trop écrit ici même que le style d’Orwell était mauvais. Je pense que le clou a été suffisamment enfoncé. La littérature n’est pas que le style et le travail sur elle-même. Sinon, vous pouvez aussi bien jeter Lovecraft ou d’autres. La littérature, c’est aussi la construction d’imaginaires, de situations, c’est l’exploration de thèmes et une réflexion sur son époque…
            La ferme des animaux, par exemple, est intemporel grâce à sa forme de conte.
            Mais si l’on s’en tient à 1984 : Orwell est d’une actualité PARFAITE, pour des raisons qui lui sont d’ailleurs étrangères. Mais que l’on puisse encore lire, de nos jours, j’entends à l’époque de Facebook, WhatsApp, Google et consorts, une phrase comme :
            « Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu. »
            …montre assez qu’il faut toujours et plus que jamais lire Orwell.
            Sa réflexion sur le langage montre qu’il se place quand même sur le plan de la littérature, même si l’auteur en tire surtout des conséquences sociales (Cf. le fameux « Nous dégraissons le langage jusqu’à l’os » ou ce passage qui me fait toujours rire quand je passe dessus : « Ce n’est pas le cerveau qui s’exprime, mais le larynx. Strictement parlant, ce sont bien des mots qui sortent de cette bouche, mais au lieu d’être du discours articulé, ce n’est qu’un bruit émis en toute inconscience, comme le canard cancane ». (Tiens, ah ah, cela s’applique à notre amie Claudie/Sophie ; vous voyez comme je ne lui ai pas répondu ? C’est ainsi qu’il faut faire. Avez-vous compris, maintenant, Domonkos ? L’attaque ad hominem est la marque toute puante du troll).
            Dans mon esprit, un rapprochement spectaculaire s’opère avec la conclusion du livre d’Ingrid Riocreux (« la langue des médias »), que je ne me lasse pas de citer dès que l’occasion m’en est donnée (ou pas !) :
             » La classe dominante considère qu’il est plus facile de garder sous contrôle une société d’idiots plutôt que de gouverner un peuple intelligent. Mauvais calcul. Car les masses illettrées et incultes ne restent pourtant pas amorphes. Quand on les a privées de la culture et de l’intelligence, quand on les a privées de mots et de la maitrise du langage, il ne leur reste rien comme moyen d’expression – pire comme mode de pensée – que la violence. L’erreur de nos oligarques réside dans le fait de croire qu’une société d’abrutis est un troupeau bêlant, docile et calme, alors que c’est une meute d’individus féroces, en guerre perpétuelle, les uns contre les autres. Elle commence par abattre tous ces petits maîtres, au nombre desquels les « fabricateurs de consentement » qui ont fait dégénérer le rêve démocratique en pensée totalitaire. L’illettrisme entraîne la violence, et l’insécurité appelle la tyrannie. Le système qui par son œuvre (éducatrice et médiatique) se targuant d’engendrer des personnes libres et responsables, pétries des idéaux les plus nobles, s’écroulera donc sous les coups de ce qu’il a lui-même produit, en réalité : un gibier de dictature. » (Je lisais cela en plein mouvement « Gilets jaunes ».)

            Des phrases simples d’Orwell comme « les prolos et les animaux sont libres » m’éveillent et me font réfléchir, et c’est cela, aussi, la littérature.
            Orwell n’a pas de style comme Agota Kristof n’a pas de style. Pour reprendre la phrase de Houellebecq : « Si le style de XXX[=le nom d’auteur que vous voulez] est déplorable, on peut gaiement en conclure que le style n’a, en littérature, pas la moindre importance ; et passer à autre chose. »

  69. Louise Labé dans un vol. de la Pléiade et toute seule?
    Mais quel spécialiste pour établir l’édition? Gallimard a-t-il songé à Mireille Huchon (Paris IV)?
    Après tout, elle a déjà procuré la dernière édition de Rabelais en Pléiade (elle a aussi publié un excellent livre; « Rabelais grammairien »).
    Problème: elle a

    • Le message est parti avant !!!!
      VOICI LA SUITE:
      Problème: Mireille Huchon a également publié un volume (dont le titre est clair): « Louise Labé, une créature de papier » (Droz, 2006) où elle établit que les sonnets ont en fait été composés par plusieurs poètes fréquentant l’atelier de Jean de Tournes (l’imprimeur) réunis autour de Maurice Scève….
      Donc: une « authentique » figure « féministe » ?

      • Ce sera bien Mireille Huchon qui va faire ce Pleiade particulier qui va tourner autour du mythe Louise Labbé (bien fait pour les féministes -hommes et femmes – qui brandissaient l’étendard de « cette » immense poète…à leurs yeux, elle va soudain avoir moins de mérites)

          • Je vais être un peu provocant. Un Pléiade présentant essentiellement, après une cinquantaine de pages d’œuvres complètes, un travail universitaire inédit de Mme Huchon sur le mythe « auctorial » Louise Labé se justifie-t-il vraiment ? Si c’est ce que je crois comprendre, d’autres collections me paraissent plus adaptées pour accueillir ce projet.

            S’il est tel que vous dites, je demande franchement à la place un volume des œuvres d’Hernan Cortès, présenté par Christian Duverger (cf. Cortès et son double, qui tient probablement de la folle théorie, mais qui était fort intrigant).

          • Si c’est Mireille Huchon qui prend en charge le vol., on peut avoir confiance, mais elle ne pourra pas renier les affirmations de son livre … On va s’amuser.
            Autre problème s’il s’agit d’un Pléiade « féministe » (?): il n’y a guère que deux autres poètes femmes à cette époque, Marguerite de Navarre et, plus précisément à Lyon, Pernette du Guillet, qui, elle, a bien existé, et qui fut aussi, comme par hasard, la copine de Maurice Scève, qu’elle aurait connu à Millery (sud de Lyon) à 16 ans et qui est morte à 25 ans: ses poèmes posthumes furent aussi édités par le même Scève (ainsi que par son mari du Guillet) et bien sûr publiés chez le même Jean de Tournes (comme Louise Labé).
            Plus significatif (car Labé et du Guillet sont déjà pléiadisées) aurait été un vol. entièrement consacré à la « Marguerite des Marguerites » (M. de Navarre), il manque cruellement: l’Heptaméron n’existe pas même en Pléiade (il est vrai que les conteurs du XVIe siècle sont épuisés, et Gallimard s’en moque).

          • Il est quand même drôle (le moins que l’on puisse dire) que Gallimard édite un Pléiade consacré à quelqu’un qui a (peut-être) existé mais qui n’a (sans aucun doute) jamais écrit un seul vers.
            Après tout il existe bien un Pléiade consacré à un auteur totalement imaginaire: Clara Gazul, qui n’a jamais existé: son théâtre figure bien pourtant dans les oeuvres de son « inventeur », Mérimée…

          • Mme Huchon en tant qu’éditrice scientifique est gage de qualité ; cependant, basses comme elles le sont devenues, au point de tenir du lit de Procuste, les fourches caudines de la Pléiade à coup sûr l’auront empêchée de développer, je ne dis pas: un discours érudit de bonne tenue, ainsi qu’elle le put en son mémorable Rabelais (comparable au splendide Brantôme du vétéran Vaucheret), mais même un appareil critique équilibré. Souvenons-nous du Marie de France ou du Villon, tous deux signés de noms reconnus, mais dont la préparation laisse apparaître lacunes (pour l’abondant vocabulaire érotique villonesque, Mme Cerquiglini-Toulet n’a point utilisé le Dictionnaire érotique. Ancien français, moyen français, Renaissance de Rose Bidler [2002], pourtant fondamental et en progrès sur le lexique de Burger), failles, et partis-pris discutables car ressortissant à des idées viscérales de l’éditeur (le Villon Pléiade reconstruit une certaine image du poète propre à son éditrice au lieu de s’en tenir à présenter le texte et à le faire entendre, comme les éditions strictement informatives de Dufournet, Thiry, et surtout Mühlethaler ; le Marie de France, lui, n’a presque pas progressé, ni renouvelé l’information, par rapport au tome de Gallimard Poésie, dont il reprend le texte et remanie la traduction en la rendant juxtalinéaire). Dans le cas de Louise Labé, un fort élément de polémique savante me parait inévitable en Pléiade afin de tenir le lecteur avisé de l’assez large éventail des possibles autoriels, génétiques, exégétiques qui flottent autour de la poétesse, or c’est là où la direction de Gallimard a hélas chance d’avoir le plus lourdement pesé. Wait and see, mais malgré l’extraordinaire compétence de Mme Huchon, je ne suis guère optimiste à propos de ce que la Pléiade lui a laissé produire.

        • Il est difficilement envisageable que la Pléiade publie un « Labé » sans introduire AUSSI les oeuvres de celui qui les a, vraisemblablement pour leur plus grande part (mais avec d’autres) écrites, Maurice Scève, un poète majeur hélas oublié par le « grand » public.
          « Louise Labé » est sans doute (du moins j’imagine), comme pour les corn flakes et le coca, le nom publicitaire, sur la couverture du livre.
          Et c’est là que les choses deviennent vraiment cocasses.
          Le féminisme, en littérature, joue de drôles de tours..
          Il est vrai qu’il y a quelques années, les agrégatives avaient protesté (à juste titre) de la faible présence des écrivains femmes au programme de l’agrégation.

  70. C’est votre point de vue Magicien d’os et je le respecte. Mais il ne vaut ni plus ni moins que cela. Moi, les contorsions permanentes de la grenouille Szenes pour se faire aussi grosse que le boeuf Néo-Birt7, avec la surenchère dans la dénonciation larmoyante du déclin de la Pleiade et les apartés personnelles, je trouve que cela parasite inutilement le site. C’est mon point de vue de lecteur du site et il ne vaut ni plus ni moins que cela.

    • Pas de fausse modestie, Claudie : le plus gros parasite, c’est bien vous, qui n’avez rien d’autre à faire que produire qu’une assez basse polémique sur un individu pourtant aussi peu intéressant que moi, selon votre jugement dont je n’ai que faire. Une autre personne m’a dit que vous seriez un « troll » comme on dit. J’ai tout lieu de le croire, quand je vois à quel point les questions littéraires ne vous intéressent pas le moins du monde, combien peu d’intelligence en avez-vous, et à quel point vous préférez débiter des sornettes à la mode dans les magasines grand (gros) public, avec le pauvre vocabulaire qui s’y attache.
      Les derrnières interventions, notamment sur le (ou la) futur(e) Pléiade « Louise Labé » me paraissent fort intéressantes et instructives, que vous n’en ayez rien à cirer vous regarde, mais êtes-vous obligé de les polluer de vos considérations malveillantes et hors sujet ?
      Si vous pouviez, à l’avenir, éviter de me lire et de m’adresser vos insanités, je vous en serait fort reconnaissant. Occupez-vous de quelque autre batracien et laissez-moi croasser tranquillement dans ma marre.

        • J’ai déjà indiqué que j’ai des problèmes de visibilité du texte que je suis en train d’écrire (les lignes n’apparaissent que pour la moitié supérieure) depuis deux jours… Par ailleurs, s’agissant de messages écrits et envoyés rapidement, et non de textes longuement mûris, révisés, pas mal de fautes de frappe nous échappent, à nous tous, et même aux « meilleurs »…
          Le fait que vous vous jetiez mesquinement sur ce incidents prouve à la fois votre désir de malveillance et votre incapacité à parler de choses sérieuses.
          Je ne trouve pas cel « drôle », pour ma part.

          Tant que vous y êtes, vous auriez même pu stigmatiser le fait que j’ai mis un « r » de trop et que le cri de la grenouille (com com) dans sa marre est devenu le cri du corbeau (croc croc).
          Ben quoi ? une grenouille bien éduquée n’a-t-elle pas le droit de parler une langue étrangère ?

          Vous êtes bel et bien, comme on me l’a dit, un « troll » et vous devriez exercer vos douteux talents sur des sites « troll friendly » où vous seriez plus à votre place.

          Bien entendu je ne prendrai plus la peine de vous lire et moins encore de vous répondre à l’avenir. Vous avez assez pollué mon environnement – et celui des autres visiteurs de ce site !

          • Si le « correcteur» informatique créé par des analphabètes s’en mêle et remplace mes cris d’animaux par des onomatopées impropres, vous n’avez pas fini de rire !
            Il faut bien que enfants et les adultes immatures s’amusent…

            Tentative de restitution du texte originel (pour la postérité) :
            « Tant que vous y êtes, vous auriez même pu stigmatiser le fait que j’ai mis un « r » de trop et que le cri de la grenouille (coâ coâ) dans sa marre est devenu sous mon clavier le cri du corbeau (croâ croâ). »

  71. Je viens de recevoir le catalogue Pléiade.

    J’ai ainsi l’insigne honneur de vous annoncer que la traduction du nouveau Dante bilingue est réalisée par… Jacqueline Risset, avec une introduction et des notes par Carlo Ossola et Luca Fiorentini, ainsi bien sûr que d’une anthologie des lectures de Dante au XXè siècle.

    Traduction Risset d’ailleurs déjà disponible en bilingue, en 3 volumes à 10€ l’unité, chez GF.

    Dois-je vous rappeler que nous fêtons le sept-centième anniversaire de la mort du Dante ?

    Pitoyable opération marketing que celle de cette Pléiade.

    • Certain lecteur bougon, d’autres disent méchant,
      Parmi les traductions, tout au haut d’une treille,
      Vit maint livre, dantiennement
      Lisible sans bésicles vieilles,
      Dont on eût volontiers fait miel à haute voix.
      Mais comme on n’y pouvait atteindre :
      « Ce n’est pas assez bien, et bon pour des goujats. »
      À nous, maintenant, de nous plaindre !

      (…)

      • Nous avons enfin la réponse : ce sera la traduction de Jacqueline Risset qui a fait grand bruit dans Landerneau, à la fin du siècle dernier, et qui aujourd’hui se trouve être complètement dépassée (Cf les versions de J.-CH Vegliante et Michel Orcel)
        D’un coté, je ne suis pas surpris de cette annonce : comment pouvait-on, en quelques mois, mettre en place à la fois une nouvelle traduction de 14233 vers et tout l’attirail critique qui sied à ce genre d’entreprise ? C’est impossible, regardez Michel Orcel qui lui a commencé sa traduction en 2014 pour la finir seulement cette année-ci.
        Mais j’avoue avoir quelque peu rêvé en imaginant un projet, caché aux yeux de tous, surtout des dantologues, depuis moults années, sous les entremises de Jean-Yves Masson, le seul capable, à mon avis, de rivaliser avec Michel Orcel et dont j’attends d’ailleurs avec impatience sa traduction entière du Canzoniere de Petrarque qu’il avait commencée dans la revue Europe (n° 902-903 (Juin-Juillet 2004), p. 74-95 (avec notes à la traduction)).

    • La version Risset, ce décalque en français sclérotique par une traductrice n’ayant cultivé les belles-lettres que suivant la faible mesure de son besoin, si bien que rapprochée de son travail l’Enéide translatée par Klossowski passerait pour exubérante de richesse stylistique, va donc rejoindre la Pléiade sur un pied d’égalité avec la sublime intégrale de Pézard… Peste et malemort ! La collection doit être encore plus moribonde qu’on le constate tous, si elle recourt à aussi grossier artifice que la reproduction de ce pissat bientôt quarantaine agrémentée de notes à la hussarde et d’une de ces chrestomathies Rezeptionsgeschichtliche dont la sélection pour les périodes moderne et surtout contemporaine est arbitraire tout pur, en sus de leur utilité plus que discutable (l’appareil critique ne prenant jamais la peine d’esquisser un commentaire littéraire sur l’aliment que l’auteur Pléiadisé procura à chacun de ses citateurs ou testateurs)…

      • Au risque de déclencher l’ire de « Claudie », et de m’attirer les foudres du groupe Une autre poésie italienne, point ne suis énamouré de la production de M. Vegliante. Savant de fort bon calibre, traducteur ô combien acharné, versificateur consciencieux, intarissable polisseur de mots, soit, et davantage encore, mais quel cuistre à la dent dure concernant les travaux d’autrui ! Qu’on relise, par exemple, la partie doxographique de ses ‘Notes pour une nouvelle traduction de la Comédie de Dante Aleghieri’, où s’enchaînent les jugements grinçants ou condescendants ; le plus intolérable est le lapidaire « relatif échec du maître que Pézard a voulu être », prédiqué de sa Pléiade, car il survient sous le calame d’un savant dont la bibliographie, jugée sous le double critère du nombre d’articles paru dans les revues internationales à comité de lecture et
        de monographies de recherche manifestant le type d’érudition encyclopédique pour lequel Pézard, Renucci, Aldo Vallone restent connus, lui interdit de s’égaliser à ces derniers (Vegliante n’a pas produit l’équivalent de Dante sous la pluie de feu ou de Dante disciple et juge du monde gréco-latin!), si bien qu’apparaît mesquine, envieuse, inappropriée, la manière dont il dispute à Pézard le statut de magister des études dantesques dans la France du milieu du XXe siècle. L’auteur de ces lignes a bien connu deux Maîtres de ce très rare pedigree : don Ramon Menendez Pidal, le spécialiste de la poésie épique européenne, et Italo Siciliano, dont la compétence était encore plus vaste, des chansons de geste à Villon, de la littérature italienne jusqu’au théâtre français et à notre poésie de la fin du XIXe siècle; il ne serait venu à l’idée d’aucun d’eux, pas plus que d’un Lecoy ou d’un Delbouille ou d’une Rita Lejeune ou d’une Wathelet-Willem, de se consacrer à traduire quand tant reste à faire en matière de macro-interprétation et d’histoire littéraire! Mesure pour mesure ; avant de grincer par écrit comme aime à le faire Vegliante, que l’on s’assure soi-même d’être à la hauteur du surplomb ainsi pris. Nos très grands médiévistes, Jean Subrenat mon commensal d’Aix-Marseille, Bernard Guidot, François Suard, qui ont énormément traduit dans la seconde moitié (ou dès le début) de leur carrière, montrent du moins patte blanche par des thèses superbes, des articles spécialisés de très haute volée, des comptes-rendus impartiaux mais généralement exquis d’urbanité.

        • Voilà ce que disait sur André Pézard dans ses fameuses « Notes pour une nouvelle traduction de la Comédie de Dante Aleghieri » :
          « Quelles étaient alors les versions les plus courante, sinon les plus lues, en français,
          vers cette fin de siècle ?
          D’abord bien sûr celle d’André PEZARD, en vers, dans les OEuvres complètes de la
          prestigieuse Pléiade. Une entreprise riche de commentaires et d’érudition, précieuse à plus
          d’un titre, avec une indéniable épaisseur poétique ; çà et là sans doute – dans le cadre décasyllabique – encore indépassable pour quelques lustres, dans notre langue métriquement
          réglée (française). Malheureusement, trop particulière par endroits (et contre l’opinion
          dominante des spécialistes italiens plus ou moins contemporains), trop assujettie à un système
          général d’interprétation, inutilement archaïsante souvent, et devenue quasiment
          impraticable dans la longue distance d’une lecture suivie. Relatif échec du maître que
          Pézard a voulu être : dans une sorte de superbe isolement, cet admirable connaisseur, bon
          écrivain parfois – certains de ses vers sont des vers, et restent en tant que tels dans nos
          mémoires – , n’a pas vu le risque de laisser s’édifier sur sa propre logique un texte extravagant,
          presque aussitôt désagréable, voire illisible pour le plus grand nombre »

          Voilà ce que disait J-Ch. Vegliante sur Jacqueline Risset :
          « Récemment, la traduction moderne de Jacqueline RISSET a rencontré la faveur de la
          critique et du grand public, surtout parce qu’elle a été jugée de lecture facile. C’est un
          immense mérite. Par rapport à celle de Pézard, injustement donnée à cette occasion
          comme repoussoir, voilà bien une version « dépoussiérée », a-t-on dit, qui « se lit
          comme un roman ». N’est-ce pas là un problème ? Il est trop évident que tant de clarté
          va de pair avec l’écriture cursive, la tendance à l’aplatissement, la simplification d’une
          oeuvre complexe, polysémique, hésitante et en perpétuelle modification – au moins
          jusque vers son milieu, la fameuse ordonnance des chants XVI et XVII du Purgatoire
          -, mais surtout poétique, avec l’infinité de lectures et la cohérence d’écriture que cela
          suppose. L’opacité. L’achoppement. Le danger d’une traduction pour lecture facile,
          dont aucun Italien ne se dirait capable aujourd’hui devant ce texte-là, va parfois jusqu’au
          sillon des expressions toutes faites – et « toutes faites » à des époques diverses, lesquelles
          n’ont rien à voir avec celle de Dante (des Centaures «en file indienne », par
          exemple). Le moindre mot, obscurément, nous fait entrevoir sa patine de siècles accumulés.
          Or, nous le savons, cette Comédie-là inventait littéralement une langue en même
          temps que son langage propre. »

          Voilà ce que disait J-Ch. Vegliante sur Henri Longnon :
          « on rappelle aussi les versions un peu plus anciennes de LONGNON(1938), toujours disponible, et de PERATE (1921-23), qui avaient les défauts et les qualités des francisations en vers pratiquées à leur époque. Celle de Longnon, en particulier, alternait astucieusement décasyllabes et alexandrins, dans la perspective d’une équivalence globale à l’endecasillabo italien – évidemment inatteignable – et à la terza rima, par l’espèce de concaténation (métrique) qu’elle suggérait dans notre lecture »

          • Ces jugements, couchés dans une forme absconse qui évoque les scories de Jean Bollack censées décrire la poétique philosophique d’Empédocle mais n’aboutissent qu’à l’obscurcir (que signifie exactement « espèce de concaténation (métrique) » ?) non dénuée de fatuité, témoin les « nous » de majesté au milieu des premières personnes du pluriel de connivence avec le lecteur (« dans notre lecture » ~ « nous fait entrevoir », etc), se défendent uniquement si M. Vegliante a fait au moins aussi bien que ceux sur lesquels il passe un jugement sévère. Si la réponse est, d’évidence, positive par comparaison avec Masseron et surtout Risset, je n’en suis pas persuadé du tout en ce qui concerne Pézard, dont les décasyllabes se gravent dans la mémoire beaucoup plus fréquemment que ne le concède son vétilleux censeur, non moins que pour Longnon, à la langue simple, directe et néanmoins travaillée duquel assez peu de nuances échappent (elle a du reste fort peu vieilli, en près de 90 ans, alors même que la Divine Comédie selon Vegliante semble contemporaine de Gaston Pâris, voire de la version partielle de Littré). Je connais peu de spécialistes de la Renaissance ou du Moyen Âge qui, sur n’importe quelle oeuvre, s’autoriseraient un jeu de massacre semblable à celui de Vegliante, pour au total, une fois parvenus à bon port, procurer une traduction dont la supériorité poétologique sur les précédentes n’est, dans le meilleur des cas, que fort occasionnelle, et qui ne daigne même pas se présenter arrimée à une annotation… Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus. Quand donc comprendra-t-on que la forme d’une oeuvre poétique étrangère n’est pas transportable dans notre versification française avec tant soit peu de bonheur, surtout si l’on s’en tient tout ensemble à l’équivalence vers à vers et à une méticuleuse exactitude verbale s’interdisant d’ombrer une image choquante ou ridicule en français, de transposer ou de franciser, et que le résultat de cette anastylose tient dans une contrefaçon ne rendant rien du chatoiement de l’original, si tant est qu’elle ne constitue point un complet contresens poétique sur ce dernier ? Vegliante se prend pour un poète original, lui qui n’est même plus véritablement un philologue italien, depuis le temps qu’il n’a rien publié dans le domaine de l’érudition pure appréciable seulement par des égaux en connaissances de omni re scibili. Pour un vieux bonhomme qui eut l’honneur de fréquenter, à ses débuts, quelques géants de l’humaniste, il n’est point intimidant (je réserve ce mot à Kristeller), et sa dureté de magister rapprochée du résultat final de ses cogitations a quelque chose d’outrecuidant.

          • Mes pauvres yeux ne sont plus ce qu’ils sont, et écrivant sur une tablette je commets des bourdes compromettant l’intelligence de mon message. Voici les errata à cette trop longue tribune, à laquelle j’espère on concédera quelque mansuétude (car je crois avoir prouvé sur ce fil que je sais de quoi je parle, quelque sujet sur lequel je m’aventure).

            Ligne 3:
            « mais n’aboutissAnt »

            5e et 4e lignes avant la fin :
            « pour un vieux bonhomme COMME MOI (…) quelques géants de l’humanisMe »

          • Merci, Revpop, pour cette mise au point « philologique ».
            Ayant été, pour la plupart d’entre nous, étudiant(e)s de M. Vegliante, nous ne répondrons pas à Untel, sauf par l’interrogation : Pourquoi tant de haine ?
            L’édition/traduction chez Gallimard-Poésie devant sortir ces jours-ci dans sa troisième réédition, chacun au demeurant pourra se faire une idée (pour un prix modique). Son titre exact est : « La Comédie – Poème sacré ».
            Le parallèle avec Jean Bollack – qui a été, semble-t-il, condisciple (ou à quelques années près) de M. Vegliante – n’est pas, pour nous, déshonorant. Au contraire.
            Bien cordialement,
            uapi

          • Untel vous fait cordialement remarquer que Bollack s’est trompé du tout au tout chaque fois qu’il s’est mêlé d’interpréter un texte ou un auteur. Son cycle de recherches sur le poème physique d’Empédocle a été massacré par les spécialistes anglo-saxons tant pour sa philologie grecque ultra-conservatrice aboutissant à du charabia et ses traductions fautives par excès d’homérisme lexical, entre autres, que pour son interprétation non-cyclique de la pensée du poète (Guthrie, Denis O’Brien, M. R. Wright, Brad Inwood, etc) ; par comble de malheur, cette lecture n’a pas été confirmée par les nouveaux fragments papyrologiques conservés à Strasbourg, tant dans la reconstitution textuelle d’Oliver Primavesi et Alain Martin que dans celle proposée par Richard Janko. La papyrologie littéraire ne constitue d’ailleurs point le fort de Bollack, comme le prouve son édition, d’après la princeps, et son interprétation du papyrus lillois de Stésichore, parues sous le titre La réplique de Jocaste et presque aussitôt rendues caduques par la nouvelle conformation du texte proposée par Peter Parsons. L’édition Bollack-Wismann des fragments d’Héraclite repose sur une méthodologie de recherche aussi laxiste qu’arbitraire et fut aigrement reçue à peu près partout par ceux qui s’y entendaient vraiment (Serge Mouravieff, ‘Comprendre Héraclite’, L’Âge de la science 3, 1990, pp. 184-212, pour une démonstration irréfutable) ; les fameuses éditions Bollack d’Epicure, qui suscitèrent une polémique monstre entre l’auteur et la Sorbonne (Olivier Bloch, Pierre Boyancé, Jean Defradas), allant jusqu’au pamphlet bollackien Lettre à un Président, dont les membres de l’Ecole de Lille eux-mêmes passent l’existence sous silence tant les sophismes y étaient éhontés et scandaleuse la mauvaise foi ad hominem, ne sont utilisées par personne de sérieux en philosophie ancienne, mieux encore : furent tacitement laissées de côté par les deux éditeurs successifs de l’auteur ancien qui nous a préservé les trois Lettres épicuriennes, j’ai nommé Diogène Laërce (Miroslav Marcovich chez Teubner, Tiziano Dorandi à la Cambridge University Press) ; et les traductions de quelques pièces d’Euripide, sous-traitées à Myrto Gondicas, ainsi surtout que les abondantes éditions commentées de Sophocle (<i<Oedipe-roi) et d’Eschyle (Agamemnon), signées par Bollack seul ou à plusieurs mains, sont des monuments de désinformation marqués, entre autres insuffisances techniques et œillères, par une ignorance sidérante notamment de la versification tragique (Bollack se moque tout autant de la responsion à l’intérieur des parties chantées que d’adopter des variantes faisant le vers faux si elles lui semblent d’un sémantisme plus riche ! il faut s’appeler Judet de la Combe ou Christine Amiech, auteurs d’éditions tragiques déshonorantes, pour trouver du mérite à cette approche à la philologie et à l’exégèse). Un spécialiste des Tragiques grecs infiniment plus compétent, Hugh Lloyd-Jones, exprima ainsi sa frustration envers la « unspeakable pretentiousness of the monstrous work » du Sophocle de Bollack (<i<Classical Review 42, 1992, p. 430), et un autre grand érudit, au détour d’une footnote assassine, écrit froidement que le dernier éditeur en date de l’Oedipe-roi « was entirely justified in dismissing out of hand this worthless and malignant opus magnum ». Voici, Messieurs, le savant auquel vous ne trouvez pas déshonorant de voir rapprocher M. Vegliante ! J’ose espérer que vous êtes mieux ferrés en italien qu’en lettres classiques. Je ne me défendrai pas contre le reproche de haine que vous m’adressez, quand même l’odium philologicum peut être oeuvre très saine. Le fait qu’un autre intervenant régulier ait trouvé bon de reproduire les jugements de Vegliante sur ses devanciers laisse tout un chacun libre d’apprécier la délicatesse ainsi que la justesse de ceux-ci. Pour ma part, je retourne à mes profondeurs, conscient d’avoir abusé de la tolérance de ce fil en jouant les Saint Jérôme face au Rufin du collectif Une autre poésie italienne.

  72. Message pour @Une autre poésie italienne :

    Avez-vous participé à l’édition bilingue de Chansons / Canzoni de Leopardi, traduit par l’association CIRCE sous la direction de J.-Ch. Vegliante (Paris, Le Lavoir Saint-Martin, 2014) ?

    • Oui, pour une large majorité d’entre nous.
      « Une autre poésie italienne », bien que travaillant de façon indépendante, est un groupe né au sein de l’équipe CIRCE (Sorbonne Nouvelle) pour essayer de combler un peu les lacunes de l’édition traditionnelle dans le vaste domaine de la poésie contemporaine – disons après le trio Montale-Ungaretti-Saba (pour ne rien dire de Quasimodo) – et hyper-contemporaine.
      Merci de votre attention,
      bien cordialement
      uapi
      http://uneautrepoesieitalienne.blogspot.com/

      • Est ce que cette édition bilingue inclut tous les chants de Léopardi ainsi que les fragments ?
        Avez-vous gardé dans cette édition les traductions de J-.Ch Vegliante publiées dans la revue Europe 830-831 (Juin-Juillet 1998), comme sa version de l’Infini ?

        • Non, cher Revpop, car nous avons publié les « Chansons » (éd. de l’auteur, 1824), et c’était même la première réédition de cet ouvrage y compris pour l’Italie ; pas encore les « Chants », donc. Nous avons – depuis – traduit l’intégralité des « Chants », mais aucun éditeur papier n’est partant… hélas… comme souvent avec la poésie italienne (qui « ne se vend pas »).
          Parfois, disons-le, des initiatives indépendantes comme la nôtre sont vouées à l’échec public ; mais notre intérêt poétique et universitaire n’en est pas diminué pour autant.
          Bien cordialement,
          uapi

          • Je me doute que je pose une question idiote, mais avez-vous consulté Allia, l’éditeur du Zibaldone et de la Correspondance de Leopardi ? J’ai les deux volumes ici, et c’était une initiative éditoriale courageuse.
            Sinon, les éditions du Sandre et les éditions Conférence peuvent correspondre à ce projet éditorial, mais peut-être cherchez vous un éditeur sçavant.

          • Pour Brumes :
            Merci beaucoup ; nous avons perdu le compte des contacts pris et des réponses négatives (mais souvent, ces Messieurs-Dames ne prennent même pas cette peine)… mais les éditions du Sandre, en effet, non encore sollicitées, pourraient être une bonne adresse.
            Cent fois sur le métier (postal) remettez votre ouvrage………..
            Bien cordialement,
            uapi

    • J’ai effectivement mis un « r » de trop, de sorte que la grenouille (coâ coâ) s’est mise à parler le langage du corbeau (croâ croâ) dans sa marre.

      L’auteur de ces lignes s’en repent et en demande pardon à la communauté, mais le batracien, lui, s’indigne qu’on veuille l’assigner à son taxon :

      « Ben quoi ? une grenouille bien éduquée et qui a fait quelques études, n’a-t-elle pas le droit, par pure fantaisie, de parler une langue étrangère ? Ne devrait-on pas lui être, au contraire, reconnaissant de condescendre à utiliser le parler grossier d’un vulgaire volatile ! »

      • Et puis, « marre » à la fin de cette « mare » (décidément, j’ai « l’r » de quoi ?)
        Je m’enfonce entre batracien et volatile, entre « mare et cage »…
        Je vais me transformer en carpe et aller méditer, muettement, au fond de ma mare.

          • Oui, vous avez tout à fait raison Draak fut là, c’est le problème des ego hypertrophiés susceptibles. Sur un point , vous n’avez pas raison cependant, c’est celui du troll. C’est votre solution de facilité pour vous épargner toute réflexion sérieuse. Sur ce site, quiconque remet en cause la coterie dominante, ses certitudes, sa suffisance, son complexe de supériorité, ses affirmations péremptoires, ses condamnations sans appel, devient immédiatement un troll, ce qui dispense de facto de toute interrogation. Rassurant peut-être, mais un peu court.

          • Mais non, comme disait notre grand poète Patrick Sébastien, « c’est que d’l’amour, tout ça » (pudique, oui, c’est vrai, qui n’ose s’avouer, mais faut comprendre le sous-texte…)
            Et puis, que voulez-vous, Domonkos voudrait bien pratiquer le pardon des offenses, mais la grenouille, mauvais caractère, elle fait que clabauder !

          • Mon cher Draak,
            vous bien injuste avec «Claudie» : elle n’est pas un troll, elle n’appartient pas à cette espèce de coupeurs de têtes qui sévit sur les résos-socs pour veiller à ce que personne n’ose dépasser le niveau de la plus stricte médiocrité ; elle ne peut être un troll, puisque c’est elle-même qui le dit !
            Et ne voyez pas une preuve contraire dans le fait qu’elle utilise, mot pour mot, copié-collé pour copié-collé, le langage des trolls.
            C’est certainement une ruse, pour échapper aux «vrais» trolls !
            Simplement, «Claudie le non-troll» n’aime pas «les certitudes, la suffisance, les complexes de supériorité, les affirmations péremptoires, les condamnations sans appel», encore une fois c’est elle-même qui le dit, et elle en connait un bout sur la question, puisque c’est justement de ces armes qu’elle use pour condamner ceux qui lui déplaisent !

            Si «Claudie le non-troll» n’use ni d’arguments, ni d’analyse et de réflexion, ce n’est point qu’elle en soit incapable, mais sûrement qu’elle ne veut point mettre ces choses sacrées sous les yeux du vulgaire que nous sommes !
            Et moi, pauvre pécheur, j’ose regimber ! Au lieu d’accueillir d’un coeur repentant ses rudes mais nécessaires leçons, voici que mon «ego hypertrophié» s’autorise quelque «susceptibilité» !

            «Claudie le non-troll» aime la réflexion et «les interrogations» ce pourquoi on n’en trouve pas le plus petit commencement d’un brin dans sa prose, comme je l’ai dit plus haut il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’elle nous en juge indignes…
            À nous de nous réformer, de tenter de nous améliorer et, qui sait, peut-être, un jour, du haut de son Empyrée, «Claudie le non-troll» nous prendra-t-elle en pitié et condescendra ?…
            Pour ma part, je crains d’avoir beaucoup de chemin à parcourir… et de n’avoir pas amélioré mon cas avec ce petit morceau d’humeur… «Claudie le non-troll» y trouvera certainement matière à ajouter à tous mes crimes passés celui de «pédanterie» (sous sa forme la plus sournoise, la «préciosité»).

  73. Je m’aperçois que les informations relatives aux prochains pléiades Louise Labé/ La Divine Comédie de Dante bénéficient de toute l’attention du blog. Je me permets néanmoins de vous en donner d’autres en ce qui concerne L’Espèce humaine et autres écrits des camps qui figurent également sur votre catalogue 2021 :
    L’édition est dirigée par Dominique Moncond’huy et y figureront les oeuvres suivantes : L’univers concentrationnaire de David Rousset, La peinture à Dora de François Le Lionnais, L’Espèce humaine de Robert Antelme, Nuit et Brouillard et De la mort à la vie de Jean Cayrol, La nuit de Elie Wiesel, Le sang du ciel de Piotr Rawicz, Auschwitz et après de Charlotte Delbo, et pour finir, l’Écriture ou la Vie de Jorge Semprùn.
    J’ajouterai par ailleurs que je suis assez étonné qu’un tel volume paraisse : Gallimard souhaiterait-il sensibiliser ses lecteurs aux événements des camps ? Pourquoi le sortir seulement maintenant ?

    • Je trouve très intéressant de publier ce volume de témoignages, je suis un peu perplexe quant au choix de Dominique Moncond’huy dix-septièmiste pour diriger le volume. J’ose espérer qu’il sera suivi d’un volume de récits non francophones afin d’inclure Levi, Kertesz, Pahor et d’autres.

      • Dix-septièmiste spécialiste des cabinets de curiosité, du théâtre et de l’Oulipo, ce qui fort sympathique, il a tout de même, sauf erreur de ma part, publié un article ( « L’évidence que je n’ai pu surmonter le fait que j’aie surmonté ») dans un ouvrage collectif intitulé Les Camps et la littérature – Une littérature du XXe siècle, paru en 2006, dont il co-signe également l’avant-propos, ce qui en fait donc un spécialiste de la question.

        • Serait-il apparenté à la nouvelle Maître écologiste de Poitiers, qui s’est récemment rendu célèbre en coupant les vivres aux aéro-clubs de sa ville, et déclarant que« « L’aérien, c’est triste, mais ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui » ?
          Hors sujet, oui, je sais.
          Quoique…
          Ne reste plus qu’à supprimer les oeuvres deSaint Exupéry de la bibliothèque municipale…

        • Incontestablement le XVIIème siècle littéraire, le baroque, les cabinets de curiosités, sont au centre des activités de Dominique Moncond’huy. Curiosité ou « curiosités » qui l’ont même entraîné jusque à la Chine d’un côté et au Tchad de l’autre…
          Et, si j’en juge par les thèses qu’il a écrites, dirigées ou dont il a présidé le jury, un fort intérêt pour le domaine oulipien : Vian, Roubaud et surtout George Pérec.
          Son bagage dans le domaine de la « littérature des camps » – jusqu’à la Pléiade annoncée – paraît assez mince pour lui valoir le titre de « spécialiste ».
          Ces remarques ne valent que pour information, et en aucun cas pour un jugement prématuré.

      • Je préférerais voir à Kertész Imre consacré un volume entier de La Pléiade. Hélas fort improbable, tout se trouvant chez Actes Sud.

  74. Le programme du second semestre n’a en effet rien de très alléchant. Ce qui m’étonne le plus, c’est l’absence pour l’automne prochain d’une grosse sortie patrimoniale et/ou populaire sous coffret, ainsi que la Pléiade nous y a habitués depuis quelques années (Segalen, George Sand, Kafka, Cendrars, London…). Aux yeux du grand public lettré je doute que les futurs volumes Louise Labé et « Écrits des camps » fassent d’idéals cadeaux de Noël.
    En guise de compensation, et même s’il ne figure pas officiellement au programme, la mention détaillée du tome II de Roth dans le catalogue me laisse penser que ce volume paraîtra vraisemblablement dans le courant du mois de novembre, opportunément pour les fêtes. Enfin, ce n’est qu’une supposition, mais ce programme me paraît tellement faiblard que j’ai peine à croire qu’il soit définitif…

    Puisque dans son formidable article liminaire qui a posé les fondements de ce fil, Brumes recense avec soin les fameux volumes « épuisés » plus ou moins rarissimes sur le marché de l’occasion, je ne résiste pas à vous faire part de mes dernières acquisitions, toutes glanées à la librairie de Cluny (place Paul Painlevé, Paris 5e). Les trois volumes, vendus au prix de 40 euros chacun, sont en excellent état, quasi comme neuf, et proviennent manifestement d’une même bibliothèque à en croire la fine écriture qui en orne les coffrets. Cela constitue, vous en conviendrez, cher amis pléiadophiles, une remarquable affaire, dont je suis heureux de me vanter ici auprès de vous.

      • Une très belle prise que vous fîtes là.
        J’ai pu acquérir ces trois volumes, mais pas tout à fait à des prix aussi avantageux, ni dans un tel état pour le Boileau (sans coffret dans mes rayonnages).

        • Personnellement, je me souviens des « travaux pratiques » à l’école primaire, et, avec des ciseaux et un peu de colle, je confectionne sans peine des petits emboîtages pour protéger mes volumes pléiade d’occasion, qui ont perdu leur cartonnage. De plus, au lieu du triste gris d’origine, je peux choisir les couleurs ou les motifs – si la fantaisie m’en vient – des feuilles de carton léger que j’utilise.

          • Mon cher Domonkos Szenes,
            Je me souviens pour ma part qu’à l’école primaire, les lignes « collage » et « découpage » du livret scolaire étaient les seules où j’avais une piètre lettre (« D »). Cependant, si vous consentiez à me donner quelques indications sur la façon de faire, je pourrais bien tenter de combattre mes lacunes manuelles. Je vous en remercie.

            Si je n’y parviens pas, j’ai vu que sur le web, on peut acheter pour quelques pièces des emboîtages de taille personnalisée.

    • Par les cornes de Belzébuth ! Leskov – Saltykov Chtchédrine et Boileau… Point ne suis envieux, mais j’espère les trouver un jour ou l’autre, ici où là. Peut-être dans cette admirable librairie où j’ai acheté les « Conteurs de la Renaissance ». En tout cas, bonne lecture !

      P. S. Je profite de cette remarque complètement inutile pour encourager, si tant est que ce soit nécessaire, Domonkos Szenes a nous prodiguer ses messages « légers ». Entre deux tranches de sérieux, elles font la joie de l’érudit que je ne suis pas, hélas !

  75. Jean Genêt.

    Il y a des écrivains qui tâchent de se rapprocher au plus près possible de la vérité, qui écartent le mensonge ou ne s’en servent qu’en derniers recours. Ce sont les plus menteurs de tous. Rien de plus mensonger que le «vrai», le fait brut, le témoignage photographique. Lorsqu’il s’agit d’une vie, celle de l’auteur ou celle d’un personnage (je ne parle évidemment ni du politique, du judiciaire ou du scientifique), la vérité n’est que le plus évident des mensonges. Le masque le plus opaque.

    J’ai profité de la parution et de l’acquisition du Pléiade «Poèmes et Romans» de Jean Genêt, pour relire le «Journal d’un Voleur». J’y ai passé l’essentiel de la nuit. Non sans une profonde émotion. J’ai rarement vu un auteur se mettre autant à nu, s’exposer dans sa vérité nue, que Jean Genêt, à travers ses «mensonges», ses travestissements de la prétendue «vérité», ses fameuses ruses, ses trahisons qui sont l’expression de sa totale fidélité à lui-même – et même à ce qui en lui est plus que lui-même, qu’il a cru trouvé dans l’errance, puis dans la littérature, puis dans l’errance et la littérature mêlées.

    Je comprends qu’on puisse le trouver haïssable – moi-même le trouve haïssable la moitié du temps et suis en colère contre lui la moitié du temps – mais on ne peut pas nier, à travers ses détestations – des autres et de lui-même – je vais employer des mots qui font faire bondir certains, sa bonté, son amour et sa compassion. Une compassion déguisée en détestation, qui lui fait aller systématiquement vers ceux qu’il considérait comme des infâmes ou des damnés, les recherchant, cherchant à leur ressembler, sachant que, comme lui, ils avaient choisi cette destinée. Choix suprême. (Mais la vie de «l’honnête homme» ne nous apparaît-elle pas, à certains moments, comme une damnation également ?)

    J’admets parfaitement qu’on cherche à dresser la biographie «objective» de la vie de Jean Genêt. C’est le travail d’un biographe honnête. Mais la vérité de Genêt ne se trouve dans aucune de ses biographies, qu’elle soit de type hagiographique ou à charge.(Inutile de préciser que je déteste par-dessus tout les baragouins des psychanalystes de toutes obédiences.) Les témoins de sa vie – certains ayant la lucidité d’admettre, comme Tahar ben Jelloun qu’il n’avait pas d’amis – apportent d’intéressants éclairages. Mais la vérité de Genêt ne se trouve que dans Genêt. Elle est contenue dans ses aveux crus comme dans ses «mensonges» et ses travestissements. Elle se trouve dans certaines pages bouleversantes du «Journal d’un Voleur» et nulle part ailleurs.

    • J’ai également grand désir de relire « Un Captif Amoureux » qui ne se trouve malheureusement pas dans la Pléiade et qui a disparu depuis trop longtemps de ma bibliothèque (perdu ou prêté sans retour). À racheter d’urgence.

    • Pendant que j’y suis et, pour changer de niveau de préoccupations, sans quitter Jean Genêt, j’ai profité de l’acquisition du Genêt « Poèmes et Romans » pour ressortir de ma bibliothèque le volume « Théâtre » et me suis aperçu (l’avais-je noté puis oublié ou bien ne l’avais-je pas remarqué ?) qu’il comporte le problème maintes fois signalé ici : les feuilles gondolent affreusement à la reliur !
      Même papier (Bolloré), même relieur (Babouoy à Lagny), mais imprimeur différent : : Aubin à Ligugé pour le défectueux, Druckrei C. H. Beck, à Nördligen, Allemagne, pour le propre qui vient de sortir.
      Alors,Deutsche Qualität ?

      • Les volumes passant par les mains de Aubin à Ligugé présentent la plupart du temps une reliure perfectible, voire lamentable. Mais parfois non. Preuve en est mon exemplaire du théâtre de Genet, justement, au feuilletage parfaitement fluide, et pourtant imprimé le 28 octobre 2002 à Ligugé…

        • Je désespère de trouver un Queneau III imprimé ailleurs que chez Aubin.
          Si un libraire en possède un exemplaire dans ses rayons, qu’il n’hésite pas à m’en faire part !

        • « Ça c’est plus fort que du Roquefort ! » comme aurait dit Séraphin Lampion.
          Le mien, même imprimeur, même date d’impression (28 octobre 2002), avec des feuilles qui, au niveau de la reliure ou pliure interne (je ne connais pas les termes techniques) sans doute trop serrées qui sont froncées et qui gondolent (sans parler du bruit « déchirant » exprimant la souffrance du livre et me brisant le coeur).

          Alors quoi ? C’était la fin de journée, les ouvriers et les machines étaient fatiguées ?…

          • Je continue de penser que c’est un parfait scandale que de continuer à vendre sans mot dire des livres aussi ratés physiquement…

          • Ces exemplaires ne devraient tout simplement pas être mis à la vente. Au prix où ils sont proposés, l’acheteur est en droit d’exiger une reliure digne de ce nom.

            J’ai écrit à Gallimard en tout début d’année. Leur soumettant ce problème. Ma surprise fut grande de recevoir une réponse quelques jours plus tard. Me demandant quelques précisions. J’en ai profité pour leur communiquer quelques références problématiques. Photos et vidéos à l’appui. « Il n’y a qu’à se pencher », les reliures aléatoires sont légion, et je dirais que 10% de leur stock mériterait la benne.

            Aucun retour depuis. Pensez-vous…

          • En réalité, il faudrait publier une enquête absolument systématique, très précise, avec exposé des défauts, etc. Sans cela Gallimard ne réagira jamais vraiment.
            Mais ce ne sont pas de petits quidams comme nous qui peuvent y faire grand chose…

          • J’ai moi aussi un de ces ouvrages neufs qui n’a jamais pu être ouvert tant il est impraticable (Virginia Woolf, Tome 2, imprimé en 2012 par Aubin). Au regard de la réputation de la pléiade dans la presse qui en fait régulièrement des caisses sur l’excellence de la collection, un petit article je-ne-sais-où sur le sujet serait le bienvenu. Le fait de vendre depuis des années à 70€ des livres ni fait ni à faire, c’est tout de même un scandale. Evidemment, ce genre de souci passera surement pour un problème de « riches » et n’intéressera pas grand monde dans le milieu de la presse…

          • Ou alors peut-être, prendre le d’adresser à Gallimard, envoyé avec soin dans un colis sécurisé, un volume fraîchement acheté, avec le petit papier : « Serait-il envisageable de recevoir un exemplaire sans défaut de fabrication ? »

          • J’étais jusqu’à récemment étranger à ces problèmes de reliure, ayant eu le bonheur de n’avoir connu ce problème…
            Mais voilà que, empruntant le volume d’Œuvres de Lévi-Strauss en bibliothèque, je me suis retrouvé avec un ouvrage tout à fait impraticable, dont la reliure se bloque quand on tourne la page, incapable de souplesse, et des pages qui gondolent près de la reliure, qui vous fait naitre une envie de tirer sur le livre jusqu’à le déchirer…!
            Imprimerie Darantière à Quetigny et Aubin Imprimeur à Ligugé…, le 31 mars 2008.

            À contrario, mon volume de Foucault (dont il faudrait que je vérifie l’imprimeur), est le plus doux de papier et le plus souple de reliure que je possède…

          • Levy Strauss est infâme en effet, car beaucoup trop épais, c’est avec ce volume, qui m’a été offert le jour de sa sortie, ou presque, par une amie, que j’ai découvert le problème.
            J’ai espéré que les années l’assoupliraient, mais peine perdue.

            Je lis actuellement un volume de Giono imprimé en 1971, il paraît neuf, n’a aucun défaut, malgré ses 50 ans. Comment se fait-il que Gallimard ait laissé passer des milliers de volumes impraticables depuis quinze ans ?

          • Ne pas oublier que le consentement est une condition de validité du contrat, que s’il a été vicié, le contrat est nul, que parmi les vices du consentement se trouve l’erreur, que donc « l’erreur est une cause de nullité du contrat lorsqu’elle porte sur les qualités essentielles de la prestation due […]. », étant entendu que « Les qualités essentielles de la prestation sont celles qui ont été expressément ou tacitement convenues et en considération desquelles les parties ont contracté. »
            Alors, je pourrais tout à fait honnêtement me prévaloir de ce que, pour un objet de ce prestige et de cette valeur, la qualité de la reliure et du maniement des pages est une qualité essentielle de l’achat du livre.
            Ainsi vous pourriez rendre votre livre et récupérer votre argent, ce que les libraires font gentiment de toute façon s’agissant d’une pléiade (je crois?), ou bien solliciter une réduction de prix (on peut toujours rêver !), mais vous ne pourrez pas avoir un ouvrage correct !

          • J’approuve tout ce qui a été dit : l’exigence que nous avons ne vient pas de nous mais des rodomontades proclamées à tous les vents de l’éditeur, vantant la suprême qualité de ses ouvrages.
            Et… des prix qu’atteignent lesdits ouvres. À partir de 70 euros ont peut tout de même exprimer quelque déception…
            S’agit-il d’une rupture de contrat de la part de l’éditeur ? Je serais enclin à le croire. Mais quant à le faire reconnaître… considérant le nombre de pléiades que je pourrais m’offrir pour le prix de quelques heures de consultation d’un avocat…

            Pour autant, le problème est-il réservé à la « prestigieuse collection » ? N’y a-t-il pas une dégradation générale de la qualité des livres courants ? Pour ma part, certains sont si médiocres de papier, de reliure, d’impression (sans parler du contenu, fond et forme) que je ne peux plus les appeler « livres » et, quelque soit le sujet, me refuse à leur faire franchir le seuil de ma bibliothèque.

            Dernière remarque (sur le mode « fantaisiste » tant apprécié en Landernau), adressée à vous spécialement, cher Brumes : faites attention à ce que vous dites, pour peu que les journalistes se jettent sur vos déclarations et en tirent quelque citation tronquée… « Lévy-Strauss est infâme, en effet, car beaucoup trop épais… » Tout de même, c’est un peu fort et pourrait vous valoir la corde !

          • Hamlet :
            – « a knavish speech sleeps in a foolish ear »
            – Malin propos dort dans l’oreille d’un sot.

          • Brumes, vous n’êtes certainement pas le plus sot d’entre nous.

            Et puis d’ailleurs, la sottise n’est pas un abri sûr.
            si elle suffisait à ne pas attirer l’attention sur soi, il y a beau temps qu’un nombre considérables de carrières politiques et médiatiques seraient achevées ou n’auraient jamais vu le jour.

        • Il est vrai aussi, cher Brumes, que j’ai beaucoup de volumes assez âgés (jusqu’à 70-80 ans… uniquement quelques un imprimés après les années 2000),et je dois dire qu’ils sont tous impeccables, et parfaitement maniables.
          D’ici là à dire que c’était mieux avant ! Non, mais, il y a vraiment eu du foutage de gueule pendant des années et des années. Bon, il ne s’agit pas du scandale du Médiator tout de même, nous n’allons, nous, heureusement pas mourir de ces mensonges industrielles.

    • Merci Domonkos. Vos lignes me donneraient presque envie de lire cet auteur, que j’ai instinctivement classé dans la catégorie de ceux qui n’auront jamais rien à me dire (un lecteur est bien obligé de faire un tri, avant lecture, sur préjugé, tant il lui reste de livres à lire).

      • À propos de livres à lire, conscient que j’entre dans le dernier quart de mon existence, il n’y a pas une semaine qui passe sans que je me dise (et entreprenne parfois), de trier mes livres et de ne conserver que les « essentiels », ceux que je regretterais de n’avoir pas lu, à l’heure de ma mort (si j’ai assez de temps et de lucidité pour me retourner vers ma vie qui s’en va… mieux vaudrait peut-être que non).
        Mais, rien à faire : les livres « inutiles », pour l’une ou l’autre raison, me sont aussi indispensables que les « essentiels » (et, d’ailleurs, mon jugements sur les livres variant au gré des vents…). Après des heures de tri et de sélection, je me retrouve avec une petit tas de livres à débarrasser ridiculement bas.
        mais c’est aussi l’occasion de ré-explorer sa bibliothèque, de faire des re-découvertes, de ré-estimer certains, d’évoquer des souvenirs de lecture, des circonstances d’achats, des amis, des influences qui nous ont fait aimer tel ou tel livre à telle époque de notre vie…
        Pour beaucoup de gens que je rencontre, une bibliothèque représente un cimetière, pour moi c’est une forêt vivante.

        • Peut-être que KleineFuge ou un autre intervenant pourra me renseigner.

          J’envisage l’achat du tome 1 des œuvres complètes de Blaise Pascal mais je redoute une impression par Aubin. Je sais que le tirage d’origine ( 1999 ) est d’Aubin mais qui sait ? je me dis qu’un tirage plus récent à peut-être été fait…

          • Je ne pourrais vous dire si ce volume est passé par Aubin (j’ai pu constater cette tare, dans une moindre mesure, sur des volumes imprimés par Roto à Lonrai), mais pour avoir voulu m’offrir les deux volumes de Pascal récemment, j’ai dû réviser mon souhait. Les deux souffraient de ce problème de reliure dé-gueu-lasse.

  76. Je faisais récemment le point sur le domaine anglais en Pléiade (Amérique du Nord exclue). 53 volumes parus à ce jour (plus 2 « tirages spéciaux »). Deux volumes sont annoncés à court ou moyen terme : Brontë III et Tolkien.
    Ma question à tous les anglophiles de ce blog : quels auteurs de langue anglaise souhaiteriez-vous voir paraître dans la Pléiade ? Il me semble qu’il y a des lacunes à combler pour le XIX e et le XXe siècle ; je connais moins les XVII et XVIIIe siècles.
    Des avis ? Des suggestions ? Vos auteurs anglais « incontournables » scandaleusement oubliés par la Pléiade ?
    Je pourrais ajouter : les volumes trop incomplets ou obsolètes qui seraient à refaire…

    • William Mackepeace Thackerey.

      Dans un domaine non littéraire, mais qui déborde toutes les catégories : Charles Darwin.

      Un jour où l’autre, Kazuo Ishiguro méritera amplement son entrée en Pléiade.

      • Je préférerais quand même des auteurs italiens, espagnols et allemands, qu’encore d’autres anglais, mais quitte à faire, Sterne me paraît incontournable.

        (désolé pour le côté lapidaire de ma liste précédente, j’attendais pour mon test pcr, et je n’avais pas le temps de gloser).

          • La mention « Hawthorne anglais ? » n’a rien à faire ici, et surtout rien à voir avec la suite du message… pardon !

      • En parlant de ça, il y avait dans les cartons une anthologie bilingue de la poésie américaine, avec des Whitman, Dickinson, Frost, Crane, Reznikoff ou Stevens, où en est-on ?

      • Hawthorne en Pléiade, oui ! Mais il est américain. C’est un autre domaine que j’avais préféré écarter pour concentrer les échanges sur les auteurs de langue anglaise des Iles Britanniques (en incluant donc les Irlandais écrivant en anglais).

        • J’ai lu trop vite et le « Amérique du Nord exclue » m’a échappé ! Mais il est aussi possible qu’inconsciemment j’ai zappé cette exclusion tant mon envie est grande d’avoir enfin une édition complète des nouvelles de Hawthorne et quelques nouvelles traductions pour certains romans.

    • Quand je compare la place de la littérature anglaise en Pléiade, par rapport à l’allemande, à l’italienne, pour ne pas parler de contrées plus éloignées géographiquement mais pas moins littérairement importantes… je trouve le mot « scandaleusement oubliés » un peu excessif…
      Pardonnez-moi, Luckas, ce n’est nullement une agression à votre égard, juste une façon oblique de rappeler la « misère » de la littérature de deux ou trois (Espagne ?) de nos grands voisins et cousins…

      Pour ma part, j’aimerais voir Thomas Hardy, ou tel ou tel autre, mais les romanciers et romancières ne sont pas les plus mal traités… Que dire des Poètes ! Presque aucun des plus grands poètes anglais n’a « droit » à son Pléiade… Plutôt que d’empiler encore quelques romanciers, de second ordre comme je ne le crains que trop, pourquoi ne pas penser aux poètes ?…

      • Effectivement, les poètes anglais sont les grands oubliés, les TS Eliot, William Butler Yeats, Gerard Manley Hopkins, Percy Bysshe Shelley, John Keats, William Blake, Samuel Taylor Coleridge, William Wordsworth, John Donne et John Milton, pour ne citer que les plus connus.
        Heureusement pour la plupart d’entre eux, il existe une édition de référence. Mais ce n’est pas la Pleiade.

        • Sans oublier Byron qui ne paraîtra que dans mes rêves..! Du reste, je suis d’accord avec vous très cher Revpop..!

        • Merci de m’avoir relayé… quand on voit cette liste impressionnante, on se dit qu’il y aurait plus urgent que de compléter les deux ou trois romanciers manquants à l’appel (je ne parle que des XVIIIème et XIXème siècle, réservant mon jugement sur les auteurs du XXème) !

          Il y a bien sûr l’argument économique, mais je ne suis pas certain que Gallimard ferait une plus mauvaise affaire avec certains de ces grands poètes que l’assommante George Eliot (j’ai failli mourir trois ou quatre fois en la lisant, et dû finalement me résoudre, dans la seconde moitié du volume à sauter par-dessus moult pages… pour finir épuisé comme après une traversée de la Manche à la nage).
          Il est vrai que, comme l’a fait remarquer Brumes, la poésie américaine n’est pas mieux traitée (énumérer leurs noms équivaudrait à lancer des insultes à l’éditeur). Il semble que Gallimard ait décidé que n’importe quel romancier, même du troisième rayon, devrait forcément représenter une meilleure affaire, économiquement, que le plus prestigieux des poètes.

    • William Makepeace Thackeray, Elizabeth Gaskell, une sélection de Wilkie Collins, Anthony Trollope et pourquoi pas George Bernard Shaw, Arthur Conan Doyle et Samuel Butler.

      Sinon, deux volumes « Romanciers victoriens » avec une sélection de romans : Vanity fair et The Memoirs of Barry Lyndon (Thackeray), North and South et Wives and daughters (Gaskell), The Moonstone et The Woman in white (Collins), le cycle des Chroniques du Barsetshire (Trollope), A Study in scarlet, The Sign of the Four, The Hound of the Baskervilles et The Valley of fear (Coan Doyle) et The Way of All Flesh (Butler).
      Le tout proposé dans un coffret et avec de nouvelles traductions – à moins d’en conserver quelques unes de référence -, ça pourrait se vendre.

      • Je vous suis Lombard (et vous remercie, même si l’endroit n’est pas approprié pour vos interventions sur Propager le feu). J’y ajouterais un ou deux volumes des romans de Thomas Hardy.

        • D’accord pour Thomas Hardy. Un petit penchant personnel… Mais j’y renoncerais sans regrets pour Shelley, Byron, Blake, Coleridge, T.S. Eliot, Keats, and so on… pour ne rien dire des vénérables Milton et Chaucer !
          Je maintiens que l’absence de la quasi totalité des plus grands poètes anglais est bien plus préfudiciable à une collection qui se prétend prestigieuse et patrimoniale, que quelques romanciers qui n’ajouteraient pas grand chose à une littérature romanesque déjà très bien représentée (ce qui fait ressortir encore plus gravement l’injustice subie par nos autres voisins allemands, italienne espagnols, notamment).

          • Et que dire de la littérature hispano-américaine qui bouleversa un certain landerneau littéraire à l’aube des années soixante. Un tsunami. Et beaucoup de ces romanciers sont morts aujourd’hui.

    • Merci beaucoup KleineFuge. Grâce à vous je vais économiser 69 euros. Vivement 2023.

      Concernant Blaise Pascal, tout le monde sait ici que cet effrayant génie est né en 1623 ; et que donc notre chére et chère collection lui consacrera en 2023 – en toute logique éditoriale et commerciale – un volume anniversaire…

  77. Petit relevé des nouveaux prix 2021. Comme chaque année, l’édition du nouveau catalogue est l’occasion d’observer quels volumes ont changé de statut (disponible, indisponible, épuisé) et quels volumes ont vu leurs prix être plus ou moins fortement relevés.

    Pas grand chose du côté de la disponibilité : retour de Vallès I (68€), qui sort de la catégorie « indisponible provisoirement » quand le tome des Orateurs de la Révolution française y rentre (probablement en prélude de son épuisement, tant cette série avortée paraît condamnée).

    Pour les prix, j’ai noté plus de « grosses » hausses, que d’habitude. Ces hausses de prix correspondent probablement à des retirages, et l’écart de prix peut d’ailleurs nous donner une idée de la rapidité d’épuisement d’un tirage. Je m’explique. Quand vous avez un tome à 45€ qui passe à 55€, ça ne veut pas dire que Gallimard a décidé de nous assassiner, ça signifie qu’un tirage relativement ancien vient « enfin » d’arriver sur sa fin. Ce volume se vend probablement assez mal, et que Gallimard rattrape d’un coup l’inflation de vingt ou trente années (ou plus)… En revanche, quand un volume change de prix quelques années seulement après sa première édition ou son dernier tirage, c’est probablement qu’il s’est très bien vendu. De même, pour certaines valeurs sûres, le relèvement est modique car les volumes sont retirés très régulièrement. Dans la liste qui suit, vous verrez que les volumes Martin du Gard, par exemple, ont été relevés de 10 et de 6 €, ce qui n’est pas rien et peut nous donner un indice sur les ventes assez moyennes de ces volumes. En revanche, Duras II et Céline I voient leurs prix augmenter d’1 ou 2 €, ce qui signifie d’une part que le récent volume Duras s’est probablement très bien vendu, et que le plus ancien volume Céline, une des locomotives de la collection (puisqu’on y trouve le Voyage), fait l’objet d’un relèvement de prix fréquent. Idem pour Maupassant et Proust, vous le verrez en consultant mon relevé.

    Je n’ai pas de preuve de ce que j’avance, mais mon opinion est que le croisement des prix et de l’ancienneté des volumes nous donne de bons indices sur le niveau des ventes. Ainsi, les volumes Théâtre espagnol du XVIe siècle, Port-Royal II et III, Gobineau, Corneille, certains tomes de St-Simon ou de la Correspondance de Voltaire paraissent tous assez peu coûteux au regard du standard actuel de prix de la collection, ce qui signifie probablement que ce sont des fours considérables. À l’inverse, Céline, Saint-Exupéry ou Proust, bons vendeurs, ont des tarifs moyens très proches des standards.

    Je vous fais le relevé exhaustif (sauf erreur de ma part):
    1/ Baudelaire Correspondance II 44,9 -> 52 € (+7,1 €)
    2/ Borges II 68 -> 69 € (+1 €)
    3/ Céline Romans I 61,5 -> 64 € (+2,5 €)
    4/ Char 64 -> 69 € (+5 €)
    5/ Colette I 63 -> 69,5 € (+6,5 €)
    6/ Conrad I 56 -> 62 € (+6 €)
    7/ Dostoïevski Crime et châtiment 53 -> 58 € (+ 5€)
    8/ Dostoïevski Les frères Karamazov 52 -> 54 € (+ 2€)
    9/ Duras II 71 -> 72 € (+ 1€)
    10/ Gide Journal I 76 -> 80 € (+ 4€)
    11/ Las Cases II 48,20 -> 59 € (+ 10,8€)
    12/ Martin du Gard I 56 -> 62 € (+ 6€)
    13/ Martin du Gard II 50 -> 58,50 € (+ 8,5€)
    14/ Maupassant Nouvelles I 64,5 -> 65 € (+0,5 €)
    15/ Maupassant Romans 64 -> 66,5 € (+2,5 €)
    16/ Mauriac II 50,5 -> 56 € (+5,5 €)
    17/ Proust I 65 -> 66 € (+1 €)
    18/ Rabelais 70 -> 72 € (+2 €)
    19/ Ramuz I 61 -> 67 € (+6 €)
    20/ Stendhal Voyages en Italie 60 -> 65 € (+5 €)
    21/ Stoïciens 65 -> 69 € (+4€)
    22/ Tchékhov II 45,7 -> 52 € (+ 6,3 €)
    23/ Tolstoï Anna Karénine 64 -> 65 € (+1 €)
    24/ Tolstoï La Guerre et la Paix 64 -> 65 € (+1 €)
    25/ Tragiques Grecs I Eschyle et Sophocle 58,5 -> 64 € (+ 5,5€)
    26/ Yourcenar œuvres romanesques 60,5 -> 64,5 € (+4 €)

    • Merci beaucoup KleineFuge. Grâce à vous je vais économiser 69 euros. Vivement 2023.

      Concernant Blaise Pascal, tout le monde sait ici que cet effrayant génie est né en 1623 ; et que donc notre chére et chère collection lui consacrera en 2023 – en toute logique éditoriale et commerciale – un volume anniversaire…

    • Merci Brumes pour ces infos. Savez-vous si certains volumes ont vu leur prix baissé ? Il me semble que c’est déjà arrivé par le passé…

  78. Bonjour,

    Je prends le temps de formuler une réponses aux de messages de Un passant du 02 Mai au sujet des ouvrages de Blaise Pascal.

    Je viens de faire un point sur les dernières éditions des ouvrages dans ma Pléiadothèque.

    Pascal, Oeuvres complètes I N°34 – XLVIII – 1378pp – AI sur Valobible des Papeteries Prioux le 19 Janvier 1998 par Normandie Roto impression s.a. à Lonrai. = très bonne qualité de l’ouvrage.

    Pascal, Oeuvres complètes II N°462 – XII – 1710pp – AI sur Bible des Papeteries Bolloré Technologies le 13 Décembre 1999 par Aubin Imprimeur à Ligugé. = Hélas le criant défaut des pages difficiles à tourner est à déplorer.

    Maintenant, je recommande une pléiade EINAUDI / GALLIMARD (Biblioteca della pléiade) bilingue Fr/ It qui est un très bel ouvrage relié aussi par Babouot avec une reliure de couleur bleue. Edition avec texte Italien au recto édité par Carlo Carena :

    Blaise Pascal, Pensieri N°44 – LXXVIII – 1093pp – AI sur Bible des Papeteries Bolloré Technologies le 06 Mai 2004 par Normandie Roto impression s.a. s. à Lonrai = très bonne qualité de l’ouvrage.

    Tout cela vient (hélas) renforcer ce que Chardin avait pointé du doigt il y a quelques années au sujet des impressions chez Aubin à Ligugé.

    J’ai des versions antérieures de pléiades Pascal, mais là, il me faudrait faire de la spéléologie…

    César

    • Merci César pour ces infos.

      Il semblerait qu’après plus de 20 ans le 1er tirage des œuvres complètes de Pascal ne soit pas toujours écoulé…

      J’ai donc un peu perdu de mon optimisme pour le tirage spécial de 2023.

      • Bonjour,

        Mon tome 1 des oeuvres complètes de Pascal (Normandie Roto 2017) est impeccable. Mon tome 2 (Aubin 2013) est correct, les pages ne gondolent pas au niveau de la reliure, il est certes un peu moins « fluide » à feuilleter mais c’est vraiment léger et cela ne gêne pas la lecture. Livre ouvert, les tranches sont très légèrement ondulées, à noter que c’est le cas pour tous mes volumes imprimés par Aubin.

        Je ne peux que vous conseiller de parler du problème avec votre libraire, le mien ne me fait pas de difficultés pour échanger un volume défectueux, ou de trouver une boutique qui dispose d’un exemplaire en stock. Cela dit, je trouve moi aussi scandaleux de vendre des livres avec de tels défauts de fabrication et de laisser au client le soin de faire le tri.

        • Bonjour Sidney.

          Intéressant car vous nous apprennez que les deux volumes de Pascal ont eu au moins un tirage postérieur à 1999.

          Pour ma part je possède le tome 2 imprimé en 1999 par Aubin. Je vais m’en contenter et attendre un possible tirage spécial des Pensées en 2023.

          • Si un tirage de Pascal est prévu en 2023, « débarrassé » des oeuvres scientifiques et mathématiques, je suis preneur.
            Pour en revenir aux auteurs anglais, il existe bien une anthologie bilingue de la poésie anglaise. Que vaut-elle ? Quelqu’un l’a-t-il ?

          • J’ai toutes les anthologies bilingues. Je la trouve bien équilibrée entre les époques (contrairement à l’italienne qui laisse peu de place aux poètes d’après 1860), et sa traduction globale paraît moins hâtive que l’allemande (parfois défaillante ou crispante). Je n’utilise cependant la traduction qu’à l’appui de ma lecture dans le texte et n’en attend pas une expression poétique parfaite (et chimérique). Je crois que, par essence, les poèmes traduits de l’anglais donnent souvent des résultats un peu fades, mais c’est que bien des choses y manquent hélas, comme vous le savez (la musique, le ton, les accents, la polysémie, etc.).

            Je sais fort bien que les nombreuses éminences sçavantes ici bas diront probablement que pis que pendre de toutes ces anthologies (à raison de leur point de vue, mais nous ne boxons pas dans le même monde, je ne boxe que dans celle des petits amateurs). Cependant, elles ont le mérite de la compacité et d’une relative et plaisante exhaustivité.

  79. @Brumes : pourriez-vous me dire qui s’occupe de la traduction des poèmes de GM Hopkins dans cette anthologie ?
    Est-ce Pierre Leyris ?
    Merci

      • Merci !
        Je suis très content que Jean Mambrino soit l’un des deux traducteurs. Il est pour moi le traducteur ultime de GM Hopkins.
        Je ne peux pas m’empêcher de vous faire lire le cinquième octave du plus célèbre poème d’Hopkins : « Le naufrage du Deutschland » (traduit dans la revue Europe n°925, mai 2006, p198-221) :

        « Je jette un baiser de la main
        Aux étoiles, les très belles, éparpillées
        Dans le ciel clair qui l’exhale, et
        J’exulte, je rayonne dans le tonnerre;
        Je jette un baiser au couchant, de prune-pourpre pommelé,
        Car s’il s’est enfoui sous la splendeur et stupeur du monde,
        Son mystère doit s’insister, se stresser;
        Aussi je le salue dès que perçu, le bénis quand le comprends. »

        Bonne lecture.

        • Dans mes échanges épistolaires avec ce vieux monsieur qu’est Jean-Pierre Chausserie-Laprée, traducteur de Virgile, de Sénèque et de Lucrèce, dont j’ai fourni ici-même quelques extraits virgiliens, j’ai décidé de lui envoyer, pour sortir un peu de notre dialogue autour des poètes latins, les 330 vers du « Naufrage du Deutschland » traduits par Jean Mambrino.
          Et voici sa réponse :
          « Je viens de lire la sublime translation qu’a faite Jean Mambrino du poème d’Hopkins. C’est une pure merveille, aussi ‘grandiose’, pour reprendre le mot du traducteur, que l’original. Mambrino n’est pas seulement un immense poète, c’est un artisan incomparable qui, ouvrier hors de pair, n’ignore rien des moyens de son art. Grâce à vous, j’ai vécu, à découvrir ce chef d’œuvre, l’une des plus fortes émotions que m’ait donnée la poésie. Bien à vous.
          Jean-Pierre »

        • Si tous les lecteurs de ce blog se donnaient la main et cooptaient quelques acheteurs de Pléiade de leur connaissance, nous représenterions une force.Écrire à Gallimard, certes, mais faire savoir « ailleurs » qu’il arrive que la prestigieuse Pléiade ne respecte pas ses acheteurs, oui, cela aurait peut-être du poids.

    • Je suppose, Candy, qu’il s’agit hélas du volume de Lévi-Strauss impression 2008, imprimé essentiellement par Aubin à Ligugé, mais avec certains cahiers (ceux je pense contenant des photos ou images) réalisés par Darantière à Quetigny ? Il y a très peu de Pléiades qui ont ainsi recouru aux services de deux imprimeurs, mais en termes de fluidité, cela n’a jamais été une réussite car la mauvaise monnaie chasse la bonne… J’espère qu’il ne s’agit pas d’une réimpression qui serait également touchée ?

      • Bonjour.
        Chardin, vous êtes un expert !
        En effet, deux imprimeurs, Aubin et Darantiere.
        J’ignore ce choix de la part de Gallimard.
        Quand on zoome sur la relire, à la racine des feuilles, on observe que les feuillets sont drôlement agencés. Ils font comme des tubes, et, surtout, il y a un espace vide entre la reliure et le feuillet… (malheureusement l’appareil photo de mon téléphone n’est pas des plus performant ; toutefois cela suffit quand même pour voir le problème)
        https://we.tl/t-ySq8rHvYtU

  80. Je vous remercie de ce retour. Me voilà rassuré, mais en partie seulement.

    Aubin a été écarté pour ce travail, soit. Mais je ne suis pas toujours entièrement satisfait des volumes imprimés par Roto. Sans pâtir d’une reliure désastreuse parfois constatée chez certains exemplaires imprimés par Aubin, les volumes Roto présentent parfois une reliure perfectible. J’en veux pour preuve le tirage spécial des Fables sorti dernièrement. Son feuilletage est relativement fluide, mais il suffit de glisser son doigt le long du serrage du papier pour se rendre compte d’un problème.
    A titre comparatif, manipulez le volume des romans et poèmes de Genet, sorti le même mois. Il bénéficie d’une reliure parfaite, faisant penser aux volumes d’avant les années 2000 (si seulement toutes les Pléiade pouvaient remplir ce cahier des charges). Son papier a été imprimé par Druckrei, en Allemagne.

  81. Comme notre ami Draak n’osera pas l’évoquer, je signale la publication d’une rubrique consacrée à Daniel Defoe (et à Moll Flanders en particulier) sur son site Propager le feu, et je renouvelle mon appel à participation tant on peut entrevoir de compétences complémentaires qui s’expriment sur cette page que nous offre brumes.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s