La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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4 668 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1.  » (entre une Pléiade actuelle et un livre de poche, qu’y a-t-il de plus qu’une reliure cuir et des signets ?). Là vous exagérez Phil. Il n’est que de lire les romans de Cendrars, ou dans un tout autre genre « Les premiers écrits chrétiens ». Je n’ai pas acheté Perec ou Vargas Llosa et autres sorties récentes, je ne peux donc rien en dire.

    • J’exagère un peu, je le reconnais … mais si peu, hélas. Une façon de manifester mon désappointement.
      Gallimard édite les écrits chrétiens car cela se vend bien, je crois.
      Mais pour ce qui est de la littérature « artistique », on ne sort pas des sentiers battus, et nombre d’éditions du « grand répertoire » (il y a quelques exceptions : Montaigne, par exemple, mais nous avons perdu ses relations de voyage) sont bien maigres.
      Quant à Cendrars, on a souligné sur le site que la parution bénéficiait d’un mécénat.

      • Entre les deux, mon coeur balance… Je comprends et je partage en grande partie votre sévérité, Phil, mais, parallèlement, je ne suis pas certain que Cendrars compte aujourd’hui tant de lecteurs que cela, ni que les Premiers Ecrits Chrétiens battent Mussolévy au box office… Pour m’en tenir à ces deux exemples que Restif a mis en exergue.

        Certes la Pléiade n’est plus ce qu’elle était il y a deux ou trois décennies (mais elle vaut mieux tout de même que ce qu’elle était aux temps héroïques d’avant ou d’après-guerre où l’on trouverait aisément de forts bataillons de Pléiade ne répondant plus à nos yeux à aucune nécessité), et cela ira sans doute de mal en pis. Reflet de son époque.

        L’idée que, la voir mise en concurrence avec une ou deux collections équivalentes changerait un peu la donne, n’est pas forcément mauvaise. Peu de chance que quiconque ose se lancer dans l’aventure.

        Faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Le rêve de posséder la bibliothèque idéale en Pléiade s’estompe. A nous de faire notre miel de toutes fleurs…

        (Pour ma modeste part, j’ai remarqué récemment un symptôme « inquiétant » : jadis, quand j’achetais une Pléiade, je revendais presque systématiquement les autres éditions des oeuvres concernées déjà en ma possession, ce qui participait au financement de l’ouvrage en peau-de-mouton-sur-papier-bible… Aujourd’hui, je le fais de moins en moins.)

        • Il n’est, bien entendu, pas question de battre les tirages de Mussolevy. D’ailleurs on ne trouve pas les Pléiade dans les gares ni les aéroports.
          Cependant, possédant le vice, hélas ravageur, de la bibliomanie, j’ai été surpris d’apprendre par les démarcheurs que le public achète volontiers une édition de bibliophilie de la Bible, avant tout. Ce choix me surprend (pour moi : livre de bibliophilie = objet d’art), mais c’est sans doute pour des raisons analogues que le rayon religieux de la Pléiade se vend plutôt bien, ce qui explique que l’on édite des ouvrages assez « aventureux » dans ce domaine. Sans doute que pour le public, le caractère religieux des ouvrages leur confère une dimension qui fait défaut à la littérature de création.
          Par ailleurs tous les autres beaux projets qui sont cités en exemple ne sont pas, je crois, à l’initiative de la direction actuelle de la collection, ce qui pourrait en expliquer la qualité réelle, que je ne conteste pas. Depuis quelques années, nous avons vu apparaître une escouade d’écrivains américains, qui se vendent bien et sont dans l’air du temps. Mais comparez, par exemple, avec l’édition de Faulkner …

          Le reproche essentiel que je fais actuellement à Gallimard est son absence, suivant ma perception, de considération pour le produit culturel. En effet, la loi Lang, qui a sauvé les librairies artisanales, a bénéficié aussi aux éditeurs, puisque la vitrine de leurs ouvrages est présente dans toutes les villes, grandes et petites (en comparaison, il n’existe plus de disquaire, par exemple …). Cela a aussi évité, en partie, la concentration de l’édition en monopoles gigantesques avant tout soucieux de leur chiffre d’affaire (cf. Universal, Sony, …).
          Ainsi la loi, en considérant que le livre n’était pas une marchandise, mais un produit culturel, a protégé l’ensemble de la profession.
          Par ailleurs, même lorsqu’il s’agit de Mussolévy ou du dernier Goncourt, la lecture est une activité qui suppose un minimum d’engagement, de concentration. On peut écouter de la musique distrayante tout en papotant, cuisinant, ou autre. La lecture suppose de la disponibilité et la volonté de s’y consacrer dans la durée : ça ne peut être un loisir superficiel, donc le livre ne peut s’adresser qu’à un public « mature » et désireux de s’investir.
          Enfin, le livre présente l’avantage essentiel sur les autres loisirs culturels que tout l’appareil éditorial fait partie intégrante, par la forme, de l’ouvrage lui-même : ainsi, contrairement à la musique disponible gratuitement (ou non ?) en « streaming » via internet, pour laquelle la différence de qualité entre le produit mp3 et la lecture sur une chaîne hi-fi est une simple question de perception « audio », vous trouverez sans doute les textes classiques gratuitement sur internet, mais ils se limiteront au seul texte, et ne pourront jamais concurrencer, pour un public amateur, le même ouvrage, correctement annoté dans une édition « de prestige ».

          Toutes ces raisons expliquent, pour moi, la déception que j’éprouve vis-à-vis de l’évolution de la Pléiade. Déjà j’ai trouvé assez honteuse l’attitude de M. Gallimard à propos de l’éventuelle réédition des pamphlets de Céline : que cette réédition soit opportune ou non, je ne peux me prononcer à ce propos (il y a des arguments qui me semblent valables des deux côtés). Mais l’impression qui m’a été donnée, était celle d’un M. Gallimard avant tout soucieux de se faire un peu de publicité, ainsi qu’à l’un de ses auteurs maison, en faisant abstraction de tout les dégâts collatéraux qui pouvaient en résulter.
          Il en est ainsi de nombreux héritages : le créateur est un passionné, qui s’investit pour des raisons commerciales, certes, mais aussi par goût et par engagement militant. Pour ses héritiers, hélas, l’entreprise ne devient plus qu’un « business », dont il faut presser la pulpe pour en retirer un maximum de jus. On l’a constaté à propos du disquaire arlésien Harmonia Mundi, et il semble en être de même du côté de l’entreprise Gallimard.

  2. Si on prend la décennie comme référence et non plus les deux-trois dernières années comme j’ai fait, alors l’abondance d’excellence coule à flot. Le Montaigne, j’avais failli le mettre, l’intérêt de cette Pléiade pour moi c’est notamment le texte choisi pour l’édition. Tant pis pour le Journal de voyage…Sinon il y a les 4 James, , de Quincey, Et sous la houlette de l’excellent Philippe Berthier la nouvelle édition de Stendhal dont je ne possède encore que le tome 1, mais au vu de celui-ci j’ai tout lieu de croire que les autres valent l’achat. Plus lointainement (98) le magistral Rabelais de M. Huchon, et évidemment le tome 2 du théâtre espagnol du siècle d’or(99). Plus proche de nous il y a Ramuz (oui, argent suisse), et j’ai ma fois trouvé correcte Le journal de Junger. J’ai lu beaucoup de bien sur les gnostiques et la Correspondance Balzac (je me contente de mon édition Garnier, déjà par .R. Pierrot) semble convenir à ses lecteurs. Évidemment, il faut aller du côté de Bouquins pour avoir les Lettres à madame Hanska, lacune grave.

    Ah, les livres devenus inutiles lorsqu’on a la Pléiade, cher Domonkos Pickmam, quel sphinx (de glace)parfois!. Sujet plus épineux qu’il n’ y paraît en effet. Quand ce sont des poches, je les donne, sauf introduction ou édition exceptionnelle. L’épine réside ici d’ailleurs,, on peut désirer garder un tome III en poche de Montaigne pour une intro de Merleau-Ponty (simple exemple).
    Sinon, j’ai pas mal d’ouvrages dits « universitaires » à vendre (Dictionnaire des mythes littéraires, des paquets de bouquins hors de prix sur la stylistique aux concours, la grammaire, la sémiotique, le récit spéculaire et toute ces folles joyeusetés, je ne compte pas passer par G…b. Oh, j’y ai fait des affaires merveilleuses. Il y a longtemps, chez le frère ennemi, J.B il y avait un type épatant qui avait fait une vitrine des CLA et des livres rares. Un jour j’ai trouvé à vil prix « Le Pays de la nuit » de Hodgson que j’avais déjà, il était vendu au premier « G », illico j’ai été le capitaliser à l’autre où on m’a payé rubis sur l’ongle la moitié de la cote, à savoir 300 francs ce qui m’en a donc fait …voyons…je retiens un, passe par les transfinis de Cantor et use naturellement de la géométrie de Grothendieck pour déboucher sur … 150! Francs. Ça fait longtemps que c’est fini mais j’en ai profité à donf’ (parlons d’jeune, rafraîchissons ce sémantisme bourgeois!) car on a ordonné au type -délicieux – de boucler sa petite vitrine aux raretés, et du coup, furieux, il m’a vendu ce que j’ai voulu à 50%. CE jour là j’a bien du siphonner mon compte de quelques 300 euros, mais que d’introuvables! malheureusement, c’est fini, et je ne crois vraiment pas que vendre au frères ennemis soit occasion-c’est le mot – de bonne affaire. Les CLA se vendent souvent plus cher que les Pléiades, coup de chance, j’ai les plus rares -dans ceux des débuts. Ma pièce maîtresse est lovecraftienne mais déjà que, tel le chien fou repéré par ce sage de Draak, je m’éloigne à tire-la-syllabe du sujet, je vais garder la présentation potentielle de ce splendide objet pour le fil Lovecraft de http://propagerlefeu.fr/howard-philipps-lovecraft/. Si l’occasion se présente. Après tout, de temps à autre, parler beaux livres c’est agréable, et notre amour de la Pléiade vient aussi de ce goût du « beau livre », même si la Pléiade ne joue pas exactement dans cette catégorie. En attendant je vais tenter de vendre mes onéreux pousse-concourts et aide-recherches sur un site facile, le premier ministre sans doute. Espérons que c’est aisé.

    J’ai le tome II de notre médecin russe, dont est attendu si impatiemment la réédition du I (Mais que font-ils! Un coffret peut-être?). Dommage que je vienne de relire « Le maître et Marguerite » il y a moins de trois semaines mais je suis presque tenté de faire une relecture immédiate pour juger/jauger la traduction. Et il y a le reste ! Le théâtre! Tous les autres textes du tome 1 je les ais. Ça me fait patienter. Mais bon, si quelqu’un mérite le mieux, c’est ce génie.

    Ps Cher Draak, je vous en supplie, comprenez que je ne fais que plaisanter, très gentiment, et que votre sympathique petit portrait ne m’a nullement marqué, ce qui signifie que son rappel tient du sourire. Disons que c’est une sorte de running gag que j’interromprais s’il vous déplaît un tant soit peu. Vous pouvez jouer aussi si le cœur vous en dit.

    • Restif,
      Mauvaise graine, je vous ai à l’oeil.
      Vous me ferez un commentaire des éditions de Kafka, en pénitence. Et comme il y a récidive, je vous ajoute Sade (un avant-goût de badine, si vous insistez encore).

      • Cher Draak attention, et si j’étais disciple de Sacher-Masoch ?Oon ne « badine » pas avec la pulsion. Hélas, je manque cruellement de vices si ce n’est « ce vice impuni » dont nous sommes tous atteint. Cependant : message reçu. Sincèrement, j’aimerai bien, mais je n’ai pas actuellement les Kafka et les Sade de la Pléiade aux bouts des pupilles (de la nation gallimardienne). Par contre je pense à un auteur dont je possède la Pléiade et une autre édition, et ma foi… Si j’arrive à m’arracher à Paulo Coelho, ce génie des génies, j’apparaîtrais peut-être furtivement. Où je me risquerais à parler de ce que je connais un peu.

        Ps J’ai vu que Domonkos a nommé Lacan quelque part dans le coin. Malheureux! Sur une maison maudite, c’est facile, on brûle et on répand du sel sur la terre retournée. Mais comment faire avec les vieux fantômes invoqués par les sibylles roudinescienne, avec les Priapes du langage si aptes à tétaniser intellectuellement les non érudits qui ne mâchent pas du Hegel à la Kojeve entre deux tranches de grec douteux. Il est difficile de faire plus roublard dans l’escroquerie intellectuel que Lacan (dans un tout autre genre il y a ce sauteur de Guénon, j’y reviendrai). Je n »ai pas lu les Séminaires de Lacan, je me garderai donc bien de poser une analyse de la doxa lacanienne, du stade.du miroir, de l’inconscient structuré comme un langage et des séances de 3 minutes à 250 euros. J’ai par contre lu la postface de Lacan à « La philosophie dans le boudoir » de Sade (Cercle du livre précieux, Gilbert Lély éditeur) et je peux vous garantir que sa façon d’analyser Sade en passant par le Kant de la Critique de la raison pratique est particulièrement ridicule. Passons sur le pédantisme qu’il y a à citer de l’Allemand sans jamais en donner la traduction. Mais aller jusqu’à dire que Dieu pour Kant est « Grimmigkeit (fureur, furibond, acharnement) et rapprocher cela de l’Être suprême en méchanceté sadien qui n’apparaît pas dans la « Philosophie dans le boudoir » mais uniquement dans « Juliette… », c’est vraiment se moquer du monde. Rien chez le Kant des trois Critiques n’autorise à écrire que Kant  » étouffe en lui le soupir de ce qu’il entrevoit au-delà :d’avoir vu que son Dieu est sans figure : Grimmigkeit? Sade dira Être suprême en méchanceté » (p.559 tome III, IV). Jamais Kant n’a écrit la moindre ligne qui puisse, même de très loin, avaliser ce que Lacan ose écrire là. Françis Moury que je salue avec plaisir me dira si je me trompe, mais qu’il ne perde pas son temps si j’ai raison sur ce qui m’apparaît comme un grandiose pataquès. J’ajouterai qu’un homme capable de piétiner un livre en séminaire (Le » Pourquoi des philosophes » de Revel) m’apparaît comme un petit despote culturel et un homme peu sérieux intellectuellement.Il pouvait répondre à Revel.

        • J’avais seulement voulu faire le malin en précisant que je prisais plus le laconisme que le lacanisme… Cela ne saurait me valoir la réputation d’être un féal du Révérant Maître… Je n’ai jamais fréquenté ses ouvrages, que je ne connais que par ouï-dire et par des citations… Ma seule fréquentation de l’Eminent se borne à avoir croisé le Grand Homme quelquefois, dans les années 70, chez certain petis libraire qui m’honorait de son amitié, et qui redoutait ses visites, comme autrefois dans les Cités d’Or et d’Opale d’Asie centrale on redoutait le passage de Tamerlan ou de ses consorts…

    • Egalement d’accord à 100% avec Restif. Eh oui, ça fait du 200%, mais je suis dans ma période vieux sage atteint de gâtisme qui considère que tout est dans tout et son contraire.

      Au fait, je suis super content depuis une semaine, car mon petit bouquiniste cévenol a déniché un joli petit lot de CLA, justement, parmi d’autres lots, du bon et du moins bon (une famille de nouveaux riches qui s’est payé un petit château gardois et qui s’est empressé de vendre à l’encan la bibliothèque, à ses yeux de valeur nulle). Oserais-je vous dire les prix que j’ai royalement réglés ? Non, impossible, si vous saviez qu’on me les a lâchés à 5€ pièce, un froid risquerait de se glisser entre nous…

  3. Maurice Merleau-Ponty mériterait d’être en Pléiade autant que Jean-Paul Sartre puisqu’ils avaient fondé et dirigé la Bibliothèque de philosophie de la NRF. Ses cours sur Malebranche, Biran et Bergson, ses articles, ses livres.

    Par ailleurs une remarque (qu’on me pardonne si je l’ai déjà émise mais j’ai un doute et dans ce doute je préfère ne pas m’abstenir) : il faudrait décidément instaurer une section, dans le catalogue, intitulée « Philosophie ». Il n’est pas normal que les textes classiques de l’histoire de la philosophie se voient cataloguer comme « Essais ».

    La distinction entre les deux genres est effectuée par la tradition universitaire.

    Malraux a écrit des textes qui sont de la pure philosophie de l’art mais il est désormais considéré comme écrivain : ses textes philosophiques sont des essais rédigés par un littéraire qui n’avait pas fait de l’histoire de la philosophie ni de la philosophie sa discipline principale. Il est donc légitime de les classer dans une section « Essais ». Idem pour les essais de Bernanos, de Montherlant, etc.

    En revanche, il n’est pas normal que les Présocratiques, Platon, Aristote, les Stoïciens, les Epicuriens, Descartes, Malebranche, Spinoza, Kant, etc. se retrouvent dans une section « Essais ». Ils doivent être répertoriés dans une section « Philosophie » ou, encore mieux, « Histoire de la philosophie » puisqu’ils appartiennent dorénavant à cette histoire.

    De très rares cas prêtent réellement à indécision mais cette indécision est elle aussi établie par la tradition et n’a rien de subjectif : Montaigne ou Pascal ont leur place aussi bien dans une histoire de la littérature française que dans une histoire de la philosophie française. Ici, dans de tels cas, l’éditeur peut trancher comme il le souhaite car la tradition sanctionne d’avance la validité du choix.

  4. Je n’avais pas pensé à la remarque fort judicieuse de Domonkos. Pour Laclos, il faut bien garder son vieux volume des Œuvres complètes en plus de celui des Liaisons. Le vieux Lautreamont est de même à garder pour G. Nouveau. Idem pour Montaigne évidemment pour toute son œuvre (en plus des Essais). Etc. Étrange politique des rééditions. Les Misérables 2018 sont très intéressants. De nombreux textes nouveaux, des premières versions, des ébauches inédites, des versions de préfaces, des réécritures de certains passages importants. Suis un peu moins intéressé par le dossier iconographique et filmographique mais beaucoup par les critiques contre le roman, elles sont étonnantes et parfois bien tristes…. Un bon premier Pleiade 2018 je trouve. Un alibi parfait pour relire ce chef-d’œuvre.

    • Cher Tigrane, je ne serai pas aussi élogieux que vous à propos du volume hugolien édité par Scepi. Il se confirme qu’il s’agit d’une editio minor, rigoureuse mais rien moins que savante : préface d’une grosse cinquantaine de pages qu’on a le droit de trouver bavarde et superficielle – rien de commun avec les fortes présentations de Madame Bovary ou de la Rabouilleuse qu’ont données respectivement C. Gothot-Mersch et P. Citron aux Classiques Garnier – suivie d’une chronologie étoffée dont le modèle se trouvait déjà dans la seconde édition Guyard des Misérables aux mêmes Classiques Garnier, et d’une très courte Note sur le texte ; appareil critique de 230 pages, dont 150 d’annotation critique et exégétique, ce qui communique une idée adéquate de la brièveté du dossier documentaire ; enfin une bibliographie sommaire. Que cette Pléiade ne constitue pas une édition critique des Misérables au sens strict du terme ressort de la portion congrue faite à la partie proprement critique (variantes) des notes ainsi que de l’absence de tout développement autonome sur l’histoire du texte. Au lieu d’esquisser cette dernière, le lecteur reçoit un survol à très gros traits du Nachleben des Misérable, qu’il n’était pas très avisé d’intituler pompeusement étude iconographique et cinématographique, et une collection assez frugale de pièces inédites ou confidentielles utilisées pour cette Pléiade, dont l’intérêt fort inégal s’échelonne de l’indispensable (tout ce qui touche aux passages biffés ou récrits) à l’anecdotique (les comptes rendus dans les gazettes littéraires, les dessins de presse ainsi que les gravures des personnages). Le commentaire explicatif est par contre de fort bel aloi, même si l’on y cherche vainement les traces des intérêts techniques poursuivis par Scepi dans ses publications érudites ainsi que l’analyse de type social et économique dont ce roman aux multiples facettes n’a toujours pas fait l’objet. Il est dommage que la présence de l’appareil scientifique ait été acquittée au prêt d’une réduction sensible de l’aération du texte lui-même, d’une composition serrée nettement moins agréable que dans la Pléiade d’Allem et d’un encrage manquant de densité (les yeux les moins jeunes trouveront à y redire !). Si ce n’est pas un ratage honteux comme ceux de Catriona Seth sur Les liaisons dangereuses ou Germaine de Staël, on se situe pour le moins à grande distance des tomes constituant des sommes critiques et exégétiques (le Proust de Tadié, le Villiers de Castex, le Brantôme de Vaucheret). Monsieur Scepi et surtout Gallimard eussent gagné à ne point tant entonner le péan en l’honneur de ce tome ; parturiunt montes, nascetur ridiculus mus.

  5. Mais cher Françis Moury, je ne vois vraiment pas comment la Pléiade pourrait se permettre de publier Merleau-Ponty. Mieux vaudrait Husserl si c’était possible. Mais ça ne l’est point. Imaginez que de Quincey, le théâtre élisabéthain, Luther ont été des bides absolus, qui donc croyez-vous qui achètera Merleau-Ponty ou Husserl. La Pléiade n’est pas payé pour éditer les grandes œuvres de l’esprit, philosophie comprise. Surtout philosophie. Il a déjà fallu de l’argent Suisse pour avoir Ramuz et les romans de Cendrars, alors vous imaginez. Je demande : qui ici est prêt à acheter Hegel (la phéno), Schelling, Fichte, Leibniz, Hobbes, et pendant qu’on y est Heidegger? Déjà que pour Kierkegaard on joue à fond la carte « littérature » -pour Nietzsche aussi sans trop le dire , on mise sur sa réputation de philosophe « lisible » (oui, c’est con je sais) alors vous imaginez ? Je répète : qui ici, parmi ces lecteurs peu communs et qui ne boudent pas au volume sont près à acheter de la philosophie? Même Schopenhauer, dont Nietzsche préférait la traduction française de Burdeau, ne passe pas. Ça ne se vendra pas. Hélas, la Pléiade n’a pas pour vocation à recueillir toutes les œuvres qui ont bousculé l’humanité. Moi, ça ne me dérangerait pas. Et qu’on y ajoute un bon choix du philosophe inconnu et des scolastiques, Jean Scot Erigène, Albert le Grand, Dietrich de Freiberg, Dunn Scott. Et pour faire bon poids le Zohar. Et la Pléiade s’effondrera…
    Tiens, je me demande combien ils ont vendu de ce fort surestimé Foucault, rien que pour voir.

      • Il FAUT désespérer Billancourt ! Ça s’appelle l’a lucidité (rappelons que la phrase de Sartre fut provoquée par sa réprobation de la condamnation par Khrouchtchev du « culte de la personnalité » stalinienne. En attendant mieux). Aï, je vais descendre de 40 % là. Et ça m’ennuie, votre approbation et votre estime me tiennent à cœur!

    • Cher Restif

      Vos commentaires sont toujours foisonnants et riches mais parfois (inévitablement, comme pour nous tous) inégaux mais même alors, ils sont stimulants.

      La Pléiade a vocation à publier les classiques de l’histoire de la philosophie comme ceux de l’histoires des lettres anciennes, modernes et contemporaines ou encore ceux de l’histoire des religions. C’est une collection d’élite à vocation universelle, comme les Classiques Garnier.

      Elle a déjà publié des philosophes étrangers nettement plus difficiles à lire que Merleau-Ponty qui écrit un français admirable, profond mais pourtant clair et distinct. Sans parler des Grecs, des Latins dont les langues et l’esprit sont anciens, séparés de nous par 2000 à 2500 voire presque 3000 ans selon les auteurs.
      D’une manière générale, je dirais que la Pléiade étant une collection française a vocation à d’abord publier les grands philosophes français. Elle le fait (Montaigne, Descartes, Malebranche, Pascal, Montesquieu) en privilégiant ceux qui relèvent aussi bien de l’histoire de la philosophie que de l’histoire des lettres : c’est bien naturel car en le faisant elle « limite » les risques et « augmente » le public potentiel. Même si Descartes ou Malebranche ne ressortent pas assez de l’histoire littéraire pour qu’elle puisse se les agréger, au demeurant.
      Mais elle pourrait poursuivre en éditant des oeuvres (complètes ou non) de philosophes français purement philosophes tels que Bergson ou Merleau-Ponty. Ils y auraient toute leur place.

      La Pléiade a publié Spinoza et Kant qui sont, selon vos critères et si j’en crois votre message, illisibles par et invendables à, un lecteur moyen français d’aujourd’hui. Alors tous les espoirs éditoriaux sont, au contraire, permis. Notez que Spinoza et Kant exigent une traduction, source de problèmes inévitables (délais, augmentation des coûts, problèmes scientifiques plus importants à résoudre) alors qu’un philosophe français n’entraîne rien d’autre que l’habituelle collation des manuscrits et que l’habituel travail d’édition critique d’un manuscrit. Donc… Ergo… je vous laisse conclure. Ou plutôt je conclus pour vous épargner la peine de le faire : il est plus simple, en tout état de cause, pour un éditeur français de publier un philosophe français qu’un philosophe étranger. Quelle que soit sa vocation universelle et culturelle, par ailleurs.

      Vos exemple sont, par ailleurs, curieusement choisis. Schopenhauer, pour en revenir aux étrangers, en l’occurrence aux Allemands, est bien plus lisible que Kant pour un « lecteur d’aujourd’hui » : il « passerait » très bien à condition de privilégier « Le Monde comme volonté et représentation », au détriment du « Quadruple principe de raison suffisante » qui est le texte où, précisément, Schopenhauer se dégage de l’influence kantienne en synthétisant ce qu’il en conserve et ce qu’il en rejette, mais d’une manière assez technique. Husserl est, de son côté, beaucoup plus technique et plus ardu à lire que Merleau-Ponty.

      Je pousse mon pion un cran plus loin : pourquoi croyez-vous que Hegel soit illisible ? Tout dépend du texte de Hegel et de sa traduction. Publier une nouvelle traduction de la Phénoménologie n’aurait au demeurant aucun sens car il en existe déjà quatre ou cinq, si ma mémoire est bonne dont une au moins est d’ailleurs illisible. Publier la Propédeutique philosophique de Hegel, son Encyclopédie, son Introduction à la philosophie de l’histoire, son Introduction à l’histoire de la philosophie, des fragments de sa Correspondance pourrait en revanche avoir un sens comme « Oeuvres » en un volume.

      Les grands philosophes médiévaux posent un problème per se : il est inutile de les lire en traduction sans le texte latin à côté. On peut lire les Tragiques grecs en traduction, on peut lire les Historiens romains en traduction mais… pas les philosophes du moyen-âge.

      Bref… bien des choses intéressantes à discuter, n’est-ce pas ?

      • Assurément ! Et si j’ai cité Schopenhauer dans la traduction Burdeau (oui, celui de Barres!) c’est bien parce que c’est un philosophe « facile » à lire. Nietzsche -bis repetita displicent mais enfin…- préférait (disait-il) le lire en français. Il aurait parfaitement sa place en Pléiade, en deux volumes si j’en crois mon gros PUF rouge. Vous semblez croire que je suis contre l’édition de ces textes en Pléiade, or ce n’est pas du tout le cas. Si la Pléiade était ce qu’on rêve qu’elle pourrait (devrait?) être, je serais le premier à demander qu’on imprime ces textes fondateurs de la pensée universelle. On a bien publié les auteurs adeptes de Confucius. Pour Hegel, -j’espère que ce n’est pas Lefèvre que vous visez mais je le crains – il sera ardu à lire, mais c’est là que l’appareil critique fera la preuve de son intelligence. Seulement voilà : j’aimerai bien, je soutiens, mais vu les orientations de la Pléiade depuis une dizaine d’années (je me contredis puisque je l’ai défendue récemment. J’ai la culture de la disputatio avec moi-même, et les autres en toute affabilité, je me traite plus durement^^), j’ai peur que ce ne soit pas pour demain. Il faudrait un changement de politique profond. Déjà…vu le temps qu’elle met à nous donner la réédition du Boulgakov tome 1, j’enrage, et bien j’ai peur que ces bells éditions ne voient pas le jour. Il faudrait plus d’aide du CNL, voire du CNRS si c’est possible, mais eux-mêmes ont bien des problèmes. J’aimerai même voir Heidegger en Pléiade, surtout ce volume massacré par Fédier, « Apports à la philosophie: De l’avenance » (voir la critique sur Slate : http://www.slate.fr/tribune/84783/la-traduction-assassine-dheidegger qui met bien les choses au point de manière claire)
        Pour les auteurs médiévaux, j’avoue ne lire que des livres SUR leurs idées, Libera, Gilson surtout. Ça me suffit, la littérature passant première et certains autres centres d’intérêt. Festugière, Pierre Deghaye,Antoine Faivre Roland Eddinghoffer etc. Et puis il y a Gusdorf dont je ne connais que les deux magnifiques tomes sur le Romantisme, chez Payot. Je passe sur tous les ouvrages touchant à l’histoire des idées en littérature, du Mimèsis d’Auerbach à Paul Bénichoux en passant par Jean Rousset. Ceci dit, une bonne anthologie des philosophes médiévaux en Pléiade avec des notes idoines touchant les problèmes de traductions seraient une bonne chose. Mais la philosophie, avec son exigence de labeur, son désir d’élucidation, sa rigueur a quelque chose de fascinant -un mot qui peut déplaire. Elle me semble une discipline de l’esprit.

        Il me revient en mémoire que vous avez lu Le pouvoir des clés de Chestov. Je trouve sa critique de la raison extrêmement intéressante, bien qu’elle prenne le risque de déboucher sur l’a-rationnalité comme voie de garage. Sa lecture de Plotin est très fine et à mon sens, on pourrait rapprocher ce que dit Plotin de ce qui est hors la Raison de l’Être Heideggerien. Ce qui me remet en mémoire certaines paroles : « Je suis celui qui est  » (la traduction est discutée). Ah, que j’aimerai à vous lire un jour sur Chestov, sur ce que vous en avez pensé. Sur Plotin. Oui, ce sont des choses bien intéressantes à discuter…

      • Je rejoins M. Moury sur une « Phénoménologie de l’Esprit » illisible s’il vise celle de Jean-Pierre Lefebvre chez Aubier (1991), notoirement plus sauvage que la traduction classique de Jean Hippolyte, aussi interventionniste sur le plan des matières qu’elle est peu littérale certes, mais ô combien géniale et visionnaire. Le meilleur des germanistes ne saurait s’improviser professeur de philosophie.

        • Il s’agissait bien entendu de Jean Hyppolite. L’helléniste que je suis a conformé machinalement la graphie à l’épel grec (hippos, Hippolyte). Mea minima culpa.

          • Cher Restif, cher Neo-Birt7

            Sur les traductions de la « Phénoménologie de l’esprit » de G.W.F. Hegel :
            http://www.juanasensio.com/archive/2010/06/25/jean-clet-martin-tristan-storme-francis-moury.html

            PS pour Restif
            – sur Plotin et Heidegger : je vous recommande la thèse de Pierre Aubenque, « Le Problème de l’être chez Aristote – Essai sur la problématique aristotélicienne », éd. P.U.F., coll. B.P.C., Paris 1962 qui fournit les clés historiques, philologiques et philosophiques permettant de les situer l’un et l’autre (mais vous pouvez aussi lire, sur le second, ma série « Heidegger ex cathedra » sur Stalker. J’ai envoyé son §5 à Juan Asensio la semaine dernière.
            – l’irrationalisme est un courant de l’histoire de la philosophie, pas une « voie de garage ». Là, je peux sans doute vous adresser sans crainte aux trois volumes Pléiade collectifs de l’Histoire de la philosophie. Avec celle d’Emile Bréhier (éd. P.U.F.) et celle d’Albert Rivaud (éd. P.U.F., coll. Logos), c’est l’une des meilleures jamais écrites. Si ma mémoire est bonne, Aubenque y avait collaboré, d’ailleurs, gage de qualité.

  6. Je trouve malgré tout cette nouvelle édition Pléiade des Misérables très intéressante et de bonne tenue. Ce n’est certes pas une édition « scientifique complète » ( par exemple comme les volumes Gautier ou Sand chez Champion c’est vrai). Mais cette édition donne accès à des textes inédits et ouvre des piste de lectures nouvelles; à notre époque, c’est déjà pas si mal. (Cela me permet de me racheter de mes méchancetés contre le volume Roth et Verne !) Je me demande ce qu’il nous sera proposé dans les 2 volumes Simone de Beauvoir. Ces 6 volumes réunis sont déjà en folio. J’espère qu’il y aura (en plus des notes) des découvertes à lire…. suspens !

  7. Chers amis, David Bellos, traducteur anglais de Perec et de Simenon notamment, a publié l’année dernière un livre qu’il a consacré entièrement aux Misérables, The Novel of the Century: The Extraordinary Adventure of Les Misérables.

    Il en lit un extrait et en parle à la librairie Shakespeare and Company.

    Voici le lien : https://www.youtube.com/watch?v=oypGwRdOXdI.

    On y apprendra des choses sur la Pléiade bien sûr mais aussi sur Dickens qui contrairement à Néobirt et à Victor Hugo ne parlait pas latin. Il y sera question du général Lee ainsi que d’Autant en emporte le vent et de la curieuse différence entre le roman de Margaret Mitchell et son adaptation au cinéma.

  8. Merci M. De Petitrien, c’est fort intéressant. Cet exégète anglais à une lecture du roman gui émoustille la glande analytique. Et je n’ai encore écouté que 26 minutes!

  9. Sur un autre aspect peu connu du style.

    « On tient non seulement à être compris lorsque l’on écrit, mais certainement aussi à ne pas l’être. Ce n’est nullement encore une objection contre un livre que quelqu’un le trouve incompréhensible : peut-être cela faisait-il partie des intentions de l’auteur de ne pas être compris par “n’importe qui”. Tout esprit distingué qui a un goût distingué choisit ainsi ses auditeurs lorsqu’il veut se communiquer ; en les choisissant il se gare contre les “autres”. Toutes les règles subtiles d’un style ont là leur origine : elles éloignent en même temps, elles créent la distance, elles défendent “l’entrée”, la compréhension, — tandis qu’elles ouvrent les oreilles de ceux qui nous sont parents par l’oreille. »
    Nietzsche, Le gai savoir, Aphorisme 381 : La question de la compréhension. (Tr. Henri Albert).

    Je suis heureux de voir arriver Kierkegaard dans la Pléiade, mais quelle tristesse lorsqu’on songe au retard pris par l’édition des œuvres de Nietzsche (dix-huit années déjà depuis la parution du premier tome !)
    Je trouve dans cette vieille traduction de Henri Albert régulièrement des phrases boiteuses — au point que j’ai recours de temps à autre à une traduction anglaise dont je dispose et qui est beaucoup plus « propre » en comparaison.

    • Je vous trouve sévère, cher Ahmed Berkani, avec la traduction d’Henri Albert qui fut, pendant très longtemps, avalisée par Gallimard-NRF puisqu’elle éditait Nietzsche dans cette traduction. Depuis, certes, les Oeuvres complètes de Nietzsche chez Gallimard-NRF sont basées sur l’édition Colli-Montinari et les traducteurs ont changé mais, au fond, pour quel profit ? Ce que Albert a traduit l’était déjà (assez) bien… ce qu’il n’a pas traduit est révélé mais est fondamentalement mineur par rapport à ce qu’il avait traduit. Vous me suivez ?
      Kierkegaard, c’est autre chose : les Oeuvres complètes sont disponibles en français depuis longtemps mais pas chez Gallimard qui n’a publié que des oeuvres majeures mais isolées. Ce qui sera intéressant, c’est de comparer les traductions Pléiade avec ces traductions qui furent disponibles en Gallimard-NRF dans les années 1930 et qu’on pouvait encore lire en 1960-1970 dans la belle collection Idées-Gallimard.

      • Corrigendum :
        Je vous trouve sévère, cher Ahmed Berkani, avec la traduction d’Henri Albert qui fut, pendant très longtemps, avalisée par Gallimard-NRF puisqu’elle éditait Nietzsche dans cette traduction [Le Gai savoir, pour sa part, fut dès 1939 disponible en Gallimard-NRF dans une autre traduction que celle d’Albert, à savoir, celle de Alexandre Vialatte].

      • Vous me surprenez franchement, Ahmed Berkani. Si Henri Albert fut une chose, en traduisant Nitezsche, c’est écrivain souple et délié ; ses versions ont la vivacité, la verdeur, la flamme de son époque, avec la force d’une première interprétation qui détermina dans une large mesure la réception du philosophe allemand hors de sa patrie. Albert coucha en effet son auteur dans un moule aussi français que possible, en le dégermanisant par conviction personnelle autant que par tactique sur le fond davantage encore que dans la forme (voir A. Pym,  »Lives of Henri Albert, Nietzschean Translator’, in A. Beylard-Ozeroff, J. Kralova et B. Moser-Mercer (edd.), « Translators’ Strategies and Creativity. Selected Papers from the 9th International Conference on Translation and Interpreting, Prague, September 1995 », Amsterdam, Benjamins, 1998, pp. 117-125). Il est vrai que selon Pym, Albert, né Henri-Albert Haug et marqué très jeune par l’occupation prussienne, « was only marginally French » (idem, « Method in Translation History », Manchester, St. Jerome, 1998, p. 168, 170 sqq.). S’il entre beaucoup moins de passion dans les traductions de Nietzsche par Geneviève Bianquis (1886-1972), ce pur produit du germanisme universitaire n’a guère réussi qu’à produire des décalques scolaires dépourvus d’aspérités et de prises de risques (comme dans sa version d’Hölderlin, où elle rend trop souvent l’obscurité allemande par une pénombre française, sa fidélité confine à la passivité) – parti-pris dangereux chez un styliste enfiévré comme Nietzsche ! J’imagine, Ahmed Berkani, que Bianquis saurait assouvir votre soif de périodes françaises claires et bien balancées…

    • J’ai demandé à Gallimard il y a 15 jours, ils m’ont répondu qu’il fallait plutot s’attendre à une parution pour 2020.
      Après peu importe, cela ne m’empêchera pas d’acheter le vol I des oeuvres complètes chez Garnier puis l’identique dans la Pleiade. Quand on aie on ne compte pas 🙂

      • Sans vouloir préjuger de sa qualité philologique ni de l’échelle sur laquelle elle a été planifiée, l’intégrale Garnier aura au moins le mérite d’émaner d’un spécialiste incontesté de Huysmans. Pour ces auteurs de niche, un monomane vaut toujours mieux qu’un touche-à-tout qui s’y connaît certes mais ne dispose pas forcément de l’érudition primaire et secondaire seule apte à faire de la besogne solide. La chrestomathie qui paraîtra dans la Pléiade, elle, émane d’un char des Muses ayant pour hénioques deux dix-neuviémistes incontestés dont l’un a démontré, avec son Rimbaud sur papier bible, combien peu il était dans ses cordes de procurer une édition critique et commentée prétendant à l’impartialité, et dont ce n’est pas insulter le second que de voir en lui plutôt un enthousiaste de Huysmans qu’un connaisseur affûté. Ajoutons le caractère à la fois multinational et pas beaucoup plus expert du restant de l’équipe préparant cette Pléiade Hysmans ; puis prenons en considération le caractère assez inquiétant, sur le plan technique de l’édition à faire, des déclarations de M. Jourde dans son billet (il a fallu sacrifier la plupart des variantes, etc) — j’en déduis que ce volume a chance de présenter les vices des entreprises collectives guidées par des objectifs bassement commerciaux quand ils sont confiés à des mondains plutôt qu’à des techniciens. « A camel is a horse designed by a committee ».

        • On peut penser effectivement que la parution de cette Pléiade, partielle (et peut-être partiale) ne saurait en aucun cas dispenser les véritables connaisseurs de l’édition Garnier (en espérant qu’elle aille au bout dans des délais à l’échelle humaine, surtout pour des personnes qui, comme moi, sont plus près du bout du tunnel que de son entrée), mais elle aura la mérite de remettre Huysmans sur le devant de la scène et le rendre accessible dans une jolie édition pour un public plus large que celui de Garnier.

          Pour le reste, vos analyses seront, hélas, certainement confirmées par les faits ; mais ne boudons pas trop notre plaisir, puisque nous aurons la chance de voir s’agrandir « l’offre » (eh oui, je m’adapte à ces temps d’économisme triomphant) Huysmans, en quantité et en qualité.

          • C’est tout de même mieux que ces Pléiades Roth, London, Kundera, etc. pour le moins dispensables et participe du maintien d’un certain niveau en Pléiade.

  10. Les Kierkegaard comprennent: T1 Ou bien… ou bien – La Reprise – Crainte et tremblement – Miettes philosophiques. T2 Le Concept d’angoisse – Avant-propos – Stades sur le chemin de la vie – Le Lys des champs et les Oiseaux du ciel – La Maladie mortelle [Traité du désespoir] – Pratique du christianisme – Point de vue sur mon activité d’écrivain – Sur mon activité d’écrivain.

  11. Le volume (ô combien maigrelet) des Œuvres de Stevenson est incroyable ! L’entrée de Mister Q dans la Pléiade était-il vraiment nécessaire ?! Stupéfiant. Alors que plusieurs romans, nouvelles, ébauches etc de Stevenson sont oubliés, on peut lire la prose de ce Mister Q ! C’est presque une blague ! Dommage…

    • Pardonnez mon ignorance, Tigrane, mais qu’est-ce que c’est que ce Mister Q ?
      J’ai besoin d’un sérieux cours de rattrapage en stevensonologie, un peu d’aide et d’éclaircissements me faciliterait la tache…

  12. Pour’ Kierkegaard, je possède déjà moult des volumes annoncés.. Sinon c’est assez cohérent, « La Reprise » avec « Craintes te tremblements » par exemple. Mais il y a UNE grosse incohérence me semble-t-il : c’est l’absence des « Post-scriptum aux miettes philosophiques ». « Le Lys des champs et les Oiseaux du ciel » seraient une découverte en cas d’achat -pas certains du tout – quant à « Point de vue sur mon activité d’écrivain – Sur mon activité d’écrivain » là, c’est tentant. Je ferai peut-être comme avec certaines autres parutions : ne prendre que le tome II.
    Pour Huysmans : cohérent. mais comme Neo-Birt7 je m’interroge sur l’équipe réunie. Quid de Gilles Bonnet auteur d’une excellente thèse « Le comique dans l’œuvre de J.K Huysmans » (lue telle qu’elle fut présentée, dans son jus, bien plus complète que ce que publie Champion. Quel dommage que les doctorats ne soient pas respectées et qu’on les coupe en publication…). Gaël Prigent pour Huysmans… Bof. Son doctorat sur Bloy ne fut pas très bien accueilli, et ses articles sont loin de faire autorité. Pierre Jourde connaît assurément très bien Huysmans, mais il a loin d’avoir cette intimité avec l’auteur et ses amis et influences qu’ont un Gilles Bonnet, ou bien Sylvie THOREL-CAILLETEAU , laquelle avec Dominique-Millet Gérard et sous la houlette de Pierre BRUNEL (Préface), avaient réalisé ce qui reste la meilleure édition des œuvres de Huysmans (je ne connais pas celle de Garnier) avec un double texte pour « Sac au dos » et la présence de la remarquable nouvelle, véritable concentré de Huysmans : « La retraite de monsieur Bougrelon ». Mais j »en parle, il suffit de lire Jean Louis Cabanès (l’homme qui nous a rendu le Journal des Goncourt chez Champion) :
    http://www.persee.fr/doc/cejdg_1243-8170_2005_num_1_12_1115_t1_0210_0000_2
    Je b »achèterai pas, ça je le sais. Le Kierkegaard II, très probablement.

  13. Cher Domonkos, il s’agit d’un certain (un incertain!) Arthur Quiller-Couch dit « Q » qui a terminé le roman inachevé de Stevenson »St. Yves» et la Pléiade nous offre généreusement ses 6 chapitres (je n’ai pas le volume en main je cite de mémoire) Il fut critique littéraire, romancier et poète je crois. Selon moi sa prose dans ce vonume est tout à fait superflue et inutile. On la trouve d’ailleurs sur Gallica ! Dans une édition complète de Stevenson, pourquoi pas ! mais dans un aussi mince volume d’œuvres choisies je trouve ça dommage. Chacun en décidera. Les Fables de Stevenson si elles ne sont pas sont évidemment pas son chef-d’œuvre sont vraiment plaisantes à lire !!!

    • Hé bé ! franchement ça me laisse pantois.

      Si on intègre les « oeuvres » des continuateurs, maintenant, où va-t-on ? Comme vous dites, il y avait certainement moyen de trouver le nombre équivalent de pages de la plume de Stevenson himself ! Quand je pense que je vais être tout de même obligé d’acquérir ce volume, j’ai l’impression d’une basse manoeuvre de commerçant véreux qui contraint à acheter un « package » dans lequel se trouvent des cochonneries dont on n’aura jamais l’usage.

      Tiens, je vais m’atteler à « terminer » les romans de Kafka, cela me fera peut-être entrer en Pléiade, à l’occasion d’une future réédition…

      • Si vous êtes August Derleth et que vous achevez un roman de H. P. Lovecraft, si vous êtes Robert Bloch et que vous achevez une nouvelle d’Edgar Poe, vous méritez d’entrer en Pléiade.
        Ce qui ne signifie pas que vous y serez automatiquement car, dans le second cas, la nouvelle de Bloch est parue après le volume Poe en Pléiade donc chronologiquement, on ne peut pas reprocher à Le Dantec de l’en avoir exclue. Le temps est un élément de l’affaire, outre le talent.

        • Raison de plus d’intégrer Lovecraft dans la grande famille pléiadesque. La suite des Aventures d’Arthur Gordon Pym a été écrite par Jules Verne (et le Sphinx des glaces est pléiadisé). Au tour maintenant des Montagnes Hallucinées.

          • J’ai le fantasme d’un volume – pas en Pléiade, dans une autre collection – comprenant Pym, le Sphynx et les Montagnes Hallucinées… Cela aurait une sacrée allure !

  14. Votre message, cher Domonkos, me fait réagir et je n’y avait pas pensé ! Il faut se mobiliser auprès de Gallimard pour exiger un second tome aux Misérables avec la publication en Pléiade de la suite ! « Cosette ou le temps des illusions » et « Marius ou le fugitif » par François Cérésa. Au point où on en est ! Cependant je dois ajouter que ce tome 3 est passionnant avec des œuvres moins connues (de moi en tous cas! ) et cest un grand plaisir de relire les Veillées des îles et découvrir Le creux de la vague et Hermiston. Un nouveau Pléiade qui vaut le voyage !

  15. Les contenus des deux volumes de Kierkegaard dans la Pléiade sont maintenant connus, et disponibles sur le site de Gallimard :

    Tome 1 :
    (Ou bien… ou bien ; La reprise ; Crainte et tremblement ; Miettes philosophiques.)

    Tome 2 :
    (Le concept d’angoisse ; Avant-propos ; Stades sur le chemin de la vie ; Le lys des champs et les oiseaux du ciel ; La maladie mortelle (Traité du désespoir) ; Pratique du christianisme ; Point de vue sur mon activité d’écrivain ; Sur mon activité d’écrivain.)

    Toutes les grandes œuvres de notre philosophe (qui est un genre de poète [1]) y sont — mais sans le journal. La traduction est nouvelle et due à Régis Boyer (qui vient de disparaître).

    [1]. Le poète de la subjectivité comme « écharde dans la chair », selon les termes de Lévinas (voir Noms propres). « Dieu, note Kierkegaard dans son journal en 1848, m’a donné la force de vivre comme une énigme. »

    • Ça a déjà été donné. Par Joaquim Hock. J’ai même émis l’idée que « Les miettes philosophiques » sans Les « Post -scritpum aux miettes philosophiques » montrait un grave manque de cohérence philosophique. On voit comme vous lisez vos « confrères » M. Berkani.

  16. Cher Francis Moury, c’est de votre faute : je viens de commander le livre de P. Aubenque sur Aristote -la dernière édition. Il va encore me falloir me concentrer « consciemment » ( » « =italique) sur un texte ardu et qui parait extrêmement passionnant. Déjà que je dois lire Hadot sur Plotin! Vous viendrez après. Je ne vous dis pas ce que je pense des deux articles -les autres vont venir- de vous sur Heidegger que j’ai lus. Vous êtes très, très intéressant, c’est tout. De lecture aisé, sans verbiage, claire et didactique au meilleur sens du mot. Ah, vous m’avez bien fait rire avec la phrase (que je n’arrive pas à retrouver malgré mes relectures trop rapides) que vous déclarez incompréhensibles, celle sur « l’ellipse du plan narratif etc » -ce n’est pas tant du charabia, c’est même assez claire, c’est juste atrocement écrit. Tout ça pour dire qu’on reconnait un thème et son traitement, que le fragment permet de dévoiler un tout tout aussi bien qu’un récit narratif classique. Évidemment, dis comme ça, ça en jette moins… J’ai été extrêmement intéressé par ceci : « Mais Otto a, selon Heidegger, le tort de considérer l’irrationnel comme une limite du rationnel; or le sacré ne doit pas être le résultat de l’équation [numineux – éthique = religion] car la constitution originaire du sacré n’a pas de rapport immédiat ni théorique avec… ce qui n’est pas lui ». j’ai usé tout à l’heure du mot arationnel, parce que parler d’irrationnel c’est déjà se placer sous les lois de la raison. Mais il y a quand même un problème : seul la raison peut nous faire connaître ses limites. Nous en dépendons donc toujours.Le numineux, l’indicible, le sublime (« La nuit est sublime » Kant) a beaucoup a faire avec la négativité. Où l’on retrouve l’apophatique…Je ne crois pas du tout, moi, que cela aboutisse sur une « voie de garage ». Je parlais d’éventuels dangers chez Chestov -ÉVENTUELS (soulignement,) . Je lirai tranquillement la suite de vos articles sur Heidegger. Et votre livre, mais quand ?
    Fort cordialement.

    • Cher Restif

      Vos compliments sur ma série Heidegger me font plaisir.

      Sur Plotin, lisez en priorité Emile Bréhier (1922 et rééditions) puis Maurice de Gandillac (1952 et rééd.), Jean Trouillard (1955), Pierre Aubenque (op. cit. supra 1962 non limitatif car Aubenque a donné des cours remarquables sur Plotin qu’il connaissait à la perfection) et ses autres écrits), plutôt que Pierre Hadot dont Aubenque n’appréciait pas les interprétations, ainsi qu’il me l’avait brièvement mais clairement confié un soir après une de ses conférences inaugurales de la chaire Etienne Gilson, à l’Institut Catholique de Paris.

      PS
      Date de sortie de mon « Introduction à la philosophie des sciences d’Emile Meyerson ou l’irrationalité du réel selon Meyerson » prévue le 30 mars.

  17. Amis Pleiadophiles et Celinophiles
    Une simple question que je voulais vous soumettre : Si j’achète sur Amazon Canada ( en supposant qu’il soit disponible) l’ouvrage consacré aux écrits polémiques de Céline, est-ce que je suis sans les clous, ou suis-je, de facto, rangé dans la catégorie des délinquants ( de l’esprit…) ?
    Par avance, merci à ceux qui pourront m’éclairer sur ce « délicat » problème de droit.

    • Zino, je crois bien qu’il n’est pas livrable sur la France. L’éditeur lui-même refuse de l’expédier sous nos latitudes. Cela explique les prix extravagants qu’il atteint sur le marché de l’occasion.

    • Sur les écrits polémiques imprimés par l’éditeur canadien, il me semble qu’elle est une édition « pirate », rendue possible parce que les ouvrages sont dans le domaine publique au Canada, mais qu’elle est considérée en France comme une contrefaçon – il est possible de l’obtenir mais pas de le vendre, notamment, quelque chose comme ça, puisque la veuve bloquait leurs rééditions jusqu’à peu. Il faut voir à ce sujet le reportage vidéo de Stupéfiant, disponible sur Youtube, qui revient sur la polémique Céline récente; je crois qu’ils y expliquent les tenants de cette question. Les choses seront dites plus clairement que je ne le fais.

  18. Merci Neobirt7
    Mon excursion, rapide, sur le site canadien, vient confirmer vos propos. Hélas.
    Un petit malin le vend pour la modique somme de 500 dollars. Expédition possible en France, évidemment.
    Il existe une vidéo, édifiante, sur YouTube, où l’on voit un spécialiste de Céline, lire quelques lignes prodigieuses extraites de Bagatelles : Céline y fait une description hallucinée de la basilique de Saint Pétersbourg ; et c’est aussi beau que du Cendrars ( Ah, la prose du Transsibérien !)
    Les détracteurs avancent régulièrement l’argument du texte médiocre (ce qui est vrai, pour le peu que j’en ai lu ) mais voilà, il s’agit de Céline ; au milieu du tas d’immondices il y a son génie qui s’exprime, presque en contrebande.
    Bref, les censeurs ( qui refusent évidemment, ce titre) ont eu le dernier mot. Et ce mot est inquiétant.

    • Curieux, j’ai fait une petite recherche, et j’ai trouvé un exemplaire du livre canadien, sur le site de « la femme au sein coupé » comme dit Restif, annoncé comme « neuf » à 165€ livraison incluse ; j’ai poussé la plaisanterie jusqu’à le mettre dans mon panier, et ne me suis arrêté qu’au moment de valider le paiement par CB, sans que rien ne vienne mettre obstacle à mon entreprise à ce stade (suprême)…
      J’ai ensuite tout annulé, car je ne désire pas réellement faire cet achat, je voulais simplement vérifier sa faisabilité… Il demeure possible que quelque chose serait venu bloquer la transaction au moment de la validation, mais rien ne semble le laisser prévoir.
      D’autres exemplaires du même livre étaient en vente sur le même site, à 261€ et plus si affinités…
      ???????????????

  19. Cher zino, histoire que vous ne cédiez pas à l’envie de dépenser des fortunes, et si la curiosité de lire quelque unes des plus belles pages de la littérature (« agrémentées » de certaines de plus immondes, bon, on le sait. On ne va pas prouver sa blancheur à chaque fois. Je cède encore à garce -la-censure…) :

    [PDF]bagatelles pour un massacre – pourlhistoire.com
    Vous avez aussi ça :
    https://archive.org/stream/BagatellesPourUnMassacre/bagat_djvu.txt
    Moi, j’invite à rien. Au saut n’incite. J’en ai tant vu, tant entendu, ça à saccadé si dru dans le bla-bla effréné. Moi, je serai pas si harcelé, harassé, inopportun pouilleux, j’écrirais plus un com.

  20. Restif,
    Bravo pour votre pastiche Célinien ☺️
    Oui, vous avez raison, il n’est pas nécessaire de répéter, à l’envi, que ces pamphlets sont, pour l’essentiel, stylistiquement mauvais – et sur le fond, d’une bêtise crasse – pour se dédouaner d’un plaisir coupable.
    Coupable d’aimer la Littérature ! Drôle d’époque, quand même…
    Je vais lire le texte. Mes origines sont berbères ( et certainement que du sang juif s’est mêlé, à un moment de l’Histoire, à mon sang kabyle…) mais je ne ferai pas cette injure à mon intelligence, de ne pas lire les pamphlets.
    Bien à vous, Restif.
    PS : pardon à Brumes pour ce hors-sujet. La Pléiade ne revêt plus aucun intérêt à mes yeux, je n’ai plus de raisons de contribuer au fil Pleiadesque.
    J’espère qu’il me pardonnera cette petite intervention décalée.

  21. Hors sujet du hors sujet, mais il faut bien que j’évoque quelque part l’ombre de celle qui la première m’initia à la littérature « negro-africaine » avec son Anthologie, aux éditions Marabout, je devais avoir 14 ans…

    « Lilyan Kesteloot, pionnière des études sur la Négritude, s’en est allée
    L’universitaire et écrivaine belge Lilyan Kesteloot est décédée à l’âge de 87 ans, mercredi 28 février 2018 à Paris. Elle a ouvert la voie aux études critiques sur la littérature francophone africaine. (…) » (FR Outremer)

  22. Question du jour (toutes les propositions inventives seront bienvenues) :
    « Comment faire marcher la machine à cash des ayant droits de Céline avant la fatidique date de 2031, sans soulever un tollé des bien-pensants devant lequel on serait contraint de baisser pavillon ?
    Cornélien, non ?

    «Je n’ai pas renoncé aux pamphlets de Céline» (déclare Antoine Galliamard dans) une interview (…) au Journal du dimanche, (précisant) avoir simplement «suspendu» le projet. «La raison de cette suspension est simple: on ne construit rien de valable dans un incendie, on ne peut pas se faire entendre dans un amphithéâtre en ébullition» (…). »

    La suite n’est pas moins admirable, avec cette leçon de sémantique :

    « Le PDG des éditions Gallimard réfute l’idée d’avoir été convoqué par le gouvernement en décembre 2017 à ce sujet. «Le terme ‘convocation’ est inexact, assure-t-il. «J’ai reçu une lettre du délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, M. Frédéric Potier, et j’ai choisi de le rencontrer» (…). »

  23. Cher Pleiadophile
    Votre commentaire illustre, assez tristement, le contentieux bas-du-plafond, qui oppose Céline à la mémoire collective, qu’elle soit française ou non.
    Je dirais à nos pourfendeurs de « la raclure fasciste » ( dont visiblement, vous faites partie) qu’ils feraient bien de commencer à balayer devant leurs portiques, empuantis par la boue des erreurs commises au-nom-des-idées-justes . Par exemple, quand ferons-nous le procès des politiques – droits dans leurs bottes – responsables de la guerre d’Algérie ?
    Ah, on me dit à mon oreillette, qu’ils sont tous morts, et que la République les honore…

  24. J’espère également que vous étiez ironique pléiadophile. Voyez-vous, j’adore le Rousseau des écrits autobiographiques, j’aime Voltaire,Diderot, bien des poèmes d’Aragon, Valles, Mirbeaux, …et Céline. Pire ! Rebatet, celui des « Deux étendards », livre si bien défendu par Georges Steiner, ce très grand monsieur de la recherche littéraire. En fait-voyez vous, comme zino, j’aime la Littérature. Et ça remonte à loin. L’ homme, je peux très bien ne pas l’apprécier, c’est le cas de Rebatet, dont le cas est infiniment plus grave que celui de Céline. Mais l’auteur…
    Alors, dois-je brûler les méchants? Déclarer qu’ils écrivent mal alors que je sais -et d’autres plus grands que moi – que c’est absolument faux, que c’est même tout le contraire? Dois-je baisser la tête devant une prétendue vox populi intellectuelle dont les membres n’ont pas toujours un bagage et un goût très affirmés ? Retourner ma veste, mentir, faire preuve de lâcheté intellectuelle pour le trouble plaisir de certains dont les motivations ne me semblent pas si nobles qu’ils le proclament? Et bien je m’y refuse. Absolument. Voilà tout.

    • j’ai suffisamment de connaissance sur Céline pour le faire étudier (« le voyage » pas les pamphlets) par mes élèves en leur précisant bien que l’œuvre d’un homme et sa vie peuvent être dissociés comme le dit Proust dans « Contre Sainte-Beuve ». De même, pour Rebatet dont j’apprécie hautement « une histoire de la musique » malgré quelques partis pris et pour la musique de Wagner.

  25. Cher Pleiadophile
    Heureux de lire que vous aviez usé du trait Voltairien dans votre commentaire.
    Mais après tout, on peut refuser de jouer le jeu ; et je n’irais pas me contredire, en interdisant, puisque, parlant de Céline, je m’interdis d’interdire.
    Je crois que avons tous ici, suffisamment de connaissances sur Céline, et nous aimons suffisamment les Lettres, pour ne pas tomber dans le piège de la démagogie rance.
    Je relisais récemment, la version 1637 du Cid. Et puis j’ai relu celle de 1660. Quel terrible gâchis ! La polychromie baroque avait laissé la place au blanc uniforme de la pensée droite…

    • Pour en revenir à Céline et ses écrits sémitophobes (car « antisémites » me semble décidément un vocable trop faible considérant la violence qu’il y cultive), on se demandera peut-être si le recul de Gallimard ne pourrait être un bienfait déguisé. J’ai parcouru avec attention la thèse de R. Tettamanzi avant de chiper chez un collègue son édition Huit des dits pamphlets ; il y a de quoi s’offusquer, pour ne pas dire : se scandaliser, devant les accommodements de ce savant littéraire avec la haine antijuive de Céline. Non contente de banaliser cette dernière sans présenter de preuves convaincantes autres que des affirmations sur la Weltanschauung de l’époque, la thèse développe un discours rhétorique formaliste, qu’il est permis de trouver limité et convenu, sinon creux, pour ne pas dégager autrement que sur le plan stylistique le fond de sémitophobie personnel chez Céline d’avec la détestation propre aux traditions intellectuelles maurrassiennes. Eussé-je fait partie du jury doctoral que j’aurais fortement protesté contre ce défaut criant de triangulation où la technique scripturaire s’aveugle elle-même en se détachant du fond historique et des contenus ; un tel manque fragilise, voire discrédite, l’entreprise entière auquel se voue la thèse, et je m’étonne qu’il n’ait pas interpellé Godard. Le même ton benoît, tout ensemble enveloppant, voire insinuant, et relativiste, informe l’édition Tettamanzi des pamphlets. Je trouve fort choquant, sur le plan de la déontologie scientifique, d’euphémiser en « écrits polémiques » ces charges virulentes dont la violence a peu d’équivalents sinon celle du rhéteur chrétien converti de fraîche date Firmicus Maternus dont le « De errore profanarum religionum », La déviance des religions païennes (mal rendu par R. Turcan aux Belles Lettres en L’erreur des religions païennes) en appelle aux empereurs pour sévir contre les Gentils afin de faire oublier son propre passé d’astrologue. Tettamanzi préfacier et surtout annotateur ne donne pas toutes les clés pour comprendre Céline insulteur venimeux des Juifs ; 300 pages d’appareil critique auraient pu suffire si et seulement si l’objectif affiché avait été de redresser les folles inventions de l’auteur, de clouer au pilori de façon documentée ses innombrables outrances, de pointer sans pitié les limites évidentes de ce qui lui tient lieu de superstructure argumentative. Admirateur de Céline doublé d’un piètre historien, Tettamanzi a confondu l’objectivité avec la réserve savante, nous donnant une édition prétendument littéraire et en vérité discrètement, je dirais : factuellement, apologétique, qui pâlit de toute comparaison avec la splendide publication commentée allemande de « Mein Kampf ». Est-ce un tel modèle que Gallimard voulait émuler en confiant à ce personnage les clés de leur édition, Pléiadisée ou non, du versant le plus noir de Céline ? Je le crains, et à ce titre me réjouis de voir le projet repoussé de facto aux calendes grecques. Un maître d’oeuvre capable d’un recul critique plus grand envers son auteur me paraît urgemment requis.

      • Excusez-moi cher Neobirt7, mais enfin autant écrire : il est ENCORE trop tôt pour éditer les pamphlets. Parce que sinon, passez-moi l’expression, mais il faut être con pour sortir antisémite de la lecture de Bagatelles pour ne citer que le meilleur. Il faut aussi être bien fragile de la conviction. Votre savant ne tire pas assez sur Céline? Le lecteur y suppléera. A moins qu’il ne cherche des arguments pour une défense du Céline pro-« semitophobes », mais en ce cas, quel texte l’empêchera d’en trouver? Il est évident qu’on ne peut séparer forme et fond, même si Céline porte tout à l’extrême de par son style, c’est sa responsabilité. Pour autant, devons nous encore justifier la censure de textes qui, nolens volens, appartiennent de plein droits à la littérature française? De toutes façons, il est impossible de « déminer » ce livre, il est trop violent. Soit on l’interdit, soit on le publie.

        Il y a quelque années, Ariane Mnouchkine a voulu porter le Mahomet de Voltaire à la scène. Elle a du y renoncer. Aujourd’hui encore, privé ou public, vous ne trouverez pas un théâtre pour le monter. Ça par contre, ça ne dérange personne. Ou bien cette autre délire (je ne sais si l’url de la vidéo marchera) qui voit un poème être effacé au nom du féminisme.

        Je change de sujet? Je n’en suis pas si sûr. La censure a toujours de bonnes raisons à présenter.
        ( Je sais bien que vous, cher NeoBirt7, avez un point de vue très différent, celui du spécialiste en édition de textes. Encore une fois c’est l’occasion qui fait le larron chez moi. Mais lorsque vous parlez de Mein Kampf, je trouve que vous allez un peu loin et que c’est bien rapetisser la bible de l’hitlérisme que de la donner comme exemple à ce qu’il faudrait faire pour présenter Céline. L’enjeu était tout autre. Et le style célinien est littéraire, ce qui rend la chose bien plus ardue que pour Hitler. Enfin, qu’on interdise franchement (ça ne gêne pas, on trouve aisément ces textes) ou qu’on permette. Mais assez d’arguments plus ou moins alambiqués pour l’interdiction, qu’on nous dise franchement : c’est trop tôt. Ou bien : vous n’êtes pas assez grands, pas assez intelligents et au bout de 15 pages vous serez devenus antisémites.

        • Souffrez que je vous contredise, mon cher Restif. J’estime que des textes incendiaires dont les braises mal éteintes n’attendent qu’un des trop nombreux airs malsains du temps présent pour derechef bouter le feu, nécessitent la mise en place d’un cordon sanitaire savant sous forme d’une exégèse ne laissant rien passer. Celle-ci pourra toujours être réduite sous forme d’éditio minor, en poche par exemple, l’essentiel étant d’occuper les tréteaux médiatiques en procurant aux enseignants, aux passeurs de culture et à tous les lecteurs un peu exigeants l’aliment à leurs réflexions sur l’original qui ne les déconfira pas facilement en terres extrémistes. Je ne prêche nullement l’interdiction des pamphlets céliniens ; je mets en garde contre tout abandon de la reproduction future de ces textes aux services de faux prophètes nimbés de l’onction académique et littéraire tels le décidément suspect Monsieur Tettamanzi.

  26. Je me doute bien, courtois pléiadophile, que vous ne faites pas étudier les pamphlets par vos élèves, parce que si c’était le cas, vous n’auriez plus d’élèves. Ce avec une célérité supra-luminique. Pour le coup, ce ne serait pas un mal, bien au contraire. A des étudiant en licence de stylistique du pamphlet, peut-être, et encore. Je verrais plutôt ça dans le cadre d’un DEA (pardon, master II en bon français). Je m’excuse si vous vous êtes senti personnellement attaqué, croyez bien qu’en l’espèce ma réponse ne fut qu’une occasion de dire quelques mots qui reflètent profondément ce que je ressens. En toute sincérité, considérant vos apparitions ici, je ne pensais pas que vous agissiez en procureur. Mais je trouve stupide d’avoir à prouver sa blancheur persil idéologique dès qu’on aborde certains écrivains, d’être dans l’obligation d’afficher sa bonne santé bien pensante, bref : d’avoir son antiracisme en bandoulière. Ça tient du tabou, de la pensée magique au plus bas niveau. D’ailleurs je ne trouve pas ça très sain, car si les choses allaient de soi, il ne serait pas nécessaire de faire ce type de mise au point. Vous n’avez voulu que plaisanter, au vu de ce que vous dites… Fort bien. On ne va pas censurer les blagues. N’empêche, celle-ci me titille un peu à rebrousse-poil, tout simplement parce qu’elle corrobore l’idée qu’il y a un mal en soi qui appartient en tout temps au même camp, faisant fi de tout historicité. De plus je ne suis pas sûr du tout que la majorité des (é)lecteurs de Le Pen soient les mêmes que les lecteurs de Céline. Cette blagounette me fais l’effet du réflexe du crucifix brandi contre le vampire, même inconsciemment. Vous étiez loin de vouloir en dire tant et j’exagère à plaisir? D’accord. Mettons que là encore vous n’aurez été que l’occasion accidentelle d’exprimer un léger (hum) énervement. Il est évident que contre vous, personnellement vous, je n’ai que le sain respect qu’on doit avoir entre contributeurs d’un blog de cette qualité. Ce à quoi s’ajoute le fait indéniable que j’apprécie vos interventions.
    En toute aménité, Restif.

    • Je suis un partisan d’une véritable « édition critique » des pamphlets, je pense que c’est clair : ceci dit, j’applaudirais des deux mains à une édition d’Eluard et d’Aragon agrémentée de solides mises au point sur les crimes du Stalinisme.

      Contre l’interdiction, oui – farouchement contre – mais aussi contre l’idée de l’irresponsabilité des écrivains et de la pureté inaltérable de l’Aaaart.

  27. ps « Ce ne serait pas un mal » ! Si ET seulement si vous faisiez étudier les pamphlets à vos élèves. Ça me parait évident mais je préfère préciser.

  28. Cher Neobirt7
    Permettez que je me range – provisoirement – du côté de Restif. J’ai enfin lu Bagatelles dans son intégralité, grâce au lien que Restif m’a suggéré.
    L’Hubris Celinienne y est tellement démesurée, sa semitophobie ( si vous préférez ce terme, pourquoi pas) tellement cartoonesque ( et sans doute faut-il y voir une sorte de mise en abyme des affiches antisémites, totalement caricaturales, qui entachaient les murs de Paris, avant guerre…) qu’il faudrait être où bien déficient du bulbe, ou bien déjà sérieusement raciste, pour y adhérer aveuglément. Donc, ici, le texte se contenterait de ratifier une situation déjà existante.
    Le souci de contextualisation historique serait en effet bienvenu, et même sans doute, indispensable. Ne serait-ce que pour démonter une bonne fois pour toutes les délires de Destouches.
    Mais je crois sérieusement, que vous exagérez l’influence de ces écrits.
    Aujourd’hui, les raison probables d’une éventuelle influence ( eugéniste, raciste, raciale, idéologique…) ne sont pas vraiment à chercher du côté de l’écrit. L’image s’en charge très bien…

  29. Saine mise au point, NeoBrit7 !

    Il ne faudrait pas, sous prétexte de lutter contre la censure, de ne pas émasculer l’oeuvre de Céline et la considérer dans son entier, se laisser aller à une quelconque banalisation. Céline et ses ayant-droit ainsi que ses thuriféraires, n’ont eu de cesse que de tenter d’éteindre l’incendie en niant la charge explosive de ses pamphlets : simple « erreur de jeunesse » ou errement dû aux circonstances…

    1 / Il est vrai que les pamphlets de Céline prétentent peu de danger de servir de support et de bannière à un nouvel antisémitisme qui n’a rien à voir avec l’antiséminitisme français historique, ni à une résurgence d’icelui, tant ils sont proprement « illisibles » pour l’antisémite lambada comme pour l’antisémite intellectuel ; ils ne peuvent être une arme, comme l’avaient fort bien compris les Maurras, les nazis ou les nazsifiants de leur époque.

    2/ Il est faux de dire qu’ils auraient quelque chose d’ordinaire, presque de pardonnable, attaché à leur époque : ils sont proprement exorbitants, mais le vent de folie,d ‘absurdité, qui les parcourt ne saurait en aucun cas tenir lieu d’excuse.

    3/ Ils ne sont pas des « accidents » des pages noires à tourner dans l’histoire intellectuelle de Céline : celui-ci les a reniés dans leur forme et surtout à cause de leur charge destructrice à son propre égard, mais il n’a jamais renié leur idéologie raciste et, dans de nombreuses pages des romans d’après-guerre le racisme le plus crasseux – à l’égard des « nègres » ou des « Chinois » – vient rappeler à quel niveau de bassesse se situait l’esprit de Céline.

    Je le répète une fois de plus : il faut les publier – pour connaître tout Céline – mais dans une véritable édition critique. Il ne s’agit pas là, comme veulent le croire les esprits forts, de l’entourer de bandelettes morales, mais d’éclairer les lecteurs qui ne connaissent pas tous Céline, son oeuvre et son époque. Il n’est pas sûr, d’ailleurs, que ces fameux esprits forts soient aussi mithridatisés qu’ils le croient contre les puanteurs qui s’élèvent de ces écrits.

    Il est de toute nécessité de les publier, enfin, car leur mise sous le boisseau est voulue et ne sert que les intérêts des héritiers et admirateurs béats de Céline : aussi génial soit cet écrivain, il ne doit pas gagner son procès en béatification.

    Pour moi, c’est clair, Céline est impardonnable. (Ce qui a à la fois tout à voir et rien à voir avec le jugement que je porte sur sa monumentale oeuvre littéraire.) Ses ayant-droit ainsi que ses thuriféraires, n’ont eu de cesse que de tenter d’éteindre l’incendie en niant la charge explosive de ses pamphlets : simple « erreur de jeunesse » ou errement dû aux circonstances… Ils sont les principaux bénéficiaires de cette « interdiction » qui ne dit pas son nom.

    Est-il plus ou moins « coupable » que les Brasillache, les Rebatet et les Drieu ? A mes yeux, il ne l’est pas moins. La lâcheté (même si elle lui a servi de sauvegarde et si je puis la comprendre dans l’immédiat après-guerre) et le reniement (jusqu’à son dernier souffle) ne sont pas des circonstances atténuantes.

    Je le répète une fois de plus : il faut les publier – pour connaître tout Céline – mais dans une véritable édition critique. Il ne s’agit pas là, comme veulent le croire les esprits forts, de l’entourer de bandelettes morales, mais d’éclairer les lecteurs qui ne connaissent pas tous Céline, son oeuvre et son époque. Il n’est pas sûr, d’ailleurs, que ces fameux esprits forts soient aussi mithridatisés qu’ils le croient contre les puanteurs qui s’élèvent de ces écrits.

    Il est de toute nécessité de les publier, enfin, car leur mise sous le boisseau est voulue et ne sert que les intérêts des héritiers et admirateurs béats de Céline : aussi génial soit cet écrivain, il ne doit pas gagner son procès en béatification.

    Il y a quelque trente années de cela, alors que je travaillais à un modeste ouvrage généraliste pour les honorables et défuntes éditions Bordas, dans les bureaux et les couloirs dudit éditeur on me conseillait, mezzo voice, de « faire attention avec Céline », car, « au plus haut niveau de la maison, il y a des gens qui ont pu être compromis à cette époque et qui pourraient se sentir blessés… » Trois décennies plus tard, alors que toutes ces personnes sont probablement décédées, j’ai l’impression qu’on me demanderait la même prudence, tant le sujet est explosif… Je me refuse à toute prudence, qui ne serait qu’une lâcheté.

    • Je me demande si NéoBirt7 a été bien compris : pour ma part, ce que je retire de la lecture de son intervention, ce n’est pas le « danger de contagion » des pamphlets – proprement « illisibles » pour l’antisémite ou le candidat antisémite de base – mais le danger de la banalisation de ces pamphlets, à travers des commentaires qui tendent à leur retirer leur charge explosive, à les transformer en aimables pétards de feu d’artifice.

      Ne pas oublier non plus que les délires ahurissants – à nos yeux – de Céline ne sont peut-être pas aussi insignifiants que nous le croyons, comparés aux délires non moins ahurissants et du même ordre qu’on peut entendre au comptoir du bistrot du coin de la rue…

    • J’ai trop entendu cet argument selon lequel l’imbécilité ou le délire qui imprègnent les pamphlets garantirait leur inanité : un peu hypocrite, non ? ou bien s’agit-il d’auto-suggestion ?

      Car enfin, si le fond est sans intérêt, si la forme est mauvaise (hormis quelques pages dans lesquelles apparaitrait quelques étincelles du génie d’écriture célinien), alors ce débat est vain, il on ne voit pas pourquoi se poserait la question de leur publication.

      Le diable est derrière les meilleures intentions affichées. Le soufre n’est pas encore complètement évaporé de ces pages et elles continuent de troubler bien des esprits – et parmi les meilleurs.

      • Pour conclure – par pitié, empêchez-moi d’y revenir ! – il ne faudrait pas, nous considérant comme des esprits libres et imperméables à toutes néfastes influences, traiter de cela avec trop de légèreté. Ni considérer avec mépris ou consdescendance – par exemple – des Juifs, à l’esprit moins « libéré » ou éthéré qui pourraient être profondément choqués ou se sentir salis par la boue qui déborde de ces seaux d’ordure auxquels ont fait l’honneur, immérité, d’accorder le statut d’oeuvres plus ou moins littéraires.

        Je n’appartiens pas à la race des « mâles blancs repentants », mais il me semble que si j’étais juif ou nègre je ne serais pas hors d’atteinte de certaines indignations, en tombant sur certains faits ou écrits.

  30. Cher Domonkos,
    Je ne faisais que passer sur le blog, je vais donc eviter soigneusement la polémique…
    Juste pour vous dire que personne ici, n’excuse Celine, ni ne le juge irresponsable. Personne non plus, ne le qualifie de fou. Ce n’est pas du tout le débat. Du reste, s’il fallait qualifier le Celine des pamphlets on pourrait dire tout simplement qu’il etait prodigieudement C.. ! Dont acte.
    La question était de savoir s’il fallait se priver d’un texte qui recèle ( mon dieu, comme c’est agaçant de se répéter ! ) des beautés littéraires au milieu des miasmes, immmondices, tumeurs, ordures, déchets, saloperies ( gardez le terme qui vous convient le mieux )
    Nous n’allons pas refaire le procès de Céline, il a déjà été fait.
    Ici, nous parlons de littérature. Pas de morale. libre à chacun, une fois le livre lu, d’y appliquer ses grilles personnelles de jugement. Concernant ces textes, ce n’est pas bien difficile…
    Mais bon sang, ne mélangeons pas tout !
    Monsieur Domonkos, nous ne parlons pas de l’Arrrt comme vous vous plaisez à ironiser ( du reste cette posture suffisante serait plutôt à mettre du coté de ses détracteurs ) nous évoquons simplement cette timide ( et mise à mal ) possibilité de penser librement.

    • Bien, bien, bien…

      Je me demande où j’ai bien pu demander l’interdiction de publication des pamphlets, alors que je ne fais que réclamer à cors et à cris ladite publication.

      Quand bien même n’y aurait-il pas une seule phrase à « sauver » du point de vue littéraire, cette publication n’en serait pas moins nécessaire, et même de salubrité publique, pas besoin d’alibi.

      Le procès de Céline aurait-il été fait ? Je n’en suis pas sûr.Et quand bien même cela serait-il, à chaque époque son jugement sur la question : il ne s’agit pas d’un procès judiciaire, mais d’un procès moral, et en la matière l’autorité de la chose jugée ne vaut pas.

      « Les grilles personnelles de jugement », l’expression ne me convient pas. Tel que je vous imagine à travers vos interventions, je ne peux croire que vous la fassiez vôtre sérieusement. Il existe des critères de jugement supérieurs à nos « grilles personnelles », vous le savez certainement mieux que moi qui ne possède pas vos outils critiques.

      Pour « l’Aaaart » je plaide coupable et je le retire volontiers. Cela voulait être de l’ironie, ce n’était que de la bêtise. Par contre, je ne me reconnais pas dans une « posture suffisante », travaillé comme je le suis par les doutes et les scrupules – et aussi les indignations. (Vous m’avez d’ailleurs répondu, à la même hauteur, avec votre « Monsieur Domonkos » qui a pour but de me tenir à distance, comme un intouchable. J’y suis sensible et vous en remercie. Vous n’en êtes pas à votre coup d’essai et avez décidé depuis longtemps que je n’étais pas un interlocuteur valbable. C’est bien dommage et je le regrette.)

      Quant à mes derniers mots, au sujet des « juifs ou des nègres » qui pourraient à bon droit trouver insupportables certains écrits, je les maintiens, avec toute la sincérité dont je suis capable. Si notre esprit peut se mouvoir dans le monde des idées, nous n’y vivons tout de même pas de plain pied, et certaines réalités, vécues, doivent être rappelées. Je pardonne volontiers à ceux dont les parents et grands-parents ont subi les persécutions de la part des « amis » de Monsieur Céline ou qui, aujourd’hui, ne peuvent circuler librement dans certaines rues avec une kippa sur la tête, de ne pas goûter les qualités littéraires éparses dans les pamphlets et d’être incapables d’avoir la distance intellectuelle nécessaire pour s’en protéger. (Je précise – qu’on ne croie pas que je défende ma chapelle, pardon ma synagogue – que, s’il existe des juifs portant comme moi le nom de Szenes, ce n’est pas du tout mon cas.)

      Après ça, vous pourrez allègrement, s’il vous plaisait, me traiter de moraliste étriqué et trop satisfait de sa belle âme (c’est-à-dire, d’être tout ce que je vomis).

  31. Domonkos,
    J’ajoute, et j’en aurai fini avec cette question, que vous et moi sommes d’accord pour voir ces textes publiés, dans une édition critique, TRÈS soigneusement établie, cela va de soi.
    J’en ai terminé avec le sujet.
    Et je vous souhaite le bonsoir.

    • Je vous ai répondu trop vite, avant votre ultime précision, sur l’idée fausse selon laquelle nous ne serions pas d’accord pour voir ces textes publiés. De l’inconvénient de dégainer trop vite.
      Bien à vous.
      (Je suis certain que 5 mn de saine engueulade, face à face, attablés à une table supportant quelque boisson roborative, auraient vite fait de nous réconcilier. De l’inconvénient des écrits et de leurs semelles de plomb.)

  32. CHER Domonkos,
    Vous êtes non seulement un interlocuteur valable mais votre sincérité vous honore.
    J’ai dit quelque part que mes origines sont kabyles, et enrichies probablement de sang juif. Ces textes me dérangent, mais je les lirai. C’est mon choix. D’autres feront un autre choix, c’est leur liberté. Le fait que je les lise n’invalide pas la douleur et la gène de certains.
    Concernant vos doutes, je crains qu’ils s’étendent également à votre qualité d’interlocuteur. Vous ne devriez pas douter…
    Cela nous éloigne de la Pléiade, dont je suis déjà fort éloigné.
    Continuez d’alimenter le blog.
    Une bonne soirée à vous.

    • Bof. Vous tombez dans l’attaque ad hominem et la caricature, Restif, cela me déçoit comme la trahison d’un vieil ami.

      C’est bien dommage, mais chaque mot de votre réaction, me prouve à quel point j’ai raison dans mes méfiances et mes défiances à propos de la contagion célinienne.

      Le cas Céline est donc bien toujours ce trou noir qui donne le vertige !

      Mais il y a pire, un symptôme d’autant plus inquiétant qu’il se présente comme un magnifique hors-sujet et doit donc répondre à une obsession : j’avais déjà relevé chez vous à plusieurs reprises ces propos sans à-propos, tendant à mettre sur le même plan (sans le dire clairement, bien sûr, ô jamais !) le sort des « malheureux palestiniens » et celui des Juifs de l’An 40, ce pont à l’âne de l’antisionisme qui couvre un autre nom inavouable…

      Ce n’est plus de la déception, ce que j’éprouve. Cela me glace. Et traitez-moi encore à votre guise de père-la-morale, je m’en f… !

      • Il eût été plus séant de ma part de dire : « rien à cirer », mais j’ai crains qu’on me prît pour une ex-Première Ministre, ce qui eût, du même coup, allongé considérablement la liste de mes crimes, au-delà de ce que je puis assumer.

    • Zino, par maladresse de ma part, ma réaction à la réaction de Restif se trouve sous votre propre réponse, où elle n’a pas lieu d’être.
      …………………………………………………….
      Quant à votre réponse, je considére que notre engueulade, autour d’une table de bistrot et devant deux bières brunes (ou autres) et notre réconciliation consécutive, ont eu lieu virtuellement.
      Bien à vous.

  33. Ce qu’il faudrait, pour être citoyennement vigilant, pour échapper aux miasmes immondes des esprits forts qui contaminent le net – mais heureusement Zorro domonkos l’attentif est là, l’œil ouvert sur les déviants – c’est ne vendre ces fameux pamphlets, une fois qu’ils auront été édités entourés d’un bon milliers de pages qui expliqueront quel tas de bouse immonde vous tenez entre les mains- ce qu’il faudrait donc, c’est prendre l’identité et l’adresse de l’acheteur et, 6 mois après, le faire revenir pour bien vérifie par examen sur table qu’il les a lus ces fameuses bandelettes protectrices. Vérifier qu’il à l’haleine rose doctrinaire des consciences bienheureuses de l’idéologue nourrie à la soupe de ce qu’il faut dire, bien calé dans sa moraline, parce que sinon, vous risquez d’avoir des affreux méchants, des pas fréquentables, qui les sauteront allègrement oh qu’allègrement,vos fronces protectrices pampers anti -fuites miasmatiques Qui refuserait n’aurait pas le droit de les acheter. Qui répondrait mal à l’examen ne lirait plus que sur liste pré-établie. Et enfin, enfin, Herr Domonkos sera heureux! Les « ces fameux esprits forts [pas]aussi mithridatisés qu’ils le croient  » risquent d’arriver à passer entre les gardiens de l’ordre littéraire, je vous en préviens. Mais bon, il faut espérer qu’on aura bien noté leurs noms avant… Il faudrait parler de ceux qui verbiagent à coms que veux-tu pour accuser les autres d’avoir des idées de derrières la tête pas très saines (et ça j’apprécie pas du tout) et leur dire que, après tout, ils gueulent beaucoup pour des ceusses qui pleurnichent à l’idée qu’on puisse pleurnicher. Moi je pleure (non) en lisant le Théâtre de Sabbath de Roth à l’idée que vont en penser les palestiniens. Je sanglote en évoquant les lecteurs de Solal et autres Cohen qui n’ont pas une pensée pour Gaza. Mais eux, hein…on s’en fout. On s’en tartine l’entre-fessier des palos,des palos d’aujourd’hui, de maintenant,…
    Bon, blague à part je suis aussi pour cette édition critique, bien persuadé qu’elle sera parfaitement inutile. Mais que de symboles sont inutiles…

    Je vous aime bien Domonkos, et vous le savez. Cette réédition armée je suis pour mais je la pense inutile. Je la pense inutile pour des raisons déjà exprimées et qu’il serait fastidieux de redire avec appareil de notes stylistiques et moult citations. Mais là, vous allez un peu loin avec vos « esprits forts », vous m’avez échauffé l’encre. Sur l’art, j’ai cru lire mon pastiche placé juste avant vos diatribes sur propagelefeu. Puissiez-vous me pardonner si je vous ai un peu égratigné le derme.
    Ma position au fond est bien plus simple : il est trop tôt pour les pamphlets, il faut continuer d’interdire. Les gens (enfin certains mais en nombre suffisants) n’en sont pas là où j’espère en être. Où ça? Je laisse la parole à Giono dans sa préface aux « Commentaires » de Blaise de Montluc : « Montluc homme de sang » dit Michelet. Pas plus que Duras, pas plus que Coligny , que Joffre ou Staline. Pas plus que n’importe lequel de nos contemporains, comme tout homme en guerre de religion. Ces sortes de guerre se réclament de l’esprit, mais sont plus que d’autres des combats d’insectes. Pour bien en juger, il faut être indifférent en matière de ce qui les anime, insensible à l’alcool que distillent l’une et l’autre des sectes affrontées., sans boire au calice d’une troisième. »

    • Eh bien, me voilà classé et remis à ma place : je suis le Bidochon de ce blog brumesque (même pas le chien des Bidochon qui, lui au moins, est capable de lire Kant, contrairement à moi).

    • Ayant le sentiment plus ou moins véridique, ami Restif, que votre rebuffade de Demonkos me vise aussi par ricochet, j’ose vous faire remarquer que vous supposez trop de solide bon sens chez le lecteur contemporain en le supposant cuirassé contre la logorrhée célinienne contra Iudaeos. Notre époque post-postmoderne ne remet-elle pas au goût du jour les pires des vieilles lunes mystico-irrationalistes provoquées par la longue crise moderniste de l’Eglise et qui étaient tombées au niveau des assignats de l’an IV dans les années 80, en réimprimant les samizdats de l’abbé Georges de Nantes, en rééditant les livres de René Guénon, en reproduisant et en traduisant la production non académique de Jean Hani ? Des lubies aussi effroyables dans leur portée concrète que la spiritualité crypto-chrétienne du travail (les fameux ‘métiers de Dieu’), la restauration autoritaire de la monarchie de droit divin sur fond de nostalgie de l’Ancien Régime, ce parent pauvre de notre ‘discours national’, ont débordé depuis longtemps du Salon beige pour s’étaler en marge des livres de Lorànt Deutsch, Eric Zemmour, et des auteurs estampillés Egalité & Réconciliation. Et vous voudriez, Restif, que le Céline des pamphlets ne soit plus d’une dangerosité actuelle ? Pauvre Voltaire, dont l’imprécation « tremblez que le jour de la Raison n’arrive ! » n’est pas près de se réaliser…

      • Ahem… (toux gênée). D’abord, avant toute chose, je me dois de vous assurer Domonkos que jamais, de près ni de loin, je ne vous ai assimilé à un « Bidochon ». Votre sensibilité, votre délicatesse, votre humour, votre capacité à vous remettre en question et votre goût si proche du mien en littérature -toutes les littératures- font de vos interventions autant de morceaux que je lis toujours avec un vif plaisir. J’ai bien des défauts -dont celui d’être un peu prompt du clavier quand je me sens visé, peut-être à tort (les fameux « esprits forts non mithridatisés)- mais je n’ai jamais été un flatteur. Tout ce que je vous écris ici, je le pense profondément. Et votre si attachante personnalité, enfin ce qui en transparaît ici, votre sens du partage culturelle, sont pour moi infiniment plus important que de savoir si vous avez lu Kant. Ce qui n’est pas bien difficile, avouons-le, parce que le fait que vous n’ayez pas lu Kant ou le Doktor Gottesdassein n’est d’aucun poids, pas même impalpable, à mes yeux. Oh j’aime parler philo oui, avec des passionnés qui m’apportent quelque chose. Au moins l’échange, souvent bien plus. Que vous ne soyez pas un passionné de cette discipline, quelle importance? En toute gentillesse, je vous le dis parce que vous le savez : vous faites un petit complexe touchant une certaine forme de la culture, et ce à mon grand étonnement parce que, quand on a autant de bagages que vous, une plumes capable d’émouvoir grandement comme nous le ressentîmes plus particulièrement, tous, un jour que NOUS étions en veine de vous voir en épanouissement, vous exprimant avec tant de nuances, de profondeur de touches, et bien quand on a tout ça on a pas de complexe à avoir. J’ai écouté vos conseils sur les auteurs chinois et m’en suis bien trouvé, et que j’aime de vous voir apprécier T.Mann autant que Proust sans désavouer Howard! Quel spectre de lectures! Enfin voilà, mes excuses, mes excuses pour n’avoir pas su retenir certains brocards faciles. Vous valez tellement mieux que ça! Vous vous interrogez, vous vous posez la question éthique et ce débat vous lasse et vous énerve un peu. Moi aussi. Non, certes, vous n’êtes ni Bidochon ni Kador. Tenez, si je devais vous trouver un analogon iconique je dirais : le docteur Jeremiah Steiner, dans Corto Maltesse, pour son intelligence amusée. Et si vous y mêlez une saine foudre, foudre si juvénile qu’elle vous conduit à des formules que je réprouve et qui m’emportent au delà des mots, je ne voudrai cependant pas vous voir autrement.A aucun prix. Je vous respecte trop tel que vous êtes pour ça.
        Cher Neobirt7, merci de votre mot si amical. J’y répond dans le même esprit. Oui, il est possible que vous ayez raison. Je ne prétends pas détenir la vérité. Je me range donc à votre opinion, non seulement du fait de la grande estime et de l’amitié que je vous porte, mais tout simplement parce que vous m’avez convaincu. C’est vrai, j’ai parfois tendance à être naïf, à sous-estimer la stupidité méchante. Donc je m’incline devant votre sagesse souriante. Vous avez plus que moi l’expérience du poids des mots, mieux que moi vous connaissez la forces des textes et leur habileté à brûler. C’est donc bien la raison chère à Voltaire qui l’emporte. Cette fois-ci…

        • Pour en finir sur ce sujet, je ne demande pas (qui diantre suis-je pour faire montre de telles exigences ?) un énorme commentaire aux « polemica » céliniennes, il serait vain en ce qu’il refroidirait tout le monde hormis un minuscule cénacle d’universitaires, mais un appareil de science suffisamment étoffé, honnête quant aux enjeux profonds de ces textes à leur époque et de nos jours, tout en restant lisible, sous la houlette d’un expert peu suspect de complaisances secrètes envers la Droite dans ce qu’elle a eu de plus constamment rance, L’ondoyant et trop littéraire M. Tettamanzi ne répond pas à ce souhait. Je crois devoir donc maintenir une certaine satisfaction devant la reculade de Gallimard ainsi que devant les remarques peu amènes sur son édition dont se sont fendus un certain nombre de figures de la blogosphère ; puisse Dieu faire que le professeur de Nantes soit tant et tant discrédité quand Gallimard reviendra à la charge qu’il leur faudra jeter leur dévolu sur quelqu’un d’autre.

          • Je suis las. Las de cette discussion qui ne méritait peut-être pas qu’on y rajoute une couche. Je vous ai rejoins parce que je me méfie des hommes qui veulent absolument avoir raison tout seul sur pareil sujet. Il n’empêche : je ne crois pas à l’efficacité, à l’utilité de l’édition dont vous rêvez. D’ailleurs, sans prétention, avec l’aide d’un célinien estampillé « millésime Destouche de plus de vingt ans » histoire de faire bien, sérieux, crédible,je vous la ferais, moi, cette intro. J’y rappellerai quelques vérités historiques, quelques dates, quelques lettres aussi, qui étaient des articles masqués envoyés par Céline pendant l’occupation. J’y parlerais même de sa Correspondance et de ce qu’en cite M. Faurisson. Croyez-moi, après ça, l’antisémitisme de Céline non seulement ne ferait plus le moindre doute mais je crois qu’il ferait encore plus horreur. Mais. Je pense plus simplement que la veuve Destouches à raison : il est trop tôt. nos débats ici-mêmes en sont la preuve. Votre édition sera parfaitement inutile comme pare-feu. Par contre, elle sera un signal fort. De quoi? Voilà la question, voilà le danger. Trop de haines, trop de disputes, trop de vagues mauvaises. Gallimard veut faire une bonne affaire, voilà le petit secret minable caché derrière cette histoire . Et il est prêt à réveiller des passions qu’on voit êtres bien mal endormies.
            Quant à la question de la censure, c’est une blague : on trouve très facilement ces textes comme je l’ai prouvé en aidant un peu zino sur Bagatelles, comme j’aurais pu le faire aisément avec les autres textes. Alors, la censure…
            Je n’ai plus l’intention de revenir sur ce sujet qui me donne fortement envie de partir. Envie seulement. Pour l’instant.

    • Je l’avais lue, et j’ai failli me précipiter chez mon bouquiniste pour revendre mon diptyque pléiadesque et bernanosien, mais bon, trop tard ! Le mal est fait. On ne peut effectivement qu’encourager les amateurs de Pléiade à y aller voir, s’ils ont l’âme forte et peuvent supporter de voir leur idole recevoir une volée de bois vert.

  34. Personne n’a commenté le programme d’œuvres de Kierkegaard que la Pléiade va sortir. Moi, je n ‘y vois qu’un seul défaut, mais important : mettre les « Miettes philosophiques » sans y ajouter le très important « Post-scriptum aux miettes philosophiques », d’ailleurs (l’humour kierkegaardien) beaucoup plus long que les « Miettes » mêmes, ce qui pourrait expliquer mais non justifier son absence. D’autres ont-il aperçu quelques défauts dans ce programme. Combien comptent l’acheter -et le lire- ce coffret ?
    Sinon, j’attends le tome 1 des œuvres romanesques complètes de Giraudoux (c’est la faute à monsieur Moury qui nous a fait connaître un site giralducien bourré de citations bougrement intéressantes), et je suis également en positon de patience pour les 3 volumes de l’œuvre de Tourgueniev, enfin dénichés à prix correct. 30 euros le volume, 25 pour Giraudoux, 32 avec le port. IL va falloir que je me calme sérieusement, surtout que ploutos risque d’avoir un temps couvert si le malheur du tripalium se concrétisait. Bah, on survivra! L’édition Pléiade des nouvelles de James est excellentes, j’ai enfin les 4 depuis que j’ai déniché le tome 1 (le seul acheté d’occasion) et je peux me faire une vision d’ensemble : très bonnes traductions (Dieu sait que pour James ce ne fut pas toujours le cas, et c’est un euphémisme), notation point trop abondante mais existant là où elle est nécessaire. Il n’ y a que sur les notices que je pourrais tatillonner, on m’y dit des choses que j’ai bien su voir par moi-même. Mais c’est là péché véniel.
    A la lecture, impossible de lire 5-6 nouvelles de suite. C’est deux, trois maximum. James est très subtil, il a un tempo tout a fait particulier, d’apparence lente parce que les événements passent pas de petites choses, quelques rendez-vous, des réflexions en focalisation interne, des dialogues. Sa description est du très grand art, les personnages n’ont jamais droit à une description physique -en tous cas dans les nouvelles des tomes 3 et 4 – pourtant, on les voit ! Une œuvre superbe de subtilité, raffinée, intelligente, peu sensuelle, d’avantage cérébrale, un très grand vin qui se goûte à petites gorgées – en ce qui me concerne.

  35. Un bouquiniste parisien m’a fait découvrir tout récemment ce site que peut-être vous ne connaissez pas : La Chasse Aux Livres. C’est un comparateur de prix entre des dizaines de sites (amazone eBay priceminister abebooks etc etc) pour un livre que l’on voudrait acheter. Très intéressant. Peut-être cela pourra vous être utile à faire de bonnes affaires !

  36. Je reviens sur la question du volume de Malherbe de 1971, « gadin historique » de la collection selon les termes de Brumes. J’ai eu la surprise de le (re-)trouver récemment, dans une boîte blanche illustrée, et non pas avec les traditionnelles jaquettes. Or, les boîtes blanches ne sont apparues à ma connaissance qu’en 1986. Cela signifie-t-il selon vous que Gallimard, devant l’insuccès du volume, a fait « rhabiller » ses stocks après coup (et détruit des jaquettes en masse), ou bien que c’est une conséquence de la pratique consistant à faire imprimer les livres sur le papier, mais de ne les faire relier et conditionner que peu à peu par Babouot à Lagny, ce qui implique alors que mon volume portant la date 1971 n’aurait en réalité été relié que 15 ans plus tard ? Suis-je le seul ici à avoir un Malherbe 1971 en boîte blanche ? Et finalement, lequel dois-je garder de mes deux exemplaires, si je suis pris entre les deux impulsions contradictoires d’avoir une édition originale vraiment originale et d’avoir sur mes rayons un paradoxe temporel (plus esthétique de surcroît) ?…

  37. Bonjour Chardin, j’ai comme vous 2 emplâtres des Œuvres de Malherbe avec les 2 différentes couvertures (carton léger illustré et emboîtage blanc) mais pour mes exemplaires, dans les 2 cas, c’est le même tirage de 1971. Comme par exemple pour les Essais et Mémoires de Yourcenar, la Pléiade reprend les volumes invendus (dans le cas de Yourcenar il y en a eu beaucoup !) et les recondionne. Différent par exemple des Misérables 2028 où le cartonnage signale dans ce cas une toute nouvelle édition. Manière de packaging littéraire !

    • Merci Tigrane… Vous avez donc gardé les deux…

      Quant à la coquille, on ne dira jamais assez le potentiel poétique des correcteurs orthographiques des téléphones (cela aurait enchanté Perec s’il était encore parmi nous).

      Heureusement, d’ailleurs, que j’écris pour ma part depuis un ordinateur vétuste dépourvu de correcteur orthographique, ce qui m’épargne d’encourir le risque d’une correction sur le mot « coquille » et qui me permet de dire sereinement que mes coquilles sont les miennes !

      Vais-je moi aussi garder les deux ? Je m’interroge.

  38. Merci pour l’adresse, Tigrane.

    Deux remarques toutefois :
    – mon esprit chagrin et méfiant m’a appris que TOUS les comparateurs de prix sont l’émanation de sites commerciaux qui privilégient donc leur site par rapport à d’autres (parfois de manière subtile),
    – à supposer que ce ne soit pas le cas et que ce comparateur soit le fait de passionnés, il ne peut structurellement prendre en compte le prix de vente réel sur les sites d’enchères (qui constituent pour ma part l’essentiel de mes sources d’approvisionnement), puisque ce prix n’est fixé qu’à la fermeture de l’enchère.

    Mais merci quand-même, tout ce type d’information est bon à prendre.

    Pour une fois que je trouve quelqu’un qui s’intéresse aux aspects « bassement matérialistes » : ebay permet de comparer les prix de vente réels a posteriori, soit lorsque les ventes ont été conclues soit lorsqu’elles sont terminées sans trouver preneur (ce qui est plutôt le cas des ventes à prix fixe). Je trouve que cela donne une assez bonne idée du « prix de marché moyen » ; on y voit par ailleurs d’amusantes aberrations, comme des prix variant dans un rapport trois pour des ouvrages strictement identiques dans le même état.

  39. J’ai découvert « La chasse au livre » ll y a peu (vous avez été plus « partageux » que moi, plus rapidement. Merci!) C’est effectivement très utile mais il faut savoir que tous les sites de ventes de livre n’y sont pas, et que ce n’est pas toujours à jour. Ça reste très bien.

  40. Quelqu’un a-t-il une opinion concernant le Faust de Goethe dans le volume « théâtre complet »? De qui est la traduction (sur le site de Gallimard il y a une dizaine de noms pour ce volume…) Est-ce seulement le premier Faust?
    Question subsidiaire, que penser de la traduction de Lichtenberger publiée dans les années 30 chez Montaigne et que je viens de trouver à très vil prix sur un marché aux puces?

  41. J’ignore. Mais moi j’ai celle d’un certain Jean Malaplate pour les 2 Faust. Pas mal, mais je ne suis pas germaniste. Là encore, quelqu’un connaît?

    • Si vous arrivez à dénicher le Goethe des années 40, le premier Faust est dans la traduction de Nerval et la préface du volume est de Gide.
      @Tigrane : 650 volumes ! Félicitations. Vous les avez quasiment tous ? Et tous lus ?

  42. Programme des parutions du second semestre 2018 communiqué aux libraires.

    Septembre 2018

    – Jean d’Ormesson, Oeuvres tome II ( + les 2 volumes sous coffret )

    – La Bible, coffret 3 volumes ( Ancien Testament, 2 vol. + Nouveau Testament, 1 vol.)

    Octobre 2018

    – Franz Kafka, Récits et nouvelles [ = Oeuvres complètes tome I, nouvelle édition ]
    – Franz Kafka, Romans [ = Oeuvres complètes tome II, nouvelle édition ]
    + les 2 volumes sous coffret

    – Collectif, Lais du Moyen Âge

    Novembre 2018

    – Daniel Defoe, Robinson Crusoé, tirage spécial.

    ( et moi j’attends toujours Flaubert IV et V … )

  43. Bonsoir,

    Merci pour vos échanges de grande qualité que je lis régulièrement. Concernant les comparateurs / moteurs de recherche, j’utilise vialibri qui me semble être le plus performant. Pour avoir échangé avec les libraires, eux utilisent plutôt addall. Pour ma part, je trouve le premier plus facile d’emploi et mieux adapté à la recherche de livres d’occasion ou anciens. Votre avis m’intéresse. Merci, César

  44. La parution des Œuvres de Kierkegaard complète et termine le programme des parutions annoncées dans le catalogue analytique de 1989. Celui-ci prévoyait d’ailleurs généreusement 3 tomes (pour avoir la place d’inclure le Post-scriptum si cher à Restif?!) et annonçait un programme incroyablement audacieux et résolument tourné vers l’Orient et les littératures extrêmes-orientales. Les 3 tomes des Mille et Une Nuits, les Penseurs confucéens, la Pérégrination vers l’Ouest, le Ramayana, le Théâtre de l’Inde ancienne (sobrement nommé alors Théâtre Sanskrit), Somadeva (son titre prévu était alors «Océan de la rivière des contes»!) et les 2 volumes de Ibn Khaldun y étaient déjà annoncés et donc aujourd’hui réalisés. Les volumes des Voyageurs arabes, des Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois et Au Bord de l’eau n’étaient pas prévus en 1989. Mais aussi était prévu les Œuvres de: Akutagawa, Écrits de la Mésopotamie ancienne, Roman de l’investiture des Dieux (2 volumes), Saïkaku, Sôseki, Tagore, Théâtre Kabuki, et même un volume des «Traités sanskrits du politique et de l’érotique (l’Arthasastra et le Kamasoutra» ( je cite exactement le catalogue analytique!). On trouvait encore l’annonce de plusieurs auteurs qui (pour l’instant?) ne seront pas publiés dans la Pléiade : 2 volumes du Cabinet des Fées, Laforgue («Œuvres poétiques complètes»), 3 volumes d’Œuvres de Leibniz (on prévoyait large décidément en Pléiade en 1989! 3 volumes!!), les Moralistes français du XVIIIème siècle, le second volume des Orateurs de la Révolution française et des Essais de Montherlant (victime de l’oubli des lecteurs?), le Manuscrit trouvé a Saragosse de Potocki et les Œuvres de Xénophon. Un grand regret (pour moi) c’est l’annonce en 1989, de 3 (oui 3!!!) volumes des Œuvres de Gorki. On peut aussi ajouter les tomes 4 et 5 des Œuvres poétiques du Père Hugo… Le «Théâtre complet et poésies» de Brecht était annoncé lui aussi en 3 volumes! Ainsi qu’une curieuse «Anthologie des poètes du XVIIème» en 1 volume, des poètes français j’imagine? Les 4 Anthologies bilingues aujourd’hui parues étaient mentionnées mais pas l’Anthologie française! Ainsi que l’Anthologie (non bilingue) de la poésie chinoise. Enfin des séries d’Œuvres à multiples volumes en cours de publication étaient annoncées : Aristote (3), Œuvres diverses de Balzac (3), Œuvres complètes de Flaubert (4 avec la mention «nouvelle édition»), de même pour Musset et Vigny (3 avec la mention «nouvelle édition») et 3 volumes aussi pour les Œuvres romanesques complètes de Nabokov. Encore une curiosité: les «Œuvres philosophiques complètes» de Nietzsche étaient prévues en 5 volumes (généreuse Pléiade 1989!!!) Voilà un petit panorama rapide de l’évolution de la Pléiade à commenter et corriger (j’ai dû commettre bien des erreurs et oublis!!) PS: j’ai bien cherché dans ces 4 pages d’annonces et je n’ai pas trouvé mention des Œuvres de Jean d’Ormessson, oubli coupable largement réparé en 2018 à ce qu’il semble à la lecture du message de Luckas!! Ouf!
    PS au PS: je pensais certain (d’après ses éditeurs) qu’en 2018 serait publié les Sonnets et œuvres lyriques de Shakespeare. Retardé peut-être… à surveiller!

  45. Par curiosité, j’ai jeté aussi un rapide coup d’œil au catalogue analytique de 1986. Il annonçait déjà cette «Anthologie de poésie française du XVIIème siècle» (c’est donc bien une anthologie française qui était prévue suivant le modèle des «Poètes du XVIème siècle» j’imagine), Aristote, Brecht, Hugo, les Moralistes (2 volumes aussi), le fantôme des Orateurs de la Révolution (2 volumes) et Vigny. 2 détails intéressants: les Œuvres de Queneau devaient compter 4 volumes et Zola devait avoir un volume de «Romans de jeunesse» (pour inclure Thérèse Raquin?) mais qui s’est transformé en Contes et nouvelles – oubliant Thérèse décidément muette et sacrifiée même en Pléiade!

  46. Peut-être cher Tigrane avaient-ils effectivement prévu au départ d’inclure le « Post-scriptum aux miettes philosophiques », et cela eut été fort logique, Les miettes et leur Post scriptum ne sont-elles point deux œuvres signés Climacus ? De plus les références à l’esthétique et la condamnation de celui-ci qui n’est qu’une « illusion » face la perspective éthico-religieuse trouveraient des échos avec « Ou bien, ou bien » et plus encore avec « Craintes et tremblements » pour les propos sur la religion. Ils auraient pu compléter le volume avec un extrait choisi des pages du Journal.
    Ce qui m’intéresse le plus, c’est la nouvelle du coffret Kafka. Je me suis toujours refusé à acheter l’édition Pléiade actuelle parce que je trouvais les traductions à refaire, quelles qu’aient été leur utilité à l’époque. Par contre, l’ancienne édition faisait 4 volumes, Gallimard a-t-il l’intention de ne pas rééditer le Journal ni les lettres à Miléna et autres correspondances ?Ça m’étonnerait, il y aura probablement 2 coffret, mais je puis me tromper.. E sera intéressant à observer. Ce qui me désole, c’est de ne pas voir de retirage du tome 1 de Boulgakov. J’ai la plupart de ses textes mais il y a dans cette édition non seulement tous les contes et nouvelles mais aussi des articles qui m’intéressent tant il est vrai que je tiens Boulgakov pour l’un des écrivains majeurs du vingtième siècle, l’un des trois ou quatre au sommet de l’affiche, aussi stupide soit ce genre d’extrapolation très subjective. J’ai beau avoir toutes ses nouvelles et le tome 2 de la Pléiade, autant dire presque tout Boulgakov, ces articles me manquent. Au fait, je félicite ceux qui ont fait ce tome deux, sur le théâtre c’est impeccable. Ils ont même mis « Batoum » ! Il faut lire « La fuite », notamment, pièce étonnante, et d’une audace pour l’époque ! Je pardonne beaucoup de choses à Gorki, qui a si mal fini, pour sa défense de Boulgakov. Et puis n’oublions pas l’époque ou Victor Serge l’avait surnommé « Le grand intercesseur », tant il tentait de sauver de gens, lassant Lénine. Après…chantage stalinien sur les droits d’auteurs, peur de la pauvreté… Et il a peut-être été assassiné, c’est du moins ce qu’avance Simon Montefiore dans sa magistrale biographie « Staline, à la cour du tzar rouge ». Mais je ne puis comprendre que depuis plus de vingt ans on ait toujours pas fait un retirage du tome 1 !
    Je me demande qui traduira Kafka… Lortholary ?

    • La nouvelle traduction de Kafka est signée Jean-Pierre Levebvre, qui a donné les volumes Zweig.
      Beaucoup a été dit sur l’historique traduction Vialatte. Les vialattophiles (dont je fais partie) savent à quel point la vision qu’avait Vialatte de Kafka est originale et intéressante, mais pour couper court à toute polémique, il est bon de lire un article sur sa traduction « personnelle » de la métamorphose dans le recueil « Vialatte et l’imaginaire » publié par l’université Blaise -Pascal. Les exemples concrets abondent et il n’aurait aucun sens de jeter le bébé avec l’eau du bain ni de dire que c’est une traduction parfaite.

      Je suis heureux de voir que le Moyen âge n’est pas oublié. Ces « Lais » se vendront sans doute moins que JdO… Cette entreprise avait échappé aux radars me semble–t-il… Je n’en avais en tout cas pas encore entendu parler.

  47. Il n ‘est pas question de condamner Vialatte en bloc. Comme pour « Le gai savoir » de Nietzsche, j’ai beaucoup apprécié ses traductions, il fut mon passeur. Mais il est temps de renouveler.Quand je vois dans La colonie pénitentiaire (« Dans le colonie P…  » traduit Lortholary, et ce n’est pas la même chose ) qu’il omet de traduire le mouvement du soldat qui s’agenouille, ce que n’oublie pas Lortholary, il y a bel et bien problème au niveau de l’interprétation symbolique de ce morceau, de la nouvelle même. Je possède La phénoménologie de Hegel par Lefèbvre et …disons que j’espère qu’il est meilleur littéraire que philosophe en traduction.

    • Oui, les traductions de Vialatte sont problématiques parce qu’elles sont d’un côté géniales dans le rendu en langue française, mais on y trouve aussi des erreurs et des oublis qui n’en font pas des références absolues (d’ailleurs aucune traduction ne peut avoir ce statut). Mais si la nouvelle traduction n’est pas parfaite sur le plan du respect du texte et belle à lire, ça risque de devenir encore plus problématique de lire Kafka en français.

      • Le même problème s’est posé avec les traductions d’Edgar Poe par Baudelaire et Mallarmé. Certaines erreurs de traduction sont devenues célèbres comme les fameux « poissons d’or » de Baudelaire traduisant littéralement goldfish , qui signifie tout bonnement poisson rouge en français. Mais cela ne rajoute-t-il pas une touche de mystère ?

  48. Cette collection sent le sapin :
    – en 2017, 11 titres nouveaux : Tournier, Luther, De Staël, Roth, Faulkner, Balzac, Verne, Perec (2) et Cendrars (2), dont 4 nouveaux auteurs (Tournier, De Staël, Roth et Perec)
    – en 2018, seulement 7 titres nouveaux : Les lais du MA, D’Ormesson, Stevenson, De Beauvoir et Kierkegaard, dont 2 nouveaux auteurs (qui ne m’attirent qu’à moitié mais ce n’est qu’une opinion personnelle…) Par contre on a le droit aux nouvelles éditions, aux coffrets (Tolstoï, Saint-Ex…) et au tirage spécial (Defoë). Le tout donnant le sentiment d’une collection qui ronronne trop et qui mériterait de voir naître un concurrent (autre que Quarto, qui ne s’est jamais rendue compte qu’elle appartenait elle aussi à Gallimard et publiait trop souvent les mêmes auteurs). Tout ceci est un brin décevant et permettra seulement de rattraper les innombrables manques de la collection (qui aura péri d’ici là) en 2128…

    • Excellent diagnostic. Ne reste qu’à stopper les vaines tentatives de réanimation et prononcer l’heure du décès.

      Mes sincères condoléances à la famille, aux derniers amis de la défunte, ses anciens admirateurs, les Gardiens du Temple déserté.

      Résignons-nous à cette perte.

      « Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain, et dans une seule mort faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines.(…) la vie n’est qu’un songe, la gloire n’est qu’une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu’un dangereux amusement (…) Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s’il faut des coups de surprise à nos coeurs enchantés de l’amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! »

      « Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut (…) de toutes parts ; on trouve tout consterné (…). Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la mort. (…) tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l’accomplissement de cette parole du prophète : le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d’étonnement. »

      (Comme Caminos, je m’occuperai de combler les trous de ma collection ; à raison de deux ou trois cents volumes manquant à l’appel, cela me conduira bien à l’heure de ma propre disparition. Et jusqu’à ce terme, je chérirai et entretiendrai le souvenir de cette Belle Dame du Temps Jadis.)

  49. Et moi qui me posait une question -devenue bien futile désormais – quelle serait la couleur des volumes pour le XXIe siècle ? Il n’ y aura sans doute pas de couleur puisque la collection disparaîtra. Celle du noir, du deuil sans doute ? R I P (Rien in Pléiade)…Notre cher hôte n’est plus intervenu depuis plusieurs mois. C’est un signe.
    Reste à partir à la recherche des anciens volumes de la grande période 1960-1998 que nous n’avons pas encore chez les bouquinistes…

    • Ha ha ha ! Question pertinente. Le noir du deuil lui siérait, certes, mais je parierais plutôt pour une couleur bien flashy, histoire de « moderniser » l’apparence de la vieille Dame…
      Un peu comme la multiplication des coffrets affriolants, qui ressemble bien à un relookage désespéré, et qui correspond, en marketing, aux soins palliatifs.

      Ha ha ha ! derechef. Prenez ce propos pour ce qu’il est : celui du viei homme amer qui sent sur sa nuque le muffle de la camarde et qui voudrait voir le monde – enfin, soyons modeste, cette petite représentation du monde qu’est la Pléiade – disparaître avec lui…

      …………………………………………..

      En guise de flèche du Parthe : croyez-vous vraiment que le XXIème siècle va produire des écrivains à la hauteur de leurs grands prédécesseurs ? En fin de compte, la Pléiade ne mourra peut-être pas en apparence : elle mourra, sans que cela se voit, en se changeant en autre chose ; cela portera le même nom, gardera les mêmes caractéristiques extérieures, mais quant au contenu !…
      Rien ne meurt, tout se transforme. Métamorphose déjà bien entamée : le papillon est en train de se transformer en chenille.

  50. Cher Caminos je vous trouve un peu dur avec votre résumé des parutions 2018. Je n’en suis qu’à un gros tiers des Misérables mais cette édition est beaucoup plus intéressante que la précédente. L’annotation est plus sérieuse et le relevé des variantes entre le texte final et la préoroginale et le manuscrit m’interresse beaucoup. C’est ce que j’attends d’une Pléiade ! Vous oubliez aussi les 2 volumes Kalfa qui vont (peut-être ?) nous donner un texte plus proche de l’original à lire et cette fois justifier l’achat. Enfin je pense qu’il y aura encore un volume supplémentaire: je persiste à miser sur Shakespeare et je m’étonne de l’absence en 2018-1918 de la nouvelle édition des Poèmes d’Apollinaire. William ou Guillaume ? Mais sans doute ne suis-je qu’un incorrigible optimiste… C’est possible….

    • Pour ma part, j’attendais Sôseki avec impatience ! Son absence au second semestre ouvre la voie à l’espérance folle d’un album au printemps 2019 et d’un coffret…
      Néanmoins, je suis heureux de la parution des nouveaux Franz Kafka, des Lais du Moyen Âge (qui complèteront l’achat futur des Lais bretons (XIIe-XIIIe siecles) chez Honoré Champion), du Stevenson III, et de Kierkegaard par Boyer (merci à lui pour les traductions des Sagas, d’Ibsen, de Tarjei Vesaas et Laxness – en Pléiade un jour j’espère…).
      Si Will et Wilhelm viennent en sus, je suis un être heureux.

  51. Je remarque deniziotjimmy que le Castor n’a donc pas vos faveurs…. À part son oubli, je suis bien d’accord avec vous ! Et Sôseki sera le bienvenu ! Cela fait des années que cette nouvelle Pléiade Apollinaire est en chantier (hélas retardée par la mort du délicieux Michel Decaudin) et je pensais judicieux qu’elle paraisse en 1918 (ah ah ah!). Et que font-ils des 2 volumes Flaubert ??? Manuscrits rendus il y’a des lustres… patience et mystère…

    • Son absence n’est que le résultat d’une méconnaissance de son œuvre – je ne prends pas son entrée en Pléiade en mauvaise part, bien au contraire !
      Si l’achat de deux volumes d’auteurs que je ne connaissais pas ne m’a jamais rebuté (le Théâtre élisabéthain, Ramuz, Vargas Llosa, Au bord de l’eau, Claudel… on le voit, je suis friand des coffrets – même si mes Pléiade ne dorment pas toujours dedans !), cette année je dois serrer les cordons de la bourse…

  52. Bon, redevenons sérieux quelques instants et mettons les mains dans le cambouis.

    L’année Pléiade 2018 selon nos informations actuelles, peut se diviser en trois parts :

    – Les reprises de volumes sans changement, mises en coffret. Mieux vaut retenir ses larmes et se taire.

    – Les rééditions refondues : Misérables, Kafka I et II (hypothèse optimiste). Bien. Estimable entreprise. Mais il ne s’agit tout de même pas de véritables nouveautés venant enrichir le catalogue Pléiade, plutôt remise au goût du jour de valeurs sûres.

    – Les nouveautés : Stevenson III. Bravo ! Mais, tout de même, Gallimard avait une dette à l’égard de ses fidèles lecteurs, ce Stevenson III, tardif, ô combien, il le leur devait bien.
    Kierkegaard, Les Lais médiévaux. Oui, oui, oui ! Ce sont les seules très bonnes, excellentes, nouvelles de l’année.
    Jean d’O je n’en dirai pas plus que ce qui a déjà été mille fois dit ; et Simone de B…
    Franchement, les bras m’en tombent quand je vois monter dans le ciel de Brumes les pétards de feux d’artifice pour célébrer la venue de cette dernière… Est-ce sérieux ? Bien la peine d’accabler d’indignité Marguerite Duras à toute occasion, pour chanter les louanges du Madame de Beauvoir… J’aurais compris il y a trente ans de cela, à la rigueur, soumission à la mode du temps, mais aujourd’hui !

    Voilà. C’était le diagnostic du docteur Domonkos : pour lui, le malade est perdu ; mais tout espoir n’est pas perdu, il faut tenir compte des improbables rémissions et puis, comme on dit, de nos jours la médecine fait sans cesse des progrès foudroyants. Ne pas hésiter à prendre l’avis d’autres médecins, peut-être plus au fait des dernières découvertes.

    • Dérisoire ! Dérisoire que ces problèmes n’aient pu être résolus, au vu de l’importance de l’enjeu : une édition complète et sérieuse au moins des oeuvres romanesques et des oeuvres poétiques de ce monument des lettres françaises (et mondiales) ! Que l’actuelle direction reste bloquée sur une situation vieille de 40 années, dont la plupart des protagonistes sont disparus, qu’elle ne se rende pas compte que ce Hugo hémiplégique face à des D’Ormesson diserts, Roth radoteur, Kundera qui nous ressasse ses histoires d’amourettes, London qui écrit comme un pied, etc. (j’en omets une bonne pincée pour ne pas me fâcher avec tout le monde) est déshonorant pour la Pléiade.
      Franchement, ces relents de basse cuisine me font monter la moutarde au nez, et, vu le niveau auquel se décident les parutions de la Pléiade, l’envie me taraude de plus en plus de tourner la page et le dos.
      Tant mieux s’il subsiste encore deux, trois ou quatre volumes de valeur par an, au milieu d’un océan de médiocrité, mais cela ne suffira pas à maintenir le prestige de la collection pas même à entretenir l’illusion.

      • Demonkos, cette situation d’une pincée de bon grain annuel noyée dans une moisson d’ivraie
        est demeurée l’ordinaire de la Pléiade jusqu’à son tournant érudit des années 60 (Rousseau). Pour un bon volume signé Maurice Allem en littérature française, combien de méchants tomes bâclés par Maurice Rat (Molière, etc) ou F. Baldensperger (Vigny) ? Je pense ici aux honorables éditions Allem de la poésie de Musset (1957 : 600 pages de texte, 320 de notes et variantes, ce qui était vraiment très généreux) puis du théâtre du même (1958 : 1180 p. allouées au texte contre 480 à l’appareil scientifique). Il ne fait aucune doute que la période savante de la Pléiade tenait de l’anomalie, ou l’épiphénomène ; comparez les propos de l’héritier du groupe Slatkine à propos d’Honoré Champion et des publications de pure édition (https://tinyurl.com/y8n6y476). Je n’admire, ou n’envie, donc point Tigrane et, horresco referens, Onfray de posséder presque tout de la Pléiade même au titre d’outils de travail, tellement les non-valeurs sont nombreuses, caractérisées et quelquefois honteuses dans cette collection ; comme le bon Chrysale des Femmes savantes, l’érudit discriminant, ou le véritable connaisseur, serait plutôt celui qui détient, physiquement comme en esprit, les volumes les plus marquants d’icelle (« Hormis un gros Plutarque à mettre mes rabats, / vous devriez brûler tout ce meuble inutile »).

        • Cher Neo-birt7,
          Si vous aviez le temps de passer sur propagerlefeu.fr pour nous dire ce que vous reprochez à l’édition Pléiade de Molière… Et nous suggérer peut-être une édition qui vous satisfasse plus ?

        • Je vous entends bien, NéoBirt7, et je ne suis d’ailleurs pas du tout nostalgique de la Pléiade des années 30, 40 et 50 (non seulement pour la pauvreté de l’appareil critique, mais aussi des choix qui sont aujourd’hui obsolètes ou incompréhensibles, la mode du jour faisait déjà rage).
          Pour une fois, je dois donc me féliciter d’avoir eu 20 ans en 1970 et d’avoir connu, au long de mes années de maturité (?) la Pléiade à son acmé.
          Je maintiens cependant que son actuel déclin n’est pas comparable à ses débuts : son parcours ressemble à celui d’une vie, en fin de compte, jeunesse avec ses progrès et ses errements, maturité et puis « naufrage de la vieillesse » auquel nous assistons (je ne crois pas à la sagesse du grand âge).

          • « Je ne crois pas à la sagesse du grand âge. »
            Ne dites pas cela ! Je mise beaucoup là-dessus.

  53. Un autre écrivain qui marche (j’ai déjà évoqué ici les pas joyeux de Kierkegaard) :

    « It is my practice, and ever has been, to walk quite alone. In my walks I collect my arguments, arrange my sentences, and utter them aloud. Eloquence
    with me can do little else in the city than put on her bracelets, tighten her sandals, and show herself to the people. Her health, and vigour, and beauty, if she has any, are the fruits of the open fields. The slowness or celerity of my steps is now regulated and impelled by the gravity and precision, now by the enthusiasm and agitation, of my mind ; and the presence of anyone, however dear and intimate, is a check and impediment to the free agency of these emotions. »

    Quelle beauté !

    La voix que l’on entend est celle de Démosthène, dans la conversation imaginaire entre lui et Eubulide.

    Sorry. Cela n’a pas de rapport avec la Pléiade. Et je ne sais même pas si Landor est traduit en France, connu, cela m’est égal.

    Fraternellement.

  54. Je viens de lire l’étrange article de M. Lindon sur Hugo en Pléiade. L’ai-je mal lu? Curieux de ne pas penser à simplement consulter le catalogue Pléiade en ligne… Suis-je le seul à avoir 4 volumes Pléiade d’Œuvres poétiques du père Hugo??!!! En regardant le tout, il ne manque finalement pas beaucoup de ses textes importants. Et les volumes en Bouquins et ceux de L’Intégrale suffisent à combler les trous. Pour les romans c’est autre chose, c’est vrai et c’est bien dommage…

    • Je ne trouve pas spécialement ‘étrange’ l’articulet de M. Lindon. A mon avis, il ne fait que compter en hors série la médiocre édition Pléiade de La légende des siècles et Dieu, où les variantes sont relevées avec dilettantisme et les notes exégétiques brillent par leur caractère arbitraire. Il est évident que ce traitement du grandiose cycle épique hugolien appartient à une sphère académique toute autre que les trois tomes d’Oeuvres poétiques réalisées par P. Albouy, où la documentation est presque trop abondante en particulier pour les Châtiments et les Contemplations.

      • L’édition illustrée Classiques Garnier 1974 de Hugo, « La Légende des siècles », avec introduction, chronologie et bibliographie (environ 75 pages) établies par Jean Gaudon , les notes (environ 100 pages) et l’établissement du texte par André Dumas, est très bien mais il y manque « La Fin de Satan » et « Dieu » dont dispose l’édition Jacques Truchet à la Pléiade 1950. Pour cette raison, cette dernière me semble supérieure à la Garnier, la complétude du texte l’emportant a priori sur l’apparat critique, à qualités universitaires égales.

        PS Quid de l’édition Hachette, collection « Les Grands écrivains de la France » en 6 volumes (1921-1927) établie par Paul Berret ? L’un d’entre vous l’a-t-il jamais eu entre les mains ?

  55. C’est vrai que cette édition Pléiade n’est pas la meilleure qui soit ! Lindon devrait quand même mentionner les 4 volumes ! Soyons précis ! Et comme l’écrivait le père Hugo:  » s’il n’en reste qu’un etc » !! Peut-être qu’en 2085, une nouvelle édition sera programmée !!!

  56. L’ennui est qu’il faut une culture proprement colossale, à la fois classique et journalistique, pour bien commenter le père Hugo (ou Chateaubriand ! on s’avise ainsi que l’édition Regard des « Oeuvres romanesques et voyages » de l’Enchanteur, malgré les faibles dimensions de l’appareil scientifique, cumule une large information avec un oeil perçant). On imagine peu André Guyaux s’y risquer, avec son mépris pour ce qu’il désigne impudemment de tropisme du petit fait, dans lequel, personnellement, je vois la patte du spécialiste chevronné. Je suis loin de retrouver cette dernière dans la nouvelle Pléiade des Misérables, avec son exégèse précise mais quelque peu hors sol. Il est vrai que j’admire certain commentaire récent à Plutarque de 626 p. in-octavo pour un peu plus de 1500 mots grecs et dont la bibliographie dépasse 1525 titres, tous excerptés et exploités dans le corps du texte. Sans aller à ces extrémités que méritent seulement quelques oeuvres techniques, si un expert hugolien est infoutu de livrer un Detailkommentar tant soit poussé, quid de ses qualifications ?

  57. Se pose aussi pour la Pléiade la question des écrivains à éditer maintenant. Si certains titres pour le moins étonnant on émergé, c’est certes parce que l’Amérique se vend bien (se vend-elle si bien que ça…. ) mais c’est également parce que les auteurs susceptibles d’être commercialement valable tout en restant de haute qualité littéraire se font rares. Trop tôt pour Pynchon, Et puis je ne sais trop pourquoi Garcia Marquez n’apparaît pas mais de fait les « munitions » littéraires vont venir à manquer. Une petite remarque sur ce que dit Domonkos de ces choix du passé qui nous paraissent terriblement démodés : ceux d’aujourd’hui apparaîtront eux-aussi en partie un jour obsolète. Encore avons nous échappé à Jules Romains! Il faudrait puiser d’avantage dans la littérature japonaise (que je connais fort mal) et plus aussi dans la Russe.(ce livre merveilleux qu’est Oblomov, Bielly,la poésie). Mais enfin les étagères de ce qu’il faut absolument éditer se dégarnissent, d’autant que Musil, Hermann Broch, T.Mann sont délaissés. Quand même, la Pléiade a encore de beaux restes : les Cendrars, Les écrits chrétiens, Kierkegaard, le nouveau Kafka (espérons) il n’ y a pas si longtemps James et Ramuz. . Est-ce la faute de la Pléiade si Borges, Joyce et autres sont déjà édités? La crise du livre -pardon « crise de la lecture » est aussi une réalité. Voir ceci (qui ne parle pas de la Pléiade) :
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/01/11/le-marche-du-livre-confronte-a-la-crise-de-la-lecture_5240107_3260.html
    J’avoue ne pas comprendre que des aléas politiques influent sur la lecture…
    Et les libraires hésitent, je le vois bien, à prendre des volumes « fixes », qu’on ne peut rendre. Compte-tenu de tout cela, la Pléiade me semble encore bien vivante, et capable de nous étonner. Ne lui en demandons pas trop non plus. Ce n’est pas un collection pour universitaires, un bon compromis me semble l’édition excellente du Boulgakov tome 2 (puisque je ne peux lire le 1…). Enfin, je veux croire que la Pléiade est encore là pour longtemps. Tiens, j’ai vu le volume nouveau des Misérables vendus à 48 euros. Certains revendent vites…

  58. Voici la réponse d’un des membres de l’équipe Pléiade chez Gallimard à un courrier où je demandai quelques renseignements sur le proche avenir de la collection (en questions précises) :

    Monsieur,

    Nous avons bien reçu votre courrier en date du 19 courant et nous vous remercions vivement de l’intérêt que vous portez à notre collection… et pour vos efforts de médiation auprès des jeunes.

    Pour répondre à votre question, un projet Artaud est à l’étude sérieuse en ce moment et un volume Bonnefoy sera probablement publié en 2019. Une édition des œuvres de Descartes, destinée à un public plus large, reparaîtra également bientôt.

    Des éditions pourront être consacrées, à moyen terme, à certains des autres auteurs que vous citez, mais les projets ne sont pas encore à l’étude.

    Nous vous prions de recevoir, Monsieur, l’expression de nos salutations les meilleures.

      • Voici, l’extrait de mon courrier à Gallimard :

        ………………

        — Quelques auteurs dont il a été question ici ou là, particulièrement dans les Albums, auront-ils une chance d’être édités ? En particulier :
        Annie Ernaux,
        Roger Nimier,
        Max Jacob,
        Antonin Artaud,
        Antoine Blondin,
        Yves Bonnefoy.

        — De grands auteurs étrangers mériteront-ils au moins un volume ? Entre autres :
        Karen Blixen,
        Thomas Hardy.

        — Il a été beaucoup question d’une édition des œuvres complète de Descartes qui paraissent dans une autre collection. Qu’en est-il ? Il serait dommage, à mon humble avis, que la Pléiade en soit privée. Même réaction d’ailleurs pour Desnos qui a enrichi de catalogue de Quarto.

  59. Annie Ernaux? Certes , la littérature est subjectivité (bien que je la classe pas dans la littérature mais dans la littérature à adjectif : ici =éphémère) mais vous allez un peu vite. ce me semble. Je ne la vois as à côté de Ramuz ou Giraudoux. Il est un auteur qui mériterait bien au mois un Pléiade, c’est André Pierre de Mandiargues, dont le style velouté, tout en bruissement d’ombres, habité de présences étranges ma fascine. Il en est d’autres, et j’aurais mieux compris qu’on cite Claude-Louis Combet dans les contemporains. Pour les disparus depuis pas si longtemps, Calaferte pourrait-être une candidature sérieuse. En tous cas grand merci pour vos renseignements. Descartes, Francis Moury va être heureux. Pourvu que l’édition soit de qualité, un tel volume exige des connaissances monstrueuses.

    Lombard, je crois que vous dites vrai sur les revendeurs. Mais à vrai dire, au-delà de ce petit phénomène, je doute fortement que toutes les Pléiades qui reposent sur les étagères aient été dûment lues . Moi-même, j’a encore au moins un tiers ou un quart et demie de mes Pléiades à lire et je suis suis un besogneux moi qui n’atteins pas les 150 volumes. Oh, je les lirais, mais il existe d’autres collections quand même. Et puis on ne lit pas forcément tout le Théâtre Espagnol du siècle d’or d’un coup, même chose pour le théâtre élisabéthain. Ou tout Giraudoux dont j’ai enfin les deux volumes. Vous lisez je crois un Pléiade par mois, ça me paraît une bonne manière de faire afin de lire pour de bon ces volumes, que j’ai bien l’intention de tous finir, de les accomplir en quelque manière. Mais j’aime avoir des réserves pour les temps de vaches maigres.

  60. J’avais mal lu, pour Descartes c’est: « reparaîtra » : ce sera donc une simple réédition du Descartes déjà existant. Il me semble qu’il avait encouru ici-même quelques foudres.
    Ps Mes excuses pour les pénibles coquilles qui déshonorent la première partie de mon commentaire. C’est ma malédiction -peu originale – je relis avec l’esprit et je ne vois pas les fautes…

    • Cher Restif

      L’édition Pléiade 1937 des Oeuvres et lettres de Descartes par André Bridoux, en un volume, est excellente dans sa conception et parfaitement exécutée : Bridoux s’est appuyé sur le nec plus ultra des études cartésiennes de son temps (textes, éditions, études, commentaires). Elle demeure une parfaite introduction à la pensée scientifique, métaphysique et religieuse de Descartes.

      Meilleure (car plus riche quantitativement, mise à jour scientifiquement mais plus volumineuse) est l’édition Classiques Garnier 1963-1973 des Oeuvres philosophiques (et lettres) tomes I, II et III de Descartes par Ferdinand Alquié.

      Supérieure à ces deux-là car intégrale demeure l’édition Vrin des Oeuvres complètes (et correspondance complète) par Adam & Tannery mais c’est l’édition scientifique critique de référence, initiée vers la fin du dix-neuvième siècle puis augmentée et mise à jour durant tout le vingtième siècle.

  61. Merci cher Francis Moury, tout ceci est fort intéressant, et le si affable Draak devrait bien reprendre votre commentaire pour le mettre sur Propagerlefeu. J’ai vu que la Zone fêtait sa quatorzième année! Joie! Je ne donnerais pas ici tout ce que je me suis amusé à noter sur la symbolique du 14 (les 14 stations du Christ, les 14 morceaux d’Osiris, les 14 éclairs à la fontaine d’Yvain, je m’arrête, j’en ai encore pas mal) il n’en reste pas moins qu’il faut clamer notre bonheur de savoir qu’existe un tel lieu pour lequel je ferais bien de tenter d’écrire quelque chose d’un peu solide au lieu de musarder. Mais il faut être à la hauteur! Ça m’est arrivé. Ce n’est pas la raison qui me fait pousser cet Hosanna car le copinage n’est pas l’apanage du lieu, doux euphémisme. Non, c’est la simple justice. Et j’attends avec impatience votre prochain Heidegger, puisqu’il a été remis.
    Félicitations à Juan Asensio

    • Pas de Descartes sur propagerlefeu.fr car j’ai déjà bien à faire avec la « littérature générale » ; mais l’excellent commentaire de Francis Moury y aurait eu sa place. J’y ai pensé en le lisant : commentaire constructif (et positif) qui nuance de manière argumentée les apports de chaque édition. Du petit lait.

  62. ps « Dire que le mot « homme » signifie quelque chose, c’est à dire une seule chose, c’est dire que dans tout homme, ce qui fait qu’il est homme et que nous l’appelons ainsi , c’est toujours une seule et même essence. La permanence de l’essence est ainsi présupposée comme le fondement de l’unité du sens : c’est parce que les choses ont une essence que les mots ont un sens. » Pierre Aubenque, le problème de l’être chez Aristote.p128 dernière édition.

    Il me semble que ces mots d’Aubenque pourraient être mis en regard de la Zone au moins pour un débat sur le langage et ce qu’il engage. En tous cas, si ce n’est pas toujours si aisé pour moi de lire Aubenque, – il m’y faut patience et reprise -, j’y trouve de grandes joies intellectuelles et de véritables bonheur, comme les deux phrases citées. Merci de m’avoir fait connaître ce livre

  63. Ps Pour ceux que tenterait l’aventure de la lecture de ce très beau livre (certains ne m’auront pas attendus) : plus on avance, plus la lecture se fait aisée. Sur l’essence et l’accident, c’est passionnant.

  64. L’un de vous s’étonnait que votre hôte n’est plus intervenu depuis des mois : comment lui donner tort de ne plus intervenir ? Vous êtes quatre ou cinq, toujours les mêmes depuis des mois, pour ne pas dire des années maintenant, à passer votre temps à vous plaindre, avec une suffisance, une morgue de ton proprement décourageantes. Il se publie des comptes-rendus élogieux de Pléiade chaque mois mais le seul lien que vous vous invitez les uns à les autres à lire est celui négatif concernant l’édition Bernanos : là, on vous sent frétiller, vous êtes dans votre élément d’un coup, le dénigrement. L’un de vous pose la question de savoir quelle sera la couleur des volumes du XXIe siècle et se pince de rire à l’idée que ce sera le noir, couleur du deuil car, je le cite, « la collection n’existera plus ». Pire, vous vous flattez les uns les autres (« mon cher ceci, mon cher cela ») et chassez toute possibilité de voix dissonante dans ce concert à quatre ou cinq voix qui ne donne à entendre que cette même rengaine aigre et plaintive. Une misère qui n’a rien de représentatif, convenez-en !, mais à qui votre hôte fantôme a eu la malheureuse idée d’offrir une immense salle de concert vide.

    • Le chant du rossignol est bien discordant, ce matin, de quoi couvrir nos clabaudements, à nous autres corbeaux et pies (de pies en pies). On compte aussi quelques coucous.

      Pour autant cette expression de sa saine colère ne provoquera pas chez moi des cris d’orfraie, conscient que nous nous la sommes attirée, sinon l’avons méritée (pour la morgue, notamment). Vous auriez même pu être plus sévère, en ajoutant à notre « fraternité » de prédateurs, nos constantes disputes autour d’une carcasse haïe et convoitée.

      Cela ne me fera pas changer d’avis sur la décadence de la Pléiade (qui n’a rien à voir avec un « c’était mieux avant » mais il est inutile d’encombrer l’espace à tenter de le démontrer). Libre à quiconque de penser le contraire – et tant mieux s’il en reste et plus encore s’il y en a de plus en plus, je ne chasse personne et ne suis pas pour la mort de la pécheresse.

      L’ayant dit et redit, jusqu’au radotage, et n’ayant plus grand chose à dire sur la question, dans le contexte de ce blog, j’ai tendance à me raréfier (eh oui, les quatre ou cinq funestes volatiles sont en passe de se réduire à trois ou quatre !) et j’essaie d’atteindre la sagesse de ceux qui, ayant fait le même constat, se sont esquivés.

      En tous cas, de troubler de moins en moins, le délicieux concert des oiseaux dont le chant harmonieux est la louange de la Déesse.

      Tiens, je vais me passer un disque de Messiaen.

    • Merci, Rossignol. Je me sens moins seul, même si vous êtes un peu sévère sur quelques rares points (voir la réponse justifiée de Restif).

      On pourrait se consoler en se disant que l’on ne lit que ceux qui se plaignent tandis que les autres restent silencieux, mais à force d’interventions hors-sujet l’intérêt du blog se tarit.

      Il faut quand-même noter les contributeurs occasionnels qui ne se plaignent pas et qui parlent de La Pléiade : Tigrane, pléiadophile, Luckas, Draak, joaquim, Chardin, sickfred, Arbal, zino, Phil, petitrien, deniziotjimmy, Jacques, Toirap (et j’en oublie) pour ne citer que ceux de cette page.

      J’aimerai écrire ici mes petits compte-rendus de lecture, mais je les édite sur un forum littéraire. Ici ils n’auraient aucun intérêt, d’une part parce que mon approche de lecteur de base ne m’autorise pas à écrire des critiques pertinentes et suffisamment érudites, d’autre part parce que les rares intervenants réguliers ici (à l’exception de deux ou trois, soyons francs) en savent bien plus que moi sur ce qu’il convient d’écrire pour répondre aux canons du moment.

      À cela j’ajouterai que mes remarques concernant le papier, la reliure, l’impression, les prix, les canaux par lesquels se procurer ou revendre des Pléiade, l’aspect « bibliophile », le classement et bien d’autres sujets n’ont semble-t-il pas d’intérêt non plus pour les membres contributeurs principaux, ce qui n’est pas très grave…

      Je reste stoïque et je poursuis ma lecture d’un Pléiade par mois. J’ai lu le tome 2 de Mauriac (romans et essais – passionnants), le Sphinx des glaces de Verne et j’ai bientôt terminé le théâtre de Plaute. J’acquiers, je lis, j’apprends, je me divertis et ça participe à mon bonheur : merci à Gallimard et à La Pléiade pour tout ça !

      • Lombard, quelques mots que je voudrais d’encouragement.

        Il me paraît pour le moins curieux que vous vous plaigniez de la trop grande part de ce que vous appelez des « hors sujets » (concept que je récuse, mais aucune importance) et de la trop faible part de commentaires et d’informations centrés sur la Pléiade. Dans le même temps, vous dites que vous réservez vos commentaires sur le sujet pour un autre site. Pourquoi ne pas les déposer ici et ainsi nourrir ce blog dans le sens que vous appelez de vos voeux ?

        Vous avancez des raisons qui tiennent à votre modestie : je les tiens pour nuls, toute modestie étant à mes yeux une simple ruse et la hiérarchie n’ayant pas sa place en ces lieux.

        Il y a sans doute une autre raison, que vous taisez, c’est la crainte de vous attirer les foudres jupitériennes de NeoBirt7, de Restif ou, qui sait, de moi-même.

        Il me semble que, très souvent, vous mêlez vous-même l’attaque à vos commentaires (c’est encore le cas dans votre dernière intervention, et bien inutilement, mais je me garderai d’en tenir compte pour m’intéresser au fond de ce que vous exprimez). Vous semblez vous plaindre d’une forme de censure, mais vous n’êtes pas le dernier à la pratiquer. Cela n’a pas lieu d’être, ni dans un sens ni dans l’autre, et d’ailleurs cela n’est pas. Vous vous attirez ce faisant lesdites foudres.

        Je ne crois pas (je l’espère) que la simple exposition de vos ressentis, de vos opinions et de vos réflexions sur les livres que vous lisez en Pléiade devraient vous valoir des volées de bois vert.

        En tous cas, pas de ma part. Outre le fait qu’il m’arrive de dire que je suis d’accord avec vous, il ne m’est pas coutumier d’attaquer le premier. Je me borne, dans presque tous les cas (laissons une part à l’exception éventuelle) à répondre aux attaques, à mon encontre ou celle de ceux que je considère comme mes amis. Il n’est pas dans ma nature de m’en prendre aux pacifiques. Dans les cas où je me suis laissé entraîner trop loin par la passion, je n’hésite pas à pratiquer le rétro-pédalage, la concession et l’auto-critique (tout en ne cédant rien sur quelques principes fondamentaux). Bref j’essaie de me comporter en civillisé. Je ne crois pas que les autres « accusés » aient une attitude très différente.

        Tout cela, beaucoup trop long, comme d’habitude, pour vous dire simplement : allez-y, parlez, dites ce que vous avez à dire sur le sujet. Peut-être susciterez-vous d’autres vocations, engagerez-vous des dialogues avec des personnes qui partagent vos goûts et vos intérêts et trouverez-vous plus de plaisir à venir sur ce blog.

        • Il y aura probablement Le Lai d’Aristote – Le Lai de l’oiselet , pour le reste, il faut chercher, évidemment dans les lais célèbres du moyen-âge, Le Lai des amants, le Lai de la rose, le Lai des pucelles. Peut-être Le Lai de la paix d’Alain Chartier. Ce ne sont que des suppositions.

          @Lombard Je serais très heureux de vous lire sur certains aspects commerciaux ou « bibliophiliques » (ce que n’est pas la Pléiade mais qu’importe). Moi aussi j’achète beaucoup par occasions, et tout renseignement me serait précieux. Même des secrets pour « ravoir » des rhodoïds, se fabriquer ou acheter des boîtier Pléiades , arranger des Pléiades abîmées, les cirer! que sais-je… Comment nettoyer une tache. Où acheter. Quant à vos réflexions sur vos lectures, elles m’intéressent. Qu’avez-vous pensé du « Pléiade du mois », que vous a-t-il inspiré etc. Je crois vote modestie très sincère mais ici elle n’a pas lieu d’être, vous êtes un lecteur au milieu de vos pairs. N »hésitez-pas surtout !
          Ps Ai-je jamais été « jupitérien? Je me voyais plutôt, comme un maladroit qui réagit parfois trop vite sans prendre une saine distance. Décidément, on ne se voit pas! Quelle étrange diffraction optique que le commentaire.

          • Des rhodoids, il s’en propose à la vente régulièrement sur Ebay (généralement par lots, (5, 10, 100 voire 200). Cela revient généralement à environ 1€ pièce ou moins selon importance du lot). C’est du neuf, mais je ne sais s’ils sont déjà pliés (ce qui poserait la question de la taille) ou bien par feuille qu’on peut plier à sa guise et selon ses besoins.

            « Jupitérien », effet de style parce que nous manions parfois la foudre ou les foudres ; faut pas prendre au pied de la lettre chacun de mes mots, j’essaie d’y mettre de l’humour, de la distance et de la fantaisie (sinon, je sombre facilement dans la pire des lourdeurs). Et puis quoi, même si les sujets que nous traitons ici sont bien plus sérieux et importants que la plupart de ceux qui sont (mal)traités par les grands médias, il n’y a tout de même « pas mort d’homme » comme a dit un célèbre imbécile dans certaines récentes circonstances.

          • (Quand j’évoquais les informations ineptes des grands medias, je n’avais pas encore connaissance de la dernière horreur de terrorisme islamique en cours ce matin, qui n’est évidemment pas concerné par ma petite pique. Malencontreuse rencontre.)

      • Lombard, moi aussi je suis preneur de vos avis sur votre « Pléiade du mois » (j’aimerais déjà avoir ce rythme de lecture !) et de vos commentaires bibliophiliques. Et quel est donc ce forum littéraire sur lequel vous contribuez ?

        Quant au lectorat de ce blog, gardez bien à l’esprit qu’il est certainement beaucoup plus large que le cercle des contributeurs réguliers.

        • Cher Domonkos, oui, j’ai vu qu’il y avait des ventes de rodhoids, (même de boîtes) mais on précise souvent « à plier sois-même », or j’ai deux mains palmées. De plus, je ne comprends pas : certains disent rodhoids « pour Opta et Pléiade » or les deux éditions n’ont pas la même dimension. Il est vrai que j’ai vu ces précieuses couvertures protectrices vendues plus chères avec précision : » déjà pliées ».
          Ce qui m’intéresserait, c’est de savoir à quels vendeur Lombard pensait. Moi, ce n’est pas toujours sur E-bay qe j’ai trouvé les prix les plus intéressants même si je sus content de venir d’acheter le Camus de 1962 à 15, 50 euros. Évidemment, à côté des prix de votre bouquiniste c’est dispendieux.
          En passant : Lombard, je suis heureux que vous aimiez Mauriac. Pour ma part, « Le nœud de vipères » fut une révélation, « Le sagouin » un grand bonheur de lecture comme « Un adolescent d’autrefois ». Il me manque le tome IV dans l’édtion de la Pléiade.

          • « à plier soi-même » cela désignerait donc des rodhoïds neufs qu’on peut ajuster à la dimension de sa pléiade ; le pliage ne me semble pas nécessiter tant d’adresse manuelle que cela, il m’est arrivé de m’y livrer sans éprouver de difficulté et je ne suis pas non plus un bricoleur de génie. Par contre, pour ceux qui conviendraient également aux Opta (je n’avais pas remarqué mais cela pourrait m’intéresser pour quelques volumes) cela voudrait dire de plus grande taille et donc découpage… ce qui est bien plus délicat.

            pour les livres, j’utilise rarement Ebay, effectivement souvent assez cher, mais j’y trouve parfois de bonnes affaires, et il me semble, d’expérience, que le service (précision de l’état, délais de livraison, emballage…) est généralement de meilleur qualité – je n’ai jamais eu de mauvaise surprise, contrairement à certains autres sites (livres dont l’état ne correspond pas à la description – toujours en pire, bien sûr – substitution de livre, délais exagérément long, frais excessif. Pub gratuite.

            de toute façon, j’utilise très modérément internet – seulement dans des cas précis, par « nécessité absolue » – à la fois par goût, par prudence et par « éthique » : par goût, car j’aime voir, palper, humer, feuilleter les livres que j’achète ; par prudence, car il n’y a aucune limite à l’offre sur internet et donc le risque de me gorger de miel comme un ours dans une ruche, aux dépends de ma bourse ; par éthique, car je ne peux pas pleurer sur la disparition des bouquinistes, de ces petits paradis, et des contacts humains, et contribuer à leur disparition.

          • j’aime aussi chez un bouquiniste, la magie de la rencontre de hasard : la même différence entre tomber sur le charme d’une personne croisée par hasard et confier la gestion de ses émois amoureux à un site de rencontres spécialisé…

          • « tomber SOUS le charme » arrrrgggh ! toute la poésie de l’expression qui fiche le camp, à cause d’une faute de frappe !…

  65. Moi, c’est par période. Je peux passer une semaine voir plus sans intervenir jusqu’à ce qu’un sujet me titille le clavier. Mais en l’espèce, je dirais au procureur Rossignol (un homme qui ouvre toutes les portes) qu’il est un poil injuste. J’ai défendu la Pléiade actuelle lors d’une très récente intervention. Et je n’ai pas vu que le lien de Francis Moury sur Bernanos ait provoqué une nuée de commentaires Très loin de là. Pour ma part, je me suis juste remémoré ce cauchemar vivant qu’était Monique Gosselin lors de mes études de lettres. Je me demande si ce n’est pas un des (trop ) nombreux ennemis du Stalker qui a écrit cette notule bien inutilement agressive. On pouvait user d ‘un autre ton.

    Ps Ah, pour les 4, 5 ou commentateurs, c’est la règle sur tous les blogs un peu fréquentés. Derrière les « habitués », il y a moult gens qui n’interviennent que rarement mais lisent dûment et, parfois, écrivent un commentaire, et d’incoercibles bavards comme votre serviteur. Pas si incoercible que ça d’ailleurs, tout dépend des périodes et là j’en profite parce que ça va bientôt changer.

  66. Pour en revenir à la Pléiade stricto sensu, quelqu’un en sait-il plus sur le contenu du volume Les Lais ? Quelles oeuvres seraient incluses en plus de celle de Marie de France je présume ?

    • Ps désolé Pléiadophile, une erreur de manipulation m’a fait mettre ma réponse plus haut. Pour ce qu’elle sert… Mais regardez donc dans le vieux volume Poètes et romanciers du moyen-âge où j’ai déniché le Lai d’Aristote, tapotez ailleurs, et mon avis est que vous trouverez une assez bonne estimation de ce qui sera proposé. Aurons-nous les Lais des 14eme 15eme siècles ou grand Lai, je ne sais. Il existe aussi un Lai du chèvrefeuille qui n’a rien à voir avec celui de Marie de France, je parie qu’il y sera.

  67. Chers amis,
    Bien qu’officiellement à la retraite de ce blog, je me permets de vous communiquer une information d’intérêt public. Comme beaucoup d’entre vous, je suis envahi par les livres, j’essaie donc de rationaliser ma bibliothèque, de ne pas avoir de doublons et d’avoir, pour les auteurs qui m’intéresse, toujours la meilleure édition.
    Dans cet esprit, j’ai écrit ce matin un mail à Michel Jarrety pour lui demander si sa nouvelle édition des Œuvres de Valéry en trois volumes dans l’excellente collection de « La Pochothèque » (2016) rendait les deux volumes « Pléiade » des Œuvres de Jean Hytier (1957 et 1960) obsolètes, ce qui me permettrait de les dégager de ma bibliothèque. J’avais déjà posé cette question il y a quelques mois à l’un d’entre vous qui m’avait conseillé de les garder pour je ne sais plus quelle raison. La réponse de Jarrety (qui m’a répondu très vite) est sans appel (je cite son mail): « La Pléiade est obsolète. Je donne davantage de textes et surtout mon édition est précédée de notices et elle est annotée. »
    Avis à tous ceux que ça pourrait intéresser: je vais dégager ces deux volumes de ma bibliothèque, ça me fera de la place pour les deux Kierkegaard à venir au mois de mai… La gestion de bibliothèque, c’est une lutte des places…
    Salutation à tous,
    Henri

      • Cher Francis Moury,
        Oui, si ça vous intéresse, mes deux tomes Valéry ne sont pas encore vendus: rhodoïds et boîtiers, comme neufs.
        Si ça vous intéresse, contactez-moi via Facebook.
        J’ai fait un peu la liste des doublons qui ne m’intéressent plus et des anciennes éditions dépassées. Je vends aussi le Montaigne ancienne édition de Maurice Rat, les Mémoires d’outre-tombe (deux volumes), le Homère des années 1950, le Montesquieu (deux volumes), le Goethe romans, les Œuvres en prose de Poe de 1932 (la traduction de Baudelaire est dans le domaine public depuis longtemps, je ne vois pas l’utilité de garder ce volume papier), Péguy Œuvres poétiques complètes ancienne version (1941) et Péguy Œuvres en prose I (là, c’est un volume récent mais je ne suis pas assez « fan » de Péguy pour me taper les quatre tomes, ayant déjà le volume « Bouquins » Mystique et politique de 2015 qui regroupe l’essentiel de ses écrits en prose et essais, ça me suffit, donc je décide de lâcher le filon Péguy Pléiade dans ma bibliothèque et de vendre ce volume).
        Tous les intéressés peuvent me contacter via Facebook, je verrai avec eux et leur donnerai mes coordonnées le cas échéant (je suis en proche banlieue parisienne, dans les Hauts-de-Seine).
        Désolé de transformer ce blog en « Le Bon coin » mais après tout on reste dans la Pléiade, non?
        Peut-être les échanges de ce blog pourraient d’ailleurs intégrer un mini-marché: X vend tel volume, Y recherche absolument tel autre. Parfois l’offre peut rencontrer la demande et faire deux heureux.
        Et je pense que c’est ici que se trouve la plus grosses proportion d’acheteurs et de vendeurs potentiels. Donc, comme on disait à une époque sur RMC, « C’est là que ça se passe »…
        Mais je laisse Brumes, le maître des lieux, donner son autorisation à l’ouverture de ces petites annonces de Pléiades à acheter ou à vendre… Il me semble que ça ne dénature pas la vocation de ce blog.

        Henri

  68. O vous tous qui vous interrogez sur les qualités de la nouvelle Pléiade « Les Misérables » de Victor Hugo (Victor Hugo, mais qui est cet obscur écrivaillon d’un siècle lui-même à demi-oublié ?), j’ai mis la main, chez mon bouquiniste, sur un petit bouquin et, curieux, le feuilletant, je suis tombé sur un passage qui va vous mettre tous d’accord. (Au moins, on ne m’accusera pas d’être « hors sujet », jamais je ne fus autant au coeur de l’actualité pléiadesque !)

    Il s’agit des «Lettres au Citoyen Rolland 1858-1862» de P. J. Proudhon (oui, le « grand » Proudhon théoricien socialiste-anarchiste), Bernard Grasset 1946. Chacun pense ce qu’il veut des visions de Proudhon sur l’avenir de l’humanité, mais en matière de littérature, il semble avoir souffert d’une singulière myopie.

    Des Dangers de prophétiser en matière d’Art et de Littérature ou Comment on rira de nous tous, ici réunis, dans cent ans, s’il se trouve alors quelqu’un pour nous lire…

    «V. Hugo, vous l’ai-je dit, vient de terminer à Waterloo un roman en 10 volumes, intitulé «Les Misérables». Il en demande 300.000 fr. Hetzel en offre 150.000, et comme dit Bausse, s’il me demandait conseil, il se garderait d’une pareille offre. V. Hugo, s’il essayait une publication de ses œuvres complètes, n’en trouverait pas le placement. J’ai à peu près fini de le lire : je ne crois pas que la postérité, une postérité que je ne porte pas plus loin que l’an 1900, retienne 200 pages de lui. Ce sera un Ronsard, un signe du siècle, que les érudits parcoureront pour faire l’histoire littéraire et morale de notre époque, mais qui restera aussi ignoré que Restif de la Bretonne, Chapelain ou Dubartas, qu’il reste quinze ans encore à l’étranger, il assistera à son propre enterrement.»
    (op. cité, p.209)

    • Quand on pense qu’à l’époque Eugène Rolland (« le citoyen Rolland » destinataire des lettres de Proudhon), lui, « faisait un tabac » (ha ha ha !). O ingratitude de la postérité, combien peu, parmi nos millions de fumeurs passés, présents et futurs, savent ce que leur cancer doit à ce grand homme !

      • Mes dernières remarques sur Rolland sont ineptes et doivent être considérées comme nulles et non avenues. Vérification faite, erreur sur la personne, due à la précipitation.

    • …Proudhon n’avait jamais lu Victor Hugo; il aurait dû lire les poésies; mais on lui prêta Les Misérables (le déshonneur de Hugo); il annota les deux premiers volumes ligne à ligne. Ce devait être une merveille de drôlerie; la logique corrigeant l’absence de logique! – Or, le propriétaire belge de l’exemplaire (admirez le Belge!) trouvant son exemplaire souillé, a soigneusement effacé toutes les notes. Et voilà un monument perdu!…

      Baudelaire à Narcisse Ancelle, lettre de Bruxelles du 12 février 1865, Correspondance II, p.460.

  69. D’abord je voudrais remercier Lombard de ce qu’il a écrit à mon propos concernant les pro-Pleiade. Je ferais remarquer à M. Rossignol qu’on peut apprécier la collection de la Pléiade ET la critiquer en souhaitant qu’elle s’améliore! J’ai critiqué certains volumes pensant qu’on aurait pu parfois mieux faire mais me réjouissant toujours qu’ils existent. Par exemple, concernant Jules Verne, j’ai rencontré un universitaire anglais qui m’a raconté (et appris!) que Jules avait accordé plus de 30 entretiens, passionnants et enrichissants grandement son travail. Pourquoi la Pléiade ne propose t’elle pas ces textes (et bien d’autres épars) en complément de ses romans?! Occasion ratée de nous montrer un Verne en verve! Dommage. N’étant pas la cible, je n’attends pas grand chose de Kierkegaard et j’ai lu en son temps le volume d’œuvres chez Bouquins par curiosité plus que par plaisir, je l’avoue. J’espère en revanche de belles découvertes de la lecture des Lais du moyen-âge et de Kafka 2018. (J’avais trouvé le volume ancien assez bon et proposant un panorama assez complet et varié des poésies et romans moyenâgeux mais peut-être suis-je trop gentil?) Suis très impatient des Mémoires de Momone. Et je ne cache pas mon plaisir de ma énième relecture des Misérables (je n’en suis qu’aux Amis de l’ABC). Je n’ai pas encore ouvert le maigrelet Stevenson; Paris d’abord, puis les îles. Vive la Pléiade!

    • Je rebondis sur votre propos concernant Jules Verne (je ne puis m’en empêcher) pour dire que certains de ces entretiens sont accessibles pour les amateurs passionnés, mais hélas trop peu connus. Ils montrent (avec sa correspondance) que Jules Verne ne se voyait pas en simple feuilletoniste pour amuser et/ou instruire les foules ; il se pensait (à juste titre) un véritable écrivain, prenant très au sérieux son travail, sur lequel il avait une véritable réflexion. Dommage pour cette occasion perdue de montrer un autre Jules Verne que celui connu du grand public, la Pléiade avait vocation à cela, elle ne l’a pas fait. Je continuerai à me réjouir de la présence de Verne en Pléiade, symtôme de son admission dans la confrérie littéraire, et à me plaindre qu’on ne lui ait tendu qu’un strapontin.

  70. Il ne faudrait pas oublier que Les Misérables furent quasi unanimement rejeté et critiqué par les plus grands écrivains du temps. Baudelaire, bien sûr, mais aussi d’Aurevilly , Flaubert, Les Goncourt, pour ne nommer qu’eux. Cela passait pour le triomphe du faux, de l’idéalisme plat, de la démagogie. Le personnage de Fantine particulièrement attisait les colères, faisant s’exclamer « on ne trouve pas de putains comme ça sauf chez Hugo « . Goncourt ira jusqu’à taxer Hugo de « lécheur de trou du cul du peuple ». Et oui, le public eut plus de flair que l' »intelligentsia ». On ne voulu par voir le symbolique, l’analogique derrière le très superficiel naturalisme de certains épisodes. Cela fait relativement peu de temps qu’on s’intéresse aux aspects du divin chez Jean Valjean, à la mécanique de l’Anankhé chez Hugo dans ce roman. pendant longtemps, ce texte fut reçu par les « connaisseurs  » comme la grande erreur d’Hugo. Encore chez Proust je crois (mas ne certifie rien).

    • Juste une précision, sans vouloir m’étendre davantage sur ce qui ne se voulait qu’un clin d’oeil…

      Ma petite pique qui se voulait amusante visait simplement, à travers l’exemple de Proudhon, a relativiser les prophéties sur les écrivains qui survivront à la postérité et dénoncer (le mot est trop fort) l’aveuglement qui n’épargne personne, moi, moins que quiconque, en ce domaine.

      Il ne s’agissait pas, de juger de la qualité ou de l’importance des Misérables – chacun aurait le droit, même aujourd’hui, de juger que ce roman ne mérite pas sa réputation et de le trouver médiocre. En matière de critique littéraire on ne compte pas les voix pour dégager une majorité d’opinion.

      Proudhon pouvait avoir des raisons de ne pas priser ce livre (les informations de Petitrien sur les annotations disparues sur son exemplaire m’ont fort amusé), comme d’autres de ses contemporains, mais il se ridiculise quand il prédit avec assurance et avec force précisions qui ajoutent au ridicule (le cas Ronsard, etc.) que le sieur Hugo, écrivain et personnage historique, aura sombré dans l’oubli d’ici 15 ou 30 années.

      D’ailleurs, quelques lignes plus loin, dans la même lettre, on voit bien que Proudhon s’en prend à l’homme plutôt qu’à l’homme de lettres, à sa posture de l’Exilé par excellence qui ferait de l’ombre à d’autres opposants tout aussi « méritants » (Proudhon himself), avec un passage qui, nous ramenant à la dimension humaine des personnages, les rapproche de nous :

      « Je blâme en V. Hugo cettte conduite, non seulement impolitique, mais comme injuste. Est-il bien à lui de traîner à la suite sa femme, sa fille non encore mariée, ses deux fils qui s’ennuient ; est-il raisonnable, moral, dites-moi, d’imposer cet exil plus orgueilleux qu’utile à toute une famille qu’il devrait s’occuper de rendre heureuse et de pouvoir ?… (op. cité p.210)

  71. Les mémoires de Simone de Beauvoir sont passionnantes. Je les ai lues dans l’ordre chronologique – le seul pertinent étant donné le sujet – plusieurs fois avec beaucoup d’intérêt.

  72. Ps pardon pour le mot naturalisme » qui n’a rien à faire là quand on sait que c’est surtout son idéalisme qu’on reprocha au roman. Mais certains pastels furent considérés comme ordurier, Il eut donc mieux valu parler de « réalisme ». Mais ce qui fut surtout reproché à Hugo, c’est l’inexistence de ses personnages, la fait que ce n’étaient que des marionnettes de l’auteur n’ayant nulle correspondance dans le réel. Ce qui nous permet de retrouver un peu de ce qu’avait de révolutionnaire le roman Les misérables pour son époque. C’était un véritable défi jeté au bon goût et aux catégories esthétiques qui triomphaient alors.

  73. Cher Francis Moury, connaissez-vous un livre qui serait à Platon ce que d’Aubenque est à Aristote? Si vous avez le temps, d’avance, merci. Bien à vous.

  74. Je suis d’accord avec vous Francis Moury mais j’espère que cette édition sera plus riche que les Folios. Je remarque que exactement comme pour G. Sand, la Pléiade édite d’abord en ce qui concerne les œuvres des écrivaines, leurs « Mémoires » avant leurs œuvres de fictions. (Même si enfin l’édition Sand est en préparation) Une femme qui écrit n’est-elle intéressante en Pléiade que si elle parle des…. hommes? Pourtant Les Mandarins c’est très bon aussi!

    • Cher Tigrane
      C’est en Livre de poche que j’avais découvert les « Mémoires d’une jeune fille rangée » et en Folio poche « La Force de l’âge » et « La Force des choses » : aucun appareil critique ni historique. Pour moi ça allait sans pour le premier volume, un peu de justesse pour les deux suivants. En tout état de cause Pléiade bienvenu car l’ensemble permet de comprendre l’évolution intellectuelle, morale et politique de la gauche française presque in vitro d’une part, d’assister à la genèse des oeuvres de Sartre et de suivre son évolution radicale.
      Incidemment, mon roman préféré de S. de B. demeure, pour l’instant : « La Femme rompue ». Je précise cependant que je donne sans hésiter toute l’oeuvre romanesque de S. de B. contre le roman « La Nausée » de Sartre. Elle me semble avoir été meilleure mémorialiste que romancière et je trouve donc bien de commencer par ses mémoires.

  75. Cher Restif

    Une bonne plate-forme de départ demeure :
    – Léon Robin, « Platon », éd. P.U.F., 1935, mais préférez la seconde édition 1968, revue avec bibliographie augmentée par Pierre-Maxime Schuhl. Elle vous donnera les clés d’accès aux grandes thèses universitaires classiques françaises, anglaises, allemandes parues sur Platon et aux études classiques d’ensemble de l’histoire de la philosophie antique.

    Plus récents et assez complémentaires l’un de l’autre :
    – Pierre-Maxime Schuhl, « L’Oeuvre de Platon », éditions Vrin
    – François Chatelet, « Platon », éditions Gallimard-NRF

  76. Ah, grand merci à vous cher Francis Moury . Pour Robin « complété » Schuhl il me faudra attendre, c’est épuisé. J’ai posé une question à un vendeur pour savoir s ‘il s’agissait bien de l’édition 1968 en « occasion » (20 Er !), j’attends. De toute manière, j’ai le temps, je n’en suis encore qu’à le deux centième pages’ d’Aubenque. Entre homonymie du bien et de l’être,(et les notions de « rapport à », de « un dire », d' »analogie », l’un, le bien l’essence l’être dansent une ronde endiablée ) j’ai parfois du mal à tout structurer! Je crois comprendre mais ne saurais l’expliquer, signe à mes yeux que je ne comprends pas vraiment. Je relirai. Il faut dire que je suis exigeant avec moi-même.
    Ps Chez Vrin -ou je vais bientôt faire un tour – Schulh est indisponible également. Ah, j’attends votre Heidegger §5 avec impatience.

    • En ce qui concerne les traductions de Platon, on préférera celles de Luc Brisson et de ses collaborateurs en GF aux traductions de Léon Robin. Les traductions de Léon Robin sont lourdes, les dialogues sont heurtées et le plaisirs de lecture, hélas, est bien souvent absent.

      J’espère que la Pléiade mettra à jour les deux tomes anciens et dépassés ( année 1940 pour le tome 1 et 1943 pour le tome 2 ) de Platon trad Léon Robin. En les remplaçant par celle plus récente de Luc Brisson et de ses collaborateurs.

      En attendant je garde mes GF.

  77. Je me demande ce qu’en pense Neo-Birt7. Oh il a du en parler mais j’avoue avoir oublié. Là, je lis Bréhier…(Et Giraudoux, Bella, superbe).

  78. Platon :
    1) Oeuvres complètes, texte + traduction, C.U.F. Budé, Belles lettres
    2) Oeuvres complètes, traduction Emile Chambry, éd. Garnier
    3) Oeuvres complètes, traduction Léon Robin et Joseph Moreau, Pléiade

    1) = 13 tomes répartis en 25 volumes
    2) = 8 tomes
    3) = 2 tomes

    Aucune de ces éditions n’est dépassée : elles correspondent à des besoins différents. Elle se complètent parfaitement les unes les autres.
    Cf. mon article sur « Le Dernier travail de Platon » (2009) archivé sur Stalker.

    • Il est possible que vous ayez raison Francis moury. Toujours est-il que pour la Pléiade, il serait bon de revenir sur cette édition et traduction de Léon Robin ( des années 1940 et 1943 ). Refaire une traduction plus littéraire, moins heurtée et plus agréable à lire me semble aller de soi pour la Pléiade…

    • Je ne peux malheureusement pas vous laisser dire cela, M. Moury. Souffrez qu’un philologue classique frotté de philosophie grecque y apporte quelques bémols.

      La moins dépassée des trois traductions françaises complètes de Platon est celle de Chambry aux Classiques Garnier, rééditées depuis la fin des années 60 jusque vers 1995 en ‘Garnier Flammarion ». Helléniste de grande classe mais pas universitaire, puisqu’il enseigna au lycée Voltaire, auteur de plusieurs éditions critiques ou annotées d’excellent aloi parmi lesquelles celle des « Aesopica », le corpus ésopique, en deux volumes de la ‘Nouvelle collection de textes et documents’ des Belles Lettres (Paris, 1925-1926), a jeté, pour le meilleur, de longues ombres sur la recherche ultérieure, Chambry aborde Platon en humaniste doublé d’un philologue, à l’inverse des trop nombreux professeurs de philosophie frottés de grec auxquels nous devons aussi bien le Platon ‘Garnier-Flammarion’ que la moins bonne moitié de l’édition Budé. Comme sa belle édition-traduction Budé de la République, Chambry donne un rendu remarquablement simple et fluide quel que soit le dialogue qu’il affrontait ; lui seul conserve l’unité de ton dont Platon ne s’est pas départi tout au long de son ample carrière littéraire, si bien que les dialogues de vieillesse ou même les Lois, horripilantes sur le plan stylistique, se lisent dans la version Chambry avec presque autant d’aisance que les écrits platoniciens les plus pétillants de la première phase, comme le Charmide ou le Lysis. Le traducteur Garnier prend soin d’indiquer, pour chaque dialogue, son texte de base et de procurer, dans ses notices ou ses notes, les rudiments d’une appréciation cursive. Les seules réserves que je formulerai à propos de cette intégrale concernent la traduction de la République par Robert Baccou, bon connaisseur de la science grecque ; si elle est plus richement annotée et introduite, je lui trouve une aisance ainsi qu’une netteté inférieures.

      Oeuvre de vieillesse (Robin devait mourir en 1947) de celui qui fut le meilleur platonisant de sa génération, mais plus au titre d’historien de la philosophie comme Bréhier que d’helléniste stricto sensu, considérant les vices considérables dont témoignent ses éditions Budé du Banquet, du Phédon et du Phèdre (il s’agit de compilations massives mais assez peu digérées où le lecteur se débat parmi des apparats critiques surabondants à force de fatras et de longues notices paraphrastiques où le vrai, le faux et l’absurde se mélangent d’une manière toxique, ainsi l’interprétation de la scène des cheveux du Phèdre déformée par une méconnaissance crasse des bases idéologiques et des aspects socio-culturels de la pédérastie grecque), le Platon Pléiade est inutilisable à plus d’un titre. Non content qu’on nous laisse ignorer les éditions grecques qui sous-tendent la traduction proposée et jamais justifiée dans les notes, au demeurant étiques, il existe hélas un assez grand nombre de cas (de l’ordre de plusieurs centaines, essentiellement sur les dialogues de vieillesse) où la version Robin ne fait pas sens en elle-même ou demeure soit énigmatique soit inintelligible pour quiconque ne peut la confronter avec une édition grecque, ainsi la Budé ou l’Oxford Classical Text de Burnet. C’est que Robin propose moins un rendu français capable d’être lu en continu qu’une espèce de décalque, un ‘crib’ à la française, descendant jusqu’à la moindre particule, ces mots-outils dont la langue grecque fait un usage massif aux titres les plus divers ; son souci de fidélité fait donc fi du style jusque dans les dialogues les plus remarquables sur le plan littéraire. La gymnastique intellectuelle harassante impliquée par une telle méthodologie ne pouvait pas ne pas engendrer de dégâts chez un travailleur probe mais âgé ; la déperdition sémantique, ainsi que, pour les passages mal écrits, mal transmis ou entortillés dont regorgent le Sophiste, le Parménide, les Lois et l’Epinomis, les faux-sens, les traductions ad sensum, les sauts du même au même qui ont déterminé l’oubli de lignes entières de grec, sont telles que l’un des meilleurs exégètes des Lois (A. Cassel-Bouchouchi) déconseille d’utiliser Robin. En revanche, la traduction signée par le jeune Joseph Moreau du Timée est remarquable, en dépit de sa littéralité ; on y sent la patte de celui qui devait devenir un éminent historien de la philosophie grecque.

      C’est toutefois la nouvelle intégrale ‘Garnier-Flammarion’ qui appelle les commentaires les moins amènes ; on voudra bien n’y voir aucune espèce de ressentiment de ma part, simplement l’expression brutale de la pensée de la plupart de mes collègues enseignant le grec à un niveau d’exigence élevé que la nécessaire courtoisie professionnelle empêche de vider leur sac. Le directeur de cette parution, Luc Brisson, carriériste forcené qui, tôt recruté par le CNRS, usa de son absence de tâches pédagogiques pour devenir un abbé Trublet de l’histoire des idées grecques, a engagé des traducteurs dont un petit nombre seulement étaient, ou devinrent des platonisants distingués doublés de philologues corrects. Hormis Nestor-Luis Cordero, Monique Dixsaut, Michel Narcy et Catherine Dalimier, dont les longues notices et les riches annotations reflètent une pensée personnelle rigoureuse et équilibrée, ce qui se voit dans leurs traductions, les autres auteurs des tomes GF sont des tâcherons qui se sont contentés, pour les plus sérieux d’entre eux, de compiler le status quaestionis en en retranchant toutes les hardiesses exégétiques qui dépayseraient un lecteur français (on n’y trouvera donc rien de la philosophie analytique) ainsi que de torcher une version française sans avoir de bien grandes lumières textuelles (il est amusant de relever ce que les traductions Brisson, Canto, Ildefonse, etc doivent aux versions anglaises courantes), cependant que les plus dilettantes ou les moins bardés philologiquement délayaient en français l’introduction et le commentaire de l’édition savante de référence, dont ils ont pompé le grec. Je pense tout spécialement à Monique Canto-Sperber, dont le Gorgias et le Ménon sont de véritables impostures, tant l’appareil scientifique pille ceux respectivement du « Plato Gorgias » d’E. R. Dodds (1959) et du « Plato’s Meno » de R. S. Bluck (1961) ; ce n’est pas un hasard si cela fait presque vingt ans que cette dame, notable davantage par sa beauté que par son érudition, s’est reconvertie dans la philosophie moderne. Les volumes signés Brisson ne sont pas meilleurs que les siens ; mais ils s’avancent masqués par une érudition bibliographique citée beaucoup plus souvent qu’utilisée (Brisson s’est fait le bibliographe officiel de Platon, dont il publie dans la revue Lustrum la chronique consolidée mais nullement critique) et ne prennent que peu position sur les grands débats interprétatifs (sa traduction commentée des Lettres est typique à cet égard ; on attendait pourtant d’un nouvel exégète de ces textes qu’il donne un avis d’expert, mais attendu que Brisson ne sait pas juger avec justesse des mérites réciproques de l’édition Budé de Souilhé et de la nouvelle Teubneriana de Moore-Blunt, il valait peut-être mieux qu’il s’abstienne…). Lorsque Brisson décide d’apporter du nouveau, comme dans son Parménide, le résultat déçoit par sa maigreur et son absence de justifications détaillées. Le Platon GF tient donc d’une oeuvre de vulgarisation des acquis textuels anglo-américains (rarement allemands) mis à la sauce philosophique française ; le lecteur pressé y trouvera une version popularisante ainsi que, vaille que vaille, des introductions et des annotations étendues qui répondront à sa curiosité du moment qu’elle n’est pas trop exigeante, mais il doit savoir que les critiques anglo-saxons traitent ces volumes par le mépris lors même qu’ils représentent un ensemble dont les dimensions inusitées dans n’importe quelle langue moderne auraient dû lui valoir une audience internationale.

    • Cher M. de Monvallier

      Merci pour votre réponse détaillée bien lue supra, pendant que j’y suis, mais je passe la main pour des raisons contingentes. Je trouve néanmoins votre suggestion d’une section « bourse et échange de Pléiades » très utile et pertinente. J’encourage Brumes à l’ouvrir.
      Bien à vous
      FM

      • Oui, je suggère à Brumes d’ouvrir une section à part « Bourse des Pléiades » sur son blog pour mettre en relation acheteurs et vendeurs, ça serait une bonne idée. Histoire de ne pas interférer avec le fil de discussion littéraire et intellectuel proprement dit.

  79. Cher Néo-Birt7

    Notez que je les ai classées (Budé, Chambry, Robin) de 1 à 3. Cet ordre n’est pas seulement celui décroissant des volumes mais aussi mon ordre de préférence.

  80. A vrai dire, l’idée que Robin et Moreau – dont la traduction s’adresse à des philosophes (sur ce plan aussi elle est passible de critiques, mais passons… vous savez comme moi qui fut Robin, qui fut Moreau), pas à des hellénistes – fussent automatiquement remplacés en raison de leur âge et d’une traduction « heurtée » par l’édition Brisson m’agaçait profondément : je suis donc positivement enchanté par votre critique de cette dernière. Elle me confirme qu’à part 1 Budé, 2 Chambry, 3Robin, nous n’avons pas autre chose pour lire Platon.

    Comme vous j’aime Chambry (son Eschyle en Garnier)…

    Il me semble cependant que vous aimiez sinon l’édition du moins la traduction Robin du BANQUET parue en Budé au point de l’avoir qualifiée de meilleure traduction jamais parue ou ma mémoire me trahit : vous me direz ?

  81. J’ai vu que les discussions récentes portaient sur Platon. Je profite de mon retour momentané sur ce blog pour lancer un autre dossier: Plotin (qui aurait du reste toute sa place dans un volume Pléiade, étant donné son importance dans l’histoire des idées de l’Antiquité tardive païenne et chrétienne jusqu’à la Renaissance). Mais à ma connaissance il n’y a pas de projet en cours sur lui.
    Est-ce que Neo-Birt7 (qui a l’air de très bien s’y connaître) est aussi critique sur l’édition « GF » des Ennéades de Plotin sous la direction de Brisson et Pradeau (2002-2010, 9 volumes) que sur leur édition de Platon dans cette même collection? Il me semblait que c’était devenu la nouvelle édition de référence qui remplaçait l’ancienne traduction bilingue d’Émile Bréhier (qui a fait les Stoïciens dans la Pléiade, d’ailleurs) en 7 volumes dans la « CUF » aux Belles Lettres (1924-1938).
    Si quelqu’un a un avis ou une compétence sur la question…

    • J’avais déjà posé la question Plotin à Neo-birt7. Je crois pouvoir dire qu’il est partisan de la traduction Bréhier. Mais c’est vrai ce que vous dites, que c’est devenu l’édition de référence, une connaissance à moi, Thibaut Greiss, professeur de philosophie et directeur de direction chez Ellipse (je crois) me la conseillait. J’ai lu, je suis revenu à Bréhier…
      Francis Moury, un avis? Et que donc reprochez-vous à Hadot? Neo-birt7, êtes-vous également crique de Hadot spécialiste de Plotin, sa « simplicité du regard » vous déplaît-elle aussi?

      • La traduction Bréhier est géniale si on la compare au jargon dont se contentait si souvent son contemporain Tricot quand il francisait Aristote ; reconnaissons-lui encore les mérites d’une belle intuition doctrinale, de celle qui faisait fort défaut à Barthélémy Saint Hilaire sur Aristote, quoique Bouillet ait fait encore mieux que Bréhier (le principal désavantage de sa traduction tenait dans sa base textuelle approximative, rançon de l’époque) et d’un effort poussé de paraphrase du contenu et d’explicitation des enjeux philosophiques dans les notices assez détaillées qui précèdent chaque Ennéade. Malheureusement, le Plotin de Bréhier ne manifeste qu’à un degré assez rudimentaire les exigences de rigueur et de transparence que l’on exige de la part d’un interprète scientifique d’un philosophe majeur dont l’expression est très difficile, concentrée et informelle ; non content de ne pas améliorer substantiellement la très vieille interpretatio Latina de Marsile Ficin (achevée en 1486), pourtant confectionnée sur un texte grec de faible valeur, et de multiplier les fautes et autres négligences (les meilleurs spécialistes sont désormais fort sévères envers lui : « la traduction de Bréhier, ici comme très souvent ailleurs, est une paraphrase arbitraire » Denis O’Brien, « Théodicée platonicienne, théodicée gnostique », Leyde-New York-Cologne, 1993, p. 24 note 14 ; « la traduction française d’Emile Bréhier est souvent erronée » Georges Leroux, « Plotin, Traité sur la liberté et la volonté de l’Un », Paris, 1990, pp. 129-130 ; etc), Bréhier se situe très en-deçà de Stephen McKenna, dont le Plotinus (terminé en 1930) est d’une remarquable finesse d’expression conceptuelle, tout en manquant de fermeté et de profondeur sur trop de passages délicats. Le Plotin Budé perd davantage encore de sa superbe si on le considère sous le versant critique. Manifestement peu doué en manière de technique éditoriale, Bréhier s’est révélé philologue en dessous du médiocre ; il se contente de recueillir l’état du texte légué par le seul éditeur scientifique de Plotin, Adolf Kirchhoff (Berlin, 1856), à ses successeurs, lequel avait certes distingué les bons manuscrits des mauvais puis classé correctement les premiers pour en tirer des Ennéades intelligibles et grammaticalement pas trop bancales (à la différence de la grande édition Moser-Creuser, Oxford, 1835) mais avait, pour ce faire, multiplié les corrections textuelles sans se préoccuper de signaler toujours explicitement ses interventions, si bien que les éditeurs suivants (Volkmann, Müller, Bréhier) impriment souvent les mots de Kirchhoff comme ceux de Plotin. Bréhier équipe sa piètre resucée du texte de Kirchhoff d’un apparat critique postiche reposant sur des principes arbitraires davantage encore que faux et des collations des manuscrits de Paris à l’aloi franchement suspect. Plus de détails chez Paul Henry, « Etudes Plotiniennes II. Les manuscrits des Ennéades », Bruxelles, 1941, 2eme édition 1948, pp. XIII-XVIII, en particulier XV-XVI (un véritable réquisitoire), et Henry et Hans-Rudolf Schwyzer, « Plotini Opera », I, Paris / Bruxelles, 1941, pp. XXVI-XXIX, surtout XXVIII-XXIX. On ne sera pas surpris de savoir que le Plotin Budé constitue l’une des pires réalisations de la collection Budé.

        • Qui veut lire Plotin doit avoir à l’esprit une série de dates :

          – 1951-1959-1973 : publication des trois tomes de la monumentale édition critique d’Henry-Schwyzer, qui reconstitue l’archétype plotinien en l’équipant d’un apparat critique détaillé basé sur un travail de repérage et de collation des manuscrits peu ou prou définitif ainsi que d’un apparat des parallèles. Choix été fait de recourir le moins possible aux corrections textuelles modernes. Toutes les éditions précédentes sont devenues obsolètes avec l’apparition de Henry-Schwyzer maior, car elles n’avaient pas distillé avec assez de rigueur la tradition manuscrite ni exploité de manière exigeante les codices médiévaux, les citations et les parallèles, sans compter les très nombreuses intégrations tacites des corrections de Kirchhoff. On lira la présentation de Pierre Hadot [1963], « Plotin, Porphyre. Etudes néoplatoniciennes », Paris, 1999, pp. 203-210, et surtout celle d’Harold F. Cherniss [1952], aussi bon historien de la philosophie antique qu’éditeur de textes grecs, dans ses « Selected Papers », Leyde, 1977, pp. 501-518.

          – 1964-1977-1982 : parution des trois tomes de l’édition critique mineure d’Henry-Schwyzer dans les Oxford Classical Texts. L’apparat critique été réduit à l’essentiel (on n’y trouvera donc plus les variantes mineures ni les orthographica), comme celui des parallèles, le texte révisé tient compte des recensions de l’editio maior ainsi que des propres travaux des auteurs, et le dernier volume donne une liste des ultimes modifications qu’ils souhaitent faire connaître. Cette editio minor a connu la plus grande popularité savante en raison de ses qualités textuelles, de sa commodité ainsi que de sa facilité d’accès (à la différence de l’editio maior, coûteuse et parue chez un éditeur assez confidentiel). C’est en général le texte de l’OCT qu’exploitent les traductions les plus répandues (Garnier-Flammarion, la Loeb d’Armstrong).

          – 1980 : apparition d’un lexique complet et fiable de la langue plotinienne, aide indispensable à la compréhension de cet auteur si peu enclin à fignoler ses phrases (J. H. Sleeman et Gilbert Pollet, « Lexicon plotinianum », Leyde / Louvain, sur deux colonnes). Avec cet outil seulement devient-il possible de s’approprier le vocabulaire philosophique des Ennéades et de repérer avec certitude les tics verbaux de notre auteur.

          Tout ce qui précède donc la parution des deux premiers tomes d’Henry-Schwyzer maior doit être considéré avec la plus grande suspicion, en particulier les traductions en quelque langue que ce soit. C’est si vrai que la superbe traduction allemande de Richard Harder, parue en 1930-1937, a été entièrement révisée et modifiée impitoyablement en fonction de cette grande édition par son auteur, à partir de 1956 (voir Hadot, op. laud., pp. 183-202) ; achevé par Richard Beutler et Willy Theiler, deux éminents connaisseurs du néoplatonisme, ce Plotin de l’éditeur Felix Meiner est le seul équipé d’un volume entier de commentaire pour chaque volume de texte allemand, disposition excellente et la seule rigoureuse compte tenu des difficultés considérables que pose l’interprétation de Plotin. En français, ce patron inspire le Plotin des éditions du Cerf, lancé par Hadot, où la part de l’exégèse est justement considérable (un volume par traité) ; bien qu’elle soit encore très loin d’être achevée, c’est dans cette entreprise que je conseille de lire le philosophe, bien plutôt que dans la très médiocre édition Garnier-Flammarion, où le choix de collaborateurs peu ferrés en néoplatonisme et / ou débutants non moins que la place minimale réservée à l’appareil scientifique témoignent d’une conception étriquée et peu rigoureuse (ajoutons que l’un des deux directeurs de l’oeuvre, Jean-François Pradeau, est tout sauf un travailleur fiable et un bon helléniste ; voyez https://tinyurl.com/yaspt34k pour un exemple probant).

  82. Par ailleurs, pour rester sur Platon, Léon Robin est mort en 1947, donc ses traductions de Platon pour la Pléiade sont, sauf erreur de ma part, tombées dans le domaine public le 1er janvier dernier. Quelqu’un connaît-il un site Internet où on peut les trouver? Sur Wikisource, par exemple, il y a surtout les traductions (un peu plus anciennes) de Chambry.

  83. Sur le Platon de Léon Robin et Joseph Moreau, Moreau étant mort en 1988, je ne pense pas que les droits tombent des mains de Gallimard avant encore un certain temps.
    Notre savant contributeur philologue Néo-Birt7 reproche à Robin d’avoir insisté dans sa traduction sur les mots de liaisons, les particules : Robin, si ma mémoire est bonne, revendiquait précisément dans son avant-propos (ou la section « notes sur la traduction ») in Pléiade, cet aspect afin d’augmenter la rigueur philosophique, la netteté de l’argumentation rationnelle. Qu’il y ait réussi ou non, qu’il ait raison de traduire « logos » par « Idée », c’est une autre affaire.
    Je maintiens cependant que leur traduction demeure historiquement et philosophiquement importante – devant donc être sauvegardée et préservée soigneusement – à défaut d’être à jour philologiquement.

    Sur Plotin, le Plotin de Bréhier est passible du même évident reproche que celui que Néo-Birt7 ne manquait pas d’adresser à Léon Robin et Joseph Moreau : avoir été établi par un philosophe plutôt que par un philologue. Donc acte mais Bréhier demeure non seulement le plus grand introducteur mais le meilleur interprète français de sa philosophie.
    Son édition-traduction (en 6 tomes répartis en 7 volumes puisque le tome VI est édité en deux parties) demeure, au surplus et sauf erreur de ma part, après avoir examiné internet, la seule intégrale pour l’instant chez nous ?
    La nouvelle édition des Belles lettres propose, sur la base des informations philologiques évidemment exactes parfaitement résumées par notre si précieux contributeur philologue helléniste, un premier tome comportant une gigantesque introduction mais… un seul traité sur 54. Alors que ces 54 sont édités et traduits par Bréhier, mal édités mais bien traduits, nous dit Néo-Birt7 mais en tout cas intégralement édités et traduits.
    Ah je le remercie en passant de la précision concernant l’édition Armstrong parue chez Loeb Harvard, très utile.
    Sur l’intérêt d’un Lexique plotinien, je n’en disconviens évidemment pas non plus mais je n’ai pas souvenir que l’établissement de lexiques platoniciens ou kantiens ait particulièrement changé la donne en matière d’interprétation. Ce sont des outils passionnants pour le philologue, par définition, mais ils sont d’une utilité relative en histoire de la philosophie.

    • Je reproche à Robin d’avoir sacrifié la clarté de la phrase à un rendu, particulièrement lourd et rébarbatif, des idiomatismes syntaxiques propres au grec, parmi lesquels les particules sont le plus voyant comme vecteur des articulations de la pensée ; or s’il est une chose qu’enseigne la pratique du traité fondamental de Denniston « The Greek Particles » (1934, 2eme édition revue et corrigée avec index, 1954), dont on doit douter que Robin en fait son miel tant la première mouture de cette oeuvre à l’empirisme éminemment britannique a peu attiré l’attention chez nous (il n’est même pas certain que Robin a exploité comme elle le méritait la thèse, splendide de lucidité, d’E. des Places « Etudes sur quelques particules de liaison chez Platon « , Paris, 1926), c’est que ces mots-outils ne se prêtent pas à un rendu systématique, même approximatif, en particulier dans notre langue française si pesamment analytique. Robin ne pouvait donc guère que produire une traduction forcée, malhabile, déséquilibrée, en s’attachant à donner des équivalents du moindre petit γε, γάρ, καί, μέν ou οὖν dont seuls les hellénistes vraiment habiles savent quand une virgule, un renversement de construction, un gallicisme, une transposition, conviennent mieux pour en véhiculer la force en traduction. Attendu que Robin s’efforce aussi de reproduire le mouvement des phrases platoniciennes ainsi que l’ordre des mots grecs, par fidélité envers une doctrine universitaire émanant du sommet de la Sorbonne (Louis Havet, etc) qui pesa tyranniquement sur les traductions Budé, on imagine volontiers tout ce que son Platon de la Pléiade s’est imposé comme acrobaties au détriment de l’intelligibilité. Son éditeur en a d’ailleurs rajouté à loisir en imposant l’abandon du saut de ligne après chaque réplique d’un interlocuteur, transformant les Dialogues en une décourageante coulée ininterrompue de prose que les tirets et le nom abrégé des interlocuteurs échouent à structurer visuellement.

  84. Une incidente qui n’a rien à voir le débat supra. Je lis Le tome II du Journal de Junger (Jardins et route) et je m’amuse de voir que l’annotateur à propos de Casanova ne renvoie pas à la Pléiade mais…à l’édition Bouquins ! J’en suis heureux, elle a toujours eu ma préférence et fut la première intégrale. Mais au sein de la Pléiade même, c’est…intéressant.(Note de la age 123 en premier, « ibid., « ensuite).

    • Le Jünger en Pléiade est de 2008, à cette date n’existait en Pléiade que l’ancienne édition, parue de 1958 à 1960 ; la nouvelle édition de Casanova dans la Pléiade date de 2013 et 2015. Peut-être un début d’explication partielle…Laffont lui-même a publié, en avril 2013, dans sa collection « Bouquins », « (…) une nouvelle édition inspirée du manuscrit original conservé à la BnF(…) »

    • A part ça, faites-nous part de ce que vous pensez des journaux de guerre de Jünger. Ils manquent à l’appel chez moi. Mais j’avais eu l’occasion, il y a quelques mois, de lire « Orages d’Acier » et, moi qui ne suis pas le moins du monde un va-t-en guerre (plutôt agneau bêlant), j’en avais été bouleversé et secoué au tréfonds de moi et de mes plus intimes certitudes.

      • Cher Domonkos, cher Restif
        J’abandonne un instant cette belle discussion bibliographique sur Platon et Plotin pour vous recommander de lire Roger Cailllois, « L’Homme et le sacré », éd. Gallimard-NRF qui contient de très belles pages sur la guerre et le sacré, dans lesquelles Caillois cite et interprète sous cet angle de recherche, certains passages du « Orages d’acier » de E.J.
        Je vous recommande aussi un plus récent article de Juan Asensio sur « Orages d’acier », paru et archivé en ligne sur Stalker-Dissection du cadavre de la littérature.

        • J’y vais de ce pas. (Dans ma jeunesse j’ai lu pas mal d’ouvrages de Jünger, mais en évitant soigneusement les écrits « guerriers » (réputés dans ma secte soixantuitarde d’alors quasiment « fascistes ») ; c’est donc au soir de ma vie (j’adore ce cliché, pardon), les oeillères m’étant tombées, et le hasard ayant mis ce livre entre mes mains, que j’y ai plongé. Et quelle plongée ! Ce qui est dit là sur l’esprit guerrier, sur cette véritable addiction, donne le vertige. Quasiment pas un mot sur la pitié, et pourtant le sentiment de pitié nous vient, c’est la grande force de ceux qui n’écrivent pas des traités de catéchisme.

  85. Le hasard, le porteufeuile, le fait qu’à l’époque j’achetzis toute mes Pléiades neuves et la réclame forcené de Léautaud pour Jardins et routes sont causes que je n’ai (pour l’instant!) que le tome II de Junger en Pléiade. Je viens par contre d’y lire quelque chose qui rejoins ce que nous disons du dix-septième sur propagerle feu. « Toute reddition des armes implique un acte irrévocable qui atteint le combattant à la source même de sa force Je suis convaincu que la langue même en est atteinte ». C’est étrange, mais c’est là quelque chose que j’ai toujours ressenti. Ainsi il me semble que notre défaite de 40 ans a brisé quelque chose dans l’âme même de notre langue, de notre littérature. *Sinon j’admire comment Junger reste, en pleine guerre, un européen historique, ne cessant de se remémorer à telle ou telle occasion quelque grand événement ou écrivain. J’aime également la façon dont il décrit la vie de ses hommes, c’est touchant, rien de hautain, un esprit de bonne camaraderie.

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