La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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3 847 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. L’agenda de la Pléiade 2018 est révélé en partie sur internet. Il mentionne D.H. Lawrence. Sûrement un nouvel impétrant quand on connaît l’habitude de l’Agenda…

    • Seules les citations en bas de pages sont tirées de volumes existant ou à paraître. Les noms cités dans le texte du début ne sont pas à prendre à ce point au sérieux, je crois.

  2. On trouve ces textes sur internet en deux clics. Et on peut les acheter pour pas si chers que ça. Et comme le disait d’Ormesson -fin lecteur, reconnaissons-le – ils contiennent des merveilles. Et oui. Les dernières pages des Beaux draps par exemple c’est de la haute dentelle, une danse, un ballet de phrases qui se déplient, se déploient en autant d’échos inépuisables qui se transmuent en musique sans équivalent dans notre langue hormis certains textes de Rimbaud. De même qu’il y a des pages hilarantes dans Bagatelles, Gide là écrit, d’ailleurs. Les flics de la pensée m’emmerdent. Qu’ils aillent sur Ouma.com, qu’il aillent donc se bastonner pour empêcher que les petits juifs d’aujourd’hui puissent s’inscrire normalement dans nos collèges et lycée, parce que malheureusement, et ça c’est atroce, ils ne le peuvent pas dans plusieurs banlieues et autres pays maudits de notre « bonne » France. Il est évidement plus simple et combien plus facile de faire de la réédition des pamphlets un symptôme de la résurgence de l’horreur ( ou peste, typhoïde, scarlatine, sciatique), brune. Et les notes sont-elles bien indispensables? faut-il vraiment établir un cordon prophylactique autour de ces rééditions? On est grands non? Et si je veux bien qu’on fasse une intro soignée, une annotations anti-nazii minutieuse me semble une momerie ineffable. qu’on s’attaque donc à l’antisémitisme ACTIF d’aujourd’hui, ce sera autrement plus utile. Évidemment, c’est plus dangereux.

    • Ami Restif,
      Je ne pense pas que tous aient le recul suffisant pour lire Bagatelles. Les notes sont bienvenues.
      Prenez cinq minutes pour lires les commentaires de la version en ligne du Monde, par exemple (un article au hasard, peu importe) ; ou allez sur Facebook ; ou écoutez les conversations de ce Noël, à table, en famille ; et vous comprendrez de quoi je parle.
      Si nous étions entourés d’adultes à l’esprit critique, depuis le temps, ça se saurait.
      Et plus intimement :
      Tous ici, j’en suis certain, avons lu trop tôt des classiques que nous comprenions à peine (pour ma part, la poésie de Hugo, à peine savais-je lire (essentiellement parce qu’il n’y avait que cela de disponible en « beaux livres » dans la bibliothèque familiale, et que le cuir grolesque des couvertures, déjà, m’attirait)). Pour les enfants d’aujourd’hui qui seront les contributeurs de demain de ce site, souhaitons des notes de bas de page !

  3. Moi je veux bien, j’ai déjà les textes et les cordons sanitaires ne viendront pas briser la linéarité de la lecture (pour donner un complément poli à « briser » ^^). Et quelles notes vous allez mettre? Lorsque Céline écrit que Racine, Louis XVI etc sont juifs, il faudra mettre une note pour dire 1) que c’est faux. 2) que c’est du délire? Il me semble qu’une solide introduction précisant les conditions historiques du problème (sortie de Bagatelles en 37 je crois, L’école des cadavres l’année d’après, enfin là c’est à vérifier encore plus) Les beaux draps en 41 et surtout, ce qu’on le plus reproché à Céline, l’autorisation de republier les deux premiers pamphlets sous l’occupation. Ce qui n’est pas le pire, celui-ci étant plutôt les lettres envoyées à Je suis Partout ou dans la revue de l’ancien secrétaire de Gide , Combelle , lettres que Céline savait parfaitement etre destiné à la publication. après, il pourra dire ne pas avoir écrit d’article… Celle sur Desnos est repoussante. Mais le génie n’a pas a être vertueux. On pourra aisément répéter tout ce qui a déjà été dit, L’Eglise déjà, et ce qu’elle montrait de signes d’antisémitisme, le coté décalage avec Mort à crédit où l’antisémite est moquée, et drument (pas Drumond!). Les notes, encore une fois, je ne vois pas trop. Il en faudra une quasiment à chaque mot et les lecteurs se rueront sur les éditions sans notes ni introductions du coup. Mauvaise stratégie à mon humble avis, alors qu’une solide intro… tout cela ne m’empêche pas de penser que ce n’est pas la lecture de Céline qui peut rendre quelqu’un antisémite, vous avez bien plus efficace dans le genre et pas du tout interdit. Miser sur la bêtise des gens est à mon sens contre-productif. Maintenant, ce débat, je m’en fiche un peu, Céline et Céline en entier est déjà dans l’histoire de la littérature où il restera. Mon très cher Draak, ne prenez surtout pas pour vous le « je m’en fiche » tapé très vite, car de vous nullement ne me fiche et respecte votre avis. Simplement, le drame de l’antisémitisme en France aujourd’hui il est dans les faits quotidiens, il est dans les paroles de ce directeur conseillant à un juif de ne pas mettre son fils dans son école, et c’est là un discours qui a lieu à chaque début d’année scolaire ou chaque fois qu’on tâte l’eau pour une inscription. La république à complètement baissée les bras, et ça, c’est une honte et un drame, je le répète. Je voyais récemment sur la chaine parlementaire un reportage sur des gens partis de France pour Israël, parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité en France, et de fait… Ça me semble autrement plus important que ce problème des pamphlets. De toute manière, ce qui peut servir les ordures dans ces textes circulera (circule) sur le net, sorti des livres et sans la moindre note.

    • C’est une excellente nouvelle que l’annonce de la sortie du troisième volume de Stevenson !

      Je viens de terminer Delphine de Madame de Staël. C’est bien écrit, mais il faut quand-même être motivé par les romans d’amour classiques pour goûter tout le sel de long roman épistolaire.

    • Suis-je le seul à trouver déplaisants et le délai de treize ans écoulé depuis la parution du second tome de Stevenson, synonyme peut-être de languissement du manuscrit chez Gallimard (à l’image du Vigny I, par Germain et Jarry, publié en 1986 mais remis dès 1976 au témoignage du second des éditeurs [‘Vigny 1979’, Romantisme 1979, p. 231 note 91], donc passablement daté dès sa parution) et la reconduction de l’équipe éditoriale qui nous valut les étiques Stevenson I-II ?

      • Vous n’êtes pas le seul, hélas : à l’achat de ces Stevenson on retrouvait les éditions très peu annotées du type « Defoe », qui remonte à … l’année de ma naissance, or je ne suis pas jeune.
        Meilleurs voeux à tous, et souhaitons un avenir meilleur

  4. Sur le même modèle que Stevenson et Melville, après le message de pléiadophile, je me prends à rêver d’une belle édition des œuvres romanesques et nouvelles complètes de D.H. Lawrence. 1 Amants et fils et autres romans (1911-1915) 2 Femmes amoureuses et autres romans (1920-1926) 3 L’amant de Lady Chatterley et autres romans (1927-1930). Le dernier volume réunirait tout le cylcle Mexicain, comme le volume collection Bouquins. Ça aurait de l’allure ! Mais bon, nous avons plus de chance de voir bientôt un second (voire un deuxième ?!!!!) volume d’Ormesson….

  5. D.H. Lawrence c’est un calibre nettement supérieur à Jean d’Ormesson. C’est plutôt avec D.H. Lawrence qu’avec Jean d’Ormesson que j’aurais aimé discuter de l’oeuvre de Roger Caillois, soit dit en passant, « by the way », comme disent nos amis d’outre-Manche qui simplifient en écrivant, sur internet, « btw ». « By the way » parce que l’un d’entre vous se souvenait avec émotion d’une conversation entre d’Ormesson et lui sur Roger Caillois.
    Je saute du coq à l’âne mais… en lisant le catalogue de la Pléiade, section « éditions illustrées », j’ai examinée la répartition des titres de D.A.F. de Sade dans les trois tomes (1990+1995+1998) de ses Oeuvres et dans le quatrième tome (2014) qui est un choix opéré dans les trois antérieurs.

    Le tome I (1990) =
    1782 (Dialogue entre un prêtre et un moribond)
    +1785 (Les 120 journées de Sodome ou L’Ecole du libertinage)
    +1793 (Aline et Valcourt)

    Le tome II (1995) =
    1787 (Les Infortunes de la vertu)
    +1791 (Justine ou les malheurs de la vertu)
    +1799 (La Nouvelle Justine)

    Le tome III (1998) =
    1795 (La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux)
    +1799 (Histoire de Juliette ou les prospérités du vice)

    Le volume édité en 2014 =
    1785 (Les 120 journées de Sodome ou L’Ecole du libertinage)
    +1791 (Justine ou les malheurs de la vertu)
    +1795 (La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux)

    Le seul qui soit vraiment cohérent me semble être le tome II puisque ce tome II de 1995 restitue successivement les trois versions successives de « Justine ».
    Bien sûr, « Histoire de Juliette ou les Prospérités du vice » fut publié à la suite de « La Nouvelle Justine ». En outre, certaines pages de « Juliette » mettent en scène le personnage de Justine (y compris sa mort dont sa soeur est témoin, si j’ai bonne mémoire), constituant donc de facto un prolongement de la série Justine. On doit considérer « Juliette » comme étant son dernier volume de l’histoire de « Justine ». Mais je conviens qu’il était impossible de faire tenir en un seul volume l’ensemble de la série : IV + JMV + NJ + HJ ou PV. C’est pourtant cet ensemble qui doit être envisagé, tant thématiquement que chronologiquement, comme formant un tout.
    Du coup, c’est lui qu’il fallait éventuellement restituer ensemble en 2014.

    Le problème posé par « Les 120 journées de Sodome ou L’Ecole du libertinage » est différent. Lely considérait que Sade, navré par la perte du manuscrit, avait passé sa vie à le réécrire. Peut-être mais toujours est-il que l’oeuvre parvenue jusqu’à nous est inachevée. Dans l’oeuvre de Sade, il s’agit d’une oeuvre à la structure unique, originale, inédite. Il me semble qu’il aurait mérité un tome pour lui seul.

    Sur le plan chronologique, j’attends systématiquement qu’une édition d’oeuvres, complètes ou non, suive l’ordre chronologique d’écriture et / ou de première parution. Force est de convenir que le « choix » 2014 respecte un tel ordre. Il offre la possibilité de trois coups de sonde intéressants.

    Mais alors pourquoi n’avoir pas suivi cet ordre pour les tomes I, II, III déjà publiés ?

    C’est ici qu’interviendrait le second critère possible justifiant la réunion des oeuvres au sein d’un même tome : mais quel serait-il, en l’état ce critère ?
    Le tome I offre un court dialogue philosophique, une oeuvre clinique et surréaliste inclassable et très ample mais inachevée, enfin un roman philosophique assez ample mais beaucoup plus classique de forme comme de fond.
    Le tome II offre les trois version de l’histoire de Justine.
    Le tome III propose un court roman ou une longue nouvelle en forme de dialogue suivi d’un énorme roman formant la suite naturelle de l’histoire de la soeur de Juliette, suite naturelle contenant aussi des pages nouvelles sur Justine.

    Je propose, oubliant le choix 2014 qui demeure un choix intéressant (bien que sans justification précise, ni chronologique ni thématique) de rééditer les trois tomes des oeuvres (incomplètes) en adoptant :
    – soit un plan strictement chronologique
    – soit un plan regroupant l’ensemble Justine + Juliette en deux tomes, tout le reste formant le troisième tome. J’ajoute une suggestion : en cas de manque de place pour réaliser ce second plan, sacrifier sans hésiter « Aline et Valcourt ». Ce dernier pourrait tenir son rang dans un quatrième tomes d’oeuvres choisies qui regrouperaient des romans et nouvelles divers tels que « La Marquise du Gange », « Aline et Valcourt », « Les Crimes de l’amour », etc. Et, si la place manque toujours, sacrifier également le « Dialogue entre un prêtre et un moribond ». Je sais bien que Pierre Klossovski avait préfacé (en donnant une version courte de son étude « Sade mon prochain ») un beau volume d’oeuvres choisies de D.A.F. de Sade au Club français du livre qui contenait côte à côte le « Dialogue » et « Justine ou les malheurs de la vertu » mais on était en présence d’un « choix » d’esprit analogue au choix 2014. Je ne veux parler ici que des tomes I, II et III qui pourraient devenir éventuellement des tomes I, II, III et IV.
    Reste le grand absent de ce florilège : la correspondance de D.A.F. de Sade. Le roman, le dialogue philosophique, la nouvelle … Pléiade, encore un effort si tu veux être révolutionnaire : un tome de correspondance ne serait pas de trop.

    • On ne peut plus logique (voire indispensable). D’autant plus que… du vivant du Marquis…

      « Donatien Alphonse François de Sade
      La Nouvelle Justine
      suivie de L’histoire de Juliette, sa soeur’
      volume 1 à 4
      En Hollande, 1797.

      • Par contre, je ne suis pas si sûr de la nécessité d’inclure dans ce vaste cycle « Les Infortunes » (dont l’exhumation de la masse du work in progress sadien est trop bien connue pour que je m’y étende) : à mon sens, elle serait écrasée sous le poids de ce monument dont elle ne constitue nullement le piédestal (cf. derechef les conditions de son édition).

        Je la trouve en bien meilleure compagnie – et bien mieux mise en valeur dans ce qu’elle a d’unique – avec les contes et nouvelles.

        Il n’est pas certain non plus que la chronologie soit si pertinente (que je privilégie en général voire presque toujours), dans le cas de Sade, quand on sait à quel point l’écriture et l’édition de ses oeuvres ont été contrariées par les aléas de son existence et même au-delà, dans leur destinée posthume.

  6. Navré pour les coquilles de forme dans le commentaire précédent : publié en ligne sans avoir relu au préalable… sur le fond, en revanche, j’attends évidemment vos commentaires éventuels avec intérêt.
    PS à l’attention de Néo-Birt7 : je lis un ancien cours dactylographié d’agrégation sur le néo-stoïcisme dans les « Pensées » de Marc-Aurèle (qui devait être au programme vers 1969 ou 1970 car il me semble que ce cours date de ces années, si j’en juge par la bibliographie, d’ailleurs très lacunaire et mal établie) dans lequel l’auteur du cours ne mentionne pas une seule fois le titre alternatif, pourtant connu et parfois même utilisé en France pour certaines éditions, à savoir le fameux « Pensées pour moi-même » ! J’ai beau m’attendre à tout, ce genre de lacune ne laisse pas de me surprendre encore.

  7. « Bon bout d’an » à tous (comme on dit dans mon pays d’adoption) et tous mes voeux pour une année 2018 remplie de belles et bonnes Pléiades, de délices de lecture et autres plaisirs.

  8. Bien qu’étant à la retraite de ce blog, je me permets une petite incursion critique sur le « coffret » Tolstoï à paraître en mars 2018. Je trouve ça franchement « abusé » (comme disent les jeunes) de nous fourguer dans ce prétendu « coffret » un Guerre et Paix datant de 1945 sans aucun appareil critique et un Anna Karénine-Résurrection du même genre datant de 1951. Alors même que paraît en février une nouvelle édition des Misérables pour remplacer le vieux volume de 1951. Il faudrait refaire totalement ces Pléiades Tolstoï qui ont entre soixante et soixante-dix ans (!) et, au lieu de ça, Gallimard nous inflige encore un coup marketing…
    Bonne année 2018 à tous malgré tout.

    • Une consolation : Henri Mongault est le meilleur traducteur de La Guerre et la Paix en français qui soit. Et cette traduction n’est disponible qu’en Pléiade. Elle n’a jamais été reprise en édition de poche, à mon grand étonnement. Quant aux notes, il y en a quelques-unes (en bas de page), sans compter un index historique et un sommaire des chapitres bien utiles. Bonne année à vous.

      • Merci de cette précision. Diriez-vous que cette édition demeure malgré son âge la meilleure? Qu’en est-il des autres éditions de poche qui ont fleuri depuis?

        • Il n’y a pas beaucoup de traductions de ce livre à disposition. Celle d’Elisabeth Guertik (au Livre de poche), celle de Boris de Schloezer (en Folio), celle de Bernard Kreise (en Points/Seuil, version courte) et naturellement celle d’Henri Mongault (en Pléiade). D’après Dominique Fernandez, dans son livre Avec Tolstoï, c’est cette dernière qui est la meilleure et il le montre en citant plusieurs exemples. C’est pourquoi je vous conseille de la lire dans cette édition, même si vous n’êtes pas obligé d’acheter le coffret. Il n’y a pas d’appareil critique, la traduction est un peu ancienne mais elle vaut le détour.

        • Pour avoir lu La Guerre et la paix ainsi qu’Anna Karénine dans d’autres éditions, dont celles de poche que vous évoquez, en effet, la version Pléiade est de mon point de vue la meilleure, bien que la traduction de Boris de Schloezer soit également agréable à lire. Fuyez l’édition au Livre de poche (de toutes façons, le livre vous tomberait des bras au bout de quelques pages !).
          Quant à l’appareil critique, s’il vous intéresse, il existe des dizaines de livres qui traitent de ces deux chefs-d’œuvre de Tolstoï.
          L’édition en Pléiade correspond à l’esprit d’origine du fondateur de la collection : « mettre à la portée du grand public les grands textes de la littérature classique ». Pour ma part, c’est ce que j’apprécie à La Pléiade, et non les digressions pléthoriques de ces critiques en mal de reconnaissance qui ont réussi un temps à coloniser des pans entiers de la collection, avec de désastreuses et inutiles poussées de logorrhées dont paroxysme fut atteint dans les années 80 à 2000. Gallimard semble avoir entendu le public et commence à rectifier le tir depuis quelques temps, se recentrant sur le cœur de son métier d’éditeur, à savoir la mise en valeur des textes d’écrivains.
          Bonne lecture et bonne année à vous. 🙂

          • Votre opinion est minoritaire sur le site, vous le savez ; elle n’en est pas moins respectable. Ce n’est donc pas par démagogie que je vous réponds, mais parce que j’estime votre intervention très discutable, et quelque peu brutale, sur au moins trois points :
            – les critiques en mal de reconnaissance : ce terme peut s’appliquer à quelques cas, tout au plus, mais il est malveillant de le généraliser. De toute façon, le choix de ces éditeurs incombe à Gallimard, donc la « responsabilité » de ces supposées « logorrhées » inconvenantes relève de Gallimard lui-même : je suis convaincu, pour ma part, que chaque éditeur choisi a tenté de faire au mieux, y compris dans la médiocre (selon moi) période actuelle, avec ses propres compétences, et aussi ses préjugés (dans tout domaine du savoir il y a des chapelles, des rivalités, …, j’en suis conscient), en s’adaptant aux contraintes qui lui sont imposées. D’ailleurs, le principal reproche que je ferai aux éditeurs actuels est de collaborer aux desiderata de Gallimard, c’est-à-dire d’accepter la direction de ces éditions, d’une pauvreté éditoriale navrante. Ainsi, ce seraient plutôt les éditeurs actuels qui seraient condamnables, soit parce qu’ils n’ont rien à nous dire, soit parce qu’ils estiment que la direction d’une Pléiade, et la reconnaissance médiatique qui l’accompagne (incomparablement supérieure, sans doute, à l’éventuelle reconnaissance universitaire) s’accommode bien de ces compromissions.
            – la mise en valeur des textes d’écrivain : bien entendu, lorsqu’il s’agit d’une traduction, en particulier, mais aussi plus généralement, et à un degré équivalent, par le choix de l’édition publiée, la qualité du texte est un élément essentiel de la « mise en valeur » de l’oeuvre, mais il n’est pas le seul. Si c’était le cas, pourquoi n’achetez-vous pas des éditions de bibliophile, dont le choix du papier, de la reliure, et d’éventuelles illustrations originales, constitueraient un écrin bien plus prestigieux que nos Pléiades ? Je pense personnellement que l’appareil critique est un complément qui contribue grandement à cette mise en valeur en élargissant les perspectives que nous révèle le texte.
            – entendre le public : cela n’a jamais été un élément de qualité éditoriale, mais un aspect exclusivement commercial (adapter l’offre à la demande). Car si l’on suivait cette direction unique, on ne publierait plus que des best-sellers, ou des livres susceptibles de le devenir, ne présentant aucune difficulté de déchiffrage, aucune forme de réflexion, aucune ouverture sur un imaginaire autre que banal (en particulier la poésie disparaîtrait de l’édition traditionnelle) : on reconstituerait ainsi une barrière d’ignorance entre le public et le monde de la culture ou de la réflexion ; franchement, croyez-vous que les quelques oeuvres classiques étudiées à contre-coeur par le plus grand nombre, à l’école, suffiraient à rompre cette barrière (pour le grand public, Proust est un auteur « assommant ») ? D’ailleurs la télévision a choisi cette voie depuis longtemps : disponibilté des cerveaux pour la publicité, et nous en constatons le « mal-fondé » (mieux-disant culturel, où es-tu ?). En termes de culture, cela revient aussi à situer Johnny H au-dessus de Ravel, Mickey-Mouse au-dessus de Rembrandt, etc …
            Je ne vous en souhaite pas moins une excellente année 2018, avec des Pléiades plus étoffées, si possible.

  9. Chers amis,

    Je vous annonce très rapidement (car si je ne mets pas un costume immédiatement, mon épouse va me couper la tête) la naissance du site :
    https://propagerlefeu.fr/
    …qui est amené à recenser les mérites des meilleures éditions des grands classiques de la littérature.

    La structure principale est en place et sera alimentée dans les quelques jours à venir.

    Pour l’instant, les interventions sont ouvertes uniquement sur deux auteurs (Homère et Shakespeare), ainsi que sur Gilgamesh ; à titre d’essai technique, dirons-nous.

    Toute votre indulgence pour ce qui n’est encore qu’un brouillon tristounet. Les plus grands voyages commencent en ouvrant la porte de sa maison.

    J’invite Neo-Birt7 à inaugurer le site avec Gilgamesh ou Homère ; pour toute la partie antique, je dois avouer que je compte sur sa participation active ! Quant à Shakespeare, je crois que tous ici avons notre mot à dire…

    En attendant d’améliorer ce premier jet à l’aube de 2018, je vous souhaite à tous un excellent Réveillon, une année pleine de projets et, bien sûr, de belles découvertes de lectures.

    (J’ai terminé l’année avec la déprimante, mais excellente trilogie d’Agota Kristof, que je conseille à tous et m’apprête à commencer 2018 accompagné de La Condition Magique, de Hubert Haddad… Arg, ma femme arrive).

    • Bel effort, Draak, et surtout belle profession de foi que la page d’accueil du site.
      Ce sera – enfin – l’occasion pour nos exégètes de s’exprimer librement sans sortir de leur sujet !
      Merci pour cette excellente initiative qui, je l’espère, permettra de recentrer les discussions ici sur La Pléiade. 🙂

      • Merci Lombard,
        Je travaille maintenant pour que la profession de foi devienne la réalité d’un site pleinement fonctionnel.
        Je remercie ici publiquement Neo-birt7 pour sa première intervention sur Gilgamesh.
        Amitiés à tous.

      • Vous avez la page face book centrée sur la pléiade et uniquement la Pléiade. N’oublions pas que quelqu’un qui ne lirait que la pléiade passerait à côté d’œuvres totalement indispensables ( Petrarque, T.Mann, Lowry, journal de Ramuz, Artaud, Diadorim et combien d’autres. En culture dite générale Les deux corps du roi de Kantorowicz ou La renaissance en Italie de Jacob Burckhardt). quoi qu’il en soit, vous avez tout loisir de faire sur Face book toutes vos dévotions à la Pléiade -après tout, ça a été créé pour ça et précisément pour ouvrir un peu ce blog sans qu’il n’ y ait plus sujet à plaintes – et souffrez que nous parlions (parfois) d’autre chose. Ce que d’ailleurs nous continuerons allégrement à faire tant que Brumes l’acceptera.

    • Merci beaucoup DraaK pour ce beau site. J’y ai cherché en vain une adresse de contact (en tout cas, vous avez la mienne: je viens de poster un commentaire à Homère).

      • Merci beaucoup.
        Pour information, la première intervention individuelle est modérée, puis les commentaires sont libres.
        L’espace de discussion est créé et ne dépend que de vos interventions pour se développer et trouver son utilité.
        Dès que le sujet concernera la Pléiade, je renverrai vers le site de Brumes.

  10. 2018, année Moravagine ! Libérons les grands fauves démoniaques. Que milles et milles pages fleurissent rouges. Excellentes ondes à tous.
    « Il est midi.Le soleil verse de l’huile bouillante dans l’oreille du démiurge endormi. Le monde s’ouvre comme un œuf. Il en jaillit une langue ondoyante et congestionnée. Non, c’est minuit. La veilleuse m’exténue comme une lampe à arc. Mes oreilles tintent. Ma langue pèle. Je fais des efforts pour parler. Je crache une dent, la dent du dragon. »

  11. Henri Mongault n’est pas le meilleur traducteur de Guerre et Paix, loin s’en faut. Mongault a traduit Tolstoï de la même manière qu’il a traduit Dostoïevski, en polissant leur style, c’est-à-dire en le francisant à l’extrême, en supprimant les phrases qu’il jugeait répétitives, les mots qui les choquait, etc., une conception (caressante) de la traduction très datée. Schloezer et Guertik sont beaucoup plus respectueux du texte original. Ça saute aux yeux quand on prend la peine de comparer les traductions. Ça saute encore plus aux yeux quand on comprend l’anglais et qu’on s’appuie sur la traduction de référence – à quatre mains – de Richard Pevear et Larissa Volokhonsky.

    • Typique d’un certain snobisme plus ou moins intello qui est insupportable à la plupart des lecteurs, ces pauvres béotiens : comment ces derniers osent-ils préférer une traduction agréable à lire dans la langue d’arrivée plutôt qu’une traduction « plus proche de l’original » donc ni russe ni française ? et pourquoi ne vont-ils pas lire la « traduction de référence » en anglais (ce qui revient, de facto, à préférer une « traduction au carré », genre honni entre tous) ? On croit rêver !

      Vous venez (presque) de me convaincre d’acheter ce coffret (ce qui n’était absolument pas dans mes intentions premières.)

      • Que me chaut que la « traduction de référence » soit en anglais ? Ainsi donc, moi, pauvre lecteur francophone et, pardon d’étaler mon inculture, uniquement francophone, pour choisir la meilleure traduction dans ma langue natale d’une oeuvre écrite en russe, il va falloir que j’apprenne d’urgence la langue de Shakespeare. Et si, demain, quelqu’un affirme que la « traduction de référence », le must des musts, est en javanais, vais-je devoir apprendre le javanais pour pouvoir savourer pleinement « Guerre et Paix » en français ?

        Bien sûr, bien sûr que je pousse le bouchon un peu loin, mais c’est exprès, parce que j’en ai soupé de ces détenteurs de vérité ultime. Mon prochain bouquin, je vais l’acheter les yeux et les oreilles bouchées, ça ne sera pas pire que cette cacophonie.

        • Je me fais la même remarque pour le cinéma étranger. Les « vrais » cinéphiles ne supportent pas les doublages. Passe encore s’il s’agit d’une langue très connue (anglais, espagnol, italien …et encore) mais à moins d’être linguiste, je ne comprendrai jamais l’intérêt d’aller voir un drame social coréen ou finnois en VO alors qu’aucun spectateur ne parle ces langues. Personnellement, je ne peux pas voir le film, les décors, le cadrage, l’éclairage si je suis obligé de lire tout le temps. De plus, pour les langues que je connais, je m’aperçois vite que la traduction n’est qu’approximative et je ne parle même pas des fautes d’orthographe de plus en plus présentes maintenant dans les sous-titres. Bren, ce n’est que du snobisme prétentieux.
          Cela dit, je souhaite une bonne année de lectures à tous.

  12. Moi j’aime les VO et je vous assure que ce n’est aucunement par snobisme, mais bel et bien parce que la voix des acteurs participe étroitement de l’ambiance, leur jeux est indissociable de cette voix unique qui vit la scène. La tonalité générale compose le paysage sonore, l’accentuation, l’articulation, font corps avec le rythme entier du film, dans la fusion son/images. Il est vrai que je lis extrêmement vite, ça ne me gène pas du tout. J’étais déjà comme ça à 12 ans, je ne supportais pas les vf pour les films dits d' »arts et d’essais » ( étiquetage qui, m’a toujours paru participer, lui, d’un certain snobisme et d’une plus encore certaine idiotie). Par contre, sur les traductions, je rejoins totalement l’ami Domonkos. La traduction de référence de Shakespeare est allemande, bon, ça ne change rien pour moi. Celle du fils Hugo (qu’il me pardonne cette réduction mais je ne me souviens que de son prénom: François) me suffit amplement. Gide n’est pas mal. Ah , c’est un site des meilleurs traductions qu’il faudra créer un jour!
    Au fait, bravo Draak. chapeau bas. Si l’occasion se présente (sur Sade ,ou Jarry par exemple) je participerais avec plaisir.

    • Bonjour Restif,
      Sade et Jarry seront donc mes prochaines « ouvertures ».

      Brumes,
      Je me permettrai de transférer ici par copier/coller tout commentaire qui concernerait la Pléiade.

      • Avec plaisir mais il vous faudra attendre que j’ai regagné les terres de ma bibliothèque (étrange façon de s’exprimer). Pas avant 5 ou 6 jours. Et puis vous savez, pour Sade je n’ai qu’une édition a conseiller (déjà donnée ici mais je recommencerai) et pour Jarry, un « œuvre complète » et une autre façon de l’éditer, livre à livre, très annotée -chez les pataphysiciens. Vous pourriez essayer Proust d’abord, tout le monde vante la Pléiade mais moi j’apprécie beaucoup l’édition Bouquins, dont les notes sont souvent remarquables. On oublie trop Bouquins, pour Shakespeare, ils furent les premiers à faire une intégrale bilingue et ce sont eux qui éditèrent d’abord Casanova. Enfin, quoi qu’il en soit, à bientôt.

  13. Ps je lis vite les sous-titre (c’est quasi instantané) pour les livres c’est tout autre chose, ça dépend. Je ne lis pas Cendrars à la même vitesse que Bolano.

  14. Je suis désolé cher Draak mais une meilleur lecture de votre présentation me laisse un tantinet (un gros tantinet) désappointé. Disons que je ne corresponds pas au profil demandé. Vous posez en effet la Pléiade comme étant, à preuve du contraire, LA meilleure édition. Or c’est faux. Pour Sade, c’est l’édition Lély du cercle du livre précieux, complète, avec correspondance et biographie,bien que celle de Pauvert sortie il y a deux ans environ me semble plus objective (la biographie s’entend), Mais Sade est-il vraiment un « classique »? Pour Stendhal, c’est l’édition du cercle du livre précieux (50 volumes qu’on trouve pas trop chers), Pour Flaubert, c’est le Club de l’honnête homme (16 volumes), pour Balzac c’est également le Club de l’honnête homme (24 volume) pour Apollinaire c’est l’édition Balland-Lecat. Ce sont là des éditions réellement complètes, avec pour Flaubert et Balzac les pièces de théâtre, par exemple (il faut lire le Candidat de Flaubert!). Bref, je vous trouve trop pro Pléiade. Vous me direz que ces éditions ne sont pas toujours aisées à trouver. c’est vrai. Mais on les trouve, plus facilement d’ailleurs que certaines pléiades. Et je ne suis pas du tout d’accord avec vos vues sur ce qui est classique. Bloy est adoré de Kafka, c’est l’un des auteurs de chevet de Borges, il revient souvent chez Junger, -et en quels termes! Mais voilà, les veaux de lettres ne se précipitant pas sur lui vous l’écarterez des « classiques ». Mais vous mettrez des noms d’inconnus parce qu’ayant été de quelques utilités dans l’antiquité. Si on met Jarry, c’est uniquement parce qu’il est en Pléiade, il est très peu lu.. Mirbeau l’est d’avantage. Jarry est-il même vraiment un « classique » comme l’est Goethe ? non, évidemment. Cendrars maintenant qu’il a ses quatre pléiades, ça y est, c’est un « classique », parce qu’en Pléiade ? de toutes façons la meilleure édition est l’édition TADA, 15 volumes chez Denoël, avec les textes des reportages. Il est vrai qu’on y trouve pas » « Les armoires chinoises », entre autres, et que là, la pléiade ayant profité des travaux de l’éditeur de TADA qui est celui de la Pléiade, Claude Leroy (homme charmant ayant consacré sa vie à cendrars) peut prétendre à une certaine primauté. Mais chacune propose des textes que l’autre ne propose pas. Alors, quid de « la meilleure édition ».
    J’admire votre œuvre, mais je me demande si vous ne devriez pas vous en tenir aux purs « classiques » type Goethe, Hugo etc. Bref, ce que les gens lirons parce qu’il y a la belle étiquette dessus et qu’ils n’auraient jamais lus sans ça. Je vous dis ça aimablement et dès que j’ai le temps je ne refuse pas de vous envoyer quelques petits renseignements bibliographiques (pas de notice! sur Sade, ce serait d’une longueur efffffroyable et sujet à discussion. Par contre, on peut ajouter une petite bibliographie par auteur). Mais mettre systématiquement la pléiade en tête alors qu’ils sont de plus en plus souvent dépassés par Champion ou Garnier me semble exagéré. Cependant, il faut bien commencez quelque part, partir d’un parti-pris. Bon, ne voyez donc là qu’une critique d’amateur (d’aimer)..

    • Cher Restif,

      Je suis si déçu de vous avoir désappointé. Vous m’avez mal perçu, je crois :

      Il me semble avoir fait, en page de garde, de la Pléiade une présentation assez équilibrée : j’en souligne les qualités et les défauts qui me sont perceptibles.

      Si elle était la meilleure édition, le site propagerlefeu.fr n’aurait justement aucune raison d’être.

      Je place la Pléiade par défaut, comme je place les Belles lettres par défaut pour l’antiquité ; mais ce n’est qu’un à priori qui est proposé à la discussion, justement. Libre à vous de dire le contraire. C’est même tout ce que je souhaite. Si d’ailleurs, j’ai moi-même connaissance que la Pléiade est insuffisante (j’ai en tête Hugo… mais il y en a des dizaines; je suis si inculte. C’est pour cela que j’ai besoin de vous tous), je ne la mettrai pas par défaut. On pourrait me dire de la même manière « pourquoi les Belles lettres » pour l’antiquité ? Je suis sûr que Neo-Birt7 aurait là-dessus un avis qui, exposé comme il sait le faire, me laisserait tuméfié dans un coin de ma cave. Heureusement que je n’ai pas de cave.

      Fallait-il, dès lors, indiquer une édition « par défaut » ? Ne fallait-il pas laisser le champ libre ? Mon parti pris (car c’en est un, mais clairement affiché) ne fait que reproduire sur le site mon comportement IRL :
      Lorsque je veux lire un auteur, je prends les Belles lettres s’il relève de l’antiquité ; je prends la Pléiade sinon. Quitte à parfois apprendre, ici même, que l’édition n’était pas si terrible que cela. C’est pour éviter à d’autre ce désappointement que j’ai voulu créer le site et ouvrir les discussions si d’autres sont d’un avis contraire. C’est bien le site de Brumes et toutes nos longues et passionnantes discussions qui m’ont fait prendre conscience que la Pléiade, malheureusement, n’était pas toujours le bon réflexe ; les mêmes discussions m’ont poussé à ouvrir le site pour rectifier, précisément, le tir. Maintenant, avant d’investir dans un(e) Pléiade, je jetterai un oeil sur mon propre site pour voir s’il n’y a pas d’avis contraire. J’ai déjà téléchargé l’intégrale du site de Brumes pour faire des recherches textuelles dans le même but ; mais un site structuré avec une page par auteur sera, avouons-le, plus pratique.

      Je signale bien, par la mention [par défaut] que l’indication est à prendre avec de grosses pincettes en l’absence de discussion sur le sujet.

      La difficulté à trouver les éditions n’est pas vraiment un critère. Dans notre monde béni, qui veut trouver trouve. Le plus provincial (dont je suis ; après moi, il y a la mer) peut trouver sur des sites dédiés tous les livres d’occasion qu’il veut bien.

      Vous aurez aussi bien flairé que « la meilleure édition » n’existe tout simplement pas. J’ai voulu, modestement, ouvrir un espace de discussion des mérites de chacune.

      J’ai hésité à ne présenter que les « purs classiques » ; tout comme j’ai hésité à même intégrer le XXeme siècle. Mais au delà du fait que je veux aussi pouvoir lire le magicien d’Oz dans la meilleure édition possible (et les différences de niveaux, sur ce livre précis, me paraissent abyssales), l’ouverture de pages dédiées à d’autres auteurs, y compris des contemporains ou des modernes pour lesquels il n’y a aucune difficulté d’établissement du texte, est aussi l’occasion de discuter des biographies, des études, des articles, des sites ou vidéos qui peuvent être intéressants. « La meilleure édition » n’est qu’un point d’accroche.

      Je ne suis pas l’inconditionnel Pléiadophile que vous pensez, cher Restif. Il y a quelques années, pressé par le sentiment de la brièveté de la vie, j’ai voulu lire les classiques dans une bonne édition. Les Belles Lettres et la Pléiade se sont imposées à moi ; si je m’étais décidé pour Bouquins à l’époque, c’est peut être Bouquins qui serait reprise [par défaut]. Et la Pléiade justement, m’a déçue. Pour tout dire, dès ma première lecture : Quoi, des fautes de syntaxe ou de grammaire dans « la référence de l’édition française » !

      La déception a creusé en silence son chemin dans mon esprit, jusqu’à la naissance de propagerlefeu.

      Par ailleurs, j’ai ouvert en page de garde une section sur « qu’est-ce qu’un classique ? » Lesquels ai-je oublié ? Etc. Ben a déjà eu la gentillesse de me citer quelques noms (Tacite, Pindare…) et même, à ma grande honte (bien que ce fut une erreur plus qu’un oubli), Virgile !

      Rectifiez votre image de moi ; et indiquez-nous vite pourquoi il ne faut pas prendre la Pléiade quand on en aurait le réflexe malheureux.

    • Par exemple : Merci déjà pour Sade. Alors que j’ouvrais l’auteur aux discussions, je me suis aperçu que je n’avais pas l’édition Pléiade (mais seulement le volume hors numérotation)… Je suis donc TRES preneur de vos remarques !

      • Vous m’avez pleinement convaincu cher Draak. « Désappointé » était par trop fort, on ne peut pas faire l’accord parfait et vos critères sont convaincants. j’ai lu trop vite, mea culpa.

  15. Bonjour
    J’ai longtemps voulu intervenir sur ce blog, et j’ai finalement trouvé le temps ce matin. J’achète, toujours neuf, environ 8-12 Pléiade par mois, et ce depuis 2014. Dans la mesure où cette information est pertinente, voici les dates d’impressions inscrites pour plusieurs des ouvrages cités dans la section « VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité » » :

    Gobineau – Tome 1 : 17 décembre 1982
    Gobineau – Tome 2 : 18 juillet 1983
    Gobineau – Tome 3 : 30 janvier 1987
    Green – Tome 1 : 17 août 1998
    Green – Tome 3 : 15 mai 1993
    Green – Tome 5 : 10 juin 1998
    Green – Tome 8 : 9 avril 1998
    Malebranche – Tome 1 : 25 juin 1979
    Malebranche – Tome 2 : 4 août 1992
    Rétif de la Bretonne – Tome 1 : 20 septembre 1989
    Théâtre du 17e s. – Tome 1 : 3 septembre 1992
    Théâtre du 17e s. – Tome 2 : 4 juillet 1986
    Vigny – Tome 1 : 3 janvier 1986
    Voltaire – Correspondance 1 : 19 mai 2015
    Voltaire – Correspondance 4 : 10 janvier 1978
    Voltaire – Correspondance 5 : 14 février 1980
    Voltaire – Correspondance 6 : 10 décembre 1980
    Voltaire – Correspondance 7 : 16 décembre 1981
    Voltaire – Correspondance 8 : 10 mars 1983 1981
    Voltaire – Correspondance 9 : 8 juillet 1985
    Voltaire – Correspondance 12 : 1er décembre 1987
    Voltaire – Mélanges : 15 mai 2008

    et d’autres:

    Claudel – Théâtre 1 et 2`: 20 avril 2011
    Fénelon – Œuvres 1 : 18 janvier 1983
    Fénelon – Œuvres 2 : 5 août 1997
    Gogol – Oeuvres : 20 septembre 2010
    Mérimée – Théâtre : 21 janvier 2011
    Mme de Sévigné – Correspondance 1 : 5 mai 2014
    Montherlant – Théâtre : 5 avril 1995
    Renard – Journal 1887-1910 : 6 juin 2008
    Spectacles curieux : 20 août 1996
    Spinoza – Œuvres : 6 août 2012

    Espérant le tout utile.

  16. Bon, je crois que tout a déjà été amplement annoncé, mais au cas où, mon libraire me demande mon choix dans led parutions du semestre à venir :

    Février
    Nouvelle édition des Misérables.
    (à ce propos, si quelqu’un pouvait m’indiquer l’édition recommandable de Hugo…)

    Mars
    Stevenson, Veillée des îles, derniers Romans (= Œuvres, tome III)

    Avril
    Kierkegaard, tome I et II
    (et les deux sous coffret)

    Mai
    Simone de Beauvoir, Mémoires, tome I et II
    (et les deux sous coffret)

    Il sera déçu. Seul Stevenson me stimule…

    • Si, si, je vous avais lu très cher DraaK, mais de l’œil gauche ( « lire de l’œil gauche, sens analogue en ce qu concerne l’acte de lecture à se lever du pied gauche ». Petit embryon d’expression blogiennes; édition du Globule Fauve). Peut-être ma paresse cherchait-elle un échappatoire, mais je crois me noircir. Je gage que la Pléiade des Misérables sera bonne, mais la meilleure (et je crois bien la seule) intégrale Hugo est-celle parue en Bouquins. Je tâcherais quand même d’écrire quelque chose concernant Sade ou Shakespeare (en attendant Jarry que je connais mieux,j’entends les éditions. Ou Bloy ! C’est facile, il n’existe qu’une intégrale. Mais la meilleure édition du Désespéré est en poche. IL faut bien dire qu’il y a une différence entre l’édition de plusieurs volumes en une collection et celle d’un livre qui peut avoir été bien mieux édité ailleurs…). Au plaisir de vous lire ou/et de vous croiser sur votre beau blog.

  17. Concernant Simone de Beauvoir, voici le contenu des 2 volumes : « Le 17 mai paraîtront deux volumes sous coffret illustré des Mémoires de l’intellectuelle féministe. Le tome 1 contient Les Mémoires d’une jeune fille rangée, La Force de l’âge et La Force des choses ; le tome 2 reprend Une mort très douce, Tout compte fait, La Cérémonie des adieux. » (Le Figaro, 22/12/2017). »

    Je suis étonné que Les Mémoires d’une jeune fille rangée, La Force de l’âge et La Force des choses puissent tenir dans un seul volume, avec les notes, étant donné la taille de ouvrages. A moins d’un volume aussi épais que les oeuvres romanesque de Sartre ??

    Personnellement j’ai beaucoup plus apprécié son premier roman, L’invitée, que les mémoires, que j’ai abandonnées en cours de lecture.

  18. Il semble que peut-être cette nouvelle édition sera intéressante car le texte (nouveau donc…) sera complété des ébauches, des pages écartées, des projets de préface, d’une note sur la scène et l’image avec un dossier iconographique : dessins de Hugo, portraits des protagonistes par Brion, caricatures de presse, éditions illustrées…
    Le tome 3 de Stevenson contient : Veillées des îles, Catriona, Le creux de la vague, Saint-Yves, Hermiston et Fables.
    Choix très intéressants ! Plaisir de me replonger après les 4 Verne, dans Hugo. (Mais je ne suis pas capable de juger des changements dans le texte !)
    Quant à Simone, j’espère que ça ne sera pas un nouveau volume type Roth ou Verne. Suspens mais j’ai bon espoir.

  19. Il n’ y aura donc pas « Les mandarins », le seul que j’ai lu. Je le regrette car ce roman qui s’inscrit dans le vaste enclos des romans à clé présentait un personnage que je n’ai pu identifier, quelqu’un qui avait connu Sartre (j’ai oublié son nom de masque) alors qu’il n’était qu »un professeur inconnu, un de ces individus répugnants ayant glissé vers la droite (brrr) et à qui, à l »occasion du succès de sa pièce, l’agité du bocal était forcé malgré qu’il en eu de serrer la main et de souffrir les compliments.A part ça, le livre sans être un chef d’œuvre, loin de là, était bien construit, écrit dans ce style cher aux années 50, le style Fereydoun Hoveyda, Marcel Arland et , ma foi, ne serait ce que pour le portrait du gratin existentialiste de l’époque, valait le détour au coin d’une page.
    Pour Stevenson, que vais-je faire de mes Phoebus… Sinon, le coffret des romans de Cendrars est un régal et qui plus est une vrai réussite éditoriale et critique, avec des textes d’une grande rareté et d’une grande importance, telle « Les armoires chinoises » qu’on ne peut guère trouver que là à ma connaissance, et même pas dans l’édition TADA en 15 volumes. Tout le mérite en revient à Claude Leroy et , bien sûr, à Jean-Carlo Fûckiber, mais Leroy a passé sa vie entière sur Cendrars et était le directeur de TADA. L’édition Pléiade à profité de l’édition TADA, ce qui nous vaut les inédits trouvés ici. Je compte d’ailleurs acheter le livre principal de Leroy sur l’écrivain: « La main de Cendrars ». Je voudrai bien connaître quel travail d’élucidation il a fait sur la « résurrection » de Raymond la science et si cela rejoint un tant soit peu ma lecture qui convoque des femmes flottants dans l’air, puis se détruisant. Il y aurait trop à dire. Cette troisième lecture de Moravagine fut une expérience fabuleuse qui n’est dépassée (mais le mot n’est pas bien droit sur ses jambes de phonèmes) que par celle du Journal de Kafka.

  20. Bonsoir Restif je vous suis sur les 2 Cendrars (quand la banque suisse paye !) qui sont passionnants. Pour Beauvoir vous oubliez un élément : une femme n’est souvent bien qu’à l’ombre d’un ou plusieurs hommes. Je pense évidemment à Sand dont on a peiné à faire les romans (Œuvres de fiction !) pour le journal où elle parle des hommes, pas de soucis : en Pléiade. Ses romans sont enfin en préparation. Quant à Beauvoir son œuvre autobiographique est publiée dans ses 2 volumes. Les Mandarins seront à venir si la postérité…

  21. Je suis heureux pour Bauvoir, que je n’achèterai pas, car malgré tout elle a eu une influence indéniable, mais je continue à ne pas comprendre que les romans de Chardonne ne soient toujours pas dans la dive collection. On met Paul Morand, or je ne suis pas certain que le dit Morand connaîtra une longue postérité. J’ai relu il n’ y a pas longtemps « Le journal d’un attaché d’ambassade » (parce que nouvelle édition plus complète, oh combien) et si c’est très plaisant, d’une écriture vive et stylée, je ne puis oublier l’effet que j’en avais ressenti lorsque je l’avais lu pour la première fois quasiment en parallèle avec « Un hiver à Souchez » de Galtier-Boissière (repris dans le tome 1 des Mémoires d’un parisien »). Là, on y voit le biffin a cru , face à la déchiqueteuse, les beaux gars de vingts ans brusquement amputés des deux jambes ou les deux yeux brutalement déchirés à l’improviste. D’ailleurs le récit de Galtier reçu la note la plus haute de la part de Norton Cru dans son formidable « Témoignages ». Après cela lire les plaisantes facéties de ces messieurs du quai, cette jeunesse dorée qui aime à faire parade avec Berthelot -« le chef! » – de son indulgente indifférence face à la guerre, aimant à rire, et bien c’est extrêmement choquant. Et Dieu sait que je ne suis pas moraliste, mais j’ai le sens d’une certaine pudeur. Lire ces deux témoignages l’un après l’autre condamne Morand qui batifole à deux pas des charniers.

  22. Et voilà : les Torquemada qui tonnent depuis le sommet de leur monument mémoriel auto-proclamé ont gagné (ce que l’esprit a perdu) :

    « La maison d’édition Gallimard « suspend » son projet controversé de publication des pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline
    La maison d’édition Gallimard a annoncé, jeudi 11 janvier, qu’elle suspendait son projet polémique de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline. « Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement », a indiqué Antoine Gallimard. »

    • Imprimez-les donc d’après un document trouvé sur Internet et faites-les relier, il faut sauver les artisans.
      L’esprit n’a rien perdu – et de mon point de vu, je suis heureux que l’on épargne des vies juives en n’éditant pas ces textes. Parce que des assassinats, c’est bien ce qui se serait passé.
      Quoiqu’il en soit, en faisant marche arrière, Gallimard renie son histoire littéraire et politique, et c’est surtout cela qui m’interroge.

          • Amis Pleiadophiles
            En retraite du fil Brumesque pour des raisons personnelles, j’y retourne de temps en temps pour  » garder la main »
            Ainsi donc la bienpensance l’a emporté ! On nous sommait déjà de balancer notre porc, puis notre djiadiste et maintenant c’est : balance-ton-antisémite.
            Avec le marché unique il ne faut pas s’étonner que la pensée unique s’impose également ! Cela fait partie du programme…
            Georges Orwell n’avait pas donné les numéros du loto mais, à soixante ans près, il avait prophétisé ce qui est en train de se produire. Une banalité sans doute de le rappeler, mais les faits sont là.
            On réfléchit pour nous, on nous dit ce qu’il ne faut pas lire ! Nous sommes trop stupides pour nous engager dans un travail réflexif personnel. Et une mise à l’index de plus !
            L’antisémitisme n’a pas attendu  » Bagatelles pour un massacre  » pour se manifester ! Il y en a eu avant, il y en a eu pendant, il y en a eu ( il y en a) après !
            Les propos de Céline étaient scandaleux ( j’en ai lu comme tout le monde, quelques bribes disponibles ça et là…)
            Mais la décision de Gallimard l’est encore plus.
            Les Tartuffes, désormais, portent le costume cravate et décident non seulement de nos destins économiques mais également de notre misérable liberté de penser ; pas de bien ou de mal penser, mais de penser le Bien et le Mal !
            Et comme dirait un autre prophète littéraire ( qu’on nous interdira de lire un jour…) This is a  » brave new world « 

          • Cher Zino, je salue votre retour en vous approuvant mot pour mot !

            (Cela vous fera, certes, une belle jambe, mais, qui sait, cela me sera peut-être compté comme une bonne action ?)

      • Croyez que je n’éprouve aucune complaisance à l’égard de l’antisémistisme jamais renié – et plus largement du racisme, anti-chinois, anti-nègres etc. du même- de Céline et j’ai déjà expliqué pourquoi, à mes yeux, ces oeuvres ne doivent pas être mises à l’écart de l’oeuvre de Céline pour pouvoir juger, peser, estimer celle-ci dans son intégralité. J’ai, dans ce sens, déjà dit également, combien leur non-publication n’arrange que les céliniens extrémistes dans leur entreprise de béatification d’un auteur, considérable, fascinant, bouleversant, mais néanmoins indubitablement sulfureux.

        Plus généralement, je crois qu’il faut avoir le courage de regarder dans les recoins obscurs du cerveau humain et ne pas s’aveugler par pusillanimité ou au nom de je ne sais quelle bien-pensance.

        Enfin, je suis choqué par votre façon de faire un lien direct et automatique entre la publication des pamphlets céliniens et des « vies juines » ou des « assassinats ». Je ne crois pas que les fous furieux qui tuent des juifs parce-que-juifs aient besoin de Céline pour armer leur bras et leur esprit (ou plutôt, leur absence d’esprit). Je ne crois pas non plus – hélas, trois fois hélas, ce serait trop beau ! – que leur non-publication va « épargner » une seule « vie juive » ».

        Et je signe : un non-juif, ahtée de surcroît, mais complètement « enjuivé » et qui emm… l’auteur de « Bagatelles pour un Massacre » et autres, ainsi que l’auteur de romans postérieurs à la seconde guerre mondiale, admirés sans réserve, alors qu’on y trouve aussi quelques belles perles au sujet de la prochaine invasion des « chinois » et autres « nègres »…

        Finalement, pour paraphraser – je crois – Sacha Guitry – je suis Contre Céline, tout contre.

        • Mon message précédent se voulait une réponse à deniziotjimmy, mais se trouve décalée dans l’espace.

          J’ajoute, toujours à l’adresse du même deniziotjimmy, que, personnellement, je n’ai pas besoin de cette réédition : il y a trois ou quatre décennies je pouvais encore trouver aisément et pour pas très cher (depuis, la côte a monté) des éditions historiques de ces livres. De quoi me les procurer, les lire, pouvoir en parler de façon informée.

          Ils ont leur place dans l’oeuvre de Céline, ils participent de son histoire et de sa constitution, et de même de la pensée (degré zéro de la pensée, en l’occurrence) de cet immense et infréquentable écrivain.

          Si jamais quelque jour ils devaient tout de même reparaître, le principal intérêt d’une telle réédition, à mes yeux, serait l’appareil critique et non le texte que je connais déjà. Je dis bien : à mes yeux, c’est-à-dire aux yeux de quelqu’un qui parle en connaissance de cause. Pour les générations suivantes qui n’ont pas forcément eu accès à ces livres – sauf, sur internet, dans des conditions souvent suspectes pour ne pas dire nauséabondes – cette connaissance me paraîtrait plus salutaire que néfaste.

          • Domonkos, je suis d’accord avec tous vos arguments. Et généralement, à quelques rares exceptions, avec ceux que vous avancez tout le long de ce fil, sur Verne notamment, et d’autres.
            Cette histoire me gêne. J’ai exprimé un avis brutal, ma pensée est plus ambivalente, moins arrêtée. La loi morale en moBernanos, Kertész, Melville, Krasznahorkai, McCarthy, Broch, Bernhard – et Céline, donc.i réprouve ces publications. Même si me plaisent les plongées dans les soleils noirs de la littérature, les effondrements, les planètes étranges, les livres où le langage touche aux confins de l’horreur, de l’indicible, de la violence des images et des pensées – Conrad, Poe, Nerval, Faust, le théâtre élisabéthain, Bolano, d’Aubigné, Agota Kristof, Bougakov, Ingeborg Bachmann, Bernanos, Kertész, Melville, Krasznahorkai, McCarthy, Broch, Bernhard – et Céline, donc.

        • Si je pouvais supposer – même à très faible probabilité – qu’une seule vie juive (ou autre) pouvait être supprimée à cause de « Bagatelles… » je serais le premier à réclamer que soit brûlée toute l’oeuvre de Céline et effacé son nom. Mais il n’y a pas plus de lien entre les deux qu’entre « Lucy in the sky with Diamonds » des Beatles et les meurtres commis par Charles Manson et sa secte d’assassins allumés.

          • Bien d’accord.
            L’antisémitisme était d’actualité bien avant la naissance de Céline. La réédition ou non des pamphlets ne changera pas grand chose. Croyez-vous que les crétins qui réclament la mort du peuple juif et qui sont souvent des décérébrés et/ou des illettrés de cités aient jamais entendu parler de Céline ou soient même capables de le lire et de comprendre ? Ils n’ont malheureusement même pas besoin de ça !

  23. Entendu ce matin sur RTL l’interview de Gallimard, il prévoit au mois d’octobre la parution d’un deuxième (second ?) tome des oeuvres de Jean d’Ormesson. Des romans dont La Douane de mer et quelques essais.
    Je pressens que les dents vont encore grincer.
    Bonne journée quand même

    • Saluons pour une fois le grand courage de Gallimard que les cris d’orfraie qui se sont fait entendre ici même contre le premier d’Ormesson n »intimident ni ne font pas reculer d’un pas ! Voilà un vrai Résistant !

  24. Domonkos rassurez-vous, je n’ai pas la rancune tenace. Du reste, avec ou sans notre léger différend j’aurais négligé ce blog, pour la simple raison que la Pléiade ne répond plus du tout ( mais alors plus du tout !) à mes attentes. Peut être  » Les Misérables » aura-t-il un certain intérêt, ne serait-ce que pour comparer avec la version traditionnellement admise. Pour le reste, c’est désespérant… Bientôt, la Pléiade, à l’image du reader’s digest, proposera une  » Sélection des plus belles pages de… »
    Et tous ces auteurs majeurs qui se font encore attendre ! Bref, plus grand chose à espérer de ce côté là, je pense. Si seulement Neobirt7 était responsable éditorial chez Gallimard hihi !
    Bien à vous Domonkos
    Mon bon souvenir à Neobirt7, notre jorge Luis Borges national.

    • Je vous trouve toujours un peu dur, mais de moins en moins jour après jour, car chaque jour qui passe en pays pléiadesque ne fait qu’apporter de l’eau à votre moulin… Et ce n’est pas le second volume d’Ormessonien, ni le beau coffret beauvoiresque, etc. qui viendront renverser la vapeur.
      On en est réduit à terminer les séries en cours et espérer quelque miracle… mais les bonnes surprises se font rares.
      J’en viens à me demander : à quel public s’adresse cette Pléiade au nouveau cours ? L’ancien public qui les achetait pour décorer son salon ne répond plus à l’appel, les lettrés et autres universitaires sont frustrés, les lecteurs de base achètent moins cher… alors, qui ? (Ce cher Lombard va me répondre : moi ! Mais, franchement : Lombard, combien de divisions ?)
      Je serai bientôt réduit à vous rendre les armes, il ne me reste plus qu’à souhaiter, pour m’éviter ce chemin de Canossa, que la faucheuse passe avant.

      • Vous me faites penser qu’un jour je faisais une recherche Google « aller à Canossa » (je ne me souvenais plus du nom du pape concerné et voulais le vérifier). Le navigateur m’afficha en résultat une carte d’Europe, en me signalant « trajet 12h20 ». Pas la mer à boire, finalement.

      • Je suis un très mauvais client pour Gallimard : ma bibliothèque comporte 2% à 3% de volumes achetés neufs en librairie. Les autres sont d’occasion : non seulement je les achète beaucoup moins chers malgré leur état généralement proche du neuf ou neuf (jamais lus, parfois jamais ouverts !) et il se trouve que, généralement, je préfère les anciennes éditions aux nouvelles lorsqu’elles existent, notamment parce qu’elles vont à l’essentiel : les œuvres, rien que les œuvres.

  25. Pour les pamphlets de Céline, il existe une excellente édition canadienne aux Éditions 8. Elle est peut-être suffisante non ? «Écrits polémiques, 2012. Texte intégral. Introduction, notes, variantes, synopsis, chronologie, concordance, glossaire, index. 1 038 pages. 35 illustrations dont celles des éditions originales. Édition établie par Régis Tettamanzi professeur de littérature française du XXe siècle à l’Université de Nantes.» Je l’avais autrefois achetée, j’ai lu les 2 essais que je ne connaissais pas encore et m’en suis débarrassé. Lecture pénible… Aucune envie de garder ça.

    • C’est à peu près ce que je voulais dire : il est utile (indispensable) d’en prendre connaissance pour avoir une vision complète de Céline et de son oeuvre, on n’est pas obligé de s’imposer l’épreuve de garder dans sa bibliothèque ces livres excrémentiels (sauf à être un chercheur).

      Par ailleurs, je m’interroge : j’avais déjà entendu parler de cette édition canadienne (ici même, je crois), qu’en est-il vis-à-vis des droits ? Edition autorisée par les ayant droit en sous-main ? Edition pirate ? (Elle n’a pourtant pas l’air très clandestine. Alors, double-jeu des ayant droit ou encore autre astuce juridique qui me dépasse ?)

      • Il fut une époque où la durée du copyright était plus courte en Amérique du Nord qu’en Europe, serait-ce encore le cas ?
        Dans ce cas, nos débats franco-français ne seraient plus qu’une querelle dans un bocal (avec ou sans « agité » dans ledit bocal), ce qu’ils seront, de toute façon, assez bientôt, en 2031 (à moins que, d’ici là, une 3ème Guerre Mondiale, déclenchée dans l’unique but de repousser cette échéance !…)

    • Bravo Tigrane : saine réaction ! On ne peut pas s’affranchir de la portée d’une œuvre sous prétexte de « littérature » lorsque ladite œuvre a participé à la mort d’être humains…

  26. Cher Domonkos si je ne me trompe pas, la législation canadienne, en matière de droit littéraire, est différente de la France. En effet, une œuvre tombe dans le domaine public 50 ans après la mort de son auteur, c’est ce qui explique cette édition parue en 2012 (sauf erreur de ma part).

    • J’avais cru comprendre à une récente époque que les deux s’étaient alignés. J’ai toujours trouvé, d’ailleurs, que le passage à 70 ans était une inutile surenchère. Un demi-siècle me semble bien suffisant, au-delà les ayant droit pourraient bien mener leur vie sans béquilles (on voit les excès qui ont cours en la matière, avec les basses manoeuvres des héritiers de Ravel ou d’Anne Frank, pour continuer à toucher leurs royalties au-delà même des 70 ans).

      Donc, le débat actuel en France est bel et bien un débat ridicule et un combat d’arrière-garde – comme nous les aimons dans notre beau pays, Nation élue entre toutes les Nations.

      • J’ai voulu vérifier et aller plus loin et n’ai pas tardé à me perdre… Effectivement 50 ans pour le Canada, mais la Convention de Berne à laquelle ont adhéré 184 pays, étend aux autres pays la protection dont un auteur jouit selon les lois de son propre pays (donc, pour Céline, français de France, 70 ans), mais encore, le Canada à une loi « d’usage équitable » qui apporte pas mal de limitations et d’exceptions à ce droit, mais enfin la France reconnaît un « droit moral » qui est impresciptible et qui comprend le « droit de repentir » ou le droit de retrait » permettant à un auteur ou à ses ayant droit de retirer une oeuvre de la diffusion publique, mêmer après une première publication, à condition d’indemniser ses éditeurs : est-ce ce qu’à fait Céline ? Bref, tout cela me dépasse, il faudrait un spécialiste du droit d’auteur…

        De toute façon, pour le moment, le débat est clos, revenons à nos porcs…

  27. Il y a des passages hilarants dans Bagatelles. Le voyage en Russie (notamment la visite de l’hôpital ) est un monument. J’aime beaucoup moins L’École des cadavres que je n’ai d’ailleurs pas lu longtemps. J’ai dit ici tout le bien -absolu – que je pense de cette dentelle lyrique qui fuse lors des vingt dernières pages des Beaux draps -que je garde également précieusement – une langue comme on n’en avait pas vu depuis Les Illuminations.. S’il m’en souvient bien, Jean d’Ormesson mettait Bagatelle , tout particulièrement mais également les autres écrits parmi les œuvres complètes de Céline et voyait même dans certain passages de Bagatelle l’un des sommets comique de son œuvre. Vialatte aussi d’ailleurs, oh combien. N’oublions pas qu’ils furent écrits bien avant avant Wanssee. Après les lois raciales il est vrai. Mais on n’a pas besoin d’une défense, l’esthétique se passe de l’éthique en littérature, ou alors condamné la fameuse phrase de Breton sur « l’acte surréaliste le plus simple etc ». Je me souviens des cris d’orfraie devant le splendide « Deutsches requiem » de Borges. On lit bien Sade alors que d’après les dernières recherches de Pauvert dans sa formidable biographie, Sade fut bel et bien un assassin. Et pas qu’un peu prouve Pauvert (à mon sens. Les os retrouvés dans le jardin du château, on ne les fera pas disparaître). Lély avait tendance à gommer ce qui gênait dans la vie de son héros. Qu’on ne dise pas que Les 120 journées, ce n’est que de l’encre, parce que c’est factuellement faux.

    Un antisémite d’aujourd’hui, d’après 45, est un con, ce quel que soit sa culture, (avant c’est con aussi mais nettement plus complexe, vous le savez. De la gauche à la droite bigote c’était la chose du monde la mieux partagée). Lui interdire des textes le renforcera dans sa connerie en le parant des plumes du martyre de la liberté de parole. Et servira même les négationnistes, de loin les plus dangereux. Je m’étonne d’ailleurs qu’on les attaque toujours sur les crématoires, ça ne sert à rien avec eux, au lieu de les interroger sur ce qu’ils pensent des lois raciales de Nuremberg que là, ils ne peuvent décemment discuter. Après, avec les citations du discours de Himmler aux Gauleiters de Pologne et le Journal de Goebbels, je puis vous assurer pour l’avoir expérimenté maintes fois, vous les faites fuir. Vous les faites taire! Et c’est du vécu, et pas auprès de petites arsouilles. Et puis, franchement, il suffit de lire Bagatelles pour être saisi par l’immense bouffonnerie du texte qui avait tant marqué Gide. Lire avec les yeux de l’époque peut-s’avérer utile. A part ça j’ai lu des textes anti palestiniens -et je ne parle pas des faits, là, actuels, du racisme des colonies – qui sont autrement sérieux que Bagatelles. Et puis, à quoi bon… Ils resteront ces textes, nolens volens, comme les pamphlets catholiques et huguenots que je ne citerais pas mas qui sont des plus grands noms. Théodore de Bèze est tout fumant de haine (pas Ronsard qui l’invite à déposer les armes). Enfin passons.

    • Céline n’est pas un monolithe. Il est abusif de voir le Céline des pamphlets dans « Voyage » et « Mort à Crédit », c’est entendu. Deux autres attitudes sont abusives : ne voir le Céline d’après guerre qu’à la lumière des pamphlets ou, au contraire, l’en exonérer totalement, les passer sous silence, au moins les marginaliser les compter pour peu de choses, un délire passager, que sais-je.

      Pas si simple. Comme je l’ai déjà dit (faut-il que j’aille chercher les citations ?) il y a dans les romans d’après-guerre pas mal de phrases exhibant un « racisme ordinaire » (les chinois, les nègres…) qui trahissent une bassesse de la pensée qui, malheureusement, entache gravement et l’oeuvre et l’homme.

      J’irai même plus loin : je n’aime pas ceux qui cultivent la bassesse et l’humiliation, qui se roulent dans la fange et veulent faire croire que le monde n’est que fange, qui se disent proches et sympathisants du peuple, à condition que ce peuple soit pauvre, sale et malodorant.

      Mais il y a – à mes yeux – pire, et c’est l’attitude de Céline après-guerre. Tout lui était bon pour se dédouanner, pas simplement excuser mais effacer ses errements et retourner la charge de l’infâmie : lui infâme ? que nenni, tous infâmes, sauf lui ! Quand il va, sans rire, jusqu’à se proclamer comme le Seul, le Vrai Résistant, j’éprouve plus que de la gêne, un certain dégoût.

      J’aurais aimé plus de courage et de dignité. Une certaine distance critique. Au fond, si le travail sur les pamphlets n’a jusqu’ici jamais été possible, c’est parce qu’il incombait à Céline tout d’abord de le faire. Non seulement il ne l’a pas fait, mais il a tout fait pour le rendre impossible.

      Si je ne puis avoir de respect pour Céline, c’est moins à cause de ses pamphlets – c’est vrai que l’antisémitisme avait alors pignon sur rue – qu’à cause de son attitude durant et après la guerre. Ses pleurnicheries victimales me sont insupportables. Son « négationisme » à l’égard de sa propre histoire, biographique et intellectuelle, ne me l’est pas moins. Il n’a même pas eu les c… d’être un vrai salaud. Et il l’a été, justement, pour cette raison.

      Quelle différence abyssale avec un Bernanos ! Quel respect j’ai pour ce dernier qui a su comprendre le moment où il fallait choisir ! Et sans pour autant jamais se renier. Chapeau bas !

  28. Il m’apparaît comme touchant à l’impensable de comparer Bernanos, la droiture même, l’homme de la vérité, ce vomisseur du mensonge -le vieux serpent même – à Céline, maître es subterfuges qui, s’il souffrit , c’est vrai, durement au Danemark , a tout fait pour appeler la foudre à un moment où dans l’air s’allumaient la mèche des tempêtes dont les déflagrations devaient . Il faut lire ce qu’Elie Wiesel a écrit sur Bernanos, car tout y est, et par quelqu’un qui avait le droit de parler. Il faut lire aussi ça me parait même tut à fait indispensable à qui veut tenter l’expérience de la pensée sur ces terrains, ce que Steiner à dit . Je vais le donner en appendice à cette buée de commentaire ainsi qu’un autre texte et chacun pourra méditer ses paroles. Mais personne ne s’est arrêté au seul terrain qui m’intéresse, la littérature. Sur les témoignages que j’ai donnés, et il y en aurait d’autres à ajouter. Je ne veux même pas parler de la déshistoricisation de la réception qui est pourtant fort souvent si habilement utilisé dès lors qu’il s’agit de défendre tel ou tel. Céline est un Génie. Il y a un français d’avant Céline et un français d’après. Henri Miller l’a dit, Kerouac l’a dit. Calaferte n’aurait pas été Calaferte sans Céline et on sait la dette que Sarte à envers Céline, voir l’épigraphe de l’Église en ouverture de La nausée. La langue célinienne est un prodige, il n’est pour s’en rendre compte que de relire les premières phrases de « Mort à crédit ». Sur la vision qu’avait Céline de l’humanité, à chacun d’en juger…pour lui-même. Trotski a exactement la même réaction que vous Domonkos, bien qu’il admire le livre (Le voyage) contrairement à quasiment toute la gauche de l’époque il renifle immédiatement que Céline n’est pas « dans leur camp ». Mais j’aime mieux aller dans les dessous du sens, comme le fait magistralement Emmanuel Lévinas :  »

    *  » Toute l’acuité de la honte, tout ce qu’elle comporte de cuisant, consiste précisément dans l’impossibilité où nous sommes de ne pas nous identifier avec cet être qui déjà nous est étranger et dont nous ne pouvons plus comprendre les motifs d’action. […] La honte apparaît chaque fois que nous ne pouvons pas faire oublier notre nudité. Elle a rapport à tout ce que l’on voudrait cacher et que l’on en peut pas enfouir (…) cette préoccupation de vêtir pour cacher concerne toutes les manifestations de notre vie, nos actes et nos pensées. Nous accédons au monde à travers les mots et nous les voulons nobles. C’est le grand intérêt du Voyage au bout de la nuit de Céline que d’avoir, grâce à un art merveilleux du langage, d’avoir dévêtu l’univers, dans un cynisme triste et désespéré.  »
    Recherches philosophiques, V, 1935-1936.
    Si j’en ai le courage je reviendrai avec deux textes qui me paraissent intéressants (euphémisme), donc celui de Georges Steiner qui me parait d’une lucidité et d’une honnêteté intellectuelle impressionnante. Un modèle cette homme.

    • Je ne saurais me hisser à votre hauteur de vue, cher Restif, je connais mes limites (sincérité garantie : je vous jure que je ne me moque pas, ni ne cède à une fausse humilité qui serait une vraie coquetterie). Au fond, pour savoir pourquoi je suis tombé dans la marmite Bernanos tout petit et non dans la marmite Céline (que j’admire mais qui ne me touche pas intimement) il faudrait une psychanalyse, et c’est précisément ce à quoi je me refuse de toute mon âme ! F…dieu, plutôt mourir malheureux que décérébré !

    • Où est la pertinence de citer un « philosophe » qui a écrit ça avant la Shoah ?
      Si Adolphe Hitler avait peint de « bonnes peintures », alors – selon vous – il faudrait l’exposer ?
      S’il vous plaît, arrêtez de défendre l’indéfendable, ne serait-ce que par pudeur pour les lecteurs que cela heurte ; ils vous en saurons gré.
      Draak a créé un autre site et vous dites que brumes a une page facebook : autant d’autres lieux où vous exprimer librement sur ces sujets.
      Merci à vous.

      • Ma bonne résolution de l’année 2018 :

        – « Chaque fois que le nom de Lombard-la-Censure tu verras
        Aucunement le commentaire qui s’ensuit ne lira
        Au commentaire suivant directement sautera
        Par suite de quoi bien mieux tu te sentiras »

  29. J’ai reçu 4 des derniers volumes des Œuvres complètes de G. Sand chez ces fous de H. Champion : Jeanne, Le Marquis de Villemer, La Daniela et Isadora. L’édition en Pléiade n’a qu’à bien se tenir ! Chaque roman et nouvelle est extraordinairement bien présenté et annoté avec un précieux relevé des variantes. On y découvre une Sand passionnante et une œuvre riche. Mais hors de prix ! Dommage.

    • Tigrane, selon vous, qu’est-ce qui justifie le prix de ces livres chez Honoré Champion ?
      (aux alentours de 75 € le volume ; une trentaine de volumes de 38 € à 150 €, soit un total aux alentours de 1500 € pour l’œuvre complète…)

      • Ce n’est certainement pas vous Lombard et votre vocabulaire empoussiéré qui a traîné dans toutes les arrières salles de la censure (« défendre l’indéfendable », combien de fois n’a-t-on pas lu ça et toujours sous les pires plumes, dans tous les sens du terme) qui allez m’interdire d’écrire sur ce site. Céline aussi a écrit ses pamphlets avant la Shoa, par contre je vous signale puisque vous l’ignorez que Lévinas à écrit APRÈS la Shoa. Il est mort en 1995 hein. Un peu de culture, ça peut être utile.

      • Champion pratique une politique de prix standard dans l’édition universitaire, et serait plutôt moins cher que Walter de Gruyter, Oxford University Press, Brill ou, pour prendre des maisons plus petites et tout aussi réputées, Carl Winter ou Vandenhöck und Ruprecht, ce qui s’explique par une qualité de fabrication moindre et des reliures beaucoup moins luxueuses (comme OUP ; on ne leur demandera pas de beaux et fort volumes toilés sous couvertures en carton laminé). Il faut hélas être réaliste : la publication de monographies savantes, de révisions de thèses doctorales, d’actes de colloques très spécialisés, d’éditions critiques ambitieuses demande des subventions que l’auteur ou le directeur de parution doit apporter, soit par un subside étatique quelconque soit par contribution personnelle, et résulte en des ouvrages d’autant plus coûteux que le nombre d’exemplaires est restreint et la diffusion concerne surtout les quelques dizaines de grandes bibliothèques universitaires anglo-saxonnes qui ont un compte ouvert chez l’éditeur. Les 1164 pages de l’édition Kannicht des fragments euripidéens coûtent actuellement 500€ ; les 934 que compte le dictionnaire de l’égyptien des Textes des Sarchophages, une simple édition autographiée sans la moindre beauté calligraphique, se vendent 389€ ; les 1446 p. de l’édition Harder des Origines de Callimaque chez OUP reviennent à 287€ (255 livres sterling) ; etc. C’est dire si Champion, pour des volumes moins gros et abscons, demeure relativement bon marché.

  30. ps avant la conférence de Wansee pour être exact. Les deux principaux, Bagatelles en 37 et l’École en 38. Les be drap font plus taches même s’ils ne se veulent plus antisémite. Mais sorti en 41 ils snt écrit en 40. D’ailleurs vous ne semblez pas vous être aperçu que nous étions un certain nombre à avoir regretté la reculade de Gallimard. Car il est stupide de ne pas éditer des livres qui sont bien plus nocifs dépourvus de dossier et d’introductions que de les éditer sans une mise en perspective historique et un rappel des mensonges de Céline sur certains points. Quand à la valeur littéraire des textes allez donc chantez pouilles à D’ormesson (à, mince, trop tard), à l’ombre de Vialatte. Mais vous pouvez toujours écrire aux meilleurs spécialistes de Céline qui soutiennent cette valeur honnie. Si vous croyez qu’ils ne seront pas lus, étudiés et apprécié (par le juif Emile Brami comme par un futur Lévinas.) vous méconnaisez gravement le rôle du temps.
    Pour une plus ample discussion des points de vue :
    http://louisferdinandceline.free.fr/indexthe/pamphlets/toutc.htm
    Je n’ai pas pu lire l’article de Taguieff mais j’ai toutes raisons de penser que je serai d’accord avec lui. Qui est pour la réédition mais avec un solide dossier autour, ce qui est mon avis.

  31. « que de les éditer Avec une perspective ec » (mon âme gammée se révèle dans le lapsus kalami). parlant d’édition, je songeais aux « éditions » internetienne et celles qu’on trouve facilement chez les bouquinistes . Arrêtez de jouer les donneurs de leçons avec tout le monde, Lombard, vous êtes lassant. Et puis allez me mettre Levinas avant la schoah pour un texte écrit longtemps après. Je vous signale qu’il a revu tout ses textes et qu’il n’a jamais condamné celui-là, pas plus qu’il n’a condamné Heidegger après Farias. Mais c’est Lévinas, lui.

  32. Lombard, j’avoue que cela me dépasse. Pour le Dictionnaire Yourcenar (que je connais assez bien !) ils disent qu’il est acheté par des milliers de bibliothèques françaises, européennes et nord américaine en précommande quasi automatiquement. Soit. Les collaborateurs ne sont pas rémunérés et n’ont même pas droit de fait à un exemplaire gratuit « d’auteur »! (de co-auteur en l’occurrence) Est-ce pour faire une édition chic, élitiste, « to the happy few » dirait Stendhal ? Les 5 volumes de la correspondance d’Apollinaire sont passionnants mais inachetables; c’est vraiment dommage (en son année anniversaire en plus!!) J’avais eu l’espoir avec des parutions en poche de certains volumes anciens (Proust Sartre…) Mais cela ne semble pas être la règle. Ce refus de diffuser (par un certain snobisme ?!) au grand nombre, à un large public cet excellent travail éditorial me semble regrettable.

  33. Je précise, suite à Neo-Birt, qu’en effet H. Champion n’a pas demandé de subventions pour éditer le Dictionnaire. Mais 90€…. c’est déraisonnable.

  34. Champion profite du fait qu’il possède ce qu’on appelle une clientèle captive. Moi qui suis intéressé par l’édition Cabanès du Journal des Goncourt (monumentale. Ce devait être une édition hypertextuelle au départ ce qui nous eu permis de voir les différentes œuvres évoquées par les deux frères puis par Edmond seul, mais voilà, hélas, l’argent à manqué) je rage de voir vendu chaque volume -trois pour l’instant- à 235 euros. Or, c’est grave. Notons d’abord l’extrême intérêt de ce texte tant littérairement qu’historiquement et socialement. Je l’ai déjà lu plusieurs fois (en Bouquins) ce Journal qui, splendidement écrit , -surtout lorsque c’est Jules qui tient la plume – constitue l’un des documents les plus riches (le plus riche?) touchant la société française littéraire de la seconde partie du 19 siècle. Aux dîners de Magny on entend parler les plus grands auteurs du temps, on les voit dans leur gestes, leur habitus, ils sont là, devant nous , Renan, Gauthier, Flaubert, Taine, Sand, Sainte-Beuve, Alphonse Daudet, le trop oublié Paul de Saint Victor, Gavarny (pour le dessin) et bien d’autres dont l’oubli, relatif selon les cas, n’est pas le moins intéressant en enseignements, ici sur la relativité des gloires. Les grandes fresques nous brossant le salon de la princesse Bonaparte cumulent très bien avec les scènes d’intérieures, les « coins de salon » de cette même dame si importante dans la culture de l’époque et qui ne ferma ses porte que très tard (lire sur ce point Léon Daudet dans ses splendides « Souvenirs » qui faisaient l’admiration de Léautaud et qui porte un méchant stylet dans ses gravures à l’eau de ronces touchant le vieillissement du lieu,) . C’est ainsi que le Journal nous montre fort précisément comment vivait la haute société du troisième Empire, côté « opposition » -opposition à l’impératrice évidemment, pas au régime. Mais j’ai parlé de gravité. Pourquoi? C’est que l’édition Ricatte (dont les notes ont été copieusement caviardées en Bouquins) fut une côte fort mal taillée. Il a utilisé une copie du manuscrit mêlée aux éditions du Journal sortis du vivant d’Edmond et dans lesquelles le vieux Goncourt avait sérieusement coupé dedans le manuscrit, lorsqu’il ne rajoutait pas des passages à ce dernier! L’édition Cabanès est la seule, absolument l’unique, à nous donner le texte du manuscrit du Journal, sans rajouts tirés des textes imprimés ou ajoutés par Edmond -qui seront scrupuleusement donnés intégralement en notes . Sinon cela conduit à avoir, dans l’édition Bouquins, des pages écrites en 1864 et qui, inachevées ou trop difficilement lisibles alors, ont été « allongées » par des passages sortis du Journal édité par Edmond seul plus de vingt ans après.Ou écrite des années plus tard directement sur le manuscrit -l’écriture des deux frères se reconnaît. En matière d’édition, c’est tératologique. Alors, voilà une œuvre phare à tant de points de vu qui reste inaccessible en toute propriété à qui n’a pas une bourse replète ou un sens du sacrifice exceptionnelle. Quand j’évoque l’intérêt « à tous points de vu, je pense notamment à l’épouse allemande d’un chercheur du même pays venu faire un petit tour par ici et qui me disait que sa femme utilisait le Journal des Goncourt sous le siège de Paris comme document historique pour ses cours. Avec Darien d’ailleurs, que Breton aimait tant, comme avant lui Jarry et Allais -qui lui dédicaça un de ces merveilleux contes.
    Maintenant, Champion fait des efforts dans sa collection de textes médiévaux et pour un certain nombre de classiques. Mais ne pouvoir posséder pour cause de risques avérés d’hémorragie du compte en banque la correspondance d’Apollinaire et surtout, pour moi, ce Journal, c’est affligeant et rageant. Mais voilà : ces livres sont achetés par toutes les bibliothèques universitaires en comptant celles d’Europe (voir plus) ayant un bon département de français.Ils sont donc assurés de gagner beaucoup d’argent, les éditions H.Champion se portent très bien ce qui n’était pas le cas il y a déjà de cela pas mal de temps. Ce qui les conduisit à adopter la politique toujours en vigueur. Et je ne suis même pas à côté d’une bonne médiathèque! Ce qui n’est pas leur faute, entre les demandes du public et le peu d’argent qu’ils reçoivent de la mairie. Ils sont adorables. Je leur ai d’ailleurs emprunté pour voir d’un peu plus prêt l’un de leur trop rare pléiade, le Ramayana (Draak l’a-t-il fini? Il n’a pas à répondre) et je commence à trouver ça tout à fait prenant. Hélas, je l’ai oublié au moment du départ en Armorique et malgré le fait d’avoir pu le prolonger jusqu’au 29, moi qui n’en suis qu’à la page 13 sur 1434 notices et notes non comprises et qu’il faudra bien que je lise… Bah, je le laisserai une semaine et comme personne ne l’aura pris je pourrai repartir pour deux fois trois semaines. Partant de mon humble niveau en ces questions, la première notice et les premières note m’ont fait entrevoir une excellente édition. J’ignore si le vénérable Neo-Birt7 a déjà parlé de cette édition et ce que fut lors son avis -ma mémoire chancelle sous les textes lus – mais si le temps le lui permet, si oncques ce ne fut fait, j’apprécierais beaucoup son avis. Et puisque je me permets d’en appeler à son savoir, je serai fort curieux de connaître sa pensée sur mon édition d’Hésiode :Théogonie. Les travaux et les jours. Le bouclier. texte établi et traduit par Paul Mazon, 1986. Les Belles lettres.

    • Il ne me choquerait pas que ma bibliothèque ne comptât pas forcément dans ses rangs (déjà fournis et fort serrés) les travaux les plus « pointus », et que ceux-ci ne figurassent que dans les bonnes bibliothèques universitaires, s’ils étaient aisément consultables par de modestes amateurs de province lointaine, dépourvus de titres et de mandat de Chercheur, comme moi.

    • Cher Restif, pour ce que j’ai vu du Rāmāyaṇa de la Pléiade, il m’a paru de bel aloi, dans les limites qu’impose cette collection à la traduction d’une épopée mythologique aussi absconse (il n’était malheureusement pas question d’y développer le commentaire grammatical, historique, matériel et mythographique davantage que dans le volume, paru peu avant, des « Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois » que le seul Rainier Lanselle a bouclé, alors qu’il a fallu un collectif pour venir à bout du Rāmāyaṇa). J’aurais cependant apprécié que les divergences lourdes présentées par la version Pléiade par rapport à la traduction, fort honorable pour son époque, d’Alfred Roussel (1903) fussent justifiées a minima dans les notes chaque fois qu’elles étaient non contingentes à l’établissement du texte sanskrit du Rāmāyaṇa ou au progrès de nos connaissances linguistiques (les traducteurs Pléiade des « Epicuriens » et des « Premiers écrits chrétiens » ne s’expliquent-il in nota sur les changements qu’ils ont appliqués à leur Vorlage grecque ou latine ?). Il aurait aussi été plus honnête scientffiquement de ne pas mettre en avant, comme une tête de gondole, le nom de Madeleine Biardeau lors même que cette immense indianiste n’a pas traduit un vers du Rāmāyaṇa pour la Pléiade ; les maîtres d’oeuvre des « Premiers écrits chrétiens » y ont tous contribué quelques traductions et méritaient donc d’être poussés au premier plan, eux. Touchant ‘Hésiode Budé de Mazon, j’ai dit ce que j’en pensais de manière très concise sur le site de DraaK (http://urlz.fr/6ofd) ; en un mot, le texte grec ne possède pas de valeur particulière tout en suivant les excès propre à son époque pour la quête des interpolations au sein de la Théogonie, le frugal appareil exégétique ne suffit plus depuis longtemps, enfin la traduction, si elle conserve tout son intérêt tant par sa vigueur que par sa fluidité, se lit presque trop bien quand on sait l’étendue de l’infériorité stylistique et même métrique d’Hésiode par rapport à Homère (en dehors des morceaux très inspirés, comme le mythe de Pandore, celui des races des hommes ou l’hymne ample et puissant sur lequel s’ouvre la Théogonie, le vieux poète d’Ascra est d’une rusticité parfois assez pathétique, simple ronron de formules que surpassent aisément les parties les plus bâtardes de l’Odyssée – la Nékyia, la scène aux champs). Il est ennuyeux de voir une poésie aussi raboteuse recouverte d’une livrée académique de belle venue certes mais qui, à l’instar de la traduction du traité Du Sublime par Boileau, gomme totalement les disparates et la saveur stylistique de l’original. Je suggère de suppléer Mazon par une version ne se souciant pas d’enrubanner l’original, celle de Brunet au Livre de poche notamment.

      • Cher Neo-birt7, pendant qu’on vous sollicite, je m’engouffre dans la brèche pour un magnifique hors-sujet : vous avez un avis sur « histoire de l’empire perse, de Cyrus à Alexandre », de Pierre Briant (pour une première approche du sujet) ?

        • Vous pouvez vous fier les yeux fermés à Briant pour tout ce qui touche à l’empire achéménide, même si son interprétation d’Alexandre comme le dernier des rois perses caricature dans une assez large mesure une situation extrêmement complexe et mal documentée. Sa monumentale « Histoire… » est un chef d’oeuvre qui n’a guère vieilli que sur des points secondaires. Il y manque toutefois un traitement des questions sociétales, à commencer par le métissage culturel du cercle qui entoura Alexandre durant puis après la conquête et par l’homosexualité iranienne (Briant la confond avec l’utilisation royale des eunuques, ce qui n’est pas profitable et doit découler de l’ignorance qu’a l’auteur des traditions cunéiformes sur les sexualités alternatives, lesquelles remontent jusqu’au troisième millénaire au pays de Sumer). La parution attendue de la révision de la grande thèse soutenue il y a vingt ans par Jeanne Reames(-Zimmerman) sur Héphaistion devrait dissiper quelques-unes des zones d’ombre qui persistent sur ces deux ordres de problèmes

          • Merci. Dans l’attente, je me suis procuré l’«Euripide et Athènes » de René Goossens, que vous avez conseillé, mais il tarde à arriver. Je piaffe.

  35. Merci très cher Neo-Birt7 de cette synthèse aussi méticuleuse que passionnante et qui, encore une fois, permet à l’amateur dénué de toutes lumières philologiques comme de connaissances précises sur les lois de l’établissement textuel propre à ce type d’ouvrage de pouvoir se faire une bien meilleure idée touchant des textes aussi importants. L’intuition ne peut évidemment suppléer à ce savoir authentique qui naît du travail, de la passion et de la familiarité avec les textes mais je suis quand même content d’avoir subodoré après de trop courtes plongées dans la notice et les notes que ce Rāmāyana était une « bonne » pléiade. Et, j’y mettrais probablement le temps sauf miracle économique mais je suis désormais décidé à l’acheter ce livre là. Le coup du collaborateur prestigieux qui n’a pas fait grand-chose, c’est malheureusement devenu trop courant. Il m’avait semblé que la pléiade échappait à ce type de reproche, mais les voilà touché. « Si tout n’en mourrait pas tout en étaient frappés ».
    Je suivrai votre conseil sur Hésiode. Tout en gardant précieusement mon Mazon qui m’est devenu précieux ave le temps et m’explique quand même bien des choses sur cet univers qui me fascine. Voir émerger cette troupe monstrueuse et pourtant signifiante , quel spectacle… quelle genèse qui s’élève de la bouche même des muses. Enfin que vous dire, si ce n’est de nouveau et très simplement : merci.

  36. Chef Restif, je reviens sur une affirmation que vous avez tenue, plus haut ou plus avant, à l’occasion de nos petits échanges sur Céline, et je vous prie respectueusement de me pardonner mon outrecuidance.
    A votre place, Restif, je ne prendrais pas Pauvert comme boussole, je ne me fierais pas complètement à lui. Il a montré à de nombreuses reprises son caractère d’aventurier et même flirté plus que de raison avec l’escroquerie. Noircir la noirceur, et se grandir soi-même en se taillant la statue de l’éditeur qui, défiant tous les interdits et l’opprobre public, a osé éditer un inexcusable assassin, serait bien dans sa manière. En tous cas, je ne commettrais pas l’imprudence de lui conférer le titre d’historien ou celui de procureur dans un procès criminel.

    Que Sade fut un violeur et un tortionnaire (selon nos qualifications d’aujourd’hui) nul doute, qu’il fut un assassin, pas l’ombre d’une preuve (et l’affaire des « ossements » est très éloignée d’en constituer une, mais il serait trop long de la détailler ici). La « sauvage équipée » que furent les années de liberté de M. de Sade ont été bien documentées et aujourd’hui les archives publiques et privées ont livré l’essentiel. Les victimes de ses méfaits sont connues et suivies, pendant et après leur rencontre avec le Marquis. M. de Sade ne vivait pas – même à Lacoste – dans une contrée sauvage sans Etat ni administration ni appareil judiciaire. Gens de tout poil, civil, judiciaire, politique, ecclésiastique, se sont occupées des affaires de ses affaires, et peu de choses ont échappé à leur attention, en tous cas, jusqu’à preuve du contraire, pas de choses aussi énormes que des crimes. Crimes qui auraient été commis sur des personnes inconnues, aucun ne sachant leur identité, leur provenance ou n’ayant signalé leur disparition. Chose fort improbable, dans un monde bien plus contrôlé qu’on croit parfois. En l’absence totale de preuve – et dans la mesure où un « procès » posthume à une telle distance aurait la moindre signification – sur la question du meurtre, M. de Sade doit bénéficier de la présomption d’innocence, ainsi qu’il est coutume de faire pour tout prévenu. Croyez que je ne m’attribue pas le rôle d’avocat, il n’en manque pas et je ne m’en sens pas l’inclination.

    Cela ne fait pas de lui le poétique chantre de l’amour surhumain qu’en donnait l’ineffable Gilbert Lély qui ne manquait jamais d’encens à brûler aux pieds de son idole. Il était un Seigneur aristocratique de son temps, aux yeux de qui comptaient pour rien les personnes de basse extraction dont il avait fait ses proies. Il était surtout lui-même la proie de passions excédent largement la commune mesure et une sorte d’ogre aux appétits démesurés (il l’a montré dans tous ses actes, y compris dans son écriture même). Il a été également la victime de lui-même et c’est pour cela que nous pouvons nous intéresser à lui. Du libertin criminel (dans le sens juridique du mot, sans que cela inclue forcément le meurtre), du prisonnier perpétuel, du révolté, est sorti par une sorte d’alchimie une oeuvre absolument exorbitante qui nous laisse encore aujourd’hui dans un état de sidération.

    Je vais risquer un parallèle qui pourra paraître déraisonnable : au fond, avec ses écrits il a fait un travail assez semblable à celui de Nerval dans « Aurelia », tentant de mettre un discours d’apparence rationnelle sur sa folie, de mettre de l’ordre dans le dérèglement des sens et du rêve.

    • Aussi « criminel » soit-il (moralement et juridiquement) Sade n’est pas Gilles de Rais, Lacoste n’est pas Tiffauges, et la Provence du 18ème siècle n’est pas la Bretagne du temps de la Guerre de Cent Ans.

      • Et pendant ce temps-là… presque simultanément on vire un « amuseur » dont la vulgarité s’étalait sur la télé publique depuis 17 ans et ne pouvait donc être ignorée, pour une sale blague sexiste de trop, tandis que le Ministère de la Culture classe « trésor national » le manuscrit des « 120 journées de Sodome »…
        « De quoi se tordre ! » comme on n’hésitait pas à imprimer sur la couverture d’une « Série Noire » en 1962…

        • Auquel pensez-vous ?
          « ça sent le gaz »
          « du bromure pour les gayes »
          « juteux à souhait »
          « gypsies go home ! »

          Et pendant ce temps-là… On ne peut plus aborder une femme sans risque pénal, tandis qu’elle fantasme le soir, dans l’intimité numérique de sa Kindle, sur l’histoire d’une soumise dans 50 nuances…

          Et pendant de temps là… Mais on s’éloigne de la Pléiade.

          • « De quoi se tordre » John Gonzales, SN n°693, 01-02-1962, traduction France-Marie Watkins (le titre anglais n’a sûrement aucun rapport avec le titre français comme il était de mode à l’époque). Je précise que je ne connais pas ce roman et ne l’ai pas lu, je l’ai trouvé sur internet après avoir songé à employer l’expression « de quoi se tordre » pour le clin d’oeil aux connaisseurs…

          • J’en profite pour conseiller à tous « Quills », film déroutant et peu connu où Geoffrey Rush campe un Sade magnifique.
            Vous ne fredonnerez plus « mon ami Pierrot » de la même manière, ensuite.

          • …on s’éloigne de la Pléiade, mais on ne la perd pas tout à fait de vue, puisque « les 120 journées » s’y trouvent en bonne place… le gag étant de voir cet infâme torchon écrit sur papier Q par un délinquant sexuel justement embastillé promu au rang de « trésor national », tandis qu’on traque, bastonne et met au ban la malheureuse race des suidés, au prétexte que parmi ces innocents sus domesticus se trouvent mêlés un certain nombre de barbares sus scrofa échappés de leurs forêts et en ayant gardé les moeurs sauvages…

  37. Je vous crois et vous entend cher Domonkos. Certes, la biographie de Pauvert ne suffit pas à prouver la culpabilité du marquis. Il faudrait d’avantage de preuves. Violeur et tortionnaire (oh, ce n’est pas l’une de nos vedettes américaines tant chantées par Bourgoin) c’est déjà pas mal mais bon, ce n’est pas moi qui sépare l’éthique de l’esthétique qui vais condamner son œuvre pour cela. Œuvre que j’adore, faut-il le dire, ce style nacré, glacé, en perpétuelle ébullition, qui tend à chaque instant à l’explosion et qui subverti les textes de Montesquieu et de d’Holbach en une ironie aussi corrosive que joyeuse (ah, l’humour chez Sade!) , cette œuvre qui est une sorte de cygne noir historique a trop fait ma joie pour que je luis cherche pouilles. D’ailleurs, dans cette biographie de Pauvert je n’ai pas été totalement convaincu par son assertion selon laquelle Sade était à la tête de la plus importante affaire de pornographie clandestine d’Europe. Ça me semble un tantinet exagéré. Continuons de faire des rêves soufrés sur ce que l’imaginaire cache, dévoile ou (surtout) invente, ce sera milles fois plus poétique!

    • Il est vrai que le Sade de la période révolutionnaire, aristo déchu, déclassé, ruiné de santé et de finances, n’ayant plus d’appui de clan et de famille, a profité de quelques années de liberté pour monnayer sa réputation et son oeuvre de pornographe – il y avait à ce moment un « marché » et une production de fascicules pornographiquie – mais il me semble effectivement exagéré et anachronique d’en faire un industriel du sexe à l’égal des entreprises qui se sont mises à fleurir depuis les années 70-80 sur un fond de libération et de marchandisation sexuelles,
      Par ailleurs, je distingue bien les époques et les critères attachés à chaque époque : à nos yeux, Sade est criminel, dans le contexte de son époque et de sa classe, ses crimes n’excédaient pas outrageusement ceux de pas mal de ses semblables. Ce qui l’a conduit à passer tant d’années en prison et à être couvert d’infamie, contrairement à plusieurs de ses contemporains, certains célèbres, c’est – outre la haine de sa belle famille voulant se protéger du scandale ) son insolence, sa perte de toute prudence, ses provocations. Il est vrai que, par rapport à la façon d’alors de traiter ce genre d’affaire concernant ce genre de personnes, on a « fait un exemple » avec lui, on lui a fait payer ce qu’on cachait ou excusait chez d’autres. Finalement, ses défenseurs patentés n’ont pas complètement tort en disant que le Sade qu’on a enfermé et banni de la société, c’est celui qui défiait la philosophie officielle plus que le délinquant dont on aurait pu régler le cas avec plus de discrétion.
      Pour le reste – l’écriture, l’oeuvre – je ne peux qu’approuver chacun de vos mots : il va de soi que, si cette oeuvre ne dépassait pas l’entendement, on ne parlerait de Sade qu’à la rubrique fait-divers de l’Histoire.

      • Et encore y aurait-il beaucoup à dire sur le « sadisme » de Sade, mieux vaudrait parler d’algolagnie, car si le plaisir sexuel est chez lui associé à la douleur, il le pratique dans les deux sens, actif et passif, d’autant moins incliné à s’apitoyer sur les souffrances d’autrui qu’il jouit des souffrances qu’il s’inflige ou se fait infliger. Idem pour le plaisir de la domination, ce prédateur aime à renverser le rapport, ce dominant jouit d’être dominé (on a pu même se demander à propos des incarcérations et humiliations qu’on lui a fait subir s’il ne « les avaient pas cherchées » comme on dit). Il y a des pages brûlantes sur le plaisir physique et moral de la sodomie subie, où il parle de l’abandon de son rôle de mâle dominant pour celui de dominé (il évoque même du changement du « sexe fort » au « sexe faible » comme il était convenu de dire en ce temps), qui sont d’une franchise extrême et trahissent le vécu. Pages que n’aurait pas démenties un Jean Genêt. Délinquant sexuel il fut, mais impossible de le réduire à cela.

        Plus généralement, ce qui nous sépare, Restif, je crois, c’est que vous parvenez assez bien à séparer l’auteur (et l’homme) de l’oeuvre, tandis que moi je n’y parviens pas. Je dois tout prendre. Impossible de détacher les romans de Céline ou de Sade des hommes qui les ont écrits. Je prends ces deux exemples, car il est évident que la vie de ces auteurs a nourri leur oeuvre. Il y a des exemples, à l’autre bout du spectre, d’auteurs qui ont tout fait pour que leur oeuvre soit détachée de leur vie (sans parler des auteurs anonymes). J’en suis d’accord. Encore que cette tentative ne soit pas elle-même sans signification.

        Je ne veux pas dire pour autant que l’oeuvre ne peut être analysée par et pour elle-même, qu’elle ne peut pas être considérée comme autonome par rapport à la vie de l’auteur. Ce qui m’intéresse ce n’est pas l’anecdote ni le jugement moral sur l’homme (ou la femme), pas même les événements de l’existence qui seraient passées dans l’oeuvre. Ce qui m’intéresse c’est ce qui a constitué l’homme et la femme qui ont produit cette oeuvre, ce sont les conditions qui ont fait que cet homme ou cette femme a écrit ceci plutôt que cela. Le processus alchimique, pas la transcription, encore moins le « roman à clés » et autres balivernes.

        • « Impossible de détacher les romans de Céline ou de Sade des hommes qui les ont écrits. »
          Merci, Domonkos. 🙂

          Je viens de terminer ma énième relecture du volume complet de La Pléiade consacré à Edgar Poe : c’est toujours aussi bien (à part Euréka, que je trouve un tantinet obscur).

          En revanche, ma tentative d’entrer dans l’univers des Chants de Maldoror de Lautréamont s’est soldé par un échec. Plus tard, peut-être…

  38. J’ai peu de temps hélas, mais je reprendrais ce débat le jour ou une ouverture se fera dussé-je la creuser au mortier. Je ne sépare pas tant que ça la vie et l’œuvre, dans un travail je me sers de tout, y compris des correspondances et des témoignages pour interpréter un passage au plus proche de l’hypothèse vraie. Par contre, je doute de nos possibilités à élucider le mystère alchimique de la création. Le « sel de cresson » de Cendras, personne n’en jamais vu le dépôt à l’office des brevets. C’est une prodigieuse métaphore, voire métonymie de l’écriture.Quelle splendeur quand même cette édition. Je ne résiste pas de ma notule.Claude Leroy nous avait déjà donné l’édition des Œuvres autobiographiques de Cendrars à la Pléiade, édition en tous points digne d’éloge mais un peu cher étant donnée sa minceur. Ici, un tel reproche n’a plus lieu d’être, les deux volumes sont épais et le dossier, l’appareil critique mené sous la houlette de Claude Leroy et de ses brillants co-équipiers, enfin l’édition même est tout simplement époustouflante et fera date. Elle est appelée à devenir la référence en la matière. L’édition des textes est en elle même une réussite qui, je le redis, fera date. On trouve dans ce coffret Pléiade des textes introuvables ailleurs (Aléa, sine titulo, d’autres encore) et certains fort rares, parmi eux d’importants, l’Eubage ou Les armoires chinoises qui en disent long sur le processus de transcendance poiétique (sic) qui permettra à Sauser de renaître Cendrars par un phénomène de transmutation où la Chair et le Verbe se rencontrent en des noces lyriques. La main perdue désormais compagne d’Orion jusqu’à l’écroulement de l’univers, c’est désormais à cet ‘ »autre » qui fascinait Cendrars depuis le « Je suis l’autre » écrit par Nerval sous son portrait, c’est à cet autre de renaître, jadis poète blessé à mort désormais ressuscité romancier d’une intensité, d’une modernité condensée, explosive dont Moravagine, qui l’a hanté pendant 15 ans au moins et peut-être beaucoup plus en secret m’apparaît comme la plus exemplaire, la plus intense la plus déterminantes des preuves. Enfin disons quel c’est là une superbe édition qui a profité de tout le travail accomplit par Claude Leroy et ses complices lors de l’édition TADA en 15 volumes des œuvres complètes de Cendrars; auxquelles s’ajoutent tous les cahiers Blaise Cendrars,tout ce qu’a pu mettre au jour les travaux les plus récents. C’est magistral, de l’établissement des textes à l’annotation, aux notices, variantes et aux présentations documentaires qui sont donnés avec générosité. Et puis ce coffret avec ce dessin de Cocteau est superbe. Après cela, si vous ne l’avez déjà vous n’aurez plus qu’une envie, c’est de vous offrir les Œuvres autobiographiques.

    • Je vous remercie Restif pour cette note sur Cendrars (celui-là est au sommet de mon Olympe littéraire personnel, avec une poignée d’autres comme Nerval…), je bois du petit lait à vous lire ! Magnifique. Il fait partie de ces auteurs qui m’ont constitué, on ne pourrait me l’arracher sans m’enlever un membre ou un organe essentiel.

      Demandez à Draak d’ouvrir une fiche Cendrars, vous pourrez sans nul doute y apporter votre contribution. Je suis comme vous (mais je ne me risquerai pas, après vous, à en faire la critique) je place ces deux coffrets Cendrars parmi ceux qui m’apportent le plus de plaisir, un simple regard qui glisse sur eux, une pensée, avant même de les ouvrir, me procure le plus intense plaisir.
      …………………………………………
      Pour « l’alchimie de l’écriture » point n’ai prétendu en trouver le fin mot, seulement tenter – tenter seulement – de l’approcher.

  39. Eh bien voilà. Je referme mon volume Pléiade 4 Jules Verne. Le bilan automne 2017 est catastrophique voire honteux. Suis vraiment triste de la tournure de notre affaire ! Passons les en revue (et j’en appelle à vous tous pour me contredire !). Roth et Verne en Pléiade pour quoi faire ? Ces 9 livres existent déjà en poche et pour pas cher. Je les avais déjà lu il y’a longtemps, pas besoin d’attendre la Pléiade pour ça. Plaisir de les relire. On me dira c’est un honneur la Pléiadosation « mieux qu’un Nobel » a dit D’Ormesson soit. C’est peu. Balzac? Là c’est carrément honteux. Exclure les lettres à L’Étrangère (passionnantes!) pour des raisons bassement pécuniaires (cf. l’éd. Bouquins par le même éditeur, c’est moche) J’affirme ayant lu ces 2 superbes volumes qu’un lecteur curieux en appendra plus sur Honoré en lisant ces livres avec Mme Hanska que les 3 en Pléiade. Pathétique. Donc pour moi reste Cendrars. La merveille. Parfait, notices notes annotation et textes inédits ou rares. (Je regrette évidemment l’absence de l’affaire Novgorod) Suis pas capable de trancher. Que de nouveautés ! De textes inconnus! Conclusion : si désormais une banque ne subventionne pas une Pléiade…. (comme pour Ramuz) ….Misère sans splendeur de la Pléiade de cet automne 2017. Gageons que l’hiver/printemps 2018 sera bien meilleur. Peuvent pas faire pire en même temps !

    • Que dire que je n’aie déjà dit à propos de Verne en Pléiade ?

      Vous me contraignez, cher Tigrane, à défendre ce qui m’a moi-même déçu. Mais, si je suis très critique à l’égard de cette édition, je ne pense pas qu’elle mérite d’être accablée d’autant d’infamie. (Pour Roth, on sait aussi ce que j’en pense : le pire. Peu importe, d’ailleurs, et mon avis n’a pas valeur coranique.)

      Je ne reprendrai qu’un seul de vos arguments, le seul que vous ayez exprimé, mais les autres se devinent aisément et sont partagés par la plupart d’entre nous : « Ces 9 livres existent déjà en poche et pour pas cher. Je les avais déjà lus il y a longtemps, pas besoin d’attendre la Pléiade pour ça. »

      Je reconnais bien volontiers qu’on aime trouver en Pléiade des textes rares, difficilement accessibles, concernant des auteurs qui n’ont pas devanture dans toutes nos rues et avenues littéraires. C’est entendu. Mais a contrario, on ne recherche pas que cela – en tous cas c’est mon cas et j’espère n’être pas seul. Si la Pléiade doit se priver de textes au motif qu’ils « existent déjà en poche et pour pas cher » ou bien que « nous les avons déjà lus », alors 90% de la collection peut partir au pilon.

      Vous soupçonnerez à bon droit le caractère quelque peu fallacieux de mon argumentation, car je ne peux ignorer qu’on attend plus de l’édition Pléiade que de l’édition poche. Eh bien je prétends que c’est le cas en l’espèce, même si cela aurait dû être beaucoup mieux. Il est vrai que ces volumes ne satisferont pas les amateurs d’édition « savante » – pas plus que les passionnés de Verne qui pensent qu’on n’a pas encore dit l’essentiel sur lui – mais les éditeurs ont aussi pu légitimement penser qu’un Verne alourdi d’un appareil critique trop imposant aurait eu l’air pataud. Et qu’il aurait tout aussi bien pu être contesté par ceux qui auraient proclamé que c’eût été lui faire trop d’honneur.

      Comment satisfaire à tous les critères et répondre à toutes les attentes ?

      Voilà le résultat de votre attaque, Tigrane : vous m’avez perversement transformé en défenseur des éditeurs et des maîtres d’oeuvre de la Pléiade, me contraignant à trahir mes plus intimes convictions. Inouï ! Vous en répondrez, ma dignité ne saurait se satisfaire de moins…

    • Tigrane, j’irai encore plus loin que vous. Rien de ce qui est paru ces dernières années dans la Pléiade n’a retenu mon attention, exception faite pour la correspondance balzacienne (plutôt décevante sans même parler de l’exclusion aberrante des lettres à l’Etrangère), les « Premiers écrits chrétiens », ou Aristote, dont le tome second tarde d’une manière ne laissant pas de m’inquiéter. Je donnerais volontiers l’intégralité de Pérec et Cendrars pour une nouvelle édition de Paul Valéry ; le choix fait par Jean Hytier de n’admettre aucun élément exégétique dans l’appareil critique (vol. I, p. 9 : « nos notes évitent tout commentaire proprement dit ») laisse impénétrable l’ensemble de la poésie, ce qui tient du scandale sachant qu’il s’agit de la partie sans doute la plus vivante de l’oeuvre valérienne. Un ou deux volumes refaits de Mélanges voltairiens, renouvelant la manière du vieux volume de René Pomeau avec l’annotation que demandent ces opuscules souvent étonnamment modernes (le Traité sur la tolérance, le Poème sur le désastre de Lisbonne, la Relation de la mort du chevalier de La Barre, bien sûr, mais aussi la délicieuse Diatribe du docteur Akakia, etc) nous repaieraient avec avantage de l’immondice staëlien. Un nouveau « digest » de Montesquieu, comprenant L’esprit des lois et les Lettres Persanes munis d’une annotation précise mais sobre, serait enfin un desideratum, qui tiendrait en 2000 p. et compenserait avec profit le lénifiant second volume de Jean d’O.

  40. En lisant un texte de Giraudoux sur Gérard de Nerval, je prends conscience (Giraudoux me fait prendre conscience) que nos Romantiques n’ont cessé de parler de leur mélancolie, de leurs malheurs et de leurs souffrances (et il n’est pas question de leur refuser la présomption de sincérité, ce faisant), pour finir presque centenaires et Sénateurs inamovibles. Tandis que Gérard de Nerval, réellement écrasé par le malheur, s’est tu sur ses souffrances, ne s’est jamais départi de son ton léger et aérien, a dissimulé la noirceur sous la lumière, est resté constamment gai. Même les derniers propos qu’on lui prête, à l’orée de la nuit fatale, ressemblent à ceux qu’on tiendrait avant une fête : « Ne m’attends pas, la nuit sera noire et blanche ».

    Il me semble que cela mérite quelque réflexion.

  41. Cher Domonkos ce n’est bien sûr pas tant une attaque qu’un cri de déception. J’ai adoré relire ces romans et découvrir le Château des Carpathes mais je suis déçu que la Pléiade devienne parfois un simple « digest » de réédition simple d’œuvres déjà disponibles. On peut (on doit !) en attendre davantage me semble-t-il. Vous même êtes déçu. Je pense que le début 2018 sera d’une toute autre hauteur. Hugo, Kierkegaard et Beauvoir devrait être autrement intéressant. Et il sera amusant de comparer ces futures éditons avec celles déjà disponibles. En effet, (sauf erreur de ma part) tous les livres annoncés dans ces Pleiades (et j’ajoute Stevenson bien sûr) sont déjà en librairie ! Et en poche aussi ! Comment la Pléiade les présentera, les éditera, les commentera, quels textes nouveaux découvrirons-nous? Je fais grande confiance à R. Boyer et à S. LeBon. Vive le suspens ! Vive la Pléiade !

    • Nous sommes absolument d’accord sur le fond, bien entendu. L’amateur passionné de Verne, en moi, fait parfois taire le critique. Et j’en suis d’accord également, Kierkegaard est une excellente nouvelle, on ne saurait accuser Gallimard, pour cette fois, de faire un « coup » commercial !

      Quant à Hugo, je l’attends aussi avec impatience et cela réveille (timidement) l’espoir de voir un jour revenir sur le devant de la scène l’entreprise Hugo en Pléiade, si regrettablement et depuis trop longtemps laissée en chantier… La seule inquiétude vient du constat, fait sur le site de la Pléiade, que la nouvelle édition est annoncée pour 1 824 pages et 65€ alors que l’ancienne figure toujours, pour 1 808 pages et 64€… Soit 16 pages de plus seulement pour la nouvelle édition : cela paraît peu pour le nouveau matériel annoncé à grands renforts de trompette ! Et suscite chez moi quelques inquiétudes… Si quelqu’un a une hypothèse…

      • De toute façon, je serai client, car je n’ai pas l’ancienne édition, et l’idée de posséder cette oeuvre majeure (Hugo qui ne se mouchait pas du coude, selon son habitude, en faisait un roman océan, et, qu’on le déplore ou non, il avait raison) sous ses nouveaux et brillants habits.

        • « L’idée de posséder… me comble de joie. » (Faut pas oublier de finir tes phrases, Domonkos, tes profs te le répétaient constamment…)

      • J’irai plus loin encore. L’édition considérée comme la plus rigoureuse, celle de Marius-François Guyard aux Classiques Garnier (1957, 1963² avec chronologie), d’une typographie assez serrée pour ce qui touche au texte, ne compte pas moins de 1900 p. (1140 dans le seul volume 1), avec notes et variantes (pas trop généreuses !) dans chaque volume et deux appendices textuels assez brefs en fin du second tome. Je ne vois pas comment la nouvelle Pléiade pourrait comporter les bonus annoncés sans excéder notablement les dimensions de l’édition Garnier tout en respectant les dimensions de la précédente Pléiade, dépourvue, elle, d’appareil critique et explicatif, sauf si les apports inédits ne sont pas aussi spectaculaires que l’éditeur le prétend, à des fins publicitaires. Je crois que Gallimard aura usé d’expédients pour imprimer le tapuscrit de Scepi : nous devrions avoir moins d’une centaine de pages de préliminaires (introduction + Note sur la scène et l’image + Chronologie + Note sur le texte) et une annotation succincte rendue très dense par une distribution non pas selon les pages de texte mais par chapitre de l’oeuvre, afin de réduire les blancs au maximum.

        • Une grosse partie des notes de l’ancienne édition concernait des variantes avec les Misères. Si on les supprime (car elles interrompent la lecture de l’amateur lambda que je suis), cela fait un gain de place pour d’autres analyses.

          Cher Neo-Birt7 : Page Victor Hugo ouverte sur propagerlefeu.fr ; j’ai présenté comme édition de référence la collection Bouquins (?).

          • Je me doutais, en mon for intérieur, que, s’il y a vraiment des ajouts, pour garder le même volume à peu près, il faut bien que quelque chose soit supprimé. Je ne connais pas l’ancienne édition, pas plus que je ne connais autrement que de nom « Les Misères » (je veux dire que j’ignore jusqu’à quel stade Hugo avait mené cette entreprise). Je m’étonne un peu de cette disparition, peut-être certains la regretteront-ils. Est-ce un bien (oui, selon vous, Draak), est-ce un mal ? Je ne vais pas faire l’hypocrite : je lis peu les variantes, de temps en temps quelques-unes me retiennent, mais en général je n’ai pas ce courage (ainsi, horresco referens, j’ose à peine l’avouer d’une voix quasiment inaudible ou le souhaitant du moins, je me contente de l’ancienne édition de « La Recherche » en trois volumes, n’ayant pas le courage d’ingérer la version longue et complétée en cinq volumes).

        • Je suis inquiet et je n’achèterai pas cette Pléiade chat en poche. Je crains qu’on nous en enlève d’un côté pour nous en rajouter de l’autre, afin de ne pas faire trop grossir le volume. Je n’aurais pas trouvé excessif de nous concocter une édition vraiment bien garnie, en deux volumes, sous coffret affriolant comme on aime depuis quelques années du côté de la rue ci-devant Sébastien Bottin (oui, je suis un affreux réactionnaire, partisan de « l’ancien, régime », de l’époque où Gallimard était dans le bottin plutôt que dans la rue).

          • (Ma dernière réaction fait suite à l’intervention de NéoBirt7, laquelle est la source de mon inquiétude…)

  42. Vous savez que ce travail des 3 versions a deja été fait et nous est bien connu. Et il est passionnant (mais pointu quand même !!) Par le groupe de HugoJussieu

    • C’est toujours pareil… « moi qui balance entre deux âges… » non, entre deux… comment dirais-je ? deux niveaux d’exigence et de connaissance ?… Très souvent je me trouve en face du trop ou du trop peu : trop savant (ou pointu) et de plus peu accessible matériellement et financièrement, comme la version que vous évoquez ci-dessus ou bien trop sommaire comme la plupart des versions courantes… Ah qu’il est difficile à « l’honnête homme », moyennement lettré (moyen supérieur disons, pas d’excès de modestie) de trouver chaussure à son pied !

  43. La préparation des volumes des romans dans la Pléiade de G. Sand est passionnante. Que de problèmes de choix à faire. Si les nouvelles sont écartées, il faudra pourtant laisser de côté de nombreux romans ! Comment choisir? Surtout que les « incontournables » sont très épais (Indiana, Lélia, Consuelo et la Comtesse de Rudolstadt, Elle et lui, Mauprat, La mare aux diables, François le Champi, La Petite Fadette et Les Maîtres sonneurs) !

  44. Restif, je vous interpelle pour un hors-sujet comme nous les aimons… (hum !) Je viens d’apprendre par le site de Juan Asensio le décès de Guy Dupré.

    J’avais découvert cet auteur – très, très tardivement hélas et par le plus grand des hasards, -sous la forme du volume réunissant ses trois romans au Rocher, il y a deux à peine…

    Depuis lors, j’avais moult fois songé à vous demander si vous le connaissiez et ce que vous en pensiez (il me semblait qu’il y avait des raisons pour que la réponse soit affirmative).

  45. Et non, je ne connais pas. J’ai peut-être croisé son nom en m’intéressant à Barres, mais à vrai dire, non, c’est une terre à arpenter. C’était en tous cas un homme discret.

    • Il me semble que Dupré se situe dans une filiation littéraire qui devrait vous intéresser, si je me suis fait quelque juste idée de vos goûts et intérêts en la matière.
      Je ne vais pas m’étendre sur lui, ma science dépréenne étant trop fraîche et incertaine, mais je vous invite à lire l’hommage que Juan Asensio lui rend sur son site, avec émotion et éloquence. Quant à moi, j’ai découvert le recueil de ses trois romans (je n’ai pas lu ses recueils de chroniques paraît-il fort intéressants) de la plus hasardeuse des façons, en le trouvant à vil prix, parmi d’autres bouquins sans intérêts, dans un bazar qui entre autre marchandises solde également des livres, des dvd, etc. Une perle au milieu du fumier !
      J’ai été très impressionné par cette lecture et me suis dit que j’avais raté quelque chose d’important au cours de ma vie de lecteur.

      • Mais, précisément, vous ne l’avez pas raté.
        Ah, ce frisson du lecteur, lorsqu’il s’aperçoit avec effroi qu’il aurait pu passer à côté de l’auteur dont il vient de refermer le chef d’œuvre !

        • Il s’agit bien de cela, effroi rétrospectif. Il faudrait ajouter ce type de terreur à toutes celles qui composent la palette des auteurs de Fantastique.

    • Restif, oui, certainement avez-vous croisé Guy Dupré éditeur, commentateur et préfacier de Maurice Barrès.

      A ce propos, et pour vous faire rire, je suis tombé sur un extrait d’un texte de François Nourissier, évoquant Barrès et Dupré (lequel était alors éditeur chez Plon).

      «Ce soir de 1954, une réception avait lieu, sous la belle verrière de la rue Garancière, à la librairie Plon, pour remettre au général de Gaulle le premier volume sorti de presse de ses « Mémoires de guerre ». Toute la maison était au garde-à-vous(…). Le Général, ensaché dans un immense complet croisé, tenait ses lunettes à la main, qu’il chaussa pour se pencher sur cette vitrine où trônait une haute photo de Maurice Barrès. Celui des patrons qui avait mené la négociation avec de Gaulle frémit : «Barrès, on aurait dû le planquer !»

      Mais déjà le Général se redressait, solitaire et rigolard : «Ah ! Notre vieille houri…» Puis (…) il aboya du côté des caciques : «Ça se vend encore, Barrès ?» Le PDG (…) fit diversion : «Mon Général, je vous présente notre barrésien maison, Guy Dupré, il prépare l’édition nouvelle des « Cahiers »…»

      Le Général (…) : «Dites-moi, Dupré, on me dit que vous donnez dans la magie noire, les secrets des bureaux, les capotes bleu horizon : il doit raffoler de tout ça ! Il vous chouchoute, Barrès ?»

      Dupré prit son visage le plus énigmatique : «Il a la bonté de préférer ma jeunesse à la maturité de ses disciples officiels.»(…)

      (La suite du propos ne fait pas partie de la section librement consultable du texte de Nourissier. Dommage, nul doute que c’eut été délectable.)

  46. Que Juan Asensio me permette (ou qu’il me le pardonne, du moins) de répercuter ici quelques extraits de son article mémoriel, c’est ma façon de rendre hommage à Dupré, ce que je ne saurais faire avec mes propres mots, et de tenter à mon tour, ajoutant un maillon à la chaîne, de le faire découvrir, peut-être, à quelques-uns qui liraient ces lignes – puisque les Trompettes de la Renommée médiatique ne le feront pas.

    ………………………………………………………………………………………………………………………………..

    (…) « Guy Dupré s’éteint, et nous ne sommes que quelques-uns à le savoir, encore moins à nous en lamenter publiquement. » (…) « Ce qui m’a frappé(…) chez Dupré, (…) c’est l’extrême acuité, la vivacité bondissante qui exsude de tout savoir véritable, de toute intelligence que je dirais corporelle, physique, lentement forgée au contact des textes jamais séparés de la vie, étant la vie elle-même, magnifiée, exaucée, retrouvée, reprise. » (…)

    « Guy Dupré était la littérature, qui l’avait choisi, élu, avec bien d’autres qui à notre époque se raréfient drastiquement, pour déverser en lui, par lui, son interminable phrase qui continuera d’être dite lorsque notre soleil sera énorme et bavera son sang fatigué au-dessus d’un horizon terrestre brûlé par ses derniers feux. Je parle de littérature. Je parle d’une parole vive, bondissante comme une truite légendaire, que cherchent leur vie durant les patients, les sourciers ou les horribles travailleurs qu’évoque Rimbaud, et que parfois ils se désespèrent de parvenir un jour à capturer, ne serait-ce même qu’à apercevoir, fugitive comme un éclair retourné aux ténèbres desquelles il s’est échappé miraculeusement. » (…)

    (…) « plus d’une fois, en lisant Guy Dupré, en l’écoutant évoquer de sa voix que rien ne semblait pouvoir stopper cette longue suite d’écrivains, petits et grands, de femmes et d’hommes qu’il avait lui-même lus et bien souvent rencontrés, je me suis pris à penser que je les rencontrais à mon tour, que je voyais, aux détails et anecdotes bien souvent cocasses par lesquels Guy Dupré me les peignait, ces pauvres fantômes presque ou totalement oubliés qui, vivants, avaient parlé comme ils avaient pu et, morts, continuaient de parler, demandant aux vivants si volages de les lire encore, une toute dernière fois, de leur donner, ne serait-ce qu’une seule fois valant une éternité de lumière, accès au monde des vivants par l’évocation de leurs livres, ou de l’action qu’ils avaient pu exercer sur tel ou tel écrivain qui, parfois, oublierait à son tour et fort opportunément de les mentionner. » (…)

    « Je ne puis conclure ces quelques lignes qu’en me faisant, modestement, le porteur d’une parole qui ne m’appartient pas, pas plus qu’elle n’appartenait à Guy Dupré, rappelant ses propres mots écrits dans son premier roman, « Les fiancées sont froides », où il affirmait qu’au fond de «tout chagrin, au fond de tout désespoir, existe pour nous un terrain vierge où le déchirement de l’absence se mue en pressentiment du retour», ou encore en évoquant cette pensée magnifique, que je me suis bien souvent promis de placer en exergue d’une note sur le douloureux « Vent noir » de Paul Gadenne, ce que je ferai un jour, avant que ma voix de lecteur ne disparaisse encore plus irrémédiablement que celle de Guy Dupré : «Il mêle un chant du départ au chant de l’adieu ce beau vent noir où s’évanouit le souvenir de celles qui pour être inoubliables eurent besoin de mourir…».(…)

    « Il est temps plus que jamais, hélas, il est grand temps, maintenant que la voix de Guy Dupré, à peine éteinte, n’est plus qu’un souvenir qui me bouleverse, de donner à connaître et admirer, comme j’ai tant essayé de le faire depuis que je les ai découverts parce qu’une autre me les avait conseillés, ses textes aux plus braves de cette génération déshéritée, et de se rappeler que lui, ce grand écrivain qui a su faire de l’écriture une sonde s’enfonçant si loin dans les âmes, n’aura pas eu besoin de mourir pour être inoubliable. »

    • Ce qui ne dispense pas, bien au contraire, d’aller lire le texte dont j’ai extrait ces passages, in extenso. Ce ne serait que justice.

  47. En passant, cher Domonkos, saviez-vous (probablement oui) que l’immense Boulgakov a sacrifié à l ‘admiration pro-vernienne, voir sa pièce :
    « L’île pourpre. Répétition générale d’un ouvrage du citoyen Jules Verne au théâtre de Guennadi Panfilovitch, avec musique, éruption d’un volcan et marins anglais. » –
    De BOULGAKOV (Mikhaïl).

    Je ne sais si ce titre intégral qui me vient d’une collection théâtrale (si j’ai bien saisi) est précisé dans la Pléiade. Ah, la Pléiade et Boulgakov… je me lasse de voir venir la réédition du tome 1 des œuvres du maître. Pourtant, je pense qu’une réimpression accompagnée d’une présentation en coffret en y joignant le tome II, cela marcherait. Je m’amuse de voir que mon vieil exemplaire en poche-biblio (avec il est vrai une superbe maquette d’Annie-Claude Martin) du « Maître et Marguerite » est vendu par deux margoulins plus de…700 euros! Un autre, plus calme, se contente de 40 euros. Je suis toujours étonné de voir vendus à des prix démentiels (120, 150 euros voire plus) des Pléiades qui ne sont PAS épuisées et qu’on trouve à 70, 75 euros. J’ai remarqué tout particulièrement deux marchands spécialisés dans ces hausses irrationnelles et comme ça continue depuis des années, force est de de se demander :1) s’ils ont vraiment des clients. Cela, ça me paraît impossible, sur la même page vous voyez le même livre à des prix bien plus doux. Ou alors 2) il y a là une arnaque dont je n’arrive pas à débrouiller l’écheveau. Quelque chose en rapport avec le fisc pour ceux qui font les frais réels? (devenus pourtant bien moins intéressants. Du temps de mon père, c’était pain béni).
    En tous cas, cela fait 11 ans qu le tome 1 de Boulgakov est sorti, je ne sais trop à quel moment il est devenu épuisé mais il me semblait que lorsqu’un Pléiade se vendait aussi vite, aussi bien on réimprimait. Bon, j’ai tous les textes de cette Pléiade et depuis longtemps! Des recueils « La locomotive ivre « (Ginkgo éditeur) aux « Écrits autobiographiques » (Babel) jusqu’à son adaptation théâtrale des « Âmes mortes ». Finalement, c’est surtout pour La fuite et son théâtre en général que j »aimerai à voir réuni en un volume qui va faire de moi l’acquéreur du tome II. Mais que ce volume I va me manquer quand même, à cause des « Articles de variétés et récits (1919-1927 ». Pourquoi, mais diable pourquoi ne réimprime-t-on pas ce volume??? C’est à n’y rien comprendre. A croire que Sa Majesté Cornu continue de jouer de méchants tours à Boulgakov.

    Je m’interroge sur l’édition Kierkegaard à paraître en avril. Je possède déjà bon nombre de ses œuvres en Tel, la traduction Boyer sera-t-elle une si profonde révolution qu’elle en deviendra obligatoire? Il faut quand même une solide science philosophique pour s’attaquer à la mise en français de Kierkegaard, il faut notamment connaître son Hegel à fond, Kant, avoir bien lu Spinoza – pour le concept de système en philosophie – Fichte et ne pas méconnaître Schelling. Certes, Boyer avait une licence en philosophie, et il a édité Kierkegaard en « Bouquins » reprenant les traductions de de Paul-Henri Tisseau et Else-Marie Jacquet-Tisseau. Je dois avouer que je suis curieux et que j’attends pour savoir quelle réception aura cette traduction. Je ne pense plus l’acheter, a priori, je suis trop tourné vers la littérature désormais (et, hormis quelques exceptions, quand même encore assez nombreuses, vers la littérature en français, parce que je sais que j’ai une vraie chance d’en saisir toutes les polysémies, les effets de sens, de connotation etc) mais je ne suis jamais complètement fermé à l’avenir dès qu’il s’agit d’œuvres majeures. Quelqu’un a-t-il déjà eu la chance de jeter un coup d’œil sur ce Kierkegaard? Pour G.Sand, je crois que je vais garder mes éditions Phébus de « Consuelo » et de « La Comtesse de Rudolstadt » avec mes quelques autres Sand (« Laura ») et « L’histoire de ma vie » en deux volumes en Pléiade, édition que j’ai trouvée excellente pour le peu que j’en ai lue. Il faut que je me jette là dedans pour de bon.

    • Beaucoup de prix de « mise en vente » ne correspondent pas à la réalité des transactions réellement effectuées. Sur certains sites de vente aux enchères, il est possible de connaître les prix de vente réels lorsque la vente est conclue.
      La pratique des prix affichés supérieurs à la réalité a toujours existé, dans des secteurs aussi divers que le marché de l’art, l’immobilier, la bijouterie, l’horlogerie, la brocante et les antiquités, les collections en général et, bien entendu, la bibliophilie. C’est l’une des raisons pour laquelle bien des particuliers croient posséder des trésors chez eux alors qu’il n’en n’est rien (l’autre raison principale étant que les collectionneurs exigeants n’achètent que des objets en état strictement neuf).
      Ce qui diffère avec internet, c’est que l’on y voit des prix affichés qui sont au-delà de toutes les exagérations possibles.

  48. Concernant les margoulins du net qui vendent des livres (parfois même non épuisés) à des prix de fou, quelqu’un m’avait en effet un jour affirmé qu’il s’agissait d’une sorte d’arnaque à laquelle nous, pauvres lecteurs, ne pouvions pas comprendre grand-chose. En gros, les livres existent (ou pas) dans le stock des vendeurs, mais c’est lui-même ou un complice qui achète ou fait semblant d’acheter… une sorte de blanchiment auquel je ne comprends rien, mais il semble que dans certains cas au moins ce soit ça…

    Pour Kierkegaard version Boyer, je m’arête sur votre  » je suis trop tourné vers la littérature désormais  » pour souligner à quel point il est essentiel de considérer Kierkegaard comme de la littérature justement!! Pas « seulement » de la philosophie pour philosophe. Un très bon ami danois ne cesse de me répéter que son cher Soren est AVANT TOUT un immense prosateur et même un humoriste de tout premier plan!

    • Vous avez raison, évidemment, et c’est bien pourquoi je laisse la porte ouverte quand à l »achat de ces volumes. Oui, Kierkegaard appartient bien aussi au royaume de la littérature, il n’est que de lire l’avant-propos au DIAPSALMATA dans « Ou bien , ou bien « (publié par Victor Eremita!) et le lyrisme revendiqué par l’auteur de l’avant-propos (K. lui même bien sûr). On ne peut oublier que dans « Les miettes philosophiques », Climacus met Shakespeare en épigraphe « plutôt bien pendu que mal marié ». Mais on ne peut oublier non plus qu’il commence la même œuvre par une réflexion assez serrée sur Socrate, l’amour, l’apprentissage. Lorsqu’il s’arrête sur Spinoza pour entamer une différenciation entre être et être idéal ou essence, là c’est bien de la philo. Bref, je suis surtout curieux, car traduire et éditer Kierkegaard exige d’être fort bon connaisseur en philosophie, assez calé en humanisme (à qui Boyer à-t-il emprunté les traductions du grec cité par K?) et apte à la théologie. Cela me parait assez redoutable. Et puis je me demande quels textes nous aurons. Le Journal? C’est long (pas lu).
      Forcément « Ou bien ou bien », « Les miettes philosophique », « le concept d’angoisse, » « le traité du désespoir », « Les post scriptum aux miettes philosophiques », bien, mais qu’en sera-t-il de textes fort intéressants comme « Exercices en christianisme »?
      Mais j’attends avec impatiences de pouvoir regarder ces volumes, lire ce qu’en ont pensé non des gens qui connaissent Kierkegaard bien mieux que moi, ce qui n’est pas difficile, mais de véritables experts de l’écrivain (vous voyez que je choisi le mot idoine). Donc, que vienne avril!
      Ah, je crois Joaquim Hock que vous avez assez bien clarifié cette curieuse affaire de prix hallucinants.

      Vous voyez Lombard, ce qui m’étonne, ce n’est pas que des gens s’illusionnent sur le prix de leurs babioles, pierre, meubles ou papier. Non, ce qui m’aiguisait l’étonnement c’est de voir sur la même page le même ouvrage à 60 et 160 euros. Quand à mon poche Boulgakov je viens de le voir ailleurs à 3 euros, ce qui me semble plus juste que 40 ou que…700 (!!!).

  49. Bonjour à tous,
    Je vous suis avec intérêt depuis quelques mois.
    Je rêve, entre autres, d’une édition bilingue de Feuilles d’Herbe de Walt Whitman dans la traduction de Jacques Darras. Est-ce une utopie ?

    • Il faudrait une anthologie de la poésie américaine. Feuilles d’herbes seul, vous ne l’aurez pas. trop court, déjà. Je possède une édition bilingue de ce recueil, mais j’ai totalement oublié le traducteur (c’est mal!). Une anthologie aurait l’intérêt de nous donner du Sylvia Plath, du Ginsberg, du R.Frost, tant d’autres. Tant d’autres que je ne connais pas. Mais d’abord l’anthologie russe svp. Je ne pense pas qu’elle puisse être bilingue, non que je sois contre, loin de là (une raison de me remettre enfin sérieusement au russe) mais pragmatiquement…

      • Bonsoir cher Restif
        « Feuilles d’herbe », un recueil trop court ?
        En poésie Gallimard, il fait 700 bonnes pages ! La traduction de Darras est honnête, il n’escamote pas les images à connotations sexuelles, et la structure phrastique restitue assez correctement le flux lyrique du rhapsode Whitman. Je crains au contraire, que la longueur du recueil ne détourne Gallimard d’une édition bilingue en Pléiade. Peut-être des morceaux choisis, dans un vaste corpus des poètes américains…
        Impossible de lire Whitman sans penser à John Ford. Un grand poète assurément, bien plus difficile d’accès qu’il n’y paraît.

  50. Restif,
    Une fois de plus je me suis emporté ! Une des raisons de mon retrait ( progressif ) du blog… J’aime passionnément la littérature, et parfois je réponds un peu à l’emporte pièce. Pour Whitman, au fond, nous pensons la même chose, il faudrait sans doute, l’intégrer dans une anthologie des poètes américains. J’en parlais à une amie enseignante, qui propose Whitman, dans le cadre d’une étude sur les transcendentalistes ; et je lui faisais remarquer que la littérature américaine, en France, était surtout représentée par ses romanciers et ses auteurs dramatiques. Il serait temps, peut-être, d’y ajouter ses poètes.
    Pour « Feuilles d’herbe » en théorie, un volume Pléiade serait parfaitement envisageable : une centaine de pages de présentation générale, six cents pages de texte ( original et traduction) plus deux cents pages de notes, voire plus. Whitman était soucieux de coller à la vie politique de son pays ( East and West) je pense qu’un appareil critique, des notes historiques et biographiques, feraient un Pléiade correctement troussé.
    Il n’est pas interdit de rêver…

    • Et si cela ne suffisait pas pour faire bon poids, il resterait assez de textes à piocher dans son oeuvre ou sa correspondance, pour constituer un volume un peu plus confortable que certains Villon, Ducasse-Lautréamont ou récent Laclos…
      Voilà qui aurait une autre gueule que Ph. Roth et, sur le plan commercial (ne pas oublier d’ajouter « bassement » commercial aurait pu dire Flaubert) il n’est même pas sûr que cela se vendrait moins bien que ce dernier, au sujet duquel je ne suis pas persuadé qu’il remue tant que ça les foules d’acheteurs en furie.

      • Pardon, en ces temps de tenue de langage correct obligatoire, veuillez remplacer « une autre gueule » par « un autre caractère de nécessité ».

  51. Pour information, je vous indique qu’il existe une édition complète très facile d’accès (mais chère 80€!) de Feuilles d’herbe parue à l’automne 2017 dans la collection Meridiani, avec le texte anglais en regard de sa traduction Italienne. Mon volume compte environ 1650 pages + 200 pages pour la préface. Cela ferait un beau volume Pléiade c’est vrai !

  52. Merci de votre renseignement Tigrane, il est important car il prouve que la chose est possible, oui, on peut avoir un volume Feuilles d’Herbes. Par contre, l’aura-t-on jamais? en tous cas sous le roi Gallimard actuel… j’en doute.
    Zino, je vous en prie, vous n’avez dépassé aucune colonnes d’Hercule de la bienséance, en tous cas nulle que ne justifie la passion littéraire. Et plus que tout ma bêtise. Je me suis en effet stupidement référé, à la va-vite, à une édition bilingue de Roger Asselineau en Aubier-Flammarion, ne possédant plus la traduction Darras (ah, les prêts de livre…). Or ce n’est pas une intégrale, elle ne fait que 495 pages. Le fait est que nous sommes parfaitement d’accord : Whitman mérite sa Pléiade. Holderlin a bien la sienne. Mais j’ai peur, bis repetita, qu’il n’ y ait pas grande grande chance d’entendre en Pléiade le grand barde américain s’avancer en clamant : « with music strong I come,with my cornets and my drum ». Holderlin a bénéficié, je le crois très sincèrement, de l' »effet Heidegger ». Et de la chance d’être édité sous la direction de Jacottet, avec une équipe de prestigieux traducteurs.
    En dehors des anthologies, finalement, (ce qui reste une facilité) la poésie semble être devenue le parent pauvre de la Pléiade. Bien sûr, il y a eu Jacottet. Mais ce n’est pas Whitman, oh combien. Et puis, qui d’autre? Alors qu’on nous donne au moins une bonne anthologie de la poésie américaine, nous nous rejoignons encore.
    Au plaisir de vous lire, très sincèrement.
    Ps…J’en reviens à mon dada, comme l’oncle Tobby. La poésie russe. On oublie un peu trop chez les gallimardiens, cette dynastie étonnante, que Schiffrin donna ce titre de collection en hommage à un groupe de poète russe qu’on appelait la Pléiade. Et que la collection avait vocation à donner beaucoup de littérature russe, ce qui explique d’ailleurs toutes ces vieilles Pléiades d’auteurs russes qu’on voit sur les sites d’enchères.

    ps totalement hors sujet mais… Je suis triste de voir le gouffre dans lequel tombe certains livres. On trouve gratuitement sur internet un livre de Philippe Zard que je trouve remarquable (je ne l’ai pas fini) : « La fiction de l’occident, Thomas Mann, Franz Kafka, Albert Cohen ». Mais pourquoi le trouve-t-on gratuitement? Tout simplement parce que l’auteur a pu racheter pour rien les droits de l’éditeur, toute l’édition ayant été mise au pilon.J’ignore pourquoi l’éditeur ne propose pas une partie à prix sévèrement cassé. Peur pour sa réputation? J’ai connu Philippe Zard, remarquable exégète des arcanes de la littérature, et je me dis que le découragement a du l’envahir devant un tel silence. Et il n’est pas le seul! Après, de tels livres deviennent introuvables ou coûtent des fortunes. Quelle perte dans tous les sens du terme.

  53. Pour les russes il manque dans la Pléiade tous les poètes ! Russes et soviétiques confondus. Même pour Pouchkine et Lermontov ne sont publiés que leurs proses. (Seule exception pour Pasternak) Je me demande si autrefois une anthologie de la poésie n’était pas en préparation. (Les éditions Le Bruit du temps publieront en mars les Œuvres complètes de Mandelstam)

  54. Et oui… pas de Biely, de Blok, enfin tout l’âge d’argent et bien entendu leurs prédécesseurs et leurs continuateurs. « Le bruit du temps » est un excellente maison d’édition. Ayant pris leur titre chez Mandelstam, il y a une certaine logique à ce qu’ils publient ses poèmes -après « Simple promesse » qui était une sélection. Mais pour la Pléiade, quelle manque, quel vide au catalogue… On a une anthologie chinoise -et c’est très bien – mais pas d’anthologie russe. Malgré les Scythes de Blok, on me permettra de penser que la Russie est aussi européenne. Par sa culture, ses influences -le symbolisme français a eu un impact énorme sur la poésie russe. Ah, je vais passer pour un immonde machiste si je ne donne pas au moins un nom féminin : Tsvetaïeva, « Vivre dans le feu », (extraits de son Journal qui pour pour moi sont en en eux-mêmes poésie) est si fastueux de toutes ses splendeurs, un désir éperdu de vivre dans l’incandescence.
    Je suppose que c’est une question d’argent, cette Pléiade. En cas de réalisation se poserait la question bilingue/pas bilingue? Je dois dire que j’opterais pour « pas bilingue », pour le plaisir d’avoir plus de poèmes, Puis bilingue, ça augmenterait le coût éditorial et le gain ne m’apparaît pas comme aussi important qu’il ne l’est dans le cas de langues bien plus couramment lues. Je peux avoir tort. Mais plus de poètes, davantage de notes, voilà ce qu’on gagnerait. Et c’est indispensable, je pense notamment à l’arrière-plan mystique du symbolisme russe, aux xlystys, à ce que nous dévoile « La colombe d’argent » de Biely, enfin tout l’ensemble des courants disons ésotériques qui baignaient alors les créateurs de la littérature russe. On retrouve ces idées chez Brioussov (ami de Blok et de Biely, tous d’ailleurs se fréquentaient, toute l’intelligentsia si brillamment peinte par Hippius) et avant cela chez celui qui fut l’une des très grandes références des poètes de l’âge d’argent, Dimitri Merejkovski. Et puis nous expliquer les rapports au pouvoir, (Pouchkine et le tzar) les chapelles slavophiles/occidentalistes, la spécificité de l’orthodoxie russe, ce qui la travaille. Ah, ce n’est pas un mince chantier et il faudrait un sacré maître d’œuvre. C’est peut-être ce qui fait reculer Gallimard? quand même, j’en rêve, du « Dit du roi Igor » à je ne sais trop qui en passant par Lermontov et tous les autres, en un volume bien épais, que ce serait beau.

    • Je suis généralement pour les éditions bilingues, en ce qui concerne la poésie, autant que faire se peut. Pour les langues les plus proches de nous, c’est l’évidence. Pour les langues plus éloignées, moins connues ou pratiquées, la question se pose, mais on peut encore imaginer qu’avec quelques éclaircissements, notamment sur la prononciation, on peut avoir encore une vague idée des sonorités, de la versification…

      Pour le russe, franchement, il me semble qu’une édition bilingue n’intéresserait que ceux qui ont quelque connaissance de la langue et je crains qu’ils ne soient pas très nombreux, mais s’y ajoute la difficulté d’un alphabet proprement illisible pour un non-initié, qui redouble l’opacité : le lecteur ordinaire se trouverait devant un mur, dont il ne discerne le dessin ni le dessein et qui ne lui renvoie aucun écho.

      Il y a le cas du chinois, dont l’écriture est encore plus étrangère à la plupart d’entre nous, mais il me semble que le cas est différent : les idéogrammes portent leur propre esthétique, notamment lorsqu’ils sont calligraphiés, et il est intéressant de voir comment un poème chinois, dans l’original, occupe l’espace, quelle place il laisse au vide, etc. De plus, il s’agit généralement de poèmes courts, qui peuvent être saisi d’un coup par l’oeil, comme un tableau.

      Par contre, la transcription phonétique que je vois dans certains ouvrages, ne sert pas à grand chose, si on n’a pas l’oreille habituée aux sonorités – aux différents accents notamment – du chinois ; et ce, d’autant plus que la façon dont les poèmes classiques étaient dits, et souvent chantés, il y a quelques siècles, est sans doute largement perdue, même pour les natifs du Royaume du Milieu contemporains.

      • Il va de soi qu’il ne s’agit pas là de l’avis d’un spécialiste, mais de celui d’un simple lecteur (passionné) qui ne se réclame d’aucune légitimité particulière, et que je serais preneur d’une Anthologie de la Poésie Russe bilingue en Pléiade, plutôt que pas d’Anthologie du tout.

  55. Ah ! Chers Restif et Domonkos, voilà que vous me faites bien souffrir. Mes racines arménienne (d’où mon prénom qui me sert ici de parfait pseudo!) et russe m’ont données au berceau un trilinguisme certes avec des langues rares et j’aimerais tant une belle anthologie bilingue de la poésie russe. Mais je sais bien que vous avez raison. Et j’ai déjà 8 anthologies russes et soviétiques de ces beaux poèmes. Je voudrais un jour une grande édition des poèmes de Maïakovski (les 4 volumes chez Messidir son excellents) et d’une autre immense poétesse russe, cher Restif, Anna Akhmatova (en russe Armatova!). En Russie et en anglais, ces éditions existent depuis longtemps (en italien aussi je crois!), pourquoi pas en Pléiade ?! Un jour. Et va pour une édition non bilingue alors !

    • J’ai bien précisé que je préférerais une édition bilingue à pas d’édition du tout. Mais il est vrai que je n’en goûterai aucunement le sel – c’est tant pis pour moi. Tout ça à cause de deux moines bulgares… ha ha !
      Quant à la poésie arménienne… à part Aznavour… J’ai honte, moi qui ai vécu trente années avec des voisins de palier arméniens qui étaient d’ailleurs devenus des intimes… Sans parler de M. Samuelian qui a si longtemps tenu la « Librairie Orientale » rue Monsieur le Prince, où, pendant vingt année j’ai puisé l’essentiel de ma bibliothèque orientale et extrême-orientale…

    • Tiens, c’est vrai, je l’avais oublié celui-là… Il doit se trouver dans un recoin de ma bibliothèque (et de ma mémoire, aussi mal rangées l’une que l’autre), puisque je possède l’intégralité de la collection « Connaissance de l’Orient »…

      • …dans la cous-collection « Caucase » où il côtoie « Le Livre des Héros » traduit de l’ossète (allez, Tigrane, dites-moi que vous pratiquez aussi cette langue et je vous décerne le titre suprême du polyglotte improbable) et d’un bouquin kirghize… (qu’est-ce que ces braves gens viennent donc faire dans le Caucase ?…)

  56. Marche Arrière toute !… Prière garder l’oeil dans le rétroviseur.
    Nos petits échanges, ici même, sur la question du jugement sur l’oeuvre et sur l’auteur (inséparables pour les uns, qui doivent être séparés pour d’autres) et sur la question du contexte historique dans lequel ont été écrites des oeuvres, est bien dépassé, face au déferlement du « bien penser » et du « bien dire » qui nous submerge.
    ………………………………………………………………………………………………..
    « Après Charles Maurras, les «commémorations» pour Jacques Chardonne font polémique »
    (article de Presse)
    « Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory (…) membres du Haut Comité chargé de sélectionner chaque année les personnalités et les événements dignes d’intérêt, défendent leur choix et rappellent, (…) que leur mission n’est pas de «célébrer».
    (…)
    « Après l’affaire de la réédition des pamphlets de Céline, après le retrait de Charles Maurras du livre des commémorations nationales 2018, retrait décidé par la ministre de la Culture Françoise Nyssen, c’est au tour d’un professeur d’université, Nicolas Offenstadt, de s’interroger sur la présence dans cette liste d’un autre écrivain marqué à droite, Jacques Chardonne, mort il y a cinquante ans. »
    (…)
    « Pour l’universitaire, (…) les prises de position pro-allemandes de Jacques Chardonne durant l’Occupation poseraient des questions d’ordre éthique (…). «On peut discuter de l’œuvre littéraire de Jacques Chardonne et de son intérêt aujourd’hui. Mais fondamentalement, il représente le symbole de l’écrivain qui a prôné la collaboration avec les Allemands. (…) Comment commémorer ce type d’attitude qui n’est pas séparable de l’ensemble du personnage?»
    …………………………………………………………………………………………….
    Pour cet honorable professeur, ce n’est donc pas l’écrivain Chardonne qu’on se propose de commémorer, en vertu des qualités de son oeuvre – sujet qu’il évacue en laissant penser qu’elles sont nulles, d’un simple « on peut discuter de l’oeuvre littéraire de J C et de son intérêt aujourd’hui », lourd de sous-entendus – mais un certain Chardonne, idéologue, traître à la patrie. Que dire face à une telle confusion de pensée ?
    ………………………………………………………………………….
    « Face à ces polémiques à répétition (…) Jean-Noël Jeanneney,(…) et Pascal Ory, (…) justifient leurs choix, (…) en faisant un distinguo clair entre une célébration et une commémoration. Ils pointent aussi du doigt la volte-face du gouvernement sur le sujet. «La mission confiée au Haut Comité (…) est de contribuer à une meilleure prise de conscience des épisodes majeurs du passé. Il en propose une liste à la ministre, à qui il revient de les agréer si elle le souhaite. Françoise Nyssen l’a fait d’abord, en l’occurrence, avant de changer d’avis. Sont concernés les personnalités et les événements dont notre pays peut s’honorer, mais pas eux seulement. Commémorer, ce n’est pas célébrer», (…). »
    …………………………………………
    Dixit.

    • Je n’aime pas cette vision « hygiéniste » de notre histoire et particulièrement de notre histoire littéraire.

      Ceci étant dit, je peux goûter l’écriture de Chardonne tout en n’ayant que mépris pour le pauvre homme, pauvre de pensée, qu’il fut.

      Le cas de Maurras est plus compliqué : je me sens incapable d’en lire le moindre mot, et je vois en lui plus de courage et plus de lucidité (même s’il devint « fou à force d’avoir raison » selon un mot attribué à Charles de Gaulle – on lui en attribue tant !). Politiquement, je ne suis certes pas « de son bord » et son antisémitisme me révulse (mais il fut celui d’une époque), pour autant sa condamnation pour « intelligence avec l’ennemi » ou haute trahison est ridicule. S’il devait être condamné, cela aurait dû être pour d’autres motifs. Céline a évité le même sort grâce à sa fuite et sa lâcheté, Chardonne grâce à son insignifiance. C’est presque un honneur, à mettre au crédit de Maurras, d’avoir fait face à ses juges.

      Son oeuvre n’a pas survécu et je n’éprouve aucune désir de l’exhumer, mais il demeure qu’il tint un rôle éminent, pendant un demi-siècle, dans l’histoire intellectuelle de la France et qu’à ce titre il n’y a aucune raison de le condamner à l’oubli ou à l’éternelle « indignité nationale ».

  57. Cher Domonkos, je suis d’accord avec vous. Un livre passionnant sur le cas Maurras a pour titre « Cher maître » et contient des lettres adressées au maître par Gide Halevy Proust Malraux Berl Maritain et j’en passe. (Il aurait rêvé en 40-44 d’en tuer la moitié !) Interresant pour le replacer dans le contexte intellectuel de l’avant-guerre. J’ai lu deux autres petits livres de lui mais qui ne valent pas grand chose : Lettres sur les J.O. et Les Amants de Venise (Sand et Chopin). Je ne comprends pas qui établit ces listes officielles de commémoration de la République : après Céline, Maurras et Chardonne ! Est-il bien nécessaire de les commémorer, les lire est déjà de trop. J’ai eu mon compte. (Quoique j’ai pris du plaisir à lire certains romans de Chardonne)

    • Effectivement, je suis assez insensible à ces commémorations. Le mieux serait de s’en passer complètement, à tout le moins il faudrait en être beaucoup plus économe. Les réserver aux seuls très grands, ceux qui ont vraiment fait l’histoire du pays, constitué son esprit ou bien à quelques injustes méconnus qui mériteraient d’être remis en lumière…Mais le choix serait difficile, toujours contestable et toujours contesté.

      La question n’est pas là, il ne s’agit pas de juger du bien-fondé ou non des commémorations dans leur principe, mais, à partir du moment où elles existent, pourquoi soumettre les choix à la bien-pensance du jour, qui ne sera peut-être pas celle de la veille, ni celle du lendemain ?…

      Je me répète, tant pis, mais s’il s’agit de « commémorer » des écrivains pour la qualité de leur travail d’écrivain, Chardonne a sa place autant et mieux que d’autres (mais bien en-dessous des plus grands). Le fait qu’il soit encore ou non « à la mode » importe peu. Rien n’empêcherait, ce faisant, de rappeler sa lâche soumission à la puissance allemande qui a eu sur son cerveau des effets dévastateurs, et son impardonnable admiration pour un certain Chancelier. Il n’en reste pas moins que ses romans – de quelque façon qu’on les juge sur le plan de leur qualité littéraire – ne portent pas ou guère la trace de son idéologie (j’hésite d’ailleurs à utiliser ce mot, dans son cas, je vois plutôt l’incroyable faiblesse de sa pensée) et qu’on en peut discuter sous ce seul éclairage – littéraire.

      Le cas de Maurras est plus compliqué. Dieu sait que je ne partage en rien son royalisme et son antisémitisme et si je vois comme lui les tares du système « démocratique » je vois encore mieux les tares bien plus grandes de tous les autres systèmes politiques (comme le dit l’expression bien connue « le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres »). Les appels au meurtre de Maurras n’ont été que de la rhétorique – il s’en est lui-même expliqué avec, je crois, sincérité – il n’a jamais versé le sang, ne l’aurait sans doute jamais fait, et ses invectives étaient dans l’air du temps : dans tous les camps et sous le moindre prétexte on se vouait aux gémonies, appelait au meurtre, maniait l’insulte, avec une vigueur qui aujourd’hui mènerait le plus timide de nos polémistes devant les tribunaux, pour le moins. Roger Vailland, Aragon, les Surréalistes, et tutti quanti, ont à ce titre de mémorables faits d’arme !

      Par contre, Maurras a fait preuve de courage intellectuel, il ne s’est jamais dérobé. Il n’a pas défendu que des causes indéfendables, et il a représenté un « moment » de l’histoire intellectuelle de la France qu’on ne saurait passer sous silence. Quant à l’accusation « d’intelligence avec l’ennemi » elle est proprement hallucinante : s’il fallait le condamner, on pouvait trouver d’autres raisons. Aveuglé par sa haine de l’anglo-saxon et de la démocratie déliquescente de la IIIème République finissante, persuadé que la puissance militaire allemande était irrésistible, il a cru, en soutenant Pétain, défendre ce qu’il restait de France. Il n’a cru que cela et n’en a pas voulu démordre, ce fut sa fatale erreur. Etait-ce une faute ? Certainement. Un crime inexpiable ? Pas si sûr. En tous cas, ce n’est pas sur des « alliés » de ce calibre que les nazis ont pu s’appuyer tant soit peu et leur domination sur l’Europe ne doit rien, rien de rien, à tous les Maurras du monde.

      A la sortie de la guerre et de l’Occupation il est compréhensible qu’on n’ait pas pris le temps et pas eu le recul pour lui faire un véritable procès. Reproduire aujourd’hui les mêmes condamnations, sans esprit critique, en employant les mêmes mots (« abject » etc), est attristant. Ce que je trouve abject, pour ma part, c’est l’emploi de ce mot à tout propos et contre tous ceux qu’on veut combattre. Il devrait être utilisé avec un peu plus de prudence et de justesse.

  58. C’est fatiguant ces petites donneuses tel cet universitaire qui se cabre d’horreur à l’idée qu’on fasse fumer un peu d’encens littéraire devant le fantôme de Chardonne.On pourrait s’étonner de ce que personne ne se scandalise jamais d’hommages rendus à Aragon, illustre auteur de L’hymne au GPU et qui a tout fait pour briser certaines vies, interdire des hommes, qui s’est livré à d’abjectes attaques sur Victor Serge, a traité de mensonges maints témoignages fort réels. Et comme Eluard, l’illustre auteur de vers sur « Le cerveau d’amour de Staline » fut membre d’un parti de collabo qui signa un magnifique traité, le sublime pacte germano-soviétique qui permit entre autre aux tanks allemands de la campagne de France de rouler au pétrole russe. Que j’ai regretté que Pétain ait demandé aux allemands de rejeter la demande de L »humanité de réapparaître en 40, à la demande du député Florimond Bonte, cela nous aurait valu l’amusant spectacle du quotidien des « 75000 fusillés » (mais oui…) d’être interdit. Il faut lire le Journal de Galtier-Boissière sur l’attitude communiste de ‘avant-guerre jusqu’à l’attaque allemande, c’est plus qu’édifiant et jamais dit, ou la biographie de Staline par Montefiori. Ceux qui pensent que c’était une fine ruse de Staline se trompent lourdement, il fut stupéfait de l’attaque allemande et n’avait, lui, aucune intention d’attaquer l’Allemagne.

    Enfin en France on sait qu’il n’existe qu’un camp de salauds, un seul. Ce pays n’arrive pas à digérer sa défaite, près de de 80 ans après. Et puis il y a les braves paillassons qui n’existent que par le tir au glaviot en place publique tel cet indigné hier inconnu qui ne boit plus, ne mange plus et sanglote de rage et de terreur devant le retour des croix gammées depuis qu’il sait qe de noirs nervis complotent d’agiter une ombre de laurier devant la tombe d’un grand écrivain. Qui sera encore lu longtemps après sa mort. Pays schizophrène qui élit un président à francisque (décoration qu’il fallait demander) grand lecteur et collectionneur de Chardonne mais laisse des balances au petit pied s’occuper de leur bibliothèque et indiquer à bébé ce qui est bon pour lui. Ça n’a pas grande importance. De même que j’adorerai toujours Bistube magie allemande d’Aragon, je relirai Mort à crédit ,du Chardonne, et nombre d’amoureux de la littérature feront comme moi. Après tout, avons-nous tant besoin de recensions, de dépôt de gerbes et autres colifichets qui attirent certaines mouches aux goûts douteux. De bonnes éditions, de solides travaux, cela suffit ce me semble, la littérature n’est pas une occasion de paillettes patriotardes et prétexte à distribution de hochets.
    Par contre je savoure l’ignominie lustrée dorée à l’or fin républicain du foutriquet ministériel quil accepte sur liste avant de rétro-pédale d’horreur devant l’ombre de Nuremberg. Que voulez-vous, la conscience ça ne se commande pas. Ah, Tartuffe ! Pas de vagues, la vraie devise républicaine.
    Ce que j’eusse apprécié par contre, c’est un -bon- texte exécutant Chardonne, un jolie ballet de syllabes foudroyantes, comiquement juteuses, quelque chose de littéraire quoi… Mais ça, on ne sait plus faire. On donne dans le ton grave, on sollicité la muqueuse citoyenne. Et bien j’ai envie d’en donner un, de texte, sur Aragon. Pour le simple plaisir des mots. Et c’est vraiment tout le mal que je souhaite à cette pauvre ombre.
    http://archives-maximalistes.over-blog.com/article-le-nomme-louis-aragon-ou-le-patriote-professionnel-82657431.html

    Ps Pour Maurras, je passe mon tour. Le cas est infiniment plus complexe et …plus grave. Outre que son influence était énorme. N’écrit-il pas le 3 février 44 : »Nous répétons qu’il doit y avoir à Toulouse comme à Grenoble des têtes de communistes et de gaullistes connus. Ne peuvent-elles pas tomber? » D’un autre côté,Pujo est arrêté par les allemands le 24 juin 44. J’ai feuilleté un livre qui semble très complet sur cette épineuse question -d’autant qu’on n’écrira pas l’histoire intellectuelle de la France sans Maurras – « Charles Maurras, le chaos et l’ordre de Stéphane Giocanti. »; J’avoue ne pas pouvoir le lire, sauf certains poèmes. Ses problématiques ont bien vieilli.

    • Il est étonnant que personne ne s’insurge que la mairesse de Paris utilise l’argent du contribuable pour une expo-hommage à Guevarra dans les locaux de l’Hôtel de Ville, qu’elle déshonore. Y a-t-il un stand, dans cette expo, en hommage à tous les morts et internés (politiques, homosexuels, simples quidams) du castrisme-guevarisme ?

    • Cher Restif : vous savez bien que les hommes de plume n’étaient à l’époque guère avares d’appels au meurtre et de demandes de verser le sang des uns et des autres, sans que cela aille plus loin que le temps de séchage de l’encre sur la feuille… C’était un sport pratiqué par tous. Il n’en demeure pas moins que Maurras était un vieil aigri qui avait crié dans le désert pendant des années sur le danger allemand, et dont la germanophobie ne s’est jamais démentie. Il n’a pas suivi dans l’ignominie les Brasillach, les Rebatet et consorts qui le haïssaient cordialement pour cela. Je le vois plus en égaré qu’en criminel. Je ne dis pas que certains égarements, dans des périodes aussi tragiques, ne doivent pas être sanctionnés. Encore faut-il que ce soit proportionné et pour de justes raisons et non sous des chefs d’accusation complètement fallacieux.

      Enfin, je suppose que Maurras est aujourd’hui illisible, sauf à être un spécialiste, mais on ne peut l’expulser de l’histoire intellectuelle de la France. Pendant des décennies tous ou presque furent soient maurrassiens, soient touchés par la « maladie », soit anti-maurrassiens… Il fut une boussole vers laquelle on se tournait, pensant qu’elle indiquait la bonne ou la mauvaise direction. Certains de nos plus grands personnages, influents jusque dans les années 80, avaient orbité autour de l’astre maurrassien. Il est difficile de le nier, de le passer sous silence ou de refuser de le prendre en considération.

      On commémore, on célèbre, on encense, on divague sur un certain général républicain, devenu dictateur à vie et rénovateur du césarisme, fossoyeur des peuples européens, rétablisseur de l’esclavage… et on n’en rougit pas !

  59. Il y a quand même une différence de réaction et d’actions quand les Nazis occupaient la France non? Ceux qui ont applaudis et ceux qui ont dit non ! Ça compte encore un peu !

    • Ceux qui ont applaudi et ceux qui ont dit non ne représentent que deux catégories, toutes deux minoritaires. Entre ces extrêmes, il y eut bien d’autres catégories, plus grises, plus incertaines, plus erratiques… Je pense que ce fut une époque très difficile à vivre et à penser, l’écrasement complet de la France fut un terrible traumatisme, nombre d’esprits ont eux-mêmes explosé. J’admire les héros, je condamne les salauds, pour les autres… je ne sais pas. Un mélange de sentiments, il y a tant de nuances dans toutes les attitudes. Je répète encore une fois, et j’espère pour la dernière car je dois commencer à en fatiguer plus d’un – si j’en juge par ma propre lassitude, car je ne croyais pas consacrer autant de mots à un personnage qui m’est en général plutôt indifférent – que je ne suis pas l’avocat de Maurras ni ne conteste qu’il devait être jugé. Je comprends même que dans les circonstances d’après-guerre ce jugement ait pu être biaisé. Mais je maintiens que les chefs d’accusation ne tenaient pas debout et je ne comprends pas qu’aujourd’hui, où les esprits devaient être un peu plus froids, on continue à s’en réclamer. S’il avait fallu juger et condamner Maurras sur ses véritables fautes… peut-être se serait-on aperçu que quelques centaines de milliers, voire millions d’autres « bon français » bien pétainistes auraient dû le rejoindre sur le banc d’infamie… Impensable ! Mieux valait le mettre dans le même wagon que les salauds Brasillach ou Rebatet.

      En comparaison, Chardonne fut une véritable ordure pendant ces années-là (Maurras n’a jamais ciré les pompes des Allemands, n’a jamais pris les trains-charters pour aller célébrer la grandeur nazie en Germanie) : trop petit poisson, trop bête et trop lâche pour qu’on puisse en faire un exemple. D’autres avaient fui, s’étaient reniés… échappant au jugement (n’est-ce pas, M. Destouches ?)

      Je suis entièrement d’accord avec vous : la faute – le crime, si vous y tenez – de Maurras fut de continuer à défendre ses idées d’avant-guerre dans une France occupée par l’ennemi, et de ne pas se rendre compte que cela était impossible. Il y avait d’une part sa haine de la démocratie et des anglo-saxons, de l’autre son aveugle admiration pour le « sauveur » Pétain ainsi que sa peur panique de la guerre civile. Il a célébré la fin de la IIIème République, l’avènement de Pétain, pas la victoire allemande qu’il haïssait. Entre deux haines, il n’a pas pu choisir la moindre et il est tombé du côté obscur. Pour nous, aujourd’hui, il y a toujours quelque chose d’incompréhensible dans cet aveuglement qui fut partagé par beaucoup, à l’égard du « glorieux vainqueur de Verdun ». Je pense que pour le comprendre, il aurait fallu avoir vécu la guerre de 14-18.

      En 40 et en 44, les hommes comme Maurras – assez comparable à Weygand et beaucoup d’autres – étaient de vieilles personnes, dépassés par leur temps et les événements, des hommes du passé, des hommes de la précédente guerre qui ne comprenaient plus rien à ce qui se passait. Entre 40 et 44 Maurras était déjà « un homme fini ».

      Aujourd’hui, il ne représente plus aucun danger, que certains se rassurent, personne ne se réclamera plus de lui, ce n’est pas de ses entrailles refroidies que « renaîtra la bête immonde ».

  60. Maurras n’a t’il pas forgé avec d’autres les bases de cette horreur de 40-44? Moi je suis curieux, je le lis toujours et je lis Chardonne aussi (même lu Le Ciel de Nieflheim à la BNF c’est dire ma curiosité !) Mais de là à les célèbrer officiellement il y’a quelque chose qui m’échapppe !

    • Commémorer est le terme exact, pas célébrer. Je vais vraiment arrêter de m’étendre sur ce sujet, car j’ai l’impression que plus j’en dis, moins je me fais comprendre. Au départ, j’ai cité un article, sur une question de principe ; je n’avais rien à battre de Maurras et de Chardonne ! Je n’aurais pas dû me laisser aller dans ce sens, au risque de passer pour un avocat de ces deux tristes sires. J’essayais de parler de principes et de justice – ou de justesse – mais, 80 ans après les événements, cela ne semble toujours pas possible. Je plains sincèrement ce pays qui n’est pas capable de regarder son passé en face, de digérer ses traumatismes anciens. Ce manque de maturité de mon pays m’effraie. Nous vivons dans un présent constant, et nous polluons nos problèmes d’aujourd’hui avec des événements plus ou moins anciens mal digérés : esclavage, colonialisme, collaboration, etc.

      J’en reviens donc à la question de principe, la seule qui m’intéresse : à propos de « commémoration » et de « célébration », la première n’empêche pas de donner une vision critique (voire une condamnation) de la chose ou du personnage commémoré : c’est autre chose que de l’évacuer de l’histoire, le faire disparaître, ce qui revient à une falsification de l’histoire.

      Je vous renvoie à d’autres parties de l’article de départ que je n’ai pas cités, une phrase notamment où les deux membres du Comité mettent les points sur les i, en précisant : « On commémore la Saint-Barthélémy, on ne la célèbre pas. » (Ils donnent également d’autres exemples du même tonneau.) Pour moi, cette phrase éclaircit complètement la problématique et je n’ajouterai pas un mot, qui ne ferait qu’affaiblir cette impeccable démonstration de MM. Ory et Jeanneney (qui ne sont, l’un et l’autre, pas plus soupçonnables que moi, de la moindre complaisance à propos de la Collaboration).
      …………………………………………………………………………
      PS : vous avez « lu même Le Ciel de Nieflham » dites-vous, j’admire votre courage et je comprends que vous soyez sorti traumatisé de cette lecture, j’avoue m’en sentir incapable.
      PPS : pour rien au monde je ne voudrais qu’il y ait la moindre fâcherie entre nous à l’occasion de cet échange, d’aucun point de vue nous n’appartenons à des camps adverses, me semble-t-il.

  61. La Pléiade étant concernée, j’attire ici votre attention sur le commentaire détaillé de Neo-birt7 sur l’édition Pléiade d’Aristote
    (commentaire de ce jour sur la page de l’auteur, sur propagerlefeu.fr).

  62. Cher Domonkos, vous savez bien que que pratiquer l’art de l’écriture au vitriol dans les années 30 et écrire la phrase citée supra de Maurras en 44, ce n’est pas la même chose. Du tout.
    A part ça, à propos de ceux qui ont dit « non », il y en a un qui m’a toujours servi de modèle dans ce type d’affaire, c’est Paulhan, notamment dans sa » Lettre aux directeurs de la Résistance ». Lui qui démissionna du comité qu’il avait créé tant il crevait de honte devant les agissements des petits juges. (il pensait d’avantage, dans ce texte à Chardonne qu’à Maurras, je crois bien, lui qui continuât à correspondre avec l’auteur des Destinées sentimentales). pour ceux qui n’auraient pas lu ce texte qui porte haut l’honneur humain, je donne ce lien. Clicker sur le zip, ouvrez le pdf après. C’est tout et j’en resterai là.
    http://www.balderexlibris.com/index.php?post/Paulhan-Jean-Lettre-aux-Directeurs-de-la-Resistance
    Ah, si , une dernière chose : je pense -je l’avais déjà un peu dit – qu’on devrait se passer de commémorations. Et encore plus dès qu’on sait qu’on va jeter un galet dans la mare à soufre. Une petite cinquantaine d’années et on devrait être tranquille…mais la littérature n’a rien à voir avec tout ça.
    Tiens, je vais lire la correspondance de Chardonne.

    • « Cher Domonkos, vous savez bien que que pratiquer l’art de l’écriture au vitriol dans les années 30 et écrire la phrase citée supra de Maurras en 44, ce n’est pas la même chose. Du tout. »
      – Mon cher Restif, il me semble n’avoir pas dit autre chose.

      « Ah, si , une dernière chose : je pense -je l’avais déjà un peu dit – qu’on devrait se passer de commémorations. »
      – Là encore… Dans un monde idéal j’émettrais le même souhait. Mais, comme je l’ai précisé, la chose existant, j’ai commenté ce qui existe. Il m’arrive, comme ça, à l’occasion, de sacrifier au principe de réalité…

      Bon, maintenant, je vous embrasse tous, et je vais faire un tour prendre l’air, ça tombe bien, il souffle un de ces mistrals !… De quoi chasser les miasmes.

    • J’ai suivi le chemin que vous indiquez, Restif, et j’ai lu le texte de Paulhan que vous évoquez : si je l’avais connu avant, je n’aurais pas écrit le moindre mot et me serais contenté de le citer, sans y rien ajouter ni rien en retrancher.

      Mon étonnement repose simplement sur le tabou qui empêche aujourd’hui de dire la vérité sur ce qui s’est passé il y a soixante à soixante-quinze ans (il est vrai qu’on pourrait remonter plus avant dans notre Histoire et trouver les mêmes légendes et tabous). Nous sommes bien malades.

      • Je ne pense pas qu’il y ait lieu d’être étonné, aujourd’hui encore, du caractère tabou de la « collaboration » durant la période d’occupation de notre pays.
        La volonté gaulliste de rassemblement de la France a en effet occulté, vous le savez, le zèle de fonctionnaires d’importance au service du pouvoir alors en place, et ces hommes ont ensuite été des cadres de la nouvelle république.
        Le silence sur leurs agissements passés ne pouvait faire l’économie de coupables de substitution. Ainsi, on a offert à la rancoeur populaire, en échange de ceux qui avaient réellement agi, les imprudents qui s’étaient contentés de hurler.
        La légitimité des 4e et 5e république s’est fondée sur ce mensonge originel, qui est encore d’actualité puisque les héritiers de ces « collabos transformés en résistants de l’ombre » sont à l’oeuvre aujourd’hui.
        On a dû supposer, ce qui est sans doute une grande part de la vérité, que ces fonctionnaires zélés étaient avant tout des opportunistes, qu’ils serviraient bien la France en voie de reconstruction, et que les vrais coupables étaient les idéologues qui avaient appelé au meurtre.
        Ainsi, il me semble que la réalité de cette période noire restera toujours occultée, et que l’on préférera se contenter de toujours anathématiser les mêmes écrivains (que je ne connais pas et, sans doute par manque d’ouverture d’esprit, ne suis pas curieux de connaître).

        • Analyse impeccable que je contresigne sans la moindre réserve, notamment tout ce qui concerne les « coupables symboliques » jetés en pâture au public pendant que les « ouvriers de l’ombre » étaient recyclés. Les Russes et les Américains n’ont pas fait autre chose avec d’authentiques nazis criminels de guerre voire coupables de crimes contre l’humanité. J’ai souvent accusé Céline de lâcheté, à cause de sa fuite et de ses dénis, mais, au fond, et considérant la réalité des situations, il s’agissait peut-être de « sagesse »…

  63. Je suis heureux que vous ayez apprécié ce texte. Si je peux l’avoir fait connaître, alors je ne suis point tout à fait inutile. Je suis comme vous, sur ce type de questions, je donne ce texte et…voilà. Ce Paulhan, quel bonhomme!

    • Ce qui me défrise dans cette histoire c’est qu’on ait encore aujourd’hui un sens de la Justice à géométrie variable : qu’un personnage ait été victime d’une jugement injuste, pourvu qu’il soit « du bon côté » (de gauche, bien pensant, progressiste, je ne sais quel qualificatif utiliser) et de s’insurger, de prendre sa défense, de le réhabiliter à grands cris ; qu’il fut du « mauvais côté » (de droite ou d’extrême-droite, réactionnaire, voire raciste, etc.) et, tant pis pour lui ! tant pis pour la Justice ! Pas question de revenir sur son jugement. Il fut condamné pour de mauvaises raisons ? Oui, mais, au nom de la Raison supérieure, de la Morale, il était condamnable, donc peu importe que les crimes qui lui furent imputés fussent imaginaires… (Et, encore une fois, je n’ai aucune « sympathie » – dans tous les sens du mot – pour les personnages concernés).
      Mais Paulhan dit tout cela avec un talent et une verve que je lui envie.

      • J’ajouterais, pour faire bonne mesure, une bonne louchée de fiel, en faisant remarquer que ce débat sur les formes de la Justice (et, en ce domaine, la forme n’est pas essentiellement séparable du fond) n’est pas anodin, alors que nous assistons à l’heure actuelle, de tous côtés, à un assaut généralisé et multi-formes contre le formalisme de la Justice que beaucoup voudraient jeter aux poubelles de l’histoire, pour le remplacer par la bonne vieille Loi de Lynch.

  64. Naguère, Marguerite Yourcenar reprise en coffret, en mars ce sera Tolstoï, en avril Saint Ex… Cela va-t-il devenir systématique et/ou le coffret est-il en train de devenir le standard de la Pléiade ?

    • J’avoue, pour ma part, un (coupable) penchant pour ce format et cet habillage, mais il ne faudrait pas, à vouloir m’en gaver, m’en dégoûter… ce qui risque de se produire rapidement, à ce rythme, et vous me verrez alors brûler ce que j’aurai adoré.

  65. Cher Domonkos
    Les laches sont souvent très prudents et très sages…
    Aurait-on attrapé Destouches à la Libération, il aurait été fusillé sur le champ.
    En même temps, que de lacheté dans l’attitude de la foule de  » résistants » venant célébrer, à leur façon, la libération de Paris ! Je vous renvoie à ce poignant poème d’Eluard,  » Comprenne qui voudra »

    • Je le reconnais, je suis souvent trop « dur » avec Céline, mais, c’est un peu « de sa faute », il n’avait qu’à pas être aussi génial : il est plus difficile de pardonner ses petitesses à un très grand qu’à un tout petit (ou, pire, un indifférent). C’est injuste, bien sûr.

  66. Tiens à propos de Céline, je trouve ça : « Stanislas de la Tousche fait revivre sur scène, Louis-Ferdinand Destouches. Avec une incroyable fidélité, il rejoue les derniers entretiens donnés par l’auteur dans son fief de Meudon. » (La Presse)
    La Tousche jouant Destouches cela m’a d’abord paru une bonne blague, mais le Figaro n’oserait pas, quand même ?…
    Si parmi vous il y a des parisiens et si certains ont vu ou entendu parler du spectacle par des gens qui l’ont vu…

  67. J’ai eu hier une heureuse information mais qui reste à confirmer. Le volume des Œuvres dans la collection Quarto d’Amos Oz qui est retardé depuis des mois, pourrait être « remplacé » par une édition en Pléiade en préparation !

  68. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’y crois pas (ce n’est pas vous en personne qui portez la responsabilité de cette incrédulité cher Tigrane). Cela relève d’avantage de l’intuition que de l’analyse mais un je ne sais quoi me dit que ça ne se fera pas.
    Une question pour qui aurait les textes, le temps et l’affabilité d’y répondre : dans le tome II de la Pléiade Boulgakov, les notes sont-elles réellement informatives touchant Le maître et Marguerite? Nous dit-on si certaines personnes et certaines institutions ont été reconnues derrière le texte boulgakovien? ayant relu, fasciné,ce volume pour la troisième fois, il m’a semblé que certains courants littéraires étaient directement visés par la satire de l’ancien médecin (encore un!), bien que sa plume dépasse de loin le simple effet caricatural pour toucher à l’universel. Ce qui est fascinant, c’est de voir entre crochets les passages coupés par la censure soviétique de 1966 . La plupart du temps, on saisit le pourquoi des coupes, et c’est fort intéressant pour la compréhension de la mentalité de l’époque. Mais en de rares cas, la raison de la censure est incompréhensible à mes yeux souillés par l’ouest. Ainsi d’une phrase purement descriptive sur l’aube à Moscou :  » et ses fenêtres, qui donnaient sur une large place asphaltée que des machines spéciales balayaient lentement en vrombissant, brillaient de toute leur lumière, faisant pâlir la lueur du jour qui se levait ». Je me demande,innocent que je suis, ce qu’il pouvait bien y avoir de subversif là dedans. Il y a des cas -assez rares- plus étonnants encore. On a parfois l’impression qu’il y a un quota de suppressions. En tous cas la censure est pudique et , bien sûr,rien ne doit laisser entendre qu’il peut y avoir des gens qui disparaissent, comme ça, qu’on arrête sans raison ou que les citoyens peuvent être intéressés par le diable argent. Une vraie spectrographie des mentalités d’une censure en monde Potemkine, où la représentation compte plus que le réel. Je n’userai point du mot « totalitarisme », à cette époque l’Urss est loin d’être démocratique mais elle n’est plus totalitaire. Donc, en cette Pléiade, nous explique-t-on le pourquoi des coupes ou du moins de certaines? Voilà ce que j’attends d’une édition vraiment critique. Enfin voilà, je me demandais ce que valait cette Pléiade Boulgakov, sa traduction, et si on osait des interprétations motivées. C’est une chose qui me manque, encore faut-il qu’elles soient subtiles et non évidentes.

    J’ai vu qu’on pouvait déjà pré-acheter Kierkegaard chez la femme au sein coupé; c’est pour moi hors de question : j’attends de savoir quels textes ont été choisis. Et quel appareil critique les accompagneront, parce qu’il n’est pas possible de s’affronter aux textes de Kierkegaard sans savoir ce qui est, philosophiquement et religieusement, en jeu. « Le spéculant considère le christianisme comme un phénomène historique. mais si le christianisme n’en était pas un? » (Post-scriptum aux miettes philosophiques, Paul Petit, »Tel », Gallimard, p.60.). Il y a la quelques flèches précises tirées du côté de la Germanie. Il faudra quand même poser quelques structures de réception. Well, nous verrons…

    • Concernant le maître et Marguerite, je l’ai lu dans l’édition Pléiade et j’en garde une très bonne impression. Les notes expliquent notamment qui sont les personnages dans le monde réel (souvent des acteurs connus de Boulgakov).
      Pour ce qui est des coupes, voilà ce que l’on trouve dans la notice à ce sujet:

      « Le roman fut d’abord publié dans la revue Moskva (…) en deux livraisons (…) par Elena Boulgakova, mais amputé par la rédaction de la revue de nombreux passages (au total environ un tiers de son volume originel) soit parce qu’ils évoquaient des disparitions, des incarcérations mystérieuses, soit parce qu’ils donnaient une idée peu flatteuse de la population moscovite, soit enfin (dans la seconde partie) pour ménager plus de place dans le numéro à l’oeuvre d’un des membres de la rédaction »

      Raisons donc à la fois totalitaires et bassement liées aux susceptibilités et aux ego si puissants du monde des lettres partout dans le monde…

      Je crois que si l’on aime ce roman génial et que l’on ne maîtrise pas le russe, on peut difficilement se passer de ce volume de la Pléiade.

      Pour Kierkegaard, je pense qu’il n’y a pas de grande crainte à avoir avec Régis Boyer aux commandes. Son éditions en Bouquins, où il avait signé une longue et excellente préface est là pour prouver qu’il savait de quoi il parlait. J’ai cru comprendre que c’était l’un des grands projets de sa vie de traducteur, de passeur des lettres du nord comme il disait, que de donner aux francophones une édition de SK digne de son génie.

      • Je relis d’ailleurs à l’instant cette préface de l’édition Bouquins et je retrouve comme je le pensais le fait que Boyer souligne tout le temps le caractère absolument danois et scandinave de SK. Il prouve même que le comprendre sans connaître le danois et les Danois n’a pas de sens. Que des contresens importants ont été commis du fait que divers commentateurs sont passés par des traductions allemandes!! Il voit aussi dans mains de ses textes l’influence de la littérature médiévale scandinave (donc islandaise) à commencer par sa chère poésie scaldique.

    • Restif : d’après Electre, il y a au moins ces textes :
      Vol. 1. « Ou bien… ou bien » ; « Le journal du séducteur » ; « La reprise »
      Vol. 2. « Le concept d’angoisse » ; « Stades sur le chemin de la vie » ; « Le lis des champs et l’oiseau du ciel, trois discours pieux »

  69. Merci beaucoup très affable Joaquim. Je comprends mieux la raison de certaines coupures maintenant :faire de la place pour un texte qu’on a tout lieu de conjecturer totalement oublié… Concernant les autres raisons, j’avais à peu près saisis. Je vais donc mettre ce pléiade Boulgakov sur ma liste d’achat, je vais être obligé d’attendre un peu parce que je viens d’en acheter deux, de Pléiades, plus quelques petites choses chez d’autres éditeurs, mais enfin le compte à rebours est commencé. Pour Kierkegaard, vous m’avez convaincu. Je possède déjà les sagas islandaises puis les Eddas par Regis Boyer et son excellent « Le monde du double », et ma foi s’il y tenait tant que ça à cette traduction, c’est certainement une manière de chef d’œuvre.
    Avec gratitude pour le temps consacré à cette réponse fort utile.

  70. Ce volume Huysmans chez Garnier était très intéressant mais certes les œuvres qu’il contient ne sont pas ses meilleures (Marthe, Les Sœurs Vatard et La Faim). Cependant y sont recueillis ses articles publié dans diverses revues de la période couverte par le tome 1 (1867-1879) et on y trouve une édition très complètes et passionnante du Drageoir aux épices. J’attends toujours le tome 2…. Le gros point noir c’est le prix exorbitant du volume qui fait passer la Pléiade pour une édition cheap !!!… Dommage !

  71. Voilà, absolument. Le problème : le prix. D’évidence, Garnier -pour ce type de livre , telle leur édition Jarry etc – prend la même route que Champion. Regrettable… (Bon, broché c’est quand même moins cher. Huysmans volume I est à 69 euros broché, relié 105. Jarry broché 35, relié 69 et ainsi de suite. Quand même !

    • Je suis allé vérifier, comme vous avez sans doute fait, Restif, et j’ai constaté également qu’il existe deux éditions, l’une reliée à 105€ (si votre libraire vous accorde la remise de 5% vous passez juste sous la barre des 100€… est-ce un hasard ?), l’autre brochée à 69€, soit le prix d’une Pléiade…

      La différence c’est que cette édition s’affirme (à en croire le petit laïus qui l’accompagne) « la première édition critique des Œuvres Complètes de J.-K. Huysmans, qu’elle présente dans leur ordre chronologique. Ce premier volume rassemble l’intégralité de la production de l’auteur dans les années 1867-1879 ».

      Ce que ne sera (ou ne serait) certainement pas Huysmans en Pléiade (à parier qu’on aurait droit à un petit coffret minimaliste) !

      Pour amateurs…

  72. Cher Domonkos, ce premier volume chez Garnier se trouve assez facilement en occasion maintenant. Qu’il est dommage que Houellebeck est refusé de préfacer le volume de la Pléiade prévu.

  73. D’une certaine manière il l’a un peu fait à travers le personnage d’universitaire de « Soumission ». Je ne suis d’ailleurs absolument pas d’accord avec ledit personnage qui proclame que si Huysmans s’est converti, c’est non par peur de la mort, mais par peur de la la douleur. Et j’ai même une preuve qui valide ce que je dis sur la fausseté de cette affirmation : selon tous les témoignages de ceux qui ont été voir Huysmans peu de temps avant sa mort (dont l’abbé Mugnier mais ce n’est pas le seul), l’auteur de « Là-bas » refusait de prendre de la morphine, rejetait le moindre anti-douleur pour vivre sa mort (curieuse expression, reconnaissons-le). Après tout, quel besoin de morphine avait celui qui, bien longtemps avant son agonie déclarât : « je suis le morphinomane de l’Office »… Je me souviens que lors de ma lecture un certain nombre d’erreurs m’ont sauté au visage touchant la Fin-de -siècle et notamment touchant Bloy …( Mais mieux vaut me taire, je n’ai pas le texte en main et j’ai oublié les dites bêtises. Qui d’ailleurs n’atteignent en rien à la substance du roman, ce sont choses sans grandes importances (d’où mon oubli) sauf concernant cette grande idée de son personnage : Huysmans se convertissant par peur de la souffrance. Un homme qui précisément accepta volontairement les pires souffrances.
    Voir le nom de Houellebeck ici m’apparaît comme un peu curieux quand même. Réaction bête peut-être? Il a des passages de bon satiriste mais enfin, à côté des gens nommés d’habitude, ça fait tache. J’assume le mot. De même que j’assume le fait que voir son nom au bas de l’intro d’une Pléiade m’aurait choqué. au cas où cela se serai fait, il aurait refusé aurait-il dit. C’est sage.

    • Mais… peut-être si… un jour… une Pléiade Lovecraft voyait le jour, vous n’y couperiez pas de voir inscrit le nom de Houellebeck sur la jaquette ! Ha Ha Ha !

      • Je nous relis et je me rends compte que nous copions mutuellement nos fautes : le premier l’a commise et nous l’avons tous reprise ; Houellebecq c’est un q et non pas un k… (on est autorisé à penser le contraire).

    • Je ne sais si Huysmans refusait la morphine, toujours est-il qu’il a fatalement du pratiquer une forme de dolorisme. Durtal compte écrire une hagiographie de Ste Lydwine de Schiedam dans « En route », Huysmans la publiera en 1901. Ce livre est une apologie de la souffrance, le Christ de Grünewald n’est rien comparé aux scènes décrites ici.
      Pour revenir au sujet, je m’interrogeais quant à la pertinence d’attendre une éventuelle édition chez la Pléiade des oeuvres complètes, à vous lire je pense que celle de Garnier fera amplement l’affaire. Certes ce ne sont pas celles qui sont considérées comme ses oeuvres majeures ; mais n’oublions pas que Huysmans lui-même estimait comme son meilleur ouvrage : « Certains » ! On est loin de ce que la postérité retient de prime abord 🙂

  74. Restif,
    Vous avez parfaitement raison. Cet élément biographique (pourtant bien connu) trouve un écho dans  » Là-bas », plus précisément dans la très célèbre description du Christ de Grunwald : Un dieu rongé par le tétanos mais possédant « en même temps » cette force spirituelle qui le distingue évidemment, d’un simple mortel. Ici se trouvait résumée cette nouvelle manière d’appréhender le réel, c’est à dire le Naturalisme Spiritualiste.
    Huysmans, à l’imitation du Christ, a voulu mourir en martyr… Mais également, comme un dandy, ( ce qu’il n’était pas ) Huysmans a expérimenté sur lui-même, sa propre théorie esthétique.

    • d’ailleurs, on parle bien du « corps » des « caractères » d’imprimerie… qui sait qu’elles sont les relations entre ce corps et celui de l’écrivain(e) ?… Mais j’en resterai là, sur ce terrain boueux et glissant – une sortie de route est vite arrivée – et je préfère le laconisme au lacanisme…

  75. « Huysmans a expérimenté sur lui-même, sa propre théorie esthétique. » Je dois dire que l’idée est passionnante, fascinante même. Je me demande si certaines pathologies d’écrivains, de créateurs, ne seraient pas dans un rapport d’analgie avec votre interprétation. Le corps se ferait texte.

  76. Je voudrais poser à vous tous une petite question à propos d’une note de l’édition du Voyage autour du monde en 80 jours de la Pléiade. À San-Francisco, Verne écrit: « Mr Fogg avait donc une journée entière à dépenser dans la capitale californienne». Ce qui passe pour une erreur signalée en note; la capitale de la Californie étant Sacramento (depuis 1854). Mais quelques pages plus loin, nos quatre voyageurs sont à Sacramento: « Ils ne virent donc rien de cette ville considérable siège de la législature de l’État de Californie» (p. 175)?!!!! Manque une note ici ! Précision très curieuse…. pourquoi Jules Verne se perd-il bizarrement dans la capitale de Californie ?! Alors qu’il tient des comptes d’apothicaire dans les jours, heures, minutes (voire secondes !) de leur Voyage en 79 jours donc ! Quelque chose m’échappe sans doute. Mais quel grand plaisir de relecture ! Finalement je suis d’accord avec Domonkos: vive Jules Verne dans la Pléiade !

    • Verne pense peut-être à « ville la plus importante » du point de vue du nombre d’habitants, pour la culture, la finance… et non au siège administratif. Littré donne pour « capitale » :

      « Qui est la tête ou comme la tête de quelque chose. La ville capitale ou, substantivement, la capitale, la ville principale d’un État, d’une province »

    • Mille mercis Tigrane pour votre dernière phrase qui met du baume sur mon pauvre coeur tant de fois déchiré par de Sévères Critiques venant contester la légitimité de cette édition de Jules Verne.
      Quant à moi, ce sont mes volumes de Verne préférés, je veux dire, ceux qu’il m’est le plus agréable d’avoir en main, de feuilleter, de lire et d’explorer (en dépit de toutes les insuffisances qu’on peut dénoncer, sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain).
      Je suis surtout content que vous mettiez l’accent sur le « grand plaisir de relecture » ; c’est tout de même là l’essentiel.

      • Une chose qu’il est difficile de contester c’est l’éternelle jeunesse de ce vieil écrivain bourgeois d’Amiens (encore un peu, il aurait pu être Bourgeois de Calais…) ! Car enfin, il continue de nourrir l’imaginaire de quantité d’auteurs d’aujourd’hui, de films, de bandes dessinées, qui n’ont sans doute pas été nourris comme ma génération par la Bibliothèque Verte d’Hachette dans leur enfance.
        S’il continue de féconder l’imaginaire actuel (à travers le steam-punk par exemple), de jeunes gens élevés aux mangas, comics et autres jeux vidéos, c’est tout de même qu’il s’y trouve quelque chose de plus que chez ses confrères, ses contemporains, qui piochaient sur les mêmes terres littéraires…

  77. Ah, votre question est dangereuse Tigrane. Inconscient, vous frôlez des précipices! Tout ce que je peux vous dire, c’est que le Bohemian Grove fut fondé en 1872, année de parution du « Tour du monde en 80 jours »… Et il se situe dans une forêt toute voisine de San Francisco. Déjà que le héros lance son pari au Reform-Club (R.C)…
    Je n’en dirais pas plus, déjà je sens que des ombres suspicieuses s’avancent…

  78. J’avoue Restif ne pas avoir compris votre réponse. C’était une simple question sur la citation étrange de Jules Verne sur San Francesco comme capitale… Rien de plus.

  79. Cf le premier volume de Verne en Pléiade avec une oeuvre « méconnue » Le Sphinx des Glaces, tout un symbole (clin d’oeil de Gallimard à un certain public, friand de ce qui est caché…), oeuvre de Verne en droite succession d’EA Poe, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, et poursuivie (?) par Les Montagnes hallucinées de Lovecraft.

    • Quant à moi, bien qu’ayant été complètement intoxiqué dans ma jeunesse par les Marcel Moré et autres Simone Viernes, je ne suis pas un fanatique desservant du culte du Verne ésotérique… Et pourtant ! Je reconnais qu’on est en présence d’une extraordinaire « Forêt des Signes » et, si tant d’esprits y décèlent tant de mystères, c’est bien qu’ils doivent s’y trouver ou qu’il s’y trouve, du moins, quelque chose au-delà des apparences… Cet écrivain apparemment si lisse, si bien « intégré » socialement, était tout de même un fou de son travail et de son oeuvre ; il s’était fabriqué une tour d’ivoire où il convoquait l’univers, loin de la société et des sociétés où il se rendait régulièrement pour jouer son rôle de lettré provincial ou d’édile municipal, loin de la famille à l’égard de laquelle il a pratiqué un apartheid férice.

      Au fond, enfermé dans son donjon, était-il si différent du Hugo de Hauteville House ?

      A force de s’appliquer à se présenter vierge de tout mystère, lisse comme un miroir qui se contenterait de refléter le monde tel qu’il est, il paraît d’autant plus profondément mystérieux… Qu’y a-t-il « de l’autre côté du miroir » Jules Verne ?

  80. Oulala ! LOL ! Il n’y a pas de rapport avec ma question sur Sacramento et cette errur de note dans la Pléiade et les Rose Croix ! Je connais bien leur tsar (comme il aimait à s’appeler !) Peladan ! Vous buvez trop de genièvre ! Ou autre boisson druidique ! Je chercherais donc plutôt une réponse auprès des éditeurs du volume Verne plutôt ! LOL

    • Pour ma part, quand je parle de « mystère » Verne, je ne le recherche pas de ce côté (encore que, perméable à toutes les modes et tous les modes de son temps, il ait pu également lorgné du côté de l’ésotérisme), mais plutôt de celui de la création d’une oeuvre qui se présente toute de lumière et recèle bien des ombres. Ou bien, pour être encore plus trivial : comment cet homme tranquille et bien ordinaire pouvait-il porter en lui un univers entier (mais cela renvoie au mystère de toute création de quelque importance) ? A part ça, les interprétation cryptiques sont amusantes et Jules adorait également jouer des cryptogrames et autres jeux de mots.

      A part ça encore, la réponse de Joaquim Hock m’a paru assez satisfaisante (sur l’importance « capitale » de SF avec référence au Littré) et je m’en contente. Il me semble peu probable que l’auteur, fort scrupuleux avec sa documentation, aurait commis pareille erreur, moins probable encore que son tyran d’éditeur-critique-correcteur, l’autre Jules, ne se serait pas jeté dessus avec délectation.

      Mais il reste tout de même une chance (infime) que la paire de Jules se soit emmêlé les pinceaux…

      • Il est même possible qu’il ait écrit dans un premier temps le terme « capitale » un peu légèrement, puis que, s’en rendant compte, il ait en bon littérateur préféré ne pas raturer la première utilisation du mot, mais éviter aussi la contradiction interne qu’il y aurait eu à qualifier Sacramento de « capitale », et saisi l’occasion de faire un effet littéraire (l’ironie pompeuse qu’il y a à parler de Sacramento comme une ville « considérable »… et de ne pas la considérer.)

  81. Suis d’accord avec vous. C’est pour ça que la note « explicative » me questionne ! Une erreur ou une inadvertance de l’éditeur je suppose. Je n’en ai pas relevé d’autres pour ce roman. Quelques erreurs de typo, sans plus. Et maintenant : «En attendant Hugot» !

    • En parlant de Beckett, j’avais contacté Gallimard-La Pléiade via le mail présent sur le site de la Pléiade, pour les questionner quelque peu sur les futurs projets – cela valait le coup d’essayer. J’ai reçu quelques réponses, à prendre bien sûr avec des pincettes, puisque c’est de la communication lambda faite à un lecteur lamba :
      – Pour Alejo Carpentier, (alors qu’un article de 2005 mentionnait la dernière mise au point du volume Pléiade par sa mètre d’oeuvre, pas de nouvelles depuis) « Il n’y a pas à court terme de projet de volume Carpentier »
      – Pour Italo Calvino, « pas de projet en cours ».
      – Pour Garcia Marquez :  » nous sommes en effet en train de négocier pour obtenir les droits de publication de l’oeuvre de GGM, et nous espérons que cela aboutira »
      – Pour Beckett :  » une édition des Oeuvres de Beckett est envisagée, mais cela ne s’est pas concrétisé pour l’instant (pour des raisons de droits).
      J’ai aussi tenté quelques coups d’épées dans l’eau : « rien en revanche de décidé au sujet de Michon, Jouve ou Echenoz »
      Ce qu’il faut en retenir : un projet Pléiade met en moyenne dix ans, de son lancement jusqu’à sa réalisation (cf les volumes Vargas Llosa), donc pas de projet à court terme (comme pour Carpentier) ne signifie peut-être pas: pas de projet du tout. Pour Beckett, d’après les dernières infos » officieuses » de Brumes dans la dernière mise à jour du site, le projet serait lancé. Il semblerait que non au vu de cette réponse.
      A part cela, j’ai vu ailleurs qu’on parlait d’un volume Pléiade pour Huysmans, en un seul tome d’Oeuvres.
      Je vous encourage en tout cas,ceux qui veulent des réponses, à essayer de contacter la Pléiade via le mail présent sur le site; on semble pouvoir obtenir des informations en posant des questions précises ( « Untel sera-t-il publié bientôt? ») tandis que « Quel sera le programme du second semestre 2018 » restera sans réponse.
      Bien à vous,

  82. Juste une simple remarque concernant les « questions des lecteurs » sur le site de La Pléiade. Les réponses sont laconiques, les questions et les réponses ne sont pas datées…
    Il me semble que les mêmes questions et réponses figurent sur cette page depuis des années, presque depuis la création du site. Il n’y a qu’à lire les réponses qui ne correspondent plus à la réalité. Gallimard n’a pas cru bon de communiquer avec ses lecteurs, ne mettant même pas un stagiaire pour animer la « communauté ».
    C’est pourquoi j’avais placé tant d’espoirs dans ce blog, pensant que ça aurait pu être le lieu d’une tribune entre les intervenants et l’éditeur…

  83. Sur Beckett je ne comprend plus le retard à son entrée dans la Pléiade (au moins le théâtre). Jérôme Lindon s’y est toujours opposé mais sa fille me semblait beaucoup plus conciliante et javais même cru comprendre qu’il y avait un accord entre Minuit et Gallimard. Dommage. Encore une fois, heureusement que la Biblioteca Della Pléiade italienne existe. Un beau volume du Teatro completo propose toutes ses pièces (sauf ces 3 premières) ainsi que ses pièces radiophoniques. Ça viendra bien un jour en France !

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