La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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4 668 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Cher Domonkos, J’ai bien pensé à une vieille chanson de corps de garde en vous lisant mais ça me marche pas.
    Non, malgré un travail cryptographique de plus de 48 heures et l’assistance d’une assemblée de sylvains fort savants et de gnomes érudits, je n’ai pas compris votre puissante énigme. La « roue » présente plusieurs possibilités d’appréhension et je ne sais à quel ésotérisme vous puisez. Peut-être avez-vous fait appel à l’une des 36 divinités de la grande ourse. A moins que vous ne fassiez référence à Huáng Dì . Quant à la Concierge… Un « gardien du seuil » assurément. Mais de quelle porte/dimension/H.L.M, (Habitation à Luminaires Modérées) ? Voilà l’Arcane.
    Mais vous savez, je m’intéresse à l’histoire de l’ésotérisme au départ tout bonnement parce qu’il y a des auteur (Rabelais, F.Colonna, Béroalde de Verville, Meyrink, Ewers,T. Mann, Lowry, le Broch de « La mort de Virgile », Pynchon dans « Contre-jour » etc) qui ne peuvent être saisis dans certaines de leurs dimensions à mes yeux essentielles sans une connaissance réelle des sources ésotériques auxquelles ils ont abondamment puisé. De plus, on ne peut non plus appréhender l’histoire (celle de la Bohème par exemple) sans cette même connaissance. Je passe sur l’histoire des idées. Et l’histoire des mentalités (voir « Le lys et le globe, messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVI et XVIIe siècles », le formidable ouvrage d’Y. Haran qui donne bien plus que son titre ne promet car les autres messianismes européens y sont aussi étudiés). Notre société sans présence agissante d’une symbolique du numineux est une nouveauté, atroce. Qu’on appelle ça nihilisme, oublie de l’Être , fuite de/des Dieu(x) à votre gré. Savoir étiqueter son bourbier est une science qui ne m’attire guère en cet instant. Mon intérêt est donc littéraire et de connaissance. J’avoue que je m’amuse aussi de la folie des hommes ( La rose-croix fut une mystification, disons un ludus qui a pris des proportions énormes. Lire les témoignages de son principal « impresario » Johann Valentin Andreae, le véritable auteur des « Noces chymiques de Christian Rosenkreutz » et dont il faut lire, sur cette affaire, le très drôle « Turris Babel ». Ou bien voir le baron de Hund provoquer en duel -source R. L. Forestier, je crois – ses contradicteurs lors du Covent général de Wilhelmsbad,1782, cela parce qu’il jurait avoir rencontré les vrais « Supérieurs Inconnus » et qu’on osait en douter).
    Que voulez-vous… Voir un homme comme Hund délaisser ses très réels pouvoirs ( doyen des États de Haute-Lusace. Conseiller d’Auguste III de Pologne,puis conseil de l’impératrice Marie-Josèphe d’Autriche et je ne sais plus trop quoi) tout cela pour de chimériques hauts grades, et bien ça fait ma joie.

    In fine : j’ai en mains l’édition Pléiade en deux volumes de « L’histoire de ma vie » de G.Sand (vol.1 Édition 1970, pas d’année de retirage. Vol.II 1971, pas de retirage non plus), et je la trouve a priori remarquable pour ce que j’en ai feuilletée. Ce pourrait bien être ma prochaine lecture. Désormais j’attends mes 7 volumes de la Correspondance de Voltaire, il va me falloir désormais chercher les autres… Merci à Brumes d’avoir tiré la sonnette d’alarme même si je crois qu’il y a encore du temps car les héritiers semblent peu garder ce massif à voir les nombreuses propositions de vente. j’avoue qu’au prix où je les ai trouvés, l’hésitation n’était plus permise.
    Ce petit addenda parce que là, il y avait plus que roue libre mais carrément sortie de rou(e)te. Je reprends ma discipline de moine pléiadiste (ou pléiadin, c’est plus jolie et je préfère les Bénédictins). Par contre (ordre moins dur que celui de certains frères oblige) je l’entends comme : pouvant parler de ce qui est dans les Pléiades, de nos lectures et interrogations es Pléiades, disserter des qualités et défauts et de ce qui pourrait y être ou pas. Il est évidement que je me plierai avec joie à toute demande de notre vénéré Supérieur Brumes (qu’il soit encore une fois remercié pour ce lieu).

    Ps A propos de la Correspondance de Voltaire, il pourrait être intéressant de faire un point quelque jour sur : 1) les volumes les plus rares. 2) existe-il des époque -et donc des volumes- qui sont historiquement plus capitales (je sais : c’est bête, on a tout, on lit tout, sinon à quoi sert une intégrale? c’est juste une curiosité sans grande importance). Y-a-t- il eu des réimpressions récentes ou bien comme le dit Brumes le temps est-il conté pour les amateurs de cette splendide aventure éditoriale?

    • Je crains fort que ma piètre plaisanterie ne vaille pas les efforts que vous lui avez consacrée. Je vais demander aux Puissances Obscures d’enlever 48 h à mon existence pour vous les rendre…
      Comme quoi les mauvaises actions sont parfois récompensées (je crois plus aux Prospérités du Vices qu’aux récompenses de la Vertu plus souvent couronnée d’Infortunes, en effet), puisque la mienne m’a valu en retour vos intéressantes considérations sur le bon usage de l’ésotérisme (que je n’hésite pas à faire miennes, bien qu’avec moins de Lumières en mon pauvre esprit).

    • Restif, si je puis me permettre un petit conseil: l’ésotérisme est un marigot où tout se confond ou presque, ce qui permit à René Guénon de prêcher des énormités syncrétisques sans que nul ne puisse le confondre; je vous engage à lire le splendide traité Sur Isis et Osiris de Plutarque, soit une grosse centaine de pages en traduction, où vous toucherez du doigt comment l’un des plus forts encyclopédistes de l’Antiquité a mélangé le brio et le bric-à-brac en tentant d’annexer à la ‘Grèce éternelle’ l’osirisme tardif. L’édition Budé, par Christian Froidefond, présente en abondance de très sérieux défauts; ils sont plus apparents sur le plan de l’établissement du texte (la version française, en sus de dépendre d’un texte qui oscille sans grande intelligence entre le conservatisme aveugle et l’adoption de corrections personnelles quasiment jamais réussies, multiplie les faux-sens et les contresens) que pour l’abondant commentaire – la très longue notice comme les riches notes en fin de volume sont philosophiquement justes mais mal informés en égyptologie et retardataires d’une vingtaine d’années à sa date de publication [1988]. Quant aux traductions que l’on trouve sur le marché, la plus récente (1995, dans la collection Sagesse et spiritualité de l’éditeur Sand, avec présentation par l’inénarrable Guy Rachet) reproduit l’antique version Ricard de… 1795, faite bien entendu sur un texte grec périmé, tandis que la plus ancienne, par Mario Meunier (1924, rééditée chez Trédaniel plusieurs fois entre 1979 et 2001), est vigoureuse et se lit bien mais n’offre pas de pleines garanties scientifiques. Il faudrait que vous vous utilisiez la traduction anglaise juxtapaginale imprimée dans l’édition commentée anglaise de J. G. Griffiths (1970; volume très sûr, hélas rarissime en occasion) ou, à défaut, la version espagnole copieusement annotée de Francesca Pordomingo Pardo qui se trouve dans le Plutarque de la collection Gredos (vol. 6, 1995), disponible sur Scribd. Pour ce qui touche à l’exégèse du Sur Isis et Osiris, un énorme commentaire français est en court, par J. F. Nardeli, dans la revue espagnole ‘Exemplaria Classical’ (une centaine de pages pour le prologue, chapitres 1-11, dans le numéro 19, de 2015, paru en 2016; 626 pages pour le récit mythologique des chapitres 12-19, dans le Supplément [Anejo] 9, sorti en octobre 2017); outre une érudition trop souvent monstrueuse et une tendance à chicaner ses prédécesseurs sur le moindre détail, ce qui rend l’Anejo une lecture agaçante, ce travail s’adresse hélas à l’helléniste hardcore, car le grec n’y est jamais traduit. C’est aussi le cas du commentaire global présent dans l’édition Griffiths. La synthèse importante de Jean Hani « La religion égyptienne dans la pensée de Plutarque », Paris, Les Belles Lettres, 1976, n’est pas très aisée non plus, vu la complexité du sujet, mais pourrait vous intéresser, ne serait-ce que parce qu’elle procède au moyen de traductions suivies du grec; malheureusement, Griffiths en fit un compte rendu très négatif et ces critiques ont été reprises et amplifiées par Nardeli dans l’Anejo. M. Hani, assez récemment décédé à un âge très avancé, était de plus un catho tradi assez influent, notamment parmi les milieux se revendiquant de l’abbé Georges de Nantes – son approche de la religion d’Osiris vu par le platonicien Plutarque est donc, peu ou prou, suspecte d’interpolations. Ayant fréquenté personnellement le bonhomme il y a fort longtemps, je ne suis puis guère souscrire à l’adage « de mortuis nil nisi bonum ».

  2. Pour me faire pardonner la liberté de mon erratique roulette, une info que j’ai pêchée là où tout un chacun peut la pécher, dans le site de la Pléiade. Encore faut-il allez l’y dégotter. Elle touche à une question maintes fois débattues ici, et la (nouvelle) politique de la Pléiade sur ce sujet devrait réjouir Lombard et en accabler quelques autres (c’est en tous cas un signe) :

    « Le contenu de notre appareil critique nous préoccupe en premier lieu. Nous sommes conscients que la lecture d’un relevé exhaustif des variantes représente un effort auquel le lecteur bénévole ne consentira pas. Nous y avons donc renoncé en privilégiant d’autres moyens de rendre compte de l’histoire de l’œuvre (Appendices, En marge de…, Autour de …,) et des extraits de manuscrits autonomes, contextualisés, imprimés de manière lisible et par conséquent utilisables par tous nos lecteurs. »

    • C’est ainsi que la présentation de l’histoire du texte de la Chartreuse de Parme est notablement moins satisfaisante au tome III de la nouvelle Pléiade, remplaçant le travail ancien et peu ambitieux d’H. Martineau (dont l’editio maior était du reste la parution du roman dans les Classiques Garnier en 1933 avec une très longue annotation génétique et exégétique), que dans la seconde édition des Classiques Garnier, établie par A. Adam en 1973 (on y trouve en effet, pp. 541-563, les « Additions projetées »; 565-581, un « Appendice » [documentaire]; 583-648, les « Variantes, corrections et projets »; 651-710, les « Notes »; et 711-7124, « La Chartreuse de Parme et la critique », sans compter une substantielle introduction pp. I-XLVIII). Les nouvelles « Oeuvres romanesques complètes » en Pléiade se distinguent principalement en reproduisant in extenso la longue chronique balzacienne dans la Revue de Paris, 25.9.1840, devenue difficile d’accès. Voilà qui n’est guère déclencheur du réflexe d’acquisition. Je crains que la Pléiade ne se concentre de plus en plus sur le Nachleben des oeuvres publiées, continuant de la sorte à façonner le monument de ses auteurs au détriment de la critique génétique et de l’exégèse; il n’est pas innocent que cet angle d’attaque soit celui qui réclame le moins d’originalité et de travail de recherche original de la part des tâcherons stipendiés par Gallimard (témoin l’ignoble édition Catriona Seth des Liaisons Dangereuses, pour ne rien dire du Villon ou du Lautréamont dont je ne puis sans accès de bile mentionner le nom des maîtres d’oeuvre).

    • e trouve, comme certains d’entre vous, regrettable ce renoncement (n’est-ce pas le mot qui convient, dans toutes ses acceptions ?)…

      Et pourquoi cet esprit de système (que ce soit pour le plus ou pour le moins) ? Toutes les oeuvres n’appellent pas le même appareil critique. Certaines ne peuvent s’en passer, d’autres oui. C’est une évidence maintes fois affirmée en ces lieux. Dans tous les cas, pourquoi ne pas respecter la liberté suprême du Lecteur, qui est de lire ou de ne pas lire ces notes et variantes ?

      Pour ma part, n’étant ni de près ni de loin un universitaire, je ne me sens pas requis d’obéir à une injonction de lire tout ce que contient un volume (même parmi l’oeuvre de l’auteur elle-même). Je butine à mon gré et fais mon miel à ma façon et pour mes propres usage et plaisir. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’un auteur comme Gérard de Nerval, des tombereaux de notes, de variantes et de commentaires ne parviendront jamais à me rebuter ni à épuiser le sujet ; idem pour les Chinois, les Antiques, les Médiévaux, etc. Mais, même lorsque, pour certains auteurs plus faciles d’abord ou qui soulèvent moins de passion en moi, je ne ressens pas cette nécessité et néglige ce matériel, je suis heureux de savoir qu’il est là, à ma disposition si l’envie m’en venait, et malheureux et frustré lorsqu’il est absent.

      De grâce, Monseigneur Gallimard, ne cédez pas trop à la facilité et ne confondez pas « le lecteur bénévole » avec « le lecteur benêt » !

    • Pauvre lecteur : Maître Gallimard nous considère vraiment comme des benêts, pour reprendre le (juste) terme employé par Domonkos.
      Et, effectivement, nous retire la liberté de pêcher ce qu’il nous plaît dans l’oeuvre proposée (personnellement, je suis vorace).

  3. La pléiade violette « Historiens et chroniqueurs du Moyen-Âge » est l’une de celles qui méritent le moins à mon sens d’être encore proposée à la vente dans les librairies. Le problème n’est pas que ce soit une vieille édition de 1952 : les volumes émeraude Dostoïevski datent eux aussi des années cinquante, mais, s’ils sont très loin d’être parfaits, aucun d’entre eux n’est sans mérites (et je préfère encore à la rigueur leurs traductions disons… flottantes… à l’effort de précision qui a guidé les retraductions publiées chez Actes Sud – retraductions qui, aux dires d’une de mes anciennes professeures d’Université, ont été critiquées vertement par pas mal de ses consoeurs et confrères spécialisés dans le domaine russe : « Lorsqu’il traduit Dostoïevski Markowicz ne restitue au lecteur que les nerfs à vif ; la chair a disparu »). Mais je reviens à « Historiens et chroniqueurs du Moyen-Âge » : le travail d’Albert Pauphilet a beaucoup vieilli, et cette édition ne présente même pas ce que l’aficionado de la Pléiade est en droit d’attendre de la collection : des notices et des notes dignes de ce nom, même si elles prennent la forme d’un appareil critique amaigri (tendance actuelle de la collection).
    Il y a un an je me suis posé la question. Acheter cette pléiade, ou bien une autre édition ? Au fond c’était là une fausse interrogation – je connaissais déjà la réponse. Pour ce qui est de « La conquête de Constantinople » de Villehardouin, je me suis donc détourné de la vieillotte Pléiade Pauphilet pour me reporter sur l’édition Garnier-Flammarion préparée par Jean Dufournet (aux dires de ses confrères médiévistes le plus grand spécialiste francophone de la littérature du Moyen-Âge de ces dernières décennies). C’est une excellente édition moderne (comme il a toujours su les concevoir), avec une introduction d’une trentaine de pages, un texte médiéval impeccablement toiletté, une traduction en français moderne simple et sûre, trente pages de notes de langue aussi précises que savantes, une chronologie détaillée et un index explicatif fourni. Puisque une édition comme celle-ci existe, pourquoi faire encore l’acquisition de la Pléiade Pauphilet ? La réponse m’a été donnée par deux lecteurs d’un certain âge qui m’ont dit : « Dans cette Pléiade il y a cinq livres en un » (Clari – Villehardouin – Froissart (extraits) – Joinville – Commynes). En conclusion, chez certains lecteurs, le côté « compact » de l’édition l’emporte sur la qualité d’édition des textes (Joinville et Commynes étant fort bien édités dans « Lettres Gothiques », et Clari figurant dans le catalogue des très élégants Classiques du Moyen-Âge publiés par les éditions Honoré Champion).
    J’ignore si, lorsqu’il a proposé à la Pléiade un ensemble de volumes représentatif de la littérature médiévale, Daniel Poirion a inclus dans sa liste une refonte du Chroniqueurs-Pauphilet, aux côtés des volumes consacrés à Chrétien de Troyes, au cyle du Graal, et à Tristan et Yseut (entre autres). Une telle refonte est en tout cas souhaitable.
    Pour finir, c’est une très bonne chose que le volume III des oeuvres de Stevenson soit publié l’an prochain. Beaucoup – dont moi – attendaient ce volume avec impatience. Le Stevenson en Pléiade est une fort belle édition qui comble les amateurs de littérature victorienne.

  4. Je vis dans un monde étrange où, seul de mon espèce, à cause de ma passion des Livres que personne ne partage ni ne comprend, je passe pour un Fou.

    Autour de moi, j’ai dressé des hauts murs, composés de milliers de briques de livres, chacune ayant été choisie soigneusement, polie et repolie, très exactement jointoyée à ses voisines. Je n’ai pas mis de portes, chacun pourrait y entrer à son gré, mais personne ne l’ose, par timidité ou par crainte (pas plus que dans la tanière d’un Dragon, accroupi sur un trésor de nulle valeur, que quiconque ne convoite).

    Parfois, par une fenêtre éclairée mais voilée d’un rideau de Brumes, j’aperçois le Monde Réel, celui où est rendu aux Livres le culte qui leur est dû. Je devine des ombres, je peux leur parler et j’imagine qu’elles me répondent.

    Mais je ne peux accéder à ce Monde, en raison de je ne sais quel Mystérieux Interdit.

    J’ignore si, après moi, quelque Bernard l’Hermite de la Noble Lignée des Paguroidea viendra à son tour habiter ce lieu tout préparé ou bien si des vandales iconoclastes le démoliront, pierre par pierre (peut-être, certaines de ces pierres ou briques, après leur dispersion, seront-elles retrouvées parmi d’autres débris, dans des champs de ruines ou d’autres monuments où elles auront été rapportées, et interrogeront-elles d’hypothétiques archéologues ?)

  5. Depuis le temps que j’observe ces Ombres j’en suis venu à étudier leurs moeurs – notamment ces interminables Disputes sur des questions Obscures qui semblent occuper le plus Clair de leur temps – et à les trouver non moins étranges que celles des habitants de ce monde-ci, où je vis en exil.

    Et familières, cependant, comme si elles avaient également été miennes. Car je devine bien que j’appartiens à leur espèce, mais j’ignore la teneur et les motifs de la Sentence qui m’a condamné à vivre ici, et par quels Juges elle a été prononcée. (Dans ma folle jeunesse, j’ai cru un moment que j’étais une sorte d’Ambassadeur ou d’Agent Secret ; abandonné, tous liens rompus avec ceux qui m’avaient envoyé, sans savoir de quelle partie était venue la Trahison.)

    En fin de compte, je me fais peut-être Illusion et je n’appartiendrais ni à ce Monde-ci ni à ce Monde-là.

    • Superbes réflexions que les vôtres, Demonkos, et bouleversantes. Sans m’y reconnaître de tout point, considérant mon choix de carrière, je mets très volontiers les mains à cette amertume du « lisant » en notre époque de prêt à consommer culturel sur les réseaux sociaux et dans les étals de nos libraires plus que jamais mercenaires. Ma famille ne comprit jamais que je délaissasse la recherche des biens matériels pour les médiocres émoluments de l’enseignement puis de la faculté; j’ai souvenir de mon père m’interpellant vivement au sujet de mon intérêt envers « des chiures de mouches », après des années passées à me voir remplir étagère sur étagères de grimoires et de cartons d’imprimés. Si ombres il y a, comme vous dites dans le sillage de Pindare (selon lequel lequel l’homme est le rêve d’une ombre), nous devons être quelques-uns ici à en faire partie, à commencer par l’excellent Séraphin Colobarsy, ce regretté disparu.

      • Il est vrai que je me sens quelque peu dans la situation de certains héros littéraires du XIXème siècle (du côté de Stendhal ou de Vallès) qui n’ont fait que la moitié du chemin… La faute à qui ? Je ne suis pas de ceux qui se victimisent et s’exonèrent de toute responsabilité dans le parcours de leur vie…
        Bien à vous.

  6. Très joli(s) texte(s) Domonkos, et qui, je m’autorise à le penser, trouveront un écho chez nombre d’entre nous Quoi qu’il en soit, c’est mon cas . Mon amour des livres m’a coûté excessivement cher, (je passe…) et je n’évoque pas l’aspect financier de cette passion. Un « fou », ou, dit plus doucement, quelqu’un qui « vit dans son monde », un ours, un associable. Je ne me reconnais nullement dans ce portrait, et les trop rares amis qui me restent ont su passer par dessus cette caricature – très rares parce que déménagements, aléas de l’existence valant séparation, tout cela et d’autres facteurs font que notre mode de vie moderne efface de plus en plus les relations humaines « physiques », ce qui n’est pas sans poser de problème au romancier m’est avis.
    Si je mettais autant de temps et d’enthousiasme dans le sport, le voyage ou l’accumulation d’argent, on me trouverait parfaitement normal. L’amour de la beauté et de la connaissance qui ont passé pour l’apogée de l’activité humaine dans les plus grandes civilisations – je pense ici tout particulièrement à la Chine mais la Grèce pensait de même – sont devenus aux yeux de la multitude des « passe-temps » fantasques révélateurs d’un déséquilibre. C’est probablement dû à la machinerie sociale qui s’est mise en place et qui devenue folle n’est plus contrôlable, ce système sociétal où la compétition et plus que tout la consommation règnent en maîtres absolus -cela dépasse de beaucoup la politique au sens commun. Un monde communiste serait pire et n’échapperait pas aux travers énoncés qui ne seraient que transposés sous je ne sais quelles autres formes probablement atroces. Dès le 19eme, Balzac avec sa « médiocratie », Tocqueville et son incroyable clairvoyance et un peu plus tard Flaubert, Baudelaire et d’autres ont signalé les dangers qui commençaient à se faire jour. Hanna Arendt, Heidegger et d’autres pour la philosophie (G.Anders) ont étudié et analysé ce nihilisme foncier du totalitarisme technico-commercial lorsqu’il arase tout ce qui n’est pas lui, ne pouvant d’ailleurs se permettre de laisser d’avantage d’espace que quelques niches exploitables à ce qui lui est danger. La lecture prend du temps, et ne coûte pas bien chère.
    Bernanos a dit sur la spiritualité, sur l’altération profonde de la spiritualité de notre mode de vie des choses capitales dans « La France contre les robots ».
    Et c’est aussi pour ça que la Pléiade malgré toutes ses erreurs doit être soutenue. Même lorsqu’elle paye sa livre de chair à Mammon.
    Et encore une fois : beaux textes Domonkos. De derrière le rideau un compagnon de folie vous adresse un signe ami.
    Vers une fraternité des ombres…Des ombres folles…

    Ps. Cher Draak permettez à une ombre de vous saluer également fort amicalement.

    • Salutations très cher Restif.

      Neo-birt7, Pindare m’était venu à l’esprit à la lecture du texte de Domonkos ; Je me sens honoré d’avoir eu une pensée commune avec un esprit cultivé comme le vôtre (cultivé étant ici que le faible mot qui me vient à l’esprit et dont tous ici auront compris comme il est insuffisant). Comme la suite de Pindare le signale au sujet de l’homme : …quand les Dieux dirigent sur lui un rayon, un éclat brillant l’environne et son existence est douce.

      Domonkos me faisait penser à un autre passage, d’un autre auteur. Je viens de remettre le doigt dessus :
      « Je vois bien que nous ne sommes, nous tous qui vivons ici, rien de plus que des fantômes ou que des ombres légères. »

      • Votre texte est bouleversant, Domonkos. Je n’ai pas eu l’honneur de lire vos oeuvres mais vous êtes incontestablement un très bon écrivain. On a fort envie de quitter notre caverne platonicienne si le monde des Idées est éclairé par des luminaires que vous savez si bien allumer. Vous pouvez prendre le pseudonyme de Montag dans une époque où la lecture par sa gratuité et son exigence de solitude s’apparente à une activité hautement suspecte et antisociale. Nous serons encore quelques-uns à apprendre par cœur les livres avant qu’on ne les brûle.

        • Mon humilité est quelque peu bousculée, pourtant, je l’avoue, votre « reconnaissance » me fait plaisir et ce plaisir, je ne le boude pas. Bien, à vous.

  7. Je prends au hasard la définition la plus simple qui me tombe sous la main :

    – « étique » : « atteint d’étisie; extrêmement maigre, ; mesquin, pauvre, insuffisant »

    La définition s’applique parfaitement, terme à terme, à la Pléiade Philip Roth que j’ai pu palper, ouvrir et parcourir, aujourd’hui, chez mon libraire, où je m’étais rendu pour acquérir le coffret tant attendu de Blaise Cendrars.

    J’ai dit ici à plusieurs reprises à quel point : 1 – j’apprécie grandement les qualités d’écrivain de Philip Roth et prends plaisir à le lire ; 2 – à quel point sa présence en Pléiade ne se justifie pas, à mes yeux, du moins Aujourd’hui (je ne veux pas « insulter l’avenir » comme aimait le répéter notre Petit Timonier héraultais, Georges Frêche).

    En voyant ce volume, qui présente tous les symptômes de « l’étisie », donc, avec son choix restreint d’oeuvres, son appareil critique « mesquin, pauvre, insuffisant », son épaisseur qui ne disqualifierait pas une candidate au concours de Top Model – de surcroît proposé à la vente au prix décourageant de 64 € (prix d’appel, appelé à se transformer en 69,90 € pour ne pas dire 70 € : Hé, Ho ! chers commerciaux de la Maison Gallimard, vous vous moquez vraiment de nous et nous prenez pour des… clients de bazar ?) – je suis un peu en colère.

    Mais cela n’est rien à côté de la fureur qui serait mienne si j’étais un fervent partisan de la publication de Philip Roth en Pléiade… Là, j’aurais vraiment l’impression d’être pris pour un gogo.

    Donc, à ranger au rayon des Pléiades inutiles, rayon qui s’allonge démesurément et à une vitesse accélérée depuis quelque temps.

    • Mais c’est justement parce que Roth est une grande force de vente que son prix est aussi élevé, il est typiquement un des auteurs Gallimard à gros tirage qui se vend régulièrement et rentabilise.. De toute façon sil l’on est honnête on se rend bien compte que Gallimard n’est clairement plus ce qu’il était il y a 50 ans – peu de grands écrivains aujourd’hui sont dans la Blanche, il n’y a guère encore que quelques poètes mais pour les romanciers ce sont surtout maintenant des gloires montées médiatiquement avec forces services de presse comme ce Deserable qui s’affiche avec Michon sans n’avoir pas l’once de son interêt. Et c’est sans défaitisme que je le constate, reviendront un jour de grands auteurs sous la Blanche et il y en a encore quelque uns qui arrivent à y vivre..
      Roth est un grand romancier que je n’apprécie pas trop mais sa place en Pléiade peut se comprendre et se justifier. Mais Cormac McCarthy, si immense, indiscutable, une oeuvre tellement forte et sans faiblesse, devrait y figurer nécessairement. S’il y a un grand romancier américain majeur sur lequel les doutes ne sont pas permis c’est lui.
      Gallimard a sorti le volume digest de Conrad parce qu’il était à l’agrégation – entre autres.. Dans ce cas ils auraient pu pousser la logique jusqu’au bout et publier Lobo Antunes qui est aussi à l’agrégation – tant dans la forme que dans le fond c’est un écrivain exigeant mais indiscutable.
      Je m’étonne parfois que des oeuvres aussi fortes que celle de McCarthy, Lobo Antunes, et même Bolano et Garcia Marquez, oeuvres véritablement majeures du 20-21e ne soient pas au moins en projet, sinon déjà réalisées; puisque pour Roth c’est possible. La Pléiade a bien publié Gracq, Simon – elle sait prendre le risque du contemporain. Dommage qu’elle ne le fasse plus maintenant qu’avec des auteurs estampillés Gallimard – Roth, Kundera, Vargas Llosa. Même si pour Vargas Llosa c’est un bien.

      • Dans ma jeunesse la Blanche jouissait d’un tel prestige qu’elle attirait forcément l’oeil… Quand je parcourais les rayons d’un bouquiniste, je m’arrêtais forcément sur les dos de la fameuse collection et j’étais rarement déçu ; aujourd’hui, il me reste quelque chose de cette ancienne habitude et mon oeil continue – réflexe pavlovien – de distinguer ces fameux dos : mais 99 fois sur cent, il s’ensuit une cruelle déception et une intense stupféfaction à constater l’existence de tant de livres nuls et non avenus.

        Pour Roth, encore une fois, je ne peux m’empêcher de répéter que ses livres sont remplis de charme et d’intelligence, ils figurent dans ma bibliothèque en assez grande nombre, me plaisent incontestablement, mais non, franchement, ils ne me bouleversent pas, ils ne laissent pas de trace en moi, ils ne changent en rien ma vision sur quoi que ce soit – comme des films de Woody Allen…

        • 70 € pour ce mince volume qui n’apporte rien, même aux amoureux de Roth, c’est quand même du f… de gu… (et nous faire le coup des 69,90 €, comme au bazar de mon quartier, c’est de la récidive dans le f… de gu…).
          Indigne de la Grande Dame, qui vieillit décidément mal.

          • Loin de moi l’idée de me faire défenseur de Roth que je n’aime pas davantage, mais franchement c’est un peu une tête de Turc ici – cela se comprend tout à fait mais c’est en même temps injuste. Le catalogue Pléiade contient des auteurs dont la place est potentiellement discutable : encore une fois, Montherlant est-il vraiment lu aujourd’hui, et méritait-il la Pléiade? Paul-Louis Courier, mais que vient-il faire donc en Pléiade? Et caetera.
            L’oeuvre de Roth est assez ingénieuse, diverse, littéraire aussi, intéressante dans sa modernité thématique – mais pour moi un peu verbeuse, une dilution narrative qui n’a pas assez vraiment d’interêt. Mais il est loin de faire tache comme d’Ormesson fait tache. Pour ce qui est de l’appareil critique je crois que vous en avez vous même parler assez justement : toutes les œuvres ne demandent pas la même exégèse. On ne commente pas Simon de la même manière que Simenon.
            La Pléiade est aussi un écrin matériel, une solidité, l’assurance que le livre tiendra – un Folio c’est tendre et ça volète rapidement, ça se délite (et ne parlons même pas des affreux GF, livres de poches quasi éphémères tant les pages s’envolent avec une facilité désarmante.) Certes le prix est trop cher je suis d’accord, 70€ c’est trop. Mais soyez sur que le volume marchera auprès des amateurs de Roth et plus loin encore même les néophytes – et je pense qu’il y a vraiment une forte audience, on aime beaucoup en France l’idée du « grand écrivain américain » (Roth, Pynchon, Auster, DeLillo, Harrison, McCarthy).
            La Pléiade marchera toujours car il n’y a pas de collection grand public qui puisse tenir tête en termes d’oeuvres complètes/choisies : Bouquins n’édite que peu de volumes de vraies littératures (4-6 par an, entre les dictionnaires Untel et autre) Opus et Thesaurus sortent 2 volumes par an.. Quarto est intéressant (mais une police illisible!) avec Louis René des Forêts et bientot Georges Perros.

  8. Cher Domonkos,
    Je rebondis sur votre expression « rayon des Pléiades inutiles » pour vous en demander une liste selon vous, au moins pour les « plus inutiles », et sans considération (bonne ou mauvaise) de l’auteur lui-même. Et idéalement, pour les livres où vous en connaissez une, une recommandation d’édition alternative.
    Je sais qu’une liste, ce n’est pas très littéraire, mais elle pourrait être utile à des lecteurs moins éclairés.
    Cette question s’adresse bien sûr à l’ensemble des commentateurs réguliers de ce blog ainsi qu’à son hôte, que je remercie tous au passage. Mon intérêt actuel portant surtout sur le domaine antique… suivez mon regard ! Je remercie d’ailleurs Neo-B pour ses recommandations passées, je suis en train de lire Eschyle traduit par Mazon.
    Si plusieurs commentateurs avaient la bonne grâce de se prêter à ce jeu, je peux me proposer de compiler une liste.
    Il me semble qu’un commentateur (Draak ?) avait un projet de créer un site ou un forum qui discuterait justement du choix entre les éditions d’une œuvre donnée. Ce projet est-il à l’ordre du jour ?
    Pléiadement,
    Ben

    • « Pléiades inutiles » cela ne signifie pas forcément, dans mon esprit, « Pléiades honteuses », auteurs qui ne « mériteraient pas » d’y figurer, etc. A cette aune, je vois un seul auteur « honteux », le (trop) fameux Jean d’O et peu de voix parmi nous s’élèveront pour le défendre (mais ce n’est pas interdit non plus).

      Une Pléiade peut-être considérée comme « inutile » pour d’autres raisons : parce que l’auteur, n’est peut-être pas majeur (j’ai évoqué Jack London, d’autres noms sont avancés par tout un chacun), mais surtout parce que certains auteurs sont parfaitement accessibles, figurant parmi nos contemporains, se trouvant sur les rayons de toutes les bibliothèques et librairies (c’est le cas de Roth)… ou bien parce que des auteurs sont mal édités en Pléiade (c’est malheureusement le cas de Verne, mais, pour ce dernier j’ai déjà dit les raisons qui me le font accueillir tout de même à bras ouverts, car il s’agit pour lui d’une sorte d’adoubement en Littérature…)

      Il est plus facile de juger (et parfois sévèrement – trop sévèrement ?) de la pertinence de l’entrée de nouveaux auteurs au cours de ces dernières années, car cela se passe en ce moment où nous parlons et écrivons. Nous sommes donc plus à même d’émettre un avis avec quelque chance de ne pas divaguer (qu’on peut contester ou combattre cependant), car cet avis se forme dans le même contexte que la décision de faire entrer cet auteur. (J’espère que je ne suis pas trop confus ?)

      Je prendrais plus de distance pour juger des auteurs qui sont entrés en Pléiade il y a beau temps de cela : aujourd’hui, je trouve Colette bien « légère » (je vous jure que je ne fais pas allusion à ses moeurs comme on disait autrefois, ha ha !) ; d’autres récusent Montherlant ou bien Courier et Cie… Les raisons qui ont justifié leur entrée en Pléiade, à l’époque, ne sont plus d’actualité aujourd’hui, cela ne signifie pas forcément qu’elles étaient ineptes à ce moment-là. Montherlant, lorsqu’il a été admis dans l’honorable confrérie, était considéré comme un grand écrivain par presque tout le monde. Il est aujourd’hui passé de mode, mais gardons-nous de tomber dans l’anachronisme en le jugeant – pour rejeter le bien fondé de sa pléiadisation – avec nos critères actuels… Il en est de même avec bien d’autres qui ont été évoqués ici, Martin du Gard, etc.

      • Nous-mêmes – si la destinée nous prête vie, à nous et à la Pléiade – en ce lieu ou en un autre, condamnerons peut-être, dans vingt ans, nos condamnations d’aujourd’hui, élèveront ceux que nous avons abaissés, pleureront sur la « décadence » dont nous aurons fixé le commencement à une date ultérieure.

        Il m’étonnerait, cependant, que nous évoquions la période que nous vivons actuellement comme un Age d’Or – que ce soit pour la Pléiade ou pour la Littérature en général…

      • Il y a peut-être un critère qui permet de re-juger la présence de certains auteurs « anciens » : ce sont les « renouvellements de bail », c’est-à-dire les réimpressions et surtout les rééditions récentes de certains auteurs, qui apportent la preuve qu’aux yeux de l’éditeur (quelques soient ses raisons, littéraires ou économiques) la présence de ces auteurs est toujours indispensable.

        De cela, nous pouvons discuter, car, en quelque sorte, ils redeviennent nos contemporains.

    • Et, oui, nous attendons – sagement, sans manifestation d’impatience mal venue – d’être invités dans la belle maison toute neuve de Draak, lorsqu’il aura fini les peintures et les tapisseries et préparé la pendaison de crémaillère…

      • Cher Ben,

        Le projet est toujours d’actualité puisque je m’y suis assez solennellement engagé. Ça ne sera pas ma première bêtise dans la vie. Il est motivant de constater qu’il y a encore une petite attente sur le sujet.

        Cher Domonkos,

        Je creuse encore les fondations de la maison. En clair : le nom de domaine est réservé. C’est le début d’un commencement. Vous êtes vraiment très aimable de ne pas me presser. Comme dans ma vingtaine, il y a une vingtaine d’années, alors que je tardais à commencer les révisions d’examens, je ne vais pas tarder à dessiner des petits carrés représentant les jours encore disponibles devant moi, à affecter des tâches à ces maigres jours, puis à ne rien faire jusqu’à ce qu’il soit juste un peu trop tard.

        Cher Neo-birt7,

        Votre faux départ m’a donné des sueurs froides. Je compte tellement sur vous pour les antiques.

  9. ;A mes yeux, Paul Louis Courrier est un écrivain qu se doit d’être lu par tous les amoureux de la langue française…
    Sinon…Vous ne dites rien des Cendrars Domonkos-Clerc-promu ? J’ai également acheté le coffret mais , par pur masochisme et exploitation du désir retardé, je les ai fait envoyer en Bretagne où je ne les découvrirai qu’à Noël.
    Faisons attention à nos jugements quand même. Ainsi, exemple personnel, Giraudoux, que je découvre pour de bon (j’en avais déjà lu, mais ça passait assez mal) m’est-il un véritable enchantement à travers « Sigfried ou le Limousin », livre que j’ai « raté », adolescent. Au point que j’ai mis Giraudoux sur les tablettes des Pléiades à acheter (les deux volumes de ses œuvres romanesques que je préfère à son théâtre décidément. Il faudrait le voir jouer avec Jouvet and co).
    Montherlant… Il faudrait faire attention… Brumes a écrit une notes vraiment intéressante à lire à son sujet. Certes, je le trouve guindé, il y a chez lui une sorte de fausse grandeur qui m’énerve (particulièrement dans Le maître de Santiago). Il s’outre tout autant dans le genre « noble » que dans le côté « ruffian comique », le début de Malatesta en est une triste preuve, cet aspect Shakespeare en skaï, ce pauvre démarquage des scène du tonitruant et savoureux Jack Cade d’Henry VI (deuxième partie). Mais Montherlant a toujours des aficionados (c’est bien son tour). Et c’est peut-être notre époque qui ne veut plus d’un tel auteur. L’avenir peut changer d’avis…

    J’ai déjà dit que la Pléiade « Poésies » d’Apollinaire était un ratage total, d’autres ont dénoncé la lamentable nouvelle édition des Liaisons dangereuses. Et Madame de Staël dernièrement. A mon sens il faudrait refaire la correspondance de Stendhal.

    Sinon,j’ai manqué d’acheter à 30 euros(ou un peu plus) deux volumes de la Correspondance de Balzac, mais je l’ai déjà en Garnier, et malgré le nombre de lettres retrouvées, tant pis… Il faut faire des choix.

    Pynchon ne passerait jamais en Pléiade. Trop hemrétique, torp colossal. Certes, c’est un immense écrivain, lorsqu’il est bien traduit (Claro), par contre L’arc en ciel de la gravité…mauvais rendu de la langue et là, ça ne pardonne pas. M.Carty, à lire mais moins titanesque à mon sens, c’est quand même très tôt. Et puis les anglo-saxons d’aujourd’hui, un peu tôt non? C’est bien le problème avec Roth d’ailleurs. Alors qu’il n’ y pas pas Bielly…Ni Gontcharov d’ailleurs… Allez, qu’on publie d’abord tout Mandelstam! Ou Blok.
    « « Ce garçon plutôt malingre avec des fleurs de muguet à la boutonnière »,qui jetait « des éclairs de conscience dans la syncope des jours ». (Maïakovski sur O.M)

    • Une édition que je ne trouve pas géniale est l’ensemble des Œuvres en prose complètes de Péguy par R. Burac (3 gros volumes purement critiques, dont le maître d’œuvre lui-même ne se déclare pas très satisfait – I, p. X). En effet, alors même qu’il reconnaît que la lecture de Péguy exige beaucoup de culture et d’érudition, la mise en place historique passe par dessus la tête de l’éditeur; non seulement aucune notice sur chaque article n’a été proposée, simplement la fourniture de pièces annexes, mais la part faite au commentaire explicatif est minimale nonobstant la difficulté avec laquelle le lecteur non spécialiste de la période se retrouve dans le journalisme politique et culturel de Péguy.

    • Le coffret Cendrars, trop tôt pour en parler autrement qu’à la légère (ce qu’il ne mérite pas), à peine l’ai-je regardé, palpé, humé… Simple détail amusant (et totalement superficiel) : ce deuxième coffret consacré à Cendrars reprend exactement les mêmes dessins et caractères que le premier, on est simplement passé du bleu clair au bleu nuit. Je ne sais pas s’il y a des précédents…

  10. Comme je l’ai déjà mentionné ici, ce qui m’attriste le plus dans cette édition des romans et récits de P. Roth est d’avoir complètement manqué l’occasion de les publier dans leur logique de « cycles » subtilement composés par l’auteur. Certains sont clos, on pouvait proposer celui de Zuckerman, de Kepesch ou de Nemesis pour montrer la cohérence et le jeu entre les volumes d’un même cycle. En y ajoutant bien sûr les volumes « isolés » (Columbus, Portnoy, Opération Shylock etc). Tant pis. Dommage

    • Je suis bien de votre avis. Je le répète, je-ne-dé-tes-te-pas-Ph.Roth (litote) et, même si je ne voyais pas l’urgente nécessité de le sortir en Pléiade, s’il fallait le faire, au moins le faire proprement : dans une édition qui apporte quelque chose aux amateurs de l’auteur, par rapport aux éditions courantes, et, quitte à lui demander de se délester de 70€ lui donner 300 ou 400 pages de plus ! (Pourquoi les Cendrars, qui sont plus épais – sans atteindre l’obésité -. sont-ils à moins de 60 € pièce ? Les ayant droit de Blaise seraient-ils moins gourmands en royalties que le Maître Américain ?)

      • « quitte à LUI demander »… on pourrait se méprendre et penser que je songe à « délester » de cette somme l’auteur et non le lecteur (invisible dans ma phrase mal fichue)

  11. Cher Domonkos, hélas l’argent a encore eu raison de tout. En effet, le Crédit Suisse et Pro Helvetia ont « acheté » ou « payé » les 4 volumes Ramuz et Cendrars à Gallimard. De même pour le côté belge avec Simenon. Voilà l’explication… CQFD

    • Finalement, si cela doit nous permettre de bénéficier d’aides pour l’édition, il faut encourager « l’exil fiscal » et nos meilleurs écrivains à se faire naturaliser Suisse… Ha ha !

  12. Il en reste encore beaucoup des écrivains suisses à Pléiadiser ! Friedrich Dürrenmatt, Zorn, Hesse, Pinget, Agota Kritof, Amiel, Rougemont, Pourtales, etc À votre bon cœur messieurs les banquiers suisses !

    • Hermann Hesse ! Mon Dieu, que vous me ramenez à ma folle jeunesse, lorsque j’avais des fleurs dans les cheveux (maintenant, c’est plutôt « ni fleurs, ni couronne… » de cheveux. Est-ce qu’il est encore lu, aujourd’hui ? Quelle place tient-il, s’il en tient une ? Quelle côte, à la Bourse des Critiques ?…

      Pour les amateurs de Philip Roth, j’ai entendu, hier, Finkelkraut parler longuement de ses dernières rencontres (datant de ces jours derniers) avec son « très cher ami » le grand écrivain, exprimant une fois de plus le regret qu’il n’ait toujours pas le Nobel… A propos de Nobel, celui de cette année a semble-t-il été accueilli dans la plus grande indifférence (on ne peut pas avoir toutes les années un Nobel aussi « fun » que Dylan !). Dont la mienne (d’indifférence). Jamais lu le moindre mot de ce Japonais plus anglais que les Anglais…

      • Ma cote à la Bourse de l’Orthographe est en baisse, il va m’être difficile de remonter la côte, non sans revêtir ma cotte (de maille) pour me protéger des coups des Gardiens du Bon Usage.

      • Domonkos, Domonkos, réparez vite l’erreur !

        « Ce japonais » représente le meilleur de la littérature anglaise et j’ai appris l’attribution de ce Nobel avec beaucoup d’enthousiasme.

        Son roman le plus connu « les Vestiges du jour » fait partie de mon top-ten. Son dernier, « le Géant Enfoui » , est une merveille qui me hante. « Auprès de moi toujours » est glaçant.

        Quelqu’un ici, qui l’aurait lu, serait d’un avis différent ? (Je suis ouvert à la discussion et n’ai pas mis, depuis longtemps, de coup de tête).

        • Il m’a fallu attendre le Nobel pour le lire. J’ai choisi les même trois ouvrages…
          « Le Géant enfoui » et « Auprès de moi toujours » n’ont pas encore été ouverts, mais j’ai lu « Les Vestiges du jour » comme « Le Maître de Ballantrae » de Stevenson : d’abord avec une méfiance joueuse pour le narrateur et le style du livre – puis avec de plus en plus de gourmandise et de plaisir. L’écriture m’a semblé parfois engoncée – des souvenirs qui surgissent sans surgir, bien organisés et proprets, des paragraphes bien respectés dans leur construction… sans savoir si cette syntaxe est le fait du narrateur, ou s’il s’agit de l’écriture trop appliquée d’Ishiguro. Nobel oblige, je préfère croire qu’il s’agit de la première hypothèse.
          « L’Inconsolé » attendra – mais puisqu’il s’agit du livre qui suit « Les Vestiges du jour » qui a valu à son auteur le Booker Prize, et qui a été conçu, justement, dans une forme, semble-t-il, plus expérimentale, ce sera le 4e à passer sous mes yeux !

          • Le mot « engoncé » convient si bien au caractère du narrateur que vous avez fourni vous-même la réponse.

        • Hi Hi Hi ! J’adore appâter le polémiste qui dort en vous, j’utilise volontiers pour cela la fausse naïveté, le prétendu jugement péremptoire et non fondé, l’ignorance sûre d’elle-même, une bonne dose de mauvaise foi et autres ingrédients nauséabonds, puisés dans la pharmacopée du critique littéraire de bas étage… Si je m’étais contenté d’un neutre : « quelqu’un a-t-il lu Ishiguro Kazuo ? » je n’aurais peut-être pas eu de réponse ou bien une réponse plus posée et… je me serais ennuyé ! ha ha !

          Réservez votre coup de tête pour une autre occasion, Draak, je vous en prie.

          Ceci dit, et plus sérieusement, ma petite provoc’ recouvre tout de même un fond de crainte réelle : une impression, d’après ce que j’ai lu de commentaires sur Ishiguro, d’avoir affaire à un japonais « trop bien » acclimaté à l’Angleterre, un peut trop « bon élève » si on peut dire. Votre réaction, Draak, vient démentir cette impression, tandis que celle de deniziotjimmy semble lui apporter quelque crédit (mais il est vrai que vous avez une plus large connaissance de cet auteur).

          Bien sûr, je connaissais l’existence des « Vestiges du Jour », ne serait-ce qu’à cause du film, que je ne n’ai pas vu. Va-t-il falloir que je le rajoute à mon interminable liste de livres à lire ? J’aborderais, dans ce cas, votre liste de trois romans à rebours, et pas seulement pour vous prendre à rebrousse-poil.

          • Quoique… un doute me vient : et si c’était dans ma réponse que j’étais de mauvaise foi ? Comment savoir… je m’y perds.
            Si vous avez reçu un peu d’éducation chrétienne dans votre enfance, Draak, essayez de me pardonner… Bien à vous.

          • Grand Dieu ! J’ai réussi de longue date à me débarrasser de mon éducation chrétienne. Je ne pardonne que par gentillesse naturelle.

  13. J’ai lu il n’ y a pas si longtemps « Le jeu des perles de verre ». Et bien H.Hesse tient la route littéraire même si on ne peut le mettre au niveau d’un T.Mann ou d’un Boulgakov. C’est quoi qu’on en puisse penser un écrivain qui cherche la hauteur, un splendide exemple de cette civilisation européenne dont la disparition annoncée désespérât Szweig. De la part de la Pléiade ce ne serait pas déchoir que de le mettre à son catalogue. Il me faudrait relire « Le loup des steppes »….
    Plus que six tomes à acquérir pour compléter la correspondance de Voltaire! Par contre, j’ai quasiment atteint le plafond de ma carte et ça m’énerve d’autant plus que le compte reste solide.

    • Heureux de l’apprendre. Il me vient parfois l’envie d’y retourner voir. Mais il est vrai que je n’entends plus parler de Hesse, il semble s’être estompé sur l’horizon littéraire.

      • J’ai lu Damian il y a quelques mois et en garde le souvenir d’un bouquin passablement daté et, pour tout dire, un peu niais et sans grand intérêt.
        Je préfère encore D’Ormesson (dont la présence dans la Pléiade se trouverait du coup revalorisée si HH y entrait à son tour ??!!).

        • A ce point-là ! Vous auriez donc découvert le point au-dessous du Zéro Absolu ? (Représenté par Jean d’O…)

          Je ne dis pas cela pour vous contredire, je n’ai plus lu ce bon HH depuis quarante ans, autant dire que c’est un autre que moi qui l’a lu (j’ai quand même un bon souvenir du « Jeu des Perles de Verre » et un très mauvais de « Damian », ce qui irait dans votre sens. Quant au « Loup »… à l’époque il était de règle de trouver ça « géniaaal »… tout en écoutant sur sa platine Steppenwolf !… Mais, franchement, je ne sais pas ce que cela donnerait aujourd’hui, mon opinion de l’époque était trop conditionnée par ce-qu’il-fallait-en-penser pour qu’elle me soit propre…

  14. J’aspire à la douleur, j’ai voulu lire d’Ormesson. En l’espèce,  » La douane de mer » que j »ai achevé après avoir failli l’être. Il n’ y a que Djian pour m’apparaître encore plus à même de le dépasser dans l’égout du bas littéraire. Ces remugles d’ego, cette complaisance dans l’auto description, tristes flatulences du verbe le plus niais qui soit, ces phrases fades, et le creux néant du projet littéraire, tout m’inspire le plus salubre dégoût. Hesse, dans « Le jeu des perles de verre » -je n’ai pas lu Damian – tente de se hisser vers l’illimité de son mont analogue. C’est de la littérature. Enfin ce que j’en dis…

    • « Mais qu’alliez-vous faire dans cette galère ? » et de quoi vous plaindre si personne ne vous y a forcé ? Perso, j’ai tenté l’expérience, plusieurs fois, à divers époques de ma vie, je n’ai jamais pu dépasser une dizaine de pages, et encore, parsemées au long du bouquin…

      « Demian, Histoire de la jeunesse d’Émile Sinclair » ; « Demian. Die Geschichte einer Jugend » (et non « Damian » comme indiqué précédemment) est le premier roman de Hesse, bien avant ses livres les plus célèbres.

      Il fut célébré, paraît-il, par une certaine jeunesse allemande d’après-guerre (« Moi mon Colon, celle que j’préfère, c’est la guerre de 14-18 ») et par Thomas Mann. Ce qui ne signifie strictement rien. En pleine découverte de la psychanalyse de l’ineffable Docteur Freud, ce qui peut expliquer mon très mauvais souvenir de lecture, vu que les « viennoiseries » de notre bon Sigmund me sont toujours restées sur l’estomac.

      Il est peut-être aventureux de juger de Hesse sur ce seul livre.

    • Très bonne nouvelle en effet. Cela fait un chantier britannique achevé. Peut-être peut-on rêver, l’anglomanie étant à la mode chez Gallimard, d’une édition de mon cher Chesterton… très original biographe de Stevenson par ailleurs.

        • W. Collins a écrit un excellent conte fantastique intitulé LA FEMME DU SONGE en traduction française. Mais il est d’un niveau inférieur à celui des classiques britanniques déjà édités à la Pléiade et d’un niveau moyen rapporté à la hiérarchie des auteurs de littérature fantastique anglaise et américaine. Il appartient à la bonne moyenne, disons mais ne fait pas partie du peloton de tête dans ce genre.
          J’ignore tout du restant de sa production littéraire.

          En revanche, en matière anglaise et / ou américaine, je persiste à penser que puisqu’il y a déjà Edgar Poe au catalogue de la Pléiade, il faudrait qu’il y ait H. P. Lovecraft.
          On me répond (c’est la réponse de Dernière Gerbe – « le déclinologue ») qu’il est déjà publié intégralement (ou presque ?) chez Bouquins / Laffont. Mais c’est une réponse à côté de la plaque : une édition de Lovecraft en Pléiade serait un évènement d’une portée supérieure.
          On me répond parfois aussi que Poe fut à la Pléiade à cause des traductions de Charles Baudelaire : possible. Mais alors pourquoi ne pas pousser le raisonnement plus avant ? Sans Poe, aurait-on eu notre Baudelaire tel que nous le connaissons ? Non. Alors que l’inverse est vrai.
          Et puis pourquoi ne dirait-on pas un jour que ce qui a séduit les lecteurs français chez William Faulkner, ce sont d’abord ses traductions (à commencer par celle de TANDIS QUE J’AGONISE) par M.-E. Coindreau ? On n’en sortira jamais, à ce compte-là.

          • Je pense au cas de Faulkner traduit par Coindreau parce que Jean Cocteau écrivait, à la grande époque où les textes de Lovecraft paraissaient traduits dans la belle collection Présence du futur éditée chez Denoël, que le style de Lovecraft lui semblait gagner encore à la traduction en français par Jacques Papy.

            Pendant que j’y suis, un troisième auteur anglo-saxon me semble aujourd’hui, dans le genre fantastique, du même niveau que Poe et Lovecraft : Richard Matheson. Il mériterait un volume de romans (incluant des romans et aussi de brefs romans ou de longues nouvelles, au choix) puis un second volume de nouvelles.

            Et un quatrième pour faire bonne mesure : l’américain Robert Bloch qui écrivit (admirablement) la fin d’une nouvelle inachevée de Poe, qui fut correspondant adolescent de Lovecraft et qui écrivit Psychose et Psychose 2 (très peu de gens ont lu le second en France, voire même le connaisse tout bonnement).

            Poe, Lovecraft, Matheson, Bloch.

            Un cinquième auteur fantastique majeur anglais ou américain ? le britannique Montague Rhodes James.

            J’attends vos commentaires avec intérêt.

          • J’aurais tendance à vous rejoindre sur Matheson, dont la manière m’évoque, toute différence linguistique mise à part, celle du belge Jean Ray, auteur entre autres choses du somptueux Malpertuis; mais la troisième place revient soit à James Herbert, qui révolutionna le fantastique en y injectant une forte dose d’érotisme glacé et en développant le thème de l’horreur viscérale (c’était aussi un fin styliste, lorsque l’inspiration le prenait fortement), soit à Graham Masterton, dont l’oeuvre, aussi abondante qu’inégale, à l’inspiration répétitive puisque démarquant ad nauseam les mythologies maléfiques du monde, et souvent méchamment écrite, style de gare comme facilités narratives, comporte néanmoins quelques chefs d’oeuvres incontestables (je pense à The Hymn, en VF La nuit de la salamandre, ou Family Portrait, en VF Le portrait du mal). Est-ce qu’il y a place en Pléiade pour le fantastique après Poe, dont la poésie et la critique littéraire soutiennent la gloire des contes en sus du prestige de la version baudelairienne, cela constitue le véritable débat.

          • Wilkie Collins est surtout « l’inventeur du roman à suspense » : ses scénarios précurseurs dépassent en imagination ceux des romans policiers anglo-saxons qui lui succéderont. Henri James ayant eu l’honneur de 4 volumes à La Pléiade, on voit mal comment Gallimard pourrait moins faire que de publier deux volumes comprenant C’était écrit, La Pierre de lune, La Dame blanche… ainsi que – on peut rêver -, des traductions inédites de certains de ses autres grands romans.

            Pour Lovecraft, il paraît également évident qu’un volume devrait lui être consacré.

            Sur le thème du suspense, j’aimerais bien des volumes consacrés à Conan Doyle, Gaston Leroux – et pourquoi pas à Maurice Leblanc. Mais ces deux derniers devront sans doute encore passer quelques temps au purgatoire des écrivains populaires (quand on pense qu’Eugène Sue n’a pas encore eu droit à un ou deux recueils…).

          • Cher Monsieur,
            Comment ne pas être d’accord avec vous ? Le Fantastique m’a toujours paru un genre majeur mais plus que maltraité en France. Je suis un farouche partisan de Lovecraft dans la Pléiade avec ses nouvelles, ses essais et ses poèmes à ne pas oublier. ça ferait un fort beau volume et pas si gros (sauf si l’on ajoute la correspondance). Le rôle de Lovecraft dans la littérature est de plus en plus apprécié de la nouvelle génération d’écrivains français : Houellebecq, François Bon (qui le traduit)…Cela pourrait peser un jour dans la balance.
            Je suis plus réservé pour Jean Ray qui est souvent inégal : une anthologie peut-être. D’accord aussi pour Bloch, Matheson et Montague Rhodes James. Je m’étonne que personne ne cite l’étonnant William Hope Hodgson ou même Fredric Brown pour son humour noir. Quoi qu’il en soit, le fantastique reste scandaleusement sous-représenté alors que nous croulons sous les autofictions à deux euros et le quotidien le plus embourbé (on ne sera guère surpris si les écrivains (écrits vains) français ont du mal à s’exporter désormais).
            Mon grand rêve : André Pieyre de Mandiargues dans la Pléiade, somptueux styliste décadent et onirique.
            Bien à vous.
            Pléiadophile

          • Je réponds en passant à ce commentaire de Maisonneuve que je viens de lire par hasard.

            Il y a une poésie dans l’embourbement — n’en doutez pas —, des beautés à trouver dans le désespoir qui valent toutes les nouvelles fantastiques du monde. Il ne s’est jamais agi pour moi de m’extraire du monde, mais de le comprendre, et dans ce monde que je cherche à comprendre, c’est l’homme qui m’occupe surtout, et ce sujet ondoyant est le plus passionnant de tous. Mais si ce sujet est vain aussi, la littérature du moi (et quelle littérature au fond ne l’est pas ?), elle, reste le contraire d’une littérature vaine.

            La littérature française ne s’exporte pas, en effet : ce sont les lettrés du monde entier qui viennent à elle.

          • Je viens de vous lire tous (je vous avais loupés) et je trouve que tout cela est bel et bon (oui, Lovecraft en Pléiade j’adorerais, et j’ajouterais bien deux ou trois noms à ceux que vous énoncez, si je ne craignais de subir vos foudres et de voir un de mes petits chéris couvert d’opprobre par l’un ou l’autre), mais il faut bien rester conscient que cela restera lettre morte et qu’il n’y a pas l’ombre d’une chance de le voir se réaliser.

            Quand on s’est égaré peu ou prou dans le genre fantastique, pour être publié en Pléiade, il faut au moins appartenir au XIXème siècle. Et encore, le fameux Edgar Poe mériterait o combien d’être refait et complété ; même Hoffmann est aux abonnés absents, alors, vous pensez bien…

          • Demonkos, les frères Grimm n’y sont même pas non plus, et Dieu sait quelle fut leur influence, je ne dirai même pas en matière littéraire, mais pour l’étude du folklore… On nous rebat les oreilles avec Tolkien, piètre styliste s’il en fut jamais, parce qu’il se vend fort bien et que ses petits jeux métalinguistiques épatent les gogos, on a fait entrer Andersen dans la Pléiade, mais les Grimm ne sont plus que l’ombre d’un grand nom, tout juste dignes d’être maltraités au cinéma par un Terry Gilliam que l’on connut mieux inspiré.

  15. A ceux que les remarques peu amènes qui avaient été faites sur Roger Martin du Gard il y a de ça à peu près un mois ont donné envie de le découvrir et de le lire, c’est mon cas, je signale la parution chez Claire Paulhan d’un court texte, Noizemont-les-Vierges, dont il est précisé qu’il n’a pas été repris par l’auteur dans ses Œuvres complètes de la Pléiade. J’invite ceux qui ne connaissent pas cette maison d’édition à aller voir son catalogue. Les ouvrages qui y sont publiés, outre qu’ils le sont avec beaucoup de soin pour la forme (mise en page, typo, papier), sont accompagnés d’illustrations et de notes critiques qui avivent le plaisir de la lecture.

    Le lien vers le livre : http://www.clairepaulhan.com/auteurs/roger_martin_du_gard.html

    • Vous avez bien fait d’ignorer les « remarques peu amènes » dont quelques contributeurs se sont fait une spécialité. Ces mêmes remarques ont tendance à me donner très envie de me jeter sur les auteurs et les œuvres concernés (un peu comme une mauvaise critique dans Télérama est presque toujours le gage des qualités d’un film).

      Même remarque concernant Montherlant, vivement « critiqué » plus haut : de lui, on cite toujours les mêmes œuvres scolaires (La Reine morte, La Ville dont le Prince est un enfant, Malatesta, Le Maître de Santiago, Port-Royal…), mais il faut se ruer sur Les Célibataires, Les Jeunes filles, Pitié pour les femmes, Le Démon du bien, Les Lépreuses, et pourquoi pas sur Fils de Personne, Un Incompris, Demain il fera jour, Celles qu’on prend dans ses bras… autant de lectures qui ne procurent que du plaisir !

      • Hum, ne croyez pas, je vous en supplie, que je recherche la polémique, simplement à élargir le débat : il ne faut pas tomber d’un excès dans l’autre, prendre pour argent comptant toute « condamnation » d’une oeuvre ou bien condamner systématique toute critique sévère. Le critère n’est pas dans la plus ou moins grande sévérité de la critique que dans son argumentation. Je hais, comme vous, les « mises à mort » à l’aide d’un « bon mot », par lesquelles des petits dictateurs se gargarisent de leur pouvoir, mais je hais tout autant les admirations qui se résument à un « génial » ou quelque autre qualificatif. Une critique doit être argumentée, afin que celui qui l’a lit puisse à son tour se faire une idée en validant ou non lesdits arguments. Et puis, il ne faut jamais se contenter d’une seule, en ce domaine comme en d’autres, la pluralité des points de vue est le mieux. Je suis comme vous ulcéré lorsque je lis certains rejets systématiques et idéologiques, dans Télérama, Libération, etc. Parfois, c’est au point qu’on peut deviner par avance ce que le « critique » va dire, car on connaît ses préjugés. Mais d’autres fois – de nombreuses fois – j’apprécie la qualité des arguments, et ils me sont utiles, même quand ils ne me convainquent pas.
        De toute façon, vous avez raison, le mieux est d’aller soi-même à l’oeuvre, mais il n’est pas forcément mauvais de disposer d’autres points de vue (parfois de gens qui ont des compétences que nous n’avons pas : ainsi, je connais fort mal les techniques qui permettent de faire un film, et quand un connaisseur me montre les grosses ficelles, les facilités, que je n’aurais pas perçues, je ne crache pas dessus).
        In fine, nous avons aussi le droit absolu au « mauvais goût » et d’aimer des oeuvres que nous-mêmes jugeons médiocres, mais qui ont à nos yeux certains charmes…

  16. Je croyais avoir été plutôt modéré sur Montherlant et même précautionneux, puisque d’abord je renvoyais au billet de Brumes, qui offre une belle défense de l’auteur, et qu’ensuite je déclarais que c’était possiblement notre époque qui ne savait plus le goûter mais que l’avenir lui appartenait peut-être. Je croyais avoir dit un mot des romans, sans doute ai-je oublié,je n’ai pas le goût d’aller méandrer (sic) à travers B/brumes pour lire ma propre prose. C’est plaisant, d’une syntaxe assurément excellente, mais je n’y reconnais pas cette écriture nacrée, épurée, ce classicisme souverainement libre qui fait d’un Jouhandeau si grand écrivain. Lecture-plaisir, qui n’exige pas ce que demande un Joyce ou un T. Mann l’œuvre de Montherlant romancier ne me semble receler, pour ce qui ressort de l’inventivité verbale, ce qui touche au français, aucun joyau aussi ciselé que La recherche ou la trilogie d’Un château l’autre, Nord, Rigodon. Ni toucher à la hauteur d’un Bernanos ou du Giono d’un Roi sans divertissement. Cela n’empêche certes pas de le lire. Et c’est bien ce que je disais dans mon commentaire en assumant ma défiance pour nos jugement contemporains.

    Vous voyez citer Malatesta si souvent vous? Mieux vaut opérer assurément un partage entre théâtre, plus souvent évoqué certes -mais guère Malatesta…- et romans. Je laisse de côté les essais.

  17. J’aime beaucoup « La Rose de sable » de Montherlant. Je garde le souvenir de «la peur» des deux hommes dans la Medina face à la mort où chacun révélera sa vérité. «Chaque homme est un monstre d’inconsistance» écrit-il. Inoubliable.

  18. Une chose que j’aime dans la Pléiade, c’est que les volumes communiquent discrètement entre eux -il est vrai que la littérature est faite aussi de ces étreintes voilées…
    La Pléiade permet de mieux percevoir cet enchaînement exquis de petits mots que s’adressent textes et auteurs. J’en veux donner une preuve. Et puis, ai-je besoin d’une raison? ? Disons qu’aujourd’hui c’est la Saint Domonkos, d’où cet extrait touchant Gérard de Nerval :
    « C’était vraiment une âme plutôt qu’un homme, je dis une âme d’ange, quelque banal que soit le mot… Et c’était un grand artiste : les parfums de sa pensée étaient toujours enfermés dans des cassolettes d’or merveilleusement ciselées. Pourtant, rien de l’égoïsme artiste ne se trouvait en lui; il était tout candeur enfantine; il était d’une délicatesse de sensitive; il était bon, il aimait tout le monde ; il ne jalousait personne… il haussait les épaules quand, par hasard, un roquet l’avait mordu ».
    H. Heine préface à « Poèmes et légendes », Lévy, 1855,pp.VI-VII. Cité dans les notes de la Pléiade Apollinaire, œuvre en prose, tome III. p.1171.

    • Le malheureux Gérard de Nerval vient de faire l’objet d’une « biographie » en bande dessinée, où il est décrit essentiellement – sous un trait caricatural minimaliste et quand on ne le voit pas lorgnant ou tripotant de grosses femmes nues et vulgaires – comme un pochetron délirant dans les rues de Paris, une bouteille au bec, deux autres dépassant de son pardosse de clochard même pas céleste…
      Je pense que les deux roquets, auteurs de ladite bande dessinée (tout de même financée par le brave contribuable par l’intermédiaire du Centre National du Livre – auraient provoqué chez leur victime un peu plus qu’un simple haussement d’épaule.

  19. Je viens ici pour faire la publicité d’un livre — moi qui ai horreur de ces pratiques —, et j’espère que l’on ne m’en voudra pas trop, que l’on voudra bien me passer ce petit caprice.
    Demain paraît enfin en France le volume Quarto consacré à Georges Perros. Ce volume, annoncé d’abord comme devant contenir les œuvres complètes du poète de la vie ordinaire, rassemble finalement ce qui paraît être la plus grande partie de ses textes, en tout cas certainement tout ce qui a paru sous une forme ou sous une autre de son vivant.
    Perros est un poète rare (comme Jean Grenier fut un prosateur rare), et cette publication est un évènement considérable pour la littérature française, j’en suis convaincu et je voudrais que nous fussions nombreux à le penser. Je vous invite donc tous à profiter de cette occasion pour faire, et je m’adresse là à ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas encore, une bien belle découverte.
    Il aura manqué peut-être à Perros un Gide pour écrire un jour sur lui et publier un « Découvrons Georges Perros » qui l’aurait fait plus largement connaître, à l’exemple d’un certain « Découvrons Henri Michaux » resté fameux.

    Fraternellement,
    Ahmed Berkani

  20. Cher Ahmed,
    Je n’ai aucun doute sur la beauté qui peut sourdre du quotidien. Les beautés romanesques de Flaubert et de Zola, poétiques de Ponge ou théâtrales de Genet et de Beckett sont indiscutables. Je disais simplement que le réalisme en France, pays du sinistre Descartes, règne quasi sans partage reléguant le fantastique et l’imaginaire dans une marche frontalière aux confins du monde. Méprisé, moqué par l’intelligentsia du tout Paris, l’écrivain de l’imaginaire même de génie PASSERA toujours après un auteur « mainstream » même médiocre dans les choix des critiques. Un écrivain de la qualité de Marcel Aymé, pour ne citer que lui, était jusqu’à peu ignoré de l’histoire littéraire française. Ce qui à mes yeux relève du scandale culturel.

    • Je voulais passer dans le coin pour parler de Marcel Aymé et dire à quel point il est grand, mais cela vient d’être fait, donc je m’éclipse.

  21. Cher NeoBirt, vous avez, en toute cordialité, des jugements à l’emporte-pièce sur ce sujet. On ne peut décemment réduire Tolkien à un piètre styliste ou de jeux philologiques qui marchent pour des gogos –
    Son importance se passe de mots : il est l’un des seuls écrivains des derniers siècles à avoir écrit une véritable mythologie, d’origine diverse et syncrétique, autant nordique que chrétienne. La puissance épique et fabulatrice reste, qu’on aime ou non, étonnante; je ne porte pas un grand amour au Seigneur des Anneaux mais le Silmarillion est une cosmogonie, cosmologie, matrice invraisemblable d’un légendaire très ambitieux, trop ambitieux même pour Tolkien qui avait pour but de donner à l’Angleterre une source mytho-narrative. Le Livre des Contes Perdus montre la manière dont il avait pensé rattacher ces fables au monde qu’on connait. Et les Enfants de Hurin, édité par son fils Christopher, sont d’une noirceur et d’une fatalité digne des tragiques. Je trouve surprenant d’expédier ce qui est quand même, avec notamment Lovecraft, l’une des plus puissantes mythologies littéraires du XXeme. Bien sûr que Tolkien n’est pas un grand styliste – au contraire de Lovecraft – il est un batisseur, qui a construit un édifice romanesque cohérent – espace matriciel fourmillant. Son style est essentiellement celui d’un conteur – et The Hobbit, dans son genre, est gorgée de trouvailles assez savoureuses. Tolkien n’a pas aujourd’hui sa place en Pléiade, certes, mais il pourrait y figurer en tout honneur sans dépareiller la collection.

    • Je ne suis pas plus impressionné que NeoBirt7 par le style de Tolkien, non plus que par la profondeur ou la qualité de ses travaux à prétention « savante », mais j’avoue subir (sans gémir) le charme de cet univers, tout comme vous Euphorion, et pour les mêmes raisons que vous exposez. Il y a tout de même quelque chose d’assez impressionnant dans cette oeuvre inachevable de toute une vie et toute une vie vouée et dévorée par cette oeuvre, au point qu’elle a également vampirisé son fils Christopher, qui est né et a grandi en elle, jusqu’après 90 ans… JRR a mis au monde et mis dans son monde ce fils, le cas me semble assez fascinant.

      Je mets bien sûr, littérairement, Lovecraft au-dessus. Ce n’est pas la même catégorie. Une fois de plus, on s’aperçoit qu’on englobe sous le mot Littérature des choses qui ne sont pas du tout de la même essence. C’est ainsi, j’en prends acte. Bien entendu je trouve plus d’abîmes dans une page de Proust que dans cent de Tolkien.

      • A propos de Christopher Tolkien qui s’est fait le scribe copiste et réadaptateur de la saga paternelle, je lis avec une certaine stupéfaction (mêlée de rêverie) ses témoignages sur la familiarité qu’il entretient avec cette oeuvre : s’endormant, enfant, avec la voix de son père lui lisant ses Lettres du Père Noël, puis, plus tard, recopiant les manuscrits en cours de travail de son père comme un bon disciple, l’aidant dans sa documentation et la mise en ordre, et enfin, par-delà la mort, continuant pieusement à honorer et entretenir la légende paternelle (comme un bon fils confucéen entretenant l’autel de ses ancêtres). « Je veux humer la fumée qu’ils allument dans le soir. – Et j’écouterai des paroles » (Stèles-Edit funéraire ; V. Segalen)

    • Euphorion, je vois peu de qualités épiques chez Tolkien: pas ou peu de souffle dans LOTR, pour parler comme ses afficionados actuels, parce que la grandeur passe essentiellement par la chaleur du style et la capacité à communiquer au lecteur ou à l’auditeur quelque chose de la force du sujet (relisez le pseudo-Longin là-dessus, on ne l’a guère dépassé), deux points sur lesquels vous me concèderez qye ce roman touffu est d’une totale insuffisance; la puissance oratoire, et même la capacité à semer les aphorismes ou les répliques mémorables, y manque fort aussi ainsi que dans Bilbon, lors même qu’elles éclatent dans la version standard néo-accadienne du Gilgamesh, dans l’Iliade, le Niebelungenlied ou le Mahābhārata; et l’agencement poignant des plans humains et divins – ne parlons pas des causalités extra-humaines -, qui fait une partie de la valeur de ces grandes épopées, est réalisé à la serpe chez Tolkien, dont les deux maîtres romans étalent un bric-à-bric surnaturel de mauvais goût (Sauron, les Nazgûls, le Balrog) et esquissent sans subtilité la mythologie des anneaux de puissance. Je vous concède, en revanche, volontiers que Tolkien devait démontrer par la suite une grande « puissance fabulatrice » dans le Silamrillon et ses nombreuses esquisses, encore que ce slogan ne signifie pas grand chose puisqu’il s’applique autant à l’univers crypto-chrétien de Narnia, où C. S. Lewis anime de son mieux un bestiaire que n’aurait pas renié le Docteur Seuss.

  22. Lovecraft est un poète dont je prise l’anglais halluciné, les recherches stylistiques visant à cerner l’ineffable et à rendre compte de l’indicible, la capacité d’emporter le lecteur au bout d’un voyage hors de nos sens humains (son insistance sur la géométrie non-euclidienne de tout ce qui se rattache aux Grands Anciens et autres puissances primitives tient du génie, bien loin des gentillesses mytho-po(i)étiques parmi lesquelles se disperse Tolkien). On ne sait littéralement jamais où Lovecraft va nous emmener; Lewis ou Tolkien, eux, suivent les chemins bien balisés d’un imaginaire anglais confortablement conçu dans des cabinets de travail universitaires et où les jeux de raison sont rois. Si d’aventure je souhaite lire de la mythologie littéraire, le Rameau d’or de Frazer ou les nombreux volumes de Dumézil, deux superbes écrivains en sus de leur érudition propre à faire rougir le pauvre Tolkien, sont à disposition; on s’y instruit comme en se jouant.

    • Impossible de vous contredire, même avec une bonne dose de mauvaise foi (il en faudrait beaucoup). Bien entendu Lovecraft est bien plus impressionnant, il atteint parfois à la terreur cosmique absolue.
      A côté de ça, Tolkien est une petite musique mineure, dans le genre chansonnette, dont l’agrément ne vous touche pas. Son univers est complètement artificiel, il fait plus penser aux systèmes de sphères fixes ou mobiles des cosmogonies médiévaux qu’aux conceptions actuelles des astrophysiciens, aussi vertigineuses et effrayantes que celles de Lovecraft. Ses sympathiques hobbits qui ressemblent tant à des nains de jardins n’évitent pas la niaiserie. Et pourtant, on peut éprouver un certain charme, qui repose entièrement sur le sentiment de nostalgie, de perte, de regret, de choses vagues enfuies et disparues. C’est peu de chose, au fond, j’en conviens, et ce ne sont pas les livres que j’emporterais sur la fameuse île déserte (qu’est-ce qu’elle doit être peuplée !), mais j’aime à m’y délasser.

      • Bon, je ne briserai pas de lances pour la défense de Tolkien, je ne réclamerai pas son entrée en Pléiade – grand dieux, non ! – il va retourner dans la pénombre de mes petits vices et coupables faiblesses.

  23. Pour redescendre sur terre, je dirais qu’il est bien agréable d’aller boire un verre au pub The Eagle and Child à Oxford, pour imaginer ces jeunes étudiants « Inklings » qui rêvent des mondes imaginaires en buvant leurs bières… et qui écriront leurs folies ! Vaut le voyage inattendu !

  24. Je suis heureux d’avoir vu nommer Hodgson qui fut une des grandes influences de Lovecraft et dont « Le pays de la nuit » est un chef d’œuvre. Il n’est pas difficile de voir combien le titanesque des paysages, l’aspect prodigieux, colossal, quasi indescriptible des êtres évoqués, la monstruosité qui sourd du texte, combien tout cela a pu ensemencer la créativité lovecraftienne . J’aime aussi l’incroyable « Maison au bord du monde » et d’ailleurs, tout ce que j’ai pu découvrir d’Hodgson. Bloch… J’ai lu son Psychose II qui m’a amèrement déçu, j’avais trop aisément, trop rapidement découvert le retournement narratif préparé par l’auteur. Je l’apprécie Bloch, je possède les tomes de ses nouvelles éditées chez NEO (comme cette maison me manque!), mais je lui préfère d’autres auteurs qu’il serait trop long d’énumérer. Je suis aussi amateur d’Howard dans un tout autre genre. Howard, ce mal aimé à qui Truchaud a si bien rendu justice. Pour le grand Matheson, à qui désirerait découvrir son fantastique étonnement moderne je recommande son livre d’or paru chez Presse pocket. Il est l’auteur d’un superbe roman qui ne déparerait nulle collection de littérature « classique » : « Le jeune homme, l’amour et et le temps ». Sublime (pas au sens du pseudo-Longin peut-être…).
    Quant à Mandiargues, évidemment… Je l’avais déjà prôné ici, il mérite vraiment sa Pléiade. Lovecraft, je le lis depuis toujours…Dans les volumes blancs de Denoël , avant de passer à J’ai lu , une édition dotée d’une superbe couverture de Druillet, puis de le lire comme tout le monde dans l’édition Bouquins en trois volumes. Je possède aussi le premier volume de sa Correspondance paru chez Bourgeois, projet qui hélas n’eut pas de suite. Un Lovecraft en Pléiade aurait ceci de plaisant que ce serait extrêmement décoiffant, pour user d’un vocabulaire mal peigné. En tous cas Je trouve qu’on est infiniment injuste envers Tolkien, l’un des très rares à avoir créé une authentique mythologie, a avoir changé la face esthétique de l’époque. Sans Tolkien, pas de Donjons et dragons sont s’enchantât ma prime jeunesse, jeu qui avait l’avantage sur L’appel de Cthulhu de ne pas rendre le jouer fou au bout de vingt minutes de partie. Cher Neo-Birt 7, on ne peut pas comparer des textes qui touchent au sacré, qui sont l’expression de toute une civilisation, textes où s’incarnent une mythologie qui fut aussi religion, textes qui expriment l’imaginaire de peuples entiers, non, on ne peut les comparer à l’œuvre d’un auteur unique. Ce qui m’amuse en sus, c’est que pendant longtemps on a vanté la beauté du style de Tolkien (Frémion par exemple) alors qu’on attaquait celui de Lovecraft -ce qui est stupide, c’est entendu. Il existe un Lovecraft poétique -la quête d’Iranon -qui m ‘avait enchanté. Serait-ce encore le cas? j’étais très, très jeune . sur C.S Lewis, je ne peux renvoyer qu’à l’excellente introduction de J.Bergier à la merveilleuse trilogie sortie chez OPTA : « Le silence de la terre », » Voyage à Venus » et « Cette hideuse puissance ». C’est dans ce dernier volume qu’on trouvera le texte de Bergier me semble-t-il, mes Optas sont loin de moi et ma mémoire cafouille parfois.
    Ah, j’aime beaucoup Jean Ray. Ce n’était pas le cas dans ce très jeune âge où je dévorais les autres auteurs et tant d’autres, mais plus tard, la lecture de cette nouvelle si belle, « Le psautier de Mayence » , me fit réviser drastiquement mon trop hâtif jugement. J’en suis arrivé à apprécier même Harry Dickson! enfin bref, » Le grand nocturne » et les nouvelles réunies dans « Les contes du whisky » et autres recueils m’apparaissent comme une littérature où l’ombre est fuligineuse au possible, la noirceur sur fond flamand c’est un régal de fauve lunaire. J’ai également appris à apprécier T.Owen et Maurice Renard mais je vais m’arrêter là car ce débordement hors Pléiade doit impérativement prendre fin -de ma part s’entend. Cela me rappelle le débat que nous avions eu sur la SF. Juste un dernier péché pour dire ma joie de voir apprécier Graham Masterton qui m’a donné tant de plaisir, bien qu’il soit inégal, surtout à mon sens depuis « Transe de mort ». Le plus fou de ses romans reste pour moi »Sang impur ». Je n’ai pas dit le meilleur. « Le portrait du mal » a effectivement quelques droits solides à cette élection.

    Encore pardon à Brumes et à tous les puristes es Pléiades. Mais tout particulièrement au maître d’œuvre de ce lieu magnifique dont je crois deviner qu’il ne goûte guère ce type de littérature. Je vais me modérer, oh combien! Mais ces noms ont fait surgir tout un paysage d’enchantements…

    Ps Ahmed,je me souviens que vous aviez explosé de joie ici même lorsque Perros fut annoncé. Croyez que je n’ai pas oublié votre enthousiasme et que j’ai depuis été découvrir cet auteur que j’ignorais à peu près absolument. C’est une belle rencontre que je vous dois et qui ne fait que renforcer mon regret de vous voir absent.

    • Cher Restif, loin de moi la pensée de comparer, les mettant tant soit peu en balance, le Tolkien romanesque et même celui des brouillons épars avec les grandes épopées du monde (si vous lisez l’anglais et voulez vous informer sur la poésie narrative traditionnelle, je vous recommande les merveilleux « Heroic Poetry » de Cecil Maurice Bowra [1955] et « The Growth of Literature » de Hector et Nora Chadwick, 3 vol. de 2440 pages au total, 1932-1936-1940) ; mon propos ne valait que dans le cadre très étroitement délimité sur lequel je disputais certaine affirmation hasardée d’Euphorion – l’élément épique manque chez Tolkien, il ne s’y trouve même pas une dimension épique. Je n’ai pas repris son affirmation attribuant à Tolkien dernière manière un style oral traditionnel afin de ne pas infliger aux lecteurs de ce fil une dissertation sur les caractéristiques de l » oral poetry »; je crains qu’ici encore il n’y a ait une confusion, du même type que celle déjà commise par le même Euphorion entre la dimension et le registre épiques et l’aspect cosmogonique. Cela dit, son avis est parfaitement respectable; je me suis exprimé de manière brutale.

      • Comme ce blog n’a pas initialement vocation à être l’objet de ce genre de débat, j’ai été volontairement allusif; mais, avec le respect que j’ai pour votre savoir NéoBirt, je persiste sur la dimension épique chez Tolkien, certes pas au sens où vous l’entendez.
        Je pense plutôt à la phrase très juste de Gracq qui se rapport au Rivage des Syrtes, disant avoir voulu y infuser « l’esprit-de-l’Histoire » et à « le raffiner suffisamment pour qu’il put s’enflammer au contact de l’imagination », selon lui « un sortilège embusqué » ayant la vertu « de griser ». Cette intention mise en contexte avec le Rivage des Syrtes est très intéressante précisément parce que l’action du roman se déroule dans un hors temps aux allures légendaires et symboliques. L’épique naît justement de cet ahistorique qui a une force de frappe quasi-historique, geste de guerres larvées soutenu par la langue haute de Gracq. Chez Tolkien c’est différent. Son intention n’est pas stylistique, et l’épique naît chez lui, non de la phrase, mais de la situation construite, des actions déployées. Récit de guerres perdues, de héros défaits – Fingolfin défiant seul Morgoth devant Angband puis mourant d’un combat impossible, comment y refuser la moindre parcelle d’épique en toute bonne foi?
        Ce qui me semble intéressant dans la phrase de Gracq est de reconnaître justement de mettre l’accent sur ce « grisement », qui est de nature subjective. La concordance d’une action ahistorique et romanesque, mais qui présente le grisement des grands moments de l’histoire; ce n’est pas une dimension épique stylistique chez Tolkien, j’insiste bien, même si elle passe forcément par elle puisque c’est le médium du genre littéraire – mais un épique de situation.
        Et j’ajouterais, …mais le professeur que vous êtes va me taper sur le bout des doigts avec une règle de fer…, que la cosmogonie qui ouvre le Silmarillion a à mes yeux une dimension épique parce qu’elle est une création d’un deus ex machina qui a justement potentiellement en elle cette vertu grisante de naissance du monde, de naissance hors du néant; et que Tolkien, le plus souvent quand il narre, n’a que peu d’effets de manche et vise au contraire à l’efficacité et à la clarté du récit… ( efficacité aussi propre à Lovecraft, qui, s’il est effectivement un admirable styliste, est surtout un narreur terriblement efficace, précis, chirurgical, qui a une intuition de l’effet produit tout simplement remarquable – l’incipit de The Thing in the Doorstep, une leçon d’efficacité, que Lovecraft puise d’ailleurs dans les techniques de Poe.) Tolkien donc souvent narre le Silmarillion comme l’Histoire racontée, rapidement, sans trop de pathos, avec ce souci profond et premier de raconter.
        Gracq, justement, qui avait lu le Seigneur des Anneaux mais qui ne connaissait guère toute l’oeuvre de Tolkien, parle justement des « cas de ces écrivains [Simenon, Verne, Hammett, Tolkien] que la librairie, à la longue, a imposé à la littérature » :
         » Mais il n’y a point en art de règles de qualification violées, si nombreuses soient-elles, qu’une percée isolée dans l’excellence, fût-ce dans une direction non encore répertoriée, ne rachète toutes. »

        • Je vous entends beaucoup mieux ainsi, Euphorion. Mais le mètre-étalon à l’aune duquel vous jaugez de le la qualité épique de Tolkien me fait l’effet d’une cote taillée sur mesures; qui connaît les cosmogonies du Proche et du Moyen-Orient anciens, de préférence en les ayant lues dans l’original (ce qui est mon cas) ne peut guère se départir d’un certain sourire supérieur en feuilletant le Silamarillon. Eh quoi ! Y frissonne-t-on de grandeur ? Voire ! Et dans le Seigneur des Anneaux ou Bilbon ? Oncques ! Décidément, Illuvatar n’est pas An ou Enki, le combat pour la Création a été autrement mieux traité par les hiérogrammates ougaritiques, et Tolkien brille par le faiblesse de ses grandes déesses, là même où les Mésopotamiens ont créé la figure exceptionnelle d’Inan(n)a-Ishtar (lisez si le coeur vous en dit le merveilleux Françoise Bruschweiler,  » Inanna, la déesse triomphante et vaincue dans la cosmologie sumérienne », Louvain 1989), dont le relief et l’extension du domaine de compétences renvoient Isis elle-même, parvenue à l’apogée de sa popularité (de la Basse Epoque à l’éère gréco-romaine), au rand de divinité simpliste et d’icône culturelle mineure.

        • Quelqu’un qui cite Gracq ne peut être foncièrement mauvais. 🙂
          Point n’est besoin de lire les autres avis (chagrins) après ça.
          Merci Euphorion.

    • Toujours d’accord avec vous, Restif. (Y compris pour Howard, que je n’aurais oser citer, peur de me faire piétiner par un troupeau de critiques sévères au grand galop).

      Et Gustav Meyrink ?

      • Je vous réponds ici rapidement cher Domonkos (et tardivement je n’avais pas vu votre mot) : Meyrink? C’est un auteur que j’aime, assurément, je goûte « L’ange à la fenêtre d’occident », « Le visage vert » etc, un peu moins « Le dominicain blanc » mais il faudrait que j’y revienne. Je ne crois pas qu’il ait été aussi « initié » qu’il aime à le laisser paraître, quoi que son savoir sur les Bönpos (dixit la traduction) soient, pour son époque, assez étonnant. Ce que j’aime chez lui c’est la manière dont vie et magie s’enlacent, c’est l’envahissement du « réel » par le royaume des enchantements, le bruissement d’ombres colorées qui transmue l’existence des personnages qu désormais se meuvent dans un décors de lanterne magique où s’opère leur transmutation. Et tout cela n’empêche pas de superbes descriptions de ports, où la faune bigarrée des quais et des tavernes accueillantes à ce peuple est peinte avec un réalisme truculent (je pense ici au Visage vert).

  25. Le Bowra date de 1952, désolé; et je précise que C. M. Bowra ne fait qu’un avec Sir Maurice Bowra (c’est le second prénom qui prévaut lorsqu’on est ennobli en Angleterre: William David Ross, l’illustre aristotélisant, devint sir David Ross, Peter Hugh Jefferd Lloyd-Jones, l’immense spécialiste de poésie grecque, devint sir Hugh Lloyd-Jones, etc). Je le précise car il n’est pas toujours évident de s’y retrouver pour le non-classiciste.

  26. Il faudrait absolument une édition de Jean Ray à la Pléiade car c’est un des auteurs majeurs de la littérature fantastique d’Europe continentale du vingtième siècle et le plus grand écrivain belge francophone du genre, supérieur à Thomas Owen (n°2 après Jean Ray, Gérard Prévost (n°3 après Jean Ray), Michel de Ghelderode, Daniel Mallinus, etc. et d’ailleurs le grand initiateur de cette belle école belge du fantastique.

    Il faudrait séparer les nouvelles ou courts romans de Ray d’une part (Les 25 meilleures histoires noires et fantastiques, Le Carrousel des maléfices, Les Derniers contes de Canterbury, Les Contes du Whisky, Les Contes noirs du golf, Le Livre des fantômes, Malpertuis) de son ample série des Harry Dickson. L’ensemble des nouvelles ou courts romans, pourrait occuper au moins un volume, voire deux si on la dotait d’un apparat critique minimal. Les Harry Dickson en occuperaient environ cinq, je pense.
    C’est dire l’ampleur de la tâche.

    Côté français, en fantastique vingtième siècle, il faudrait songer un jour à Claude Seignolles, initiateur d’un fantastique inédit, original, très varié (Histoires maléfiques, La Malvenue, Contes macabres, Récits cruels, etc.), à Marcel Béalu (Mémoires de l’ombre, L’Aventure impersonnelle), à Marcel Brion (Les Escales de la haute nuit).

    Concernant Descartes, une rectification que je ne me lasse pas d’effectuer : ce qu’on appelle le cartésianisme en conversation esthétique vulgaire n’a rien à voir avec le système philosophique réel de René Descartes qui fait sa place à l’irrationnel. Voir les études définitives d’Henri Gouhier, de Jean Wahl, de Jean Laporte, d’Etienne Gilson. Descartes lui-même lisait des contes fantastiques : sa correspondance en témoigne. « Nihil humani a me alienum puto » comme disait Terence, y compris la face sombre des créations imaginaires de l’homme.

    Poe était le numéro 2 de la bibliothèque de la Pléiade : preuve s’il en était que ses fondateurs aimaient le genre. Il faudrait donc non pas rompre avec mais au contraire précisément retrouver cette tradition, perdue depuis.

    Il faudrait aussi que la Pléiade s’ouvre aux sciences humaines sans passer par les encyclopédies, si riches soient-elles (l’histoire de la philosophie en trois volumes, si complémentaire de l’histoire de Bréhier, PUF et de celle de Rivaud chez Logos, PUF) et de ce point de vue, j’aimerais en effet pouvoir y disposer un jour du Rameau d’or de Frazer. Ce serait un beau début pour cette nouvelle section à créer.

    • Il paraît peu vraisemblable de voir Jean Ray en majesté à la Pléiade sans faire grincer bien des dents ; mais la brève énumération que vous donnez me fait songer qu’un petit coffret de deux volumes consacré au « Fantastique Belge » (ou Flamand ?) – quitte à y trouver un Jean Ray dominant – serait vraiment un bel objet. Alléchant.

      • Content de voir que « Restif » et « Neo-Birt7 » aiment H.P. Lovecraft : ça me fait plaisir.

        Ah une chose que j’avais oubliée : je pense qu’il faudrait, ainsi que je crois l’avoir écrit au « Déclinologue », éditer Roger Caillois en Pléiade. Lui-même a contribué à des éditions Pléiade mais il serait temps qu’on lui rendît la pareille. LE MYTHE ET L’HOMME est un des sommets français en matière d’essais, idem pour L’HOMME ET LE SACRE. Etant donné que c’était un auteur édité NRF, ce ne devrait pas être trop difficile à négocier sur le plan des droits ? Mais enfin, nous ne sommes pas ici pour évoquer de telles contingences juridiques… Caillois qui, soit dit en passant, n’aimait pas Lovecraft : une des choses qu’on peut lui reprocher.

        Le doute est permis, cher « Tigrane », car pourquoi n’avoir pas édité tout de suite Baudelaire au lieu de Poe traduit par Baudelaire ? C’eût été nettement plus clair, s’il s’agissait d’abord de Baudelaire, en second lieu seulement de Poe.
        Cela dit, Dantec dont j’ai relu la préface récemment, fait bien comprendre que Poe n’avait d’intérêt pour eux que traduit par Baudelaire, nous sommes bien d’accord là-dessus. Mais enfin c’est bien Poe qui fut ce n°2, pas Baudelaire, n’est-ce pas ?

        A « Domonkos », oui absolument, un volume au deux consacré au fantastique belge (belge francophone, pas flamand même si Ray a écrit je crois dans les deux langues) du vingtième siècle serait très excitant et Ray y serait naturellement prépondérant. Ce qui me fait penser que j’ai oublié, dans ma liste des romans et nouvelles de Ray, LA CITE DE L’INDICIBLE PEUR. En fait, une bonne partie de la « Bibliothèque Marabout – série fantastique » devrait être en Pléiade (sourire).

        Et, oui, Descartes est obscurci par la notion floue de cartésianisme. En histoire de la philosophie, les cartésiens sont bien délimités au dix-septième siècle et on s’en tient à eux lorsqu’on emploie ce terme. C’est un peu le même problème que l’emploi du mot « gothique » à tort et à travers. FRANKENSTEIN de Mary Shelley n’est absolument pas un « roman gothique », DRACULA de Bram, Stoker non plus : ce sont des romans victoriens, influencé par le romantisme dans le cas de Mary Shelley. Le cinéaste James Whale le savait bien, lui qui avait exigé de montrer une discussion préalable entre Shelley et son épouse et un ami, discussion esthétique en partie, en prélude à son admirable LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN [The Bride of Frankenstein] (USA 1935). L’édition collector Universal précise même que si le producteur avait voulu supprimer cette scène initiale, Whale eût refusé de diriger le film. Le terme gothique s’applique au treizième siècle européen, à rien d’autre, dans l’absolu. Ensuite, on a employé ce terme pour les romans d’Ann Radcliffe mais… le résultat est devenu un « flatus vocis » s’appliquant à des oeuvres très variées. Il n’y a strictement rien de gothique non plus dans LE MOINE de M. G. Lewis mis à part le fait que des moines ont aussi existé au treizième siècle, qu’ils ont sans doute aussi cru à la réalité positive de Satan, etc…

        A Pléiadophile : les KREISLERIANA de Hoffmann sont assez ennuyeuses, hélas.

        A Joaquim Hock, oui Seignolle mériterait un volume, section littérature fantastique française. J’ai oublié de mentionner dans ma liste ses HISTOIRES VENENEUSES, ses CONTES SORCIERS, etc.

        • Francis Moury, pardon, je me suis exprimé maladroitement et trop cursivement avec mon « fantastique belge (ou flamand ?) » (notez le point d’interrogation, tout de même…). Je ne me plaçais pas sur le plan de la langue d’écriture, bien sûr, je voulais juste ajouter une dimension « flamande » quant à l’inspiration (je ne sais pas si je suis plus clair), étant souvent un peu énervé par la « francisation » excessive des écrivains et artistes belges (voire « parisianisation »).

          Je me réjouis de vous voir mettre les choses au point quant à la non-appartenance de Frankenstein (et d’autres) au genre « Gothique » : vous confirmez ainsi une opinion que j’avais plusieurs fois exprimée ici (et une des raisons pour lesquelles le volume Pléiade me satisfait si peu, apportant si peu à ce qui existait déjà ailleurs…)

          Ah, si quelqu’un pouvait « murmurer à l’oreille de Gallimard » qu’un coffret Fantastique Belge réjouirait quelques baudets ébaubis fidèles de la mangeoire Pléiade !… Je pourrais mourir content !

          • Flamand francophone était une chose des plus naturelles jusque vers le milieu du 20ème siècle. Ghelderode (une pléiade Ghelderode serait une évidence dans un monde parfait…) était d’inspiration absolument flamande, ou disons brabançonne, mais n’aurait pu s’exprimer que dans une langue qui doit énormément à Rabelais. Les petits idéologues politiques qui règnent sur la Flandre aujourd’hui ne s’identifient certes pas beaucoup à ce monde flamand qui parle français, mais la réalité n’en reste pas moins que Maeterlinck (un autre maître du fantastique théâtral) De Coster et bien d’autres font partie des meilleurs écrivains « flamands ».

    • Merci également, Moury, pour votre défense du Bon Roi René (D. bien sûr) ; les mots « le sinistre Descartes » m’étaient quelque peu restés en travers de la gorge. J’ai l’impression qu’on adore le « Descartes bashing » dans ce pays, de peur de paraître ringard. Le « cartésianisme » tue Descartes en dispensant de le lire vraiment.

  27. Cher Francis Moury, je pense que si Poe est numéro 2 dans la Pléiade c’est bien davantage pour Baudelaire que pour le bostonien fantastique. Vous ne pensez pas?

    • En fait, après vérification, Messieurs Néo-Birt et Domonkos, les frères Grimm et Hoffmann se trouvent dans les volumes des Romantiques Allemands. Hoffmann a droit à quatre contes seulement : le vase d’or , Don Juan, Kreisleriana et la Princesse Brambilla dans le volume 1 (évidemment il faudrait un volume entier) et les contes de l’Enfance et du Foyer des Frères Grimm sont dans le volume 2. Bien évidemment leurs recherches érudites et philologiques en sont absentes. Enfin, il est vrai qu’une nouvelle édition de Poe s’impose (poèmes de jeunesse, poèmes traduits par Mallarmé dans le volume 1 de celui-ci et les contes non traduits par Baudelaire). ça pourrait tenir aussi dans un seul volume.

      • Ce n’est pas parce que quelques-unes de leurs oeuvres figurent à la vitrine d’un bric-à-brac où la pertinence de leur présence n’est d’ailleurs pas évidente qu’on peut considérer qu’ils « sont en Pléiade »… A ce conte-là (la fôte, c’est exprès), je pourrais prétendre que sont en Pléiade Li Bai, Du Fu, Shelley, Clément Marot, Novais et Tartempion, parce qu’ils apparaissent dans telle ou telle Anthologie poétique. Pour moi, c’est de la roupie de sansonnet, ni plus ni moins.

        • Ne le prenez pas en mauvaise part, cher Pléiadophile, vous n’êtes nullement visé et n’êtes pas responsable de la présence ou de l’absence d’untel en Pléiade (hélas, peut-être…)

  28. Lovecraft en Pléiade, je souscris. Il figure d’ailleurs déjà depuis 2005 à la Library of America, dont le modèle revendiqué par Edmund Wilson, qui en avait eu le projet, était justement la Bibliothèque de la Pléiade. Wilson avait exposé dans une lettre à la New York Review of Books les raisons de son admiration pour la Pléiade :

    …I have for a long time had the project of getting out the American classics in a series similar to the Pléiade editions published by Gallimard in France: complete works of the important authors, selections from the less important, well but not pretentiously edited, well printed on thin paper and not impossibly priced. The Pléiade series has got the whole of the Comédie Humaine into ten volumes—the whole of Henry James could probably be contained in less—Saint-Simon in seven volumes, and the whole of Montaigne in one. The three volume Pléiade edition of Proust is the only complete and accurate one of A La Recherche that has ever been published. We have in print no such editions of Poe or Melville or James. What we get are, on the one hand, odd reprints of various works of these writers and, on the other, pedantic and expensive editions—such as the Ohio State edition of Hawthorne—published at long intervals, a volume or two at a time, by the University Presses… (http://www.nybooks.com/articles/1968/03/14/writers-behind-barbed-wire-1/)

    La lettre date de 1968. La Pléiade n’avait pas le même visage qu’aujourd’hui. Tous les auteurs qu’il évoque, Balzac, Saint-Simon, Proust et Montaigne, ont fait l’objet de nouvelles éditions. Melville et James n’y figuraient pas, ils y sont maintenant. Autant de signes de la vitalité de la collection. Pour le reste les arguments de Wilson continuent de faire mouche.

    Pour finir sur Lovecraft et y aller moi aussi d’une recommendation d’un auteur que j’aime particulièrement, cette citation :

    ‘Of creators of cosmic fear raised to its most artistic pitch, few can hope to equal Arthur Machen’
    H. P. Lovecraft, Supernatural Horror in Literature

    De nombreux titres de Machen sont disponibles chez Tartarus Press (http://www.tartaruspress.com/index.html), petite maison d’édition anglaise.

    • Merci pour ces informations.

      Vous écrivez à propos de la lettre de Wilson que ses arguments « continuent de faire mouche ». Est-ce vraiment le cas ? Certainement pas pour « not impossibly priced » 😉 D’autre part, il commente les Pléiade pré 1968, qu’il qualifie de « not pretentious », et il prend comme contre-exemple des éditions universitaires (Ohio State). Il me semble que c’est le chemin qu’a pris la Pléiade au tournant des années 1970, non ?

      • Je suis d’accord, cher Ben, que les volumes de la Pléiade ne sont pas donnés. Il y a cependant des écarts de prix importants entre par exemple L’adolescent de Dostoïevski (49€) et le dernier James (72€). Un coup d’œil au catalogue montre que les prix tournent autour de la soixantaine d’euros (pour relativiser, la cartouche de Gauloises est à 70 euros). C’est en tout cas bien plus abordable que les prix pratiqués par les éditeurs universitaires ou savants étrangers et français. Quelques exemples, Nightmare Abbey et Crotchet Castle de Thomas Love Peacock sortis cette année sont proposées à 80 et 85£ par la Cambridge Edition of the Novels of Thomas Love Peacock, ce qui fait 200 euros pour deux romans. Qui peut se le permettre? La correspondance de James en cours de parution chez Nebraska University Press compte déjà 11 volumes pour les seules années allant jusqu’en 1883. Chaque volume coûte à peu près de 70 à 90$. Les 29 volumes de la Kritische Gesamtausgabe de Jacob Burckhardt, publiée conjointement par les allemands de C.H. Beck et les suisses de Schwabe sont à une centaine d’euros chacun. Pour la France, 65€ pour une édition critique de La petite Fadette chez Champion! Ça c’est un prix exorbitant et cela vaut pour tous volumes des œuvres de Sand en cours de publication chez cet éditeur. C’est malheureux mais on voit mal un particulier se lancer dans l’acquisition de ces livres au fur et à mesure de leur sortie. C’est dans ce sens là que je pense que la pléiade n’est pas »impossibly priced ».

        Pour ce qui est du tournant universitaire pris dans les années 70, j’avoue préférer avoir un peu trop de notes et de commentaires que pas assez. J’ai relu L’idiot dans l’édition de la Pléiade. Il n’y a que quinze pages de notes dont pas mal de « En français dans le texte », un « La verste équivaut à 1.067 mètres », un « Pafnouti : Paphnuce » etc. Ça n’enlève rien à la lecture de ce roman extraordinaire mais on pourrait tout de même donner un peu plus d’informations à moudre au lecteur de 2017. On peut penser que les recherches sur Dostoïevski ont un peu progressé depuis 1953, date de la première édition en Pléiade et qu’il y des choses nouvelles à dire sur lui, sur la gestation du roman ou sur le milieu littéraire russe des années 1860 par exemple.

        • Merci beaucoup. Vous m’avez convaincu sur ces deux points, où j’avoue que je me faisais un peu l’avocat du diable ! Je dois même dire que mon opinion a évolué sur les notes, et que je préfère moi aussi « un peu trop » que « pas « assez » (enfin… ce sont surtout ces deux seuils qui ont évolué!).

  29. Question posée en toute innocence par un malheureux handicapé qui décrypte difficilement la langue de Shakespeare (insuffisamment pour apprécier le style d’un auteur dans sa langue originelle ou les qualités d’une traduction) : que valent les nouvelles traductions de Lovecraft qui s’empilent depuis quelques temps sur les tables des libraires ?
    Sont-elles réellement meilleures que les anciennes ou est-ce seulement un effet de mode (question innocente, voire naïve, je le répète).

    • Pour ce que j’en ai vu, le travail en cours de retraduction par les soins de François Bon est une entreprise commerciale plutôt qu’une aventure littéraire guidée par des scrupules philologiques ou par la conscience que notre époque ne saurait plus se satisfaire du Lovecraft francisé des années 50-60. Bon pare son auteur d’un style à la fois moins hiératique et hautain dans les parties narratives que celui de Jacques Papy, artisan de la prose française à la fine plume, et d’un moindre scrupule que chez Papy à faire passer en français les modulations de l’anglais de noyé qu’au comble de la folie ou de l’horreur se mettent à débiter moult personnages lovecraftiens. L’idée de couper les longues périodes anglaises répond au génie de notre langue, analytique plutôt que synthétique contrairement à l’allemand ou même à l’anglais, où une syntaxe très imbriquée, de type néo-latin, n’aboutit pas invariablement à une perte de clarté ; ce n’est donc pas un choix contestable de traduction de la part de Papy, et Bon ne peut se targuer d’incarner un progrès du simple fait qu’il tente de se couler dans l’expression lovecraftienne lorsqu’il maintient (du reste, pas systématiquement) les périodes anglaises dans sa traduction. J’avoue trouver assez peu de charme aux versions de Bon, mais c’est une opinion fort subjective.

  30. J’ai reçu aujourd’hui une toute nouvelle réédition « complète » des contes de Grimm chez José Corti. J’ai cru comprendre que ca pouvait intéresser des amis ici. Quant à Lovecraft en Pléiade…. Pas pour demain je pense.

  31. Je voudrais montrer, par l’exemple et en partant de la traduction Pléiade d’Euripide, comment on établit le texte des classiques grecs, ou plutôt comme certains ne l’établissent pas, comme si la tâche était déjà très bien faite par l’auteur de leur édition de référence (je précise bien a) qu’aucune des conjectures textuelles ci-après citées n’est de moi ; il n’était pas question d’écraser le lecteur de ce fils sous des noms de grands hellénistes, et b) que le grec ancien se dispense volontiers des articles définis ou même des possessifs lorsque le contexte ne laisse aucun doute planer). On verra par deux exemples précis quelle estime mérite le volume Pléiade en question.

    1°) Alceste, 1096-1099 (Delcourt, p. 119) :

    Héraklès remonte des Enfers escortant une femme voilée, qui n’est autre qu’Alceste par lui arrachée aux griffes de Trépas (Thanatos) ; au cours de l’échange vers à vers (stichomythie) qu’il a avec le mari endeuillé Admète, ce dernier proclame sa fidélité à la défunte :

    ADMÈTE : « Plutôt mourir que de la trahir, même morte. »
    HERAKLÈS : « Reçois donc cette femme dans ta noble demeure.
    ADMÈTE : « Non, non, je t’en supplie, par Zeus qui t’engendra ! »
    HERAKLÈS : « Je te préviens : si tu dis non, tu pourrais bien t’en repentir ».

    Au v. 1097, la tradition manuscrite hésite entre deux variantes : l’adjectif γενναῖος / gennaîos, ‘illustre, noble’, est en effet transmis soit au génitif pluriel (γενναίων / gennaiôn), allant avec δόμων / domôn, ‘maisons, demeures’, d’où la version de Delcourt qui normalise avec raison cet emploi poétique et soutenu du pluriel pour le singulier (pluralis pro singulari), soit à l’accusatif singulier (γενναίαν / gennaian), qui se rapporte au pronom à l’accusatif τήνδε / tênde, ‘celle-ci’, ce qui donne ‘cette noble (dame) que voici’. La seconde leçon est dramatiquement fort peu probable en ce qu’elle vend trop vite la mèche quant à l’identité de la femme voilée ; en effet, l’échange entre Héraklès et Admète va encore durer vingt-quatre vers. Nul ne l’adopte, à juste titre. En revanche, la première leçon est volontiers retenue par les éditeurs conservateurs, dont la Budé de Louis Méridier à laquelle se rattache Delcourt, du simple fait qu’aucune objection ne peut être adressée à la qualification du foyer d’Admète, puissant prince thessalien par surcroît favori d’Apollon, en tant que ‘noble, illustre’ ; il n’empêche qu’elle constitue une simple cheville, par surcroît dépourvue de pertinence dans le contexte où aucun accent ne porte sur la qualité de la Maison d’Admète. Une minorité d’éditeurs et de traducteurs adopte par conséquent la correction de l’adjectif en adverbe : γενναίως / gennaiôs, ‘noblement’, par laquelle Héraklès demande à son ami, dont toute la tragédie a établi la munificence et la grandeur d’âme, de faire contre mauvaise fortune bon cœur en acceptant le cadeau qu’il lui fait (verbatim : « reçois donc noblement celle-ci (tênde) en ton foyer »). Dans le cas d’un des trois grands Tragiques grecs, il ne semble pas que ce soit faire montre d’un esprit de système abusif en refusant toute leçon qui aboutit à un truisme indiscutable ou à une platitude avérée ; la stichomythie d’Euripide montrant d’évidentes qualités de simplicité et de naturel qui contrastent avec le faire hiératique d’Eschyle comme avec la grandeur aisée de Sophocle, les copistes ont souvent tiré son texte dans le sens d’une plus grande banalité, ce qui est le cas ici, avec deux variantes affadissantes.

    2°) Euripide, Électre, 274-279 (Delcourt, p. 872) :

    Oreste revenu incognito au pays délibère avec son sœur Électre qui ne l’a pas reconnu et porte le deuil :

    ORESTE : « Revenant à Argos, que pourrait faire Oreste ? »
    ÉLECTRE : « Tu le demandes ? Rougis-tu de ta question ! N’est-il pas temps d’agir ? »
    ORESTE : « Mais, supposé qu’il vienne, comment tuer les meurtriers (sc. de leur père Agamemnon) ? »
    ÉLECTRE : « Par une audace égale à celle qui fut la leur. »
    ORESTE : « Tu oserais, avec Oreste, tuer ta mère ? »
    ÉLECTRE : « De cette même hache dont mon père fut abattu ».

    Le v. 277 τολμῶν ὑπ᾽ ἐχθρῶν οἷ᾽ ἐτολμήθη πατήρ / tolmôn hup’ ekhtrôn hoî’ etolmêthê patêr est rendu de manière énergique par Delcourt, et pour cause ; elle concentre la traduction élégante de Léon Parmentier dans l’édition Budé « qu’il ose ce qu’osa leur haine pour son père » (où il est fort contestable de prendre le pluriel ἐχθρῶν / ekhtrôn pour un singulier et non pour le pluriel substantivé qu’il doit être, rompant le groupe indissociable ὑπό + ἐχθρῶν / hupo + ekhtrôn, ‘par les haines / animosités’ > ‘par les ennemis’), en retranchant, comme par hasard, le mot qui fait difficulté : « père ». La construction de l’aoriste indicatif passif ἐτολμήθη / étolmêthê du verbe intransitif τολμᾶν / tolmân avec un sujet personnel, en l’espèce πατήρ / patêr le substantif qui la précède immédiatement, est en effet terriblement difficile, même si l’on admet — ce qui n’a rien d’assuré — qu’Euripide a forcé la syntaxe pour obtenir la figure étymologique typiquement grecque τολμῶν… ἐτολμήθη / tolmôn… étolmêthê, « osant… a osé ». Malgré de longs débats entre érudits, aucun des parallèles possibles pour cette syntaxe ne ressemble de près ni de loin au cas présent et ne permet de la justifier. On pensera donc bien plutôt que le démonstratif οἷα / hoîa élidé est le régime commun du participe présent τολμᾶν / tolmân et de l’aoriste, ce qu’on appelle un ἀπὸ κοινοῦ / apo koinoû : « osant de telles choses [= οἷα / hoîa] que les ennemis [= ἐχθρῶν / ekhtrôn] osèrent [ἐτολμήθη / étolmêthê] », auquel cas, malgré l’autorité du Bailly, πατήρ / patêr sans aucun mot-outil adversatif qui puisse signifier ‘contre’ (afin d’obtenir le sémantisme « contre (notre) père ») ne peut être que le produit d’une corruption textuelle. Il se trouve que la préposition ὑπό / hupo ne prend jamais cette nuance d’opposition, et même si on considère qu’elle le peut ou le doit dans notre passage, il est strictement impossible de la faire porter sur autre chose qu’ἐχθρῶν / ekhtrôn. On doit donc de toute nécessité corriger πατήρ / patêr. Soit l’on remplace ce mot par une modalité de temps, en supposant une faute en deux temps (mauvaise lecture d’une abréviation à laquelle un copiste ultérieur a voulu donner un sens et une forme métriquement valide) : on écrira ainsi ποτε / pote, ‘à un moment’, plutôt que son équivalent τότε / tote, ‘alors’. Cette solution est à mon avis dispensable même comme complément de l’aoriste, car ce dernier se suffit comme notation de l’action passée. Soit l’on corrige la désinence du mot transmis πατήρ / patêr pour lui donner une construction acceptable : le génitif πατρός / patros qualifiant ἐχθρῶν / ekthrôn, ‘les ennemis’, = ‘de (notre) père’, ou le datif πατρι / patri qualifiant τολμῶν / tolmôn, = ‘au profit de (notre) père’. De ces deux conjectures, je préfère la mention de la personne au profit de laquelle Électre veut que son frère absent se montre audacieux comme le furent ses assassins, en l’espèce Agamemnon (noter aussi la balance syntaxique avec embrassement du vers entier par les deux mots). Dans tous les cas de figure, la traduction Pléiade est indéfendable et constitue un cas flagrant d’infidélité au poète par un piètre bricolage escamotant la difficulté de texte ; Delcourt a compris que quelque chose n’allait pas, et a esquivé le problème. Je traduirai : « en s’enhardissant à faire ces choses au bénéfice de son père qu’osèrent les ennemis de ce dernier ».

    On dira que ce sont de fort petites choses. Je n’en disconviens pas. Mais le génie des grands classiques tient souvent à la subtilité de leur langue comme à la dextérité de leur pensée ; il ne faut pas le traduire de telle manière que l’on glisse sur, ou que l’on glose, les difficultés par incompétence, ou, dans le cas de Delcourt, par une conception scolaire du travail d’interprète (elle utilise une édition très médiocre et s’est refusée à offrir un rendu rigoureusement critique).

    • Merci beaucoup, cher Neo, pour ces deux études de cas très intéressantes, et qui montrent le travail d’enquêteur auquel doivent se livrer le philologue et le traducteur. Pour chacun des deux passages, je livre la traduction de Debidour en Pochothèque (livre que j’ai acquis sur vos conseils) pour comparaison.

      1°) Alceste, 1096–1099

      A: Plutôt mourir que de la trahir, même quand elle n’est plus.
      H: Eh bien, reçois donc céans cette femme dans ton digne foyer.
      A: Non, je t’en supplie, au nom de Zeus dont tu es né !
      H: Tu auras pourtant grand tort si tu ne le fais pas.

      Debidour retient donc la même leçon que Delcourt, que vous dites fautive. A noter que le texte de wikisource (je n’ai pas vu à qui il est dû, https://el.wikisource.org/wiki/%CE%86%CE%BB%CE%BA%CE%B7%CF%83%CF%84%CE%B9%CF%82) utilise la forme adverbiale que vous privilégiez, alors que le texte établi par David Kovacs (http://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0087%3Acard%3D1072) en reste à la forme adjectivale (génitif pluriel).

      Les différences entre Delcourt et Debidour m’ont l’air très importantes (pour moi qui ne connais rien ni au grec ni à la traduction en général):
      – « morte / quand elle n’est plus »: il me semble que le texte grec devrait permettre de trancher entre les deux (verbe ou pas) ?
      – « Non / Non, non »: dans le grec, il n’y a qu’un « μή » (mais j’admets: peut-être que l’emploi du « μή » grec est une marque d’insistance suffisante pour être traduisible par un double « non »)
      – « dont tu es né / qui t’engendra »: ne serait-il pas logique de respecter la forme passive ou active du grec ?
      – v.1099: « je te préviens / [] »
      – v.1099: « si tu dis non / si tu ne le fais pas »: il y a une différence entre « faire » et « dire »
      – « tu auras grand tort / tu pourrais bien t’en repentir »: conditionnel + bien indique quelque chose d’incertain; la deuxième formulation peut faire penser à une menace…

      Enfin, je trouve étrange qu’à « plutôt mourir que de la trahir », Héraklès réponde « tu dois DONC accueillir cette femme »: Héraklès n’indique-t-il pas là clairement à Admeste que « cette femme » est Alceste?

      2°) Électre, 274–279

      O: Au point où tu en es, qu’attends-tu d’Oreste s’il rentre en Argos ?
      É: Belle demande ! N’as-tu pas honte ? Dès aujourd’hui n’est-ce pas le moment d’agir ?
      O: Comment à son retour pourrait-il mettre à mort ceux qui ont tué ton père ?
      É: Ce qu’ils ont osé prendre sur eux en haine de son père, à lui d’oser le faire !
      O: Tu aurais le coeur de te joindre à lui pour donner la mort à votre mère ?
      É: Oui certes: avec la même hache, sous laquelle a succombé mon père !

      J’ai trouvé un texte établi par Gilbert Murray sur http://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0095%3Acard%3D262 et https://el.wikisource.org/wiki/%CE%97%CE%BB%CE%AD%CE%BA%CF%84%CF%81%CE%B1_(%CE%95%CF%85%CF%81%CE%B9%CF%80%CE%AF%CE%B4%CE%B7)

      Le fait que le vers précédent finisse par « πατρός » change-t-il quelque chose ? Les mots terminant des vers successifs ne sont pas indifférents en français; je ne sais si c’est le cas en grec, mais cela milite dans le sens que vous priviliégiez.

      Je comprends vos arguments pour « père », mais je ne comprends pas votre volonté de traduire un « tolman » par « oser » et l’autre par « s’enhardir ». Pourquoi pas « En osant faire au bénéfice de son père ce qu’à son détriment osèrent ses ennemis » ?

      La traduction de ce vers par Debidour semble tout aussi contestable que celle de Delcourt… Là encore, l’écart entre les traductions (et surtout l’impression que j’ai qu’une des deux traductions doit être objectivement plus proche de l’original que l’autre) m’intrigue…

      En copiant la traduction de Debidour et tous ces points d’exclamation, je me suis dit qu’il n’y a probablement aucune ponctuation dans les textes originaux. Il y a là aussi beaucoup de place pour l’interprétation…!

      Enfin, je trouve votre conjecture visant à remplacer « notre père » par « notre pote » un peu hardie (voire frôlant l’irrespect, s’agissant du chef des chefs Agamemnon).

      • Vous m’avez mal lu, Ben. Le grec pote est une particule temporelle dont l’emploi en fin de vers, qui ne recueillait pas mon agrément, se rendrait par un adverbe ou une locution du type « à ce moment ». Votre remarque n’a pas d’objet.

        Je n’ai aucune confiance dans les textes disponibles en ligne. Pour Euripide, on doit partir de l’Oxford Classical Text de Diggle et d’aucune autre édition, y compris la Loeb de Kovacs, laquelle ne représente qu’assez rarement un progrès textuel en dépit de sa réputation.

        Je vous prie de ne pas investir les différences stylistiques entre Delcourt et Debidour d’une valeur philologique qu’elles n’ont pas le plus souvent. Ce dernier ajoute ainsi un « céans » qui tient de la tautologie dans le vers de l’Alceste.

        • Merci cher Neo pour cette mise en garde quant aux textes disponibles en ligne. Je conserve vos recommandations avec soin. Quant au « notre pote », il s’agissait bien entendu d’humour, je le reconnais assez moyen. Un seul instant je n’eusse osé penser que vous proposassiez qu’Oreste et Électre appelassent leur père « notre pote »!

          Pour ma part, je viens juste de finir de lire Eschyle traduit par Mazon, traduction qu’en béotien j’ai appréciée, et dont Mazon reconnaît lui-même qu’elle est un compromis entre exactitude et élégance, ne pouvant satisfaire pleinement ceux étant venus y chercher l’une ou l’autre.

          • Il faudrait vous procurer les anciennes éditions Hachette qui proposait deux types de traduction en regard du texte grec ou latin :
            – une traduction littérale mot à mot, groupes de mots par groupes de mots,
            – une traduction littéraire.
            On apprenait beaucoup en les consultant : la librairie Vrin en vend régulièrement sur son catalogue d’occasions.

            Passionnante discussion avec Neo-Birt7 qui n’a pas répondu à toutes vos questions. Qu’il en prenne le temps à l’occasion : nous apprendrons sûrement de nouvelles choses philologiques. « Nous autres philologues » disait Nietzsche !

          • Attentions aux « juxtas »; certains, à vrai dire nombreux, fourmillent littéralement de fautes grossières et ne procurent pas du tout le genre d’aide requis par les lecteurs « free of Greek » ou « of Latin ». J’ai donné plus haut dans ce fil une mise en boîte de l’un d’eux, sur Oedipe roi si mémoire ne me fault.

            Pour répondre à Ben médiatisé par M. Moury : 1° il ne vaut pas la peine d’épiloguer sur la variation « dont tu es né » ~ « qui t’engendra » pour le participe aoriste actif précédé de son régime τοῦ σπείραντος / tou speirantos, littéralement « ayant semé toi » (impossible de conserver l’ordre des mots grecs), car il s’agit d’un de ces cas nombreux où une version littérale serait par trop atroce dans nos langues modernes et qu’il faut donc ‘remettre à l’endroit’, avec des variations purement stylistiques, partant indifférentes. Une version littérale gagne bien sûr à conserver la voix du verbe grec lorsque notre langue s’en accommode. 2° Je traduis les deux occurrences du verbe τολμᾶν / tolmân au moyen de deux synonymes dans le souci d’alléger l’itération; le grec aime ce genre d’effets, qui dans nos langues modernes, et surtout en français, crée une impression déplaisante de négligence (déjà un poète comme Horace avait en horreur les répétions verbales, à l’inverse d’Ovide et surtout de Lucain). D’autre part, ‘oser’ et ‘s’enhardir’ permettent de couvrir un éventail sémantique plus important que le recours, en soi maladroit, au même verbe quand on francise le trimètre de l’Alceste. 3° Dans l’Electre, le fait que le v. 276 finisse sur le même mot πατρός / patros que, dans le texte transmis, le v. 277 n’a sans aucun doute eu aucune incidence quant à la désinence dans ce dernier ou même à une éventuelle corruption du mot, la versification grecque ne plaçant pas de primat sémantique particulier sur le dernier mètre d’un stique (en dehors de l’hexamètre dactylique, mieux vaut ne pas parler de « pieds » en métrique grecque ou latine), comme il est normal dans les systèmes où la poésie est quantitative, donc ne repose pas sur un nombre fixe de pieds avec retour de la rime. 4° Les versions Debidour et Delcourt sont en effet très différentes, mais cela tient davantage au style français cultivé par chacun de ces traducteurs qu’à une réflexion plus ou moins affûtée sur le grec, ces deux savants ayant travaillé à partir de la vieillotte édition Budé, le texte de laquelle ne présente que très occasionnellement des améliorations par rapport à celui de Murray dans le premier Oxford Classical Text; Delcourt condense au maximum et nous donne ainsi un Euripide prosaïque, voire plat, dont Debidour, à juste titre, ne veut pas, quitte à orner un peu trop sa prose. En retour, il a de solides vertus, celles du traducteur expérimenté, alors que Delcourt n’est revenue à Euripide qu’après une période de quarante ans (elle présenta comme thèse une
            « Étude sur les traductions des tragiques grecs et latins en France depuis la Renaissance » dont la philologie était solide mais scolaire plutôt que critique – rien à avoir avec celle de Denys Page « Actors’ interpolations in Greek tragedy. Studied with special reference to Euripides Iphigeneia in Aulis » [1935]; cet auteur ne devait pas devenir pour rien le meilleur éditeur de textes poétiques grecs de sa génération – avant de se consacrer à l’histoire littéraire, à la mythographie et à la littérature latine et néo-latine).

  32. Message spécial pour Restif (et, éventuellement, autres amateurs) : je crois avoir lu sous votre plume que vous êtes un fervent amateur de la collection fantastique jadis publiée chez NEO ; vous lûtes donc, en son temps, très certainement, le Joyau des 7 Etoiles de Bram Stoker… Je vous informe donc – si vous ne l’êtes pas déjà – que cet ouvrage vient d’être publié chez un éditeur de moi inconnu dénommé « Terre de Brume » (Ha ha ha !), sis en la bonne ville de Rennes. Pourquoi le signaler ? Parce qu’il est indiqué, sur la 4ème de couv’, qu’il s’agit de la première traduction « intégrale » de ce roman, les éditions françaises antécédentes amputant le texte original d’un bon tiers, paraît-il…

    A bon entendeur…
    (Prix : 20 € ; et, selon la formule consacrée, je n’ai pas de conflit d’intérêt dans l’affaire).

    SGDE (ni de moi-même) quant à la qualité de la traduction, que je ne saurais juger (je ne peux même pas garantir la qualité de la langue d’arrivée, car j’ai reporté l’achat pour une période qui serait moins chargée en coûteuses acquisitions…)

  33. Merci cher Domonkos. Oui, effectivement, j’ai lu « Le joyau des se sept étoiles » en NEO, et j’avais été fort déçu, c’est dire si votre affirmation m’intéresse. Terre des brumes, qui réédite également Machen semble faire un travail remarquable. Merci de l’info, donc. Mais je ne sais si je pourrais acheter, car cette période est pécuniairement sanglante. Je viens de commander à petit prix L’araignée de Ewers, auteur dont j’avais beaucoup apprécié « Mandragore », et je me dis en même temps que je ferais mieux de garder mes sous, tant que j’en ai encore, pour les 6 volumes de la Correspondance de Voltaire qu me restent à acheter ou un volume d’Apollinaire en prose qui me manque. Je se suis heureux que vous appréciez Howard, qui nous est masqué par un Conan dont il n’a écrit que quelqu’unes des nouvelles les autres étant de pasticheurs, Howard dont le Solomon Kane est l’exemple d’une écriture envoûtée par les forces de la nuit et du sang.
    Hum… Bientôt nous finirons pas demander Fu Man Chu dans la Pléiade ! (je n’y verrais certes pas Howard, ni d’ailleurs la plupart des auteurs nommés, car il me semble qu’il y faudrait d’abord Lowry,T. Mann, H.Broch, Byron etc et pourquoi pas l’intégral W.Blake, mais là, je rêve. Lovecraft…je garderais mon coffret Démon et merveilles édition Sauret-Opta illustrée par Druillet! mais que ce serai amusant!

    • D’une façon générale – et même si je regrette tout comme vous l’absence des Lowry, Mann, Broch, Blake, à qui je pourrais ajouter quelques dizaines de noms de mon cru – je ne suis pas sûr qu’il faille suivre un ordre hiérarchique pour l’admission en Pléiade (hiérarchies d’ailleurs incertaines), on n’en sortirait plus. Pour ma part, je serais moins dérangé par Howard, Machen, Evers (au fait, je réitère ma question, faute de réponse de votre part : quid de Meyrink ?), pour ne citer que vos dernières références, que par l’infatigable et fatigant Jean d’O. le fade Kundera, l’infantile Jack London (à la limite, un unique petit volume avec ses meilleurs récits nordiques aurait suffi) ou l’insipide Colette.

      Pour l’anecdote, je viens de pêcher chez mon bouque-dealer, quelques Pléiades, vendues entre 18 et 20 € pièce (très bon état, ne manquent que les emboîtages ; un lot qu’il avait récupéré chez un revendeur qui avait vidé une maison… légalement, j’espère) : outre un Vigny (je n’avais que l’ancienne étique édition), deux Kant (II et III), les volumes IX et X de la Correspondance de Voltaire (j’espère que ce sont ceux qui vous manquent, pour vous faire saliver), un Péguy (Poésies, j’aurais préférés les Proses), les deux volumes des Oeuvres Intimes de Stendhal, que j’ai donc rapportés à la maison, il se trouvait là deux ou trois dizaines d’autres ouvrages, parmi lesquels un volume de… Colette !

      Depuis le temps que je dis du mal d’elle, sans l’avoir relue depuis trente ans, saisi de crainte d’être trahi par mes souvenirs, j’ai saisi le bouquin et l’ai longuement picoré… Seigneur ! Quelle plongée dans une bonbonnière !… J’en suis sorti littéralement écoeuré, collant, gluant de sucrerie et de neuneuterie !… Obligé de boire une pinte de sang draculesque aussitôt après pour redonner quelques couleurs à mon épiderme et quelque vigueur à mes vieilles fibres musculaires – sans parler du nettoyage de neurones à effectuer d’urgence dans une clinique spécialisée tenue par le bon Divin Marquis ou le bouffonnant Dr Destouches !

      • Ah oui, il y avait Constant également ; Mme de Staël qui s’ennuyait un peu sur son rayon, entre Chateaubriand et Vigny, m’a remercié de l’avoir ramené à la maison.

        • Je vous ai répondu sur Meyrink mon cher Domonkos (et, oui, ce sont des volumes qui me manquent à propos des Voltaire. Le pis est qu’à ce prix, j’aurais pris). Je remets ça ici bien que n’aimant pas redonner un commentaire mais puisqu’il est obscurci par votre joie mauvaise de détailler les volumes que j’eusse aimé avoir… Adhonc :
          Je vous réponds ici rapidement cher Domonkos (et tardivement je n’avais pas vu votre mot) : Meyrink? C’est un auteur que j’aime, assurément, je goûte « L’ange à la fenêtre d’occident », « Le visage vert » etc, un peu moins « Le dominicain blanc » mais il faudrait que j’y revienne. Je ne crois pas qu’il ait été aussi « initié » qu’il aime à le laisser paraître, quoi que son savoir sur les Bönpos (dixit la traduction) soient, pour son époque, assez étonnant. Ce que j’aime chez lui c’est la manière dont vie et magie s’enlacent, c’est l’envahissement du « réel » par le royaume des enchantements, le bruissement d’ombres colorées qui transmue l’existence des personnages qu désormais se meuvent dans un décors de lanterne magique où s’opère leur transmutation. Et tout cela n’empêche pas de superbes descriptions de ports, où la faune bigarrée des quais et des tavernes accueillantes à ce peuple est peinte avec un réalisme truculent (je pense ici au Visage vert).

          • Pardon, j’ai loupé votre première réaction concernant Meyrink (je garde un souvenir énamouré de ma lecture de ses oeuvres chez Retz ainsi, bien sûr, que du Golem). Pour la Correspondance de Voltaire, rassurez-vous, à moi, il manque tous les autres ! En fait, mon bouquiniste avait deux ou trois autres volumes, mais en trop mauvais état, c’est insupportable.

      • Cher Domonkos, vous en dites trop ou pas assez sur Colette. Pouvez-vous préciser quels sont les ouvrages qui vous ont écœuré et fait l’effet d’une plongée dans une bonbonnière? Non que je sois un fervent défenseur et lecteur de Colette mais j’ai lu les premières Claudine et je n’en garde pas ces impressions. Vous rejoignez en tout cas François Caradec qu’intéressait bien davantage l’œuvre de Willy que celui de son épouse.

        • Ah, ne me poussez pas à dire plus de mal de ma prochaine ! Combien d’années de mauvais karma cela me vaudra-t-il encore ?

          En fait, ma première impression est d’ordre général, j’exècre et expectore toute cette naïveté et gentillesse, cet amour immodéré de la merveilleuse nature, ces jeux et petits dialogues infantiles avec « nos amies les bêtes », tous ces petits noms, « Chéri », « Mitsou », « Missou », « Belgazou » (oui oui oui comme c’est charmant !)… cette philosophie du bien-être qui remplit aujourd’hui les magazines et les tables des librairies… Quelle formidable anticipatrice cette Colette, comme elle serait à l’aise aujourd’hui à la télé et dans les revues féminines ! Déjà, de son vivant, elle savait parfaitement gérer sa renommée, exploiter son personnage. Vocabulaire, style, pensée, tout est light chez elle, garanti sans matière grasse, digeste, bio.

          Pour cerner d’un peu plus près l’affaire, le volume que j’ai eu en main est le second dans l’édition de la Pléiade : nous avons donc « Douze dialogues de bêtes (douze hors-d’oeuvre, au terme desquels on a toujours aussi faim tout en étant dégoûté de la nourriture) – La Paix chez les bêtes – Autres bêtes (n’en jetez plus, c’est l’indigestion !) – Notes de tournées – L’Envers du music-hall (chroniques people, showbiz…) – L’Entrave – Les Heures longues dans la foule – Mitsou – Chéri – Le Dossier de Chéri (amourettes, minuscules drames de couple, ah ces déchirements de l’amour qui font songer au déchirement de papier de soie, sans passion, sans douleur, sans rien) – La Chambre éclairée – La Maison de Claudine – Le Voyage égoïste – Le Blé en herbe (version « littéraire » de la chanson de Dalida : « il venait d’avoir dix-huit ans… j’avais oublié que j’avais… deux fois… diz-zuiiit aaaannns ! »). »

          Le tout par touches légères, comme des tableaux impressionnistes peints à l’aquarelle avec beaucoup, beaucoup d’eau et très peu de couleurs, jamais s’appesantir, jamais approfondir, jamais laisser à penser. La pensée comme la vue, comme l’ouïe, sautille d’une impression à l’autre, d’un micro-événement à l’autre, d’une réflexion anodine à une autre… « La vagabonde » : rien à voir avec le trimard, n’est-ce pas, plutôt les promenades enrubannées de petites filles de la Comtesse de Ségur, une légère dose de charmant « vice » en plus, et vous obtenez cette créature suave et diaphane : « l’Ingénue Libertine ». Et tout cela, Madame, au bout du compte, constitue un Art ! (Plutôt du côté des Arts & Métiers.)

          Finalement, serait-ce une sorte de Jean d’O. féminine ?

          Je ne connais pas l’oeuvre de M. Willy et n’en puis juger (mais si je devais avoir besoin d’un avis sur les qualités d’un ouvrage je ferais plus confiance à M. Caradec qu’au Figaro qui n’a pas hésité dans un numéro de 2014 à titrer, sans rire, « Colette était aussi grand reporter »). Cependant, invoquer le nom de Willy, à notre époque de lutte contre les violences faites aux femmes et aux harceleurs prouvés ou supputés, me paraît être une entreprise risquée.

          A part ça, je conserve également un souvenir charmant de la lecture des Claudine. Cela remonte, oh, à des temps où ma moustache ne faisait pas beaucoup d’ombre à mes lèvres !… Ecrits sous la férule de son mentor, qui l’enfermait et l’enchaînait à son bureau, condamnée à faire ses heures comme une ouvrière d’usine.

          Maintenant, hein, ce que j’en dis, c’est rien que des ragots et des jalouseries de frustré, n’en croyez surtout pas un mot, et si vous voulez prendre la mesure du génie de Colette, lisez le troisième volume, à elle consacré, du « génie féminin, la vie, la folie, les mots » de Julia Kristeva : une référence ! Cela présente tout de même une garantie bien supérieure aux grommelleries rancunières de cet autre frustré de Caradec…

  34. Ah, au fait, certes, Howard me choquerait infiniment moins que d’Ormesson. Mais sans établir de hiérarchie, il m’a semblé que jusqu’ici la Pléiade était une collection destinée à 90 % à la littérature « chimiquement pure ». Avec certes des hors série -surtout ces derniers temps – touchant au fantastique, avec également des volumes visant le religieux, avec l’édition de textes reconnus comme importants pour la civilisation -mot utilisé ici au sens le plus large.
    Si on y met Howard, Machen, Hodgson, elle va changer totalement de nature. Et je ne suis pas certain du tout que, contrairement à D’ormesson, ces auteurs lui feront du bien financièrement, en tous cas ils n’ont pas aidé NEO à survivre. Je ne pense pas que le public suivra, et la Pléiade telle qu’on l’a connue sera bel et bien morte. Qui nous donnera tout Faulkner? Les romans de Ramuz? Peut-on publier à la fois les romans de Cendrars et Clark Ashton Smith? Lovecraft et Claude Simon? La cohérence éditoriale ne risque telle pas d’en trop souffrir? J’avoue avoir des doutes.

    • Restif
      Point ne me viendrait l’idée sur ce point de vous contredire, à l’idée que jamais à l’horizon Pléiade ne poindra quelqu’astre fantastique le regret me poigne et de rage mais en vain le poing je brandis !
      (Est-ce si sûr, d’ailleurs ? Alors que, depuis quelque temps – même dans le Royaume Enchanté de la Pléiade qui devrait être à l’abri des Désordres du Temps – on voit s’abattre des murailles réputées inexpugnables, lever les Interdits, briser les Tables de Loi !)

      Les Signes s’accumulent : si je reste persuadé que Poe ne dut sa présence qu’à son statut d’oeuvre baudelairianisée, si, à l’aune du « chimiquement pur », on eut pu s’interroger sur la présence (sans lendemain : regret, remords ?) d’un Alexandre Dumas, comment ne pas voir un coupable relâchement des moeurs dans la multiplication des London Jack, Twain Mark, Verne Jules ? (J’écris leur nom dans l’ordre des documents administratifs pour bien faire ressortir leur non appartenance à la maçonnique Littérature.)

      Et puis, que dire sur ce concept de « chimiquement pur » – ainsi battu en brèche comme je viens de le démontrer – qui semble appartenir bel et bien à notre époque (bien qu’un Zola fort mal inspiré en l’occurrence ait pu déjà l’utiliser par anticipation pour jeter Jules Verne hors du Sacré Temple) et paraît n’avoir pas excessivement turlupiné nos ancêtres ?

      A cette aune qu’ont donc de vénérable les Robinson Crusoe, les Gulliver, les picaresques espagnols et leurs cousins ou épigones françois des XVIIème et XVIIIème s., les Tom Jones, les Gothiques (et bientôt les draculesques), sinon leur âge ?
      Qu’ont donc de vénérable les « 108 Brigands des Marais », le Singe Céleste et le Cochon Magique, sinon leur éloignement dans le temps et l’espace ? (Si la Pléiade avait été inventée par quelques Mandarins de l’époque Qing, nul doute que jamais n’y auraient été admis les pré-cités, non plus que le libertin Jin Ping Mei, pas même le Rêve dans le Pavillon Rouge, en dépit de sa relative honorabilité…)
      Chez nous, pas mieux. Les poètes troubadours étaient des amuseurs, des saltimbanques, des entertainers, les poètes de la Renaissance et de l’Age Classique des courtisans, les Gens de Lettres au Siècle des Lumières à peine plus que des domestiques. (Aveuglement des Nobles de vieille caste qui ne virent pas que la Gendelettres était en train de se transformer, dans notre beau pays du moins, en nouvelle aristocratie.)

      Pour la plupart, je le reconnais, les ouvrages que j’ai plus haut évoqués furent rédigés par d’incontestables Hommes de Lettres, dans les veines desquels coulait l’Encre Pure, garant d’aristocratie, à qui il avait plus de s’encanailler dans le « mauvais genre », mais parmi la confrérie, il y a bien quelques individus de basse extraction.

      A moins que… Jean Ray aurait-il eu l’heureuse idée d’être l’épouse de Shelley et de se munir, dans sa Sainte Ampoule, de l’Onction de Byron, peut-être lui accorderait-on une modeste place au bout de la table du banquet et lui ouvrirait-on les portes des salons et feindrait-on d’oublier qu’il pue la bière ?

      … … … …

      Par la Barbe du Prophète, il semble bien, finalement, qu’à l’insu de mon plein gré (et sans préméditation), je me sois égaré à vous apporter la contradiction ; que les Puissances tutélaires des Belles Lettres et des Arts veuillent me le pardonner (et vous aussi) !

      Mais mon démon tentateur n’est jamais loin et ne s’abstient jamais longtemps de remplir son office, voici que me vient l’idée – forcément de loin inspirée, d’enfoncer le clou dans votre Croix, mon très cher Rétif : que dire de votre révéré Patron… R. de la Bretonne ? Quel écrivain trônant au sommet des Académies ! Quelle écriture « chimiquement pure » ! Quel Artiste dilettante, ignorant des basses nécessités matérielles et se tenant éloigné de toute idée de plume mercenaire !

      Pardon, pardon, mille fois pardon, il s’agit là d’un infâme coup bas, indigne de nos échanges frappés au coin de la plus délicate Courtoisie.

      Bien à vous. Sincerely.

      PS : Je précise, afin de prévenir toute action en Justice à mon encontre, que je ne suis candidat à aucun poste ni je ne réclame aucune charge, privilège, distinction, pour les personnes que j’ai citées, avec lesquelles je n’entretiens pas lien de parenté, d’alliance ou d’intérêt.

      • Vous aurez bien entendu compris que je suis contraint – dans le vain espoir d’épater le bourgeois que rien n’épate plus – d’utiliser le nom de Jean Ray, en lieu et place de celui de H. P. Lovecraft, déjà trop avancé dans la voie de l’honorabilité littéraire…

        • Chronos se montrant un Harpagon sans gloire à mon égard, je ne peux guère aligner que quelques mots. Vous n’avez quand même pas cru que je prônais l’idée d’une littérature chimiquement pure oh Domonkos, desservant de Yog-Sottoth? Vous comprenez très bien ce que je veux dire, comme le cher Françis Moury (qui je l’espère ne m’en vaudra pas trop de faire d’une pierre deux coms) l’a compris. La Pléiade édite (éditait?) des « classiques », des œuvres consacrées. Fielding, Quevedo ou Mateo Aleman en font partie tout comme les romans chinois ou Ibn Khaldun. Il y a l’idée de « patrimoine » mondiale » derrière les choix de la Pléiade, et vous le savez très bien. Moi j’y mettrais Lovecraft avec plaisir. Les temps sont peut-être venus et ce serait une belle et bonne et juste action, F.Moury a parfaitement raison. Mais je ne faisais pas un plaidoyer pro domo, je tentais simplement de mettre quelques mots sur l’idée qu’on a généralement de ce qu’est La Pléiade. Et cela ne veut certes pas dire que je corrobore cette image…
          Ps A cause de vous, verdâtre, habillée de pituite atrabilaire, je viens de m’acheter le tome 4 de la correspondance de Voltaire. Plus que cinq…

          • Je ne crus rien de tel, rassurez-vous, sinon, aurais-je pris la peine de vous taquiner (notamment à propos de l’auteur de l’Anti-Justine qui a tout de même réussi l’exploit de passer du statut d’auteur « de Pont-Neuf et de bibliothèque bleue » – selon Monsieur de Sade – à celui d’auteur de Pléiade !)

            Je ne songeai qu’à meubler un dimanche après-midi en conversant agréablement avec un ami inconnu – et, comme il est d’usage, paraît-il, de se vanner entre amis…

  35. Cher Restif,
    La Pléiade publie ce qu’elle estime être le meilleur de la littérature mondiale des origines à nos jours mais aussi le meilleur de l’histoire de la philosophie et de l’histoire des religions. Sans parler des encyclopédies Pléiade qui demeurent de remarquables objets sur les différentes disciplines couvertes.
    Donc elle pourrait publier H. P. Lovecraft puis Claude Simon sans aucune contradiction. Ce sont des écrivains d’un genre différent mais d’un haut niveau tous les deux. Ils méritent tous deux d’être en Pléiade, à mon avis.TRIPTYQUE de Claude Simon m’avait beaucoup plu lorsque je l’avais lu en édition originale chez Minuit. Il me donnait envie de découvrir le restant de l’oeuvre de Simon. Envie toujours actuelle, pas encore assouvie bien que j’ai feuilleté un jour je crois cursivement LA BATAILLE DE PHARSALE à cause de mon cher Lucain.

  36. Bonjour à tous les éminents spécialistes de la Pléiade ici réunis.

    Un sagace membre de cet aréopage saurait-il s’il existe certains tirages du deuxième tome des oeuvres de Racine qui portent sur le dos (pas seulement sur le boîtier) la mention « Oeuvres complètes », et le II romain ?

    Je me pose la question car, concernant La Fontaine, j’ai eu le plaisir d’acheter un tome II portant ces mentions, ce qui est plus satisfaisant pour le ranger à côté du tome I nouvelle édition Collinet (même si le contenu de ce tome II est bien celui du volume édité par Pierre Clarac initialement nommé « Oeuvres diverses » paru en 1943).

    M’étant procuré aujourd’hui le tome I de Racine dans la nouvelle édition Forestier, je me demande donc s’il existe des tomes II qui, tout en reproduisant le contenu de l’édition Raymond PIcard en 1952, ne portent plus sur le dos la mention « Prose », mais bien « Oeuvres complètes II ».

    A moins que la parution d’un nouveau tome II soit toujours d’actualité (auquel cas j’attendrai…)

    Merci d’avance

    • Cher Monsieur,
      A ma connaissance seul le volume I a été l’objet d’une nouvelle édition, le II reste celui de Picard et il est marqué indisponible sur le catalogue. Ce qui ne signifie pas forcément qu’il va être refait mais au contraire qu’il pourrait être épuisé (c-à-d en langage Gallimard expulsé du catalogue faute de ventes suffisantes) d’autant plus qu’il ne contient aucune pièce mais les écrits sur Port-Royal qui n’intéressent plus grand monde (cf Sainte-Beuve).
      Cordialement.

      • Pour avoir lu de vastes fragments du PORT-ROYAL de Sainte-Beuve et pour avoir lu beaucoup de Racine, je sais que les textes de Racine sur Port-Royal sont plus intéressants que ceux de Sainte-Beuve. Je crois me souvenir que Lucien Goldmann, sous l’égide d’Henri Gouhier, en avait fait son miel, parmi d’autres sources, lorsqu’il avait écrit sa thèse passionnante sur LE DIEU CACHE – Essai sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal, le théâtre de Jean Racine, etc., éd. Gallimard, NRF Paris 1959.

    • Bonjour Chardin,
      – pour le premier volume des œuvres de Racine, l’édition de 1931 porte au dos la mention « théâtre », tandis que celle de 1999 affiche « théâtre – poésie ».
      – pour le second volume, l’édition de 1952 porte au dos la mention « prose » puis – sur les réimpressions postérieures à 1999 – « œuvres diverses ».
      A ma connaissance, il n’existe pas de dos marqué « II ». Pour cela, il faudrait que Gallimard soit réimprime un nouveau tirage du tome II actuel, soit édite une nouvelle version…

  37. Je viens d’examiner le site internet La Pléiade plus attentivement.

    1) La section Essais ne correspond pas à grand chose. Il faudrait créer une section Histoire de la philosophie ou Philosophie qui comporterait systématiquement les auteurs ressortant de l’histoire de la philosophie telle que les grandes histoires de Bréhier et de Rivaud les ont, une bonne fois pour toutes, définies. On devrait immédiatement trouver dans l’ordre chronologique historique de leur apparition systématique Les Présocratiques, Platon, Aristote, les Stoïciens, les Epicuriens, saint Augustin, Descartes, Spinoza, Nietzsche, etc.

    2) Certaines mentions prêtent à confusion. Les Historiens de la république (romaine) sont « édités et traduits » par G. Walter mais on ne les trouve pas dans la section « éditions bilingues ». Ce qui signifie que le texte latin n’y est pas présent ? Alors pourquoi avoir mentionné « édité » au fronton de la 1 de couverture et du coffret de protection ? Cela engendre une certaine confusion.

    3) William Shakespeare, Comédies tome III, édition 2016 pose un réel problème de fond. LA TRAGEDIE DE CYMBELINE qui y est intégrée n’est pas une comédie mais une tragédie. Je l’ai écrit à Crépu (qui n’a jamais répondu à cette remarque parce qu’il ne peut pas non plus être au four et au moulin, on s’en doute bien) et je le répète ici. La meilleure édition bilingue jamais éditée en France de Shakespeare était la Collection Shakespeare des Belles lettres. En 1930, Maurice Castelain a édité le texte anglais de l’ancienne édition Cambridge (Macmillan & Wright publishers) : le titre est bien THE TRAGEDY OF CYMBELINE et Castelain a traduit LA TRAGEDIE DE CYMBELINE. Il n’est pas normal que des traducteurs de 2016 remettent en question le classement par genre des pièces de Shakespeare en niant une longue tradition d’établissement des textes par les éditeurs anglais eux-mêmes. Dans son introduction historique et philologique, Castelain la désigne lui-même explicitement comme une tragédie à la page XIV de son introduction.

    La couverture de LES EPICURIENS : qu’est-ce que c’est que cette petite photo couleurs contemporaine ridicule en guise d’illustration à la place de ce qu’on attendait, à savoir un buste d’Epicure, par exemple celui du British Museum qui illustrait déjà la réédition 1968 revue et augmentée du fascicule 2 du tome 1 de l’Histoire de la philosophie d’Emile Bréhier, éd. P.U.F. Paris 1968 ? C’est une plaisanterie éditoriale de la NRF et de Gallimard sous l’influence de Onfray ? Pour montrer que les Epicuriens sont des penseurs modernes dignes d’être lus aujourd’hui alors que les autres demeurent des statues mortes ? Je renvoie ici à l’article que j’avais publié chez Stalker : De la nécessité pour la philosophie d’être impopulaire que Juan avait rebaptisé, en s’inspirant de Rabelais, Michel Onfray ou la dialectique des braguettes.

    Dernier problème cursivement relevé : la mauvaise définition des reproductions de couverture. On lit les noms des auteurs et des oeuvres sans difficulté mais on n’arrive pas à bien voir les photos N&B des visages des auteurs ni à lire les noms des éditeurs, traducteurs dessous en petites capitales.

    Un étonnement mathématique aussi : je compare la pagination annoncée de la première édition des Oeuvres complètes de Pascal établie par J. Chevalier en 1 tome à la pagination de la seconde édition des Oeuvres complètes de Pascal par divers collaborateurs, en 2 tomes. L’ensemble pèse plus que le double du tome unique de Chevalier. Ce sont des oeuvres manquantes chez Chevalier ou bien des notes ajoutées par les nouveaux éditeurs qui expliquent la différence ? Un peu des deux ? Si l’un d’entre vous peut m’éclairer : j’ai l’édition Brunschvicg en Classique Hachette, comme tout philosophe de ma génération puisque c’était devenue l’édition de référence durant tout le siècle dernier; j’ai l’édition Ch.-M. des Granges en Classiques Garnier (je l’ai même en double, ce qui me permet de casser le dos de celle qui est dans le moins bon état sans trop de remord, de conserver l’autre en parfait état : le rêve du bibliophile étant d’avoir une double collection, l’une vierge et neuve éternellement, l’autre annotable, taillable et corvéable à merci) qui reprend le classement et la numérotation de l’édition Brunschvicg. Je n’ai jamais eu entre les mains la Chevalier, encore moins la nouvelle édition en 2 tomes toute récente. Mais cette différence de pagination m’intéresse.

    Si je trouve d’autres défauts de fond ou de forme, j’en ferai part ici.
    Bien à vous tous

    • Si vous êtes à relever les curiosités, voire les errances, de la Pléiade en ligne, en voici quelques-unes, certes anecdotiques, mais assez amusantes : ayant eu la curiosité (un peu vaine, je le reconnais) de cliquer sur la ligne « Catalogues – par nationalité d’auteur », j’ai trouvé des auteurs identifiés à des nationalités qui ne relèvent pas de l’évidence : un Rousseau de « nationalité française », idem pour Kundera (c’est bien sûr, administrativement vrai, mais il appartient tout de même un petit peu à la Tchécoslovaquie…) ; cas un peu semblable pour Ibn Khaldûn de « nationalité égyptienne » (il a terminé le dernier tiers de sa vie au Caire – sans parler de son aventure damascène et de son séjour sous la tente de Tamerlan – mais les Tunisiens doivent apprécier) ; enfin (sans préjudice d’autres bizarreries que je n’aurais pas relevées, car je n’ai pas parcouru tout le catalogue page par page), les Historiens de la République Romaine, Virgile, Tacite, Pline, de « nationalité italienne » (cela permet de gonfler le rayon « Italie », sans cela d’une maigreur de top model ?). Pardon pour ces remarques assez superficielles, j’ai passé une grande partie de ma vie professionnelle à m’occuper, entre autres, de statistiques, il doit m’en rester quelque chose…

    • M. Moury, la nouvelle édition de Pascal par l’immense Michel le Guern, probablement le savant qui a examiné le manuscrit des Pensées avec le plus de minutie paléographique, comme il sied à un élève du grand Alphonse Dain, développe beaucoup l’appareil savant (520 p. de notes rien que dans le second volume, contenant les Pensées; on y trouve, de propos délibéré, peu de références bibliographiques secondaires et aucun commentaire exégétique personnel, mais d’innombrables citations des textes dont s’est inspiré Pascal ou de documents illustratifs, pour permettre au lecteur de se faire sa propre idée). L’autre raison au plus grand encombrement de cette édition tient à la présence de lettres choisies dispersées dans l’un et l’autre tomes en fonction de leur appartenance aux grands massifs selon lesquels Le Guern distribue sa matière, de préférence à une organisation strictement chronologique. Edition courante sans prétentions scientifiques, Chevalier vaut par sa commodité, qui en fait un bréviaire; opus érudit (beaucoup plus que le Malebranche de Rodis-Lewis, surtout dans le second tome, où le commentaire est réduit à la portion congrue), le Pascal de Le Guern est appelé à faire autorité pour la rigueur de son établissement des textes, sa critique dans les notices, son ample documentation, ses index et tables de concordance.

      • Je vous remercie, cher Neo-Birt7, pour ces éclaircissements ! J’ai tendance à préférer les anciennes Pléiade aux nouvelles mais dans un tel cas de figure, le doute ne semble plus permis. La mention d’A. Dain me plaît et me rassure a priori. J’avais lu le tome 2 de sa traduction des Comédies d’Aristophane aux Belles lettres, non pas en C.U.F. bilingue mais dans la collection « Les Grands textes de l’antiquité, traduits en français » plus récente : vous vous souvenez ? Ils existaient brochés (la couleur était blanche très légèrement crème, ni jaune Grec ni rouge Latin, donc) mais aussi reliés sous rhodoïd (à ce moment-là, on avait du vert olive pour les Grecs ou rouge bordeau pour les Latins : dos avec titre doré) ?
        Concernant Geneviève Rodis-Lewis, vous prêchez un converti. J’avais lu et annoté le tome 1 de son Malebranche in-extenso lorsqu’il était sorti, pour des raisons personnelles, parce que Malebranche m’intéressait. Je n’ai jamais voulu me procurer son tome 2. J’ai suivi ses séminaires de troisième cycle vers 1983… sans intérêt, blafard, sans relief, sans couleur. Si vous mettez la main sur l’année 1950 complète (4 fascicules, de mémoire, par an) de la R.M.M. (la Revue de Métaphysique et de Morale), vous trouverez à la fin de l’un des fascicules le compte-rendu exhaustif de sa soutenance de thèse de doctorat : on lui a accordé du bout des doigts son titre, de justesse même. Membres du jury : Gouhier certainement… Sur Malebranche, il faut lire Victor Delbos et Henri Gouhier en priorité

        • M. Moury, c’est Hilaire van Daële, « le bien nommé » comme disait Marcel Caster pour le sérieux imperturbable et fade de sa version de ce comique si truculent, qui traduisit en Budé Aristophane en face du texte grec très solidement établi par le strasbourgeois Victor Coulon. Ces volumes de la C.U.F. furent les premiers de la collection à montrer une dimension savante incontestable, en raison de la très grande compétence critique de Coulon, formé à l’école germanique, les tomes précédents étant du travail vite fait; le grand Wilamowitz lui-même, pour qui, hormis Henri Weil, les frères Reinach, Philippe-Ernest Legrand et les Delphiens, la philologie française de l’époque ne comptait pas, et dont la réputation chez nous ne se remit jamais jusqu’à sa mort du fait qu’il avait signé le manifeste « An die Kulturwelt ! » le 4 octobre 1914 (Appel des 93 intellectuels allemands contre les prétendues calomnies franco-anglaises sur le déclenchement de la Grande Guerre par le Reich), Wilamowitz en personne signala la parution de cet Aristophane.

          Rodis-Lewis, pour ce que j’en ai vu, fut une historienne de la philosophie consciencieuse mais ô combien terne et ennuyeuse (son Descartes tient de funérailles plutôt que d’une résurrection), une anti-Gouhier ou Gilson, en somme. On peut dire qu’elle a mis Malebranche au tombeau, entre sa Pléiade déséquilibrée, austère dans le pire sens (il fallait traduire les citations néo-latines ! gloser beaucoup plus les passages délicats ! procurer de l’exégèse !), et les Oeuvres complètes chez Vrin, trop purement critiques et d’une pauvreté déconcertante pour un penseur aussi original que l’immense Oratorien.

          • Nous avons ressenti, cher Neo-Birt7, la même chose sur Rodis-Lewis : la définition que vous donnez de ses oeuvres, est excellente. C’était, en effet, à la lire certainement et à l’entendre probablement aussi (sa voix était terne et sans chaleur) une anti-Gilson et une anti-Gouhier qui demeurent des modèles à mes yeux.
            Chez Vrin, je vous recommande « Essai sur la mystique de Malebranche » de A. Cuvillier, qui est clair et excitant à la fois. A. Cuvillier avait fait un si beau manuel de philosophie avant-guerre, si remarquable, comparé aux manuels absurdes qui ont ensuite fleuris, mis à part celui de Grateloup, dense et suggestif mais un peu trop influencé par le structuralisme de l’époque. Bref… autre sujet pour le coup.

            Navré pour ma substitution fautive de A. Dain à H. Van Daele : un lapsus peut-être dû à la qualité philologique de l’un comme de l’autre. Je me souviens que les notes étaient assez riches. C’était le tome qui contenait L’Assemblée des femmes, les Thesmophories, les Oiseaux, parmi d’autres pièces.

            Mes remerciements pour vos utiles remarques infra concernant le style de la traduction de Walter, inférieure en somme à celle d’Ernout concernant Salluste mais suffisante pour balancer celle de César par L.-A. Constans, celle de Tite-Live par G. Baillet, si on résume, n’est-ce pas ?

          • En un mot, oui; Walter représente un choix attractif pour qui recherche un premier contact avec les trois grands historiens romains précédant Tacite. Sur la Guerre des Gaules, Constans écrit peut-être un français trop raffiné, ou du moins coulant, pour le latin certes racé (« elegantia Caesaris ») mais avant tout simple et accessible, de César; aussi aurais-je tendance à favoriser les traductions par Maurice Rat du Bellum Gallicum comme du Bellum ciuile aux Classiques Garnier, à son habitude richement annotées et d’une plume ne recherchant pas la beauté. Il est dommage que Michel Rambaud, bon écrivain en sus du très subtil horloger de la désinformation documentaire de César que tout le monde exploite, si on ne le cite plus guère (nous subissons depuis le milieu des années une période de crédulité historiographique qui voit même une nullité comme Diodore de Sicile passer pour un penseur de l’histoire universelle), n’ait pas trouvé le temps de retraduire César.

          • Concernant Tite-Live, j’appartiens à l’école de ceux qui croient qu’il convient de calquer en français son style périodique et fuyant en général le détail politique ou militaire de nature technique. La traduction de Baillet pour les premiers livres de l’Histoire romaine, et surtout celle, complète, d’Eugène Lasserre aux Classiques Garnier, mettent ainsi le lecteur francophone dans une situation correspondant à celle du lecteur latin devant l’abondance soutenue et facile qui produit l’effet d’un aliment (« lactea ubertas ») du style livien. A fortiori les versions Budé du restant de l’oeuvre, et surtout celle d’Annette Flobert en Garnier Flammarion, la seule intégrale depuis Lasserre, prennent le parti de tronquer les longues périodes narratives ou oratoires de l’original afin de maximiser la clarté en fonction de l’esprit français; pourtant, le grand style classique chez nous était périodique à gros grains oratoires (Bossuet, Malebranche, Saint Simon, etc avec des ramifications au XIXe siècle notamment chez Balzac – je pense au Lys dans le Vallée – et un prolongement dans l’Essai de Gobineau).

    • Il n’y a pas bien entendu pas de texte latin dans les Historiens romains de la République, sans quoi ces deux volumes pèseraient le double en pages. La mention « édités par G. Walter » doit représenter une rodomontade éditoriale, partiellement justifiée par la présence d’une très longue et encore bien utile table analytique des matières dans le volume césarien; les biographies des acteurs des guerres civiles romaines qu’on y trouve valent leur pesant d’or, pour le ton décalé ou sarcastique et la liberté de jugement que s’autorise Walter (l’entrée sur Caius Scribonius Curio est une petite merveille de drôlerie).

      • Comme d’habitude, utile réponse dont je vous remercie.
        Sa traduction vous semble-t-elle bonne dans l’ensemble ?
        Faite sur un texte correct dans l’ensemble selon vous ?

        PS j’ai tendance à privilégier, par souci de temps, les Pléiades qui comprennent les Oeuvres complètes d’un auteur. Il me semble que dans le cas de Salluste, c’est là qu’on le trouve complet en Pléiade n’est-ce pas ? J’avais le Salluste par Alfred Ernout : la traduction de Walter vaut-elle celle de Ernout selon vous ?

        • M. Moury, Walter avait un joli brin de plume et traduit correctement sans afféteries inutiles César et Tite Live, duquel il donne un texte français (hélas bien anthologique, attendu qu’une version de tous les livres conservés de l’Histoire romaine eût occupé deux volumes de la Pléiade) presque aussi aisé que celui de Gaston Baillet à la C.U.F. Sur Salluste, je crois que sa tendance générale à suivre l’interprétation de son éditeur de référence nous vaut une traduction sans mérite individuel, et c’est dommage, attendu que la concurrence est minimale (la jolie mais lointaine version de Jules Roman sur le texte vraiment très conservateur pour un travail d’inspiration havétienne édité par Brigitte Ornstein avec un apparat difficile à lire [première Budé, 1924] étant mise de côté, il ne reste que les traductions d’Ernout, dans la seconde Budé, et de François Richard, aux Classiques Garnier [1933], l’une et l’autre correctes, vives et bien troussées, mais pas exactement superposables compte tenu du texte latin retardataire imprimé par Richard). Le gros désavantage de Roman, Richard (ce dernier à mon sens le seul à suggérer en français quelque de l’allure de l’original latin), Ernout tient dans leur refus de tout archaïsme et néologisme, qui a pour résultat d’effacer deux caractéristiques essentielles de la prose sallustéenne. Walter ne fait pas mieux, au contraire, avec son style très contemporain; et sa fluidité annule la vigueur de l’original latin.

  38. Alors, cette « cette petite photo couleurs contemporaine ridicule » est un petit bout de la fresque l’Ecole d’Athènes d’un obscur barbouilleur transalpin qui se faisait appeler Raphaël (1483 – 1520)…

    • Elle est tellement petite que je n’ai pas réussi à voir ce que c’était : je croyais que c’était une photo récente ! Vous me rassurez… mais j’aurais préféré un buste d’Epicure, celui dont je parle.

  39. Mon bien cher Domonkos, se terme d’ami suffit à me mettre en joie. Mais je ne pense pas que vous m’ayez pris au dernier degré lors de mes révélations de vos accointances avec Yog-Sottoth ? (moi-même, lorsque je me rends dans Arkham, je ne dédaigne pas de me faire accompagner par Pickman. Il est vrai qu »il est passablement humain Azatoth c’est impossible et Cthulhu n’est pas présentable).
    Pour Sade, qui est bien autrement monstrueux que Lovecraft, je préfère mon édition en cuir noir avec les introductions de Klossowsky, Gilbert Levy, M.Heine etc. Par contre la contribution de Lacan est purement lamentable.
    De plus elle est réellement complète cette édition (A Paris, Au cercle du livre précieux, MDCCCCLXVI) et tellement plus belle, d’ébène et doublée de rouge au verso de la couverture, je ne sais comment dire cela en termes de connaisseurs.). Il y a eu, j’ose le mot, une désacralisation de Sade qui a permis qu’on édite ce que j’élirais sans doute comme le livre le plus atroce qui soit, « Les cent-vingt journées de Sodome », et je pense ici tout particulièrement à ce qui n’est pas récit mais aux idées de tortures rapidement notées par Sade. Sade que je lis et apprécie, car outre les incroyables péripéties de ses personnages, je trouve qu’il y a quelque chose d’un comique énorme dans ce priapisme hyperbolique qui voit le Pape jurant et sacrant comme un bougre, Minsky et ses pâtés aux couilles, et mieux vaut que j’évite d’évoquer de la façon dont sont détaillés la préparation d’autres produits délectables…au goût des personnages! Et puis il est amusant de voir le marquis faire son butin de Montesquieu et de biens d’autres. Je suppose que sur ce point la Pléiade est mieux informée. Pourtant, Sade en Pléiade, est-ce une si bonne nouvelle? Que sont nos enfers devenus… Enfin, Mercier a été édité au Mercure de France.
    Nous voilà loin de Racine!
    Bref, vannez, oh Domonkos qui donnez de belles couleurs à la vie, tel qu’un vanneur au van, je vous en prie. Mais savoir quand vous le faites…

    D’un vanneur de blé aux vents

    A vous, troupe légère,
    Qui d’aile passagère
    Par le monde volez,
    Et d’un sifflant murmure
    L’ombrageuse verdure
    Doucement ébranlez,

    J’offre ces violettes,
    Ces lis et ces fleurettes,
    Et ces roses ici,
    Ces vermeillettes roses,
    Tout fraîchement écloses,
    Et ces oeillets aussi.

    De votre douce haleine
    Éventez cette plaine,
    Éventez ce séjour,
    Cependant que j’ahanne
    A mon blé que je vanne
    A la chaleur du jour.
    J. Du Bellay

    • Au fait, j’y pense, si je reste quant à moi, tapi dans ma tanière cévenole, à proférer d’obscures malédictions (dont quelques-unes paraissent sur ce malheureux blog qui ne m’a pourtant rien fait pour mériter ça), mon fils était, la quinzaine dernière, en voyage en Nouvelle Angleterre et il n’a pas manqué de rendre visite à la Maison du Maître et en divers hauts lieux de culte des Grands Anciens…
      Depuis son retour, je le trouve quelque peu inquiétant…

  40. « Nous avons fait notre éducation, formé notre goût, avec des livres dont la première page était déchirée. On n’en saurait dire ni le titre, ni l’auteur. C’est le vieux roman dépenaillé, qu’on a lu quarante fois en cachette, qui a eu le plus d’influence sur nous. »
    Jules Renard, Journal, 25 septembre 1908.

    Pour moi ce fut les Souvenirs d’enfance et de jeunesse de Renan. J’en sais précisément le titre, car la première page de ce vieux volume pitoyable qui traînait dans un coin de la bibliothèque de mes parents n’était pas déchirée. Pour le reste, un papier rêche, d’une grossière épaisseur qui le rendait ridicule. La poussière d’autre part, et les moisissures, s’étaient insinué partout comme s’il avait séjourné dans quelque malle oubliée dans un grenier ou voyagé longtemps dans la soute à provisions d’un méchant rafiot. Et jamais personne dans la famille n’en a su l’origine.

    La littérature n’est pas le livre, et le livre est un moyen de la littérature et non sa fin. Nous avons, en Kabylie — et il y a dans d’autres régions du monde sans doute —, des poètes qui, faute de mieux, ont déposé leur œuvre entière dans la mémoire de leurs contemporains qui, à leur tour, l’ont transmise aux générations suivantes. Et, malgré les efforts louables d’un merveilleux Jean Amrouche, on est obligé aujourd’hui encore pour l’écouter, cette poésie, d’interroger un ancien — ou plutôt une ancienne d’ailleurs, car c’est par les femmes surtout que cette poésie s’est conservé.

    J’ai parlé déjà ici de la non importance du livre comme objet, et ce que je dis là y fait une petite suite que j’ai eu la faiblesse — et la présomption aussi — de croire utile (à qui ? je ne sais). On me pardonnera cette nouvelle audace, ou on me coupera.

    (Je profite de l’occasion pour saluer chaleureusement tous ceux avec qui j’ai conversé ici il y a de cela quelque temps.)

    Bonnes lectures à tous !

    • Il y a eu la mémoire et la parole, il y a eu le livre, il y a les supports dématérialisés informatiques… La mémoire vacille, elle est infidèle, elle recrée, la parole s’éteint, se tait, peut être interdite, la langue elle-même peut se perdre dans l’incompréhensible, mais quelque chose se transmet toujours…
      Les livres brûlent, se perdent également, s’empoussièrent, moisissent, pourrissent…
      On n’est pas très certain de la pérennité des supports dématérialisée, on a enregistré la parole, on numérise les livres, on réalise le rêve fou de la bibliothèque universelle, que deux forment de disparition menacent : par l’effacement, l’usure ou la destruction ou bien par l’indifférence provoquée par cette masse surhumaine…
      Alors, le livre… Qui sait ce qu’il restera ?
      Qui sera là et pour combien de temps, pour recueillir la mémoire et la parole, l’écrit et le fantôme de l’écrit dans la machine ?…

  41. Brumes, à l’occasion, vous voudrez bien corriger une coquille que je viens de découvrir dans mon texte en le relisant : « la poésie s’est conservée », j’avais omis le « e » final.
    C’est dérisoire en apparence, mais le fait est que je ne supporte pas qu’on ne respecte pas les règles de la langue : c’est vraiment le moins que l’on puisse faire.
    J’ai corrigé sur mon propre blog, mais on ne peut pas retoucher des commentaires mis sur d’autres blogs.
    Merci infiniment.

    • Vous êtes entouré d’amoureux de la langue, qui ont tous conscience des ravages de l’inattention. La plus grande des tolérances est la règle. En signe de pénitence, vous me réciterez néanmoins un Baudelaire et deux la Fontaine.

  42. Question posée par le cancre au fond de la classe, qui fait rien qu’à pas écouter : a-t-on des informations fiables (hormis la réédition des Misérables de Hugo) sur le programme de début 2018 ?
    J’ai peut-être loupé des messages sur le sujet (ou oublié) ?…

  43. « Les imparfaits du subjonctif. C’est affaire de mesure. La beauté du style est dans sa discrétion. Il n’est pas plus ridicule de se servir de l’imparfait du subjonctif que de dire : “Je fus… Je fis… Nous partîmes…” Mais il ne faut pas abuser ; le passé défini nous lasse vite. De beaux parleurs ne cessent pas de s’en servir.
    Tout lasse. L’image même, qui est d’un si grand secours, finit par fatiguer. Un style presque sans images serait supérieur, mais on n’y arrive qu’après des détours et des excès.
    C’est ce qu’ignorent les professeurs, qui commencent par vous éteindre. Il ne faudrait s’éteindre que sûr de retrouver de l’éclat au moment voulu.
    Le beau style ne devrait pas se voir.
    Michelet ne fait que ça : c’est éreintant. De là, la supériorité de Voltaire ou de La Fontaine. La Bruyère est trop voulu, Molière, trop négligé.
    Il y a des gens qui n’arrivent à la concision qu’avec une gomme à effacer : ils suppriment des mots nécessaires.
    On devrait écrire comme on respire. Un souffle harmonieux, avec ses lenteurs et ses rythmes précipités, toujours naturel, voilà le symbole du beau style.
    On ne doit au lecteur que la clarté. Il faut qu’il accepte l’originalité, l’ironie, la violence, même si elles lui déplaisent. Il n’a pas le droit de les juger. On peut dire que ça ne le regarde pas. »
    Jules Renard, Journal, 4 mai 1909.

    De cela aussi j’ai parlé ici. Le style c’est affaire de mesure avant tout. (En lisant un ou deux commentaires de Restif ci-dessus, j’ai vu qu’il s’était assagi au point que je ne l’ai pas reconnu — c’est-à-dire son style « précipité » et impatient ; il a gagné en mesure et en clarté ; cela m’a fait plaisir).

    La Bruyère, trop voulu si l’on veut, mais c’est affaire de goût : pour moi, comme maître de la langue, il est aussi incontournable que Voltaire, ou que, plus près de nous, Barrès. Et Michelet ne me lasse pas trop, je le lis depuis bien trop longtemps et j’y ai mes repères — j’allais écrire « mes habitudes ».

    Mon excuse pour faire passer cette intervention nouvelle, dont le fil qui la relie à la Bibliothèque de la Pléiade est si ténu qu’on ne le voit pas : mais Renard est dans la Pléiade, voyons ! Et La Bruyère aussi ! Mais si, mais si (alors que la vérité m’oblige à dire que je ne lis aucun de ces auteurs dans cette collection, ne lisant plus désormais qu’en numérique — « il faut être absolument moderne », lit-on à la fin de la Saison en enfer, juste avant le « Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n’ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !… »).

    Sur le respect de la grammaire, on pourrait me rétorquer qu’il y a du ridicule à respecter scrupuleusement des règles arbitrairement fixées (et on l’a déjà fait avec moi dans la vie « réelle », je veux dire loin de l’ordinateur). Mais n’est-ce pas que, plus largement, la civilisation commence lorsqu’un système de règles a été constitué et adopté dans un domaine donné ?
    La liberté grammaticale, si j’ose employer cette expression, est la prérogative du seul écrivain de génie, dont l’un des rôles est précisément de changer la langue (quand ce n’est pas de l’élaborer, comme ce fut le cas au XVIe siècle).

    • Tout numérique… Tout dématérialisé… « Moderne à tout prix » (?) Oui. On peut considérer que le parfum peut se passer du flacon. Mais le parfum, « libéré », se dissipe, s’évanouit, il n’en reste plus trace…
      Le temps aidant, même pas le souvenir.
      L’oubli.

        • L’hyper mémoire et l’amnésie… Pardon, j’enfonce des portes ouvertes.

          Je suis dans une attitude de refus absolu, je me cabre contre cette noyade dans le grand tout qui est le grand indifférencié et finalement le grand rien (en terme de signification). Je me sers du numérique, par paresse, par curiosité, par urgence, pour vérifier un point, trouver des pistes, mais, non, pas par goût ni par préférence.
          Je préfère mon ignorance à l’ignorance universelle (ou savoir univsersel).

          Dinosaure appartenant à l’ancien monde. Je ne suis pas obligé de me donner au nouveau monde. Qu’est-ce que cela me rapportera de mourir (bientôt) « moderne » ?

          • J’ai falli me laisser convaincre que c’était par paresse, mais non, la paresse aurait été de me laisser engloutir, de renoncer à mon refus (et oui, je me sers de cet outil, mais seulement comme d’un outil, je ne le considère pas comme un horizon indépassable : on m’a déjà fait le coup dans l’ordre de l’Art, de la Poésie, de la Pensée, du Politique… terminé, fini, je ne crois plus à ces miroirs aux alouettes, que Macron y aille, lui est « moderne » et si content de l’être !)

            J’ai revendu très récemment mon Ipad (un très bon prix, j’ai eu l’impression de vendre du plomb au prix de l’or), j’avais téléchargé dessus, lorsque j’étais dans mon île perdue du Pacifique, plus de 800 « livres »… Je n’en ai jamais lu aucun. Même là-bas. Cela ne pouvait étancher ma soif de livres. Quand j’ai eu une envie de chocolat, je ne mange pas une purée de pommes de terre pour compenser.

  44. Retour du Théâtre National de Toulouse avec une grande déception : j’étais allé voir un spectacle de Yves-Noël Genod, « La Recherche », à propos de qui vous savez : un « décor » d’entrepôt uniformément noir qui n’évoque en rien l’atmosphère ni la grandeur de cette oeuvre, une lecture d’extraits de Proust (sur tablette !) accompagnés de commentaires qui ne m’ont pas réellement intéressé. Des références à Nerval, Chateaubriand, Baudelaire (tout cela, OK), mais en supplément, et surtout, à Marguerite Duras (et là, je me fâche …) : il faut être, me semble-t-il, escroc ou se croire alchimiste pour prétendre élever l’oeuvre de cette dernière au niveau du premier.
    Et puis, la notice de présentation qui nous dit : « Mais Proust préférait le côté mer » (par opposition à MD). « Hors Proust – c’est là que je voulais en venir -, c’est exactement la même chose : il ne rêve pas, … »
    Est-ce vraiment cela la culture ?

  45. Vous en êtes encore au Journal de Jules Renard Ahmed ? Déjà il y a un an au moins vous ne cessiez de le citer, de la même façon dont vous nous avez annoncé pas moins de quatre fois l’arrivée de Perros . Quitte à user aussi de la réitération j’avoue préférer de beaucoup le Jarry des Gestes et opinions du docteur Faustroll, -d’ailleurs, l »influence de Jarry , la fécondité de sa pensée c’est quelque chose d’immense. On peut aussi se saouler de Lorrain, de Villiers,mais bon, chacun ses goûts. Je dois dire que « L’écornifleur » ou « Le vigneron dans sa vigne » ne me paraissent pas des œuvres géniales, comparables à Gontcharov ou Chalamov. Il est d’ailleurs dommage que je ne lise jamais le nom d’un génie allemand,chinois russe, anglais etc sous votre plume. Vous semblez hanté par un tropisme français, une certaine idée à mon sens fausse du style français – elle oublie Cyrano, Rabelais, Sorel – or c’est prendre le risque de passer à coté d’écrits prodigieux. Renan n’est plus lu aujourd’hui, et ça se comprend. Bloy, Péguy, Claudel m’intéressent autrement que la sécheresse étriquée de Renard.-hors Journal. Que Jouhandeau est large à côté, et pourtant certains les croient proches. Que non! Mais ce n’est pas là que ma subjectivité et je n’en ferai pas une loi, je me défie infiniment des législateurs du Parnasse.
    Vous êtes gentil de me féliciter de mes progrès en com mais il n’y a pas lieu. J’écris toujours de manière aussi pressée, faute de temps. Simplement, il est des textes plus courts. Au fait, vous vous tancez pour une faute mais vous en faites une bien plus grosse avant celle dénoncée. Moi je m’en moque, je crois avec Draak que les com’s ne sont pas des articles. Je peux mette un « se » en lieu et place de « ce », le lecteur corrigera. La grâce brumesque nous couvre, je le veux croire. L »euphuisme a ses grâces sous savez…
    Ah, vous abusez des propos de Rimbaud. Il parle de poésie, d’écriture, le tirer du coté des liseuses c’est pour le moins inconvenant intellectuellement.

    • Restif, vous m’avez fait peur : je lisais et relisais mon texte sur l’écran, et je ne voyais pas la faute. Elle était bien là pourtant, sous mes yeux : « s’étaient insinuées » ! J’ai bien ri. Me voilà bien attrapé.

      Vous avez tort de me prêter un esprit aussi étroit. Je n’ai pas honte d’aimer ce que j’aime, ni de préférer une certaine littérature française. Et je dis et répète que j’aime Renard ainsi que Montherlant, parmi quelques autres.

      Pour Rimbaud, ce n’était qu’une boutade. Elle inspirera peut-être un Steve Jobs en herbe, et je ne toucherai pas un centime.

    • Et pour finir, je me soucie de ce qui se lit, de ce qu’« on » lit comme d’une guigne. Et j’ai toujours marqué, dans mes choix, une nette préférence pour les auteurs que l’université ignore. Je lis toujours Renan aujourd’hui avec plaisir et profit, et si vous me dites que je suis le seul, le dernier, alors tant pis, ou tant mieux.

  46. Ce genre de spectacle est à fuir absolument, mais parfois on n’en connaît pas la teneur ni la tonalité lorsque l’on réserve.
    Merci de cette critique, Phil : un homme averti…
    Pour ma part je m’engage à dénoncer les fumisteries théâtrales auxquelles j’aurai assisté (par méconnaissance). 🙂
    A ce sujet j’en profite pour signaler l’adaptation de La Mouette par Thomas Ostermeier, à laquelle j’ai hélas dû assister l’an dernier (tournent-ils encore ?) ; rien à redire sur ces pauvres acteurs à qui l’on fait prendre le taxi et évoquer les SDF dans cette trahison de Tchekhov.

  47. Après les nouveaux Misérables et Stevenson tome 3, publication en avril d’un premier volume des Œuvres de J.-H. Rosny aîné en Pléiade… La Guerre du feu en Pléiade fallait y penser !

    • Je ne suis pas sur que cette information soit vraiment officielle : le seul site qui en parle évoque une publication en 20 volumes, irréalisable et utopique en Pléiade..

      • D’ailleurs, cette nouvelle date du 1er avril 2017, sur un site consacré à JH Rosny..
        Je remarque par contre que l’oeuvre d’Antonio Tabucchi est dorénavant sous pavillon Gallimard (son oeuvre est rééditée en Folio, je pense qu’ils en ont récupéré les droits), pourquoi pas une publication en Pléiade? Tabucchi est à la fois grand public et hautement littéraire, d’une clarté narrative qui fait sa force. Il mériterait la Pléiade qui n’a aucun écrivain italien vingtièmiste (on aimerait aussi Gadda) mais je ne sais pas si le projet est en cours, comme Calvino.
        Signalons aussi la réédition en février prochain de la Danse Sacrale dans la collection l’Imaginaire, l’un des derniers romans d’Alejo Carpentier, dont on avait parlé pour la Pléiade. Souvenons nous que la publication de Roth avait coincidé avec une réédition de ses premiers romans (non retenus en Pléiade) en Folio, et que la Pléiade Vargas Llosa avait été précédé d’une retraduction de Conversation à la Catedral.. On dit souvent que Carpentier est un peu oublié mais son oeuvre a une vraie force, il annonce Garcia Marquez (qui est un géant soit dit en passant) avec peut-être une dimension plus politisée. Le Recours de la Méthode est un très grand roman, et le baroque de Carpentier, même s’il est souvent contenu, tenu par une maîtrise narrative qui l’empêche de délirer, porte encore aujourd’hui.

          • Je savais que Tabucchi allait faire friser en boucles rétives quelques moustaches..
            Dejà, un rappel simple : il est bon d’être un auteur Gallimard en ce moment pour entrer en Pléiade. On parle de Beauvoir, de Gary, de Nimier bientôt : des auteurs Gallimard. Un rappel : Roth, Vargas Llosa, Kundera : Gallimard. Jean d’O : Gallimard. Bien sûr que ce n’est pas un critère exclusif – encore heureux; mais disons qu’en ces temps d’obscure littérature, il est bien de faire partie du cénacle Gagallimard. Parce qu’on va – légitimement – discuter de la pertinence de l’entrée de Gary, Beauvoir, Nimier; mais la question des droits et des frais doit y être pour beaucoup (et c’est logique).
            Sur Tabucchi : il a une fausse simplicité, possiblement trompeuse à première lecture. Un peu comme Schwob d’ailleurs, et je n’en parle pas seulement parce Vies Imaginaires et Rêves de rêves de Tabucchi se rejoignent dans l’intention et la technique; les deux sont avant tout des conteurs. Cette volonté narrative crée leur lisibilité d’apparence banale, mais diablement retorse si on l’explore. Tabucchi explore l’onirisme d’une manière vraiment tendre, presque palpable, caressante. Son oeuvre porte en étendard un espace de malaise aimable, une saudade d’héliotropisme portugais qui le rend à mes yeux assez proche de Lobo Antunes par certains aspects. Son degré de la forme littéraire est sensible, constant et toujours remis en question : la matière est quelque part parfois semblable, mais jamais son énonciation. Que ce soit l’épistolaire, le soliloque du mourant, le conte, les nouvelles, la fiction romanesque, le récit anecdotique, la forme du rêve, le roman policier. Et c’est la cohérence de l’oeuvre, malgré son apparente dispersion formelle, qui est remarquable parce qu’évidente. Requiem, Pereira Prétend, Nocturne Indien : des livres remarquables où le banal est phagocyté par le rêve dans une étrange, douce et triste dévoration.

        • « Il mériterait la Pléiade qui n’a aucun écrivain italien vingtièmiste » dites-vous Euphorion mais il y a quand même le théâtre de Pirandello en 2 volumes. Il est vrai que la botte a peu de représentants toutefois dans notre collection favorite.

      • Vous me « rassurez » Euphorion, Rosny c’était quand même un peu « brutal », même pour moi… (Je ne vois qu’une Polonaise pour accepter de s’en jeter un derrière le colbac dès le petit déjeuner)

    • Vous êtes sérieux ? Rosny Ainé, ce n’est pas un fake comme on dit sur d’autres blogues ????…
      Si c’est vrai je ne vois plus ce qui empêcherait de voir se réaliser mon fantasme de « fantastiques belges », de lovecraft et Cie…

      • en tous cas, après London, Verne, Twain, cela confirmerait que la Pléiade se rapproche de Bouquins… A quand Fantomas et Arsène Lupin ?

        Notez que je ne me sens pas révolté, ce que je hais le plus, quitte à radoter, c’est les fausses gloires et les prétendues écritures « littéraires », Jean d’O en tête, Kundera, Colette, etc. Je ne donnerais pas d’autres noms pour ne fâcher personne…

  48. A propos d’édition ou de réédition, j’ai entendu cette semaine sur France Culture qu’une réédition, en format poche, des oeuvres complètes de Rousseau était imminente chez Garnier-Flammarion.
    Le commentateur présentait cet événement comme une bonne nouvelle : quelqu’un sait-il si c’est vraiment une affirmation fondée, ou à intention publicitaire ?
    J’aime beaucoup l’édition Pléiade, même si du point de vue de la science « pure », l’annotation m’a parfois semblé douteuse.

  49. La librairie Gallimard m’a indiqué par téléphone les parutions 1er semestre 2018 :
    en plus des Misérables il y a Stevenson III, 2 volumes Kierkegaard et 2 volumes Simone de Beauvoir. Cela nous fait bien les 6 habituels pour cette moitié de l’année.

    • Alléchant et ruineux ! (Heureusement que je pourrais faire des économies sur Simone de Beauvoir, sans cela, comment pourrais-je m’offrir Stevenson et Kierkegaard ?).

        • Pour les Misérables, s’il y a bien tous les ajouts dont il a été question (versions diverses, illustrations, commentaires…) cela ne tiendra jamais dans un seul volume. Déjà la version actuelle sans presque aucun commentaire fait 1800 pages.

          • Bah, il sera revendu sur Ebay (je ne prendrai même pas la peine de le lire, celui-là), me rapportera 30€, ce qui me remboursera la moitié du Stevenson. Merci Mme de Beauvoir !

          • pléiadophile et Domonkos, la misogynie (qui s’ignore) de vos commentaires m’interroge – alors même que je goûte par ailleurs vos remarques…
            Nul doute que ce rejet est le fait du sexe de cette auteure – homme, il eut été à parier que l’indifférence aurait été de mise.
            Parler de « marée féministe », pléiadophile, m’interroge sur vos comportements au quotidien, envers tout ce qui se présente comme une altérité pour vous. J’espère qu’elle vous recouvrira.

  50. Rosny en Pléiade j’espère bien que c’est une blague… Avant Maetinlinck, Verhaeren ou Norge. La Belgique ne mérite pas ça ! La réédition de la Guerre du feu en folio était suffisante. (Plaisant et distrayant à lire cela dit en passant)

  51. En effet Phil une nouvelle édition des Œuvres complètes de Rousseau est en préparation pour les éditions Garnier. Elle sera chronologique avec la correspondance publiée à la suite des œuvres, textes revus d’après les manuscrits (avec ceux achetés il y’a quelques années par la BNF), incluant des textes oubliés dans les volumes Pléiade (articles de l’Encyclopedie), et illustrée. Mais à ma connaissance le chantier a été lancé il y a déjà 5 ou 6 ans. Peut-être cela aboutira en 2018….

    • Un nouveau Rousseau est-il une bonne idée, surtout publié chez ces pirates des éditions des Classiques Garnier où le moindre volume coûte un bras – veulent-ils donc concurrencer Brill, Walter de Gruyter ou Vandenhoeck & Ruprecht ? – et où la qualité ne se montre pas toujours au rendez-vous, comme cela est presque inévitable lorsque l’on se fixe pour objectif de publier sans tenir compte des avis des jurys des thèses doctorales plus ou moins remaniées ? Cela nous donnera, à supposer que l’entreprise ne soit pas frappée d’obsolescence avant même d’être à moitié disponible, trente ou quarante volumes (la Correspondance de Rousseau tenant du monument) que n’acquerront qu’une ou deux bibliothèques françaises. Singulière fin de vie pour un écrivain aussi vivant que le fut le grand Genevois !

      Je m’en étouffe de fureur. Rosny Aîné et le Castor Sénior entreraient en Pléiade, lors même que la collection se contente de l’affreux Platon de Robin ou comporte moult éditions périmées des grands maîtres des XVIIe-XVIIIe siècles (La Bruyère, La Rochefoucauld, Bossuet, Chénier, voire Boileau) ? Théophile Gautier y avait sa place; il se vendrait, si je ne m’abuse, à la hauteur de la diversité de son oeuvre, qui cultiva tous les tons et les styles. Stevenson sur papier bible, mais toujours pas de Pope ou de Marlowe, pour ne rien dire des Contes de Canterbury ? A ce compte, d’ici vingt ans, nous aurons Ann Rice en Pléiade…

        • Mea maxima culpa. Mais pas sa poésie ni sa critique artistique et performative (la danse !!). Autant dire ce qui se trouve aisément ailleurs. J’avoue d’ailleurs ne pas goûter Le capitaine Fracasse, dont le premier chapitre tout entier (Le château de la Misère) tient de la parodie balzacienne bête et méchante.

  52. Excellent canular. Ça ne me choquerait pas que Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Conan Doyle, Eugène Sue ou Samuel Richardson soient édités en Pléiade, au même titre qu’Howard Phillips Lovecraft ou Wilkie Collins. Après tout, les écrivains populaires qui ont traversé (au moins) un siècle ne sont pas légion.
    Quand à l’album de Beauvoir – s’il est avéré -, il me semble qu’il y avait au moins une bonne centaine d’écrivains qui auraient pu passer avant…

  53. …ou alors, je fais (quoi qu’il m’en coûte, c’est tentant) un « acte militant » : je renvoie à Gallimard l’Album de la Comtesse Simone, avec, en dédicace : « Non Merci ! »

    • Ce sont les libraires qui offrent l’album. Ils l’ont acheté à Gallimard. La formulation a son importance. D’ailleurs depuis quelque temps Amazon n’offre plus le dit album.

      • Vous avez raison, mais si je le rends à mon libraire, il va simplement le donner à quelqu’un d’autre… et Gallimard n’en saura rien.
        Ceci étant dit, c’est juste pour de rire. Je vendrai et cela paiera un demi-Stevenson ou un quart de Kierkegaard (sans doute sous forme de coffret ?)

  54. Jules Renard : j’aime profondément la figure si noble et si belle de cet homme. Je l’aime pour son intelligence d’abord. Pour sa droiture ensuite. Mais il y a aussi la terrible lucidité, le courage, l’originalité (il a écrit de si belles choses sur la nature, sur les paysans de son village). Tant de qualités qui me sont chères.

    Son journal le montre ne se trompant jamais sur la valeur de ses contemporains — et vous savez comme moi à quel point cette aptitude est rare. Seul face à l’aveuglement général, il ne cède sur rien. C’est tout juste s’il se questionne parfois sur un goût, sur une vogue qu’il cherche à comprendre. En mai 1909, il trouve Swinburne fade, et l’on peut être sûr que s’il s’est décidé à ce moment-là à le lire, c’est parce que tout le monde autour de lui devait parler élogieusement du poète anglais qui venait tout juste de mourir. Il va voir une exposition de nymphéas de Monet, mais c’est pour pouvoir dire comme un touriste « je suis allé là », parce que « il y a un abîme entre notre art et celui-là ».
    Il est peut-être le seul de son époque à avoir senti tout de suite que Rostand c’était du toc (malgré l’envie que le succès extraordinaire de son ami a pu lui inspirer par moments). Il avait compris avant tout le monde que la pensée de Barrès, si grand écrivain qu’il fût, se réduisait à peu de chose.

    Mais cet homme remarquable, cet homme si terriblement attachant fut antisémite. Antisémite de race, précise-t-il, mais non en fait (contrairement à un Jouhandeau, par exemple). Et s’il le dit, ce n’est point pour se chercher une excuse, puisque à son époque l’antisémitisme est une opinion si ordinaire et si généralement reçue que c’était d’aimer les Juifs qu’il fallait presque se justifier.

    Et si je parle de cette chose moralement hideuse, le racisme, ce n’est pas que, vivant là où je vis, j’y sois plus exposé qu’un autre : je ne passe pas ma vie à ramener tout à mon insignifiante petite personne.

    C’est pour dire surtout que mon amour pour cet homme, et mon admiration, ne sont en rien affectés, ni même concernés par cet aspect de sa vie. Comme si l’art vous faisait entrer dans un monde où les valeurs morales n’ont plus cours (c’est sûrement dans ce sens qu’on a dit qu’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments), à l’intérieur duquel tout point de vue rationnel est pour le moins déplacé, sinon proscrit (Saint-Exupéry examine attentivement ces questions dans ses Carnets).

    De tout cela il reste que je ne peux pas comprendre le racisme, je suis là devant une impossibilité pour ainsi dire physiologique. Et je m’étonne : comment un homme d’une telle valeur a-t-il pu condescendre à être « antisémite de race » ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que cela veut dire, mon Dieu, qu’être antisémite de race et non en fait ? Qu’on pratiquerait la justice pour la justice, sans considération aucune pour l’homme avec lequel on l’exerce, et même d’une certaine façon malgré lui ? Que des gens qui ont ces opinions m’expliquent : car je ne demande qu’à comprendre. Comment la race à laquelle est supposé appartenir un homme s’y prend-elle donc pour définir a priori et une fois pour toutes cet homme, pour en définitive nous le donner d’avance ? Pour l’instant en tout cas je n’en démords pas : je pense que ce n’est là rien qu’une pauvre absurdité.

    Quelques nouvelles du front, et ensuite je vous laisse : j’ai vu passer un petit volume de Fata Morgana qui nous donne les lettres inédites d’un très jeune Paul Valéry à son « cher maître » Stéphane Mallarmé. Précipitez-vous si, comme moi, vous aimez la beauté et si les questions d’art vous passionnent : ces lettres sont tout bonnement sublimes. Et elles font voir que Valéry à dix-huit ans était déjà Valéry. (D’ailleurs Renard qui l’a croisé une ou deux fois a tout de suite noté la vive intelligence du jeune homme : « il montre de surprenantes richesses de cerveau, une fortune », écrit-il au début de l’année 1897).

    Je n’irai par contre pas acheter la correspondance de Camus avec Maria Casarès, que Catherine Camus vient de nous donner, parce que je me suis beaucoup trop éloigné de Camus, mais je pense qu’elle doit être intéressante à lire, utile sûrement à ceux que la vie et l’œuvre de Camus intéressent.

    • Dommage (votre éloignement de Camus) ; ceci étant dit, même si Camus m’est très cher, son théâtre est ce qui m’intéresse le moins, donc point de correspondance avec Casarès.

  55. D’après le CV de Jean François Louette trouvé sur le net, 2 volumes de « Mémoires » de Simone de Beauvoir à paraitre en mai 2018, édition dirigée par Éliane Lecarme-Tabone et Jean-Louis Jeannel.
    « Ma propre contribution (Notice, Note sur le texte et Notes pour La Cérémonie des adieux) a été remise aux éditeurs en janvier 2017 » écrit-il

  56. Dans cent ans, lors de ma troisième réincarnation, je me pencherai certainement avec émotion sur ces « Mémoires » de Simone de Beauvoir ; pour cette vie-ci, elle et son compagnon ont vraiment trop encombré notre horizon, je n’ai pas envie d’évoquer leurs ombres au risque de l’assombrir de nouveau.

  57. Revenu il y a quelques jours uniquement pour signaler la sortie d’un livre, je fus repris par la sorte d’euphorie (typique d’Internet et des échanges « virtuels ») que je connus sur cette page à l’époque où j’y venais déposer des billets, mû par des intentions mystérieuses que je n’ai jamais vraiment élucidées. Dès le début, c’est-à-dire dès les premiers commentaires publiés, mon premier mouvement fut de demander au propriétaire du blog d’effacer toutes mes interventions, pour la simple raison que je ne supportais pas de me voir imprimé de la sorte, et parce que je ne saisissais pas clairement le but de ma démarche. Je ressentais une sorte de vague malaise après chaque billet publié, et ce malaise ne m’a jamais quitté, et je l’ai ressenti ces derniers jours avec la même intensité.

    Cette nuit je ne dormais pas, et je suis allé vagabonder un peu dans les pages de commentaires, et lire un peu ce qui s’est écrit ces derniers mois. J’ai parcouru en diagonale deux ou trois de ces pages, pas plus. Que tout cela m’a paru oiseux, dispersé, touffu ! La litanie lassante des « j’aime Montherlant », mais « Montherlant est nul », et « Montherlant ne convient pas à l’époque », et puis « que fait Montherlant dans la pléiade », et puis « qui lit Renan aujourd’hui », et Jaccottet ! et le journal de Julien Green ! et Duras ! etc., cela n’a pas de fin.
    Et ces querelles récurrentes, et ces attaques : la même agressivité qui se donne à voir partout sur Internet, où on a l’impression que les gens ne peuvent pas échanger deux phrases sans en venir aux insultes (ici il n’y en eut pas vraiment dans ce que j’ai lu, mais enfin on s’y acheminait gaiement). Toutes choses que l’anonymat favorise fortement (personnellement, je me suis mis à l’abri de toute tentation en apparaissant sous ma vraie identité).

    A tout cela j’ai contribué moi-même bien entendu, et même assez copieusement (mais pas aux attaques).

    L’impression qui m’a petit à petit saisi n’est pas favorable : c’est celle d’une chose monstrueuse qui est sur le point de s’écrouler sous son propre poids. Un intervenant dont je n’ai pas retenu le nom (qu’il me pardonne) a, je crois, mis le doigts sur le problème : on a fait plier la forme du « blog » à quelque chose auquel convenait plutôt la forme du « forum » (au sens informatique actuel de ce mot).

    Mais même sous cette forme plus adaptée (qui permet des conversations parallèles et circonscrites), je ne serais pas tenté de participer. Pourquoi faire ? Partager ? Et quoi donc ? Il n’y a rien dans la vie d’un lecteur, qui est par définition solitaire, qui se puisse ainsi partager. Ce qu’il faut privilégier et encourager ce sont les liens personnels dans la vie réelle. Les échanges doivent prendre la forme traditionnelle de la correspondance entre deux personnes qui s’estiment et se conviennent. Cela s’appelle l’amitié, qui peut être plus ou moins forte, plus ou moins profonde, plus ou moins durable. Je crois que ce type de rapports est beaucoup mieux : en tout cas, une part du malaise que je ressens vient sûrement du côté artificiel de ces échanges entre anonymes, qui se veulent des conversations et qui n’en sont pas. C’est cette application incongrue d’Internet aux contacts humains que j’ai toujours rejetée. Internet c’est utile quand on le prend comme une base de données informatique. Les échanges humains, même les échanges intellectuels, ne doivent pas se faire à travers une machine : les humains sont faits pour se parler et non pour parler à des écrans.

    J’ai voulu, avant de tirer ma révérence une nouvelle fois, laisser ici le témoignage de ce que j’ai vécu en venant participer à cette page, et je l’y laisse en guise de dernier commentaire et à toutes fins utiles (après avoir pensé un temps l’envoyer par courriel au propriétaire du blog plutôt).

    • Le chantre de la modernité et de la lecture sur Kindle devrait applaudir des deux mains la possibilité de converser autour d’un sujet qui nous réunit (plutôt que de nous unir), sans considération de distance ou d’heure, et sans avoir à se féliciter du hasard des rencontres dans le monde physique réel.
      IRL, les avis divergent aussi et plutôt que l’insulte, on peut même en venir aux mains ; ce qui nous sera toujours épargné ici.
      Et sur ce fil, l’insulte fait plutôt figure d’exception assez notable. Sur ce blog / site, les octets sont soudés par un beau mortier de bienveillance qu’on ne peut pas ne pas remarquer.
      Je vous rejoins dans le fait que les conversations tournent parfois en rond ; ce que j’ai moi même signalé à une ou deux reprises car cela agace.
      M’enfin les discussions sur Renan / pas Renan sont aussi l’occasion pour les lecteurs du fil de se pencher sur un auteur à côté duquel ils seraient peut-être passés. Cela a son prix.

    • Très regrettable, ce départ… J’aimerais bien pouvoir vous en dissuader. Et si l’échange par écrans interposés est certes un pale substitut aux conversations de vives voix, il vaut je pense mieux que pas d’échange du tout.
      Vous avez évoqué plus haut « [votre] propre blog ». Pouvez-vous nous en donner l’adresse ?

    • Je regrette beaucoup, Ahmed, que vous vous ligotiez vous-mêmes dans des contradictions et des scrupules (que je partage en grande partie, mais quoi, que faut-il faire ? attendre que les conditions idéales soient réunies pour permettre un échange non moins idéal ? ne vaut-il pas mieux faire de son mieux dans une réalité qui n’obéit pas à nos désirs ?…)

      • Bref, vous vous torturez un peu trop et vous faites du mal, cela aussi je le comprend et le partage. Je ne sais quel âge vous avez, mais, peut-être le temps passant, les insatisfactions et les frustrations devenant de doux souvenirs, cela s’estompera-t-il… (C’était mon moment grand vieillard rempli de sagesse sous son baobab… mais n’en soyez pas un mot, bien sûr !)

    • Ahmed, vous êtes tout pardonné !
      Le format blog ne convient pas ou plus du tout à ce fil de discussion qui, à l’heure où j’écris ceci, contient 3500 interventions non ordonnées si ce n’est chronologiquement.
      On ne peut évidemment pas blâmer brumes pour avoir créé le blog puisque – je le suppose – il était loin d’imaginer que cela allait entraîner autant de commentaires, et surtout autant de hors-sujet.
      Le format d’un forum permettrait de recentrer les peut-être 10% à 20% d’interventions qui concernent La Pléiade, et encore, en les classant par thèmes, ce qui donnerait lieu à une dizaine de sections, elles-mêmes comptant 10 à 50 messages, et donc rendrait l’ensemble assez lisible et compréhensible.
      Pour ce qui concerne les 90% restants, soit tout de même plus de 3000 messages totalement hors-sujet, ils sont en réalité caractéristiques d’un forum consacré à la littérature ; là aussi il faudrait évidemment classer tout ça.

      On voit bien la disparité des attentes des intervenants : entre, d’une part, les lecteurs « de base » (dont je suis) qui sont très heureux de découvrir quelques œuvres classiques à travers une collection qui n’est pas sans défauts mais qui a le mérite d’exister, et, à l’autre bout de la chaîne, les « érudits » dont certains semblent avoir tout lu, prétendent tout connaître et surtout s’intéressent bien plus aux notes et variantes qu’aux textes proprement dit, on trouve toute une palette de lecteurs, de collectionneurs, de pseudo-bibliophiles, d’éventuels spécialistes, de fureteurs, de chineurs, de rats de bibliothèques, de bouquinistes en herbe, et bien entendu ceux qui viennent surtout ici pour s’épancher – ceux-là même que l’on retrouve sur tous les forums, quel qu’en soit le thème, mais qu’on aime bien quand-même parce qu’ils animent et remplissent les écrans de nos forums.

      Bref, la richesse de ce blog est bien sa diversité, mais elle est si grande que l’on assiste principalement à des dialogues de sourds, chacun suivant le fil de sa propre discussion quand ce n’est pas de ses états d’âme.

      Par chance, comme vous le dites ou comme l’écrit Draak, il y a en effet une vague bienveillance, une politesse, une retenue et finalement une forme de respect de l’écrit des autres, autant d’éléments qui rendent ce fil à peu près lisible par ceux qui le consultent quotidiennement.

      Pour ma part, je viens de terminer le premier volume des Mille et une nuits, dont la reliure catastrophique d’Aubin n’aurait jamais dû être commercialisée par Gallimard, ce qui ne me donne pas très envie de poursuivre (javais déjà eu le De Gaulle dans ce cas : il faut se méfier comme de la peste de ces éditions des années 2000 qui sont totalement indignes de la collection). Et j’ai rattaqué sur le volume de Germaine de Stael, dont les notes et variantes de Catriona Seth sont largement suffisantes à mon goût de simple lecteur.

      • Cher, très cher Lombard, je ne prendrai pas la peine de vérifier vos décomptes et vos pourcentages dont la précision me remplit d’admiration (au moins égale à mes doutes… il est vrai que nous ne nous entendrions déjà pas sur la définition du « hors sujet », dès lors, difficile de s’accorder sur les chiffres), mais là n’est pas mon principal sujet.

        Non, mon véritable étonnement est provoqué par votre tentative de recrutement de ce non moins cher Ahmed dans votre corps de troupes d’assaut. Comment, vous le Gardien du Temple de l’orthodoxie pléiadesque, envisager de faire alliance avec celui qui nous a tant de fois affirmé qu’il se fiche de la Pléiade comme de ses premières caligulae et même du livre papier, broché ou pourvu d’une « catastrophique reliure Aubin » (vous voyez que je vous lis attentivement), revêtu de cuir ou de cartonnage, avec ces ridicules petites taches d’encre alignées sur cet indigne support obsolète !?

        Décidément, depuis l’affaire de Rosny Ainé annoncé en 20 volumes en Pléiade, le ton est au canular sur ce brumesque blog ! Il va falloir que je me mette au diapason ou… que je me taise (non, ça j’ai déjà essayé moult fois, je n’y arrive décidément pas, pire que la peste et le choléra pour se débarrasser de cette manie).

        Ah, oui, au fait. Tout aussi vaine que mes efforts pour me taire, m’apparaît votre posture de « simple lecteur de base » (pour nous faire honte de notre supposé intellectualisme ?). Je ne connais pas ici de « simple lecteur de base », quand j’en rencontre un, ailleurs sur la Toile ou bien dans la rue, au bistrot, devant l’école de mon quartier ou n’importe où, je vous jure qu’il ne ressemble à aucun des participants à ce blog, à vous pas plus qu’à tout autre.

        Que cela vous plaise ou non, cher Lombard, vous êtes un des nôtres, nous sommes vos semblables !

        Affectueusement.

        PS : je n’ai pas encore tenté de lire véritablement mes Mille et Une Nuits en Pléiade, et votre remarque m’inquiète, j’espère ne pas connaître trop de misère en les manipulant.

        • Si si ! Il y a au moins un lecteur de base sur ce blog.

          Mille et une nuits : Inquiétant, en effet. L’hypothèse de base quand on achète un Pléiade est qu’il tienne dans la durée.

          • Allons, allons, Draak, ne faites pas semblant de ne pas me comprendre, vous savez très bien que nous ne sommes pas des « lecteurs de base » ou bien nous le sommes tous, puisque tous passionnés également par la lecture (même si cela passe par des critères de lecture différents). Mais notre « base » se situe à une certaine « altitude » sur l’échelle du lectorat général (qui déborde largement celui de Brumes) : notre plancher ressemble à un plafond pour la plupart.

            Voyons, y a-t-il ici beaucoup d’amateurs (avoués) de Musso, Lévy, de Rawling, sans parler de tout le rayon « fantasy » adaptés de jeux vidéos qui fait les délices des ados ?… Même Jean d’O. fait quasiment l’unanimité contre lui, en ces lieux, alors qu’il est La référence de l’écriture littéraire pour des armées de lecteurs et lectrices…

            Nous sommes tous des « lecteurs de base » par rapport à une « élite » plus « exigeante » que nous, mais dans la masse des lecteurs français nous sommes dans les étages « supérieurs ». Assumez-le !

            Il ne s’agit pas de « hiérarchie ». Cela n’a rien à voir avec un quelconque sentiment de « supériorité », c’est un simple constat, une caractéristique… En-dehors de la littérature, dans un nombre incalculable de domaines, je me sens vraiment « de base », ignorant, et je ne ressens aucun sentiment d’humiliation ni ne ménage mon admiration pour ceux qui ont des connaissances très supérieures aux miennes.

            Cela ne nous empêche pas d’appartenir à une humanité où les individus partagent une profonde communauté d’aspirations et un droit essentiel à l’égalité : le fait que Bolt court le 100m trois ou quatre fois plus vite que moi prouve seulement qu’il est un meilleur athlète que moi, mais comme humain il ne m’est ni supérieur ni inférieur ; le fait que le dernier prix Nobel de Physique possède dans le domaine scientifique mille fois plus de savoir que moi, etc. etc.

            Et puis en voilà assez sur le sujet, si je ne parviens pas à me faire comprendre c’est que j’en suis incapable, inutile pour moi d’y revenir, je ne pourrais pas faire beaucoup mieux.

  58. Il n’ y eut pas un membre du premier Mercure de France, de la Revue Blanche, de La Phalange, pas un poète, pas un écrivain de l’avant -garde de l’époque qui n’ait moqué et vertement Rostand. C’en est même exagéré. Renard ne fut nullement le premier.

  59. Je lance une bouteille dans la vaste mer…internet ! Stop au lyrisme. 1818-2018… Vous me suivez ? On va fêter les 200 ans du  » Monde comme Volonté et Représentation du génial Arthur Schopenhauer… Schopenhauer le maitre de Nietzsche… Le précurseur de Freud…ect, ect…

    J’imagine que Gallimard ne passera pas à coté de l’événement… Je hâte de tenir dans mes mains mon Schopenhauer en pléiade… Mais…mais…aucune annonce en ce sens.

    Selon vous l’entrée de Schopenhauer en 2018 est elle envisageable ?… Ou je me berce d’une douce illusion…

    • Ce serait, en effet, pour le coup, absolument digne de la Pléiade mais l’essentiel est aux P.U.F. pour l’instant… je vous félicite de cette suggestion.

  60. Pour ceux, pas nombreux, que cela peut intéresser :

    Sur France 2, ce soir, émission « Stupéfiant ! » à 00h15. Je vous copie / colle le programme :

    Au sommaire de cette émission spéciale :

    Romain Gary, légende d’un mystificateur – Par Elisa Hélain

    C’est la plus grande tromperie de la littérature française : Romain Gary et Emile Ajar, deux identités pour un même écrivain, tous les deux lauréats du prix Goncourt sans que personne ne sache à l’époque que Ajar était le pseudonyme de Gary. Stupéfiant ! raconte cette incroyable histoire.

    L’amour secret de Françoise Sagan – Par Raphaëlle Baillot

    Françoise Sagan aimait le jeu, les belles voitures, la fête, et les femmes. L’enfant terrible de la littérature a en effet connu le grand amour avec Peggy Roche, journaliste et styliste de mode. Le roman Peggy dans les phares de Marie-Eve Lacasse, met en lumière cette idylle longtemps restée secrète.

    Les dessous de la Pléiade – Par Gabriel Garcia

    La Pléiade, c’est la collection la plus chic et la plus noble de toute la littérature française. Il y a ceux qui veulent l’avoir, les grands lecteurs, les collectionneurs, les fétichistes… Et il y a ceux qui veulent en être et qui n’hésitent pas à intriguer pour intégrer cette collection mythique. Enquête sur les dessous de La Pléiade !

    Brigade du Stup : Marguerite Duras – Par Loïc Prigent

    Cette semaine, Loïc Prigent s’est plongé dans l’univers de Marguerite Duras et a enquêté sur les dons de visionnaire de l’écrivaine.

    Fitzgerald le magnifique – Par Guillaume Auda

    Francis Scott Fitzgerald est toujours vivant ! L’auteur de Gatsby le Magnifique vient de publier 18 nouvelles inédites, 77 ans après sa mort. C’était l’occasion pour Stupéfiant ! de revenir sur les pas de ce dandy ultime…

    La plus belle bibliothèque de France – Par Raphaëlle Baillot

    C’est un lieu des plus prestigieux en France, un véritable joyau du patrimoine, où l’on trouve les manuscrits du J’accuse de Zola, les mémoires de Casanova ou des dessins inédits de Gauguin… Visite stupéfiante du site Richelieu de la Bibliothèque nationale, rénovée l’an dernier.

    • Ca paraît un peu le bazar, on est sûr d’en ressortir en ayant acheté un objet dont on n’a pas besoin… Ha ha ha ! Comme je ne dors jamais à cette heure-là (je ne suis pas – ou plus – un travailleur qui se lève tôt pour faire gagner la France) j’essaierai d’y jeter un oeil, pour la Péliade, Fitzgerald… en étant sûr que j’en ressortirai avec le sentiment que mes yeux ont vu quelque chose dont mon cerveau n’avait pas besoin.
      Merci quand même, ô Tentateur !

  61. Merci, Draak, pour cette annonce.
    Mais alors, 00h15… 😦

    Sur les « lecteurs de base », voici quelques estimations :

    1/ Les grand succès de librairie ne peuvent masquer le fait qu’on lit de moins en moins, y compris la presse : de source sure, les étudiants des grandes écoles de commerce (abonnées aux grands quotidiens et aux grands hebdos) lisent… le 20 minutes !
    Les lecteurs, y compris de Musso, Pancole et Levy (le trio gagnant de 2016, dans l’ordre) ne sont donc plus une armée, mais une escouade qui représente un faible pourcentage de la population (dont – ne l’oublions pas – la principale source d’information est devenue en 2016… facebook !).

    2/ Parmi ces lecteurs, se trouvent ceux qui achètent, lisent ou collectionnent La Pléiade. Ces derniers représentent une minorité parmi le groupe sociologique qui est encore en contact avec le livre (de 30 à 80% de la population française selon les études, mais les chiffres les plus élevés incluent ceux qui « lisent » un livre par an…). Ceux qui possèdent ou lisent un ou plusieurs Pléiade par an consituent au plus 10% des lecteurs – et ce chiffre reste optimiste.

    3/ Parmi les amateurs et acquéreurs de La Pléiade, il y a ceux qui se font offrir les ouvrages et ne lisent pas ou que très peu. Il y a aussi ceux qui les achètent et les arborent fièrement sur leur étagères (ceci est aisément vérifiable sur le marché de l’occasion : il suffit par exemple de voir où s’arrêtent les marque-pages, ou de constater l’état de neuf des ouvrages remis en vente). Ceux-ci comme ceux-là ne sont pas des lecteurs à proprement parler : ils appartiennent à ce groupe bien identifié qui considère La Pléiade comme un « signe extérieur de culture ».

    4/ Gageons qu’il ne nous reste donc que moins de 1% de la population (des lecteurs) qui lit de temps à autre un Pléiade. Parmi ceux-ci, les « lecteurs de base » pour lesquels La Pléiade est un moyen élégant de découvrir des classiques, de combler des lacunes littéraires et de se targuer de posséder des livres d’assez belle facture (bien qu’elle ne fasse pas illusion auprès des bibliophiles purs et durs).
    Il est difficile de donner une proportion exacte, mais il ne paraît pas stupide d’évaluer à 90% ces lecteurs de base parmi les amateurs de Pléiade.

    5/ Combien reste-t-il de lecteurs éclairés ou érudits ? Peut-être 10% des lecteurs de Pléiade. Sachant qu’un Pléiade tire (et non « se vend ») de 2000 à 10000 exemplaires et que le marché de l’occasion qui remet Les Pléiade en circulation se porte bien, cela nous fait assez peu de lecteurs qui se passionnent pour les notes et variantes, qui lisent avec amour les introductions, qui feuillettent les albums Pléiade annuels, bref, qui s’intéressent de près à l’écrivain autant qu’à son œuvre. Ce sont des amateurs éclairés, des exégètes, des enseignants, quelques étudiant en lettres, des chercheurs, des universitaires… qui, par définition, ne peuvent – à une ou deux exceptions près – être spécialistes de tout, ni tout connaître ou avoir tout lu.

    Des chiffres, toujours des chiffres, mais comme l’économie dirige le monde, il est bon de se les rappeler. 🙂

    • Tout à fait d’accord avec Domonkos sur la notion de lecteur de base : en effet il suffit de consulter son entourage, même d’un niveau universitaire « significatif » (médecin, enseignant, ingénieur, chercheur, …), pour constater que, pour la plupart, M. d’O constitue un « marqueur » incontestable de culture, au même titre, peut-être, que Malraux a pu l’être en son temps (je reconnais à AM un rôle culturel majeur, certes, mais vous tolèrerez, j’espère, que je trouve son « oeuvre » bien surestimée). Sans compter que, parmi ces professions, lire le « Goncourt » de l’année est un rendez-vous quasiment inévitable (je ne crois pas, pour ma part, en avoir jamais lu un, cela ne m’intéresse pas). Flaubert aurait beaucoup à (mé)dire encore aujourd’hui …
      Donc, certainement, les participants de ce blog ne sont pas des lecteurs de base.
      Par contre je me situe au niveau le plus infime d’entre ceux-là, au moins par défaut de compétences (d’où mon intérêt pour l’appareil critique). Il en est sans doute de même pour vous, Lombard (ce qui n’empêche pas nos attentes de différer sensiblement) ?
      Pour ce qui est du 1er tome des 1001 nuits, je n’ai pas, pour ma part, rencontré de problème particulier. Mais je suis assez maniaque et « précautionneux », ceci explique-t-il cela ? (par exemple : avant d’acheter l’ouvrage, je vérifie TOUJOURS l’état des signets, je ne supporte pas de les voir effilochés : je sais, c’est ridicule, mais je ne me changerai pas).

      • Je corrige : à la place de « lecteur de base », j’aurais dû écrire « lecteur de base de La Pléiade ».

        Phil, avez-vous vérifié entre les pages du Tome I des Mille et une nuits ? Les exemplaires peuvent être lus (encore heureux…), mais il y a un défaut de tension dans l’assemblage des cahiers. Ce n’est d’ailleurs pas Aubin qu’il faut incriminer, mais bien Babouot à Lagny.
        Je ne peux affirmer qu’il en est comme ça de tous les exemplaires…

        Précautionneux, je le suis également, mais il se trouve que j’ai acquis ces tomes d’occasion sur un site de vente aux enchères bien connu. J’achète principalement à deux ou trois vendeurs de confiance qui vont jusqu’à reprendre un ouvrage vendu « en état neuf » en cas de défaut. Là, j’ai voulu tester un autre vendeur, mais je ne pense pas que ce soit intentionnel de sa part.

        Dans la mesure où je suis un lecteur relativement assidu – depuis quelques années je lis environ un tome de La Pléiade par mois -, j’acquiers mes Pléiade d’occasion pour la plupart, ce qui me permet de les acheter à moindre prix. Cela dit, j’avais acheté le De Gaulle neuf, et je n’avais pas noté ce point. Depuis je suis devenu plus averti…

        • Aaaaaaahhh ben voilà ! « lecteur de base de la Pléiade » ça change tout… ce n’était pas la peine de s’écharper et de spéculer sur tous ces chiffres, au fond, nous sommes plutôt d’accord. Je suis certain qu’il s’agit simplement de questions d’interprétation de quelques mots, plus un peu de coquetterie…

          J’achète pour ma part cinq ou six nouveautés, neuves par an, peut-être un ou deux neufs en plus que je ne parviens pas à trouver d’occasion et, bon an mal, le double d’occasion, en imaginant que j’ai encore 60 années à vivre pour les lire… Je me suis parfois laissé aller à acquérir des volumes pas très satisfaisants, sur le plan matériel, et de devoir les revendre par la suite lorsque je tombais sur des exemplaires en meilleur état. En fait, ayant constitué une très bonne base de 200 volumes, mon niveau d’exigence monte et je deviens plus intolérant (je n’arrive pas à comprendre comment on peut se permettre de massacrer des volumes Pléiade). Finalement, l’inflation de Pléiade s’est beaucoup ralentie, le « solde migratoire » (entrées moins sorties) est tout juste positif.

          Les signets effilochés (et décolorés) m’ennuient aussi (bien qu’ils soient pour moi uniquement décoratifs, voir superflus, ne m’en servant jamais) : si l’état est trop mauvais, cela me décourage, si l’effilochage est discret et ne concerne que l’extrémité, je m’arme de ciseaux et je coupe !…. (Je sais, c’est un crime.)

          Je me contrefiche de l’avis des « vrais » bibliophiles, espèce en voie de disparition. Les voir s’extasier, parfois, devant des livres qui sont à mes yeux de pures cochonneries (surtout quand le contenu est totalement dénué d’intérêt), à cause de leur degré de rareté ou telle imperceptible caractéristique, me laisse pantois. Chacun sa passion, chacun sa folie, tant que c’est inoffensif.

        • Mon cher Lombard, voici de quoi nous réconcilier – sur le principe que tout est dans tout et son contraire – en revenant à nos amours… la littérature et la poésie :

          «Base et sommet, pour peu que les hommes remuent et divergent, rapidement s’effritent. Mais il y a la tension de la recherche, la répugnance du sablier, l’itinéraire nonpareil, jusqu’à la folle faveur, une exigence de la conscience enfin à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, avant de tomber au gouffre. »
          René Char – « Recherche de la Base et du Sommet »

          Citation qui n’est pas aussi gratuite qu’il pourrait paraître, car, si nous ne sommes pas d’accord sur l’endroit où se situent la « Base » et le « Sommet », l’essentiel, susceptible de nous accorder, n’est-il pas dans « la tension de la recherche » ?

          (Oui, je sais, je fus souvent qualifié de Jésuite au cours de ma pauvre existence…)

        • Bonjour Lombard
          Je reviens sur la question lancinante des volumes des années 2000 dont le feuilletage est rendu très difficile. J’en ai malheureusement quelques uns dans ma collection. Vous attribuez le problème au relieur Babouot à Lagny. Mais dans ce cas, comment expliquer que ces problèmes affectent toujours, sans exception, des exemplaires imprimés dans ces années-là par Aubin à Ligugé, alors que les autres imprimeries sollicitées par Gallimard dans la même période ne sont à ma connaissance jamais associées à ce problème. L’explication technique que j’avais pour ma part obtenue en cherchant un peu était différente : les machines d’Aubin dans cette période ne leur auraient permis d’imprimer dans ce format sur papier Bible qu’avec une rotation de 90° par rapport au sens normal du fil du papier. De ce fait, la raideur principale du papier s’opposerait au feuilletage, alors que la flexibilité principale se retrouverait absurdement bloquée dans la reliure et favoriserait au contraire le cloquage en masse des pages. Mécaniquement, votre idée d’un défaut de tension semblerait convaincante pour expliquer des désordres aussi sensibles, mais dans ce cas, pourquoi cela tomberait-il toujours sur des papiers imprimés à Ligugé dans la période ?
          P.S. : Un recensement collaboratif des tirages affectés ne pourrait-il pas permettre de voir si tous les exemplaires d’un même tirage sont touchés, voire, si ce n’est pas le cas et qu’il y a du stock, de demander à l’éditeur une politique d’échange pour vice ?

          • Bonjour Chardin,

            Je crois que c’est la première fois que je lis une explication techniquement convaincante à ce sujet : merci.

            En effet, si l’impression est perpendiculaire au fil du papier, lors de l’opération de serrage les feuilles ne s’étirent plus uniformément ; ce phénomène est d’autant plus sensible que les volumes de La Pléiade comportent un très grand nombre de folios, nécessitant une forte tension sur la liasse lors de l’assemblage des cahiers.
            C’est donc la conjonction d’une impression « défectueuse » chez Aubin et d’une reliure inévitablement fautive chez Babouot qui est à la source de ce regrettable gâchis.

            Il reste à déterminer la responsabilité : on peut toujours dire qu’Aubin aurait dû refuser le travail ou le refaire et que Babouot aurait également dû décliner, mais, d’un point de vue économique, refuser un marché à Gallimard aurait été suicidaire de la part des prestataires.
            C’est donc bien Gallimard, éditeur et maître d’ouvrage de la chaîne de production qui est le véritable responsable : ceci est inexcusable de la part d’un éditeur historique, et plus encore dans le cadre de la « prestigieuse » collection de La Pléiade.

            Si j’avais acheté ces volumes neufs, je les aurais retournés et j’aurais demandé leur remboursement ; dans ce cas le libraire pouvait se retourner contre l’éditeur.
            Hélas, j’ai acquis ces livres via le marché de l’occasion et je dois m’en contenter.

          • Après divers recoupements, il semble que le phénomène se produise seulement quand Aubin, dans ces années-là, imprime sur du papier Bible de Bolloré. Car dans la même période j’ai par exemple en 1999 les oeuvres poétiques de Cocteau, imprimées par Aubin, qui sont d’une fluidité parfaite au feuilletage, mais sont sur Valobible des Papeteries Prioux. Cela veut-il dire que ce papier-là (dont la qualité me semble supérieure) supporte mieux d’être relié perpendiculairement au fil, ou pouvait pour des raisons techniques liées à la nature des rames ou bobines fournies, être imprimé dans le bon sens sur les machines d’Aubin ? En tout cas, je pense toujours difficile d’incriminer Babouot, si on peut corréler le problème à un certain fournisseur de papier associé à certaines machines. Et on peut se demander comment il est possible, surtout, que cela se répète sur une période si longue, ce qui signifie que personne, chez Gallimard, n’a eu le courage de refuser des tirages, ou d’imposer de toujours utiliser à Ligugé du papier Valobible (possiblement plus cher ?).

          • Hello Chardin,
            Content de voir que vous ne lâchez pas l’affaire. La qualité du papier semble encore une fois être parmi les causes les plus plausibles.
            La véritable question est quand-même celle du contrôle qualité chez Gallimard ; quand on imprime une série, même modeste comme c’est le cas des tirages en Pléiade, on imprime des justificatifs, sorte de pré-série ou de prototypes que l’on soumet à l’éditeur.
            Or, ici, la technique utilisée est la bonne vieille impression feuille à feuille (les quantités sont très insuffisantes pour de la roto) et, justement comme la série est très limitée, l’imprimeur sort en série ses feuilles qui seront ensuite pliées en cahiers et découpées. Quand on regarde le résultat fini, en termes d’impression pure, il n’y a rien à reprocher à l’imprimeur, sauf à supposer que celui-ci ait eu connaissance de la particularité de ce papier à l’assemblage des cahiers.
            La suite du processus est l’assemblage et donc la reliure. C’est à ce stade, et dès le premier exemplaire assemblé, que l’on a pu détecter l’aberration de fabrication qui paraît inimaginable pour un livre relié (on ne trouve même pas ce genre de défaut dans les livres brochés ou dans la presse).
            S’il fallait incriminer quelqu’un ce serait soit le relieur – mais il semble impossible que le relieur n’ait pas signalé le défaut à l’éditeur -, soit plus probablement l’éditeur qui n’a fait pas fait son travail. Il fallait refaire l’impression, éventuellement avec un changement de papier. C’est, de la part de Gallimard, un grave manquement à l’image qualitative de la maison et de cette collection en particulier, tout cela pour des économies de bouts de chandelle.
            Tout au bout de la chaîne, enfin, il aurait fallu que les acheteurs d’exemplaires neufs les retournent systématiquement, ce qui les aurait privé de leurs volumes pour une période hélas indéterminée, ce que personne ou presque n’a souhaité faire.
            C’est une chaîne de responsabilité tout à fait représentative de ce qui se passe dans d’autres domaines. Mais s’il est bien un responsable et donc ici un coupable, c’est l’éditeur.

          • Bonjour Lombard,

            Non, je ne lâche pas l’affaire… et je suis bien d’accord sur le fait que le responsable est l’éditeur : il y a un tel plaisir à feuilleter un volume de la Pléiade parfaitement réussi que l’on est toujours frustré de tourner des pages qui craquent et se gondolent… De ce plaisir, et de cette frustration, l’éditeur devrait se soucier.
            Je souhaite cependant revenir sur un point de votre commentaire : contrairement à ce que vous indiquez, il s’agit bien de rotatives et c’est justement à une question de rotative que m’a mené mon enquête. On lit en effet sur le site de la Pléiade, dans une page datée de 2000 : « deux changements importants sont intervenus au cours de ces dernières années. Ainsi, depuis neuf ans, les Pléiade sont imprimées sur des rotatives. À la différence des machines à feuilles, qui impriment et sortent des feuilles à plier, les rotatives sont alimentées par des bobines et sortent des bandes de papier imprimé déjà pliées en cahiers.» (http://www.la-pleiade.fr/La-vie-de-la-Pleiade/Les-coulisses-de-la-Pleiade/Fabrication-d-une-Pleiade-de-la-composition-a-l-impression).
            On en tire donc que la Pléiade est imprimée sur rotative depuis 1991. Or c’est justement à partir du début des années 1990 que le problème de raideur de feuilletage apparaît. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence. S’il ne s’agissait que de faire faire un quart de tour à la rame de feuilles, toutes les imprimeries pourraient y arriver, peu importe leur matériel. Mais il en va différemment avec un rouleau de papier, qui, selon son diamètre, sa largeur, etc., ne peut pas forcément être librement positionné dans toutes les machines. En suivant le bon bout de la raison (sans forcément avoir eu besoin de rouler sa bosse dans l’édition ou de toucher sa bille en imprimerie), cela nous rapproche un peu plus d’une possible explication de cette ténébreuse affaire.
            D’un côté, en effet, l’imprimerie Aubin à Ligugé est toujours impliquée, mais sort de beaux volumes bien fluides sur d’autres papiers. D’un autre côté, le papier Bible de chez Bolloré est toujours impliqué, mais d’autres imprimeries sortent de beaux volumes bien fluides sur ce papier. Quelle conclusion en tirer sinon qu’il y a sans doute un problème structurel d’adaptation entre le type de bobine fourni par Bolloré et le type de rotative présente à Ligugé qui contraindrait l’imprimeur à positionner le texte des Pléiades à 90° du sens normal du papier ? Il est même possible que cela vienne du fait que leurs machines soient en principe limitées (par exemple par des impératifs de pliage) à ne tirer au plus que des in 8° avec ce type de rouleau de papier, et ne puissent sortir des formats Pléiade (in 16) qu’au stade de cahiers devant recevoir un dernier pli ex post. Or chaque pli fait pivoter le texte de 90°… Donc… sans prétendre avoir éliminé entièrement l’impossible, et donc sans être certain que l’hypothèse qui me reste en mains soit la vérité, j’ai l’impression que nous nous rapprochons du fin mot.

          • Merci pour votre analyse. Je découvre (bien tardivement) que les Pléiade sont imprimés en roto ! Votre explication paraît de plus en plus limpide et frappée au coin du bon sens. Un mauvais point pour Gallimard, donc, dont une partie des ouvrages vieillira moins bien que les autres, au détriment de quelques passionnés dont nous sommes.

            Il faudra un jour aborder les techniques d’impression modernes :
            – la menace du laser : va-t-on conserver encore longtemps l’impression offset ?
            – la qualité globale du papier : grammage, porosité, épaisseur, texture,
            – les reliures qui paraissent de plus en plus souples,
            – les coffrets réduits à peau de chagrin quand les cartonnages traditionnels pouvaient aisément se remplacer – on en trouve d’excellents pour remplacer les vieux étuis insolés,
            – la disparition des jaquettes et demi-jaquettes qui étaient « éternelles » et reproductibles,
            – on pourrait aussi évoquer l’évolution des volumes qui ont vu pour certains leur pagination dépasser les 2000 pages alors que les premiers volumes étaient parfois deux à trois fois moins épais…
            Cette dégradation progressive de la qualité n’obéit qu’à une seule loi, celle de la rentabilité.

            Reste que si Gallimard avait le respect des lecteurs de Pléiade, ils commercialiseraient ces jaquettes. Il fut un temps où ils proposaient des rhodoïds, mais il y a eu des petits malins pour les acheter en masse et les revendre à profit.

    • Je me suis reconnu, en effet, entre 4/ et 5/

      J’abdique.

      « Des chiffres, toujours des chiffres, mais comme l’économie dirige le monde, il est bon de se les rappeler. 🙂 » : vous vous adressez à un expert-comptable, cher ami. J’ai presque joui à vous lire.

      • Je suis loin d’avoir vos compétences en comptabilité, mais j’ai tout de même souffert (il faut bien vivre et gagner de l’argent pour acheter des livres, éventuellement pour satisfaire également quelques besoins de plus basse condition) pendant vingt années comme Contrôleur du Trésor Public. Toujours dans la comptabilité des collectivités locales, ce qui m’a dégoûté à tout jamais de l’indigne gaspillage, la gabegie et l’irresponsabilité – bien pires que la corruption qui n’est que l’écume, presque négligeable- pratiqués par les élus locaux, Gauche, Droite, Centre, Haut, Bas, Fragile, confondus. Le problème de ces gens c’est que l’argent leur tombe du ciel, comme une manne : ce sont les services de l’Etat qui saignent le contribuable et reversent aux collectivité le produit de la collecte, plus les subventions, plus les fonds européens, etc. Donc, ils se comportent en enfants gâtés qui trépignent quand on ose leur serrer un peu la ceinture. Les années passées à la gestion de la Régie Culturelle PACA (budget annexe de la Région PACA, 2,5 millions d’euros rien que pour la Régie quand même) ont été particulièrement instructives…

          • Si vous saviez ! On ne parle que des affaires délictueuses, mais c’est roupie de sansonnet à côté du système massif de gaspillage en pure perte, le plus souvent le plus « innocemment » du monde, par bêtise, par complaisance, par irresponsabilité, légèreté, amateurisme…
            Moi qui était un fervent défenseur et « croyant » du Service Public (et qui le demeure, dans un monde idéal), j’en suis revenu complètement écoeuré et découragé.
            Les élus locaux – avec l’aide, le soutien et la complicité de leurs agents et de leurs électeurs qui ne sont pas de pauvres victimes ignorantes – se comportent comme des danseuses de l’Opéra à la Belle Epoque.
            Mais il suffit, on s’éloigne par trop de la Pléiade et même de la Littérature… Quittons ce marécage pour remonter vers l’Empyrée des Belles Lettres…

  62. Bon, allez, dernière flambée avant le sommeil hivernal : avez-vous remarqué qu’aujourd’hui nos discussions littéraires seraient fort réduites, par suite de la mise en prison, à coup sûr, de Gide et de Montherlant, presque certainement de Proust lui-même, probablement de Cocteau et peut-être même de Julien Green… Pour Genêt, ce ne serait pas grave, il avait l’habitude. Pour Sade, on envisagerait le rétablissement de la peine de mort. Et même le pauvre Restif ne s’en tirerait pas indemne. Et tous les autres…
    Avant d’être contamninés ou accusés, « Brûlez vos Pléiades ! »

    • « Brûlez vos Pléiades » : Cela me fait penser que le-site-des-meilleures-éditions-de chaque-auteur, encore tout à fait en gestation, sera sur :
      https://propagerlefeu.fr

      (Sans doute un hommage Johnny Hallydaysque)

      … Il n’y a rien de rien, encore, sur cette page ; mais, ouf, j’ai 25 jours devant moi et je sais déjà ce que je ferai de mon Réveillon de Nouvel an.

    • L’écrivain n’est pas inoubliable mais l’homme fut toujours éminemment sympathique (il me semble que tout le monde était d’accord sur ce point). Maintenant c’est à la postérité de trancher. R.I.P.

    • Je trouvais et je trouve toujours son oeuvre très surestimée (mais il est vrai qu’en ces temps de disette…) et sa présence en Pléiade non légitime, mais je ne crois pas avoir employé l’insulte, encore moins le crachat (si c’est le cas, j’en demande humblement pardon). Je maintiens mon jugement sur le plan littéraire.

      J’essaie de ne pas trouver toutes les vertus aux défunts, mais aussi de ne pas leur taper dessus (sauf dans les cas extrêmes, lorsqu’il s’agit de monstres sanguinaires, du type de Tonton Adolf), alors qu’ils ne peuvent plus se défendre. Quoique les écrivains laissent leurs livres pour les défendre post-mortem et, dans le cas qui nous occupe, des centaines d’enregistrements de propos.

      Ceci étant dit, c’est vrai qu’il s’agit d’un des derniers représentants d’un certain « esprit français » (même sur le mode mineur) qui disparaît. Peut-être le dernier. Et, par conséquent, les hommages qui lui sont rendus sont justes et justifiés. C’est la France qui enterre son esprit, cet esprit qui a fait l’admiration du monde et a fait aimer ce pays. Je ne verrai sans doute plus jamais TF1 et autres médias populaires consacrer de longues pages spéciales à un écrivain qui disparaît, à l’échelle de ce qui se fait pour les pop stars. Je ne boude pas mon plaisir de voir pour une fois, une unique fois, mise en valeur la saveur de la langue, et pour cela je remercie celui qui en donne l’occasion.

      Et cela, incroyable coup du Destin, le jour même où on publie les résultats d’une enquête qui montre que les petits Français sont parmi les cancres de la classe en lecture ! Ainsi, en mourant aujourd’hui et en suscitant ces hommages, Jean d’O rend un dernier service à son pays en lui offrant une sorte de consolation (l’illusion que la « belle langue » ou le « beau parler » plutôt, fleurirait encore dans nos jardins… à la Française, bien sûr).

      ……… ……………. …………..

      PS : je remarque que M Gallimard, pour son petit mot à la mémoire de Jean d’Ormesson (finalement, aujourd’hui je vais écrire son nom en entier et j’aurais dû même le faire précéder de « Monsieur ») se fait filmer par la télé devant une bibliothèque remplie de Pléiades… J’y vois bien la preuve que la Pléiade est la bannière (le dernier titre de gloire sans doute) de la Maison Gallimard, et que le bénéfice qu’en tire le nom de Gallimard, en terme de réputation, de prestige (voire de « pub »), vaut bien quelques pertes financières et justifierait, pour une fois, une vision un peu moins comptable de la collection.

      • PPS : pour enfoncer le clou, je précise que, même à l’époque de ma jeunesse sans frein, alors que j’étais un partisan fanatique des Surréalistes, je ne supportais pas leur pamphlet, « un cadavre », publié au lendemain de la mort d’Anatole France ; cela me mettait mal à l’aise, comme un signe de bassesse (j’en ai, hélas, depuis lors, détecté bien d’autres, qui ont fait tomber ces demi-dieux de leur empyrée, sans cependant abolir totalement l’admiration que je leur porte).

        • Sur les surréalistes (enfin certains…), Claudel n’était pas loin de la vérité quand il disait: « Les surréalistes sont des imbéciles qui essayent de se faire prendre pour des fous. »

  63. Oh monsieur Jean ! Vous êtes monté là-haut retrouver vos Louis Marguerite Emmanuel. Je garde précieusement « mon » beau Pléiade dédicacé par vous. Et nos conversations sur Marguerite… Revenez s’il vous-plaît : nous n’avions pas terminé nos discussions interminables (?) sur Marguerite (Yourcenar) Louis (Aragon) et Roger (Caillois) Je vous admire vous, plus que vos livres.

  64. Hier les médias étaient remplis d’esprit, aujourd’hui est revenu, avec la force d’un rouleau compresseur, le règne de la bêtise crasse.

    Jean d’Ormesson et ce qu’il représentait n’est pas mort dans la nuit du 4 au 5 décembre, mais dans la nuit du 5 au 6 décembre.

    • Monsieur, pourriez-vous ne pas rajouter votre mépris à cette bêtise que vous dénoncez et à laquelle vous prenez largement part (cf. vos trop nombreux commentaires) ? Merci par avance.

      • Monsieur, si nous devons tous reconnaître, quoi que nous en ayons, à Jean d’Ormesson les qualités de causeur éblouissant et de passeur de culture inspiré, le simple fait que les éloges qui lui étaient dus cèdent devant le tsunami provoqué par le départ, pas vraiment inattendu, de J.-Ph. Smet ne peut qu’irriter des humanistes. On ne fera pas aisément accroire aux passionnés de littérature que nous sommes tous ici, par le truchement ou non de la Pléiade, que cet histrion ignare, graveleux et non moins incapable de coudre ensemble deux phrases que le plus bêta de nos footballeurs, justifie qu’on l’exalte sur les ondes jusqu’au septième ciel. Combien de livres ont ouvert ses fans, en exceptant Télé 7 Jours, Ici Paris ou Grazia ? Ce qui se justifiait dans le cas de Georges Brassens est bien ironique s’agissant de J.-Ph. Smet.

        • Vous avez le mépris facile cher Domonkos et Néo-Birt.

          Lisez ce qui suit :

          Dans un entretien passionnant de 1963 déniché par Bibliobs, Louis Aragon se fait interroger sur Johnny Hallyday:

          « Je ne m’associerai certainement pas à ce dénigrement d’une forme de chanson qui plaît à la jeunesse, ce qui ne me paraît pas mauvais, et qui plaît aussi comme vous voyez à de vieux bonshommes comme moi.

          En tout cas qu’il s’agisse du fait que la poésie gagne dans tout cela, je pense que oui. C’est toujours la poésie qui gagne.

          Mais que la poésie gagne avec moi, avec nous – je veux dire les poètes qui font métier de poètes ou qu’elle gagne avec des inconnus, avec des mots que l’on considère comme des formes dévaluées de la poésie, peu importe: c’est toujours la poésie qui gagne. »

          Ça donne à réfléchir…

          • Aragon peut dire ce qu’il veut, il est des traditions autrement vénérables à l’aune desquelles la chanson populaire facile interprétée par un J.-Ph. Smet n’est que de la roupie de Sansonnet. Pour ma part, je prolonge l’attitude propre aux peuples classiques de la Méditerranée et de l’Orient ancien, qui affichaient de la condescendance envers tous ceux que leurs études n’avaient pas haussé à un certain niveau de culture écrite (grec παιδεία / paideia). Je citerai ainsi un morceau de tablette scolaire sumérienne : « après avoir été à l’école aussi longtemps que prévu, je suis à la hauteur du sumérien, de l’art de l’écriture, de la lecture des tablettes, du calcul des bilans. Je peux parler sumérien ! » (trad. Ch. Proust).

          • … Mais l’ancienneté seule est elle un gage de valeur ? Votre griffonneur de tablette n’était-il pas le Johnny de son époque ?

            Cher Neo-birt7, quel niveau d’étude faut-il atteindre pour sortir de l’ombre de votre condescendance ? (Je suis, diplômes à l’appui, « à hauteur du calcul des bilans » ; suis-je épargné ?)

            C’est une question sincère. Comme votre niveau est, de manière éclatante, impressionnant, je me demande où vous placez le curseur.

            Je suis des naïfs qui pensent que le puissant, le riche ou l’éduqué, plutôt que de condescendre, se devraient de protéger ou d’élever le plus faible (dans un monde parfait).

          • Draak, je dis et maintiens qu’il m’est cruel tant de voir encenser Smet par les même médias qui, la veille, entonnaient le péan en l’honneur de la culture française qu’ils se plaisaient à incarner en Jean d’Ormession, que d’assister à cette orgie laudative autour des textes plutôt plats, poétiquement parlant, et des mélodies simplistes, de cet interprète même pas compositeur. Je respecte tout lecteur faisant l’effort de s’intéresser à la grande littérature; celle-ci est autrement exigeante, procure des pavots autrement plus grisant, que les chansonnettes un peu niaises estampillées Johnny Halliday.

          • Néo-Birt vous dites :  » …qui affichaient de la condescendance envers tous ceux que leurs études n’avaient pas haussé à un certain niveau de culture écrite  » ect…

            Je me pose une question : quelle est votre légitimité, votre  » niveau de culture  » poétique pour juger l’oeuvre d’un chanteur, d’un poète comme Johnny Halliday ?

            Aragon peut  » dire ce qu’il veut  » comme vous dites… Mais lui Aragon il le possède ce fameux  » niveau de culture  » en matière de poésie.

            Vous… j’en doute.

            Un peu d’humilité cher Néo-Birt…

          • Alma, on a le droit d’apprécier le talent de chanteur de Johnny Hallyday – c’est, je le répète, dans un autre ordre que la littérature et la poésie, rien de commun entre les deux registres qui puisse permettre une comparaison – mais le qualifier de « poète » (alors même qu’il n’a jamais écrit un mot de ses chansons) c’est carrément ignorer le sens des mots.
            Votre amour de l’Idole des Jeunes (et des Vieux Jeunes) vous égare.
            Quant à Aragon le stalinien, l’homme qui a fait du mensonge et de la dissimulation un art de vivre et de penser (au point de le « théoriser » avec son « mentir vrai » qui est un manteau destiné à recouvrir toutes ses palinodies), franchement, trouver un auteur qui aurait une autre hauteur de vue, et surtout un peu plus d’honnêteté intellectuelle !

      • J’ai dit plus loin ce que je pense de cet argument soviétique de « mépris » destiné à disqualifier toute opinion émise qui est contraire à ses propres convictions.
        Quant au reste, vous êtes libres de préférer la haute prose et la pensée non moins élevée de votre idole, de ses paroliers, de ses interviewers et de ses thuriféraires.
        Peu me chaut et je vous assure que vous ne troublerez pas mon sommeil au cours de la nuit prochaine.

    • Cher Domonkos, je pense que le premier intéressé (Jean d’O.) ne serait pas d’accord avec vous sur la date de sa propre mort.

      Deux hommes sont morts. Pourquoi faudait-il les opposer ?

      • Je ne parle par de l’homme qui est mort la nuit dernière, je parle du tombereau de bêtises, préparées longuement à l’avance, et déversé par tous les médias, ne nous laissant plus le choix, si nous ne sommes pas des fans absolus, que de couper tous les canaux.

        • Je n’ai aucun mépris pour Johnny (puisqu’il faut le nommer), aucune adoration non plus. La question est hors sujet.
          Le sujet c’est le déferlement médiatique dont les seuls buts sont la vente de produits commerciaux et le pompage de tout substance cérébrale qui resterait dans nos pauvres crânes.

  65. Vous avez le mépris facile cher Domonkos et Néo-Birt.

    Lisez ce qui suit :

    Dans un entretien passionnant de 1963 déniché par Bibliobs, Louis Aragon se fait interroger sur Johnny Hallyday:

    « Je ne m’associerai certainement pas à ce dénigrement d’une forme de chanson qui plaît à la jeunesse, ce qui ne me paraît pas mauvais, et qui plaît aussi comme vous voyez à de vieux bonshommes comme moi.

    En tout cas qu’il s’agisse du fait que la poésie gagne dans tout cela, je pense que oui. C’est toujours la poésie qui gagne.

    Mais que la poésie gagne avec moi, avec nous – je veux dire les poètes qui font métier de poètes ou qu’elle gagne avec des inconnus, avec des mots que l’on considère comme des formes dévaluées de la poésie, peu importe: c’est toujours la poésie qui gagne. »

    Ça donne à réfléchir…

    • Faudrait quand même vous décider à accepter la critique et ne pas la disqualifier automatiquement en parlant de « mépris » ou autre terme plutôt… « méprisant ». C’est un vieux procédé soviétique.
      Je ne parle par des deux personnages qui sont morts, tellement différents, appartenant à des ordres tellement éloignés, que toute comparaison serait ridicule. Je parle de la qualité des discours qui sont déversés par les médias sur l’un et sur l’autre : je n’aurais aucun mal, si j’avais du temps à perdre, à vous prouver qu’il y a un abîme de qualité entre les deux registres de commentaires.
      Mais à quoi bon ? Vous ne seriez pas convaincu puisque vous semblez penser que tout se vaut, que toutes les affirmations valent vérités, ce qui qui est le degré zéro de la pensée.
      Quant à la caution d’Aragon : Seigneur ! comment qualifier ce gloubi boulga sans devenir inconvenant voire… « méprisant » ?

  66. Je ne fais que passer pour donner un lien (s’il l’a déjà été qu’on me pardonne cette réitération inopportune) qui ouvre sur un texte qui me semble intéressant quant aux critiques qu’on peut faire à certaines Pléiade. Cela touche à la dernière édition de Lautréamont :
    https://www.lexpress.fr/culture/livre/peut-on-critiquer-la-pleiade_849081.html

    Ps Je préférerai toujours un/e illettré/e (non, je ne pratique pas l’écriture inclusive, lourde de stupidité, c’est juste une question de clarté) ayant le sens de la compassion à une personne de haute culture dénuée de toutes qualités de cœurs. Staline était un très gros lecteur, Barbie relisait Homère dans le texte en prison… Flaubert désirait un gouvernement de mandarins : je crois qu’il eut été déçu du résultat. Gare aux « rois-philosophes », cette atroce invention de Platon. Évidemment, la dictature de la masse inculte, ça n’est pas joyeux.

    • Je suis allé voir, en empruntant le chemin que vous indiquez, Restif, et je me suis bien amusé : je trouve que nous autres, ici même, sommes bien gentils dans nos critiques en comparaison, n’en déplaise à quelques-uns qui nous trouvent trop violents.
      Vous ne vous étonnerez pas que j’aie relevé :
      « la citation, dans La Jangada de Jules Verne, du mémoire sur la courbe que décrit un chien en courant après son maître »
      La Jangada, un ouvrage fort troublant – et fort injustement méprisé jadis – du grand Jules, que j’aimerais voir en Pléiade.

  67. Il y a d’étonnants hasards : j’ai revu lundi soir l’émission de Léa Salamé puisqu’il s’agissait d’une rediffusion des reportages littéraires de cette émission. Dans celui sur la Pléiade, on a évoqué Jean d’Ormesson et son intronisation et…Sylvie Vartan pour le photomontage de sa lecture de Proust. Or hier et aujourd’hui sont décédés jean d’O et J-ph-Smet ! Surprenant non ? Pour Aragon, il convient de se méfier de son propos quand on sait quels étaient ses goûts et qu’à l’époque le petit Smet était un charmant minet.

    • « La fraude impunément, dans le siècle où nous sommes,
      Foule aux pieds l’équité, si précieuse aux hommes. » (Piron, La métromanie).

      Je laisse à cette auguste compagnie le soin de décider qui l’imposteur est, de Smet, de vous ou de moi. Les trois à la fois, peut-être.

    • Trop c’est trop, je jette l’éponge. Je ne parviendrai jamais à vous égaler, mon maître. Je ne viens pas ici pour des conversations de bistrot, pour cela il y a les bistrots justement, et, au moins, après quelques verres de bière, nous sommes tous à égalité et partageons une chaude fraternité d’ivrognes. Franchement, lâchez-moi les baskets, je pense que comme ça vous comprendrez que vos avis m’importunent ? (Vos avis sur moi, j’entends, à part ça je vous laisse le droit naturel d’émettre n’importe quel avis sur n’importe quel sujet, mais, de grâce, oubliez mon nom.)

    • Si vous n’étiez pas aveuglé par vos préjugés anti-intellectuels vous vous seriez d’ailleurs peut-être aperçu que, même si nous sommes d’accords sur le fond, NéoBirt7 et moi, nous n’appartenons pas du tout à la même catégorie socio-culturel : au moins dix ou douze années d’études et de diplômes nous séparent. Ne me faites pas le coup du bon sens populaire contre l’imbécilité savante, c’est une bêtise sur le fond et, en l’occurrence, sur la forme.

      • Dans ce débat qui, à la fois, m’amuse et m’atterre, je suis entièrement solidaire de Domonkos et Néo-Birt : non que je mésestime la « culture » populaire (mais il y a un monde entre Brassens, auteur-compositeur-interprète, et Smet, chanteur-opportuniste, qui pourrait refuser cette évidence ?) ; car, reconnaissons-le tous, Johnny n’était rien d’autre qu’un produit commercial (et, accessoirement, une « bête de scène », du moins c’est ce qu’on dit, au même titre d’ailleurs que les lions du cirque) : ainsi, si Jean d’O a pu entrer en Pléiade pour des raisons essentiellement commerciales, les « artistes » yé-yé, et Johnny en premier lieu, le battent à plate couture en ce domaine, car ils étaient des « produits », rien de plus, simplement destinés au marché du disque, surfant sur l’aspiration au changement de la jeunesse (le fameux mirage de l’Amérique, moderne et émancipatrice). Johnny a duré plus longtemps que ses pairs, c’est tout. Je rappellerai à ce propos une caricature de Cabu qui avait écrit : « si Hitler avait gagné la guerre, Johnny Halliday s’appellerait Hermann Badaboum » : au-delà de son intention provocatrice, comment ne pas lui donner raison sur le fond ?
        Enfin, pour en venir à Aragon, je ne pense pas, pour ma part, qu’un poète soit la personne la mieux « autorisée » pour évaluer la qualité « poétique » d’un texte qui ne lui appartient pas (surtout dans le contexte d’une interview médiatique, il faut montrer que l’on sait rester jeune).

    • Et puis quoi, franchement, mon petit message marquant une préférence pour l’esprit lettré français sur le rock n’roll commercialisé n’était pas bien méchant, et surtout pas destiné à déclencher cette polémique incroyablement insane et provoquer l’ire des fans de l’idole : nous ne sommes pas dans Rock n’Folk tout de même !

  68. Bonjour à tous !

    Je me permets une petite parenthèse entre les deux décès d’actualité qui vous occupent depuis quelques messages pour poser aux amateurs de Chateaubriand une question simple (à moins que ?), en espérant qu’elle trouvera réponse.

    Si un néophyte tel que moi ressentait en ce jour l’envie de se plonger enfin dans les Mémoires d’outre-tombe, j’ai cru comprendre en parcourant ce blog et vos commentaires que la version Pléiade ne serait pas forcément la première conseillée (et vu sa date de sortie je peux comprendre). Mais quelle édition me conseilleriez-vous donc ?

    Merci d’avance.

      • Site que j’attends avec impatience… Draak fut certes là, mais la question qui nous taraude tous est bien: « Draak sera-t-il là ? »… Et pour rester d’actualité, j’oserai le tutoiement et paraphraser Michel Berger: « Seras-tu là ? »

        • Toutes ces cessions de sociétés à finaliser avant le 31/12, parce que les abattements 2017 sur plus-values sont plus intéressants que la future flat tax… Mais bon :

          DraaK a dit.

        • Encore faudrait-il que Draak conssentisse à satisfaire nos exigences, nous serons sans pitié dans notre jugement de la qualité de son blog (si avec ça, Draak, vous n’êtes pas paralysé de trouille !) et, d’ors et déjà nous nous autorisons à lui demander :

          – « Que Nos-feras-tu là ? »

    • Il me semble que l’édition de Jean-Claude Berchet des Classiques Garnier est à recommander. Elle a été couronnée par le prix Chateaubriand en 1989. Une longue introduction revient sur l’histoire de cette œuvre, les problèmes d’établissement du texte et les choix qu’a faits Berchet.

    • Sauf s’il existait des éditeurs qui tronquent le texte original, pourquoi y aurait-il une « meilleure édition » ?

      JackofHearts, si vous aimez lire dans la collection Pléiade et si vous cherchez à découvrir les Mémoire d’outre-tombe de Chateaubriand, l’édition Pléiade vous conviendra parfaitement.

      En revanche, si vous cherchez des commentaires sur cette œuvre ou une biographie de Chateaubriand il y a sans doute beaucoup de gens qui ont écrit à ce sujet (à la façon des petits classiques Larousse). 🙂

      (A signaler qu’il existe tout de même à La Pléiade un album Chateaubriand avec une iconographie tout à fait digne d’intérêt).

      • Comme vous l’avez supposé, si je suis ici, et que vous êtes ici, bref que nous sommes ici, c’est que nous aimons la Pléiade, et la Pléiade on l’aime souvent pour les notes qu’elle propose en bonus du texte. Quand j’entends dire du « mal » d’une édition (un bien grand mot, sauf pour quelques dernières livraisons qui en ont copieusement pris pour leur grade !), j’en déduis donc (peut-être à tort ?) qu’elle pèche en partie de ce côté-là, et pour un massif comme celui dont nous parlons, une absence totale ou pas loin de notes pour accompagner un humble lecteur dans son exploration m’encouragerait peut-être à aller voir ailleurs, d’où ma question.

  69. Bon allez, pour en finir, j’agite le drapeau blanc, et, en signe de réconciliation, dans le respect de toutes les parties, je propose la publication en Pléiade des oeuvres de Tennessee Williams, avec, en guise de préface : « On a tous quel-que cho-se de Tenne-sseeeeees… »

    • Moi j’ai beaucoup mieux…

      Si Gallimard voulez faire un  » coup commercial « …

      Une pléiade Johnny Halliday :

       » Ses 500 plus belles chansons.

      En annexe : une sélection de ses meilleurs interview.  »

      Blague à part… il faut reconnaître que certaines de ses chansons tutoient la plus hautes poésies… Il faut trier. C’est tout.

      Encore un coup… Les propos d’Aragon sont toujours aussi pertinent : populaire ou pas  » c’est toujours la poésie qui gagne « …

      • Il est vrai que Seghers en son temps publiait dans sa collection « Poètes d’Aujourd’hu » les Brel, Brassens, Trénet, Ferré, Aznavour, Leclerc (et je n’ai pas peur d’avouer que ces volumes, témoins d’une forme de poésie populaire contemporaine) figurent dans ma bibliothèque) et quelques étoiles de moindre grandeur. Ils ont, je crois, été jusqu’à consacrer un volume à Aragon (ha ha !), mais je ne me souviens pas d’y avoir vu un Johnny…

  70. Par contre après Jonnhy Halliday… il faudra quand même songer à publier des auteurs moins populaire…moins commerciaux surtout…

    Ovide, Horace , Juvénal , Le Roman de la Rose, Schopenhauer, Freud, Darwin, Allais, Huysmans et tant d’autres…..

  71. L’édition de Maurice Levaillant (édition du centenaire) des Mémoires d’outre-tombe avec la fameuse préface de Julien Gracq reprise de chez Corti, édition parue chez Flammarion en quatre volumes, est une merveille. A mes yeux, c’est la meilleure mais je ne connais pas la Garnier. Les notes sont en vas de page, ce qui est bien agréable. Et quelles notes!
    « Édition du centenaire intégrale et critique en partie inédite établie par Maurice Levaillant ».

    Ps Cher Domonkos, je me doutais bien que cette rencontre Verne -Lautreamont vous intéresserait. C’est une preuve supplémentaire de ce que Verne attire les magiciens du verbe.

    • Depuis hier je rame pour trouver la trace de cet aller-retour Lautréamont-Verne, en vain… J’espère que ce n’est pas encore une sale blague pour m’offrir un mal de tête…

  72. Espérons qu’il n’ y ait pas erreur, la formulation est un tantinet douteuse (« et par la citation, dans la « Jangada, du mémoire » etc). En tous cas, pour bien enfoncer le clou d’un Vernes admiré de plumes plus que respectées :
    « Il y a une volumineuse collection de voyages imaginaires anciens et modernes: depuis l’Histoire véritable de Lucien jusqu’aux Aventures de Gulliver, l’imagination humaine s’est complue dans ses fantaisies vagabondes où sous prétexte d’excursions aux contrées inconnues, les auteurs…développent leurs utopies ou exercent leur humeur satirique.
    Les voyages de M. Jules Verne n’appartiennent à aucune de ces catégories. S’ils n’ont pas été réellement accomplis et si même ils ne sauraient l’être encore, ils offrent la plus rigoureuse possibilité scientifique et les plus osés ne sont que la paradoxe ou l’outrance d’une vérité bientôt connue. La chimère est ici chevauchée et dirigée par un esprit mathématique. C’est l’application à un fait d’invention de tous les détails vrais, réels, et précis qui peuvent s’y rattacher de manière à produire l’illusion la plus complète…
    M. Jules Verne, dans son récit exact et minutieux comme le livre de bord, fait naître l’absolue sensation de la réalité. La technicité maritime, mathématique et scientifique employée à propos et sobrement imprime un tel cachet de vérité à ce fantastique Forward qu’on ne peut se persuader qu’il n’a pas accompli son voyage d’exploration. … En outre, M. Jules Verne, qui ne néglige pas le côté humain et cordial, sait faire aimer ses personnages.
    Théophile Gautier, “Les Voyages imaginaires de M. Jules Verne,” Moniteur Universel 197 (16 juillet 1866). Reprinted in P.-A. Touttain (ed.), Cahiers de l’Herne 25 (1974), pp. 85-87.

    Et Georges Sand dans une lettre à Hetzel : “J’ai beaucoup de tes livres…mais je n’ai pas tous ceux de Jules Verne que j’adore, et je les recevrai avec plaisir pour mes petites et pour moi. ». Letter to P.-J. Hetzel. Reprinted in P.-A. Touttain, “Verniana,” Cahiers de l’Herne 25 (1974), 343.
    Mais vous devez connaître tout ça!

    • Autre roman que je voudrais vraiment voir en Pléiade, c’est Hector Servadac, ce voyage mi-rêvé mi-fantasmé dans le système solaire, sur un bout de terre arraché à la planète bleue, c’est une des plus grandes fantaisies (au sens noble du terme) que je connaisse.

  73. Hector Servadac = Torche cadavres. Quel joueur ce Vernes ! (Je l’ai trouvé tout seul ça! Ma fierté est immense, je ne passe plus les portes de l’Hades)
    Moi, j’aimerais une pléiade Sterne.

    • Tiens, c’est vrai, on ne parle plus beaucoup de celui-là… Passé de mode ? Ce serait pourtant une belle Pléiade, mais alors, question ventes… Il y a quelques années avait paru une nouvelle traduction, que je n’ai pas lue hélas, vous devez sûrement la connaître : que valait-elle ?

  74. Je me suis fait un devoir de suivre à la télé l’hommage de République à l’écrivain Jean d’Ormesson.
    Quoi qu’on pense de la valeur littéraire de son oeuvre, quoi qu’on pense de ses épousailles avec les médias et de son flirt avec les politiques, il n’en demeure pas moins que cette hommage était rendu à l’Ecrivain qui n’avait aucun autre titre de gloire à faire valoir. Familier des politiques il n’avait joué aucun rôle et n’avait eu aucune responsabilité politique. Il n’était pas un « grand commis de l’Etat », ni un mandarin de l’Université, ni un chercheur scientifique, pas même une Pop Star ou un Footballeur !…

    Le discours du Président de la République n’a été consacré qu’à l’Homme de Lettres et à la Littérature, il n’a cité que des textes littéraires, et fait allusion à des oeuvres et à des auteurs plus ou moins glorieux.
    Il a même bien précisé littéralement que c’était un hommage à la littérature et à tous les écrivains.
    Tous ici, amoureux de la Littérature et – éventuellement – praticiens de l’écriture, littéraire ou non, ne pouvons pas y être insensible.

    Je crois sincèrement que c’est la toute dernière fois qu’on verra cela en France (je ne vois ni un homme politique de l’avenir assez sensible à ces questions ni un écrivain dont la figure nationale pourrait lui valoir ce type d’hommage), dans la pure tradition française de l’alliance (conflictuelle mais permanente) des Lettres et du Pouvoir.

    Ne serait-ce que pour cela je pardonnerais tout à Jean d’Ormesson et le remercierais.

    Pour cela au moins, c’était un moment historique et émouvant.

    • …et puis, même si j’ai bien remarqué le « bal des vanités » des personnalités calculant leur arrivée et leur place pour attirer l’oeil des caméras et le porte-voix des micros…

      …indépendamment de la question du pourquoi et du comment, que les vivants s’effacent naturellement et discrètement dans leur lit, ou de façon plus dramatique, ou encore en se sacrifiant pour leur patrie – simplement parce que c’est notre sort à tous et parce que nous avons tous en nous le souvenir de disparus que nous aimions ou respections – cette sonnerie et cette interpellation :

      « Aux Morts ! »

      que je raillais volontiers dans ma jeunesse ignorante qui se croyait immortelle

      ça vous a une sacrée résonance.

      • Voyons voir.. en coupant peut-être …
        Je redonne pour voir. Sa ça apparaît deux fois qu’on m’en excuse).
        Si vous voulez parler cher Domonkos de la traduction par Guy Jouvet, parue aux éditions « Tristram » « (les biens nommés) elle m’apparaît comme supérieure à celle de Charles Mauron. Déjà parce qu’elle respecte beaucoup plus la typographie très particulière de Sterne (les très longs tirets, variables dans leur allongement) et surtout parce qu’elle est plus complète que celle de Mauron, dépliant tous les sens du texte jusqu’à une exhaustivité que certains n’ont pas hésité à qualifier de trop inventive. Moi je la trouve savoureuse et j’ y prends un très grand plaisir. On y sent une vraie jouissance à pétrir un texte traversé de manière jubilatoire par l’enthousiasme de l’alchimiste du langage désireux de transmuer l’anglais en français, quitte à oser une certaine surabondance textuelle que j’estime hautement généreuse et communicative à travers cette joie du traducteur à risquer le tout pour le tout pour que vive l’euphorie Il y a là toute une problématique de la traduction à l’œuvre ici et j’aurais aimé avoir l’avis de Neo-Birt 7, encore eut-il fallut qu’il eut pour le moins parcouru la traduction en question. On trouvera une bonne explication des enjeux et une description des choix du traducteur ici :
        http://www.persee.fr/doc/xvii_0291-3798_2006_num_62_1_2421
        Malheureusement, s’il était prévu, comme le dit l’éditeur dans ce livre, qu’en cas d’achat de l’édition poche le lecteur puisse aller consulter un site où se trouveraient notes et commentaires présente dans la « grande » édition, solution qui comblerait d’aise Lombard et ceux qui rechignent aux notes, la page indiquée (www.tristram.fr.) n’est pas trouvable. L’édition « poche » ne présente que quelques notes indispensables. Je mets des guillemets parce que quand je dis « poche », il faut préciser qu’il s’agit là d’un volume nettement plus grand qu’un ouvrage de type folio, tant en largeur qu’en hauteur, format un brin bizarre qui doit faire dans les 2 centimètres de moins qu’un « Omnibus » en hauteur et 1 centimètre de plus en largeur, à l’estime.
        Il y a une chose que j’adorerais également voir éditer en Pléiade, c’est Boswell. Sa « Vie du docteur Samuel Johnson » et un bon extrait de son Journal pour faire le volume – le mot s’impose – voulu. Cela va dans le sens du désir oh combien compréhensible du cher Neo-Birt7 de voir Pope en Pléiade. Les anglais n’ y sont pas si bien représentés, pas de Thackeray, d’Eliot, de Byron, de Carlyle, tant d’autres…

        • Et bien voilà ! ça passe. Il faut dire que j’zi bien des misères sur mon net. Adhonc, la fin :

          Ps Au cas où cela aiderait , doctifierait (sic!) ou amuserait, voilà quelque renseignements trouvés sur une page de l’agreg d’anglais – je ne sais quel millésime.
          Traductions
          • La Vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, traduction, préface et notes de Guy JOUVET, Auch, Éditions
          Tristram, 2004. Travail d’interprétation et d’explicitation du texte de Sterne époustouflant. Toutefois, sans se ranger dans la tradition des belles infidèles, ce travail sort souvent des limites d’une traduction et prend l’option de« réinterpréter » le texte, au sens ou l’on réinterprète un standard de jazz, sans craindre les effets de redondance de
          l’écriture, voire l’effet de pastiche. Recensions de Frédéric OGEE dans La Quinzaine littéraire 875, 16-30 avril 2004, p.13, d’Anne BANDRY et Brigitte FRIANT-KESSLER dans le Shandean 15 (2004) pp. 169-173 ; article de Madeleine DESCARGUES, « Les textes perdus et retrouvés de Tristram Shandy, ou le hobby-hors(e) texte », BSEAA XVII-XVIII
          62 (2006). [lien ici donné supra]

        • Je me souviens que cet ouvrage a figuré pendant un long moment à la tête de mes « essentiels » à acquérir à tout prix, et puis, je ne sais pas comment il a coulé puis a disparu dans les profondeurs… Il faut que je le remette dans le peloton de tête. (J’ai tout de même l’ancienne édition, je ne suis pas tout à fait déshonoré ; c’est un livre qui a été très important dans ma formation de lecteur, dans ma jeunesse, heureusement je ne lisais pas que du Mao Zedong…)

        • J’ai entendu cet après-midi sur France Culture qui consacre trois émissions de lundi à mercredi à Lawrence Sterne) le traducteur de Tristam Shandy ; j’avoue avoir trouvé ses propos assez confus et réservés aux seuls initiés capables de décrypter.

          • D’aileurs, il m’a semblé (à moins que je ne me sois abusé) que le meneur de l’entretien essayais à plusieurs reprises de le remettre dans les clous et paraissait assez content que cela en soit fini au terme de l’émission.

    • Pour avoir droit à l’hommage national aux Invalides avec tous les honneurs militaires, Marseillaise etc il faut être héros de guerre, grand résistant (la petite dizaine de Compagnons de La Libération qui restent y auront droit) ou Grand Croix de la Légion d’Honneur.
      C’est à ce seul dernier titre que cette cérémonie a eu liai.

      • Il y a plusieurs niveaux de lecture. La Grand Croix de la Légion d’Honneur (qui figurait à la cérémonie, sur son petit coussin) était le titre qui « autorisait » (dans le cadre du protocole ou de la loi) la cérémonie d’hommage national, mais n’est pas la cause.

        Cest bel et bien à l’écrivain représentatif d’une certaine image d’esprit littéraire dont la France aime se flatter, qu’on rendait hommage : en témoignait, s’il faut s’en tenir aux symboles, la présence de l’épée d’académicien auprès de la Grand Croix, et, surtout, la teneur des discours qui tous parlaient de l’oeuvre littéraire et de l’esprit de celui qui reposait dans son cercueil au milieu de la cour (dois-je dire de la Cour ?).

        C’est bien pourquoi je répète et je confirme : il y avait là quelque chose de quasiment inédit. Jean d’Ormesson n’était pas un héros de la guerre ou de la Résistance, il n’avait jamais occupé de poste politique ni dans la haute administration, participé à aucun gouvernement, ne possédait même pas de titres universitaires, il n’était pas un inventeur ou un chercheur, un théoricien dans aucune matière. Il était « seulement » un Ecrivain et la République lui faisait part de sa reconnaissance à ce « seul » titre. Je ne suis pas certain qu’il y ait d’autres exemples (on peut me démentir si je me trompe).

        • Mon épouse qui lit par-dessus mon épaule me souffle à juste titre qu’une preuve supplémentaire – et irréfragable – de mes affimations est apportée par le Crayon que le Président de la République a posé sur le cercueil.

  75. C’est bien la première fois que je lis ici « votre commentaire est en attente de modération »! De plus, habituellement, dans les cas de modération, on ne voit pas son commentaire. Je ne comprends rien. Auriez-vous eu des visiteurs mal polis cher hôte?J’avoue que j’en serai surpris.

  76. Vous avez raison Restif. Je garde mon petit trésor. Nous avions une Marguerite entre nous. (Et M. Roger Caillois qu’il adorait et admirait et que j’avais lu beaucoup beaucoup beaucoup à son grand étonnement…) Si sa littérature fait débat, et seul le Temps tranchera, je vous assure que l’homme était adorable.

  77. Messieurs bonjour,

    Un coffret Tolstoï est annoncé sur le site de la pléiade : qui a des informations ?
    Aura-t-on la chance d’avoir une publication de ses essais ?

    • On peut se tromper, mais le prix indiqué (128 euros) correspond pile poil à l’addition des coûts respectifs des volumes consacrés à Guerre et Paix et Anna Karénine (64+64). M’est avis qu’il s’agit là d’une simple mise en coffret comme on en voit fleurir depuis plusieurs années.

  78. Oh que oui! si on avait fait une nouvelle traduction de Tolstoï, si on s’était servi d’éditions russes différentes, tout cela aurait été dit. Non, JackofHearts a raison : une simple mise sous coffret, très dispensable.
    Sinon…Cela fait plusieurs fois que je vois passer le tome 1 de Valles à un prix décent et deux fois d’Aubigné à moins de 80 euros.
    Ah, une question qui me taraude : lorsqu’on achète par le net, trop souvent le prix du port s’ajoute de manière assez lourde (colissimo, je n’ai pas de Mondial relay proche de moi; enfin c’est à revérifier de manière plus récente).. je me demande à quel point on ne trouve pas sur les quais et ailleurs (Brassens) , bref à Paris même des vendeurs moins chère. Cela fait bien longtemps que je n’ai plus été, muni de quelques liquide, voir les bouquinistes divers.

    • Les prix des bouquinistes sont toujours plus bas dans le monde « réel ». Les margoulins du net sont légion. D’ailleurs, beaucoup mettent en vente, mais il reste à prouver qu’ils vendent…. Pour le d’Aubigné je l’ai eu à 40 euros il y a 3 ans.

  79. « La folie Jean d’Ormesson en librairie
    Ses livres s’arrachent et certaines librairies sont en rupture de stocks. Près de 9000 exemplaires de la collection La Pléiade ont été réimprimés ainsi que 50.000 exemplaires d’Au plaisir de Dieu (chez Folio), Le Guide des égarés et Je dirai malgré tout que cette vie fut belle (en grand format). »

    [extrait de l’article http://www.lefigaro.fr/livres/2017/12/12/03005-20171212ARTFIG00159-la-folie-jean-d-ormesson-en-librairie.php ]

  80. «Nous avons connu une effervescence incroyable. La demande a été très importante, aussi bien pour la Pléiade que pour les poches», affirme-t-on à la direction commerciale de Gallimard. Après sa disparition le 5 décembre qui a ému la France, le charme de Jean d’Ormesson continue d’opérer. Les lecteurs s’arrachent ses livres au point où certaines librairies ont connu une rupture de stocks. Le défi à relever pour la maison d’édition Gallimard est la réimpression de la Pléiade, la prestigieuse collection de la littérature, plus longue avec sa couverture dont la tranche est dorée à l’or fin, de l’or véritable, 23 carats.
    Les 1500 exemplaires déjà imprimés ont tous été écoulés. «Tout est parti de manière fulgurante», explique-t-on chez Gallimard. Face aux nombreuses commandes, près de 9000 exemplaires ont été réimprimés. Ce qui est tout simplement exceptionnel. Un certain nombre devrait arriver dans les rayons le 20 décembre.
    En dehors de la Pléiade, les titres qui partent le plus sont Au plaisir de Dieu (chez Folio), Le Guide des égarés et Je dirai malgré tout que cette vie fut belle (en grand format). Près de 50.000 exemplaires ont été réimprimés. (Le FIgaro du 12 – XII – 2017)

    Mon cher Draak, c’est fichu pour votre spéculation sur la Pléiade d’Ormesson !… (Même si vous pouvez vous targuer de posséder la première édition,dédicacée de surcroît).

    Mon petit bouquiniste de province (cité de 50 000 h au pied des Cévennes, qui se distingue généralement par un fort désintérêt pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à la littérature) avait sorti tous les bouquins de d’Ormesson qui hantaient ses rayons et en avait rempli sa vitrine : tous vendus en deux jours ! (De même que l’unique bouquin sur Johnny Halliday qu’il avait également mis dans la vitrine).

    • Je me souviens tout de même que le volume d’Ormesson était affecté d’une erreur d’impression. Ainsi le premier tirage restera-t-il unique (ce qu’avait répondu, je crois, l’auteur à ses amis) : avis aux bibliophiles.
      Si l’on rajoute la dédicace, je me pâme d’envie …

      • Si en plus quelqu’un possède un exemplaire, signé, et sur lequel l’auteur a renversé son café… (Pardon… Je suis victime du syndrome « Tout pour la vanne »…)

        • Vous avez entièrement raison, mais il serait encore mieux que cette personne soit Brigitte M, Carla B, ou tout autre « grand personnage », proche des arcanes du pouvoir (désolé pour les dames, il n’y a pas encore eu de femme Président de la RF).

    • Bonjour Domonkos,

      Vous avez instillé le doute, suffisamment pour que je vérifie : Je n’ai ni Pléiade d’Ormesson, ni bitcoin.

      Erreur sur la personne.

    • 40000 volumes imprimés il y a 30 ans et toujours 20000 en stocks…. ceci explique donc les étonnements de certains quant aux coquilles semble-t-il nombreuses qui persistent dans cette édition Yourcenar.

  81. Cher Joaquim cette centaine d’erreurs ne persistent pas dans ce volume. Elles ny sont qu’une fois. A la création. (Je viens d’en trouver encore une!)

  82. Nous avons envoyé une lettre à Gallimard assez comique. « Nous demandons que l’argent gagné avec les ventes des livres de Jean D’Ormesson soit attribué à une réédition sérieuses des œuvres romanesques et des essais en Pléiade de Marguerite Yourcenar dont il a hautement contribué à son élection à l’Académie française dont il aimait les œuvres. » Etc ça ne servira à rien mais on marque le coup !

  83. Un groupe de chercheurs yourcenariens assez excédés du pathétique Pléiade Essais & Mémoires. On sait bien qu’ils attendent la fin des droits pour refaire une édition sérieuse mais on peut toujours rêver non Lombard?… un jour peut-être…!

  84. Très cher @Draak, J-8 avant le lancement du prochain site littéraire de référence ! Êtes-vous serein ou passerez-vous les dernières minutes de l’année derrière votre écran ? Bon courage en tout cas dans votre entreprise (très attendue) !

    • Cher Séraphin,

      J’y pense chaque jour, alors ça devrait aller.
      Ma procrastination est d’une échelle incommensurable, mais si je devais la poser sur une balance, en regard de ma puissance-de-travail-de-dernière-minute, on obtiendrait une horizontale presque parfaite.

      Plus simplement : ‘rien fait encore, mais restons optimistes.

      Je suis heureux de vous avoir vu, un jour, dans un reportage. C’est quand même bien agréable de mettre un visage sur un nom.

      • Je vous entends tout à fait, fonctionnant un peu de la même manière … mais je ne doute pas de la réalisation prochaine du projet.
        C’est ce fameux reportage qui est repassé dernièrement à 00h15, ce n’était qu’une nouvelle rediffusion. Et si vous avez, tous, l’avantage de savoir qui je suis, je dois dire que je suis fort curieux moi aussi de pouvoir placer sur vous des éléments autres que de pseudonyme …

  85. Je viens de lire (avec quelques jours de retard) que Mme Vve Destouches autorise la republication des pamphlets de Céline et que Gallimard prévoit de le faire. Aussitôt l’ineffable Serge Klarsfeld, drapé dans son costume de Grand Commandeur et se croyant seul titulaire du droit de parler de l’antisémitisme appelle à l’interdiction, et faisant preuve d’un invraisemblable aveuglement concède qu’une sorte d’édition furtive, réservée aux seuls « spécialistes » serait possible… Peut-îl vraiment soutenir une telle bêtise ? Qui seraient ces « spécialistes » ces membres d’une élite qui seraient vaccinés contre la peste antisémites ? On croirait entendre un inquisiteur des siècles passés vouant les mauvais livres aux « enfers » des bibliothèques vaticanes où seules des âmes imputrescibles pourraient en supporter la lecture…

    Il y a longtemps que je souhaite cette réédition, à condition qu’elle soit accompagnée d’un appareil critique suffisant pour replacer ces textes haineux dans leur contexte et sans aucune complaisance à l’égard de ce qu’ils ont d’insupportable. Après tout, l’Etat s’apprête à acheter le manuscrit des « 120 journées de Sodome »… J’ai deux raisons pour faire ce souhait : d’une part, ce n’est pas par remords que Céline s’opposait à leur réédition, mais pour les faire tomber dans l’oubli, se refaire une viriginité et dresser sa statue de double victime (de sa propre « bêtise » et de la méchanceté des autres), ami des pauvres et des humiliés (un ami comme ça, je ne le leur souhaite pas), donc remettre ces textes sous le nez de certains admirateurs béats me semble une question de salubrité publique ; d’autre part, les véritables antisémites et autres racistes n’ont aucune difficulté à se procurer ces textes qui circulent largement sous le manteau, et sans aucun garde-fou.

    Et même, si je devais éviter le terrain polémique, il apparaît de simple bon sens de considérer que ces livres sont partie prenante de l’oeuvre de Céline qui, sans eux, est amputée, et dont l’interprétation, sans eux, est forcément faussée. Ce ne sont pas de simples accidents. Leur écriture et leur publication s’étendent sur quelques années qui correspondent à des années de maturité de Céline. Ce ne sont pas des accidents ou des errements. Que Céline ait été gêné de les voir reparaître ne doit compter pour rien pour nous. Il faut prendre Céline tout entier – le meilleur et le pire – ou le rejeter tout entier.

    En fait, mon rêve, serait que Gallimard sortent ces textes sous la forme d’une Pléiade, complétant la série des oeuvres de Céline.

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