La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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6 127 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Bonjour Ben. L’édition des Canzoniere dans la collection I Meridiani est réalisée par Marco Santagata, a 1600 pages et reprend (je pense) les textes du volume relié. Elle est en italien. Cette collection va publier un volumes d’essais de Keynes…. là je passe mon tour…

  2. Au risque de barber ceux que les questions de traduction laissent indifférents et en prenant le problème par l’autre bout, à savoir la traduction de nos auteurs en langue étrangère, je voudrais revenir sur celle nouvelle d’𝑨 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒄𝒉𝒆𝒓𝒄𝒉𝒆 𝒅𝒖 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒖 paru chez Penguin il y a une quinzaine d’années. Pour rappel, c’est C. K. Scott Moncrieff qui a traduit Proust dans les années vingt et l’a fait connaître ainsi à un large public anglophone. Terence Kilmartin a publié en 1981 une première révision de la version de Scott Moncrieff en se fondant sur l’édition de la Pléiade de Pierre Clarac et d’André Ferré. Puis est sorti en 1992 une révision de la révision réalisée par D.J. Enright à partir la deuxième édition Pléiade de 1987. Mais voilà qu’à la fin des années 90 Penguin charge sept traducteurs de retraduire 𝑨 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒄𝒉𝒆𝒓𝒄𝒉𝒆 𝒅𝒖 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒖 en confiant à chacun d’entre eux l’un des sept romans qui ensemble composent l’œuvre.

    Je fais suivre la recension du deuxième volume de la nouvelle édition Penguin, 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓, publiée dans la 𝑵𝒆𝒘 𝒀𝒐𝒓𝒌 𝑹𝒆𝒗𝒊𝒆𝒘 𝒐𝒇 𝑩𝒐𝒐𝒌𝒔 en décembre 2005. C’est à André Aciman, Juif alexandriote et lointain héritier peut-être des Septante, qu’on a confié le soin de comparer les mérites de la traduction de Scott Moncrieff et de ses révisions avec ceux de la nouvelle version des Sept.

    Je me serais contenté de fournir ici le lien vers l’article en question mais malheureusement les archives de la NYRB ne sont pas accessibles gratuitement et ce n’est que par un ami abonné à la revue que j’ai pu mettre la main sur ce long texte. Mes excuses à Brumes pour l’encombrement que j’inflige à son blog.

    Far from Proust’ s Way.
    André Aciman.

    The six volumes of the new Viking Penguin translation of Proust received rave reviews in England. And yet the titles of the first two volumes approach monstrosity. 𝑫𝒖 𝒄ô𝒕é 𝒅𝒆 𝒄𝒉𝒆𝒛 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, traditionally translated—despite Proust’s initial objection—as 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏’𝒔 𝑾𝒂𝒚, appeared in England as 𝑻𝒉𝒆 𝑾𝒂𝒚 𝒃𝒚 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, which echoes something along the lines of “How’s by you?” “By me is fine.” It is fortunate for Lydia Davis, the translator of Volume One, that Penguin USA decided to delete all traces of 𝑻𝒉𝒆 𝑾𝒂𝒚 𝒃𝒚 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏 and restored the old way, 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏’𝒔 𝑾𝒂𝒚. 𝑨 𝒍’𝒐𝒎𝒃𝒓𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒋𝒆𝒖𝒏𝒆𝒔 𝒇𝒊𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏 𝒇𝒍𝒆𝒖𝒓𝒔, the title of Proust’s second volume, for which he was awarded the prestigious Prix Goncourt, was not so fortunate. C.K. Scott Moncrieff’s title 𝑾𝒊𝒕𝒉𝒊𝒏 𝒂 𝑩𝒖𝒅𝒅𝒊𝒏𝒈 𝑮𝒓𝒐𝒗𝒆 was a most felicitous rendering of an untranslatable title. The title of James Grieve’s translation, 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓, is gobbledygook. What is a young girl in flower? Is she dressed in Laura Ashley prints? Or is a young girl in flower a girl who is just about to blossom? This punctilious and ultimately priggish commitment to word-for-word accuracy turns out not only to be a cunning way of attracting attention and of publicizing a radically new translation out to make sweeping changes, but it is, all said and done, thoroughly deceptive. Accuracy, particularly in this volume, is proclaimed, not practiced, promised, not delivered.

    On the subject of titles, the final volume of the series, which is not out yet in the United States, is translated as 𝑭𝒊𝒏𝒅𝒊𝒏𝒈 𝑻𝒊𝒎𝒆 𝑨𝒈𝒂𝒊𝒏. What a thoroughly absurd title when Miltonian English is staring us right in the face: 𝑻𝒊𝒎𝒆 𝑹𝒆𝒈𝒂𝒊𝒏𝒆𝒅. This is D.J. Enright’s title. Scott Moncrieff and Terence Kilmartin erred with 𝑻𝒊𝒎𝒆 𝑹𝒆𝒄𝒂𝒑𝒕𝒖𝒓𝒆𝒅.

    Enright had made “cosmetic” changes to Scott Moncrieff’s 𝑹𝒆𝒎𝒆𝒎𝒃𝒓𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒐𝒇 𝑻𝒉𝒊𝒏𝒈𝒔 𝑷𝒂𝒔𝒕 and changed its title to 𝑰𝒏 𝑺𝒆𝒂𝒓𝒄𝒉 𝒐𝒇 𝑳𝒐𝒔𝒕 𝑻𝒊𝒎𝒆, this, of course, being an exact translation of the French. Conversely, however, 𝑹𝒆𝒎𝒆𝒎𝒃𝒓𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒐𝒇 𝑻𝒉𝒊𝒏𝒈𝒔 𝑷𝒂𝒔𝒕, derived from Shakespeare’s Sonnet 30, was a good enough title, and changing it was like deciding to change the title of the Book of Genesis to 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑩𝒆𝒈𝒊𝒏𝒏𝒊𝒏𝒈. So much for the title of the volume.

    The very first words in James Grieve’s 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓 do not bode well. While Lydia Davis’s treatment of 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏’𝒔 𝑾𝒂𝒚 was always scrupulous, exacting, and judicious, here a romp around the china shop is the norm. In French, the volume begins with two words: Ma mère, “my mother.” But “my mother” is not the subject of the sentence. Here is the text in French:

    Ma mère, quand il fut question d’avoir pour la première fois M. de Norpois à dîner, ayant exprimé le regret que le professeur Cottard fût en voyage et qu’elle-même eût entièrement cessé de fréquenter Swann, car l’un et l’autre eussent sans doute intéressé l’ancien ambassadeur, mon père répondit qu’un convive éminent, un savant illustre, comme Cottard, ne pouvait jamais mal faire dans un dîner, mais que Swann, avec son ostentation, avec sa manière de crier sur les toits ses moindres relations, était un vulgaire esbroufeur que le Marquis de Norpois eût sans doute trouvé selon son expression, “puant.”

    Following is Scott Moncrieff’s version:

    𝑴𝒚 𝒎𝒐𝒕𝒉𝒆𝒓, 𝒘𝒉𝒆𝒏 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒂 𝒒𝒖𝒆𝒔𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒐𝒇 𝒐𝒖𝒓 𝒉𝒂𝒗𝒊𝒏𝒈 𝑴. 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒕𝒐 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒇𝒐𝒓 𝒕𝒉𝒆 𝒇𝒊𝒓𝒔𝒕 𝒕𝒊𝒎𝒆, 𝒉𝒂𝒗𝒊𝒏𝒈 𝒆𝒙𝒑𝒓𝒆𝒔𝒔𝒆𝒅 𝒉𝒆𝒓 𝒓𝒆𝒈𝒓𝒆𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝑷𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒐𝒓 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅 𝒘𝒂𝒔 𝒂𝒘𝒂𝒚 𝒇𝒓𝒐𝒎 𝒉𝒐𝒎𝒆, 𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒉𝒆𝒓𝒔𝒆𝒍𝒇 𝒉𝒂𝒅 𝒒𝒖𝒊𝒕𝒆 𝒄𝒆𝒂𝒔𝒆𝒅 𝒕𝒐 𝒔𝒆𝒆 𝒂𝒏𝒚𝒕𝒉𝒊𝒏𝒈 𝒐𝒇 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒔𝒊𝒏𝒄𝒆 𝒆𝒊𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆𝒔𝒆 𝒎𝒊𝒈𝒉𝒕 𝒉𝒂𝒗𝒆 𝒉𝒆𝒍𝒑𝒆𝒅 𝒕𝒐 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒓𝒕𝒂𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒐𝒍𝒅 𝑨𝒎𝒃𝒂𝒔𝒔𝒂𝒅𝒐𝒓, 𝒎𝒚 𝒇𝒂𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒓𝒆𝒑𝒍𝒊𝒆𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒐 𝒆𝒎𝒊𝒏𝒆𝒏𝒕 𝒂 𝒈𝒖𝒆𝒔𝒕, 𝒔𝒐 𝒅𝒊𝒔𝒕𝒊𝒏𝒈𝒖𝒊𝒔𝒉𝒆𝒅 𝒂 𝒎𝒂𝒏 𝒐𝒇 𝒔𝒄𝒊𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒂𝒔 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅 𝒄𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒏𝒆𝒗𝒆𝒓 𝒃𝒆 𝒐𝒖𝒕 𝒐𝒇 𝒑𝒍𝒂𝒄𝒆 𝒂𝒕 𝒂 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓-𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆, 𝒃𝒖𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒉𝒊𝒔 𝒐𝒔𝒕𝒆𝒏𝒕𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏, 𝒉𝒊𝒔 𝒉𝒂𝒃𝒊𝒕 𝒐𝒇 𝒄𝒓𝒚𝒊𝒏𝒈 𝒂𝒍𝒐𝒖𝒅 𝒇𝒓𝒐𝒎 𝒕𝒉𝒆 𝒉𝒐𝒖𝒔𝒆𝒕𝒐𝒑𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒏𝒂𝒎𝒆 𝒐𝒇 𝒆𝒗𝒆𝒓𝒚𝒐𝒏𝒆 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒉𝒆 𝒌𝒏𝒆𝒘, 𝒉𝒐𝒘𝒆𝒗𝒆𝒓 𝒔𝒍𝒊𝒈𝒉𝒕𝒍𝒚, 𝒘𝒂𝒔 𝒂𝒏 𝒊𝒎𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆 𝒗𝒖𝒍𝒈𝒂𝒓𝒊𝒂𝒏 [𝑲𝒊𝒍𝒎𝒂𝒓𝒕𝒊𝒏 𝒂𝒏𝒅 𝑬𝒏𝒓𝒊𝒈𝒉𝒕 𝒉𝒂𝒗𝒆 “𝒗𝒖𝒍𝒈𝒂𝒓 𝒔𝒉𝒐𝒘 𝒐𝒇𝒇”] 𝒘𝒉𝒐𝒎 𝒕𝒉𝒆 𝑴𝒂𝒓𝒒𝒖𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒃𝒆 𝒔𝒖𝒓𝒆 𝒕𝒐 𝒅𝒊𝒔𝒎𝒊𝒔𝒔 𝒂𝒔—𝒕𝒐 𝒖𝒔𝒆 𝒉𝒊𝒔 𝒐𝒘𝒏 𝒆𝒑𝒊𝒕𝒉𝒆𝒕—𝒂 “𝒑𝒆𝒔𝒕𝒊𝒍𝒆𝒏𝒕” 𝒇𝒆𝒍𝒍𝒐𝒘.

    This is called an anacoluthon, described in 𝑻𝒉𝒆 𝑨𝒎𝒆𝒓𝒊𝒄𝒂𝒏 𝑯𝒆𝒓𝒊𝒕𝒂𝒈𝒆 𝑫𝒊𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏𝒂𝒓𝒚 as “an abrupt change within a sentence to a second construction inconsistent with the first.” “My mother, when…, having expressed…, that…, and that…, since…” All of this is followed abruptly by a sudden reversal of the sentence with the appearance of the real subject: “my father.” It is, in short, a syntactic Stromboli.

    Ideally, since in both English and French the intransitive verb “to reply” requires the preposition “to,” 𝑨 𝒍’𝒐𝒎𝒃𝒓𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒋𝒆𝒖𝒏𝒆𝒔 𝒇𝒊𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏 𝒇𝒍𝒆𝒖𝒓𝒔 should have opened with 𝑨 𝒎𝒂 𝒎è𝒓𝒆, 𝒒𝒖𝒂𝒏𝒅, “To my mother when…” But it does not.

    Here is Grieve’s version:

    𝑾𝒉𝒆𝒏 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒇𝒊𝒓𝒔𝒕 𝒔𝒖𝒈𝒈𝒆𝒔𝒕𝒆𝒅 𝒘𝒆 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒆 𝑴. 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒕𝒐 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓, 𝒎𝒚 𝒎𝒐𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆𝒏𝒕𝒆𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒂 𝒑𝒊𝒕𝒚 𝑷𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒐𝒓 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅 𝒘𝒂𝒔 𝒂𝒃𝒔𝒆𝒏𝒕 𝒇𝒓𝒐𝒎 𝑷𝒂𝒓𝒊𝒔 𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒉𝒆𝒓𝒔𝒆𝒍𝒇 𝒉𝒂𝒅 𝒒𝒖𝒊𝒕𝒆 𝒍𝒐𝒔𝒕 𝒕𝒐𝒖𝒄𝒉 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒆𝒊𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒇 𝒘𝒉𝒐𝒎 𝒕𝒉𝒆 𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆𝒓 𝒂𝒎𝒃𝒂𝒔𝒔𝒂𝒅𝒐𝒓 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒉𝒂𝒗𝒆 𝒃𝒆𝒆𝒏 𝒑𝒍𝒆𝒂𝒔𝒆𝒅 𝒕𝒐 𝒎𝒆𝒆𝒕; 𝒕𝒐 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒎𝒚 𝒇𝒂𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒓𝒆𝒑𝒍𝒊𝒆𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕, 𝒂𝒍𝒕𝒉𝒐𝒖𝒈𝒉 𝒂 𝒈𝒖𝒆𝒔𝒕 𝒂𝒔 𝒆𝒎𝒊𝒏𝒆𝒏𝒕 𝒂𝒔 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅, 𝒂 𝒔𝒄𝒊𝒆𝒏𝒕𝒊𝒇𝒊𝒄 𝒎𝒂𝒏 𝒐𝒇 𝒔𝒐𝒎𝒆 𝒓𝒆𝒏𝒐𝒘𝒏, 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒂𝒍𝒘𝒂𝒚𝒔 𝒃𝒆 𝒂𝒏 𝒂𝒔𝒔𝒆𝒕 𝒂𝒕 𝒐𝒏𝒆’𝒔 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆, 𝒕𝒉𝒆 𝑴𝒂𝒓𝒒𝒖𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒃𝒆 𝒃𝒐𝒖𝒏𝒅 𝒕𝒐 𝒔𝒆𝒆 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒉𝒊𝒔 𝒔𝒉𝒐𝒘𝒊𝒏𝒈-𝒐𝒇𝒇 𝒂𝒏𝒅 𝒉𝒊𝒔 𝒏𝒂𝒎𝒆-𝒅𝒓𝒐𝒑𝒑𝒊𝒏𝒈, 𝒂𝒔 𝒏𝒐𝒕𝒉𝒊𝒏𝒈 𝒃𝒖𝒕 𝒂 𝒗𝒖𝒍𝒈𝒂𝒓 𝒔𝒘𝒂𝒏𝒌, “𝒂 𝒓𝒂𝒏𝒌 𝒐𝒖𝒕𝒔𝒊𝒅𝒆𝒓,” 𝒂𝒔 𝒉𝒆 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒑𝒖𝒕 𝒊𝒕.

    It seems so obvious that Grieve has unstitched and sewn back the sentence—in tailor parlance he has thoroughly “altered” it. Grieve’s paragraph says everything that is said in Proust’s paragraph; it may even say it better, and more lucidly. But it’s not Proust’s sentence at all. This reads more like a cross between Anthony Trollope and Nancy Mitford.

    Let me just highlight the last five words in Grieve’s version: “as he would put it.” Now Proust happens to be a supreme craftsman when it comes to the closure of each sentence: every sentence, especially a long one, tends to close with something resembling the clang of cymbals, the applause that shouts “Q.E.D.” The last word of any sentence is the “send-off,” the surprise morsel that was left for last, the thing that resonates most and forces the reader to utter a surprised “Why, yes, of course” and wonder why it had never occurred to him sooner.

    After encouraging the reader to side with Swann in the previous volume, what Proust does now is introduce a Swann perceived as an 𝒆𝒔𝒃𝒓𝒐𝒖𝒇𝒆𝒖𝒓…𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕—a “show off…a stinker.” This is the revelation, the twist nailing a sentence, which, from its very inception, seemed to be going everywhere and nowhere. In fact, the slangy 𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕 closes the whole sentence like the thump of a clubfoot. But it is the last word. It leaves the reader totally stranded. How ever did Proust get there? And how immeasurable the distance between 𝑴𝒂 𝒎è𝒓𝒆 and 𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕 now.

    It is irresponsible to alter Proust’s word order and add something like “as he would put it.” What that tiny, gimp-legged “as he would put it” does is rob 𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕 of its status as the last word. This, to repeat, is something that Lydia Davis would never do, because her impulse is to go to the other extreme and abide by every clause in the order in which it is given.

    To a translation that pretends to give the English-speaking world a new Proust and wants to set itself up as the new official standard-bearer of Proust studies in translation, this kind of legerdemain does not bode well at all.

    Let us take a closer look at another sentence from Grieve’s translation.

    Marcel and his grandmother have just returned to their hotel. They are in the company of the aristocratic Mme de Ville-parisis, with whom Marcel’s grandmother had been to school. Keenly aware of the class differences between Mme de Villeparisis and his own middle-class background, Marcel detects in the aristocrat’s obliging manner “a melodic inflection” that rings false because it “contrasted with her usual simplicity.” Once again, this is the realm of Proustian hermeneutics, where every sign unleashes manifold meanings. Proust writes:

    Et le seul manque de véritable politesse qu’il y eût en elle était dans l’excès de ses politesses; car on y reconnaissait ce pli professionnel d’une dame du faubourg Saint-Germain, laquelle, voyant toujours dans certains bourgeois les mécontents qu’elle est destinée à faire certains jours, profite avidement de toutes les occasions où il lui est possible, dans le livre de comptes de son amabilité avec eux, de prendre l’avance d’un solde créditeur, qui lui permettra pro-chainement d’inscrire à son débit le dîner ou le raout où elle ne les invitera pas.

    Here is Scott Moncrieff:

    𝑨𝒏𝒅 𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒏𝒆 𝒂𝒏𝒅 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒇𝒂𝒊𝒍𝒖𝒓𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒓𝒖𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔 𝒍𝒂𝒚 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒊𝒔 𝒆𝒙𝒄𝒆𝒔𝒔 𝒐𝒇 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔; 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒆𝒂𝒔𝒚 𝒕𝒐 𝒊𝒅𝒆𝒏𝒕𝒊𝒇𝒚 𝒂𝒔 𝒐𝒏𝒆 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏𝒂𝒍 “𝒘𝒓𝒊𝒏𝒌𝒍𝒆𝒔” 𝒐𝒇 𝒂 𝒍𝒂𝒅𝒚 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝑭𝒂𝒖𝒃𝒐𝒖𝒓𝒈 𝑺𝒂𝒊𝒏𝒕-𝑮𝒆𝒓𝒎𝒂𝒊𝒏, 𝒘𝒉𝒐, 𝒂𝒍𝒘𝒂𝒚𝒔 𝒔𝒆𝒆𝒊𝒏𝒈 𝒊𝒏 𝒉𝒆𝒓 𝒉𝒖𝒎𝒃𝒍𝒆𝒓 𝒇𝒓𝒊𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒂𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒎𝒖𝒔𝒕 𝒐𝒏𝒆 𝒅𝒂𝒚 𝒂𝒓𝒐𝒖𝒔𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆𝒊𝒓 𝒃𝒐𝒔𝒐𝒎𝒔, 𝒈𝒓𝒆𝒆𝒅𝒊𝒍𝒚 𝒔𝒆𝒊𝒛𝒆𝒔 𝒆𝒗𝒆𝒓𝒚 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒖𝒏𝒊𝒕𝒚 𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒄𝒂𝒏 𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒚, 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒆𝒅𝒈𝒆𝒓 𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒌𝒆𝒆𝒑𝒔 𝒉𝒆𝒓 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒖𝒏𝒕 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒕𝒉𝒆𝒎, 𝒘𝒓𝒊𝒕𝒆 𝒅𝒐𝒘𝒏 𝒂 𝒄𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕 𝒃𝒂𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒂𝒍𝒍𝒐𝒘 𝒉𝒆𝒓 𝒕𝒐 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒓 𝒑𝒓𝒆𝒔𝒆𝒏𝒕𝒍𝒚 𝒐𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒔𝒊𝒕𝒆 𝒑𝒂𝒈𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒐𝒓 𝒓𝒆𝒄𝒆𝒑𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒕𝒐 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒏𝒐𝒕 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒆 𝒕𝒉𝒆𝒎.

    Here is Kilmartin/Enright:

    𝑨𝒏𝒅 𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒏𝒆 𝒂𝒏𝒅 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒇𝒂𝒊𝒍𝒖𝒓𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒓𝒖𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔 𝒍𝒂𝒚 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒊𝒔 𝒆𝒙𝒄𝒆𝒔𝒔 𝒐𝒇 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔—𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒆𝒂𝒔𝒚 𝒕𝒐 𝒊𝒅𝒆𝒏𝒕𝒊𝒇𝒚 𝒂𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏𝒂𝒍 𝒃𝒆𝒏𝒕 𝒐𝒇 𝒂 𝒍𝒂𝒅𝒚 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝑭𝒂𝒖𝒃𝒐𝒖𝒓𝒈 𝑺𝒂𝒊𝒏𝒕-𝑮𝒆𝒓𝒎𝒂𝒊𝒏, 𝒘𝒉𝒐, 𝒂𝒍𝒘𝒂𝒚𝒔 𝒔𝒆𝒆𝒊𝒏𝒈 𝒊𝒏 𝒉𝒆𝒓 𝒉𝒖𝒎𝒃𝒍𝒆𝒓 𝒇𝒓𝒊𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒂𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒎𝒖𝒔𝒕 𝒐𝒏𝒆 𝒅𝒂𝒚 𝒂𝒓𝒐𝒖𝒔𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆𝒊𝒓 𝒃𝒐𝒔𝒐𝒎𝒔, 𝒈𝒓𝒆𝒆𝒅𝒊𝒍𝒚 𝒔𝒆𝒊𝒛𝒆𝒔 𝒆𝒗𝒆𝒓𝒚 𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒖𝒏𝒊𝒕𝒚 𝒕𝒐 𝒆𝒔𝒕𝒂𝒃𝒍𝒊𝒔𝒉 𝒊𝒏 𝒂𝒅𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆, 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒆𝒅𝒈𝒆𝒓 𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒌𝒆𝒆𝒑𝒔 𝒉𝒆𝒓 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒖𝒏𝒕 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒕𝒉𝒆𝒎, 𝒂 𝒄𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕 𝒃𝒂𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒆𝒏𝒂𝒃𝒍𝒆 𝒉𝒆𝒓 𝒑𝒓𝒆𝒔𝒆𝒏𝒕𝒍𝒚 𝒕𝒐 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒓 𝒐𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒅𝒆𝒃𝒊𝒕 𝒔𝒊𝒅𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒐𝒓 𝒓𝒆𝒄𝒆𝒑𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒕𝒐 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒏𝒐𝒕 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒆 𝒕𝒉𝒆𝒎.

    This, again, is not just the analytical Proust writing, but it is, as with Legrandin, Mme de Cambremer, Dr. Cottard, or Mme Verdurin, Proust the moralist, writing in the great tradition of Pascal, La Rochefoucauld, and La Bruyère. Everyone is thoroughly insincere, and kindness, genuine or otherwise, belies intentions that are quite unkind. Like virtually everyone in Proust’s universe, Mme de Villeparisis is not to be trusted.

    As usual, there are minor differences between the Scott Moncrieff and Enright versions. They are not significant. But let us take a look at Grieve’s:

    𝑻𝒉𝒆 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒅𝒆𝒇𝒊𝒄𝒊𝒆𝒏𝒄𝒚 𝒊𝒏 𝑴𝒎𝒆 𝒅𝒆 𝑽𝒊𝒍𝒍𝒆𝒑𝒂𝒓𝒊𝒔𝒊𝒔’ 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔 𝒘𝒂𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒆𝒙𝒄𝒆𝒔𝒔 𝒐𝒇 𝒊𝒕, 𝒇𝒐𝒓 𝒊𝒕 𝒄𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒃𝒆 𝒔𝒆𝒆𝒏 𝒂𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏𝒂𝒍 𝒎𝒂𝒏𝒏𝒆𝒓𝒊𝒔𝒎 𝒐𝒇 𝒂 𝒍𝒂𝒅𝒚 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝑭𝒂𝒖𝒃𝒐𝒖𝒓𝒈 𝑺𝒂𝒊𝒏𝒕-𝑮𝒆𝒓𝒎𝒂𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒐, 𝒂𝒄𝒄𝒖𝒔𝒕𝒐𝒎𝒆𝒅 𝒂𝒔 𝒔𝒉𝒆 𝒊𝒔 𝒕𝒐 𝒔𝒆𝒆𝒊𝒏𝒈 𝒊𝒏 𝒄𝒆𝒓𝒕𝒂𝒊𝒏 𝒎𝒊𝒅𝒅𝒍𝒆-𝒄𝒍𝒂𝒔𝒔 𝒑𝒆𝒐𝒑𝒍𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒎𝒂𝒍𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒏𝒕𝒔 𝒘𝒉𝒐 𝒔𝒉𝒆 𝒊𝒔 𝒃𝒐𝒖𝒏𝒅 𝒕𝒐 𝒎𝒂𝒌𝒆 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆𝒎 𝒔𝒐𝒐𝒏𝒆𝒓 𝒐𝒓 𝒍𝒂𝒕𝒆𝒓, 𝒕𝒂𝒌𝒆𝒔 𝒇𝒖𝒍𝒍 𝒂𝒅𝒗𝒂𝒏𝒕𝒂𝒈𝒆 𝒘𝒉𝒊𝒍𝒆 𝒔𝒉𝒆 𝒄𝒂𝒏 𝒐𝒇 𝒂𝒏𝒚 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒖𝒏𝒊𝒕𝒚 𝒕𝒐 𝒉𝒂𝒗𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒖𝒏𝒕 𝒃𝒐𝒐𝒌𝒔 𝒐𝒇 𝒉𝒆𝒓 𝒇𝒓𝒊𝒆𝒏𝒅𝒍𝒚 𝒓𝒆𝒍𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒕𝒉𝒆𝒎 𝒓𝒆𝒄𝒐𝒓𝒅 𝒊𝒏 𝒂𝒅𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒂 𝒄𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕 𝒃𝒂𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆, 𝒔𝒐 𝒕𝒉𝒂𝒕, 𝒘𝒉𝒆𝒏 𝒔𝒉𝒆 𝒊𝒔 𝒅𝒆𝒃𝒊𝒕𝒆𝒅 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒏𝒐𝒕 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒊𝒏𝒈 𝒕𝒉𝒆𝒎 𝒕𝒐 𝒉𝒆𝒓 𝒏𝒆𝒙𝒕 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒑𝒂𝒓𝒕𝒚 𝒐𝒓 𝒓𝒆𝒄𝒆𝒑𝒕𝒊𝒐𝒏, 𝒊𝒕 𝒔𝒉𝒂𝒍𝒍 𝒃𝒆 𝒘𝒊𝒕𝒉𝒐𝒖𝒕 𝒒𝒖𝒂𝒍𝒎.

    There is no question that Grieve writes with supple grace. His prose knows how to follow the bends and twists of Proust’s wry humor. Grieve, for example, saves a lot of lexical footwork by transforming the noun “debit” into a verb. Mme de Villeparisis, in effect, puts everyone in her debt because she knows that a time will come when she will “owe them” and “be debited,” which is when she will dip into her prearranged credit line with her indebted friends. We are suddenly in the realm of Saint-Simon, the shamelessly astute and penetrating memorialist whom Proust admired so much. What evidence do we have of her credit line? How does Proust know that she is constantly stocking up bonus points for that time when she’ll need to cash them in? These insights, so irresistibly plausible because we understand them and see them so clearly and are almost ashamed to own they are true precisely because they are true in us, are to his novel what London ruffians were to Dickens, Parisian “physiognomies” to Balzac, or drunks and epileptics to Dostoevsky. Proust “invents” psychological insights that are, as readers said of Dickens’s and Balzac’s characters, true to life because we, his readers, may most likely have already come across them.

    Let’s take a look at the last few words of the above sentence: “so that, when she is debited with not inviting them to her next dinner party or reception, it shall be without qualm.” This sentence proves that, not unlike Davis, and for all his grace as a writer, Grieve has not in the least bit intuited one of the essential aspects of Proust’s style. And this is not because there is absolutely no mention of “it shall be without qualm” in the French, or because such an observation is basically irrelevant and does not deserve so privileged a place as the end of the sentence. What Grieve does not see is that Proust had written the whole sentence as he did precisely because he wanted to let it spiral its way up and suddenly snap shut with the revelation that, when it comes to those with whom she shows so much congeniality, Mme de Villeparisis defrays in advance the cost of giving a dinner party to which she will omit to invite them.

    “To which she will omit to invite them” is the last word, the startling fillip, the close, the epiphany, the click of a camera’s shutter. To end with “it shall be without qualm” is like catching a fish and letting it slip back into the water while trying to drop it in the basket. If Davis failed to understand how Proust used parallel constructions to highlight the indissoluble collusion and chiaroscuro effect of successive clauses, Grieve fails to abide by Proust’s habit of leading his sentences up to an unexpected yet clamorous closure.

    A translation not only compels a translator to come up with the best rendition in another language, but by a sort of countervailing mechanism implicit in all translations, it also forces that translator to reinterpret the wording of the source language. Take Proust’s opening to the second volume, for example, the invitation to M. de Norpois: Should English resolve the ambiguities that were conveniently overlooked or left intentionally opaque in the original French?

    One might be tempted to say “yes,” but “no” is the correct answer. An author says what he says in the very way he says it not necessarily because he is after the utmost clarity, or, for some mysterious reason not unrelated to what we call the creative process, because he wishes to see so far and no further, to see one thing without highlighting all of its ancillary, shadow meanings, but because the words he has selected in the order that he selected them allow him to suggest things he does not wish to say or know how to come right out and say. In short, what we call style may not only be the deployment of the fewest possible words for the sake of strategic clarity; but to use Stephen Greenblatt’s more recent coinage, style may also be a form of “strategic opacity.” An author fudges and cuts corners and wriggles in between impossible options and gets away with all manner of ambiguities and contradictions precisely because what he is after cannot be invoked otherwise, because he himself may not even see or wish to see beyond a certain threshold.

    If rewriting is a fault in Grieve, it is a disquieting one when it becomes obvious that the much-touted team translation by Viking Penguin is the product of writers who are each translating a different Proust and whose practical operating principles and guidelines could not be more different or ill-defined. The voice of Davis, forever faithful to Proust’s word order, and the voice of Grieve, who doesn’t get it, could not possibly belong to the same novel.

    But if the intention of the Viking Penguin translation was to give us a Proust that would read well enough in English, then they have certainly succeeded. There is nothing egregiously wrong in Grieve’s volume. Its tone is much more relaxed and far less exacting than Davis’s, and, as far as I could tell, it does not mistranslate anything, certainly not as was the case with Scott Moncrieff before both Kilmartin and Enright came to his rescue.

    But well enough is not good enough. Will Grieve’s translation, for instance, serve the scholar who is not entirely at ease with the original French? Absolutely not. If anything, because it does not follow the rhythm of Proust’s sentences, it is a dangerous translation. It fails to see—and, more importantly, to convey—that the drama of discovery and revelation inscribed in each sentence by Proust is indissolubly fused to Proust’s style. If one likes to say that Flaubert’s obsession was the 𝒎𝒐𝒕 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆, with Proust it is the 𝒔𝒕𝒚𝒍𝒆 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆. And perhaps the only writer who knew a few tricks he might have taught Proust about 𝒔𝒕𝒚𝒍𝒆 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆 was Joyce. Perhaps. That both also began as aspiring poets should remind us that behind every great prose stylist there is not a creative writing major but a poet more or less resigned to his failure as a poet. That Proust should have started 𝑨 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒄𝒉𝒆𝒓𝒄𝒉𝒆 in the wake of his efforts as a translator of John Ruskin, England’s greatest stylist of the nineteenth century, should also remind us that every great writer comes by his voice in the most unforeseen and adventitious of ways.

    Ruskin too was an inner poet. The job of a great translator is never to forget this inner poet. If he so wishes, the translator may want to give us discreet reminders of the poet hiding in the recesses of his words. Scott Moncrieff attempted such a feat, and those who followed in his steps were all too well aware that if poets nod at times, they never plod, and that, even in prose, they can never afford to plod. That, in the end, is also how Scott Moncrieff, Kilmartin, and Enright came by their voices.

    How Grieve’s version came by its voice, however, is beyond reckoning. It does not translate Proust. It rewrites Proust. The spirit is gone. As for the letter, well, it’s there—but not really.

    In any other writer than Proust the rewriting would have done well enough. But try rewriting James Joyce or Laurence Sterne or Herman Melville and you have an entirely other writer. To rewrite Proust is to deny that he remains one of the very few writers who knew—and we know he knew it because he said so himself—that style is ultimately vision. Not to understand an author’s style may often be excusable; but not to understand Proust’s style is to miss the vision—and without the vision, unfortunately, all we’re left with is…prose. Just prose. And that’s not good enough.

    Les réactions suscitées par cet article (courrier de certains traducteurs et réplique d’Aciman) se trouvent ici : https://www.nybooks.com/articles/2006/04/06/prousts-way-an-exchange/

    • 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓 !… Cela est de nature à nous consoler (sur le principe « le malheur des autres… ») de bien des traductions hasardeuses dans notre langue. En d’autres temps, une telle injure faite à l’un de nos monuments littéraires, aurait provoqué une nouvelle bataille de Fontenoy.

  3. N’ayant pas eu le courage de relire toutes les interventions précédentes, je ne sais si il a déjà été annoncé, de façon sûre :
    – le volume « Dracula » d’abord
    – le coffret de 2 volumes de Romain Gary (en plus de l’album consacré à celui-ci) ensuite
    Tolkien serait très probable (à la rentrée ?)

    • Dracula et Gary en mai sur le catalogue, quant à Tolkien ?… D’où vous vient cette probabilité ?… A la rentrée cela semble bien trop tôt, pour ma part, cela ne sera jamais trop tard. J’aime beaucoup Tolkien, mais nous disposons d’éditions plus que suffisantes, et il ne s’impose pas comme un classique : manque de recul. Je ne vois ni la nécessité ni l’opportunité (ce sera une édition inutile, bâclée, soumise aux fourches chauvines des héritiers qui s’entredéchirent) d’une telle édition, alors que tant d’autres bien plus considérables sont dans la salle d’attente ou bien aux oubliettes.

        • Pour que ma position soit bien claire, je précise de nouveau que j’aime beaucoup Tolkien, et que j’achèterai certainement le (ou les ?) volume(s) à lui consacré(s), ne serait-ce que pour gagner un demi-mètre de rayonnage dans ma bibliothèque en me débarrassant des encombrants volumes brochés.

          Il n’en demeure pas moins que je trouve cet auteur ne serait pas à sa juste place dans la Pléiade (ou la Pléiade se déclasserait en l’accueillant), que le contexte est exécrable pour une édition sérieuse (poids du fils auto-proclamé grand-prêtre de la religion tolkenienne et guerres intestines, pour des motifs uniquement commerciaux, entre les héritiers), et qu’il y a quantité d’auteurs majeurs qui devraient avoir la priorité (y compris dans le domaine du Fantastique : à commencer par un H. P. Lovecraft).

          On descend à chaque fois d’un étage, comme avec ce volume « Dracula » qu’on gonfle en y intégrant le ridicule et plus que médiocre roman de Mrs Florence Marryat – que, curieusement, personne dans nos contrées n’avait songé à exhumer depuis un siècle, pas même le spécialiste Marabout en son temps, pas même les militantes éditions des Femmes – soit pour pouvoir se targuer de donner de l’inédit et du méconnu, soit – très probablement – pour que figure à tout prix une femme de lettres, en ces temps de metoo.

          • Je comprends de moins en moins les choix éditoriaux de la Pléiade. Quatre gros volumes pour Breton, lestés d’un appareil critique pléthorique en particulier dans les deux tomes des années 80-90; quatre autres, plutôt fins, pour la nouvelle édition de Camus, six, d’une taille moyenne à forte, pour celle de Malraux, l’un et l’autre auteurs commentés de beaucoup plus parcimonieuse façon ; une intégrale en quatre tomes de Marguerite Duras, délestant dûment les notices et les notes dont ses textes peu profonds se passent bien – quelle débauche de moyens concernant respectivement le maître à penser d’un courant dont la prégnance sur la scène littéraire contemporaine, si je ne me trompe, avoisine son nadir historique, un dramaturge et romancier de la décolonisation dont la vogue récente chez nous contraste avec l’indifférence qu’il suscite en Algérie (où il n’est guère mis en valeur que comme vecteur d’intérêt touristique local), un mythomane touche-à-tout de génie, de qui les destinées posthumes, parce que leur auteur a façonné le mythe gaullien sous lequel nos institutions vivent encore, risquent fort de s’étioler avec notre Ve République exsangue, et la plus piteuse des romancières de ce dernier demi-siècle, un demi-Bazin en jupes dont minauderies et coucheries épuisent pratiquement tout le registre ! A côté de cela, deux Luther décevants, une Révolution française selon Michelet qu’à peine justifie l’exégèse historique dont on l’a hâtivement badigeonnée mais dont le parti pris en faveur de l’édition originale par opposition au dernier état textuel amendé par l’auteur (1869) amenuise de toute façon la valeur, un Calvin de très haute volée certes mais qui, ne renfermant pas une seule ligne de son « Institution de la religion chrestienne », claudique de belle manière sans un second volume dédié à cette oeuvre maîtresse, un De Quincey aussi dispensable qu’on le pouvait craindre (sans même considérer la valeur du – minuscule – appareil critique), de misérables « Misérables », des Oeuvres poétiques et dramatique de Péguy qui se ressentent de n’avoir point été pilotées par Julie Sabiani, trop affaiblie par l’âge, et se paient le luxe d’être moins complètes que l’édition antérieure dans la Pléiade, pour ne dire mot des moult nouveaux vers découverts par Romain Vaissermann… Dieu merci la réédition de Gide, magistrale, nous dote d’une documentation de premier ordre, quand même elle n’atteint pas tout à fait au niveau du « Journal » de Claudel édité par Petit et Varillon il y a cinquante ans. C’est à se demander si Gallimard ne veut pas épuiser la littérature française du XXe siècle faute de mieux. Les équipes de Pradier sont même assez inconséquentes pour laisser se coudoyer sur bible des éditions confectionnées d’après des principes complètement antagonistes : la nouvelle mouture des « Essais » montaniens, le nouveau Molière qui reproduisent jusqu’à la moindre de ses verrues la graphie de l’époque, en face du Calvin qui la modernise entièrement avec une intelligence, un tact et un sens de la langue dont semblent dénués les vétérans Magnien et Forrestier (‘Langue et graphies’, pp. LXXIII-LXXXIV, très fortes pages signées Trung Tran; le cas de Rabelais est tout à fait particulier, puisque l’orthographe s’y modèle sur une doctrine personnelle et participe par conséquent de la tentative créatrice de l’auteur, si bien qu’il convenait de la respecter).

          • Cher NéoBirt7, je suis plus que très souvent en accord avec vous, et assez largement sur le fond de votre dernière intervention, mais certains de vos rejets et les motifs par lesquels vous les justifiez, me laissent quelquefois pantois.
            Si je vous comprends bien, Breton serait à jeter aux orties, au prétexte que le Surréalisme, dont les ânes savants le qualifient de « Pape » dans le vain but de le discréditer, serait à son nadir dans « sur la scène littéraire contemporaine » : étant donné le niveau lamentable de ladite scène, je considère ce phénomène comme plutôt flatteur pour le Surréalisme, et me demande si c’est une bonne raison pour balayer d’un revers de main son rôle historique (à moins que le Surréalisme soit devenu invisible d’avoir tellement imprégné nos esprits).
            Le cas Camus : que me chaut qu’il soit ou non pris en considération en Algérie ! N’est-ce point là le benjamin de mes soucis ? (Encore que le « Meursault contre-enquête » de Kamel Daoud serait de nature à vous apporter un démenti.)
            Pour Malraux, je botte en touche, ne sachant qu’en penser ; idem pour de Quincey, ne l’ayant pas relu depuis des décennies ; pour Duras… je la vois à bonne place sur le podium des médiocrités, en compagnie de Jean d’Ormesson et de Milan Kundera. Trois auteurs maison, dans toute la pénible acception du terme.
            Ne voyez aucune intention polémique, tant il est vrai que le choix des auteurs est trop soumis aux goûts personnels : si nous donnions tous notre liste, il se dégagerait un corpus sur lequel nous serions tous d’accord, mais il resterait toujours un nombre non négligeable d’auteurs à propos desquels nous serions prêts à nous écharper.
            L’essentiel la véritable question de fond, que vous soulevez justement, constituée par la disparité de traitement des textes édités, de leur établissement à l’appareil critique, disparité telle qu’on a l’impression que la collection n’a plus d’identité.

          • Cher Domonkos, je me suis mal exprimé, ou ma pensée ne ressortait pas clairement. Point ne dénie tout intérêt à ces auteurs, exception faite pour Duras, mais enfin, la libéralité manifeste que constituent des oeuvres complètes en autant de volumes pour l’esbroufeur Breton, Camus à la courte inspiration, le mythomane des grandeurs Malraux, me semble faire question dans un contexte où la Pléiade mégote avec une mesquinerie de boutiquiers l’espace quand il s’agit de publier des écrivains autrement capitaux. J’en veux pour preuve Henry James, dont l’anglais si difficile n’a pas semblé l’être assez pour les traducteurs des romans et des nouvelles afin que ces cinq tomes comportent un appareil critique entrant dans le détail des amphibologies et des passages d’intelligence douteuse (il s’agissait, bien entendu, de comprimer au maximum la pagination).

          • NéoBirt7, c’est un pur plaisir que d’échanger avec vous. Je le dis sans ironie (si je souris en écrivant ceci, c’est réellement de pur plaisir). Je le répète, je crois (sauf grave malentendu ou mal-lu de ma part) que nous sommes d’accord sur l’essentiel, c’est-à-dire la disparité de traitement des oeuvres et des auteurs, dont vous semblez dénoncer la cause dans la préoccupation uniquement matérielle de dimension des volumes, et donc, sans doute, de leur coût. Peut-être aussi des délais de livraison ? On peut imaginer également d’autres causes plus profondes et plus inquiétantes, mais le fait est qu’on ne voit pas de ligne directrice pertinente conduisant les destinées de la collection. (Que pensez-vous de ce Nietzsche annoncé en triptyque ?)

            Pour le reste, c’est anecdotique : « Camus à la courte inspiration », « le mythomane des grandeurs Malraux », « l’esbroufeur Breton »… Vos flèches touchent juste, au coeur de la cible. Il est aussi plaisant de voir par vous briser ses idoles que d’être invectivé par Cyrano de Bergerac.

            Je ne peux vous contester le jugement sur Malraux, mais il y a peut-être une grandeur dans sa mythomanie (hi hi hi). Pour autant je ne me ferai pas son champion, au risque de me faire estropier en un vain combat, car je ne suis pas persuadé que six volumes Pléiade et l’édition trois ou quatre fois recommencée de ses romans – qui ne sont tout de même pas l’acmé romanesque du siècle – soient vraiment justifiés.

            Quant à « la courte inspiration » de Camus, elle est d’un parfait diagnosticien mon cher Dr House, et, certes, il y a de « l’esbroufe » dans Breton. Mais peut-on (doit-on) réduire ces deux-là à ces vices et les leur compter pour péché mortel ? Je ne le crois pas ou, du moins, ne m’y résigne pas. Breton a tous les défauts du monde et Camus semble préfigurer et incarner tout ce que je reproche à notre époque, incapable à la fois de déraison et de raison à force de se vouloir raisonnable. D’ailleurs mettre ces deux-là dans la même charrette, c’est plutôt amusant, au fond (arrivés sur le lieu du supplice, le bourreau n’aurait plus d’ouvrage, car ils se seraient entretués en cours de route). Mais je ne renierai ni une, ni deux, ni trois fois avant l’heure du coq, celui qui fut autrefois mon maître en folie et celui qui fut mon garde-fou.

  4. Bonjour,

    Passionné de littérature et grand amateur de Pléiades (160 volumes dans ma bibliothèque au dernier recensement), je me décide aujourd’hui à poster un premier commentaire sur cette page que je consulte très régulièrement depuis quelques années déjà, en me délectant de vos savantes interventions et débats enflammés, que ce soit sur le déclin de notre chère collection, l’actualité littéraire, la qualité des traductions de tel ou tel classique, etc. Soyez tous chaleureusement remerciés pour cela, Domonkos, Tigrane, Lombard, Néo-Birt et les autres, sans oublier notre hôte Brumes…

    Je dois avouer que mon commentaire est intéressé. Dans le dernier Pléiade dont j’ai fait l’acquisition, à avoir le tome 1 des œuvres de Corneille dans la nouvelle édition de G. Couton, il y a une convention typographique qui m’échappe et dont, que ce soit dans le volume même ou sur Internet, je ne parviens pas à trouver la signification. Il s’agit du gros point médian (ou puce ronde) placé devant certains vers, par exemple dans le célèbre monologue de Don Diègue (à la page 718, si certains d’entre vous possèdent le volume et veulent voir par eux-mêmes de quoi il retourne) :

    • Comte, sois de mon Prince à présent Gouverneur ;

    ou encore à la page suivante :

    • Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage.
    Meurs, ou tue. Au surplus, pour ne te point flatter,
    • Je te donne à combattre un homme à redouter,
    Je l’ai vu tout sanglant au milieu des batailles
    Se faire un beau rempart de mille funérailles.

    Ce signe apparaît dans plein d’autres tirades, et pas seulement dans Le Cid, pour une raison donc que j’ignore. Est-ce que par hasard l’un d’entre vous — peut-être Néo-Birt qui semble doté d’une incommensurable culture, mais j’accepterais la réponse d’où qu’elle vienne —, saurait me dire ce que ce signe « • » signifie ? Je lui adresse par avance toute ma gratitude.

    Concernant les prochaines parutions de la Pléiade, je ferai l’impasse sur les récits vampiriques et Gary, qui ne m’intéressent guère. En revanche, étant de la génération biberonnée par les adaptations de Peter Jackson qui ont fait de moi un tolkieniste fervent durant toute mon adolescence, je dois confesser que relire Le Seigneur des anneaux sur papier bible a de quoi m’allécher fortement, même si je veux bien reconnaître que Tolkien n’a pas tout à fait sa place en Pléiade (quoique, après d’Ormesson…) et qu’il existe des chantiers autrement prioritaires que la maison Gallimard, décidément, se plaît à faire traîner, quand elle ne les abandonne pas purement et simplement. En ce qui me concerne, j’attends toujours, avec un espoir qui va en s’amenuisant (il n’est pas annoncé en préparation dans le catalogue), le tome 3 des œuvres romanesques de Nabokov, qui devrait contenir, entre autres, les deux chefs-d’œuvre que sont Feu pâle et Ada ou l’Ardeur…

    Au plaisir de vous lire,

    Thomas

    • Cher Thomas,

      la présence de ces puces – le « bullet » de la typographie anglo-américaine – dans le Cid est en effet inexplicable sauf par un accident matériel de composition. Que Gallimard se servait déjà d’une photocomposeuse en 1980 (date de sortie du tome I de Corneille) ou fonctionnait encore à l’ancienne avec galets et cassetins d’imprimerie, à en juger par la distribution de ces signes adventices (sur mon exemplaire du premier tirage, j’en ai trouvé aux pp. 715, 716, 718, 719, 720, 721, 722, 723, 724, 725, 734, 735, 736, 737, 738, 739, 740, 741, 742, 743, 744, 745, 746, 747, 748, 749, 750, 751, 752, 757, 760, 761, 762, 774, soit pour la quasi-totalité du Cid), la seule explication plausible me semble être la suivante : un paquet de feuillets appartenant à un premier jeu d’épreuves, après mise en plage manuelle des interlignes, des sauts de lignes et autres, qui comportait ces puces superflues, aura trouvé son chemin dans le jeu d’épreuves final complet, pourtant censé avoir été soigneusement toiletté, et se sera trouvé reproduit tel quel. Il faudrait voir si ce défaut affecte seulement le premier tirage ou s’il se retrouve dans des réimpressions de Corneille I.

      • Cher Neo-Birt,

        Je vous remercie pour votre réponse prompte et détaillée. J’avais moi-même songé à la possibilité d’une erreur de composition mais je n’osais croire que ce fût le cas. Mon exemplaire du tome 1 de Corneille (trouvé d’occasion) constitue bien le premier tirage de 1980, mais devant la présence de ces « bullets », je suis allé en librairie voir ce qu’il en était dans le tirage actuel (qui, si mes souvenirs sont bons, date de 2002) et je n’ai constaté aucune différence. Le défaut n’a donc pas été corrigé d’une impression l’autre. Regrettable, mais sans doute sommes-nous trop peu nombreux à lire Corneille en pléiade pour que cela ait quelque importance…

        • Thomas Codaccioni, pas mieux que Néo-Birt7 : à propos de ces étranges puces, la seule explication plausible est une erreur de typographie ; les logiciels de composition alors balbutiants ont évidemment bon dos. 🙂

          Pour l’anecdote, j’étais hier à Paris dans le quartier du Sénat, paradis pour les bibliophiles avec ses bouquinistes et autres libraires d’ancien. L’un des libraires de la rue Bonaparte cède son bail ; il m’a dit que les livres anciens ne se vendent plus et que seuls les Pléiade qu’il récupère de collections privées ou de ventes aux enchères ont encore grâce aux yeux des acheteurs. Il vient de rentrer une collection quasi complète qui comprend de nombreux volumes épuisés, ainsi que tous les albums, à l’état de neuf ou en très bon état. Pour ceux que ça intéresse…

          En ce moment je découvre Nicolas Nickleby (il n’est jamais trop tard) : Gallimard a quand-même fait du bon boulot avec cette série de volumes consacrés à Dickens qui contiennent la quasi totalité de ses grands romans.

    • « la génération biberonnée aux adaptation de Peter Jackson… » ? Monseigneur, même de vieilles barbes comme votre serviteur ont biberonné à P. J. quand bien même avaient-ils lu les oeuvres originales dès les années 7O ! Bien d’accord qu’il ne s’agit pas d’une question de qualité littéraire (sur ce point je suis moins exigeant que NéoBirt7) et qu’on est descendu bien plus bas avec d’Ormesson et consorts ; à mes yeux, ce serait plutôt une question de genre, d’espèce, appelez cela comme vous voudrez. Plutôt que de « déclassement », j’aurais dû parler de « dénaturation » de la collection.

      Je maintiens par ailleurs que, nonobstant le plaisir tout bête que j’aurai à relire Tolkien sur papier bible (et à gagner de la place sur mes rayonnages surpeuplés), il ne me paraît pas possible à l’heure actuelle de donner une édition sérieuse de Tolkien qui se trouve entre les mains d’héritiers abusifs (le fils et d’autres) et du fandom des lecteurs hystérisés.

      Je partage avec vous la tristesse et la frustration de ne pas voir complétée l’édition de Nabokov… Si seulement c’était le seul exemple !

      Malgré tout, je vais encore acheter quelques pléiades nouvelles ce printemps et pas mal d’anciennes chez mon bouquiniste, scrogneugneu.

      NB : n’hésitez pas à récidiver en apportant votre contribution à ce dialogue – raison égoïste ou non – cela ne peut être qu’enrichissant, et nous éviter de trop tourner en rond avec la participation de deux ou trois obsédés dans mon genre.

      • Tolkien n’aurait rien eu à y faire voici encore peu de temps mais les chiffres des ventes sont ce qu’ils sont. C’est peut-être un moyen de toucher les hommes de 35-50 ans ? Après réflexion, peut-être plus les 40-60 que les 35-55, je rajeunis abusivement le public des Tolkienites.

        Ensuite… eh bien il y aura Mme Rowling pour appâter la génération suivante.
        Puis plus rien, car la Pléiade sera comme la littérature et ses lecteurs, morte.

        • Votre terrifiante prédiction, cher Brumes, me fait prendre conscience que nous aurons déjà Mme Rowling, en Pléiade, d’ici un petit mois : à peine dissimulée sous l’hétéronome de Florence Marryat.

    • Chers amis,
      J’ai hésité à briller de mille feux en répondant à Thomas Codaccioni et, surtout, en vous fournissant une information qui a échappé à la stupéfiante culture de Neo-birt7 (!) ; Mais je vous dois la vérité.
      S’agissant des puces (« bullets ») :
      J’ai posé la question ce midi à l’immense Georges Forestier (auteur, entre autres, de la récente biographie de Molière et celle, plus ancienne mais aussi excellente, de Racine, chez Gallimard), car l’idée de Neo-birt7 d’une erreur typographique me paraissait farfelue.
      Ce cher Georges (mais pourquoi perd-il son temps avec moi ? Ce n’est pas raison qu’il employe son loisir en un subject si frivole et si vain) a encore une fois eu la grande gentillesse de me répondre.
      Corneille a été accusé (par Scudery et Mairet) de plagier l’auteur espagnol Guilhem de Castro. L’édition de 1648, place en italique les vers incriminés et donne en notes les vers originaux non traduits, afin que le lecteur puisse se faire son jugement.
      Le parti pris de la Pléiade étant de donner le texte de l’édition originale, il ne pouvait être question de reproduire cette mise en forme. Les vers espagnols figurent donc dans le dossier « la querelle du Cid », avec renvoi aux vers français, ces derniers étant eux-mêmes signalés par une puce.
      L’info a été confirmée à M. Forestier par le directeur de la collection himself, car j’avais déclaré ne pas pouvoir dormir sans avoir la réponse et, dirait-on, ces aimables personnes ont bien voulu veiller à la santé de votre humble serviteur.
      Je suis dans un train, loin de ma bibliothèque, mais l’info se trouve (d’après la photo que M. Forestier m’envoie) p. 1467 de la notice.

      • Je parle pour Lombard et moi: we stand corrected. Cela étant, ces indications ne me semblent pas faire partie de la tradition du texte, encore moins de sa genèse, mais de sa réception et à ce titre Couton a sans doute erré par souci diplomatique en les faisant figurer in textu plutôt qu’in apparatu, pour parler le jargon des éditions critiques. En tout cas, merci, DraaK, de vos peines.

      • Comme c’est bien écrit. La qualité de l’écriture a fait passer au second plan pour moi cette histoire de « bullets ».

      • Merci pour cette information, Draak.
        J’avoue qu’à la lecture du premier volume de Corneille je m’étais vaguement posé la même question que Thomas Codaccioni. La typographie étant l’un de mes dadas personnels et professionnels, j’étais resté sur cette impression (humour…), certes curieuse, de la bête faute dite de frappe. Or il n’en n’était rien : chez Gallimard, ce sont des gens sérieux. Nul doute que la page 1467 de la notice m’aura échappé – et j’ai le droit d’en avoir grand honte.
        Merci encore pour vos lumières sur ce sujet.

        • Eh bien eh bien, cher DraaK, mes remerciements mais aussi mes applaudissements pour cette information ô combien précieuse et glanée de surcroît auprès d’un spécialiste parmi les plus éminents. À moi aussi donc cette diablesse de page 1467 aura échappé. C’est que les bonnes vieilles Pléiades d’antan sont pareilles à des bottes de foin, dans lesquelles la quête de l’aiguille est un plaisir sans fin.
          Encore merci à vous, DraaK, ainsi qu’à M. Forestier s’il nous lit (ce dont je doute, mais sait-on jamais…).

  5. Merci pour vos messages et votre accueil chaleureux.
    C’est avec plaisir que de temps à autre j’apporterai sur cette page ma modeste contribution, mais — et je m’adresse plus particulièrement ici à Domonkos — je ne ferai jamais, je le crains, que gonfler le cercle des obsédés…
    J’ajoute que je suis un jeune lecteur ayant certes réalisé l’ascension de belles collines mais à qui il reste des Himalaya de littérature à gravir. Je suis ainsi bien loin d’avoir la science de certains d’entre vous et le niveau d’exigence qui va avec. Du reste, je crois appartenir au public actuellement visé par la Pléiade et il est vrai que pour ma part, je ne trouve rien à redire à la présence de Philip Roth dans la collection, que je considère comme un écrivain de premier ordre. Ceci dit, je déplore que ces Pléiades « faciles”, faciles à fabriquer car ne demandant pas un appareil critique conséquent et faciles à vendre car grand public (Roth donc, mais aussi Jules Verne, d’Ormesson, le futur Tolkien, etc.) ne servent pas à financer des projets plus ambitieux. Et par ambitieux, j’entends et j’attends autre chose que Simone de Beauvoir ou qu’une nouvelle édition fort dispensable de Michelet, pour ne rien dire de ce volume sur les vampires qui me paraît carrément absurde. Sur ce point, je vous rejoins complètement. J’ai déjà évoqué le tome 3 de Nabokov, mais lui au moins a tout de même eu les honneurs de la collection, quand il y a tant d’autres auteurs majeurs qui manquent à l’appel. Sans parler des œuvres poétiques de Hugo ou du journal de Vigny, deux cas hautement désespérants. Lorsque ce sont pour des questions de droits (Beckett), passe encore, mais pour le reste, Gallimard n’a aucune excuse, sinon de dire que les ventes ne suivraient pas. Rien n’est moins sûr, déjà, et ensuite le devoir premier d’un éditeur qui se respecte n’est-il pas de prendre des risques ?… Et puis, franchement, ce n’est pas comme si Gallimard était au bord du dépôt de bilan…

    NB : cher Lombard, ce que vous avez écrit n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle, pourriez-vous me dire s’il vous plaît de quel bouquiniste il s’agit rue Bonaparte ? Sans doute y ferai-je une petite descente à l’occasion. En vous remerciant du tuyau.

    • Il s’agit de la librairie d’Argences au n°84.
      Profitez-en pour passer au n°82 à la librairie Historique F.Teissedre…
      À quelques pas vous avez la librairie Le Pont traversé, à l’angle des rues Madame et Vaugirard, qui propose aussi des Pléiade.
      Dans un rayon de 500 mètres vous trouverez au moins une dizaine de libraires d’ancien.
      Enfin, pour le plaisir des yeux, vous pourrez toujours passer rue de Mézières à La Procure qui présente sous vitrine une collection complète de Pléiade neufs, ce qui est suffisamment rare pour être souligné :-).

      • Vous me faites saliver. Je note ces adresses pour mon prochain voyage à Paris (de préférence après avoir gagné au Loto).

    • La question essentielle ne réside pas dans tel ou tel auteur, pris individuellement, au sujet du quel nous continuerons à nous écharper joyeusement – en s’autorisant même, à l’occasion, l’épice de la mauvaise foi – mais dans la ligne générale et dans la qualité de l’édition : si, sur ces deux critères la Pléiade ne reste pas exceptionnelle, à quoi sert-elle ? Autant s’acheter des Jean de Bonnot.

      En ce qui concerne précisément Philip Roth, je ne lui dénie pas sa qualité d’excellent écrivain, je m’interroge sur la place qu’il occupe(ra) au panthéon des lettres et j’aurais préféré un peu plus de recul. Mais je ne le mets pas au rang des « faiseurs », des « usurpateurs » (inutile de rappeler à qui je pense). Il y a quantité d’écrivains que j’aime ou que j’apprécie et dont je n’exige pas la publication en Pléiade, car je persiste à penser qu’elle devrait être consacrée à des auteurs majeurs ou ayant rang de classique, qu’on appelle cela comme on veut, Il y a toujours eu des auteurs à la mode du jour et dont le statut n’a pas été confirmé sur la durée ou qui n’ont jamais provoqué un consensus. Cela n’est pas dramatique, tant qu’il s’agit d’exceptions. Notre crainte, aujourd’hui, réside dans la multiplication des publications d’opportunité qui fait figure de tendance lourde et met en péril (litote) l’esprit même de la collection.

      Ceci étant dit, nous ne sommes ni les maîtres d’oeuvre, ni les censeurs, tout juste un club de supporters animés par la passion.

  6. En lisant mon volume tout beau tout chaud des Vampires, je me rends compte que je suis en désaccord avec vous cher Domonkos ! Car enfin, encore une fois, comme il est désormais hélas de coutume dans la Pléiade, on ne nous donne que des textes à relire…. (Les 2 Gary ne font d’ailleurs pas exception!) Si on s’intéresse aux œuvres de vampires (ce qui n’est pas vraiment mon cas), on a déjà évidemment lu Coleridge, Polidori, Stoker et Le Fanu. Les excellents volumes chez Bouquins et Omnibus nous offrent déjà tout ça depuis bien longtemps. Amusant de retrouver l’extrait de Gaiour de Byron qui est édité en intégralité dans la collection de poche Gallimard poésie en même temps! Vous voyez donc où je veux venir : le seul texte intéressant et inconnu de moi (mais je l’ai dit je ne connais pas ce sujet) c’est le roman exactement contemporain de Stoker de cette Florence Marryat. Sans lui ce volume serait vide de nouveautés. Ouf. Ça me fait une découverte. C’est déjà quelque chose. Ne demandons plus la lune aux Pléiades même si pour des vampires…..

    • Finalement vous venez de me convaincre de faire l’impasse sur ces Vampires comme je l’ai fait sur le Gothique (?). Et pourtant, j’adore ça !

      Mais Florence Marryat (que j’ai parcouru en anglais : la qualité de son écriture étant juste au même niveau de médiocrité que ma connaissance de la langue angloise), définitivement, non merci ! (Maintenant, si vous me dites que c’est traduit par Baudelaire ou par Mallarmé…)

      Vous me surprendriez en me disant que vous avez aimé, mais d’avance je vous pardonne et mettrai ce goût au nombre de vos vices (comment pourrais-je m’intéresser à une personne qui en serait dépourvu ?)

      La seule raison qui pourrait me conduire à changer de nouveau d’avis, ce serait la présence d’un appareil critique de qualité, je compte sur vous pour nous faire part de votre jugement sur cette question.

      Je viens de mettre la main, chez mon bouquiniste, sur les écrits autobiographiques de ce bon vieux George, et, jusqu’à preuve du contraire, je trouve que deux pintes de bon Sand valent mieux qu’un gros saladier de Sang éventé…

  7. J’ajoute que l’Album Gary est bien sympathique avec des documents que je ne connaissais pas mais si on a lu la biographie de Myriam Anissimov on n’apprend rien du tout. Mais ce n’est pas le but des Albums Pléiades. Le mieux est de lire ou relire ses grands romans, c’est l’essentiel pour les écrivains finalement ! En attendant le volume 3 des Œuvres de Jean d’Ormesson qui tarde à paraître quand même !….

    • Tigrane, sans le vouloir, vous venez de prononcer la plus énergique des eulogies de Dame Pléiade: ses publications peuvent, au mieux, prétendre à être « bien sympathiques » ! Singulière décadence pour une collection qui se réinventa, entre 1960 et 2000, comme le véhicule élégant de la meilleure recherche littéraire et génétique en langue française… Walzer donnait presque cent pages de bibliographie dans son Lautréamont / Nouveau, rappelons-le.

        • Était-il bien utile de gâcher des centaines de pages du volume Germain Nouveau avec le dispensable Isidore Ducasse ? Rimbaud n’eût-il pas mieux accompagné Nouveau ?

          • Alors là, Brumes, dans le genre provoc’ vous m’enfoncez. J’ai honte de n’y avoir point pensé. Bravo, bravissimo ! Le pire étant que vous avez sans doute raison – sur chaque point de votre intervention.

        • Utile ? je ne sais, indispensable probablement pas, mais préférable indubitablement, aux considérations de complaisance des Le Clézio, Marcellin Pleynet et autre inénarrable Sollers, qui encombrent la nouvelle édition de Lautréamont en Pléiade.

          Germain Nouveau étant passé à la trappe, se pose la question : Sollers fait-il vendre un volume de plus que Nouveau ? Encore un volume ancien qu’il va falloir que je me procure, afin d’assécher mes larmes.

          • Je resterai toujours un peu étonné que Sollers, eu égard à sa position au comptoir Gaston & Fils, n’ait pas obtenu de son vivant une édition Pléiade en quelques volumes.
            J’imagine que le succès commercial ne serait pas au rendez-vous – mais je pensais la maison capable d’accorder cela au vieux libertin mozardonjuancasanovavenisiste avant la mort.

          • Sa présence dans le Lautréamont (ne figurerait-il pas aussi dans les « jugements de la postérité » du Rimbaud ou du Laclos également ? je n’ai pas le courage de vérifier…) lui permet d’inscrire tout de même son nom au catalogue de la Pléiade… Cette « wild card » est-elle une forme de reconnaissance ou bien une subtile humiliation ?

          • Hi Hi Hi Hi !
            Je viens de découvrir les dernières parutions Gallimard, et je m’aperçois que j’ai proféré une absurdité : en effet, il est impossible de savoir qui se vendra(it) le mieux, de Nouveau ou de Sollers, puisque « Nouveau » est le titre du dernier livre de… Sollers !

            Si les Dieux de l’Édition se mettent contre moi, alors !

    • Les albums n’ont jamais prétendu révolutionner le regard qu’on portait sur les auteurs. Ce sont des « Découvertes Gallimard » sous reliure cuir. Et c’est déjà pas mal.

  8. 1897 a été l’année de publication de 𝘋𝘳𝘢𝘤𝘶𝘭𝘢 et de 𝘛𝘩𝘦 𝘉𝘭𝘰𝘰𝘥 𝘰𝘧 𝘵𝘩𝘦 𝘝𝘢𝘮𝘱𝘪𝘳𝘦 qui viennnent d’avoir les honneurs de la Pléiade. C’est aussi cette année-là qu’est sorti l’excellent et réjouissant 𝘛𝘩𝘦 𝘉𝘦𝘦𝘵𝘭𝘦 de Richard Marsh. Certes ce n’est pas un récit vampirique, plutôt celui d’une malédiction égyptienne.

    Les Canadiens de Broadview Press en propose une édition farcie de notes et bardée d’annexes que je recommande chaudement aux amateurs de la littérature edouardienne et de névroses fin-de-siècle!

    Le lien : https://broadviewpress.com/product/the-beetle/?ph=95bf68a5569261c0022b0608#tab-description

    • Je possède le tirage original (2004) de cette édition; « farcie de notes » ne la décrit pas bien du tout, puisque l’éditeur, je dirais plutôt: le préfacier, pour des raisons qui vont être évidentes, se contente de notules infrapaginales tout ensemble sporadiques (une pour trois ou quatre pages, en moyenne, avec de larges sections du texte dénuées de toute aide de ce genre; le maximum est de trois à la p. 238) et squelettiques (une ligne, rarement deux, et beaucoup plus souvent quelques mots, glosant des expressions devenues obscures ou obsolètes, et éclaircissant en style télégraphique des allusions littéraires, des citations bibliques, des noms propres, quelques cas de bilinguisme, etc). Le niveau élémentaire, sinon scolaire, de cette édition se mesure à la nature des explications linguistiques fournies: ainsi, p. 201, anathemas du texte est-il glosé « curses, condemnations », p. 211, on explique cabalistic par « referring to secret mysterious practices », ou p. 349 in toto par « completely ». D’autre part, la préface que la maison d’édition prétend être substantielle n’occupe qu’une grosse vingtaine de pages (9-34), d’un niveau assez bas, le restant du volume étant occupé par un montage de documents d’époque éclairés de manière minimale par le même genre de notes qu’on trouve accrochées au texte du roman (Appendix A: London in the fin de siècle, pp. 323-329 ; Appendix B:The New Woman, pp. 330-339; Appendix C: English Interest and Involvement in Egypt, pp. 340-35; Appendix D: Mesmerism and Animal Magnetism, pp. 353-361). La part de travail personnel, évidemment quasi inexistante, se mesure encore à la bibliographie, de deux pages 1/3 (Works Cited and Recommended Reading). Julian Wolfreys, de l’université de Portsmouth, est un homme orchestre, à la fois enseignant chercheur, éditeur et anthologiste multi-publié, poète, musicien, performeur – malheureusement, qui trop embrasse mal étreint. Je ne puis recommander cette sienne réédition de « The Beetle » dont les mérites sont à l’image de la recherche originale qui n’y voit pas.

      • ERRATUM: Qui ne s’y voit pas

        Je me suis permis de reprendre Petitrien non point par Schadenfreude ou pour faire mon Macron Je-sais-tout, mais dans l’espoir de conjurer la tentation, qui pourrait prendre des lecteurs éventuels, de se procurer ce sinistre volume purement commercial.

        • Pas de problème! Je ne prends pas l’éreintement pour moi! Je ne signalais cette réédition que parce qu’à ma connaissance c’était la seule disponible et que ce roman a été pour moi un plaisir de lecture. Je découvre que Penguin l’a publié l’année dernière dans la collection Penguin English Library telle qu’elle a été relancée il y a quelques années, c’est-à-dire sans apparat critique (https://www.penguin.co.uk/books/56701/the-beetle/9780241341353.html). J’imagine tout de même que l’établissement du texte a été fait sérieusement.

    • J’aurais bien voulu savoir si je suis le seul ici que consterne l’entrée de Michon sur bible. Bazin, pour ne citer que lui, attend toujours d’être pléiadisé, malgré le tirage considérable de la totalité de son oeuvre (trente millions d’exemplaires vers la fin des années quatre-vingt), le nombre très élevé de ses traductions étrangères, la popularité des archétypes par lui créés, et le prétendu ‘classique instantané’ lui grillerait la politesse, sous prétexte que l’université s’est emparé de lui !

      • Vous n’êtes pas le seul consterné, mas ce site ne fait sans doute que reprendre une rumeur. Je n’ai jamais compris qu’on puisse porter aux nues les Vies minuscules.

        • Michon m’a toujours donné l’impression d’ériger en écriture prétendue littéraire le style pauvre, sec, haché, lapidaire par manque de moyens expressifs – rien, mais alors rien, à voir avec la riche palette dont les véritables maîtres de la concision, depuis La Bruyère, nous ont appris les sortilèges. Les « Vies minuscules » prétendent être un diamant dont la taille habile démultiplierait les reflets à l’infini, comme c’est le cas du sonnet dans les mains d’un expert; j’y vois surtout une méduse dont la répugnante gélatine nécessite le bouillon d’un manque de culture de la part du lecteur pour que s’éploient ses ombilics en corolles chatoyantes.

      • j’ai suivi le lien indiqué par Pléiadophile et je suis tombé sur un texte hagiographique affirmant d’entrée comme un fait établi que Michon va être pléiadisé, sans justifier cette affirmation (ce credo ?), sans citer la moindre source. Donc, comme le dit Arbal, nous sommes face à la définition même de la rumeur.
        J’ai peine à lui accorder le moindre crédit : si Gallimard cherche les grosses ventes, il me semble loin d’être assuré dans ce cas.
        En fait, c’est un non-sujet.
        ……………..
        Je suis passé chez mon bouquiniste cet après-midi, au moment même où un héritier lui vendait un lot de Pléiade (laissées par un père défunt et que les héritiers se sont partagées, fort mal partagé d’ailleurs, le vendeur avait plusieurs tomes 2 de divers auteurs, frère ou soeur s’étant probablement octroyé le tome 1 : des perles données aux cochons !).
        J’ai donc eu la primeur. Premier servi, part du lion.
        Pout 105 € je suis reparti avec un Dickens, un Giono, un Stendhal, le premier volume de Garcia Lorca, et le Malherbe (mes deux meilleures prises). J’aurais pu doubler la mise si je ne possédais pas déjà les autres volumes susceptibles de m’intéresser.
        Franchement, en comparaison, Michon ne mérite pas qu’on y consacre plus de 5mn de son temps, fort précieux quand on est au soir de sa vie…

  9. Les Pléiades achetées chez mon bouquiniste samedi dernier, bien qu’âgées de 30 à 40 ans (premières éditions ou réimpressions) sont impeccables, dans l’état exact où se trouvent celles que j’achète neuves, au moment où je les sors de la boutique de mon libraires. ; certains indices précis montrent qu’elles n’ont pas été lues et même pas feuilletées une seule fois.

    Celles qui ont été publiées dans les années 70 et 80, Garcia Lorca, Giono, bénéficient de l’appareil critique alors de mode rue ci-devant Sébastien Bottin.

    « La Naissance de l’Odyssée » qui inaugure le tome I et l’oeuvre de Giono compte environ 110 pages et génère 115 pages de notice, notes et variantes. Trop, c’est trop ! s’exclameront certains. Tout juste suffisant pour nous expliquer la génèse d’une oeuvre et la transformation d’un modeste employé de banque, souffrant de morne ennui dans les « souterrains » de la banque à Marseille puis à Manosque, en écrivain.

    O qu’il est utile et fascinant de voir l’apprenti se lever aux aurores, dans le demi-jour gris de son minuscule logis, se laver à l’eau froide, secouer ses doigts gourds et pour petit–déjeuner boire l’eau salée qui roule le corps d’Ulysse !

    De voir comment un loisir devient une passion dévorante, d’assister à ses essais, ses ratages, ses repentirs, ses rodomontades et ses remords à travers les lettres dont il accable ses amis. Comment l’employé de banque, jeune marié, qui gagne 300 F par mois en dépense 150 pour acheter les six volumes que Victor Bérard a consacrés à sa traduction et à ses théories sur l’Odyssée. Comment l’arrivée d’une machine à écrire change la vie du couple (la jeune épousée se tapant auparavant le recopie des manuscrits à la main). Occasion de rappeler quelques vers d’Aragon qui, de son côté, évoque l’achat d’une machine à écrire qui ressemble à une ruineuse maîtresse.

    Les premiers balbutiements, les versions qui s’empilent, l’oeuvre interminable qui se termine pourtant, pour rester dix années dans les tiroirs et n’être acceptée par Grasset qu’après le succès de Colline, Regain et d’Un de Baumugnes, pour connaître l’insuccès prédit initialement par l’éditeur.

    O honorables lecteurs de 2019 qui aborderiez l’oeuvre de Giono, en ouvrant le tome I de sa série de Pléiades, si vous pouvez vous passer de cela, renoncez, rebroussez chemin ! Contentez-vous d’un quelconque poche étique, ou plutôt, dispensez-vous de lire « Naissance de l’Odyssée » – cela a été écrit au premier tiers du siècle dernier, autant dire dans l’Antiquité, autant dire sur des tablettes assyriennes – vous n’y comprendriez rien.

    • Palsambleu ! N’eût-il point été plus convenable que j’écrivisse « Oh qu’il est utile… » en lieu et place de ce malotru de « O qu’il est utile… » ?

      • le programme Pléiade du deuxième semestre est le suivant:
        septembre : Georges Duby / Oeuvres
        octobre : Collectif / écrits spirituels du Moyen Age
        Huysmans / Romans et Nouvelles
        George Sand / Romans t1 et Romans t2
        bonne lecture aux amoureux de la PLéiade!!!

        • C’est le programme le plus intéressant dont la Pléiade nous ait gratifiés depuis des années. Fort peu me chaut de Huysmans, compte tenu de ce qui a filtré touchant à la ligne éditoriale fixée pour ce volume ; mais Duby, les écrits spirituels (?) du Moyen-Âge, et surtout un échantillon des romans sandiens, voilà de quoi mettre en appétit, si tant est que le choix des oeuvres, ainsi que le sérieux de leur présentation, s’avèrent de bon aloi (encore que je n’ose plus espérer que sera réitérée la prouesse que constituent les Oeuvres complètes, très substantiellement annotées et présentées, de Mme de Lafayette en 2014, il faut entretenir le rêve que nous ne nous verrons pas infliger des prestations à la Henri-kiri Scepi sur « Les Misérables » ou Cathribaude Seth sur Staël). Sand en particulier était scandaleusement sous-représentée dans la Pléiade tant en raison de son importance littéraire et testimoniale que pour l’aura du personnage qu’elle incarna (Gallimard se montra bien pingre en demandant à l’immense Lubin de nous donner ses seuls écrits biographiques) ; il faut espérer que le montage de textes romanesques, en reprenant juste assez des oeuvrettes champêtres et des rares autres romans dont la tradition scolaire a retenu le nom (« Indiana ») pour affrioler le chaland, saura trouver son public et éventuellement créer une demande capable de générer une suite à l’entreprise. Il est à craindre que Duby ne connaîtra, au mieux, qu’un succès d’estime, alors que le volume médiéval ne devrait intéresser qu’une petite frange de doctes.

          • Et quelques non doctes qui sueront sang et eau pour en comprendre à peine 10% mais qui continuent à se passionner pour ce Moyen-Age qui est, après tout, notre enfance (l’Antiquité représentant, en se conformant à cette échelle, l’âge de nos pères).

  10. Merci pour ces infos alléchantes, Balsan.
    Le Duby ne m’intéresse pas, non pas pour des raisons de fond, je ne conteste pas du tout sa légitimité à être pléiadisée, mais je possède presque tous ses livres, dans les éditions brochées plutôt agréables sur le plan matériel, et qui correspondent à ce que Duby a voulu. Je trouve qu’on n’a pas assez de recul pour donner une édition critique qui apporterait quelque chose de nouveau et d’important. J’ai mauvaise conscience à bouder ce volume, mais je ne peux pas tout acheter.
    En ce qui concerne les « Ecrits spirituels du Moyen Age », je suis enthousiaste, comme je le serais pour n’importe quelle oeuvre de cette époque. Idem pour George Sand dont je viens de trouver chez mon bouquiniste les deux volumes autobiographiques. J’ai beaucoup de respect et d’affection pour cette dame, quoi que je puisse penser sur le plan critique de tel ou tel de ses romans. Ces deux volumes sont les bienvenus. Et encore idem pour Huysmans. Je sais bien qu’on aurait pu attendre une édition plus étendue de son oeuvre, mais à l’heure actuelle, les standards de la Pléiade nous obligent à nous contenter de ces diptyques (sans doute en coffret ?). Question de verre à moitié vide ou à moitié plein. Je prends le verre à moitié plein.
    La rentrée va être ruineuse. Je peux commencer à mettre des sous de côté (va falloir que je limite ma consommation de crèmes glacées cet été).

    • De toute façon, pour les oeuvres au long cours, s’étalant sur plus de deux ou trois volumes, le rythme de parution de la Pléiade ne me permet plus d’espérer en voir la fin. Exemple – extrême, je veux bien le reconnaître – de Nietzsche, avec l’intervalle de 18 années en le I et le II. Le volume Aristote qui aura peut-être ou peut-être pas une suite. Le volume Tournier qui n’aura certainement pas de suite et je le déplore (je suis peut-être le seul, mais tant pis, j’assume) ; and so on.

      Mieux vaut encore deux volumes tout de suite, que trois ou quatre volumes étalés sur un demi-siècle qui n’ont plus aucune signification.

    • Le Huysmans, il y a peu d’années, c’eût été inespéré. Quoi qu’il en soit du choix restreint d’oeuvres, c’est tout de même mieux que la situation actuelle : des éditions de poche, de vieilles éditions en mauvais état chez les bouquinistes, ou des rééditions trop coûteuses et réserves aux happy few fortunés.
      Evidemment je serais comblé – mais me voir comblé n’est certainement pas la préoccupation première de la maison Gallimard – si la Pléiade creusait le filon « fin de siècle », avec un Léon Bloy ou un Schwob, pourquoi pas Paul-Jean Toulet (mais je ne sais qui nous a annoncé un Ségalen, je crois ?)

    • Euh, je me suis emballé, et j’ai cru voir deux Huysmans là où un seul est annoncé, du coup c’est service minimum, bouhouhou !
      Mais, dans l’ensemble, le menu est sacrément plus présentable que le second semestre 2018.
      Quid du volume hors numérotation ? Quelque chose avait été évoqué, ici même, me semble-t-il, nous avions même émis quelques supputations, mais j’ai oublié ce dont il s’agissait.

      • Oui, un seul volume Huysmans ce qui signifie que la seconde partie de son oeuvre est ignorée (après la conversion pour le dire simplement).
        Pour l’unique volume qui doit sortir au moment de l’exposition ‘Huysmans et les arts’ au musée d’Orsay, le maître d’oeuvre du volume a du admettre qu’il avait des consignes des Hautes Autorités de la Maison afin que l’annotation et les commentaires soient réduits au minimum indispensable.
        Avec une date limite non négociable puisqu’il doit se caler sur le calendrier du musée.
        Et on ne nous a pas encore dit qui avait été choisi pour rédiger l’introduction générale présentant Huysmans et son oeuvre. Il y a un nom bien sûr auquel je pense … (mais c’est une intuition, pas une information).
        Bref, je crains fort qu’il s’agisse d’un volume ‘ni fait ni à faire’.

        Pour ceux qui aiment Huysmans cela se passe aux ‘Classiques Garnier’, Oeuvres complètes en 10 vol., édition dirigée par Pierre Glaudes, spécialiste reconnu de Huysmans (et Léon Bloy), en cours de publication.

        • Hélas !

          Cependant, pour être honnête (et bien que cela me déchire le coeur de l’avouer), je me souviens qu’au second semestre 2018 nous n’avions eu à nous mettre sous la dent qu’une nouvelle édition de Kafka, et pour seules vraies nouveautés un d’Ormesson (!!) et les Lais du Moyen-Age.

          A côté de ça, le programme 2019, c’est Byzance !
          (Bon, d’accord, plutôt la malbouffe que la famine…)

        • Ma foi, ça pourrait être pire.

          Je prendrai le volume Ecrits Spirituels du Moyen-Age, de confiance et par principe, même si une bonne part risque d’excéder mes maigres capacités dans ce domaine ; le Huysmans, évidemment, mais sans en attendre grand chose sur le plan de la découverte ou de l’approfondissement de ma connaissance de l’auteur ; en fin de compte, ce sont les deux volumes de Georges Sand qui me font le plus rêver.

          J’aimerais bien connaître l’opinion de quelques habitués de ces lieux ?

  11. Ce programme du deuxième semestre est quoi qu’il en soit intéressant, je me réjouis particulièrement du Huysmans, inespéré.
    Un volume d’oeuvres en prose de Pessoa me ravirait également, je ne sais pas s’il est prévu…

  12. Le volume consacré aux écrits spirituels du Moyen Âge semble être dirigé par Cédric Giraud (site de l’université de Lorraine) avec des textes d’Anselme de Cantorbéry, entre autres.
    Quant au volume unique pour Huysmans, il faudra s’en contenter, en songeant à l’époque heureuse où Gallimard consacrait deux volumes à Villiers ou Barbey… O tempora…

  13. Un effet immédiat et imprévu du soleil : on croit que tout redevient possible. Et on relève la tête — après le long accablement.

    Les gens comprendront qu’on les a trompés et laisseront choir leurs téléphones. Ils recommenceront à lire, se réapproprieront leur langue et leur patrie.

    Et la Bibliothèque de la Pléiade ira de mieux en mieux.

    Demain.

    • Je vous trouve bien guilleret, cher Ahmed, et d’humeur printanière. Par tous les dieux ! (et par les sans-dieu) j’aimerais croire à vos heureux augures.

      En voulez-vous un autre ?

      Hier, je me trouvais chez mon bouquiniste (où je suis comme dans mes propres aîtres) ; un très jeune homme est entré, et d’une voix plutôt timide a demandé des renseignements au maître des lieux, sur la série intégrale de Balzac, dans l’ancienne édition Pléiade en 11 volumes, qui se trouvait sur un rayon. Le bouquiniste étant très occupé l’a adressé à moi et je me suis trouvé pendant une demi-heure à répondre aux questions du jeune homme et à lui expliquer en quoi Balzac est incontournable et pourquoi on ne saurait se satisfaire de rien moins que la Comédie tout entière lorsqu’on veut l’aborder. A la suite de quoi, à ma plus grande stupéfaction, le jeune homme que j’avais trouvé très incertain, a acheté l’ensemble des ouvrages.

      Au milieu du paysage littéraire actuel qui ressemble à la malheureuse ville de Dresde après les bombardements alliés, ce fut comme de découvrir un survivant sous les décombres !

      • Votre jeune homme malade a été depuis dénoncé et mis à l’isolement. La décision d’abattre le troupeau de ses camarades sera prise à l’issue de sa quarantaine.
        Tout doit être entrepris pour limiter la propagation du mal.

        • Qu’ils envoient leurs dragons le chercher ! nous aut’ dans les Cévennes, avons l’habitude de résister aux troupes du Roi !
          ……….
          Je me suis commandé la Pléiade Germain-Nouveau-Lautréamont : je vais pouvoir me débarrasser de l’indigne pléiade Lautréamont pondu par M. Steinmetz qui qui doit légitimement figurer sur le podium des pires coch…ies que la collection nous ait fournies.

        • Quant aux agents de propagation de ce mal, ils devraient être exécutés en urgence immédiate.
          Méritent-ils même la considération d’un procès ?

  14. J’ai terminé hier la lecture du volume des Draculas et c’était intéressant et distrayant. Déçu par le roman de F. Marryat pas très bien écrit. Coleridge magnifique (superbe incipit: «Tis the middle of night by the castle clock,
    And the owls have awakened the crowing cock; Tu—whit!—Tu—whoo! And hark, again! the crowing cock, How drowsily it crew.») De même pour le plaisant Vampire de Polidori agréable à lire en Pléiade. J’attends la publication en poche du Giaour de Byron pour le lire en intégralité. Mais j’ai été surpris par le prix de 63€ pour un volume vraiment famélique. Est-ce une manière astucieuse d’augmenter les prix de vente discrètement ? Maintenant j’attends les Gary impatiemment.

    • 1168 pages, effectivement, c’est la taille mannequin anorexique. Pour le prix, ils auraient pu nous dénicher une autre curiosité vampirique. Quant à Marryat, ce n’est pas une surprise (j’eusse préféré que ce le soit, dans le sens positif, bien sûr).

      Incompréhensible et suicidaire.

      Décidément, je me contenterai, en avril-ne-te-découvre-pas-d’un-fil de mon Germain Nouveau-L Lautréamont, commandé chez Rat-ou-Teigne, mon porte-feuille n’en sera que mieux garni en mai-fait-ce-qu’il-te-plaît pour faire honneur aux Gary.

  15. Peut-être avez-vous vu la publication dans la belle collection Bouquins d’un épais volume consacré aux livres de Jacqueline de Romilly. Avec des textes que je ne connaissais pas. L’ensemble me paraît bien intéressant. C’est presque aussi bien qu’une Pléiade !

  16. Message personnel (que Brumes me pardonne) pour vous cher Domonkos. Je corrige une communication à paraître sur Balzac/Yourcenar et ce monde des comédies humaines et il y a beaucoup à dire! J’ai été sensible à vos messages ici sur les Pléiades Balzac.

  17. Cela fait vingt ans que les nouvelles Pléiades nous gratifient pour la plupart d’un appareil critique élémentaire et roboratif dont on ne saurait dire qu’il a coûté grand-peine aux éditeurs.

    Expliquant le passage de nature autobiographique de l’article gidien de 1913 ‘Les dix romans français que’ « nous indiquions » (i.e. « Pierre Louÿs et moi, du temps que nous étions en rhétorique ») « Leconte de Lisle, dont les traductions nous paraissaient alors d’une indépassable beauté » (Gide. Essais critique, 1999, p. 268), Pierre Masson écrit la note que voici, p. 1057 # 2 :

    « Le poète Leconte de Lisle (1818-1894) donna des traductions, qui se voulaient antiquisantes, de l’Iliade et de l’Odyssée. Le 25 juillet 1887, Gide écrit à Elie Allegret : « Je lis avec un grand zèle mon Iliade, je ne pense pas qu’on la puisse mieux traduire que l’a fait Leconte de Lisle. Vous croyez qu’il la traduisait d’une façon très large, mais au contraire il la traduit mot à mot, mot pour mot en conservant les noms propres dans leur orthographe grecque : Akhilleus, Klitaimnèstrè. Il résulte de cela un petit air antique primitif et simple qui est très beau’ » (Gorr. Gide-Allégret, p. 65). »

    L’extrait épistolaire est intéressant mais sert malheureusement à déguiser les connaissances scolaires de l’exégète. Sans trop allonger, et sacrifiant la citation que j’aurais remplacée par une simple référence, voici le genre de note qui, selon moi, aurait vraiment rendu service :

    Le poète Leconte de Lisle (1818-1894) a traduit depuis le grec non seulement les épopées homériques, mais les Hymnes du même nom, les deux poèmes hésiodiques, les trois grands Tragiques athéniens, ainsi qu’une sélection de poètes mineurs s’échelonnant de la période archaïque jusqu’à l’époque hellénistique, tous dans la même démarche anticlassique restituant leurs sonorités originales aux noms propres (en réalité, sa seule originalité). L’Homère fit sensation, mais un juge quasi contemporain comme Péguy y trouva fort à redire, à juste titre (Simone Fraisse, Péguy et le monde antique, Paris 1973, pp. 149-153), et Claudel jugea ‘détestable’ l’Eschyle (Mémoires improvisés, Paris 1969, p. 41) ; en vérité, Leconte de Lisle translatait plutôt des versions latines, celles de la collection Didot, d’où une cascade d’erreurs (Marie Delcourt, Etude sur les traductions des tragiques grecs et latins en France depuis la Renaissance, Bruxelles 1925, pp. 212-213 ; Sylvie Humbert-Mougin, Dionysos revisité. Les tragiques grecs en France de Leconte de Lisle à Claudel, Paris 2003, pp. 31-32).

  18. Les 12 romans retenus pour les Œuvres romanesques de G. Sand sont Indiana, Lélia, Mauprat, Les maîtres mosaïstes, Un hiver à Majorque, Consuelo, La Comtesse de Rudolstadt, La mare au diable, François le Champi, La petite Fadette, Les maîtres sonneurs et Elle et Lui. Les incontournables. On aurait pu faire quelques choix plus audacieux (comme Les beaux messieurs de Bois-Doré et Le Marquis de Villemer que j’aime beaucoup…) mais il fallait bien choisir sur les 70 romans ! Toute l’œuvre de Sand est lisible en ligne et disponible petit à petit chez H. Champion, alors c’est déjà bien. Reste l’éternel suspens de l’annotation et des choix de variantes. Il y a fort à parier que l’édition Champion restera la référence.

    • Merci de vos précisions, Tigrane (vous m’inquiétâtes l’autre jour en brûlant de l’encens devant les mânes de la feue David épouse de Romilly, dont rien ou peu s’en faut ne justifie qu’on publie ses Scripta minora). Je suis de fort méchante humeur ce jour d’avoir adjoint à mes deux éditions Pléiade du Journal et des Voyages de Gide (la seconde, en trois volumes, est fort bien conçue) ses « Essais critiques », tant l’annotation torchée par Masson vaut tout juste le papier qui la véhicule. Dieu que ce tome fait mauvais effet auprès de ses frères ainsi que du Journal de Claudel et de la troisième mouture du théâtre de ce dernier.

      • Toujours à propos de George Sand, les Classiques Garnier viennent de réimprimer l’ensemble de la correspondance (édition de Georges Lubin)

        • Excellente nouvelle que ce reprint de l’opus épistolaire sandien dans la collection Bibliothèque du XIXe siècle (le copyright date de 2013, même si le nouveau tirage est sorti en 2018-2019 seulement) ; même le prix moyen du volume (35€) n’est pas exorbitant. Il n’a jamais été très aisé de se procurer l’édition originale, notamment suite au pilonnage de tous les exemplaires survivants des derniers tomes qui eut lieu au début des années 2000 quand Garnier mit la clé sous la porte ; c’est donc un pis-aller bienvenu, quand même l’impression en offset donne le sentiment assez désagréable de manier une photocopie (pour ne rien dire de l’habillage jaune criard notablement moins élégant que la maquette des Classiques Garnier d’antan).

      • une info datée de 3/4 ans : » responsables de l’édition en préparation de 2 premiers tomes :
        Jean-louis Diaz et Brigitte Diaz « ???!!! mais je ne puis confirmer cela …je ne retrouve pas mes notes !!!!
        j’avais surtout été heureux d’espérer et attendre plusieurs autres tomes !
        Affaire à suivre…

  19. Les volumes Sand auraient peut-être quelque chance de se vendre assez honorablement pour encourager Gallimard à les faire suivre par d’autres… Oups ! pardon pour cette bouffée d’optimisme, je vais régler à la baisse le débit de ma bouteille d’oxygène… Qu’en pense Brumes avec son oeil d’expert ?

  20. Ah vous m’inquiétez cher Neo-Birt7 ! Moi vou âmes lu «brûlant de l’encens devant les mânes de la feue David épouse de Romilly ». Lisez-moi je vous prie… Juste dit de ce volume des biographies grecques (et articles) de Jacqueline de Romilly que « L’ensemble me paraît bien intéressant » ! Lisez bien et relisez beaucoup mieux !!! Point d’encens à brûler dans un temple (grec bien sûr !). Ceci dit j’avoue. Je l’ai beaucoup aimée beaucoup. Femme d’intelligence je crois (non non NeoBirt7 je n’ai pas écrit géniale hihihi je vous taquine : mais vous le méritez) Elle a été adorable avec un vieux yourcenarien et m’a offert un de ses 300 exemplaires de « Jeanne » imprimé et relié que pour elle, a paraître posthume, A un stendhalien to the happy few. Mais vous avez raison, j’ai des goûts (et dégoûts) littéraires liés AUSSI (pas seulement!) à mes rencontres qui – pourquoi pas ?- faussent mon jugement. Je m’en accuse je ne m’en excuse pas ! Alors, oui, je vais le faire cher Néo Birt7, je brûle une feuille de laurier ramassée à disons… Delphes pour ma Jacqueline. Vous aviez donc raison !

    • Tata de Romilly ne fut pas professeure à la Sorbonne pour l’excellence de son grec, témoin la faiblesse philologique des parties qu’elle contribua au Thucydide Budé (une traduction plus ou moins mal raccordée à une resucée de l’Oxford Classical Text de Stuart Jones révisé par John Enoch Powell) ou l’insignifiance opportuniste de l’édition Erasme des Perses d’Eschyle torchée par un groupe de Normaliens sous sa direction, ni pour la qualité de son enseignement (est-ce un hasard si la plus influente de ses élèves s’avéra la peu transcendante Monique Trédé-Boulmer, longtemps directrice des études littéraires à la rue d’Ulm en excipant d’une thèse sur le kairos, ou occasion favorable, où tous ceux qui l’ont lue avec un peu de professionnalisme reconnaissent un gros mémoire de maîtrise ?), mais pour avoir repris des mains de son maître Paul Mazon le flambeau du vernis littéraire bon teint à bon compte plaqué sur nos études grecques (le Thucydide Budé est couché dans une prose sophistiquée et nombreuse où il faut souvent faire effort pour retrouver la tension propre au grec thudycidéen, sans compter les cas où de Romilly triche en affrontant des leçons grammaticalement ou sémantiquement violentes, voire indéfendables, au lieu de s’essayer à corriger le texte). Le moins inepte de ses ouvrages techniques fut son premier, qui ne reçut pas sans motifs l’hommage d’une traduction anglaise (« Histoire et raison chez Thucydide ») ; à « La loi dans la pensée grecque », aux « Grands sophistes dans l’Athènes de Périclès », tout au mieux doit-on concéder le don d’exposition simple et aisée, car le fond masque une virtuelle absence de conceptions personnelles et davantage encore le désintérêt envers toute approche novatrice, conditionné par l’abord vieillot de la documentation primaire (ne pas compter sur elle pour lister toutes les études de détail parues pour chaque texte, moins encore pour fonder leur traitement sur la synthèse critique de ces travaux). Sa plaquette fameuse sur Homère (« Perspectives actuelles sur l’épopée homérique… » ; mieux vaut ne pas citer son petit ‘Que sais-je’ sur le même sujet) fit les choux gras des spécialistes de cette poésie, tout ensemble néo-analystes et oralistes, quant à son manuel de littérature grecque aux PUF, qui passa dans les mains de deux générations d’hellénistes en herbe, il rendit les services demandés à ce genre d’outil sans jamais jeter d’ombres sur la superbe « Histoire littéraire de la Grèce » de Robert Flacelière et tout en implantant dans l’esprit des tirones un certain nombre de mécomptes graves (sur la poésie épique, sur la tragédie attique notamment). Comme avocate inlassable de la cause des Grecs, de Romilly mérite mon respect, mais en tant qu’écrivaine, je la trouve dépourvue de cette fantaisie ailée et charmante dont regorgeaient les deux abbés savants André Wartelle et Félix Buffière. Bref, sur ses Kleine Schriften, j’ai envie de prononcer la sentence des professeurs sévères confrontés à un essai de débutant : Papier ist geduldigt (il n’y a que le papier pour se satisfaire de ce qui est imprimé ou écrit dessus).

  21. Elle faisait un thé délicieux et avait un bon vieux whisky, c’est important aussi ! (plus qu’être ou n’être pas sorbonnarde !) Il n’y a que sur sa folle passion « amoureuse » de la Sainte Victoire que je ne la suivais pas toujours…!!

    • Je comprends et j’admire les exigences de NéoBirt7 et je les crois éminemment nécessaires : il faut bien que quelques-uns nous obligent à viser vers les buts les plus élevés, même sans espoir de les atteindre.

      Mais il faut également de tout pour faire un monde : des spécialistes hyper pointus qui vont explorer le fin fond du miracle grec pour en éclairer les dernières obscurités et des (je n’ose dire « vulgarisateurs », tant ce mot est injustement décrié) « généralistes », disons, qui font aimer la Grèce antique à un public plus large et moins exigeant. Si en plus ils vous servent un délicieux thé et un vieux whisky, que trouver à redire ?

      Ma véritable réserve réside dans le fait qu’on n’appelle pas les choses et les gens par leur véritable nom ; que chacun soit à sa place et les vaches seront bien gardées. Lorsque le « généraliste » se fait passer pour un insurpassable spécialiste, il devient un usurpateur ; lorsque le spécialiste savant se met en tête de parler au grand public, il est souvent ridicule. Il faut des passeurs, on ne peut être tout à la fois.

      Mais les vrais coupables me semblent être les journalistes, les critiques, courtisans et serveurs de soupe, qui, pour se faire valoir eux-mêmes auprès du public, nous présentent comme des phénix de simples paons, voire des volailles de basse cour. Il est difficile de résister à ces flatteries et de ne pas finir par se croire le nec plus ultra.

      Pour ma part j’apprécie tout autant une Jacqueline de Romilly que tel chercheur dont la plus grande part des travaux m’est inaccessible, mais où je vois briller quelques pépites qui suffisent à m’enchanter.

      • Il se peut qu’il existe quelques personnages capables de toucher les deux bouts, mais alors, ce sont des dieux ! et notre vénération leur est due.

      • Merci, Domonkos, pour votre exégèse perspicace de mon coup de sang. La philologie classique est pleine de saintes, et seines, colères poussées contre le conformisme ambiant ; en vérité, alors même que la CUF grecque aux mains de Jacques Jouanna, de l’Institut, grand défenseur de l’édition critique et commentée comme outil formateur couronnant la formation universitaire, ce qui n’était pas le cas sous le très long règne de son prédécesseur, Jean Irigoin, métricien, critique formel de la poésie grecque et historien de la transmission des textes par goût plutôt que technicien de la Textkritik, abat de la bonne besogne philologique à un rythme effréné, les purs philologues sont devenus espèce rare dans notre beau pays, avalés par les purs lettres classiques dont la figure de proue majeure, depuis les années 50, fut Jacqueline de Romilly (l’équivalent d’Amédée Hauvette et Jules Girard, puis, plus près de nous, d’Aymé Puech, le grand historien de la littérature grecque chrétienne qui se réinventa en professeur emblématique de poésie grecque à la Sorbonne). A la fin des années 80, Irigoin confia à deux de ses meilleurs disciples la présentation d’Alcée et de Sappho dans la CUF en remplacement du volume de Puech achevé par Théodore Reinach (en son temps très méritoire mais périmé dans tous ses compartiments) ; l’édition aboutit pour Alcée en 1999 (Gauthier Liberman donna 2 volumes d’un haut niveau technique, critique, dialectologique et métrique dont le redoutable Martin West, ce pourfendeur de la médiocrité Budé, dit tout le bien qu’il en pensait), mais Sappho en reste à un simple manuscrit doctoral dans les mains de Philippe Brunet, l’excentrique animateur du théâtre Démodokos à qui l’on doit, entre autres projets étranges, un programme automatisé de scansion de la poésie grecque (!). Veut-on encore des exemples ? En 1989, Marie-Pierre Noël a doctoré sous la houlette de Jouanna avec une édition critique et annotée des fragments du grand sophiste grec Gorgias de Léontinoi ; cela fait 25 ans qu’une Budé correspondante est annoncée sous la responsabilité d’icelle, dont on ne voit toujours pas l’ombre (le grec alambiqué et plutôt mal transmis de Gorgias représente un challenge même pour un philologue de grande classe). Une génération encore que l’ignota Edith Lounès doit se charger de la refonte des Harangues de Démosthène à la CUF, publiées par l’immense Maurice Croiset il y a bientôt un siècle en face d’une traduction superbe mais avec une compétence technique hélas amoindrie par l’âge et le manque flagrant d’ambition qui marquait la collection à cette époque (apparat critique squelettique et inadéquat, collations non refaites même en ce qui touche les manuscrits de Paris, préférence injustifiée pour les leçons de la vulgate même lorsque le meilleur codex, le Parisinus S, préserve un texte incontestablement supérieur, nombreux mots et courts membres de phrase omis ex silentio, orthographe erratique, erreurs typographiques, j’en passe et des meilleures). Plus scandaleux encore, cela fait presque un demi-siècle que l’Odyssée doit être publiée en nouvelle édition par Michel Woronoff dans la CUF pour remplacer celle, extrêmement personnelle mais fort peu convaincante hormis la traduction, de Victor Bérard ; or non seulement sa thèse homérique de 1977 n’a jamais été éditée, mais le bonhomme a maintenant 85 ans et n’a quasiment rien publié qui touche au grec durant toute sa carrière (peut-être la parution posthume de l’Odyssée Teubner de M. West lui mettra-t-elle en mains les matériaux pour boucler son travail ?).

        • Je complète et rectifie ma petite intervention : j’ai rejeté tous les torts des « fausses réputations » sur les trompettes de la renommée médiatique, et j’ai passé sous silence les passe-droits et autres coups bas internes aux institutions universitaires et de recherche qui sont aussi de tradition, comme dans tout groupe humain, quelque soit la concentration de matière grise qui s’y puisse trouver. Avec la baisse continue de la qualité de l’enseignement, qui a commencé par le bas et qui gravit les échelons depuis quelques décennies, je me doute bien que le mal a métastasé et envahit peu à peu tout l’organisme. Y portera-t-on remède un jour ou bien attendra-t-on que ce soit l’affaire du médecin légiste ?

          Il n’empêche que, dans un monde idéal (?) tel que je l’entends, il y aurait des « savants de cabinet » faisant des recherches nécessaires mais guère accessibles au grand public cultivé (catégorie dans laquelle je crois pouvoir me ranger), et des « connaissants » (voilà que je me mets aussi à parler charabia), aptes à diffuser la connaissance sous une forme assimilable pour le grand nombre, à susciter l’intérêt et la curiosité, voire l’amour de la connaissance.

          Je rêve les yeux ouverts. Je continue à prôner cet idéal, sans plus vraiment y croire.

        • Je ne peux malheureusement pas juger des qualités d’helléniste de Philippe Brunet, mais j’ai apprécié sa représentation d’Agamemnon la semaine dernière (je n’ai pas pu assister aux deux autres volets de l’Orestie). Si vous pouvez m’indiquer une troupe de théâtre philologiquement supérieure, j’en serais ravi ! Boutade mise à part, on retrouve là la dichotomie pointée par Domonkos entre spécialistes et passeurs.

          J’avais lu Eschyle traduit par Mazon (et aussi, pour l’Orestie, par Debidour), sur votre (Neo) conseil. Je vois que les Belles Lettres ressortent du même Mazon la traduction de l’Iliade. Est-ce toujours la traduction de choix ? J’en ai un vague souvenir de mes années de lycée, mais il me semble que j’ai préféré depuis la traduction de Backès (bien que le folio classique soit entaché d’un nombre scandaleux de fautes d’orthographe). Je ne connais pas la traduction offerte par la Pléiade.

  22. À propos de passeurs vs spécialistes, j’avais été très frappé lors de la prépa agrégation d’histoire de voir dans la bibliographie pour l’histoire romaine, Mémoires d’Hadrien et une mise en garde pour la période médiévale contre Il Nome della Rosa d’Eco. Ce roman me semble pourtant d’une haute tenue historiographique… (Heureusement, pour l’époque contemporaine, les livres des grands historiens Alain Decaux et André Castelot étaient en bonne place et chaudement recommandés bien sûr !!! Ouf !)

    • Decaux-Castelot ? Vous passez bien outre les bornes de la blague, cher Tigrane, et perdez toute crédibilité : si encore vous l’aviez proposée trois jours plus tôt, nous aurions pu vous pardonner ce laisser aller… Euh, vous croyez que je pourrais présenter une thèse sur Bob Morane, tant qu’à y être ? (J’ose croire que j’aurais quelques chances.)

      (Si je savais dessiner avec un ordinateur, je vous aurais fait en cet emplacement un joli poisson – ou une baleine, don du « vieil océan » à l’humanité souffrante – toujours et forcément souffrante l’humanité.)

  23. J’ai reçu ma Pléiade Germain Nouveau-Lautréamont et je suis aux anges (peut-on dire « aux anges » lorsqu’on est immergé au plus profond du « vieil océan aux vagues de cristal », à la recherche du « poulpe au regarde de soie » ?). Vous vous doutez, Brumes, que je ne suis pas d’accord avec votre récent jugement sur Isidore Ducasse – je fais partie de ses affidés – mais j’ai adoré que vous le disiez et avec cette brutalité, j’ai trouvé cela non seulement légitime mais roboratif.

    Je m’étais bien entendu débarrassé de l’indigne pléiade Lautréamont-Philippe Sollers (peut-être pire escroquerie littéraire et éditoriale que d’Ormesson) et je vous assure que, si je croisais de nouveau mon jeune homme chez mon bouquiniste, je ne l’encouragerais pas à l’acheter, tout au contraire mettrais toute ma jactance à l’en empêcher si le désir lui en venait ! (Il serait déshonorant de faire porter aux jeunes gens le poids des péchés et des erreurs de mauvais goûts d’indignes vieillards de mon acabit.)

    Quelqu’un ici peut-il me dire quelque chose sur Pierre-Olivier Walzer qui s’est occupé de cette édition Lautréamont-Germain Nouveau (messeigneurs, veuillez pardonner mon ignorance) ?

  24. Tout de même – pardonnez-moi, Brumes, d’y revenir encore et encore – mais ce Lautréamont, quel phénomène. Pour un peu, en deux années d’activité littéraire et deux cents pages, il rendrait inutiles tous les Surréalistes, qui ne sont jamais allés plus loin que lui (à part les « suicidés », peut-être).

    Quel météore ! Né de la fosse commune (sa mère) et y finissant, arraché à l’oubli et à l’indifférence, pour éblouir les générations suivantes. C’est sans équivalent (Rimbaud, c’est tout autre chose).

    • Rimbaud, on sait tout de lui. Comment il a commencé, comment il a fini. Sa naissance et sa mort sont connues. Rien qui ne soit expliqué – et plutôt cent fois qu’une (vous me direz que cent explications n’en valent pas une seule). Il n’y a pas de « mystère Rimbaud ».

      Lautréamont est en lui-même le mystère même.
      (Ceci ne vaut pas jugement littéraire, je ne m’y risquerais pas.)

  25. Cher Domonkos vous m’avez compris. Merci. Halte à l’outrecuidance de nous les sorbonnards. Les passeurs ont aussi leur place même en Sorbonne (lol c’est la blague typique) à condition d’un certain sérieux ! Mais dites quand même Decaux c’était un académicien français tout de même âge de sérieux !!! Misère de l’Académie en parallèle avec la Pléiade? Ça serait à étudier

    • En ce qui concerne l’Académie, je crois que nous sommes au stade de la mort cérébrale. Les troisièmes couteaux de la littérature qui la composent n’arrivaient même pas à se résoudre à élire un nouvel « Immortel » parmi les indignes tâcherons qui se présentaient : les tours à blanc se sont succédés à un rythme soutenu. Je ne sais ce qu’il en est aujourd’hui, mais il y a encore à peine quelques semaines, la multiplication des fauteuils vides était presque aussi miraculeuse que celle des pains du récit évangélique.

  26. Plus j’avance dans la lecture de cette Pléiade Germain Nouveau-Lautréamont (c’est exprès que je mets toujours Nouveau en tête, au contraire de la hiérarchie établie dans l’ouvrage, pour plaire, en bon courtisan, à Brumes), et j’en suis maintenant à Nouveau, et plus je me convainc qu’un tel ouvrage est l’honneur de la Pléiade (tandis que son abandon et son remplacement par l’infect Lautréamont, déshonore la collection).

    Ce qui rend ce livre exemplaire est bien sûr la partie (représentant les trois-quarts) consacrée à la vie de Nouveau-Humilis et à son oeuvre, qui représente un remarquable travail d’exhumation et de rassemblement de textes épars, poèmes, proses et correspondance, et une espèce de monument posthume à la gloire de cet ancêtre des beatniks.

    • Réimprimer cet ouvrage n’aurait pas coûté plus cher à Gallimard que de nous livrer cet espèce de paon aux plumes brillantes de vanité ( dois-je préciser que le paon étant de la famille des phasianidés, et classé dans les genres Pavo et Afropavo, se trouve donc apparenté aux faisans et pintades ?), sous la forme d’une Pléiade Lautréamont aussi décevante qu’une savonnette : l’une et l’autre bénéficient d’un habillage affriolant, mais, dès que vous les prenez en main se mettent à fondre en produisant des bulles qui s’évanouissent bientôt.

    • Dans sa recension de la Revue d’Histoire littéraire de la France 73, 1973, pp. 718-721, qui vous devrait vous intéresser, Domonkos, car elle est consacrée à la seule partie nouvellienne du volume, Louis Forestier rend hommage à « l’exceptionnelle qualité de cette édition » (721) ; de fait, il ne soulève pour discussion, très rarement censure, que des points assez secondaires, et laisse entendre qu’il n’aurait pas fait mieux que, ni même très différemment de, Walzer. De ce dernier, la Pléiade a encore publié, en tandem avec le même Forestier, un excellent Corbière / Cros dont il est scandaleux que Gallimard l’ait laissé s’épuiser. Ces deux éditions sont sorties la même année 1970 ; on reste confondu devant la quantité de travail abattue par Walzer. De quoi bourreler de complexes l’imbécile Steinmetz ou son compère Guyaux, deux spécialistes qui, comble de honte pour des compilateurs fieffés, dédaignent ce que le second a eu le front de nommer « tropisme du petit fait » lorsque le regretté Lefrère corrigea avec mauvaise humeur quelques-unes des ignorances insignes déparant l’appareil critique du nouveau Verlaine.

      • Parmi les pires occasions manquées de la Pléiade, je m’en voudrais de ne pas mentionner l’inachèvement de l’édition de Giraudoux (cela fait vingt-neuf ans que Jacques Body nous promit un quatrième et dernier volume, qui collecterait les récits de guerre, les écrits intimes, littéraires, artistiques, ainsi que les variétés : « Oeuvres romanesques complètes », I [1990], p. LXXVII – vu l’appareil critique monumental dont s’ornent le « Théâtre complet » de Giraudoux et ces deux tomes, l’éditeur a peut-être renoncé à un volume s’annonçant comme trop savant pour des textes plutôt peu commerciaux), et l’abandon des oeuvres choises de Laforgue, qui détermina ses éditeurs (dont Walzer), après huit années de déshérence de leur manuscrit dans les caves de Gallimard, à poursuivre la magnifique entreprise des « Oeuvres complètes » parues chez L’âge d’homme.

      • J’ai acquis le Corbière-Gros également, il y a deux mois, mais, malheureusement, ne l’ai parcouru que très-très superficiellement car la pile de livres « urgents » menaçait d’atteindre le plafond : mais j’y reviendrai, bien sûr. En ce qui concerne le Lautréamont-Nouveau, je suis effectivement assez soufflé par la qualité de cette édition, non seulement des introductions, avec leurs documents et notes inclus, des notices, notes et annexes, mais aussi par l’architecture de l’ouvrage, assez audacieuse et extrêmement pertinente.

        Je ne suis pas un spécialiste de la philologie, non plus de l’établissement d’un texte ou d’un appareil de notes, mais je sais reconnaître un beau travail éditorial quand j’en vois un, comme c’est ici le cas (de même que je sais reconnaître un travail éditorial complètement cochonné, comme celui de Steinmetz, notamment sur les Jules Verne qui sont un naufrage si dramatique que le navire ne sera sans doute plus jamais en état d’être renfloué).

        Laissant de côté la question de la qualité littéraire respective de ces deux auteurs, dont on pourrait discuter ad libitum, la prise en compte de la seule qualité intrinsèque du travail éditorial suffit à provoquer l’incompréhension devant l’abandon de cet ouvrage et sa disparition du catalogue. Cela ne devait pas mettre en péril les finances de Gallimard que de l’y maintenir. En l’occurrence, la maison de la ci-devant rue Sébastien Bottin n’a rien fait d’autre que de jeter des bijoux de famille à la poubelle.

        • Jeter les bijoux de famille à la poubelle… pour, en remplacement, exposer dans sa vitrine des parures de pacotille, sans doute payées dix fois plus cher qu’elles ne valent, sous la forme de cet inénarrable « Lautréamont » qui aurait plutôt du s’appeler Philippe Sollers-Lautréamont. Finalement, l’abandon du Lautréamont-Germain Nouveau a fait deux morts : Nouveau, bien sûr, retourné à sa tombe anonyme disparue, et Lautréamont momifié sous les bandelettes Tel-Queliennes.

          • La Pléiade n’est pas dirigée sur le plan scientifique, aucun tome n’ayant de réviseur attitré et les directeurs de domaine linguistique ou culturel n’assumant apparemment pas de responsabilité de contrôle qualitatif (sauf en matière de littérature médiévale), si bien que la qualité éditoriale des volumes na rien de garanti : Gallimard ose nous faire payer deux fois 76,50€ le « Livre des exemples » de l’ami بن خلدون, lors même que cette édition est pratiquement vierge de tout appareil critique (quelques pages de Notice et notes en fin de chaque tome !).

          • J’en suis d’accord, mais j’ajouterais que, pour moi, méconnaître et mépriser le bijou que l’un vous apporte, est un péché bien plus grave encore que de prendre pour pierre précieuse le vulgaire caillou que l’autre vous refile.

  27. A propos de Lautréamont, ne cessent de m’interroger les interrogations souvent émises sur les Poésies qui prétendument tendraient à vouloir démentir Maldoror. Du premier aux secondes je ne vois nul repentir, nul remords, n’en déplaise aux hypocrites déclarations du poète. J’y vois au contraire, sous une forme plus subtile dans les secondes que dans le premier, la même féroce ironie ou ironique férocité, que je retrouve même dans les rares lettres, de circonstance, à nous être parvenu. Le portrait du jeune homme qu’ont laissé quelques témoins de son adolescence confirme cette impression. Dans Maldoror les griffes sont sorties, dans Poésie elles sont rentrées – d’autant plus dangereuses – et c’est la seule différence.

    D’accord au moins sur ce point avec Brumes, Lautréamont-Nouveau : quel bizarre attelage que celui de ces deux-là.

  28. Je ne sais pas si je l’ai deja mentionné ici mais les Éditions Garnier préparant l’édition des Œuvres critiques complètes de Giraudoux avec beaucoup d’inédits (notamment ceux de la bibliothèque J. Doucet et BNF)

      • L’ami Tigrane, en bon lettres modernes, n’en a que pour les inédits et autres nouveautés ; le critique génétique, lui, demande de préférence de riches matériaux d’histoire textuelle ; quant au lecteur occasionnel, c’est surtout à l’ensemble des notices et des notes exégétiques qu’il sera sensible. Pour les deux derniers points de vue, je gage que la future édition Garnier n’arrivera pas à la cheville des trois volumes de Brody (mille cinq cents pages serrées d’appareil critique cumulées !). Comme vieil admirateur, et collectionneur avisé, des anciens Classiques Garnier, je ne puis acheter sans un pincement de coeur les livres sortis des nouvelles éditions éponymes, tentative grossière de capitaliser sur l’aura encore attachée à une collection mythique.

        • Pour le Giraudoux de la Pléiade, j’ai vérifié et suis encore loin du compte.

          « Théâtre complet » (1982) : Notices, notes sur le texte, versions primitives, notes et variantes, pp. 1141-1845 (le tome comptant XXXVIII + 1854 p.)

          « Oeuvres romanesques complètes I » (1990) : Notices, versions primitives, notes et variantes, pp. 1213-1993 (le tome comptant LXXXII + 2005 p.)

          « Oeuvres romanesques complètes II » (1994) : Notices, versions primitives, notes et variantes, pp. 1009-1449 (le tome comptant [VIII +] 1468 p.)

          Cela nous donne donc 1925 p. d’appareil critique sur les trois volumes. Je ne sache aucune autre Pléiade à ce point généreuse, même pas le Balzac de Castex, le Baudelaire de Pichois, le Villiers de l’Isle-Adam ou le nouveau Vigny. La future édition Garnier a toutes les chances de n’être une editio minor, certes renouvelée, par rapport à cette editio maxima.

  29. Body (bien sûr!)

    Au strict point de vue philologique, on ne peut pas dire que les Editions des Classiques Garnier se montrent très discriminantes ; elles acceptent quasiment n’importe quel travail doctoral de lettres classiques et modernes, y compris des monstruosités en termes métriques, du moment que l’auteur décroche la subvention à publication, et le résultat est, comme disent nos amis anglo-américains, very much of a mixed bag – bien davantage que chez Champion. Il faut mieux ne rien dire des prix pratiqués par ces extorqueurs, qui semblent vouloir rivaliser avec ceux de chez Honoré.

  30. Bonjour,
    Est ce que l’un d’entre vous a des informations concernant la Pleiade Paul Eluard ? L’édition actuelle date un peu (1968) et il serait intéressant que Gallimard sorte une nouvelle édition. Pour ma part, je viens d’acheter  » Choix de poèmes » en cartonnage Bonet et je trouve ces formats de cartonnages NRF très agréables. Toutefois avec cette édition de 1946, il me manque la feuille d’errata. Si l’un d’entre vous la possède, je serai content d’en avoir une copie en PDF.
    Merci,
    César

    • En l’état actuel de la collection, je crois que vous ne devez rien espérer du côté d’Eluard (et même vous estimer heureux de cette édition déjà ancienne ; s’il ne figurait pas déjà dans la Pléiade, il n’aurait certainement aucune chance d’y entrer à l’heure actuelle).

      • Scoop : Emmanuel Macron a ordonné à Antoine Gallimard une nouvelle édition (prête en 2024) de ND de Paris. La nouvelle sera officialisée lors de son discours (reporté à la semaine prochaine) de conclusion du grand débat.

  31. Bonjour César,
    En suivant le lien ci-dessous, vous trouverez la retranscription de la feuille d’errata ainsi que, au cas où vous ne posséderiez pas le volume, les notes que l’édition Dumas / Scheler consacre à ce recueil [Œuvres complètes, tome I, p. 1580-1596] =
    https://transfernow.net/08ib76e7f78n
    Bonne fin de journée à tous,

    • Bonsoir Trasea,
      Merci pour ces deux documents que je viens de lire sur ma tablette. Je les téléchargerai la semaine prochaine sur mon ordinateur. Il faut admettre que Paul Eluard fait partie des grands et qu’il mériterait une nouvelle édition.
      Encore merci
      César

  32. Bonjour à tous,
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9f/Alphonse_Karr_by_Antoine_Samuel_Adam-Salomon%2C_c1876.jpg
    N’a-t-il pas grande allure, Alphonse! La Société des Textes Français Modernes réédite 𝘚𝘰𝘶𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘵𝘪𝘭𝘭𝘦𝘶𝘭𝘴 (https://classiques-garnier.com/sous-les-tilleuls.html). Le texte est établi et présenté par Alex Lascar.
    On se dit que deux ou trois volumes de 𝘙𝘰𝘮𝘢𝘯𝘤𝘪𝘦𝘳𝘴 𝘥𝘶 𝘟𝘐𝘟𝘦 𝘴𝘪è𝘤𝘭𝘦 ne dépareraient vraiment pas la Pléiade et permettraient d’une part de faire découvrir des auteurs qui comme Karr sont malheureusement quasi introuvables et d’autre part de mieux situer les Stendhal, Balzac, Flaubert et autres géants parmi leurs contemporains.
    En attendant l’entrée de Bloy en Pléiade, autrement que dans le volume honni de Lautréamont dans l’édition de Steinmetz, GF a recueilli ses chroniques et pamphlets. C’est édité par Pierre Glaudes (https://editions.flammarion.com/Catalogue/gf/litterature-et-civilisation/bloy-journaliste).
    Dernier coup de pub pour un autre pamphlétaire mais vivant lui! Marc-Edouard Nabe publie 𝘈𝘶𝘹 𝘳𝘢𝘵𝘴 𝘥𝘦𝘴 𝘱â𝘲𝘶𝘦𝘳𝘦𝘵𝘵𝘦𝘴 (http://www.marcedouardnabe.com/?product=aux-rats-des-paquerettes) qu’il annonce comme un pamphlet sur les Gilets Jaunes. C’est à l’auteur qu’il convient de commander directement l’ouvrage. vu qu’il se passe depuis pas mal de temps déjà d’éditeur.

  33. Lors d’une récente visite à ma librairie de quartier, je suis tombé par hasard sur la nouvelle traduction par Michel Orcel de la Divine comédie (uniquement l’Enfer, pour l’instant). Celui-ci indique dans sa préface avoir entrepris ce travail de traduction moins par amour pour la poésie italienne que par frustration (voire colère, je ne sais plus) devant les traductions existantes, qui toutes pèchent selon lui sur un point ou un autre, avant d’assaisonner copieusement lesdites autres traductions. Me remémorant quelques critiques lues sur différents blogs, souvent écrites par un des traducteurs, et dénigrant avec véhémence, ci telle traduction, là telle autre, et même par endroits les traducteurs les ayant commises, je me dis que la Divine comédie se distingue, non par le nombre élevé de traductions françaises se voulant « de référence » (c’est le sort de beaucoup de « classiques »), mais par l’acrimonie existant entre ses différents traducteurs en français. Est-ce une idée fausse de ma part, ou confirmez-vous qu’il existe un triste « cas Divine comédie » ?
    J’en tire grande tristesse (tellement de bassesse associée à une si grande oeuvre), et aussi grand embarras, puisque, quand bien même j’arriverais à me décider pour une traduction, et quelle qu’elle soit, il y aura un autre traducteur de Dante pour me dire qu’il s’agit de la pire traduction que le monde ait jamais portée, toute oeuvre confondue.

    • Je ne sais s’il s’agit d’un trait particulier aux traducteurs de la Comédie ; ou bien, peut-être, les traducteurs cherchent-ils à se hausser à la hauteur de l’oeuvre géniale et à tirer à eux « la couverture Dante » ? Le problème n’est pas seulement de notre époque, voir, par exemple, la polémique sur la traduction de Robinson Crusoe entre Pétrus Borel et une traductrice qui était en concurrence directe avec elle, avec critiques de l’un à l’encontre de la seconde, réponses de la seconde et de ses soutiens (nombreux et bien en place), de nouveau réponse du premier nommé… Combats de puces sur le dos du chien, ?

    • Quand je dis « combat de puces sur le dos du chien », je ne désigne que la petitesse des polémiques entre traducteurs voulant se parer de la seule légitimité à traduire, au détriment des autres.

      Je n’ignore pas, par ailleurs, le scrupule qu’on peut avoir à prétendre traduire une oeuvre écrite dans une autre langue, avec toutes ses spécificités, son arrière-plan culturel, mental, etc. Pas si différent du scrupule que nous connaissons tous et pouvant conduire à la logorrhée comme au silence, deux formes d’impuissance, qui hante celui qui tente de traduire sa pensée avec des mots, espèce de « traduction » périlleuse. L’oeuvre couchée sur le papier par l’écrivain étant déjà une traduction plus ou moins approximative de « ce qui lui passe par l’esprit », toute traduction devient une traduction au carré et multiplie automatiquement les difficultés.

      Je devrais donc, plutôt que les stigmatiser pour leurs vices humains-trop-humains, rendre hommage à ces courageux voyageurs qui n’hésitent pas à s’aventurer en des terres inconnues pour en rapporter des récits toujours sujets à caution.

    • Me reconnaissant parmi les pisse-froid, je vous souhaite de ne pas vous voir d’ici peu démenti, cher Tigrane, par quelques spécialistes de Gary qui viendraient à éreinter cette édition pour son manque de professionnalisme en alléguant des ‘technicalities’ incontestables. Pensez donc, un second nadir critique après votre satisfecit décerné aux nouveaux « Misérables » ! De mon côté, si cette Pléiade reproduit le patron du piètre Théophile Gauthier, avec ses notices courant la poste et qui, nonobstant la nécessaire compression, n’en ont pas moins trouvé moyen de se remplir de généralités scolaires, ses notes élémentaires destinées à boucher les lacunes du lectorat en matière de culture générale, son absence flagrante d’originalité, le tout composant un appareil critique de même pas 250 pages par gros tome, le Gary qui vient peut bien collecter la poussière sur les rayonnages de mon librairie en compagnie des non-valeurs comme l’Henry James et de toutes les décevantes nouveautés de ces vingt dernières années.

      • Le Vampires est superbement traduit, mêlant fluidité et exactitude scrupuleuse (Alain Morvan s’y connaît ! je trouve ses versions plus réussies que son « Frankenstein », sans ignorer combien le français contemporain regimbe devant l’anglais bariolé et prolixe de Mary Shelley) mais le choix des textes méprise sans la moindre justification la « Guzla » de Mérimée, oeuvre étonnante qui n’a encore jamais été annotée, si je ne m’abuse, et par son insigne maigreur l’appareil critique frise la correctionnelle.

      • Cher Neo-birt7,
        Enorgueillissez-vous de ce pisse-froid et portez-le en médaille lorsqu’il correspond à une haute exigence intellectuelle, et à un rapport aux non-sachants que vous assumez et affichez (quoiqu’il puisse être discuté et, mais on en a déjà discuté sur ce site, je me suis toujours demandé quel niveau d’excellence il fallait atteindre pour passer entre les gouttes d’une morgue certaine).
        Ceci dit, pisse-froid ne qualifie qu’à moitié quelqu’un qui prend beaucoup de son temps pour nous renseigner sur les sujets qu’il domine et qui, indéniablement, possède le sens du partage et de la transmission.
        Enfin, une remarque : Des « notes élémentaires destinées à boucher les lacunes du lectorat en matière de culture générale » me conviennent parfaitement.

  34. Parler de haute exigence intellectuelle à propos du susnommé est une aberration comme on en lit, hélas, partout sur ce site. La préciosité si roublarde de son langage (rien que dans le dernier post, par ex. « le français regimbe devant l’anglais »), l’amertume de celui qui n’ayant pu réussir là où il aurait aimé réussir dézingue à tout-va (même pour dire du bien de l’édition Dracula, il faut quand même dire du mal de celle de Frankenstein), la bêtise des formules lapidaires (« la non-valeur Henry James » …), le côté « moi je sais tout mieux que les autres et je vais vous le prouver en faisant les commentaires les plus fumeux », j’en passe et des plus consternantes, le discrédite depuis belle lurette. Draak, faites-lui toutes les courbettes que vous voulez, elles ne trompent que vous.

    • Vous faites je crois une lecture un peu précipitée du commentaire de Neo-Birt7. Je vois une nette différence de sens entre « la non-valeur Henry James « , formule que vous lui imputez, et « des non-valeurs comme l’Henry James », qu’il a effectivement écrit. Dans le premier cas c’est Henry James qui est considéré comme une non-valeur, dans le second c’est l’édition qui en est donnée dans la collection de la Pléiade. On est évidemment libre de penser ce qu’on veut de l’un ou de l’autre, on l’est un peu moins de faire dire à autrui ce qu’il n’a pas dit. Je continuerai pour ma part à faire crédit à Neo-Birt7.

    • J’en ai presque la larme à l’œil de reconnaissance : enfin quelqu’un qui parle vrai et clair ! Cela faisait bien longtemps…

      Plusieurs remarques toutefois :

      1. J’ai pour ma part trouvé le moyen de ne pas lire la sélection des interventions dont nous savons par avance – hélas nous parlons d’expérience – qu’elles seront inintéressantes : il suffit de les ignorer.
      J’avais suggéré à brumes de créer un forum pour remplacer la structure vieillissante du blog par un véritable forum dont les avantages sont multiples : par exemple on peut créer une ossature, un classement des interventions par thèmes, par auteurs, par périodes, par dates de publication, par genre, etc, ce qui correspondrait parfaitement à ce qu’est la réalité de La Pléiade.
      Un autre avantage du forum est que l’on peut – par un simple clic – décider d’ignorer pour de bon les intervenants fâcheux.

      2. A contrario, il faut admettre que ce blog, avec ses défauts structurels et ses intervenants indésirables, a le mérite d’exister. C’est à ma connaissance le seul « site » consacré à La Pléiade – enfin, partiellement ! – et qui continue à vivre au jour le jour.

      3. Comme bien des intervenants sans doute, je suis venu ici en raison de l’excellent article d’ouverture du blog, celui qui fait notamment le point sur les prochaines parutions, les volumes « provisoirement indisponibles » et les épuisés.
      Je ne remercierai jamais assez brumes pour avoir ouvert cet espace de discussion – même avec toutes ses imperfections.

      4. Je dois confesser que, depuis, j’y viens un peu par habitude.
      Mais parfois il y a des bonnes surprises : ces derniers temps, je me suis surpris à me réjouir de nouvelles interventions, pertinentes, informatives, parfois même positives et enthousiastes.
      À mon sens il faut se réjouir de ces petits messages qui renouvellent la « vieille garde » : ainsi je remercie petitrien, Tigrane, Ben, César, Thrasea, Jacques, caminos, Qilin, Alain BALSAN, Luckas, Arval, Pléiadophile, Thomas Codaccioni, sysipheretraite, DraaK et tous ceux qui, par leur contribution – modeste ou non – apportent de l’eau au moulin et « font leur part ».

      5. Virginie, je ne souhaite rien tant que des personnes qui, comme vous, nous ramènent à la réalité et font preuve d’un peu de bon sens, interviennent plus souvent et contribuent à rendre ce blog plus frais, plus naturel, plus critique – au sens noble du terme.
      Pour ma part, j’ai un peu baissé les bras en ce qui concerne d’éventuelles contributions. Je me contente de lire inexorablement un ou deux volumes de La Pléiade par mois, et, à de rares exceptions près, je suis toujours enthousiaste, heureux et reconnaissant à Gallimard de mettre à notre disposition tous ces classiques fabuleux, souvent très bien annotés et expliqués, tout cela pour un budget somme toute assez modeste (mon budget ne me permettant hélas que d’acquérir pour l’essentiel des ouvrages d’occasion).

      Rétrospectivement, je m’aperçois que je défends ce blog.
      En tous cas, ces échanges prouvent encore s’il était besoin qu’il suffit de peu d’intervenants fâcheux pour gâcher une fête. L’un parle beaucoup trop (mais on m’a dit plus haut qu’il était bienveillant, alors on lui pardonne…), l’autre… et bien, je crois que vous avez bien résumé. C’est sur ce blog qu’il a choisi de s’exprimer, tant pis pour nous, chacun sa croix.
      Les fâcheux passent, La Pléiade reste.
      Longue vie à ce blog, avec l’espoir que d’autres viendront s’y greffer.

      • Pourquoi ne faites-vous pas vous-même ce blog-de-vos-rêves, taillé sur mesure pour votre propre gloire, d’où vous pourriez éliminer tous les « fâcheux » et satisfaire votre conception du « débat » qui consiste à ignorer ou déligitimer vos interlocuteurs, et où vous pourriez narcissique ment vous mirer et vous faire admirer ?
        Encore une fois – encore et encore et encore, hélas – qui vous empêche de nous communiquer plus souvent vos si intéressantes considérations ? Ne vous posez pas en victime, personne ne vous a censuré ni interdit de parole ; par contre, vous, réduire au silence ceux qui ne sont pas d’accord avec vous semble bien être votre credo…
        (Vous remarquerez que moi je vous lis quand même – quand bien même – ma réponse en fait foi.)
        Mais je parle trop, je parle trop, je parle trop… Pardon, mille pardons !

  35. Et je note qu’il suffit qu’une voix se fasse discordante pour que la vieille garde lui tombe dessus et lui clouent le bec. Mais cette vieille garde qui a pignon sur Internet, combien de lecteurs rassemble-t-elle ? J’en compte à peine cinq : Birt, Draak, Szenes, etc. A eux cinq, ils inondent littéralement le site de leurs messages, d’une voix si vociférante qu’on a envie de s’écraser devant elle. C’est une mystification affligeante que ce travail, souvent de démolition, qu’ils font.

    • Affligeant de démagogie et d’approximation. Inutile d’argumenter, l’argumentation est le cadet de vos soucis, vous préférez les anathèmes. Je vous signale tout de même au passage que ma révérence envers NéoBirt7 ne va pas jusqu’à m’empêcher à l’occasion de dire mes désaccords avec lui, ; au moins en une occasion le débat entre nous fut sanglant sans que l’un ni l’autre n’en prît ombrage. Cela s’appelle de la discussion, que vous confondez avec des « vociférations ».

      Pour ma part, je le répète une fois de plus, il m’est parfois reproché de trop « occuper le terrain » – et Dieu sait si je me le reproche souvent et amèrement ! – et d’étouffer les voix des autres, mais je remarque que, chaque fois que je me retire (je ne suis intervenu que deux fois en une vingtaine de jours) je ne vois pas ces malheureux « censurés » se précipiter dans la brèche. Cela signifierait-il qu’ils n’ont rien ou pas grand chose à dire ? (A part des attaques ad hominem à l’encontre de gens qui ne vous ont rien fait.)

      La vieille garde vous salue – il ne me semble pas utile pour nous et pour les autres lecteurs de poursuivre ce vain dialogue – et vous invite à vous exprimer aussi souvent que vous le désirez, quand bien même ce serait pour dire des inepties. La liberté de parole est à ce prix.

      • Je dormais tranquillement, que diable êtes-vous venue me réveiller en me citant parmi la vieille garde, alors que je ne vous avais rien fait ? Vous pratiquez la répression collective : pour un « terroriste » (NéoBirt7) vous fusillez tout le village ?

        • Je croyais m’exprimer avec suffisamment de précision pour éviter les amalgames hasardeux comme ceux de « Virginie » (Verginies, plutôt, considérant sa manière de me donner les verges à la mode des anciens licteurs romains !), mais de toute évidence, ce n’est pas le cas. A la différence de l’excellent Tigrane, toujours bien informé et finement modulé dans ses jugements mais d’une mansuétude de chercheur littéraire par opposition à mon regard cruel de philologue classique et de linguistique polyglotte, point ne vais m’excuser d’éreinter les très mauvaises performances éditoriales que s’échine à multiplier la Pléiade, entre autres raisons parce que cette collection est pilotée depuis vingt ans par des gougnafiers dont on subodore qu’ils seraient mieux à leur place dans l’épicerie ou la mercerie, à peser des portions alimentaires ou à métrer du ruban ou du galon. Sous compulsion du propriétaire, de ses gestionnaires, de ses experts-comptables, M. Pradier, entre autres fourches caudines, impose en amont des cahiers des charges meurtriers de tout réel effort de science et s’évertue à recruter éditeurs scientifiques et responsables de publications collectives non point parmi les universitaires les plus affûtés, fussent-ils peu connus, en épluchant les pages personnelles sur Academia ou en prenant conseil auprès de véritables autorités incontournables, mais au sein d’une coterie plus ou moins parisianiste de petits marquis de salons et de chercheurs obnubilés par les feux de la rampe (on se croirait revenus à l’époque des classiques Panckoucke et Dubochet, aux volumes rédigés par « des sociétés de gens de lettres, de savants, de membres de l’Institut et d’hommes du monde » ; bientôt Maxence Caron fera donc des Pléiades !). Le Colette en quatre gros volumes où est considérable la part de l’exégèse et de la critique génétique, ne serait plus concevable aujourd’hui, et à supposer qu’il eût été agréé sur un patron aussi généreux, on n’aurait point sollicité Claude Pichois pour le diriger, mais un quelconque intellectuel médiatique propre à attirer sur son nom les feux éclairs de la renommée ; il suffit de comparer à ce Colette, je ne dirais pas : le Jules Verne (horresco referens !), mais les nouvelles d’Henry James ou son premier tome de romans, dont le commentaire minimaliste et schématique ne permet guère d’entrer dans l’univers de l’auteur tandis que la traduction imperturbablement lisse nivelle l’inventivité de l’original, en gomme le relief, en éteint (ne vous en déplaise, Verginies !) toutes les amphibologies auxquelles se prête la langue si maîtrisée et subtile de l’écrivain faute de consentir à défendre le rendu choisi sur chacun des principaux points controversés (et pourtant à chaque pas le traducteur doit prendre un parti ad hoc dont, idéalement, il devrait pouvoir se justifier rationnellement). Notre langue appauvrie par rapport à l’instrument dont se servaient Zola, Huysmans, Barrès, Marcel Prévost (pour ne rien dire de la langue encore moins corsetée et nivelée qu’héritèrent Balzac, Stendhal, Flaubert) éprouve en effet bien des difficultés à serrer l’anglais littéraire des XVIIIe et XIXe siècles, aussi bien la langue romantique, fleurie mais riche d’équivoques, des Mary Shelley, des soeurs Brontë, mututatis mutandis de Bram Stocker, que l’expression périodique et enchevêtrée de Hawthorne ou le style compact et allusif très travaillé de James, au delà d’une fidélité aux sèmes verbaux ; plus encore qu’en translatant depuis le latin ou le grec ancien, il faut repenser toutes les phrases à la française, et fatalement laisser s’évaporer la presque totalité du charme de l’original, si d’aventure on s’attaque à ces écrivains. A fortiori lorsque l’auteur original est aussi maître de son instrument que James ou Joyce, je ne puis apercevoir d’autre solution fiable, pour des lecteurs autres qu’occasionnels ou pressés, qu’une édition lourdement commentée, fusse-t-elle critiquable parce que savantasse et réfrigérante (je pense aux deux magnifiques volumes de Joyce dans la Pléiade, quand bien même la traduction d’Ulysse ayant été soumise à l’auteur il fallait s’incliner et la reproduire au lieu de tenter de faire autrement en fonction d’une doctrine traductologique rigoureusement moderne). Retournez donc, Verginies, lire et affûter votre judiciaire, avant que d’expectorer votre venin hâtif et condescendant de nature à donner fort piètre idée de votre culture. Si j’ai offensé Tigrane, je gage qu’il saura me répondre avec sa manière inimitable dont, moins encore que moi, vous êtes capable.

    • Bonjour Virginie,
      Votre feu vous honore, mais votre énergie est bien mal dépensée.
      Je vous met au défi de trouver un de mes messages qui ne soit pas positif. J’ai moi-même en son temps protesté contre le ronronnement « cet auteur-là n’a pas à en être / celui-là devrait en être », qui ne rime, à mon avis, pas à grand chose.
      Je n’inonde rien. Je n’interviens qu’assez rarement. Je n’ai que des questions et suis d’ailleurs au regret de ne pas pouvoir apporter plus (par manque de cette culture que j’admire). J’ai lancé un site, propagerlefeu.fr, que je n’inonde pas plus, par manque de temps (et encore, de culture).
      Vieille garde, pourquoi pas ; j’interviens depuis environ trois ans. Mais vraiment, je ne me reconnais pas dans votre portrait et le vit comme une injustice.
      Je n’ai pas plus « pignon sur internet » que vous ou n’importe qui, n’ai aucune position assise, ne suis même pas un littéraire. Non, vraiment, je ne comprends pas cette attaque gratuite.
      Avant de juger que l’on vous aurait cloué le bec, il aurait fallu que vous interveniez (le français que je suis regimbe aussi devant les subjonctifs périlleux…) Tout le monde aurait été content de voir une dame parmi nous, même avec une voix discordante.

  36. Bonsoir, pour ceux qui n’auraient pas encore le catalogue 2019 :
    Les romans de George Sand, publiés en 2 volumes, seront les suivants : Indiana, Lélia, Mauprat, Pauline, Isidora, La mare au diable, François le Champi, La petite Fadette,Lucrezia Flioriani, Le château des désertes, Les maîtres-sonneurs, Elle et lui, La ville noire, Laura, Nanon.
    Les ouvrages de Georges Duby : Des sociétés médiévales. Leçon inaugurale au Collège de France …, Le dimanche de Bouvines, Le temps des cathédrales. L’art et la société, 980-1420, Guillaume le maréchal ou …, Les trois ordres ou …, Dames du XIIe siècle : I Héloïse, Iseut et …, II Le souvenir des aïeules, III Eve et les prêtres, + Textes divers : L’histoire des mentalités, Dans la France du nord-ouest au XIIe siècle : les jeunes dans la société aristocratique, Le plaisir de l’historien, L’art l’écriture et l’histoire.
    Romans et nouvelles de Huysmans : Marthe, Les soeurs Vatard, Sac au dos, En ménage, A vau-l’eau, A rebours, Un dilemme, En rade, Là-bas, En route.
    Ecrits spirituels du Moyen-Âge : anthologie de la spiritualité médiévale traduite du latin, avec Anselme de Cantorbéry, Pseudo-Bernard de Clairvaux, Pseudo Augustin, Guillaume de Saint-Thierry, Hugues de Saint-Victor, Bernard de Clairvaux, Richard de Saint-Victor, Guigues II le Chartreux, Bonaventure, Thomas d’Aquin, Henri Suso, Jean Gerson, Denys le Chartreux, Thomas A Kempis, Jean Mombaer.

    Pour ce qui est de la dernière polémique en date, je ne vois pas l’utilité de cette agressivité malvenue. Mon libraire lui-même admet la dévalorisation actuelle de la Pléiade, qui s’oriente nettement vers un supposé « grand public », peu exigeant, à la fois sur le choix des parutions et la qualité éditoriale (une collection « Bouquins » bis, plus prestigieuse par son habillage, en fait).
    Si vous vous en contentez, tant mieux pour vous, mais pourquoi vous est-il aussi insupportable que d’autres ne partagent pas votre « béatitude » ? La tolérance est une valeur sociale primordiale, or de nos jours on fait violence à tous ceux qui refusent cette normalisation abrutissante. Nous sommes les « méchants ».
    Pour ma part, dans les récentes parutions, il n’y a guère que les lais du Moyen-Âge qui suscitent un intérêt significatif (je n’ai pas lu Kafka). Et je regrette pourtant ce que l’ouvrage aurait pu être, vingt ans plus tôt. C’est mon droit, vous n’avez pas à le discuter.
    Quant à l’appauvrissement éditorial de la collection, vous pouvez vous en réjouir, certes, mais le nier relève de la mauvaise foi.

    • Aïe, vous venez de tomber dans la vieille garde !… Plaisanterie à part, merci pour ces informations (je n’ai pas encore le catalogue).

      Le diptyque Sand me paraît alléchant, même si d’aucuns n’y verront qu’un maigre « best of » (et je ne peux les désapprouver). Il viendra sur mes rayons rejoindre les deux volumes autobiographiques. Le Duby, plutôt copieux, non ? Je me demande comment il va être édité : quel éditeur-commentateur va prétendre faire mieux que Duby himself ? Des Ecrits Spirituels je ne peux rien, n’étant pas un spécialiste, sinon que je l’acquerrai par principe et par intérêt immodéré pour la société et la culture de cette époque.

      Enfin, Huysmans… procédé pour le moins bizarre que de nous donner un verre rempli aux trois-quarts, en donnant les deux premiers romans du cycle Durtal et en laissant tomber les deux derniers, c’est-à-dire en tuant Huysmans dix-huit avant la date de son décès. Je crains fort que la dernière période ainsi abandonnée le soit définitivement, trop importante pour qu’il ne s’agisse pas d’une amputation, pas assez pour qu’on puisse espérer un second volume qui viendrait combler ce manque. (Sans parler de tout ce qui a été délaissé en cours de route.) Je crains que cet ouvrage ne soit encore qu’un coup d’épée dans l’eau : cruellement insuffisant pour les amateurs de Huysmans, pas certain qu’il soit suffisant pour lui en attirer de nouveaux. Décidément, la Pléiade se fait une spécialité de ce genre de bouquin ni fait ni à faire, dont l’utilité est plus que douteuse. Aucun intérêt sur le plan financier, non plus que sur le plan éditorial, alors, à quoi bon ?
      J’aimerais me tromper lourdement, et finir l’année sous les quolibets et les moqueries mérités par les prophètes de mauvais augure que les faits démentent.

      En tout état de cause, ce second semestre 2019 (j’ouvre le parapluie) semble se situer bien au-dessus du second semestre 2018.

      • Hors sujet (pardon) : Ecrits Spirituels du Moyen-Age et Huysmans ramènent ma pensée à la regrettée N.D. de Paris, qu’on va, selon la parole présidentielle, nous rebâtir en cinq ans (!), « plus belle » qu’avant (!?).

        Que peut-bien signifier ce « plus belle » ? De quoi s’inquiéter et en venir (presque) à souhaiter qu’on nous conserve la vénérable dans son état actuel de demi-ruine, plutôt que nous en donner une version reliftée et botoxée.
        (un de la vieille garde)

      • Le volume Huysmans tel qu’annoncé, se rapproche de celui naguère consacré à Michel Tournier : doit-on en conclure que les éditeurs de la Pléiade, du haut de leur empyrée, ont entrepris de décider à quel âge les auteurs qu’elle sélectionne ont terminé leur oeuvre, et donnent les signes d’une irréparable faiblesse (vers la cinquantaine bien sonnée, quoi, pour parler franc) ?

      • Un tome II des oeuvres de Huysmans comprendrait nécessairement « La Cathédrale ». En attendant cet éventuel 2eme volume, et l’édition en Pléiade de cette oeuvre majeure, il faudrait alors compléter avec l’édition parue en « Folio-classique » ?

    • Il y a encore quelques jolies réalisations commercialement désintéressées dans la Pléiade (je pense aux oeuvres complètes de Mme de Lafayette, dignes du Molière et du Racine de Forestier, ou aux deux tomes de « théâtre élisabéthain », qui soutiennent le niveau de la paire de volumes consacrée au « théâtre espagnol du XVIIe siècle » ; ces parutions sont d’autant plus méritoires que, de longue date, les éditions de textes dramatiques et d’auteurs du XVIIe siècle français ont presque toutes été de cuisants échecs pour notre collection favorite), mais ces rares entreprises à rebours des modes ressemblent au caviar par lequel Gallimard fait avaler au lecteur discriminant de trop nombreuses baleines de belle taille. Comme le dit Phil, les lais médiévaux, s’ils eussent paru il y a vingt ou vingt-cinq ans, à l’image du Chrétien de Troyes coordonné par Poirion, du Roman de Renard piloté par Strubel, ou du Tristan et Yseut sous la direction de Mme Marchello-Nizia, auraient fait un vaillant effort pour apparier avec rigueur la science originale et la vulgarisation ; au lieu de cela, même genre de performance que dans la triade sur le Graal (utile, mais ô combien abrégée et frugale), en lui ajoutant les mirages d’une translation pâteuse et trop souvent inexacte faute d’explorer systématiquement les possibilités de sens dont je subodore qu’elle a été bouclée trop vite au lieu d’être fignolée à loisir (on en trouve confirmation dans l’appareil critique, erratique, superficiel et abusant de l’adage experto cred(it)e). Régis Boyer était, à cet égard, en avance sur son temps : toutes ses Pléiades, sans exception, négligent de défendre leurs nouveautés traductologiques, souvent d’ailleurs vaines ou cosmétiques, et taillent dans le commentaire (le nadir étant atteint par l’Ibsen, avec ses 125 pages de notices et de notes !). Or, paradoxalement, dans ces appareils critiques allégés à l’extrême affleurent sans recul ni le moindre contrôle moult prises de position viscérales sur la documentation que Boyer, recenseur âpre, voire vipérin, aurait été le premier à démolir avec véhémence chez ses collègues tant elles respirent soit le sophisme ou l’à peu près soit une morgue intolérante (deux exemples entre mille : Andersen considéré comme ‘onaniste’ plutôt qu’homosexuel sur la base d’une étude psychanalytique datant… de 1927 [I, pp. LVIII-LIX], soit le niveau zéro de la critique textuelle et biographique, et l’homosexualité non distinguée de la pédérastie et surtout identifiée à une aberration dans le monde scandinave au point d’en abolir les traces textuelles par des traductions ad hoc, lors même que les documents en vieux-norrois parlent occasionnellement en des termes transparents des efféminés et des invertis et des dieux que leur pratique de la magie dévirilise hic et nunc [cf. Bernard Sergent, « L’Homosexualité initiatique dans l’Europe ancienne », Paris 1986, pp. 162-168 = « Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens », ibid. 1996, pp. 489-496, en particulier l’amusante rectification d’un rendu fumeux de Boyer dans la note 70 de la p. 262 = « Homosexualité et initiation… », p. 588).

  37. Je vais me montrer optimiste en souhaitant une parution d’un volume Huysmans II car il n’aura pas échappé à Gallimard que seule une édition Huysmans en 2 volumes serait équilibrée et cohérente sur le plan éditorial.
    Avec un beau coffret bien sûr pour les 2 volumes …

    • Toujours avec optimisme, pourquoi pas dans
      deux ou trois ans un nouvel ensemble de 15 romans de George Sand en deux nouveaux volumes (avec coffret), on serait évidemment loin de la totalité de l’oeuvre romanesque, mais une trentaine de romans en quatre volumes formerait un ensemble sinon exhaustif du moins significatif, venant s’ajouter aux deux volumes des « Oeuvres autobiographiques » éditées jadis par G. Lubin

      • J’ai lu il y a 3 ou 4 ans l ‘annonce de la parution des romans de George Sand sous la direction de j.l. Diaz , avec la précision qu’il s’agissait des 2  » premiers » volumes !!! Ce qui nous une espérance bien légitime d’avoir d’autres volumes ? Patience…

  38. « le nadir étant atteint par l’Ibsen, avec ses 125 pages de notices et de notes », écrit Brit avec la simplicité (« le nadir ») qu’on lui connaît. Puis, plus loin, ce passage d’une phrase interminable : « sur la documentation que Boyer, recenseur âpre, voire vipérin, aurait été le premier à démolir avec véhémence chez ses collègues tant elles respirent soit le sophisme ou l’à peu près soit une morgue intolérante ». Il me semblait, Brit, que vous étiez « ce recenseur âpre, vipérin, le premier à démolir, qui respire le sophisme et la morgue intolérante, au rendu fumeux », c’est drôle que vous jugiez de la sorte le défunt Boyer. Votre post en dit plus long sur vous que sur lui. Il se trouve que je lis en ce moment le volume Ibsen et j’invite donc ceux qui prennent vos paroles pour argent comptant (ou, en bon gourou que vous aimeriez être, parole d’oracle) d’aller y voir par eux-mêmes et mets quiconque au défi d’y trouver la moindre trace de que ce vous affirmez. Les notices sont succinctes, certes (la prolifération des commentaires n’est pas vertueuse en soi), mais toujours éclairantes et admiratives de l’oeuvre du grand écrivain. Idem pour son travail sur les Sagas et Andersen. Boyer ne parlait que des auteurs qu’il aimait et sauvait à peu près tous leurs ouvrages (cf. son édition des oeuvres d’Andersen où tout trouve grâce à ses yeux, ce qu’on pourrait lui reprocher).
    Ça tombe bien car je voulais rebondir sur ce qu’écrivait Virginie – enfin une femme dans un monde de vieux croûtons ! Elle a mille fois raison. Brit n’a pas la science infuse, pas même diffuse, mais juste recluse. Qu’est-ce que c’est que la science recluse ? C’est la science wikisourcisée de l’internaute qui passe des heures derrière son ordinateur à vous dire ce qu’il faut penser de tel ou tel travail éditorial, de tel ou tel traducteur, de tel ou tel maître d’édition, mais dont aucuns éditeurs ne souhaiteraient s’attacher les services – et heureusement pour nous ! Et pourtant vous êtes trois ou quatre à le croire sur parole parce qu’il est assez malin pour donner à ses commentaires une tournure de connaisseur : prenez juste 5 minutes pour relire son dernier post et vous verrez que les ficelles sont pas seulement grosses mais indigestes (absence totale de doute, phrases longues, laides, ampoulés, souvent incompréhensibles, goût narcissique de l’obscur, volonté permanente d’en imposer à coups de références qui-y-a-que-moi-qui-les-connaît et d’adjectif qui-y-a-que-moi-qui-les-utilise, etc.). Il me fait penser à ces tristes figures qui, à la tête d’une secte, réussissent à faire venir les filles dans leur lit alors qu’elles les trouveraient repoussantes si elles n’étaient pas abusées de la sorte. Courage, fuyons ! Et croyez-moi, c’est un sentiment délicieux que de garder son libre-arbitre et de ne pas se laisser mystifier par un escroc de la science recluse. Galli-marre de Brit.

    • Outre le joli jeu de mots « Galli-marre », bravo pour la pertinence et la précision de votre analyse.
      Notez qu’on en a un comme ça sur presque tous les forums : un « spécialiste » des obturateurs et de l’histoire de la photo qui ne prend jamais de photos, un « expert » de la motocyclette qui n’enfourche jamais un deux-roues – je pourrais vous en citer comme ça à foison, écrivains ratés qui s’autoproclament critiques littéraires, pseudo-critiques de cinéma qui déversent leur fiel sur les films à succès mais dont la pratique de l’art n’a pas dépassé le court-métrage scolaire.
      Ceux-là peuvent en effet remercier cet internet qui permet de faire illusion par le supposé accès à toutes les connaissances.

  39. Merci Lombard, il est rassurant de vous compter parmi nous. En effet, il est facile aujourd’hui d’aller prendre tel extrait en russe, en latin, en danois, en parisien pourquoi pas, et de dire à un (dans le cas de Boyer, admirable) traducteur qu’il fait mal son travail. Je gage que le jour ne viendra jamais où Brit enverra à ses chers suiveurs le lien vers les références à ses propres publications, travaux de recherches et autres interventions sur France Culture. En plus, ses messages-poudre-aux-yeux, outre qu’ils n’ont ni humilité ni panache intellectuel, manquent singulièrement d’esprit et d’humour. Le rouleau-compresseur, au bout d’un moment, on en a soupé ! C’est le sens de mon intervention, qui venait au secours de celle de Virginie, seule femme à faire son apparition parmi les vieux croûtons.

    • Merci pour les vieux croûtons, où je pense être rangé, à tort (car je garde mes opinions personnelles pour moi) ; cependant le fond du débat, c’est l’état des lieux de la Pléiade, non les supposés « qualités et défauts » d’un intervenant. C’est là-dessus qu’on aimerait avoir votre opinion.
      Quant à venir au secours d’une personne qui en insulte une autre derrière son écran d’ordinateur et sous le couvert de l’anonymat, je pense qu’elle n’en a pas besoin : son propre courage lui suffira.

      • Phil, vous savez très bien quel est l’intervenant que nous sommes semble-t-il nombreux à mal digérer, et vous savez aussi très bien qu’il n’y a aucune insulte dans mes propos.
        Quand-bien même ceux-ci exprimeraient un ras-le-bol de voir couvrir cet écran de ces lignes inutiles, pédantes, faussement cultivées et pleines de fiel (que, je le répète, je ne lis plus depuis longtemps, mais qui encombrent cet excellent blog), il faudrait un temps et une imagination infinis pour atteindre le dixième du niveau de malveillance, de méchanceté gratuite et de logorrhée verbeuse que nous tolérons ici depuis des mois.
        Je crains que, même en s’y mettant à plusieurs, nous n’y arrivions jamais, et d’ailleurs, quelle perte de temps et d’énergie ce serait…
        Quant à l’anonymat et l’écran qui me protégeraient, je suis tout prêt à les lever si ça peut inciter notre pseudo-savant à aller sévir ailleurs.

        Revenons à La Pléiade : après le premier volume du Théâtre du XVIIe qui contient de véritables pépites (que de découvertes en ce qui me concerne avec Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, Les Bergeries de Racan, La Silvanire et La Sophonisbe de Mairet, ou encore La Belle Alphrède et Laure persécutée de Rotrou, ce théâtre qui montre qu’il y avait d’autres grands talents que les « trois grands »), je dévore l’inachevé Maumort de Roger Martin du Gard, encore une merveille dénichée par Gallimard.
        Deux volumes que je ne peux que conseiller aux amateurs de théâtre et à ceux qui ont aimé Les Thibault.

        • Je m’apprêtais à hisser le drapeau blanc – si, si ! sincèrement – et entamer les pourparlers de paix, entre gens civilisés, mon cher Lombard (non pas que la castagne me déplaise, mais enfin, il n’y a qu’avec ses ennemis qu’on peut se réconcilier, et c’est si bon, après s’être étripés, de s’embrasser, de se pardonner, et de partager cigarettes et chocolats du haut de nos chars d’assaut), et puis… J’ai eu l’imprudence de vous relire :

          « Quand-bien même ceux-ci exprimeraient un ras-le-bol de voir couvrir cet écran de ces lignes inutiles, pédantes, faussement cultivées et pleines de fiel (que, je le répète, je ne lis plus depuis longtemps, mais qui encombrent cet excellent blog), il faudrait un temps et une imagination infinis pour atteindre le dixième du niveau de malveillance, de méchanceté gratuite et de logorrhée verbeuse que nous tolérons ici depuis des mois. »

          Et là, non, décidément, mon humeur pacifique (voire pacifiste) s’est envolée comme bulles de savon, devant un tel réquisitoire qui sent bon son Fouquier-Tinville, de sinistre mémoire et qui a eu tant de petits descendants sous toutes les latitudes (et même quelques-uns se dissimulant habilement dans les Brumes, sûr de leur impunité).
          Je vous rassure, mon cher Lombard, vous n’avez besoin d’aucun secours ni de troupes alliées, pour atteindre à vous seul le niveau de malveillance que vous appelez de vos voeux.

          « Merdre ! » que voilà du joli monde, de par ma chandelle verte, on n’y coupera pas, il faudra qu’on remette en route la machine à décerveler et je ne conseille pas au Roi de Pologne ainsi qu’à ses séides de croiser mon chemin !

    • Si j’étais une femme, je trouverais insultant d’être constamment (sous couvert d’hypocrite hommage) réduite à ma « nature » de femme et considérée principalement pour cela, dont la valeur essentielle se réduit à celle de « représentante » d’un genre qui n’a aucune signification en soi (ni en bien ni en mal). Pardon pour la phrase lourde et ampoulée, tout le monde n’a pas reçu la grâce de la sainte simplicité, de style et de pensée.

      Cette obsession (vous y revenez deux fois, comme sur les vieux croûtons qui peuvent encore servir : mon cheval les adore et il déteste le pain frais qui colle aux dents) disqualifie votre propos, dans lequel il y avait quelques éléments intéressants par ailleurs (votre défense et illustration de Régis Boyer, par exemple). Dommage.

      Ce que vous dites sur NéoBirt7 a peut-être un fond de vérité (qu’en sais-je ? il n’est pas de ma parentèle – oui, « parentèle » c’est exprès pour vous énerver – et nous savons tous qu’il a tendance à pousser le bouchon un peu loin). J’ajoute que j’ignore si NéoBirt7 fait de la motocyclette. Mais il est piquant de constater que c’est pratiquement le même discours que celui que tenait cet imbécile de Jules Hetzel (j’aime lâchement insulter les morts, mais je ne pardonne pas à ce minable écrivain et faux grrraaand éditeur le mal qu’il a fait à Jules Verne qui le dépassait de cent pieds) sur Huysmans (cf. Cahier de l’Herne, Huysmans, eh oui, mes références ne viennent pas de wikipedia qui vous donne tant de boutons).

      Encore – encore, encore, encore et encore – une fois, qui vous oblige à lire les interventions (vieux mot françois que je préfère à « post », réflexe de « vieux reclus » et vieille habitude de me « mêler des affaires » publiques), pourquoi diable le lisez-vous ? La couleur est annoncée : dès que vous voyez, en chapeau, les noms de NeoBirt7, de Domonkos ou autre qui vous insupporte, soyez fort ! passez votre chemin, votre estomac vous en sera reconnaissant.

      Enfin, voilà que des personnes qui prétendent s’intéresser à la Pléiade n’ont rien d’autre à faire que la chasse à « la vieille garde », aux « vieux croûtons » (jusqu’où descendra-t-on dans la bassesse ?).

      Voilà des personnes qui récusent les oukases émis par certains (je ne peux les en blâmer) et réclament plus de débat démocratique, et qui n’ont sous la plume que les mots d’interdiction et d’exclusion, voire d’invective. Ah, la vieille parabole de la paille, la poutre, et toute cette sorte de choses !

      (Maintenant je vais essayer de m’appliquer mes propres conseils, me réfugier dans mon terrier, et tâcher de résister à la tentation de répondre aux « taïaut ! taïaut ! » de ceux qui rêvent d’avoir nos têtes en trophée dans leur salle de chasse.)

      • En qualité de « vieux croûton », je ne peux qu’approuver, et le contenu, et la verve de votre intervention.
        Et pour reprendre le langage, bien pauvre, des « djeuns », dont d’éminents représentants viennent de se déclarer sur ce « blog », je « plusse ».
        La littérature reconnaîtra les siens.

    • Perceval, si vous étiez tant soit peu de la guilde, vous sauriez que Boyer, tout immense savant qu’il fut, a plutôt mauvaise presse auprès des spécialistes d’indo-européen pour ce qui touche au domaine nordique en raison de sa philologie régulièrement obérée par des marottes d’ordre personnel. Un connaisseur aussi immense que Martin L. West met même un point d’honneur à ne le jamais citer dans son « Indo-European Poetry and Myth », Oxford 2007 (tous les matériaux scandinaves qui y figurent ont été exploités dans l’original y compris quand les traductions de Boyer étaient les seules existantes). En simplifiant les choses, je dirais que, hormis les chercheurs qui ne maîtrisent pas l’état ancien des langues scandinaves, ce qui est le cas de nombreux linguistes attendu que la branche nordique du domaine germanique n’entre que très subsidiairement dans la reconstitution du proto-indo-européen (désormais assise sur la triangulation entre le proto-anatolien, les deux dialectes du tocharien, l’indo-iranien, parfois le grec), et qui dépendent donc des versions françaises existantes pour les documents en vieux-norrois, dont l’essentiel est dû à Boyer, ce dernier figure surtout dans les livres et les articles des indo-européanistes au titre de ses traductions erronées ou interprétations qui ne tiennent pas assez compte du comparatisme. Certaines sont vraiment monstrueuses, ainsi « couillonnade » pour le vieux-norrois argr (Boyer, « L’Edda poétique », Paris 1992, p. 479), qui désigne en réalité tout homme accusé de passivité (homo)sexuelle). Pour que votre défaite soit complète, je vais citer la traduction Boyer de tout le passage : Odin apostrophe Loki en lui disant « toi, huit hivers, tu restas dessous terre, vache laitière et femme, et tu y as enfanté. M’est avis que c’était couillonnade ». L’original est moins abrupt que ne le laisse penser Boyer ; je propose : « huit hivers tu as passés sous terre trayant les vaches, tu étais femme, tu as mis au monde , c’est ce que je pense être efféminé par nature ». Le vétéran François-Xavier Dillmann, en son magnifique « Les magiciens dans l’Islande ancienne. Etudes sur la représentation de la magie islandaise et de ses agents dans les sources littérales norroises », Uppsala 2006, p. 443, propose pour la fin « et j’ai pensé que cela était le propre d’un efféminé », avant de commenter :  » le mot argr, tel qu’il est employé au dernier vers pour à la fois résumer et caractériser de la manière la plus expressive qui soit le comportement de Loki, ainsi qu’Odinn le décrit aux v. 4-7, possède indéniablement l’acception ‘efféminé’, au sens précis de ‘celui dont le comportement est contraire à la nature virile. Loki a en effet agi, si l’on en croit Odinn, comme une femme pendant sa longue retraite souterraine : non seulement il a occupé une tâche traditionnellement réservée aux femmes dans l’ancienne société scandinave – il a trait les vaches – mais encore il s’est lui-même transformé en femme, et comme telle il a accompli la fonction féminine par excellence : il a donné naissance à des enfants ». Couillonnade, en effet ! Boyer, m’est avis, n’est pas le traducteur idéal de l’Edda, des sagas islandaises, de Snorri Sturluson, d’une part parce qu’il ne s’est jamais considéré comme un philologue ni un lexicographe, défaut grave pour quiconque se veut traducteur chevronné de textes difficiles, d’autre part du fait que sa très impressionnante maîtrise des cultures scandinaves considérées dans le continuum de leur développement ne s’appuie pas, ou pas assez, sur l’érudition primaire et secondaire gigantesque d’un Dumézil, d’un Devoto, d’un Jan de Vries, d’un Manfred Mayhofer. Je pourrais remplir des pages et des pages avec les scories critiques ou interprétatives de Boyer ; ce serait un vain jeu, car Perceval, Lombart, Virginie, vous n’en avez cure et enfourchez vos chevaux emballés.

      • Une autre preuve flagrante que Boyer n’est pas toujours fiable dans le détail nous vient du traitement, beaucoup plus satisfaisant pour des raisons qui vont apparaître, qu’il donne de argr à propos de l’incipit de la Saga d’Egill. Le père du héros est Ulfr oargr, ce que Boyer traduit « Ulfr le Non-Couard » (« Sagas islandaises », p. 3) avant de commenter dans sa note 2 de la p. 1516 : « son surnom est intéressant. Il signifie qu’Ulfr n’était pas argr, ce dernier mot s’appliquant aux homosexuels passifs ; c’était la pire insulte que connût cet univers où les valeurs viriles étaient fort prisées et où l’on ne tolérait pas qu’un être humain manquât à sa nature ». Il faut comprendre qu’Ulfr était puissamment viril. Voir l’excellente étude de Preben Meulengracht Sorensen : Norrønt nid. Forestillingen om den umandige mand i de islandske sagaer, Odense : Odense universitetsforlag 1980. (…) ». Entre les Sagas de la Pléiade (1987), où l’information de Boyer a transité par l’étude de Sorensen — qu’il y avait quelque pédantisme à citer en danois attendu qu’une version anglaise n’a pas tardé à paraître :  » The Unmanly Man. Concepts of Sexual Defamation in Early Northern Society », même lieu et maison d’édition, 1983, 134 p. ; on verra particulièrement les pp. 18-20 — et l’Edda poétique (1992), force est de constater que notre homme a oublié / occulté le sémantisme injurieux de l’adjectif argr. Il me semble, par surcroît, peu logique d’insister in nota sur la puissante virilité octroyée par le scalde au père d’Egill tout en traduisant de manière qu’il soit simplement question de bravoure dans oargr (‘non-couard’, cf. « non-pleutre » chez J.-F. Nardelli, « Le motif de la paire d’amis à prolongements homophiles. Perspectives odysséennes et proche-orientales », Amstardam 2004, p. 84 note 42) ; « le brave », « the stud », « dem Mutingen », semble plus fidèle. On notera d’ailleurs que la fatuité crasse de la formulation de Boyer « l’on ne tolérait pas qu’un être humain manquât à sa nature » (ne soulevons même pas la dimension homophobe latente, tant elle était peu ou prou normale chez un savant de sa génération) contraste avec le discours strictement descriptif et la grande finesse d’analyse ethnographique de sa source primaire Sorensen, e.g. en 19-20 « the third and most important meaning of the words argr and ragr is ‘cowardly, unmanly, effeminate’ with regard to morals and character. This sense too can be considered as derived from the basic sexual meaning. The line of thought behind this association (which is not confined to the Old Icelandic world) is that a man who subjects himself to another in sexual affairs will do the the same in other respects; and fusion between the notions of sexual unmanliness and unmanliness in a moral sense stands at the heart of nið [insulte, discours d’gression] ». Pour un traitement accessible mais fiable (tous les textes y sont cités en bilingue) de la violence sexuelle phallique dans le corpus islandais, je renvoie à David Clark, « Gender, Violence, and the Past in Edda and Saga », Oxford 2012, pp. 107-114.

        • Les « Sagas islandaises » de Boyer ont beau se refuser à être un livre de science (p. LXX : « c’est que, répétons-le, le but visé n’était pas de donner ici une édition savante classique des Sagas des Islandais, mais bien de procurer à un public cultivé et curieux de ces questions un instrument de connaissance et, en partie, de travail qui lui permît d’affronter globalement une production littéraire qui compte parmi les joyaux de notre culture médiévale occidentale. Combler une criante lacune, proposer une ouverture, entamer une initiation, et apporter, peut-être, le plaisir de la découverte d’un genre et d’une vision du monde sans équivalent ailleurs, voilà tout notre propos »), il y a un degré de technicité au dessous duquel un spécialiste ne saurait tomber sans égarer son public. Pour ce que j’en sais, Boyer s’en tire fort honorablement, et pourtant… Comme comparatiste de formation, je suis plutôt plus sensible à la philologie vieille-norroise ainsi qu’aux questions de culture héritées des origines proto-indo-européennes qu’à la dimension strictement islandaise de ces compositions, or c’est sur ces points que cette Pléiade, heureusement conçue avec son appareil critique riche en bonne vulgarisation de tous les aspects autochtones, ne me semble pas apporter autant de garanties que la réputation de son auteur le laisserait penser. Pour le dire d’un mot, Boyer n’est pas toujours fort attentif aux détails. S’il a raison d’affirmer, dans la rubrique ‘Textes’ de sa bibliographie, que « la meilleure édition des Íslendingasögur est celle de la collection ‘Íslenzk Fornrit’, Reykjavik, à partir de 1933, 18 volumes parus à ce jour. (…) Les volumes II, IV, V, VII, VIII, IX, XI et XII ont servi de base à l’établissement des traduction du présent volume » (p. LXI), il travestit assez grossièrement la réalité valant pour son époque aux pp. LXVII-LXVIII « pour établir mes traductions, j’ai suivi les excellentes éditions procurées par la collection ‘Íslenzk Fornrit’, dont personne ne conteste l’autorité ». En effet, pour la Saga d’Egill, le tome II de cette série, sorti en 1933 aux soins de Sigurður Nordal, ne fit guère montre de prétentions critiques développées puisqu’il repose à un certain nombre de modifications près sur l’édition nettement plus ancienne de Finnur Jonsson (Copenhage, 1888). Or cette dernière n’est elle-même qu’un remaniement du premier grand travail scientifique sur le texte de notre composition, la vaste édition de Guðmundur Magnusson, laquelle remonte à 1809 et, bien que méritoire pour son apparat des variantes, ne propose ni classification stemmatique ni valorisation qualitative de ces dernières (en d’autres termes, elle donne un farrago sans ordre où le lecteur doit constamment distinguer suo Marte le bon grain de l’ivraie) et surtout modifie arbitrairement sans en rendre compte dans l’apparat le texte vieux-norrois du manuscrit de base (le plus ancien et le plus pur : codex Möðruvallabok AM 132 fol., Reykjavík, XIVe siècle, coté M, dont un apographe perdu servit de base à l’édition princeps en 1782), que Magnusson ne semble même pas avoir utilisé directement. En d’autres termes, Boyer, comme tous les traducteurs du XXe siècle, traduit un texte vieux-norrois ne possédant guère d’autorité. Plutôt que de se satisfaire de ce pis-aller, la bonne attitude aurait consisté à confronter les éditions de Nordal et de Jonsson, comme le fait la dernière en date des versions anglaises, « The Complete Sagas of Icelanders », Reykjavik 1997, aux soins de Bernard Scudder, voire à collationner le texte de M. Malheureusement, comme en 1987, une nouvelle édition de la Saga d’Egil s’efforçant de classer toutes les variantes par rapport à M et de stabiliser les lectures de ce dernier nous manque encore. Dans la mesure où les « Sagas islandaises » dans la Pléiade constituaient un effort aux ambitions seulement égalées par celles du corpus de 1997, Boyer avait le droit de se simplifier la vie ; en revanche, il outrepasse les devoirs du passeur qu’il veut être en travestissant aussi grossièrement la réalité par son silence sur la qualité de son édition de base pour la Saga d’Egill et en implantant des idées fausses dans l’esprit de ses lecteurs free of Icelandic lorsqu’il tente de le rassurer sur la valeur de l’édition de 1933. Que l’on ne voie pas là vain pinaillage de ma part ;un chercheur pour qui ces questions de philologie et de Textkritik capitales lorsque l’on traduit à l’intention de non spécialistes, seraient secondaires ou même oiseuses, a de très grandes chances de s’être montré cavalier dans son traitement de l’original en cas de difficulté épineuse. Et c’est le cas (mais je dois briser là ce post déjà trop long).

    • Un exemple au hasard des déformations propres à l’explication par Boyer de la civilisation matérielle des anciens Islandais. Traduisant la Saga d’Egil, VII 32-33 erendi er flat hingat at ek vil at dóttir flín fari heim með mér ok mun ek nú gera til hennar lausabrullaup, « le but de notre venue ici est que je veux que ta fille m’accompagne chez moi, et je vais faire pour elle une noce improvisée » (« Sagas islandaises », pp. 11-12), Boyer commente comme suit : « l’usage ici décrit n’est en aucun cas conforme aux lois qui prévoyaient des fiançailles en règle et, après un délai fixé, des notes officielles. Il faut comprendre que Hildiridr ne devient pas l’épouse légitime de Björgólfr, mais une de ses concubines, le concubinage étant prévu par les lois et admis. Aussi n’y a-t-il pas besoin de fiançailles réglementaires : l’once d’or que Björgólfr paie ne représente pas le douaire (mundr) qu’il aurait versé si le mariage était régulier, mais le prix pour une concubine. La suite de l’histoire des fils de Hildiridr montre que les enfants d’une concubine n’étaient pas nécessairement ‘introduits dans l’héritage’ de leur père » (pp. 1521-1522). Il était absurde de ne pas accrocher cette explication au lexème vieux-norrois rendu ‘noce improvisée’ (traduction en soi très problématique), à savoir lausabrullaup, dans la mesure où l’appareil critique de Boyer cite en règle générale les mots épineux. Lausabrullaup signifie strictement ‘mariage non officiel’, l’institution recouvrant des noces opposées au mariage de droit majeur avec mundr — on doit entendre un ‘mariage secondaire’, une ‘union morganatique’, voire même une ‘union défendue’, en vertu de l’évolution sémantique ‘mariage informel’ > ‘mariage lâche’ > ‘mariage hâtif’ (Else Ebel, « Der Konkubinat nach altwestnordischen Quellen. Philologische Studien zur sogenannten ‘Friedelehe’, Berlin 1993, pp. 32-36). ‘Concubinage’ ne convient pas en tant que traduction vu les connotations d’union libre qui s’y attachent dans notre société moderne ; en effet, comme l’écrit Simon Kalifa, « la liaison devait être publique, les arrangements pouvaient ressembler à ceux qui précédaient un mariage de droit majeur, mais la somme versée au mainbour était inférieure à celle du mundr légal » (‘Digressions sur les recherches actuelles dans les disciplines historiques et littéraires relatives au Moyen-Âge’, in Danielle Buschinger (ed.), « Histoire et littérature au Moyen Age. Actes du colloque du Centre d’études médiévales de l’Université de Picardie, Amiens, 20-24 mars 1985 », Göttingen 1991, p. 190, dont on lira avec profit la discussion entière des formes matrimoniales islandaises en 188-192). Que ce soit par volonté de compression ou parce qu’il entend vulgariser au maximum, Boyer galvaude assez gravement les choses en taisant le caractère mutuel, pour ainsi dire électif, que revêt cette institution : « à côté de l’union consécutive à un enlèvement, produit occasionnel de la guerre, du raid de piraterie ou de ce qu’on appelle à tort la guerre privée, il a existé, dans certains cas, une modalité du concubinat par « consentement mutuel », qui trouve place dans ce que le vieux norrois nomme lausabrullaup » (ibid.).

      • Erratum à mon message du 27.04.2019 12:16: la dernière citation provient de Kalifa, et la référence « ibid. » désigne la même p. 190 que l’extrait cité plus avant dans ce même message.

        J’en profite pour m’excuser auprès de notre cher hôte pour ma pollution excessive de sa page. Tout au moins ne suis-je pas tellement hors sujet en levant un peu le coin sur la fabrique des traductions et des notes des livres de Boyer, dont ses impressionnantes « Sagas islandaises ». Je remarque d’ailleurs que l’érudition précise et pertinente a cette vertu de faire taire les esprits chagrins qui m’assaillent avec une verve inversement proportionnelle à leurs capacités à parler des Pléiades.

      • Je note au passage une erreur de traduction assez révélatrice de l’analyse philologique un peu hâtive parfois dans laquelle Boyer, peut-être pressé par le temps, tombe un rien trop souvent : Saga d’Egill, XXII 7 konungr lét kalla at stofunni ok bað út ganga konurnar ok ungmenni ok gamalmenni, þræla ok mansmenn, rendu « le roi fit crier qu’il demandait aux femmes, aux jeunes et aux vieux, aux esclaves de sortir » (p. 37), est justifié comme suit p. 1528 note 5 « le texte porte ici le terme mansmenn, difficile à interpréter : il peut aussi bien s’agit d’esclaves au sens propre que d’ouvriers employés pour un temps. Il peut aussi s’agir d’une redondance, le texte disant : thraela ok mansmenn, esclaves et esclaves ». Non seulement ces explications adaptent de près
        le commentaire en islandais moderne de l’édition de 1933 (p. 52 note 1) ; la substance de cet emprunt manque quelque peu de vraisemblance philologique. En effet, au vu du triptyque de substantifs qui précède le couple þrælar ok mansmenn, il fait peu de doute que ce dernier ensemble, loin d’être un maniérisme stylistique, constitue une paire polaire désignant deux réalités sociales conjointes (cf., e.g., « slaves and bondsmen » Palsson et Edwards dans l’édition Penguin). Boyer passe sous silence un fait lexical important, à savoir l’indistinction dans laquelle les sagas en vieux-norrois tendent à confondre tous les personnages de statut inférieur (le terme le plus souvent employé est le fort indistinct húskarl) par opposition aux rois et aux grands héros. þræll recouvrant l’esclave mâle, le serf, mansmenn a toutes les chances de désigner de manière polaire la classe des divers autres travailleurs serviles qui font partie de la Maison du roi. Le sens du passage est le suivant : toutes les personnes dépendantes une fois mises à l’abri, Þórólfr et les autres hommes libres restent pour faire face à l’assaut. Je traduirais donc, en respectant scrupuleusement les connecteurs logiques reliant les membres des deux parties de la liste : « le roi fit clamer à travers la maisonnée que les femmes, les enfants ET les vieux, les esclaves ET (autres) gens de maison, devaient sortir ».

        • Pour en finir avec la qualité de la science de Boyer, je voudrais mettre en vis-à-vis deux citations qui montrent combien passéiste fut son approche de la masculinité et de l’héroïsme dans les sagas islandaises, aboutissant par ricochet à la peinture assez lourdement exagérée d’un univers hyperviril, sexiste et intolérant de toute altérité sexuelle :

          « Cela se dit argr (substantif ergi) : proprement la condition de l’homosexuel qui joue le rôle passif (qui fait la femme, donc). C’était là la pire insulte que connût la langue islandaise, elle aboutissait à un óbótamál, un cas tellement ignominieux que la loi ne prévoyait pas de’ compensation’ (bót) pour trancher ce litige. Or le motif de l’inceste et, à un degré moindre, celui de l’homosexualité, ne sont pas absents des sagas légendaires, ce qui ne signifie pas, bien entendu, qu’ils y soient monnaie courante. (…) Inceste, homosexualité, zoophilie, ce n’est certainement pas un hasard si ces tabous sexuels se sont réfugiés dans les sagas légendaires : comme si les conventions du genre levaient des interdits contraignants ! » (Boyer, « Les sagas légendaires », Paris 1998, p. 143, 145).

          « As Armann Jakobsson has noted, what was deemed effeminate by accusers could be arbitrary and, moreover, entirely contradictory; although it might seem otherwise, the sagas do not suggest that effeminacy was seen as a widespread problem in medieval Iceland. Neither do medieval secular laws forbid homosexual acts, with one exception, which is unrepresentative of the general tradition of medieval Scandinavian law according to Kari Ellen Gade. On the other hand, provisions are made regarding níð and a victim’s right to avenge it with impunity, and as Ármann Jakobsson argues, the evidence of Njáls saga suggests that the accusation of unmanliness was at stake in hostile male interactions in the sagas. Indeed, the flytings (insult battles) and sexual insults men direct at each other in the sagas are characteristic of a society wherein masculinity exists on a homosocial continuum; anxieties about homoeroticism within homosocial relationships are abjected and turn into homophobia, thus reaffirming the value and permissibility of homosocial bonds » (Johanna K. Friðriksdottir, ‘Gender’, dans Armann et Sverrir Jakobsson (edd.), « The Routledge Research Companion to the Medieval Icelandic Sagas », Londres / New York 2017, p. 229).

          Ce n’est pas un hasard si, depuis quelques années, les savants anglo-américains tendent de plus en plus à gloser ergi par ‘queer’, qui a entre autres avantages celui de suggérer l’étrangeté / altérité intrinsèque, y compris sexuelle / générique ; outre la dimension politiquement correcte que revêt ce rendu, nous sommes vraiment très loin du ‘couillon’ auquel s’en tint obstinément Boyer pour ce mot et ses semblables.

          • Le Marteau de Thor a encore frappé !

            Virginie, Lombard, Perceval, parents et alliés, j’en suis désolé pour vous, mais, loin de décourager le NéoBirt7 que vous honnissez, vous avez attiré la foudre sur nos têtes !

            Devons-nous vous le reprocher ou bien vous en remercier ?

            Chacun en jugera selon son degré de NéoBirt7philie ou de NéoBirt7phobie…

            (Pour ma part j’adore certains mots goûtus et qui nécessitent mon recours au dictionnaire, dont le vieux briscard parsème sa prose. Mais je reconnais que tout le monde n’est pas obligé d’aimer la cuisine – et le latin qui lui est associé, entre autres idiomes – épicée.)

            Allez, quoi ! j’aimerais tant vous arracher un demi-sourire, pour le moins, ma journée ne serait pas perdue.

  40. Holà, il semble que la guerre à Neo-Birt soit déclarée.
    En tant que boule de mie fraiche et moelleuse (par opposition au vieux crouton), je veux dire que les interventions de Neo-Birt, pour professorales et grandiloquentes qu’elles soient souvent, ne m’ont jamais dérangé. Il est vrai qu’il a démoli nombre d’éditions qui se sont avérées, pour mon goût et ma culture somme toute modeste, très satisfaisantes. Il est vrai également que sa prose a quelque chose d’alambiqué qui la rend absconse. Mais il m’est arrivé aussi, sur certains points, d’être, sinon totalement, du moins partiellement en accord avec lui. Et de façon générale, quitte à passer pour un grincheux réac, je rejoins ceux qui disent que La Pléiade, tout de même, c’était mieux avant. Ce qui ne m’empêche pas de prendre plaisir aux publications actuelles et d’apprécier des volumes que j’aurais mieux appréciés encore s’ils étaient parus il y a vingt ans.
    Bref, je trouve dommage que les choses s’enveniment à ce point. C’est ici un espace de discussions, le seul qui existe concernant La Pléiade, et chacun devrait être libre d’y donner son avis, pour tranché qu’il fût. De là ensuite doit partir le débat, dans le respect de chacun. Et si Neo-Birt a pu se montrer impitoyable envers des responsables éditoriaux et autres universitaires, je ne crois pas me souvenir qu’il ait manqué de respect à des intervenants de ce blog (à moins que sous l’anonymat des pseudos se cachent justement les responsables éditoriaux et les universitaires en question, ce qui se serait cocasse, pour le moins).

    Que mon commentaire ne soit pas perçu comme une attaque contre Lombard et tous ceux que les interventions de Neo-Birt insupportent manifestement (ce que je peux comprendre), mais comme un appel à la paix.

  41. Je ne poste jamais, mais je lis régulièrement les commentaires de ce blog. Je voulais simplement dire que je trouve cela regrettable d’attaquer ainsi des personnages quasi anonymes sur Internet. Je me rends compte que je suis peut-être la personne la plus jeune ici (étant toujours étudiant). Et ce que j’apprécie justement dans ce fil de commentaires, ce sont la « vieille garde » et les « vieux croûtons », qui fournissent la meilleure source d’information sur la collection de la Pléiade que j’ai pu trouver sur Internet. Donc merci à vous de donner de votre temps pour le plaisir des lecteurs invisibles comme moi. (Par contre je trouve dommage que le site propagerlefeu soit à l’abandon, le projet semblait prometteur.)

    • Je suis bien d’accord pour propagerlefeu, j’aurais aimé apporter ma pierre à l’entreprise, mais je m’en sens incapable, j’en demande pardon à son initiateur.

    • Bonjour Will,
      Le site Propagerlefeu.fr n’est pas à l’abandon. Il est en mise à jour lente !
      Je l’alimente au rythme de mes lectures, autant dire que c’est un mouvement de nature tectonique, presque invisible.
      Mais toutes les bonnes âmes sont invitées à y participer, ou à le faire connaître aux sachants susceptibles de partager leur savoir.
      Sa vocation n’est pas celle d’un forum quotidien. Je me suis dit que j’avais une vie pour en faire quelque chose d’utile.

      • (… Et je signale amicalement à Virginie qu’il n’y a pas de censure là-bas et que sa voix bâillonnée peut trouver un espace où se rendre utile.)

          • Cher Brumes,
            J’ai décidément le chic pour vous vexer. Ou alors tout le monde est à cran ?
            Je faisais référence à l’intervention de Virginie qui se plaignait, les dieux seuls savent pourquoi, de la voix vociférante de la vieille garde de votre domaine qui, je cite, lui « tombe dessus et lui cloue le bec » et fait « un travail de démolition » (Cf. son message du 24 avril).
            Mon invitation était sincère, mais l’allusion à une soit-disant censure était absolument ironique.
            Comment avez-vous pu ne pas comprendre ?
            Roooh… Je vous laisse et vous lirai en silence, le temps que les esprits se calment.

  42. Le Marteau de Thor a encore frappé ! Virginie, Lombard, Perceval, parents et alliés, j’en suis désolé pour vous, mais, loin de décourager le NéoBirt7 que vous honnissez, vous avez attiré la foudre sur nos têtes ! Devons-nous vous le reprocher ou bien vous en remercier ? Chacun en jugera selon son degré de NéoBirt7philie ou de NéoBirt7phobie…

    Reconnaissez cependant, que si paraît patente l’intention de vous « clouer le bec », l’usage de ce marteau ne va pas jusqu’à enfoncer les clous de votre cercueil. Allez, quoi ! j’aimerais tant vous arracher un demi-sourire, pour le moins. Mon dimanche ne serait pas perdu.

    Quant à vous, mon très cher Draak, il m’en coûte, mais il me semble que vous avez, de façon bien involontaire et à l’insu de votre plein gré, quelque peu provoqué la réaction de Brumes : il ne m’était pas échappé que votre phrase sur la « censure » pouvait être comprise comme la comprise Brumes. Lorsque certaines de nos flèches s’égarent à côté de la cible, elles ont toutes chances de toucher nos amis proches.

    Il y a comme ça des sortes d’attaques (de qui vous savez) qui paraissent ne devoir produire que de néfastes conséquences, libérant notre côté obscur, elles n’en sont pas moins de la plus grande nécessité, en cela qu’elles nous réveillent d’un songe où nous ronronnons en nous entre-congratulant à qui mieux mieux. En bonne justice, et sans tomber dans le masochisme et repentance (mea culpa, ma non troppo), il conviendrait de remercier ceux qui, en nous souhaitant une mort violente, éloignent de nous la mort lente.

  43. Je crois qu’il faut y insister toujours, quitte à me répéter sans fin en acceptant le risque d’être taxé de solipsisme : parce qu’elle n’a jamais été une collection érudite stricto sensu, quand bien même, entre 1959 (1er volume du Rousseau) et la fin des années 1990 en chiffres ronds *, elle a publié, ou republié, un nombre impressionnant de classiques français dans un format de haute virtuosité scientifique *, tout en proposant des éditions moins délibérément explicatives et génétiques mais néanmoins rigoureuses pour beaucoup d’autres auteurs de notre patrimoine littéraire ***, la Pléiade fait fi depuis son commencement de la principale des conventions à laquelle toutes les séries et les maisons d’édition universitaires s’inféodent, en dédaignant de désigner un relecteur spécialisé, ou réviseur, chargé de maintenir un certain standard de qualité technique sur un pied d’égalité avec l’éditeur scientifique. Ce manque se fait ressentir tout particulièrement dans le cas des volumes traduits depuis des langues anciennes ou modernes ; à une unique exception près, peu significative ****, les années 60 à 80 ont vu se multiplier les Pléiades françaises d’auteurs anglais, allemands et surtout russes réalisées rapidement et à peu de frais par un panel disparate au sein duquel les hommes de lettres comptaient bien davantage que les universitaires, et dont le caractère évident de traductions littéraires répondant à des besoins fort peu spécialisés a accentué le vieillissement (le théâtre de Goethe et les romantiques allemands seraient non moins à refaire que Gogol, Dostoïevski, Tchekov, Tolstoï, Tourguéniev, pour ne rien dire d’une bonne moitié du Dickens). L’absence d’un regard affûté qui aurait été porté sur le manuscrit des traducteurs a hélas continué de peser sur la plupart des Pléiades d’auteurs non francophones publiées depuis lors : si les « Epicuriens » sont une vraie réussite, car tous les traducteurs appartiennent à la fine fleur de l’hellénisme français, et si les « Premiers écrits chrétiens » ne représentent pas une trop grosse déception, le Borges de Bernès, même dans son tirage remanié de 1999 et jusque dans la révision de 2010, s’émaille tant d’erreurs que de négligences parfois grossières ; l’Aristophane de Thiercy se recommande négativement par la balourdise philologique de son éditeur, certes bon spécialiste de la comédie aristophanesque mais traducteur plat doublé d’un grammairien insuffisant et d’un critique textuel incompétent ***** ; et le Saint Augustin ne vaut pas mieux que la science de latiniste de son maître d’œuvre Jerphagnon ******. Moins les éditeurs sont en effet des philologues affûtés, plus grandes leurs chances d’avoir abattu de la médiocre besogne en étant privés de tout contrôle qualitatif.

    * La baisse de régime a été sensible dès la fin des années 80 ; en témoigne la réduction assez drastique de la part faite à l’appareil scientifique entre les premiers et les derniers volumes de certaines séries dont la publication a duré longtemps (deux fois moins de notices et de notes du tome I au tome II de Malebranche ou de Garcia Lorca, pour citer les cas les plus flagrants ; la part de l’exégèse ainsi que des variantes a diminué d’un tiers entre le premier volume de Breton et le second, à la demande de l’éditeur, cf. II, p. LXXVII ; etc).

    ** Introductions parfois monographiques, comme dans la « Comédie humaine » I de Castex, les Contes et les Fables de La Fontaine par Collinet, le Brantôme de Vaucheret ; textes établis ab ouo avec pointage étoffé des principales variantes, et annotations exégétiques considérables et neuve caractérisent le Rousseau de Gagnebin et Raymond (sauf les variantes) ; le Baudelaire, le Nerval, le Colette de Pichois ; les « Oeuvres poétiques » d’Hugo par Albouy ; les traités chrétiens de Chateaubriand par Regard ; « Notre Dame de Paris » et les « Travailleurs de la Mer » par Gohin / Seerbacher ; le Balzac dirigé par Castex ; le Céline (romans seuls) de Godard ; le Saint-Simon de Coirault ; le Fénelon de Brun ; la « Recherche du temps perdu » dirigée par Tadié ; le Giraudoux de Body ; les écrits intimes et les relations de voyages de Stendhal par del Litto ; le Vigny de Germain / Jarry et Bouvet ; le Ronsard de Céard, Ménager et Simonin ; le Rabelais de Huchon ; les Nouvelles françaises du XVIIe siècle de Lafond / Picard ; le Pascal de Le Guern ; les Libertins du XVIIe siècle de Prévot, pour mentionner les principales de ces grandes réussites. Dans cette tendance se situent encore les premiers volumes de la série médiévale refondue.

    *** Introductions d’une cinquantaine de pages maximum, notices abrégées, variantes réduites à l’essentiel et notes raccourcies ou ne s’allongeant plus en commentaire succinct — exceptions faites s’agissant de poètes comme Rimbaud, Lautréamont, Corbière, Cros –, caractérisent entre beaucoup d’autres le Barbey d’Aurevilly de Petit (l’éditeur le plus prolifique de la Pléiade, avec pour corollaire un certain manque de spécialisation) ; le Verlaine poète et prosateur de Borel ; les romans et récits de Chateaubriand par Regard ; le Kant dirigé par Alquié ; le Mérimée de Mallion / Salomon ; ou les nouvelles « Oeuvres en prose » de Péguy par Burac, bien pauvres sur le plan du commentaire si on les compare au « Journal » de Claudel annoté par Petit et le P. Varillon.

    **** Les Journaux et les cahiers de Tolstoï seraient demeurés totalement inintelligibles si on n’en avait pas éclairé les innombrables allusions ; la qualité du travail accompli par G. Aucouturier tant pour la traduction que pour son riche commentaire (dont la grande édition soviétique ne lui fournissait souvent que des rudiments) laisse pantois.

    ***** Sa thèse publiée en 1986 (« Aristophane. Fiction et dramaturgie ») reçut un prix de l’Académie française, mais sa petite édition commentée des « Acharniens » dans les Cahiers du GITA (Montpellier 1988) démontrait de très grosses failles techniques dont la traduction commentée complète dans la Pléiade confirme toute l’ampleur. Thiercy choisit de modifier de manière erratique texte grec de base pour chaque comédie (sauf pour les « Acharniens », où il utile sa propre édition) non seulement en réintroduisant des leçons manuscrites vicieuses contre des leçons meilleures ou contre une correction savante adoptées par l’éditeur qui lui sert de référence, mais encore et surtout en proposant des corrections personnelles, dont aucune n’est bonne et dont la plupart, faisant violence à la métrique, sont impossibles. Pour un exemple incontestable de monstruosité philologique, dont le résultat est le maintien du texte manuscrit au moyen d’une traduction absurde, voir le v. 24 des « Acharniens » rendu dans la Pléiade par « une belle cohue à leur arrivée pour être au premier rang », qui a fait l’objet d’une discussion vengeresse mais vraie de J.-F. Nardelli (« Aristarchus antibarbarus. Pseudologies mésopotamiennes, bibliques, classiques », Amsterdam 2012, pp. 52-55). La traduction de Thiercy, et la leçon transmise qu’elle interprète, le participe elthontes, « se heurte[nt] à des objections insurmontables : l’absence d’article défini après une préposition de lieu [à la fin du vers, Neo-Birt7] (…) contrevient à la syntaxe attique, et les tentatives de s’en échapper aboutissent à de criantes invraisemblances (…). De plus [les mots que Thiercy rend par « au premier rang », Neo-Birt7] = ‘un siège bien placé’, « in primo subselliorum ordine » Van Leeuwen (pp. 12-13, dans une note excellente), pas forcément le premier banc dans l’absolu pour lequel, du reste, les prytanes n’avaient pas à se battre puisque des sièges devaient leur être réservés à tous qualitate qua eu égard au caractère de masse du public de la pnyx du Ve siècle et aux places d’honneur des magistrats et dignitaires religieux ou civils au théâtre de Dionysos » (Nardelli, p. 53, lequel continue en rappelant que la seule interprétation grammaticale possible de la leçon transmise est de voir en elthontes un datif d’hostilité, ce qui demande de sous-entendre eis machèn, ‘par manière de combat’, « dans le cadre de la compétition que se livrent les prytanes pressés de s’asseoir aux meilleures places, mais le tour, attesté dès Homère, reste sans parallèle comique et demeure exposé à l’objection des sièges réservés »). Bref il fallait corriger ou imprimer un blanc en expliquant par une note que le texte du v. 25 est altéré. Bien entendu, Thiercy dédaigne d’expliquer sa traduction et remplit les notes de cette page d’explications institutionnelles et matérielles toutes scolaires). Le bon texte a été restauré par Nigel Wilson dans le nouvel Oxford Classical Text d’Aristophane, paru dix ans après la Pléiade.

    ****** La traduction proposée, à la différence des versions littéraires existantes (principalement les « Confessions » et la première moitié de « La cité de Dieu » données par P. de Labriolle), se veut littérale ; le problème est qu’elle ne l’est pas avec constance et que le moindre coup de sonde a tôt fait d’y révéler des entorses caractérisées à cette règle sans le moindre profit, souvent compliquées par d’authentiques faux sens ou contresens, dès que l’original se fait délicat (seule Sophie Dupuy-Trudelle réalise un quasi sans-faute). En voici un échantillon au hasard, emprunté à « La cité de Dieu ».

    P. 222 impudentissimae igitur stultitiae est uitam aeternam a talibus diis petere uel sperare ~ « c’est donc une sottise particulièrement impudente de DEMANDER AVEC ESPOIR à de tels dieux la vie éternelle » : il n’est pas question de coordonner les deux verbes à l’infinitif petere et sperare pour en faire une locution composée, comme le veut la traduction Pléiade, car du premier au second il y a gradation oratoire – les dieux ne méritent même pas qu’on leur demande la vie éternelle, a fortiori qu’on l’espère de leur part (la bonne traduction est donc : « … de demander à de tels dieux la vie éternelle ou de l’espérer d’eux »).

    p. 222 cui ergo deo uel deae propterquid supplicaretur, quantum ad illos deos attinet quos instituerunt ciuitates, a doctis sollerter inuentum memoriaeque mandatum est ~ « donc à quel dieu ou à quelle déesse, et pour quel motif, faire appel pour ce qui relève du domaine de ces divinités créées par LES HUMAINS, des savants l’ont HABILEMENT FORGÉ et l’ont transmis à la postérité » : ‘forger’ pour rendre inuenire est beaucoup trop fort même en son sens ‘inventer’ et ‘habilement’ à la place du latin sollerter constitue le plus paresseux des calques ; quant à comprendre ciuitates par métonymie (les cités en tant que groupes et entités politiques > les hommes, collectivement) c’est réécrire le texte sans vergogne ; je traduis « … créées par les cités, cela des savants l’ont déterminé avec intelligence ».

    p. 222 quanto maioris deliramenti esse intellegi debet, si cuiquam istorum pro uita supplicetur aeterna ~ « NE VOIT-ON PAS que c’est une folie bien plus grande que de demander à l’une de CES DIVINITÉS la vie éternelle ?  » ; la traduction Pléiade, d’ordinaire si respectueuse de l’ordre des propositions latines dans chaque (longue) phrase, les renverse ici complètement pour faire d’une proposition exclamative une question oratoire. En outre, ‘folie’ est bien neutre et décoloré pour le très expressif deliramentum, intellegi debet ne saurait être éteint en ‘on voit’ sans attenter au souci didactique d’Augustin, et ‘l’une de ces divinités’ déleste la force méprisante de cuiquam istorum, ‘quelqu’une d’entre ces déités-là / ces prétendues divinités’. Il fallait donc : « quelle fantasmagorie autrement grave, on doit le comprendre, que d’implorer la vie éternelle de l’une quelconque de ces déités-là ! ».

    pp. 222-223, dans ‘ces pourquoi… trompeuses’, un mot latin a été omis : l’adverbe saltem, important car il indique une atténuation oratoire (« non pas même l’hégémonie mondiale, mais ENCORE les royaumes terrestres »). De plus, dans « nous cherchons à savoir quels dieux ou quelles déesses ÉTAIENT CAPABLES DE LA DONNER », la Pléiade transforme en voix active la voix passive du latin sans la moindre espèce de nécessité (« … quels dieux ou quelles déesses ON POUVAIT CROIRE APTES À LA CONFÉRER », i.e.).

    Catherine Salles, qui a traduit cette tranche du De ciuitate Dei, est par-dessus tout connue comme historienne de Rome et de sa culture. La voir se lancer dans de la paraphrase et commettre de tels glissements sémantiques lorsque le sens du texte latin est clair et sa construction limpide, laisse imaginer combien peu fiable est sa traduction lorsque les choses se corsent et que ses prédécesseurs français sont en désaccord.

    • En fait, il me semble que personne ne sache exactement ce qu’est la Pléiade, pas même – moins que tout autre – ses maîtres d’oeuvre. Ni savante, ni populaire, pas même destinée à « l’honnête homme cultivé », elle erre, change de cap, évolue (ce qui pourrait paraître normal) au gré des modes et du hasard (ce qui est moins normal). C’est une collection bâtarde (et de plus en plus abâtardie) où l’on trouve des ouvrages des plus rares et des plus pointus et des bouquins des plus vulgaires, ce qui est de nature à ne satisfaire pleinement personne. Il faut s’y résigner, y faire son marché comme dans les rayons d’un grand magasin, choisir ce qui nous convient (non sans risque de déceptions) et négliger le reste.

      Quant au sérieux de l’établissement du texte, des traductions, autant il me semble impardonnable quand il s’agit de Saint Augustin, car enfin, dans ce cas, il est évident qu’on ne s’adresse pas au « grand public » et qu’on va se trouver face aux exigences d’un public de type « universitaire », autant cela me dérange moins pour un Tourgueniev (sans vouloir le rabaisser). Et, lorsqu’il s’agit d’un Philip Roth, ma foi, on pourrait bien me dire qu’il est traduit comme un cochon sans que cela m’émeuve. On pourra me rétorquer que, dans cette optique, je devrais ne point m’indigner de l’indigne édition de Verne, considéré comme un auteur populaire et mineur. Au contraire, le cas est pendable, en ce que je ne vois pas de nécessité d’éditer Jules Verne en Pléiade (alors qu’il est intégralement accessible sous de multiples formes pour le grand public) si ce n’est pas pour nous en donner une nouvelle version, changer notre vision de son oeuvre. Mieux aurait valu s’abstenir.

      Un point particulier, concernant la question des variantes. J’ai en ce domaine un regard d’auteur et je suis farouchement attaché à la volonté de l’auteur à l »égard de son oeuvre. Autant pour les auteurs anciens, dont les textes ont été transmis de façon incertaine, les variantes sont indispensables, autant pour les textes modernes, la version voulue et approuvée en dernier ressort par l’auteur de son vivant doit non seulement primer mais effacer ses versions précédentes, ses hésitations, ses bredouillements. Même si nous pensons qu’il a eu tort de procéder à tel ou tel changement. Je hais farouchement les publications de brouillons, de versions intermédiaires, le déchiffrement des mots biffés, des corrections, etc. Je hais cette indiscrétion d’instituteurs penchés sur l’épaule de l’écrivain et surveillant son travail !

      • N’ayant pas de tropisme particulier pour la critique génétique des textes français modernes et contemporains, je prêterais volontiers les mains à vos remarques, Domonkos. De ce point de vue, l’édition Arléa de Rimbaud (la fameuse « Oeuvre-vie », ou Edition du centenaire, coordonnée par A. Borer) constitue un véritable bonheur parce qu’elle imprime les textes sans les passer sous les fourches caudines du bon usage du XXe siècle, sans compter qu’elle reste la seule des publications courantes à reproduire les dessins du poète (dommage que l’introduction soit un modèle de désordre, sans compter son ton presque conversationnel, et que le commentaire ne présente pas une qualité uniforme). Mais touchant les variantes et les états intermédiaires, chaque oeuvre est d’espèce ; il suffit de constater le progrès en terme de sûreté textuelle et de complétude qui s’incarne dans la seconde édition Pléiade du Journal de Gide par rapport à la mouture initiale, elle-même meilleure et plus complète que la version des « Oeuvres complètes » gidiennes dans le cas général mais pas toujours (le grand écrivain avait l’irritante manie de remanier son Journal d’édition en édition, souvent pour le mieux, ainsi lorsqu’il remplace les initiales des noms propres par le nom complet, mais parfois en pire, témoin ses fréquentes erreurs de datation de certaines entrées ; voir la seconde Pléiade, I, pp. 1307-1317). Pour ma part, j’apprécie les éditions génétiques lorsqu’elles nous donnent à lire des matériaux inédits ou difficiles d’accès, ainsi le Proust de Tadié, ou si elles renouvellent fortement l’établissement du texte.

        • « Chaque oeuvre est d’espèce » je vous l’accorde volontiers et suis prêt à faire mon aggiornamento sur ce point, et à reconnaître que chaque cas doit être examiné pour lui-même. Ce contre quoi je m’insurge c’est, je répète, l’indiscrétion (voire le fouillage de poubelle) systématique qui consiste à exhumer des brouillons et autres essais plus ou moins ratés, à gratter pour trouver la preuve du moindre repentir de l’auteur, voire la propension de certains à laisser croire que, systématiquement, la toute première version serait forcément la plus proche de la véritable pensée de l’auteur dans toute sa pureté primordiale ou bien deviner ses arrière-pensées. Certains commentateurs-éditeurs finissent par ressembler à ces metteurs en scène qui réinterprètent une pièce classique, la transforment, se l’approprient, toujours dans l’intention proclamée d’une « plus grande fidélité » à travers l’adaptation aux moeurs et goûts du temps et à leurs propres obsessions.

          Quand la volonté de l’auteur est claire, je le lis (et je me forme mon jugement de lecteur) sous la forme qu’il a voulu dernièrement donner à son texte. Bien entendu, et nous en revenons à notre point de départ : « chaque oeuvre est d’espèce », cette règle que je me suis faite (qui, au fond, représentant un idéal inaccessible, ne peut qu’indiquer une direction) souffrira, comme toutes les règles, toutes sortes d’exceptions.

      • Faut-il donner la préférence à la dernière version approuvée par l’auteur de son vivant? Question complexe à laquelle les chercheurs chargés de la nouvelle édition des romans de Walter Scott parue chez Edinburgh University Press (https://edinburghuniversitypress.com/series-edinburgh-edition-of-the-waverley-novels.html) ont répondu par la négative et choisi comme base de leur travail l’édition originale de chaque œuvre, alors même que Scott avait été associé à la fin de sa vie à la publication en quarante-huit volumes de l’intégralité de ses romans, édition connue sous le nom de Magnum Opus.

        David Hewitt, l’un des maîtres d’œuvre de l’entreprise, donne les raisons de ce choix dans son introduction générale.

        …The Magnum Opus could have provided an alternative basis for a new edition. In the Advertisement to the Magnum Scott wrote that his insolvency in 1826 and the public admission of authorship in 1827 restored to him ‘a sort of parental control’, which enabled him to reissue his novels ‘in a corrected … and improved form’. His assertion of authority in word and deed gives the Magnum a status which no editor can ignore. His introductions are fascinating autobiographical essays which write the life of the Author of Waverley. In addition, the Magnum has a considerable significance in the history of culture. This was the first time all Scott’s works of fiction had been gathered together, published in a single uniform edition, and given an official general title, in the process converting diverse narratives into a literary monument, the Waverley Novels.

        There were, however, two objections to the use of the Magnum as the base-text for the new edition. Firstly, this has been the form of Scott’s work which has been generally available for most of the nineteenth and twentieth centuries; a Magnum-based text is readily accessible to anyone who wishes to read it. Secondly, a proper recognition of the Magnum does not extend to approving its text. When Scott corrected his novels for the Magnum, he marked up printed books (specially prepared by the binder with interleaves, hence the title ‘the Interleaved Set’), but did not perceive the extent to which these had slipped from the text of the first editions. He had no means of recognising that, for example, over 2000 differences had accumulated between the first edition of 𝘎𝘶𝘺 𝘔𝘢𝘯𝘯𝘦𝘳𝘪𝘯𝘨 and the text which he corrected, in the 1822 octavo edition of the 𝘕𝘰𝘷𝘦𝘭𝘴 𝘢𝘯𝘥 𝘛𝘢𝘭𝘦𝘴 𝘰𝘧 𝘵𝘩𝘦 𝘈𝘶𝘵𝘩𝘰𝘳 𝘰𝘧 𝘞𝘢𝘷𝘦𝘳𝘭𝘦𝘺. The printed text of 𝘙𝘦𝘥𝘨𝘢𝘶𝘯𝘵𝘭𝘦𝘵 which he corrected, in the octavo 𝘛𝘢𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘯𝘥 𝘙𝘰𝘮𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘰𝘧 𝘵𝘩𝘦 𝘈𝘶𝘵𝘩𝘰𝘳 𝘰𝘧 𝘞𝘢𝘷𝘦𝘳𝘭𝘦𝘺 (1827), has about 900 divergences from the first edition, none of which was authorially sanctioned. He himself made about 750 corrections to the text of 𝘎𝘶𝘺 𝘔𝘢𝘯𝘯𝘦𝘳𝘪𝘯𝘨 and 200 to 𝘙𝘦𝘥𝘨𝘢𝘶𝘯𝘵𝘭𝘦𝘵 in the Interleaved Set, but those who assisted in the production of the Magnum were probably responsible for a further 1600 changes to 𝘎𝘶𝘺 𝘔𝘢𝘯𝘯𝘦𝘳𝘪𝘯𝘨, and 1200 to 𝘙𝘦𝘥𝘨𝘢𝘶𝘯𝘵𝘭𝘦𝘵. Scott marked up a corrupt text, and his assistants generated a systematically cleaned-up version of the Waverley Novels.

        The Magnum constitute the author’s final version of his novels and thus has its own value, and as the version read by the great Victorians has its own significance and influence. To produce a new edition based on the Magnum would be an entirely legitimate project, but for the reasons given above the Edinburgh editors have chosen the other valid option. What is certain, however, is that any compromise edition, that drew upon the first or the last editions published in Scott’s lifetime, would be a mistake. In the past editors, following the example of W. W. Greg and Fredson Bowers, would have incorporated into the first-edition text, the introduction, notes, revisions and corrections Scott wrote for the Magnum Opus. This would no longer be considered acceptable editorial practice, as it would confound versions of the text produced at different stages of the author’s career. To fuse the two would be to confuse them. Instead, Scott’s own material in the Interleaved Set is so interesting and important that it will be published separately, and in full, in the two parts of Volume 25 of the Edinburgh Edition. For the first time in print the new matter written by Scott for the Magnum Opus will be wholly visible.

        The Edinburgh Edition of the Waverley Novels aims to provide the first reliable text of Scott’s fiction. It aims to recover the lost Scott, the Scott which was misunderstood as the printers struggled to set and print novels at high speed in often difficult circumstances. It aims in the Historical and Explanatory Notes and in the Glossaries to illuminate the extraordinary range of materials that Scott weaves together in creating his stories. All engaged in fulfilling theses aims have found their enquiries fundamentally changing their appreciation of Scott. They hope the readers will continue to be equally excited and astonished, and to have their understanding of these remarkable novels transformed by reading them in their new guise.

    • Bien sûr la nécessité d’une édition de type « savant » s’impose non seulement pour les Anciens et les Classiques, mais également pour les Modernes qui n’ont pu ou n’ont voulu s’occuper de l’édition « définitive » de leur oeuvre, la laissant, par force ou par nécessité, en chantier et à la merci de leurs parents, amis et autres éditeurs : les Lautréamont, Germain Nouveau, Rimbaud, Kafka, etc.

      Egalement, lorsqu’il s’agit de « réparer une injustice » ou revenir sur « le jugement de l’histoire des Lettres », de changer notre regard sur un auteur, comme c’est le cas, je ne puis m’abstenir de le répéter, pour mon cher Jules Verne qui n’a pu, de son vivant, s’extirper des griffes Hetzel père et fils (joli cas de vampirisme) et du ghetto de la « littérature pédagogique et enfantine », et se faire reconnaître, ainsi qu’il le désirait à juste titre, comme un « véritable écrivain ».

      • La seule justification de la publication en Pléiade des auteurs « populaires » (expression très approximative, fourre-tout dans lequel je rangerais les Twain, London, Verne et autres Frankenstein, Dracula…), serait de donner une édition d’un niveau bien plus élevé que leurs éditions habituelles, nous donnant, je le répète, une autre vision de ces oeuvres.

        Dans tous les cas cités, pas une fois la Pléiade n’a honoré ce niveau d’exigence, d’où ma conviction qu’il s’agit là de travaux inutiles, n’apportant rien aux auteurs ou à la collection. Je n’empêche personne de penser le contraire ou de s’en faire les défenseurs, mais il sera difficile de me faire changer d’avis.

        • La seule justification c’est de fournir des cadeaux de Noël pour les ados. C’est ainsi que mes parents m’ont donné le goût de cette collection alors que j’avais 15 ou 16 ans, et que j’essaie avec mes neveux ! A cette liste, j’y rajouterais Scott et Dumas.

          • Vous parlez à un malheureux qui n’a pas réussi à transmettre le goût de la lecture à aucun de ses trois fils, et qui est en train de connaître le même échec avec ses quatre petits-enfants.

            J’ai été le premier dans ma famille à introduire dans la maison ces objets étranges et un peu sulfureux (ma première bibliothèque fut une ancienne étagère à pots de confiture, extirpée de la cave et repeinte pour l’occasion) et je serai peut-être le dernier. Le vilain petit canard de la lignée. J’ai au moins appris qu’il est inutile de forcer quiconque à avaler ce qu’il ne veut pas avaler (à moins d’appliquer la méthode de gavage des oies, mais je ne voudrais pas abîmer le foie de mes petits, déjà que l’un d’eux me raconte toujours, à 40 ans, le cauchemar traumatisant qu’a représenté ma tentative de lui faire lire un jour du Tourgueniev !

            Le malheur des autres ne vient même pas me consoler du mien, c’est ainsi que je ne me réjouis pas de voir mon épouse se désoler de n’avoir pu transmettre sa passion du cheval à aucun de ses fils et de ses petits-enfants.

            Il ne me reste plus qu’à demander qu’on me construise un mausolée où j’irai « reposer de mon dernier sommeil » au milieu de mes livres (qui sait, cela fera peut-être la joie d’un archéologue dans quelques siècles ?).

          • Quand j’étais gamin, je passais pour un fou dans mon quartier, mais c’était une sorte de « folie sacrée » car l’aura de la culture livresque était encore intacte ; mon frère me disait que la lecture me rendrait fou comme Don Quichotte (on lui en avait parlé à l’école), les copains m’appelaient « le poète » avec un mélange de respect et de commisération, mais ils venaient quémander pour que je leur écrive ce qu’on appelait alors des « rédactions » ou leur expliquer les livres dont l’instituteur leur prescrivait la lecture, pour qu’ils puissent prétendre les avoir lus. Puis, il y eut deux ou trois décennies où je vécus parmi quelques jeunes gens de mon âge et de nombreux aînés, où je respirai cette atmosphère littéraire qui avait été dans mon enfance l’équivalent de l’Olympe inaccessible.

            Et finalement, je me retrouvais, à cinquante ans, par nécessité matérielle, dans des bureaux d’une administration que je ne nommerai pas pour ne pas achever de me déconsidérer, au milieu de jeunes gens qui avaient accompli, pour le moins dix années d’études de plus que moi, bardés de diplômes Bac+3 ou Bac+5, comme il faut affreusement dire aujourd’hui. Des personnes qui, quarante ans plus tôt, auraient été mes maîtres. Glorieux titulaire d’un CEP (Certificat d’Etudes Primaire) et de quelques années de cours du soir en Droit puis à l’INALCO, sans aller jusqu’aux diplômes, je travaillais tous les jours, en bénévole et sur leur demande, à les former à la dissertation qu’on leur demanderait aux concours permettant de gravir des échelons, à corriger leurs devoirs, préparer leurs oraux. Sans fausse modestie, mes « élèves » improvisés réussirent tous aux concours, au point que notre service finit par avoir la réputations d’un nid de lauréats. Et, ils s’amusaient à tenir un carnet à répertoire où ils inscrivaient nombre de mots que j’employais dans la conversation courante et dont ils devaient chercher la signification dans un dictionnaire… Face à cette ironie du destin, cette boucle régressive, je feignais d’en rire, avec eux, mais j’avais le coeur déchiré ! N’y voyez nulle forfanterie, je sais reconnaître ceux dont les connaissances outrepassent largement les miennes, et je ne leur ménage ni mon respect ni mon admiration, sans la moindre trace d’envie : il en est plusieurs qui interviennent sur ce site et c’est une des raisons qui m’y retiennent. N’étant ni sociologue ni un théoricien, je raconte ces anecdotes personnelles comme témoignage vécu de la perte abyssale de culture livresque et/ou littéraire, au cours de ces dernières décennies.

            En fin de compte, les décennies durant lesquelles la collection de la Pléiade a connu son acmé, correspondent exactement à la période « magique » que j’ai vécue entre 20 et 40 ans, et sa période de déclin accompagne parfaitement celui de la culture littéraire susmentionnée. En ce sens, on ne peut que féliciter les éditeurs gallimardiens d’être, comme disait Jean-Patrick Manchette dans « Le Petit Bleu de la Côte Ouest », bien insérés « dans les rapports de production », en un mot, d’être « de (leur) temps, et aussi de (leur) espace ».

            Qu’exiger de plus?

          • Je me moquais de vos collègues qui notaient vos mots rares mais une des miennes, diplômée du supérieur, vient de me reprendre quand j’utilisais le verbe « persifler » pour me demander ce que ça signifiait.

            Quand même…

          • Me consumer sur mon tas de livres, en guise de cérémonie funéraire, ne serait pas pour me déplaire : ce sera sur les bords du Gardon, à défaut du Gange.

          • Pourquoi « le coeur déchiré » ? Parce que, ce que je prenais dans mon enfance et ma jeunesse pour de l’or, et que j’entassai comme un avare dans mes coffres, n’est plus aujourd’hui, aux yeux des nouvelles générations, que du vil plomb.

            J’ai l’air de généraliser, et, je reconnais que dans ma génération, la plupart n’étaient pas plus cultivés qu’actuellement. Peut-être trouvera-t-on même, aujourd’hui, dans un continent d’enfants ou d’adolescent plus de lecteurs que dans la classe qui fut la mienne. Ce que je déplore ce n’est pas la diminution du nombre de lecteurs, ni du nombre de lecteurs passionnés, mais la dévalorisation presque complète de la culture livresque dans la société actuelle. Autrefois, ceux qui ne lisaient pas ou guère, la considéraient comme un idéal, sinon à atteindre, du moins à respecter. Les analphabètes étaient honteux de l’être, ceux d’aujourd’hui s’en vantent et portent à la boutonnière leur ignorance comme une décoration.

          • Corollaire : moins de gens achètent de Pléiade pour des motifs décoratifs ou pour épater leurs amis. Donc Gallimard perd une partie de son public. Adieu les notaires de province qui achetaient rubis sur l’ongle chaque nouveauté à sa sortie et ne l’ouvraient jamais.

            Généralement, la collection de Maître Basoche, notaire à Pithiviers, ou du Docteur Rotule, généraliste à Forbach, était dispersée à sa mort à vil prix… Vil prix dont profitaient les gens moins fortunés.

            C’est tout l’écosystème du livre cher qui est désormais bouleversé.

            Heureusement, comme il y a moins de demande aussi chez les désargentés, la disparition des Maîtres Basoche, de Pithiviers et des Docteur Rotule de Forbach, ne prive peut-être plus grand monde.

  44. Annoncés pour le 15 août ( ! ) :
    – Georges Duby, Oeuvres
    – Proust, coffret de 4 volumes …
    Si j’ai bien compris les informations données par le site de La Pléiade et celui de la librairie Gallimard (Paris)

    • Date probablement provisoire. Mais ils visent peut-être le premier approvisionnement de la rentrée dite littéraire pour les nouveaux volumes et coffrets.

      Je ne prends jamais de coffret, mais Proust pourrait me tenter.

      • Itou pour Proust.
        Car je n’ai (honte sur moi !) que l’ancienne édition en 3 volumes (outre des deux volumes d’écrits divers). Ce serait une bonne session de rattrapage.
        En prévision de cette ruineuse rentrée, je me suis décidé, dans la douleur, à faire l’impasse sur Gary (j’en demande pardon à ses mânes).

        ……………………..;

        Pour atténuer nos pleurs et lamentations cassandriens sur la perte de prestige de la Pléiade, il n’en demeure pas moins que, vue de loin, par le grand public, la vieille Dame continue de bénéficier d’une flatteuse réputation ; à l’instar de ces étoiles lointaines, dont la lumière nous parvient toujours, longtemps après leur mort.

        Roulant en voiture cet après-midi et naviguant au hasard d’une station de radio l’autre, je tombe sur les ineffables « grosses têtes » (ou prétendues telles) sur RTL, émission populaire ô combien ! Et j’entends une question concernant George Sand, posée « à l’occasion de la prochaine publication de deux volumes de ses romans dans la prestigieuse collection de la Pléiade ». Les participants consacrèrent une assez longue séquence à commenter ce qu’ils considèrent comme un événement de première grandeur.

        Comme quoi, il n’est pas si certain que cela que Gallimard fasse une mauvaise opération commerciale avec ce coffret, à paraître vers la fin de l’année : combien de grand-mères nostalgiques des lectures de leur enfance les offriront ?

        • J’espère que cette publication sera un succès d’estime, sinon une belle opération commerciale, et ramènera un peu de lustre dans l’esprit du large public qui délaisse le papier pour les écrans, à la plus authentiquement grande de nos femmes écrivains. Il serait piquant de voir la bonne Dame de Nohant damer le pion au Castor et à Staël !

    • Il y eut, à la fin des années 70, un coffret Maupassant de trois tomes et plus récemment celui des Mille et une nuits, également de trois volumes, mais l’intégrale de la « Recherche du temps perdu » en 1989, est, je crois, le seul ‘package’ de cette ampleur qu’ait connu la collection. Je m’offrirai ce nouveau coffret car mon exemplaire du tirage original du Proust du Tadié présente l’irritant défaut d’avoir toutes les pages de chacun des des quatre tomes adhérant ensemble par le plus grand côté (un phénomène qui s’observe, par exemple, dans l’impression de 1986 des « Misérables », édition Allem) et comme cela fait une énorme quantité de texte à feuilleter pour les désolidariser je n’ai pratiqué cette opération que pour l’appareil critique ainsi que mes sections favorites de chaque roman (je lis Proust dans l’ancienne Pléiade, par P. Clarac).

  45. Dans le volume « Dracula et autres récits vampiriques », il n’y a qu’un seul récit véritablement effrayant, prometteur de nuits hantées de cauchemars. Il s’agit de :Florence Marryat : Le Sang du vampire. A cause de son écriture épouvantable.

    Songeons aux heures de torture atroce que dut subir le malheureux traducteur de cette inepte prose. Il est vrai qu’il s’est ensuite bien vengé, en l’imposant au malheureux et innocent lecteur qui ne lui avait pourtant rien fait.

      • Je me suis trahi ! (Comment résister au charme vénéneux du Prince de la Nuit ?)

        Je dois avouer que je l’ai acheté essentiellement pour Bram Stoker dont je n’avais pas d’édition convenable (et un peu pour Sheridan Le Fanu). Le reste du volume, outre sa maigreur effrayante, étant anecdotique ou indigne. LE Dracula est tout de même un grand livre. Indispensable.

        Quant on emprunte la voie du Mal on ne peut plus s’arrêter, et j’ai donc acquis en même temps le Frankenstein, dont j’avais tant médit. Par la même raison : ne possédant pas une édition sympathique de ce grand livre.

        Volume un peu plus conséquent que le Dracula, comprenant les classiques du genre. L’introduction dans le style instituteur de l’éditeur m’a bien énervé. Ses arguments pour justifier l’appellation « roman gothique » appliquée à Frankenstein ne m’ont pas du coup convaincus/ Je soutiens mordicus que la l’homme artificiel crée par des moyens (pseudo) scientifiques n’a rien à voir avec le genre gothique et que l’atmosphère est tout simplement romantique.

        Personnellement, j’eusse aimé voir un volume « gothique » incluant un second roman d’Ann Radcliffe et Melmoth, et un volume consacré à Mary Shelley. Ses autres écrits n’atteignent pas la cheville de son chef-d’oeuvre qui a quelque chose de miraculeux, mais elle mérite tout de même plus le nom d’écrivain(e) que la piètre Florence Marryat.

        Bref, je ne suis pas fier de moi. Quelqu’un peut-il me recommander un bon centre de désintoxication ?

        • Si Frankenstein est « gothique », alors « Le Château des Carpathes » l’est aussi, indubitablement.

          Il faut voir les pénibles et vains efforts du préfacier pour exagérer le rôle du « Château » dans le roman, et de quelques autres éléments de décor, et passer sous silence l’essentiel : que la création du Monstre ne doit rien à Dieu ni à Diable ! D’ailleurs, le sous-titre qui évoque un « Prométhée moderne », à lui seul, interdit qu’on lui colle l’étiquette mensongère de « gothique ».

        • Mary Shelley est un véritable auteur qui mériterait d’être reconnue (et estimée) comme tel (encore une occasion lamentablement ratée par une Pléiade sans audace et sans courage), et qui ne devrait pas à son tour être dévorée par le Monstre qu’elle a enfanté, via le bon Docteur Frankenstein.

          Etrange chaîne des destinées, qui a vu le nom du personnage supplanter celui de l’auteur, puis être transmis au monstre anonyme, lequel est finalement auteur d’un double meurtre : celui de son créateur et celui de la créatrice de son créateur.

        • domonkos, « l’homme artificiel crée par des moyens (pseudo) scientifiques » confère à Frankenstein un genre bien précis, la science-fiction – au sens de la définition donnée dans « Demain, la science fiction » (publié dans la collection Cinéma d’Aujourd’hui) :
          « La science-fiction est un changement de vraisemblable remplissant une fonction mythique » (de mémoire : Jean-Pierre Andrevon).

  46. Aux connaisseurs ou amateurs de l’oeuvre de Georges Bernanos : quelle est la valeur de l’édition d’Albert Béguin des Oeuvres romanesques ( + Dialogues des Carmélites ) en 1 volume paru initialement en 1961 ?
    Il me semble qu’il y avait eu ici débat lors de la sortie de la nouvelle édition en 2 volumes sur leurs mérites respectifs.

  47. L’ancienne édition des Oeuvres Romanesques et du Dialogue, parue dans la Pléiade en 1961, reprenait pour l’essentiel le texte établi par Albert Béguin, décédé en 1957, dans ses éditions de 1949 et 1955, soit postérieures à la mort de Bernanos, survenue en 1948.

    La nouvelle édition de la Pléiade, en deux volumes, bouleverse cet état de choses, pour, dit l’éditeur, tenir compte de tous les changements intervenus en 54 ans, « le regard que nous, lecteurs, portons sur l’oeuvre de Bernanos », « les connaissances accumulées par les chercheurs », et « la manière d’éditer les oeuvres littéraires, en particulier quand elles sont posthumes et inachevées ». (Note sur la Présente édition, p. LXIII)

    L’ordonnancement des textes est modifié, le traitement des oeuvres parues du vivant de Bernanos et des oeuvres posthumes, nettement différencié. Il y a surtout le cas de « Monsieur Ouine ». Ce roman avait connu trois éditions du vivant de Bernanos, mais Albert Béguin, dans son édition de 1955, « qui était devenue une habitude éditoriale », avait procuré un texte modifié en se référant au manuscrit, en arguant que « les éditions précédentes étaient erronées et incomplètes ». Gilles Philippe, l’éditeur actuel (plus exactement Monique Gosselin-Noat), préfère revenir à la dernière édition parue du vivant de Bernanos, soit 1946, faisant grief à Béguin d’avoir voulu « améliorer » le texte de Bernanos.

    Suivent dans la « Note sur la présente édition » de longs développements qui encombreraient par trop ce message.

    Je ne me sens guère apte à juger des mérites et démérites des deux versions, mais, par principe, étant farouchement attaché au respect des dernières intentions affichées par les auteurs, je suis contre toute version qui prétend « restituer » la vérité d’un texte, contre l’auteur soi-même. Donc enclin à donner tort à Albert Béguin.

    Je crois que NéoBirt7 ne sera pas de mon avis, il me semble qu’il s’était montré extrêmement sévère avec cette nouvelle édition et s’en était pris vertement à Monique Gosselin-Noat, pour des raisons que je ne me sens pas de force à juger. Je lui laisse la parole.

    En ce qui me concerne, je conserve les deux versions, c’est le moins que l’on puisse faire pour une oeuvre de cette ampleur et de cette profondeur. (J’ai souvent été traité de « jésuite » par mes amis et connaissances, et je l’assume.)

    • Domonkos, on ne prête qu’aux riches, et bien que j’assume ma veine volontiers polémique, en l’occurrence je n’ai rien fait de tel (Bernanos, comme la plupart des auteurs du XXe siècle, me laisse parfaitement de marbre). Ce sont deux anciens étudiants de la mère Gosselin qui lui ont fait son paquet ici : l’ami Restif la traita de « cauchemar vivant », et Juan Asensio (Jasensio), de « pseudo spécialiste de Bernanos », entre autres compliments. Je manque sciemment de respect à cette collègue car, hélas, je n’en ai entendu dire que du mal pour son attitude confraternelle, et force est d’admettre que l’appareil critique des Pléiades dont elle fut maîtresse d’oeuvre, les récentes « Oeuvres romanesques » du susdit Bernanos, sont un exemple fieffé de bourrage de crâne à grand renfort de paraphrase tendancieuse et d’analyses fumeuses, à la différence du commentaire lumineux dont M. Estève équipa les « Essais et écrits de combat » dans la même collection.

      • Dont acte. Je ne vous demande pas pardon pour autant, cher NéoBirt7, la repentance étant vraiment par trop à la mode, et puis je me félicité de vous avoir donné l’occasion – que je saisis volontiers au bond – d’évoquer la grande ombre du très-regretté Restif qui nous a hélas désertés (j’espère que c’est parce qu’il a mieux à faire et non point parce que quelque malheur l’empêche de nous rendre visite).

        Heureusement j’avais allumé par avance des contre-feux en écrivant que je ne faisais que reproduire les attendus de Gilles Philippe, pour le reste me déclarant incompétent et laissant à chacun la liberté d’en juger.

        Je n’ai pas lu les notes de Mme Gosselin-Noat, et ne les lirai pas. Je suis fatigué en général de lire, dans les éditions récentes, des notes soit « fumeuses » comme vous le dites, soit destinées à des semi-analphabètes et tendant à leur expliquer comment fut inventée l’eau chaude. Même les introductions me sont la plupart du temps insupportables et de nature à satisfaire seulement la curiosité de collégiens habitués à se fournir chez Wikipedia.

        Je dis bien, la plupart du temps. Il y a toujours quelques exceptions qui visent plus haut (au risque de se voir traitées de savantasses par quelques esprits épris de simplicité).

        C’est d’ailleurs pourquoi je ne me désole pas plus que ça de la part réduite que prend l’appareil critique dans les Pléiades d’aujourd’hui : si c’est parler pour ne pas dire grand chose, autant être bref (j’entends des voix proclamer : « que ne vous appliquez-vous pas ce principe ! »)

  48. Outre la baisse de qualité sur le plan éditorial, il en est une autre à déplorer : celle de la fabrication. Moi qui suis avec mes livres, mes pléiades comme mes livres de poche, d’une maniaquerie obsessionnelle, je constate que depuis une quinzaine d’années la fabrication des pléiades laisse parfois grandement à désirer.
    Il a déjà été évoqué ici le problème de rigidité des pages de certains volumes imprimés par Aubin entre, grosso-modo, 2009 et 2012, qui affectait autant les nouveautés que les réimpressions. Si encore cela avait touché un unique tirage, à la suite d’une erreur, je pardonnerais volontiers, mais non, cela a perduré trois années durant sans qu’apparemment s’en émeuvent les responsables qualité de chez Gallimard, et plusieurs volumes (dont certains ne seront pas réimprimés de sitôt, voire jamais, je pense au tome V des oeuvres romanesques d’Aragon) souffrent ainsi de ce défaut qui, je trouve, gêne considérablement la lecture.
    De façon générale, je trouve qu’un moindre soin est apporté dans les réimpressions d’anciens volumes, les classiques de la collection qui se vendent encore régulièrement. Je pense à la première pléiade dont j’ai fait l’acquisition, lorsque j’étais au lycée : le tome 1 de Baudelaire (Aubin, 2004). Pas encore de pages rigides, certes, mais un encrage inégal, comme quand l’imprimante arrive doucement à la fin de la cartouche : tout est toujours lisible, mais les italiques et les appels de notes notamment, sans être totalement effacés, sont moins nets, moins bien encrés, que le reste. Et je ne parle même pas, sur ce même volume Baudelaire, du rhodoïd tout froissé au niveau du dos… Or, il y a quelque temps, j’ai trouvé chez un bouquiniste le premier tirage du tome 1 de Baudelaire (je veux parler du premier tirage de la 3e édition, celle de 1976) dans un état impeccable (seul manquait l’emboîtage en carton) et sans aucun problème d’encrage. Autant dire que je l’ai substitué à ma réimpression de 2004, dont j’ai uniquement conservé l’emboîtage, du coup, pour en faire profiter le volume original.
    C’est ainsi que les volumes imprimés entre les années 70 et le milieu des années 90 (la période faste de la collection) me paraissent mieux fabriqués, plus résistants… Cela s’observe également au niveau des finitions. Avez-vous remarqué que le tranchefile, sur les pléiades des vingt dernières années, n’est plus là que pour faire joli et a tendance à se détacher par endroits, laissant apparaître le collage des cahiers. Sur les volumes plus anciens, le tranchefile est de bien meilleure qualité et se tient parfaitement. Concernant les pléiades anciennes, les classiques parmi les classiques, l’avantage qu’il y a à acheter ses pléiades d’occasion n’est donc pas seulement financier, il est aussi qualitatif.
    Pour finir, un exemple très récent : je me désespérais hier encore que mon tome 1 de La Recherche de Proust (Aubin, 2010) présentât cette fameuse et ô combien fâcheuse rigidité des pages. Ayant la chance d’habiter à Paris, où il est facile de trouver des pléiades d’occasion, je me suis donc rendu chez Gibert, où j’ai pu mettre la main sur un tome 1 de La Recherche imprimé en 1990. Le volume est en excellent état, encrage parfait, aucune rigidité des pages, avec une gouttière parfaitement concave, ce qui, sur les anciens comme sur les volumes plus récents, est loin d’être systématique. Sur certains, la gouttière est bien marquée, sur d’autres pas du tout, allez savoir pourquoi…
    Néanmoins, si je dois tempérer mes critiques, je dirais que depuis cinq ans environ la Pléiade semble avoir rectifié le tir. Certes, la fabrication n’est plus aussi optimale que dans les années 80-90, mais le creux de la vague, à mon sens, fut vraiment atteint au cours de la décennie 2002-2012.
    Par ailleurs, vous aurez constaté, avec les exemples de Baudelaire et de Proust, qu’il m’arrive de racheter des volumes que je possède déjà uniquement pour les avoir dans un état que je juge meilleur. Je vous ai dit que j’étais maniaque…

    • Vous n’êtes pas le seul, Thomas, à exiger de vos livres une qualité de confection matérielle qui égale vos scrupules de stockage et de maniement ; convenablement rangés à l’écart de tout risque de griffure ou de frottement, les « Livres de poche classique » et les « Garnier Flammarion » jaunissent à peine du dos sans vieillir. On n’en peut pas toujours dire autant des Pléiades. La rectilinéarité, voir la convexité, de la gouttière affecte bon nombre de volumes depuis les années 80, presque exclusivement ceux d’une forte épaisseur (1700 pages et plus) : parmi les livres ainsi déparés que j’ai sous la main, je citerai les éditions originales de Villiers de l’Isle-Adam, du « Rêve dans le pavillon rouge », des « Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois », de Joyce, des « Oeuvres romanesques complètes » de Flaubert (édition Sagnes et Gothot-Mersch), alors même que des tomes non moins massifs, par exemple la première édition de « Monsieur Nicolas » de Rétif de la Bretonne, les « Sagas islandaises », la nouvelle Pléiade du « Journal » de Gide, tome I, ou les monstrueux « Ecrits apocryphes chrétiens », II, et Giraudoux, « Oeuvres romanesques complètes », I, sont parfaitement concaves. Non seulement cette forme de la gouttière est inélégante au possible ; j’ai observé que, pour les tomes fréquemment consultés, les pages du centre de la gouttière ont la fâcheuse tendance à gondoler de plus en plus, sans doute par relâchement de la couture des cahiers. Ajoutez que le papier trop brillant de certaines impressions (le Ronsard I de Céard et alii est un scandale à cet égard, avec son impression trop noire) s’effiloche tout seul sur un millimètre au niveau de la tranche de queue et de manière multiple, comme si le bloc de pages avait été poinçonné (ainsi en va-t-il de l’édition originale du Chrétien de Troyes et de celle déjà citée du « Journal » gidien, toutes deux imprimées par Normandie Roto Impression). Gallimard ne se montre pas plus soigneuse en fait de confection que sur le plan de la qualité éditoriale ; à cet égard, personne n’a encore évoqué ici le cas Tocqueville, trois volumes disparates où les introductions générales font piètre figure, toutes de brièveté et de ton compassé, voire formaté, où les notices ne sont guère satisfaisantes que dans le tome II, à propos du « De la démocratie en Amérique » (hélas déparé par la décision de l’éditeur, J.-C. Lamberti, de laisser les variantes damer le pion à l’exégèse), car elles courent par trop la poste dans les autres volumes, et où l’annotation, essentiellement factuelle, ne se risque presque jamais à offrir un commentaire historiographique (look in vain pour des appréciations sur la lucidité de Tocqueville en tant que reporter et penseur historique et politique, alors même pourtant qu’un expert de la qualité de F. Furet contribua au tome III, sa mort étant responsable des douze années qui séparèrent la sortie des deux derniers volumes). On a la très nette impression que l’entreprise, commencée sur une échelle généreuse par le grand André Jardin, mort en 1996, fut sabrée au moment du bouclage (500 p. de moins du tome I au tome II, notamment gagnées sur l’appareil critique, alors même que six mois seulement séparent les parutions de ces volumes) et ne s’en remit pas.

      • D’accord à 100% avec vous et avec Thomas Codaccioni. La plupart des amateurs de Pléiade doivent être dans notre cas, sinon, à quoi bon ? Une édition dématérialisée ferait l’affaire.

    • Merci Thomas Codaccioni pour ces remarques frappées au coin du bon sens : en effet, les livres imprimés de façon traditionnelle correspondent à une qualité de fabrication meilleure et offre une meilleure lisibilité, avec une encre qui tient bien mieux la durée.

  49. Pour compléter mon intervention précédente sur les deux éditions de Bernanos en Pléiade, je dois ajouter que Monique Gosselin-Noat ne s’est occupée « que » de Monsieur Ouine et du Dialogue des Carmélites, sur l’ensemble des deux volumes de l’édition de 2015, ce qui serait de nature à « rassurer » quelque peu nos amis Restif et NéoBirt7, dont je ne conteste pas la fine connaissance en la matière.

    Par contre, habitant sur une autre planète que les professeurs d’Université, je ne sais strictement rien, ni en bien ni en mal, de Gilles Philippe, Pierre Gille (je crois que j’ai dû quelque peu confondre ces deux-là, précédemment) et du reste de l’équipe éditoriale. Je n’en puis donc rien dire.

    Autre information, bien plus importante. Albert Béguin, dans son travail repris par la Pléiade de 1961, était beaucoup intervenu sur le texte, en se référent aux manuscrits de Bernanos. Non seulement, il avait « corrigé » le texte, en reprenant des leçons du manuscrit (alors, que, pour Monsieur Ouine trois éditions étaient parues du vivant de Bernanos qui aurait donc eu tout loisir de revoir son texte s’il l’avait désiré), mais il avait rajouté au roman un chapitre qui avait été « perdu » puis « retrouvé »… (Nul doute que ce genre de pratique appartient à une autre époque et que nul n’oserait s’y aventurer aujourd’hui.) On trouvera ce chapitre de Monsieur Ouine, ajouté par Béguin (mais qui est bien de la main de Bernanos, même s’il l’avait écarté), ainsi que les versions de plusieurs scènes du Dialogue par le même Béguin, en annexe de la nouvelle édition. Il me paraît que c’est là leur place naturelle.

    Ce qui, sous réserves de la qualité des annotateurs et annotatrices, serait de nature à me donner un préjugé favorable à cette seconde édition, qui a soulevé force polémiques et hauts cris des gardiens du temple. Bernanos « vomissait » les tièdes (tout autant qu’il haïssait les lyriques, Hugo en tête), il doit être satisfait de la passion que ses fidèles mettent à rendre son culte.

  50. Domonkos, l’une des raisons cardinales pour lesquelles je me défie si souvent des éditions Pléiade d’auteurs littéraires tient au caractère beaucoup trop régulièrement informel et allusif de la notule liminaire où les éditeurs nous informent de leurs partis-pris en matière de constitution textuelle. Toutes les fois où il y a manière à discussion, parce que le status quaestionis est tout ensemble complexe, mouvant, nourri d’indices admettant seulement des coefficients de probabilité, par conséquent loisible de positions assez radicalement divergentes et sans solution qui puisse attirer un quelconque consensus omnium, fût-ce par lassitude des spécialistes, le truchement d’une « Note sur le texte » ne me semble pas le bon ; or il ne se trouve jamais aucun éditeur littéraire de la Pléiade pour imiter ses collègues classicistes, romanistes, etc, qui, publiant dans des maisons spécialisées comme Les Belles Lettres, Champion, Droz, prennent la peine de réserver les attendus justificatifs gouvernant l’édition à faire pour un article savant dont ils n’ont plus ensuite qu’à tirer les enseigner et résumer les conclusions pour leurs néophytes lecteurs. Il en résulte des Pléiades dont le caractère arbitraire au sens étymologique du mot — idiosyncrasiques, donc — risque fort d’en obérer, sinon la valeur critique, du moins l’exploitabilité comme vulgate de travaux secondaires. De ce point de vue, le nouveau Bernanos romanesque atteint presque au chef d’oeuvre, tant l’argumentaire retenu pour constituer le texte me semble flou. Mais qu’attendre de la Pléiade où le souci de faire simple détermine de remarquables spécialistes à enfiler poncifs et billevesées sous prétexte d’aplanir les difficultés ? Voici un exemple, assez monumental, de ces ‘scies’ que je relève dans l’introduction des « Voyageurs arabes », p. XI : « les Arabes, plus que tous les autres peuples, parce que nomades par atavisme, ont été de grands voyageurs » (‘nomades par atavisme’ est d’une fatuité, d’un manque de connivence avec les mentalités sémitiques anciennes, et d’une ignorance ethnographique, sans nom).

  51. L’un des très rares spécialistes à avoir bien mérité de l’Editionstechnik en publiant une Pléiade littéraire est R. Duchêne, dans sa magistrale ‘Note sur le texte’ de Mme de Sévigné (I, pp. 755-830) ; Y. Coirault lui-même, sans doute parce qu’il avait consacré plusieurs ouvrages à ces questions, se permit de faire trop court en tête de son Saint-Simon (I, pp. CI-CVI).

  52. « À force de multiplier les succursales de l’Université, les lycées, les collèges, les écoles primaires, les pensionnats (…), les cours préparatoires, les séminaires, les conférences, les sales d’asyle, les orphelinats, une instruction quelconque avait filtré jusqu’aux dernières couches de l’ordre social. Si personne ne lisait plus, du moins tout le monde savait lire (…)

    Jules Verne – Paris au XXe siècle ; Hachette-Le Cherche Midi, 1994 ; p.30

  53. …la suite : « (…) écrire même. »
    Sauf moi, qui ne sait pas écrire « salles d’asyle » avec deux « l »
    (le « y » d’asyle est une coquetterie de Jules Verne himself).

    • …naturellement, Hetzel ne voulut point de ce « roman » anti-progrès et anti-totalitaire (mélange de règne absolu de la finance et de l’Etat).
      S’il l’avait accepté on aurait pu dire que Jules Verne était l’auteur d’un prototype de « 1984 ».

        • Hetzel avec ses contrats léonins et sa moralité de bagasse à la messe (les jeunes lecteurs du ‘Magasin d’éducation et de récréation’ n’étaient point si bégueules), s’est comporté en étrangloir de la littérature ; il suffit de relire les quelques mots de préface dont il a cru bon d’orner « Hector Servadac », où il fait peu de doute qu’il tente de désamorcer l’ambiance assez lourde et les côtés grinçants de certaines des thématiques de l’oeuvre. Sans vénérer Verne, la révérence qui peu ou prou s’attache encore à son éditeur pour lui avoir permis de prospérer m’énerve beaucoup ; c’est plutôt le grand Lemerre qu’il faudrait réhabiliter, tant il toucha à tout avec talent, de la poésie parnassienne (ses éditions de Banville, Coppée, Leconte de Lisle sont justement célèbres, n’en déplaise aux remarques désobligeantes qu’adresse à leur typographie le philistin Pich, « Leconte de Lisle. Oeuvres complètes » [Champion], II « Poèmes antiques », Paris 2011, pp. 28-29, et III « Poèmes Barbares, » ibid. 2012, p. 15) à la littérature juvénile en passant par les grands classiques de son siècle et même l’histoire ancienne. Parcourir tel ou tel de ces textes dans les beaux Lemerres reliés noir et or — même les tomes brochés ne sont pas inesthétiques et fragiles — est une expérience que je recommande chaudement.

          • « vénérer Verne » je trouve ça joli ; mais c’est plutôt l’autre Jules que me « vénère » (comme disent les jeunes-d’aujourd’hui).

            C’est pourquoi je m’étais réjoui (pas longtemps hélas) de voir Verne entrer en Pléiade et rompre le cordon ombilical avec les (trop) fameux cartonnages Hetzel, tant de fois reproduits.

            Sans véritablement « vénérer » Verne (même si j’ai un attachement pour icelui) je trouve qu’il y a un beau cas clinique dans ce rapport de père-fouettard et et d’homme-infantilisé entre le médiocre écrivain PJ Stahl et le grand auteur J Verne. On peut se poser la question : pourquoi Verne, même devenu mondialement célèbre et son contrat rempli (comme disent les footballeurs, il était « transférable ») a continué à subir cette férule, tout en couinant de plus en plus fort et toujours vainement ; jusqu’à voir la trique passer aux mains du fils Hetzel et son propre fils défigurer ses romans posthumes en reproduisant le même rapport de soumission par rapport à l’éditeur.

            Qu’une relation sado-maso s’établisse entre un éditeur et son auteur, c’est assez courant (quoique pas toujours à ce point), mais qu’elle se transmette à la génération suivante, voilà qui me semble assez rare !

            ………….

            Mais je m’égare. Au départ, ma citation de Verne était juste une vanne autour de la phrase : « Si personne ne lisait plus, du moins tout le monde savait lire… »
            qui me semble décrire si pertinemment notre situation actuelle.

  54. Je reviens à l’annonce du Coffret Proust. Ayant lu La Recherche sur l’édition 3 volumes, l’édition 4 volumes mérite-t-elle réellement l’investissement ?

    • La recherche du temps perdu étant par définition un domaine infini qui ne peut s’épuiser, une oeuvre palimpseste, qu’on lit et relit tout au long de sa vie de lecteur, c’est donc le cas ou jamais de dire qu’aucun document, brouillon, repentir, réécriture, hésitation, alternative, ne peut être indifférent, et qu’une édition critique est le minimum dont on puisse se contenter.

      C’est un lecteur qui a déjà eu l’occasion de dire qu’il n’est pas un partisan inconditionnel de la fouille de la corbeille à papier des écrivains qui vous le dit. Je renchéris sur NéoBirt7 qui vous donne par ailleurs une analyse plus informée de l’objet concerné.

  55. La seconde Pléiade dirigée par Tadié avec des collaborateurs du niveau d’Antoine Compagnon nous donne un Proust critique (ce que ne prétendait point être l’édition Clarac-Ferré en 3 vol.) refait à neuf sur les manuscrits offerts à la Bibliothèque nationale par la nièce de Marcel, Suzy, à l’état-civil Adrienne Mante-Proust, en 1962, soit 82 cahiers, 4 carnets et divers dactylogrammes et épreuves corrigées des romans, ainsi que sur un autre dactylogramme retouché par Marcel, des romans posthumes celui-là, qui émergea à la mort de Mme Mante-Proust en 1986. Il s’agit d’une édition génétique de très grande classe, tant par son apparat de tous les lieux variants de quelque conséquence que par la divulgation princeps d’une sélection d’états textuels antérieurs à la publication finale, sous formes d’Esquisses établies à partir des brouillons que préservent cahiers et carnets (il était évidemment impossible de tout publier de cette documentation inédite et proliférante, même de manière non diplomatique, seule option possible dans la Pléiade où le déchiffrement de l’exécrable écriture proustienne ne pouvait faire l’objet des développements nécessaires) ; les éditeurs ont ajouté un commentaire très abondant, en particulier un double système d’introductions et de notices parmi les plus détaillées jamais parues dans la Pléiade, qui répond aux vastes prolégomènes de Tadié (I, pp. IX-CVII).

  56. Merci Neo-Birt7 pour la présentation de l’édition Tadié, qui s’impose donc comme incontournable. Comme vous le dites bien domonkos, c’est une oeuvre qu’on relit au long de sa vie, il y a donc une vie pour amortir l’investissement de ce coffret.

    • Il est surtout intéressant de confronter l’édition Tadié de Proust, au prix somme toute modique, à celles Champion de Leconte de Lille par Pich ou de Banville par P. J. Edwards, deux poètes dont il est contestable qu’ils nécessitaient des recensions critiques modernes dans la mesure où ils canonisé sur le tard et ne varietur leurs oeuvres en une ultime édition Lemerre, dans les deux cas partiellement posthume (celle en 9 volumes pour Banville [1889 sqq.], endossée dans son testament de 1890 ; celle en 4 tomes pour Leconte de Lisle [1888]). Tout ce qu’il était possible de faire consiste donc en la production d’éditions génétiques s’attachant à baliser le mouvement des pièces à l’intérieur des recueils de ces deux poètes ainsi que l’accrétion de ceux-ci, tâche fort ingrate pour, mettons, « Les Cariatides », sur lesquelles Banville ne cessa de travailler pendant un demi siècle, et dont je veux bien croire qu’elle illumine nos perceptions sur leur création poétique, surtout pour Leconte de Lisle, dont le recueil projeté « Les états du Diable » fut en définitive fusionné avec les « Poèmes barbares », mais qui ne tombe pas moins hors du champ de la tâche de recension du moment que l’auteur a décidé une fois pour toutes quelle conformation textuelle il souhaitait léguer à ses lecteurs. Les éditions Champions de Banville, et, quoique à moindre titre, celles de Leconte de Lisle (Piech arrime chaque recueil à un assez vaste Dossier tenant à la fois du commentaire composé et de l’annotation perpétuelle de chaque poème) collectent donc des informations de très piètre intérêt rapportées au même texte que celui des volumes Lemerre reproduits sans changements jusque dans les années 30. Un éditeur honnête aurait modifié son titre et changé « édition critique » en « édition génétique » — mais c’était s’assurer que les ventes diminueraient de moitié.

    • Peut-on affirmer, toute honte bue – « (…) une large sélection, autrement nous aurions dépassé la taille d’un seul volume. Cela nous a conduits à des choix un peu cruels – l’absence d’«Imaginaires» – mais l’essentiel y est.» – qu’en l’absence d’Imaginaires, « l’essentiel y est » ? A elle seule, cette absence disqualifie par avance ce volume.

      Que, bien entendu, on achètera tout de même – et en disant merci, encore, cocus et bien contents. Chez Gallimard on sait bien que les fervents amateurs de Ségalen ne pourront se passer de ce volume, même a minima. Quant aux amateurs de second rang, ceux qui n’ont qu’une connaissance imprécise de l’oeuvre, ils auront l’impression qu’on leur a offert le graal. C’est ainsi qu’on accroche à ses murs de prestigieux trophées (Huysmans, Ségalen, pour ne parler que des prochains) acquis à peu de frais, et sans courir les risques de l’aventure. On ne saurait mieux illustrer le cynisme de la maison de la rue ci-devant Sébastien Bottin.

      Il paraît de plus en plus certain que les éditions au long cours ne sont plus de mise. C’est soit deux volumes sous coffret, cash, soit la politique du volume-enfant unique qui pourra à jamais, s’adressant à ce « frère (qu’il n’a) jamais eu » exprimer sa plaintive interrogation : « Mais tu n’es pas làààà – à qui la fau-aute ? »

      Par ailleurs, la réédition (mise à jour, si j’ai bien compris) du Cahier de l’Herne, est une bonne nouvelle.

      • Pour les Cahiers de l’Herne, au-delà du retirage Segalen, la plupart sont désormais disponibles en impression à la demande sur leur site. Ça demande un peu de patience, le temps que le volume soit imprimé (ne me demandez ni où ni par qui) mais enfin, l’essentiel est qu’il soit disponible.
        (les utilisateurs de liseuse pouvaient déjà se les procurer).

        • Dans l’article auquel renvoie Joaquim, je lis : « la réédition de «son» Cahier de L’Herne, dans une version rénovant celle de 1998. » Si je comprends bien, il s’agirait donc d’une édition revue, différente de celle disponible jusqu’à présent. D’où l’intérêt (que ne représenterait pas, effectivement, une simple réimpression).

          Quant à la liseuse… un Cahier de l’Herne sur une liseuse ? Avec tout le respect que je vous dois (et que je vous voue, en toute sincérité), vous plaisantez, mon cher Brumes ? Comme si vous demandiez à un carnivore de se nourrir d’herbe.

          Je me souviens d’une époque où ils étaient même réédités en poche ! J’eus la faiblesse d’en acquérir deux ou trois, je ne parvins jamais à en lire le quart de la moitié et finis par m’en séparer (à vil prix, bien fait pour moi !).

  57. Pas de malentendu : je serai enchanté de voir le nom de Ségalen sur la jaquette d’une Pléiade. Et je me jetterai, quoique j’en aie, sur ce volume.

    Il viendra s’ajouter, sans le moindre espoir de les remplacer, à mes deux Bouquins qui, eux, comprennent l’essentiel de l’oeuvre, aux Ecrits de Chine de son compagnon de voyage A. Gilbert de Voisins (You-Feng éditeur), au Double Rimbaud (Bibliothèque artistique et Littéraire, Fontfroide), aux Origines de la Statuaire de Chine (chez le même), mon vieux Immémoriaux à la fois en Terre Humaine et en 10.18 (je ne saurais me séparer d’aucune édition, car il y a une relation intime avec certains auteurs qui forment un panthéon personnel : Nerval, Ségalen, Schwob, qui ont, à un moment ou un autre, joué le rôle du génie de la lampe sur notre imaginaire personnel et chacun de leurs livres devient un « être sensible » comme dit la récente loi au sujet de mon chat et de mon chien). Plus quelques autres qui doivent traîner dans des recoins sombres de ma bibliothèque (ou bien qui l’ont quittée, non intentionnellement, au hasard de déménagements, sans pour autant sortir de ma mémoire).

    Et je continuerai de rêver – sans espoir aucun – sur un Marcel Schwob en Pléiade qui, de même viendrait tenir compagnie à mon vieux Livre de Monelle dans l’antique Livre de Poche, à mon Roi au Masque d’Or dans la non moins vénérable collection Marabout, au beau gros volume relié aux Belles Lettres, et à la séquelle de volumes des « Oeuvres Complètes », dirigées par Pierre Champion, « avec le concours de Mme Moreno (Mme Marcel Schwob) », éditées en 1928 par François Bernouard, et que j’avais trouvées, patinées par le temps, un peu piquées d’humidité, chez un bouquiniste à… Nouméa, en Nouvelle Calédonie (comme un trésor enfoui dans une île par un pirate inventé par Stevenson ou Schwob)…

  58. À propos de Dracula et autres écrits vampiriques :
    « […] anthologie anglo-saxonne que publie dans un volume de la Bibliothèque de la Pléiade […] l’angliciste Alain Morvan, à la fois exégète rigoureux et parfait traducteur. Éléments d’emblée importants de ce travail : la prise en considération du proto-vampirisme antique (Lilith biblique, lamie gréco-romaine, goules et harpies) et l’inscription du vampirisme littéraire britannique non dans le strict romantisme mais dans la longue durée d’une chronologie européenne biséculaire, allant de 1717, année de naissance d’Horance Walpole, fondateur du roman gothique avec Le Château d’Orante (1764), à 1948, qui vit mourir l’érudit Montague Summers, vampirologue mythique. L’analyse connecte ainsi l’approche folklorique des Lumières à M le maudit de Fritz Lang (1931). […] »
    (Le Monde des livres , 3 mai 2019)

  59. Pour mettre un peu de sérieux dans ce lieu d’échange (parfois vifs), qui n’a que trop tendance à s’égarer sur des chemins de traverse, j’émets une modeste proposition d’entrée dans la Pléiade d’un auteur dont il n’a jamais été fait mention ici, sauf erreur de ma part, et dont l’importance et l’influence sur plusieurs générations, la part prépondérante occupée dans notre imaginaire, ne sauraient souffrir la moindre contestation.

    Je veux nommer la « Divine Comtesse » (Montherlant dixit), petite-fille spirituelle du « Divin Marquis » (les deux constituant les deux faces d’une même pièce), à savoir Mme de Ségur née Rostopchine.

    Puisqu’on est à la recherche de grandes Femmes de Lettres pour tenter de donner au catalogue de la Pléiade une apparence pouvant plaire à nos néo-féministes, voilà une occasion comme il ne s’en présentera pas cent.

    Nul ne peut nier qu’il s’agit là d’une figure majeure – et sans équivalent – de l’histoire de nos Lettres, capable de rivaliser avec les plus grandes Dames de la Littérature Anglaise que nous envions tant !

  60. J’ai une petite question d’ordres historique et bibliologique. Lorsque la Pléiade, au début des années 60, décida d’accroître la part fait à la poésie du XIXe siècle (sa présence dans la collection se réduisait alors à Baudelaire, Lamartine, « La légende des siècles » avec ses oeuvres satellites, Mallarmé, Musset, Rimbaud, Verlaine et Vigny), comment se fait-il, en dehors de la relance de la publication des oeuvres poétiques de Hugo, que des figures secondaires, voire mineures, comme Nouveau, Corbière, Cros, aient supplanté les « grands » : Gautier, Banville, Leconte de Lisle ? Un seul des trois avait vu son corpus poétique rassemblé au XXe siècle : Gautier, dans l’édition René Jasinski de 1932, du reste orpheline des poèmes libertins et vite devenue introuvable, mais dont la révision augmentée en 1970 chez Nizet a pu couper l’herbe sous le pied à Gallimard (encore s’agissait-il d’une recension nue, avec commentaire textuel dans l’introduction du vol. I ; pas vraiment une édition Epochemachende). Dans le cas de Leconte de Lisle et surtout de Banville, on est réduit aux conjectures pour expliquer que les portes de la Pléiade leur soient demeurées closes, tant le XXe siècle les a négligés. S’il y avait semblance que le poète réunionnais pouvait tomber hors du champ de la collection, vu son hiératisme, sa prétendue impassibilité et sa difficulté d’approche qui eût exigé un appareil savant très fourni (mais la première édition Pich, de 1976-1978, se dispensa fort bien de toutes notes !), deux ou trois volumes de Banville, poète aussi virtuose que plaisant et accessible, se défendaient fort bien et eussent été de bel effet. Je persiste à penser que Cros, Corbière et surtout Nouveau ne présentent pas une importance intrinsèque assez marquée (pourquoi eux plutôt que le délicieux Coppée, dont « Olivier » ou les « Humbles » sont si touchants alors que ses « Récits épiques » le cèdent à peine aux « Poèmes barbares » pour la puissance évocatrice, tout en fatiguant moins par leur échelle plus réduite ?), et ils nous ont privés de Gautier et Banville, que l’amitié de Baudelaire ne suffit pas à mettre en faveur auprès des apothicaires de la feue rue Sébastien-Bottin. La publication de la poésie de Jaccottet m’a mis en fureur, je l’avoue ; eh quoi ! le fadasse et diffus Vaudois, ce méchant traducteur de l’Odyssée, à la place de poètes majeurs du XIXe siècle ?

    • Je ne vois pas la nécessité d’évincer Cros, Corbière et Nouveau (en compagnie de qui je viens de passer plusieurs semaines, pour mes plus grands plaisir et intérêt) pour faire place à Banville, Leconte de Lisle et Gautier, dont l’absence est, j’en suis d’accord avec vous, hautement regrettable et dommageable. De toute façon, les trois premiers ont été jetés aux orties, par philistinisme, sans que les trois seconds en tirent le moindre profit. Dommage.

      • Au moins ces trois-là ont-ils reçu l’insigne honneur de bonnes Pléiades du type patrimonial. On ne trouve plus commodément Banville que dans l’intégrale fort coûteuse de chez Champion, où le « Petit traité de poésie française » brille par son absence et où la très abondante production journalistique fait l’objet d’une simple chrestomathie, lors même qu’elle ne le cède pas en qualité à celle de Barbey d’Aurevilly (« Oeuvres poétiques complètes », 9 vol., 1994-2009 ; « Théâtre complet », 3 vol., 2011-2012 ; « Critique littéraire, artistique et musicale choisie », 2003, 2 vol.). Tout autre qu’un spécialiste doit donc se rabattre sur les 9 tomes petit in-12° (format elzévirien) de l’édition définitive chez Lemerre, 1889-1892, reproduite par Slatkine en 1972 sous la forme de 5 vol. petit in-8°, laquelle hélas n’est pas non plus complète en ce qui concerne les comédies (le tome afférent en collecte six seulement sur les seize que composa Banville, sans compter les huit pièces inédites ou non recueillies exhumées par P. J. Edwards et P. S. Hambly dans l’édition Champion). Une Pléiade Banville rendrait d’immenses services ne serait-ce qu’en mettant à portée d’un large lectorat les acquis de la parution savante. La poésie de Gautier est comparativement plus accessible, en particulier « Emaux et camées » dont Lemerre produisit de multiples tirages de l’édition définitive en les lestant de quelques comédies en vers et qu’on lit commodément soit dans la présentation minimaliste qu’en fit Adolphe Boschot en 1928 aux Classiques Garnier (avec des poésies choisies, 2e ed. en 1943, 3e en 1954 ; l’auteur publia sur le même patron « Le capitaine Fracasse » et « Le roman de la momie » dans cette collection) soit dans l’édition, scolaire mais rigoureuse, de Claudine Gothot-Mersch chez Gallimard / Poésie en y joignant « Albertus » (1981 ; volume moins réussi que celui des « Poèmes barbares » de Leconte de Lisle par la même savante dans cette série). D’autre part, on trouve encore d’occasion l’une ou l’autre des deux éditions Jasinski des « Poésies complètes » de Gautier, incluant son recueil le plus fameux mais écartant les pièces obscènes. Ceci dit, lorsqu’on soupèse la valeur érudite des deux tomes Pléiades des « Romans, contes et nouvelles », l’aigreur causée par l’absence de la poésie de Théo sur papier Bible décroît quelque peu.

        • J’ai voulu répondre à NéoBirt qui me cite un peu trop pour mon goût et dit plus souvent qu’il ne conviendrait du mal des éditions Champion. Je n’interviendrai plus, étant antiquisant et rien d’autre (je n’ai pas le goût des Pléiades).

    • Par contre, pour Jaccottet, je surenchérit. Sa fade poésie est à oublier, quant à ses considérations sur diverses questions qui encombrent plus de la moitié du volume, elles sont d’une banalité affligeante. Un grand bon verre d’eau tiède !
      Que les thuriféraires de Jaccottet ne se donnent pas la peine de me flinguer, j’ai mis mon gilet pare-balles.

  61. Je viens de terminer Le Lieutenant-Colonel de Maumort de Roger Martin du Gard.

    Un véritable choc littéraire : un roman suivi d’un essai à la limite de la philosophie dans le style des Propos d’Alain, d’un journal et d’une correspondance.

    Les trois premières parties sont dans l’exacte veine de la saga des Thibault : (très, très bien) rédigées, pratiquement achevées.
    Le reste de l’œuvre est inachevé.
    La troisième partie est une courte évocation, inachevée elle-aussi.

    En revanche, j’ai particulièrement apprécié :
    – la VIIe partie consacrée à la Seconde Guerre mondiale (à noter qu’il n’y a pas de Ve ni de VIe partie),
    – les Lettres à Grévesin qui suivent la partie romancée et rédigée,
    – et surtout les Dossiers de la boîte noire qui complètent et enrichissent l’ouvrage,
    … soit 300 et quelques pages qui sortent vraiment de l’ordinaire.

    Les notes et variantes – plus variantes de notes – dans l’édition de La Pléiade ne m’ont pas été d’un grand secours.

    • Des trois grands auteurs de sagas littéraires d’avant-guerre (Martin du Gard, Duhamel, Jules Romains), Martin du G. – bien oublié des uns, fort méprisé des autres – est le seul dont « Les Thibault » m’ont laissé d’assez agréables souvenirs pour que je sois parfois tenté de le relire. A mes risques et périls. Bonne ou mauvaise surprise. Mais où trouver le temps, alors que tant de livres jamais lus s’entassent sur ma table ?

      Il n’est en tous cas pas tout à fait mort. En témoigne votre lecture. Il y a peu de temps, le volume que vous évoquez a figuré sur les rayons de mon bouquiniste cévenole. Je n’ai pas eu le temps de beaucoup réfléchir, une main d’acheteur anonyme l’a fait disparaître en quelques jours.

      • RMG est un de mes auteurs de prédilection, mais je n’ai pas eu le courage de dépasser 100 pages de Maumort. Les épisodes biographiques relatés dans cette première partie m’ont plutôt ennuyé. Le « choc littéraire » de Lombard devrait m’encourager à persévérer dans cette lecture. Je ne sais pas s’il y a des différences notables entre la version Pleiade et celle parue en Blanche.

        • Maumort a fait l’objet d’une première édition en Pléiade, qui fut la seule. La réédition dans la collection blanche est celle du texte paru initialement en Pléiade, désormais épuisé.
          Les premières parties sont un « simple » roman qui aurait pu un jour devenir un grand œuvre.
          Mais, de mon point de vue, ce sont bien les Dossiers de la boîte noire qui sont de loin les plus intéressantes, bien que les remarques sur l’occupation (VIIe partie) ne soient pas mal non plus.
          Ces « Dossiers » sont des notes prises sur une période d’une trentaine d’années, qui étaient destinées à la rédaction des futurs chapitres. Certaines sont simplement signées Roger Martin du Gard, d’autres le sont… de Maumort. Une soixantaine de thèmes abordés, entre les Propos d’Alain et les Cahiers de Péguy.
          C’est parfois un peu raide, mais ça a le mérite de la franchise et c’est le signe d’une réflexion profonde, empreinte de la maturité de son auteur.

  62. Jules Verne visionnaire ?
    Bof, personnellement je me suis peu soucié de connaitre le degré d’anticipation scientifique contenu dans ses romans : il était plutôt à l’affût des dernières nouveautés en la matière et tâchait de deviner quelques conséquences à plus ou moins long terme. En ce domaine il s’est trompé ni plus ni moins que la plupart de ses contemporains.

    Bien plus intéressant à mes yeux sa sensibilité quant aux problèmes plus spécifiquement humains.

    Sous couvert d’exotisme et de divertissement, ne traite-t-il pas des raisons de vivre ou de mourir et du « suicide assisté » dans « Les Tribulations d’un Chinois en Chine » ?

    Dans « L’Ecole des Robinsons », ne met-il pas en scène un jeune homme favorisé par la fortune et accablé par l’ennui d’une existence toute tracée, en quête d’aventure et d’imprévu, qui se trouve rescapé d’un naufrage et échoué, en compagnie de son mentor (qui se révélera son gardien), sur une île « déserte », contraint de survivre en milieu « hostile »… pour s’apercevoir à la fin que le naufrage était organisé par son oncle milliardaire, et que l’île, à deux jours de San Francisco, était propriété du même oncle…
    Préfiguration des « Koh Lanta » et autres « Loft Story » ou bien « The Truman Show » ?…

    • Roman mineur, bien sûr, paré des habits de l’aimable fantaisie et dont la conclusion est conforme à l’attente de familles traditionalistes. Mais, le regard que lui porteront les lecteurs d’aujourd’hui, confrontés à certaines problématiques actuelles, peut se révéler fort différent.

      Et puis, il me semble qu’on est autorisé à penser que, dans ce personnage, s’incarne également le Jules Verne devenu ouvrier salarié des Lettres, engoncé dans une vie et un mariage bourgeois, en qui aurait continué de vivre, dans un recoin secret, « l’enfant amoureux de cartes et d’estampes » rêvant d’aventures, qu’il avait été autrefois, à Nantes, et dont la famille avait rapidement coupé les ailes.

      Cet édile de la municipalité d’Amiens dont le haut fait d’armes fut la construction d’un Cirque d’Hiver, exécrable père de famille (réduite pourtant à un fils unique), s’évadant sur son voilier à l’occasion jusqu’à ce qu’un coup de feu, tiré par un neveu dans des circonstances obscures, le ramène à terre, boiteux, « maladroit(s) et honteux », comme l’Albatros : « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! »

      Tandis que  » L’un (Jules Hetzel ?) agace son bec avec un brûle-gueule,
      L’autre (son fils Michel ?) mime, en boitant, l’infirme qui volait ! »

  63. Je ne sais pas en quoi l’Oscar Wilde de Quarto ressemble ou diffère de celui de la Pléiade. S’il contient des textes qui ne se trouveraient pas dans la Pléiade ou non.

    • Bonjour après un recensement rapide, je crois que vous y trouverez la rubrique « contes et histoires » du Pléiade, par les mêmes traducteurs, plus « le chant du cygne », recueil de contes oralement racontés par Wilde, et surtout les lettres de Wilde (plus de 400 pages).
      Des illustrations figurent dans de nombreux récits.
      Par ailleurs un petit dossier (150 pages) sur OW et l’art, et OW à Paris, à travers une recension d’articles de Wilde et de contemporains complète la traditionnelle introduction et « Vie et oeuvre » illustrée.
      Donc il y a des doublons, mais aussi des compléments intéressants, il me semble.

      • Merci.
        Je vais sans doute me laisser tenter (pour les lettres essentiellement). Et je conserverai ma Pléiade, bien entendu.

  64. Je viens de terminer ma lecture des « Lais du Moyen-Âge ». Point n’est besoin de revendiquer une expertise de première force en littérature médiévale pour regretter la légèreté scientifique du traitement offert de ces textes souvent si faussement limpides tant dans l’établissement du texte que dans son inséparable corollaire le travail de translation, ainsi que pour clouer au pilori le caractère dilettante et vulgarisateur de l’annotation. En un mot comme en cent, les notes gâchent une place précieuse en explications élémentaires au détriment soit de l’exposé des motifs qui ont fait adopter telle ou telle leçon textuelle quand le sens plutôt que la stylistique entre en jeu (maintien du texte du manuscrit contre une correction, ou, beaucoup plus rarement, préférence accordée à une variante plutôt qu’à une autre), soit de la défense d’un parti-près interprétatif original ou contestable en cas de texte sain mais obscur. Autant dire que la fiabilité du recueil pour des profanes peut être gravement obérée. Ainsi le Marie de France qu’on lit dans cette Pléiade le cède quasi systématiquement à l’édition bilingue annotée constituant le coeur du recueil de N. Koble et M. Séguy (« Lais bretons (XIIe-XIIIe siècles). Marie de France et ses contemporains », Paris, Champion, 2011, réimpr. 2018, sur la qualité philologique duquel voir https://bit.ly/30D26KK) pour ce qui touche à la traduction, et plus encore à l’annotation. C’est d’autant plus irritant que P. Walter modifie dans cette Pléiade la mise en français et le texte du Marie de France signé par lui dans la collection Folio en 2000. Or le travail de palimpseste auquel il s’est livré ne s’exerce guère dans le sens de la transparence. La preuve aussi flagrante qu’on peut la vouloir en apparaît dès le prologue, transmis dans le seul manuscrit H. En 2000 comme en 2018, Walter édite le texte de H. Sa traduction Folio p. 38) rend ainsi les v. 15-22
    k’i peüssent gloser la lettre
    et de lur sen le surplus mettre.
    Li philesophe le saveient
    e par eus memes entendeient:
    cum plus trespasserunt le tens
    plus serreient sutil de sens
    et plus se savreient garder
    de ceo k’i ert a trespasser
    « afin qu’ils puissent ajouter des gloses au texte
    et y mettre l’intelligence qu’ils avaient en plus.
    Les philosophes savaient bien
    et comprenaient d’eux-mêmes que plus le temps passerait,
    plus les hommes auraient l’esprit subtil
    et mieux ils sauraient se garder de négliger ce qui se trouvait dans leurs livres ».
    La Pléiade, p. 3, retouche ce texte comme suit sans ventiler ligne à ligne les octosyllabes originaux (j’italicise les modifications) :
    « afin qu’ils puissent gloser la lettre en tirant de leur intelligence un surplus de sens.Les philosophes savaient bien et comprenaient d’eux-mêmes que plus leurs livres traverseraient le temps, plus les hommes auraient l’esprit subtil et mieux ils sauraient se garder d’outrepasser ce qui s’y trouvait« .
    La p. 1110 offre deux notes: la première (n°3) à ‘un surplus de sens’, et la seconde (n°4) à ‘les philosophes’, l’une et l’autre bien vagues par rapport aux enjeux soulevés par les formulations terriblement concises de l’ancien français. Or le passage ne comporte pas moins que l’une des fondrières textuelles les plus fameuses de l’oeuvre de Marie, véritable pont-aux-ânes des médiévistes ; ne pas aviser le lecteur qu’ici texte et interprétation sont gravement controversés fait soupçonner que l’éditeur tente de lui faire avaler un anaconda. En effet, le v. 19 cum plus trespasserunt le tens ne saurait le moins du monde se traduire tel que l’avait fait Walter en 2000 « que plus le temps passerait » car 1° ‘le tens’ est cas régime et non cas sujet (on attendrait en ce sens ‘li tens’) et 2° le verbe, habituellement intransitif, trespasser se trouve ici au pluriel et non au singulier ; l’édition Folio se permit donc un exemple magistral de la faute de méthode par laquelle les éditeurs conservateurs impriment un texte peu ou prou inintelligible et s’en tirent en traduisant la correction même qu’ils refusent (ici ‘trespassereit li tens’, Wernke et J. Rychner). La traduction de la Pléiade tente de lever cette hypothèque philologique en tirant du contexte le sujet du verbe et en traitant ‘le tens’ comme le cas régime qu’il est ; il en résulte une traduction cette fois philologiquement possible, si ce n’est que cette exégèse convainc plutôt moins que la correction ou que l’interprétation du texte manuscrit proposée par un autre médiéviste et que Walter ne pouvait ignorer (voir Koble-Séguy, p. 165 note 3). Je ne vais pas me lancer dans une discussion philologique (cf., e.g., https://bit.ly/2EuuchK en 88 et sqq., https://bit.ly/2JDDtZd en 26-27), puisque l’enjeu que j’entends souligner est de méthode et ne concerne pas la résolution de cette question critique et la supériorité d’une traduction particulière sur les autres ; le lecteur qui, appâté par le nom illustre de P. Walter, attendait une oeuvre de vulgarisation magistrale, en sera pour ses frais, tant le travail de « retractatio » proposé dans la Pléiade pour Marie de France manque de transparence (de mon humble point de vue, il valait mieux partir du texte de Marie établi par Rychner, quitte à revenir sur un certain nombre des émendations purement formelles dont cet éditeur a quelque peu abusé par souci de correction [morphologique, syntaxique], que de reproduire le manuscrit H en admettant le moins possible d’émendations, à la façon de Walter).

    • Veuillez rétablir la cote correcte du manuscrit de Londres: L2, et non H. Je prie, d’autre part, les usagers de ce fil d’excuser la typographie épouvantable de ce message, soumis il y a plusieurs jours de cela et marqué « en attente de modération » ; les blancs que j’avais pris soin de ménager ont été avalés.

      • Une autre animadversion issue de mon dépouillement des « Lais du Moyen Âge », qui montrera à la fois les dangers de la paraphrase trop serrée en laquelle se complaît Walter au lieu de suivre l’ancien français dans ses méandres, et l’établissement peu scientifique du texte de la tranche de ce volume consacrée à Marie de France.

        En « Milon », 182-190, nous lisons ceci à la p. 200 de la Pléiade :

        ‘Amis’, fet-il, ‘entent a mei !
        Jeo sui un hum de tel mester,
        de oiseus prendre me sai aider.
        Une huchie desuz Karliun,
        pris un cisne od mun laçun.
        Pur force e pur meintentement,
        la dame en voil fere present,
        que jeo ne seie desturbez,
        en cest païs achaisunez’

        avec en vis-à-vis le rendu suivant :

        « Ami, dit-il, écoute-moi ! Mon métier consiste à bien capturer les oiseaux. A portée de voix au pied de Carlion, j’ai capturé un cygne au lacet. Je veux l’offrir à la dame pour avoir son appui et sa protection et pour éviter d’être inquiété ou accusé dans le pays ».

        1° La traduction des v. 183-184 est fautive en ce qu’elle efface l’accent que fait porter le locuteur sur son expertise professionnelle ; Marie dit exactement « je suis un homme dont le métier est tel | que je m’y entends à capturer les oiseaux », soit en français élégant « je fais métier de prendre des oiseaux au piège ; j’y suis habile » (Koble-Séguy, p. 485). On n’a pas le droit de délester des précisions textuelles en translatant, sauf à renoncer à faire oeuvre rigoureuse. 2° ‘Je veux’ pour en voil appartient à la classe des calques sémantiques plus ou moins automatiques contre lesquels on ne saurait trop se garder ; ‘je désire’, ou même ‘je projette’ conviendraient mieux. 3° Le texte du v. 185 n’est pas sûr : Walter édite et traduit par principe la leçon du manuscrit de Londres L2 (H des éditeurs précédents), sans signaler dans son apparat critique p. 1181 la variante de l’autre manuscrit, P (précédemment S) en un pré desuz , dont la métrique nécessite la diérèse du toponyme. Le bât blesse, sur le plan de la critique textuelle, en ceci que le mot huchie est un épel fautif pour huchiee ou huchïe, ‘portée de la voix’ utilisée parfois comme unité de distance, sur le modèle de archie, ‘portée de flèche’, i.e. la distance où se fait entendre la voix humaine (plutôt d’ailleurs dans le cas du chant que du cri). Voici le commentaire critique de J. Rychner : « la leçon de S n’est évidemment que la réfection d’un vers déjà fautif dans son modèle et probablement semblable à H. La corr(ection) proposée par Cohn, embuschiez desus K. n’est guère possible dans la langue de Marie, qui ignore, si je ne me trompe, les part(icipes) prédicatifs, comme en général l’ancienne langue. Hoepffner a suggéré une archie suz. K, corr(ection) qui a le mérite de respecter le sens de H. Si l’on osait introduire huche , de même sens que huchiee, attesté une fois dans Joufrois (voir T.L.), tout irait bien. Faute de cette audace, j’adopte la corr(ection) de Hoepffner » (« Les lais de Marie de France », Paris, Champion, 1983, pp. 270-271 ; Koble-Séguy éditent une archiee suz Karlïun, « à une portée d’arc, au pied de Caerleon »). Walter se met triplement dans son tort en supprimant la variante, qui n’était surtout pas négligeable en ce qu’elle constitue l’indice d’une perception par le scribe de P / S du caractère corrompu du texte de son modèle ; en adoptant une traduction qui suppose prouvé ce qu’il faudrait démontrer par des raisons autres qu’apodictiques (les principes éditoriaux énoncés aux pp. LXXXI-LXXXII ne permettent pas une telle latitude), la véracité de son texte de base, malgré nos connaissances lexicographiques ; et en dissimulant tout cela par son silence dans l’annotation (il se contente d’expliquer le toponyme Carlion, pp. 1182-1183 n. 14 !). Walter méconfie son lecteur peu au fait en bien des endroits de cette Pléiade , je suis désolé de le dire ; la quasi-totalité des volumes de la série « Lettres gothiques » manifestent une critique textuelle d’un aloi nettement supérieur, qui se ressent de la forte « patte » éditoriale de Zink.

        • N’étant pas spécialiste, pas même connaisseur éclairé de ces matières, je n’émettrai pas l’ombre d’un jugement sur tel ou tel travail.
          Mais conscient de l’extrême difficulté desdites matières, en raison de leur éloignement de nous et des injures que le temps leur a infligées (comme il en use avec les pierres des monuments), j’ai tendance à devenir méfiant par système, lorsque je lis « texte établi, traduit, présenté et annoté » par une seule et même personne.
          Il ne me paraît plus possible aujourd’hui, en l’état des recherches et au vu de l’accumulation des travaux, qu’une personne seule, aussi savant soit elle, puisse être chargée de ce travail : nul ne songerait à confier un chantier archéologique à une seule personne, pourquoi ne pas disposer automatiquement d’une équipe, quitte à confronter méthodes et points de vue, pour ce type d’exhumation et d’élucidation de textes anciens et incertains ?
          Nous ne sommes plus aux temps des pionniers du XIXème siècle, il me semble !

          • Domonkos, la phrase d’un Oxonien distingué, sir Alec Issigonis (l’ingénieur automobile créateur de la Mini), qui aurait été prononcée vers la fin des années 50, « a camel is a horse designed by a committee », exprime parfaitement le vice inhérent aux travaux collectifs en sciences humaines : l’entreprise tire à hue et à dia, ne saurait progresser que par recherche du compromis, l’équipe entière ne peut nécessairement être considérée comme étant plus affûtée au plan intellectuel que la somme de ses individualités, sans compte le fait que certains d’entre elles ont besoin du mors là où d’autres nécessitent plutôt l’éperon (pour paraphraser une célèbre remarquée prêtée à Platon, qui désignait respectivement ses élèves Aristote et Xénocrate, l’un très brillant, l’autre parangon de médiocrité), et l’impact de la personnalité scientifique du chef d’équipe tient de la quadrature du cercle (quand ils sont trop effacés, comme dans les « Premiers écrits chrétiens », les disparates se multiplient et la qualité philologique s’en ressent). La traduction intégrale des « Adades » d’Erasme (2013) publiée en cinq énormes volumes aux Belles Lettres sous la direction de l’épouvantable poseur J.-C. Saladin (arrogant et peu accessible, le personnage aime s’attribuer la part du lion dans les mérites de cette oeuvre grandiose, dont il n’a pourtant rédigé que l’introduction et traduit seulement quinze [!) Adages) associe ainsi l’excellent (traductions de J. Chomarat, G. Flamerie de Lachapelle [Capellatus, pour parler comme nos humanistes de la Renaissance], E. Wolff) au pire (les Adages translatés par Y. Migoubert et O. Sers, le premier épouvantable helléniste reconverti en administratif, le second traducteur à la belle plume… si et seulement si il peut disposer de travaux d’approches sérieux), l’écrasante majorité du travail ayant été abattu par des troisièmes couteaux. En philologie classique et médiévale, le modèle qui fonctionne le mieux reste encore celui de l’effort individuel soutenu pendant aussi longtemps que nécessaire, à condition bien sûr que son auteur soit un philologue critique de bon aloi, non un littéraire bon teint ; les quinze volumes des « Fragmente der griechischen Historiker » de Felix Jacoby en attestent.

          • Damned !
            Il est donc vrai que la perfection n’est pas de ce monde.
            Point n’est-ce pourtant une raison de ne pas la poursuivre obstinément.
            (Même si, chemin faisant, nous autres pauvres béotiens, nous surprenons parfois, accablés de fatigue, à penser que nous aurions dû préférablement choisir pour compagne la sainte ignorance, aux charmes faciles.)

        • Ceci étant dit, je continuerai de penser que ma bibliothèque s’honore de posséder cette Pléiade, aussi imparfaite serait-elle.

          Mon plaisir à la lire (la boire à petites gorgées, car à l’avaler gloutonnement j’en perdrais la saveur et n’en percevrais plus que l’amertume) ne sera pas diminué de savoir – après avoir pris une autre forme de plaisir à lire vos commentaires, NéoBirt7 – que ma satisfaction est celle d’un esprit simple et ignorant.

          • Entièrement d’accord avec vous : l’oeuvre mérite hautement sa présence dans la collection, par son intérêt que bien peu pourraient contester de bonne foi. D’ailleurs, beaucoup d’auteurs « modernes » me semblent bien faibles en comparaison., mais cette appréciation est toute subjective.
            Pour autant, l’impression du vulgaire amateur, bien ignorant, que je crois être, rejoint le jugement de NéoBirt7 (que ceux qui le critiquent démontrent la fausseté de ses allégations !), à la fois sur la « légèreté » de l’appareil critique (très répétifif, le nombre de fois que l’on fait mention de « l’amour de loin » défie notre patience, et laconique à la fois), et sur le caractère « interprétatif » de la traduction. Pour ma part, j’ai apprécié les notules introductives ; apparemment, elles ne font pas le « tour » du sujet, ce qui est dommage. Je me suis donc procuré en supplément l’édition « Champion », en regrettant que, contrairement au passé, notre édition de la Pléiade ne soit pas une référence qui se suffise en soi, hélas.

    • En fouillant l’appareil critique des « Lais du Moyen Âge », mon regard tombe sur la note suivante, p.1143 :

      « on notera les trois formes du mot signifiant « garou » dans le manuscrit : Garwaf (v. 4), Garual (v. 7) », Garualf (v. 9). Le mot vient de l’ancien francique werwolf correspondant à l’ancien haut-allemand werwolf, « homme loup » (voir Dictionnaire étymologique de la langue française, G3, Québec, Tübingen et Paris, 1974, col. 334-338). Le français loup-garou est un pléonasme et signifie en réalité « loup-homme-loup », car le wer- de werwolf, devenu gar- (à rapprocher du vir latin), signifie ‘homme », et la finale -ou (du germanique ulf, wolf) signifie ‘loup’ « .

      Attention aux imprécisions et aux erreurs qui se sont glissées dans ce morceau de pédantisme professoral, un peu surprenant considérant le nombre de passages autrement plus difficiles sur lesquels Walter ne daigne pas ouvrir de note explicative. L’étymon francique est *wari-wulf, qui a évolué comme suit : *wari-wulf > waroul > garoul (cf. saxon garwall, chez Marie de France au XIIe siècle garu/wal(f)) ou goroul > garou, gorou, précédé ou non de leu (notre ‘loup’). Pour la bibliographie, Walter aurait dû citer l’étude, référencée dans la Notice, de H. W. Sayers, ‘Bisclavret in Marie de France, A Reply’, Cambridge Medieval Celtic Studies 4, 1982, pp. 79-80 ; voir encore, du côté des diverses étymologies constitutives, W. P. Lehmann, A Gothic Etymological Dictionary, Leyde 1986, pp. 411-412, M. de Vaan, Etymological Dictionary of Latin and the Other Italic Languages, Leyde-Boston 2008, p. 353, R. Derksen, Etymological Dictionary of the Slavic Inherited Lexicon, ibid. 2008, pp. 536-537, R. Matasovic, Etymological Dictionary of Proto-Celtic, ibid. 2009, p. 400, et G. Kroonen, Etymological Dictionary of Proto-Germanic, ibid. 2013, p. 598. D’autre part, ‘loup-garou’ ~ leu-go/aroul sont bien, en effet, des expressions pléonastiques, mais il s’agit plus exactement de surcomposés tautologiques associant un premier élément authentiquement indigène à un second substantif, francisé (cf. ‘valet-groom’). Et je ne vois pas bien l’intérêt de signaler cela au lecteur, alors même que cette note déleste totalement, entre autres points pertinents pour l’interprétation de ce lai de Marie, les liens thématiques existant aux XIIe-XIIIe siècle entre lycanthropie et lèpre (ou dérèglements sexuels / sociaux), autour de la paronomase lupa ~ lepra (voir Kathryn I. Holten, ‘Metamorphosis and Language in the Lay of Bisclavret’, dans Chantal A. MaréchalI (ed.), In Quest of Marie de France, a Twelfth-Century Poet, Lewiston 1992, pp. 199 sqq.). Une telle érudition n’a certes rien à faire dans l’annotation d’une Pléiade, mais les fausses précisions données par Walter, qui les tire directement d’un dictionnaire standard dont il galvaude la doctrine, tombent à plat et démontrent combien difficile peut se montrer la haute vulgarisation.

  65. Bonjour, voici la recension par Anna Kemp des deux volumes Perec. C’est paru dans 𝘍𝘳𝘦𝘯𝘤𝘩 𝘚𝘵𝘶𝘥𝘪𝘦𝘴 en avril 2018.

    Georges Perec once described literature as an ever-expanding jigsaw puzzle in which each writer is connected, directly or indirectly, to a multitude of others. For the aspiring writer, there is ‘toujours une place vacante’ that he or she hopes, one day, to fill. Perec’s entry into Gallimard’s prestigious Bibliothèque de la Pléiade officially marks his place in the jigsaw puzzle of world literature. Perec’s books had a mixed reception during his lifetime. His playful passion for formal constraints meant that admiration for his virtuosity sometimes came at the expense of a ‘serious’ appreciation of his work. However, as Florence de Chalonge—a contributor to the Pléiade edition—remarks, it would be a mistake to think of Perec as a pure formalist. Indeed, since Perec’s premature death in 1982, the proliferation of books and theses on his work, along with the growing list of artists and writers citing him as an inspiration, have testified to the rich substance of his œuvre and its profound reflection on life in twentieth-century France. As the editor, Christelle Reggiani, confirms in her elegant Introduction, Perec has become ‘[un] classique moderne’ (p. ix). This edition of the author’s works brings together the key texts published during his lifetime in two golden-spined Pléiade volumes. It is an œuvre that lends itself well to compilation. Although Perec once claimed to want to write every kind of book imaginable, the diversity of his production is matched by its subtle unity. Each of his texts casts light on others and, by gathering them together, these volumes allow readers to follow the secret passageways that connect each part to the whole. But Reggiani’s edition is, above all, an invaluable reference book and critical resource. Each of Perec’s works is followed by a selection of annotated interviews, preparatory notes, drafts, and correspondence that contextualize and enrich the readers’ understanding of the final publication. Furthermore, around a quarter of each volume is given over to knowledgeable critical analysis by leading scholars. Substantial introductory essays explore each text’s history of publication, critical reception, and biographical contexts, allowing the reader to trace, over the course of the two volumes, the story of Perec’s intellectual and artistic development. These are complemented by surveys of preparatory notes, manuscripts, and other documents from the 𝘢𝘳𝘤𝘩𝘪𝘷𝘦𝘴 𝘗𝘦𝘳𝘦𝘤, providing a precious resource for scholars planning to navigate the depths of the Bibliothèque de l’Arsenal themselves. Finally, the second volume is rounded off with a judiciously selective general bibliography that, as Reggiani hopes, provides Perec enthusiasts with some reliable 𝘳𝘦𝘱è𝘳𝘦𝘴 (to use a word Perec himself was so fond of) for future study. Although Perec’s subtle puzzles and in-jokes can give rise to a readerly monomania, this edition of his works is as accessible and practical as it is erudite, making it an indispensable source not only for Perec enthusiasts but for any scholar of twentieth-century French literature.

    Anna Kemp
    Queen Mary University of London

    • Quelqu’un a-t-il songé à contrôler les credentials de Mme Kemp (qui n’est même pas sur Academia) ? A le faire, on se rend aussitôt compte que cette recension est entièrement self-serving, en tant que promotion de ses travaux sous presse concernant l’Oulipo.

      • Neo-Birt7, je ne vous suis pas. Où voyez-vous que l’auteur assure la promotion de son ouvrage à venir sur l’Oulipo? C’est peut-être justement parce qu’elle y consacre ses recherches en tout ou partie, je ne sais pas, qu’on l’a sollicitée pour le compte-rendu des deux volumes de Perec. Mais bon, je n’ai pas la moindre idée de la manière dont fonctionne une revue come 𝘍𝘳𝘦𝘯𝘤𝘩 𝘚𝘵𝘶𝘥𝘪𝘦𝘴, même si j’ai à son endroit un a priori positif. Quant à vérifier et ratifier les pouvoirs ou les titres de qui que ce soit, étant étranger au milieu universitaire, français ou anglais, je m’en sens parfaitement incapable.

        • La revue a sollicité Mme Kemp précisément parce qu’elle a sous presses un libellum et deux articulets sur l’Oulipo, non du fait qu’elle constitue une autorité en la matière. Je n’ai rien contre une telle connivence académique présumant du bon aloi de titres que nul en dehors de quelques peer reviewers n’a encore vu, car maints jeunes chercheurs en ont bénéficié, mais le caractère purement descriptif et vierge de toute évaluation qualitative, de la recension qui en est ressortie ne la distingue guère d’avec les compte-rendus de critique littéraire que l’on peut lire dans la presse généraliste. N’était-il pas possible de contacter un universitaire muni de titres incontestables, partant plus libre de juger sur le fond la Pléiade Pérec comme édition commentée ?

          Je note avec dépit que personne ici n’a mentionné la superbe intégrale de la correspondance mallarméenne que vient de nous donner Bertrand Marchal, véritable troisième tome de sa Pléiade. Pour 65 euros, c’est en effet l’édition entière initiée par Henri Mondor et portée à bouts de bras par Lloyd J. Austin qui tient, révisé, augmentée de plusieurs centaines d’unités et commentée à neuf, dans ces 1968 pages grand in-8°. Par surcroît, le volume de presque deux kilos relié sous jaquette a fort belle allure.

          • Pour le prix (de lancement) d’une Pléiade, donc (contrairement à tant d’ouvrages « savants » qui me font rêver mais hors de prix pour ma bourse). Je note sur mes tablettes… bientôt la Fête des Pères, tiens si je glissais quelque allusion dans certaines oreilles ? (après tout, en s’y mettant à 3, mes fils ne se ruineraient pas).

          • Merci de ce conseil d’achat et de lecture. L’écoute de l’entretien suivant de Bertrand Marchal sur youtube achève de me convaincre d’enrichir un peu plus Gallimard.

  66. https://en.wikipedia.org/wiki/Harold_Lawton sur les Conteurs français du XVIe Siècle. Le compte-rendu de lecture est paru dans 𝐹𝑟𝑒𝑛𝑐ℎ 𝑆𝑡𝑢𝑑𝑖𝑒𝑠, Volume XX, Issue 2, April 1966.
    Students of the French sixteenth century are already deeply indebted to Professor Jourda for a wealth of first-class scholarly publications, including his recent edition of Rabelais for the Classiques Garnier. The present volume is an admirable guide to the art of the 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑒 and the 𝑛𝑜𝑢𝑣𝑒𝑙𝑙𝑒 up to and in the Renaissance.
    Like all the volumes of the Bibliothèque de la Pléiade, it is excellently produced and is a joy to use. It is also generously conceived: it contains the 𝐶𝑒𝑛𝑡 𝑁𝑜𝑢𝑣𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑁𝑜𝑢𝑣𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 (included, though ‘medieval’, as ‘le premier recueil du genre promis à un si bel avenir’), Des Périer’s 𝑁𝑜𝑢𝑣𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑅𝑒𝑐𝑟é𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑒𝑡 𝑗𝑜𝑦𝑒𝑢𝑥 𝑑𝑒𝑣𝑖𝑠, the 𝑃𝑟𝑜𝑝𝑜𝑠 𝑟𝑢𝑠𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 and the 𝐵𝑎𝑙𝑖𝑣𝑒𝑟𝑛𝑒𝑟𝑖𝑒𝑠 of Noël Du Fail and Marguerite de Navarre’s 𝐻𝑒𝑝𝑡𝑎𝑚é𝑟𝑜𝑛, all 𝑖𝑛 𝑒𝑥𝑡𝑒𝑛𝑠𝑜, and long extracts from two 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑒𝑢𝑟𝑠 less widely read, Jacques Yvet and Bénigne Poissenot, whose 𝐿𝑒 𝑃𝑟𝑖𝑛𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠 and 𝐿’𝐸𝑠𝑡é respectively well deserve the wider public that this publication will give them. The texts are followed by notes, chiefly explanatory, but not neglecting sources (pp. 1317-1446), and a chronological list of sixteenth-century collections of stories with information on modern editions (pp. 1449-1454) and on the most important studies so far published. An ample 𝑡𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑡𝑖è𝑟𝑒𝑠 (pp. 1457-1470) closes the volume.
    The text of the 𝐶𝑒𝑛𝑡 𝑁𝑜𝑢𝑣𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑁𝑜𝑢𝑣𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 is based on that of the Edinburgh manuscript; that of the 𝐻𝑒𝑝𝑡𝑎𝑚é𝑟𝑜𝑛 on the Michel François edition (Garnier, 1943). All the other texts are reproduced after the original editions. The original orthography is preserved apart from the usual i-j, u-v distinctions; the punctuation has been modified as little as possible.
    While the editor would maintain that the texts are the thing, it must be said that the preface, occupying some forty pages, is a gem. It is the best succinct history of the short narrative genre in France that I have seen or that is likely to be seen for many a day. It traces its development from the Middle Ages to the end of the sixteenth century with impressive scholarship, deep humanity and unfailing elegance. The works included in the volume — and their authors — naturally get special treatment, but against a background that reveals most clearly the immense diversity and richness of the genre. We are grateful to the publishers for a volume that is highly entertaining and that Professor Jourda’s scholarship has made, to boot, highly profitable.
    Si l’eau vous vient à la bouche, il va vous falloir fouiller chez les bouquinistes, le volume étant comme de juste marqué comme épuisé au catalogue!

  67. Bonjour et bon dimanche électoral à tous,

    Jeudi dernier, la librairie Compagnie organisait une rencontre avec Mireille Sacotte, Denis Labouret et Maxime Decout, à l’occasion bien sûr de la parution des deux volumes et de l’album Gary, le tout en présence de Hugues Pradier…
    J’avais déjà eu l’occasion d’assister à une conférence de M. Pradier il y a quelques années, dans le cadre de mes études de lettres, mais je n’avais alors osé l’interroger. Je me souviens qu’un étudiant l’avait interpellé sur l’entrée quelque peu surprenante, pour ne pas dire scandaleuse, de d’Ormesson, et M. Pradier s’en était défendu très poliment. On pourra dire ce qu’on veut sur le tour qu’a pris la Bibliothèque de la Pléiade depuis qu’il en est aux commandes, mais il faut reconnaître que l’homme est accessible, courtois et bienveillant (ce qui est loin d’être le cas de la plupart des grands pontes du milieu de l’édition).
    Toujours est-il qu’à la librairie Compagnie, à la fin de la rencontre de jeudi dernier, je suis allé timidement interroger M. Pradier quant au troisième volume des oeuvres romanesques de Nabokov, dont j’ai déjà dit ici avec quelle impatience j’attendais la parution, et en priant tous les dieux qu’il ne soit au regret de m’annoncer l’abandon du projet… Eh bien, ô surprise, délicieuse nouvelle ! Ce fameux troisième volume devrait sortir au premier semestre 2020, le « manuscrit » étant actuellement en phase finale de correction. Les traductions ont été révisées et celle de « Pnine » entièrement refaite. Me voilà donc rassuré. Hâte, follement hâte de tenir ce volume entre mes mains !
    Parmi les autres parutions prévues à coup sûr pour 2020 dont M. Pradier a bien voulu nous faire part, je ne vous apprendrai rien : Segalen et Alain-Fournier (ce dernier manifestement dans un très mince volume, du genre tirage spécial…). Le volume Bonnefoy est toujours en préparation, et semble encore loin d’être finalisé. Aucune info sur le coffret et l’album de mai 2020 bien sûr, mais pour ma part, j’imagine bien Tolkien ou Roth (si ce n’est pas pour 2020, ce sera 2021)… Parmi les volumes qui se font attendre, les poèmes de Shakespeare et le tome IV de Flaubert font également figure d’outsiders pour 2020…

    • Oui, les Essais (et non les oeuvres complètes) sont en français du 16ème siècle avec l’orthographe et la ponctuation de l’époque. Le texte est très beau mais difficile à lire. Il diffère notablement de celui de la précédente édition de Montaigne qui comprenait les oeuvres complètes mais est maintenant considéré comme obsolète.

      • Je confirme que c’est assez difficile à lire, même pour un lecteur chevronné. Je me suis longtemps demandé pourquoi, lorsque je disais ceci à des anciens, ils ne comprenaient pas que je trouve cela difficile : c’est bien parce qu’ils avaient lu une translation « moderne » bien plus facile d’accès.
        D’ailleurs, André-Louis Aliamet, qu’est-ce qui vous fait écrire que la précédente version est considérée comme « obsolète » ?
        D’ailleurs, de quelle version Pléiade parlez-vous : la première de 1934 dans l’édition d’Albert Thibaudet ou celle de 1963 dans l’édition de Maurice Rat et Albert Thibaudet ?
        Pour ma part, j’aimerais bien relire Les Essais dans l’une de ces deux versions.

        • La présente génération de montagnistes considère comme démontrés ces deux faits que, Montaigne a continué de retravailler le texte des « Essais » postérieurement à l’Exemplaire de Bordeaux sans avoir manifesté explicitement une intention de canonisation de celle-ci, et que les deux ultimes avatars (l’édition posthume de 1598, signée Marie de Gournay, et l’Exemplaire d’Anvers) ne portant pas trace d’un retour aux leçons du texte bordelais, desquels il suit que c’est la posthume confirmée par le texte de Anvers qui préserve l’état le plus proche de l’original et de la minute exploitée par la mère Gournay. Par voie de conséquence, même si chacun des moments de ce raisonnement demeure assez fragile (sans compter le point aveugle du degré de confiance que mérite ou non la fille de coeur de Montaigne), le texte de 1598 se lit dans toutes les éditions récentes prétendant à quelque rigueur. Pour autant, les éditions antérieures basées sur l’Exemplaire de Bordeaux conservent l’inestimable avantage de matérialiser, dans la lignée de Pierre Villey, la stratification de l’élaboration du texte montagnien ; je ne puis donc tenir pour périmée, par exemple, l’édition Rat des « Essais » aux Classiques Garnier (encore moins celle, par Fausta Garavini à la même librairie, du « Voyage en Italie ») non moins que la précédente Pléiade, par Thibaudet et Rat, laquelle par surcroît donne les « Oeuvres complètes ». La science philologique passe par des modes éditoriales ; c’est ainsi que, après avoir préféré pendant trois quarts de siècle l’exemplaire parisien 1512 comme base du texte de Marguerite de Navarre, son « Heptaméron » est désormais plus volontiers repris de l’édition princeps (1559, par Claude Gruget) malgré sa qualité fort incertaine (lacunes, substitutions, leçons manifestement vicieuses, qui exigent un contrôle par les, ou des, manuscrits). Comme dans le cas des « Essais », je me demande bien ce que l’on gagne à choisir comme base d’une édition un état textuel dont les idiosyncrasies peuvent légitimement faire soupçonner la représentativité ainsi que la congruence avec le manuscrit de travail de l’auteur (dans le jargon des éditions critiques de textes grecs ou latins, on emploie le mot « indoles », ou pedigree du manuscrit prototype ou archétype).

        • Je parle de la précédente version de Maurice Rat et Albert Thibaudet. Elle est considérée comme obsolète surtout par les éditeurs de la présente version Pléiade (ce qui n’est peut-être pas le meilleur argument). Je l’ai dans ma bibliothèque, elle est nettement plus facile à lire.

          • Merci André-Louis Aliamet. Je vais donc tenter de me procurer cette version pour une relecture qui sera plus aisée pour moi.

            (Néo-Birt, je ne sais pas si l’on peut mettre en doute votre bonne volonté de participer, mais votre façon de vous exprimer est vraiment trop… Allez, pas de mots qui seraient mal interprétés – soyons courtois -, mais relisez votre première phrase et, s’il vous plaît, faites un effort pour tenter de vous faire comprendre. On ne peut s’empêcher de penser que, malgré le fait que vous énonciez si peu clairement vous conceviez tout de même clairement dans votre tête, mais ce style ne peut passer pour autre chose que de la provocation ou un extrême pédantisme dû à la recherche systématique de tournures alambiquées et de termes pseudo-littéraires qui pourraient être aisément remplacés par des phrases courtes, simples, bien construites. Croyez que n’importe qui ici peut employer le jargon de sa profession, mais qu’aucun ne le fait par respect pour ceux qui lisent. Ne le prenez pas mal… et merci tout de même de votre réponse.)

  68. J’ai envie de répondre à Lombard, toujours si disert en matière de broutilles où son omni-ignorance ne risque pas d’être en évidence (où était-il donc quand je donnais des échantillons, nourris d’arguments sourcés, de la qualité technique des « Lais du Moyen-Âge » ou des « Sagas islandaises » ?), de la même manière que l’helléniste anglais Simon Goldhill lorsqu’un sien livre fut recensé avec malveillance par un confrère américain : « Mr. Olson of Illinois finds my book hard to understand, and it makes him angry. There are, it is clear, rather a lot of things Mr. Olson of Illinois doesn’t understand and so he must be getting angrier by the minute. Oh well, I think we can live with that ». Remplacez ‘book’ par ‘prose’ et « Mr. Olson of Illinois’ par Lombard, et le tour est joué.

    • Messieurs, un peu de concorde, je vous prie. Néo écrit d’une plume crispée et trop souvent imbitable de spécialiste, mais fort d’une immense culture littéraire. Or pour l’instant, nul ici ne l’a encore pris en défaut de manière flagrante lorsqu’il dispense des leçons de traduction depuis les langues anciennes ou le français médiéval. Croyez-vous que ses billets soient chose que l’on rédige au fil de la plume en quelque moment de désoeuvrement ? Le simple bon sens commande de respecter l’investissement personnel auquel nous devons ces interventions. Et ce ne sont pas les imprécations de ses détracteurs qui peuvent éclipser des arguments aisément vérifiables ou des références bibliographiques incontestables. Bien entendu, son ton docte et surchauffé indispose. Plus d’une fois, sa rosserie bougonne me fit venir une volée de bois vert sur le bout des doigts. Je me suis retenu, sachant trop combien une certaine cuistrerie est l’apanage des philologues. J’ignore quel intervenant citait G. Forestier en exemple du contraire, pourtant, le ton péremptoire avec lequel cet immense savant maltraite les fauteurs, certes maladroits, de la prétendue affaire Corneille-Molière, révèle une brusquerie, une impatience non moindres que chez Néo. De son côté, Lombard exprime un point de vue de lecteur vorace mais superficiel tout à fait digne d’être respecté. Sa partialité, sa virulence systématique envers les billets de Néo, respirent néanmoins une vulgarité de pensée qu’en autres temps on appelait : philistinisme. Je vous avoue d’ailleurs espérer que la joute du professeur sanguin avec l’emporté du clavier ne dégénérera pas en une série de billets où le premier démonterait les travaux de David Maskell et Philippe Desan (entre autres) sur le texte de Montaigne ou le livre de Giovanna Devincenzo sur Marie de Gournay. Pour l’avenir, je souhaite rappeler à Néo qu’il est ridicule et vain de ramener toujours sa science lorsque nul ne demande rien ; j’engage de son côté Lombard à ne pas injecter sa mauvaise humeur sur la page de Brumes sans y réfléchir à deux fois ni songer qu’il est mal placé pour agresser la science d’autrui. Après tout, l’on ne polémique bien qu’entre égaux, et Lombard n’égale pas, de très loin, Néo pour la culture. Merci à tous les deux.

      Une erreur a d’ailleurs trouvé son chemin dans le billet de Néo : l’édition de base de la nouvelle Pléiade des Essais est celle de 1595.

      • Jean-Fabrice Nardelli, bravo pour votre tentative d’équilibrer les torts.
        Je voulais juste rajouter deux points à votre intention – et uniquement à votre intention :
        – ma dernière intervention était polie et respectueuse, et j’avais même adressé un remerciement à Néo-Birt7 alors qu’il était bien clair que ma question s’adressait à André-Louis Aliamet et non à notre intarissable philologue; je suis désolé que vous l’ayez considérée comme vulgaire, tout en comprenant que ma façon volontairement brute de m’exprimer vous ait amené à penser qu’il s’agissait d’un excès d’humeur – ce qui n’était pourtant pas le cas.
        – j’avais bien écrit dans ma courte intervention, mais cela n’a semble-t-il pas été remarqué, que nous tous ici sommes parfaitement capables d’employer spontanément des centaines de mots abscons issus de nos connaissances professionnelles et personnelles, ainsi que de construire des phrases alambiquées, mais que nous nous en abstenons, par pudeur et par respect des lecteurs de ce blog.
        – le plus désolant est qu’aux yeux de certains intervenants de ce blog, celui qui s’exprime volontairement avec cette navrante sophistication empruntée apparaisse comme le plus cultivé ; on pourrait éventuellement parler de connaissances dans quelques spécialités liées à la langue, mais de culture… Si la culture s’arrêtait là, alors où placerait-on par exemple les arts et les sciences ? Mais là encore, chacun ici a la politesse de ne pas étaler sa culture.

      • Permettez-moi de vous exprimer simplement mon admiration : pour le fond et pour le style dont je me suis délecté. (Et ne me parlez pas de votre modestie froissée, je n’en croirais rien ; d’ailleurs la modestie n’est pas à mes yeux une vertu suprême.)

        • Euh… ma petite déclaration admirative voulait s’adresser à Jean-Fabrice Nardelli, bien entendu, et non point à un autre comme pourrait le faire croire à un lecteur distrait l’emplacement où elle s’est retrouvée.

  69. Bon/matin/jour/soir,

    Je lis sur ce blogue que la pléiade se porterait mois bien financièrement. Mais la pléiade est-elle vraiment mois lue ? Le mythe de Gilgamesh (pas de Gilgamesh en pléiade ?) n’étant pas encore réalisé actuellement et encore pour certaines autres raisons on déniche la pléiade boitier blanc à prix honorable en occasion sur le web avec un peu de patience :

    14 € pour Eluard
    18 € pour Apollinaire
    20 € pour Rimbaud
    27 € pour Gogol
    30 € pour Cocteau
    Les prix s’envolent pour les plus rares ou récents :
    52 € pour Gorki
    52 € pour les Sagas islandaises
    Et on achète même ceux que l’on ne connait pas :
    35 € pour les 2 tomes de Gracq (que pensez vous de cet auteur ?)

    Dans ses conditions il est difficile pour moi d’enrichir Gallimard systématiquement.
    Alors oui il y a une faillite du système éducatif. Mais on ne peut pas dire que la France ne lit plus.

    Cordialement,

    (On ne mélange pas l’eau et l’huile. Je connaissais un lycée où les capésiens et ses huiles, les agrégés, ne se mélangeaient pas [salle de pause séparée]. J’ai vu des thésards en chromatographie phase gazeuse et liquide se faire subir les affres de la jalousie. La sagesse selon Emerson est la capacité de soutenir deux idées contraires. Tous les goûts sont dans la nature et en fait j’apprécie l’eau et l’huile.)

    Cordialement

  70. Bonjour chers amis Pleiadophiles,
    Cela fait bien longtemps que je ne poste plus sur ce fil – pourtant fort passionnant – la Pléiade ayant depuis longtemps perdu tout intérêt à mes yeux ( Ah le dernier Huysmans ! La bonne blague ! ). Et plutôt que de répéter à l’envi que l’eau ça mouille et que les cheveux eh bien… Ça pousse, ma foi je préfère rester silencieux.
    Mais je fais une exception pour défendre à nouveau Neobirt7 dont la franchise, l’acrimonie, parfois la morgue, ne m’ont jamais découragé de disputer ( gentiment) avec lui.
    Son exigence, son intransigeance et sa totale honnêteté intellectuelle sont une pluie salvatrice dans un désert de bien-pensance et de médiocrité opportuniste.
    Pour un Neobirt7 j’echangerais sans hésiter la (presque) totalité du corps universitaire de certains établissements pourtant réputés.
    Bref, Neobirt7 n’a pas besoin de nous pour se défendre, mais j’avais besoin de le dire.
    C’est dit…

    • Même si vous n’avez rien à dire d’intéressant (mais je n’en crois pas un mot), croyez que je déplore sincèrement votre abstention. Il m’intéresse fortement de savoir pourquoi et comment l’eau mouille-t-elle, selon les conditions météorologiques locales, ou sur la meilleure façon de faire pousser les cheveux – voire de les couper en quatre.

      Bien entendu je fais partie de la cohorte honnie des défenseurs de « l’insupportable NéoBirt7 », dont je trouve un peu fort qu’on le veuille réduire à un simple monstre d’érudition dans un domaine extrêmement réduit et balisé, en lui déniant l’étendue de sa culture. La ruse de ce cher Lombard (qui nous manquerait tout autant s’il lui venait à l’esprit de nous priver de ses réjouissantes interventions prudhommesques) est un peu cousue de fil blanc, nous ne sommes pas dupes de sa bénévolence proclamée.

    • De voir votre nom s’afficher, m’a soudainement tiré de la léthargie dans laquelle j’étais en passe de sombrer depuis quelque temps, Zino.

  71. Le prix de l’occasion des Pleiade ne dépend pas de la valeur littéraire de l’auteur mais de la rareté de l’édition. C’est parmi les auteurs les moins courus – à tort ou à raison – qu’on peut trouver les prix les plus élevés, ou parmi les éditions récentes dont l’offre d’occasion est réduite. Brumes présente plus haut les éditions épuisées et les prix usuels. Il y a sans doute beaucoup de personnes qui collectionnent les Pléiades sans les lire, et ce sont celles-ci qui font le marché… Je n’ai pas lu Polybe et je peux donc juger s’il mérite de dépenser 100 euros.
    Ah si vous ne connaissez pas encore Gracq, vous êtes un futur lecteur heureux.. achetez les 2 volumes.

    • En effet, quelle chance d’avoir la possibilité de découvrir Julien Gracq !
      Surtout ne vous laissez pas décourager par le style curieusement qualifié de surréaliste des deux premiers romans (« Au Château d’Argol » et « Un beau ténébreux »).
      « Le Rivage des Syrtes », probablement l’un des tous meilleurs romans français du XXe siècle, est à lire et à relire à l’infini, .
      Quant à ses essais sur la littérature, ils ne manqueront pas de vous amener à découvrir ou redécouvrir tous ces auteurs dont Julien Gracq parle avec ferveur. C’était un auteur admirable et un véritable professeur, au sens noble du terme, dont la culture était réelle – solide, immense, étendue à de multiples domaines – et qui savait à la fois transmettre, donner envie et rester simple et accessible.

    • Polybe est sorti en Quarto avec la même traduction qu’en Pléiade, par Denis Roussel. Par contre, je ne sais pas ce qu’il en est des appareils critiques…

  72. Puisqu’il a été question de Montaigne récemment sur ce blog, que pensez-vous de l’édition aux PUF (Quadrige) en trois volumes ? Ou avez-vous une édition à recommander ? L’offre est pléthorique, la dernière en date dans la collection Bouquins (dont la quatrième de couverture serait plutôt pour me dissuader de l’acquérir).
    J’en profite pour pointer vers un texte d’Antoine Compagnon sur le sujet: https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_2009_num_153_2_92512

  73. Bonjour, voici le compte-rendu datant de 1974 du premier volume de la correspondance de Flaubert signé Alison Fairlie (https://www.independent.co.uk/news/people/obituary-professor-alison-fairlie-1495305.html) et paru dans French Studies, Volume xxviii, N°1.

    Flaubert: 𝘊𝘰𝘳𝘳𝘦𝘴𝘱𝘰𝘯𝘥𝘢𝘯𝘤𝘦. 𝘛𝘰𝘮𝘦 𝘐 (𝘫𝘢𝘯𝘷𝘪𝘦𝘳 1830 𝘢̀ 𝘢𝘷𝘳𝘪𝘭 1851). Edition établie, présentée et annotée par Jean Bruneau. (Editions de la Pléiade). Paris: Gallimard. 1973. xxxix + 1177 pp. 68 F.

    The eagerness with which this edition has been awaited will be matched by the pleasure of using the first volume. Important 𝘪𝘯𝘦́𝘥𝘪𝘵𝘴, correction and re-dating of many hitherto faulty or incomplete texts, very full annotation, occasional pungent critical asides on previous work or on new work needed: all these make it a landmark in Flaubert studies, an essential 𝑖𝑛𝑠𝑡𝑟𝑢𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑣𝑎𝑖𝑙 for specialists and a joy for any reader.

    The Introduction discusses principles of inclusion and presentation, outlines the chequered history of previous publications, and suggests (while rightly insisting that ‘les vrais chefs-d’œuvre de Flaubert sont ses romans’) the special value of Flaubert’s correspondence. The very brief 𝘊𝘩𝘳𝘰𝘯𝘰𝘭𝘰𝘨𝘪𝘦 of life and writings might with advantage be expanded in a future volume. The 785 pages of text are followed by four Appendices presenting documents of which only fragments had previously been published: extracts from Maxime Du Camp’s letters to Flaubert and from Louise Colet’s 𝘔𝘦𝘮𝘰𝘳𝘢𝘯𝘥𝘢 (the latter a new discovery); 23 letters from Du Camp to Louise Colet, and eight brief selections from Alfred Le Poittevin’s letters to Flaubert. There are 316 pages of valuable 𝘕𝘰𝘵𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘝𝘢𝘳𝘪𝘢𝘯𝘵𝘦𝘴, followed by a Bibliography comprising main previous editions of the 𝘊𝘰𝘳𝘳𝘦𝘴𝘱𝘰𝘯𝘥𝘢𝘯𝘤𝘦, a selection of books and articles on it, and a useful list of reference works, particularly on Normandy (the annual bibliographies by O. Klapp and by R. Rancœur should figure on p. 1157).

    M. Bruneau is unduly modest about the proportion of 𝘪𝘯𝘦́𝘥𝘪𝘵𝘴 contained in this volume, and points out that it will be higher in subsequent ones. He indicates that there are 10 new letters of Flaubert, and a further 89 which had been published only in part. But he provides new material in two other vital ways: first, by the large number of small but essential emendations to previous texts and their dating (we no longer have such delightful misreadings as ‘Panurge fuyait les loups’, p. 384); second, by the inclusion of letters from some other correspondents to Flaubert. Much as the editor (and we) might have wished to have in complete form the subsisting letters to Flaubert, yet the vast amount of such material, and the fact that often letter and reply do not both survive, caused the decision ‘de ne publier 𝘪𝘯 𝘦𝘹𝘵𝘦𝘯𝘴𝘰 et à leur date que les correspondances suivies qui ont été conservées’: in the present volume, letters from Flaubert’s father, mother and sister, and from Louise Colet. A different principle has been adopted for Du Camp and Le Poittevin. From Du Camp’s letters to Flaubert, M. Bruneau has selected ‘les passages concernant Flaubert et son œuvre’, from Le Poittevin’s he has chosen a few brief extracts. The interest of the letters from the family (in the text) and of those from Du Camp to Louise Colet (Appendix III) is considerable. It is to be hoped that in future volumes M. Bruneau will be able to include as much as possible of interchanges from other correspondents.

    M. Bruneau has met the frustrations familiar to editors of correspondences: on the one hand, occasional refusal of permission to publish; on the other, dispersal of documents to unknown destinations. Authorisation to print ten extra letters to Ernest Chevalier was refused; the existence of each is indicated at its place in the text.

    The notes indicate the collections in which autographs were at the time of collation; where only copies were available, the introduction makes clear the relative accuracy of different sources. The explanatory annotations draw with acknowledgement on material from previous reliable commentators and add much new information: further elucidation of references to people, places and works of art; summaries of, and quotations from, less familiar works read by Flaubert; indication of some of the very many important parallels with the novels. It is a pity, though again understandable, that there could be only a selection from the plethora of interesting cross-references to the travel-notes. There are occasional firm comments on how the facts run counter to some interpretations put on them (e.g. pp. 844 and 1100 on 𝘓’𝘪𝘥𝘪𝘰𝘵 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘧𝘢𝘮𝘪𝘭𝘭𝘦). One regrets that there cannot be a separate index to each volume, to make immediately available the rich detail bearing on a whole period as well as on Flaubert himself.

    A review is not the place to discuss the new insights offered by these texts, from the eight-year old’s Paean to Friendship on the first page to the lively praise and blame of Bouilhet’s poems in the last letter. This new edition gives us, not a different Flaubert, but a much enhanced knowledge of reactions to books read, to plays and pictures seen, to individual affinities and general antipathies. All readers will keenly hope that the next volumes may emerge rapidly.

    Alison Fairlie, Cambridge.

    Vain espoir! Le dernier volume est sorti trente-quatre ans après en 2007. Jean Bruneau lui est mort en juin 2003 avant d’avoir achevé l’édition. Le romancier Julian Barnes lui a rendu hommage dans le Guardian peu de temps après. Voici le lien : https://www.theguardian.com/books/2003/jun/28/classics.julianbarnes

    • Personnellement, ce sont trois de mes poètes préférés du XXe siècle : la poésie un peu hautaine et cosmique de Saint John Perse semble écrite par un prêtre égyptien ou maya mais son intemporalité en fait tout le charme. Ponge, lui, est ultra-moderne et se lit à la loupe. C’est un enchantement pour les linguistes et amateurs de jeux de langage. On découvre des détails et on devient un entomologiste des mots avec lui. Char est peut-être le plus obscur des trois, une sibylle de Cumes, un oracle de Delphes. Il me fait penser à Parménide ou Lycophron. Attention, certaines maximes sur lesquelles on s’extasie n’ont peut-être pas de vraie signification. Ravi de voir que vous intéressez à ces écrivains mais il y aussi Valéry, Apollinaire, Michaux, Eluard, Césaire.

    • Je ne sais si Renée Ventresque apporte des éléments factuels nouveaux dans l’analyse de cet ouvrage – c’est à souhaiter – mais quant à se vanter d’avoir découvert le plus grand secret depuis l’exhumation de Toutankhamon, il ne faudrait pas exagérer, sauf à vouloir s’inscrire en bonne place parmi les inventeurs de l’eau chaude !

      Dès l’époque de sa parution, dans les années 70 (alors que je vivais – tout petit poisson, menu fretin – dans le vivier des Lettres parisiennes), le fait était connu de tous ceux qui s’intéressaient à la question et chacun faisait des gorges chaudes de « la Pléiade Saint John Perse, à la gloire de Saint John Perse, par Saint John Perse lui-même » ! L’histoire des vraies-fausses Lettres écrites pour l’occasion y compris, ainsi que les « arrangements » biographiques, les règlements de compte, l’auto-hagiographie, les notes, etc. Seuls Le Point et Renée Ventresque, habitant dans une contrée lointaine, sans moyen de communication, devaient n’être pas informés – en 2015 !

      Ceci étant dit, il ne faut surtout pas toucher à cette vache sacrée, à cet objet improbable, cet oeuvre ultime du poète, car, comme le dit fort justement Renée Ventresque elle-même, en conclusion de son entretien :

      « On ne touche pas aisément à la statue de Saint-John Perse… Il ne faut pas le regretter. D’abord parce que cela n’empêche pas les critiques littéraires et les historiens de faire leur travail ; ensuite parce que, telle quelle, la Pléiade reste ce qu’elle est, la dernière création d’un poète qui prend place ainsi aux côtés des aînés qu’il admirait, Hugo, Chateaubriand. »

      Quant à la mythomanie, c’est la qualité la mieux partagée au sein de la « gendelettres » (et cela depuis des millénaires, dès le début du commencement de l’apparition de cette espèce sur terre) et, en ce domaine, nul n’arrive à la cheville de l’ineffable Céline.

      • En fin de compte, ce qui distinguerait Saint John Perse de ses semblables (Céline pré-cité, Cendrars, Gary, pour citer seulement quelques contemporains, jusqu’au sympathique Marcel Pagnol qui prétendait être né le jour de la première projection cinématographique, et avoir cru être invité à son propre anniversaire lorsqu’il fut invité au 40ème anniversaire de ladite projection par le vieux M. Lumière), par une assez incroyable naïveté.

        Ses « habiletés » sont tellement cousues de fil blanc qu’elles font penser aux histoires que raconte un enfant pour dissimuler à ses parents ses petites délinquances. C’est pourquoi depuis toujours, on en sourit et on lui pardonne (à Saint John Perse).

        • On ne lui pardonnera pas si facilement d’avoir abusé de la confiance de la veuve Rivière pour obtenir les originaux de la correspondance qu’il avait entretenue avec le directeur de la NRF, Jacques Rivière. Non content d’avoir lamentablement tout revu à son avantage, ajoutant ici, retouchant là, en vue de son Pléiade, il a détruit le reste.

          • ça c’est moche, effectivement (la destruction) ; pas d’illusions, il y a (comme ailleurs, peut-être même encore moins qu’ailleurs, tant le narcissisme exacerbé y est une seconde nature) très peu de gens fréquentables dans la gendelettres.

  74. Mon bouquiniste a, depuis hier, un exemplaire de Monte-Christo de Dumas en Pléiade, absolument comme neuf, qu’il propose au prix de 25€ (je peux encore gratter deux ou trois euros dessus). J’ai l’impression de connaître par coeur ce roman et je n’en possède que la vieille édition en deux volumes Marabout Géant : nostalgie d’enfance, je ne les ouvre jamais de peur de les séparer en deux…

    Une courte intro de Sigaux et chronologie (une vingtaine de pages), et une soixantaine de pages de notes et de documents sur les sources de l’oeuvre.

    J’hésite. J’en appelle aux connaisseurs. Est-ce que ça vaut le coup ?

    • Cher Domonkos,
      Je vous propose un jeu : Il y a deux fautes d’orthographe dans le cœur du texte de l’édition Pléiade du Monte Cristo (sans ‘h’).
      Si vous les trouvez, je vous envoie un livre de poche (oui, je sais, c’est la dèche).
      Et : J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire dans cette édition. C’est ma première Pléiade !

      • Ah sympa. Le hasard fait parfois bien les choses.

        Je dis, j’hésite, mais n’est-ce pas de la coquetterie ? Ne sais-je pas, au fond de moi, que je ne résisterai pas à la tentation ? En attendant je me donne le frisson d’inquiétude de laisser le livre à la portée d’un autre acheteur… Ai-je envie qu’il se présente et me débarrasse de la tentation, ou bien qu’il ne se présente pas, auquel cas je me dirais que ce livre doit m’être destiné ?

        N’empêche, il n’y a pas en moi que le flâneur qui achète et lis des livres au gré du hasard et de sa fantaisie, il y a aussi le mec vachement sérieux, qui aime savoir si, sérieusement, cette édition est sérieuse.

        • La Pléiade de « Monte-Cristo » est une relique à l’introduction particulièrement indigente ; vous en trouverez une très convenable (61 p.) dans l’édition Jacques-Henry Bornecque en deux tomes de la collection « Selecta » (1956), reprise aux Classiques Garnier en 1962 et dont il existe divers tirages jusqu’à la fin des années 80. L’annotation, très sporadique, de Bornecque ne vaut par contre pas celle dont C. Samaran a enrichie ses éditions Garnier des « Trois Mousquetaires » et de « Vingt ans après », mais « Monte-Cristo » se passe mieux d’exégèse que les deux autres pavés de Dumas.

          • A vrai dire, guère d’illusions sur l’intro, dont j’ai lu les premières lignes et compris immédiatement la non nécessité ; je m’interroge un peu plus sur la qualité des notes et la pertinence des documents, mais là aussi sans grande illusion. Mon ambition se borne à souhaiter qu’elles ne soient pas trop stupides et de nature à gâcher mon plaisir d’avoir en mains ce joli ouvrage : quand il m’arrive (de plus en plus souvent) de lire des notes qui « enfoncent des portes ouvertes », me prennent pour un semi-analphabète, j’ai toujours la solution de ne pas les lire, mais leur simple présence m’incommode. (Depuis que vous en parlez, je ne passe plus mon chemin en détournant le regard, quand je tombe sur des Ganier d’antique noblesse, comme je faisais avant : elles sont inégales, mais quelquefois fort intéressantes et, du coup, des taches jaunes commencent à parsemer ma bibliothèque, ce qui n’est pas du tout un signe de mauvaise santé.)

            Ceci étant dit, il est vrai que Monte Christo n’appelle pas forcément une édition savante, j’eusse aimé qu’elle fût simplement honorable. Et, comme dit à peu près Lombard, à 25€, voire 22, dans un état neuf (jamais ouverte, cela se voit à certains détails subtils), pourquoi regimber ? A cheval donné, on ne regarde pas les dents…

          • Et les 3 mousquetaires est-il du même acabit en Pléiade. Je voudrais le lire avec mon fils qui entre au CE2.

          • Les Trois Mousquetaires, oui, évidemment. Les yeux fermés.
            Cela dit – mais ce n’est qu’un avis personnel – lire un Pléiade à 10 ans, n’est-ce pas une contrainte un peu forte que de respecter le précieux objet avec sa reliure relativement fragile et son papier bible ?
            J’ai lu Les Trois mousquetaires pour la première fois aux alentours de 12 ans, ça m’avait enthousiasmé; rétrospectivement je pense que j’ai eu de la chance de le lire dans une édition de poche empruntée à la bibliothèque : j’ai pu le lire partout, sans précautions excessives, malgré mon respect de l’objet. J’avais enchaîné avec Vingt ans après et j’ai réitéré cet enchaînement il n’y a pas si longtemps. C’est toujours aussi bien.
            L’éditeur aura-t-il un jour le courage de publier en Pléiade le Vicomte de Bragelonne, troisième partie de cette trilogie qui représente à elle seule autant de pages que les deux premières ?

      • Je viens de me rendre compte que j’ai effectivement la mauvaise habitude d’ajouter un « h » à MC. Toutes mes excuses, cher Draak !

    • Domonkos, si c’est pour toi un livre mythique et que tu aimes La Pléiade (il me semble que c’est oui pour les deux), ce serait vraiment bête de rater un exemplaire quasi neuf à 25 €…
      Et puis, quel plaisir de lire – enfin – ce chef-d’œuvre dans La Pléiade. 🙂
      Bonne journée.

  75. La Pléiade Villon de J. Cerquiglini-Toulet (je n’ai pas regardé de particulièrement près le dossier documentaire auquel a collaboré L. Tabard) a fait l’objet d’une réception enthousiaste dans les médias écrits et les pure players. Pour en avoir digéré de larges tranches, mon opinion est assez mitigée ; s’il s’agit sans conteste d’une prestation beaucoup plus soignée que les Lais du Moyen Âge, l’autorité de l’éditrice, une médiéviste senior à l’autorité incontestable mais qui ne s’est, que je sache, pas spécialement intéressée à Villon (auquel elle n’a contribué qu’un ou deux articles), laissait escompter une édition bilingue plus tranchante. Or, en dehors de quelques propositions nouvelles de traduction et de certaines idées neuves en manière d’exégèse littéraire, les premières moins souvent convaincantes que les secondes, et d’une préface (pp. IX-XL) brillante mais pas du tout adaptée à des néophytes ni aux étudiants, cette Pléiade ne fait guère preuve d’originalité critique et textuelle. Il ne faut malheureusement pas plus compter sur elle pour digérer l’apport de la dernière grande édition critique et commentée originale, celle de J.-C. Mühletahler chez Champion (2004) que pour prendre position, sur le plan biographique, à l’égard de l’étude qui fait désormais autorité (G. Pinkernell, “François Villon. Biographie et études critiques (…)”, Heidelberg 2002, référencée en tout et pour tout une fois dans la préface, p. IX et note 2, non sans une certaine désinvolture : “même les biographies qui se veulent critiques, si soigneuses soient-elles, finissent par donner voix aux hypothèses de leurs auteurs. Pourquoi a-t-on besoin avec cette force de la vie de l’auteur ? Pourquoi et comment l’œuvre crée-t-elle son auteur ?”). Ayant ainsi évacué tout biographisme, contre la tendance d’un siècle et demi d’éditeurs et de commentateurs, Cerquiglini-Toulet a les coudées franches pour développer un brillant morceau de critique littéraire sui generis ; l’indubitable y voisine sans cesse avec le discutable, voire l’absurde, certaines idées étant même si anachroniques et saugrenues qu’on peine à y voir autre chose que le désir d’épater des néophytes (“la conception qu’a Villon de l’existence dessine la forme d’une croix. La branche horizontale trace la condition de ce bas monde qui mène à la mort et à l’horizontalité du tombeau (…). La verticale serait la vie, la station debout, l’espoir du salut et de la résurrection (…). Mais la verticale, c’est aussi celle que dessine la corde du pendu” ; je plains sincèrement l’étudiant de classe préparatoire ou de premier cycle universitaire qui tenterait de replacer cet ignis fatuum rhétorique dans un devoir de littérature). Le texte est établi, essentiellement d’après Rychner-Henry et Dufournet (la recension de Mühlethaler fait bande à part, qui revient à la tradition de l’édition Lognon-Foulet en admettant de nombreuses entorses au texte du manuscrit C) et commenté par Cerquiglini-Toulet d’une manière qui jure singulièrement avec ce désintérêt envers la reconstruction biographique. Pour prendre un seul exemple : en Lais, VI 3 (v. 43), la Pléiade imprime comme tout le monde je m’en vais à Angers en développant, dans la longue note 6 de la p. 744, une exégèse de ce toponyme si purement éjaculatoire qu’il est permis de douter de sa réalité ; une attitude moins aléatoire aurait consisté à retenir la leçon du ms. F je m’en vais à dangiers, “j’en cours le risque”, avec Mühlethaler (voir sa note en haut de la p. 68). Comme l’écrit Thiry dans son édition annotée (sans traduction) de la collection Lettres Gothiques, “ce ‘voyage à Angers’ continue à faire problème” (p. 62). La traduction de la Pléiade charrie un nombre, à mon avis, trop élevé de rendus inexacts, que l’éditrice ait été induite en fausse nouveauté par un désir de variation ou qu’elle s’aligne à mal sur un prédécesseur. En Lais, IV 1 (v. 25), en ma faveur ne signifie pas “pour moi” mais “pour favorables”, comme l’avaient bien vu Lanly en 1969 et Dufournet en 1984 ; en IV 8 (v. 30), au grand besoing ne devait pas être traduit, comme Mühlethaler, “dans le plus grand besoin”, mais “à l’instant décisif” (Lanly), “au moment critique (Dufournet)”, “à un moment critique” (Thiry en note) ; le huitain 6 tout entier est rendu d’une manière innovante, en dépit hélas de la lexicographie ; en VI 1 (v. 41), Cerquiglini-Toulet retient le possessif ses contre toute vraisemblance, à preuve puisqu’il est traduit par le démonstratif “ces” ; en VI 5 (v. 45), sa grace transcrit (avec le circonflexe requis par l’orthographe moderne) plutôt qu’interprété constitue une scorie de Dufournet ; plutôt que ce calque obscur, il convenait de donner en clair l’intention évidente de Villon, à savoir “sa faveur” (Rychner-Henry en commentaire, Lanly), “ses faveurs” (Mühlethaler) ; au second hémistiche de ce même vers, la Pléiade établit mal le texte, dans le sillage de Thiry et de Mühlethaler (il faut lire non pas il me convient partir, qui ferait un bien grossier doublon avec le v. 2 de ce huitain, cf. Rychner-Henry, mais ne me departir, avec Lanly, Rychner-Henry, Dufournet) ; en VII 2 (v. 50), le si adversatif / concessif (“pourtant” Rychner-Henry et tous les traducteurs) de l’apodose si faut il que je l’eslongne a été omis, nous donnant la traduction bancale “il faut que je m’éloigne” ; etc. Je me refuse, en revanche, à prendre parti touchant à la qualité du commentaire, sachant combien délicate était la âche.

    • Excellent, le coup de La Croix… Chacun porte la sienne, c’est bien connu. Merci, cher NéoBirt7, de nous avoir – outre votre savant commentaire – montré le côté comique d’une Pléiade par ailleurs si sérieuse.
      Pour ce qui est des diverses lectures de ces textes anciens, imaginez l’abîme de doute dans lequel se trouvent les béotiens de mon espèce ! A quel Saint (Savant) se vouer ?

      • Villon est de ces auteurs pour lesquels on ne saurait absolument pas se contenter d’une seule interprétation. Les guides les plus sûrs restent la traduction richement commentée d’André Lanly (Paris, Champion, 1969, 2 vol. en pagination continue de 436 p., pour les textes « en clair » ; établi d’après la dernière mouture de l’édition Longnon-Foulet, par conséquent sur un texte systématiquement éclectique), qui a été remaniée en 1991 (original d’après Rychner-Henry, traduction révisée, notes abrégées), et la version bilingue de Jean Dufournet, avec commentaire de 90 pages dans la mouture GF (Paris, Imprimerie nationale, 1984, réimprimé en Garnier-Flammarion, 1992 ; modifie le texte stabilisé par Rychner-Henry, lequel repose essentiellement sur le manuscrit C). La grande édition Rychner-Henry (grande par sa rigueur et la richesse de son commentaire philologique, car il s’agit de 5 volumes en format poche, Genève, Droz, 1974-1985) n’est pas recommandable pour des débutants, entre son austérité, l’absence de traduction, sa nature presque purement critique ; elle est également des plus rare en occasion. La meilleure des introductions à Villon reste les prolégomènes ajoutés par Dufournet à l’édition – très peu fameuse : pas de notes ni de traduction, texte en ancien français muni de gloses en style télégraphique – donnée par André Mary aux Classiques Garnier (1954) lors du retirage de 1970 ; on y trouvera une excellente biographie dans la préface (une vingtaine de pages), suivie par un riche essai sur la poétique de Villon (une quarantaine de pages) ; elle a vieilli et repose de trop près sur les deux premiers tomes des « Recherches sur le Testament » de Dufournet, mais demeure très suggestive, ne serait-ce que par sa forme classique, qui la met au-dessus de la propre introduction du même Dufournet à son édition que de celles de Lanly et a fortiori de Mühlethaler.

        • J’ai bien trois ou quatre Villon, dont un chez Garnie, faudrait que je regarde de plus près de quelles éditions exactement il s’agit. Depuis plus d’un demi-siècle qu’il m’accompagne, je n’irais pas jusqu’à dire journellement mais tout de même… j’ai la faiblesse de croire que j’ai dû finir par, non pas en connaître la substantifique moelle, mais au moins une part…

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