La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

2 907 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Bonjour Pleiadophile
    Je partage également vos propos ; et pour avoir dit que certains auteurs n’étaient plus « vraiment » lus, cela ne signifiait pas qu’il ne fallait plus les lire ou les faire lire… C’est juste que les auteurs en question, nécessitent un travail préparatoire un peu plus important, que certains « très » jeunes enseignants (habitués justement aux deux triumvirats traditionnels : Racine, Molière, Corneille ; Hugo, Balzac, Stendhal) refuseront peut-être de faire.
    Mais je m’éloigne du débat sur les conditions historiques de la réceptivité.
    Quant à ce qu’est devenu la télévision aujourd’hui, autant relire Sénèque et garder son calme… Je suis abonné à l’INA et j’ai revu récemment « La double inconstance » dans la mise en scène de Bluwal. Un modèle d’intelligence ! Et surtout un modèle de démocratisation de la culture. Ce genre de miracles n’existe pratiquement plus aujourd’hui…
    PS : j’ajoute volontairement l’adverbe « pratiquement » afin de modaliser mon propos, de sorte que l’on ne me réponde pas que je catégorise trop violemment.
    .

  2. Je souhaite remercier les derniers intervenants pour ces réflexions – et notamment quatre d’entre vous dont je partage assez souvent la sensibilité ou le ressenti : brumes, Restif, zino et pléiadophile. Cela nous change de la déploration des auteurs absents du catalogue, de l’éreintement des choix de Gallimard et de certaines considérations de haut vol dont le lien avec La Pléiade m’échappe. 🙂
    Je crois comprendre à travers vos échanges que la plupart d’entre vous sont universitaires, enseignants, chercheurs… Je suis pour ma part un pauvre humble lecteur qui ne possède aucun bagage littéraire universitaire.
    Je viens de terminer conjointement le Journal de Jules Renard et Le Château de Kafka. J’ai adoré ces ouvrages.
    Je fais une grande confiance à Gallimard pour le choix des œuvres qu’ils éditent dans La Pléiade. Cette collection m’a permis de me forger l’amorce d’une culture littéraire. Je suis bien conscient qu’il doit exister des écrivains qui ne figurent pas encore au catalogue et que, peut-être, quelques uns qui y figurent et dont la sélection aurait répondu à des impératifs « commerciaux » ne seraient pas prioritaires.
    Toutefois, si un jour j’arrivais à lire ne serait-ce que la moitié du catalogue Pléiade, je considèrerais que c’est déjà pas si mal et je ne pourrais que m’en féliciter et remercier Gallimard.
    Je reste donc un lecteur satisfait, enthousiaste et passionné, qui continue à vous lire avec curiosité, amusement et parfois plaisir.

    • Ouf ! Vous me sauvez in extremis du geste fatal que je m’apprêtais à accomplir… J’avais déjà la corde autour du cou et le tabouret vacillait sous mes pieds.
      Je commençais à croire que j’étais le seul intervenant sur ce blog à n’être ni prof ni universitaire (plutôt univers si terre-à-terre).
      Merci.

        • Oups ! Pardon, Brumes, j’avais votre nom au bout du clavier et puis, horreur ! il m’a échappé. Mais vous êtes plus qu’un simple intervenant, vous êtes le boss, cela pourrait justifier omission ( avec pas mal de mauvaise foi).

      • Notre ami Draak est, je crois, expert comptable. En sus d’être un gros lecteur -quand le temps lui en laisse le loisir – c’est un intervenant charmant. Nous avons eu un scientifique,Ahmed, qui s’est un peu exclu (à mon grand regret) de lui-même. Certains travaillent plutôt dans l’édition -Tigrane je crois.Je n’ai pas eu l’impression que Geo soit professeur. Et j’en oublie -dont celui qui passa à la télévision! La lecture est une passion transversale.

        • Merci ami Restif pour votre bon souvenir. Mes loisirs du moment consistent à réserver un nom de domaine pour « le site des meilleures éditions », que j’ai promis à tous ici même avant la fin de l’année. « lebouledoguequilit.fr » ? (Non : trop « private joke »)
          « lirelesclassiques.fr » ? (Non : tellement plat !)
          « uneviedhomme.fr » ? (Non : trop « genré »)

          Contrainte : un nom qui interpelle ; pas d’accent (qui ne peuvent être reproduits dans une adresse de site).

          Des idées ?

  3. Oh, mais je suis tout à,fait d’accord avec votre analyse pléiadophile. Déjà à la Belle époque certains noms n’étaient connus que de bien peu de gens. Et aujourd’hui celui de Claude-Louis Combet ne court pas vraiment les plateaux où se tressent les couronnes. Oui, effectivement, je visais surtout la déferlante médiatique qui va toujours plus bas vers la stupidité. Effectivement, ou sont donc passé les émissions de Dumayet, celle de Robert Mallet qui ,ne discutât pas qu’avec Léautaud ou, dans un autre genre, qu’est devenu le génie inventif d’un Averty ou celui d’un Jacques Rouxel? (Les shadocks). Ou de simples divertissements comme Le défi et autres émissions des frères Rouland, sans oublier Tac-au tac ?. A ce qu’on m’en a dit le niveau était assez honorable.
    Je sais qu’il ne convient guère à notre ère policée de dresser un état des lieux quand celui-ci tire vers un certain pessimisme. Pour autant, si on m’a lu, j’ai bel et bien écrit que je ne doutais pas de l’existence d’artistes qui continuaient dans l’ombre les grandes traditions. Dans le monde diplomatique sont régulièrement reproduites des peintures modernes et il y en a certaines que je trouve remarquables. Maintenant, c’est vrai que je vois pas qu’un Bach ou qu’un Wagner ait surgi depuis une cinquantaine d’années, mais peut-être qu’Olivier Messiaen les égale. Je l’ignore .Par contre, toute l’école bruitiste, les réalisions de l’Ircam, Boulez, tout cela me semble bien loin de Schoenberg. C’est un peu comme le lettrisme d’ Isou, s’il y a du génie là-dedans alors j’y reste imperméable.
    Je veux bien que la phrase sur la démocratisation des goûts soit mal venue (au reste, elle ne signifiait pas grand chose à la relire), je n’en pense pas moins que, dans leur majorité, ceux qui composent les troupeaux qui se rendent à telle ou telle exposition n’y vont pas par amour de l’artiste exposé. Vous changeriez le nom, vous leur assureriez que c’est un génie et qu’il faut y aller, qu’ils iraient tout aussi bien. Je me souviens encore de cette charmante solitude dans ce petit musée où l’on avait rassemblé des œuvres de Félicien Rops pour une commémoration de l’artiste… Quel bonheur… Je n’aime pas les « événements culturels ».
    De toutes façons, l’amour de Sade ou de Proust, un amour personnel, pas pour la galerie, ça ne se démocratise pas. Malgré cette peu heureuse formule j’ai quand même écrit que les gros succès avaient la plupart du temps été, au 19eme, pas aujourd’hui, de mauvais livres. J’ai même cité Ohnet et Feuillet (« Le roman d’un jeune homme pauvre »). . J’ai également dit, non pas que Gide, Valéry, Claudel etc avaient plus de lecteurs à leur époque. J’ai dit que longtemps, Gide n’avait eu qu’un petit lectorat. 2000 personnes ai-je-écrit, Sans doute moins. Mauriac s’édita d’abord à compte d’auteur, comme son maître Barres et comme tant de gens à son époque. Et Claudel a sans doute eu un nombre honorable de spectateurs, mais pas beaucoup de lecteurs. Au reste, il ne se porte pas si mal, voir les deux merveilleux tomes du « Poètes et la bible » sortis chez Gallimard, qui contiennent des merveilles. C’est d’ailleurs cette lecture,qui m’a fait réellement découvrir Claudel, notamment « Au milieu des vitraux de l’Apocalypse. » Le style se déploie en un panache d’étoiles et les adjectifs scintillent dans cette phrase habitée de fulgurances où le verbe s’élève jusqu’à l’éblouissement. Et si je crois qu’une certaine bourgeoisie lettrée a disparu, faute de temps pour lire -il n’y a plus de rentiers, plus autant, plus les mêmes- il me semblait avoir laissé entendre qu’il n’y a guère d’avantage de gros lecteurs aujourd’hui qu’hier.

    Vous parlez « élite autoproclamée » zino. Je ne sais où vous la trouvez chez moi car, je n’en ai pas dit un mot.Cependant, qu’il existe une élite me semble relever de l’évidence. J’ai rencontré des gens, qui m’ont fait me sentir bien petit. Un mot sur les programmes : faire du Hugo et du Balzac, c’est certes très bien, -on aurait pu parler de Flaubert et de Stendhal- mais ce n’est pas accéder à la culture au sens personnel du terme. On reproduit le jugement des universitaires précédents. Mais ce n’est pas là qu’on à chance de rencontrer L’Eve future, Le Désespéré (il existe désormais en Gf avec une superbe édition annotée de Pierre Glaudes)- un roman de, Ramuz, ou le Voleur de Darien que Breton et quelques autres mettent si haut. J’en profite pour dire que notre époque est celle qui s’occupe le mieux d’écrivains prétendument oubliés et ardemment lus et réédités. J’appartiens moi-même à quelques associations type Les amis de Remy de Gourmont et autres Fraternelles Jean Lorrain et je puis assurer qu’on n’a jamais autant publiés sur Schwob, saint Paul Roux, Mirbeau, Fénéon etc. Non, ce que je dis, c’est qu’il y a une baisse de la culture dans sa représentation, dans son expression. Chez les libraires, les journalistes; pas en valeur absolue. J’ai quand même eu l’occasion de m’apercevoir que sur deux classes de seconde bien remplies comme on sait les faire aujourd’hui (35et 37 élèves), un seul de nos « apprenants » connaissait le nom de Flaubert. Le nom hein.. Tortillez-ça comme vous voudrez, c’eut été impensable en 1960 . Que voulez-vous, j’aime jouer les vieux cons, surtout que malgré mes anciens Pilotes je ne suis pas vieux, n’atteignant pas encore au noble rang de « senior » (Dieu que je déteste ce type d’appellation !). .Oui, je trouve que Brighelli ne dit pas que des bêtises. Le constat est souvent juste. Les causes qu’il avance par contre…Passons. A part ça il y a toujours eu une élite, je ne vois pas en quoi cela fait scandale que de le dire. Quant à moi, j’adhère pleinement à la « loi de constance intellectuelle » formulé par ce grand maître que fut Remy de Gourmont, sans doute la plus forte influence de Cendrars à en croire ce dernier. Je n’ai donc nulle impression de voir s’élever dans l’azur malsain la poussière soufrée tourbillonnant sous le choc répété des sabots des chevaux des noirs cavaliers surgissant comme tombe le rideau rouge sur la tragi-comédie humaine. Je dis plus simplement que la vulgarité et l’inculture sont devenus bien plus voyantes. L’exemple des émissions télés donné par pléiadophile est on ne peu plus parlant. Est-ce qu’on tire le public vers le bas où s’y précipite-t-il lui-même, Je l’ignore. Ce que je sais c’est que le nombre, Einstein l’avait remarqué, n ‘a jamais été bon pour la beauté et la haute culture. Les salles de classe échappent à cette malédiction du fait de l’existence d’un chef d’orchestre. J’en profite pour dire que je ne blâme aucunement les professeurs pour l’ostentation de la vulgarité et de l’inculture dont je parlait et dont la télévision ou les commentaires des blogs très lus témoignent.. Pour connaître ce métier j’atteste qu’une grande majorité de professeurs se donnent tout entier à leur tâche. J’ai remarqué que si on pouvait réussir à faire passer le dix-neuvième, cela devenait nettement plus ardu avec le dix-huitièmeLes élèves, ne comprennent pas les textes. L’ironie d’un Voltaire leur échappe totalement. Et comment voulez-vous qu’ils comprennent le discours du vieux tahitien de Diderot dans « Le supplément… » alors qu’ils n’ont aucunes références chrétiennes alors que le texte en est chargé jusqu’à la gueule textuelle de ce canon sémiotique? Ce n’est pas uniquement un problème de vocabulaire. Çà va plus loin que l’absence de références culturelles communes au texte et à son lecteur. C’est le paradigme même sur lequel se base l’interprétation qui a changé, qui est autre. C’est désormais affaire d’histoire des mentalités. On pourra toujours étudier les techniques de l’argumentation. Ce qu’on n’expliquera pas c’est la logique symbolique qui est à l’œuvre dans le texte.A moins de sacrifier totalement la complexité, donc la richesse de l’écriture de Diderot. A tuer ce qui fait qu’un texte est littérature. Je m’arrête là. Mais ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne pense pas que les élèves ou les gens soient plus bêtes (voir la loi de Gourmont). Par contre je suis bien certain que nous ne sommes pas dans une de ces périodes qui deviennent légendaires comme le grand siècle, le siècle de Périclès ou l’âge d’argent russe. Pour en arriver à avoir du Hanouna comme vedette préférée des français et voir Bigard remplacer Devos…. Je n’oublie cependant pas que le Pétomane fut en son temps l’une des plus grande vedette de France. Et je ne pense pas que Tabarin ait toujours eut l’humour léger. Disons que la loupe médiatique et la logique financière agissent comme des grossissants. Je cherche vous savez…
    Il faudrait aussi, oh combien! dissocier apparence et fond et les analyser soigneusement. Je suis déjà bien long; je m’en excuse et ferai désormais attention. Il me fallait bien répondre…Et dire qu’au début je ne faisais que tenter de mettre en relief la logique de causalité qu’on voit si clairement à l’œuvre entre l’évolution de la Pléiade et notre époque.

    Domonkos : ce que vous dites de la folie m’intéresse grandement. Un ami psychiatre me disait qu’une part de folie était nécessaire. Évidemment, on doit se garder comme du diable de faire du bas romantisme sur certains cas tragiques, ainsi d’Holderlin. Je pense que le combat de Nerval pour maitriser ses visions en les intégrant à une œuvre raisonnée est l’un des plus honorable qui soit pour l’humanité.

  4. Cher Restif, vous citez Messiaen (que je révère) ou Boulez (que j’exècre comme « ayatollah » de la musique contemporaine mais goûte fort et place très haut comme musicien), mais ils appartiennent déjà à l’Histoire : ce qu’on continue à nommer illégitimement « Musique Contemporaine » est la musique du XXème siècle et non celle d’aujourd’hui).

    Mais aussi, en musique comme en art, le siècle précédent est allé si loin dans l’abstraction, jusqu’à la négation affirmée de l’art, que cela ressemble à une fin de parcours. En fin de compte, cette mode du « street art » n’est qu’un retour en arrière monumental, voire un mouvement « réactionnaire ». Retour au figuratif (Gauguin a fait beaucoup mieux que ce que j’ai vu sur les murs de Nouméa) et à la « calligraphie »… Il n’a de neuf que ses supports (et encore, les graphitis ont plusieurs millénaires d’histoire).

    De même, en littérature, hormis une secte infime de poètes proches de l’abstraction, que vous fustigez régulièrement, il n’y a plus d’aventure de l’écriture. Dans les années 70, tout jeune aspirant poète-écrivain, je croyais ce mouvement (avec Tel Quel, Guyotat…) infini… Avant d’en voir les impasses.

    J’ai aussi connu la machine à broyer les audaces des éditeurs, les leçons d’écriture correcte, les demandes d’alignement sur le goût supposé du lecteur moyen… Au fil des années, j’ai vu qu’on ne demandait plus à un écrivain de faire son travail d’écrivain, de travailler sa matière, de découvrir des territoires nouveaux, mais de livrer des produits qui plairaient (et seraient achetés- facilement. Des personnages dans lesquels le lecteur peut se reconnaître, des situations qui font écho à sa propre vie… Sans parler de l’arrivée ravageuse du rouleau compresseur du politiquement correct…

    La plupart des écrivains à demi-fous des XIXème et XXème siècle que vous portez (justement) aux nues, aucun ne serait plus accepté aujourd’hui par un éditeur.

    Des errements, des fausses routes empruntées dans les années 70, sur les traces du « nouveau roman » et autres collection du « Chemin »… à l’actuel renoncement qui fait que, parmi les livres paraissant actuellement, même lorsque je les trouve plaisants je n’en vois presque plus aucun qui soit « écrit », qui trahisse quelque ambition dans l’écriture, quelle mort lente et douce !…

    • Je crois que j’ai assez craché mon venin, je vais me calmer un peu en faisant quelques centaines de mètres de natation et vous laisser souffler. Après tout, il paraît que c’est les « vacances » et je ne voudrais pas gâcher les vôtres.

    • Voyez le parcours d’écriture d’un Le Clézio : il résume parfaitement l’évolution de ce dernier demi-siècle. De l’écriture audacieuse, imparfaite, des premiers livres, au joli bruit de ronronnement parfaitement digeste et au parfum de salle de bains des derniers livres…

  5. Cher Restif. Une fois de plus je ne peux qu’être d’accord avec vous dans toute la seconde partie de votre intervention ; j’ai l’impression de n’avoir pas voulu dire autre chose, par d’autres moyens, certainement plus maladroits ou bien (volontairement) plus terre-à-terre. Au passage, je demande pardon à tous pour les références que je fais à mes propres expériences, il y a là certainement quelque narcissisme (il y eut une époque où mes amis me « fêtaient » le 20 octobre au lieu du 8 août, ha ha !), mais plus encore le souci de tenter de raisonner à partir de mon vécu et de celui des autres tel que je le puis connaître, plutôt qu’à partir de concepts et d’Idées, que je maîtrise mal et dont je me méfie.

    Nerval ou plutôt l’artiste et la folie. Je vous cite : « Un ami psychiatre me disait qu’une part de folie était nécessaire. Évidemment, on doit se garder comme du diable de faire du bas romantisme sur certains cas tragiques, ainsi d’Holderlin. Je pense que le combat de Nerval pour maitriser ses visions en les intégrant à une œuvre raisonnée est l’un des plus honorable qui soit pour l’humanité. »
    Je le répète ce n’est pas la folie (ni la drogue et autres substances) qui suscite le génie et la création, mais le combat entre la folie et la raison. Cet entre-deux. Quand la folie gagne ce combat, elle engloutit l’esprit et l’oeuvre meurt. Tant que l’Oeuvre se fait, le combat est incertain et fécond. Lorsque le Fou parle, l’Artiste est réduit au mutisme.
    Oui, je ne sais plus qui a dit que Nerval a été (je résume et sans doute défigure) le plus Lucide des Fous. Rarement un artiste aura rapporté des territoires de la Folie des trésors tels que ceux qu’on trouve dans « Aurelia ».
    Il y a plus d’audace et de vérité dans ce texte parfaitement maîtrisé que dans les « délires » plus ou moins fabriqués ou plus ou moins incontrôlés de tant « d’artistes fous » qu’on porte aux nues. L’incompréhensible n’est pas forcément la preuve du génie créatif.

    • erratum : « me « fêtaient » le 29 octobre »- et non pas le 20 octobre, sinon la référence devient incompréhensible.
      Bon, allez, à l’eau ! Et nage, au lieu de ramer…

  6. Cher Domonkos
    Je vous surprends en flagrant délit de contradiction ! Ahah ! Vous reprochiez ma préférence pour les textes « écrits » or vous même regrettez le manque d’ambition dans l’écriture… Je vous taquine. Pour le reste, je ne peux pas commenter vos imprécations contre la télévision, je ne la regarde pas et je ne sais pas ce qui s’y passe.
    Quant aux professions des amoureux de la Pléiade, c’est là un élément parfaitement secondaire ; et je me fiche comme d’une guigne de savoir si mon interlocuteur est titulaire d’une thèse pour converser avec lui ! Domonkos, vous trahissez un complexe inadéquat ! Je suis issu d’une famille ouvrière, la culture est tombée sur moi par hasard. Je remercie le hasard…
    Enfin Restif, même si parfois j’ai envie de dire avec Baudelaire : « La foule assourdissante autour de moi hurlait » je persiste à croire que la culture n’est pas l’affaire de quelques uns. Le soleil brille pour tous ; ainsi en est-il de la culture. Messiaen, Dutilleux, Jolivet, Celsi, Luigi Nono, Honegger (et tous les autres…) ne sont pas audibles pour « la masse » parce qu’ON a décidé que la masse n’avait pas les oreilles pour entendre « ça »
    C’est une fatalité que je refuse catégoriquement.

    • Zino, nous avons certainement quelques désaccords (mais pas de casus belli, quand bien même j’aurais perdu une bonne part de mes illusions sur les chances de succès et sur la nécessité même du combat que vous continuez de mener et que je crains d’avoir assez largement abandonné), mais certainement pas sur l’exigence quant à « l’écriture » littéraire ; je pense que ce qui vous conduit à croire cela est notre petit débat sur le style.

      Je ne confonds pas le « style » et « l’écriture » et nous devons être moins éloignés l’un de l’autre, sur ce terrain, qu’il paraît. Je dois donc en conclure que j’ai dû mal me faire comprendre.

      Pour le reste (mes « complexes ») je suis effectivement intimement persuadé d’être une sorte d’intrus – ou un non-invité – dans le monde de la Kultur, mais j’en tirerais plutôt fierté que honte. Et puis, mes déclarations sont le résultat du mélange d’un bon nombre d’éléments parfois contradictoires ; il faut faire la part de la coquetterie, de la saine auto-dérision, d’un peu de provoc, des précautions de langage, du simple jeu ou de la jonglerie, etc. Bref, un beau f…toir ! Mais rien de bien méchant là-dedans ni qui puisse me conduire à vraiment monter sur le tabouret et me passer la corde au cou.

      Merci de votre attention.

      • Une dernière précision : je ne suis pas marxiste (« Dieu » m’en garde !) mais ne suis pas non plus platonicien et ne crois pas que les Idées nous viennent du Ciel. Je m’intéresse à l’humain et plus précisément à l’humain qui me parle ; il ne m’est pas indifférent de le mieux connaître (c’est pourquoi je suis plutôt du côté de ceux qui s’intéressent à la vie et à la personnalité, sinon à la biographie, des écrivains).

        Si je récuse les attaques ad hominem et déteste la pratique qui consiste à ne pas répondre aux arguments par des arguments mais à tenter de les disqualifier en s’en prenant à son adversaire pour ce qu’il est ou supposé être, il ne m’est cependant pas indifférent de savoir « qui parle » et « d’où il parle » comme auraient dit nos bons maîtres des années 70.

        Ainsi, j’aurais parfaitement reconnu si cela n’avait été clairement indiqué, dans certains propos que vous tenez les uns et les autres, des « propos de profs » (hi hi hi), tirés de leur expérience de l’enseignement. Ce n’est ni un reproche ni un compliment. Je les prends pour tels, ils m’intéressent non seulement par leur valeur détachée de tout contexte, mais également en ce qu’ils traduisent une expérience qui m’est étrangère.

    • Mon cher Zino, vous semblez croire qu’il existe entre nous des espaces à peine mesurables en années-lumières. Croyez-moi, il n’en est rien. Je suis très loin de vouloir réserver la culture à une élite. J’observe, je ne décrète pas. Maintenant une petite anecdote. Une année, j’avais été chargé avec mes collègues de resserrer les boulons des premières avant le bac de français, ce par séance de deux heures. Je suis tombé sur une classe de STLG -de piaffants jeunes gens qui se destinent au commerce et qui sont le cauchemar des profs de sciences humaines. Je ne les connaissais pas. Ils se sont installés dans les rangs du fond et la question disciplinaire ne s’avérait pas aisée. Quoi qu’il en soit j’ai abordé franco les problèmes des œuvres du corpus. Étais-je en état de grâce ? Je ne sais mais j’ai vécu là une de mes plus belles expériences. Car si j’ai eu au début devant moi une sorte de tribu rigolarde et peu concentrée, un miracle a eu lieu. D’abord, le silence commençât de s’installer. Puis un élève s’est levé du dernier rang pour venir au second. D’autres suivirent.. Le fond se dépeuplât. A la fin de la séance, la plupart avaient migré vers l’avant de la salle. J’eus même droit en fin de séance à des remerciements pour avoir réussi à dissiper quelques incompréhensions tenaces qui expliquaient le rejet des textes. Si vous croyez que ce type d’expérience magique peut faire de vous un élitiste hautain…
      J’ai dit que j’étais un ignorant en musique contemporaine. Bon, j’ai mis une virgule entre « bruitistes » et « Ircam », je ne les confonds pas. Mais c’est bien tout. Je compte allez faire un tour sur le web pour écouter les œuvres composées par les noms que données par Joaquim.. Mais recherche et lecture prennent tant de temps…

      Par contre maître Zino, je crois que vous vous trompez lorsque vous déclarez « ’ON a décidé que la masse n’avait pas les oreilles pour entendre « ça » ». Quel « on » ? De quelle soldatesque stipendiée disposent-ils pour faire appliquer leurs diktats? Et pourquoi? Pourquoi voulez-vous que ça ennuie quelqu’un qu’un prolétaire métallurgiste écoute Messiaen? Enfin, chacun est libre d’aller écouter ce qui lui plait. J’ai rencontré des gens qui ont été tous seuls à la grande culture, et quand à la littérature (et j’y mets ce qu’on nomme stupidement du nom de Paralittérature)rien ne m’y prédisposait dans mon milieu. J’ai fait l’essentielle des mes connaissances bien avant la fac qui ne m’a apporté que des ouvrages (passionnants) d’histoire des idées type Mimèsis d’Auerbach. Le fait est là, vous ne ferez pas aimer Debussy et autres à la majorité des gens. Ça les ennuie. Par contre, plus vous sèmerez plus vous aurez la chance de voir fleurir…

  7. Juste quelques lignes hors sujet car ce hors sujet me passionne: la musique « de notre temps » la musique savante est plus que jamais vivace et intéressante. Mais si mal connue pour différentes raisons, surtout de ceux qui prétendent s’intéresser au « classique » bizarrement… Qualifier comme plus haut Boulez de « bruitiste » heum…. passons….
    On trouve bien plus de fans de musique contemporaine chez les moins de 40 ans qui ont découvert la musique sur internet et vous seriez étonnés de voir le nombre de commentaires sur les forums et autres site mondiaux où l’on peut écouter ce que l’on veut quand on veut (il y a encore 15 ans avoir accès à cette musique était bien plus compliqué).

    Je suis persuadé qu’il y a de nos jours un beau nombre de musiciens de génie en activité, pas de la génération de Messiaen (que je révère aussi), bien plus jeunes et bien moins morts. Pour n’en citer que quelques-uns dont l’écoute me comble souvent: Pascale Dusapin, Kaija Saariaho, George Benjamin, Tristan Murail, Ondrej Adamek, Henz Holliger, Magnus Lindberg, Anna S. Þorvaldsdóttir, Salvatore Sciarrino… qui tous ont un style, qui tous ne ressassent pas le passé, et je ne cite pas les « grands anciens » toujours en activité comme Penderecki, Kurtag (un génie absolu) ou Lachenmann, ni tous ceux qui sont morts plus ou moins récemment.

    Comme dit plus haut également, la grande culture, le grand art, cela existe toujours, mais pas dans les médias de masse et sûrement pas à la télévision.

    • Quand je laissais entendre que Messiaen, Boulez, (et j’aurais pu citer d’autres noms comme Luigi Nono, Stockhausen, le très contesté Cage ou le très vénérable Varèse) toujours considérés par les médias (lorsqu’ils en parlent) comme des maîtres de la « Musique Contemporaine », étaient devenus pour moi des « classiques » c’était plutôt un compliment, et quand je disais que ce que l’on continue généralement d’appeler « Musique Contemporaine » était la musique du XXème siècle, c’était un constat historique. Je ne voulais pas dire qu’il n’y aurait plus de Musique Contemporaine. (Entre parenthèses, mon cher Restif, Debussy, Ravel, il me semble que ça marche plutôt pas mal, et les Honneger, Poulenc, ont connu une certaine popularité pour ne pas dire une popularité certaine.)

      Les noms que vous citez me sont connus pour les trois-quarts, deux ou trois me sont inconnus, là comme ailleurs j’ai des failles. C’est ce que j’écoute le plus souvent, le plus longuement sans lassitude, ils accompagnent ma vie plus que tout autre genre musical. Il me semble que, même lorsque je travaille, j’écris, ils aiguisent mon cerveau au lieu de le distraire ou l’endormir comme d’autres genres musicaux que j’apprécie également. Est-ce qu’il y a, parmi eux, des « génies » créateurs à l’égal de leurs grands devanciers ? Je n’en sais rien. Manque de qualification de ma part, et manque de recul. Mais je crois que, parmi les genres artistiques (en tous cas si on le compare à la littérature et aux arts plastiques) c’est aujourd’hui le plus vivant et le plus créatif.

      Quant à la réception de ces musiques… Deux petites notes qui ne prétendent aucunement cerner le sujet : il me semble qu’aujourd’hui, avec l’explosion des genres musicaux qui auraient été insupportables aux oreilles de mes parents (du jazz fusion au rap, du rock à l’électro), les oreilles sont mieux préparées à entendre des musiques qui n’étaient autrefois considérées que comme du « bruit » ; il est vrai également qu’on peut tout trouver aisément sur internet, rien à voir avec la recherche incertaine de quelque vynil de « Musique de Fou » dans ma jeunesse, mais dans le même temps je me souviens que je pouvais voir et écouter, sur ma vieille télé en noir et blanc, à des heures tardives certes mais sur la chaîne unique, les Percussions de Strasbourg (et pour moi, ce fut une illumination).

      Que pourrais-je dire pour revenir dans le cadre de ce blog ? Que je souhaite une Pléiade anthologie de textes de ces grands maîtres du XXème s. (accompagnée d’un CD de démonstration) ? Ha ha ha !

  8. Cher Restif
    Vous connaissez ce vers d’Apollinaire : « Le pré est vénéneux mais fleuri en Automne » ; l’enseignement aujourd’hui, c’est cela, un terrain semé de fleurs maladives, comme dirait Baudelaire. Elles seront toujours malades ces fleurs, mais l’enseignant essaie de raviver un peu leurs couleurs et de les débarrasser de leur suc létal, quitte d’ailleurs à ce que lui-même s’empoisonne et n’y survive pas. Je connais bien les classes STG que vous mentionnez ; elles ont « empoisonné » plus d’un enseignant.
    C’est un risque…
    « ON », mon dieu Restif, vous savez bien qui c’est : tous ceux qui ont le plus grand intérêt à laisser le peuple ( donc la populace…) dans l’ignorance. Découvrir la beauté de la Turangalila symphonie, c’est découvrir, en même temps, pour l’ouvrier ( que j’emploie comme un terme générique) la laideur de sa machine.
    Quant à l’expression « maître zino » j’y décèle une pointe, à peine discrète, d’ironie, ahah ! Si je suis pontifiant, j’en suis désolé.
    Restif, rassurez-vous, je me doute bien que vous ne réservez pas la culture à une élite ; car si c’était le cas vous ne seriez pas professeur mais banquier.
    PS : j’ai moi aussi la ferme intention de découvrir les compositeurs suggérés par notre ami Joaquim.

    • Réflexion « légère » : à l’échelle de la France, Boulez me fait beaucoup penser à Breton ; avec ce qu’on en peut dire de pire comme de meilleur.

    • Remarque « sérieuse » : il me semble qu’on ne peut pas s’intéresser à la modernité en Littérature (Joyce, Becket, la poésie contemporaine…) sans s’intéresser à la Musique Contemporaine qui est une des plus hautes expressions de la (véritable) modernité dans l’Art et qui a, d’ailleurs, beaucoup plus à voir que tout autre genre, avec la littérature (notamment la poésie).

      • Voilà qui devrait pouvoir nous ramener, au prix d’un vaste détour, à la Pléiade… Ha ha ha ! derechef.
        (çà me fait penser aux temps où les dévôts du maoïsme pouvaient parler de n’importe quoi, à condition de finir par citer Mao himself, même s’il n’avait rien à voir avec le sujet.)

      • L’avantage de s’intéresser à la musique contemporaine et à la poésie contemporaine qui sont les deux domaines artistiques les plus authentiquement riches et créatifs, c’est qu’ils n’intéressent pas grand monde et donc sont libres. Le roman, les arts plastiques, le cinéma et même le théâtre sont soumis à des impératifs commerciaux. Ils sont plus ou moins contraints de plaire au plus grand nombre. Le chiffre d’affaires des romans contemporains aussi médiocres soient-ils ou des « croûtes » du marché de l’Art est proprement colossal. Libérés à la fois du mercantilisme et du populisme démagogique, la poésie et la musique sont libres de créer dans toutes les directions, d’aborder tous les thèmes sans la censure du politiquement correct qui les oublie en raison de leur confidentialité. Qui connaît Thierry Escaich ou Guillaume Connesson, deux remarquables compositeurs encore jeunes (quadras) ? Pour Boulez, ses oeuvres sont inégales et il était devenu bien plus aimable et ouvert sur la fin. A sa mort, j’ai voulu réécouter ses oeuvres de jeunesse : Visage nuptial, Soleil des eaux et le Marteau sans maître et j’ai …adoré les poèmes de René Char que j’ai donc acheté en Pléiade. On y revient ! On ne se refait pas. Si vous voulez discuter musique classique et contemporaine, je vous invite à visiter l’excellentissime blog Classik Forumactif, d’excellente tenue (l’équivalent musical du blog pléiadesque de notre cher Brumes.

        • Merci, Pléiadophile pour ce que vous dites (à quoi je souscris entièrement et qui me console car la poésie contemporaine n’a pas l’air d’être très aimée sur ce blog – affirmation aventureuse de ma part qui va être aussitôt démontée par des cris d’indignation).
          Merci également pour la référence du blog Classik Forumactif, que j’irai voir très certainement (plus pour lire et apprendre que pour intervenir, car mes compétences en musique sont très loin d’atteindre mes compétences en littérature que je trouve déjà assez déficientes).

          Pour rire un peu, je trouve phonétiquement (et ésotériquement) merveilleuse votre interrogation (que j’ai légèrement modifiée pour les besoins de la cause) :

          « Qui connaît Escaich et Connesson ? »

          Pardon…

          • @Cher Domonkos,
            Chacune de vos interventions est un plaisir mais, par pitié, cessez de battre votre coulpe sous le prétexte ridicule que vous n’êtes ni chercheur ni enseignant. Vous n’avez ABSOLUMENT aucun complexe à avoir parmi nous. Votre bagage littéraire est impressionnant d’autant plus que ce n’est pas votre profession. Ce qui au contraire est valorisant et signe d’une passion gratuite. Beaucoup d’universitaires sont des imbéciles sur le plan humain et sont très loin d’avoir votre ouverture d’esprit. Soyez fier de votre parcours car vous le méritez.

        • Certes, je tâcherais de ne plus « battre ma coulpe », cependant le sentiment d’être une sorte de « Huron » ne me quittera certainement pas, car il est constitutif de ma personnalité, si profondément ancré en moi-même que l’arracher serait me trahir et me changer profondément (peut-être pour le meilleur, peut-être pour le pire ?)

          Par ailleurs, ce n’est ni par coquetterie ni en vain que j’insiste sur le fait que je parle à partir d’une passion née dans l’enfance et qui ne m’a jamais quitté et en praticien de l’écriture littéraire. Une pratique de l’écriture exclusive de toute autre activité se rattachant peu ou prou au domaine livresque (comme l’enseignement), ce qui constitue une expérience assez particulière dans notre pays où la production littéraire est très souvent l’activité de lettrés patentés, professeurs souvent, chercheurs, universitaires, journalistes, etc.

          Je ne parle évidemment pas des bons faiseurs de best-sellers, dont l’honorable métier n’a que de lointains rapports avec la littérature.

          Une anecdote pour vous montrer qu’il ne s’agit pas seulement de paranoïa de ma part (ou plutôt deux) :

          – Lorsque, dans les années 70 que j’évoque si souvent, j’étais un « auteur Calmant-Lévy », je me souviens d’avoir été vraiment considéré comme le « Huron ». De ce fait, accueilli dans d’élégants salons où n’aurait pas été admis le ressortissant plus ou moins puant de ma cité attachée à une usine chimique (qui n’avait rien des « Noces Chymiques du Capitaine Nemo » évoquées par Marcel Moré). Du moins, lorsque j’osai en franchir le seuil, tiré par l’Attachée de Presse de l’éditeur, venue me chercher sur le trottoir, devant l’hôtel particulier Cino del Duca, et traîné au pied de l’estrade où je devais recevoir un petit prix littéraire… Le plus beau étant lorsque je fus sollicité par une radio qui faisait une émission sur les bêtes curieuses d’écrivain exerçant un métier improbable : dans mon cas, à l’époque, gardien de nuit…

          – Quelques années plus tard, je me suis vu confier par un directeur littéraire de Bordas, la conception et l’écriture d’un petit guide des « 200 romans du monde entier »… Je vous passe les difficultés que j’éprouvai à placer quelques classiques chinois, les avertissements qu’on me fit – à voix basse ! – de ne pas « y aller trop fort » dans ma critique des positions de Céline durant l’Occupation, car, il y avait « dans la maison » quelques responsables « qui avaient bien connu cette époque » pour me faire entendre qu’ils s’étaient peut-être compromis… Puis, un jour, mon directeur littéraire me transmit une invitation à un cocktail maison et m’avertit qu’à cette occasion, j’allais rencontrer des pontes, trônant dans les étages supérieurs. Si ceux-ci m’interrogeaient, j’avais tout intérêt, pour justifier qu’on me confiât ce bouquin, à prétendre que « j’étais un professeur de lettres, en congé sabbatique pour m’occuper de mes propres travaux, afin de n’avoir pas à indiquer un établissement dans lequel je serais nommé… »

          Je ne vais pas m’étaler plus longuement et complaisamment, mais cela devrait vous donner une petite idée de la lourde hérédité et du pesant casier judiciaire que je traîne… Ah ! comme j’ai envié l’esprit conquérant des héros stendhaliens (et de Stendhal lui-même, mon compatriote grenoblois, dont je ne prétends pas approcher le génie), même quand ça devait mal finir pour eux !

          Une dernière histoire, pour la route – avec pour excuse que je n’y tiens aucun rôle – j’ai fréquenté également dans ces années-là un vieux monsieur fascinant qui vivait dans une soupente parisienne (plutôt vaste et confortable tout de même), remplie de livres extraordinaires. Il avait toute sa vie exercé un métier sans rapport avec la littérature. Il avait, dans les années d’avant-guerre connu un certain nombre de surréalistes, en simple admirateur, et possédait une collection de premières éditions des textes surréalistes qui devait valoir quelque chose dans une salle des ventes. Puis, pris de passion pour la Chine et le Japon il avait accumulé une quantité inouïe de livres rares et précieux, notamment sur l’Art de ces pays, et une masse de connaissances sur le sujet que bien des chercheurs auraient pu leur envier. Cet espèce de Socrate a refusé toute sa vie de publier la moindre ligne, mais il recevait chez lui – où je les ai parfois rencontrés – les plus hauts esprits de la recherche universitaire dans les domaines chinois et japonais qui venaient parfois chercher chez lui des livres qu’ils ne trouvaient pas ailleurs. Sa conversation était recherchée par de fins connaisseurs et cela lui suffisait. Par coquetterie il s’amusait, devant son auditoire d’universitaires, à accuser l’Université de ne rien faire d’autre qu’un travail de reproduction. J’ai dû quitter Paris et je n’ai suivi que de loin, en correspondant avec la personne qui veilla sur ses dernières années, sa lente et pénible agonie qui m’a laissé dans mon esprit une ombre de deuil jamais effacée. J’ignore ce qu’est devenue sa fantastique bibliothèque. Encore plus ce qu’il est advenu, par-delà la mort, de son merveilleux esprit.

          Cet homme et cette vie ont été une leçon pour moi et m’ont, je crois, protégé de l’amertume.

          Pour finir, croyez que je ne me torture pas, par excès de modestie. Je ne souffre nullement de frustration, d’envie ou de jalousie et j’adore, par-dessus tout, admirer les esprits que je trouve supérieurs. L’admiration procure de grandes jouissances et je n’ai pas l’impression que cela me diminue.

    • A l’inverse et quitte à me faire l’avocat du diable, vouloir à tout prix imposer la Haute Culture (ou ce que nous considérons comme tel) au supposé « peuple » qui n’en demande pas toujours tant, cela peut également représenter la pire des tyrannies (les Staliniens l’avaient bien compris, merci nous sortons d’en prendre).

      Donc, proposer oui, inculquer à toute force non et la formule de Restif me plaît : « plus vous sèmerez plus vous aurez des chances de voir fleurir » ; mais gare à (l’agri)Culture forcée et productiviste )

  9. Non, non; chez Zino, il n’ y avait pas d’ironie. plutôt un clin d’œil interprofessionnel, peut-être un brin maladroit mais sans nulle épines cachées. Sinon… Il est bien possible qu’effectivement il se trouve des gens qui se plaisent à ériger des murs entre la connaissance et ceux qui seraient amenés à la recevoir. Je pense aussi à un certain ton qui écarte au lieu d’attirer. Le snobisme, le plaisir de se croire « initié » et le politique se mêleraient pour faire barrière. Mais je crains peut-être encore plus la logique financière. Vous me direz que ce dangers n’exclue pas les autres.
    L’une des raisons de ma défense des œuvres de Leblanc et compagnie, c’est que de tels auteurs permettent de découvrir le plaisir de la lecture. C’est une entrée… Je nous souhaite bon courage, car les temps ne sont pas à l’optimisme d’un Hugo.

  10. Le volume des œuvres de Philip Roth est pour moi incompréhensible. Je ne dois pas être la « cible »… Pourquoi ne publier que 5 œuvres déjà éditées en folio et archi connues ?! (Au passage je remarque qu’ils coûteront 38€ en neuf en folio contre 64€ en Pléiade) Va pour le changement du titre du célèbre Portnoy, bien expliqué et justifié. Mais le choix des livres rassemblés ici je ne le comprends pas tres bien. Pourquoi éditer « Ma vie d’homme » et pas « Laisser courir » son premier roman? (certes épais mais le volume Pléiade ne fait que 1200 pages, il y avait de la place. Ils pouvaient ajouter quelques textes!) Surtout il fait un pendant très intéressant, me semble-t-il, aux nouvelles de « Colombus. ».. Montrer ainsi que dès le début Roth conçoit une grande partie de ses œuvres en cycles. Ainsi pourquoi séparer le cycle triptyque « David Kepesh » en ne publiant pas à la suite de « Sein » et « Professeur de désir », le dernier volet : « La bête qui meurt »? La logique chronologique l’emporte (59-77). Comme il est dommage de diviser ses cycles sur plusieurs volumes. Mais l’essentiel est de faire découvrir, lire et aimer ce grand écrivain. Roth nobelisé cet automne ? Suspens!

    • Il est vrai que la logique de ce volume m’échappe aussi; on aurait largement pu y ajouter d’autres oeuvres.
      La tendance semble être aux volumes maigrichons en ce moment; déjà Perec qu’on aurait sans doute pu tasser en un gros tome d’Oeuvres mais qu’on a préféré diviser. Question de rentabilité commerciale sans doute, un gros volume à 70-80e (dans les 2000 pages en somme) se vend moins bien que deux de 1200 pages dans les 60e. C’était la même chose pour les Cendrars autobiographiques; avec un peu d’effort on aurait fait tout tenir en un seul tome.
      Pour Roth il semble qu’on ait fait le choix des œuvres majeures de l’écrivain, avec Portnoy en fer de lance, et ils ont préféré s’abstenir des romans plus épais des débuts, « Quand elle était gentille » et « Laissez courir ». Je ne les ai pas lu mais ils n’ont pas une grande réputation dans l’oeuvre de Roth à première vue; peut-être la raison de leur exclusion? Ces deux romans du début de la carrière de leur auteur sont d’ailleurs réédités en Folio en octobre prochain.. Peu logique.
      Ce volume brosse le ‘lecteur Gallimard standard’ dans le sens du poil certainement : des œuvres bien connues, un petit volume digeste, épuré des imperfections des débuts – aucune prise de risque en somme. Alors que moi, peu lecteur de Roth,trop verbeux, mais éventuellement intéressé par le redécouvrir en Pléiade avec une cohérence interne d’œuvres réunies, cela me parait déjà moins enthousiasmant.

      • Les coffrets se multiplient et deviennent une collection dans la collection. Ils attirent l’oeil (rendent moins austères les Pléiade, changent leur identité) et séduisent les amoureux du bel emballage (catégorie à laquelle j’ai l’indignité d’appartenir).

        • Certains sont très esthétiques (Tragédies de Shakespeare, le coffret Prévert…) ; l’occasion de les placer « à champ » dans la bibliothèque. Dans la petite librairie que je fréquente, nous ne sommes que deux consommateurs(*) de Pléiades, et je sais par les indiscrétions du libraire que mon confrère pléiadiste ne prend jamais les coffrets tandis que je me jette dessus. Son choix m’etonne chaque fois que j’y pense.

          —————–
          Note de bas de page :
          (*) Je dis consommateurs car l’autre ne les lit pas mais les achète pour les transmettre à ses enfants ; ce qui me laisse perplexe ; quels intérêts y trouveront-ils si le père lui-même ne partage(ait) pas ce goût ? Et moi-même ne les lis pas au rythme auquel je me les procure (car ma lenteur, aussi extrême que mon enthousiasme, est presque risible).

          • Protégez cette personne, car elle est une des dernières représentantes de son espèce et elle contribue à faire vivre la collection. A tout prendre, ses héritiers tireront plus de ducats de la vente de ses Pléiade (à moins qu’ils ne soient touchés par la grâce) que s’il collectionnait les boîtes de camembert (quoique… pas si sûr).

            Les coffrets, il est vrai, rompent la monotonie de l’alignement des Pléiades, de plus ils servent de phares qui guident le regard et la main de celui qui se lancent dans l’exploration de cette frontière parfois opaque des terra incognito…

            Je crois savoir – de vive voix, de surcroît ! – que notre délicieux hôte ne goûte guère les coffrets.

          • errata :
            – qui guide le regard et la main de celui…
            – la frontière de cette terra incognita (j’ajouterais : qui n’est pas arva vacua, n’en déplaise aux Anciens…)

  11. Suis bien d’accord avec vous Euphorion. Juste un petit désaccord avec vous sur les débuts de littéraires de Roth qui me semblent justement dès ses 2 premiers livres excellents (Laissez courir et G Columbus). Très bonne initiative de rééditer en un volume folio Laissez courir (quoique en 2 petits volumes c’était pratique a transporter ). À découvrir sans hésiter. Si on compare ce sec et court volume avec les 2 richissimes et précieux prochains Cendrars quel dommage…

  12. Eu à la fin du mois de juillet une brève conversation avec mon libraire qui m’a particulièrement intrigué. A la question que je lui avais posé : « Pourquoi selon vous ces étranges petits volumes de la Pléiade reliés de cuir bordeaux ? Vous savez, ces anthologies d’oeuvres de Sade, Malraux, Conrad… », mon libraire m’a répondu sans hésiter : « Parce que les auteurs dont vous parlez se vendent de plus en plus mal en Pléiade. C’est aussi simple que ça. Vous me direz, pour Sade, c’est assez connu : l’un de mes amis, qui connaissait Jean-Jacques Pauvert, l’avait entendu se plaindre que le Marquis ne se vendait pas dans la collection noir et blanc qu’il avait dirigée avec Annie Le Brun. Chez Gallimard ils disent eux-mêmes que Malraux « n’est pas tendance » en ce moment, et donc qu’il se vend mal. Quant à Conrad, il semble que les volumes III, IV et V de ses oeuvres dans la Pléiade trouvent difficilement preneur : que les lecteurs veulent « Lord Jim » et « Au coeur des ténèbres » en volume, c’est assez fréquent, mais ce n’est pas vraiment le cas pour « Victoire », ou pire encore pour « La rescousse » et « La Flèche d’or ». Les brefs volumes reliés de cuir bordeaux sont donc visiblement conçus pour attirer la curiosité de nouveaux lecteurs, susceptibles ensuite, qui sait, d’acheter les gros volumes classiques déjà parus. » Cette interprétation m’a plutôt convaincu.
    Bon : vu l’évolution récente de la Pléiade (volumes amincis, appareil critique un peu plus dépouillé que par le passé, notoriété fréquente des auteurs choisis, prospérité du domaine anglo-saxon, etc.), je crois que le moment est venu de pléiadiser Herbert George Wells en publiant sur papier-bible ses romans les plus célèbres, c’est-à-dire les premiers (« La guerre des mondes » bien sûr, « L’homme invisible », « L’Île du Docteur Moreau », ainsi que la célèbre « Machine à explorer le temps »). J’ai relu récemment les premiers chapitres de « La guerre des mondes », et je dois reconnaître que les seules premières pages respirent le chef-d’oeuvre – chef-d’oeuvre bizarre certes, mais chef-d’oeuvre tout de même. Quant au fait qu’un volume havane intitulé « La guerre des mondes et autres romans » se vende facilement en librairie, de mon point de vue c’est l’évidence même. Alors ? Puisque Dracula en personne va bientôt épouvanter le lectorat pépère de la collection, pourquoi pas les Martiens de Wells débarquant dans leurs tripodes en acier ?
    (Note : Restif, pour une fois, vous avez mal conjecturé. Je suis effectivement enseignant, mais uniquement auprès d’élèves en grande difficulté.)

  13. Bonsoir Domonkos
    Il n’est pas question évidemment d’imposer la culture au plus grand nombre ( ni même au plus petit nombre) il s’agit de faire la guerre à la Bêtise. La culture est généralement une arme efficace. Et encore… Parmi les adhérents du parti National-Socialiste, beaucoup étaient cultivés.
    Mais dans le doute je préfère miser sur le savoir plutôt que sur l’ignorance.
    PS : Géo, vous parlez de Dracula. Bram Stoker serait-il prévu en Pléiade ? Ou alors je n’ai pas compris la private joke…

    • @zino. Oui, apparemment, le maître d’oeuvre de la pléiade « Frankenstein et autres romans gothiques » prépare une édition de romans vampiriques, dont bien entendu le « Dracula » de Bram Stocker. Mais bon, avant que ce volume ne paraisse, il peut s’écouler facilement 5 ans…

  14. Et bien, Géo,que dire si ce n’est que c’est là un hommage à votre discrétion. Et une preuve de ma mauvaise mémoire. Du danger des conjectures…
    Dans ce prochain (?) Pléiade, je me demande s’il y aura le Lord Ruthwen ou les vampires de Nodier que j’ai la chance de posséder et le Vampyre de Polidori. Espérons que nous échapperons à La morte amoureuse, à Viy et à Carmilla, on les trouve dans toutes les anthologies de vampires. Mieux vaudrait ressortir le magnifique Alouqua de Jean Louis Bouquet. Notons que la collection « Frissons » a déjà ressorti le Vampyre de Polidori.On trouve ainsi ceci -plus modernes dans certains choix- aux presses de la cité :
    https://www.babelio.com/livres/Polidori-Vampires–Dracula-et-les-siens/878967.
    A propos de dandy ténébreux, il y a quand même une œuvre dont l’absence à la Pléiade m’étonne, étant donné le retentissement européen qu’elle eut et son immense influence, c’est celle de Byron. J’ai vu que son Don Juan avait été traduit, en poche. Ouf! je n’avais que la version anglaise. Je ne crois plus à un Byron dans la Pléiade moderne, mais dans le passé…

    • Aux éditions du Sandre vous trouverez aussi tout le théâtre de Byron. Cependant il faut passer par l’éditeur directement pour avoir l’un des deux volumes. Allia publie aussi quelques-uns de ses principaux ouvrages. Le Don Juan, personnage falot balotté de femme en femme et de chant en chant m’avait plu – même si loin du Manfred torturé et prométhéen.

  15. Une anthologie consacrée à la figure du vampire, existe déjà chez Bouquins. Mais bon, la Pléiade offre l’avantage d’un format plus pratique.
    J’ai déjà le volume « Frankenstein et autres romans gothiques », et les notices et notes sont franchement généreuses. Autant je fulmine quand Gallimard édite les auteurs en « œuvres choisies », autant je trouve le principe des anthologies tout à fait pertinent !
    Je vais aller vérifier le contenu exact de cette « hypothétique » future édition ( avec la Pléiade il vaut mieux modérer son enthousiasme)
    Géo, merci pour l’information.

    • Séraphin Calobarsy fut le premier à nous annoncer la parution d’un volume sur les vampires. Et si, il y aura Carmilla mais aussi Polidori. Remontez de quelques pages dans le blog et vous trouverez les réponses. Quant à Byron, il est présent dans deux pléiades : l’Anthologie de la poésie anglaise et son Don Juan adapté et traduit dans le premier volume des oeuvres en prose d’Apollinaire, partie intitulée les trois Don Juan.

  16. Pleiadophile
    Je n’aurais pas mieux exprimé mon sentiment à l’égard de notre très cher ami Domonkos. Je le lui ai déjà dit, d’ailleurs. Ce blog réunit des amoureux de la littérature, pas des spécialistes de la res literaria ( même si par ailleurs, c’est leur profession…) nous sommes tous égaux devant l’expression libre de notre passion commune.
    J’ai parfois écrit des commentaires, en utilisant de termes techniques ; mais c’est, disons, une déformation professionnelle. Et je répète que le blog de notre collègue Brumes dépasse largement l’actualité de la bien-aimée collection Pléiade ; c’est d’abord et surtout un lieu convivial, un salon littéraire, chaleureux et courtois.
    En tout cas, j’espère parler au nom du plus grand nombre.

  17. Je suis pleinement d’accord avec vous zino, Cet aspect salon littéraire, non gourmé, policé, courtois et même affable est un rêve réalisé. Je pense pourtant qu’il est bon de garder le fil thématique qui a permis l’existence de ces pages, à savoir la Pléiade et tout ce qui la concerne. Il n’ y a pas que l’actualité, un seul exemple : c’est ici que j’ai pu comprendre pourquoi mon exemplaire de Montaigne, nouvelle édition, était si peu maniable à la lecture (une affaire d’imprimeur). De toute façons, Brumes se montre fort libéral dans l’usage que nous faisons des commentaires. J’en profite pour le remercier de son aiguillage sur les éditions Sandre. Je vais profiter de son aménité pour aller regarder de plus près le catalogue de cette excellente maison.

    @Cher Geo, j’ai suivi vos conseils et j’ai retrouvé le commentaire de Séraphin Calobarsy. Ça me parait plutôt bien. Évidemment, je regrette la présence de Carmilla, mais c’est le problème de ce type de textes qui sont si fortement attachés à une thématique que l’éditeur d’anthologies, malgré ses possibles réticences, ne peut évite de les publier. Au moins aurons-nous une nouvelle traduction. Je suis impatient de voir celle de Dracula. Je suis grand passionné de ce texte et pousse même ce vice assez loin pour être devenu possesseur d’une splendide édition illustrée par Druillet.
    Un brin de chronique littéraire en passant. Dracula est souvent précédé d’une introduction due à un certain Tony Faivre. Il est amusant de savoir que c’est un pseudonyme qui cache le nom d’Antoine Faivre,créateur de la chaire d’ésotérisme occidental à l’École des Haute Études de la Sorbonne (la première du genre. Deux autres ont été crées en Europe depuis) . Il a publié chez Gallimard un « Accès de l’ésotérisme occidental ». Je ne possède que cette édition qui, refondue et allongée, est reparue en deux tomes. Pour ceux qui sont intéressés, c’est d’un très bon niveau. Il y a une certaine cocasserie à voir que ce docte personnage s’était protégé du regard de ses pairs. C’est qu’il s’autorise certains sous-entendus et hypothèse hardies..On se discrédite si vite dans ces eaux mercurielles!
    Ah : pour éviter à ceux qui se préoccupent de cette Pléiade de refaire la recherche voici ce qu’écrivait l’aimable Séraphin :
    « Le corpus, centré sur le XIXe siècle, comporterait avec certitude « Le vampire » de Polidori et « Dracula » de Bram Stocker (traduction en cours), avec de manière possible « Carmilla » de Sheridan Le Fanu, « Varney, le vampire » de James Malcolm Rymer, et « La Famille du vourdalak » d’Alexis Konstantinovich Tolstoï, et en fin de volume une possible iconographie (Nosferatu …). ».(…) La traduction de Dracula vient d’être achevée, reste les autres ouvrages du corpus. Peut-être Gallimard songe-t-il pour 2019 à un Album Vampires ? »
    (Adresse du fil) :
    https://brumes.wordpress.com/la-bibliotheque-de-la-pleiade-publications-a-venir-reeditions-reimpressions/comment-page-4/

    • Bram Stoker, Douillet, Antoine (Tony) Faivre ?… Vous remplissez nos coupes d’un nectar, cher Restif !

      Cependant, au vu de la Pléiade « Gothiques » (si contestable et tellement privée d’audace à mes yeux) je doute que la future Pléiade « Vampires » (que je n’attendrai pas moins en me pourléchant les babines, humaine faiblesse) nous fasse grimper aux nues.

      • Alors là, comme dirait Séraphin (Lampion, pas le nôtre…), « c’est plus fort que jouer au bouchon ! »
        Remplacer Druillet par Douillet !… Je ne saurais trop remercier mon logiciel « correcteur » de ses délicieuses facéties.

  18. Ah Zino, Zino, Zino, mon bon « maître » ! Je viens de relire « Nouvelles Explorations de Jules Verne » par Marcel Moré, que j’avais perdu et que j’ai retrouvé la semaine dernière dans un boîte sur les quais… Et de me replonger, en parallèle, dans les pages de « Voyage au Centre de la Terre », de « Vingt Mille Lieues sous la Terre » et de « Les Enfants du Capitaine Grant » avec, pour ce dernier, en particulier les pages consacrées à l’admiration de Paganel pour les Oiseaux !… Ce personnage de Paganel, avec son nom mozartien, si aérien lui-même, si invraisemblable en aventurier malgré lui, dont la plupart des actions et des propos sont parfaitement inutiles dans un roman qui ne serait que « d’aventures » et pourtant ressort essentiel de l’action, véritable boussole folle qui conduit les pèlerins infailliblement au but ultime à traverses ses erreurs répétées !…

    Ce « roman ornithologique » peut-il laisser de marbre les « hommes de plume » que nous sommes tous ici ?

    Ah, Zino, Zino, Zino, comment pourriez-vous être insensible à cette poésie ? (Poésie des mots, de la fantaisie, purement « gratuite », parfaitement inutile dans son ampleur, certaines pages n’ont rien à envier à un Lautréamont si admiré des savants et passionnés Lettrés.) Je ne puis le croire, vous me fendriez le coeur.

    Rien que la non-existence de ces trois ouvrages aurait changé la face de la littérature française, pour ne pas dire universelle !

    • L’épisode où Paganel (dans un contexte dramatique où la vie même des voyageurs égarés est en danger) tirant un coup de fusil (« à poudre », car il ne saurait tuer inutilement des oiseaux) pour effrayer des flamands et les voir s’envoler… Puis interrogeant ses compagnons stupéfaits : « Trouvez-vous que ces flamands en vol ressemblent à des flèches empennées » ? « Non ! Non ! » tous de rétorquer avec un bel ensemble. « Alors, je viens de prouver que mon grand compatriote Chateaubriand a eu tort de les comparer à des flèches » et se trouvant vers le jeune Grant : « Retiens cette leçon et n’use de métaphores qu’avec les plus extrêmes précautions ».
      (Mes citations sont infidèles et faites de mémoire.)

      N’est-ce pas un délice pur que cette leçon d’écriture en pleine sauvagerie et où trouverez-vous cela dans les livres infâmes de M. Paul d’Ivoi ?

      • Paganel encore qui, après avoir « vécu de la vie des oiseaux » la seule qui lui puisse convenir, « faute de pouvoir vivre de la vie des poissons » dans l’arbre Ombu isolé au milieu de l’inondation de la pampa, rentre de voyage, le corps entièrement tatoué par les Maoris de Nouvelle Zélande d’un gigantesque oiseau héraldique (qui n’est qu’un dérisoire Kiwi) pour se faire encager par une demoiselle oiseleuse…

  19. Cher Domonkos
    Je vous laisse la responsabilité de votre comparaison avec les chants de Maldoror ! Comparer Verne à Lautréamont, ce n’est pas raisonnable… Avez-vous déjà oublié la violence inouïe de ces chants ? Leur révolte assumée contre l’ordre établi ? L’incroyable modernité de leurs images ?
    Relisez le chant 6 vous m’en direz des nouvelles. C’est du Bataille et du Breton avant l’heure ! Avec, en plus, une bonne dose d’humour bien saignant !
    D’ailleurs, que vaut la nouvelle édition Pléiade ? Je ne l’ai pas achetée car on lui a reproché son aspect famélique. Mais j’ai peut être eu tort de m’abstenir.

    • Hum, je hume le doux parfum de la polémique des familles… Tant pis pour moi, qui sème le « grain » (celui des marins) récolte la tempête et je l’ai bien cherché !

      Il y aurait beaucoup à dire sur le recours systématique à la violence du langage, l’accumulation des noirceurs et des rancoeurs etc.(comme pour Hugo, d’ailleurs, Baudelaire pas exempt non plus), et même sur certains aspects ridicules à force d’excès et de complication des fantasmes de Bataille… Parfois I. D. et G. B. me font trembler d’émotion, parfois ils me font rire de leurs figures (de) Grotesques.

      Mais là n’est pas la question, il va de soi que je ne visais en particulier que certains pages « encyclopédiques » du bon Isidore…

      Il ne va pas moins de soi qu’en me taclant (voire en me zlatanisant) sur ce point, vous accomplissez l’exploit de botter en touche ! (oui, faire les deux en même temps, footballistiquement, relève de l’exploit). Ha ha ha !

      Je ne vous en tiens pas rigueur, très cher, car je me délecte, à l’occasion, d’user de ce genre d’arme.

      Pour revenir à mon gentil et démodé Moré : l’exemplaire acheté, imprimé en 1963, était neuf, non coupé est agrémenté de sa bande, laquelle porte les simples mots : « Musique, Misogamie, Machine ».

      A n’en pas douter ce délicieux triptyque ne peut être dû qu’au Marcel lui-même, je ne vois pas quelque commercial chez Gallimard jugeant bon d’user de ces termes pour booster les ventes du bouquin.

      • Il va de soi également (tant de choses « vont de soi » pour moi aujourd’hui, que m’arrive-t-il ?) que vous ne pouvez ignorer que, rapprocher quelques passages de « Les Enfants du Capitaine Grant » de quelques passages des « Chants de Maldoror » ne peut être assimilé à : « comparer Verne à Lautréamont » !

        Comme dit exactement Paganel :
        « Ah, Robert (Zino ?), la comparaison, vois-tu bien, (pardonnez-moi ce tutoiement dont je ne revendique pas la paternité) est la plus dangereuse figure de rhétorique que je connaisse. Défie-t’en toute la vie, et ne l’emploie qu’à la dernière extrémité. »

        Simple pétition de principe, évidemment, qui n’empêche ni Paganel ni moi-même d’en user et abuser ad libitum. Sans ça, ça s’rait pas drôle !

        • Enfin, bon, finalement, je ne voulais – sous une forme que je voulais amusante – que faire partager mon plaisir et mon enthousiasme à relire certaines pages avec ceux qui comme moi croient en Verne, et tenter de communiquer ce plaisir et cet enthousiasme à ceux qui n’y croient pas.

  20. Domonkos
    Finalement, je n’aurai pas réussi à vous convaincre que moi aussi, j’apprécie Verne, si si !
    Sur le plan universitaire, ma discipline favorite est la stylistique ; j’ai donc un penchant presque automatique pour les auteurs qui « creusent » au maximum, l’écart avec le degré zéro. Verne n’en fait pas partie. Mais il est indéniable que son apport à été considérable ! On lui doit notamment le steam punk ; et James Blaylock lui doit beaucoup ; sans compter Alan Moore dont « La ligue des gentlemen extraordinaires » est l’un des romans graphiques qui m’a le plus impressionné ! Verne raconte les histoires comme pas un ! Mais son écriture ne m’impressionne pas. Voilà…
    Par exemple, H Rider Hagard ou Abraham Merrit lui sont supérieurs parce qu’en plus d’êtres d’excellents conteurs, ils ont une écriture ( à savourer en anglais) et un univers plus complexes et plus riches, à la fois visuellement et sur le plan symbolique.
    J’ai du mal avec les écritures trop simplistes. Ce n’est sûrement pas du snobisme mais c’est un trait que j’ai développé à cause de mes lectures d’enfance, c’est à dire, essentiellement, les auteurs du dix-septième. Je me rappelle notamment les longues tirades de Corneille, que je mettais parfois dix minutes à comprendre. Mais quand le sens vous apparaît, quel éblouissement !

    • Cher Zino,

      J’ai longtemps hésité (enfin, pas si longtemps que ça, comme dit O. Wilde – dont je préfère les histoires à celle écrite par Mme Réage – la meilleure façon de résister à la tentation est d’y céder) : allais-je faire oeuvre de repentir ou bien aggraver mon cas ? Allons, aggravons, aggravons !

      Connaissez-vous le conte de « M. Ré dièse et de Mlle Mi bémol » ? Oui, certainement. N’empêche, pour les béotiens en vernologie, je raconte :

      Un organiste plus ou moins diabolique débarque dans un village suisse et prétend réparer et améliorer l’orgue de l’église. Pour ce faire, il veut ajouter un registre nouveau et proprement inouï. Sélectionne huit petits garçons et huit petites filles, chacun pour la note idéale qui convient à chaque petit gosier. Enferme les seize enfants chacun dans un tuyau de l’orgue sur lequel il joue. Et alors, quel chant céleste et infernal ! Laissons parler le petit « Ré dièse :

      « On voudrait se taire, on ne le pourrait pas. Je ne suis plus qu’un instrument dans la main de l’organiste. La touche qu’il possède sur son clavier, c’est comme une valve de mon coeur qui s’entr’ouvre… Ah ! comme cela est déchirant ! Non ! s’il continue ainsi, ce qui sort de nous, ce ne sera plus des notes, ce seront des cris, des cris de douleur !… Comment exprimer la torture que j’éprouve lorsque Maître Effarane plaque d’une main terrible un accord de septième diminuée dans lequel j’occupe la seconde place, ut naturel, ré dièse, fa dièse, la naturel !… »

      Comment ne pas voir là un de ces « arrangements » délicats et atroces du divin Marquis ? Et dans la voix de petite victime une sorte de nouvelle Justine ?

      Renchérissement dans le blasphème, après Lautréamont, Sade !

      Personne n’arrêtera donc ce fou ?

  21. À propos de Corneille, vous me pardonnerez bien sûr, ce laborieux travail de compréhension ! Je n’avais pas dix ans.
    Depuis, ça va beaucoup mieux.

    • Décidément, nous ne nous réconcilierons pas. Je refuse pour ma part de mettre Rider Haggard et Abraham Merritt au-dessus de Verne (ni au-dessous, d’ailleurs, ce classement en échelle ne m’intéresse guère). Nous ne nous entendrons pas sur la richesse de l’univers de l’un et des autres. Nous ne nous entendrons pas non plus sur la question du style et de l’écriture.

      Je ne trouve pas que celle de Gérard de Nerval soit particulièrement « pointue », lui aussi a été formé non seulement à l’école classique – plutôt du XVIIIème s. – mais aussi à celle du journalisme mondain et de la chronique théâtrale ; il est simple, de compréhension aisée, d’une clarté toujours transparente, d’une légèreté de plume jamais entravée par les drames qu’il dépeint dans certains écrits, et je lui sais gré de cette suprême élégance dans l’expression des sentiments, même des plus insupportables angoisses.

      Ajoutez ce crime à mon lourd dossier.

      Restons bons amis et allons boire un pot au bar le plus proche.

  22. Avec plaisir Domonkos ! Je me satisferai d’une bière rousse et d’une fille brune ! Ahah !
    J’emporterai mon Pléiade favori et nous lirons quelques pages de Cinna et de L’illusion comique !
    Bonne soirée cher Domonkos.

  23. Le plus beau Merrit, et de loin, reste à mon sens « Rampe, ombre rampe », bien que que j’adore Sept pas vers Satan. Pour La nef d’Ishtar, il faudra que je relise. Mais je ne dirai pas que l’écriture de Merri est supérieure à celle de Verne. Plus imagée, plus « cosmique (Le gouffre de la lune) mais ..supérieure? La travail de Verne sur l’écriture, c’est quelque chose. Iol faut en tous cas savoir garder le sens du relatif et du la subjectivité me semble-t-il. Le premier tome du SAlomon Kane de Howard chez Néo est superbe, et je connais peu de nouvelle a

  24. (Pardon) aussi belle que « Dans la vallée du ver » du même Howard. François Truchaud a écrit des choses très justes sur laz beauté de la prose d’Howard. Et que dire de l’écriture raffinée, somptueuse, de Clark Ashton Smith?
    J’aurai quelques petites choses à dire sur le château des Carpates, notamment, et sur ce que m’inspire ce nom étonnant de Paganel qui me remet en mémoire la « langue des oiseaux ».
    Encore pardon pour mon « commentaire précoce ». L’orthographe y est encore pire que d’habitude, c’est dire…

    • Je crois sincèrement que, si nous devions traiter de ce problème du « style » et/ou de « l’écriture » (avec les différences que je fais entre les deux), si nous avions la place pour le faire et si c’était le lieu (en ce blog qui doit tout de même tourner autour de la glorieuse-pensée-de-mao zedong – pardon, de la glorieuse-bibliothèque-de-la-Pléiade) il nous faudrait élargir la question.

      Dieu sait si j’apprécie au plus haut point – et si je voudrais atteindre – au style le plus raffiné, le plus précis et le plus élégant, le plus tout ce que vous voudrez, et si je mets au-dessus de tout le plaisir que me procure l’écriture la plus travaillée, mais il y a d’autres façons d’aborder la question, il y a bien d’autre formes d’écriture, que je ne mets ni au-dessus ni au-dessous, mais plutôt en parallèle. En ce sens, oui il y a une écriture vernienne, il ne s’agit pas seulement de l’ordonnancement de certains mots ou de la construction de certaines phrases, mais de la façon de traiter la matière romanesque qu’il utilise. Et, oui encore, de ce point de vue, Verne s’est soucié de l’écriture de ses livres en véritable écrivain, il a atteint une grande maîtrise et, dans ses meilleurs romans un haut niveau.

      Le comparer à Corneille ou à Proust c’est comparer des pommes et des poires.
      Je n’en dirai pas plus, car, vraiment, je risque de nous entraîner bien loin des rivages pléiadesques (encore que ces rivages ne seraient jamais perdus de vue, car parler de la Pléiade c’est aussi parler de son contenu, c’est-à-dire de la Littérature – et avec cette dernière phrase, je ne plaisante pas et ne cherche pas à retomber sur mes pieds par une pirouette).

      • J’espère être, cette fois, un peu plus clair sur ce que j’entends quant à cette question, en tous cas je ne saurais dire mieux ; au moins, ainsi, le chou Zino et la chèvre Domonkos auraient-ils quelque chance de se retrouver à boire ce pot au bar le plus proche (démentant ainsi l’axiome qui veut que les parallèles ne se preuvent croiser).

  25. Ps Il y aussi Hodgson, dont « La maison au bord du monde » reste pour moi l’un des plus fabuleux voyage à travers temps et espace qui se puisse imaginer. Ajoutons son « Pays de la nuit » qui a eu tant d’influence sur Lovecraft. Vrai pourtant que si je compte relire « L’Homme sans qualité » qu’il m’étonnerait fors de reprendre Howard and co. Malgré tout, je soutiens qu’il existe un style fait d’images, de couleurs, d’évocations barbares et fuligineuses, un style né du mariage de la nuit et du sang qui a sa valeur. Et je suis d’accord avec Domonkos: les hiérarchies n’ont pas grand sens. On se contente trop souvent d’entériner ce qu’a promulgué le passé. La réputation parfois exagérée l’emporte souvent sur la lecture personnelle. Je pense ici à ce que dit Brumes à propos de Là-bas, que le lecteur cultivé ne peut lire ce type de livres sans entrer dans le texte accompagné d’un tas de souvenirs qui dirigent sa réception. C’est souvent vrai. bon, sans doute est-ce parce que j’ai lu Huysmans, T.Mann et beaucoup d’autres assez jeune, vers 14-5 ans pour certains, que je n’ai pas connu ce « poids », cette imprégnation culturelle qui configurerait la réception. Et puis dès qu’un livre m’attire, je le lis sans m’occuper des critiques dont je ne prendrais connaissance qu’après. Ou jamais, à moins qu’un travail de recherches ne m’y oblige. J’ai acheté « L’anatomie de la mélancolie » sans presque rien connaître du livre, si ce n’est son nom et ce qu’en disait le quatrième de couverture. Mais le style m’a immédiatement attiré. , Je savait -mais si peu! – que c’était un classique en Angleterre, mais pourquoi était-ce un classique, nada comme dirait S. Jean de la Croix… Le sujet m’attirait, point. J’ignorais tout de Boulgakov, mais la simple lecture de la première page en poche me décida immédiatement. Je crois beaucoup à mon instinct, aux toutes premières impressions de lecture en plein magasin, et jusqu’ici ça ne m’a pas attiré de mauvaise surprise. Alors que la tête de mon père après avoir commencé L’alchimiste qu’il avait,pour une fois, acheté sur la foi des critiques qui hurlaient au génie me restera en mémoire pour la vie… Auparavant, avec la Pléiade, il n’y avait pas de dangers. aujourd’hui,…

    Par contre, le fantastique anglo-saxons et particulièrement la sword and sorcery, cela a correspondu pour moi à un certain âge. Sf, fantastique et poésie (classique) ont été du même pas, bien que j’ai lu très tôt la littérature « officielle », dès 11 ans pour Shakespeare. Concernant ce dernier, mes relectures au cours du temps ne m’ont pas amené tant de révélations, si ce n’est que j’ai appris à apprécier à leur valeur des pièces comme « Coriolan » et à mettre très haut « Antoine et Cléopâtre ». Bon, je défends Howard (je pourrai aussi combattre pour Moorcok histoire de changer d’époque) et d’un autre côté je fulmine contre l’Heroïc fantaisy qui a tué la grande SF à coups de séries. Je n’ai plus lu grand chose dans ce genre qui m’ait marqué depuis William Gibson, il y a 20 ans. L’un des grands succès des dernières années American Gods de Neil Gaiman m’a profondément déçu. Pour en revenir au fantastique, c’est un genre extrêmement littéraire au sens classique du terme -d’où sa présence en Pléiade. Les nouvelles des « Romantiques allemands » appartiennent au fantastique.. Parmi la moisson de chefs d’œuvre amassé par les anthologistes (sic)de Presse-Pocket il en est un qui m’a particulièrement émerveillé par son intelligence, sa subtilité, sa complexité sous une apparence simple : Le Petit chat Miroir de Gottfried Relier (in Histoire d »occultisme par Jacques Goimard et Romand Stragliati) . Dans ce texte génial (si, si!) et dans bien d’autres sélectionnés par ce tandem inspiré, il apparait nettement que la grille de lecture de Todovrov, son explicitation du fantastique, est singulièrement pauvre.

    Bon. Dans la Pléiade, Polidori devrait bénéficier lui-aussi d’une nouvelle traduction. J’attends beaucoup du dossier critique de cette Pléiade. Ainsi, concernant Bram Stoker je me demande si on tentera de trancher la question de son appartenance à la Golden Daw (ou l’on retrouve quand même Sax Romer, H. Rider Haggard, Willian Butler Yeats., Arthur Machen et quelques autres). Ah, en passant : il est amusant que Le château des Carphates se passe …en Transylvavie. Je n’ajouterai qu’une chose, et c’est qu’il faut tenter d’avoir Verne au moins en volume Hachette, ou dans une édition où les dessins se voient bien. On a parfois d’étonnantes surprises.

    • En tous cas, je suis heureux de voir qu’il y a ici des amateurs des grands créateurs (je ne choisis pas ce mot au hasard) de la sf et de la fantasy.

    • Restif, votre intervention est riche de pistes à explorer… Presque trop !

      En ce qui concerne la relecture des maîtres fondateurs de la sf, de la fantasy ou de la sword & sorcery… Je supose que, sans être un jeune homme, vous avez une ou deux décennies de moins que moi (veinard !). A vingt ans j’ai dévoré ces auteurs. Entre quarante et cinquante je les ai laissés s’empoussiérer sur une obscure étagère, persuadé de n’y pas retourner. A soixante et des brouettes, je les redécouvre avec autant de passion qu’à vingt et (osai-je me le figurer ?) un peu plus de sens critique. Ben, je trouve qu’ils tiennent drôlement bien le coup. (Ou alors, c’est mon refus de vieillir ?…)

      Les Vampires en Pléiade. Malgré mes cris de Cassandre, j’estime que c’est une sacrée bonne nouvelle et j’en espère tout de même quelque chose.

      Gaiman. Mon fils l’adore. J’adore mon fils. Je n’ai pas encore osé lui avouer que je le trouve très surestimé et à peu près illisible (Gaiman, pas mon fils). Heureusement, il (mon fils, pas Gaiman) n’a jamais lu une ligne de son père et ne lira probablement pas celles-ci…

      Shakespeare. Heureusement que ce sauvageon a oeuvré avant la mode des classements par genre et de toute façon dans le domaine marginal du théâtre méprisé par les doctes de son temps. Sinon, j’imagine, aujourd’hui, les affres des vendeurs de la FNAC : dans quelle(s) sous-catégorie(s) le mettre ?

      Verne et les illustrations. Impossible d’imaginer l’un sans l’autre. Ils font partie de l’oeuvre (multi-média avant l’heure ?). Au XIXème s. c’était classique, pour la plupart des auteurs, mais le cas Verne est à part. Si la plupart des classiques et même des feuilletonnistes ont perdu leurs illustrations en traversant les années jusqu’à nous, Verne les a gardés. Preuve de quoi ? De l’infirmité de son écriture ? Du fait qu’il y a un vrai dialogue entre son écriture et elles ? Je ne serais pas loin, commettant un crime littéraire de plus, de les juger partie prenante de ladite écriture (un peu comme un scénariste et un dessinateur de bande dessinée… ) J’aggrave mon cas. Littéralement je creuse ma tombe.

      « Pour parler franc, là entre nous, je finis encore plus mal que j’ai commencé… » comme dirait le camarade Céline.

    • Ultima verba (non, c’est une blague, tu parles, il en faudrait plus pour me faire taire, heureusement on a une excuse, c’est les vacances, on redeviendra sérieux en octobre avec la « Vraie Rentrée » : celle de la Pléiade).

      Je savais que j’oubliais un truc, Restif. Oubli qui n’est sûrement pas innocent, tant me coûte cet aveu. Musil. « L’Homme sans Qualités ».

      J’ai voulu le lire, à l’époque où j’étais capable d’avaler n’importer quelle drogue, pourvu qu’elle fût consituée d’encre et de papier plus ou moins blanc. Eh bien, je me suis ennuyé à mourir, et, pour éviter cette issue fatale, je me suis arrêté avant la fin. Depuis, de l’eau a passé sous les ponts. Il y a quelques années j’ai tenté de lire des textes et des nouvelles de Musil. Même désintérêt absolu.

      Lorsque j’aurai relu tout Howard, j’essaierai de relire « L’HSQ ». Peut-être, au soir de mon âge, plus sage et moins impatient, parviendrai-je à me guérir de ce mortel ennui (et puis, plus l’âge avance plus l’échéance approche et moins on la craindre, alors, mourir en lisant Musil, pourquoi pas ? de ça ou d’autre chose…)

      • « Lorsque j’aurai relu tout Howard, j’essaierai de relire « L’HSQ ». Peut-être, au soir de mon âge, plus sage et moins impatient, parviendrai-je à me guérir de ce mortel ennui (et puis, plus l’âge avance plus l’échéance approche et moins on la DOIT craindre, alors, mourir en lisant Musil, pourquoi pas ? de ça ou d’autre chose…) »

        • Magnifique dialogue ! Je n’ai jusqu’à présent jamais osé avouer mon goût pour ces auteurs mais puisque Rétif et Domonkos aiment ça, ne nous cachons plus. Parmi mes plus fortes émotions littéraires d’adolescent, il y a eu La Trilogie de Fondation d’Asimov (les deux suites quarante ans après sont ennuyeuses), le Monde du Fleuve de Farmer, le Cycle de Tschaï de Vance, la Faune de l’Espace de Van Vogt, la Nef d’Ishtar (justement) de Merritt, le Monde Vert d’Aldiss et Les trois premiers Dune de Herbert. Après il y a eu la Patrouille du Temps de Poul Anderson, le voyageur imprudent de Barjavel. Je trouve que la SF d’aujourd’hui a plutôt pauvre mine. Seul peut-être Hypérion de Dan Simmons m’a semblé à la hauteur des chefs-d’oeuvre du passé. Quelqu’un a t-il lu La Horde du Contrevent ? C’est français et on en dit beaucoup de bien. Sinon le Steampunk semble avoir le vent en poupe (j’allais dire de l’avenir mais le mot ne convient pas pour cet univers).

          • Pléiadophile, parmi mes coups de coeur d’adolescent d’il y a un quart de siècle, je vous recommande La nuit du bombardier, de Serge Brussolo (du fantastique à la sauce SF appartenant au genre dit Y(oung)A(adult), mais intelligente, sensible et très évocatrice, avec un fort subtexte gay; vous ne regarderez plus tout à fait les mouettes du même oeil après avoir refermé ce conte…), le cycle de Cat, de l’américaine Joan D. Vinge (SF recommandable pour son univers très immersif et foisonnant, avec un héros richement nuancé), et le cycle d’Elevation, de l’américain David Brin (inclassable, entre space-opera, quête des origines de la vie et SF classique; certains des principaux personnages sont des animaux doués de raison, un singe, des orques et des dauphins, en tant que races clientes des humains, selon le processus d’élévation du titre). Au lycée, je lus beaucoup de Tanith Lee, de Marion Zimmer Bradley, de Van Vogt (incroyable tout de même que nul dans cette discussion n’ait évoqué son cycle des Ā !) et de Farmer (Le monde du fleuve ne m’a pas transporté, trop long et trop sanctimonieux pour mon goût). Pas de Verne, en revanche; cet auteur m’est toujours tombé des mains, à l’exception des brillants Hector Servadac et 500 millions de la Bégum. Quitte à concentrer sur moi la vindicte de Demonkos, je trouve pesant, moralisateur et pénible ce forçat de l’anticipation scientifique; sa place en Pléiade est à peu près aussi justifiée, m’est avis, que celle d’Alexandre Dumas ou de Simenon.

  26. Restif, Domonkos
    Il serait fastidieux et- je pense- inutile de revenir sur ce que j’ai écrit…
    Je vous invite à vous pencher sur les textes qui se sont intéressés à la théorie esthétique. Je ne développerai pas ici, le blog de Brumes n’est pas fait pour ça…
    Je vais juste citer un auteur qui pourrait illustrer ce que j’entends par plaisir de lire et plaisir du texte ; et c’est un auteur qui s’inscrit dans le genre heroic fantasy ; il s’agit de Jack Vance. Je vous encourage à lire le cycle de Lyonnesse, en anglais si vous pouvez. Il dépasse et de beaucoup, la plupart des auteurs de sword and sorcery. Pourquoi ? C’est ce que le format réduit du blog m’empêche de dire.
    Bonne soirée mes amis.

    • Vance est effectivement le dessus du panier, dans le domaine de la sf et de la fantasy, du point de vue de l’intelligence et de l’écriture et cela transparaît même en traduction française. C’est chaque fois un plaisir à la fois sensuel et intellectuel de lire un de ses livres.

      Pour le reste, je crois vraiment que nous ne parlons pas la même langue… Peut-être après plusieurs pots de bière… la lingua franca des ivrognes… (comme dirait Bob Morane)

      NB : pas de malentendu, je comprends très bien de quoi vous parlez et où vous voudriez m’emmener… mais je n’ai pas envie d’y aller (j’en suis revenu, dans le passé).

      • Pour Vance, je suis content, Zino, que vous me confortiez dans l’impression que j’en avais à la lecture, « innocente », qu’est-ce que ça fait du bien d’être approuvé par son pire ennemi ! (ha ha !)

  27. Et pour Musiel, alors ? Personne ne connaît un traitement (médicamenteux ou « naturel » je n’ai pas de préjugé) pour me guérir de mon allergie ?

  28. Cher Domonkos
    Je suis triste d’apprendre que je suis votre Nemesis ! Ahah !
    J’ai l’impression que vous me rangez dans la catégorie des bobos snobinards. J’ai connu quelques enseignants de ce type ( que je ne fréquente pas) et qui officient toujours, notamment à Paris 4. Ils n’auraient jamais prêté aucun crédit à ce genre de littérature. Pour ma part, vous seriez surpris cher Domonkos, du nombre colossal de romans de SF ou d’heroic fantasy, que j’ai lus…
    Non, décidément, je suis victime d’un terrible malentendu ! ( je plaisante…)
    Bonne soirée à vous.

    • Je ne voulais plus intervenir et faire une pause, mais non, non, je ne peux pas vous laisser croire que je vous considèrerais comme un « bobo snobinard » ! Quelle idée ? Je respecte absolument vos choix et vos intérêts, ils ont pu être les miens à une (longue) période de ma vie, mais, serait-ce qu’en vieillissant j’aurais mis de l’eau dans mon vin, lassitude, je ne sais… J’ai peut-être tout simplement compris que je ne dispose pas de la formation qu’il aurait fallu dans ce domaine, je renâcle devant l’obstacle de l’abstraction, et, si je continue à tenter de me rapprocher de la plus haute exigence dans mon écriture, si ma passion va avant tout vers les oeuvres qui répondent à ces exigences (Proust, Joyce, la poésie contemporaine tant décriée ici, la Musique Contemporaine constituent ma nourriture préférée), il n’en reste pas moins que je ne peux ne me nourrir que de caviar et que j’adore également le cassoulet qui n’est pas si facile à réussir.

      • J’ai tenté une « sortie honorable » de notre petite « polémique » (s’agit-il vraiment de cela ? il y a certainement plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous séparent, mais le dialogue à distance, par écrit, sur un blog qui ne nous appartient pas n’est sans doute pas le meilleur moyen de nous trouver) en parlant de « parallèle »…
        Je m’y tiens.
        Il me semble qu’il peut y avoir plusieurs chemins et que ces chemins peuvent avoir chacun leur légitimité, leur logique et qu’empruntant l’un ou l’autre on peut ne pas se perdre.
        Faites-moi l’honneur que, lorsque je parle de plusieurs chemins, je ne songe pas à des stupidités, symptôme de l’irrationnalité triomphante, comme « les goûts et les couleurs » ou « chacun sa vérité », et tutti quanti.
        Je vous salue et, si j’osais, je vous embrasserai (je suis du genre grande gu… mais affectueux).

  29. NeoBirt7
    Vous avez raison de mentionner le cycle du A ( ou, non-A…) de Van Vogt. je crois que Gilbert Gosseyn ( avec le personnage de Glen Runciter dans « Ubik » de K.Dick) est l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire de la SF. Il faudrait peut-être le relire dans une autre traduction que celle de Boris Vian. Il faudrait citer également les armurerie d’Isher et le sorcier de Linn, qui appartiennent à deux cycles différents mais qui ont en commun d’avoir pour héros un genre de surhomme, dont expression la plus haute se manifestera dans « Slan »
    En général, on pose l’âge d’or de la SF dans les années 50. Mais il faut s’intéresser aussi à des auteurs un peu postérieurs comme zelazny ou Silverberg ou même Spinrad, plus attachés au caractère social, spéculatif de la SF anticipatrice.
    Pour les amateurs de fantasy ( Restif, Domonkos…) je recommande de lire le cycle des princes d’Ambre de Roger Zelazny. Mais peut-être est-ce déjà fait.
    Je retourne à mon Hoffman ( le chat Murr) et je vous souhaite une bonne nuit.

    • Cher Zino… je ne suis pas « amateur de fantasy »… il se trouve que je lis en ce moment plutôt de la « fantasy » (que je relis plutôt des classiques, car la fantasy actuelle uniquement destinée aux ados et aux amateurs de jeux de rôle ou de jeux video m’est totalement indifférente), mais c’est simplement accidentel (et oui, j’ai lu Zelazny en son temps, bien sûr)
      Je suis avant tout amateur de sf, j’ai suivi toutes ses évolutions depuis les origines jusqu’à la speculative fiction, j’ai toujours préféré Dick à Herbert dont le cycle de Dune est pour moi un pudding indigeste…
      Je peux dire sans forfanterie que je possède un savoir encyclopédique concernant la SF, jusqu’aux années 😯 incluses. Je ne peux pas en dire autant des trente dernières années, mais je me soigne.
      Je m’en étais détourné durant les années 90 et 2000 et, sur les conseils d’un ami un peu à côté de ses baskets de prof de philo, j’ai un peu rattrappé pon retard, en commençant par Dan Simmons
      Dans le registre sf hard science, je suis tombé sur une nouveauté, premier volume d’une trilogie à paraître (c’est donc vraiment un produit « primeur »), ça s’appelle « le problème à trois corps » de Liu Cixin chez Actes Sud. Je ne sais pas s’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est certainement pas totalement abouti (mais je n’ai pas lu les volets deux et trois non encore traduits en français et je lis trop mal l’anglais pour les lire dans leur traduction anglo-saxonne). Mais c’est une tentative de renouvellement très intéressante, c’est ambitieux. La projection dans un avenir possible et le regard posé, à partir de la Chine, de son histoire contemporaine et de son passé, qui rompt avec les visions américaines ou européennes, suffirait presque à lui seul à convaincre d’y aller voir. Je ne connais pas d’autre cas qui permettrait d’imaginer un monde futur vu à partir d’un autre « centre ». Ce n’est pas un simple truc commercial, une curiosité exotique, il y a une vraie acclimatation du genre sf sur une autre réalité.
      C’est aussi symptômatique de l’ambition de la Chine à renverser le « centre du monde » dans les décennies à venir. De ce point de vue, c’est aussi une utopie politique (sans que jamais la et le politique soient mis en avant.)

      • rectif : $3 – « jusqu’aux années 80 incluses »…

        En ce qui concerne l’auteur chinois cité, veuillez croire que je ne suis pas complaisant, « parce qu’il est chinois », j’ai lu autrefois des auteurs de sf issus de contrées périphériques du monde de la sf et, quand cela me tombait des mains (le plus souvent), je ne m’en cachais pas (même le polonais Stanislas Lem qui faisait figure de dieu dans ma jeunesse, j’en suis revenu…)

        je ne réclame pas la parution des grandes oeuvres de sf dans la Pléiade, cela défigurerait la collection, mais j’aimerais des éditions « sérieuses », avec quelques prétentions critiques, qui la sortirait un peu du ghetto des fans.

  30. Ah, pléiadophile, je vous suis sur la quasi totalité des auteurs que vous avez cités. J’ai même aimé les quatrième et cinquième Dune! Je n’ai jamais lu la suite de la première trilogie de Fondation, vous me confortez dans le peu d’envie que j’en avais. J’ai aimé Vance a la passion, ses nouvelles aussi (collection Le livre d’or notamment ) sont aussi des merveilles. On connait sa façon unique d’aborder des cultures différentes, d’inventer des sociétés.Sa geste des Princes-démons fut un très grand plaisir de lecture. La série de Lyonesse -lu en Français – aussi. C’est ce que je dirai de ces auteurs : ce furent des moments de pur plaisir, des chevauchées dans l’imaginaire , des pages dévorées, la lecture à l’état pure si j’ose dire!

    Domonkos: Que voulez vous qu’on vous dise. Il y a comme ça des textes qui « ne passent pas », question de sensibilité, de caractère (?), enfin d’un tas de facteurs inanalysables. J’ai des connaissances qui n’accrochent pas à ce livre cathédrale, Ulysse, et cela se comprend, car après tout, rien n’a jamais autant apparemment attaqué la notion d’action. » L’Homme sans qualité » est un livre inachevé, ne l’oublions pas, et c’est surtout une épopée de l »intelligence moderne mêlé à une satire. Mais ce n’est pas le lieu d’en parler, il me faut le relire car ça date déjà. En tous cas, moi je n’ai jamais pu accrocher à Duras que d’autres mettent si haut. Et je n’ai pas encore attaqué Molloy, Je n’en ai guère envie… Tout cela ne s’explique pas rationnellement. Mais vous savez ces choses, et qu’il n’est pas question ici d’intelligence mais de sensibilité personnelle.

    @ zino : il se trouve que je connais les théories de la réception, ce n’est guère effectivement le lieu de parler ici d’Iser ou de Jauss que j’ai lus, ou de Linda Hunchéon qui me fut utile lors de mes premiers travaux sur le concept d’ironie. Le penseur essentiel sur ce sujet restant Kierkegaard. Un plus long débat serait déplacé. Je dirais quand même que ceux qui m’ont aidé à passer dans les territoires de la recherche à plein temps, ce sont des gens comme Ricoeur même si les travaux d’un Philippe Hamon fournissent quelques outils. Pour le dire vite, je suis du côté de René Pommier, pas de Georges Molinier. L’un des derniers livres qui m’ait vraiment intéressé, est l’ouvrage déjà évoqué de Jean-Louis Cabanès :Le Négatif. Essai sur la représentation littéraire au XIX e siècle Paris, Classiques Garnier, Voilà pour moi un maître ouvrage. Auparavant j’ai su apprécier les œuvres de Mario Praz, de Bénichoux, de Gusdorf etc Beaucoup moins ceux de Genette. Au fond, je reste un disciple de Northop Fry dont je fais mienne la conviction selon laquelle les jugements de valeur ne font pas progresser l’étude littéraire. Sinon, les travaux de Peirce m’intéressent beaucoup mais je suis encore un débutant malgré quelques lectures.
    Une dernière chose : je ne vois pas comment vous pouvez jugez scientifiquement de la qualité de l’écriture de Vernes. Car c’est bien ce que vous semblez faire tant vous êtes définitif. Et je ne crois pas qu’aucun texte de théorie littéraire, qu’aucune étude stylistique puisse prouver l’infériorité d’un écrivain. C’est là pour moi, révérence gardée, une forme de superstition scientiste,. Daniel Compère, chercheur reconnu, a consacré un livre à « Jules Vernes écrivain » paru chez Droz . Et c’est peu de dire qu’il ne parait pas avoir le même avis que vous ! Allons, vous voyez bien que vous êtes renvoyé à votre subjectivité^^.Et pensez-vous réellement avoir dépassé Roussel qui, quoi qu’on en ait, reste quand même un maître du langage ? J’écris vite, et je ne voudrais pas que vous puissiez penser que je manque à la courtoisie. Je vous écrit dans un esprit d’affabilité. Ce sont là les plaisirs de la discussion.
    Pour donner une idée de ce que j’estime être un livre qui apporte réellement quelque chose à l’étude de la littérature :
    https://uottawa.scholarsportal.info/ojs/index.php/revue-analyses/article/viewFile/400/312
    (Sur le livre nommé plus haut de J.L Cabanès).

    Ps Chez zino, j’ai nommé des titres de fantaisy mais j’ai bien dit que je reprochais à ce genre d’avoir tué la grande SF. Et je ne pensais pas à celle des années 30 que je connais fort mal. J’ai donc bien sûr lu Zelazny ( la série des princes d’Ambre hélas interrompue mais aussi ses autres livres) et les auteurs que vous nommez, ainsi le Spinrad de « Jack Barron et l’éternité », et son plus récent : « Les années fléaux », excellent, très supérieur à « *Printemps russe ». Même son incroyable « Chaos final ». J’ai adoré Van Vogt , j’ai même relu il y a quelques années « La faune de l’espace ». Mais ses derniers romans ne valaient plus grand chose. Heinlein a écrit de forts beaux livres , « En terre étrangère » restant le plus connu. . De Dick, j’ai quasiment tout lu, notamment l’intégral des nouvelles paru chez Denoël il y a déjà quelques temps. Cela fait longtemps que je le tiens pour un grand écrivain, son sens du dialogue, de l’analyse des rapports hommes-femmes en font un maître, J’ai apprécié les deux premiers tomes du Monde du fleuve, après, ça tire en longueur. Je crois que de Farmer je préfère encore sa série des Seigneurs d’univers avec ses personnages tirés de W. Blake. Tanith Lee m’a apporté des plaisirs raffinés avec ses « Dits de la terre plate » . J’ai dévoré Silverberg et « L’oreille interne reste l’un des romans les plus déchirants que je connaisse. Les deux premiers romans d’Orson Scott Card étaient d’une grande valeur. Mais je m’arrête, il y aurait trop de titres à donner et puis, cela remonte loin. Quand même , il est un écrivain que j’ai énormément apprécié c’est Théodore Sturgeon avec »Cristal qui songe » et « Les plus qu’humains ».

    • Je vais vous demander à tous, très gentiment, de vous étendre un peu moins sur la littérature de genre ici (à moins qu’elle ait un rapport quelconque avec la Pléiade). Merci.
      Recentrons.

  31. Restif
    Les jugements de valeur, non. La valeur du jugement oui ( l’inversion des prédicats est la seule coquetterie que je me permette quand je veux ironiser un peu )
    Notre ami Brumes nous rappelle à l’ordre, je ne developperai donc aucun argumentaire à propos d’une prétendue hiérarchisation du talent, laquelle serait rendue possible grâce aux outils linguistiques. Mes efforts pour tenter de faire un distinguo entre « lire » et « texte » auront été vains. Un dernier ( avant dernier… ) mot : La théorie de la réception renferme une sous- théorie ( ou théorie parallèle, si vous préférez ) c’est la théorie esthétique. C’est elle, qui permet « d’expliquer » pourquoi vous, moi, Domonkos, Brumes, Neobirt7 ( tout le monde… ) effectuons, tous les jours – dans tous les domaines – à chaque instant de notre vie, des comparaisons, qui engendrent des préférences…
    Maintenant, levons les yeux vers le ciel et retrouvons les Pléiades.

  32. Et bien à propos de la Pléiade : on y ressort « Au bord de l’eau ». Je ne l’ai qu’en édition de poche, et je crois savoir que cette édition de poche comporte moins de chapitres. Au contraire du Jin Ping Mei qui est le même en poche et en Pléiade. . Je me demande si la différence est si capitale? Les chapitres écartés sont-ils une suite un peu douteuse qualitativement parlant? Sinon, j’attends toujours qu’ils ressortent « La pérégrination vers l’ouest » et, bien sûr, La garde blanche (qui vient de partir à 56, 50).
    La Pléiade, justement, ce devrait être, dans l’idéal, le lieu de publications de textes indiscutables. Et j’espère je jamais y voir Sf, fantaisy et autres. Cela parait sans doute paradoxale mais j’assume.

    • J’ai déjà dit qu’il n’est pas envisageable de publier en Pléiade les grands auteurs de sf, fantasy, etc. car cela dénaturerait (le terme est meilleur que celui de « défigurerait » que j’avais d’abord employé). Je précise. Il y a plusieurs auteurs qui ont autant de titres à y figurer que pas mal d’auteurs qui y figurent déjà (et même beaucoup plus que quelques-uns…). A condition qu’ils soient pris pour des auteurs, des écrivains, et non pas comme des représentants d’un « genre » (terme haïssable). Qu’individuellement tel auteur soit considéré comme un écrivain assez intéressant pour y être publié, pourquoi pas, qu’il le soit en tant qu’emblème, porte-bannière, chef d’école ou ne ne sais quoi, non, certainement pas.
      Comme le jour de cette reconnaissance n’est pas près d’arriver (la preuve vient d’en être administrée ici même), il vaut mieux effectivement s’abstenir.
      Maintenant, j’en ai fini. En attendant la rentrée Pléiade d’octobre j’ai d’autres chats à caresser.

      PS : Restif, achetez l’édition Pléiade de « Au bord de l’Eau ». Indispensable ! Comment pouvez-vous envisager de vous contenter d’une oeuvre majeure de la littérature universelle en poche et incomplète ?
      Quant au Xi Youji (Le voyage vers l’Ouest), je pleure sur vous, malheureux ami… Surtout que je n’ai jamais vu aucun des chinois de la Pléiade d’occasion, il faut que leurs propriétaires meurent pour que d’ignares héritiers les remettent sur le marché.
      Je vous embrasse. Que de bonheurs (esthétiques, mon cher Zino, esthétiques et sentimentaux…) vous m’avez apportés.

      Et maintenant, plouf, dans la piscine. Puis, tard dans la nuit, re-plouf, dans la bibliothèque !

    • On peut considérer que le Xiyou ji(pérégrination vers l’Ouest) est l’oeuvre d’heroic fantasy par excellence de la littérature chinoise (dieux, démons; monstres et combats s’enchaînent sans discontinuer). J’en garde un excellent souvenir : il fut le compagnon joyeux d’un été.

  33. Domonkos
    Vous avez du faire le « bonheur » de vos magistri ! Ahahah
    Je vous souhaite une bonne soirée.
    Vous nous direz dans quelles eaux vous avez plongé.
    Pour ma part, n’ayant pas de piscine, ce sera demain, sur les quais de Saint Michel ;  » Au bord de l’eau » donc… ( Encore un Pléiade qu’il me faut acquérir, avec le Lautréamont)
    Bonne soirée Domonkos et bonne lecture.

  34. Litterature chinoise; comment se fait-il que l’immense fresque « Les Trois Royaumes » ne soit jamais paru dans notre collection fetiche? Verrons nous un jour « Les trois Royaumes » dans la Pleiade?

  35. Les Chinois de la Pléiade furent une grosse déception pour moi (je m’y intéressai en linguiste et philologue, lorsque, il y a quelques années, je creusai le thème du précédent que la relation très particulière entre le chinois et le japonais archaïques aurait procuré aux rapports, autrement plus flous si tant est qu’ils existent, entre l’égyptien et le grec anciens). La traduction des quatre grands romans chinois classiques coule de source dans notre collection favorite, pour la beauté de la langue et souvent la fluidité du rendu, mais la présentation va beaucoup trop loin dans la maigreur; à cet égard, Dars mérite le bonnet d’âne dans « Au bord de l’eau », avec ses notes misérables ajoutées – sans compter ce titre malheureux dans notre langue et qui me rappelle les sarcasmes de Voltaire sur certain rendu littéral du premier vers de la première Olympique de Pindare pour cause de trivialité inexistante en grec ( « l’eau est bonne, à la vérité », cf. « l’auberge de la bonne eau » etc, au lieu de quelque chose dans le goût de « suprême / excellente est l’eau »). Il convenait de développer la présentation de ces immenses fresques chinoises, d’en donner une analyse chapitre par chapitre, et surtout d’en étoffer le commentaire sur les plans institutionnel, culturel, onomastique afin de combattre l’effet d’altérité radicale par rapport aux mentalités occidentales. Les meilleures traductions universitaires ont coutume de le faire pour le Coran (la première édition de Blachère, la mouture originale de Hamza Boubakeur), et Etienne Vaucheret a bien été autorisé à ouvrir le Brantôme de la Pléiade, auteur au demeurant sympathique mais éminemment dispensable, par une introduction de 90 pages et à lester ce volume de 550 pages de notices et notes. Le paradoxe est que la collection procure beaucoup plus d’aide sur Polybe, les Stoïciens, Agrippa d’Aubigné, Ronsard que sur le coeur nucléaire de la littérature chinoise classique. Doit-on y voir un effet secondaire du dédain d’Etiemble pour l’érudition formelle ?

    • Je n’ignore évidemment pas la tendance des traducteurs depuis les langues extrême-orientales à borner leur travail à la fourniture d’un texte français nu au mieux accompagné d’une notice introductive et des notes jugées les plus indispensables (en général, beaucoup trop peu). Je la regrette, car la durabilité d’une version est incomparablement moindre que celle d’un commentaire, même succinct. Dars en a donné un exemple magistral dans son Xu Xiake youji (« Randonnées aux sites sublimes », 1993).

      • Il est vrai que la version baudelairienne des Histoires de Poe a beaucoup moins bien survécu aux siècles écoulées que ses études sur le même auteur…

        Le Xu Xiake youji n’a pas les mêmes dimensions et n’est pas de même nature que le Shui Hu Zhuan.
        Quant au Coran, alors là, soyons sérieux, un chercheur de votre qualité, cher NéoBirt7, ne peut pas songer sérieusement une seule seconde à comparer les problèmes posés par la traduction d’un texte qui est « sacré » pour un milliard de nos co-locataires sur cette planète Terre, dont la nature même (« créé » ? « incréé » ?) est discutée, avec un roman chinois qui s’apparenterait plus à la littérature picaresque (en forçant fortement la comparaison) !

    • « Au Bord de l’Eau » est la seule traduction correcte, souhaitable et admissible du « Shui Hu Zhuan ».
      C’est la solution adoptée par tous les gens sérieux.
      La solution qui a été adoptée lorsqu’il s’est agi de traduire des pièces du théâtre de la dynastie mongole Yuan tirées du « Shui Hu Xiju », par Maurice Coyaud, seul tout d’abord avec « Opéras des Bords de l’Eau » (je vous accorde la différence introduite par le pluriel), CNRS, 1975, puis par le même Maurice Coyaud, renforcé d’Angela K. Leung et d’Alain Peyraube, avec l’assistance de Wen Jinyi, sous le titre « Les Opéras des Bords de l’Eau (Théâtre Yuan) XIIIème-XIVème s. » ; P.A.F. Association pour l’Analyse de Folklore, Paris, imprimé à Taipei, Taiwan, mai 1983.

      J’ai souvenance d’un qui avait tâté du : « Les 108 Brigands des Marais » (mais je crois qu’il s’agissait d’une bande dessinée maoïste, qui voulait récupérer le prétendu « Robin des Bois » chinois), qui reflétait le contenu plutôt que le contenant.

      Pourquoi pas ? Et pourquoi ne pas traduire « Le Rouge et le Noir » (qui parle si peu aujourd’hui à nos chères têtes blondes) par « Ascension et chute d’un jeune ambitieux de Province », bien plus clair ? Quitte à ne pas se gêner.

      Je sais bien également qu’on traduisit, à l’époque héroïque de la Noire de Gallimard, sous les auspices du bon Duhamel, « The Long Goodbye » de Chandler par « Sur un Air de Navaja », bien plus amusant et qui ne mange pas de pain (c’est toujours mieux que la fainéante traduction actuelle, « en français de France », sous le titre… « The Long Goodbye »), mais tout de même, s’agissant d’un grand classique chinois et universel, faut pas pousser mémé dans le marais !

      Si les auteurs chinois, pas plus bêtes que nous ou que M. Voltaire, avaient voulu donner à leur ouvrage un autre titre, ils l’auraient fait (et je sais bien que certains penseront, en lisant ce titre, aux parties de canotage de Maupassant sur la Seine, mais qu’importe, en Chine également ce titre est polysémique.)

      Donc, « Au Bord de l’Eau » ça me va tout à fait. Au moins, c’est limpide.

      Pour le reste, je vous trouve un peu dur et peut-être injuste. « Au Bord de l’Eau » est le premier roman chinois paru en Pléiade et fait figure de pionnier (héroïque ?). Avant cela, on ne pouvait trouver que des éditions partielles ou des adaptations des romans chinois en français. Sachant à quel point Etiemble devait user de tout son poids pour faire admettre des romans extrême-orientaux dans cette collection (il n’y en eut pas avant lui, il n’y en eut plus ou presque plus après lui), je suppose qu’il n’avait pas les coudées franches pour qu’on en fît trois, quatre ou cinq volumes qu’eût exigé une édition plus savante. Bien sûr, en qualité de « linguiste et philologue » vous êtes perdant (même l’amateur passionné et quelque peu éclairé en la matière comme moi l’est également) mais, comme aurait dit le Camarade Joseph S. « Les linguistes et les philologues – quand bien même recevraient-ils le renfort des amateurs passionnés et quelque peu éclairés en la matière – combien de divisions ? »

      Il faut sans doute également faire la part du désir d’Etiemble de rendre accessibles les grandes oeuvres chinoises, dans leur texte intégral, au public cultivé mais non spécialiste (ce que vous traduisez par un « Doit-on y voir un effet secondaire du dédain d’Etiemble pour l’érudition formelle ? »… assez dédaigneux et plutôt contestable). Je salue quant à moi cette ambition. Rien n’empêche celui qui veut aller plus loin d’aller fouiller dans les publications de l’Institut des Hautes Etudes Chinoises, par exemple.

      Quant à moi, quitte à être aussi affirmatif que vous, je ne crois pas du tout qu’ « Il convenait de développer la présentation de ces immenses fresques chinoises, d’en donner une analyse chapitre par chapitre, et surtout d’en étoffer le commentaire sur les plans institutionnel, culturel, onomastique afin de combattre l’effet d’altérité radicale par rapport aux mentalités occidentales » et que l’effet eût été contraire en éloignant de nous, pauvres lecteurs occidentaux, ces récits pas si éloignés que cela de « nos mentalités » et dont, surtout, je nie farouchement « l’altérité radicale ».
      (D’où viendrait autrement que, à l’âge de 12 ans et étant scolarisé en « Classe de fin d’études primaires » j’ai pu lire « Connaissons-nous la Chine ? » en collection Idées-Gallimard, du susdit Etiemble, et m’y sentir immédiatement « comme chez moi » ? A moins que, ce soit justement parce que je n’avais aucune culture « classique » n’ayant pas mis les pieds au Lycée ? Et que cela me rendait les Chinois si immédiatement proches comme de simples frères humains ?)

      Et maintenant, Etiemble, sors de ce corps et laisse-moi retourner à mes vacances, « Au Bord de l’Eau » (de ma modeste piscine).

      • Je vous entends bien, Demonkos, et vous accorde volontiers le point sur toute la ligne, à l’exception pourtant de l’altérité. Les comparatistes instruits des langues qu’ils mettent à contribution ne placent aucune créance dans la communion sympathique des esprits par delà les barrières culturelles sur la simple base de traductions; si même les plus grands experts universitaires peuvent passer totalement à côté de leur sujet quand ils interrogent le corpus extrême-oriental qu’ils ont pourtant enseigné durant plusieurs décennies dans la langue originale, parce qu’ils appliquent à des textes qui n’en peuvent mais un outillage mental américain ou français ou allemand (l’exemple qui se présente spontanément est celui de Wendy Doniger), comment le profane pourrait-il oser rêver mieux faire ? Vous, ou moi, ou Monsieur tout le monde, né et éduqué en Europe occidentale, se berce d’illusions en croyant accéder sans le secours de la plus vétilleuse érudition aux mondes chinois, ou japonais, ou indous classiques.

  36. Bonjour Domonkos
    Je dois confesser, toute honte bue, que je n’ai pas encore lu « Au bord de l’eau » j’ai commencé par « Voyage vers l’ouest » ( paru en Pléiade sous le titre  » Pérégrination vers l’ouest) et « Les trois royaumes » que j’ai découvert – je confesse encore – aux éditions Fei et non pas en Pléiade. Si comme moi, vous êtes iconophile, en plus d’être un lecteur compulsif, vous devriez jeter un coup d’œil sur cette édition de toute beauté, un peu chère, qui propose le texte intégral, agrémenté de nombreuses illustrations, dans un format traditionnel ( pour un lecteur asiatique) je ne sais pas du tout si la traduction est fidèle au texte mais elle m’a enchanté ! Pour ma part, devant des textes aussi représentatifs d’une culture étrangère, je me positionnerais exactement entre votre point de vue et celui de Neobirt7, autant dire que je ne prends pas de risques ! Dumezil avait mis en lumière les invariants séminaux ainsi que les ressemblances lexicales, symboliques, iconiques… dans les textes issus de la tradition indo-européenne. Il serait intéressant de voir la part irréductible d’altérité mais aussi les motifs convergents, dans la littérature classique chinoise.

    • William Marx, dans l’excellent « le Tombeau d’Oedipe », explique déjà de manière convaincante que nos chers grecs, dont la culture nous est si proche, nous est en fait totalement étrangère et souligne à quel point nous aimons leurs tragédies pour des raisons différentes de ce qu’elles représentaient réellement. Moi qui me suis attaché au Ramayana lors de cet été balinais mesure assez le gouffre culturel et temporel qui me sépare d’une telle œuvre et suis devenu depuis profondément religieux (la religion des notes explicatives, grâces leur soient rendues). Alors les chinois…

      • C’est l’histoire de la réception d’une œuvre. La richesse d’icelle vient aussi du fait qu’elle peut être lue avec « profit » hors de son étroit contexte spatio-temporel d’élaboration.

        • Ben sûr, Brumes… La richesse de la méprise. Mais si le sujet est « combattre l’effet d’altérité radicale par rapport aux mentalités occidentales », il s’agit alors de comprendre en plus de goûter par erreur.

    • J’approuve pour les jolis coffrets des éditions Fei. J’ai dans cette collection le boîtier jaune des Trois Royaumes. C’est un très bel ensemble de livrets, et la boîte est elle-même, excusez ma superficialité, plutôt décorative (ma compagne l’a acceptée en majesté sur une bibliothèque basse du salon)

      • Excusez une petite anecdote de provincial, mais lors de ma dernière virée parisienne en famille, comme je déjeunais dans un restaurant trop cher pour moi (et mal adapté à deux adolescents aux goûts absurdement étroits – frites et mayo), ma femme m’attira dans une petite librairie voisine (ce qui, vous en doutez n’était pas une tâche très difficile). La librairie des éditions Fei, où je m’exclamais devant la sortie de « Kushi, 1-le lac sacré » (que j’ignorais), et cela… Devant le scénariste de cette BD qui a ainsi pu bénéficier en direct de l’enthousiasme d’un de ses lecteurs. Tout ça pour souligner l’extrême sympathie de cette maison d’édition et, effectivement, la qualité de leurs » coffrets chinois » (pour ma part : « Rêve dans le pavillon rouge ») ; un investissement mais qui (excusez la futilité) ne dépare pas dans une bibliothèque.

    • Oh que si, mon cher Zino ! Votre position est la plus courageuse et la plus risquée : vous pouvez vous faire fusiller par les deux parties !

  37. @Neo-Birt7. J’avoue que, pour une fois, je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Vous avez entièrement raison, certes, de dire que les grands romans chinois qui ont paru dans la Pléiade auraient mérité dans notre langue une édition savante contenant de plus larges développements explicatifs. De mon point de vue, c’est ce qu’a plus ou moins approché, par exemple (approché, mais pas réalisé, attention), M. Alain Rocher dans son édition de « Splendeurs et misères d’une favorite », de Dame Nijo, parue aux éditions Philippe Picquier (édition dans laquelle l’appareil critique est très inhabituellement copieux). Ceci dit, non seulement il est particulièrement hardi de mon point de vue de publier en France des romans chinois très longs qui ne sont pas familiers du grand public, mais, en plus, une édition savante en plusieurs tomes aurait été condamnée, comme vous le pressentez, à une diffusion assez confidentielle, chez un éditeur spécialisé, et non grand public comme Gallimard (car ne l’oublions jamais : pour les dirigeants de la maison, la Pléiade a toujours été une collection destiné à ce qu’ils appellent « le grand public cultivé » Elle ne peut être autre chose).
    C’est la raison pour laquelle les choix de présentation de ces grands romans dans la Pléiade sont ceux que nous pouvons constater aujourd’hui. Comme l’a parfaitement rappelé Domonkos, il était parfois difficile à Etiemble d’imposer tel ou tel pan de sa collection « Connaissance de l’Orient », voire tel ou tel titre, auprès d’une direction qui avait au moins une hantise : que les volumes publiés se défraichissent avec le temps dans un hangar sans être vendus. Ne l’oublions pas : c’est parce que la publication de « Au bord de l’eau » dans « Connaissance de l’Orient » était impossible (aussi bien les coûts de fabrication de l’ouvrage que le prix demandé en librairie auraient été selon lui totalement déraisonnables), que Etiemble s’est senti obligé de proposer ce gros roman à la Pléiade. Une réponse positive de la collection n’allait vraiment pas de soi selon moi, et pourtant, effectivement, Etiemble a remporté la victoire. Le succès de curiosité rencontré par « Au bord de l’eau » dans la Pléiade a permis à la collection de publier 3 autres grands romans chinois, mais la manie de la « représentativité » (et non de « l’exhaustivité ») qui est celle de Gallimard a poussé la maison à arrêter à un certain moment la publication de ces oeuvres gigantesques (ainsi, le grand roman chinois d’inspiration taoïste intitulé « Le roman de l’investiture des dieux », qui avait été prévu à l’origine pour figurer dans la Pléiade, a été finalement annulé, et n’a jamais paru. On m’a d’ailleurs dit que le traducteur avait fait paraître sa traduction ailleurs – tout comme le Chaucer jadis prévu pour la Pléiade a fini en « Bouquins » chez Laffont). C’est sans doute aussi pour cette raison que « Le roman des trois royaumes » ne figure pas dans la collection : Gallimard a dû estimer que quatre grands chinois dans la collection suffisaient.
    Mais je reviens pour finir à la présentation des romans chinois dans la Pléiade. André Lévy avait prévenu au début de son édition du « Jin Ping Mei » : sa traduction est faite pour que le lecteur n’ait à priori pas besoin de se référer aux notes pour la comprendre. Dès le départ, cette traduction avait donc été voulue aussi bien par Etiemble que par Gallimard comme une traduction destinée non pas à des spécialistes, mais au grand public cultivé. C’est aussi la raison pour laquelle Lévy reconnait dans son appareil critique qu’il a effectué ici et là quelques coupures, et qu’il a simplifié la titulature de certains personnages, pour éviter des lourdeurs qu’il sentait intolérables pour le lecteur non spécialisé.
    Je remarque d’ailleurs que David Roy a effectué des choix à peu près semblables à ceux de Lévy dans sa très bonne traduction du « Jin Ping Mei » parue aux Etats-Unis (en 5 volumes si ma mémoire est bonne). Là aussi, de toute évidence, il s’agit d’une traduction destinée au grand public cultivé.
    Nous avons quand même la chance de disposer en France de très bonnes éditions des grands romans chinois. Elles ne sont pas parfaites, certes, mais je les trouve tout de même ambitieuses dans leur genre – surtout celles dirigées par André Lévy, dont j’ai toujours été un très grand admirateur. J’avoue, c’est vrai, être beaucoup moins fan du travail de Jacques Dars (même si je possède les deux tomes de « Au Bord de l’Eau » depuis mes années d’études).

    • Vendre 10 000 exemplaires de chaque tome de ces romans chinois presque inconnus ici (au moins il y a trente-cinq ans) avait tout du risque comme savait les prendre Gallimard alors. On les trouve difficilement dans le commerce neuf (y compris les rééditions récentes) mais presque jamais en occasion, ce qui est à la fois bon et mauvais signe (bon : les acquéreurs ne s’en séparent pas ; mauvais : il y a trop peu d’exemplaires en circulation pour approvisionner régulièrement le marché de l’occasion).

      Quoi qu’il en soit, l’entreprise n’a pas complètement « adoubé » culturellement ces classiques. Je croise de temps en temps telle ou telle personne cultivée et intéressée par la Pléiade (enseignant, etc) qui s’étonne de leur présence dans la collection (car il ne connaît pas ces titres, même de nom, et s’interroge sur leur légitimité à figurer au « palmarès »).

      La maison n’est pas un éditeur universitaire et ne voulait pas effrayer le public en lui proposant un nombre de notes tel que le lecteur moyen aurait pu prendre peur en considérant que cette lecture supposait tant de connaissances préalables qu’elle n’était pas faite pour lui.
      C’est un choix, je ne sais pas s’il était possible d’en proposer un autre avec les ressources et savoirs des sinologues français.

      • Cher brumes, je ne savais pas que chaque tome de ces grands romans chinois s’était vendu autant. 10 000 exemplaires, c’est un très bon score pour des oeuvres aussi intimidantes pour des non-familiers des littératures d’Extrême-Orient. Merci pour cette information.
        Il est très curieux que des gens s’étonnent de la présence de ces romans dans la Pléiade. En lisant pour la première fois le « Jin Ping Mei » vers l’âge de 22-23 ans, j’ai immédiatement senti que j’avais découvert un livre important. Ce très grand chef-d’oeuvre est devenu depuis l’un de mes trois romans préférés. Il faut dire qu’il n’a absolument aucun équivalent dans nos littératures occidentales.
        Vous l’avez très bien dit : la Pléiade n’est pas, et ne sera jamais, un éditeur universitaire. La clef pour comprendre ses choix éditoriaux passés, présents et encore à venir, c’est cette phrase répétée sans cesse par la direction de la collection : « Nos publications sont destinées au grand public cultivé ». D’où mettons D’Ormesson – très « très grand public » – dans le catalogue…

        • Ah je ne sais pas s’ils ont été vendus à 10 000 exemplaires, mais les retirages au bout de 25/30 ans (voire 40 pour le premier d’entre ces romans) suggèrent que les tirages originaux se sont finalement vendus et que Gallimard a jugé bon d’en remettre sur le marché. Il est aussi possible que les ventes aient été moins bonnes mais qu’il leur reste du stock imprimé à l’époque, il faudrait feuilleter l’un ou l’autre de ces volumes de coffret pour examiner leur date d’impression (si elle est de 2015, 16 ou 17, c’est qu’il s’agit d’un nouveau tirage).

          Dans l’absolu, je donnerai cher pour un tableur excel récapitulant par année les ventes des « Pléiade »… et encore, il serait faussé, les volumes étant vendus sans possibilité de retour aux librairies, qui peuvent les traîner comme de vulgaires rossignols des années durant ; une librairie disparue que je connaissais proposait encore les Kipling/Giraudoux/Brantôme parus à la fin des années 80, début des années 90, et qui n’avait pas bougé de leur étagère durant le quart de siècle passé…

  38. Tsss, tsss, vous voyez les choses trop en noires, Domonkos. Ainsi ai-je réussi à acheter -avec son coffret chinois s’il vous plait! – le Jin Ping Mei pour la modeste somme de 90 euros. Vu le prix auquel je le vois passer aujourd’hui, j’ai lieu de m’en réjouir. Et j’aurais pu avoir la Pérégrination pour 90-100 euros, avec coffret chinois, il y a quelques mois, si j’avais été plus tenace. Évidemment, je n’ai pas l’érudition de NeoBirt7, mais j’ai trouvé bien venues les annotations du Rêve dans le pavillon rouge. On y précise d’où proviennent chaque vers, chaque textes cités, qui sont les nobles personnes nommées par les personnages du livre, à quel texte, événement ou mythe ils ressortent. Évidemment, dans l’idéal, il me faudrait lire M. Granet . Pas le temps!

    • On est tout de même loin des Pléiades courantes qu’on ramasse à la pelle pour 30 ou 40 euros… La fourchette est plus haute et la nourriture est plus rare… Mais j’admets que j’ai été trop péremptoire sur la question.

      Par contre je persiste dans mes commentaires sur l’édition de « Au Bord de l’Eau » (et des autres chinois) et j’en remets une couche ci-après avec le détail de l’appareil critique. Je ne suis pas certain que l’érudition (certaine et admirable et que j’admire sincèrement lorsqu’elle se manifeste dans ses domaines de prédilection) de notre ami s’étend réellement à la Chine… Il serait d’ailleurs impossible à un être humain d’entretenir la même intimité avec ces deux maîtresses exigences (voire tyranniques) la sino-japonaise et la gréco-romaine. Il y laisserait sa santé et son esprit !

      Pour M. Granet, avec tout le respect et la révérence que je lui dois pour avoir guidé mes premiers pas et avoir défriché le terrain (comme également les Maspero, Balasz, Arthur Waley, Sir Aurel Stein, Margouliès, Pelliot, Van Gulik, etc. et sans remonter aux Révérends Couvreur et consort ou aux anciens maîtres du XIXème siècle), je vous dispense de le lire.

      Passez donc aux générations suivantes qui, si elles écrivent dans une moins belle langue, sont d’une information plus sûre, plus complète et ont exploré de nouveaux territoires. Je tiens à votre disposition une liste, si quelque jour vous trouvez un coin disponible de votre cerveau pour la ranger…

      • Les éditions des romans chinois en Pléiade sont des modèles et je ne suis pas certain (en tenant compte de tous les paramètres et pas seulement de celui de l’édition savante ou critique) qu’elles aient leur équivalent de par le monde – hormis la Chine.

        • Et le travail extraordinaire de leurs ordonnateurs mérite tous les éloges. (Je n’en connais aucun personnellement, ils ne sont ni de mes amis, ni de mes parents, ni de mes employeurs ou employés, inutile donc d’envoyer « Le Canard Enchaîné » fouiller dans mes poubelles ni de promulguer une loi de « Moralisation » sur le sujet.

      • Cher Demonkos, mes maîtresses scientifiques sont la philologie (par opposition au « literary scholarship », soit tout ce qui autorise la critique textuelle, de la révision de la tradition manuscrite à la traduction et/ou au commentaire en passant par l’identification des sources ou modèles littéraires) grecque, latine, suméro-akkadienne, et la linguistique et la grammatologie des langues mésopotamiennes, indo-européennes et sémitiques. Dumézil maîtrisait une trentaine de parlers anciens, sans compter le turc et le géorgien; les bons indo-européanistes se débrouillent quotidiennement en transcription latine avec de six ou sept à vingt langues filles du proto-indo-européen, sans le plus souvent pouvoir réellement lire du tokharien, du sanskrit, de l’iranien, de l’arménien ou de l’avestique dans le texte (pour ne citer que les principales langues-filles, avec le hittite, duquel tous les spécialistes maîtrisent les rudiments graphémiques). Il n’est donc pas extravagant qu’un philologue comparatiste publié depuis un quart de siècle soit solidement informé en sumérien, en akkadien, en éblaïte, en ougaritique, en égyptien, en hébreu, en araméen, en copte, en syriaque et en arabe, sans parler des langues indo-européennes susdites. Parti d’Homère, j’ai en effet élargi mes intérêts à la totalité de la tradition poétique antérieure — j’allais dire la poésie épique, ou grande poésie, mais ce genre n’a été cultivé ni par les Egyptiens ni par les Hébreux — sans une bonne connaissance de laquelle on ne saurait guère prétendre apprécier lucidement l’Iliade et de l’Odyssée. Même ainsi outillé, le danger des jugements fallacieux demeure permanent ; l’immense Martin West, qui vous éditait non moins magistralement Homère, Hésiode, Eschyle, les iambiques et les élégiaques grecs que le corpus vieil-avestique, en faisant sur son chemin moult conjectures souvent géniales, a si bien gâché sa prodigieuse maîtrise des comparanda proche- et moyen-orientaux que ses ouvrages de synthèses sur Homère sont peu ou prou inutilisables ( « The Making of the Iliad », Oxford 2011 ; « The Making of the Odyssey », ibid. 2015). Pour ma part, même si j’ai publié sur une vaste aire chronologique et géographique, depuis la Mésopotamie et l’Egypte du troisième millénaire jusqu’à l’empire romain du quatrième siècle A.D., je reviens le plus volontiers au grec archaïque et classique, au sumérien, à l’akkadien et à l’égyptien, tous parlers dont les belles lettres me semblent d’une incomparable excellence (avec les sourates coraniques de la première et de la troisième périodes mecquoises). Je ne me suis jamais attribué de compétence en culture japonaise ou chinoise ; j’ai simplement une familiarité superficielle avec l’état le plus archaïque de ces deux langues, laquelle m’a donné une certaine curiosité envers la culturelle matérielle et les réalisations intellectuelles des civilisations y afférentes.

        Je relève, d’ailleurs, que personne dans cette discussion n’a relevé mon contre-exemple de Pléiade savante assez récente : le Brantôme de Vauqueret compte quasiment comme une édition commentée, vu l’extrême générosité de l’appareil scientifique rapportée à des textes d’un intérêt intrinsèque, et d’un mérite littéraire, assez minces, rappelant le gros Tallemant des Réaux d’Antoine Adam (une autre édition vraiment très généreuse en éclaircissements, le tome de Chateaubriand établi par Maurice Regard qui comprend « L’essai sur les révolutions » et le « Génie du christianisme » [1978], donne 596 pages de Notices et notes mais pour 1366 pages de texte précédées d’une minuscule introduction).

        • En post-scriptum, je redis mon admiration pour la culture littéraire de Géo, Restif, Demonkos et Brumes — le mauvais côté de la carrière académique (si peu qu’elle nourrisse et promeuve son homme !) réside dans le développement d’une véritable myopie à l’égard de tout ce qui est hors champ par rapport aux thèmes de prédilection que l’on cultive ainsi qu’à ses quelques auteurs favoris. Le temps passé en recherches bibliographiques, qui nourrissent un fichier « de omni re scibili » devenu énorme dans lequel je puise la matière de footnotes nombreuses et souvent longues, ne me laisse quasiment pas de loisir pour la culture générale, si bien que tous les auteurs ou presque dont la présente page soupèse la Pléiadibilité me laissent sans voix. Et pan sur le bec du cagot de critique ! Je ne possède d’ailleurs qu’assez peu de volumes de la collection (125, dont toute l’Antiquité, les textes religieux et le Moyen-Âge ; le Jin Ping Mei ; beaucoup de XVIIe et de XVIIIe siècles ; un peu de XIXe, essentiellement le Balzac de Castex, le Baudelaire et le Nerval de Pichois, Barbey d’Aurevilly, Gobineau, Verlaine, les trois Rimbaud et tout Hugo poétique ; quasiment pas de XXe hormis Sartre, les romains de Montherlant, et Proust).

  39. IL me semble que la sortie en Pléiade d’Yves Bonnefoy a déjà été confirmée ici, mais comme la caducité me guète…Bref, je lis que Daniel Lançon, de l’université de Grenoble-Alpes, travaille actuellement à l’édition des poèmes du dit Bonnefoy dans la dive collection.

  40. Pour information, à l’adresse des malheureux qui ne possèderaient pas ce merveilleux coffret « Au Bord de l’Eau », qui seraient tentés de l’acquérir mais qui s’inquiéteraient de sa « maigreur », signe de mauvaise santé, voici la Carte offerte aux regards du chaland :

    – Premier Service : « Shui Hu Zhuan », Volume I :
    . En guise d’Entrée (ma foi, déjà assez copieuse) : « Avant-propos » de René Etiemble, de la page XI incluse à la page XXXIV ; « Introduction » de Jacques Dars, de la page XXXV incluse à la page CXLVII ; « Bibliographie sommaire », de la page CIL incluse à la page CLI ; « Prononciation des Mots Chinois », de la page CLII incluse à la page CLV ; suivi de la « Liste des 108 Brigands » qui nous mène à la page CLXI…
    . Plat Principal : « Au Bord de l’Eau », texte, chapitres I à XLVI, avec son accompagnement de Gravures Chinoises traditionnelles, de la page 3 incluse à la page 1065 ;
    . Dessert, café et liqueur : « Notes », de la page 1069 incluse à la page 1209, suivies de « Vocabulaire » (p. 1213 incluse à 1220 et de « Cartes » (pp. 1222-1225)

    Voilà de quoi satisfaire les appétits normaux mais, pour les gros mangeurs, il y a un :

    – Second Service : « Shui Hu Zhuan », volume II :
    . Entrée légère ; « Note sur la prononciation des mots chinois » et « Liste des 108 Brigands » : une dizaine de pages ; (pour les amateurs, les Entrées du Premier Service restent à disposition) ;
    . Plat Principal : « Au Bord de l’Eau, texte, chapitres XLVII à XCII, suivi de l’Epilogue, et toujours avec l’accompagnement de Gravures Chinoises traditionnelles, de la page 3 incluse à la page 1163 ;
    . Dessert, café et liqueur (serviettes chaudes puis addition) : « Notes » de la page 1167 incluse à la page 1331 ; « Vocabulaire » et « Cartes » jusqu’à la page 1352.

    Pour ma part, j’ai trouvé le repas suffisamment copieux et j’étais rassasié, l’ambiance et la décoration de la salle étaient agréables, le service parfait et je recommande hautement la Maison La Pléiade à l’enseigne du « Au Bord de l’Eau. »

  41. Deux questions :

    La littérature russe du XIXe siècle est assez bien représentée dans La Pléiade. Cependant, il semble qu’il y ait une lacune majeure : l’absence d’Ivan Gontcharov. Quelqu’un parmi vous a-t-il entendu parler d’une possible édition de Gontcharov dans La Pléiade ?

    Parmi les « grands romans chinois » sortis dans La Pléiade, lequel me conseillez-vous en priorité – c’est à dire lequel est le plus « facile » à lire, sachant que je suis plutôt un bon lecteur mais que je lis plus facilement les romans, les essais ou les journaux que la philosophie et la poésie ?

    Merci par avance.

    • Difficile de répondre, tant ils sont divers par l’époque où ils ont été écrits, le milieu décrit, le type d’action, le sujet, etc. Il est impossible de faire plus différent (à part, peut-être « Le Rêve dans le Pavillon Rouge » et « Fleur en la Fiole d’Or » qui peuvent présenter quelques affinités de surface).

      – « Au Bord de l’Eau » qui raconte les histoires des « 108 Bandits des Marais », marginaux, rebelles, bandits de grand chemin ; une touche de picaresque, une touche de Robin des Bois, une pincée pantagruélique, sur un fond historique très agité… S’apparente au « roman historique » comme « Les Trois Royaumes » ; d’époque « médiévale », brut de décoffrage…

      – Epoque plus récente, « embourgeoisée » voire « décadente » ; raffiné, délicat, poétique, lettré (sans majuscule, car un véritable Lettré chinois ne se serait pas commis à écrire un roman, mais, après l’ébranlement mongol puis l’installation de la dynastie à demi « barbare » des Mandchous, la Chine déstabilisée ne comptait plus les Lettrés déclassés et les semi-lettrés ou aspirant à le devenir)… « Le Rêve dans le Pavillon Rouge » que je mets au sommet (je ne suis pas le seul) : histoires de gynécée derrière les murs et les paravents d’une vaste maison clanique, qu’on pourrait, avec moult réserves et précautions, rapprocher du « Genji monogatari » et où d’autres ont pu voir une sorte de « Recherche du Temps Perdu » à la chinoise. Qui demande tout de même une certaine « initiation » au contexte historique, social, mental et culturel… Certainement le plus risqué à aborder sans préparation et que je ne recommanderais pas pour débuter, de crainte d’une (injuste) déception.

      – Encore plus embourgeoisé et décadent, plus sulfureux, se déroulant dans un milieu de riches jouisseurs (qui ne sauraient pourtant être assimilés à nos « libertins », peut-être plus fin de notre XIXème siècle), mais irrigué de toute la culture chinoise autour de l’Art de l’Amour (physique)… Le (très ou trop) fameux « Jin Ping Mei » ou « Fleur en la Fiole d’Or »… Fort agréable, facile d’accès (du moins, si l’on ne va pas au-delà des apparences).

      – Le « Xi Youji » ou « Pérégrination vers l’Ouest » (j’aurais dû le placer, chronologiquement, entre « Au Bord de l’Eau » et « Le Rêve) ; sorte d’Odyssée pour une bonne partie, mêlant mythologie, alchimie taoïste et réflexion bouddhiste, farce rabelaisienne et aventures épiques… Absolument jubilatoire !
      (Je recommande la lecture, tout aussi jubilatoire, maligne, excitante, du « Singe Egal du Ciel » de Frédérick Tristan, qui est centré sur les aventures du fameux Singe Magique et blasphémateur, Sun, dont Mao avait également voulu se servir comme de la figure du Grand Rebelle annonçant l’avenir « Rouge et Radieux ».)

      Tous les rapprochements ou les comparaisons avec des oeuvres ou des genres « bien de chez nous » dont j’ai usé dans les lignes qui précèdent sont plus que contestables et ne doivent avoir d’autre usage que de faire « image », exciter l’imagination, avant de les balayer et les oublier : il serait facile, en effet, de les démonter pour en montrer les limites, jusqu’à n’en rien laisser que des débris épars.

      • @Domonkos. Voilà qui est fort brillamment résumé (comme d’habitude). J’ai d’ailleurs rencontré très peu de personnes qui avaient lu ces quatre grands romans chinois en entier. Brumes a raison : la plupart des lecteurs de la Pléiade considèrent ces chefs-d’oeuvre hautement dépaysants comme des animaux exotiques au sujet desquels ils se demandent : « Que font-ils là au milieu des autres animaux ? Ils jurent avec le reste du zoo. »
        Vous confirmez aussi quelque chose que j’ai remarqué sans cesse au cours des années précédentes. Je n’ai jamais rencontré une seule personne qui aime autant « Le rêve dans le pavillon rouge » que « Fleur en Fiole d’Or ». En règle générale les lecteurs sont plutôt d’un bord, ou de l’autre, de manière assez tranchée. Je me souviens d’un professeur d’université qui m’avait dit il y a quinze ans : « Comment ? Vous aimez le « Jin Ping Mei » ? Ce truc pornographique qui a sans cesse été proscrit en Chine ? Je n’aime quant à moi que « Le rêve dans le pavillon rouge » : c’est un roman sublime, et respectable en tout point ».
        André Lévy reconnait lui-même que tous les véritables aficionados du « Rêve » le relisent en entier au moins une fois chaque année – déclaration qui lui permet de dire indirectement qu’il fait partie des aficionados dont il parle. A l’opposé, il avoue comprendre les lecteurs « qui n’apprécient vraiment « Fleur en Fiole d’Or » qu’à la troisième ou à la quatrième lecture » (!). Cela montre à quel point, bien que traducteur de « Fleur », son coeur penche résolument vers « Le rêve ».
        Après comme toujours c’est une question de personnalité et d’affinités. Je me retrouve d’ailleurs beaucoup dans votre description très perspicace du « Jin Ping Mei » : « Encore plus embourgeoisé et décadent » que « Le rêve », et « plus sulfureux ».

        • Je n’ai pas grand mérite : j’étais tombé dans la Chine à l’âge de 10 ans (avec Pearl Buck !) puis à 12 ou 13 (avec les petits livres d’Etiemble en poche « Idées ») et je n’en suis plus jamais sorti.

          Bien avant les parutions en Pléiade, j’avais lu les versions adaptées et raccourcies qu’on trouvait, comme « Le Rêve dans le Pavillon Rouge » (retraduit de l’allemand, comme le Yi King ?…) et le « Jin Ping Mei » (idem), « Le Voyage vers l’Ouest » dans la version adaptée et raccourcie, retraduite de l’Anglais (d’Arthur Waley) chez Payot puis dans la version plus sérieuse et plus étendue, directement du chinois, au Seuil, à l’orée des années 7O… J’ai eu presque soixante ans pour lire et relire ces grands romans.

          Il est vrai que, entrer dedans, c’est entrer dans un voyage au long cours, une traversée océanique, un continent mouvant, inconnu, dont l’effet bouleversant sur moi ne peut être comparé qu’à ces dernières années que j’ai passées en Océanie, aux « bords du monde »… (Avec ce que cela comporte d’étrangeté : cette façon de se retrouver, de reconnaître ce qui nous est familier, humainement commun, au milieu d’une certaine « irréductible altérité »…)

          C’est une expérience qui devrait obligatoirement faire partie de l’enseignement des nouvelles « humanités » : toutes les autres civilisations ont avec nous des racines communes (qu’on ait puisé directement ou indirectement à leurs sources, comme comme le Moyen-Orient Ancien ou récent ou comme l’Inde, qu’on les ait conquises, détruites, changées, ce qui nous a également changés, comme les civilisations méso-américaines). Avec la civilisation extrême-orientale on bascule vraiment de l’autre côté du monde, un monde qui s’est construit sans nous (et nous sans lui) jusqu’au 18ème s. Et pourtant, se reconnaître malgré tout dans ce miroir déformant, c’est une expérience bouleversante et qui renforce le sentiment d’Humanité.

          Et cela ne coûte aucune peine, si on décide simplement de baisser un moment les armes pour goûter le plaisir infini de la lecture.

        • Se sentir intelligent avec « Le Rêve dans le Pavillon Rouge » et s’encanailler avec le « Jin Ping Mei » (après tout, on peut aimer les Beatles et les Stones).

        • Franchement, je conseillerais à un lecteur français non initié de commencer par « Fleur en Fiole d’Or », « Le Rêve » risque d’en rebuter plus d’un (cela ne veut pas du tout dire que je placerais « Le Rêve » hiérarchiquement au-dessus de « La Fiole »).

          Mais il ne faut pas se tromper, on peut avoir une lecture immédiate et superficielle de « Fleur en Fiole d’Or » (tandis qu’on est obligé de « prendre au sérieux » « Le Rêve »), mais, si on en restait là, on passerait à côté de ce qui s’y trouve de plus profond et d’essentiel, qui ne le cède en rien au « Rêve »).

          (Quand bien même serait-ce seulement « pornographique » – évidemment non – qui oserait prétendre que celle-ci n’est pas un élément fondamental de la « nature humaine » ?)

          • Et qui ne lirait que ces deux romans, et laisserait de côté « Au Bord de l’Eau » et « Voyage vers l’Ouest » serait hémiplégique, ignorant tout d’une bonne moitié de la littérature romanesque et de l’imaginaire chinois.

            Il resterait prisonnier d’une Chine de convention dont l’image sévit depuis plus d’un siècle, cette Chine raffinée, délicate, décadente, enfermée ; ne sachant rien de la sève populaire, de l’esprit d’aventure, du sang qui coule aussi dans les veines des Chinois qui sont tout de même autre chose qu’une bande de Mandarins et de Poètes fins Lettrés plus ou moins sensuels.

    • @Lombard.
      Pour Gontcharov, je sais que Etiemble était un admirateur de cet écrivain assez confidentiel en France, mais, de toute évidence, s’il a jamais suggéré à la direction de la Pléiade de lui consacrer un volume (ce dont je doute…), son avis n’a pas été écouté. Je ne crois pas cependant que Gallimard estime qu’il y a déjà suffisamment d’auteurs russes présents au catalogue de la collection, car, si cela avait été le cas, Gorki n’aurait pas bénéficié d’un volume au cours des dernières années. Il reste donc une chance pour Gontcharov. Ceci dit, vu la dérive commerciale récente de la collection…
      Pour les romans chinois classiques je ne puis que vous donner mon sentiment personnel. Lorsque l’on aborde « Le rêve dans la pavillon rouge » après le « Jin Ping Mei » (ce que j’ai eu le malheur de faire), l’ennui s’installe malheureusement très vite. A côté de ce roman noir et épicé qu’est « Fleur en Fiole d’Or », « Le rêve » apparaît très sage, très mesuré, très convenable, et donc un tantinet palot – malgré l’harmonie incomparable des traits de son visage (c’est un chef-d’oeuvre très justement admiré partout dans le monde). Dans la mesure du possible il faut donc lire « Le rêve » avant « Fleur ».
      Pour le « Xi You Ji » et pour « Au bord de l’eau », le problème ne se pose pas en ces termes. Le premier est un roman comique et fantaisiste qui ne peut souffrir d’aucun voisinage avec les 3 autres, parce que sa singularité extrême l’isole beaucoup. Quant au second, il est lui aussi suffisamment à part pour ne pas pâtir d’une lecture précédente (même si « Fleur » dérive directement de l’un de ses chapitres).

      • Gorki aurait dû être publié en trois tomes, mais, tout comme Marx et Brecht, quelques évolutions politico-historiques survenues en Europe de l’est en 1989-91 ont conduit Gallimard à réduire la voilure.
        Gontcharov a fait l’objet d’un « Bouquins » chez Robert Laffont cette année.

      • Lire « Le Rêve » avant « la Fleur » ?… Mince alors, je viens de donner le conseil inverse, avant d’avoir lu votre dernier message !

        Je m’interroge. Votre conseil me paraît tout aussi pertinent que le mien. En fait, tout dépend du lecteur lui-même, de sa personnalité, de ce qu’il recherche. J’ai craint, quant à moi, que « Le Rêve » (je vous laisse la responsabilité de « l’ennuyeux ») soit décourageant pour certains. Mais sans doute pas pour tout le monde !

        Il faut tout de même avertir : « Le Rêve » est plutôt réservé à ceux qui se sentent capables de se farcir « La Recherche du Temps Perdu » ! (La comparaison n’est pas pertinente, bien sûr, quant au contenu… mais.)

        En fait, je reviens à ma première conviction, « Le Rêve » ne peut être lu sans sérieuse préparation (sauf coup de baguette magique, cela arrive le Coup de Foudre, en littérature). Cela demande une assez bonne connaissance de la Chine (ou alors, lisez donc Mme de Lafayette et quelques romans de nos « précieuses » écrivaines des 17e et 18e siècle auparavant).

        Par contre, franchement, « Le Voyage » ou bien « Au Bord de l’Eau », malgré leur(s) longueur(s) (pour moi ils ne sont pas encore assez longs, mais je suis un grand malade), cela se dévore comme du Dumas ; ils peuvent être abordés frontalement : il suffit de se jeter à l’eau, on apprendra à nager ensuite.

        • @Domonkos. C’est amusant ce que vous dites à propos du « Rêve dans le pavillon rouge », c’est exactement ce qu’un lecteur désespéré m’a confié un jour. Il avait lu une centaine de pages, avant d’abandonner définitivement. « Je ne comprends rien à ce livre, m’a-t-il dit, sans doute parce que je ne connais rien et ne comprends rien à la Chine du XVIIIe siècle. » On comprend dès lors pourquoi un André Lévy recommande la lecture de Jacques Gernet avant de se lancer dans la lecture de « Fleur » ou du « Rêve ». (Et l’on comprend mieux aussi pourquoi les marxistes chinois ont qualifié le « Rêve dans le pavillon rouge » de « encyclopédie de la Chine féodale à son déclin ». Mao disait d’ailleurs de ce roman qu’il était « l’une des plus grandes fiertés de la Chine ».)
          Pour le « Xi You Ji » pas besoin d’initiation à la civilisation chinoise de mon point de vue : c’est une histoire imaginaire et foutraque où un singe, un cochon et une créature des marais aident le moine Tripitaka à échapper à toutes sortes de créatures démoniaques (pour certaines complètement déjantées – et donc comiques), avec par dessus tout le tralala du Bouddha et des bodhisattvas qui apparaissent pour sauver tout le monde in-extremis. Les éclats de rire sont très fréquents pendant la lecture.

          • Entièrement d’accord avec vous pour le Xi You Ji. Bien sûr, quelques connaissances du taoïsme, du bouddhisme et de la religion populaire chinoise ne gâtent rien, au contraire. Mais, même au premier degré, le plaisir est entier.

            Pour « Le Rêve » je connais bien sûr la référence à Mao qui courait toutes les préfaces et quatrième de couv’ dans les années 7O, mais je préfère l’oublier : ces niaiseries (destinées à couvrir des crimes de grande ampleur) de « période féodale » chinoise (conception héritée de cet idiot d’Engels ayant lui-même puisé dans l’ignardise de Hegel en ces matières, au temps où il fallait absolument plaquer nos conceptions de l’Histoire et nos divisions en périodes historiques « ascendantes » au contexte chinois ou autre, une des faces de l’impérialisme intellectuel européen) je ne le supporte plus.

            Ne prenez pas cela pour un reproche ou une pique à vous adressée ; pas l’ombre d’une intention de ce genre ne m’a effleuré.

            Au contraire, je n’ai qu’à vous remercier pour votre intérêt et vos connaissances en la matière qui m’ont motivé et poussé à replonger avec délices dans ma vieille « boutique chinoise »

  42. Bon, j’ai lu toutes les réactions.
    Pour conclure (de mon côté) je voudrais que les choses soient bien claires : le domaine chinois en tant que domaine de recherche intéresse en France un micro-public, bien plus restreint que le domaine de l’Antiquité gréco-latine, par exemple. Alors, à qui s’adresserait une édition critique de haute exigence ? Au tout petit nombre de spécialistes à même de la comprendre (et d’y accéder matériellement, soit grâce à un service de presse, parce qu’elle serait hors de prix, même pour des clients à l’aise financièrement, soit dans une bibliothèque où l’on n’entre qu’en montrant patte blanche universitaire). Et de quel profit leur serait-elle, puisqu’ils peuvent accéder aux originaux et aux travaux effectués dans la langue originelle et dans les langues de communication savante ?

    Non, ce public se réduirait sans doute à une seule personne… cette unique personne, serait-vous, cher NeoBirt7 ? (Pardon pour cette petite plaisanterie… Il est vrai que votre terme de « maigreur » m’a semblé excessif et a provoqué mon ire, ainsi que la dépréciation d’un travail qui est tout de même d’une certaine ampleur et qui a dû être imposé à l’éditeur contre vents et marées… )

    Donc, je m’entête, ces quatre Pléiade (en regrettant moi aussi l’absence des « Trois Royaumes » et « L’Investiture des Dieux ») – et en me plaçant sur le terrain du Monde Possible et non pas du Monde Idéal – représentent à mes yeux quatre bijoux qui n’ont certainement pas d’équivalent, même au-delà de nos frontières.

    Je maintiens également ma contestation de la « radicale altérité » (ou bien alors il faut étendre cette notion à toute relation entre deux êtres humains, avec leur part irréductible d’incommunicabilité : mon épouse et moi-même, par exemple, avec qui je vis pourtant depuis 35 années une relation profonde et riche sommes toujours, de ce point de vue, de parfaits inconnus l’un pour l’autre).

    Oui, j’ai conscience, en lisant une tragédie grecque antique ou un roman chinois que je le les lirai jamais comme un Grec de l’Antiquité, ni comme un Chinois du Moyen-Age. Encore faudrait-il croire que les Grecs de l’Antiquité ou les Chinois du Moyen-Age lisaient tous ces oeuvres de la même façon, ce qui n’est certainement pas le cas. Il suffit de voir nos polémiques, pour se rendre compte que nous ne lisons même pas – tous ici réunis, proches par les goûts, les passions, la sensibilité, la culture et la formation – des oeuvres contemporaines et occidentales de la même façon ! Et je préfère retenir ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous tient éloigné l’un de l’autre. Je veux dire : ce qui nous rapproche me paraît plus essentiel que ce qui nous tient éloignés l’un de l’autre (une fois « éloigné(s) » avec un s et une fois sans : tant pis, je le laisse comme c’est venu, ainsi je suis sûr que l’un des deux est correct).

    Peut-être me serais-je satisfait d’une expression comme : « la part de l’irréductible altérité » qui aurait le mérite de la relativiser. Je suis bien d’accord qu’il restera toujours un noyau d’incompréhension. La « radicale altérité », dans son sens absolu, risque de faire entendre que ces oeuvres sont de toute façon illisibles pour nous, que la rencontre ne se peut produire ou bien sur un malentendu (donc fausse, donc inexistante). Dans ce cas, basta, laissons tomber et revenons à nos moutons qui bêlent en français (encore que, pas toujours, il n’y a qu’à aller voir dans « L’Astrée », tout autant rempli de « radicale altérité » que « Au Bord de l’Eau »… rrrrhhhâââ ce mot me reste en travers de la gorge, où est mon vaporisateur anti-asthme ?)

    Vive l’édition qui favorise ce rapprochement (sans trahir « l’originalité de l’original ») plutôt que celle qui maintient l’oeuvre étrangère dans son « étrangeté » et dans son « irréductible altérité », en (pour parodier Victor Hugo) ajoutant à l’obscurité, l’obscurité de commentaires abscons.

    Quand je pense que je vous avais souhaité à tous de bonnes (fins de) vacances et que je m’étais mis en congé jusqu’en octobre !
    Allez, peaufinez votre bronzage et préparez la rentrée de vos élèves et disciples, au lieu de venir me taquiner dans ma thébaïde…

    • Je n’ai qu’un regret (paradoxal) avec ces neufs volumes chinois (j’inclus les « Spectacles »), que je possède tous, c’est d’en avoir pris deux d’occasion (« Au bord de l’eau »). Ce n’est pas contribuer à l’esprit d’aventure rue Sébastien-Bottin… Il faut que les volumes manifestant un peu d’originalité partent neufs… qu’ils atteignent leurs fameux 10000 et si de dodus gratte-papiers comme moi ne s’arrachent pas les éditions neuves, ce ne sont pas les étiques enseignants, et encore moins les supra-étiques étudiants qui le feront.

      • 12 volumes chinois
        les deux volumes taoïstes
        et le volume confucianiste

        d’ailleurs, à ce propos, si le premier volume s’imposait de lui-même en reprenant les trois « classiques » taoïstes déjà publiés en connaissance de l’Orient et dans des collections de poche,
        un volume que NeoBirt7 aurait vraiment pu qualifier légitimement de « maigre » et même de « fainéant »
        les deux suivants étaient moins prévisibles
        le deuxième taoïste met à la portée des amateurs de belle édition (de Pléiade donc) des textes moins courants
        et le volume confucianiste réunit le corpus de base confucéen, rarement réuni, dans un si joli volume de surcroît, et montre un peu plus de « courage »
        je rêve d’un second volume (comme pour les taoïstes) avec les néo-confucéens, tout aussi importants dans l’histoire de la pensée chinoise que les textes fondateurs…
        qui sait ?

          • Connaîtrais-je votre bibliothèque mieux que vous-même ? Voilà qui ne laisse pas de m’inquiéter…

          • Je possède plus de la moitié des Pléiades parus depuis l’origine, donc vous avez des chances de tomber juste… (à ma mort, ce sera le délice d’un bouquiniste…)

          • Je suis en retard sur vous, mais je pars de loin… Au début des années 2OOO, traversant une très mauvaise passe financière, j’avais vendu ma centaine de Pléiade…

            Deux jours plus tard, je m’étais précipité chez le bouquiniste pour le supplier d’annuler la vente des quatre romans chinois et de me le restituer tandis que je le rembourserai ! Ce qu’il a eu l’amabilité de faire.

            De la même façon, au cours d’une existence de déménagements, de hauts et de bas, dont quelques naufrages, j’avais vendu par pans la plupart de mes livres ayant une certaine valeur marchande, sauf mon irremplaçable bibliothèque chinois (et japonaise). J’y aurais perdu une partie de moi-même et ne l’aurait plus retrouvée.

            Il n’y avait pas l’apparence d’une chance que je retrouvasse les publications de l’Institut des Hautes Etudes Chinoises, d’Adrien Maisonneuve, de l’EFEO, de Geuthner et autre POF, au prix où je les achetais dans les années 70, prix qui parfois était resté inchangé depuis la publication, laquelle pouvait remonter à 50 années et plus… Je me souviens d’une maison d’édition demandant à mon libraire provincial de confirmer ma commande d’un ouvrage sur la littérature laotienne, qui était paru au début du XXème siècle, jamais épuisé ni pilonné, croyant qu’il ne pouvait s’agir que d’une erreur ! S’ils avaient su que le client était un jeune homme d’une vingtaine d’années, titulaire en tout et pour tout d’une Capacité en Droit passée en cours du soir… (Qui m’a tout de mêle donné le droit, un peu plus tard, d’aller fréquenter les bancs de l’INALCO à Paris… c’était une époque d’innocence, d’une certaine façon.)

            J’ai recommencé ma collection depuis sept ou huit années et j’en suis à 225 je crois… J’achète à peu près les deux tiers des nouveautés à parution, d’autres neufs que je commande, et des occasions, car je ne suis pas devenu prospère au point de pouvoir tous les acheter neuf. J’ai donc fait mieux que combler le trou dans ma bibliothèque.

            Mais durant cette même période je me suis débarrassé de la plupart de mes poches que je ne supporte plus. Avec l’âge, on apprécie le double confort d’un bon fauteuil et d’un bon livre bien relié, qui sent bon le cuir et dont le papier fait un doux bruissement…

            En ce qui concerne son destin post-mortem, j’ai quelque espoir que ma bibliothèque (ou du moins l’essentiel d’icelle) me survive quelque temps, car j’ai un fils élevé dans la piété familiale à la Confucius !

  43. Cher Domonkos
    J’ai dit que votre espièglerie bonhomme a sûrement fait le bonheur de vos enseignants. J’ajouterais que votre tempérament gentiment ombrageux – et sans filtres – aurait fait la stupéfaction de vos élèves, si vous aviez été enseignant. Et c’est un compliment…
    Quant au bronzage, il ne passera pas par moi.
    Vous avez fini de me convaincre pour les classiques chinois en Pléiade.
    Avec les autres Pléiade que je planifie d’acheter ( une bonne quinzaine) je suis bon pour repasser par la case « cours particuliers », que l’on me demande toujours de donner le Dimanche ; évidemment…

    • je goûte votre « compliment » pour sa finesse… finaude
      je crois que j’ai un peu battu mes records en rompant des lances, pour le compte… de feu René Etiemble !
      que voulez-vous, j’ai eu deux idoles : John Lennon et ledit Etiemble

  44. Brumes, je vous rassure, les enseignants sont ( relativement) étiques mais ils ont également une éthique : eux aussi, les achètent neufs…

  45. A propos de romans chinois classiques, il serait erroné de croire qu’ils se limitent aux quatre parus en Pléiade, voire les six, que nous avons abondamment évoqués ici. Il y eut une littérature « romanesque » abondante aux 18e et 19e s., pour la plus grande partie non traduite ou difficilement accessible (quant au XXème s hélas, c’est un des drames de la Chine, pas un roman qui vaille d’être classé au rang des chef-d’oeuvres universels et, quoi qu’on prétende, quels que soient les lauriers (y compris du jury Nobel) dont on couronne celui-ci ou celui-là, aucun romancier chinois qui ne soit dispensable et qui arriverait à la cheville des grands romanciers japonais contemporains).

    Pour en citer un, qui se détache du massif et qui pourrait faire l’objet d’un volume en Pléiade (oui, pour ceux qu’effraient les dimensions des « romans » chinois, celui-ci a la taille d’un bon gros roman de Balzac, Dickens ou Dostoïevski), je donnerai « Chronique indiscrète des Mandarins » de Wu Jingzi (qui fut publié en 1979, dans la collection « Connaissance de l’Orient », en deux volumes moyens, sous la direction d’André Lévy, traduction de Tchang Fou-jouei (Zhang Fujui), sous le nom d’auteur Wou King-tseu selon l’ancienne transcription de l’EFEO Ecole Française d’Extrême-Orient ; réédité dans la même collection format semi-poche).

    Il s’agit d’un roman satirique écrit au 18ème s par un semi-lettré qui parle d’expérience. Aussi « réaliste » qu’il est possible d’être dans la Chine de l’époque (et celle d’aujourd’hui), « satirique » comme La Bruyère (dixit Lévy) quand on n’a pas la permission d’être ouvertement critique, à la fois savant et familier, raffiné et vulgaire, maniant l’humour distancié et la grosse farce. Il en surprendra plus d’un.

    Bien que ne comportant pas d’éléments épiques ou héroïques (ou alors, sous forme plus ou moins parodique et en quantité mineure), il est plutôt dans la filiation de « AU Bord de l’Eau » et de « Fleur en la Fiole d’Or » que du « Rêve dans le Pavillon Rouge » ou bien du « Voyage vers l’Ouest ». De même qu’il s’oppose aux prétentions (faussement) historiques des « Trois Royaumes » et réduit à portion congrue les éléments fantastiques qui hantent la plupart des contes chinois.

    N’y pas chercher les règles romanesques bien de chez nous, la continuité narrative, pas même le héros récurrent : à la fin du livre il y a longtemps que les personnages du début ont disparu et ceux qui concluent l’action ne sont apparus que quelques chapitres auparavant. Dans l’intervalle, bien d’autres se sont bousculés au portillon. Mais, n’allez pas croire qu’il s’agit de marionnettes interchangeables : ce sont des individualités et la plupart ont une personnalité marquante. N’allez pas chercher non plus une morale ou bien alors induite et répondant aux penchants du lecteur lui-même.

    Titre original « Jou-lin wai-che » (transcription EFEO) ou « Julin waishi » (transcription moderne Pinyin).

    « Hou-Lin » ou « Julin », traduit par « Mandarins » (pour des motifs de lisibilité et peut-être bassement « commerciaux » ?), c’est, dans l’original, « La Forêt des Lettrés » (peuplée de « bacheliers » de « licenciés » et de « docteurs » se débattant dans le système des examens et de la hiérarchie sociale, entre « vaste savoir » maîtrise des exposés « en huit parties » et manoeuvres claniques et magouilles en tous genres.).

    Nombre d’intervenants de ce blog étant des « Lettrés » habitués à fréquenter la fameuse « Forêt », rompus aux examens et concours du mandarinat français (directement inspiré du mandarinat chinois idéalisé par plusieurs de nos philosophes des « Lumières ») goûteront la saveur de cette « chronique indiscrète » (comprendre « non officielle ») et s’y sentiront en pays de connaissance.

    • erratum : « traduction de Tchang Fou-jouei (Zhang Fujui) » ; je crois qu’il faut écrire, en pinyin, « Chang Fujui », mais de toute façon vous ne le trouverez pas dans cette transcription…

      • En tous cas, pour achever de dégoûter ceux qui trouvent que les romans chinois en Pléiade sont de « drôles d’animaux » qui font tache dans « le zoo »,
        Gallimard qui possède les droits de l’édition parue dans « Connaissance de l’Orient » n’aurait aucune peine et pas grand chose à faire pour l’intégrer à la Bibliothèque de la Pléiade.

    • @Domonkos. La traduction de ce grand classique qu’est la « Chronique indiscrète » dans « Connaissance de l’Orient » a en effet très, très bonne réputation. (Je projette de la lire depuis longtemps.) Mais ne débutons pas un débat portant sur cette collection fondée par le regretté Etiemble ; Brumes nous surveille tranquillement du coin de l’oeil et, en cas de dérive, il fera la grosse voix…
      J’ajoute juste, pour ceux qui ne le sauraient pas, que les très massives « Chroniques de l’étrange » du Chinois Pu Song Ling, jadis commandées par la Pléiade, et destinées à être reliées de cuir rouge doré sur tranche, ont elles aussi été abandonnées en cours de route (comme si pour la direction de la collection la fiction chinoise en Pléiade suffisait provisoirement – ou pour longtemps.) En prenant des risques énormes, et en recourant à des fonds publics, l’admirable Philippe Picquier a publié ces « Chroniques » sous la forme d’un très gros coffret en deux volumes il y a quelques années. Le pauvre André Lévy s’était chargé de la traduction. Lui qui avait connu une célébrité bien méritée dans les milieux universitaires grâce à ses luxueuses traductions du « Jin Ping Mei » et du « Xi You Ji », il a dû vraiment déchanter en apprenant de la Pléiade que son travail était recalé – comme cela a été aussi le cas, donc, pour l’infortuné traducteur du « Roman de l’investiture des dieux ». La Pléiade peut vraiment se montrer d’une goujaterie incroyable avec des traducteurs pourtant éminents. Dans ce genre de cas on dépasse largement l’impolitesse. Mais comme l’a écrit Lucien Jacques dans une lettre qu’il adressait à son grand ami Jean Giono (ils ont traduit ensemble le « Moby Dick » de Melville) : « Les Gallimard n’en sont pas à une connerie près. » Encore aujourd’hui cela se vérifie tous les mois.
      (PS : je conseille aux amateurs de littérature extrême-orientale de ne pas acheter ces « Chroniques de l’étrange » parues chez Picquier ; elles sont longuettes, et indigestes. Le petit volume Pu Song Ling paru dans « Connaissance de l’Orient » me semble suffisant pour faire la connaissance de cet écrivain très méconnu.)

      • Geo, je vous cite : « ne débutons pas un débat portant sur cette collection fondée par le regretté Etiemble ; Brumes nous surveille tranquillement du coin de l’oeil et, en cas de dérive, il fera la grosse voix… »

        J’en suis tellement conscient, que j’avais terminé mon intervention par le souhait d’une entrée de ce très bon et très représentatif roman dans la Bibliothèque de la Pléiade : en guise de parapluie ou de paratonnerre (hé hé hé !)

        Je me doute bien que notre bon maître Brumes est trop fin limier pour se laisser prendre à une ruse aussi grossière, mais, bon, faute d’essayer…

      • C’est à lire à petite dose, au fil des années et des envies… De toute façon trop cher et trop lourd pour être manipulé… On ne peut que pleurer en songeant à ce qu’elles auraient été en Pléiade…

        On trouve des florilèges des contes de Pu Songling, pas toujours aisés à repérer sous des appellations différentes (P’ou Song-Ling en EFEO etc) outre celle de « Connaissance de l’Orient », « Contes extraordinaires du pavillon du Loisir » traduit et introduit par l’excellent Yves Hervouet, il y a la réédition par Le Calligraphe des « Contes Etranges du Cabinet Leao » traduits par Louis Laloy et initialement publiés en 1925 (il y a déjà des traduction et des publications antérieures) par Piazza (le même vieil éditeur, je crois disparu, qui m’a initialement fait découvrir dans des traductions partielles et au carré « Le Rêve » et « Fleur en la Fiole d’Or »), les « Chroniques de l’Etrange » de Pu Songling chez Picquier, l’édition bilingue de You Feng, sans parler des multiples éditions par les Editions en Langues Etrangères de Pékin : « Pu Songling – Contes du Pavillon des Loisirs », également en livres pour enfants illustrés, en bande dessinée, etc.

        Mais il suffit ! Là je quitte franchement le droit chemin pléiadesque et je vais perdre quelques points sur mon « Permis de Discuter » sur le blog « brumes-bibliothèque de la Pléiade », voir être obligé de le repasser…

  46. Merci pour vos conseils bien étayés et les nombreux commentaires.Merci notamment Domonkos pour votre enthousiasme et votre pédagogie. 🙂
    Selon ce que j’en comprends, je pense que ma priorité ira aux volumes suivants :
    – « Au Bord de l’Eau » (picaresque, pantagruélique, s’apparentant au « roman historique » : ça me convient bien),
    – La « Pérégrination vers l’Ouest » (Odyssée, mythologie, taoïsme, bouddhisme et aventures épiques : je reconnais mes goûts là-dedans).

    Du coup, je me sens nettement moins attiré par les deux autres volumes, peut-être par les sujets abordés (« histoires de gynécée derrière les murs et les paravents d’une vaste maison clanique… ») et , peut-être, par le côté « raffiné, délicat, poétique, lettré, embourgeoisé, décadent, sulfureux… » autant de thèmes qui sont un peu en dehors de mes centres d’intérêts actuels.

    Merci encore pour vos précieux conseils. Il me faudra du temps et de l’argent, pour les acquérir et pour les lire, mais je viendrai ici en parler lorsque je les aurai lus.

  47. Avec mes excuses à l’intention des superstitieux mais je me permettrais de rajouter un 13è volume chinois avec l’Anthologie Poétique.
    Pour ma part je découvre vos échanges avec amusement à mon retour de congés puisque j’ai entamé la semaine dernière « Au Bord de l’Eau », lecture qui me procure beaucoup de plaisir je l’avoue. En reconnaissant humblement n’être qu’un lecteur de bas étage et me contenter tout à fait des notes et traduction de M Dars. Et pour l’anecdote les 13 volumes chinois font exception dans mes Pléiade puisqu’ils occupent une étagère propre alors que tous les autres sont classés par siècle… Aucune logique et c’est tant mieux…
    Enfin j’en profite pour signaler à ces messieurs et dames de chez Gallimard s’ils prennent la peine de nous lire que je verrais avec grand plaisir poursuivre ces éditions d’ouvrages majeurs issus des littératures mondiales et que j’attends avec impatience de pouvoir lire en Pléiade Le Dit du Genji et nombreux autres chefs d’œuvre à (re)découvrir.
    Bonne continuation de lectures estivales à tous.

    • @Kathbad. Malheureux ! N’attendez pas la parution du « Dit du Genji » dans la Pléiade pour pouvoir le lire enfin ! Précipitez-vous plutôt sur la traduction faite par René Sieffert et parue aux éditions Verdier. Elle ne pourra jamais être surclassée. (Cette traduction a suscité un petit débat ici même il y a quelques mois ; remontez le fil, et vous tomberez dessus. Cela vous intéressera.)

    • Comment ai-je pu oublier ce 12ème bis (pour conjurer le mauvais sort, hi hi hi) ? Amusant ce que vous me dites de votre classement à part. Je m’y étais refusé jusqu’à présent, par « acte militant » en quelque sort, c’est-à-dire intégrer ces livres dans la littérature universelle, mais, hier, en retombant dans mes rayons chinois-japonais l’absence était inadmissible : je pense donc que je vais arracher ces volumes du meuble Pléiade pour les mettre dans le meuble Chine-Japon (je ne vais tout de même pas aller jusqu’à acheter un deuxième exemplaire pour qu’ils figurent des deux côtés ! déjà accusé de ruiner la famille comme je le suis…)

  48. @Domonkos. Moi ? Prendre ombrage parce que vous me tapez sur les doigts à propos de Mao et des marxistes de Pékin ? Vous n’y pensez pas. J’aime trop votre effervescente insolence pour vous reprocher quoi que ce soit…
    J’ignore si vous êtes un admirateur de Stevenson, mais je m’inquiète beaucoup sur le sort réservé à l’édition de ses romans dans la Pléiade. On dirait qu’elle s’est endormie… Je n’ai rien trouvé dans les CV des universitaires chargés de cette édition qui aurait pu me montrer que la parution du 3e et dernier tome était effectivement pour bientôt. Même chose pour, là aussi, le 3e et dernier tome des frère et soeurs Brontë, annoncé une fois par la Pléiade, puis enfermé dans les oubliettes…
    Concernant le domaine britannique, et pour ce qui est des deux plus grands écrivains des périodes édouardienne et géorgienne (Conrad et Virginia Woolf), la Pléiade a donné deux superbes éditions. Mais, de mon point de vue, elle peut être encore plus fière des efforts qu’elle a consentis pour donner aux lecteurs français bien plus qu’un aperçu du domaine victorien : les volumes consacrés à Dickens, Wilde, Carroll, Stevenson et James, ainsi que les deux tomes consacrés aux frères et soeurs Brontë, sont rien moins que des chefs-d’oeuvre du genre. (Sans compter les quatre volumes Melville, qui, ayant publié en partie à Londres à l’époque victorienne, peut être rattaché sans trop de problèmes à ses confrères victoriens.) Comme je l’ai dit dans un post précédent, il manque à mon avis un mince volume rassemblant les premiers romans de H.G.Wells (de loin les meilleurs de toute sa carrière), qui appartiennent tous plus ou moins aux derniers rayons de l’ère victorienne.
    Je me suis souvent demandé, en revanche, pourquoi Thackeray et George Eliot ne faisaient toujours pas partie du catalogue de la Pléiade. Grand spécialiste du roman victorien, Sylvère Monod avait pourtant écrit un jour : « Le XIXe siècle anglais est partagé entre Dickens et Thackeray, tout comme le XIXe français se partage entre Balzac et Stendhal » (propos discutable dans le détail, mais globalement très juste selon moi). « La foire aux vanités » a pourtant l’air de se vendre assez bien en Folio-Classique. Alors pourquoi tant tarder ? On pourrait imaginer un coffret de deux volumes rassemblant « Le livre des snobs », « Barry Lyndon », « La foire » bien entendu, ainsi que les romans de l’après « Foire », aussi splendides que méconnus en France.
    Quant à George Eliot, elle bénéficie dans notre pays de lecteurs assez nombreux, et fidèles (ses romans se vendent assez bien en « Folio-Classique » paraît-il). Je me suis toujours demandé si Sylvère Monod avait suggéré un jour à la Pléiade une édition représentative d’oeuvres de George Eliot (il a traduit et publié « Middlemarch » dans la collection « Folio-classique, ce qui en faisait l’homme de la situation, pour ne pas parler des volumes Conrad et Dickens dont il a assuré la direction en Pléiade). Mais, s’il a jamais fait cette démarche, il semble qu’elle se soit soldée par un non… C’est dommage. Gide disait que « Adam Bede » était l’un des plus beaux livres qu’il avait jamais lus, et il suffit de lire les premières pages de « Middlemarch » pour se rappeler que, effectivement, une fois que Thackeray et Dickens sont morts, c’est George Eliot qui est apparue à tous comme le plus grand écrivain de son temps. Espérons que les gens de la Pléiade finissent par en tenir compte…

    • Fervent admirateur de Stevenson. D’ailleurs, ma première destination programmée à l’occasion de mon « exil » de deux années à Wallis et Futuna (d’ou mon « insolence », beaucoup moins appréciée qu’en ce lieu, me valut d’être expulsé par M le Préfet de la République, sans qu’aucun délit me soit reproché) était les Samoa pour visiter les lieux où vécut et mourut le grand homme.

  49. Magnifique nouveau volume de la Pléiade italienne I Meridiani consacré au grand poète Sandro Penna avec toutes ses poésies , un choix d’essais et des extraits inédits de son journal intime. Superbe modèle d’édition Pléiade à suivre. On est loin de Roth et Verne… (Seul point faible, le prix est honteux pour 1500 pages…)

  50. Tout à fait d’accord avec vous Brumes. 80€ ! Quand même !!! J’ai vu les Roth mais je ne lis que les auteurs italiens. Le volume Pavese et Pirandello, Pasolini, Quasimodo, Malaparte et Longhi sont passionnants.

    • C’est cher parce que le public bourgeois italien n’a plus besoin de livres pour se distinguer et nourrir son image positive de lui-même. Donc ça ne s’adresse plus qu’aux derniers lecteurs un peu curieux de la péninsule – lectorat en bien mauvais état, même comparé au nôtre déclinant.

      • Cher Brumes
        Puisque nous parlons d’i meridiani, je sais que Bonnefoy se trouve dans cette collection et comme je ne vois rien venir du côté de la Pléiade, je me permets de vous demander si vous le possédez et l’avez lu. Vaut-il la peine d’être acheté (comme il est bilingue, j’aurai quand même les textes en français) ?

    • …Il est mort aussi (humour danois).
      D’après plusieurs sources le travaille était achevé. Je ne retrouve plus l’article, mais un professeur de la Sorbonne, ami de Régis Boyer, qui lui rendait (fort bien) hommage dans le Figaro l’affirmait.

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