La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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5 831 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Bonjour Ben. L’édition des Canzoniere dans la collection I Meridiani est réalisée par Marco Santagata, a 1600 pages et reprend (je pense) les textes du volume relié. Elle est en italien. Cette collection va publier un volumes d’essais de Keynes…. là je passe mon tour…

  2. Au risque de barber ceux que les questions de traduction laissent indifférents et en prenant le problème par l’autre bout, à savoir la traduction de nos auteurs en langue étrangère, je voudrais revenir sur celle nouvelle d’𝑨 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒄𝒉𝒆𝒓𝒄𝒉𝒆 𝒅𝒖 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒖 paru chez Penguin il y a une quinzaine d’années. Pour rappel, c’est C. K. Scott Moncrieff qui a traduit Proust dans les années vingt et l’a fait connaître ainsi à un large public anglophone. Terence Kilmartin a publié en 1981 une première révision de la version de Scott Moncrieff en se fondant sur l’édition de la Pléiade de Pierre Clarac et d’André Ferré. Puis est sorti en 1992 une révision de la révision réalisée par D.J. Enright à partir la deuxième édition Pléiade de 1987. Mais voilà qu’à la fin des années 90 Penguin charge sept traducteurs de retraduire 𝑨 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒄𝒉𝒆𝒓𝒄𝒉𝒆 𝒅𝒖 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒖 en confiant à chacun d’entre eux l’un des sept romans qui ensemble composent l’œuvre.

    Je fais suivre la recension du deuxième volume de la nouvelle édition Penguin, 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓, publiée dans la 𝑵𝒆𝒘 𝒀𝒐𝒓𝒌 𝑹𝒆𝒗𝒊𝒆𝒘 𝒐𝒇 𝑩𝒐𝒐𝒌𝒔 en décembre 2005. C’est à André Aciman, Juif alexandriote et lointain héritier peut-être des Septante, qu’on a confié le soin de comparer les mérites de la traduction de Scott Moncrieff et de ses révisions avec ceux de la nouvelle version des Sept.

    Je me serais contenté de fournir ici le lien vers l’article en question mais malheureusement les archives de la NYRB ne sont pas accessibles gratuitement et ce n’est que par un ami abonné à la revue que j’ai pu mettre la main sur ce long texte. Mes excuses à Brumes pour l’encombrement que j’inflige à son blog.

    Far from Proust’ s Way.
    André Aciman.

    The six volumes of the new Viking Penguin translation of Proust received rave reviews in England. And yet the titles of the first two volumes approach monstrosity. 𝑫𝒖 𝒄ô𝒕é 𝒅𝒆 𝒄𝒉𝒆𝒛 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, traditionally translated—despite Proust’s initial objection—as 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏’𝒔 𝑾𝒂𝒚, appeared in England as 𝑻𝒉𝒆 𝑾𝒂𝒚 𝒃𝒚 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, which echoes something along the lines of “How’s by you?” “By me is fine.” It is fortunate for Lydia Davis, the translator of Volume One, that Penguin USA decided to delete all traces of 𝑻𝒉𝒆 𝑾𝒂𝒚 𝒃𝒚 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏 and restored the old way, 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏’𝒔 𝑾𝒂𝒚. 𝑨 𝒍’𝒐𝒎𝒃𝒓𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒋𝒆𝒖𝒏𝒆𝒔 𝒇𝒊𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏 𝒇𝒍𝒆𝒖𝒓𝒔, the title of Proust’s second volume, for which he was awarded the prestigious Prix Goncourt, was not so fortunate. C.K. Scott Moncrieff’s title 𝑾𝒊𝒕𝒉𝒊𝒏 𝒂 𝑩𝒖𝒅𝒅𝒊𝒏𝒈 𝑮𝒓𝒐𝒗𝒆 was a most felicitous rendering of an untranslatable title. The title of James Grieve’s translation, 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓, is gobbledygook. What is a young girl in flower? Is she dressed in Laura Ashley prints? Or is a young girl in flower a girl who is just about to blossom? This punctilious and ultimately priggish commitment to word-for-word accuracy turns out not only to be a cunning way of attracting attention and of publicizing a radically new translation out to make sweeping changes, but it is, all said and done, thoroughly deceptive. Accuracy, particularly in this volume, is proclaimed, not practiced, promised, not delivered.

    On the subject of titles, the final volume of the series, which is not out yet in the United States, is translated as 𝑭𝒊𝒏𝒅𝒊𝒏𝒈 𝑻𝒊𝒎𝒆 𝑨𝒈𝒂𝒊𝒏. What a thoroughly absurd title when Miltonian English is staring us right in the face: 𝑻𝒊𝒎𝒆 𝑹𝒆𝒈𝒂𝒊𝒏𝒆𝒅. This is D.J. Enright’s title. Scott Moncrieff and Terence Kilmartin erred with 𝑻𝒊𝒎𝒆 𝑹𝒆𝒄𝒂𝒑𝒕𝒖𝒓𝒆𝒅.

    Enright had made “cosmetic” changes to Scott Moncrieff’s 𝑹𝒆𝒎𝒆𝒎𝒃𝒓𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒐𝒇 𝑻𝒉𝒊𝒏𝒈𝒔 𝑷𝒂𝒔𝒕 and changed its title to 𝑰𝒏 𝑺𝒆𝒂𝒓𝒄𝒉 𝒐𝒇 𝑳𝒐𝒔𝒕 𝑻𝒊𝒎𝒆, this, of course, being an exact translation of the French. Conversely, however, 𝑹𝒆𝒎𝒆𝒎𝒃𝒓𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒐𝒇 𝑻𝒉𝒊𝒏𝒈𝒔 𝑷𝒂𝒔𝒕, derived from Shakespeare’s Sonnet 30, was a good enough title, and changing it was like deciding to change the title of the Book of Genesis to 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑩𝒆𝒈𝒊𝒏𝒏𝒊𝒏𝒈. So much for the title of the volume.

    The very first words in James Grieve’s 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓 do not bode well. While Lydia Davis’s treatment of 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏’𝒔 𝑾𝒂𝒚 was always scrupulous, exacting, and judicious, here a romp around the china shop is the norm. In French, the volume begins with two words: Ma mère, “my mother.” But “my mother” is not the subject of the sentence. Here is the text in French:

    Ma mère, quand il fut question d’avoir pour la première fois M. de Norpois à dîner, ayant exprimé le regret que le professeur Cottard fût en voyage et qu’elle-même eût entièrement cessé de fréquenter Swann, car l’un et l’autre eussent sans doute intéressé l’ancien ambassadeur, mon père répondit qu’un convive éminent, un savant illustre, comme Cottard, ne pouvait jamais mal faire dans un dîner, mais que Swann, avec son ostentation, avec sa manière de crier sur les toits ses moindres relations, était un vulgaire esbroufeur que le Marquis de Norpois eût sans doute trouvé selon son expression, “puant.”

    Following is Scott Moncrieff’s version:

    𝑴𝒚 𝒎𝒐𝒕𝒉𝒆𝒓, 𝒘𝒉𝒆𝒏 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒂 𝒒𝒖𝒆𝒔𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒐𝒇 𝒐𝒖𝒓 𝒉𝒂𝒗𝒊𝒏𝒈 𝑴. 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒕𝒐 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒇𝒐𝒓 𝒕𝒉𝒆 𝒇𝒊𝒓𝒔𝒕 𝒕𝒊𝒎𝒆, 𝒉𝒂𝒗𝒊𝒏𝒈 𝒆𝒙𝒑𝒓𝒆𝒔𝒔𝒆𝒅 𝒉𝒆𝒓 𝒓𝒆𝒈𝒓𝒆𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝑷𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒐𝒓 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅 𝒘𝒂𝒔 𝒂𝒘𝒂𝒚 𝒇𝒓𝒐𝒎 𝒉𝒐𝒎𝒆, 𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒉𝒆𝒓𝒔𝒆𝒍𝒇 𝒉𝒂𝒅 𝒒𝒖𝒊𝒕𝒆 𝒄𝒆𝒂𝒔𝒆𝒅 𝒕𝒐 𝒔𝒆𝒆 𝒂𝒏𝒚𝒕𝒉𝒊𝒏𝒈 𝒐𝒇 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒔𝒊𝒏𝒄𝒆 𝒆𝒊𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆𝒔𝒆 𝒎𝒊𝒈𝒉𝒕 𝒉𝒂𝒗𝒆 𝒉𝒆𝒍𝒑𝒆𝒅 𝒕𝒐 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒓𝒕𝒂𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒐𝒍𝒅 𝑨𝒎𝒃𝒂𝒔𝒔𝒂𝒅𝒐𝒓, 𝒎𝒚 𝒇𝒂𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒓𝒆𝒑𝒍𝒊𝒆𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒐 𝒆𝒎𝒊𝒏𝒆𝒏𝒕 𝒂 𝒈𝒖𝒆𝒔𝒕, 𝒔𝒐 𝒅𝒊𝒔𝒕𝒊𝒏𝒈𝒖𝒊𝒔𝒉𝒆𝒅 𝒂 𝒎𝒂𝒏 𝒐𝒇 𝒔𝒄𝒊𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒂𝒔 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅 𝒄𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒏𝒆𝒗𝒆𝒓 𝒃𝒆 𝒐𝒖𝒕 𝒐𝒇 𝒑𝒍𝒂𝒄𝒆 𝒂𝒕 𝒂 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓-𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆, 𝒃𝒖𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒉𝒊𝒔 𝒐𝒔𝒕𝒆𝒏𝒕𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏, 𝒉𝒊𝒔 𝒉𝒂𝒃𝒊𝒕 𝒐𝒇 𝒄𝒓𝒚𝒊𝒏𝒈 𝒂𝒍𝒐𝒖𝒅 𝒇𝒓𝒐𝒎 𝒕𝒉𝒆 𝒉𝒐𝒖𝒔𝒆𝒕𝒐𝒑𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒏𝒂𝒎𝒆 𝒐𝒇 𝒆𝒗𝒆𝒓𝒚𝒐𝒏𝒆 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒉𝒆 𝒌𝒏𝒆𝒘, 𝒉𝒐𝒘𝒆𝒗𝒆𝒓 𝒔𝒍𝒊𝒈𝒉𝒕𝒍𝒚, 𝒘𝒂𝒔 𝒂𝒏 𝒊𝒎𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆 𝒗𝒖𝒍𝒈𝒂𝒓𝒊𝒂𝒏 [𝑲𝒊𝒍𝒎𝒂𝒓𝒕𝒊𝒏 𝒂𝒏𝒅 𝑬𝒏𝒓𝒊𝒈𝒉𝒕 𝒉𝒂𝒗𝒆 “𝒗𝒖𝒍𝒈𝒂𝒓 𝒔𝒉𝒐𝒘 𝒐𝒇𝒇”] 𝒘𝒉𝒐𝒎 𝒕𝒉𝒆 𝑴𝒂𝒓𝒒𝒖𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒃𝒆 𝒔𝒖𝒓𝒆 𝒕𝒐 𝒅𝒊𝒔𝒎𝒊𝒔𝒔 𝒂𝒔—𝒕𝒐 𝒖𝒔𝒆 𝒉𝒊𝒔 𝒐𝒘𝒏 𝒆𝒑𝒊𝒕𝒉𝒆𝒕—𝒂 “𝒑𝒆𝒔𝒕𝒊𝒍𝒆𝒏𝒕” 𝒇𝒆𝒍𝒍𝒐𝒘.

    This is called an anacoluthon, described in 𝑻𝒉𝒆 𝑨𝒎𝒆𝒓𝒊𝒄𝒂𝒏 𝑯𝒆𝒓𝒊𝒕𝒂𝒈𝒆 𝑫𝒊𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏𝒂𝒓𝒚 as “an abrupt change within a sentence to a second construction inconsistent with the first.” “My mother, when…, having expressed…, that…, and that…, since…” All of this is followed abruptly by a sudden reversal of the sentence with the appearance of the real subject: “my father.” It is, in short, a syntactic Stromboli.

    Ideally, since in both English and French the intransitive verb “to reply” requires the preposition “to,” 𝑨 𝒍’𝒐𝒎𝒃𝒓𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒋𝒆𝒖𝒏𝒆𝒔 𝒇𝒊𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏 𝒇𝒍𝒆𝒖𝒓𝒔 should have opened with 𝑨 𝒎𝒂 𝒎è𝒓𝒆, 𝒒𝒖𝒂𝒏𝒅, “To my mother when…” But it does not.

    Here is Grieve’s version:

    𝑾𝒉𝒆𝒏 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒇𝒊𝒓𝒔𝒕 𝒔𝒖𝒈𝒈𝒆𝒔𝒕𝒆𝒅 𝒘𝒆 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒆 𝑴. 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒕𝒐 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓, 𝒎𝒚 𝒎𝒐𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆𝒏𝒕𝒆𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒂 𝒑𝒊𝒕𝒚 𝑷𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒐𝒓 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅 𝒘𝒂𝒔 𝒂𝒃𝒔𝒆𝒏𝒕 𝒇𝒓𝒐𝒎 𝑷𝒂𝒓𝒊𝒔 𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒉𝒆𝒓𝒔𝒆𝒍𝒇 𝒉𝒂𝒅 𝒒𝒖𝒊𝒕𝒆 𝒍𝒐𝒔𝒕 𝒕𝒐𝒖𝒄𝒉 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒆𝒊𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒇 𝒘𝒉𝒐𝒎 𝒕𝒉𝒆 𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆𝒓 𝒂𝒎𝒃𝒂𝒔𝒔𝒂𝒅𝒐𝒓 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒉𝒂𝒗𝒆 𝒃𝒆𝒆𝒏 𝒑𝒍𝒆𝒂𝒔𝒆𝒅 𝒕𝒐 𝒎𝒆𝒆𝒕; 𝒕𝒐 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒎𝒚 𝒇𝒂𝒕𝒉𝒆𝒓 𝒓𝒆𝒑𝒍𝒊𝒆𝒅 𝒕𝒉𝒂𝒕, 𝒂𝒍𝒕𝒉𝒐𝒖𝒈𝒉 𝒂 𝒈𝒖𝒆𝒔𝒕 𝒂𝒔 𝒆𝒎𝒊𝒏𝒆𝒏𝒕 𝒂𝒔 𝑪𝒐𝒕𝒕𝒂𝒓𝒅, 𝒂 𝒔𝒄𝒊𝒆𝒏𝒕𝒊𝒇𝒊𝒄 𝒎𝒂𝒏 𝒐𝒇 𝒔𝒐𝒎𝒆 𝒓𝒆𝒏𝒐𝒘𝒏, 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒂𝒍𝒘𝒂𝒚𝒔 𝒃𝒆 𝒂𝒏 𝒂𝒔𝒔𝒆𝒕 𝒂𝒕 𝒐𝒏𝒆’𝒔 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆, 𝒕𝒉𝒆 𝑴𝒂𝒓𝒒𝒖𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝑵𝒐𝒓𝒑𝒐𝒊𝒔 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒃𝒆 𝒃𝒐𝒖𝒏𝒅 𝒕𝒐 𝒔𝒆𝒆 𝑺𝒘𝒂𝒏𝒏, 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒉𝒊𝒔 𝒔𝒉𝒐𝒘𝒊𝒏𝒈-𝒐𝒇𝒇 𝒂𝒏𝒅 𝒉𝒊𝒔 𝒏𝒂𝒎𝒆-𝒅𝒓𝒐𝒑𝒑𝒊𝒏𝒈, 𝒂𝒔 𝒏𝒐𝒕𝒉𝒊𝒏𝒈 𝒃𝒖𝒕 𝒂 𝒗𝒖𝒍𝒈𝒂𝒓 𝒔𝒘𝒂𝒏𝒌, “𝒂 𝒓𝒂𝒏𝒌 𝒐𝒖𝒕𝒔𝒊𝒅𝒆𝒓,” 𝒂𝒔 𝒉𝒆 𝒘𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒑𝒖𝒕 𝒊𝒕.

    It seems so obvious that Grieve has unstitched and sewn back the sentence—in tailor parlance he has thoroughly “altered” it. Grieve’s paragraph says everything that is said in Proust’s paragraph; it may even say it better, and more lucidly. But it’s not Proust’s sentence at all. This reads more like a cross between Anthony Trollope and Nancy Mitford.

    Let me just highlight the last five words in Grieve’s version: “as he would put it.” Now Proust happens to be a supreme craftsman when it comes to the closure of each sentence: every sentence, especially a long one, tends to close with something resembling the clang of cymbals, the applause that shouts “Q.E.D.” The last word of any sentence is the “send-off,” the surprise morsel that was left for last, the thing that resonates most and forces the reader to utter a surprised “Why, yes, of course” and wonder why it had never occurred to him sooner.

    After encouraging the reader to side with Swann in the previous volume, what Proust does now is introduce a Swann perceived as an 𝒆𝒔𝒃𝒓𝒐𝒖𝒇𝒆𝒖𝒓…𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕—a “show off…a stinker.” This is the revelation, the twist nailing a sentence, which, from its very inception, seemed to be going everywhere and nowhere. In fact, the slangy 𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕 closes the whole sentence like the thump of a clubfoot. But it is the last word. It leaves the reader totally stranded. How ever did Proust get there? And how immeasurable the distance between 𝑴𝒂 𝒎è𝒓𝒆 and 𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕 now.

    It is irresponsible to alter Proust’s word order and add something like “as he would put it.” What that tiny, gimp-legged “as he would put it” does is rob 𝒑𝒖𝒂𝒏𝒕 of its status as the last word. This, to repeat, is something that Lydia Davis would never do, because her impulse is to go to the other extreme and abide by every clause in the order in which it is given.

    To a translation that pretends to give the English-speaking world a new Proust and wants to set itself up as the new official standard-bearer of Proust studies in translation, this kind of legerdemain does not bode well at all.

    Let us take a closer look at another sentence from Grieve’s translation.

    Marcel and his grandmother have just returned to their hotel. They are in the company of the aristocratic Mme de Ville-parisis, with whom Marcel’s grandmother had been to school. Keenly aware of the class differences between Mme de Villeparisis and his own middle-class background, Marcel detects in the aristocrat’s obliging manner “a melodic inflection” that rings false because it “contrasted with her usual simplicity.” Once again, this is the realm of Proustian hermeneutics, where every sign unleashes manifold meanings. Proust writes:

    Et le seul manque de véritable politesse qu’il y eût en elle était dans l’excès de ses politesses; car on y reconnaissait ce pli professionnel d’une dame du faubourg Saint-Germain, laquelle, voyant toujours dans certains bourgeois les mécontents qu’elle est destinée à faire certains jours, profite avidement de toutes les occasions où il lui est possible, dans le livre de comptes de son amabilité avec eux, de prendre l’avance d’un solde créditeur, qui lui permettra pro-chainement d’inscrire à son débit le dîner ou le raout où elle ne les invitera pas.

    Here is Scott Moncrieff:

    𝑨𝒏𝒅 𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒏𝒆 𝒂𝒏𝒅 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒇𝒂𝒊𝒍𝒖𝒓𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒓𝒖𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔 𝒍𝒂𝒚 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒊𝒔 𝒆𝒙𝒄𝒆𝒔𝒔 𝒐𝒇 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔; 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒆𝒂𝒔𝒚 𝒕𝒐 𝒊𝒅𝒆𝒏𝒕𝒊𝒇𝒚 𝒂𝒔 𝒐𝒏𝒆 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏𝒂𝒍 “𝒘𝒓𝒊𝒏𝒌𝒍𝒆𝒔” 𝒐𝒇 𝒂 𝒍𝒂𝒅𝒚 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝑭𝒂𝒖𝒃𝒐𝒖𝒓𝒈 𝑺𝒂𝒊𝒏𝒕-𝑮𝒆𝒓𝒎𝒂𝒊𝒏, 𝒘𝒉𝒐, 𝒂𝒍𝒘𝒂𝒚𝒔 𝒔𝒆𝒆𝒊𝒏𝒈 𝒊𝒏 𝒉𝒆𝒓 𝒉𝒖𝒎𝒃𝒍𝒆𝒓 𝒇𝒓𝒊𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒂𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒎𝒖𝒔𝒕 𝒐𝒏𝒆 𝒅𝒂𝒚 𝒂𝒓𝒐𝒖𝒔𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆𝒊𝒓 𝒃𝒐𝒔𝒐𝒎𝒔, 𝒈𝒓𝒆𝒆𝒅𝒊𝒍𝒚 𝒔𝒆𝒊𝒛𝒆𝒔 𝒆𝒗𝒆𝒓𝒚 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒖𝒏𝒊𝒕𝒚 𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒄𝒂𝒏 𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒚, 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒆𝒅𝒈𝒆𝒓 𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒌𝒆𝒆𝒑𝒔 𝒉𝒆𝒓 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒖𝒏𝒕 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒕𝒉𝒆𝒎, 𝒘𝒓𝒊𝒕𝒆 𝒅𝒐𝒘𝒏 𝒂 𝒄𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕 𝒃𝒂𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒂𝒍𝒍𝒐𝒘 𝒉𝒆𝒓 𝒕𝒐 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒓 𝒑𝒓𝒆𝒔𝒆𝒏𝒕𝒍𝒚 𝒐𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒔𝒊𝒕𝒆 𝒑𝒂𝒈𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒐𝒓 𝒓𝒆𝒄𝒆𝒑𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒕𝒐 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒏𝒐𝒕 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒆 𝒕𝒉𝒆𝒎.

    Here is Kilmartin/Enright:

    𝑨𝒏𝒅 𝒉𝒆𝒓 𝒐𝒏𝒆 𝒂𝒏𝒅 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒇𝒂𝒊𝒍𝒖𝒓𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒓𝒖𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔 𝒍𝒂𝒚 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒊𝒔 𝒆𝒙𝒄𝒆𝒔𝒔 𝒐𝒇 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔—𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒊𝒕 𝒘𝒂𝒔 𝒆𝒂𝒔𝒚 𝒕𝒐 𝒊𝒅𝒆𝒏𝒕𝒊𝒇𝒚 𝒂𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏𝒂𝒍 𝒃𝒆𝒏𝒕 𝒐𝒇 𝒂 𝒍𝒂𝒅𝒚 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝑭𝒂𝒖𝒃𝒐𝒖𝒓𝒈 𝑺𝒂𝒊𝒏𝒕-𝑮𝒆𝒓𝒎𝒂𝒊𝒏, 𝒘𝒉𝒐, 𝒂𝒍𝒘𝒂𝒚𝒔 𝒔𝒆𝒆𝒊𝒏𝒈 𝒊𝒏 𝒉𝒆𝒓 𝒉𝒖𝒎𝒃𝒍𝒆𝒓 𝒇𝒓𝒊𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒂𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒕𝒉𝒂𝒕 𝒔𝒉𝒆 𝒎𝒖𝒔𝒕 𝒐𝒏𝒆 𝒅𝒂𝒚 𝒂𝒓𝒐𝒖𝒔𝒆 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆𝒊𝒓 𝒃𝒐𝒔𝒐𝒎𝒔, 𝒈𝒓𝒆𝒆𝒅𝒊𝒍𝒚 𝒔𝒆𝒊𝒛𝒆𝒔 𝒆𝒗𝒆𝒓𝒚 𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒖𝒏𝒊𝒕𝒚 𝒕𝒐 𝒆𝒔𝒕𝒂𝒃𝒍𝒊𝒔𝒉 𝒊𝒏 𝒂𝒅𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆, 𝒊𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒍𝒆𝒅𝒈𝒆𝒓 𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒌𝒆𝒆𝒑𝒔 𝒉𝒆𝒓 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒂𝒍 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒖𝒏𝒕 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒕𝒉𝒆𝒎, 𝒂 𝒄𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕 𝒃𝒂𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒆𝒏𝒂𝒃𝒍𝒆 𝒉𝒆𝒓 𝒑𝒓𝒆𝒔𝒆𝒏𝒕𝒍𝒚 𝒕𝒐 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒓 𝒐𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝒅𝒆𝒃𝒊𝒕 𝒔𝒊𝒅𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒐𝒓 𝒓𝒆𝒄𝒆𝒑𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒕𝒐 𝒘𝒉𝒊𝒄𝒉 𝒔𝒉𝒆 𝒘𝒊𝒍𝒍 𝒏𝒐𝒕 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒆 𝒕𝒉𝒆𝒎.

    This, again, is not just the analytical Proust writing, but it is, as with Legrandin, Mme de Cambremer, Dr. Cottard, or Mme Verdurin, Proust the moralist, writing in the great tradition of Pascal, La Rochefoucauld, and La Bruyère. Everyone is thoroughly insincere, and kindness, genuine or otherwise, belies intentions that are quite unkind. Like virtually everyone in Proust’s universe, Mme de Villeparisis is not to be trusted.

    As usual, there are minor differences between the Scott Moncrieff and Enright versions. They are not significant. But let us take a look at Grieve’s:

    𝑻𝒉𝒆 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒅𝒆𝒇𝒊𝒄𝒊𝒆𝒏𝒄𝒚 𝒊𝒏 𝑴𝒎𝒆 𝒅𝒆 𝑽𝒊𝒍𝒍𝒆𝒑𝒂𝒓𝒊𝒔𝒊𝒔’ 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒆𝒏𝒆𝒔𝒔 𝒘𝒂𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒆𝒙𝒄𝒆𝒔𝒔 𝒐𝒇 𝒊𝒕, 𝒇𝒐𝒓 𝒊𝒕 𝒄𝒐𝒖𝒍𝒅 𝒃𝒆 𝒔𝒆𝒆𝒏 𝒂𝒔 𝒕𝒉𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏𝒂𝒍 𝒎𝒂𝒏𝒏𝒆𝒓𝒊𝒔𝒎 𝒐𝒇 𝒂 𝒍𝒂𝒅𝒚 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆 𝑭𝒂𝒖𝒃𝒐𝒖𝒓𝒈 𝑺𝒂𝒊𝒏𝒕-𝑮𝒆𝒓𝒎𝒂𝒊𝒏 𝒘𝒉𝒐, 𝒂𝒄𝒄𝒖𝒔𝒕𝒐𝒎𝒆𝒅 𝒂𝒔 𝒔𝒉𝒆 𝒊𝒔 𝒕𝒐 𝒔𝒆𝒆𝒊𝒏𝒈 𝒊𝒏 𝒄𝒆𝒓𝒕𝒂𝒊𝒏 𝒎𝒊𝒅𝒅𝒍𝒆-𝒄𝒍𝒂𝒔𝒔 𝒑𝒆𝒐𝒑𝒍𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒎𝒂𝒍𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒏𝒕𝒔 𝒘𝒉𝒐 𝒔𝒉𝒆 𝒊𝒔 𝒃𝒐𝒖𝒏𝒅 𝒕𝒐 𝒎𝒂𝒌𝒆 𝒐𝒇 𝒕𝒉𝒆𝒎 𝒔𝒐𝒐𝒏𝒆𝒓 𝒐𝒓 𝒍𝒂𝒕𝒆𝒓, 𝒕𝒂𝒌𝒆𝒔 𝒇𝒖𝒍𝒍 𝒂𝒅𝒗𝒂𝒏𝒕𝒂𝒈𝒆 𝒘𝒉𝒊𝒍𝒆 𝒔𝒉𝒆 𝒄𝒂𝒏 𝒐𝒇 𝒂𝒏𝒚 𝒐𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒖𝒏𝒊𝒕𝒚 𝒕𝒐 𝒉𝒂𝒗𝒆 𝒕𝒉𝒆 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒖𝒏𝒕 𝒃𝒐𝒐𝒌𝒔 𝒐𝒇 𝒉𝒆𝒓 𝒇𝒓𝒊𝒆𝒏𝒅𝒍𝒚 𝒓𝒆𝒍𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒕𝒉𝒆𝒎 𝒓𝒆𝒄𝒐𝒓𝒅 𝒊𝒏 𝒂𝒅𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒂 𝒄𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕 𝒃𝒂𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆, 𝒔𝒐 𝒕𝒉𝒂𝒕, 𝒘𝒉𝒆𝒏 𝒔𝒉𝒆 𝒊𝒔 𝒅𝒆𝒃𝒊𝒕𝒆𝒅 𝒘𝒊𝒕𝒉 𝒏𝒐𝒕 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒕𝒊𝒏𝒈 𝒕𝒉𝒆𝒎 𝒕𝒐 𝒉𝒆𝒓 𝒏𝒆𝒙𝒕 𝒅𝒊𝒏𝒏𝒆𝒓 𝒑𝒂𝒓𝒕𝒚 𝒐𝒓 𝒓𝒆𝒄𝒆𝒑𝒕𝒊𝒐𝒏, 𝒊𝒕 𝒔𝒉𝒂𝒍𝒍 𝒃𝒆 𝒘𝒊𝒕𝒉𝒐𝒖𝒕 𝒒𝒖𝒂𝒍𝒎.

    There is no question that Grieve writes with supple grace. His prose knows how to follow the bends and twists of Proust’s wry humor. Grieve, for example, saves a lot of lexical footwork by transforming the noun “debit” into a verb. Mme de Villeparisis, in effect, puts everyone in her debt because she knows that a time will come when she will “owe them” and “be debited,” which is when she will dip into her prearranged credit line with her indebted friends. We are suddenly in the realm of Saint-Simon, the shamelessly astute and penetrating memorialist whom Proust admired so much. What evidence do we have of her credit line? How does Proust know that she is constantly stocking up bonus points for that time when she’ll need to cash them in? These insights, so irresistibly plausible because we understand them and see them so clearly and are almost ashamed to own they are true precisely because they are true in us, are to his novel what London ruffians were to Dickens, Parisian “physiognomies” to Balzac, or drunks and epileptics to Dostoevsky. Proust “invents” psychological insights that are, as readers said of Dickens’s and Balzac’s characters, true to life because we, his readers, may most likely have already come across them.

    Let’s take a look at the last few words of the above sentence: “so that, when she is debited with not inviting them to her next dinner party or reception, it shall be without qualm.” This sentence proves that, not unlike Davis, and for all his grace as a writer, Grieve has not in the least bit intuited one of the essential aspects of Proust’s style. And this is not because there is absolutely no mention of “it shall be without qualm” in the French, or because such an observation is basically irrelevant and does not deserve so privileged a place as the end of the sentence. What Grieve does not see is that Proust had written the whole sentence as he did precisely because he wanted to let it spiral its way up and suddenly snap shut with the revelation that, when it comes to those with whom she shows so much congeniality, Mme de Villeparisis defrays in advance the cost of giving a dinner party to which she will omit to invite them.

    “To which she will omit to invite them” is the last word, the startling fillip, the close, the epiphany, the click of a camera’s shutter. To end with “it shall be without qualm” is like catching a fish and letting it slip back into the water while trying to drop it in the basket. If Davis failed to understand how Proust used parallel constructions to highlight the indissoluble collusion and chiaroscuro effect of successive clauses, Grieve fails to abide by Proust’s habit of leading his sentences up to an unexpected yet clamorous closure.

    A translation not only compels a translator to come up with the best rendition in another language, but by a sort of countervailing mechanism implicit in all translations, it also forces that translator to reinterpret the wording of the source language. Take Proust’s opening to the second volume, for example, the invitation to M. de Norpois: Should English resolve the ambiguities that were conveniently overlooked or left intentionally opaque in the original French?

    One might be tempted to say “yes,” but “no” is the correct answer. An author says what he says in the very way he says it not necessarily because he is after the utmost clarity, or, for some mysterious reason not unrelated to what we call the creative process, because he wishes to see so far and no further, to see one thing without highlighting all of its ancillary, shadow meanings, but because the words he has selected in the order that he selected them allow him to suggest things he does not wish to say or know how to come right out and say. In short, what we call style may not only be the deployment of the fewest possible words for the sake of strategic clarity; but to use Stephen Greenblatt’s more recent coinage, style may also be a form of “strategic opacity.” An author fudges and cuts corners and wriggles in between impossible options and gets away with all manner of ambiguities and contradictions precisely because what he is after cannot be invoked otherwise, because he himself may not even see or wish to see beyond a certain threshold.

    If rewriting is a fault in Grieve, it is a disquieting one when it becomes obvious that the much-touted team translation by Viking Penguin is the product of writers who are each translating a different Proust and whose practical operating principles and guidelines could not be more different or ill-defined. The voice of Davis, forever faithful to Proust’s word order, and the voice of Grieve, who doesn’t get it, could not possibly belong to the same novel.

    But if the intention of the Viking Penguin translation was to give us a Proust that would read well enough in English, then they have certainly succeeded. There is nothing egregiously wrong in Grieve’s volume. Its tone is much more relaxed and far less exacting than Davis’s, and, as far as I could tell, it does not mistranslate anything, certainly not as was the case with Scott Moncrieff before both Kilmartin and Enright came to his rescue.

    But well enough is not good enough. Will Grieve’s translation, for instance, serve the scholar who is not entirely at ease with the original French? Absolutely not. If anything, because it does not follow the rhythm of Proust’s sentences, it is a dangerous translation. It fails to see—and, more importantly, to convey—that the drama of discovery and revelation inscribed in each sentence by Proust is indissolubly fused to Proust’s style. If one likes to say that Flaubert’s obsession was the 𝒎𝒐𝒕 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆, with Proust it is the 𝒔𝒕𝒚𝒍𝒆 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆. And perhaps the only writer who knew a few tricks he might have taught Proust about 𝒔𝒕𝒚𝒍𝒆 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆 was Joyce. Perhaps. That both also began as aspiring poets should remind us that behind every great prose stylist there is not a creative writing major but a poet more or less resigned to his failure as a poet. That Proust should have started 𝑨 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒄𝒉𝒆𝒓𝒄𝒉𝒆 in the wake of his efforts as a translator of John Ruskin, England’s greatest stylist of the nineteenth century, should also remind us that every great writer comes by his voice in the most unforeseen and adventitious of ways.

    Ruskin too was an inner poet. The job of a great translator is never to forget this inner poet. If he so wishes, the translator may want to give us discreet reminders of the poet hiding in the recesses of his words. Scott Moncrieff attempted such a feat, and those who followed in his steps were all too well aware that if poets nod at times, they never plod, and that, even in prose, they can never afford to plod. That, in the end, is also how Scott Moncrieff, Kilmartin, and Enright came by their voices.

    How Grieve’s version came by its voice, however, is beyond reckoning. It does not translate Proust. It rewrites Proust. The spirit is gone. As for the letter, well, it’s there—but not really.

    In any other writer than Proust the rewriting would have done well enough. But try rewriting James Joyce or Laurence Sterne or Herman Melville and you have an entirely other writer. To rewrite Proust is to deny that he remains one of the very few writers who knew—and we know he knew it because he said so himself—that style is ultimately vision. Not to understand an author’s style may often be excusable; but not to understand Proust’s style is to miss the vision—and without the vision, unfortunately, all we’re left with is…prose. Just prose. And that’s not good enough.

    Les réactions suscitées par cet article (courrier de certains traducteurs et réplique d’Aciman) se trouvent ici : https://www.nybooks.com/articles/2006/04/06/prousts-way-an-exchange/

    • 𝑰𝒏 𝒕𝒉𝒆 𝑺𝒉𝒂𝒅𝒐𝒘 𝒐𝒇 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒈 𝑮𝒊𝒓𝒍𝒔 𝒊𝒏 𝑭𝒍𝒐𝒘𝒆𝒓 !… Cela est de nature à nous consoler (sur le principe « le malheur des autres… ») de bien des traductions hasardeuses dans notre langue. En d’autres temps, une telle injure faite à l’un de nos monuments littéraires, aurait provoqué une nouvelle bataille de Fontenoy.

  3. N’ayant pas eu le courage de relire toutes les interventions précédentes, je ne sais si il a déjà été annoncé, de façon sûre :
    – le volume « Dracula » d’abord
    – le coffret de 2 volumes de Romain Gary (en plus de l’album consacré à celui-ci) ensuite
    Tolkien serait très probable (à la rentrée ?)

    • Dracula et Gary en mai sur le catalogue, quant à Tolkien ?… D’où vous vient cette probabilité ?… A la rentrée cela semble bien trop tôt, pour ma part, cela ne sera jamais trop tard. J’aime beaucoup Tolkien, mais nous disposons d’éditions plus que suffisantes, et il ne s’impose pas comme un classique : manque de recul. Je ne vois ni la nécessité ni l’opportunité (ce sera une édition inutile, bâclée, soumise aux fourches chauvines des héritiers qui s’entredéchirent) d’une telle édition, alors que tant d’autres bien plus considérables sont dans la salle d’attente ou bien aux oubliettes.

        • Pour que ma position soit bien claire, je précise de nouveau que j’aime beaucoup Tolkien, et que j’achèterai certainement le (ou les ?) volume(s) à lui consacré(s), ne serait-ce que pour gagner un demi-mètre de rayonnage dans ma bibliothèque en me débarrassant des encombrants volumes brochés.

          Il n’en demeure pas moins que je trouve cet auteur ne serait pas à sa juste place dans la Pléiade (ou la Pléiade se déclasserait en l’accueillant), que le contexte est exécrable pour une édition sérieuse (poids du fils auto-proclamé grand-prêtre de la religion tolkenienne et guerres intestines, pour des motifs uniquement commerciaux, entre les héritiers), et qu’il y a quantité d’auteurs majeurs qui devraient avoir la priorité (y compris dans le domaine du Fantastique : à commencer par un H. P. Lovecraft).

          On descend à chaque fois d’un étage, comme avec ce volume « Dracula » qu’on gonfle en y intégrant le ridicule et plus que médiocre roman de Mrs Florence Marryat – que, curieusement, personne dans nos contrées n’avait songé à exhumer depuis un siècle, pas même le spécialiste Marabout en son temps, pas même les militantes éditions des Femmes – soit pour pouvoir se targuer de donner de l’inédit et du méconnu, soit – très probablement – pour que figure à tout prix une femme de lettres, en ces temps de metoo.

          • Je comprends de moins en moins les choix éditoriaux de la Pléiade. Quatre gros volumes pour Breton, lestés d’un appareil critique pléthorique en particulier dans les deux tomes des années 80-90; quatre autres, plutôt fins, pour la nouvelle édition de Camus, six, d’une taille moyenne à forte, pour celle de Malraux, l’un et l’autre auteurs commentés de beaucoup plus parcimonieuse façon ; une intégrale en quatre tomes de Marguerite Duras, délestant dûment les notices et les notes dont ses textes peu profonds se passent bien – quelle débauche de moyens concernant respectivement le maître à penser d’un courant dont la prégnance sur la scène littéraire contemporaine, si je ne me trompe, avoisine son nadir historique, un dramaturge et romancier de la décolonisation dont la vogue récente chez nous contraste avec l’indifférence qu’il suscite en Algérie (où il n’est guère mis en valeur que comme vecteur d’intérêt touristique local), un mythomane touche-à-tout de génie, de qui les destinées posthumes, parce que leur auteur a façonné le mythe gaullien sous lequel nos institutions vivent encore, risquent fort de s’étioler avec notre Ve République exsangue, et la plus piteuse des romancières de ce dernier demi-siècle, un demi-Bazin en jupes dont minauderies et coucheries épuisent pratiquement tout le registre ! A côté de cela, deux Luther décevants, une Révolution française selon Michelet qu’à peine justifie l’exégèse historique dont on l’a hâtivement badigeonnée mais dont le parti pris en faveur de l’édition originale par opposition au dernier état textuel amendé par l’auteur (1869) amenuise de toute façon la valeur, un Calvin de très haute volée certes mais qui, ne renfermant pas une seule ligne de son « Institution de la religion chrestienne », claudique de belle manière sans un second volume dédié à cette oeuvre maîtresse, un De Quincey aussi dispensable qu’on le pouvait craindre (sans même considérer la valeur du – minuscule – appareil critique), de misérables « Misérables », des Oeuvres poétiques et dramatique de Péguy qui se ressentent de n’avoir point été pilotées par Julie Sabiani, trop affaiblie par l’âge, et se paient le luxe d’être moins complètes que l’édition antérieure dans la Pléiade, pour ne dire mot des moult nouveaux vers découverts par Romain Vaissermann… Dieu merci la réédition de Gide, magistrale, nous dote d’une documentation de premier ordre, quand même elle n’atteint pas tout à fait au niveau du « Journal » de Claudel édité par Petit et Varillon il y a cinquante ans. C’est à se demander si Gallimard ne veut pas épuiser la littérature française du XXe siècle faute de mieux. Les équipes de Pradier sont même assez inconséquentes pour laisser se coudoyer sur bible des éditions confectionnées d’après des principes complètement antagonistes : la nouvelle mouture des « Essais » montaniens, le nouveau Molière qui reproduisent jusqu’à la moindre de ses verrues la graphie de l’époque, en face du Calvin qui la modernise entièrement avec une intelligence, un tact et un sens de la langue dont semblent dénués les vétérans Magnien et Forrestier (‘Langue et graphies’, pp. LXXIII-LXXXIV, très fortes pages signées Trung Tran; le cas de Rabelais est tout à fait particulier, puisque l’orthographe s’y modèle sur une doctrine personnelle et participe par conséquent de la tentative créatrice de l’auteur, si bien qu’il convenait de la respecter).

          • Cher NéoBirt7, je suis plus que très souvent en accord avec vous, et assez largement sur le fond de votre dernière intervention, mais certains de vos rejets et les motifs par lesquels vous les justifiez, me laissent quelquefois pantois.
            Si je vous comprends bien, Breton serait à jeter aux orties, au prétexte que le Surréalisme, dont les ânes savants le qualifient de « Pape » dans le vain but de le discréditer, serait à son nadir dans « sur la scène littéraire contemporaine » : étant donné le niveau lamentable de ladite scène, je considère ce phénomène comme plutôt flatteur pour le Surréalisme, et me demande si c’est une bonne raison pour balayer d’un revers de main son rôle historique (à moins que le Surréalisme soit devenu invisible d’avoir tellement imprégné nos esprits).
            Le cas Camus : que me chaut qu’il soit ou non pris en considération en Algérie ! N’est-ce point là le benjamin de mes soucis ? (Encore que le « Meursault contre-enquête » de Kamel Daoud serait de nature à vous apporter un démenti.)
            Pour Malraux, je botte en touche, ne sachant qu’en penser ; idem pour de Quincey, ne l’ayant pas relu depuis des décennies ; pour Duras… je la vois à bonne place sur le podium des médiocrités, en compagnie de Jean d’Ormesson et de Milan Kundera. Trois auteurs maison, dans toute la pénible acception du terme.
            Ne voyez aucune intention polémique, tant il est vrai que le choix des auteurs est trop soumis aux goûts personnels : si nous donnions tous notre liste, il se dégagerait un corpus sur lequel nous serions tous d’accord, mais il resterait toujours un nombre non négligeable d’auteurs à propos desquels nous serions prêts à nous écharper.
            L’essentiel la véritable question de fond, que vous soulevez justement, constituée par la disparité de traitement des textes édités, de leur établissement à l’appareil critique, disparité telle qu’on a l’impression que la collection n’a plus d’identité.

          • Cher Domonkos, je me suis mal exprimé, ou ma pensée ne ressortait pas clairement. Point ne dénie tout intérêt à ces auteurs, exception faite pour Duras, mais enfin, la libéralité manifeste que constituent des oeuvres complètes en autant de volumes pour l’esbroufeur Breton, Camus à la courte inspiration, le mythomane des grandeurs Malraux, me semble faire question dans un contexte où la Pléiade mégote avec une mesquinerie de boutiquiers l’espace quand il s’agit de publier des écrivains autrement capitaux. J’en veux pour preuve Henry James, dont l’anglais si difficile n’a pas semblé l’être assez pour les traducteurs des romans et des nouvelles afin que ces cinq tomes comportent un appareil critique entrant dans le détail des amphibologies et des passages d’intelligence douteuse (il s’agissait, bien entendu, de comprimer au maximum la pagination).

          • NéoBirt7, c’est un pur plaisir que d’échanger avec vous. Je le dis sans ironie (si je souris en écrivant ceci, c’est réellement de pur plaisir). Je le répète, je crois (sauf grave malentendu ou mal-lu de ma part) que nous sommes d’accord sur l’essentiel, c’est-à-dire la disparité de traitement des oeuvres et des auteurs, dont vous semblez dénoncer la cause dans la préoccupation uniquement matérielle de dimension des volumes, et donc, sans doute, de leur coût. Peut-être aussi des délais de livraison ? On peut imaginer également d’autres causes plus profondes et plus inquiétantes, mais le fait est qu’on ne voit pas de ligne directrice pertinente conduisant les destinées de la collection. (Que pensez-vous de ce Nietzsche annoncé en triptyque ?)

            Pour le reste, c’est anecdotique : « Camus à la courte inspiration », « le mythomane des grandeurs Malraux », « l’esbroufeur Breton »… Vos flèches touchent juste, au coeur de la cible. Il est aussi plaisant de voir par vous briser ses idoles que d’être invectivé par Cyrano de Bergerac.

            Je ne peux vous contester le jugement sur Malraux, mais il y a peut-être une grandeur dans sa mythomanie (hi hi hi). Pour autant je ne me ferai pas son champion, au risque de me faire estropier en un vain combat, car je ne suis pas persuadé que six volumes Pléiade et l’édition trois ou quatre fois recommencée de ses romans – qui ne sont tout de même pas l’acmé romanesque du siècle – soient vraiment justifiés.

            Quant à « la courte inspiration » de Camus, elle est d’un parfait diagnosticien mon cher Dr House, et, certes, il y a de « l’esbroufe » dans Breton. Mais peut-on (doit-on) réduire ces deux-là à ces vices et les leur compter pour péché mortel ? Je ne le crois pas ou, du moins, ne m’y résigne pas. Breton a tous les défauts du monde et Camus semble préfigurer et incarner tout ce que je reproche à notre époque, incapable à la fois de déraison et de raison à force de se vouloir raisonnable. D’ailleurs mettre ces deux-là dans la même charrette, c’est plutôt amusant, au fond (arrivés sur le lieu du supplice, le bourreau n’aurait plus d’ouvrage, car ils se seraient entretués en cours de route). Mais je ne renierai ni une, ni deux, ni trois fois avant l’heure du coq, celui qui fut autrefois mon maître en folie et celui qui fut mon garde-fou.

  4. Bonjour,

    Passionné de littérature et grand amateur de Pléiades (160 volumes dans ma bibliothèque au dernier recensement), je me décide aujourd’hui à poster un premier commentaire sur cette page que je consulte très régulièrement depuis quelques années déjà, en me délectant de vos savantes interventions et débats enflammés, que ce soit sur le déclin de notre chère collection, l’actualité littéraire, la qualité des traductions de tel ou tel classique, etc. Soyez tous chaleureusement remerciés pour cela, Domonkos, Tigrane, Lombard, Néo-Birt et les autres, sans oublier notre hôte Brumes…

    Je dois avouer que mon commentaire est intéressé. Dans le dernier Pléiade dont j’ai fait l’acquisition, à avoir le tome 1 des œuvres de Corneille dans la nouvelle édition de G. Couton, il y a une convention typographique qui m’échappe et dont, que ce soit dans le volume même ou sur Internet, je ne parviens pas à trouver la signification. Il s’agit du gros point médian (ou puce ronde) placé devant certains vers, par exemple dans le célèbre monologue de Don Diègue (à la page 718, si certains d’entre vous possèdent le volume et veulent voir par eux-mêmes de quoi il retourne) :

    • Comte, sois de mon Prince à présent Gouverneur ;

    ou encore à la page suivante :

    • Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage.
    Meurs, ou tue. Au surplus, pour ne te point flatter,
    • Je te donne à combattre un homme à redouter,
    Je l’ai vu tout sanglant au milieu des batailles
    Se faire un beau rempart de mille funérailles.

    Ce signe apparaît dans plein d’autres tirades, et pas seulement dans Le Cid, pour une raison donc que j’ignore. Est-ce que par hasard l’un d’entre vous — peut-être Néo-Birt qui semble doté d’une incommensurable culture, mais j’accepterais la réponse d’où qu’elle vienne —, saurait me dire ce que ce signe « • » signifie ? Je lui adresse par avance toute ma gratitude.

    Concernant les prochaines parutions de la Pléiade, je ferai l’impasse sur les récits vampiriques et Gary, qui ne m’intéressent guère. En revanche, étant de la génération biberonnée par les adaptations de Peter Jackson qui ont fait de moi un tolkieniste fervent durant toute mon adolescence, je dois confesser que relire Le Seigneur des anneaux sur papier bible a de quoi m’allécher fortement, même si je veux bien reconnaître que Tolkien n’a pas tout à fait sa place en Pléiade (quoique, après d’Ormesson…) et qu’il existe des chantiers autrement prioritaires que la maison Gallimard, décidément, se plaît à faire traîner, quand elle ne les abandonne pas purement et simplement. En ce qui me concerne, j’attends toujours, avec un espoir qui va en s’amenuisant (il n’est pas annoncé en préparation dans le catalogue), le tome 3 des œuvres romanesques de Nabokov, qui devrait contenir, entre autres, les deux chefs-d’œuvre que sont Feu pâle et Ada ou l’Ardeur…

    Au plaisir de vous lire,

    Thomas

    • Cher Thomas,

      la présence de ces puces – le « bullet » de la typographie anglo-américaine – dans le Cid est en effet inexplicable sauf par un accident matériel de composition. Que Gallimard se servait déjà d’une photocomposeuse en 1980 (date de sortie du tome I de Corneille) ou fonctionnait encore à l’ancienne avec galets et cassetins d’imprimerie, à en juger par la distribution de ces signes adventices (sur mon exemplaire du premier tirage, j’en ai trouvé aux pp. 715, 716, 718, 719, 720, 721, 722, 723, 724, 725, 734, 735, 736, 737, 738, 739, 740, 741, 742, 743, 744, 745, 746, 747, 748, 749, 750, 751, 752, 757, 760, 761, 762, 774, soit pour la quasi-totalité du Cid), la seule explication plausible me semble être la suivante : un paquet de feuillets appartenant à un premier jeu d’épreuves, après mise en plage manuelle des interlignes, des sauts de lignes et autres, qui comportait ces puces superflues, aura trouvé son chemin dans le jeu d’épreuves final complet, pourtant censé avoir été soigneusement toiletté, et se sera trouvé reproduit tel quel. Il faudrait voir si ce défaut affecte seulement le premier tirage ou s’il se retrouve dans des réimpressions de Corneille I.

      • Cher Neo-Birt,

        Je vous remercie pour votre réponse prompte et détaillée. J’avais moi-même songé à la possibilité d’une erreur de composition mais je n’osais croire que ce fût le cas. Mon exemplaire du tome 1 de Corneille (trouvé d’occasion) constitue bien le premier tirage de 1980, mais devant la présence de ces « bullets », je suis allé en librairie voir ce qu’il en était dans le tirage actuel (qui, si mes souvenirs sont bons, date de 2002) et je n’ai constaté aucune différence. Le défaut n’a donc pas été corrigé d’une impression l’autre. Regrettable, mais sans doute sommes-nous trop peu nombreux à lire Corneille en pléiade pour que cela ait quelque importance…

        • Thomas Codaccioni, pas mieux que Néo-Birt7 : à propos de ces étranges puces, la seule explication plausible est une erreur de typographie ; les logiciels de composition alors balbutiants ont évidemment bon dos. 🙂

          Pour l’anecdote, j’étais hier à Paris dans le quartier du Sénat, paradis pour les bibliophiles avec ses bouquinistes et autres libraires d’ancien. L’un des libraires de la rue Bonaparte cède son bail ; il m’a dit que les livres anciens ne se vendent plus et que seuls les Pléiade qu’il récupère de collections privées ou de ventes aux enchères ont encore grâce aux yeux des acheteurs. Il vient de rentrer une collection quasi complète qui comprend de nombreux volumes épuisés, ainsi que tous les albums, à l’état de neuf ou en très bon état. Pour ceux que ça intéresse…

          En ce moment je découvre Nicolas Nickleby (il n’est jamais trop tard) : Gallimard a quand-même fait du bon boulot avec cette série de volumes consacrés à Dickens qui contiennent la quasi totalité de ses grands romans.

    • « la génération biberonnée aux adaptation de Peter Jackson… » ? Monseigneur, même de vieilles barbes comme votre serviteur ont biberonné à P. J. quand bien même avaient-ils lu les oeuvres originales dès les années 7O ! Bien d’accord qu’il ne s’agit pas d’une question de qualité littéraire (sur ce point je suis moins exigeant que NéoBirt7) et qu’on est descendu bien plus bas avec d’Ormesson et consorts ; à mes yeux, ce serait plutôt une question de genre, d’espèce, appelez cela comme vous voudrez. Plutôt que de « déclassement », j’aurais dû parler de « dénaturation » de la collection.

      Je maintiens par ailleurs que, nonobstant le plaisir tout bête que j’aurai à relire Tolkien sur papier bible (et à gagner de la place sur mes rayonnages surpeuplés), il ne me paraît pas possible à l’heure actuelle de donner une édition sérieuse de Tolkien qui se trouve entre les mains d’héritiers abusifs (le fils et d’autres) et du fandom des lecteurs hystérisés.

      Je partage avec vous la tristesse et la frustration de ne pas voir complétée l’édition de Nabokov… Si seulement c’était le seul exemple !

      Malgré tout, je vais encore acheter quelques pléiades nouvelles ce printemps et pas mal d’anciennes chez mon bouquiniste, scrogneugneu.

      NB : n’hésitez pas à récidiver en apportant votre contribution à ce dialogue – raison égoïste ou non – cela ne peut être qu’enrichissant, et nous éviter de trop tourner en rond avec la participation de deux ou trois obsédés dans mon genre.

      • Tolkien n’aurait rien eu à y faire voici encore peu de temps mais les chiffres des ventes sont ce qu’ils sont. C’est peut-être un moyen de toucher les hommes de 35-50 ans ? Après réflexion, peut-être plus les 40-60 que les 35-55, je rajeunis abusivement le public des Tolkienites.

        Ensuite… eh bien il y aura Mme Rowling pour appâter la génération suivante.
        Puis plus rien, car la Pléiade sera comme la littérature et ses lecteurs, morte.

        • Votre terrifiante prédiction, cher Brumes, me fait prendre conscience que nous aurons déjà Mme Rowling, en Pléiade, d’ici un petit mois : à peine dissimulée sous l’hétéronome de Florence Marryat.

    • Chers amis,
      J’ai hésité à briller de mille feux en répondant à Thomas Codaccioni et, surtout, en vous fournissant une information qui a échappé à la stupéfiante culture de Neo-birt7 (!) ; Mais je vous dois la vérité.
      S’agissant des puces (« bullets ») :
      J’ai posé la question ce midi à l’immense Georges Forestier (auteur, entre autres, de la récente biographie de Molière et celle, plus ancienne mais aussi excellente, de Racine, chez Gallimard), car l’idée de Neo-birt7 d’une erreur typographique me paraissait farfelue.
      Ce cher Georges (mais pourquoi perd-il son temps avec moi ? Ce n’est pas raison qu’il employe son loisir en un subject si frivole et si vain) a encore une fois eu la grande gentillesse de me répondre.
      Corneille a été accusé (par Scudery et Mairet) de plagier l’auteur espagnol Guilhem de Castro. L’édition de 1648, place en italique les vers incriminés et donne en notes les vers originaux non traduits, afin que le lecteur puisse se faire son jugement.
      Le parti pris de la Pléiade étant de donner le texte de l’édition originale, il ne pouvait être question de reproduire cette mise en forme. Les vers espagnols figurent donc dans le dossier « la querelle du Cid », avec renvoi aux vers français, ces derniers étant eux-mêmes signalés par une puce.
      L’info a été confirmée à M. Forestier par le directeur de la collection himself, car j’avais déclaré ne pas pouvoir dormir sans avoir la réponse et, dirait-on, ces aimables personnes ont bien voulu veiller à la santé de votre humble serviteur.
      Je suis dans un train, loin de ma bibliothèque, mais l’info se trouve (d’après la photo que M. Forestier m’envoie) p. 1467 de la notice.

      • Je parle pour Lombard et moi: we stand corrected. Cela étant, ces indications ne me semblent pas faire partie de la tradition du texte, encore moins de sa genèse, mais de sa réception et à ce titre Couton a sans doute erré par souci diplomatique en les faisant figurer in textu plutôt qu’in apparatu, pour parler le jargon des éditions critiques. En tout cas, merci, DraaK, de vos peines.

      • Comme c’est bien écrit. La qualité de l’écriture a fait passer au second plan pour moi cette histoire de « bullets ».

      • Merci pour cette information, Draak.
        J’avoue qu’à la lecture du premier volume de Corneille je m’étais vaguement posé la même question que Thomas Codaccioni. La typographie étant l’un de mes dadas personnels et professionnels, j’étais resté sur cette impression (humour…), certes curieuse, de la bête faute dite de frappe. Or il n’en n’était rien : chez Gallimard, ce sont des gens sérieux. Nul doute que la page 1467 de la notice m’aura échappé – et j’ai le droit d’en avoir grand honte.
        Merci encore pour vos lumières sur ce sujet.

        • Eh bien eh bien, cher DraaK, mes remerciements mais aussi mes applaudissements pour cette information ô combien précieuse et glanée de surcroît auprès d’un spécialiste parmi les plus éminents. À moi aussi donc cette diablesse de page 1467 aura échappé. C’est que les bonnes vieilles Pléiades d’antan sont pareilles à des bottes de foin, dans lesquelles la quête de l’aiguille est un plaisir sans fin.
          Encore merci à vous, DraaK, ainsi qu’à M. Forestier s’il nous lit (ce dont je doute, mais sait-on jamais…).

  5. Merci pour vos messages et votre accueil chaleureux.
    C’est avec plaisir que de temps à autre j’apporterai sur cette page ma modeste contribution, mais — et je m’adresse plus particulièrement ici à Domonkos — je ne ferai jamais, je le crains, que gonfler le cercle des obsédés…
    J’ajoute que je suis un jeune lecteur ayant certes réalisé l’ascension de belles collines mais à qui il reste des Himalaya de littérature à gravir. Je suis ainsi bien loin d’avoir la science de certains d’entre vous et le niveau d’exigence qui va avec. Du reste, je crois appartenir au public actuellement visé par la Pléiade et il est vrai que pour ma part, je ne trouve rien à redire à la présence de Philip Roth dans la collection, que je considère comme un écrivain de premier ordre. Ceci dit, je déplore que ces Pléiades « faciles”, faciles à fabriquer car ne demandant pas un appareil critique conséquent et faciles à vendre car grand public (Roth donc, mais aussi Jules Verne, d’Ormesson, le futur Tolkien, etc.) ne servent pas à financer des projets plus ambitieux. Et par ambitieux, j’entends et j’attends autre chose que Simone de Beauvoir ou qu’une nouvelle édition fort dispensable de Michelet, pour ne rien dire de ce volume sur les vampires qui me paraît carrément absurde. Sur ce point, je vous rejoins complètement. J’ai déjà évoqué le tome 3 de Nabokov, mais lui au moins a tout de même eu les honneurs de la collection, quand il y a tant d’autres auteurs majeurs qui manquent à l’appel. Sans parler des œuvres poétiques de Hugo ou du journal de Vigny, deux cas hautement désespérants. Lorsque ce sont pour des questions de droits (Beckett), passe encore, mais pour le reste, Gallimard n’a aucune excuse, sinon de dire que les ventes ne suivraient pas. Rien n’est moins sûr, déjà, et ensuite le devoir premier d’un éditeur qui se respecte n’est-il pas de prendre des risques ?… Et puis, franchement, ce n’est pas comme si Gallimard était au bord du dépôt de bilan…

    NB : cher Lombard, ce que vous avez écrit n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle, pourriez-vous me dire s’il vous plaît de quel bouquiniste il s’agit rue Bonaparte ? Sans doute y ferai-je une petite descente à l’occasion. En vous remerciant du tuyau.

    • Il s’agit de la librairie d’Argences au n°84.
      Profitez-en pour passer au n°82 à la librairie Historique F.Teissedre…
      À quelques pas vous avez la librairie Le Pont traversé, à l’angle des rues Madame et Vaugirard, qui propose aussi des Pléiade.
      Dans un rayon de 500 mètres vous trouverez au moins une dizaine de libraires d’ancien.
      Enfin, pour le plaisir des yeux, vous pourrez toujours passer rue de Mézières à La Procure qui présente sous vitrine une collection complète de Pléiade neufs, ce qui est suffisamment rare pour être souligné :-).

      • Vous me faites saliver. Je note ces adresses pour mon prochain voyage à Paris (de préférence après avoir gagné au Loto).

    • La question essentielle ne réside pas dans tel ou tel auteur, pris individuellement, au sujet du quel nous continuerons à nous écharper joyeusement – en s’autorisant même, à l’occasion, l’épice de la mauvaise foi – mais dans la ligne générale et dans la qualité de l’édition : si, sur ces deux critères la Pléiade ne reste pas exceptionnelle, à quoi sert-elle ? Autant s’acheter des Jean de Bonnot.

      En ce qui concerne précisément Philip Roth, je ne lui dénie pas sa qualité d’excellent écrivain, je m’interroge sur la place qu’il occupe(ra) au panthéon des lettres et j’aurais préféré un peu plus de recul. Mais je ne le mets pas au rang des « faiseurs », des « usurpateurs » (inutile de rappeler à qui je pense). Il y a quantité d’écrivains que j’aime ou que j’apprécie et dont je n’exige pas la publication en Pléiade, car je persiste à penser qu’elle devrait être consacrée à des auteurs majeurs ou ayant rang de classique, qu’on appelle cela comme on veut, Il y a toujours eu des auteurs à la mode du jour et dont le statut n’a pas été confirmé sur la durée ou qui n’ont jamais provoqué un consensus. Cela n’est pas dramatique, tant qu’il s’agit d’exceptions. Notre crainte, aujourd’hui, réside dans la multiplication des publications d’opportunité qui fait figure de tendance lourde et met en péril (litote) l’esprit même de la collection.

      Ceci étant dit, nous ne sommes ni les maîtres d’oeuvre, ni les censeurs, tout juste un club de supporters animés par la passion.

  6. En lisant mon volume tout beau tout chaud des Vampires, je me rends compte que je suis en désaccord avec vous cher Domonkos ! Car enfin, encore une fois, comme il est désormais hélas de coutume dans la Pléiade, on ne nous donne que des textes à relire…. (Les 2 Gary ne font d’ailleurs pas exception!) Si on s’intéresse aux œuvres de vampires (ce qui n’est pas vraiment mon cas), on a déjà évidemment lu Coleridge, Polidori, Stoker et Le Fanu. Les excellents volumes chez Bouquins et Omnibus nous offrent déjà tout ça depuis bien longtemps. Amusant de retrouver l’extrait de Gaiour de Byron qui est édité en intégralité dans la collection de poche Gallimard poésie en même temps! Vous voyez donc où je veux venir : le seul texte intéressant et inconnu de moi (mais je l’ai dit je ne connais pas ce sujet) c’est le roman exactement contemporain de Stoker de cette Florence Marryat. Sans lui ce volume serait vide de nouveautés. Ouf. Ça me fait une découverte. C’est déjà quelque chose. Ne demandons plus la lune aux Pléiades même si pour des vampires…..

    • Finalement vous venez de me convaincre de faire l’impasse sur ces Vampires comme je l’ai fait sur le Gothique (?). Et pourtant, j’adore ça !

      Mais Florence Marryat (que j’ai parcouru en anglais : la qualité de son écriture étant juste au même niveau de médiocrité que ma connaissance de la langue angloise), définitivement, non merci ! (Maintenant, si vous me dites que c’est traduit par Baudelaire ou par Mallarmé…)

      Vous me surprendriez en me disant que vous avez aimé, mais d’avance je vous pardonne et mettrai ce goût au nombre de vos vices (comment pourrais-je m’intéresser à une personne qui en serait dépourvu ?)

      La seule raison qui pourrait me conduire à changer de nouveau d’avis, ce serait la présence d’un appareil critique de qualité, je compte sur vous pour nous faire part de votre jugement sur cette question.

      Je viens de mettre la main, chez mon bouquiniste, sur les écrits autobiographiques de ce bon vieux George, et, jusqu’à preuve du contraire, je trouve que deux pintes de bon Sand valent mieux qu’un gros saladier de Sang éventé…

  7. J’ajoute que l’Album Gary est bien sympathique avec des documents que je ne connaissais pas mais si on a lu la biographie de Myriam Anissimov on n’apprend rien du tout. Mais ce n’est pas le but des Albums Pléiades. Le mieux est de lire ou relire ses grands romans, c’est l’essentiel pour les écrivains finalement ! En attendant le volume 3 des Œuvres de Jean d’Ormesson qui tarde à paraître quand même !….

    • Tigrane, sans le vouloir, vous venez de prononcer la plus énergique des eulogies de Dame Pléiade: ses publications peuvent, au mieux, prétendre à être « bien sympathiques » ! Singulière décadence pour une collection qui se réinventa, entre 1960 et 2000, comme le véhicule élégant de la meilleure recherche littéraire et génétique en langue française… Walzer donnait presque cent pages de bibliographie dans son Lautréamont / Nouveau, rappelons-le.

        • Était-il bien utile de gâcher des centaines de pages du volume Germain Nouveau avec le dispensable Isidore Ducasse ? Rimbaud n’eût-il pas mieux accompagné Nouveau ?

          • Alors là, Brumes, dans le genre provoc’ vous m’enfoncez. J’ai honte de n’y avoir point pensé. Bravo, bravissimo ! Le pire étant que vous avez sans doute raison – sur chaque point de votre intervention.

        • Utile ? je ne sais, indispensable probablement pas, mais préférable indubitablement, aux considérations de complaisance des Le Clézio, Marcellin Pleynet et autre inénarrable Sollers, qui encombrent la nouvelle édition de Lautréamont en Pléiade.

          Germain Nouveau étant passé à la trappe, se pose la question : Sollers fait-il vendre un volume de plus que Nouveau ? Encore un volume ancien qu’il va falloir que je me procure, afin d’assécher mes larmes.

          • Je resterai toujours un peu étonné que Sollers, eu égard à sa position au comptoir Gaston & Fils, n’ait pas obtenu de son vivant une édition Pléiade en quelques volumes.
            J’imagine que le succès commercial ne serait pas au rendez-vous – mais je pensais la maison capable d’accorder cela au vieux libertin mozardonjuancasanovavenisiste avant la mort.

          • Sa présence dans le Lautréamont (ne figurerait-il pas aussi dans les « jugements de la postérité » du Rimbaud ou du Laclos également ? je n’ai pas le courage de vérifier…) lui permet d’inscrire tout de même son nom au catalogue de la Pléiade… Cette « wild card » est-elle une forme de reconnaissance ou bien une subtile humiliation ?

          • Hi Hi Hi Hi !
            Je viens de découvrir les dernières parutions Gallimard, et je m’aperçois que j’ai proféré une absurdité : en effet, il est impossible de savoir qui se vendra(it) le mieux, de Nouveau ou de Sollers, puisque « Nouveau » est le titre du dernier livre de… Sollers !

            Si les Dieux de l’Édition se mettent contre moi, alors !

    • Les albums n’ont jamais prétendu révolutionner le regard qu’on portait sur les auteurs. Ce sont des « Découvertes Gallimard » sous reliure cuir. Et c’est déjà pas mal.

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