La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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3 165 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. On pourrait dire la même chose pour le théâtre : si le nom du metteur en scène est écrit en caractères plus grands que celui du dramaturge, fuyez !

  2. Cher Lombard
    Je trouve que le confort de lecture n’est possible au contraire, que si l’on dispose d’un appareil critique ( relativement) conséquent.
    Vous citez Virgile ; mais comment comprendre le projet Virgilien d’une épopée nationale ( l’Enéide) si vous n’apportez pas les éclaircissements nécessaires. Vous n’y verriez autrement, qu’une « simple » imitation de l’épopée Homérique et passeriez à côté de sa véritable originalité.
    Maintenant, en ce qui concerne les responsables d’éditions, vous vous trompez lourdement ! La plupart sont d’honnête artisans du savoir. A titre d’exemple, Madame Reggiani, responsable de l’édition Perec ( certes décevante…) est une personne dont l’intelligence n’a d’égale que l’humilité.
    Enfin, pour réagir au dernier post, je dirais que lorsque c’est Wells qui adapte Shakespeare, il n’est pas choquant que son nom apparaisse en gros caractères…

    • Naturellement, si l’adaptateur est aussi un créateur de génie, cette règle ne s’applique pas. Welles (Orson et non Wells H.G.) pouvait dialoguer avec Shakespeare d’égal à égal et inventer une guerre des mondes radiophonique en exploitant son homonyme. Je pensais surtout à ces « adaptateurs » « branchouilles » qui, incapables d’écrire une oeuvre personnelle gâchent, infantilisent une pièce plus grande qu’eux.

  3. Cher zino,

    Bien au contraire , je pense comme vous que les responsables d’édition sont « d’honnêtes artisans du savoir » ; c’est de lire des critiques virulentes sur leurs lacunes et leur incompétence supposées qui m’a fait sauter au plafond…

    Si j’apprécie la qualité de l’appareil critique à La Pléiade, je persiste néanmoins à le trouver bien trop long sur certains volumes ; à mon niveau des explications de type scolaire sont nécessaires mais suffisantes. Mais là, chacun a des besoins propres, ce n’est que mon ressenti.

    Anecdote pour rebondir sur l’évocation du théâtre par pléiadophile : sur la première version de l’affiche française du « Bossu de Notre-Dame » (le dessin animé de Walt Disney), Victor Hugo n’était pas mentionné. Ce fut rectifié ensuite.

  4. Lombard
    Merci de m’avoir cité en ayant pris soin d’ajouter un S à honnête(s) !
    J’espère en tout cas, que l’année 2018 saura satisfaire et les  » érudits  » et le lecteur  » lambda  »
    Pour ma part je commence à me tourner vers d’autres éditeurs – comme Champion – certes beaucoup ( mais alors beaucoup ! ) plus chers que la Pléiade. Cependant,  » l’érudit  » que je suis, y trouve son compte. La Pléiade, malheureusement, dans ses choix actuels, ne me convient plus…

    • Vous avez raison. « La Pléiade, aimez-la ou quittez-la. »
      (A quoi on pourrait répondre : « La Princesse de Clèves », si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres. »)

  5. Si les explications sont utiles et concises, les traditionnelles notes de bas de page constituent en effet la meilleure solution. 🙂
    Je parlais plutôt de ces interminables analyses de textes à la limite de la thèse qui, chez d’autres éditeurs, font l’objet d’ouvrages scolaires ou universitaires : éditées séparément, elles permettraient non seulement de retrouver des Pléiade moins épais, mais surtout d’éviter à l’acheteur consciencieux ces commentaires oiseux sortis de l’imagination fertile de certains chercheurs. 😦
    Pour ce qui est des notes actuelles, j’ai toujours deux marques pages et je fais, comme nous tous ici, les allers-retours. 😉

    • Vous voudrez bien, Lombard, modérer vos propos dont le caractère sycophantique n’est égalé que par l’ignorance. Celui-là seul est autorisé à parler de « commentaires oiseux » et à évoquer « l’imagination fertile de certains chercheurs » qui peut passer un jugement informé sur ce type de parerga pour un auteur donné. Le seul fait de procurer, dans un encombrement minimal et pour un prix de revient à la page négligeable, la distillation de thèses doctorales ainsi qu’un travail d’exégèse indépendant, fit la grandeur de la Pléiade ; aucune collection étrangère ou française ne s’aligne avec elle sous ce rapport. Lisez donc le Balzac de Bouteron, le Saint-Simon de Truc ou les étiques volumes d’Allem et autres Rat, et ne vous hâtez pas de condamner ce qui vous passe fort haut au dessus de la tête. Merci d’avance.

  6. Cher Neo-Birt7,

    La permanence de votre sentiment de supériorité laisse perplexe.
    Une érudition supposée et un vocabulaire ampoulé ne donnent pas un blanc-seing pour mépriser les autres intervenants.
    Faisons l’effort de rester courtois : nous sommes sur un blog de littérature consacré à La Pléiade, pas au tribunal révolutionnaire.

    Puisque vous vous évoquez la modération dans les propos, n’est-ce pas vous qui, en un seul message, avez traité des directeurs de collection et des traducteurs en ces termes : « très passable sur le plan du commentaire […] platement traduit [par] un obscur élève […] ce tâcheron […] qui devait encore sévir [a] brassé de l’air à l’Université […] ; deux illustres nullités […] ne présente aucun intérêt […] prenez vos jambes à votre cou […] des traductions […] qui torturent la langue tragique, voire la simple grammaire, ignorent avec condescendance les lois de la versification […] et enfilent les sophismes justifiés au fil de commentaires interminables et filandreux. […] les faux brillants de cette critique pompeusement postmoderne. »

    Au fait, vous ne nous avez toujours pas dit si vous aviez participé à une édition de La Pléiade ?

    Bien à vous

    • Je crois, Lombard, avoir fait la preuve que je savais de quoi je parle sur un certain nombre de sujets et d’auteurs. Ce que vous prenez pour de l’arrogance est la certitude du bon praticien des lettres anciennes et de l’éditeur-traducteur chevronné. Il ne vous aura pas échappé que je me tiens très souvent coi ; c’est la répétition à la Goebbels de votre répugnance de Béotien envers les appareils scientifiques étoffés et les éditions critiques exigeantes qui m’a fait délaisser un instant mes grimoires. Quant à votre question, on peut-être m’imputer une certaine aigreur pour avoir fait partie de l’équipe qui se constitua il y a fort longtemps en vue d’une anthologie de textes levantins (je n’en dirai pas davantage). Vous avez votre opinion et elle est respectable ; c’est l’outrance de votre jugement et plus encore l’inanité de vos présupposés que je conteste. Si je manque de modestie et débite des horreurs sur certains collègues, on voudra bien croire que je ne suis pas mû par des sentiments de Schadenfreude.

      • C’est un délice de vous lire, cher Neo-birt7, ne serait-ce que pour découvrir (dans ma crasse ignorance) des termes aussi délicats que « schadenfreude » (que je ne manquerai pas, dorénavant, d’utiliser – à bon escient si possible) et aussi pour votre roborative… méchanceté ! qui nous change heureusement de la dégoulinante eau tiède du « politiquement correct » qui oblige à trouver « génial » le moindre tâcheron semi-analphabète.

        Oserais-je ajouter que le summum du plaisir serait celui de vous détester ?

        Bien cordialement (si ! si ! je le dis sincèrement).

        (En fin de compte, je retrouve un peu en vous, de l’esprit polémique que j’adorais chez un Etiemble, lorsque j’étais encore (presque) un enfant – polémique qui n’a rien d’inutile ou de gratuite, car rien n’affûte mieux l’esprit que d’y répondre – et c’est le meilleur des compliments dans ma bouche, même si je sais que vous ne l’apprécierez guère plus que vous n’appréciez le pauvre vieux « Roi René »…)

        • Dommage pour les « textes levantins » (quoique je ne sache point de quoi t’est-ce donc qu’il s’agissait exactement), nul doute qu’ils auraient ouvert de nouvelles fenêtres pour faire entrer la lumière du jour dans l’obscure maison de mon cerveau.

        • Cher Démonkos, je plaide coupable pour m’être reposé, touchant Etiemble, sur de bien vieux souvenirs rimbaldiens et sur une polémique, demeurée confidentielle, qui le mit aux prises avec mon directeur de thèse à propos de la seconde mouture de son édition en Pléiade des « Romanciers du XVIIIe siècle », tome I. J’ai lu, plume à la main et quelques éditions commentées sous les yeux, sa longue préface aux « Philosophes taoïstes » ; que de plaisir j’y ai pris ! enfin un connaisseur qui ose renvoyer René Guénon à sa nullité existentielle en exprimant de la colère devant un théosophe dont l’ignorance du chinois ne l’empêchait pas de commenter avec aplomb le Tao tö king. La colère est un sentiment très philologique…

  7. Après le S, le E. Merci pleiadophile d’avoir corrigé mon correcteur.
    Je ne voudrais pas rentrer dans la polémique érudit/profane, le débat serait vain car chacun restera sur sa position ; et je considère les colères de Neobirt7 excessives mais saines. Pour ma part, je suis un universitaire mais je n’en fais pas tout un foin… Maintenant je trouve agacantes les attaques de Domonkos à propos du travail universitaire et des universitaires en général. Mais j’ai l’agacement courtois… En revanche, ne comptez pas sur moi pour m’excuser d’être exigeant. La Pléiade devient une collection de poche, de luxe. Soit… Ceux qui aiment ça seront contents.

    • Ma petite pique était donc si insupportable à votre délicat épiderme ? Que vous ayez senti une attaque contre votre insupportable morgue et votre pédanterie d’universitaire ne vous autorise pas à faire de moi un méchant ennemi des universitaires et un contempteur de leurs travaux, ce faisant, à me caricaturer et me lancer des accusations aussi injustes qu’injustifiées.

      Vous auriez dû remarquer que, depuis quelque temps, j’avais totalement renoncé à réagir à votre interventions, tant vous rendez le dialogue impossible, du haut de votre Olympe. Quelle mouche m’a moi-même piqué pour me conduire à vous lancer à mon tour cette pique ?

      Restons-en là, donc, à l’avenir j’éviterai non seulement de vous répondre, mais également de vous lire.

      Une dernière remarque : contrairement à ce que vous affirmez, je ne remets pas en cause la légitimité des chercheurs et je fais mon miel de leurs savants travaux, n’économisant pas l’admiration que je leur voue. Mais j’estime qu’il existe aussi, en matière de Littérature – qui n’est pas une science – d’autres légitimités. Outre celle du simple lecteur curieux et passionné comme Lombard, celle de celui qui s’est confronté au travail d’écriture pendant soixante années (avec quelques publications sous son nom propre ou un nom d’emprunt, chez des éditeurs parmi les plus exigeants). Ce qui m’autorise, par exemple, à vous dire encore une fois, que mon point de vue sur Jules Verne n’est absolument pas inférieur au vôtre. De leur confrontation dans un dialogue loyal, il pourrait en résulter quelque profit pour l’un et l’autre, mais ce dialogue vous le rendez impossible car vous usez par trop de l’argument d’autorité. Ce pourquoi j’y ai renoncé depuis un certain temps.

      Je regretterai dans cinq minutes d’avoir répondu à votre attaque, mais, que voulez-vous, je suis un simple humain, avec ses faiblesses…

      • En quelques mots : souffrez que votre condescendance soit insupportable aux sans-dents de la littérature que nous semblons être à vos yeux.
        Quant à moi, je préfère les colères de NeoBirt7 sous lesquelles je crois deviner une véritable passion et même la passion de partager son savoir (sinon, pourquoi perdrait-il son temps à intervenir ici, à répondre aux questions qui lui sont adressées, etc.)

  8. Domonkos
    Je vais user de mon droit de réponse, je le fais pour la dernière fois et, ce faisant, je vais vous rendre un petit service : allez vite consulter un spécialiste des dérèglements psychologiques ! Vous avez tellement de haine à l’égard des professionnels de l’écriture ( éditeurs, directeurs de collections…) que vous voyez l’ennemi partout, comme à l’époque, glorieusement romanesque, de la guerre froide. Vous confondez débat d’opinions et déclaration de guerre ( la guerre froide, donc…) vous confondez la morgue avec la passion, vous confondez l’amour de son métier avec l’orgueil…
    Quant à moi, laissez-moi vous confondre à mon tour : je vous prenais pour un clown ; en fait, vous n’êtes qu’un triste sire…
    L’air est devenu irrespirable sur ce blog. Je vais aller voir ailleurs si vous n’y êtes pas.

    • Zino, ne partez pas ! Je vous mets sous les yeux la citation attribuée à Aristote : « quoi ! me taire et laisser Isocrate [= le prototype de la rhétorique philosophante mondaine et creuse] parler ? ». Lombart me juge un cagot de critique, la belle affaire ! je considère moi qu’il écrit malgré Minerve, et les choses peuvent en rester là — je ne me pique pas de l’éduquer ; mes réponses visent ceux qui désirent un conseil compétent dans les limites de mon savoir. Je vous trouve cependant trop dur envers Demonkos. Ses propos de mouche du coche, comme le taon socratique, ont la vertu d’atteindre les parties sensibles de l’armure universitaire et provoquent un débat vivifiant ; l’homme est si hautement attachant, céder à un tel adversaire la victoire lors d’un engagement ne provoque nul sentiment de dol en moi.

      • Je vous jure sur mon honneur – enfin ce qu’il en reste, après avoir vécu plus d’une demi-douzaine de décennies on en a forcément perdu en route une bonne partie – que je n’avais pas d’autre intention que taquine, la taquinerie n’ayant elle-même d’autre but que de dédramatiser un peu nos déclamations et nous ramener sur terre, à hauteur d’homme.
        J’ai bien raté mon coup (ou trop bien réussi ?). Dommage.
        D’où, je le redis ailleurs, l’avantage de la conversation directe : les paroles s’envolent et les éclats de voix aussi.

        Je ne sais comment le dire, il ne s’agit pas pour moi de porter ombrage au discours universitaire – quelle idée ! – mais de constater que nous ne parlons pas tous du même endroit – ni vous, ni Lombard, ni Zino, ni moi, sans compter d’autres – à partir de la même formation, de la même pratique, du même rapport à la littérature (celle qui se fait et celle qui se reçoit). Chacune de ces paroles est égale en dignité, si toutes ne sont pas égales en compétence (encore faudrait-il s’entendre sur la définition des compétences et leur distribution, personne ne pouvant se targuer de les posséder toutes).
        Je croyais que nos paroles pouvaient être plus complémentaires qu’antagonistes – ce qui ne signifie pas que je renâcle devant le débat, encore moins que je recherche un point de rencontre « oecuménique », un niveau d’entente de médiocre qualité.

        Je n’arriverai décidément pas à exprimer ce que je désire exprimer. Nous sommes des inconnus les uns pour les autres. Cela dresse des barrières d’incompréhension, pose des limites au dialogue (sans parler de mes propres limites sur le terrain de la conceptualisation).
        D’où vient, par exemple, que vos interventions, même sanglantes, m’enchantent, tandis que celles de Z. bien souvent me font l’effet d’une douche froide ? (Ce côté prof qui corrige un élève, peut-être, que je suis sans doute seul à ressentir et probablement pour des raisons personnelles… Nous sommes des inconnus les uns pour les autres, je le répète, et cela vicie l’échange. Mieux vaudrait s’en tenir aux questions techniques, terrain où je ne suis pas le plus fort et le mieux informé.)

  9. Mais non, restez ; ce blog est un espace de discussion qui présente de l’intérêt et vous n’allez pas vous fâcher pour si peu : il ne s’agit que d’une discussion à propos d’une collection de livres.
    J’en avais fait part à brumes : si, à côté du blog (document de référence se limitant à l’actualité factuelle de La Pléiade) il y avait un forum, cela permettrait la création de fils de discussions sur des sujets divers et surtout la gestion de conversations parallèles. La structure technique du blog fait que toutes les réactions se lisent à la suite les unes des autres et que cela part parfois un peu dans toutes les directions ; on dira que c’est la passion du livre qui anime les intervenants.
    Il existe bien des forums littéraires (celui des études littéraires est de bon niveau mais surtout destinés à répondre aux étudiants en lettres, celui de babelio n’est que peu fréquenté…) mais aucun, à ma connaissance, ne permet d’intervenir sur des sujets aussi pointus que la collection La Pléiade. Il existe aussi de très beaux blogs (c’est par l’un d’eux, consacré à la bibliophilie, que j’ai connu celui de brumes). Peut-être faudrait-il unifier tout ça pour assembler les passionnés de littérature ?
    Pour revenir à La Pléiade, je lis en ce moment le recueil des romans de Maupassant, et je me régale. Quelle chance de ne pas tout connaître, de ne pas tout savoir ! J’ai tant à découvrir. 🙂

    • Je ne suis pas le moins du monde fâché avec le blog, ni avec personne, d’ailleurs. Je fais le constat que l’échange passe mal entre notre camarade de jeu Z. (c’est marrant comme ça) et moi-même… D’où la nécessité d’une Halte au Tir !

      Inconvénient peut-être de l’écrit. Une bonne engueul… dans un bistrot, et après trois bocks, permettrait certainement mieux de vider notre querelle et de fraterniser ensuite (on ne fraternise jamais mieux qu’entre « ennemis » et/ou entre ivrognes, j’ai appris ça, enfant, en lisant des « Bob Morane »…)

      • Et s’il y en encore un qui affirme ou laisse entendre que ceci ou que cela ou bien que j’estimerais qu’on peut vivre une vie d’honnête homme sans avoir lu « La Princesse de Clèves », je vous en avertis solennellement, je rase la Corée du Nord !

  10. NeoBirt7, Lombard
    Il ne s’agit pas pour moi d’avoir le dernier mot, je laisse, justement, ce genre de pratique aux teigneux de la doxa… Certes Domonkos est attachant ; mais comment dire, enfin… Passons.
    Je reviendrai de temps en temps sur le blog, pour m’esclaffer, en lisant, Neobirt7, vos diatribes Ciceroniennes portées contre la partie molle de la Recherche !
    Pour ma part je vais délaisser un peu, comme je l’ai dit, la Pléiade. Ce qui s’y fait actuellement ne m’intéresse pas du tout. En toute logique, je n’ai plus trop de raisons d’intervenir sur le blog. J’ai dit ce que j’avais à dire : sutor ne ultra crepidam.
    La Culture est mise à mal. Et l’acte de lecture est devenu un acte de résistance, plus seulement une praxis.
    Bonne soirée à vous, amis Pleiadophiles.

  11. Bonjour à tous ! Pour revenir à la Pléiade, je veux dire mon plaisir immense et ma joie (oui oui) de dévorer les 2 volumes Cendrars. Pour moi, un modèle du genre. Des romans connus et des découvertes (cependant je ne suis pas « spécialiste » de Blaise), des inédits intéressants et un apparat critique mesuré mais utile. Impeccable ! Le Balzac III me stupéfie, je passe. Pour quelqu’un (pardon à lui j’ai oublié son nom) qui parlait des trop coûteuses éditons Honoré Champion (par exemple quel malheur que ces 5 volumes de la correspondance d’Apollinaire à 360€!) j’ai une petite nouvelle heureuse et qui, je l’espère du moins, marquera un tournant dans leur stratégie éditoriale : le (sublime !) Dictionnaire Marguerite Yourcenar (nov. 2017) sera publié directement en poche dès sa première édition. (en plus de la traditionnelle édition reliée bien sûr). Si cela pouvait devenir une habitude….

    • Comme cependant je ne vis pas dans un complet solipsisme, je ferai, à l’avenir, effort pour châtier ma plume et blandir quelque peu le ton de mes interventions.

  12. Neo-Pitre7,
    « une certaine aigreur pour avoir fait partie de l’équipe, etc. », écrivez-vous. À lire vos commentaires, souvent désopilants d’enfumage, quoique pathétiques (car en effet, on vous imagine bien aigre, usant d’artifices langagiers qui n’impressionneront que les plus faibles et les moins lecteurs d’entre nous), je me félicite chaque jour que la Pléiade n’attache pas la moindre importance à vos remarques. L’anonymat convient très bien aux redresseurs de tort clownesques.

    • Albertine, entre érudits on a coutume de dire, à propos des éreintements ou des postulats purement assertoriques, que « quod gratis asseritur, gratis negatur » (ce qui s’affirme sans preuve, on le nie sans preuve). Il sera plus piquant d’appliquer à vos deux messages ce vers de La Légende des Siècles (ed. Truchet, Pléiade, p. 478) :

      « Mais toi, quelle est ta peine ? aucune ; et ton mérite ?
      nul. »

      • Le bruit du canon et l’odeur du sang répandu, à l’occasion de nos féroces combats, endeuillant nos villes et nos campagnes, semble attirer quelque carnassier qui vient dévorer nos dépouilles abandonnées sur le terrain.

        Quand il n’en restera rien nous ne pourrons, hélas, goûter le repos dans nos tombeaux… Mais peut-être aurons-nous la consolation du cénotaphe et du discours malraucien (malrucien ? malraussien ? malrauxien ? malrucéen ?…) d’hommage rendu aux héros morts pour la Défense des Lettres…

        Qui se souviendra alors de ces cris d’Erinyes qui, dans nos derniers instants, assourdirent nos tympans ?

  13. J’ajoute qu’on sent derrière chacune de vos phrases la jouissance un peu rance que vous prenez à les formuler et le narcissisme propre à ceux qui, ne pouvant se féliciter de la réussite de leurs actions, se plaisent à penser qu’ils valent beaucoup mieux que ce qu’ils valent en vérité. Vous ne changerez jamais comme ne changent jamais les très vieux hommes. Peut-être immobilisé chez vous, vous vous construisez ce personnage de rêve sur ce site qui n’en demande pas tant, seul derrière un écran d’ordinateur.

  14. Toutes ces attaques à visages masqués m’étonnent. Je pensais que ce blog était plutôt le reflet d’un salon où l’on échange poliment. D’ailleurs, Brumes reste silencieux devant tout ce tapage et il a bien raison. Ne serait-il pas raisonnable de quitter le champ des batailles sournoises, de s’asseoir dans un confortable fauteuil et de dire gentiment ce que l’on pense ?
    Pour en revenir, donc, à La Pléiade, j’estime personnellement (mais ce n’est que mon point de vue, bien sûr) que les responsables de Gallimard font de bons choix. Car, pour une telle maison, les visées littéraires ne doivent pas faire oublier l’aspect commercial nécessaire pour subsister.
    Et puis, je pense qu’il en faut pour tous les goûts, comme on dit. Ma respectable cousine, qui n’est pas universitaire et qui ignore Virgile, a un faible pour d’Ormesson (c’est son droit). Sur les étagères de son impressionnante bibliothèque, trône d’Ormesson, tome 1, au milieu de dizaines d’autres Pléiade(s).
    Que voulez-vous, il faut bien vendre des d’Ormesson, des London, peut-être des Sue ou des Cooper, pour pouvoir publier Luther, Staël, peut-être Diogène Laërce, la poésie de Goethe ou la Geste de Guillaume d’Orange !

    • Pourquoi pas, mais est-ce une raison suffisante pour accompagner cette évolution d’une « négligence », toutefois bien cohérente avec le choix mentionné, sur la qualité de l’appareil critique ?
      D’autant plus que les prix n’ont pas baissé (cf la remarque de Lombard sur le coût du Philip Roth).
      Donc autant dire que vous n’aurez pas Guillaume d’Orange, etc …

  15. Toirap : bravo pour votre commentaire de synthèse empreint de sagesse, qui mériterait (s’il existait) le prix du commentaire du mois. 🙂

    Phil : j’avance dans mes romans de Maupassant. Les notes et variantes se composent environ de 50% de variantes (très pointues : typographie, fautes d’impression supposées, hypothèses sur le manuscrit…) et 50% de notes (que je ne consulte qu’une fois sur trois ou quatre et que je trouve utiles pour la plupart). Sur cet exemple précis, les notes expliquent des termes vieillis, renvoient au contexte de l’époque et parfois à d’autres œuvres de Maupassant ; l’écueil des appréciations personnelles, de l’explication de texte « scolaire » et des théories psychanalytiques fumeuses est soigneusement évité – un très bon point pour cette édition de 1987.

  16. J’attends avec impatience le second coffret Cendrars, Tigrane, l’ensemble sera l’un des ornements de ma bibliothèque.
    Il n’en demeure pas moins que… Ceci et cela… Emettre des réserves et des critiques n’est pas forcément absence de sagesse…
    Mais je ne fais pas partie des désespérés, de ceux que tout espérance en la Pléiade a abandonné…
    Comprenez les impatiences de la vieillesse… Quand les années nous sont comptées… On aimerait ne se voir plus proposé que l’essentiel, car on sait qu’on aura plus le temps de s’égarer sur des routes secondaires…

  17. Le volume consacré à Philip Roth est annoncé, pour une sortie le 5 octobre.
    On en a déjà parlé plus haut. Ce que je ne savais pas, c’est qu’il est vendu en prix promotionnel à 64 € pour ses cinq romans et ses 1280 pages, ce qui nous mettra le prix définitif de l’ouvrage aux alentours de 80 € !
    Il fut une époque récente où l’achat du Pléiade revenait moins cher que ses équivalents en poche. Ici, la tendance est très nettement inversée!,

      • A quelque prix que ce soit, quel intérêt ?… Je préfèrerais même une Pléiade du « saltimbanque Dylan » (selon les termes de l’ineffable James Ellroy, ce fabricant de thrillers qui doit avoir une estime de soi quelque peu exagérée), ça serait plus rock’n roll !… Ha ha ! Et puis, cela remplirait certainement les caisses de l’éditeur.

  18. Quittons un terrain polémique pour… un autre. J’ai feulleté le Hors-Série Conrad et, pendant que j’y étais (par cet après-midi pluvieuse – après quatre mois de sècheresse sahélienne – passée chez mon libraire) j’ai également regardé d’un peu plus près le Hors-Série Malraux (malraucien ? malrucien ? malraussien ? malrauxien ? malrucéen ?…) qui trônait non loin sur le même rayon.
    Et j’ai noté, dans l’intro de Godard, une minuscule information technique (pour une fois ! je me hâte donc de vous la communiquer pour faire mon intéressant… en espérant que vous n’en avez pas tous déjà connaissance) : le petit bréviaire (malraucien ? malrucien ? malraussien ? malrauxien ? malrucéen ?…) reproduit le texte de « Lazare » dans son édition originelle de 1974 en un volume et non pas le texte revu et intégré dans « Le Miroir des Limbes » (en y perdant son titre et son identité) qui figure dans les « Oeuvres Complètes » en 6 volumes Pléiade.
    Histoire d’enfoncer le clou et de mettre un peu de piment (fort éventé et insipide, tout de même) on donne en « variantes » les quelques podifications intervenues entre l’édition de 1974 et celle de 1976.
    Comment tenter de faire passer pour une édition « savante » – et indispensable – un volume allégé, 0% de Matrières Grises !

  19. Et bien, il me semble qu’un méchant esprit de mœurs belliqueuses et ne boudant pas aux coups bas se soit introduit en mon absence. J’en suis tout ébaubi! peut-être ce premier mois de rentrée aura -t-il vu s’accumuler fatigues, énervements, humeurs rosses, un vent de grièche souffle sur ce manoir des passions à reliures alphabétiques, décidément l’entropie est partout.
    Je dirais juste en passant que Neo-Birt 7 m’a tant appris, que j’ai tellement apprécié le temps qu’il prenait à me répondre ainsi qu’aux autres, ce dans de longs commentaires motivées, argumentés, sourcées que je ne puis que redire mon bonheur de le lire. Et mon respect, oui. De plus, un monsieur qui ne se gêne pas pour dire qu’il a effectivement connu certaines déconvenues me semblent le contraire d’un être mu par la rancœur. Bien au contraire. De légitimes colères en voyant des médiocres qui savent où se courber et qui flatter c’est normal et sain. J’ai vu de si laides choses dans les couloirs de l’Université, ont m’en a appris de si lamentables. Si vous croyez que ce sont les meilleurs qui ont les plus hauts statuts. Quand on voit que c’est Antoine Compagnon qui emporte le collège de France là où des Bernard Sarrazins, des Pallaccio, des Jean Louis Cabanès ou Michel Crouzet restent dans la discrétion… Et puis en science il y a une traduction de critique, et de critique sévère. En sciences dures on va encore plus loin, il s’agit de détruire l »adversaire en montrant la nullité de sa théorie… Je pense à ça car délaissant un moment la littérature je me suis plongé dans des articles et des vidéos de l’ENS (notamment, polytechnique aussi) sur la gravitation quantique, la théorie des supercordes, le boson de Higghs bref je passe, enfin des choses qui m’ont amené à penser qu’en sciences dures, là on était dans une très grande époque.

    Bon au départ je voulais simplement dire que je rejoins totalement Brumes sur cette nouvelle biographie d’Hitler que je n’achèterai pas car ce ne sont pas là des manières. Déjà que Flammarion a condensé la formidable biographie de Kershaw pour de deux livres n’en faire qu’un, au prix de la perte de plus de 300 pages et d’un grand nombre de notes. Sinon j’ai vu La pérégrination vers l’Ouest en librairie à prix normal (56 et 59 euros). Je ne comprends pas les prix que je vois sur un grand site d’achat/enchères voire sur la dame à cheval. Ah, j’en profite pour dire que certaines variantes sont intéressantes. Celles d’un Rabelais montrent le changement de liberté d’expression après l’affaire des placards et la montée du protestantisme. Certains repentirs et reprises de Ramuz sont de véritables leçons d’écriture-ah, je n’aime pas ce mot. Disons qu’on admire comment le simple retrait d’une copule ou l’ajout d’un adverbe dote soudain la phrase d’une densité lyrique prodigieuse. Mais je reconnais ne pas lire une bonne partie des variantes. Je suis quand même heureux de les avoir.es mystères de la subjectivité. »On n’a pas le même résultat à chaque expérience de lecture. Ceci dit de la manière la plus amène Zino. Mais je ne vois pas de haine de l’université chez Domonkos. Simplement -et les meilleurs universitaires sont les premiers à le reconnaître – ce statut n’offre pas un brevet de bon goût, mais simplement d’érudition sur la période dont on est spécialiste. Le dernier éditeur de Mallarmé en Pléiade ne connaît que ce qui touche à Mallarmé, c’est lui-même qui le dit. sinn, il ne lit que l’Equipe (j’avais donné ici le lien de son interview)
    En tous cas a propos de relativité des goûts, un très grand universitaire à la retraire mais preof émérite et publiant plus que jamais met Ellroy parmi les écrivains intéressants de l’époque. Et je suis pleinement d’accord concernant les 10-15 premières œuvres, jusqu’à la mauvaise suite d’American Tabloid ou le savoir faire l’emporte sur l’inspiration.Ce n’est plus habité. Le quatuor de Los Angeles est une plongée dans les enfers d’hommes durs et mauvais qui pourtant ont une âme qu’ils désespèrent d’arracher à une perdition quasi certaine. L’amitié, la trahison, l’amour fou, les obsessions qui vous conduisent à l’abîme, il y a tout cela chez Ellroy. Et il a créé un Satan moderne fascinant, Dudley Smith. Je vous assure qu’Ellroy (à ne pas confondre avec le médiocre Ellory) est un écrivain de grande valeur .

    Domonkos, vous êtes un être exquis, pardonnez cette atteinte à votre modestie (mais l’anthropophage qui sommeille en moi serait peut-être déçu). Ça, c’est acquis. Humour, ouverture d’esprit, capacité à relativiser ses certitudes, conscience de la subjectivité, franchement si le monde pouvait un peu plus vous ressembler…
    Zino , ne l’ai-je pas lu regrettant un ton dont il avait usé, il y a de ça déjà quelques temps? Un homme qui sait opérer un retour sur lui est un homme de qualité. Je suis d’accord avec vous sur Vernes évidemment Domonkos, et je regrette que Zino n’ait pas plus le sens de la relativité de ses goûts. qu’il semble incapable de se dire « Après tout…Roussel, ce fin critique de Blum, Michel Serre, si ces gens admirent Vernes peut-être devrais-je me pencher sur les mystères de la subjectivité. »On n’a pas le même résultat à chaque expérience de lecture. Ceci dit de la manière la plus amène Zino. Mais je ne vois pas de haine de l’université chez Domonkos. Simplement -et les meilleurs universitaires sont les premiers à le reconnaître – ce statut n’offre pas un brevet de bon goût, mais simplement d’érudition sur la période dont on est spécialiste. Le dernier éditeur de Mallarmé en Pléiade ne connaît que ce qui touche à Mallarmé, c’est lui-même qui le dit. sinon, il ne lit que l’Equipe (j’avais donné ici le lien de son interview)
    En tous cas a propos de relativité des goûts, un très grand universitaire à la retraire mais preof émérite et publiant plus que jamais met Ellroy parmi les écrivains intéressants de l’époque. Et je suis pleinement d’accord concernant les 10-15 premières œuvres, jusqu’à la mauvaise suite d’American Tabloid ou le savoir faire l’emporte sur l’inspiration.Ce n’est plus habité. Le quatuor de Los Angeles est une plongée dans les enfers d’hommes durs et mauvais qui pourtant ont une âme qu’ils désespèrent d’arracher à une perdition quasi certaine. L’amitié, la trahison, l’amour fou, les obsessions qui vous conduisent à l’abîme, il y a tout cela chez Ellroy. Et il a créé un Satan moderne fascinant, Dudley Smith. Je vous assure qu’Ellroy (à ne pas confondre avec le médiocre Ellory) est un écrivain de grande valeur . Dieu, j’ai mis les bouchées quadruples! Mille pardons pour cette indigeste coulée.

    • Je voudrais commenter un unique exemple des mesquineries de la carrière universitaire, qui donnera une idée très concrète de ce qu’évoquait Restif. Le plus grand spécialiste de la poésie grecque ancienne dans la seconde moitié du XXe siècle fut sans conteste Francis Vian (1917-2008). Considéré comme un égal par les redoutables connaisseurs en ce domaine qu’étaient Hugh Lloyd-Jones et Martin West, éditeur remarquable dans la collection Budé de Quintus de Smyrne (auquel il avait consacré sa thèse complémentaire), d’Apollonios de Rhodes, des Argonautiques orphiques, pour lesquels il sut décanter des traditions manuscrites délicates, les exposer dans des apparats critiques magistraux, et les traiter avec lucidité en ne reculant pas devant la conjecture textuelle, enfin pilote de l’édition commentée dans cette même série des énormes Dionysiaques de Nonnos (quarante-huit chants, soit l’Iliade et l’Odyssée cumulées), Vian n’a jamais été davantage que professeur des universités (Clermont puis Paris X Nanterre). Les hauts honneurs échurent à Jean Irigoin (1920-2006), lui aussi redoutable métricien et historien de la transmission des textes, homme de grande culture par ailleurs mais critique textuel au dessous du médiocre, qui sut faire fructifier l’influence que lui conféra sa nomination, en 1964, comme directeur de la série grecque de la collection Budé, puis à Jacques Jouanna, son successeur à la tête de la C.U.F. grecque, dont les deux passions sont la médecine grecque (qu’il connaît admirablement) et Sophocle (qui, je crois bien, doit le haïr dans une mesure comparable). Jouanna éditeur d’Hippocrate est de ces philologues à l’orgueil si chatouilleux, à l’intellect si vain, qu’il lui faut, pour chaque menue normalisation, pour chaque lettre ajoutée au texte grec (et dieu sait s’il aime à intervenir sur le dialecte des médecins grecs !), signer ladite modification dans l’apparat critique d’un « scripsi » (= j’ai écrit ; le decorum impose une certaine modestie, avec « scripsi » réservé aux seules interventions touchant le sens, les rectifications systématiques de vétilles orthographiques ou dialectales étant soit listées globalement en fin de préface, soit indiquées une fois dans l’apparat et signées d’un « ut semper », = comme toujours, qui permet de les omettre ensuite). Jouanna travaille énormément, il n’est pas fat ni ridicule comme Pierre Grimal vieillissant qui aimait à s’asseoir dans un couloir de la Sorbonne pour médire, souvent cruellement, sur le compte de chacun des collègues venant à passer, histoire d’impressionner le jeune disciple ou la jolie agrégative à ses côtés, et sous la houlette de Jouanna la C.U.F. grecque n’a jamais publié autant de volumes aussi médités et érudits, mais de là à mériter son fauteuil d’académicien… Le cas inverse le plus emblématique de celui de Vian est la survalorisation extraordinaire faite de René Durand (1864-1962), qui fut professeur de latin à la Sorbonne et présida longtemps le jury d’agrégation, pendant quarante années de Budés à la louve. « Latiniste incomparable » : l’expression revient le plus souvent sous la plume de ses collègues junior, qui tous étaient passés sous ses fourches caudines ; le compliment perd nettement de sa superbe lorsqu’on considère la valeur philologique des savants qui l’énoncent (remarquer que ni les disciples de Louis Havet, le rénovateur de la Textkritik des textes classiques chez nous, ni les grands latinistes anglais ou allemands, qui polémiquaient contre tous et tout, n’eurent la moindre part dans ce concert) et quand on soupèse l’oeuvre scientifique de Durand (inexistante, hormis le texte critique de l’Enéide publié en face de la traduction infidèle et bien peu poétique de Bellessort, par un choix personnel dont un esprit peu charitable ferait au moins autant le signe d’une inaptitude à la critique textuelle et à l’exégèse technique).

      • Cher NeoBirt7,
        Sans agressivité aucune : vous tendez le bâton pour vous faire battre : ce que vous écrivez est long, ardu, pénible à lire, chargé d’un vocabulaire volontairement obscurantiste et relate des faits eux-même très obscurs et très éloignés du sujet qui concerne La Pléiade. Il est vrai que votre message n’est pas agressif, donc on progresse, mais, s’il vous plaît, pourriez-vous écrire clairement et rester dans le sujet ? Il doit bien exister d’autres sites pour ce que vous aimez écrire… En tant que lecteur assidu et occasionnel contributeur de cet excellent blog, je viens ici pour lire des échanges à propos de La Pléiade. Ce que j’en dis n’est qu’un avis tout personnel ; je ne suis pas le modérateur de ce site. Merci par avance à vous, encore une fois sans volonté de blesser ou d’agresser. 🙂

        • Cher Lombard, faites comme moi ; quand un texte est trop ardu pour moi, je fais la part des choses : je tire profit de ce que je comprends, quant à ce qui m’est obscur, faute de connaissances suffisantes pour le décrypter, je le savoure comme de la poésie hermétique… Le mystère a ses charmes…

          (Ha Ha ! Je vous jure que je ne veux pas vous agresser le moins du monde en disant cela, plutôt mettre un peu de distance et d’humour pour désarmer nos justes indignations – toujours justes les indignations, comme aurait pu dire Flaubert… Et veuillez croire que ce « sage conseil » s’adresse tout autant à moi-même qu’à vous…)

          Fraternellement (rien de FM dans ce terme).

          • D’un certain point de vue, je vous comprends : moi aussi je suis pour une bonne part, un « lecteur ordinaire » ; en fait, j’ai un pied dans votre camps, un pied dans « l’autre camp », position inconfortable.

      • Cher Neo-Birt7,
        Vous démolissez de manière fort amusante, mais néanmoins : Je reste avec l’idée que la biographie de Sophocle par Jouanna est un modèle du genre ; ce que j’aimerais trouver pour d’autres auteurs. Pouvez-vous me dire en quoi j’ai tort ? (Avec mes excuses pour le hors sujet ; J’essaie de faire au plus court.)

        • Draak, je vais me faire donner sur les doigts par le divin Lombart, qui se sait (ou se croit) investi des pouvoirs brumesques de censure au sens latin du terme, si je vous réponds tant soit peu longuement. Les 906 pages de Jouanna représentent une déception dans la mesure où rarement a-t-on vu monographie aussi massive (hors éditions commentées, c’est là le plus gros livre jamais écrit sur un Tragique grec, quasiment le double de l' »Euripides Restitutus » du grand philologue Hartung) innover aussi peu et s’enfler de vent compilatoire. Songez que l’Homère de la même collection chez Fayard, par l’excellent Pierre Briant, occupe moins du tiers de ce Sophocle ! Le membre de l’Institut en a clairement imposé à son éditeur, et ce dernier n’a pas osé lui mesurer la place. Or, comme on le dit souvent des travaux universitaires complaisants, « Papier ist geduldig » ; l’ouvrage proprement dit s’arrête à la p. 536, tout le reste (pp. 537-876) étant occupé par des appendices (au nombre lesquels on se passerait bien volontiers des résumés détaillés de chaque tragédie sophocléenne, préservée ou non), par l’annotation et la bibliographie dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne s’imposaient pas à un tel degré de profusion dans un travail tous publics. Jouanna ratisse très large parmi la bibliographie spécialisée, a gorgé son compendium de tous les bonus possibles et imaginables, multiplie les notes sur un très large éventail de sujets jusqu’aux plus techniques, il a un avis sur tout, mais une certaine tendance à tout placer sur le même plan, accessoire ou essentiel, « sent » son compilateur et une admiration trop ardente pour le poète grec rend Jouanna quelque peu dogmatique, en sus d’un certain nombre d’options exégétiques à mon avis trop hasardeuses pour les imposer dans un ouvrage de ce caractère (par exemple, contrairement au consensus forgé par quarante ans de recherches sur le caractère presque entièrement controuvé et fictif des biographies antiques de poètes, réaffirmé en dernier lieu par Maarit Kivilo [« Early Greek Poets’ Lives. The Shaping of the Tradition », Leyde / Boston 2010], toute la partie consacrée à la trajectoire individuelle de Sophocle fait montre d’une large crédulité envers les anecdotes transmises par la tradition biographique ; Jouanna perpétue de la sorte l’image d’Epinal du bourgeois athénien baignant dans une grandeur olympienne sur la scène comme dans sa vie privée — or rien ne prouve que ces données, en les supposant véridiques, éclairent tant soit peu l’oeuvre tragique de notre homme).

          • Je reste avec l’idée que cette « compilation » est formidable et que d’autres rédacteurs de biographies, qui trop souvent font du style sur du vide, feraient bien de s’en inspirer. Effectivement, c’est un petit pavé, mais Sophocle est vu de haut en bas, de droite à gauche, en diagonale, en tranche, avant que d’être retourné comme un gant pour un examen de détail. On termine la lecture en ayant l’impression de connaître le bonhomme, ce qui, ça tombe bien, était le but. Figurez-vous que, n’ayant pas pris de notes à ma première lecture, je songe à rempiler. D’ailleurs, quelle biographie accessible au grand public serait meilleure ?

          • Neo-Birt7, voulez-vous parler plutôt de l’Homère de Pierre Cartier chez Fayard (vous avez écrit « Pierre Briant ») ? Est-ce bien celui-ci que vous recommandez ?
            Et même question que Draak: quelle alternative pour une biographie de Sophocle (ou des Tragiques grecs dans leur ensemble) ?
            Merci

          • Bien entendu, il s’agissait de l’Homère du regretté P. Carlier, auteur d’une splendide enquête sur la royauté mycénienne et archaïque ainsi que traducteur distingué. Je ne prétends pas que le Sophocle de Jouanna soit mauvais, je dis qu’il manifeste trop d’intempérance, de celle que le grand Richard Bentley flétrissait chez Warburton en remarquant « he appears to have a great appetite for learning, but no digestion », et que le traditionalisme de son approche (exégétique, historique, linguistique) en fait un outil peu tranchant. Je recommande plutôt le balisage de la science opéré dans le « Companion to Sophocles » coordonné par Kirk Ormand, Chichester 2012.

          • NéoBirt7, je vous remercie une fois de plus pour ce :« Papier ist geduldig » (après le « schadenfreude » de l’autre jour)
            Je suis allé chercher sur internet les diverses acceptions de cette expression, et j’ai trouvé fascinante sa plasticité et sa richesse de significations.
            Quel dommage que je n’aie pas fait d’allemand !
            Continuez, je vous en prie, à utiliser « un vocabulaire volontairement obscurantiste », pour ma part, je le trouve singulièrement « éclairant ».

    • Vous commencez à me connaître, cher Restif, et vous savez que j’aime bien la provoc, histoire de… provoquer justement des réactions – souvent passionnantes et d’autant plus passionnantes qu’elles sont passionnées – je n’aime pas trop le ron-ron… Et puis, il faut faire la part de la fantaisie, je n’ai pas envie qu’on discute de la Littérature avec des mines de « Mormons psycho-rigides atteints de paralysie faciale » (ou une sévérité calviniste, puisque j’habite en plein pays calviniste et camisard…).

      Ellroy, oui je suis prêt à reconnaître qu’il a écrit quelques grands livres mais, comme la plupart des écrivains américains – Roth y compris – cela devient ensuite une recette, une production artisanale, voire industrielle… Je pense qu’il ne s’agit pas d’une question de personnes mais d’un système américain, qui n’aime pas trop les Artistes (la France, elle, les aime peut-être trop, jusqu’à en surestimer beaucoup et délivrer des brevets artistiques à n’importe quel talent mineur), le système américain préfère le productivisme à la création… (Ces inventeurs des sinistres écoles et ateliers d’écriture !) En l’occurrence, j’ai détesté la phrase d’Ellroy sur « le saltimbanque Dylan » (et Dieu sait si j’ai, en son temps, expliqué en quoi le Prix Nobel de Littérature accordé à ce dernier me paraissait une erreur), avec ce mépris de caste affiché ! C’est pourquoi je m’en suis pris à lui – réponse du berger à la bergère. Mais je n’en ferais pas un cheval de bataille.

      A part ça, je ne vais pas me défendre encore une fois d’être ennemi des universitaires et de la critique, ce serait ridicule et me mettre en position d’accusé… Je regrette que Z. ait eu une réaction… corporatiste. Quand j’ai contesté certaines de ses position, désolé qu’il l’ai pris comme une attaque contre lui tout entier et son travail (que je ne connais pas) et, pire encore, contre une institution toute entière à laquelle il se serait identifié… J’ai seulement exprimé des désaccords sur certains points, mais surtout revendiqué une légitimité des non-universitaires égale à celle des universitaire, à partir d’une autre expérience, pour parler de la littérature : celle qui se fait, celle qui se lit, celle qui s’analyse et celle qui, parfois, change notre vie. Bref, je reconnais le grand savoir et la valeur des travaux des universitaires – sans aveuglement – et je demande qu’on reconnaisse aussi une autre approche de la littérature, basée sur un savoir bien différent et non inférieur. (J’ai commencé en disant que je ne me défendrai pas et me voilà enlisé dans une interminable plaidoirie et un indigeste bla-bla-bla…à)

      • Par contre, si – hors du champ du débat intellectuel – j’ai, sans l’avoir voulu, blessé un sentiment, une sensibilité, croyez que je le regrette (c’est, encore une fois, l’inconvénient d’un échange entre personnes ne sachant rien les unes des autres). ; j’ai moi-même, en deux ou trois occasions passées, reçu des traits qui m’ont laissé à demi-mourant sur le terrain, sans que ceux qui les avaient décoché ne pussent soupçonner qu’ils visaient mon talon d’Achille.

  20. Douleur! j’ai laissé passé un atroce mastic où telles deux particules s’égarant Zino et Domonkos se retrouvent présent en deux lieux à la fois -sans doute le mythique tachyon. Et je me suis relu! Mea culpa oh que maxima!

  21. J’ai eu le même avec coffret chinois pour 48 euros! Mais pas sur E bay. Ceci dit, c’est vrai que j’y ai vu passer le Valles (t 1 je crois, enfin en général celui qu’on voit à 80E) à 40 euros une fois, 38 une autre fois. Et je me mords les doigts de ne as avoir pris les trois Nerval puour 100 euros port compris.
    Cher Domonkos, je crois que nous sommes majoritairement convaincu ici qu’être passé par -la fac – et j’ai été jusqu’au doctorat – ne donne aucune habilitation spéciale pour parler de littérature, nul posture d’autorité. Enfin bon, sur les traductions connaître la langue est utile. et je ne parle pas de spécialisation aussi poussée que celle de Neo-Birt7 , lequel d’ailleurs parle fort peu pour ainsi dire jamais de la valeur des auteurs. Les études de lettre donnent certains outils pour l’analyse, l’interprétation, elles ne valident pas un jugement. Elles peuvent même rétrécir le regard, la compréhension globalisante si on les laisse cadrer votre lecture. La rapetisser…D’autre part, certains des chercheurs les plus intéressants, comme François Caradec ou J.P Bouyxou dans ses domaines n’ont fait aucunes études. Je ne vous ai pas trouvé la dent si dure que ça, de vrai, certaines expressions zinoviennes n’incitaient pas aux accolades sémantiques. En tous cas ses étudiants ont un passionné pour professeur. Par contre, s’il peut diriger des thèses ou des mémoires (sinon ça viendra) je leur déconseille « beautéS de la prose vernienne ». Sinon, je prépare mon compte en banque à l’arrivée des deux nouveaux Cendrars.Et à part ça, le Journal de Ramuz est réellement un chef d’œuvre. Le rédac’chef des cahiers Ramuz me l’assurait, et bien il disoit vérité.

    • Et pourtant, je persiste à prétendre qu’il y a une écriture vernienne. Têtu comme une mule, je suis.

      Dommage que je ne sois pas assez technicien pour en parler savamment. Je ne manque pas d’arguments, mais je crains que, présentés sous une forme un peu trop triviale, ils ne soient guère pris au sérieux. Et puis, ce blog n’a pas vocation à servir d’amphithéâtre.

      Un simple argument, pourtant – pardonnez-moi, je n’y puis résister – qui me paraît fondamental : quand une écriture sert aussi efficacement les intentions d’un auteur, elle prouve son existence et sa valeur. Quand on compare celle de Verne à celle de ses « collègues » contemporains, appartenant peu ou prou au même « créneau », la différence et la supériorité de Verne sautent aux yeux. Pourquoi, sinon, aurait-il survécu, alors que ses prétendues « prédictions » ou « intuitions » ont toutes été dépassées et le plus souvent démenties, que le globe terrestre n’a plus de secret pour nous ? Il devrait être tout simplement ridicule et n’intéresser plus que quelques rares historiens des Lettres ou des mentalités.

      Ce n’est pas parce que son écriture n’est pas celle, plus ou moins expérimentale ou avant-gardiste, d’un Proust ou d’un Céline, qu’elle ne constitue pas une aventure en elle-même comme chez Lautréamont ou Rimbaud, qu’elle n’existe pas. Mais il est plus difficile de la distinguer et de la définir, car elle avance masquée sous le récit. Et pourtant ! Un autre indice résiderait dans le fait qu’il existe tant de pages de Jules Verne dans lesquelles il ne se passe rien ou bien rien de passionnant, et qu’on lit pourtant avec agrément et qui nous font rêver (ce sont même celles-là qui m’intéressent, au déclin de mon âge, et non pas les pages d’action et de découverte qui m’intéressaient dans mon enfance).

      Il existe des auteurs de notre enfance qu’on aime relire dans notre âge mûr ou dans notre vieillesse, non pour l’auteur lui-même, mais pour retrouver l’enfant que nous fûmes, à travers le souvenir des sensations que nous avons éprouvées à la première lecture.

      Ce n’est pas – pour moi, en tous cas – le cas de Verne. Je ne lis pas Verne aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’autrefois, j’irais jusqu’à dire que je ne le RELIS pas, mais que je lis un auteur différent de celui que je lisais autrefois.
      Il y a une lecture enfantine de Verne, et une lecture adulte ; Jules Verne n’est pas un auteur pour les enfants.

      C’est pourquoi je recommande l’achat et la lecture du prochain Verne en Pléiade, qui sortira dans quelques jours. D’une part, parce que s’il est vrai que ce n’est pas Dostoïevski ou Tolstoï, s’il est vrai qu’on se fiche bien des mésaventures de Michel Strogoff, cela reste un grand roman, tout comme l’extraordinaire « Voyage Autour du Monde en 80 Jours » (que j’ai relu ces derniers jours), toujours imité, jamais dépassé ! Pourquoi peut-on encore lire ce livre à l’heure des voyages supersoniques et d’internet ? Parce que c’est un voyage dans le Temps et dans la Fantaisie… (Entre autres) D’autre part, parce que, s’il est vrai que cette édition Pléiade est décevante quant à l’ampleur et la pertinence de son appareil critique, elle n’en constitue pas moins une Nouvelle Proposition de lecture de Verne qui ne ressemble à aucune des précédentes et qui le fait entrer, enfin, dans un nouveau monde, celui de la Littérature. (C’est non seulement une justice rendue à celui qui s’est plaint tout au long de sa vie de n’être pas considéré comme un véritable écrivain, mais surtout une justice rendue à l’Oeuvre vernienne.)

      • Bien sûr, tout ce qui précède n’est valable – si ça l’est – que pour les meilleurs livres de Verne (ce qui représente pas mal de volumes) ; dans la masse et sur la durée, ce stakhanoviste a produit pas mal d’ouvrages mineurs, commandés par la nécessité et le contrat léonin qui le liait aux Hetzel.

  22. Acheté aujourd’hui la récente « Anthologie de la poésie chinoise ». Ma première impression est d’un coup de poignard au gousset : à 72,50 euros les 1600 pages, sans blanc entre les auteurs autre que strictement conditionné par les impératifs de la mise en page, Gallimard fait cher payer un dense petit volume qui eût profité d’une composition plus aérée. La préface (pp. IX-XXXVI), les introductions à chacune des grandes subdivisions chronologiques ménagées dans le corpus poétique en langue Han (pp. 3-7, 161-166, 313-317, 519-524, 763-767, 879-881, 979-983, 1099-101), et plus encore les notices introductives à chaque poète (guère davantage que quelques lignes, dans le cas général), courent la poste ; on ne saurait cependant se lamenter d’une entreprise scientifiquement désinvolte, puisque l’annotation demeure quantitativement honorable (pp. 1199-1488) malgré des gloses géographiques, topographiques, historiques, ou des identification de « Realien » souvent très elliptiques, partant : loisibles d’être obscures. J’ai beaucoup goûté le naturel, la liberté d’allures, pour tout dire le style coulant mais simple qui dominent dans les traductions ; le présent aréopage de sinologues renvoie au magasin des artifices les afféteries parfois funambulesques (sans le talent de Banville !) cultivées par l’école de Demiéville quand il s’agissait de faire passer en français la poésie chinoise (tous ces artifices enthousiasmaient fort Etiemble, voir sa préface à « Au bord de l’eau », I, pp. XII-XIII, XV-XVIII, mais ils ont déjà vieilli et momifient dans une élégance compassée qui n’est pas moins ridicule que les récentes traductions en alexandrins d’Homère ou de Virgile, des formes littéraires dont la prose française la plus souple peine à fournir un équivalent). Enfin, l’aspect esthétique n’a pas été totalement négligé ; de belles calligraphies en frontispice rythment les principales périodes divisant cette Pléiade.

    • Pour le prix, on est hélas dans les normes actuelles de la Pléiade, il fut un temps où, pour ce prix-là on aurait eu 400 pp. de plus. Pour l’aération, c’est un « reproche » que je fais, peu ou prou, à tous les volumes de poésie Pléiade ou peu s’en faut. Je rêve d’une autre pagination, mais c’est un rêve hors de prix.
      Pour le reste, je suis plutôt d’accord avec vous. Cela me coûte de le reconnaître, car c’est par cette « école de Demiéville » que j’ai constitué l’essentiel de ma culture en poésie chinoise, dans mes jeunes années. Pour autant je ne jetterai pas mes vieilles éditions de cette époque. D’une part, parce qu’elles sont une marque de leur temps, qu’elles ont ouvert bien des portes (avant elles, on avait des transpositions de poèmes chinois qui n’avaient rien, mais vraiment rien à voir avec les originaux, neuf fois sur dix), bref qu’elles furent la première vraie tentative sérieuse d’introduction de la poésie chinoise sous nos cieux. D’autre part, parce qu’il me semble qu’en ce domaine aucune version ne pourra jamais prétendre représenter à elle seule cette poésie si éloignée de nous par ses formes et ses références, peut-être même totalement intraduisible (j’ai retenu de mon trop bref passage à Langues O juste assez de chinois pour m’en rendre compte, pas assez hélas pour goûter vraiment la VO).
      Alors, je garde tout, même les plus ridicules tentatives (enfin, non, tout de même, il en existe de vraiment « pas possibles »), à me disant qu’à force de butiner de fleur en fleur, j’en tirerai bien quelque miel.

      • Plus j’y pense et plus je me dis que, vraiment, avant cette période, on était dans la préhistoire, ce qui me conduit à pardonner plus volontiers les balbutiements de ces débuts de la période historique…

        • Demonkos, la traduction en vers français est un exercice difficile même pour une langue indo-européenne comme le grec, et je ne trouve pas, pour l’avoir longuement pratiquée à mes heures perdues, qu’elle vaille la peine qu’elle coûte. Soit Pindare, Olympiques, II 61-65 :

          ἴσαις δὲ νύκτεσσιν αἰεί,
          ἴσαις δ᾽ ἐν ἁμέραις ἅλιον ἔχοντες, ἀπονέστερον
          ἐσλοὶ δέκονται βίοτον, οὐ χθόνα ταράσσοντες ἐν χερὸς ἀκμᾶι
          οὐδὲ πόντιον ὕδωρ
          κεινὰν παρὰ δίαιταν.

          Jean-Paul Savignac (ed. La Différence, Paris 1990, p. 59) propose le décalque que voici, qui tente de respecter chaque vers et membre de vers (ce qu’on appelle en métrique un côlon) au prix d’un certain galimatias :

          « En des nuits égales toujours,
          des jours égaux ayant le soleil, les preux
          reçoivent non peinante vie, le sol
          ne troublant à force de main
          ni l’eau pontique
          pour une vaine subsistance »

          La vieille édition Budé d’Aimé Puech (2eme édition, 1930, p. 46), offre pour sa part une prose de bon artisan, un tantinet trop analytique :

          « Eclairés par un soleil qui fait leurs nuits toujours égales, toujours égaux leurs jours, les bons reçoivent en partage une vie moins pénible que la nôtre ; ils n’ont pas besoin d’employer la force de leurs bras à tourmenter la terre ni l’onde marine, pour soutenir leur pauvre vie ».

          Voici enfin ce que je peux proposer, avec une polymétrie qui s’efforce de rendre quelque chose du rythme très animé des vers grecs :

          « durant les nuits toujours égales,
          les jours toujours égaux que leur fait le soleil,
          les bons sont exempts de nos peines ;
          ils ne tracassent point, de leur bras fort, la terre
          ou l’eau des mers, au long d’une vie de misère. »

          Le vers français, trop régulier avec son nombre de pieds fixe et sa coupe immuable même si l’on s’affranchit de la rime, ne convient bien pour aucune forme poétique étrangère, a fortiori pour la versification quantitative des Grecs, des Romains et des Indiens. Quand il s’agit de rendre de la poésie idéogrammatique, comme celles des Sumériens ou des Chinois, dont les arcanes ne se prêtent quasiment pas à autre chose que la restitution philologique d’une certaine idée du sémantisme des mots en sus de la brutalité d’équivalents des structures syntactiques originales qui ne soient pas intolérables dans la langue de la traduction, il va de soi que la versification française ne peut que sonner faux et emprisonner l’étude du sens dans un lit de Procuste.

          • Je ne saurais, sur ce point, sans malhonnêteté intellectuelle, vous contredire. (Tant pis, ce sera pour une autre occasion.)

            Je sais que les poètes grecs anciens sont au moins aussi loin de nous que les Chinois classiques (parfois même plus, peut-être, si on pense que ces Chinois, s’ils sont plus éloignés dans l’espace le sont moins dans le temps, et de part leur appartenance à une caste lettrée, de tradition écrite, dont les oeuvres avaient une certaine diffusion par le support du livre). Pour peu qu’on boive la lune par une nuit froide et qu’on contemple la lumière du vin dans le verre, on doit pouvoir plus ou moins communiquer avec eux…

          • Votre proposition me paraît élégante et m’agrée.

            En ce qui concerne le chinois, il n’est pas de traduction satisfaisante ou du moins suffisante en elle-même.
            Cependant, quelque soient les tentatives actuelles, aucune ne s’éloigne autant du souhaitable que les transpositions qui ont fleuri avant « l’ère moderne » (ce dernier demi-siècle) et qui continuent de fleurir ici ou là dans des éditions populaires : celles-ci n’ont vraiment rien à voir avec des poèmes chinois ; ce sont des poèmes français disons, pour être gentil, « d’inspiration chinoise » ou, pour être moins complaisant « à la chinoise ».

            Par contre, je me souviens d’une édition (mais je n’ai pas la référence sous la main) qui proposait une reproduction de l’original, suivi d’un mot à mot, suivi d’une proposition de traduction, accompagnée de notes explicatives…
            C’est le minimum pour se faire une idée de la chose…
            En fait, il est impossible de goûter la poésie chinoise (sauf à la trahir complètement) sans bien connaître le référentiel, le fond culturel et historique.
            Impossible d’imposer une leçon au lecteur occidental. Il faut lui apporter les éléments, lui donner les moyens qui lui permettront de faire lui-même le chemin vers cette poésie. (Il s’égarera en route, sans doute – comme je le fais sûrement moi-même – mais au moins il aura cheminé.)

            Je ne connais rien aux idéogrammes sumériens et ne saurais rien en dire.

            Pour revenir aux Grecs, simple annecdote, je suis tombé ces derniers jours, chez mon bouquiniste, sur un volume de « bucoliques » (volume II : Théocrite) Paris « Les Belles Lettres » 1953, « collection Universités de France sous le patronnage de l’Association Guillaume Budé », Texte établi et traduit par Ph.-E. Legrand… J’ignore si j’ai bien employé les 3 euros que j’y ai consacrés… Peut-être allez-vous me dire que j’aurais mieux fait de les donner au SDF qui squattait le trottoir à trois pas de la boutique, avec sa meute de chiens.

          • Pardon, il s’agit bien du Tome 1 des « Bucoliques » (Théocrite) et non pas du « volume II » comme indiqué par erreur…

          • Vous êtes fort bien tombé, Démonkos, en faisant main basse sur les « Bucolici graeci » de Philippe-Ernest Legrand. L’un des fort rares hellénistes français avec lequel le prince de la grande philologie classique allemande, le Prussien Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff, son aîné d’une vingtaine d’années, jugea digne de correspondre sans y être contraint pour des raisons tactiques (à la différence des épigraphistes français comme Bernard Haussoulier) avant la première guerre mondiale, Legrand fut le meilleur connaisseur de la poésie alexandrine, devant Auguste Couat, beaucoup plus littéraire, ainsi qu’un admirable éditeur de textes et un délicat écrivain (le style de sa traduction d’Hérodote en Budé n’a pas encore été égalé). Son édition bilingue de Théocrite (vol. I) et des Theocritea, de Bion, de Moschos et des poèmes figurés (vol. II), si elle date beaucoup au plan critique par suite des trouvailles papyrologiques considérables survenues entre les années 30 et 40 et si elle ne repose pas sur une révision des manuscrits médiévaux (Legrand a emprunté leurs variantes aux apparats des éditions antérieures, datant de deux générations environ), conserve beaucoup d’intérêt par sa version franche et honnête du grec souvent difficile de ces poèmes. Le français en est souvent vif et enjoué, toujours limpide, avec certains passages à caractère lyrique rendus dans des vers blancs passables ; le commentaire, relativement abondant (chaque Idylle est précédé d’une notice assez développée), a vieilli au prorata de l’évolution des moeurs, s’agissant d’une poésie homoérotique parfois épicée qu’un respectable universitaire de cette époque ne pouvait traiter qu’avec des pincettes et commenter au nom d’une critique de goût fort étroite (pouvait-on ne pas froncer les sourcils lorsque Théocrite s’étend sur les concours de baisers d’hardis adolescents ou dépeint un chevrier et un bouvier se lançant à la figure qu’ils se fourgonnaient l’un l’autre naguère, pour parler comme Rabelais). Bref, il s’agit de deux volumes fort honorables, dépassés certes, voire obsolètes, pour le spécialiste, mais qui n’ont jamais fait honte à la collection Budé, contrairement à l’Hérondas contemporain (son texte, constitué par un très médiocre Briton, ne vaut rien — pâle resucée de celui de l’édition commentée anglaise par le même, qui fut sabrée par d’excellents juges — tandis que la notice introductive comme la traduction souffrent de n’avoir pas été signées d’un vrai connaisseur de la poésie alexandrine).

          • Merci pour vos commentaires éclairants sur ce Théocratie. J’avoue que je me suis aussitôt long dans ce volume et que j’y ai trouvé ce que peut espérer trouver un simple honnête amateur comme moi (qui serait peut-être d’emblée plus rebuté par une version plus abrupte ou plus savante mais qui n’en a pas moins, mis en appétit, le désir d’aller voir plus loin) : une version plutôt « classique » et non intimidante, mais qui a suffit à éveiller mon intérêt (et bien plus que ça) pour un auteur et un genre que je dédaignais quelque peu, vu de très loin, à partir de mon ignorance ou d’une réputation de seconde ou troisième main. Il est vrai que j’aimerais également connaître ce Théocratie plus « épicé » que vous évoquez.

            Par ailleurs, saisi de doute, je me suis immergé dans « l’anthologie de la poésie chinoise classique » sous la direction de Demiéville, en « Connaissance de l’Orient » et je n’y ai pas trouvé d’omniprésence de ces « afféteries parfois funambulesques (sans le talent de Danville !) » (tout juste parfois sous la forme d’écume) que vous dénoncez. Quand on pense d’où on venait alors, en ce qui concerne la traduction de la poésie chinois !
            Mais peut-être faisiez-vous allusion à d’autres ouvrages plus spécifiques où ces défauts seraient plus systématiques ?
            (J’ai bien un ou deux exemples en tête, mais ne veux trop m’étendre car, une fois de plus, m’égare loin de la Pléiade : pour parer aux reproches que ne manqueront pas de nous faire les Gardiens du Temple, je rappelle que nous sommes partis de l’Anthologie de la Poésie Chinoise en Pléiade et ne l’avons pas perdue de vue !)

          • Idylle V, 41 début : ἁνίκ’ ἐπύγιζόν τυ, τὺ δ’ ἄλγεες / anik’ epugidzon tu, tu d’algees, « lorsque je te prenais le c.., et que tu gémissais ». On a ici le fameux verbe πυγίζειν / pugidzein, composé sur la base nominale πυγή / pugê (en fonction du contexte immédiat : « derrière, fesses, anus »), qui longtemps fit le désespoir des hellénistes prudes avec son compère le substantif καταπυγών / katapugôn (le « infâme débauché » de la IIIe République, le « inverti » des années 30 jusqu’aux années 90, en réalité « enc… » dans sa pleine force mais aussi au moral, i.e. « efféminé, tante ») ; πυγίζειν ne doit surtout pas passer au langage moderne en tant que « fuck » ou « baiser » dans la mesure où il s’agit d’un verbe genré prédiqué uniquement et spécifiquement du partenaire passif dans la relation homosexuelle ou pédérastique (c’est aussi le cas de καταπυγών, encore que l’on possède un texte où ce nom a une désinence féminine et peut désigner une femme traitée comme un homosexuel « récepteur » ; les Américains sont mieux équipés que nous, car ils peuvent recourir au jargon du baseball : « to catch » / « a catcher » et « to pitch » / « a pitcher » font partie du ‘slang’ gay contemporain en variation libre avec « top » et « bottom »). Legrand était moderne pour son époque, lui qui traduit « quand je te pénétrais, et que toi tu geignais » —
            comparer le vague « when I did that to you that made you cry for pain » de R. C. Trevelyan [1947], ou, pire encore, la version latine des v. 41-42 par laquelle Andrew Gow, dans sa monumentale édition critique et commentée de Théocrite [1950], avait cru devoir interrompre le fil de sa version anglaise juxtapaginale. En 1980 encore, le grand connaisseur de la poésie grecque hellénistique et impériale qu’était l’abbé Félix Buffière reprenait telle quelle la traduction Legrand en son « Eros adolescent. La pédérastie dans la Grèce antique » des Belles Lettres, p. 286 (je recommande ce gros ouvrage mal conçu, mal informé, dépassé dès son époque et assez amusant de pudibonderie, mais dont le défaut de technicité fait précisément une nourriture succulente pour le lecteur free of Greek). Demonkos, Théocrite n’est bien sûr épicé que comparativement à Virgile, son imitateur dans les Bucoliques, ou à Callimaque, et par référence aux genres majeurs de la poésie grecque (l’épigramme érotique dans l’Anthologie grecque ira beaucoup plus loin, avec Straton de Sardes en particulier ; de son côté, Héro(n)das, dans ses Mimiambes, n’hésite pas à faire dire à un esclave par sa maîtresse « attendus-tu que le soleil te rentre dans le c.. ? », mais c’est par imitation volontaire de l’iambographe Hipponax d’Ephèse, l’inspiration principale des Iambes de Callimaque, qui combinait, pour le plus grand délice des Alexandrins, une inspiration triviale avec un faire poétique hautement sophistiqué). Mais enfin, Théocrite était impossible à expurger, à la différence de l’Horace des Odes et des Epodes, où seules quelques pièces ou quelques couplets sont osés, considérant le nombre, la diversité thématique et la dispersion dans le corpus Theocriteum des allusions pédérastiques ou homoérotiques ; il n’existait donc pas de petites éditions classiques de Théocrite, et on l’enseignait fort peu aux classes du temps de Legrand. Traduire franchement en français son texte dans une série appelée à une large distribution, sinon commenter explicitement avec la sympathie de l’historien dépassionné ses allusions (homo)sexuelles, demandait une certaine hardiesse en 1925. Il faut en savoir gré à Legrand.

          • Bourré de fautes ! Quelle idée d’envoyer précipitamment sans me relire… Ne serait-ce que cette ineptie de « théocratie » que mon crétin de « correcteur » automatique a cru bon de mettre, à deux reprises, en lieu et place de Théocrite !

          • Croyez bien, cher NeoBirt7 – que je remercie une fois de plus pour ces informations parfaites – que je ne recherche pas plus un Théocrite plus sulfureux qu’il ne l’était, qu’un Théocrite expurgé… Ni un auteur d’aimables bergeries antécédent de l’Astrée, ni un porte drapeau de la Gay Pride. Le plus véritable possible, ce ne serait pas mal.
            Je rebondis sur votre remarque concernant l’établissement du texte pour dire qu’effectivement Legrand reconnaît lui-même, dans son introduction, qu’il n’a pas relu les manuscrits et s’est basé sur les leçons de ses prédécesseurs.

  23.  » Pour peu qu’on boive la lune par une nuit froide et qu’on contemple la lumière du vin dans le verre ». Parfumé d’une symphonie, je goutte la saveur bleue pourpre de cette phrase délicate comme un trait de pinceau glissant sur le papier.

  24. Je viens de terminer le «Le Clézio nouveau» cuvée 2017, très agréable et riche. Meilleur que ces précédents romans j’ai trouvé. Pourquoi JMG s’obstine t-il mordicus à refuser la Pléiade ?! Dommage… on aura un D’Ormesson II pour s’en consoler… chouette… ou pas ?!….

    • Peut-être n’a-t-il pas tort, au fond… C’est une position que je peux comprendre. Etre pléiadisé de son vivant, il me semble que cela ressemble à être enfermé dans un sarcophage…

      • Je suis toujours un peu gêné par ces volumes dans lesquels les oeuvres pensés, écrits et publiés sous forme de volume unique, avec leur logique interne, qui se retrouvent noyés et qui perdent un peu de leur identité.
        C’est pourquoi je préfère en Pléiade les oeuvres qui sont d’incontestables classiques ou peuvent être considérés comme tels, qui ont subi l’épreuve du temps et dont lé réception n’est plus celle des premiers lecteurs qui les ont découvert à parution, sous la forme voulue par l’auteur.
        Ce, d’autant plus si des suppléments, sous formes d’inédits ou de textes rares, et de commentaires, notes et variantes, apportent un éclairage nouveau.
        Au fond, je n’aimerais pas cette « trahison » de mon oeuvre, pléiadisée au moment même où elle se fait. Plus j’y réfléchis, plus j’approuve un Le Clézio et désapprouve ceux qui se précipitent et réclament la pléiadisation avant d’avoir achevé leur oeuvre (sinon leur vie) : ont-ils à ce point des doutes sur la valeur et la survie de leur travail ?

  25. «Un bon auteur est un auteur mort»! C’est vrai cher Domonkos Mais un premier volume nous offrirait ses premiers romans (avec le relevé passionnant de ses repentirs et suppressions), ses premiers articles jamais réédités et même ses premières tentatives romanesques étonnantes. Je vous assure que c’est passionnant. Un jour peut-être…

    • Je ne songeais point à cet aphorisme morbide et, au fond, pas très significatif. Je pensais plus à la vie et à la mort (voire à la renaissance) de l’oeuvre, plutôt que de l’auteur.

      Mais, un peu pour la provoc’, un peu par jeu, un peu sérieusement, on pourrait considérer que le « premier Le Clézio » est bel et bien mort de sa belle mort (le second Le Clézio l’ayant enterré discrètement, presque clandestinement, sans même lui faire l’honneur d’un reniement) et il serait donc, si j’adoptais votre critère, pléiadélisable… Hé, hé…

  26. Oserais-je vous contredire et donner un bon point à la Pléiade? En toute amitié. Je trouve que sur les 18 auteures/auteurs entré(e)s de leur vivant il n’y a eu (peut-être, qui sait avec le temps on peut avoir des surprises!!)) qu’une « erreur ». Êtes-vous d’accord avec moi? Débattons chers amis !

    • Je serais plus négatif que vous, Tigrane, concernant les auteurs canonisés par la Pléiade alors qu’ils respiraient encore. Pour un Montherlant, un Gide, un Claudel ou un Malraux, dont le temps qui met toutes choses à leur vraie valeur n’a pas (trop) diminué la stature, combien de « coups de chapeau » (ou de goupillon !) aux visées mercantiles récompensèrent des célébrités plutôt que des grandes figures littéraires devenues d’incontestables classiques ? Il me semble ainsi que l’on doit faire le départ entre les mondains, dont la réputation a fort baissé aujourd’hui, souvent à juste titre (les deux assommeurs que sont Martin du Gard et Green, mais aussi Sarraute et même Yourcenar), et les fines plumes qui restent bien vivantes (Ionesco, Saint-John Perse, Gracq). Les accessions les plus récentes à la Pléiade me laissent plutôt dubitatif : si un Lévi-Strauss représente un exemple de grand maître des sciences humaines dont la stature éclipse partiellement Mauss, ainsi qu’un passable écrivain, et s’il y a belle lurette que Vargas Llosa aurait dû être sur papier bible de cuir vêtu, un Kundera ou un Jaccottet, par exemple, incarnent des paris fort risqués sur l’avenir. Il faudrait que quelqu’un m’explique leur supériorité par rapport à un Claude Simon, qui n’eut pas cette joie de son vivant. Très faible enchanteur de la langue française, Jaccottet m’a toujours paru un méchant poétaillon que ce soit dans son oeuvre personnelle ou dans ses versions de grandes oeuvres (à force de sobriété, ne réussit-il pas la double et extraordinaire gageure de rendre plats l’Odyssée d’Homère comme Hypérion d’Hölderlin ?).

      • Ce n’était pas vraiment mon sujet, mais, si vous y tenez, NéoBirt7, allons-y pour les bons points et les bonnets d’âne :
        Martin du Gard romancier de l’entre-deux guerres est un romancier de l’entre-deux-guerres, qu’il y reste, comme « penseur » il est pitoyable ; je vous trouve dur avec Green (les romans, bien sûr, ce n’est pas du Bernanos, je ne les relirais que le couteau sous la gorge, mais le Journal a certaines vertus), et surtout avec les Dames : Sarraute pour qui j’avoue certaines faiblesses, Yourcenar itou. Par contre, je salue votre oeuvre de salubrité en remettant les Kundera et les Jacottet – la « légèreté » du premier me semble non feinte, la platitude du second me laisse pantois – à leur place, au fond de la classe, près du radiateur. (mes rares cheveux sentent déjà le vent des boulets qui vont m’être lancés par les fidèles de ces deux derniers Petits Maîtres Français).

        Ce n’était effectivement pas mon sujet, de juger si les auteurs pléiadisés de leur vivant en étaient dignes ou non (comme je l’ai dis plus haut, c’est dans mon esprit plus une interrogation sur le fonds), mais c’est tout de même une question qui se pose. Dans certains cas – et même post mortem, comme le cas Colette – on sombre dans le ridicule.

        Enfin, je ne voudrais point laisser accroire que je passe l’essentiel de mon temps à médire de La Pléiade, comme d’autres de l’Equipe de France de Foot et je réaffirme mon amour pour cette collection, et ne suis pas prêt à quitter cette vieille compagne, même si certains de ses défauts s’accentuent avec l’âge (les miens aussi).

      • Je suis presque sûr que Jacottet est un poète comme les aime not’ Président, qui vient de se ridiculiser une fois de plus en jouant les cultureux à Francfort, répétant après cent autres ce pont à l’âne qu’est la jolie légende du vieux Goethe « redécouvrant » son Faust à travers la traduction d’un jeune Nerval qui ne savait pas quatre mots d’allemand à l’âge de 18 ans et avait fait personnelle adaptation, presque oeuvre originale, plutôt que bonne traduction.

        • Sur ce ce, je retourne à ma lecture d’un vieux Classique : « Pépito », volume II, de l’immortel Bottaro, aux Editions Cornélius.
          Je vous souhaite bonne nuit chère et Honorable Confrérie et à bientôt !

      • @Neo-Birt7: Vous écrivez « le temps qui met toutes choses à leur vraie valeur ». Cette belle expression ne relève-t-elle pas d’un optimisme béat ? J’avoue me reposer moi-même parfois sur cette illusion (en est-elle une ?). Cela me rappelle quelques phrases de Kundera, pour reprendre un auteur pas très en grâce sur ce coin de la toile, qui justement est assez dubitatif à ce sujet (craint-il pour sa propre postérité ? demanderont les mauvaises langues) et préfère se référer à « l’héritage décrié de Cervantes » (titre de l’essai dans les Testaments trahis, de mémoire).
        Son interrogation, que je partage, porte sur la qualité du « filtre du temps »: laisse-t-il passer tous les chefs-d’œuvre ? filtre-t-il tous les navets ?
        Je vois un deuxième problème, qui est que votre phrase suppose l’existence d’une « vraie valeur », question qui m’intéresse beaucoup (en littérature comme dans tout domaine), ou encore, l’existence d’une objectivité.
        J’aimerais croire à cette vertu du temps, comme mon ami Albert Ayler, pour qui « one day, everything will be as it should be », mais on sait comment il finit.

        • Votre référence à Albert Ayler me touche profondément.

          Pour le reste, évidemment « le temps ne fait rien à l’affaire » et n’est pas meilleur juge que l’actualité ; il est fait des mêmes effets de mode, des mêmes préjugés (ou d’autres), des mêmes erreurs ou errements… Aucune garantie de ce côté. Peut-être même qu’avec le recul d’une certaine culture avant tout écrite cela va s’aggravant (pour ma part, je crois que c’est toute la littérature qui est en danger de mort et que dans cent ans il n’y aura plus que deux ou trois paléographes du type NeoBirt7 pour en discuter).
          Et puis, le temps humain n’est qu’un grain de sable, c’est bien connu.

          Enfin, si la part de subjectivité n’est bien sûr jamais absente, je ne crois qu’on puisse dénier l’existence de toute objectivité : par-delà nos divergences sur tel ou tel auteur, je crois qu’il y a une entente générale entre nous – que j’oserais qualifier de « connaisseurs » – sur ce qui constitue la littérature digne de ce nom et sur les auteurs qui en sont le coeur et qui sont incontestables, quitte à nous écharper sur quelques-uns que certains admettent ou non au Walhalla des Lettres ou non, et il y a également un accord sur ce qui n’est vraiment pas de la littérature et ceux qui ne peuvent prétendre lui appartenir (quitte, là encore, à nous disputer sur quelques noms, etc.)

    • Je ne voulais pas vraiment porter un jugement de valeur sur « les auteurs entrés de leur vivant dans la Pléiade », mais plutôt émettre des doutes et des réserves sur le principe d’enfermer une oeuvre vivante, en train de se faire (l’oeuvre, pas l’auteur ! je me fiche de savoir s’il est ou non vivant) dans ce sarcophage/

  27. En effet vous êtes bien dur avec les Pléiadisés de leur vivant. J’aime beaucoup certains romans et l’autobiographie de Green Mais son œuvre entière sombre dans l’oubli… Dommage peut-être. Surprise pour Nathalie Sarraute dont seul Enfance lui survit. Pour Duras, Yourcenar, Gracq tout va très bien ! Je ne crois pas qu’un auteur entré de son vivant dans la Pléiade y soit enterré vivant quand même. D’ailleurs souvent leur œuvre est déjà faite tout de même. Modiano, Quignard et Le Clézio ont refusé. De même qu’ils ont tous les 3 refusés l’Académie française: il ne seront ni changés en fauteuils ni en momies dans son sarcophage! Rien à craindre cher Domonkos… jusqu’à ce qu’ils acceptent les honneurs…?! (PS: Claude Simon a bien préparé son Pléiade mais a refusé sa publication de son vivant : il a bien eu droit à son tombeau de son vivant mais a refusé d’y entrer!)

    • « Claude Simon a bien préparé son Pléiade mais a refusé sa publication de son vivant : il a bien eu droit à son tombeau de son vivant mais a refusé d’y entrer! »
      Joli !

  28. Martin du Gard et Green, Sarraute et Yourcenar assommants.
    Note : le signaler à Gallimard.

    « – Et alors, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu.
    « – Mais bien sûr. »

    • On peut, bien entendu, se dénier le droit à la critique, se contenter de l’admiration béate et indiscriminée sous la houlette du gourou Gallimard dont les goûts littéraires sont par nature supérieurs aux nôtres, et se contenter de parler de la qualité du papier ou du cuir.

      • Bon, où en étais-je, de mon « Pépito » ? Avec tout ça, j’ai perdu le fil (fort subtil, il est vrai). Voyons… Ventempoupe venait d’être contraint de sacrifier son baril de tafia, à sa grande désolation, et pour quel profit ? Se nourrir de champignons aux délétères effets et se faire barboter par de plus malins le trésor qu’il venait de découvrir… Ah la-la la-la, la vie est bien difficile (question : les frustrations de Ventempoupe sont-elles une illustration de celle de Bottaro, indignement exploité et privé des fruits de son travail par des éditeurs esclavagistes et une industrie agro-alimentaire qui lui a volé jusque au nom de son héros pour de vulgaires biscuits qui provoquent l’excès de sucres et de graisse dans les organismes de nos petits enfants ?…)

  29. Marguerite et Natalia assommantes ? Mais Domonkos vous étiez à 2 doigts d’acheter les Pléiades + coffret de l’académicienne !! (si je ne vous avez arrêté à temps ! Ah ah ah !) Je vous assure que Les fruits d’or et Enfance tiennent toujours la route ! J’attends les nouveaux volumes oeuvres de Flaubert en 2018 j’espère ! Nôtre hôte Brumes nous offrira tout bientôt le programme février – mai 2018 en exclusivité très bientôt j’en suis sûr.

    • Horreur ! Que me dites-vous là, mon cher Tigrane ? M’auriez-vous mal lu ou bien me serais-je mal exprimé ? (j’ai la flemme de me relire et j’évite de le faire : nul ne déteste plus ma prose que moi-même)
      Non seulement je révère l’écriture de Mme Sarraute (la mère, bien sûr) et m’en délecte mais vous ne m’avez même pas découragé d’acquérir le bouquet de Marguerite que j’ai dûment fait retenir par mon libraire (désolé de vous décevoir Tigrane, mais je suis de ces mauvais malades qui n’écoutent jamais les conseils de leur médecin, quand même mettraient-ils, ce faisant, leur santé en danger).

      NB : amusant, mon « correcteur » toujours aussi enfumé me propose systématiquement « Migrante » en lieu et place de Tigrane !… (Ne vous offusquez pas si quelque jour un « Migrante » m’échappe…)

  30. Ah ! Ah ! Lévi-Strauss un passable écrivain et Claude Simon un méchant poétaillon. C’eût été dommage de ne pas lire la suite et de se priver d’une franche rigolade.
    Tiens, je viens de terminer la lecture du théâtre d’un autre poétaillon assommeur, Beaumarchais, dans sa superbe première édition à La Pléiade. 🙂

    • Lombard, tout à votre détestation du moindre de mes propos, vous me lisez bien mal. Je raillais la valeur poétique de Jaccottet, non celle de Simon. Vos yeux valent-ils donc votre esprit ?

      Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
      Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
      Vous n’avez que les trois qui forment le mot sot !

  31. Trissotin n’est pas mort.
    Ne croyez pas que ce soit de la détestation : d’une part j’en suis bien incapable, d’autre part ce genre de réaction nécessiterait de vous porter un réel intérêt.
    Je passe au contraire des moments joyeux à vous lire – et certaines réactions me laissent supposer que je ne suis pas le seul. Rien que pour ça, je vous remercie : les occasions de rire sont rares et précieuses. 🙂

    • Je ne vous porte pas davantage d’intérêt, Lombard, au contraire ; je relevais votre incapacité à me gloser correctement, et en tirais quelques conséquences, spéculatives certes, concernant votre consistance intellectuelle. Si vous ne pouvez aller au bout de quelques lignes sans errer à ce point sur les détails, je me dis que vous pensez malgré Minerve. Une personne plus cultivée que vous n’eût, d’ailleurs, pas manqué de m’attaquer pour la dimension robespierriste de mes opinions, en arguant que celui qui se veut un Aristarque ne saurait se comporter comme un procureur révolutionnaire ou un Jean Martianay. Je travaille à me modérer, mais pas pour vous. S’il vous agace que j’émette une opinion, qui n’était pas bien féroce, concernant les pléiadisés de leur vivant, que n’avez-vous pas dédaigné de la lire ?

      J’ai quant à moi étudié Homère et Hölderlin dans l’original ; souffrez que je ne sois pas très impressionné par les qualités de leur traducteur Jaccottet, et que je le traite, pour son oeuvre française, d’écrivaillon et de poétastre. Ma propre idée de Lévi-Strauss découle de recherches étendues en matière d’anthropologie (je trouve l’oeuvre de Victor W. Turner autrement profonde et féconde quand il s’agit d’expliquer des croyances primitives ou très archaïques) et de la constatation inattaquable des dégâts occasionnés par une application intempérante au corpus grec de sa lecture structuraliste des mythes. « Alius sic, alius vere sic », comme disait Saint Benoît.

  32. Ah, Domonkos, je vois que vous connaissez les vrais valeurs. Bottaro était l’idole de Charlie Schlingo, et ça ne me gêne pas de reconnaître que ce dernier m’a fait hurler de rire. Côté classique,J’avoue préférer Harold Foster, sans doute suis-je trop guindé. Quoi que j’ai fait mes délices d’un Carl Barks il y a peu.
    J’apprécie aussi l’autobiographie de Green. Et si ses romans me pèsent, le Journal se laisse encore lire avec grand plaisir. Je n’ai jamais pu lire Duras, l’insipidité prétentieuse de ses textes dégage une odeur de vieille poussière. Par contre, j’ai lu deux fois L’œuvre au noir et j’ai apprécié Les Mémoires d’Hadrien au point de désirer aller voir plus loin un joli jour de pages ouvertes Évidemment, ce n’est pas Boulgakov ou Mann (je relis La montagne magique), mais enfin il y a a du souffle, de l’épaisseur. Jacottet ce n’est pas mon aire de pâturage, mais je lui suis reconnaissant de nlivre interessantous avoir donné l’Homme sans qualité. Hélas, son Odyssée m’ennuie, pas une fulgurance, il pourrait tout aussi bien nous conter la journée d’un salarié du métro du matin à celui du soir vu la verve qu’il y met.
    Je ne suis pas certain que Montherlant résiste si bien au passage du temps. Je le trouve bien petit à côté de Ramuz. Et je vais même me risquer en territoire miné, Je n’ai pas l’impression que Malraux soit parti pour avoir une stature à la Faulkner. Enfin, je préfère un bon Henri Callet. Dans les vivants derniers venus, il y a Roth qui me semble quand même un peu déplacé. Mais le plus déplacé dans les deniers venus des dernières années reste à mon sens un mort : je n’ai toujours pas compris la présence de Foucault. C’est surtout que le style de Foucault ne me semble pas celui d’un grand écrivain. Si on va par la , pourquoi pas un volume Paul Ricoeur ? (que je ne désire pas). Lorsque je lis, par exemple, Les limites de l’interprétation de Eco, ouvrage intéressant d’ailleurs, un poche me suffit.

    Je crois que vous vous trompez Lombard, peu de gens rient des interventions de Neo-Birt7. J’ai lu sur son compte d’assez pesantes et disgracieuses extrapolation psychologiques, et je remarque sans trop m’en étonner que son savoir énerve. Au point de ne plus savoir… le lire? Il est si facile de sauter un com et d’aller lire ailleurs…

    • Je suis du même avis que Restif – et vous avez un indubitable savoir NéoBirt, mais pour certains choses vous allez vite en besogne..
      Montherlant n’a pas grand audience aujourd’hui, ses romans sont à la fois peu lus et peu étudiés, comme son théâtre. Qui va acheter des Folio de Montherlant de nos jours? Peu de monde. Il ne jouit pas du statut de classique qui sauve Malraux, Gide, Claudel, qui, il faut le dire, malgré leurs qualités respectives, ne sont pas non plus en très grande forme en ce moment. Malraux et Gide surnagent, bien que leur réputation est pâle davantage. Simon et Gracq me semblent parmi les « vivants » les moins indiscutables.
      Green c’est autre chose, c’est vrai qu’il n’est plus lu et qu’on parle davantage de son Journal – qui est pourtant assez insipide. Mais il faut lire ses premiers romans qu’on trouve dans le Tome 1 de la Pléiade – Christine, Les Clefs de la Mort, L’Autre Sommeil, Le Voyageur sur la terre. Ce sont des œuvres très intéressants, et assez uniques par leurs charmes – personne d’autre n’a écrit cela, avec une véritable maîtrise romanesque et stylistique. Relisez la préface de Borges à L’Invention de Morel : il y met Le Voyageur sur la Terre à l’égal. Et honnêtement il y a du Nerval et du Maupassant dedans. Le problème c’est qu’on parle beaucoup de Green sans l’avoir vraiment lu. Gracq parlait à son propos de « romantisme de la banalité » – et c’est une partie de son oeuvre, mais l’on oublie ses débuts, où plane l’ombre du fantastique métaphysique. Le bilinguisme de Green le rend très poreux à certaines choses, notamment à ses débuts – qu’on se souvienne aussi qu’il a traduit Dunsany, maître de Lovecraft.
      Je vais encore défendre ici Jaccottet, mais je ne vais pas répéter des arguments déjà usés et pas entendus. On aime, on aime pas : ça ne se discute pas. Mais l’oeuvre de Jaccottet est de premier plan pour la poésie moderne. Certes elle ne brille pas d’un éclat sauvage comme celle de Char ou de Perse – mais parfois Char se caricature et est illisible, comme Perse. Cette tentative de lyrisme dépouillé, cette économie de moyen – comme Guillevic – le rend singulier; Bonnefoy c’est plus flamboyant mais c’est encore autre chose, une poétique différente. Je ne peux discuter les traductions, je ne suis pas linguistique – en français elles sont impeccables en tout cas. Je ne pense pas que tous les linguistiques comme vous désavouent ses travaux sur Holderlin et Musil. De toute façon c’est son oeuvre de poète qui est en Pléiade – la prudence, l’exigence de propos, la justesse, la simplicité. Cela me fait penser à l’obscur Claude Michel Cluny, qui tenait Jaccottet pour un « poète pour almanach » – c’est bien amusant un tel jugement gratuit, quand on voit le peu d’intérêt que présente les efforts poétiques de ce même individu. Qu’on aime pas, certes – et on comprend. Mais méchant écrivaillon, non.

  33. Je vous assure que je ne suis pas seul à rire, mais alors d’un rire franc qui fait plaisir à voir. 😉

    Derrière le langage outrancier ce ce monsieur, il y a une personnalité qu’il ne vaut mieux pas qualifier sous peine d’être méchant, ce que je ne suis pas.
    Vous savez bien que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et que le jargon pédantesque n’est là que pour masquer une grande vacuité et se faire valoir auprès de quelques lecteurs facilement impressionnables. 🙂

    En revanche, j’accepte et comprends vos commentaires, Restif, notamment parce qu’ils sont écrits dans une langue normale qui cherche à être comprise et parce qu’ils sont argumentés et non péremptoires.
    Et c’est pour lire des interventions comme les vôtres et bien d’autres ici que je viens sur ce blog. 🙂

  34. Excusez-moi les amis du blog de Brumes mais pourquoi êtes-vous si durs entre vous et dans vos commentaires ici?! On ne parle que de nos goûts littéraires, des volumes de la Pléiade et des projets à venir. C’est tout. Un mélange d’avis différents enrichissants, rien de plus. Par exemple, j’adore les romans de Duras mais si Restif n’aime qu’une des 2 Marguerite c’est très bien ainsi ! Moi je donne Aline, Samuel Belet et l’amour du monde pour La Rose des sables (la scène dans la Medina notamment) Mais La Grande Peur est un magnifique roman. Soyons plus policés. Échangeons des goûts des passions et des idées.

  35. Oui, vous avez raison Tigrane. Mea culpa. D’autant que je sais que de très fins lecteurs apprécient Duras. La littérature est un royaume où la subjectivité est reine.
    Euphorion, vous m’avez donné envie de lire ces premiers Green dont vous parlez d’une manière qui donne envie d’y voir de près. C’est vrai que j’ai si peu lu son œuvre romanesque que la jugez s’assimile à du puffisme pur et simple.
    Cher Lombard, vous êtes charmant, mais franchement je cr oisqu’il vaut mieux (sauf évidemment si vous en riez si fort) sautez les com’s de Neo-Birt7. Je suppose qu’il écrit un peu comme il ferait un compte-rendu. C’est peut-être parce que j’aime les comptes-rendus que je l’apprécie. On peut certes y voir, éventuellement, une certaine forme de déformation professionnelle (que j’apprécie personnellement). Mais sincèrement, je ne pense vraiment pas qu’il y ait de sa part désir d’impressionner le lecteur. Non (il s’en f…si vous voulez mon avis d’impressionner le lecteur). Passion, désir de prouver , de développer autant que possible dans cet espace (d’où la précision, d’où le fait de rentrer dans le détail -ce sont là mœurs universitaires), oui.
    Là encore, subjectivité des réceptions…
    Suivons pour les débats qui nous rassemble les élégants conseils de Tigrane, que ce soit pour les auteurs ou les intervenants, nous y gagnerons. Une pointe d’ironie parfois, je ne dis pas, mais après tout, n’avons nous pas tous une maîtresse, la littérature, qui nous convie à garder les grandes flambées de passion pour nos féeries intérieures? (pour reprendre le titre du blog de l’excellent Mikael Lugan)

    • Je viens de tomber, dans une brocante, sur ‘La Querelle des Anciens et des Modernes » ouvrage dirigé et présenté par Fumaroli (comme c’était l’heure du remballage, que j’avais déjà acheté des livres au même vendeur une heure avant, je me le suis vu offrir).
      Ben dis donc ! Les coups volaient bas ! Mais que serait l’histoire littéraire sans ces polémiques ? Quand des esprits acérés se frottent ça fait des étincelles et je trouve ça roboratif (il n’y a que le thé que je bois tiède), et puis, tant qu’on a la santé…

      NB : message particulier à « Migrante » (oups ! oui, cette fois je l’ai fait exprès…), je viens de recevoir un message de mon libraire m’avertissant que « mes livres sont arrivés » (Jules ?… Marguerite ?…). Je vous en demande bien pardon, mon cher Tigrane.

    • Vous avez raison, Restif ; tout cela ne vaut pas de perte de temps ou d’énergie. Je pense comprendre pourquoi je ris si fort : c’est un soupçon de révolte contre une certaine attitude (je me garde de juger l’homme) : je pense être un lecteur lambda, enthousiaste et heureusement surpris de trouver ce blog où l’on parle de La Pléiade (où l’on est censé en parler…). Et là, je découvre ces quelques commentaires (heureusement fort rares) qui expliquent pourquoi beaucoup se détournent de la culture en général et de la littérature en particulier : jargon douteux, attitude hautaine, mépris des autres… Je connais par trop ces « Je sais tout » qui, par leur condescendance et leur formules alambiquées pseudo-savantes font tout pour préserver leur appartenance à ce qu’ils pensent être une élite. Je crois au contraire que la culture doit être partagée par tous, doit être rendue accessible à tous. Je crois que la bienveillance, l’écoute, le respect et la pédagogie doivent primer, afin que l’audience de collections comme celle de La Pléiade puisse être la plus large possible.

      Comme le dit sagement Tigrane, revenons à La Pléiade. 🙂

      Je suis actuellement en train de lire le second volume des œuvres de Jules Renard – dont le Journal est l’un de mes Pléiade favoris. Un peu déçu par les Histoires naturelles – sans doute parce que j’en attendais trop ? – je suis ravi par les Bucoliques où je retrouve le style concis du Journal.

      Je vois que l’on évoque Green et Gracq : eux aussi figurent parmi mes auteurs préférés, Green pour les deux premiers volumes consacrés à ses romans, Gracq pour l’ensemble de son œuvre. Un peu comme on relit Tintin, je reprends régulièrement Le Rivage des Syrtes qui me sert d’étalon.

      • Je concède ma défaite devant votre persistance, Lombard, ainsi que votre ignoratio elenchi, malgré la fine psychologie dont a fait montre à mon endroit Restif. Vous, et plus personne ici, n’aura affaire à moi. Restez donc illuminer le fil de vos commentaires de café littéraire.

        • Cher NéoBirt7
          Il me semble que l’intimidation ne vient pas toujours d’où on croit : elle peut se vêtir des atours de « la bienveillance », l’écoute, le respect et la pédagogie » tout ce discours de curé qui cache une véritable volonté de réduire tout le monde à son propre niveau et à ses propres préjugés. Il n’est que de prendre l’exemple de cette « hilarité » que, paraît-il, vous provoquez, pour comprendre qu’elle est injurieuse et n’a rien à voir avec un quelconque esprit de tolérance complaisamment étalé par ailleurs.
          Il est plutôt curieux de prôner en paroles la tolérance, la simplicité des échanges, et de tout faire pour « chasser du Temple » ceux dont la parole nous déplaît, afin de tailler à son aune un petit domaine où seule « la bonne parole » aurait droit de cité.

          Moi je supporte parfaitement le « lecteur lambda » autoproclamé (tout en n’y croyant pas du tout). Même si ce qu’il dit ne m’intéresse pas outre mesure la plupart du temps, j’essaie de comprendre ou bien je passe outre, mais il ne me vient pas à l’idée de l’interdire de parole ; par contre je ne supporterais pas que des voix comme la vôtre ou celle de Restif (qui, en son temps, a aussi été accusé de jargonner et de parler le langage de « l’élite » cette élite qui n’existe que dans le cerveau des frustrés et dont le nom leur sert d’injure).
          Dieu que la cohabitation est difficile, même entre personnes éduquées ! Je regrette toujours le départ d’Ahmed. Les rangs se clairsèment… (Oui, je sais, il s’agit d’un néologisme, j’aurais pu dire « s’éclaircissent » mais cela aurait prêté à confusion.)

          Parfois vous me heurtez, il m’est arrivé de m’opposer sévèrement à vous, mais cela, à mes yeux, fait partie du débat enrichissant et j’éprouve le plus grand respect pour votre parole, même quand je ne saisis pas tout (il est devenu de mode chez les ignorants, lorsqu’ils ne comprennent pas, d’accuser le savoir de l’autre plutôt que leur propre ignorance).
          Mais enfin, si vous êtes « imbuvable » pour quelques-uns, qu’ils ne portent pas cette coupe à leurs lèvres, rien ne les y oblige.
          Je regrette profondément que Zino ait pu croire que je faisais partie de cette cohorte et je regrette son départ (?) ; comme je regretterais encore plus le vôtre. Votre départ ne punirait que ceux qui vous apprécient (même si d’autres auraient, je le regrette pour eux, moins d’occasions de « franche hilarité »).

          Qu’il soit bien compris que je ne demande (de quel droit ?) le départ de personne, que j’aie ou non des affinités avec l’un ou l’autre. Quand une intervention me titille, je réponds, parfois avec une véhémence que je tache de pondérer par l’humour et la distance (voir le rétropédalage lorsque j’ai dépassé les bornes).
          Je devrais parfois me taire (çà m’arrive quand même), mais je suis un incurable bavard et j’ai l’illusion (?) qu’il y a toujours une possibilité d’échange avec tout le monde.

  36. Merci de votre message Restif. Tout cela ne nous empêchera certainement pas de nous faire la guerre… en dentelles. J’aime beaucoup les romans de Green. Il y a selon moi une formidable « trilogie » Léviathan (les Parques sur un chantier !) Adrienne Mesurat (ou comment regarder différemment après lecture un escalier) et Moïra. L’autre, Si j’étais vous et Chaque homme dans sa nuit forment sa seconde trilogie surnaturelle et angoissante. Mais dans les 4 excellents tomes de son autobiographie il révèle son « secret ». Et soudain (à mon avis) son talent a disparu… d’un coup… Delà à l’imaginer lu encore dans 50 ans, je ne sais pas.

  37. Tant que nous nous battons sur les mérites et démérites des deux Marguerites, de Green (voire même de Jacottet et Kundera… ah, là, vraiment on ne peut pas me demander de pousser plus loin la tolérance), il n’y a pas péril en la demeure et nous restons en bonne Compagnie ; si quelque jour, nous en venions à discuter de Lévy, Musso et autres Jean d’O… il y aurait vraiment quelque chose de pourri dans le Royaume Brumesque de Danemark.

  38. Tout à fait d’accord avec vous Domonkos. Vive le Royaume Brumesque ! Cependant je vous trouve injuste ! Quand même !! Non??! Jean D’O Lévy et Musso. J’ai eu grand plaisir à lire La Douane de mer, la Gloire de l’Empire et sa trilogie du Vent du soir. (Delà à le Pléiadiser certes…) Mais votre comparaison est dure. Je sens que je vais devoir charger mes mousquets, armer les canons, et faire la guerre en dentelles (perdue d’avance ?!) pour défendre l’adorable Jean D’O.

    • Oh vous savez, je ne voudrais pas vous faire de peine et je ne doute pas des charmes de Jean d’O, encore moins de son charisme télévisuel, et puis c’est un homme intelligent et cultivé avec qui je prendrais volontiers le thé (à peine tiède, vert, avec une légère amertume), mais il ne s’agit pas de ce que j’entends par Littérature.
      Il se trouve que j’ai plusieurs fois tenté de le lire, je me suis chaque fois rapidement ennuyé et découragé. Ce n’est pas là, pourtant, le critère de mon jugement. Après tout je me suis bien ennuyé en lisant « L’Homme Sans Qualité », et pourtant je ne me permettrais pas de dire que Musil est un piètre écrivain, mon ennui à le lire ne suffit pas à m’en convaincre. Je sais reconnaître, malgré ledit ennui, le véritable travail d’auteur (dans ce cas, l’oeuvre est de Musil, l’ennui vient de moi). Il y a diverses formes d’ennui : à mon avis, le pire en littérature vient du manque d’intérêt, ce ne fut pas le cas pour Musil, ce le fut pour Jean d’O.
      Chez lui, j’ai l’impression d’avoir affaire à un « art d’agrément », comme ces Dames d’autrefois qui touchaient un peu le piano et chantaient quelques airs, pour l’ornement de leur salon et le plaisir (feint ou réel) de leurs invités. Je suis par ailleurs fort content pour ceux qui y trouvent de l’intérêt et du plaisir (cet intérêt et ce plaisir que je trouve ailleurs, d’où vient que je ne me sens pas frustré de ne le point éprouver ici).

      J’ai une ou deux amies – pourtant sensibles et intelligences à d’autres moments – qui aiment également Lévy ; pour leur complaire j’en ai lu un ou deux (tâche facile, cela ne m’a presque rien coûté en peine et en temps) : c’est fait par un homme de métier, pas bête et habile, mais c’est encore plus éloigné de la littérature. Totalement exclu. Dommage qu’au lieu de se contenter du succès populaire (de surcroît très féminin, ce qui doit être un plaisir supplémentaire) et de ses très confortables royalties, il tente de nous faire croire qu’il se prend pour un écrivain, ce qui est insultant pour ceux qui le sont véritablement et pour sa propre intelligence (il ne peut vraiment le croire ou alors je devrais retirer de son portrait le « pas bête » que je lui ai concédé plus haut).

      Je veux bien reconnaître qu’il y a une énorme différence de niveau entre Jean d’O et Lévy ou Musso, cependant la distance qui sépare chacun de ses trois « (h)auteurs » de la véritable littérature n’est pas moins grande pour le premier que pour les deux suivants. Cela peut paraître illogique, peut-être la mécanique quantique pourrait-elle nous expliquer ce paradoxe…

      Je ne jette la pierre ni aux uns ni aux autres, je souhaiterais simplement qu’on appelle autrement le métier qu’ils font. A part ça, je ne crache pas sur le divertissement.

      Enfin, il existe toujours d’autres possibilités : peut-être à chacune de mes tentatives de lire Jean d’O, mon cerveau était-il ailleurs, à supputer quand finiraient ces interminables jours de pluie (lorsque j’habitais dans le pays de Brumes) ou bien quand se terminerait cette abominable sècheresse (quand j’habitais le piémont cévenol) ou encore à se demander si 2+2 font bien 4 (car, lorsque je fais ma comptabilité personnelle, j’aboutis toujours à des chiffres négatifs).

  39. Wah ! Que de commentaires aujourd’hui ! Comme j’arrive après la bataille (entre autres Néo-Birt7/Lombard), je peux sans grand risque donner mon opinion sur le thème du jour : les auteurs pléiadisés de leur vivant.
    Char : j’adore mais on peut se demander s’il ne se parodie pas dans quelques poèmes (rien de grave) ; Claudel immense ; Duras vieille bique sans intérêt ; Foucault : j’avais déjà donné mon avis sur lui lors d’une de mes premières interventions et m’étais fait rembarrer. Je suis ravi de voir que je ne suis pas le seul à penser qu’il n’est pas un grand écrivain ; Gide a perdu beaucoup de son aura depuis sa mort même s’il est au programme de Terminale, je ne suis pas convaincu qu’il gagnera de nouveaux lecteurs. Personnellement, son style m’a toujours laissé indifférent ; Gracq : un maître ; Green : c’est dommage qu’on l’oublie : certains romans comme Moïra, Si j’étais vous, Minuit ou Varouna valent le détour, son esprit anglo-saxon apportait beaucoup à la littérature française ; Ionesco : un grand bonhomme maître de l’Absurde que je place très haut ; Jaccottet : bof, ce n’est pas désagréable mais je préfère de loin Bonnefoy. Peut-être a-t il été pléiadisé par Gallimard pour le récompenser de ses nombreuses collaborations ? . Kundera : assommant ! Style sec et sans âme ; Lévi-Strauss : intéressant mais c’est plutôt un scientifique qu’un vrai écrivain. Restera-t-il ? ; Malraux : ses romans se sont éloignés à mesure que le temps passe, trop liés à l’actualité. Le meilleur est peut-être dans ses essais sur l’art ou ses romans de jeunesse (Lunes en papier ou royaume farfelu) ; Martin du Gard : à oublier ; Montherlant : inégal. Ses pièces en costume et certains de ses essais et pensées méritent d’être conservés. Ils ont du panache ; D’Ormesson : Qui ? ; Roth : romancier à la Woody Allen (idole des bobos), très surfait ; Saint John Perse : magistral dommage qu’il ait fabriqué sa propre Pléiade et empêché l’existence de vraies notes ; Sarraute : bof même Enfance ; Vargas LLosa : pas d’opinion car jamais lu ; Yourcenar : un des meilleurs écrivains de la 2nde moitié du XXe siècle (non je ne pratique pas la grammaire inclusive) et qui méritait amplement l’entrée à l’Académie française.

    • 100% d’accord ! Mince, que se passe-t-il ? Je vais prendre ma température, je couve peut-être quelque chose…
      …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
      (Ah, si pourtant – ouf ! – Sarraute : ça va pas la tête ? Bof vous-même, quoi ! C’est exactement le contraire : pas-bof pour tous ses livres, sauf Enfance, le moins bon (avec ses « essais » Tropismes, L’Ere du Soupçon, bien vieillis et d’intérêt nul.)

      Toutes ces déclarations en médiocrité à l’encontre de ce très grand écrivain commencent à me courir sur le haricot. Mon adolescence s’est nourrie des Fruits d’Or et elle fut de celles qui m’apprirent L’Usage de La Parole… J’ai envie de lui dire : non mais, « Vous les entendez ? »
      Et j’entends venir de loin, d’Entre la Vie et la Mort, sa voix qui répond : « Disent les Imbéciles » ! (C’est pas moi qui le dit, pas mon genre et pas ma pensée non plus, c’est elle, pardonnez-lui, elle en a trop entendu…)
      ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
      Je suis revenu (j’espère que mon double n’a pas raconté trop de bêtises pendant mon absence, j’ai tant de mal à l’éduquer) : bon, la température ça va, normal, 40°, comme d’habitude. Je me suis fait du souci pour rien.

  40. Ayant répondu promptement à la convocation de mon libraire, je me suis rendu en sa tanière et je tiens enfin, en ce Vendredi 13, le nouveau Verne en main.

    Occasion de faire remarquer que, de Jules à Julien, il y a un Lien :

    « Et nul ne me donnera jamais honte de répéter que Les Aventures du Capitaine Hatteras sont un chef-d’oeuvre »
    (Julien Gracq – « Lettrines »)

    • A ce propos relisez l’apparition du volcan dans Hatteras, puis comparez là avec l’apparition culminante du Tängri, autre volcan, dans le Rivage des Syrtes.
      Vous verrez une chose : il réecrit cette même scène, et la page de Gracq qui est une débauche de style sur laquelle on pourrait se méprendre – ce n’est en fait que Gracq qui s’amuse. C’est cela qui est fabuleux chez lui : un très grand style, un critique impartial et parfois sévère, et en même la conscience de la véritable nature de la littérature qui est en autre profondément aussi…ludique, dans tous les sens du terme.

  41. Je lis un peu plus haut que Neo-Birt7, las d’être attaqué si vainement,nous quitterait. Si cela s’avérait, je vous en voudrais Lombard. Mais j’espère encore qu’il a pu voir qu’Euphorion, Domonkos, moi-même et d’autres qui ne se font pas (encore?) connaître savions apprécier tout ce qu’il nous apporte. Je ne pense pas que Draak me contredirait. Déjà, sur un simple plan pragmatique, nous avons bien plus de cartes en mains -passez moi l’expression- pour acheter nos éditions de classiques grecs et latins. Et donc pour nous faire une idée claire des Pléiades touchant ces domaines. S’y ajoute l’impression d’entrer, au moins un peu, dans le secret des dieux de la haute philologie. Je comprends que cela en ennuie certains, mais quant à moi j’apprécie infiniment de voir citer aussi bien un livre de 1926 qu’une thèse de 2007 pour soutenir une opinion. J’adore voir nommer des manuscrits, des hypothèses d’interprétations, et mêmes des écoles d’interprétations (dont j’apprends avec délice l’existence) pour étayer tel ou tel argument. Enfin, il y a quelque chose auquel j’ai toujours été sensible : c’est la générosité de Neo-Birt7. A combien de questions n’-t-il pas répondu! Et ce dans des commentaires d’une précision, d’une méticulosité qui sont un régal, et dont l’abondance s’explique aisément par l’honnêteté intellectuelle, le désir d’approcher autant que faire se peut en un tel lieu une forme d’exhaustivité et par le désir dénué de toute morgue de nous donner les moyens de comprendre les enjeux qui sous-tendent telle ou telle édition. Oui, ce sont des commentaires scientifiques, autant que possible ici, pas l’unique expression d’une subjectivité. Et c’est ce qui les rend si passionnants et les dote d’un si grand prix. Et puis, j’y trouve une forme de poésie qui sourd de la précision même, mais c’est sans doute un autre débat…
    Enfin nous perdrions beaucoup en perdant Neo-Birt7.

    • Vous avez toujours le mot juste : « dans le secret des dieux de la haute philologie »… et tout ce qui s’ensuit, jusqu’à « j’y trouve une forme de poésie qui court de la précision même »…

      Où est-ce qu’on signe la pétition ?

  42. Ah cher Domonkos décidément je ne vous comprends pas toujours ! Bon va pour ce Verne Pléiadisé. Et cher par rapport aux mêmes textes en poche. Grrr. Sans notes éclairantes ni textes rares. Misère.

    • Vous êtes dur, ce sont quand même de fort jolis livres, et malheureusement je ne connais aucune édition de Verne qui soit plus satisfaisante : les Omnibus sont bien sympathiques mais ne cassent pas trois pattes à un canard, les éditions pour enfants ou pour grand public, bof, les vieilles éditions Rencontres… Je conserve tout de même ma demi-douzaine de Folio parce qu’ils restituent le texte vernien (père) dépouillé des arrangements verniens (fils) et sont donc irremplaçables, mais je ne peux me contenter des autres éditions de poche, même bien faites, car sur mes vieux jours le goût du luxe et du confort m’est venu et j’ai banni toutes les éditions de poche de ma bibliothèque (sauf quand c’est inévitable).

      Je ne reprendrai pas mes arguments que je croyais de fond, car je les ai déjà exposés sans convaincre personne, alors pourquoi aurais-je plus de succès cette fois-ci ?
      Moi aussi je voudrais trois ou quatre cents pages de plus, avec un appareil critique plus étoffé et plus sérieux, voire des documents (des lettres en particulier, parce que les textes de fiction de Verne rares ou inédits me semblent plutôt tenir du fantasme, le corpus est tout de même maintenant bien connu).

      Dans votre grande bonté, Tigrane, pardonnez-moi si vous le pouvez, de ma double faute :
      – acheter ces « indignes » volumes
      – encourager d’autres gogos dans mon genre à les acheter également.

      • Et puis, s’il faut vraiment examiner la question d’un point de vue comptable : 59€ qui deviennent par la grâce de mon libraire m’accordant la remise légale de 5%, 56€
        Si je divise par quatre cette somme, j’arrive à une moyenne de 14€… Prix qui ne me semble pas si scandaleux que ça (c’est plutôt le prix des poches de très médiocre qualité, totalement dévalués dès l’achat, supportant très mal l’usage et la durée, qui me semble proprement scandaleux ; j’appartiens à une ancienne génération, d’un temps où les poches valaient le prix d’un poche et ne pétaient pas plus que leur c…).

  43. @Pleiadophile: Ma chère vieille Marguerite moi je vous aime toujours. Je suis le loup. Vous êtes a un piquet. Pendant des siècles on sera des milliers à vous y croquer tout cru

  44. Cher NéoBirt7, « l’heure est grave » et Je me permets d’insister, seul Brumes, notre Grand Ordonnateur, a le droit ici, et la légitimité, pour « faire la police » et exercer la censure nécessaire (je le dis dans le sens le plus positif qui soit, ne voyez aucune ironie dans mon propos). On pourrait également soutenir, avec quelque apparence fondement, que la société qui s’est réunie autour de ce cher Brumes participe également à l’intérêt et la richesse de ce blog et a sa propre légitimité (un peu comme les joueurs d’une équipe construisent le jeu à partir de la vision qu’ils en ont et de leurs moyens, même s’ils doivent, in fine, se soumettre aux décisions de l’arbitre).

    Si je ne dénie aucunement aux autres intervenants le droit de critiquer, même avec la plus grande verdeur, mes propos, les vôtres, ceux de Restif et d’autres, je ne vois aucune raison d’admettre les diktats de certains (surtout quand ils ont pour but de couper les têtes qui dépassent).

    Votre départ, après celui de plusieurs autres, aurait une sonorité rappelant quelque peu celle du glas.

    Sinon, peut-être nous retrouverons-nous un jour dans un autre monde (« meilleur » ?), avec quelques « bienheureux » comme Restif, Ahmed, Draak, Euphorion (pardon, j’en oublie…)
    Il est vrai que nous sommes peut-être « coupables » d’avoir « perverti » ce blog qui aurait pour seule vocation de donner des informations factuelles sur les Pléiade, en le transformant en blog littéraire, j’entends ce reproche et je ne serais pas éloigné de le croire. En ce cas, nous devrions en conclurre que nous nous serions trompés de lieu. Dommage, j’aime tant cette honorable Compagnie.

    • Brumes, je crains qu’une fois de plus vous ne vous retrouviez dans la situation de l’Apprenti Sorcier et que le balai que vous avez initialement mis en branle, soit devenu fou !
      En son nom, je vous présente les plus plates excuses.

  45. Vous m’avez convaincu, je reste.

    Concernant Verne, je suis assez dubitatif devant l’entreprise de sélection de ses romans à la Pléiade. Le choix des oeuvres, chose éminemment discutable, ne peut guère être critiqué dans le cas d’une édition qui se veut une espèce de panthéon (même si je suis choqué de voir pour le moment ignorés « Les cinq cents millions de la Bégum », bref, vif, politiquement incorrect et aux enjeux plus que brûlants dans l’actualité présente, ou le très imaginatif « Hector Servadac », dont les quelques taches liées à son antisémitisme ne sauraient faire oublier la grandiose vision). Le grand reproche encouru par le Verne en Pléiade est bien entendu que volume après volume on n’y trouve rien, ou presque, de plus qu’en poche. Même Simenon, dont la présence sur papier bible tient de l’imposture commerciale, s’est vu offrir des gloses plus abondante et nombreuses. Je ne dis pas qu’il convenait de donner un Verne critique à la façon du Balzac de Castex, dont le relevé de variantes surpasse celui disponible dans les meilleurs éditions séparées (en principe, les volumes des ‘Nouveaux’ Classiques Garnier des années 40-70 : e.g., Béatrix et Les Chouans par Maurice Regard, Eugénie Grandet et Le père Goriot par Castex, Le Lys dans la Vallée par Moïse Le Yaouanc) avec des notices parfois plus détaillées que les introductions de ces éditions séparées et surtout une histoire du texte qu’on y cherche en vain et dont le modèle est constitué par celle de l’édition Garnier de Madame Bovary par Claudine Gothot-Mersch (pp. 359-367), ni un Verne commenté, sur le modèle des Pléiades de Nerval, Baudelaire, Villiers de l’Isle-Adam ou encore Balzac (l’édition Castex représente la première tentative d’annotation extensive, tâche à laquelle avaient renoncé les Classiques Garnier sauf pour partie les volumes nettement plus anciens de Maurice Allem ; sa Cousine Bette comporte ainsi une solide section de notes critiques et explicatives mêlées, pp. 421-496, les premières très brèves, les secondes souvent développées). Un Verne sur ce patron augmenterait les volumes de plusieurs centaines de pages et serait fastidieux compte tenu des us de l’auteur et des façons de procéder propres à Heltzel ; il n’est pas certain du tout que le lectorat visé par Gallimard pour son « digest » des Voyages fantastiques aurait goûté la distillation de l’étude des personnages, des lieux, des situations et des connaissances techniques dont joue le romancier qu’une édition conçue sur ce patron supposerait faite (il ne se serait sans aucun doute même pas rendu compte de toute l’abnégation qu’aurait coûté un tel travail !). Entre donc une entreprise de haute vulgarisation et un simple assemblage de textes vaguement arrimé à un appareil de notules, Gallimard n’a souhaité un juste milieu ni pour Verne ni pour Madame de Staël.

    L’abnégation des éditeurs de textes médiévaux et modernes ne va jamais jusqu’à laisser dans leurs cartons un travail préliminaire considérable ; sans débouché éditorial, nul n’entreprend ce qui a toutes chances de devenir un travail de bénédictin (dont on espère forcément, sinon quelque gloire, au moins un retour professionnel sur investissement), et surtout pas pour une Pléiade nouvelle mode. Les éditions existantes sont donc ou bien strictement paléographiques (publiant avec une annotation technique le Roman de Perceforest, Gilles Roussineau n’a pas écrit pour s’aider dans sa tâche le commentaire linguistique et explicatif qu’une oeuvre aussi dense exigerait, et malgré cette abstention regrettable son entreprise avance très lentement).ou bien bilingues et / ou explicatives (car une traduction bien faite dispense d’un commentaire, auquel elle se substitue pour le lecteur courant). Le reliquat n’a pas droit au titre d’édition ; torchées par un tâcheron quand il s’agit de petites maisons indépendantes ou par quelque universitaire en renom dans le cas de Gallimard, il s’agit de reproductions d’un état textuel donné relevant du maquignonnage et dans lesquelles l’éditeur a mis très peu du sien. Verne, Staël, appartiennent malheureusement à cette catégorie.

    • D’accord avec vous pour Verne, y compris pour les « 500 millions de la Begum » et « Hector Servadac » (je pourrais en ajouter quelques-uns, mais cela n’ajouterait rien à la démonstrattion), ainsi que pour la légèreté de l’appareil critique (là aussi, je ne réclame pas une édition critique de haute volée, qui serait imméritée, mais il y a une grande marge d’amélioration). Je le répète, je ne suis pas pleinement content de cette édition, mais je me contente de cela, faute de mieux. Et mon plaisir d’avoir en main ces volumes est sans mélange.
      Je suppose que cela se vend bien, vu le rythme de parution. J’espère – sans prétendre à l’exhaustivité) quelques autres, sans grand espoir de voir s’améliorer la qualité.

      • Etant entendu – je martèle, je martèle – qu’à mes yeux (outre le plaisir personnel, tactile et esthétique de tenir en main, feuilleter, parcourir, relire ces volumes) le principal – unique ? – mérite de cette édition, est de faire sortir Verne de son ghetto. Car enfin, quoi qu’on puisse penser de ses bâclages stylistiques, du sens commun qui lui sert de philosophie, c’est tout de même un Auteur, un créateur d’une Oeuvre qui a marqué et qui marque, qui a ouvert des domaines nouveaux à l’imaginaire (encore une fois, je compte pour rien son soi-disant talent d’anticipateur) et il mérite de trouver sa place dans la Littérature générale. C’est tout et cela suffit à justifier sa présence en Pléiade.

    • Le cas me semble plus dramatique pour de Staël. Après tout, Verne peut tout de même être lu au premier degré (ou presque), de Staël non. (Disons qu’un lecteur non prévenu peut aborder Verne sans grande difficulté, mais n’a aucune chance de pouvoir accédéer à de Staël sans le secours d’un appareil critique conséquent. Cette réflexion n’étant aucunement une justification d’une édition de Verne a minima.)

  46. Vous excuserez ma verbosité ; je me suis emballé, et comme dit Shakespeare, ai « draweth out the thread of [my] verbosity finer than the staple of [my] argument ».

      • Je crois sincèrement qu’en donnant suffisamment de temps au temps, les vrais grands auteurs émergent, ou surnagent, et les non valeurs finissent par sombrer. Le Moyen-Âge latin égalait quasiment Stace à Virgile et mettait au pinacle des auteurs aussi secondaires que Valère-Maxime ; la Renaissance a justement fait table rase de ces hérésies. Agrippa d’Aubigné, après un purgatoire de trois siècles, a été réinstallé aux côtés de Ronsard, alors que l’insipide Malherbe ou le vigoureux mais superficiel Boileau ne sont plus que l’ombre de grands noms. Balzac, tant méprisé, tellement accusé de cacographie et d’immoralité, brille au pinacle, alors qu’Eugène Sue, les Gouncourt, et même Dumas (surtout connu à travers les adaptations de ses romans au grand ou au petit écran) glissent doucement vers l’oubli. De l’oeuvre considérable de Barbey d’Aurevilly, seule ses créations romanesques lui survivent, à juste titre, et on redécouvre l’anthropologie de Gobineau, dont les Pléiades n’ont jamais cessé d’être goûtées.

        • Ah ! Agrippa d’Aubigné ! Volume épuisé. Aura-t-on un jour l’idée de le rééditer ou -on peut rêver- avoir une nouvelle édition ? Peu de chance, le bonhomme n’est pas très convivial : intolérance religieuse, érudition et sens de l’épique. Tout ce que la France d’aujourd’hui honnit !

  47. L’illustration la plus frappante de ce point de vue est bien entendu Voltaire. De tout ce qu’il chérissait comme ses titres de gloire les plus dignes d’en imposer à la postérité, théâtre, épopée, et réflexion historique, rien ou presque ne lui a survécu, hormis une poignée de très belles tragédies ; en revanche, l’on n’a pas cessé d’admirer sa correspondance, ses contes, ses attaques contre l’arbitraire judiciaire, ses épigrammes, le poème sur le désastre de Lisbonne. « Le superflu, chose très nécessaire » !

    • Néo-Birt7,
      pouvez-vous me dire à quelles tragédies vous pensez ? Je serais curieux de me les procurer. J’ai le Pléiade du théâtre du 18ème où il y en a quelques unes. Merci d’avance.

      • J’ai une certaine tendresse pour « Hérode et Mariamne » (1723), « Brutus » (1730, qui fut fort goûté à l’époque révolutionnaire), « Alzire, ou les Américains » (1736) ; l’absence de ces trois tragédies dans le tome I de Truchet, où l’on trouve en revanche « Narine », toute représentative qu’elle soit de la muse comique de Voltaire à son meilleur niveau, et le mélodrame « Mahomet », constitue selon moi une sérieuse vacillation de jugement. Je peux recommander encore « Sémiramis » (1748), « Oreste » (1750), « L’orphelin de la Chine » (1757), « Tancrède » (1760, drame médiéval brillant et spectaculaire), et « Le triumvirat » (1766), tous drames absents du tome II de Truchet mais qui, mis bout à bout, communiquent une idée passable (à mon sens, et je ne suis pas un dix-huitiémiste de profession) du génie théâtral de Voltaire.

        • Toutes ces œuvres font l’objet de divers volumes des Œuvres complètes de Voltaire en cours d’édition par la Voltaire Foundation d’Oxford. Deux cents volumes à peu près sont prévus pour un achèvement de l’édition en 2019. Tancrède par exemple se trouve dans le volume 49b (http://www.voltaire.ox.ac.uk/book/writings-1758-1760), Alzire dans le volume 14 (http://www.voltaire.ox.ac.uk/book/writings-1734-1735).

          S’ils ne sont pas donnés à une centaine de livres sterling en moyenne, je peux dire pour en avoir eu certains entre les mains, ayant pu les emprunter en bibliothèque, que ce sont des objets superbes, reliés en toile bleue et imprimés sur un très beau papier vergé crème. Quant à l’appareil critique dû à l’armée de chercheurs et spécialistes qui se sont succédé depuis une cinquantaine d’années dans cette entreprise monumentale, il à de quoi satisfaire les lecteurs les plus exigeants.

          Alzire, pour l’anecdote, c’est la pièce qui fit un tel effet sur Rousseau, qu’il évoque dans une lettre à la baronne de Warens du 13 septembre 1737 :

          …Permettez encore, Madame, que je prenne la liberté de vous recommander le soin de votre santé. N’êtes-vous pas ma chère Maman, n’ai-je pas le droit d’y prendre le plus vif intérêt, et n’avez-vous pas besoin qu’on vous excite à tout moment à y donner plus d’attention.
          La mienne fut fort dérangée hier soir au spectacle. On représenta Alzire, mal à la vérité; mais je ne laissai pas d’y être ému, jusqu’à perdre la respiration; mes palpitations augmenterent étonnamment, et je crains de m’en sentir quelque temps. (.…) Cet accident m’a forcé désormais de renoncer au tragique, jusqu’au rétablissement de ma santé…

          • 200 volumes à 100 GPB pièce, ça fait 22400 €, soit le prix de l’intégrale de La Pléiade (625 volumes à 35 € pièce d’occasion).
            Il faut vraiment aimer Voltaire… 🙂

          • Quitte à jeter un pavé dans la mare, les « Oeuvres complètes de Voltaire » ne m’inspirent pas un enthousiasme immodéré, en dehors de la correspondance (en seconde édition) de Besterman, avec son riche commentaire. Il s’agit, en effet, d’éditions critiques conçues pour le spécialiste, à la différence des meilleures Pléiades commentées, et d’ambitions très bornées ; on y trouve des introductions développées (encore qu’elles l’étaient davantage dans les volumes les plus anciens), mais une annotation exégétique réduite à la portion congrue. J’aurais donc tendance à considérer qu’un bon Classique Garnier des années 60 jusqu’à nos jours fait (presque) aussi bien, parfois mieux, pour un prix, et un encombrement, autrement plus compétitifs. Un seul exemple suffira: le grand oeuvre poétique de Voltaire, la Henriade, sortie en édition définitive en 1970 aux soins d’Owen Taylor (en réalité, la réunion revue des trois petits volumes genevois de 1965), comporte quelques 240 pages d’Introduction et un magnifique index pour seulement une quarantaine de pages de « Notes de l’éditeur »; qui plus est, Taylor a réduit les pièces justificatives à la portion congrue, alors même qu’on les trouve très difficilement aujourd’hui. Je ne prétends pas qu’il fallait un commentaire perpétuel à la fois stylistique et historique du type de celui de Garnier et Plattard aux Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, mais tout de même, la plus grande épopée historique en langue française aurait pu bénéficier d’un embryon d’exégèse continue; évidemment, le concours d’un historien de la France des Valois, ou d’un spécialiste du Vert-Galant, eût été indispensable… Une bibliographie à la fois technique et littéraire, de celle qui ouvre chacun des volumes de la « Bibliotheca Scriptorum Graecorum et Romanorum Teubneriana » depuis une bonne cinquantaine d’années, brille également par son absence.
            Le lecteur critique exigeant se satisfera des tomes de la Voltaire Foundation; l’historien littéraire, lui, devra partir presque de zéro pour les exploiter. Il ne s’agit pas ici de piétiner un travail de bénédictin qui m’inspire le plus grand respect ; mais qui est le mieux placé que l’éditeur d’un texte particulier pour connaître de toute la bibliographie de cette oeuvre, la compiler et la mettre sous les yeux de l’utilisateur de son volume, comme pour réunir les matériaux préliminaires à une exégèse dans une annotation moins succincte ou dans un apparat exégétique en bas de pages ?

  48. Ah, ah… L’on veut se moquer de moi ! Je tourne le dos cinq minutes et on me change mon Neo-birt7. Je ne suis pas dupe, méchants. Je comprends toutes les interventions du remplaçant, sans le secours de bons dictionnaires ; et il y manque cette savoureuse hauteur de jugement. La ficelle est bien grosse. Cessez donc vos pitreries et rendez-moi l’ancien. Je ne suis pas si bête que vous croyez.

  49. A propos de textes médiévaux. Je possède quelques poches Lettres gothiques, dont notamment les deux volumes d’assez longs extraits des Chroniques de Froissart par Peter .F. Ainsworth ,et Georges. T. Diller (tome 1) et Peter .F .Ainsworth et Alberto Varvaro (tome 2), le tout édité sous la houlette « chaleureuse » de Michel Zink. Je passe sur la brochette de noms remerciés (William Voekle de la Pierpont Librairy,Mary Mac Debry du Computer Graphics Center [?] et d’autres de l’université de Liverpool que je délaisse injustement) ) . Je suis sans doute bien mal placé pour juger de la valeur scientifique de l’édition, mais en tous cas j’ai vivement apprécié l’introduction (Générale et pour chaque livre) et l’abondance des notes de bas de page qui nous donnent les indispensables éclaircissements. J’avoue avoir totalement oublié les pages 37 à 51 « Lire Jean Froissart, sans doute bien courtes pour un amateur réellement éclairé. Mais cette édition m’a en tous cas permis de rentrer dans ces admirables Chroniques et ce, dans la langue de Froissart, la vraie, prise dans son jus et non pas « mise en français moderne ». Procédé toujours un peu décevant car on passe à côté du style tel qu’il fut pensé, tel qu’il surgit, avec ses jeux sonores et lexicaux. Avec son âme oserais-je dire (de l’introduction du spiritualisme en sémantique.)
    In robore fortuna : je suis content, on devinera pourquoi.

    • @Restif.
      Vous évoquez le Froissart de la célèbre collection Lettres Gothiques, et il me semble judicieux de faire un parallèle entre la Pléiade et ce très bel ensemble de livres de poche qui rassemble une part de notre patrimoine médiéval.
      Sur le plan esthétique, c’est naturellement la Pléiade qui l’emporte : le papier bible vieillit bien mieux que le papier-journal typique des poches, et le cuir doré en couleur a évidemment plus de charme que le carton plus ou moins rigide – c’est entendu.
      Maintenant, au niveau du contenu (établissement du texte, qualité des éditeurs scientifiques, notes, relevé des variantes, etc.), la plupart des volumes de la collection Lettres Gothiques surclassent nettement la Pléiade. Il n’y a qu’à comparer l’appareil critique de « La quête du Saint-Graal » (établi par Fanni Bogdanow) publiée dans les Lettres Gothiques avec l’édition de la même oeuvre dans la Pléiade : c’est l’édition de poche qui l’emporte. En feuilletant le Graal-Lettres-Gothiques pour la première fois j’ai été très impressionné par le travail à la fois minutieux et synthétique de Madame Bogdanow. Aussi n’ai-je pas été surpris de lire un peu plus tard les éloges que Michel Zink a réservés à cette médiéviste dans l’une de ses interventions : « [Les recherches autour de la « Quête du Saint Graal ont] été, pendant plus de cinquante ans, sa quête à elle. Elle en a retiré une connaissance prodigieuse d’une tradition manuscrite particulièrement touffue. Aussi lui ai-je demandé pour la collection Lettres Gothiques une nouvelle édition du roman classique qu’est la « Quête vulgate », dont l’édition procurée en 1923 par Albert Pauphilet était bien vieillie. La tâche n’était pas mince, même pour elle. Le roman est long et conservé par plus de cinquante manuscrits, répartis en deux familles principales. Il est à peine besoin de dire que son édition est d’un soin et d’une qualité exceptionnels. » (Michel Zink, « Livres offerts », dans « Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », volume 152, n°1, 2008, pp 260-262.)
      Même chose pour le Villon publié d’un côté par la Pléiade, et de l’autre par « Lettres Gothiques ». Lorsque j’ai su que le volume de Gallimard allait être proposé à la vente, j’ai immédiatement su que je ne l’achèterais pas, et que je resterais fidèle à l’édition des poésies de Villon que Claude Thiry a conçue pour Lettres Gothiques : l’introduction de 40 pages est bien faite, les notes sont détaillées et éclairantes, et, surtout, cette édition bannit la paresse : il n’y pas de traduction en français moderne (chose rare dans Lettres Gothiques, et encore plus rare dans les volumes violets de la Pléiade), ce qui fait que le lecteur doit se débrouiller seul face au texte médiéval, en prenant appui sur les excellentes notes de langue que Claude Thiry a ménagées aux côtés de chaque poème. Cette petite gymnastique est en fait très facile, et le lecteur peut ainsi lire Villon « en langue originale », si l’on peut dire.
      En fait, tout simplement, la Pléiade ne peut pas rivaliser sérieusement avec Lettres Gothiques : cette dernière collection peut publier des textes médiévaux très brefs (format poche oblige) que la Pléiade s’interdit, et je ne vois aucun volume bâclé dans la collection de poche (modèle de rigueur), alors qu’ils sont assez nombreux dans la collection de Gallimard. En 2012 Armand Strubel (l’éditeur du « Roman de Renart » dans la Pléiade) a donné à Lettres Gothiques une édition superbe de l’étrange et cinglant « Roman de Fauvel ». Ceux qui maîtrisent plus ou moins bien le français du début du XIVe siècle peuvent lire le texte médiéval sans avoir besoin de se reporter à la traduction.
      Lorsque les médiévistes recommandent à leurs étudiants d’université des éditions de textes médiévaux, ils citent en priorité Lettres Gothiques, et, à égalité, les très belles et très élégantes éditions blanc et rouge publiées dans la collection « Honoré-Champion-Classiques-Moyen-Âge ». Grâce à Jean Dufournet et à Claude Lachet, Garnier-Flammarion compte aussi des éditions indispensables. Mais les médiévistes ne citent presque jamais la Pléiade. (Souvenirs d’étudiant en lettres modernes qui année après année a toujours choisi en option la littérature médiévale.) Lettres Gothiques présente enfin un charme supplémentaire : ce sont très souvent des confrères étrangers qui présentent et traduisent les textes de notre Moyen-Âge, qu’ils admirent. Mais je pense que ce côté international de la collection a été voulu dès le départ par M. Zink, le chef de la collection.

  50. Je rentre d’un déjeuner de soleil en compagnie de mon fils et je découvre votre écrit Geo. Il me comble car j’avoue que j’espérais avoir quelque retour sur les pléiades qui éditent des textes médiévaux. Or je les connais mal et n’osais donc pas tâtonner du clavier. Pourtant, ce que j’en ai pu voir en bibliothèque ou dans les librairies qui vous laissent approcher des dives éditions jusqu’à les toucher, ce sans vous envoyer un rayons de la mort(fabrication Tesla), oui ma très mince expérience corrobore ce que vous dites avec plus d’arguments. Dieu sait que j’ai été tenté par les trois tomes du Graal, mais finalement… Mon Villon est également celui des Lettres Gothiques. Et Le roman de la Rose attend -avec quelques autres de même maison- que je me décide au voyage, sagement, patiemment, sur mes étagères. Je compte acheter bientôt le Beowulf. Quad le poche est de cette qualité, il transcende la matériau.

    Domonkos : je m’incline devant l’efficacité de votre rhétorique.
    (pour le plaisir, l’épitaphe à un livre condamné du spleenétique Charles.)

    Lecteur paisible et bucolique,
    Sobre et naïf homme de bien,
    Jette ce livre saturnien,
    Orgiaque et mélancolique.

    Si tu n’as fait ta rhétorique
    Chez Satan, le rusé doyen,
    Jette ! tu n’y comprendrais rien,
    Ou tu me croirais hystérique.

    Mais si, sans se laisser charmer,
    Ton oeil sait plonger dans les gouffres,
    Lis-moi, pour apprendre à m’aimer ;

    Ame curieuse qui souffres
    Et vas cherchant ton paradis,
    Plains-moi !… sinon, je te maudis !

  51. Lu dans la chronique des ventes et des catalogues d’Histoires littéraires (n°11) tenue par Jean-Paul Goujon avec la collaboration de Jean-Louis Debauve et Eric Walbecq :

    …Peut-être le meilleur et le plus surréaliste livre de Char, Artine (1930), proposé sur le catalogue 28 (printemps 2002) de la librairie Michel Bouvier, avec envoi au musicien Robert Caby (2 285 euros). Est-il en effet sacrilège de se demander si, dans ses vingt dernières années, Char ne s’est pas consacré un peu trop souvent à faire du Char? On chuchote aussi que l’idée que son rival Saint-John Perse avait réussi à obtenir à la fois le prix Nobel et son propre Pléiade de son vivant, donna à l’auteur d’Artine une telle jaunisse, que, désespérant de décrocher la timbale suédoise, il exigea d’avoir de la maison Gallimard son volume sur papier bible, ce qui fut fait. Si ce volume ne se recommande pas toujours par la richesse et la précision de l’annotation (il est vrai que le poète avait multiplié à l’excès les copies de ses manuscrits), on doit rendre à Char cette justice qu’il ne s’est pas appliqué comme Perse à retoucher ses lettres pour se donner l’air d’un voyant, prédisant dès 1917 l’avènement infaillible du communisme en Chine !…

    • Quant à René Char, il vaut mieux s’en tenir à son oeuvre – pour l’aimer ou non, l’analyser et la critiquer – et se tenir à distance de l’homme qui était inapprochable pour tout autre que de plats courtisans : son Quarto « Dans l’atelier du Poète » est un modèle de narcissisme indépassable (peut-être par Dali ou Picasso qui en ce domaine auraient rendu des points au Grand Homme, Grand Résistant, Grand Poète, Grand Séducteur, etc. de la Sorgue). A côté de ce prédateur, Saint-John Perse fait figure d’enfant gâté se vantant se ses talents avec une candeur presque émouvante.

      • Il est vrai que, depuis que Hugo a fait du Poète un Mage (et Nerval un être qui tutoie les anges), tous ses descendants l’ont pris au mot et croient appartenir au genre Homo Superior (un peu comme les Xmen…). Presque aucun ne fait exception. Cela constitue l’excuse des Char, Perse et consorts.
        Ce qui ne m’empêche pas de mettre la poésie au premier rang de mes amours.

  52. Ce que vous dites là est inintéressant Domonkos (comme si,souvent). Pour ma part, je ne me suis jamais étonné de l' »amitié » entre Char et Heidegger. Je mets des guillemets parce qu’à mes yeux se posent la question de savoir si on a eu affaire à une réelle amitié où a un moyen d’ autopromotion passant par l’autre, chacun faisant reluire la statue du compère. Le résistant Char blanchissant le nazi Heidegger lequel promeut Char au plus haut comme incarnation du poète de l’Être. J »en profite pour dire que lorsque j ‘écris Heidegger nazi, cela ne signifie en aucunes manières que j’avalise les turpitudes d’Emmnauel Faye et de ses suiveurs, ceux qui voudraient qu’on retire l’œuvre d’Heidegger des étagères de philosophie. Si on se penchait sur le cas de Platon, sa société a trois rangs,1) les rois philosophes (1,5°.de la population mondiale sans doute…) 2) les soldats, mis à part et dressés dès leur plus tendre enfance,3) le peuple qui se tait, la fin des familles, les enfants en commun, la maison à redresser les idées « tordues », l’injonction de tuer ceux qui décidément ne rentrent pas sous la sage houlette des roi philosophes, si on se penche pour de bon sur l’influence de cette philosophie dans/sur l’histoire…. et si on y ajoute ce qu’il pense des non grecs,(ajoutons ses rapports avec le tyran Denys) et bien avec les arguments d’un Faye je dirais qu’on doit retirer Platon des étagères de philosophie. Oh désolante et aberrante stupidité. Platon reste, évidement! Qu’on le veuille ou non, Heidegger a influencé en profondeur les penseurs majeurs du vingtième siècle et sa pensée à des intuitions géniales, fulgurantes. Après, c’est un sale type sur bien des points. De là en faire l’auteur de l’holocauste…
    Bon. On a parfois parlé ici des mauvaises traductions, il en est une qui est scandaleuse, c’est celle de Fédier qui a traduit le second grand livre de Heidegger (disent les spécialistes) .
    Le livre du tournant : « Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) » par « Apports à la philosophie. De l’avenance ». Oui, c’est comme ça que ce spécialiste absolu de Heiddy « traduit » son autre magnum opus après Etre et Temps, . Un lien (il y a des textes plus intéressants mais plus long, en deux parties,sur Acua philo qu’on retrouvera via le net) pour ceux qui aimeraient avoir une idée du désastre et de la manière dont on maintient captive la pensée du philosophe.
    http://www.slate.fr/tribune/84783/la-traduction-assassine-dheidegger
    Car l’Église heideggerienne vaut les anti-hedeggeriens si primaires qui demandent qu’on ne le lise que comme un nazi, ce qui est stupide, tout bonnement. J’ajoute que je ne voulais que mettre en relief l’incroyable cuistrerie d’une traduction, le scandale qu’est en France la traduction de Heidegger -surtout lorsque nous arrivons bon dernier comme avec « L’avenance  » de Fédier qui sort alors que les autres pays ont tous traduits ce livre depuis des années. Je n’entamerais pas ici une discussion sur Heidegger, ce n’est pas le lieu et je n’ai été que trop long

    Sinon, pour me faire un peu pardonner, j’en reviens à la Pléiade. Je viens d’acheter dans cette bonne fnac des Ternes les deux volumes de « La pérégrination vers l’ouest » (imprimé le 16 mars 1991 pour le tome 1 et le 16 mars 2012 pour le II. Étrange appareillage…). C’est un livre savoureux sur lequel je reviendrais peut-être, mais ce qui m’étonne c’est que je ne suis pas persuadé de ce qu’en disait Domonkos, à savoir que ce roman se lit plus aisément que « Le rêve dans le pavillon rouge ». Le rêve ressemble par bien des points à la littérature que l’on connaît, il reprend l’illusion mimétique. Il n’est pas si loin des Buddenbrook. Tandis que La pérégrination ressemble un peu au Rabelais de Pantagruel, derrière des apparences baroques, délirantes, grotesques, des envolées dans les somptueux délires, tout un savoir secret est déversé, et il faut être très ferré en mythologie et toponymie sacrée chinoises pour pouvoir comprendre d’un peu peu près ce qui s’y dit sur la « pérégrination » d’une âme vers la véritable immortalité, son voyage vers/à travers l’alchimie spirituelle. Là les notes sont totalement indispensables.

    • Heidegger… Ce qui aggrave son cas, outre son adhésion au nazisme, c’est le fait qu’il ait ensuite, jusqu’à la fin de sa vie, nié ou minimisé cet engagement. Je suis susceptible de pardonner tous les égarements, je ne pardonne pas la lâcheté de celui qui n’assume pas. Mais, bien sûr, ce serait la plus grande stupidité que de retirer ses livres de nos bibliothèques (d’ailleurs quelques-uns des siens figurent dans la mienne, sans se dissimuler).
      En ce qui concerne la compréhension de la philo, c’est une autre paire de manche. Quand je n’y comprends plus rien (faute d’être armé pour cela) je la prends pour de la poésie, et, en ce sens, Heidegger est pour moi le prince des poètes (!).

    • Le Xi Youji. Bon, j’admets. ça ne se laisse pas décrypter comme ça. Je me suis peut-être laissé entraîner par mon enthousiasme. Par le fait, également, qu’après tout, on peut aussi avoir une lecture premier degré, le lire (presque) comme un roman picaresque, en passant sur tout le fond bouddhiste.

      En ce qui me concerne, j’ai entretenu avec cette matière un étroit et merveilleux compagnonnage tout au long de ma vie (c’est ma seconde « Odyssée »). J’ai commencé par lire chez Payot l’adaptation extrêmement écourtée d’Arthur Waley, « Le Singe Pèlerin » (je devais avoir 15 ans), puis la version plus ambitieuse parue au Seuil et « L’Inde du Bouddha vue par des Pèlerins Chinois sous la Dynastie Tang » chez Calmann-lévy qui présentait le contexte historique à travers les récits de voyage de Xuan Zang et d’autres moines-pèlerins contemporains (je devais avoir la vingtaine). Presque simultanément le roman de Frédérick Tristan « Le Singe Egal du Ciel » (ont je me suis également farci plus tard l’Opéra sur le même sujet, et que je relis en ce moment, car on m’a commandé un travail sur les romans « chinois » de Tristan), et enfin la version intégrale en Pléiade.

      Parallèlement j’avait lu Gernet sur le Bouddhisme en Chine, le « Tripitaka chinois » et quantité d’autres ouvrages sur le bouddhisme et le taoïsme en Chine, édités par l’honorable EFEO des temps héroïques, et même… les allusions poétiques de Mao Zedong au fieffé Singe et les adaptations en bande dessinée de la Chine maoïste (sans parler de l’adaptation en BD de Manara, car décidément à l’époque le Singe « maoïsé » était très à la mode)…

      Autant vous dire, que, lorsqu’est arrivée la Pléiade, j’étais blindé et l’immortel Sun Wukong, son copain le porc magique et son maître Xuan Zang étaient de vieilles connaissances… Alors, je l’avoue, ça m’a paru « facile » (ce qui ne m’a certainement pas empêché de louper pas mal de choses et de commettre un bon nombre de contresens, car, je ne suis tout de même pas un savant Lettré de la dynastie Tang ou Song, même pas un Mandarin du Neuvième Rang Xia (inférieur), le plus indigne).

      Pour ceux qui l’aborderaient sans un certain « bagage » je conseille de le faire tout de même avec une très grande liberté, de prendre ce qui leur plaît et de passer outre les chapitres qui leur passent par-dessus la tête : le lecteur, tout comme le convive dans un restaurant, a le droit de goûter tous les plats et de n’aimer que certains. Il y a suffisamment d’aspects divers (du fantastique au doctrinal, de l’aventure épique au grotesque et à la blague) pour satisfaire tous les palais.

      En tous cas, je considère qu’il est honteux de prétendre au rang d’homme cultivé, sans avoir lu au moins ces romans (et toc !).

      • Bien entendu, la « bande des quatre » qui accompagne le Pèlerin (si pur qu’il en est déshumanisé) représente tous les désirs et toutes les aspirations humaines, depuis la Pureté jusqu’à la fange dans laquelle se vautre le cochon menteur, bâfreur et libidineux (le préféré des lecteurs, en général, celui auquel je ne pouvais manquer de m’identifier) ; avec ceci de remarquable, en ce qui concerne ce dernier, et dans le cadre d’un roman qui se proclame édifiant, que ce parangon de tous les vices est profondément humain et que, s’il est constamment « recadré » par son maître, au nom de la Morale, il n’est jamais condamné ni mis au ban.

  53. Oh mais je dois beaucoup à votre description du roman dans mon désir de l’acheter. Et vous avez raison, il faut rentrer dedans et prendre son plaisir (heu…pas d’interprétation sensualiste. D’ailleurs, ça nous rajouterait au moins un kalpa de temps de purgation terrestre!). Non, c’est jouissif, drôle. Notamment, la manière dont le singe s’adresse aux plus haut personnages du panthéon taoïste et bouddhiste (lors de ses premières montées au « ciel ») est du plus haut comique. De la désacralisation opérée comme un art. L’humour chinois est là et bien là!
    Je ne dirais rien sur Heiddy, sinon qu’à mon avis s’il n’a rien dit c’est qu’il ne se reconnaissait aucune culpabilité, persuadé d’être le plus grand penseur depuis Héraclite et qu’il n’était pas question de répondre de quelques menus événements « historiales » devant la masse arriérée du « on ». Eh oui…
    Si jamais je m’attirais votre haine, je serais tenté de rejoindre Mishima dans sa dernière « œuvre » (celle qu’on a critiqué comme un peu trop gore).
    Ah, Manara, toute une époque! Dans les Égarés, ce très beau roman, de F.Tristan. , son écrivain connaît un très grand succès avec son livre sur le singe chinois. Bonne chance pour votre travail, j’ai depuis longtemps ‘intention de lire d’avantage de Tristan, J’attends que le bon Dieu des bouquinistes me le mette sur mon chemin (surtout que je suis épuisé financièrement et que mon monde du travail tangue. Mais je survivrais, je connais l’adresse d’un bodhisattva généreux (forcément!).

  54. Je ne sais pas si certains ont lu la dernière Lettre, sur le site de La Pléiade : en 2018 sortira une nouvelle édition des « Misérables », établie par Henri Scepi avec la collaboration de Dominique Moncond’huy.
    Je cite : « Nouvelle préface, nouvelle annotation (très nouvelle, même), nouveau texte aussi, car Les Misérables fait partie des œuvres difficiles à éditer et exige une enquête qui n’est pas la moindre des aventures auxquelles s’expose le lecteur de cette montagne faite livre. Une Note sur « la scène et l’image » et un choix d’illustrations montrent comment l’ouvrage s’est imposé dans l’imaginaire collectif. Un dossier, en n, propose des ébauches, des pages écartées par Hugo, la «préface philosophique» de 1860 et plusieurs autres projets de préface »

    Par ailleurs, de nouveau disponible : Dickens : « Nicolas Nickleby – Livres de Noël »

    • Voilà une bonne nouvelle ! (Et aussi, entre parenthèses, la confirmation que Gallimard privilégie les grandes oeuvres « populaires » et les illustrations, comme pour Verne, London, Twain et… plus surprenant et moins justifiable, « Les Liaisons Dangereuses »).

      Allez, je vais me laisser à rêver (le réveil sera rude, je n’en doute pas) : si cela laissait augurer une reprise, à terme, de l’édition des oeuvres de Hugo en Pléiade…

  55. En voilà des nouvelles !
    Pour le Dickens, ce sera une bonne nouvelle pour ceux qui ne l’ont pas et qui auront le budget pour l’acheter neuf. C’est, de toutes façons, un indispensable.
    Pour Hugo, je vois mal la notion de « nouveau texte » ?

    • Je suis en cours de lecture de l’édition actuelle. Les annotations sont en grande partie des signalements de variantes, ce qui est plutôt agaçant, dans la mesure où elles n’apportent rien à la compréhension du texte et en interrompent plutôt la lecture. Cf. discussion tantôt sur le sujet sur ce site Brumesque. J’espère que ce défaut, au moins, sera corrigé.

  56. Bonjour à vous tou.te.s les passionné.e.s,

    J’ai une question. Je n’arrive pas à la formuler assez bien pour que mon moteur de recherche préféré parvienne à y répondre :

    Je cherche l’illustrateur.e (inclusif mais feignant) d’un dessin que j’ai vu étant petit au tout début d’un volume de la pléiade. Je ne me souviens que de l’image. Je tenterai donc de vous la décrire :

    Dessin à l’encre de « tâches » aux bords nets et aux formes arrondies avec parfois un ou deux trou au sein d’une de ces taches. Très épuré. Et, dans mon souvenir, très beau.

    Si quelqu’un sait dans quel volume je peux retrouver ce dessin ou me donner le nom de cet illustrateur.e, je serai infiniment reconnaissant.

    Bonne vie à vous.

  57. Puisqu’on en est aux nouveautés, le troisième et dernier tome de la correspondance de Balzac (1842-1850) – édition de Roger Pierrot et Hervé Yon) est confirmé pour le 26 octobre, avec un prix de lancement de 59,00 €. Il comporte 1424 pages et sort sous le n°627.

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