La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

2 526 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. La couleur du cuir de l’album Perec est proche du noir. Le dernier album que j’ai acquis est Duras en 2014, couleur Havane comme tous les auteurs du XXe. Il y a eu un changement esthétique ?

    • Je n’ai pas encore l’album Perec mais ce changement esthétique date de l’an dernier. J’ai été surpris comme vous, Arbal, en mettant la main sur l’album Shakespeare, de constater qu’il n’était plus havane comme tous les albums depuis le début, mais violet très foncé (en fait, exactement la même nuance par exemple que mon volume de Chrétien de Troyes, donc le violet utilisé pour les auteurs médiévaux). Dans l’album Shakespeare, le papier couleur à l’intérieur est d’un bleu intense, très différent pour le coup du papier gris des volumes médiévaux. Est-ce que l’album Perec, donc, a le même aspect que l’album Shakespeare ? La différence de couleur du cuir se voit peu sur la tranche, étant donné la minceur des albums c’est surtout la dorure qui se voit. Mais le changement est clair.

  2. DraaK Je ne suis qu’un fervent éternel relecteur de Tacite Et ce n’est qu’une blague sur un nom propre. Rien de plus. Présidentiellement votre

  3. Neo-Birt7, j’avoue que j’avais écrit « appareil critique démesuré » un peu par provocation… et ça a marché, puisque j’ai beaucoup appris de votre réponse. Même si un gros appareil critique n’est pas la marque d’un raté, je suis plutôt content que de nouveau, depuis les année 2000, il soit réduit à ce qui est nécessaire à la compréhension de l’œuvre, ses influences, sa réception, sans toute une exégèse sur les versions successives du texte (comme la dernière édition de la Recherche, démesurée).

    Draak, que grâce vous soit rendue, lorsque ce site sera en ligne ! J’imagine que ce sera plus proche d’une wiki que d’un blog ? Tenez-nous informés !

    Lombard, merci pour ces conseils. Je vais peut-être acheter le coffret Cervantes, finalement, après avoir lu du bien des Nouvelles exemplaires, qui sont dans le tome 2. Mais quel horrible accent grave sur le nom de Cervantes, en gros sur le coffret ! Pourquoi ? L’éditeur n’a-t-il donc aucune pitié ?

    PierreLouis: vous avez évidemment raison sur la subjectivité concernant les œuvres, mais je me disais que concernant les éditions, une certaine objectivité pouvait apparaître, il est vrai plus pour les « ratés » que pour les « réussites ». Apparemment, par exemple, le récent Germaine de Staël n’est pas formidable (alors que Germaine de Staël est, elle, un écrivain formidable). En tous les cas, j’ai l’impression que mes attentes de lecteur sont proches des vôtres.

    Et maintenant, les vraies questions ! Pour les ouvrages traduits, il me semble que la qualité de la traduction doit primer sur le reste, et c’est là que les problèmes commencent…

    Le Virgile de la Pléiade a l’air d’être une réussite, et en plus il est bilingue. Mais la traduction récente de l’Enéide par Paul Veyne (Belles Lettres en bilingue ou livre de poche), a été très bien reçue… Des avis ?

    De même, le Hérodote-Thucydide me tente, mais la traduction par Jacqueline de Romilly n’est-elle pas meilleure ? Idem pour l’Iliade (Flacelière versus Mazon, ou même Backès, que j’ai bien aimé, bien qu’il soit bourré d’énormes fautes d’orthographe…). D’ailleurs, ces traductions sont celles mises en avant sur https://www.lesbelleslettres.com/les-budes/histoire

    Quelles librairies à Paris conseillez-vous pour acheter des Pléiade neufs ? Peut-on trouver des Pléiade sous emballage plastique, comme par exemple les livres des Belles Lettres ? Je sais, je suis maniaque, mais ça fait quand même mal au cou de se retrouver avec un coffret à 120 euros abrasé.

    Merci !

  4. Vraiment je trouve que l’édition des Perec en Pléiade exagère un peu. C’est bien dommage que dans les 2 petits volumes des œuvres de Perec on ne trouve pas tous les textes publiés de son vivant. (Certes, j’ai appris qu’il s’agit d’un accord avec Hachette, Pol et Denoël ; ils ont donné les droits de réédition de certains de leurs volumes mais pas pour tous, donc pas de Boutique obscure ni Théâtre I ni Penser/Classer ni 53 jours par exemple. Dommage) Quant à l’appareil critique il est souvent faible ou inexistant… difficile de comprendre que la Disparition ne fasse l’objet d’aucun inédit alors que le dossier à l’Arsenal est assez épais et très intéressant ! Pourquoi rééditer un entretien (déjà connu) tellement caviardé …façon gruyère ! De même pour le Petit Carnet Noir déjà connu ! Ces 2 si petits volumes pouvaient supporter de plus amples textes ou variantes ou versions inédites, je pense. Surtout pour un auteur comme Perec. Dommage. Le pire c’est les erreurs d’impressions qui parsèment les volumes ! «dans une œuvre uniqué» «il mettait en vlace» (sic!) etc… Pas très sérieux pour des Pléiades tout de même…

    • Décidément, ça dégénère. Je vais finir par me rabattre sur les vieilles éditions de ma jeunesse quand les Pléiades étaient à la fois érudites et élégantes. Heureusement que les bouquinistes sont encore là.

    • J’espère qu’aucune coquille n’aura glissé un « e » dans la Disparition. Ce genre de faute (« vlace ») étonne : Difficile à ne pas détecter par le moindre correcteur orthographique (tout comme « excalier », dans le Comte de Monte-Cristo).

    • Franchement, j’en ai de plus en plus marre de la Pléiade !… Je vais de déception en déception. Un de Staël indigne. Un Pérec étique. (Je ne crois pas avoir jamais vu un coffret aussi mince, on aurait même pu en faire un seul bon gros volume, qui nous aurait coûté 30€ de moins…)
      Je ne parle pas des auteurs de plus en plus nombreux qui n’ont rien à faire dans la collection…
      Pour moi, il se confirme que la collection « de prestige » se contente de plus en plus d’un bel habillage et d’une édition a minima pour les véritables amateurs de littérature.
      Je vais de plus en plus souvent « sauter mon tour ». (Et même quand je me sens « obligé » par mes passions d’achter, par exemple les prochains Verne et Cendrars, j’ai l’impression d’être victime d’une sorte de « racket soft »)
      Dégoûté et en colère.

    • Cher Tigrane, vous dites qu’un « accord avec Hachette, Pol et Denoël » nous prive de certains textes de Perec. Je trouve cela surprenant, puisque Madrigall est l’actionnaire principal de P.O.L. et de Denoël, et qu’il me semble, de sa position capitalistique, en droit d’insister quelque peu auprès de ces deux éditeurs pour disposer des textes qui l’intéressent.

  5. Domonkos les 2 volumes des romans de Cendrars seront beaucoup plus intéressants et riches. Avalanche de francs suisse oblige (et permet !) Je suis frappé d’une chose et je ne sais si vous partagerez mon avis. Avec les nouveaux volumes consacrés à des auteurs importants nous ne découvrons plus de nouvelles œuvres. La Pléiade devient un assemblage (certes utile) de textes déjà publiés, connus et même disponibles ! Les Tournier Duras Staël par exemple etc. Sauf erreur la totalité de ses 6 Pleiades est déjà disponible en… Folio !!! J’aimais ce temps où quand on ouvrait un Pléiade notre cher(e) auteur (e) disparu écrivait encore! Le Staël est vraiment étonnant car ses œuvres complètes sont connues et éditées (chez Champion dernièrement) Et il y avait facilement de quoi y piocher des textes rarissimes, très beaux et à faire (re) découvrir, en l’occurrence en rapport avec ses 2 grands romans, je pense. Encore dommage…

    • Il serait vraiment incompréhensible (et même honteux) que ce de Stael demeurât unique ! Je n’ose le croire !

      Pour le Tournier, j’avais dis mon plaisir de disposer de ce joli volume et, me trouvant dans un moment de grande indulgence, je n’avais pas émis de fortes critiques sur l’absence de la seconde moitié de son oeuvre (espoir d’un second volume, un jour, qui sait ?)…

      En ce qui concerne les Jules Verne, je suis partagé. D’un côté, le plaisir de voir rendre justice à cet auteur en le sortant enfin de son ghetto et l’admettant dans le saint des saint de la littérature. D’un autre côté, ce plaisir ne vaut pas satisfecit, tant sur le choix des oeuvres (sélection des romans majeurs, certes, mais affublés d’appendrices étranges sous forme de romans moins incontournables et à qui rien ne les relie), que sur la qualité de l’édition. Quelle belle occasion perdue de sortir enfin une édition Sérieuse de cet auteur !

      Il semblerait que, depuis un certain temps (un trop long temps) je ne rencontre avec la Pléiade que des occasions perdues…

      D’où mon ressentiment et mon inquiétude (qui est, en fait, plus que de l’inquiétude) sur la régression de cette bibliothèque.

      Et enfin, oui, c’est bien à cause des Cendrars à venir que je résiste à mon envie d’introduire une demande de divorce avec cette chère vieille Pléiade (Madame, je ne reconnais presque plus rien des charmes par lesquels vous exerciez sur moi un pouvoir absolu !).

  6. Il paraît cher Brumes qu’ils n’ont pas pu (et voulu) tout publier en Pléiade pour que ses petits volumes et même le folio (53 jours) se vendent encore… Il faudra que je raconte ici cher Brumes l’affaire « Pléiades Yourcenar 2017 » que sans le savoir ni vouloir vous avez déclenchée! (Enfin les ayants droits et ma pomme surtout bien sûr !)

    • Oh oui, Oh oui, cher Tigrane, faites-nous un « 50 Minutes Inside » sur l’Afffaire ! Et du croustillant, SVP, ça nous sortira un peu des omniprésents débats, dit « politiques », dont on nous assomme actuellement. Chic !

    • « pour que ses petits volumes et même le folio se vendent encore… » Quel misérable petit calcul… S’il en est réellement ainsi, on n’est plus dans l’édition de prestige mais dans l’épicerie du style « au bon beurre ».

  7. Oh Domonkos ! Cher Brumes je vous expliquerai tout. Vous n’y êtes (presque?) pour rien. Ne vous inquiétez pas. Je dis tout demain

  8. J’ai su enfin avec mes ami(e)s cher Domonkos de quoi vous parliez avec vos 50 minutes inside! Ohhhh ! notre Brumes lance de plus haut débat ! Il semble ! (Suis pas trop vieux (45) mais je n’ai jamais eu de TV !)

    • Très cher ami… Ce n’est pas tout de vivre parmi ses pléiades, mais il faut également vivre dans ce bas monde, et connaître la tv people et le classement de la Ligue 1 de football professionnel… Sinon, à la prochaine révolution, ce sont nos cous qui seront les premiers coupés !
      (Et ne comptez pas sur moi pour plaider en votre faveur, je vous aurai sans doute précédé sur l’échafaud.)

    • Pas d’enfant ? (J’ai eu droit à un tout-en-un ; La télé était livrée avec les enfants, vers mes 33 ans, le bon âge pour un martyr(e).)

    • Pour vous prouver une fois pour toutes que vous avez tort de bouder la TV ce haut temple de la Culture, je vous informe que j’ai vu et entendu, tout à l’heure, sur une chaîne d’information continue, M. Frédéric Mitterand, ancien Ministre de la Culture (c’est une preuve, ça non ?), parlant d’une ancienne speakerine et rappelant qu’elle fut la première « fiancée » de son illustre oncle François Mitterand, nous apprendre que ledit oncle appelait cette dame, alors très jeune fille de 17 ans, « Béatrice… Comme la Béatrice de… Prétrarque » !

      (J’en fus comme deux ronds de frite, doutant d’avoir bien entendu, doutant de moi, doutant de l’ex-Ministre, bref doutant de tout et me demandant soudain si vraiment Jéhovah avait bel et bien créé le Ciel et la Terre comme le croyait M. Paul Claudel.)

      Bien entendu son interlocuteur, qui n’était autre que cet autre monument de la culture qui se nomme Patrick Poivre d’Arvor, sorti pour l’occasion de son mausolée, tout parfumé des onguents de l’embaumement, ne crut pas bon de détromper le ci-devant Ministre (peut-être, redoublement d’horreur, eût-il fallu pour ce faire qu’il se détrompât lui-même).

      On ne va pas pinailler, dans notre belle France, patrie du libertinage, sur l’attribution d’une maîtresse à l’un ou à l’autre, quand même !

  9. Lorsque vous avez annoncé ici même Brumes le programme des futures publications de l’automne mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai manqué m’évanouir : pour commémorer les 30 ans de la disparition de Yourcenar ils vont rééditer le volume catastrophique des Essais et mémoires ! Incroyable ! Les ayants droits sont alertés de suite. Que peut-on faire? Yvon Girard a expliqué que ce volume s’est très mal vendu (on se demande bien pourquoi en effet !) et une réédition corrigée n’est pas justifiable commercialement… Si l’œuvre de Yourcenar est toujours lue vers 2030, une « vraie » édition de ses œuvres sera sans doute mise en chantier (avant le domaine public)… misère misère… Pauvre Marguerite !

    • Tigrane, pardonnez mon ignorance (moi aussi j’ai des failles, qui ont la taille d’abîmes) – redoublement de confusion pour moi, la question a-atelle déjà été invoquée sur ce blog ? – je vous assure que ma question est parfaitement et humblement innocente : en quoi le volume des essais et mémoires de Yourcenar est-il catastrophique ?

      (La réponse m’intéresse d’autant plus que, sans votre avertissement, je me dirigeais tout droit vers un éventuel achat du coffret, n’ayant ni l’un ni l’autre des volumes Yourcenar en Pléiade.)

      Pendant que j’y suis, question subsidiaire : le volume des oeuvres romanesques est-il également médiocre ?

  10. J’ai dit plus haut que je trouvais aussi l’édition Perec un brin décevante car il y manque pas mal de textes importants, mais il ne faut pas exagérer et ne pas sombrer dans la catastrophisme. Il s’agit d’abord de donner de grands textes sous une belle forme et c’est toujours le cas. Les appareils critiques des Pléiades récent(e)s sont plus ou moins intéressants selon les volumes, mais ils donnent tout de même parfois de précieuses informations. Ce ne sont pas des éditions scientifiques. Et puis on ne peut pas (à juste titre) louer l’édition ancienne de Cervantès qui n’avait presque aucune note ni préface et n’avait rien d’exhaustif et dire, en même temps, que les éditions modernes sont trop maigres en commentaires alors qu’il y a au moins 10 fois plus de notes, même dans les Jules Verne, que dans n’importe quel volume des années 50-60. La Pléiade est d’abord un stock où puiser du plaisir littéraire (prix à la page très avantageux rappelons-le), pas nécessairement un outil de travail ni un idéal destiné en priorité au 1% d’acheteurs qui ont déjà 40 éditions différentes et ont déjà tout lu 18 fois.

    PS Cela dit, parfois il vaudrait d’ailleurs mieux pas de précision du tout quand, dans le volume Lautréamont, on trouve une note disant en substance Léon Bloy, journaliste catholique français… ce qui est un peu léger (je crois qu’il en a été question ici-même)

    • Nul esprit de polémique dans ma réponse, Joaquim Hock, car je pense que sur le fond nous sommes de toute façon très proches et que nous ne sommes séparés que par des nuances (ou plutôt par le manque de nuances de certaines de mes interventions… la passion m’emporte souvent).

      J’ai moi-même en d’autres temps regretté l’obésité universitaire de certains volumes, lorsque l’appareil de notes et les commentaires dépassent en quantité le texte lui-même, et en technicité la capacité de compréhension de mon cerveau « ben ordinal-aire »… Pour certaines oeuvres, fort difficiles – comme les Gnostiques – cela se justifie cependant. Il faut juger au cas par cas.

      A l’inverse, je ne suis pas un fervent des anciennes éditions totalement dépourvues d’appareil critique : d’ailleurs, j’évite en général de les acheter, quand je tombe dessus, chez l’un ou l’autre bouquiniste. C’est ainsi que je ne vois, par exemple, aucun intérêt à acquérir sous cette forme les Dumas ou bien « Guerre et Paix ».

      Néanmoins, je persiste et signe. Trop de volumes récents me déçoivent. Tant mieux s’ils trouvent ailleurs des amateurs, je ne leur jette certes pas la pierre. Bien entendu, il faut rappeler de quel endroit on parle : nous tous, nous attendons plus d’une Pléiade que d’une édition courante. C’est pourquoi nos jugements peuvent paraître trop sévères.

      Alors, oui, je le réaffirme, je constate une multiplication des volumes où l’argument commercial représenté par le joli objet physique, semble l’emporter. Comme dans le cas de Mme de Staël qui « ne parle » plus beaucoup à nos contemporains et aurait nécessité une présentation et des éclaircissements plus importants. Comme le cas de Perec où l’édition d’un coffret ne semble pas se justifier pour d’autres raisons que de « packaging ». Comme pour Verne…

      Je ne suis pas un spécialiste de Jules Verne mais un fervent amateur et – oui, j’avoue ce vice – plutôt connaisseur. Ce cas est emblématique, ne serait-ce, effectivement, parce que nous disposons déjà de mille et une éditions, toutes plus ou moins médiocres, de ses oeuvres. Ce pourquoi j’attendais plus d’une Pléiade qu’un bel emballage et une sorte de cordon de la Légion d’Honneur littéraire…

    • « Il s’agit d’abord de donner de grands textes sous une belle forme et c’est toujours le cas. […] La Pléiade est d’abord un stock où puiser du plaisir littéraire (prix à la page très avantageux rappelons-le), pas nécessairement un outil de travail ni un idéal destiné en priorité au 1% d’acheteurs qui ont déjà 40 éditions différentes et ont déjà tout lu 18 fois. »

      Merci pour ce rappel frappé au coin du bon sens. Pas mieux en ce qui me concerne. 🙂

  11. Je suis sûr Domonkos alors que vous n’avez pas lu ce triste volume plein d’erreurs et de fautes d’impressions. Certaines évidentes à repérer (turtout surtout, progressif progressiste, énivré enivré etc) Mais aussi livres pour lièvres et légal pour légat ou encore extricable pour inextricable etc ! Des dizaines d’erreurs ! Le volume est tres bon car corrigé attentivement par Yourcenar elle-même (Et a connu trois éditons lui!)

    • Si je vous ai bien suivi, au fil de vos messages, le coffret serait destiné à recycler les invendus d’un volume gravement fautif… Voilà qui apporte de l’eau à mon moulin (calculs d’épicier…). Je vous assure que, de toute bonne foi, je suis effaré par un tel comportement.

      Il arrive parfois, ici ou là, qu’on nous demande de modérer nos envolées critiques, mais ne sommes-nous pas devant une sorte de monument patrimonial, et ne sommes-nous pas fondés à demander à ceux qui en ont hérité et qui en sont les actuels propriétaires, de le respecter (comme on le demande aux héritiers de châteaux historiques) ?

      (Ne prenez pas la peine de me faire savoir qu’encore une fois, emporté par mes élans métaphoriques, je m’égare sur des sentiers incertains… J’en suis conscient, mais le démon me pousse et je ne puis lui résister.)

      • Je vais donc garder mes « Archives du Nord » et autres « Souvenirs Pieux » dans leurs éditions classiques (qu’on trouve d’ailleurs très facilement chez les bouquinistes, car il a dû s’en vendre pas mal à l’époque où Mme Yourcenar était à la mode). Je ne sais pas si je serai encore de ce monde en 2030, mais j’essaierai de patienter jusque là…

  12. Cependant Domonkos, je me dois d’ajouter que ce triste volume d’Essais et mémoires offre au lecteur curieux de mieux connaître Yourcenar la réédition de 2 essais de jeunesse (interdits de réédition par l’auteure) Pindare, Les Songes et les Sorts (avec un copieux dossier d’inédits) et de 3 articles passionnants de jeunesse jamais repris par l’auteure. Pleiade intéressante malgré tout…!

  13. Un disciple non mais un grand lecteur du Marquis oui c’est vrai. Certains de ses romans sont terribles et passionnants. Au château de Silling des 120 journées… J’aime aussi ses textes politiques et polémiques, sans oublier sa correspondance «Vous m’avez fait former des fantômes qu’il faudra que je réalise» à sa femme; 2 ans plus tard il commence ses 120 journées! Mais Domonkos, on est loin de Marguerite Yourcenar quand même !! La pauvre !

    • Je ne songeais pas au Marquis au sujet de Yourcenar mais à propos de votre comportement, consistant à me dégoûter de la Pléiade Yourcenar puis à m’informer qu’elle m’est tout de même indispensable (avec la présence de ces écrits que Marguerite Yourcenar évoque elle-même à de multiples reprises pour justifier leur bannissement) : si ce n’est pas une torture morale de type sadique, ça ! Je suis déchiré : coffret or not coffret ? La question d’Hamlet n’est rien par rapport aux profondeurs abyssales du doute existentiel où me jette celle-ci !

  14. Ah d’accord ! Il faut reconnaître les 2 aspects de volume Pléiade non ? Que d’erreurs mais lire son Pindare ou Les Songes et les Sorts (vendu très cher sur certains sites internet !) cela n’a pas de prix ! Du reste je fais exactement comme vous : ce Pléiade pour ces textes rares ou inédits et ma bonne vieille collection Blanche pour les essais et mémoires ! (Les sadiques sont surtout ceux qui ont fabriqué ce Pléiade je trouve! Quel gâchis !)

    • Entièrement d’accord avec vous, sur tous les points.

      Il se trouve que j’ai relu, très récemment, quelques ouvrages de Marguerite Yourcenar, ainsi que ses entretiens avec Matthieu Galey que je n’avais jamais lus, et j’ai vraiment goûté la qualité de l’écriture, ce « classicisme romain » non dépourvu pourtant d’audaces (audaces qui ne sont pas forcément l’apanage des écrivains frénétiques) ; également sa très longue introduction à ses traductions de negros spirituals, qui est vraiment de la belle ouvrage, à laquelle il n’y a pas grand chose à redire (peu de choses ont « vieilli », en tous cas, beaucoup moins que chez des écrivains des années 70 ou 80 portant leur « engagement » et leur « révolte » en bandoulière).

      Je crois qu’on peut d’ors et déjà dire qu’elle a traversé avec succès l’épreuve du temps. Il ne reste plus à nos contemporains qu’à s’en apercevoir. (C’est quand même d’une autre tenue que l’autre Marguerite, dont j’avoue avoir été la dupe dans ma jeunesse, et dont je ne supporte plus les afféteries.)

      Je ne crois pas pouvoir résister au coffret, mais je garderai mes « blanches ».

      ……………………………………………………………………………..

      Cela m’amène d’ailleurs à une question qui doit se poser à bien des amateurs de Pléiade et que je résoud aujourd’hui différemment d’hier.

      En effet, naguère et jadis, je revendais systématiquement mes éditions classiques, lorsque je les retrouvais en Pléiade. (Il y avait aussi, à cette pratique, des raisons financières. Ma vieillesse est – pour le moment ! – un peu moins nécessiteuse que ma jeunesse.)

      Aujourd’hui, je fais le tri. J’en garde un certain nombre, pour diverses raisons : outre l’attachement sentimental à certaines qui « font date » dans ma vie de lecteur, j’ai parfois aussi plaisir à rouvrir et relire un roman ou un recueil de poésie dans son individualité et non pas fondu dans la « collectivité » d’un Pléiade.

      C’est particulièrement vrai pour les livres de poésie, fréquemment sous forme de plaquette, où la forme de l’objet est intimement liée au contenu. Les gros recueils de poésie en Pléiade me servent surtout à comléter et à « stocker » l’oeuvre complète d’un poète, mais je ne les ouvre jamais que pour picorer dedans. Pas question de les lire dans la continuité de la première à la dernière page.

      Lire une plaquette de poésie, c’est comme goûter un vin raffiné au verre, se taper un recueil de 1 500 pp. c’est de la goinfrerie ou de l’ivrognerie (vice auquel, parfois, je ne résiste pas, mais qu’on peut tout de même moins facilement avouer en société).

      Cela est moins vrai pour les essais, sauf quant il s’agit d’éditions qu’on peut qualifier plus ou moins de « critiques », pourvues de notes ou de commentaires différents de ceux de la Pléiade. Mais je n’éprouve aucun attachement à l’ancienne édition.

      Je ne sais pas quelles sont, en ce domaine, les pratiques des autres amateurs de Pléiade qui s’expriment ici ?

  15. J’ai beau retourner mon ordi dans tous les sens, je ne trouve pas la fente où on doit mettre le jeton, pour mettre en route une nouvelle Partie d’Infos et de Commentaires… C’est un peu triste un blog muet…

      • Domonkos : les temps sont dérisoires depuis que les temps existent. Tous nos chers auteurs en témoignent, depuis la première épopée.

        • Oui, mais dans les autres temps, je n’étais pas là… Même les pires horreurs dégagent un petit parfum qui flatte notre tendance à la nostalgie, surtout quand elles sont magnifiées par les plus grands auteurs. Je ne supporte pas, dans la réalité, et même sur un écran de cinéma, la vision du moindre fouet, et pourtant je lis Sade… Ce qu’on lit, ce sont toujours des mots, ce qu’on éprouve à les lire, c’est toujours ce qu’on désire éprouver et qui se trouve au plus profond de nous-même.
          Bonjour à vous ô dernier des survivants (il est vrai que, dans votre cas, pseudo oblige !)

    • Pour répondre à votre question initiale (le rapport entre la forme du livre et son contenu ; et le plaisir que l’on y prend) : La Pléiade, on ne peut pas lui retirer, est remarquablement bien conçue pour la lecture (ça tombe bien…).
      Le cuir est souple juste ce qu’il faut ; un peu rigide en début de lecture d’un volume neuf, puis de la parfaite souplesse que lui aura donné notre poigne en fin de lecture.
      Le papier bible, dont j’ai lu qu’il peut rebuter au premier abord (c’est une première mauvaise impression que j’ai ressentie moi-même…), est loin d’être désagréable à l’usage. Comme l’éditeur le signale, ce papier est plus résistant qu’il n’y paraît (encore qu’une goutte d’eau est son talon d’Achille et qu’il faut fuir les bords de piscines…).
      La forme des Pléiades convient à tous les contenus. Je ne suis pas un grand lecteur de poésie ; mais le format et le Garamond taille 9 me paraissent parfaits. C’est aussi une forme (cuir / dorure) vaguement désuète qui sied aux auteurs des siècles passés. Montaigne en Pléiade : la forme et le contenu se marient bien, me semble-t-il. L’odeur du cuir… J’en ai déjà parlé sur ce site. Même les gros volumes tiennent bien en main, mieux que d’autres éditions (j’ai en tête des biographies qui m’ont autant cultivé qu’elles ont musclé mon poignet).
      Le cas où la Pléiade se justifie moins, à mon avis : Les auteurs du XXe siècle qui, au-delà des question de traduction, d’exhaustivité ou d’appareil critique, me conviennent aussi bien dans des formats poche. j’ai lu Céline en folio, par exemple, et bien qu’il ait fait des pieds et des mains pour entrer en Pléiade, je l’y trouve un peu déplacé (sauf pour l’aspect « consécratoire » évidemment (‘Pas sûr de bien utiliser le terme) – je ne parle ici que de l’aspect « harmonie contenant / contenu »).
      Evidemment, les livres marquants le sont pour nous dans la forme dans laquelle on les a lu en premier, qui devient, de fait, l’édition princeps, fut-ce un Poche.
      Et d’autres éditions sont aussi très remarquables (je pense à Emily Dickinson, chez Flammarion, que j’ai devant les yeux, et qui est en tant que tel un très bel objet qui, par sa forme seule, invite à la lecture).

      • Cher Draak, c’est un réel plaisir d’être d’accord avec vous… que n’égale le seul plaisir de n’être pas d’accord avec vous. C’est selon.
        Ainsi agréai-je tout ce que vous dites sur le cuir, le papier (j’ai pu constater qu’une page pléiade accidentellement – et légèrement – froissée retrouve bien plus aisément son aspect lisse d’origine qu’une page de livre « ordinaire »), le caractère…
        En ce qui concerne la poésie, j’en suis grand goûteur et, dans ce domaine, ce que je reproche à la Pléiade c’est, à vouloir caser une oeuvre complète en un volume, on serre les poèmes au maximum, et il m’est insupportable de retrouver sur une page la fin, d’un poème court de la page précédente et le début du suivant… Pour prendre le cas le plus classiques, un sonnet qui commence en bas de page et se termine à la page suivante, est défiguré. Il perd son individualité.
        Quant aux contemporains, j’admets et partage en partie votre avis, mais il faut voir cas par cas. Il faudrait être plus prudent dans le choix de ces « consécrations », cesser de multiplier les éditions purement conjoncturelles voire opportunistes. Cependant, il y a de pures réussites, bien des cas où la pléiadisation, outre qu’elle permet (ou permettait ?) d’accéder à des textes rares ou mal édités, fait entrer l’auteur dans la durée, le temps long comme qui diraient nos modernes trissotins.

      • Je n’avais pas bien lu votre dernier paragraphe, mais je ne peux que l’approuver.

        Question de génération.

        Ainsi, je ne supporte pas les éditions folio et autres poche des années post-70, alors que j’adore les vieux « Le Livre de Poche » et autres « Marabout Junior » et « Marabout Géant » qui sont les éditions dans lesquelles j’ai fait toutes mes lectures entre 11 et 17 ans (les plus importantes et les plus marquantes, donc). Au point que je me suis reconstitué presque toutes ces collections, y compris les auteurs que je ne relirai plus jamais…

        Et si « Moby Dick » est Number One de mes livres favoris, c’est peut-être parce que c’est le premier livre que j’ai fait acheter par ma mère (j’avais 14 ans, nous avions très peu de sous, et j’avais choisi le Livre de Poche le plus gros que j’avais trouvé, sans connaître l’auteur, pour qu’il me fasse « plus de profit » en temps de lecture. Bienheureux hasard ou sixième sens ?) Un peu plus tard, j’ai (bien mal) acquis « La Recherche du Temps Perdu », toujours en Livre de Poche, et toujours sans connaître l’auteur, uniquement à cause de cette série de couvertures merveilleuses reproduisant les manuscrits de Proust. Le Dieu des Lettres devait veiller sur moi !

        C’est à cela que je vois que je suis devenu un « vieux c… » (Mais, bon, ce n’est pas pire que lorsque j’étais un « jeune c… ». Le grand philosophe Georges Brassens avait raison.)

  16. Une question concernant le volume Aristote:

    Je suis en train d’hésiter entre l’édition Pléiade et les oeuvres complètes chez Flammarion. Le plus important est pour moi l’exactitude des traductions (et au préalable, de l’établissement des textes). Or je viens de lire un exemple effrayant dans un billet de (http://www.thierry-guinhut-litteratures.com/). Voici apparemment deux traductions d’un même passage de l’Ethique à Nicomaque (selon le billet cité; je ne puis vérifier à la source):

    Flammarion (1160b): De son côté, l’association d’un mari et de sa femme parait évidemment aristocratique, parce que c’est sur le mérite que repose l’autorité du mari et elle s’exerce dans les matières où il est besoin de l’homme, tandis que tout ce qui convient à une femme est laissé de son ressort à elle.

    Pléiade: Par ailleurs, l’amitié d’un mari à l’égard de sa femme est la même que dans une aristocratie. Elle tient compte en effet de la vertu des partenaires ; c’est-à-dire qu’elle réserve à celui qui l’emporte à cet égard un bien plus considérable, et attribue ce qui lui convient à chacun. Ainsi d’ailleurs l’emporte la justice.

    (La dernière phrase de la deuxième traduction est probablement de trop.) Une des deux traductions (au moins) est donc très inexacte, et est plutôt une réinterprétation qu’une traduction. Par conséquent, une des deux éditions (au moins) est inachetable (ou suis-je trop radical?). Si quelqu’un pouvait m’éclairer sur ce passage et une traduction fidèle… Ou peut-être que chacune des deux traductions part d’un original différent?

    Le plus étonnant, c’est que ces deux traductions sont dues à la même personne, un certain Richard Bodéüs. A-t-il été frappé par la foudre entre ces deux versions? La traduction Pléiade est présentée comme une révision de la traduction Flammarion, donc elle devrait a priori être plus exacte, mais je suis sceptique: elle est vraiment biscornue, ne serait-ce que d’un point de vue logique: « association entre A et B » est symétrique en A et B, à la différence de « amitié de A envers B », et de même « vertu de A et B » versus « mérite de A »; la notion d’autorité est absente de la deuxième traduction, etc. Sans parler de « association / amitié »: étrange de parler d’amitié dans une comparaison à un régime politique. Mais je ne connais ni le contexte ni le grec, donc je m’en remets à vos savoirs.

    Et combien d’exemples y a-t-il comme ces trois lignes, dans un volume de mille pages? C’est proprement effrayant.

    Question subsidiaire: how [did you] learn to stop worrying and love the translation?

    • Ben, il y a manifestement une confusion dans le billet du blog dont vous vous faites l’écho. La traduction Pléiade de l’Ethique nicomachéenne, VIII, 12, 1160 b 32-35, lit « de son côté, l’association d’un mari et de sa femme parait évidemment aristocratique, parce que c’est sur le mérite que repose l’autorité du mari et qu’elle s’exerce dans les matières où il est besoin de l’homme, tandis que toutes celles qui conviennent à une femme, il les lui accorde à décider » (p. 196) ; c’est un rendu élégant et fidèle du grec ἀνδρὸς δὲ καὶ γυναικὸς ἀριστοκρατικὴ φαίνεται: κατ᾽ ἀξίαν γὰρ ὁ ἀνὴρ ἄρχει, καὶ περὶ ταῦτα ἃ δεῖ τὸν ἄνδρα. ὅσα δὲ γυναικὶ ἁρμόζει, ἐκείνηι ἀποδίδωσιν (p. 171 de la moins mauvaise édition critique dont on dispose : Ingram Bywater, « Aristotelis Ethica Nicomachea. recognovit brevique adnotatione critica instruxit », Oxford 1890). Je n’ai à portée de main ni l’intégrale Flammarion d’Aristote ni le volume en Garnier-Flammarion qui y a été reproduit pour l’Ethique à Nicomaque afin de contrôler, mais je subodore que la coda « tandis que tout ce qui convient à une femme est laissé de son ressort à elle », plus littérale, provient de cette mouture-ci de la traduction Bodéüs. T. Guinhut, qui s’est de toute évidence mélangé les pinceaux en comparant la Pléiade avec l’intégrale Flammarion, a concaténé deux passages différents et se trompe grossièrement en les attribuant. J’ajoute que nul, dans l’aire francophone, ne connaît mieux le grec aristotélicien que Richard Bodéüs, philologue scrupuleux auquel nous devons une splendide édition des Catégories dans la collection Budé et traducteur de haute volée du Corpus aristotelicum. S’il y a des branches mortes dans l’Aristote Pléiade, elles ne lui incombent pas (la Rhétorique, par André Motte, et la Poétique, par Pierre Somville, méritent assez peu de confiance). Moralité : on ne se défie jamais trop des bloggeurs, en particulier lorsqu’ils se mêlent d’auteurs techniques.

      • Merci beaucoup Neo-Birt7. Je retiens que l’erreur principale est due au bloggeur et que les traductions d’Aristote par Bodéüs sont fiables. Problème: si le Pléiade Aristote contient des traductions fiables et d’autres « mérit[a]nt assez peu de confiance », comme vous l’écrivez, quelle édition préférer ? L’édition Pléiade est dirigée par Bodéüs, mais vous semblez, je le vois dans vos réactions antérieures, apprécier de manière générale la collection Garnier-Flammarion.

        Voici une comparaison des deux éditions:
        http://blog.ac-versailles.fr/oeildeminerve/index.php/post/18/03/2015/Aristote%2C-%C5%92uvres-compl%C3%A8tes%2C-Flammarion-/-Gallimard%2C-2014%2C-lu-par-Cyril-Morana
        qui recommande également les récents GF de Platon et d’Aristote. Les deux éditions sont selon cette recension très bonnes et complémentaires, le Pléiade ayant l’avantage pour l’appareil critique.

        D’ailleurs, le même dilemme Pléiade / Flammarion se pose pour les oeuvres complètes de Platon (sauf que les Pléiade Platon sont nettement plus anciennes).

        • A mon sens, comme philologue classique, la traduction française la plus fiable de la Rhétorique d’Aristote est celle, en Garnier-Flammarion, de Pierre Chiron, avec une annotation très correcte ; je ne m’écarte d’elle que parce que mes principes critiques sont nettement moins conservateurs, et plus interventionnistes, que ceux de ce savant (dont je ne peux pas vraiment recommander les éditions Budé parce qu’il se contente d’y reconstruire le prototype de la tradition manuscrite, sans tenter les anastyloses qui lui eussent permis d’essayer de retrouver l’état textuel le plus proche possible de l’exemplaire d’Aristote lui-même). Chiron traduit ainsi un texte grec de la Rhétorique à mon sens moins pur que celui de l’édition de référence, par Rudolf Kassel (« Aristotelis Ars rhetorica », Berlin-New York 1976), parce qu’il préfère souvent aux corrections acceptées ou proposées par cet éminent philologue les leçons de la vulgate retenues dans la médiocre Budé de Dufour et Wartelle. A propos de la Poétique aristotélicienne, bien malin, et audacieux, qui oserait décerner la palme à une version française en particulier ; les enseignements à tirer de la version arabe de l’oeuvre publiée seulement en 1928-1932 ne l’ont pas été de façon suffisante avant les toutes dernières années (grande édition critique associant un helléniste et un arabisant : Leonardo Taran et Dimitri Gutas, « Aristotle Poetics. Editio Maior of the Greek Text with Historical Introductions and Philological Commentaries », Leyde-Boston 2012), de sorte que toutes les traductions reposent peu ou prou sur des bases critiques insuffisantes. C’est en particulier le cas des deux versions les plus répandues en France : la Budé de Joseph Hardy (1932), pas franchement fameuse, et celle, avec texte critique sans innovations mais un intéressant commentaire, du grand spécialiste de grammatologie grecque Jean Lallot assisté de l’illustre inconnue Roselyne Dupont-Roc (Paris, Seuil, 1980). Compte tenu de la compression extrême du style d’Aristote dans cette oeuvre mal écrite et sans doute mal transmise, il importe de consulter une traduction qui n’émane pas d’un helléniste de tout venant mais d’un philologue chevronné par surcroît bien informé de la poétologie grecque ; ni la Budé de Somville, dont je ne sache pas qu’il s’est distingué par des publications techniques en matière de grec ancien, ni le Livre de Poche signé Francis Goyet (spécialiste de la rhétorique classique mais qui travaille surtout sur la Renaissance) ne conviennent à cet égard. Ceux qui lisent l’anglais ou l’allemand seront favorisés ; si les deux meilleures traductions sont celles de Richard Janko chez Hackett (1987) et de F. Stephen Halliwell à l’University of North Carolina Press (1986), elles pâlissent un peu devant le travail d’Arbogast Schmitt, dans la série des « Aristoteles. Werke in Deutscher übersetzung » (Berlin, Akademie Verlag, 2008, plus 550 pages de commentaire détaillé). Un dernier mot sur la qualité des tomes de Platon et d’Aristote en Garnier Flammarion : si le Stagirite a été très bien traité, avec des traductions dont le commentaire repose sur un authentique effort personnel de compréhension du texte qui résulte dans un flot de nouvelles interprétations et d’idées neuves, il n’en va pas de mêle pour le maître de l’Académie. Le Platon GF ne constitue, le plus souvent, qu’une entreprise de vulgarisation. A de trop rares exceptions près (je pense principalement au Phédon de Monique Dixsaut, oeuvre remarquable qui a valeur d’édition critique et commentée, dans une moindre mesure au Théétète de Michel Narcy ou au Cratyle de Catherine Dalimier), tous les volumes vulgarisent éhontément un travail plus original en anglais en n’y ajoutant guère que des contre-sens ou des erreurs nouvelles. Le Gorgias de Canto-Sperber est ainsi le démarquage intellectuellement paresseux du « Plato Gorgias. A Revised Text with Introduction and Commentary » (Oxford 1959) du grand Eric Dodds ; le Ménon, par la même auteure (dont on comprend qu’elle ait préféré depuis se consacrer à la philosophie morale moderne !), pille sans vergogne le « Plato’s Meno. Edited with an Introduction, Commentary, and an Appendix » (Cambridge 1961) de R. S. Bluck ; et ne disons rien des tomes torchés à toute allure par Luc Brisson dont l’incompétence est aussi flagrante que l’omerta régnant chez nous à ce sujet (pensez qu’il a traduit l’Apologie de Socrate en ignorant l’interprétation, et le commentaire perpétuel, qu’en ont donnés Emile de Strycker et le regretté Simon Slings dans ce qui constitue tout simplement le livre le plus important des trente dernières années : « Plato’s Apology of Socrates. A Literary and Philosophical Study with a Running Commentary », Leyde, 1994, 422 p. gr. in-8°).

          • Merci, je garde tout cela en mémoire (en mémoire informatique, s’entend). J’espère ne pas abuser en en profitant pour vous demander ce que vous pensez du Pléiade Virgile et du Pléiade Hérodote-Thucydide. Pour le Virgile, j’hésite avec la nouvelle traduction de Veyne ou la traduction plus classique de Perret. Pour le Pléiade Thucydide, j’hésite avec la traduction de Jacqueline de Romilly (citée parmi leurs meilleures par https://www.lesbelleslettres.com/les-budes/histoire).

  17. Puisque j’ai repéré plusieurs admirateurs de Bloy et Barbey sur ce blog, je me permets de signaler la parution prochaine aux belles lettres (où je n’ai aucun intérêt autre qu’intellectuel, de même que pour toute autre maison d’éditions) d’un essai de Glaudes sur Bloy et du volume VII des oeuvres critiques de Barbey d’Aurevilly (chaque volume a environ 1200 pages!).

    • A ses titres de gloire figurent également Laxness, Hamsun, Tarjei Vesaas… Il aurait eu 85 ans aujourd’hui.

      Selon « L’Association pour les Etudes Nordiques » : « Il venait de préparer, pour la (Pléiade), deux volumes sur Søren Kierkegaard. »
      Je ne sais si ce « venait de » est volontaire et conscient et voudrait donc dire que son travail était achevé ?

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