La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

8 782 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Merci à DraaK fut là pour ce récapitulatif (du 21.12).

    Chaque année, à de rares exceptions près, je suis un peu déçu quand je vois la liste des parutions à venir.

    Ca ne rate pas pour 2021. Je note que, sauf erreur de ma part, il n’y a pas, du moins pour les six premiers mois à venir, de « nouvel entrant » dans la belle collection. J’avais entendu parler d’Antonio Lobo Antunes, de Gabriel Garcia-Marquez, et d’autres encore… Peut-être au second semestre?

    Alors, pourquoi un nouveau coffret Baudelaire? C’est une nouvelle édition? Ce serait la quatrième… Un coffret des deux volumes est sorti en février 2019.
    Boris Vian a eu droit lui aussi à deux coffrets (en dix ans, c’est vrai). Etait-ce une priorité?

    Moi qui rêvait de Thomas Mann, Hermann Broch, Samuel Beckett ou Paul Léautaud 🙂

    Bonne fin d’année et bonne santé à toutes et à tous!

    • Joyeuses fêtes et bon et heureux déclin de décembre à chacun sur ce fil !

      Je veux faire chorus avec Alinio ; chaque année qui s’achève voit Gallimard égrener pour sa Pléiade les déceptions imminentes, au point que, d’épuisés de grand style en auteurs accédants discutables, voire risibles, et en éditions nouvelles très rarement fameuses, la collection est en bonne voie de ressembler à un champ de ruines littéraires dans le genre des Romans à lire et romans à proscrire du sinistre abbé Bethléem. Pour un peu, il semblerait que les mots de Grégoire VI, repris par ledit calotin en p. IX de son pensum, s’appliquent au propriétaire de cette maison autrefois noble et à son directeur de collection : « parmi les plus cruelles calamités de la culture française » (l’original porte : ‘de la religion catholique’) « en nos temps difficiles, la principale est, sans contredit, la multitude des livres pestilentiels qui, comme les sauterelles sorties du puits de l’abîme, couvrent toute la vigne du Seigneur pour la dévaster ».

      • Bonjour Neo-Birt7,
        Vous devez être le seul à pouvoir faire résonner dans la même phrase les termes « joyeux » puis « déclin ». Je ne me livrerai pas à une psychologie de comptoir…

        Une phrase vous suffit donc pour vous installer sur vos rails. « Déceptions », « discutables », « risibles », « champ de ruines ».

        Nous vous rassurons, nos fêtes sont joyeuses.

        • L’année que nous vécûmes fut telle que le soulagement éprouvé à la voir s’achever est objet de réjouissance. Je pensais m’être exprimé de manière épigrammatique, mea maxima culpa ; je lis trop nos poètes français, vous d’évidence pas assez. Réservez donc votre haruspicine, à sonder mon coeur et mes reins, pour une plus noble cause.

          Sur le fond, ce serait soutenir un effronté paradoxe que de nier que la Pléiade ne fait plus que le plus minime des efforts pour apporter de la qualité, tant au niveau du choix des auteurs entrants que de leur mise en oeuvre éditoriale (l’anthologie des poètes latins et néo-latins, par la piètre, pour ne pas dire : exécrable, qualité de la plupart des traductions, presque systématiquement fautives sur les lieux difficiles ou indéfendables sur les points controversés, nous renvoie cent-quarante ans en arrière à Fallex).

  2. Bonjour,
    l’un d’entre vous, Néo-Birt 7 par exemple, aurait-il la gentillesse de me donner son point de vue sur le choix d’une traduction du Banquet: celle de Léon Robin, Luc Brisson, Paul Vicaire ? Une autre ? Merci par avance

    • Tout dépend des besoins personnels auxquels vous souhaitez que réponde la traduction de ce texte sublime. S’il s’agit d’acquérir une connaissance schématique de l’argumentaire platonicien, notamment le repérage des principales lignes de force idéologiques et culturelles traversant son traitement du thème de l’amour, la version Brisson en GF devrait suffire, avec ses nombreuses notes ponctuelles, précises mais superficielles et sans aucune originalité (Brisson, en tant que bibliographe attitré de Platon dans la série spécialisée Lustrum depuis trois décennies, sait fort bien informer son brouet exégétique, mais il ne faut pas compter sur lui pour pénétrer jusqu’au fond des choses ni trouver du neuf, comme firent Diès, Cornford, Burnyeat ou Frede). Dans le cas d’une approche plus globalisante, intéressée non moins par la plasticité du style platonicien, éblouissante dans ce dialogue où est grande la part du pastiche littéraire, que par les doctrines convoquées devant le tribunal socratique, c’est la version Robin dans la première édition du Banquet aux Belles Lettres qu’il convient de compulser ; sa lourdeur, sa lenteur étendue au rendu de la moindre particule, du plus menu connecteur logique, sa sûreté philologique, y vont de pair avec un flair pour la rhétorique française qui permet de rendre sensible la saveur particulière des discours prononcés par chacun des orateurs avinés mis en scène par Platon. La longue notice paraphrastique, elle, procure une assistance toujours précieuse quasiment un siècle après la sortie de cette édition bilingue (1929). Enfin, pour des versions représentant en quelque sorte un compromis entre la vulgarisation désincarnée de Brisson et le décalque vigoureux de Robin (je déconseille sa seconde traduction, parue dans la Pléiade, quasiment illisible en raison de la composition typographique et d’un style difficile et filandreux au possible), le lecteur soucieux d’un peu approfondir mais sans se tracasser les méninges à suivre un texte français trop travaillé, dispose des pages de gauche de la seconde édition Budé de Vicaire (1989), au rendu d’un académisme bon teint, à la Jacqueline de Romilly, ainsi que la vieille version Chambry aux Classiques Garnier reprise dans les années 70 en Garnier Flammarion (avant qu’ils ne deviennent les GF), oeuvre d’un remarquable helléniste dont les qualités de fluidité, d’aisance impeccable, de naturel jusque dans la technicité, en imposent aujourd’hui encore à de bons platoniciens (Georges Leroux lui rend ainsi hommage en tête de sa propre traduction annotée de la République en GF [2002]). Je ne goûte guère la version, assez baroquisante comme toutes les productions d’après le grec émanant de cet homme de lettres, confectionnée par Mario Meunier (1915, 1947² ; reprint en Presses Pocket, 1999, etc) ; elle a de l’allure et du nerf, mais ne se prive pas de paraphraser et comme elle ne repose sur aucune étude approfondie de l’Antiquité gréco-romaine, à la différence des nombreuses traductions d’un Maurice Rat, n’intéresse, aujourd’hui comme hier, que les amateurs d’emphase. Il y aurait péril à s’en remettre à elle destitué d’autres secours.

  3. Je vais encore me faire traiter de « merveilleux farfelu » (je ne sais comment je devrais le prendre ?… ou le laisser ?… non, tous comptes faits – ou bien « tout contrefait » – mieux vaut le prendre et de la plus aimable façon, feignons de ne pas sentir l’amertume de l’amande et goûtons le sucre dont elle est enrobée), donc, bêlais-je (façon de « revenir à nos – trop fameux – moutons »), fidèle à ma réputation, je m’introduis dans la compagnie comme le chien dans un jeu de quille, pour revenir en batifolant quelque peu, sur le « cas Julien Green » (et m’en séparer aussitôt pour parler d’autre chose).

    Saviez-vous (moi, modestement (?), je l’ignorais il y a une heure encore) que le fauteuil n°22 de l’Académie Française, dont le postérieur du Grand Indigne Autobiographe fut un temps le locataire, est occupé aujourd’hui par celui du délicieux René de Obaldia ?

    Et je renchéris en précisant – autre chose que j’ignorais, décidément ! et que je viens z’également de découvrir – que cet autre « merveilleux farfelu » (auquel je ne songe pas à m’égaler) occupe ce fauteuil depuis la disparition de notre Julien-Pléiadisé, soit une vingtaine d’années, et qu’il est âgé (sans doute devrait-on plutôt parler de « hors d’âge ») de 102 ans (record académique absolu), étant né le 22 octobre 1918, à Hong Kong, au Couvent Saint-Paul, où son père, José Clemente de Obaldia, était consul de Panama (consul à Hong Kong, pas au Couvent Saint-Paul).

    Si j’ajoute (sur la foi de sa fiche wikipedia, mais les plus grands doutes sont permis, tant on est encore une fois dans le « Merveilleux farfelu », et d’ailleurs que vient faire la Foi – que je n’aime que mauvaise – là-dedans ?) que René est l’arrière-petit-fils de José Domingo de Obaldía, 2e président de la République du Panamá, fils du diplomate panaméen José Clémente de Obaldía (qui deviendra ministre de l’Intérieur, juste avant sa disparition, alors que la famille était en Chine) et d’une mère d’origine picarde Madeleine Peuvrel, cousine de Michèle Morgan, je crois qu’on peut affirmer sans craindre de démenti, que René, dès le jour de sa naissance (voire même bien avant) « faisait déjà du René de Obaldia ». Oserais-je dire, « Chapeau » ! Non, je me refuse à cette facilité.

    Ayant appris tout cela, ma journée en fut illuminée, et plus encore. Je tenais à vous faire partager, chers commensaux (ne partageons-nous pas moult nourritures spirituelles ?), cette joie sans plus tarder.
    Que la Sainte Covid et toutes ses cousines, nous conservent encore longtemps cet adorable vivant !
    ………………………

    PS : tout ça, au pâle prétexte que j’ai trouvé, hier, dans une boîte-à-livres-gratuits de ma modeste cité cévenole, le tome II du théâtre de Obaldia, contenant « L’Air du large », « Du vent dans les branches de Sassafras » (aussitôt le fantôme de Michel Simon bondit sur moi) et « Le Cosmonaute Agricole » (bien plus drôle et inquiétant que « La Soupe aux Choux », les rares initiés comprendront le rapprochement), livre dont je me suis aussitôt délecté, pour une heure de pur bonheur, et sur lequel figurait le tampon de la « Bibliothèque de la Clinique des Cadrans Solaires » (qui hébergeait, je l’espère, quelques loufoques ayant perdu la boussole), à « Vence (auquel me rattachent de merveilleux souvenirs de jeunesse) Alpes Maritimes » (le genre d’expression obsolète, remplacée depuis longtemps par d’ignobles « codes postaux »…
    ………………………………………………………..

    PPS : BONNE ANNÉE 2022 À TOUS !
    (je refuse de déposer mes voeux aux pieds de l’Année 2021, tant elle promet d’être la soeur jumelle de la chienne Année 2020).

    • Cher Domonkos,
      Le pire est un trou dont le fond n’est jamais atteint.
      On pourrait aimer cette chienne de 2020, si 2021 ou 2022 se fait/font tigre.

    • Quel plaisir de voir passer ici le nom du facétieux Réné de Obaldia, auteur – faut-il le rappeler ? – du plus beau vers de la langue française : « Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »… S’il en est certains dont je me demande comment diable a-t-on pu leur conférer le statut d’Immortels, Obaldia est de ceux qui méritent largement leur fauteuil sous la noble coupole, et sans doute à mon sens le meilleur écrivain, stylistiquement parlant, à s’y trouver aujourd’hui.
      C’est justement par l’entremise de Julien Green que j’ai eu le plaisir de lire pour la première fois du Obaldia, en achetant d’occasion, auprès d’un particulier, le tome 7 ou 8 de ses Oeuvres dans notre chère collection. Ledit particulier eut la gentillesse de joindre à ce volume de la pléiade une coupure de journal : il s’agissait de la page du ‘Monde’ du vendredi 16 juin 2000 reproduisant le discours de réception de Obaldia à l’Académie française, au fauteuil donc de Julien Green, lequel avait vivement exprimé le désir qu’on ne fît point son éloge. Particulièrement bien troussé, plein de malice et très plaisant à lire, en ce qu’il parvient à rendre hommage à Green tout en respectant sa volonté, ce discours constitue une idéale porte d’entrée dans l’oeuvre d’Obaldia, que j’avoue avoir à peine explorée depuis, mais tout de même, puisque j’ai lu cette année (ou plutôt l’année dernière, qui sur ce plan fut loin d’être horribilis) quelques-unes de ses espiègles poésies, et surtout la pièce que vous évoquez, Domonkos, ‘Du vent dans les branches de Sassafras’, délicieuse parodie de western où l’on sent derrière chaque réplique le sourire en coin du dramaturge.
      Devenir le plus vieil académicien qu’il y ait jamais eu en atteignant l’âge canonique de 102 ans (et peut-être encore plus, je le lui souhaite), c’est rien de moins que faire honneur à son statut d’Immortel, et ça, c’est du pur Obaldia, dans la vie comme dans le texte.

      • En me promenant sur la Toile (à l’aide de mes huit pattes), j’ai trouvé quelques entretiens donnés par René de Obaldia, de-ci de-là, dont une vidéo tournée dans un studio où il était entouré d’interviouveurs belges (ne pas oublier qu’il est « Citoyen d’Honneur de Waterloo » !) : alors octogénaire ingambe, à l’esprit vif, fantaisiste et intelligent, la voix claire et bien posée, l’oeil pétillant, et qui, entre deux propos, vidait une chope de bière… C’est quand même autre chose que de la littérature de pisse-froid !

        Et je suis bien d’accord avec vous : il doit être un des très rares aujourd’hui, à l’Académie, à mériter le titre d’écrivain.

  4. Pouvez-vous m’aider sur l’œuvre d’ Hölderlin, sur le choix des traducteurs qui pourraient se retrouver sur ma table de lecture ? (Il m’arrive d’en prendre 4 ou 5 si la garniture est belle)

    J’ai choisi comme porte d’entrée au monde d’ Hölderlin, de me restreindre, et ceci dans un premier temps, aux Elégies et aux Hymnes (grosso modo sa production lors des premières années du XIXème siècle). Mais cela peut changer si vous avez de meilleurs suggestions.

    Doit-on commencer par visiter le Burg d’Hölderlin en français ? Soit l’édition La Pléiade, avec sa « pléiade » de traducteurs franco-suisses, connus et moins connus mais, je présume, aux tempéraments très différents (Philippe Jaccottet, Robert Rovini, Jean Tardieu, Gustave Roud, André du Bouchet). Ou pour rester dans l’ère classique se perdre, tel l’errant solitaire, dans les sentiers ténébreux (Armel Guerne) ou bien encore, en remontant le temps, flâner dans les belles allées françaises (Geneviève Bianquis), et pourquoi pas finir, au bout du jardin, derrière un énorme sycomore, par se planter debout devant la porte de l’asile (Pierre Jean Jouve & Pierre Klossowski).
    Ou au contraire enjamber le gué, que dis-je, sauter le gouffre qui nous séparait de l’ère moderne. Alors doit-on s’égarer dans des jardins mystérieux aux nombreuses colonnes heideggeriennes, verticales, pointées toutes vers le ciel ? (François Fédier, Jean-Pierre Faye, Bernard Pautrat, Patrick Guillot), ou doit-on s’agenouiller devant le travail titanesque de François Garrigue ? (plus de mille pages !), ou finalement se laisser happer par l’air du temps avec les dernières traductions en date de Claude Neuman et Raoul de Varax ?
    Ou bien existe-t-il quelques traductions bien enfouies dans quelques revues littéraires qui surpasseraient celles que je viens de citer. (Cela existe malheureusement, je prends l’exemple de la plus belle traduction du plus beau poème de Gerard Manley Hopkins (que de superlatifs !), « Le Naufrage du Deutschland », l’équivalent pour les anglais du « Bateau ivre », traduit par Jean Mambrino qui ne se trouve que dans la revue Europe (n°925, mai 2006), quelques pages de pure poésie en plein milieu d’un spécial Marcel Schwob !) .

    Merci d’avance pour votre aide future !

  5. Bonjour tout le monde,

    que se passe-t-il?

    Je ne vois pas de nouveau message sur ce blog depuis 10 jours maintenant, est-ce un problème avec mon navigateur? Ou bien le site est-il saturé? Fermé?
    Je m’inquiète un peu: je prends beaucoup de plaisir à lire, régulièrement, vos commentaires. J’apprends énormément sur la collection elle-même, mais aussi sur les questions de traduction, ou de politique éditoriale de Gallimard.

    Merci par avance pour vos réponses,
    Alinio.

  6. Mon cher Alinio, je pense que c’est plutôt ma demande d’aide sur l’oeuvre Hölderlin : tous les blogueurs de ce site (sans exception) sont entrain de (re) lire, avec assiduité, le volume de La Pleiade qui lui a été consacré afin de m’apporter leurs réponses 🙂

    PS : (ou bien, autre possibilité, les blogueurs cherchent, désespérément, à posséder l’exemplaire de la revue Europe où se trouve le plus beau poème du monde !)

    • Je ne peux vous apporter aucune aide, personnellement, sur les traductions de Hölderlin. Sans doute voir du côté de NeoNirt7. J’espère qu’il va bien.

  7. Bonjour,

    Le thème a déjà été traité, incomplètement, si je me souviens bien. Je pose donc une question qui me tient à coeur : me conseilleriez-vous l’ancienne édition des « Œuvres poétiques complètes » ou le choix d' »Œuvres poétiques et dramatiques », de Charles Péguy ? Le premier volume date de 1941, avec un appareil critique qui doit être réduit à la portion congrue ; le second, de 2014, avec un appareil critique que j’imagine assez décevant, à l’instar de nombreux volumes des vingt dernières années.

    Par avance, merci.

    • Il me semble que les œuvres poétiques complètes de Charles Péguy, dans son édition de 1941, ne comporte qu’un appareil critique insuffisant au regard des éditions élaborées à cette époque. Je vous suggère de vous tourner vers la nouvelle édition avec force, je suis persuadé qu’elle conviendra très bien malgré les réserves qui ont été émises sur ce blog.

  8. Bonjour à tous,
    Entre autres nouveautés, je voulais signaler l’existence d’une petite page consacrée à Confucius sur le site Propager le feu. La fiche concerne surtout le référencement du Lúnyǔ (Les Entretiens avec Confucius) en Pléiade. Je sais que parmi vous il se trouve quelques sinologues ou férus de la Chine ancienne – cher domonkos suivez mon regard -, et je ne vous cache pas que des critiques, des compléments, des ajouts ou tout autre apport de votre part seraient véritablement les bienvenus. 🙂
    Bonne journée à tous.

    • Je vous remercie de votre clin d’oeil, Lombard. J’y suis sensible.
      Pour le moment, s’il devait y avoir un seul mot pour définir mon état, ce serait : « déprime ».
      Vivement le Printemps !
      (Mais de quelle année ?)

  9. Bonsoir à tous,

    Merci Lombard de nous signaler la fiche concernant Confucius sur Propager le feu. Concernant l’édition pléiade publiée il y a quelques années, j’ai gardé un très bon souvenir de cette lecture passionnante et je recommande cet ouvrage. Par contre j’ai cherché par la suite à lire les ouvrages T1 et T2 sur les philosophes taoïstes, et j’ai abandonné en cours de lecture sans grands regrets. Trop difficile pour moi, je n’ai pas réussi à rentrer dedans et à en saisir la finesse.

    Pour Domonkos : Déprime, oui je suis d’accord la période n’est pas sympathique en plus sur les mois d’hiver avec un manque cruel de lumière… Mais courage, les jours rallongent !
    Pour ma part je travaille à la maison et j’occupe mes journées professionnelles assis devant mon PC. J’utilise une partie de mon temps libre pour la lecture et pour continuer à acquérir des connaissances dans des domaines divers et variés. ( connaissance du vivant, mécanique des fluides, jardinage, permaculture, Tolkien, Blaise Pascal…) Une grande diversité de sujets qui me permettent de limiter l’ennui et la lassitude de cette situation pénible.

    Gardons le moral !

    César

    • Les jours rallongent… mais le couvre-feu raccourcit ! Nos Puisssants Protecteurs commandent même à Dame Nature ! Hi hi hi 8
      Merci, César, de donner des nouvelles littéraires, c ‘est un peu le désert, en ce moment.

      En ce qui concerne les Écrits Taoïstes, n’ayez ni regrets ni remords. Considérez cela comme de la poésie et pas du tout comme de la philosophie. Cela a grandement inspiré l’imaginaire chinois (et mondial), l’art, la poésie, mais pas grand chose quand à la pensée humaine (à moins d’être tenté par les diverses formes du nihilisme ou approchantes).
      Autre erreur à ne pas commettre : le « taoïsme » n’est pas le fond de la pensée chinoise, ni sa version la plus ancienne ou originelle. Le « taoïsme » est venu tardivement et a puisé dans le tréfonds de la pensée et de la conception du monde chinoises. Le « Dao » est bien plus ancien que le « dao » de Laozi.

    • Quand j’étais libre de rencontrer qui je voulais
      Ou bien qui voulait me rencontrer
      Je croyais certains jours les détester
      À présent je vois combient je ne puis m’en passer…
      …………………

      Insuffisante consolation de l’ivresse des livres
      Qui de la mélancolie ne me délivre
      Et parfois à la compagnie de Pascal et de Virgile
      Je préfèrerais la conversation d’un imbécile
      ……..

      « Animal (social), on est mal
      Et si on ne se conduit pas bien
      On revivra peut-être dans la peau d’un humain
      Animal (social), on est mal … »

      • 3 février 2021.

        « Et parfois à la compagnie de Pascal et de Virgile
        Je préfèrerais la conversation d’un imbécile. »

        Jamais pour ma part.

        Je ne me suis jamais senti animal social. Je conçois pourtant que l’on croie que c’est là un tort. Avouerai-je que je cède quelquefois moi-même à ce sentiment ?

        Je réagis ici à des paroles libres de Domonkos, venant à peine d’envoyer un message à quelqu’on où je tâchais d’expliquer que la timidité de Rousseau n’a pas été inutile, et surtout qu’il eût été fort dommageable — non peut-être à ses contemporains, mais à tous ceux qui sont venus après eux — de prétendre la guérir ou d’avoir agi dans ce sens et dans ce but. Qu’en somme sa timidité « maladive » est plutôt une bénédiction, un bienfait.

        • Tant mieux que Rousseau ne fut point guéri, Dans tous les cas qui s’y serait essayé y aurait échoué.

          Nous sommes inguérissables et c’est bien la pire sorte de fous que ceux qui veulent guérir les autres de leur folie.

          Seule la Mort, peut-être, encore n’en savons-nous rien.

  10. Bonjour à tous,
    On me déconseille fortement (et à l’instant) l’achat du « Las Cases » qui sort ce mois en Pléiade.
    Il s’agirait d’une vieille édition, menée par des maîtres d’oeuvre éteints depuis les années 40, et ne tenant pas compte d’un manuscrit retrouvé il y a quelques années. Gallimard essaie-t-il de nous refourguer une vieillerie ?
    Il est urgent que j’annule mon ordre auprès de mon libraire.
    Une confirmation de l’un d’entre vous ?
    Merci.

    • Gallimard est avare d’informations, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais cela ne semble pas présager d’une nouvelle édition enrichie et mise à jour. À votre place, j’appliquerais le « principe de précaution ».
      En cas d’improbable bonne surprise, vous pourrez toujours acheter ce coffret qui ne va pas s’épuiser en quelques jours. Vous n’avez donc rien à perdre à attendre et voir…

      • Cher DraaK,
        Une copie du manuscrit original que les Anglais ont dérobé à Las Cases en 1816 a été retrouvée à la British Library en 2005 (le Mémorial que nous avions coutume de lire avait été réécrit de mémoire par Las Cases a qui l’on avait confisqué son manuscrit original).
        À ma connaissance, la nouvelle « édition de référence » est pour l’instant la version parue chez Perrin en 2017, d’abord en édition de luxe, puis republiée en 2019 en édition « normale », dans une version commentée par l’équipe de la fondation Napoléon (Thierry Lentz, François Houdecek et Chantal Prévot). Disponible pour une trentaine d’euros.
        Si vous parvenez à dégager quarante minutes de votre temps, vous aurez les informations de première main par Thierry Lentz lui-même sur cette vidéo passionnante pour les férus d’histoire : https://www.youtube.com/v/ZPWiysvR5Fo?app=desktop

        • Merci Lombard.
          Ça tombe bien, c’est week-end !
          J’ai annulé ma commande en Pléiade et on m’a effectivement conseillé Perrin. Je ne savais pas qu’il existait une « édition luxe. »
          Je vais regarder cela de près.
          Mon prochain achat Pléiade sera donc Shakespearien.
          Mes petites économies ayant été sauvegardées d’un achat malheureux, j’ai compensé aujourd’hui en me procurant trois bandes dessinées « 1984 » (quatre sont sorties en janvier, je crois, 1984 étant tombé dans le domaine public. Il m’en reste donc une à trouver (et une à dessiner ?) pour avoir fait le tour. J’en ferai une présentation rapide sur la page Orwell de Propagerlefeu.fr)

          • Puisque vous n’hésitez pas à parler de bande dessinée, Draak, je me permets de vous signaler qu’en cette année bicentenaire de Baudelaire, le bédéaste Yslaire publie un ouvrage sur la maîtresse métisse de ce bon vieux Charles. (Il y a un moment que je guettais l’occasion de le faire et je vous remercie de me la donner.)

            Une prépublication en trois fascicules, contenant des dessins préparatoires, des esquisses de planches, des illustrations pleine page et divers états du projet, sont parus ces dernières semaines : un travail magnifique, tant esthétiquement que sur le plan de l’intelligence.
            Le livre achevé paraîtra chez Dupuis en avril prochain. Je ne doute pas de sa haute qualité, connaissant le talent et le travail d’Yslaire. C’est parmi mes projets d’achats les plus prioritaires et je vous le recommande.

            Ainsi qu’à tous ceux que le sujet intéresse et qui possèdent déjà le coffret Baudelaire qui va être rediffusé en Pléiade dans la même période.

          • Bonjour,

            J’avais évoqué voilà quelques semaines ce coffret Las Cases et appris grâce à neoBirt7 l’existence de cette édition Perrin. J’ai réussi à trouver un exemplaire de l’édition dite de luxe pas trop cher : le livre n’a rien de luxueux, c’est une couverture en toile sous jaquette comme on pouvait voir pour les livres de « clubs » dans les années 70-80 mais solide et de bonne qualité , le papier est de bonne qualité mais rien à voir avec un papier de luxe type velin. On est très très loin d’une pleiade. Cette édition épuisée est proposée à prix élevé à la revente (Je doute qu’elle intéresse grand monde) ce qui me parait injustifié, je pense que l’édition courante que je n’ai pas eu entre les mains est à préférer.

        • Cher Lombard,
          Un ami et confrère (et néanmoins grand lecteur) m’indique :
          « Votre connaissance oublie le découvreur, Peter Hicks, qui a également pris en charge un volume du manuscrit (qui en comprend quatre) avec les trois membres de la fondation Napoléon (Chacun un volume ; a priori, un très beau travail d’équipe). »
          (Mais je suppose que ce n’est pas un oubli anglophobique)

          • Oui, DraaK, il s’agit bien d’un oubli assez involontaire de ma part, mais certainement pas « anglophobique » ; il y a en effet de grands experts de notre histoire et de notre littérature chez les anglo-saxons en général et chez nos amis anglais en particulier. Peter Hicks, qui a découvert le manuscrit a en effet contribué au « Mémorial de Sainte-Hélène – le manuscrit retrouvé ». Présentez toutes mes excuses à votre ami et confrère pour cette omission ; pour en avoir un dans ma famille proche, je sais à quel niveau d’exactitude et de rigueur les spécialistes de Napoléon placent leurs exigences, ce qui les honore. 🙂

  11. Eh, bien Domonkos, je vous signalais sur mon site une bonne BD Orwell, au cas où vous passiez par là, car je vous sais amateur de cet art.
    Je regarderai Yslaire, de mon côté.

  12. La question a peut-être déjà été posée en ces lieux, mais n’ayant pas le courage de remonter les 30 pages de commentaires, je me permets de la soumettre à nouveau à qui saura y répondre : que vaut la nouvelle édition des œuvres de Paul Valéry en trois tomes à la Pochothèque, dirigée par Michel Jarrety (ce dernier auteur par ailleurs d’une biographie monumentale de Valéry chez Fayard), par rapport aux deux volumes de la Pléiade qui, datant respectivement de 1957 et 1960, me semblent passablement vieillis ? Je crois savoir que cette nouvelle édition a été saluée par la critique à sa parution, mais je voulais avoir l’avis de certains experts qui hantent ces parages, et surtout de lecteurs assidus de Valéry, écrivain que moi-même je connais très mal et envisage de découvrir par l’acquisition prochaine de ces trois tomes, mais voila, j’éprouve quelques tergiversations à l’idée de trahir la Pléiade pour une collection plus « cheap »…

    • 10 février 2021.

      Je lis Valéry depuis toujours. Curieux, j’ai parcouru ces trois tomes de la Pochothèque à leur sortie. Je n’y ai rien trouvé que je ne connaissais déjà. Je ne les ai donc pas achetés.

      L’essentiel de Valéry est dans la Pléiade, dans les volumes d’œuvres et dans les deux volumes de morceaux choisis des Cahiers. Il manque surtout la correspondance (sachant que celle qui m’aurait passionné a été détruite par Madame Gide dans une crise de jalousie).

      Le projet d’une édition complète des Cahiers est annoncé depuis au moins dix ans au CNRS. Je n’ai pas de nouvelles, je me demande si ce travail d’envergure n’a pas été abandonné.

      Valéry m’a toujours paru essentiel et je n’ai jamais compris cette constante : toutes les personnes que je rencontre, et qui souvent ont beaucoup lu, ne l’ont pas lu ou l’ont très peu lu.

      • Je ne fais pas partie de ceux qui ne l’ont pas lu ou très peu lu, mais je suis certainement loin de faire partie de ceux qui l’ont suffisamment lu, bien que je rouvre régulièrement mes volumes Pléiade que j’ai un jour trouvés, tous d’un coup, état neuf et pas cher, chez un bouquiniste à La Bourboule où mon épouse se livrait aux délices des soins thermaux tandis que j’explorais à pied les rues, ruelles et chemins, bravant la neige et le froid.
        Mon trésor sous le bras, je poussai la porte du premier bistrot de rencontre, pour aussitôt mettre le nez dans ces pages et dans la bière.

        Ah, je viens de m’apercevoir que j’ai utilisé un mot dont plus personne ne doit connaître la signification de nos jours : « bistrot ». Quelques-uns d’entre vous, très-âgés et très-savants ont-ils encore des réminiscences de ces lieux ?
        « Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
        A certaines heures pâles de la nuit
        Près d´une machine à sous, avec des problèmes d´hommes simplement
        Des problèmes de mélancolie
        Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
        Et l´on se dit qu´il est bien tard…
        (…)
        Nous avons eu nos nuits comme ça moi et moi
        Accoudés à ce bar devant la bière allemande
        Quand je nous y revois des fois je me demande
        Si les copains de ces temps-là (…) Léo Ferré
        ………………

        Pour en revenir à Paul Valéry et à sa relative occultation, il y a tant d’auteurs, des petits maîtres et des grands, plus oubliés aujourd’hui qu’hier, et moins que demain !

        Même pas certain que de Valéry il restera la jolie allusion de la « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète », car Georges Brassens sera lui-même oublié.

        D’ailleurs, il est temps que j’aille reprendre mes pages d’écriture… en ce moment, je m’exerce à remplir des pages de mon propre nom en toutes lettres, car j’ai de plus en plus de mal à m’en souvenir…

          • Merci à vous deux, chers Ahmed et Domonkos, pour vos réponses, qui ont renforcé mon désir de me plonger sans plus tarder dans l’œuvre de Valéry. Quitte à faire des infidélités à la Pléiade, je pense opter pour cette nouvelle édition à la Pochothèque, cela aura le mérite de rompre un tantinet la monotonie de ma bibliothèque tout en reliures de cuir et liserés d’or (ou peu s’en faut), en plus de me faire économiser quelques deniers qui pourront servir, prochainement, et dans le cas fort probable (à vous en croire) où l’œuvre de Valéry m’apparaisse de tout premier plan, à l’acquisition des deux pléiades anthologiques des Cahiers…

            Domonkos, nous parlions il y a peu de René de Obaldia. Après ses recueils de poèmes “Innocentines“, “Fantasmes de Demoiselles” et sa pièce “Du vent dans les branches de sassafras”, voici qu’à présent je me régale (j’insiste, c’est de l’ordre de la délectation) à la lecture de ses mémoires intitulés “Exobiographie” (aux Cahiers rouges, de Grasset), livre d’une poésie singulière, à la fois fringante et fantasque, que je ne saurais que trop vous conseiller, si vous ne l’avez pas lu, à vous comme à tous ceux qui, en littérature, s’attachent moins à la profondeur des idées qu’à l’humour servi par la virtuosité du style. Lire Obaldia est un plaisir simple, mais quel plaisir, vraiment !

          • Je ne peux même pas me réjouir d’une joie mauvaise, en pensant aux exécrables auteurs qui tombent dans l’oubli, comme les bons et les grands, car ils sont eux aussi un symptôme de l’oubli général de la littérature.
            Même cette amère consolation m’est interdite !

            Est-ce assez sentencieux, cher Ahmed?
            Reconnaissez qu’à ce jeu, je peux vous tenir la dragée haute !
            Amicalement.
            ……………………….

            Thomas Codaccioni, je n’ai pas eu encore le bonheur de lire l’Exobiographie de René de Obaldia, mais vous me mettez l’eau à la bouche.
            D’autant que, l’âge venant et ‘l’espérance de vie’ se réduisant – à tous les sens de l’expression – j’en viens à me dire que la profondeur, la gravité et la sagesse c’est bon pour les jeunes, et qu’au crépuscule de l’existence sied bien mieux de jouir et se réjouir de la fantaisie.

            Et pan ! Deux sentences pour le prix d’une !

    • Quelqu’un, je ne sais plus qui, avait été en contact avec Jarrety et lui avait demandé si la Pochothèque supplantait la Pléiade, à quoi il avait été répondu que oui. L’échange est niché quelque part dans ce blog, ça doit dater d’il y a un an ou deux.

      Je signale la sortie de Porcs 2 de Marc-Edouard Nabe dont M. Codaccioni, trop modeste pour en faire état, est le correcteur. On le trouve sur le site de l’écrivain.

      https://www.marcedouardnabe.com/?product=les-porcs-2

      Les Parisiens peuvent l’acheter directement au Dilettante, place de l’Odéon.

  13. Concernant Valéry, il y a aussi l’édition de Cahiers chez Gallimard, NRF, là où les deux volumes en Pléiade sont une sélection, il me semble que les treize volumes NRF sont complets. Je n’ai pas mis les yeux dedans cependant.

  14. Plus d’informations sur le catalogue en ligne de La Pléiade à propos de ce petit bijou de volume consacré aux Poèmes de Shakespeare, à paraître sous peu. Je dis petit bijou, car il me semble qu’avoir l’ensemble des poèmes, avec – j’espère – un appareil critique convenable, un historique des traductions et de leur réception, sous l’emballage d’une pléiade, a de quoi faire saliver de convoitise.

    Il n’y a plus souvent de Pléiade qui m’attire autant.

    Même le Genêt arrive pour moi bien trop tard. Je trouve que son étoile a bien pâli aujourd’hui (en tous cas à mes yeux), comme si elle s’éloignait de nous (ou nous d’elle). Ce volume aurait dû paraître à l’époque où Genêt conservait toute sa force dérangeante. À notre. époque, j’hésite entre le considérer comme « mainstream » ou même carrément obsolète. En tous cas, plus du tout avant-gardiste. Sans être encore (s’il doit le devenir un jour) un Classique incontournable.

    Cette édition se justifierait si elle apportait réellement une nouvelle vision, avec de l’inédit ou du rare, une véritable avancée critique, quelque chose qui renouvellerait entièrement notre connaissance et notre réception de Genêt. J’en doute, j’en doute… Il y aurait fallu deux volumes et une forte ambition.
    ………………………………….
    Déjà le volume du Théâtre qui lui-même n’apportait rien d’autre que la révérence habituelle envers Genêt, soumis entièrement à sa propre entreprise de mythification – pour ne pas dire de mystification – et qui figure dans ma bibliothèque fait partie de ceux que je n’ouvre jamais, que je ne regarde même pas. Il m’étonnerait que celui des Romans le rejoigne (l’inverse est plus probable : la sortie du volume du théâtre). Seules les poésies m’intéressent encore, mais c’est parce que la poésie est le genre littéraire qui occupe dans mon coeur et dans mon esprit la place centrale. D’ailleurs, dans ce soeur et dans cet esprit, Cocteau occupe plus de place aujourd’hui que Genêt, a contrario de ce que j’aurais dit à vingt ans…

    En ce qui concerne ce dernier paragraphe, il s’agit de sensibilité personnelle, j’ai quitté le domaine de la critique.

    • 13 février 2021.

      La question est de savoir si ce volume annoncé (de Shakespeare) sera ou non bilingue. S’il ne l’est pas, pourquoi même en parler ?

      J’ai lu avec grand intérêt vos remarques personnelles sur la réception de Genet, à l’égard desquelles je suis partagé : tandis qu’une part de moi-même s’y oppose ou veut s’y opposer, une part — peut-être la même — y trouve, y voit, du vrai, et même beaucoup de vrai.

      Je ne partage pas, ceci dit, votre pessimisme fait d’oubli, un oubli dont vous voyez l’empire s’étendre, ne cesser de s’étendre, et qui, tel l’ogre vorace de la fable dévorerait la substance dont nous sommes faits, dont il ne resterait à la fin du formidable festin, à vous entendre, bientôt rien.

      Je lisais il y a quelques jours des mémoires de Madame Roland. Eh bien, voyez-vous, cela m’a conforté dans l’idée qu’il est des choses inaltérables tant qu’il y a encore des livres pour les recueillir. Et que donc la situation est loin d’être aussi désespérée que vous le pensez.

      Dieu sait que je ne pèche pas habituellement par excès d’optimisme.

      • 13 février 2021 itou.

        Pourquoi diable, ami secoueur, les Sonnets ne seraient-ils pas présentés en bilingue, comme le reste de l’ouvrage ?

          • Ah ! Domonkos. Signe des temps de pauvreté intellectuelle : mon pauvre cerveau a toujours eu un peu de difficulté à saisir les phrases à double négation (un peu comme la main hésite un instant avant de trouver le sens de rotation pour desserrer la vis dont la tête est en bas).

      • Ahmed, je suis sans doute un peu tombé dans la caricature au sujet de « l’oubli de la Littérature » ou bien mon pessimisme est-il lié à la situation que nous vivons et qui se présente à mes yeux sous des couleurs crépusculaires.

        Pour préciser ma pensée, au sujet de la place de la littérature dans notre société (et je parle bien de la Littérature, et non pas des ouvrages – essais, romans, etc. – de divertissement – mot est encore trop noble – dont on nous accable sous ce vocable, non plus que de la « littérature » qui fleurit sur la Toile où tout le monde peut se croire et se proclamer écrivain), je crois que nous sommes en train de voir se refermer une parenthèse, qui s’était ouverte quelque part vers le milieu ou plutôt la fin du XIXème siècle, celle où la Littérature s’était acquise un large public, y compris populaire, et une place prépondérante dans notre imaginaire et même dans notre vie quotidienne. Non pas que dans ma cité banlieusarde, années 50 et 60, tout le monde lisait Hugo ou Hemingway, mais au moins ces noms représentaient-ils quelque chose dans l’espace public.

        La Littérature existait avant le XXème siècle et jouait un rôle, mais entre les mains d’une « élite », d »un public dit « éclairé », et je crois qu’elle redevient l’apanage d’un petit restreint de passionnés, mais que son Règne (au sens strictement monarchique) est terminé. Les signes sont multiples : depuis le fait que, dans les jeux télévisuels, par exemple, toute question littéraire, même des plus basique, apparaisse comme parfaitement ésotérique, jusqu’au fait qu’aucun dirigeant politique aujourd’hui n’éprouve le besoin de se faire passer pour un Lettré (et chercherait même à se présenter comme plus ignorant qu’il n’est en ce domaine).

        En ce sens, oui, la Littérature n’est pas en train de mourir ou de disparaître, mais de subir une certaine occultation : les passionnés attendront son retour comme d’autres mystiques attendent celui de l’Imam Caché.

        Je ne peux guère ici abuser de l’espace et de la patience des amateurs de Pléiade qui sont en leur maison, pour développer mes petites idées sur la question. J’en resterai donc à ces approximations.

        • Cher Domonkos,

          Je lis de temps à autre, et non sans intérêt, la mosaïque de messages qui fusent à tout sujet sur ce blog, tantôt très érudits, tantôt plus sémillants. Je souris assez fréquemment à vos pétulantes assertions – dont je ne saurais cependant évaluer la justesse dans la mesure où ma culture littéraire et scientifique en ait encore à ses premières vertes tiges.

          Cela étant, et je pense pouvoir parler au nom de quelques comparses partageant mon jeune âge ainsi que ma fébrile et inquiète curiosité pour la littérature classique : lire, et surtout, lire en étant à peine un étudiant, c’est aujourd’hui accepter de recevoir la qualification – presque – systématique de pédant, de lunaire, et de suranné ; daignez admettre que vous vous y intéressez, et soyez assuré que la railleuse et parfois méprisante avanie de celui qui est convaincu de la futilité de la littérature s’écroulera sur votre bonne foi.
          D’ailleurs, personne ne vous épargne, pas même vos proches ; les parents, qu’il s’agisse des collatéraux ou des ascendants, vous regardent d’une façon incrédule, et rétorquent avec force désabusement « oui mais, [Flaubert, Voltaire, Sophocle, Tolstoï etc.], c’était une autre époque, tout ceci n’existe plus, il faut évoluer et grandir », et autres litanies affirmant que les grands auteurs faisaient tout sauf défricher l’âme humaine, ses passions, ses turpitudes, ses questionnements inextricables, bref, ce qui touche à l’homme depuis que celui-ci a la « conscience de sa conscience » pour reprendre Lévi-Strauss.

          Il me semble, en fait, que les grands écrivains sont progressivement rangés au rang d’historiens grabataires et balbutiants, tout juste bons à exalter les particularités d’une époque.

          Et pourtant, au fur et à mesure que je déchiffre la littérature – sans aucune méthodologie d’ailleurs, je vaque d’un siècle à l’autre, sautant entre les continents sans trop d’hésitation -, la place essentielle de la littérature s’impose doucement à ma conscience. J’ai en ce sens lu il y a peu le Rêve dans le Pavillon rouge dans les éditions de la Pléiade, et outre la beauté des vers, des descriptions, de cet onirisme fluide et léger dont seuls les auteurs asiatiques semblent avoir le secret, le rapport constant avec la littérature des Anciens m’a émerveillé, soit que le rapport existe au terme de l’intérêt général(nécessaire aux concours ouvrant à une carrière de mandarin), soit au terme d’un intérêt poétique et voluptueux, et auquel cas chaque vers doit affleurer en référence à un vers d’auteur jugé comme faisant foi.

          Enfin, je suis confus d’avoir finalement assez déblatéré. Il me semble seulement qu’aujourd’hui, lire, c’est parfois se séparer des autres contre son gré, et c’est dommage somme toute.

          Quoiqu’il en soit, je continuerai à parcourir de temps à autre ce blog, c’est un plaisir de tous vous lire!

          • 14 février 2021.

            Ce que vous dites là est très inquiétant.

            Je hasarde ceci : « qu’il faut grandir » signifie, dans l’imaginaire de vos ascendants : monte une « start-up ».

          • Ahmed et Lombard, qu’advienne un jour que ma « voix » se « taise » sur ce fil vous pourriez en conclure que je suis mort, de mort brutale et imprévue. Car, si je devais simplement m’en aller, cela ne se produirait pas sans que je vous dise « au revoir ».

            Pour le reste, je ne sais que dire. Nos relations reposent sans doute sur un certain nombre d’ambiguïtés et de malentendu, mais aussi sur une passion commune pour la littérature en général et plus particulièrement pour la collection de la Pléiade (hormis quelques réfractaires, comme vous, cher Ahmed, et quelques désenchantés…).

            Il est vrai que nous comptons quelques « disparus », fort regrettés, dont la disparition inexpliquée suscite des inquiétudes.
            Il y a deux jours, j’ai mentionné que je trouve l’actuel silence de NeoBirt7 inhabituellement long. J’espère qu’il s’agit de sa part d’un choix et non d’un problème de santé, par exemple. Je ne peux croire qu’il s’agisse d’un brusque désintérêt, mais à tout prendre je préférerais cela.

          • Votre message, « Petite Fugue », du moins un passage précis, a provoqué mon amusement, autant que mon inquiétude : « lire, et surtout, lire en étant à peine un étudiant, c’est aujourd’hui accepter de recevoir la qualification – presque – systématique de pédant, de lunaire, et de suranné. »
            Avec les phrases suivantes, c’est exactement les qualificatifs et les remarques (parentales et autres : pour mon frère, lire autant de livres ne pouvait que me rendre fou comme « Don Quichotte » dont il avait lu des extraits en classe) que j’ai entendues à mon sujet (en particulier « lunaire ») !… D’où mon amusement.
            À ceci près que cela m’est arrivé au cours de mon enfance et de ma prime adolescence.
            Et non point à l’âge des études supérieures et dans le milieu estudiantin. De là, mon inquiétude.

            Je ne saurais trop vous conseiller de résister, car je reste persuadé qu’outre le plaisir vous trouverez dans la littérature des armes intellectuelles dont ceux qui la tiennent en piètre estime ne soupçonnent pas la puissance.
            Et je vous souhaite de rencontrer d’autres passionnés, parmi ceux de votre génération. Bien que vivant éloigné des milieux estudiantins, je sais qu’ils existent, par quelques témoignages directs et, parce que plusieurs fois certains se sont manifestés ici même.

            Bien à vous.

  15. J’hésite toujours (aussi) à citer Propagerlefeu.fr sur le présent espace soumis à la loi de notre hôte Brumes, car j’ai comme une mauvaise conscience de maquignon, mais je tiens quand même à faire un peu de publicité pour le remarquable travail accompli par notre ami Lombard qui, tout seul dans son coin, sans que je ne demande rien, a construit la page Charles Dickens. Allez jeter un oeil avant de revenir ici. C’est un premier jet. Elle s’améliorera encore. Mais on sent déjà le travail abattu et, que la peine soit agréable ne retire rien à son mérite. Merci à lui.

    http://propagerlefeu.fr/charles-dickens/

  16. 14 février 2021.

    Mon cher Domonkos,

    Personne n’évoque, à propos de l’époque, le livre que Foucault consacra à son étude du système carcéral : Surveiller et punir, alors que le livre de Orwell, 1984, est sur toutes les lèvres.

    Pourtant, surveiller et châtier ne sont-ils pas la grande affaire de nos contemporains ? La préoccupation constante des mœurs sexuelles, qu’il faut régler, ordonner dans leurs moindres détails, achevant le tableau.

    La littérature, telle que nous la connaissons, est devenue de ce fait anachronique, déplacée. La « littérature » courante est constituée — le mimétisme aidant — de ces livres innombrables où des auteurs « se mettent à nu », mais toujours en rapport avec les deux thèmes que je viens d’exposer. Ces auteurs ont-ils le sentiment de faire ainsi œuvre d’écrivain ? Je ne peux le savoir, mais je veux bien le supposer.

    • À moins que le titre du livre de Foucault ne soit dépassé ou en passe de l’être.
      En effet, Surveiller est le maître-mot, et la Surveillance, poussée à l’extrême, rendra finalement le châtiment inutile puisqu’elle conduira au conformisme et à la servilité absolus. Tel semble être le but ultime, l’idéal à atteindre.

      Quant à la littérature… Je sais bien que Baudelaire avait écrit : « Mon coeur mis à nu », mais on hésite à mettre cet écrit au premier rang de son oeuvre et je ne sache pas qu’il lui doive son immortalité. Bien des auteurs et des plus grands ont « tout balancé » à la figure du lecteur, mais ils étaient auteurs faisant oeuvre, au lieu que plusieurs qui nous bassinent aujourd’hui avec leurs confessions (qui alternent repentances et dénonciations) tentent de nous faire croire que c’est le fait de signer un livre qui fait d’eux des auteurs.

  17. Je commence à trouver inhabituellement long le silence de notre cher NeoBirt7, son dernier message datant, à ma connaissance, du 4 janvier.

    Un signe de lui, s’il nous lit, ou bien des nouvelles par quelqu’un qui serait en contact avec lui, serait le bienvenu.

  18. Cela n’a rien à voir avec la Pléiade, mais je voudrais tout de même ici rendre hommage à l’éditeur « indépendant » (à tous les sens du terme), Pierre-Guillaume de Roux, mort prématurément d’une saloperie de « longue maladie », le 11 février dernier, à l’âge de 57 ans.

    Fatalité familiale, puisque son père, le grand Dominique de Roux (notamment fondateur au début des années 60, des Cahiers de l’Herne, dont les premiers numéros, monumentaux au sens de « Monument Historique », étaient consacrés aux grands « maudits » de l’époque, Bernanos, Céline, Pound, Gombrowicz…) était lui-même mort à l’âge de 41 ans, en laissant son « Cinquième Empire » en héritage…

    Pierre-Guillaume de Roux était un esprit rebelle mais non victimaire, et, à ses derniers correspondants (qui étaient des amis communs), il y a moins de deux mois, il ne parlait que de la mauvaise santé de sa maison d’édition, qui luttait contre vents et marées, et passait sous silence la sienne.

    Une sacrée mauvaise nouvelle pour le monde de l’édition et de la littérature !

  19. 16 février 2021.

    Ce qui était merveilleux sur le blog de Monsieur Bilger (que j’ai eu l’occasion d’évoquer ici), c’est que Madame Bilger, qui gérait tout cela de main de maître, servait aussi de trait d’union entre les participants, n’hésitant pas à les mettre en contact les uns avec les autres, en fonction des demandes et des affinités.

    Madame Bilger trouvait toujours des fautes de français dans mes billets et les corrigeait systématiquement. Durant le peu de temps que j’ai passé sur ce blog trop politique à mon goût, j’ai pu perfectionner mon français rien qu’en comparant mon texte avec la version publiée par Madame Bilger !

    Ce n’est nullement ici un reproche déguisé que j’adresserais à Brumes. Nullement. Je dis simplement que cette dimension manque sur ce blog. Au point que des contributeurs que l’on a appréciés, aimés (j’ose le dire) disparaissent sans qu’il y ait aucun moyen de savoir ce qui se passe.

    Un jour, la belle voix amicale de Domonkos se taira, celles d’autres figures attachantes d’ici, et personne ne saura comment ni pourquoi.

    • Bonjour Ahmed,

      Vous évoquez là une fatalité des rapports qui restent virtuels, avec cette spécificité des blogs qui structurellement veulent que personne ne connaisse personne. Je sais que les forums (formule que j’avais évoquée auprès de brumes il y a fort longtemps) sont déjà un peu de la vieille école, mais ils permettent au moins à ceux qui le souhaitent de correspondre à travers une adresse électronique, voire de se téléphoner ou de se rencontrer.

      J’ai participé – et continue de participer – à de nombreux forums, et sur ceux que j’ai le plus pratiqués, j’ai créé quelques liens, parfois occasionnel mais parfois pérennes, avec des membres : rencontre autour d’un centre d’intérêt commun, voire sortie « thématique » entre membres et parfois leur famille.

      La littérature est une activité assez solitaire qui ne suscite pas forcément la rencontre ou la discussion réelle, pourtant bien plus riche que nos simples échanges qui n’engagent à rien. Et pourtant, même cette activité si solitaire pour ne pas dire égoïste peut conduire à de belles rencontres : pour exemple, l’invitation qu’avait lancé notre ami Draak – il y a deux ans déjà ! -, était une occasion pour ceux qui le pouvaient de se rencontrer et d’assister à une sublime pièce de théâtre. Le lien fut créé et il subsiste, même si en ces temps difficiles la rencontre n’est pas à l’ordre du jour – mais elle aura bien lieu à nouveau !

      Reste enfin la contrainte géographique : ces liens internet « merveilleux » qui permettent à tous de communiquer, partager, apprendre… n’entraînent pas forcément de rencontre si les membres habitent loin les uns des autres. Vous me direz qu’il reste la correspondance, la véritable, celle « avec une plume, de l’encre et une feuille de papier ».

      J’ai pour ma part une petite astuce pour garder le lien avec quelques membres de tel ou tel forum au cas où la belle machine viendrait à disparaître : nous échangeons nos coordonnées, adresse électronique ou numéro de téléphone, ou bien encore nous sommes inscrits sur un forum tiers qui permet le cas échéant de se retrouver. Très pratique lorsqu’il me faut organiser une virée régionale avec des membres qui viennent de la France entière mais aussi de Belgique ou de Suisse, ou lorsque nous devons nous retrouver pour une sortie photo…

      J’en profite pour vous remercier pour vos petits billets en forme d’extraits de journal.

      • Un ancien magistrat sur le blog duquel j’étais tombé un jour tout à fait par hasard. Intervenants de haut vol, mais un blog très orienté « politique française », ce qui m’en a fait partir assez rapidement.
        Mais je garde un merveilleux souvenir de mes échanges avec Madame Bilger, toujours à propos de menus détails de syntaxe.

        Je n’y suis pas retourné récemment et ne sais donc pas ce que ce blog est devenu.

        • C’est bien celui que j’avais aperçu à la TiVi, un jour que je promenais mon ennui pluvieux de chaîne en chaîne, c’est-à-dire de Charybde en Scylla.
          Purement anecdotique, j’en demande pardon à la compagnie et ne m’attarde pas sur le sujet – hors-sujet.

  20. Je viens de voir sur la-pleiade.fr que l’album de cette année et les deux nouveaux volumes au mois de mai seront consacrés à Flaubert. S’agit-il enfin des tomes IV et V des Œuvres complètes évoqués depuis plus de dix ans, avec en particulier L’éducation sentimentale ? Un article de Déborah Boltz évoquait jadis ce projet de tome IV (https://journals.openedition.org/flaubert/523). Auriez-vous d’autres informations à propos de ces tomes IV et V ?

    • Bonjour,
      Il s’agit bien des œuvres complètes IV et V, tel que le mentionne la page « À paraître » du site de la Pléiade (http://www.la-pleiade.fr/A-paraitre). Il devrait notamment contenir « L’éducation sentimentale », l’inachevé « Bouvard et Pécuchet », ainsi que le délicieux « Dictionnaire des idées reçues ».

      • Excellente nouvelle, d’autant plus que le site mentionne que l’album de la Pléiade 2021 sera consacré à Flaubert. Gallimard attendait sans doute le bicentenaire de Flaubert pour terminer la série.

  21. Bonjour,

    J’avais tantôt proposé en ces lieux agréables une liste. À l’époque, le document s’appelait « Liste d’œuvres pour la vie » ou quelque chose comme cela. Les critiques à l’époque n’avaient pas été tendres – en partie du fait que le public ici est, à raison, exigeant, et que le projet était fort jeune. J’ai continué à travailler dessus de façon assez intense quand mon travail me laisse un peu de répit. Il s’agit d’un travail qui n’est jamais achevé. Cependant, l’ensemble a atteint un résultat provisoire qui est bien meilleur que la très ancienne version postée ici il y a quelque chose comme deux années.

    Je ne souhaite pas démarrer de nouvelles polémiques, mais simplement partager mon travail avec toute personne intéressée, comme l’a fait Draak avec l’utile propagerlefeu. Je suis tout à fait au courant des limites inhérentes à un tel projet et, autant que faire se peut, me leurre pas. Si vous avez des remarques, suggestions, corrections, questions etc, je suis à l’écoute. Je signale qu’il est inutile de me dire qu’un tel document ne sert à rien. Il est disponible pour les personnes qui souhaitent s’intéresser à la culture d’elles-mêmes, sans avoir besoin de faire des génuflexions pour cela. Il n’est pas fait pour inciter quelqu’un qui ne s’intéresserait pas aux livres ou aux œuvres culturelles en général (il ne contient pas de dispositif pour cela, veux-je dire). Il est d’abord destiné à être donné à mes élèves en fin de Terminale afin de les assister durant leurs études supérieures. Ce document espère notamment être une source fidèle pour accompagner les découvertes culturelles de celles et ceux qui n’ont pas bénéficié d’une éducation où les codes culturels sont implicitement transmis, laissant les autres sur le carreau, confrontés aux mystères de l’oracle.

    Quoi qu’il en soit, bonne lecture. Le lien ci-après est pérenne, les mises à jour se faisant de façon transparente, vous pouvez y retourner au rythme qui convient à chaque personne afin d’y recueillir la dernière version (la mise à jour est faite plusieurs fois par mois). Vous pouvez librement diffuser ce document grâce à la licence choisie.

    Pour éviter tout malentendu, je vous invite à lire soigneusement le propos liminaire.
    Pour toute remarque, suggestion d’ajout ou de correction, diatribe, ou si vous souhaitez une version aisément éditable, vous pouvez librement me contacter à l’adresse suivante : contact01 [AT] kingsofspeed [POINT] fr

    Lien : https://drive.google.com/file/d/1EOaxq4foN02zLPLAz8CZjd6DHPsPBNx0/view?usp=sharing

    • 17 février 2021.

      J’ai eu la joie d’y voir le nom de Jean Amrouche. Mais ses Chants berbères de Kabylie sont le seul ouvrage de lui qui y figure. Je ne sais pas à quel point il est représentatif de la vie et de l’œuvre de ce poète à la destinée singulière.

      Une version de son journal aurait paru ces dernières années, mais je n’ai pas voulu la lire (alors que s’il y a un livre que je voudrais lire, c’est celui-là) parce que j’ai compris que ce n’est pas son journal intégral, la famille refusant, défendant, semble-t-il, qu’il paraisse entièrement.

      Il y a sa poésie, la part la plus personnelle de son œuvre, et je ne sais pas ce qui peut en être disponible encore chez de petits éditeurs. Certaines correspondances aussi peut-être.

      Je le répète : quel destin que celui de cet homme !

    • 19 février 2021.

      Petit complément :

      Un pur produit de l’école française, dans un pays et parmi un peuple où l’influence française était appelée à disparaître — et elle a disparu.

      Je parle évidemment d’une certaine idée de l’éducation à la française qui n’est plus, qui a vécu, qu’on est libre de regretter ou non.

  22. Question à Domonkos Szenes

    Il y a quelques jours, je me suis réjoui de trouver en vous un admirateur d’Yslaire. Vous connaissez certainement la série « XXe ciel.com ». J’ai fait mon miel des quatre volumes parus aux Humanoïdes Associés « …mémoires98 », « …99 », « …19.00 » et « …20.00 ». Il paraîtrait qu’il y aurait un ou deux autres volumes : « Introduction au XXe ciel » et « Mémoires du XXe ciel 98 », publiés chez Delcourt.
    Savez-vous si ces deux derniers volumes sont indépendants des autres ou s’ils font doublons ?
    Par avance, merci de votre réponse.

    Bonne nuit.

    • Bonjour Marc Bonetto

      L’histoire éditoriale de « XXe ciel.com » est assez erratique et un peu difficile à suivre, car Yslaire est aussi paranoïaque que « génial » (mot pris dans son acception « moderne ») et ses relations avec ses éditeurs sont tempétueuses.

      En fait, à ce que je crois avoir compris, il n’y a pas quatre volumes, ni six, mais cinq. Des deux volumes Delcourt, « Introduction au XXe Ciel » est vraiment une introduction (assez différente formellement des volumes suivants), tandis que « Mémoires du XXe Ciel 98 » a été repris, comme premier volume de la série aux Humanos. Je n’ai pas l’impression que « Introduction » ait été reprise par les Humanos, pour je ne sais quelle obscure raison appartenant au « mystère Yslaire ».
      Il y a eu aussi une intégrale, réunissant les 5 volumes Humanos, sous le titre « Le Siècle d’Eva ». Je ne la possède pas et ne sais pas si elle comporte des ajouts.

      Par ailleurs, il y avait tout le travail fait par Yslaire sur internet, dont je n’ai pas connaissance, car je reste attaché au livre papier et n’ai pas fait le bond dans le monde virtuel.
      ……………………….

      En tous cas, même si on n’est pas, comme vous et moi, un amateur du travail d’Yslaire au long cours, ni même un amateur de bandes dessinées, je recommande chaudement derechef son travail sur la maîtresse métisse de Baudelaire, qui est une véritable splendeur, au vu des trois « cahiers » d’esquisses, de travaux préparatoires, de dessins achevés, qui sont parus chez Dupuis, en attendant, le mois prochain, la parution de l’album achevé.

      Yslaire qui est, comme le prouve sa série « Sambre », plongé jusqu’au coup dans l’époque du Romantisme et son esthétique, donne une vision de l’intimité et de l’imaginaire de Baudelaire fascinante – vision bien entendu fantasmée : là est sa vérité. Il ne saurait en être autrement, car qui pourrait prétendre vraiment avoir une vue réaliste de la vie et des rêves du Poète, connaître son secret sous les apparences trompeuses mises en scène par Baudelaire lui-même ?

      • En ce qui concerne « Introduction au XXè siècle » chez Delcourt, je l’ai vue ailleurs qualifiée de « travail préparatoire ». Cette appellation me semble effectivement mieux convenir que celle d’introduction. C’est certainement cet aspect qui a conduit Yslaire à ne pas la reprendre dans l’édition des Humanoïdes Associés.
        Je suppose que vous connaissez également son diptyque : « Le Ciel au-dessus de Bruxelles » (« avant » et « après »), publié par Futuropolis, et qui est assez proche du précédent ensemble.

  23. Merci pour ces renseignements. Ils confirment mes soupçons. « Introduction au XX ciel » sera donc l’un de mes prochains achats et j’ai dans le collimateur l’album sur Baudelaire et Jeanne Duval.
    Un de mes défauts, véniel par rapports à d’autres, certainement névrotiques (mais on peut vivre très bien avec ses névroses), est de vouloir tout lire d’un écrivain. C’est évidemment impossible et le notion d' »oeuvres complètes » me paraît fallacieuse. La Bibliothèque de La Pléiade manque de cohérence. Par exemple, les « OEuvres complètes » de Baudelaire sont indépendantes de la correspondance. Allez comprendre.

    Bonne journée à vous et à ceux qui me liront.

    Marc Bonetto

    • J’avais un ami écrivain (Marc Petit) – je dis « j’avais » car depuis un an que je ne vois plus personne, assigné à résidence ou quasiment dans mon village isolé, mes amis sont tous devenus lointains et un peu « perdus » – qui, un soir où nous nous saoulions de poésie, a affirmé que les vers de Baudelaire étaient techniquement exécrables.
      Fort bien. Je ne suis pas de force à en discuter et alors, je restai coi.

      Néanmoins, les années passant, je considère de plus en plus Baudelaire comme le plus grand poète de son siècle (et c’est un hugolâtre non repenti qui vous le dit).
      Plus jeune, son poème « l’Albatros » me faisait rire comme rodomontade, aujourd’hui je savoure l’exactitude de la métaphore et la façon dont elle s’applique parfaitement à son auteur : Marc et moi voyions tous les deux « ses ailes immenses » mais, tandis que je ne l’imaginais qu’en « Prince des nuées », lui le voyait boiter lamentablement sur le pont du bateau.

      Chez certains – ce n’est pas le cas de tous – les pires défauts sont encore une marque de leur génie.

      Dans le cas de Baudelaire il paraît inconcevable de ne pas disposer du moindre mot sorti de sa plume – quand bien même sont-ce des cochonneries « belgiques » – tant son oeuvre, en l’état d’inachèvement où il l’a laissée, est indivisible. Qui pourrait se targuer de quelque légitimité à « faire le tri » que Baudelaire, s’il avait vécu plus longtemps et en disposant de ses facultés mentales, aurait fait mieux que personne ?

  24. Les vers de Baudelaire serait « techniquement exécrables ». Bigre ! Diantre ! Fichtre ! N’êtiez-vous saouls que de vers ? N’aviez-vous pas vidé quelques flacons d’alcohols plus ou moins frelatés et fait une consommation abusive de produits stupéfiants ?

    Mon avis vaut ce qu’il vaut, mais, jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire, je continuerai à penser que c’est lui le « poëte impeccable ». Dans les deux volumes de La Pléiade, il n’y a rien à jeter, et surtout pas « Les Fleurs du Mal ».

    Bonne soirée.

    P. S. J’ai acheté « Introduction à XXe siècle.com », neuf et à un prix raisonnable.

    • Il nous en avait fait une démonstration en disséquant quelques vers, mais franchement, c’était trop technique pour moi, et de toute façon, diX années plus tard, il ne m’en reste plus grand chose en mémoire.
      Par contre, je me souviens que, les trois ou quatre autres écrivains qui se trouvaient avec nous, autour de la table (nous formions un petit cercle de passionnés autour de deux ou trois idées communes que nous nous faisions de la littérature), tous estimables et plus encore, semblaient d’accord avec lui. Était-ce du snobisme ? Je n’en sais fichtrement rien et je m’en fiche. De toute façon, il s’agissait de « mécanique » et pour ma part, j’ai toujours aimé entendre ronronner un moteur sans qu’il me vienne envie de plonger les mains sous le capot.
      En tout état de cause, Baudelaire est un des rares dont j’ai retenu des vers tout au long de ma vie, et qu’il m’arrive de citer, avec Gérard de Nerval qui est le plus proche de mon coeur.

  25. 20 février 2021.

    Le langage précis fait sortir l’homme d’un rêve dont il est, depuis l’origine, le prisonnier.

    Adapté de Georges Perros.

    (Ce cher Perros avait écrit : « dont il est le mannequin bringuebalant » — dans Papiers collés I, 1960 ; ce qui est moins bien, et préjudiciable à l’équilibre de la phrase).

    Excellent week-end à tous.

  26. Voici le programme du volume Romans pour Genêt. Il est précisé qu’il s’agit de la première version non censurée et que les textes sont donc quelque peu différents de ceux connus : Notre-Dame-des-Fleurs – Miracle de la rose – Pompes funèbres – Querelle de Brest – Poèmes – Journal du voleur – L’Enfant criminel, Fragments – En marge des œuvres de Jean Genet:.

    • Voilà donc une bonne raison d’acheter cette Pléiade dont j’avais dit qu’il aurait fallu qu’elle apportât quelque chose de neuf pour me motiver. C’est chose faite.

      Je suis divisé, pléiadophile : le lecteur vous remercie, mais celui qui tient les cordons de la bourse ne vous remercie pas.

  27. « À Ferney-Voltaire, une famille lègue à la commune 30 livres de Voltaire imprimés avant sa mort

    À Ferney-Voltaire, dans l’Ain, à quelques kilomètres de la frontière avec la Suisse, la présence du philosophe des Lumières est partout. Il a vécu presque vingt ans dans la ville et lui donna son nom. Une statue à son effigie occupe la place centrale du bourg avec cette inscription : « Bienfaiteur de Ferney ».

    Près de deux siècles et demi plus tard, une nouvelle trace de ce passé vient de refaire surface. Une vieille famille de Ferney a fait don de 30 ouvrages de Voltaire vieux de 253 ans. Ils ont été imprimés dix ans avant la mort de l’écrivain, en 1778. » (France Info)

  28. Je ne résiste pas au plaisir de vous parler de mon dernier bonheur de lecture: j’ai depuis quelques années les deux volumes des Oeuvres Complètes de Roger Martin du Gard en ma possession; après avoir dévoré les Thibault, et beaucoup aimé Jean Barois, j’en était resté là. Et puis il y a quelques jours, j’ai ouvert le deuxième tome, au hasard, et j’ai découvert Vieille France. Quel texte! C’est terrible, le comique le dispute au tragique, on y est dans ce maudit village de Maupeyrou, avec ses vieilles bigottes, ses gamins sournois, ses mesquineries et ses jalousies recuites. Pas un mot en trop, c’est écrit avec un scalpel, c’est même un peu méchant, ce qui est étonnant de la part de cet écrivain, que je trouve hélas, à moins que je ne me trompe, un peu oublié. J’ai l’impression que Paul Morand, à qui ce texte m’a fait penser, a davantage les faveurs de Gallimard (biographie, journal de guerre…). C’est en tout cas, à mon humble avis, un livre à découvrir, et je me permets de vous le conseiller!

    Amitiés,
    Alinio.

    • 25 février 2021.

      Je suis si heureux que quelqu’un évoque enfin ce livre méconnu, qui est en effet une manière de chef-d’œuvre — que Martin du Gard avait écrit pour « se reposer » de son travail sérieux du moment. Je crois bien que c’est pendant l’écriture de ce livre impossible : Maumort.

    • Roger Martin du Gard a écrit Vieille France en 1932, il était presque ruiné, il avait interrompu l’écriture des Thibault, probablement un peu dans un état de désespoir. C’est pour cela que ce roman est si amer. Il n’a commencé à travailler sur le lieutenant-colonel de Maumort qu’en 1941.

  29. Philippe Jaccottet est mort. Je connaissais peu le poète mais je vénérais le traducteur et le passeur (de passions) qu’il était.
    La liste de ses traductions est effectivement longue comme le bras d’Hercule. J’ai commencé, jeune, par Musil et aujourd’hui je me délecte de son Holderlin chez La Pleiade dans lequel il a eu l’immense mérite de laisser à d’autres le soin de s’exprimer : je pense au très grand Gustave Roud, quel régal, lisez-donc sa traduction du Rhin, mais aussi à André du Bouchet et au moins connu Robert Rovini. Bien sur il y a son Rilke dont j’ai cherché pendant de très longs mois des bribes de traductions des Sonnets à Orphée qu’il disséminait, grand espiègle, ici ou là (j’en ai collecté que 4 dont trois dans la seule revue Europe!); sur sa traduction des Elégies de Duino, Jean-Yves Masson rapportait qu’il ne l’aurait jamais entreprise (et pourtant ô combien belle et rugueuse) s’il avait su que Jaccottet allait faire la sienne (bien plus tard). Nous avons gagné, là, deux immenses textes.
    Pour Mandelstam, il a été plus passeur que traducteur (malgré le fait d’avoir appris la langue russe justement pour le traduire), laissant une fois de plus la voix aux deux grands traducteurs de ce poète que sont Louis Martinez et surtout Jean-Claude Schneider qui, quelques années plus tard, acheva la traduction complète de l’œuvre de Mandelstam aux éditions le Bruit du Temps dirigée par Antoine, le fils de Philippe Jaccottet.

    Mais je veux ici surtout rendre hommage à sa traduction des Solitudes de Gongora (chez Dogana), dont on peut considérer que leurs univers sont totalement à l’opposé. Que vient faire l’amateur des ombreux sentiers vaudois chez l’astre solaire que fut Luis de Góngora y Argote !
    Ce terrible contraste donne ceci : voici la description de l’isthme de Panama, symbole du Nouveau Monde (Première solitude, v419-429) :

    « Puis, en dépit des volantes vipères
    – ombre au soleil et venin pour le vent –
    des archers caraïbes, ses bannières
    toujours glorieuses, toujours frémissantes,
    brisèrent, de cent plumes par l’Isthme bardés,
    les Lestrygons, fauves ailés :
    l’Isthme qui l’Océan divise
    et – serpent de cristal – l’empêche
    d’unir son chef par le Nord couronné
    à sa queue que le Sud orne, écailleuse,
    d’antarctiques étoiles. »

    • Merci pour ce bel hommage rendu à Jaccottet, Jaccottet dont j’étais à peu près le seul ici à dire que je l’aimais et l’admirais. J’aime aussi le poète, j’aime surtout le poète pourrais-je dire.

      • Ne croyez pas que les plus bruyants soient une majorité. Mais il est difficile, ici, parfois, de s’aventurer à défendre qui que ce soit.
        J’avais commis, à l’époque où ce blog n’était pas votre forum, mais mon blog, une note sur L’obscurité, je crois, un livre qui m’avait touché.
        Peu importe.

        • Faites comme moi, fermez ce « blog-forum ». J’avais fermé le mien — de blog, sur la même plateforme d’ailleurs — parce que la fréquentation en était exactement nulle, et parce que j’avais découvert que ce que j’y écrivais n’intéressait et ne pouvait intéresser personne.

          Pour vous, c’est peut-être différent.

      • Je fais partie de ceux qui ont pu avoir des mots assez durs (plus qu’il n’était nécessaire et raisonnable, sans doute) au sujet de la Pléiade Jacottet. En fait, ce n’est pas le poète que j’attaquais, car sa poésie me touche même si elle ne se peut égaler à certaines cimes – mais cela ne me gêne pas et d’ailleurs, en quoi serait-ce un défaut ? Ce qui me gênait, dans cette Pléiade (que j’ai lue) était la trop grande place, à mes yeux, donnée à des considérations prosaïques qui selon moi ne dépassent guère le niveau des vérités d’évidence et des choses entendues. Je ne me renierai pas sur ce point. Quant au traducteur qui a également été très contesté ici même, je ne puis rien en dire, dans un sens ou dans l’autre, pauvre monolingue (ou médiocre polyglotte) que je suis.

        Mais tenter de peser la valeur littéraire de l’oeuvre de Jaocottet n’est pas aujourd’hui l’objet de mon intervention, je suis tout à la tristesse de voir disparaître un authentique poète (question de sa place plus ou moins éminente mise à part) qui ne pouvait m’inspirer que du respect et de l’affection – et avec lui disparaître de notre présent une part de poésie.
        Au moins aura-t-il vécu « toute sa vie entière, » jusqu’au terme de son âge.

  30. Nous sommes d’accord, Il n’est pas comparable à Hugo, à Rimbaud ou à Baudelaire. Nul ne dit cela. Mais j’avoue que ses réflexions critiques sur la littérature ou la musique dans les Semaisons ne me sont pas désagréables. On comprend mieux ce qui a formé son univers intérieur.

  31. Mon cher Brumes,

    Sans vous demander de commettre la moindre indiscrétion, mais, de l’endroit où vous vous trouvez (celui où on tire les ficelles et tient les commandes de ce blog), avez-vous des nouvelles de NeoBirt7 ?

    Je dois être un cas supplémentaire de personne atteinte du syndrome de Stockholm, mais il est vrai que je me suis attaché à notre bon maître aux sévères jugements et à la férule toujours prête à entrer en action.

  32. Nous nous sommes quelquefois étripés ici même, au sujet des problèmes de traduction, polémiques dans lesquelles NeoBirt7 s’illustra plus d’une fois.

    Tout cela est dépassé à présent et les problèmes réglés définitivement. Il ne s’agit plus de traduire un texte mais une « âme ». Pour cela, point besoin de savantasses polyglottes, un parfait idiot ou un complet ignorant pourrait tout-à-fait faire l’affaire, pourvu qu’il ait la bonne couleur de peau. C’est ainsi que l’esprit humain avance en reculant de plusieurs siècles.

    Pour illustration, la façon dont la question a reçu une réponse définitive, près de chez nous, aux Pays-Bas :
    « L’auteure à succès Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de la poétesse noire américaine Amanda Gorman.
    Marieke Lucas Reineveld cède ainsi aux attaques formulées par une journaliste néerlandaise noire, originaire de l’ex-colonie de Suriname. Celle-ci affirmait dans un article du journal de gauche De Volkskrant qu’une personne blanche ne peut pas ressentir la détresse d’un peuple opprimé comme les Noirs américains. Et proposait une poignée d’artistes « afro-néerlandais » qui seraient selon elle mieux placés pour traduire des poèmes tels The Hill we Climb (trad: La Colline que nous gravissons), déclamé par Amanda Gorman lors de la cérémonie d’investiture du président Joe Biden. »

    • Ces fadaises ne datent pas d’hier ; le plus prolixe de nos traducteurs littéraires, à lui tout seul une véritable industrie se piquant d’entendre quinze ou seize langues, y compris l’hébreu biblique, le latin et le grec ancien, Pierre-Emmanuel Dauzat, ne translate-t-il pas à bride abattue armé de dictionnaires pour tout renfort (https://bit.ly/307D1ss et ailleurs) ? Il suffit de comparer la moindre de ses versions avec l’original pour y déceler moult erreurs que ne commettrait point un connaisseur universitaire de ces langues, allant de l’inexactitude vénielle au contresens grave, jusque sur l’anglais académique le plus limpide. « Or perhaps she is fantasizing about someone else » > « à moins qu’autre chose n’occupe leur imagination » ; « does one conclude that Montaigne had a smallish penis? » > « faut-il en conclure que Montaigne était pourvu d’un petit pénis ? » (traduire : « médiocrement outillé » ; smallish n’est pas small) ; « and he added a classical quotation » > « et y va d’une citation antique » ; « he showed no shame about revealing such things » > « il ne montra aucune gêne à révéler de telles choses » (affaiblissement sémantique : « vergogne, scrupule ») ; « amid the varied adventures of his friendly tool, nevertheless, Montaigne also did what all dutiful noblemen must do » > « et au milieu des diverses aventures de son ‘vit d’ami’, Montaigne fit aussi, néanmoins, ce que tous les nobles dignes de ce nom doivent faire » (contresens : dutiful = « respectueux de leur devoir » ; au passage, en copiant la citation métrique faite par Montaigne, Dauzat a détruit le rythme du décasyllabe, lui qui imprime « un vit d’ami la contente et la bien traite » au lieu de « un vit d’ami la contente et bien traite ») ; « among the many things for which he admired the philosopher Socrates was his having perfected the art of living with an aggressive wife » > « parmi les nombreuses raisons qu’il avait d’admirer Socrate, il y avait son art de vivre accompli avec une femme acariâtre » (contresens complet sur la construction : l’auteur original voulait dire « il y avait le fait d’avoir maîtrisé / porté au point de perfection l’art de vivre avec une virago d’épouse ») ; « Montaigne himself did not brood in his tower like a Gormenghast earl » > « Montaigne ne rêvassait pas dans sa chambre à la manière d’un comte de Gormenghast » (deux contresens de suite : la tour montanienne devient une chambre ; to brood = « être maussade, broyer du noir », ce qui est exactement le cas de ce personnage littéraire, à l’existence seulement égayée par ses livres jusqu’à leur destruction par le feu) – ces quelques exemples empruntés au début du chapitre 8 du détestable How to Live? Or A Life of Montaigne in One Question and Twenty Attempts at an Answer » de Sarah Bakewell (2010) dont Sauzat assura la traduction pour Albin Michel. Un interprète qui laisse échapper de telles perles en passant en français un anglais à ce point dénué d’ambiguïté et de fondrières, je laisse imaginer ce qu’il en est sur de l’allemand complexe ou sur les langues classiques (et je prie de croire que j’ai choisi ce passage, ainsi que ce livre, au hasard dans le catalogue du Kindle d’un de mes arrière-petits-enfants). Le regretté François Truchaud n’a jamais traduit de cette plume maladroite…

      L’oeuvre à laquelle j’ai voué ces mois de silence comportera, comme tout labeur humain, indubitablement des erreurs, mais elles n’auront rien, je pense, d’aussi élémentaire et imbécile que chez Dauzat – entre le brouillon de ma version de toutes les pièces de l’Anthologie Pléiade de la poésie chinoise (entreprise suggérée par l’altercation avec Domonkos, qui m’accusait de mal translater ce corpus), prévue pour un éditeur universitaire compte tenu de son copieux appareil critique ainsi que de la polémique frontale que j’y mène contre les sbires de Matthieu et les amateurs éclairés mais pas philologues pour un sou tel notre ami Domonkos, j’ajoute une annotation critique et exégétique à ma traduction inédite du Rāmāyana établie d’après l’édition critique de l’Institut orientaliste de Baroda et non pas d’après un texte vulgaire comme le fit le tome de la Pléiade (à la qualité doublement discutable compte tenu par surcroît du travail hâtif accompli par certains collaborateurs de cette entreprise). Ce sera sans nul doute un livre publié à compte d’auteur, vu le désintérêt pour le sanskrit de toutes les maisons d’éditions francophones hormis de trop rares séries contrôlées par des mandarins. Mes héritiers feront d’autant plus buisson creux !

      Le Flaubert de 2021 me tente bien, mais je redoute un manuscrit blanchi par l’âge, les grouillots de chez Gallimard n’aimant rien tant que laisser dormir les oeuvres rendues en attendant un quelconque jubilé qui leur ferait écouler quelques milliers d’exemplaires supplémentaires ! Le nouveau Genet me retourne les entrailles ; de quel droit en revient-on à l’état primitif des romans, canonisant pour ainsi dire la Samizdat par dessus les versions polies par ou au nom de l’auteur alors même qu’à son ordinaire la Pléiade réserve les pré-originales et autres versions initiales pour l’appareil critique ? La réponse ne fait que trop peu de doute, hélas – par souci de lucre, en remettant pour les quarante deniers du scandale les outrances verbales et les crudités du Genet éphèbe puis éphébophile sous les yeux du lecteur ! Sans moi. Dame Pléiade se comporte à l’inverse de Cyrano dans la tirade (superbe !) où il se défend contre le reproche de donquichottisme :

      bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
      lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
      ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

      (NB7, auquel la colère a redonné vie !).

      • Cher Neo-Birt7, de grâce, lancez une souscription ou permettez au moins que les personnes intéressées acquièrent ces précieux volumes.

        Heureux de vous lire de nouveau par ailleurs.

      • Très heureux de vous lire de nouveau, NeoBirt7, même si vous me réservez quelques piques (quoique, le qualificatif « amateur éclairé » me plaise assez). Je garderai sur le sujet mon quant à soi, ayant me semble-t-il déjà dit tout ce que je croyais devoir et pouvoir dit – et peut-être même un peu plus (ceci n’est pas un acte de repentance). Rémi Matthieu (dont j’appréciai jadis les travaux anciens) aurait-il fait figure de « géant » et de maître d’oeuvre incontournable, aux yeux des éditeurs de la Pléiade, « du temps que la Nature (ou l’Université) concevait chaque jour des enfants monstrueux ? (…) »

        Ne peut que partager votre méfiance pour Flaubert, mais elle ne sera pas suffisante pour me décourager de compléter la série Flaubert dans la ci-devant « prestigieuse collection ». Je ne saurais me contenter d’un Flaubert-Pléiadisé hémiplégique.

        Et, par-dessus tout, je vous sais gré de votre intervention musclée sur la nouvelle édition des romans de Jean Genet qui renforce les préventions que j’avais exprimées. Je partage entièrement votre point de vue sur le sujet, tant pour le fond que pour la forme. Ma déception est d’autant plus grande que j’avais d’abord cru comprendre (incapable de soupçonner qu’il pût en être autrement) que nous aurions les textes « primitifs » sans qu’ils vinssent remplacer les versions postérieures et définitives. Le mot scandale est encore faible !

  33. Je reviens sur l’édition des poèmes et romans de Jean Genet, prochainement, en Pléiade.
    Sur le site de la Pléiade, il nous est dit :

    « La plupart des œuvres inscrites au sommaire du volume étaient connues par la version qu’en proposent les Œuvres complètes de Genet, qui commencent à paraître chez Gallimard en 1951. Mais le texte de ces volumes avait été révisé, soit par Genet, soit avec son assentiment, de manière à atténuer certains éléments sexuels et politiques. La présente édition revient systématiquement au texte des premières publications clandestines. Ces versions n’étaient jusqu’à présent accessibles au grand public que pour Pompes funèbres et pour Querelle de Brest. Ce volume est donc l’occasion d’une redécouverte, spectaculaire et radicale, des œuvres romanesques de Genet. »

    Fort bien. L’éditeur a toutes raisons de se réjouir et d’appâter le client avec cette tonitruante annonce. Je serai parmi les premiers à me jeter dessus, et donc à couronner ses espérances.

    Ceci étant dit et établi – et passé mon premier mouvement d’enthousiasme – il n’est pourtant pas interdit de se poser une question :
    de quelle autorité se réclame l’éditeur pour nous donner comme définitive, et seule valide, une version des romans antérieure à l’édition des Oeuvres Complètes dont « le texte (…) avait été révisé, soit par Genet, soit avec son assentiment » ?

    N’est-il pas habituellement d’usage, notamment quand il s’agit de la Pléiade, de donner les textes dans la dernière version révisée et approuvée par l’auteur, et considérée comme définitive ?
    Ou bien, comme il a été fait pour Gustave Flaubert, de nous donner « le premier ND des Fleurs » suivi du « Second ND des Fleurs » et ainsi de suite pour chacun des romans ?
    Afin que nous puissions disposer, dans la même édition, des deux versions de l’oeuvre de Genet, la « clandestine » (que, de facto, l’auteur a reniée en la « censurant » ou acceptant qu’elle le soit), et « l’officielle » (révisée et approuvée par l’auteur).

    L’éditeur est-il habilité à décider que seul le « texte des premières publications clandestines » doit être pris en considération ?
    Ne s’agit-il pas, finalement, d’une manipulation, et d’une falsification de l’oeuvre et de l’auteur Genet, à l’encontre de sa propre volonté ? Genet ne détestait pas jouer avec son image, quitte à s’inventer une vie ou des pans de vie, faut-il que ses éditeurs posthumes usent des mêmes méthodes, pour nous donner un Genet « tel qu’en lui-même (la Pléiade) le change » ?

    J’aurais aimé avoir, sur cette question, un avis de NeoBirt7, dont l’absence prolongé me paraît si regrettable.

    • Il faudrait surtout connaître l’ampleur des différences entre les versions Barbezat et Gallimard.
      D’après cet article il y aurait eu quelques remaniement dans Miracle de la rose, des retranchements mineurs (et peu compréhensibles au passage) dans Notre-Dame-des-Fleurs ; Journal du voleur, Querelle de Brest et Pompes funèbres ont, sauf erreur, déjà été republiés en version original dans L’Imaginaire et Biblos.

      Genet, en 1951, fait paraître ses œuvres complètes chez Gallimard. Il apporte quelques modifications, mais surtout il accepte que certains passages soient caviardés ou amendés. Dans le Miracle de la rose, « on a remplacé le mot « bite par le mot « sexe, ce que je trouve lamentable », constatait Marc Barbezat. Moins de coupes, mais des âneries semblables dans Notre-Dame-des-Fleurs, « quand Genet parlait d’un personnage et donnait la mensuration de son sexe, Gallimard l’avait coupée ». C’est seulement en 1993, dans la collection «Biblos», que Gallimard rétablit le texte.

      • J’entends bien les justifications que donnent les éditeurs, il n’en demeure pas moins qu’on a soigneusement attendu les éditions posthumes pour « rétablir » le texte primitif, puis, avec la Pléiade, canoniser ce texte primitif, en lieu et place de celui qui avait été établi ou bien accepté par l’auteur.

        Je veux bien admettre que le débutant Jean Genêt a pu accepter contre son gré des modifications qui auraient conditionné (?) la parution de ses premières oeuvres, mais on me fera difficilement croire que le Jean Genet devenu souverain dans le domaine de la littérature et de la provocation, n’aurait pas eu l’occasion, s’il l’avait souhaité, de demander et d’imposer ces « restitutions » à un éditeur trop heureux de se soumettre aux desiderata du grand homme !

        Donc, jusqu’à plus solide démenti, je continuerai de croire qu’il s’agit là de basse manoeuvre éditoriale, de manipulation abusive et de falsification, afin de rendre ce Pléiade plus « bankable ».

        La simple honnêteté aurait consisté à donner les deux versions (soit in extenso, soit puisqu’il s’agit de modifications peu importantes en quantité, sous forme de variantes). J’ajoute que, s’il s’agit bien de différences mineures, l’éditeur rend son cas encore plus pendable, en voulant nous faire croire qu’il s’agit là d’une version susceptible de bouleverser notre vision de l’oeuvre et de l’homme : « l’occasion d’une redécouverte, spectaculaire et radicale, des œuvres romanesques de Genet ». Excusez du peu !

        On nous a déjà fait le coup avec l’édition de Segalen, censée nous faire connaître « le vrai » Segalen (après avoir lu dans les cendres ses intentions jamais exprimées de son vivant ?), celui que personne n’avait su voir avant (ce que la lecture attentive que j’ai faite, depuis, des deux volumes Pléiade, ne confirme absolument pas et fait même sombrer dans le ridicule). J’ai retrouvé dans les préfaces et commentaires la même prétention à « être plus Segalen que Segalen lui-même ». Antérieurement, on nous fit connaître un Shakespeare inouï, et ainsi de suite… Quelle merveilleuse époque vivons-nous, et combien nos prédécesseurs étaient ignorants et semi-analphabètes !

        Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le Royaume de La Pléiade, soumis aux diktats du marketing.

        • Il est clair que les superlatifs de la notice sont de pure communication — espérons que les deux éditeurs n’ont eux pas donné dans l’esbroufe.

          Pour la préséance des différentes versions c’est tout de même embrouillé :
          tous les textes parus dans les Œuvres complètes de la collection Blanche ont été retouchés mais Querelle de Brest et Pompes funèbres sont en même temps (1953) parus en version originale dans la collection L’imaginaire. Quant à Notre-Dame-des-Fleurs et Miracle de la rose ils ont continués à être réédités en version originale par Marc Barbézat dans L’Arbalète.
          J’ai par exemple devant moi un exemplaire de Notre-Dame-des-Fleurs imprimé en 1966 — du vivant de Genet et après l’édition Œuvres complètes en Blanche (1951), donc — qui reproduit l’édition non retouchée de 1948.

          • Là où il se trouve (à supposer qu’il se trouve quelque part, et bien que je ne croie guère à l’au-delà), Jean Genêt doit bien s’amuser du sac d’embrouilles qu’il nous a laissé.

          • Dans tous les cas de figure, dans une édition qui s’est aussi longtemps faite attendre et qui affiche haut ses prétentions, on doit s’interdire de faire des choix à la place de l’auteur, donc les deux versions – sous quelque forme que ce soit – s’imposent absolument. C’est le moins, pour être pris au sérieux.
            Faute de quoi, on en revient à l’éternelle question : à quoi sert un Pléiade, hormis décorer une bibliothèque ?

  34. Je ne peux que faire chorus. Quelle idée insensée de ne pas avoir conservé les versions antérieures pour les variantes. Décidément, Gallimard s’enferre dans des choix éditoriaux piètres qui deviennent par trop le nouvel esprit de la collection.

  35. Domonkos, veuillez ne pas prendre en trop mauvaise part mes remarques vous concernant ; je ne faisais que vous créditer, ainsi que cela se dit en (fr)anglais, comme force agissante derrière l’orsam telam, le lancement de la navette sur le métier, de mon incursion en 中國文化學誌. Il est très stimulant de reprendre de zéro la traduction et le commentaire d’un échantillon de poésie chinoise s’échelonnant sur quelques millénaires ; tant pis si le résultat de mes veilles fait sans cesse descendre le lecteur depuis le char des Muses pour traverser des sentines sans air. Certaines pièces m’ont demandé deux ou trois jours de recherches et de vérifications, à raison de 7 ou 8 heures quotidiennes, soit bien davantage que ce qu’un universitaire surchargé d’enseignements et par surcroît astreint aux contraintes d’une vie de famille peut décemment leur consacrer dans les deux ou trois ans qu’une portion de Pléiade exige de ses auteurs. A mes moments perdus, j’aimerais rimailler une version moins prosaïque de ces poèmes, mais l’essentiel ne me semble pas là.

    L’évolution qualitative suivie par la Pléiade (et toutes les séries non stricto sensu érudites des Belles Lettres) nous amène sûrement vers des collections de pseudo luxe, au contenu similaire à des brimborions culturels pour blogueurs ou tweetos poseurs. Je voudrais donc dire avec Malherbe

    tu me ravis (Szenes), il faut que je l’avoue,
    et tes sacrés discours me touchent tellement,
    que Pléiades aujourd’hui ne m’étant plus que boue,
    je me sens profané d’en parler seulement

    pour m’excuser de me faire rare sur ce fil (et mes détracteurs de s’éjouir !).

    • Bien sincèrement, j’ai vraiment pris pour un compliment les termes « amateur éclairé ». Je ne trouve pas cela dépréciatif, et même plutôt flatteur, du « lieu » où je me situe. Et puis, nous commençons à devenir de vieux « ennemis », donc de bons amis… Ha ha ha ! Que serait un échange entre personnes s’estimant, s’il ne devait être que de lait et de miel ? Autant dire la paresse et l’ennui…
      N’ayant moi-même ni talent ni vocation à enseigner, je suis demeuré un éternel élève, recherchant la compagnie de ceux qui ont un savoir plus étendu, ou plus profond, ou au moins différent du mien. Sans pour autant me diminuer ou me sentir diminué. Et je respecte par-dessus tout « l’honnête travailleur » capable (contrairement à moi) de consacrer « deux ou trois jours de recherches et de vérifications, à raison de 7 ou 8 heures quotidiennes, soit bien davantage que ce qu’un universitaire surchargé d’enseignements et par surcroît astreint aux contraintes d’une vie de famille peut décemment leur consacrer dans les deux ou trois ans qu’une portion de Pléiade exige de ses auteurs. »
      Remarque très judicieuse.

      Soyons sérieux : qui voudrait véritablement s’approcher de la poésie chinoise classique (la contemporaine étant si abâtardie), espérer en connaître le goût, la saveur et la force évocatrice, devrait disposer de la version originale en idéogrammes (graphie ancienne, bien sûr), pour les yeux, de la transcription en alphabet romain, pour la sonorité, d’un mot à mot ou d’une version critique selon NeoBirt7 (celle-ci pouvant rendre inutile celui-là), pour le sens, et seulement alors, pour le pur plaisir esthétique, d’une version plus libre et plus « poétique ». Le tout, accompagné de notes suffisantes.

      Impossible ?
      Impossible oui, quand on a la prétention de donner en un volume une « Anthologie de la Poésie Chinoise » générale, allant des poèmes les plus anciens jusqu’aux plus contemporains, ce qui ne devrait plus être permis de nos jours, tant cela dénote un mépris de ladite poésie (réduite à portion congrue) et du lecteur (censé se contenter de ce pot-pourri).
      Pour ma part, je n’ai aucune envie de trouver dans un même volume, Villon, Racine, Nerval, Hugo, Mallarmé, Cendrars, Aragon, Yves di Manno… (*) Absurde !

      (*) liste résultant d’un vagabondage et ne prétendant nullement au nec plus ultra.

  36. Je me disais hier que peut-être nous aurons droit à deux volumes de Mishima en Pléiade une fois que Gallimard aura terminé son entreprise de retraduction depuis le japonais cette fois ce qui avait été traduit de l’anglais dans son œuvre (quelle honte ! soit dit en passant que procéder ainsi à l’origine).

    Comme cela, Gallimard pourra écouler des volumes qu’il a déjà vendus par ailleurs… Peut-être aurons -nous droit à quelques inédits pour nous consoler. Quoi qu’il en soit, j’attends avec impatience la retraduction de sa tétralogie pour m’y plonger.

  37. Bonjour, néophyte sur cette page, j’y ai été amené par le hasard du moteur de recherche. Je suis le seul que ça étonne que le prochain album de la Pléiade est consacré à un auteur qui a déjà eu le sien ? Le numéro 11 en l’occurrence (1972) ? Doit-on s’attendre à revoir des auteurs en albums, alors que d’autres n’ont toujours pas eu l’honneur d’en avoir un ? Dickens, Marx, Montesquieu, Kafka… Merci d’avance

  38. Bonsoir,

    Nous devons être quelques-uns à partager votre étonnement, mais la parution d’un album de La Pléiade est la plupart du temps liée à l’actualité de la collection. On aurait pu intervertir la sortie des oeuvres complètes de Flaubert avec « Romans et poèmes » de Jean Genet et consacrer à celui-ci l’album 2021. Mais non.

    • Peut-être, mais j’ai quand même l’impression que la collection tourne en rond. Les rééditions s’enchainent, pour de temps en temps l’une ou l’autre nouveauté. Le nombre de coffret a explosé sur ces dernières années, au détriment de la qualité ou de la variété non ? je comprend l’argument économique, mais ce n’est pas nouveau, la Pléiade a toujours été une collection au dessus de ce genre de considération. J’ai peur d’y voir Amélie Nothomb, Marc Levy, Stephen King ou Michel Onfray… Bien que je n’ai absolument rien contre ce genre d’auteurs, ça reste un nivellement vers le bas qualitative, alors que tellement d’autres auraient leurs places en priorité : Beckett, Leibniz, Schopenhauer, Aron, Maurois, Averoes, Hegel… Si maintenant en plus les albums deviennent des rééditions « augmentées »…

      • Estimer que la collection, du fait de son image prestigieuse – de plus en plus écornée au demeurant – est au-delà des considérations économiques, cela relève à mon sens bien plus de l’espérance que de la réalité. Gallimard est une entreprise, appartenant qui plus est à un grand groupe éditoriale derrière lequel sont des financiers. On voit clairement avec l’évolution de la collection depuis un bon nombre d’années maintenant qu’il s’agit désormais avant tout d’être particulièrement rentable. C’est cela qui amène cette chute de la maison Pléiade.

      • Tout à fait d’accord sur l’aspect « tourner en rond ».
        Que de coffrets ! Qui ne sont que… que quoi au juste ? Vendre deux volumes dans une boîte nouvelle ?!
        Il y a tellement à faire dans le monde de l’édition ! Mais, faisons, nous ! Bougeons-nous !
        La Pléiade est une société, dont l’objet est le profit. L’idée de fond est belle. La réalisation de la forme est spectaculaire. Avoir réussi à mettre au monde d’aussi beaux objets. Le papier, l’impression, la reliure, le cuir. Que faire de tout cela ? Maintenant il faut des acheteurs. C’est évident.

  39. Question qui me turlupine: existe-t-il un site internet qui propose l’Album de la Pléiade gratuitement à l’achat de trois volumes durant la quinzaine? C’est que le gentil petit libraire de quartier qui connaît si bien ses clients et a de si bons conseils (mythe contemporain) je le cherche toujours dans mon coin… Jadis l’épicier étatsuniens Jeff B. s’y collait, mais ce n’est plus le cas depuis plusieurs années, et comme on nous incite à ne pas bouger de chez nous…

    • Je ne peux l’assurer absolument – à vérifier – mais il me semble que la Fnac doit le faire (je crois même me souvenir l’avoir fait, lorsque j’étais à Wallis et Futuna et que la plus proche librairie se trouvait à… 450 kms par avion !).

      • Le problème, avec la Fnac, c’est que, lorsqu’on est adhérent, on ne peut cumuler le port gratuit et la remise de 5% : c’est l’un ou l ‘autre, il faut choisir. Vu le prix de trois Pléiades, je pense que le choix est vite fait ! (On m’avait expliqué que les concurrents s’étaient plaints d’une concurrence déloyale, lorsqu’ils cumulaient les deux avantages.)

    • Je veux bien croire que le gentil petit libraire de quartier plein de bons conseils soit un mythe dans bien des endroits, mais je vous assure avoir rencontré cet étrange animal à plusieurs reprises et en connaitre personnellement quelques-uns.
      Je suis sûr que je ne suis pas le seul en ces lieux à connaitre des librairies de très grandes qualités où les conseils sont précieux.

  40. Le site des librairies Decitre participe à la Quinzaine de La Pléiade. 0, 01 euros de frais de port si la commande dépasse trente-cinq euros. Il faut seulement s’armer d’un peu de patience et attendre parfois une dizaine de jours avant ce recevoir le colis.
    L’an dernier, j’ai acheté trois volumes de la Pléiade sur le site de la librairie Compagnie, en téléphonant pour m’assurer que l’on m’enverrait bien l’album. Là aussi, ce fut un peu long, mais il vaut mieux privilégier les petites librairies aux grandes surfaces de la « culture ».

  41. Bonsoir,
    Des habitués de ce fil de discussion pourront peut-être me renseigner.
    Je feuilletai le premier volume des œuvres de Rousseau (Les Confessions et autres écrits autobiographiques). Je suis tombé sur quelques coquilles, parfois grossières. Je me suis demandé s’il s’agissait d’erreurs incombant à Gallimard, ou si cela est, au contraire, une volonté de retranscrire un manuscrit tel quel.

    Je poste un cliché photo :

    [IMG]https://zupimages.net/up/21/13/dy8a.jpeg[/IMG]

    On peut noter des circonflexes manquants sur « continuames » et « fumes » (je pense une évolution de la conjugaison…).
    Par contre, « nous fumes logER » pique vraiment les yeux.

    Qu’en pensez-vous ?
    Merci d’avance

  42. L’édition Gagnebin-Raymond est notablement moins moderniste que d’usage dans la Pléiade à l’époque (voir la Note sur le texte dans les tomes I et II). Je cite I, pp. XCVII-XCVIII: « désirant donner enfin une édition absolument fidèle aux divers manuscrits et nous conformant aux principes adoptés pour les éditions critiques, nous avons décidé de respecter scrupuleusement l’orthographe de l’auteur. Anachronismes, incohérences, provincialismes ont été soigneusement recueillis. Rousseau tenait à son orthographe, à certaines formes désuètes ou populaires. Il l’a dit et répété maintes fois à ses imprimeurs. On trouvera donc dans cette édition, et parfois à la même page, des orthographes différentes pour le même mot. Rousseau hésite encore entre la forme ancienne et la forme contemporaine d’un assez grand nombre de mots, sçavans et savans, assiète et assiette, diné et dîner, bisarre et bizarre, monoye et monnoye voire monnoie, Il lui arrive de faire âge féminin, conformément à certains textes du XVIe siècle, et d’écrire une assemblage. Toutes ces singularités figurent dans la présente édition. Nous n’avons consenti qu’une seule exception à cette règle en corrigeant les bévues évidentes (fautes d’inattention que l’auteur aurait corrigées lui-même s’il s’était relu attentivement). Ont été considérées comme des bévues évidentes: le défaut d’accord entre le sujet et le verbe (le sujet au singulier, le verbe au pluriel, ou vice versa), entre l’adjectif et le substantif (p. ex. les belles ame), l’omission de la décile (p. ex. : soupconné pour soupçonné, m’enfoncai pour m’enfonçai (…)), l’absence d’accent aigu sur la syllabe tonique (p. ex. verite pour verité, degres pour degrés), enfin l’absence d’accent grave sur la préposition à et l’adverbe de lieu où ».

      • Le paragraphe suivant, que j’ai omis car je ne pouvais tout copier, concerne les archaïsmes de syntaxe, notamment les syllepses nominales. Contrairement aux éditions Pléiades de Voltaire ou de Diderot (première mouture), sans nul doute trop agressivement modernisées pour la graphie comme pour la syntaxe, les cinq volumes de Gagnebin-Raymond donnent une idée fidèle de l’usage rousseauiste tout en étant lisibles (on ne peut pas vraiment en dire autant des « Oeuvres complètes » en cours chez Classiques Garnier, 2014 sqq., qui respectent jusqu’à la ponctuation de leurs sources de base, manuscrit ou édition princeps ; la principale mise à jour tient dans leur annotation, aussi développée, sinon davantage, que celle de la Pléiade). Toutes les fois où un grand auteur du XVIIe ou du XVIIIe siècle tenait à son système orthographique, ainsi Rousseau ou Marie de Gournay, il est bon de les éditer conformément à leurs voeux, dût la lisibilité y perdre, dans les séries à large diffusion (mais pas les éditions savantes ou les intégrales épistolaires, seulement connues des, ou consultées par les, spécialistes) ; pour nos classiques auxquels l’usage était indifférent, ou s’avère surtout celui de leurs imprimeurs, l’éditeur moderne devrait se sentir plus libre aux entournures. Comme le disait la demoiselle dans sa langue truculente, « à quoy sommes-nous plus bons s’il nous eschape en songeant un mesme, pour un mesmes, ou un commence, pour un commences ? On nous attend là de par tous les Dieux, on y guette la victoire et le triomphe sur nous, à l’imitation des petits enfans, qui par jeu complotté font dire à leurs compagnons : petit plat, petit plat, afin que s’il arrive à la langue de celuy qui parle, de fourcher, en prononçant, plit plat, il soit salüé d’une longue huée, avec la perte de l’espingle qu’il a consignée pour enjeu. Et le bon est qu’observer à leur mode toute ceste chicane de la langue s’appelle bien parler et bien escrire, s’il les en faut croire » (ponctuation modernisée).

  43. Bonsoir,
    J’envisage de m’acheter les deux volumes de la correspondance de Baudelaire. Au-delà d’en apprendre davantage sur son auteur, présente-t-elle de vraies qualités littéraires ?
    Merci.

    • Bonsoir cher lecteur baudelairien !
      Possédant les deux volumes neufs depuis plus d’un an, je peux vous répondre.
      Hélas, il faut être sincère, elle ne présente pas de qualités littéraires remarquables.
      Pichois le dit d’ailleurs dans l’introduction. Baudelaire n’est pas un épistolier. Il ne compose pas une Correspondance régulièrement dans le confort de salon, il écrit des lettres au jour le jour, où il peut, principalement pour quémander quelques sous à sa chère mère. C’est une suite de supplique pour de l’argent !
      Toutefois, si vous êtes sous le charme de l’homme, bien évidemment vous apprécierez les parcourir.
      Mais, on ne peut qu’être déçu que les volumes ne comportent pas les réponses des correspondants de Baudelaire… Une telle correspondance existe dans je ne sais plus quelle obscure édition érudite mentionnée dans l’appareil critique, sous la direction, bien évidemment, une énième fois, de Pichois (dont la qualité de la prose n’est hélas pas à la hauteur de son investissement dans les études baudelairiennes, mais c’est un autre sujet !)
      Je crois bien que c’est cette édition : https://www.abebooks.fr/Lettres-Beaudelaire-Charles-Baudelaire-Claude-Pichois/22868441153/bd (ça fait cher les 400 pages broché !)
      D’autant plus qu’il y avait largement la place : deux petits volumes de 1100 pages environ, qu’on aurait pu remplir de réponses de la chère Caroline ou autres.
      Bon, qu’importe.
      Sinon, la Note sur la fortune de Baudelaire par Ziegler, de quelques pages, très fouillé, au début du tome 1, est très intéressante (surtout si vous appréciez la rigueur notariale).
      On ne va pas se mentir, c’est un peu décevant pour plus d’une centaine d’euros, en comparaison de ce que l’on peut apprendre dans la biographie de Pichois et Ziegler, qui comporte bien de larges partie de la correspondance (ils l’auront peut-être à nouveau bientôt ici : https://www.recyclivre.com/shop/216428-2768836-charles-baudelaire-pichois—ziegler-9782213597737.html)
      Si l’édition de 1951 avait le mérite de rassembler tout Baudelaire en un seul volume, et si les deux tomes de Pichois depuis 1975 ont le mérite d’une bonne érudition, je dois dire que ces deux volumes de Correspondance ne se prêtent pas aux avantages du format Pléiade.
      Faîtes-les vous offrir, peut-être ?!
      En espérant ne pas vous avoir froissé…!

      • Je vous remercie de cette réponse complète et objective, Candy. Je vais donc réfléchir à tout cela avant un éventuel achat. La question du prix a peu d’importance dans mon cas personnel, mes préoccupations sont autres (ces volumes méritent-ils leur place dans ma bibliothèque, que je veux sélective…).
        Bien à vous

        • Bonjour KleineFuge,
          C’est intéressant cette notion de « mérite » pour entrer dans votre bibliothèque. On peut y réfléchir. Un mauvais livre gâche-t-il l’ensemble ? Jusqu’où s’étend la contagion de la médiocrité ? Que faites-vous des livres un peu décevants ? Des livres à la lecture non achevée (parce que bof) ? Des livres appréciés lorsque vous étiez plus jeune et que le temps vous fait considérer différemment ? Avez-vous des livres « honteux » que vous y placez, le rouge aux joues ?
          (Je pense que tout bibliophile a le même penchant au filtre sélectif. Je pince un peu le nez quand ma femme veut placer dans ma bibliothèque un de ses livres. Mes livres honteux, mais que j’assume très bien, sont les livres de « développement personnel » dont une amie me faisait remarquer que tout le monde les lit et tout le monde les planque ; Ah, et aussi la série des Angélique par Anne Golon. J’assume, j’assume..)

          • Ouhla ! Je risque de vous décevoir !

            Disons qu’actuellement, mes choix sont dictés par de vulgaires raisons logistiques. Je me suis fabriqué il y a peu deux bibliothèques sur-mesure pour y loger une collection Pléiade (avec la volonté de me restreindre au seul domaine français, et ce pour ne jouir que de textes originaux, la traduction étant selon moi une certaine forme de trahison…). Mes deux bibliothèques arrivent bientôt à saturation, présentant finalement un joli panorama de la littérature française. Donc pour la trentaine de volumes qu’il me reste à m’offrir, je vais devoir me serrer la ceinture et faire l’impasse sur certains écrivains.

          • Joli ! Mais il faut en effet commencer à bien soupeser ses choix !
            Le XVIIe en haut à gauche : vous ne remontez pas plus loin ou n’est-ce pas un classement tout à fait chronologique ?
            (Je suis d’humeur curieuse aujourd’hui).
            Amicalement.

          • J’ai très peu de volumes de la littérature d’avant le XVIIème siécle. Le Roman de Renart et Chrétien de Troyes pour le Moyen Age. Ronsard et Montaigne pour le XVIème (j’étais bien tenté par Rabelais, mais autant le français non modernisé des Essais n’a pas semblé me poser de souci dans les quelques passages que j’ai pu picorer au hasard, autant celui de Rabelais m’a fait l’effet d’une douche froide dès les premières lignes parcourues…).

            Donc effectivement, j’ai assez peu de textes situés avant les jolis rouges du XVIIème siècle. J’ai bien l’intention de m’offrir les volumes consacrés au théâtre antique grec, ayant conservé d’agréables souvenirs de lecture, quand j’étais adolescent. Mais comme je le signifiais dans mon message précédent, je me focalise exclusivement sur notre littérature française.

            En fait, le cliché posté plus haut est une photo prise il y a quelques semaines. J’avance à bon rythme, j’ai commencé cette bibliothèque il y a un peu plus d’un an, en novembre 2019. Mon libraire a de quoi se réjouir, certains mois où j’étais en forme olympique, j’ai pu alléger ses rayons d’une quinzaine de volumes.
            Depuis cette photo, mon XVIIIème notamment s’est bien étoffé =^.^=
            Les albums achetés d’occasion ont migré dans un petit meuble annexe, qui recevra également certains auteurs étrangers.
            Et pour gagner de la place, les quelques volumes présentés face avant et apportant un peu de dynamisme à l’ensemble ont dû réintégrer une position plus classique et moins ostentatoire !

            Ma lecture du moment, c’est la poésie de Baudelaire. Je m’attache à apprendre ses poèmes, pour me les réciter. Cela exerce ma mémoire, mais surtout, mon plaisir réside dans le fait de devenir intime avec chaque nouveau poème, qui se révèle peu à peu, et dont les subtilités et nuances deviennent alors limpides.

          • Il est vrai que si l’on élimine Shakespeare et le théâtre élisabéthain, Cervantes et autres Dante, on gagne déjà de la place avant d’arriver au (en effet) splendide « rouge XVIIe ».
            Ma curiosité n’a pas de limite aujourd’hui : Avez-vous fait une croix sur la littérature étrangère, ou lisez-vous dans le texte ?
            (Je n’ai pas été aussi restrictif que vous et en suis réduit à construire une extension à ma maison, et bibliothèques sur mesure itou, pour caser tout ça. J’ai le permis de construire et attends le devis du constructeur).

            Ami Lombard : J’ai reçu il y a quelques minutes The Oxford Companion to Charles Dickens. Pas mal du tout apparemment. Tout comme le « Charles Dickens, entre normes et déviance », que j’ai presque fini et vous conseille chaudement. J’en reparlerai où-vous-savez. (Ceci expliquant pourquoi je dois pousser les murs)

          • Non, je lis et apprécie la littérature étrangère et n’exclus pas de posséder quelques volumes de la Pléiade. J’ai évidemment songé à Shakespeare (les volumes bilingues ont ceci d’intéressant qu’ils proposent le texte original en regard de la traduction). Je n’ai malheureusement pas le niveau en anglais (encore moins dans d’autres langues) pour lire le texte original. Quand bien même je comprendrais le sens général d’un texte, je serais très loin de profiter du style. Je dois me contenter du filtre de la traduction.
            Mon coeur ira en priorité vers la littérature anglaise du XIXème siècle, ainsi que les auteurs russes. Et Sophocle, Eschyle et Euripide, comme j’ai pu le dire plus haut.

          • contentER

            Je suis désolé d’écrire ce message pour unique but de corriger une faute (qui pique les noeils). Je sais que tout message posté ici fait l’objet d’une notification email, donc les messages superflus seraient à éviter…

          • Il y a en ces lieux une Grâce Brumesque automatique pour les fautes dont on sait bien, venant d’amateurs de littérature, qu’elles ne sont que d’inattention.
            (En plus, c’est trop tard, tout le monde a déjà perdu un oeil).

        • Oui. En effet. Le lien cité vise la première réédition de 1996. Une deuxième réédition date de 2004, aussi aux éditions Fayard. L’édition originale de 1987 avait, elle, été éditée chez Julliard.

  44. Bonjour,

    A la place de la table, il me semble qu’on peut ajouter des rayonnages. J’ai choisi des étagères profondes, non pour jeter des livres en enfer, mais pour doubler l’espace.

    • Bonjour,

      C’est une volonté de ma part d’avoir des bibliothèques adaptées au format poche. Je les construis donc peu profondes, et surtout avec des casiers hauts de 20cm. Un faible encombrement, un rangement optimal. Et au final, cela se révèle plus esthétique. Je trouve dommage que certains livres se retrouvent relégués en seconde ligne, comme des mal-aimés ^^
      J’avais également adopté ce type de rangement, par le passé. Mais plus par contrainte que par choix.

      • (J’essaie depuis tout à l’heure de caser une blague sur les Pléiades et le blaireau du cadre mais n’arrive pas à tourner une phrase qui ne paraisse pas insultante ; que n’ai-je l’esprit d’un Baudelaire ?)

  45. Bonjour à tous.

    KleineFuge vous pourrez sans doute me renseigner.

    À propos de Baudelaire je compte acquérir les deux tome des œuvres complètes mais avant ça j’aimerais connaître la date d’impression et l’imprimeur ( Aubin ou Normandie Rôti ).

    Idem pour le Notre Dame de Paris- Les travailleurs de la mer.

    C’est que j’évite autant que possible les Aubin ayant constaté chez eux un défaut récurrent de fabrication.

    Merci d’avance.

    • Bonjour,
      Je vous dis ça de suite.

      Il se trouve que moi aussi, vous m’avez peut-être lu il y a quelques temps sur ce fil de discussion, je suis très regardant quant à la qualité de reliure de ces livres. Les volumes imprimés par Aubin présentant un problème parfois très prononcé et désastreux (parfois inexistant), alors que ceux imprimés par Normandie Roto demeurent généralement de bonne facture (mais j’ai pu repérer des Roto défectueux…).

      Concernant les volumes qui vous intéressent, si vous êtes patient (pour Baudelaire, j’entends), vous trouverez peut-être des reliures parfaitement exécutées.
      Je possédais le premier tome des œuvres complètes de Baudelaire, il y a quelques années. Cet exemplaire souffrait d’un assemblage hasardeux – du moins selon mes critères de maniaque méticuleux ^^.
      Dernièrement, j’ai pu feuilleter en librairie un exemplaire tout à fait honorable (et pour cause, imprimé par Roto). Je n’ai donc pas hésité à me l’offrir à nouveau. Quant au second tome, que je me refusais d’acheter tant la reliure était infecte sur tous les exemplaires que j’ai pu consulter ces derniers mois, j’en ai finalement trouvé un estampillé « FF » (« feuilletage fluide »).
      Enfin, mon Notre-Dame et mes Travailleurs sont très présentables !

      Baudelaire I : achevé d’imprimer par Roto le 14 décembre 2018
      Baudelaire II : achevé d’imprimer par Aubin le 9 mars 2017 (un Aubin qui fait exception !)
      Notre-Dame : achevé d’imprimer par Roto le 26 avril 2019

      Voilà !
      Au plaisir de vous renseigner sur d’autres références ^^

  46. Merci KleineFuge pour ces renseignements. Je pensais que le partenariat avec Aubin avait pris fin en 2014. Le tome 2 de Baudelaire me démontre le contraire.

    Sans vouloir abusé de votre patience j’aimerais un tout dernier renseignement sur 2 volumes qui me tiennent à cœur : le tome 2 des œuvres poétiques de Hugo ( qui contient les châtiments et les contemplations ). Pour l’anecdote : j’ai été obligé de racheter ce pléiade d’occasion ( imprimer en 86 ) tant le reliure de 2011 pour les Châtiments-Contemplations était horrible. Une des pire qui j’ai connu. En espérant qu’un nouveau tirage à été effectué depuis.

    Le second c’est la Légende des
    Siècles ( lui je l’ai eu d’occasion dans une édition des années 70 ) mais je serai curieux de connaître la date de son dernier tirage et si c’est un Normandie Roto ou un Aubin.

    Merci d’avance.

  47. Pas de souci, n’hesitez pas à me demander, au besoin. Et qui sait, cela peut avoir une certaine utilité pour d’autres lecteurs parcourant ces pages. J’assume et me charge de tristes questions pratiques, laissant le soin des considérations littéraires aux éminents intervenants réguliers que l’on peut lire ici.

    Ceci dit, si Brumes se trouve incommodé par ces futilités, nous pourrons sans problème échanger en privé.

    Concernant le volume II des œuvres poétiques de Hugo, j’ai été confronté au même souci. La reliure n’est pas propre – mais loin de certaines vraiment dégueulasses, pardonnez mon vocabulaire, je pense notamment au Queneau III. Constatant que le problème était récurrent sur tous les exemplaires que j’ai manipulés ces derniers mois (j’ai la chance de vivre près d’un libraire qui peut parfois proposer en rayon une dizaine d’exemplaires d’une même référence, bien pratique pour faire son choix). J’ai donc dû me résoudre à acheter ce volume II des poésies de Hugo, mais la fête était gâchée, le cœur n’y était pas !

    Quant à La Légende des siècles, mon Pléiade bénéficie d’une reliure irréprochable.

    Châtiments : Aubin, 14 décembre 2018
    Légende des siècle : Roto, 12 janvier 2016

    • Merci bien pour ces renseignements.

      Grrr Aubin, 14 décembre 2018. Moi qui était persuadé que le problème était résolu depuis 2014…

      Pour les Châtiments-Contemplations, je vais donc attendre et conserver mon exemplaire de 1986…

      Quant à la Légende des siècles, je vais sans crainte pouvoir remplacer mon exemplaire de 1977.

      Pour ma part c’est tout ce dont j’avais besoin de savoir. Mais que d’autres que moi n’hésitent pas.

      Car je pense que c’est aussi l’intérêt de cette page de donner des renseignements pratiques.

      • Oui, quelle triste affaire. J’ai de la famille à Poitiers, près de Ligugé. Lors d’une balade le dimanche, en voyant ce panneau, j’ai eu une envie fugace de poser une bombe =^.^=

  48. Bonjour à tous !
    Je serai bref, car je ne veux pas encombrer ce fil de discussions de propos hors du sujet Pléiade.
    Comme peut-être certains d’entre vous, j’ai un projet lancinant en moi depuis plusieurs années : éditer des œuvres.
    Le vide d’un espace capable de rassembler les intelligences littéraires solitaires me chagrine beaucoup. Je rêve d’un espace où l’amateur éclairé pourrait proposer des œuvres, fournir un travail de recherche, et recevoir la sanction de l’édition. Cela est assez simple à concevoir. Il manque l’émulation par les pairs pour le faire naître.
    Je suis partisan de la forme, de la belle mise en forme, et de l’accessibilité du texte. Le plus noble serait de créer un moteur de rendu web et pdf (que je suis en train de construire au fur et à mesure), pour proposer des versions plain-texte en ligne, et proposer à terme un format papier.
    Je voudrais commencer à déterrer quelques œuvres perdues du patrimoine littéraire. Ma prédilection va aux poètes et dramaturges du 16e et 17e siècles, mais tout est susceptible d’intéresser une telle entreprise.
    Le manque d’émulation par les pairs me réfrène énormément, c’est évident, mais, à l’état d’embryon intellectuel, ce projet a toutefois quelques exemples à fournir.
    Voir, par exemple, une édition (qui n’est pas terminée…) des Œuvres de Marc Papillon de Lasphrise : http://www.reprise-editions.fr/exemples/lasphrise.pdf
    Ou aussi, pour la forme web (et ce n’est là qu’un embryon d’ébauche, pour donner une idée) : http://www.reprise-editions.fr/exemples/baudelaire.html
    Si vous êtes intéressé, et c’est là une bouteille à la mer que je lance, vous pouvez me contacter à cette adresse : contact@reprise-editions.fr
    Je serais extrêmement heureux de pouvoir échanger avec d’autres lettrés, d’autres généreux citoyens de la République de Lettres, et de contribuer avec vous à développer cette idée d’entreprise éditoriale.
    En espérant ne pas avoir été trop accaparant.

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