La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

9 767 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Bonjour à toutes et à tous et meilleurs voeux,
    Je sais qu’il existe ici de fins connaisseurs de la littérature italienne. J’aimerais leur demander quelle est, à leur avis, la meilleure édition du « Décaméron ». J’ai celle de Garnier, traduite par jean Bourciez. Qu’en pensez-vous ? Merci à l’avance !

    • Voici un commentaire du dernier traducteur du Décaméron, Giovanni Clerico, ouvrage sorti dans la collection Folio (2006) dont la préface est de Pierre Laurens qui est un gage de qualité.

      Le commentaire ci-dessous est un petit extrait des 26ème assises de la traduction (Arles, 2009) (document complet ici : http://www.atlas-citl.org/wp-content/uploads/pdf/26actes.pdf).

      « J’en reviens à Boccace, que je vais être obligé de sabrer dans
      tous les sens, vu le délai imparti. Et je m’empresse d’abord de ren-
      dre hommage au deuxième traducteur du Décaméron, un certain
      Anthoine Le Maçon, chargé de cette tâche par Marguerite de Na-
      varre, sœur chérie de François Ier. Donc, Le Maçon, ce Dauphinois
      qui a séjourné à Florence, a traduit et dédicacé son travail, à mon
      sens le plus juste et le plus savoureux en notre langue, ni plus ni
      moins que Boccace a fait en la sienne : ce fut un beau projet en
      1545, pratiquement deux siècles après la parution du Decamerone
      toscan.
      Je passe sur l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, qui s’est
      arrêtée là car la mort l’a empêchée de terminer son ouvrage.
      Quant aux autres traductions, elles sortent à peu près de siè-
      cle en siècle : le Décaméron francisé est une affaire suivie.
      L’initiateur, Laurent de Premierfait, n’est qu’un précurseur bien
      insuffisant, plus fautif que vraiment coupable : la langue française
      de 1414 est encore assez mal armée, et son propre style plus
      gauche encore, moins d’un siècle après la parution du Decame-
      rone. Je passe sur La Fontaine, arrangeur astucieux en diable,
      qui a le talent de raccourcir pour la drôlerie. J’ai pratiquement
      négligé un “Anonyme d’Amsterdam” dont la méthode s’accom-
      mode au goût du temps, celui déjà des “belles infidèles” : il
      convient de flatter le public en améliorant l’original par des af-
      féteries diverses. C’est le cas de Sabatier de Castres en 1779, pla-
      gié par ce flibustier de Mirabeau, alors en prison, dès 1780, et
      qui, considérant que Boccace n’est plus lisible, n’est guère sen-
      sible qu’à l’aspect anticlérical de son texte. Il a donc chamboulé
      le Décaméron, édité à titre posthume en 1802, par bonheur pour
      l’histoire des idées.
      Puis viendra Francisque Reynard, journaliste puis sous-préfet.
      En 1879, tout en dénonçant les carences de ses prédécesseurs,
      il ne cesse pas quant à lui de désapprendre l’italien. Sa traduc-
      tion reparaît en 1962 au Club français du livre avec la bénédiction
      d’un illustre boccacisant, V. Branca, qui ne s’avise même pas des
      légèretés de Reynard, quand celui-ci prend un vieillard chenu
      pour un vieux “chauve” ou une lice (chienne) pour une “pan-
      thère”.
      Passons ; il y en a d’autres, tel Jean Bourciez, par exemple, en
      1963 : étourdissant de bourdes, au point de confondre chevreuils
      et …“écureuils” ou d’écrire en champion hors pair du contresens :
      “Notre Seigneur ressuscita de vie à trépas.” Tabithe, alias Dorcas,
      en serait pulvérisée. Sans même parler du choix revendiqué par
      Bourciez de “tronçonner” les phrases, autrement dit de saucisson-
      ner le “nombre” oratoire de l’auteur, à savoir l’harmonie de son
      éloquence, cet art d’alterner brièvetés et longueurs. Fi donc de
      Cicéron ou de Tite-Live ! Le français s’est essoufflé, de fait.
      Je ne peux mentionner que pour mémoire un choix de 24 contes
      gaillards du Décaméron (1964) par F. Arrighi et A. Berry, suivi en
      1974 du choix de soixante-sept contes par Jean Anglade.
      Mais je me dois de citer “un travail collectif”, revu par Christian
      Bec, ancien condisciple à Henri-IV. Ouvrage paru en 1994, puis
      somptueusement illustré en 1999 chez Diane de Selliers. La traduc-
      tion en est souvent honorable, mais forcément inégale, vu la diver-
      sité des moyens et des options de ses trois auteurs. Et ce, en dépit
      d’un essai de révision peu convaincant. Comment justifier sinon,
      au début de la VI, 3, dans un paragraphe où la narratrice Laurette
      entreprend, au nom de la bienséance, de prêcher en faveur d’une
      modération de bon aloi dans les ripostes, comment donc accepter
      que le choix didactique et lexical de l’auteur soit totalement banni.
      En effet, alors qu’en sept lignes du Decamerone apparaissent, dans
      un jeu d’oppositions comportementales, une fois le mot pecora
      (brebis), quatre fois le mot cane (chien) et cinq fois le verbe mor-
      dere (mordre) sous différentes formes, comment tolérer que ces dix
      occurrences, proprement animales, aient disparu de la version fran-
      çaise ? Au profit d’un certain “humour”, sic, dans l’art “d’égratigner”
      son prochain. Il a dû sembler de bon ton de couper la parole à l’au-
      teur en châtrant son mordant explicite. Voilà qui s’appelle dénatu-
      rer un texte. Appelons un chat un chat (et Boccace un fripon ?). »

      Bonne Lecture

      • Merci beaucoup Revpop pour cette information très détaillée. La formule « Notre Seigneur ressuscita de vie à trépas » m’a fait sourire.
        Bonne lectures

        • « Notre Seigneur ressuscita de vie à trépas » – mdr, lol, comme on dit de nos jours ; la meilleure de la semaine (peut-être ce traducteur, à l’instar d’autres, se relit mais mal, il lui faudrait une tierce personne ?)

      • Je pleure en songeant que je ne peux disposer d’un honnête Boccace dans une belle édition – en Pléiade, par exemple ? – honte sur la Maison Gallimard qui va me force à me farcir un hideux, incommode (et bientôt pétardé à force de manipulations), « Folio »…

        Au fait, j’ai récemment croisé la route de la version de Sabatier de Castres, si on oublie tout esprit de fidélité à Boccace, et qu’on l’a replace dans l’histoire de la littérature française, a-t-elle en soi une quelconque valeur historique ou littéraire (stylistique) ?
        Dit plus directement : vaut-elle le coup d’être lu ou bien doit-on s’épargner ce pensum ?

        • Désolé, mon cher Brumes, d’encombrer votre blog avec mes corrections (pourtant je vous jure que je me relis avant envoi, mais je me relis mal, il me faudrait une tierce personne), mais je ne peux laisser passer mon petit texte enlaidi d’autant de fôtes :
          ………………………..
          « Je pleure en songeant que je ne peux disposer d’un honnête Boccace dans une belle édition – en Pléiade, par exemple !
          Honte sur la Maison Gallimard qui va me forcer à me farcir un « Folio » hideux, incommode, et bientôt pétardé à force de manipulations…

          Au fait, j’ai récemment croisé la route de la version de Sabatier de Castres, dans une moderne réédition. Si on oublie tout esprit de fidélité à Boccace, et qu’on la replace dans l’histoire de la littérature française, a-t-elle en soi une quelconque valeur historique ou littéraire (stylistique) ?
          Dit plus brutalement : vaut-elle le coup d’être lue ou bien doit-on s’épargner ce pensum ? »

          • C’est un immense plaisir de lire Giovanni Clerico sur la façon qu’il traduit un texte érotique comme le Décaméron. Prodigieux de savoir et de malice !

            « Boccace ne fait guère appel au latin ou au grec en matière de vo-
            cabulaire savamment érotique. On ne trouve pas sous sa plume
            de mots tels que spermatico ou seminale. On tombe tout juste sur
            la concupiscenza charnelle ou l’appétit concupiscibile, termes
            plus drôles encore si on les prononce à la française. A côté de ce
            genre-là, on note un débridement verbal, un saupoudrage de mots
            crus ou recuits, à l’image d’un parler populaire. Le sexe masculin
            au repos, s’il est harcelé par les aiguillons (stimoli) de la chair,
            s’éveille comme “un quidam qui dormait”, ou “un tel qui n’était
            pas appelé”. On peut concevoir la périphrase, puisque l’admirable
            Gustave, dans son ineffable Dictionnaire des idées reçues, définit
            ainsi le mot érection : “Ne se dit qu’en parlant des monuments.”
            Boccace, lui, évoque ce phénomène de “résurrection de la chair”
            comme on l’a déjà vu chez un moine, ou, à peine plus obscurément,
            par deux fois dans la même nouvelle (II, 7) à partir d’un saint local :
            “col santo Cresci in mano que Dio ci diè” (avec le saint Croît en
            main que nous donna Dieu) puis “san Cresci in Valcava” (saint Croît
            en Val-Creux). Le saint en question s’y donne d’autant plus carrière
            qu’il s’en trouvait une de carrière et de surcroît en Valcava, non loin
            de Florence. J’ai choisi ce rendu littéral un peu archaïsant de pré-
            férence à saint Pousse-en-main, à cause de la confusion possible
            avec un doigt préhensile, le pouce, qui peut se montrer aussi cha-
            ritable que les autres.
            Nombre d’images symbolisent ce processus phallique en recou-
            rant à la batellerie (hisser la misaine) ou à la guerre (bander l’arba-
            lète). S’il ne durcit que trop, l’instrument du désir se transforme en
            corne (corno) qui sert aussi au pluriel (le corna), pour désigner le
            cocuage, comme en français.
            Le monde rural ambiant donne lieu à des comparaisons trans-
            parentes. On laboure la terre, on travaille aux champs (lavorare)
            tout comme on s’intéresse au bassin de sa commère. A défaut de
            celle-ci, on se satisfait soi-même. Si un prêtre offre un bouquet
            d’aulx frais à l’une de ses paroissiennes, Boccace remarque que ce
            prêtre a “le plus bel ail de la contrée, dans son jardinet qu’il tra-
            vaillait de ses propres mains”. J’ai eu l’occasion de signaler à
            V. Branca, prodigue annotateur de Boccace, le sens à peine dissi-
            mulé de cette masturbation, le jardinet en question n’étant jamais
            ici que le bas-ventre du curé. Peut-être Branca ne s’en était-il pas
            avisé, peut-être rougit-il un instant pour n’avoir pas fait de note.
            L’idéal du coureur, prêtre ou non, est de “scuotere il pelliccione”
            (trémousser la toison) d’une dame ; ou de mettre “le rossignol en
            cage”, de faire s’enfoncer “Messire Braquemart dans le bois de Noire-
            Motte” jusqu’à ce que surgisse “l’humidité radicale grâce à quoi
            toutes les plantes s’enracinent”. Un balourd simplet (IX, 5) charge
            un farceur de transmettre ce compliment à une dame : “Tu lui diras
            tout d’abord que je lui souhaite mille muids de ce bon bien qui sert
            à imprégner…”, à savoir des litres de foutre susceptibles d’engros-
            ser. Les dames, de leur côté, ne sont pas en reste. Ce qui donne
            dans le langage des tisserandes qu’elles peuvent “promener la na-
            vette et tirer le battant”. Il se peut d’autre part qu’un lubrifiant idoine
            se manifeste à point nommé (III, 6) : “L’eau a bien dévalé la pente
            qu’elle devait suivre.”
            Boccace ne manque d’ailleurs pas de défendre personnelle-
            ment ses choix dans la Conclusion de l’Auteur en appariant deux
            termes de même nature à la queue leu leu et qui font partie du
            langage quotidien de tout le monde, qu’il s’agisse de menuiserie,
            de cuisine ou de charcuterie (“trou et cheville, mortier et pilon,
            saucisse et mortadelle”).
            Telle autre dame, à force de puiser toute la semence de son
            amant, a fini par lui tirer – je cite textuellement – “la bourre de
            son pourpoint”. La présence de toutes ces équivalences n’interdit
            pas, même dans la bouche d’une dame, l’usage du mot coda, la
            queue. La queue, heureusement ou malheureusement, se dit pour
            les animaux, perroquet, cheval, souris, et même pour les légumes,
            tel le poireau. On peut avoir les cheveux chenus et la queue verte ;
            ou bien dire d’un étudiant plutôt rossement vengeur qu’il est por-
            teur d’une “queue bringée de mauvais poil”, comme on imaginait
            les diables. Une collègue, qui redoutait ces mots de queue et de
            poil, les supprime, au profit de la “méchanceté diabolique” de cet
            “écolier”, comme on disait autrefois rue des Ecoles.
            A un certain moment, une héroïne utilise ce mot de queue. Son
            mari devrait être absent mais, détail fortuit et ennuyeux, il est là.
            L’amant arrive, croyant pouvoir jouer avec la dame. Elle dit au
            mari : “Ne t’en fais pas, j’ai un truc, je vais faire une oraison, c’est
            classique, ça marche à tous les coups : Fantôme, fantôme, qui t’en
            vas de nuit, tu es venu la queue en l’air, tu partiras la queue en l’air.”
            Et là-dessus elle dit à son mari, parce que tout cela est codé : “Et
            maintenant, crache.” Le crachat remplace ainsi le sperme absent
            de l’amant repoussé.
            Il y a des mots simples, comme coprire, couvrir, quand on place
            une couverture sur le dos d’un bébé, ou bien lorsqu’il signifie, en
            termes d’équitation, saillir une femelle. Ce qui permet à quelqu’un
            de dire qu’une jeune épouse est souvent enrhumée, parce que son
            vieux mari ne prend pas le temps de la couvrir, au sens animal !
            L’écoulement nasal n’a rien à voir avec une chanson paysanne tru-
            culente, à savoir : “l’eau coule à la ravine”, ou “à la rigole”, reprise
            par un adage tel que : “l’eau a dévalé la pente”, etc. Ce problème de
            mouillure naturelle s’oppose imaginairement chez Boccace à des
            pratiques ignorées et néanmoins dénoncées : ignorées parce que
            ce ne devait pas être son truc, passons. Mais il ne peut s’empêcher
            de penser et d’écrire que si Rome avait été à la tête du monde, la
            papauté en était maintenant à la “queue”. C’est à peine érotique, si
            l’on veut. Mais il évoque le fait que l’on péchait à Rome du haut en
            bas de l’échelle, par tous les moyens et les voies naturelles, voire
            par luxure sodomitique. A partir de là, il y a une opposition entre
            la mouillure possible des dames et un autre exercice. Si les dames
            aiment se vanter textuellement de faire “naviguer leur prochain sous
            la pluie”, les messieurs décevants pour leur épouse sont vicieux au
            point d’“aller en galoches sur terrain sec” ou bien, même image,
            “franchissent les croupes sans se mouiller les socques”.
            Lors d’un voyage, un garçon pense avoir affaire à un abbé. En
            fait, élément romanesque, c’est une future reine d’Angleterre qui
            se trouve déguisée en abbé. Elle l’attire vers sa couche et elle ras-
            sure en prenant sa main pour la porter sur sa poitrine dotée de
            “deux tétons rondelets, fermes et délicats”. Je ne vous dis pas le
            soulagement du garçon. Je laisse tomber les vieillards et la modestie
            de leurs performances…
            J’aurais encore des choses à dire éventuellement sur la scansion
            ou sur un élément très émouvant, à mon sens, érotiquement parlant,
            et j’en touche un mot. Le passage le plus finement suggestif dans le
            Décaméron dépeint deux jumelles de quinze ans (c’était l’âge cano-
            nique, rappelle Branca), blondes, bouclées, pareilles à des anges,
            vêtues d’un tissu de lin très mince, blanc comme neige, et qui vont
            faire trempette, ainsi légèrement habillées, des pieds à la poitrine
            seulement, dans un vivier pour y puiser des poissons. Il s’agit d’ho-
            norer un hôte royal. A leur sortie du bain, après avoir balancé les plus
            petits poissons au cuisinier, elles lancent les plus gros des poissons
            frétillants jusque sur la table d’hôte, où est assis le roi. Le lin qui les
            revêt est si adhérent et comme transparent qu’il met tous les specta-
            teurs en émoi. Ainsi nues et ruisselantes, c’est déjà beau comme du
            Debussy. On peut songer à la réapparition d’ondines gréco-romaines
            ou à la venue rénovatrice des congés payés !
            J’ai tenté de rendre ce spectacle très visuel reposant aussi sur une
            scansion : Par leur visage, elles semblaient des anges, bien plutôt
            qu’autre chose, tant ils étaient beaux et si délicats au moyen de
            décasyllabes ou autres rythmes. C’est un travail très fastidieux de
            traduire le Moyen Age poétique en français du XXIe siècle ! Et j’ajoute
            la fin de la II, 7 (Bocca basciata non perde ventura, anzi rinnuova
            come fa la luna). J’ai donc cru devoir respecter les deux hendéca-
            syllabes et leur assonance, sur quoi s’achève l’une des nouvelles
            les plus prestigieuses de l’ouvrage, par une rime et deux décasyl-
            labes :
            “Bouche baisée, de fortune en fortune, se renouvelle ainsi
            que fait la lune.”

            Maintenant comparons ces deux décasyllabes avec :
            la traduction (très fade) de Jean Bourciez :
            « Bouche baisée ne perd point son bonheur à venir; elle se renouvelle comme la lune »

            la traduction (juste correcte) de Marthe Dozon (sous la direction de Christian Bec) :
            « « Bouche baisée ne perd point fortune, mais bien se renouvelle comme la lune»

            la traduction (infidèle et surchargée) de Antoine Sabatier de Castres :
            « Bouche baisée ne perd ni son coloris ni sa fraîcheur, et qu’elle se renouvelle comme la lune. »

            Bonne Lecture

  2. d’autant plus que la sagesse a un prix fou. Mais :
    « Si quelqu’un parmi vous pense être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage » – du coup je ne sais plus où j’en suis …

    Souhaitons-nous donc plutôt la santé, sans majuscule initiale si possible, ça au moins c’est une valeur sûre. Et des Pléiade à lire, pendant ce temps-là on ne dit pas du mal du voisin.

  3. Du jamais vu !
    (Du moins, de ma part.)
    Aujourd’hui, chez mon bouquiniste, trois pléiades, excellent état, comme neuf. Le Théâtre de Goethe (nouvelle édition), les Voyageurs Arabes et Sade volume I.

    Rien à dire sur les deux premiers, que je me suis empressé d’acquérir, avec grand plaisir, et pour la modique somme de 30€ chacun.

    Quant au Sade… extérieurement impeccable. Je feuillette et je m’aperçois que le précédent propriétaire a cru bon de découper je ne sais où des reproductions de gravures libertines du temps de Sade (que j’ai reconnues pour les avoir vues dans différents ouvrages) et de les insérer, en les collant dans la pliure comme des hors textes, au long des « 120 Journées de Sodome » !
    J’ai fait remarquer la chose à mon libraire qui ne s’en était pas aperçu, ayant acheté un lot important de livres, dont celui-ci faisait partie. Et j’ai bien sûr renoncé à l’achat (impossible de retirer les reproductions sans abîmer les pages, d’ailleurs la colle avait quelque peu bavé en un ou deux endroits, recouvrant le début des lignes de la page suivante).

    Cela m’a libéré d’un cas de conscience, car, si j’aurais aimé posséder ce volume pour le « Aline et Valcourt » qu’il contient, « Les 120 Journées » m’est absolument insupportable et je n’ai jamais pu en lire plus que quelques pages picorées de-ci de-là, en luttant contre la nausée (de même que, fanatique absolu de Pasolini, je n’ai vu qu’une fois son « Salo » et n’ai jamais envisagé de le revoir – qu’on me traite de chochotte si on veut.)

    J’ai déjà vu bien des sabotages de livres (Pléiade ou autres) mais jamais encore un de ce type.

    • Pour votre Sade avec illustrations additionnelles, saviez-vous que le sperme est une colle papier tout à fait potable et écologique ? Ce volume est peut-être encore plus personnalisé que vous ne le pensiez !

      Une remarque en passant sur le coffret Molière sorti cette semaine, il s’agit d’un fond de stock imprimé chez Roto en octobre 2017, emballé d’un coffret pas très emballant avec une photo de 1990 du comédien Christian Blanc, retraité de la Comédie Française.
      Bonne gestion des stocks donc, mais peu de considération pour le besoin de nouveauté des passionnés, fût-elle limitée aux subtiles variations matérielles d’un nouveau tirage.

      J’ai déniché cette semaine un Madame de Sévigné de 1977 et 1430 pages, imprimé chez Mame avec une étiquette 150FF sur le boitier cartonné. La conversion via le simulateur de l’INSEE incluant le facteur inflation donne 90€, pour un prix de vente actuel du même volume à 56€. Sans tirer de conclusion à partir d’un seul exemple, peut-on dire que les Pléiades sont devenues nettement plus abordables ?

      • Eh bien j’ai eu raison de le laisser chez mon bouquiniste… qui appréciera votre remarque lorsque je la lui rapporterai. Pour amateurs avertis.
        Me disant également qu’il faut être sacrément tordu pour être excité par ces interminables litanies de tortures sorties d’un cerveau pathologiquement infantile (je parle en particulier des « 120 Journées », cette logorrhée d’un homme rendu fou par l’enfermement et qui aurait dû logiquement et justement finir à l’égout, au lieu de provoquer l’admiration extatique de quelques « bons esprits » se pâmant devant le Révolté suprême).

        En ce qui concerne Madame de Sévigné (au fond, dissimulait-elle moins de perversité sous plus de délicatesse ?), je ne possède que le tome III et il m’agréerait de tomber un jour ou l’autre sur les deux premiers.
        N’étant pas économiste, ni matheux, je ne sais si un Pléiade représente moins de pouvoir d’achat moyen aujourd’hui qu’il y a quarante ans – probablement oui – mais à ma propre échelle il est certain que mes revenus actuels (surtout à cause de la diminution des charges, enfants, maison à payer…) me permettent d’en acheter trois fois plus que lorsque j’avais vingt, trente ou quarante ans.
        À ce rythme, qui sait si, pour fêter mes 125 ans, je n’inaugurerai pas ma collection complète ? (Non, je plaisante, il y en a trop dont je ne saurais supporter la présence chez moi.)
        Autrefois cela aurait représenté pour moi un rêve merveilleux, aujourd’hui on n’est pas loin du rêve qui tourne au cauchemar…

      • Bonjour Valère,
        Votre description du Madame de Sévigné, et particulièrement son nombre de pages, ne correspond pas aux éditions présentées sur le catalogue critique: https://www.catalogue-pleiade.fr/Sevigne.y.htm
        Auriez-vous déniché une pépite? Pouvez-vous nous en dire plus?
        Par ailleurs, je suis très surpris des résultats de votre calcul qui effectivement prend en compte l’inflation à deux chiffres que l’on a connu dans les années 1980. Je n’aurai pas cru à une telle réduction du prix relatif. Il faudra faire ce travail sur d’autres volumes car la présence de l’étiquette de prix originelle n’est pas exceptionnelle.

      • Eh bien j’ai eu raison de le laisser chez mon bouquiniste… qui appréciera votre remarque lorsque je la lui rapporterai… Pour amateurs avertis.
        Me disant également qu’il faut être sacrément tordu pour être excité par ces interminables litanies de tortures sorties d’un cerveau pathologiquement infantile (je parle en particulier des « 120 Journées », cette logorrhée d’un homme rendu fou par l’enfermement et qui aurait dû logiquement et justement finir à l’égout ou bien enfermé dans les dossiers médicaux, au lieu de provoquer l’admiration extatique de quelques « bons esprits » se pâmant devant le Révolté suprême).

        En ce qui concerne Madame de Sévigné (au fond, dissimulait-elle moins de perversité sous plus de délicatesse ?), je ne possède que le tome III et il m’agréerait de tomber un jour ou l’autre sur les deux premiers.

        N’étant pas économiste, ni matheux, je ne sais si un Pléiade représente moins de pouvoir d’achat moyen aujourd’hui qu’il y a quarante ans – probablement oui – mais à ma propre échelle il est certain que mes revenus actuels (surtout à cause de la diminution des charges, enfants, maison à payer…) me permettent d’en acheter trois fois plus que lorsque j’avais vingt, trente ou quarante ans. Qui sait si, pour fêter mes 125 ans, je n’inaugurerai pas ma collection complète ? (Non, je plaisante, il y en a trop dont je ne saurais supporter la présence chez moi.)

  4. Je viens d’apprendre par messagerie le décès de Marie-France Tristan, spécialiste de Giambattista Marini (« le Cavalier Marin ») et épouse de Frédérick Tristan (l’auteur du « Singe Égal du Ciel », des « Égarés » et autres non moindres) , mon plus vieil et cher ami dans le monde de la littérature. Elle, lui et leur fils m’étaient une seconde famille. Famille d’élection.

    Je suis très profondément attristé.

    Je lui souhaite de trouver la paix dans cet autre monde auquel elle croyait, et auquel je regrette, dans ce genre de circonstances, de ne pas croire.

  5. Heureusement que l’Au-delà existe (ou non) sans que cela nécessite qu’on y croie (ou pas) ; j’espère que cela vous fera une bonne surprise quand ce sera votre tour – il vient à tous, mais on ne sait quand –, d’ailleurs, vous y retrouverez du monde, dont M.-F. Tristan.

    Wikipedia cite sur elle Marzio Pieri : « En matière marinienne, la nouvelle proposition, à la fois la plus fondée et, par sa vertu propre, la plus retentissante – comme une véritable explosion – nous est venue de France […]. C’est dans l’histoire littéraire que s’inscrit le monument que Marie-France Tristan, pour conclure un travail de vingt ans, a consacré à Marino poète philosophe. Disons-le haut et fort : c’est l’œuvre la plus importante qui ait jamais été écrite sur Marino ».

    Et ledit Marini sur la France : « La France est toute pleine de contradictions et de disproportions, lesquelles cependant forment une discorde concordante, qui la perpétue. Des coutumes bizarres, des fureurs terribles, des mutations continuelles, des extrêmes sans demi-mesure, des tumultes, des querelles, des désaccords et des confusions : tout cela, en somme, devrait la détruire et, par miracle, la tient debout ». Toute ressemblance avec un pays existant n’est due qu’à une homonymie dans l’appellation ?

    • Merci pour elle.

      J’aimerais connaître l’opinion de nos italianisants (au risque d’un jugement sévère, s’il est argumenté), qui interviennent régulièrement sur ce forum.

      • Grosse découverte ! Giambattista Marino, jusqu’à votre intervention, je ne le connaissais que de nom. La première fois que j’ai entendu parler d’Adonis c’est il y a à peine deux ans, lors d’une dédicace, je posais la question à Michel Orcel quelle pouvait être sa prochaine traduction après ce monument de Dante, il me répondit, le sourire goguenard et jetant un clin d’œil au grand dantologue Franck La Brasca : « jeune homme ! pourquoi pas l’Adonis de Marino, plus de 40000 vers, c’est l’équivalent du Roland Furieux, la Jérusalem Délivrée et la Divine Comédie réunis ensemble ! jeune homme ! c’est l’œuvre d’une vie !». Entre parenthèses, Michel Orcel a traduit les trois œuvres citées, il sait de quoi il parle.

        A la lueur de votre intervention, j’ai commencé à fouiner sur Internet (mon passe-temps favori pour préparer mes tables de lecture) et je suis tombé sur le site de Marie-France Tristan (http://www.mariefrancetristan.com/) où j’ai trouvé là deux extraits de sa traduction d’Adonis qui m’ont fait applaudir des deux mains.
        Ma première question est la suivante : a été publié chez Belles Lettres, en 2014, uniquement le premier tome (les cinq premiers chants d’Adonis) sur cinq tomes prévus. Qu’en est-il des autres tomes? Savez-vous si la publication se poursuivra ou s’arrêtera ?
        Ce serait effectivement dommage, voire un crime de ne pas faire profiter aux goûteurs de la littérature la lecture de ce monument, je dis cela alors que j’ai lu de l’œuvre qu’une centaine de vers, c’est dire !
        Deuxième question : savez-vous pour quelles raisons Marie-France Tristan a choisi de présenter sa traduction sous la forme d’une prose alors qu’elle est constituée (en très large majorité) de superbes alexandrins (non rimés) et que c’est sous cette dernière qu’apparaissent certains morceaux choisis dans ses études sur l’oeuvre de Marino (plus anciennes) que l’on peut lire sur son site également ?
        Pour les amateurs d’Adonis, j’ai trouvé un autre extrait sur le web traduit par Jean-Pierre Cavaillé dans la revue Po&sie (https://po-et-sie.fr/numero/66/), un ton nettement au-dessous.

        Bref je n’ai plus qu’à attendre qu’en occasion le livre soit d’un prix plus abordable: décidément les Belles Lettres pratiquent des prix exorbitants, plus de 85 € ce premier tome !

        Pour rendre hommage à Marie-France Tristan, voici un petit extrait trouvé sur son site et qu’elle a intitulé « La Tempête » dont je me suis permis, ô sacrilège, de le présenter de façon versifiée :

        Chant I, oct. 118-125)
        (Neptune)
        « Il brandit son trident et l’abat sur les flots.
        Hors de leur lit d’azur des Alpes écumeuses,
        Formant d’énormes lames, montent jusqu’aux étoiles.
        Les vents, âmes horribles des concaves nuées,
        Se heurtent en arborant un aspect menaçant ;
        On dirait que le ciel, brisé ou liquéfié sous forme d’eau glacée,
        S’apprête à s’abîmer et sombrer dans la mer.

        Borée, trompe guerrière, annonce une âpre lutte,
        Et défie au combat tornades et bourrasques.
        Iris armée courbe son arc enluminé,
        Et en guise de flèches décoche des éclairs.
        Et le superbe Orion, étoile au trouble éclat,
        Agite son épée fière et ensanglantée
        En menaçant le ciel, et aux nues à la fois
        Emplies d’eau et de feu, ouvre tout grand les veines.

        Hors des confins prescrits la mer, enflée d’orgueil, gonfle ses flots et croît.
        Sur la mer se déverse un déluge de pluie,
        La mer au ciel se mêle, et le ciel à la mer.
        En un style nouveau, en mode singulier,
        L’oiseau apprend la nage, et le poisson le vol.
        Chaque élément s’oppose à son propre élément,
        Et l’on voit s’affronter les nues avec les nues,
        Les eaux avec les eaux, les vents avec les vents.

        Le flot monta si haut que la Chienne estivale
        Put étancher sa soif, et que la Nef argienne,
        N’étant plus à l’abri dans les contrées du ciel,
        A de nouveau couru un risque de tempête.
        Et vous, Ourses glacées, méprisant toute loi,
        Et bravant le courroux de l’envieuse Déesse,
        Dans la mer interdite avez enfin lavé
        Les brillantes toisons de vos peaux étoilées.

        Que feras-tu, hélas, misérable Adonis,
        Si loin de ta patrie, sachant mal naviguer ?
        Un simple jeu d’enfant entraîna peu à peu
        Si avant vers le large ton vaisseau mal guidé,
        Que tu soupires en vain pour ta terre natale,
        Confondu, accablé par l’immense péril.
        Trop tardif repentir ! Consterné et défait,
        Tu commences à douter de regagner le port.

        Il va bientôt falloir au timide Nocher
        Se livrer désormais aux caprices du sort.
        Dans le ciel bas et noir de rauques grondements
        Frémissent au milieu des éclairs ondoyants.
        Altier, le Roi des eaux gronde et tonne à son tour ;
        De son foudre denté, imitant Jupiter,
        Au son d’Austers soufflants, d’Aquilons rugissants,
        En tourmentant la terre, il baratte la mer.

        Il court, le frêle esquif, et rapide, et léger,
        Il se laisse emporter par le courant marin.
        Parfois le bord s’incline, et lui fait prendre l’eau,
        Et il s’en faut de peu qu’il ne soit englouti.
        Adonis, plus glacé et plus pâle que neige,
        Se retourne et regarde, mais ne voit plus son guide,
        Et le farouche aspect d’une aussi vaste mort
        Déconcerte sa vue, épouvante son cœur.

        Mais tandis que privé de toute aide terrestre
        Le bateau agité vacille au gré des flots,
        Les deux flancs déchirés, durement malmené
        Par cette tempétueuse et ondoyante guerre,
        Quand l’enfant se croyait plus que jamais perdu,
        Voici que brusquement il aborde la terre,
        Et vomi par les eaux, déversé sur le sable
        Auprès des joncs palustres, il arrête sa course. »

        Bonne Lecture

        • C’était l’oeuvre d’une vie pour Marie-France, et j’espère qu’on en cueillera encore les fruits après sa disparition. Je le souhaite ardemment !

          Il y a beaucoup de matériel à publier et la matière des tomes suivants existe. Cela dépendra de la volonté de son éditeur, de celle de son entourage universitaire, et nul doute que, tant qu’il restera un souffle de vie à Frédérick il fera tout ce qu’il pourra pour que cela se poursuive.

          Ils étaient magnifiques !

  6. Bonjour. Très intéressant volume des Essais de Marcel Proust réunis en un volume. Mais est-ce très utile?!…. J’ai trouvé le Feydeau vraiment peu intéressant. De même pour le Roth qui ne fait que rééditer ses Folios… Plus intéressant était le volume sur les écrits sur les camps d’extermination avec différents points de vue et de qualité littéraire variable. J’essaie de ne pas être trop cruel…. J’attends le Steinbeck avec impatience.

    • Moi aussi :

      – « j’essaie de ne pas être trop cruel », aussi ne parlerai-je pas de l’accablant programme de l’hiver 2021-2022 – le mot « hiver » n’étant pas choisi au hasard (ceux que vous avez cités, plus le Louise Labbé)

      – j’attends avec impatience ce Steinbeck (savez-vous pour quand ce serait ? si vous l’avez déjà indiqué, pardonnez-moi d’avoir oublié…)

  7. Bonsoir Domonkos d’après mes informations, le volume est chez Gallimard et serait programmé pour 2022. Sur le modèle du Orwell, quelques textes rares et oubliés à côté de ses tubes. Mais l’affaire Flaubert m’a refroidi sur les dates de publication des Pléiades…. C’est vrai j’ai oublié le volume sympathique de Labbé. Mais comme j’avais décidé de ne pas être trop cruel, je suis raccord ! (Si j’étais directeur de la Pléiade et fou, j’aurais édité les Œuvres complètes de Christine de Pizan au moins aussi belles et intéressantes que celles de Labbé.)

  8. Tout à fait d’accord avec vous, Tigrane, en ce qui concerne Christine de Pizan.
    Rien que pour avoir célébré les vertus de Charles V, elle mérite tous les éloges.
    En outre, sa Cité des Dames correspond parfaitement aux préoccupations actuelles.
    Il serait urgent de la redécouvrir.

  9. D’ac’ pour Christine de Pizan (euh, proche de Poissy, j’écrivais jusqu’alors Christine de Pisan …). Pour Steinbeck, pourquoi le lire en français, le style est simple et l’anglais n’est pas une langue compliquée ; du coup, quelqu’un connaît-il une édition intégrale de référence, oui, dans le genre Pléiade mais en anglais !

      • Merci, pile-poil ! J’avais complètement oublié la LoA, à laquelle j’avais pourtant acheté il y a assez longtemps la pseudo-intégrale de Philip K. Dick – bon, d’accord, votre blog n’est pas le lieu pour citer cet écrivain. Ce que je reprocherais à cet éditeur c’est de ne pas éditer systématiquement d’intégrales, qui plus est sur papier bible et sous reliure cuir … ce qui nous ramène donc bien à https://brumes.wordpress.com ;– ))

    • Pourquoi éditer Steinbeck en français ?
      Ben, voyons ! pour les vieux… sbires comme moi, qui ai quitté l’école avec le Certificat d’Études « à l’ancienne » (sans rancoeur, ni rancune, ni regrets, éternels ou non) ; qui ne maîtrise vraiment (???) et ne « goûte » parfaitement que l’écriture en français, à laquelle me lie un vieil amour de plus d’un demi-siècle. (Et que le pénible décryptage du dialecte anglo-saxon intéresse médiocrement – sauf en poésie – et fatigue au-delà de toute expression.)

      Sauf en Poésie où rien ne peut remplacer l’original, quel intérêt pour un type comme moi de lire dans une langue qui lui est à demi obscure et avec laquelle jamais il n’accèdera à l’intimité ?

      Ça fera déjà au moins une vente à Gallimard ! Je les vois déjà s’en frotter les mains.

  10. La nouvelle édition, en 2 tomes, de la Recherche du temps perdu est annoncé de façon intrigante comme un ‘ tirage spécial limité ‘.
    Un tirage limité à la manière des albums de la pléiade ? Quelqu’un à des infos là dessus ? Hors album pléiade ça serait une première…

    • Si une mention « tirage limité à xxx exemplaires » était imprimée dans cette édition, la viralité de la collectionnite en serait grandement amplifiée… J’imagine aussi tout-à-fait qu’une Recherche en 2 volumes (2x 2000 p.) cannibalise l’édition standard en 4 volumes (7408 p.) – ce texte si délié et précis contient en quelque sorte son propre appareil de notes, et se lit donc parfaitement sans béquille exégétique. Limitation du tirage comme garde-fou contre les lecteurs qui préfèreraient la portabilité avare en notes – idée initiale de Jacques Schiffrin à l’origine de la collection ?
      NB: les bonnes pratiques en forum se perdent sans doute à cause des messageries instantanées – répondre au bon endroit pour garder la cohérence du fil, éviter les messages sans substance, les mercis et autres errata, les « bombardements »…

      • Pour ma part, l’ambition initiale de la bibliothèque de la Pléiade me convenait tout à fait. Je me contrefiche de l’appareil critique, surtout lorsque celui-ci vampirise le texte, et ajoute au volume le double de pages. Les notes, aussi intéressantes soient-elles, et notamment celles de J.Y. Tadié au sujet de la Recherche, je trouve infiniment regrettable de voir À l’Ombre des jeunes filles en fleur scindé en deux, entre le premier et le second volume. D’un point de vue formel, pratique « dégueulasse » selon moi.

  11. Bonsoir P.B Je suis d’accord avec vous je lis moi aussi l’anglais sans problème (parfois le dictionnaire quand même!) mais pas tout le monde. Par exemple je n’ai jamais lu les auteurs russes en Pléiade étant trilingue de langues parentales (quoique l’arménien en pléiade, va falloir attendre une édition bilingue des œuvres de Charles Aznavour!) mais c’est essentiel de les publier pour les faire découvrir. Non?

  12. Reçu aujourd’hui le volume Pléiade italienne de Dacia Mariano. Que j’aurais aimé voir publié l’œuvre de Maraini en français. Ou en bilingue (elle est absente si je ne me trompe pas de l’anthologie bilingue Pléiade!) C’est une langue poétique italienne magnifique. A découvrir. Mais avec mes idées d’éditions en Pléiade, je vais ruiner Gallimard. Je vais me rattraper : à quand un troisième volume des Œuvres de Jean D’Ormesson en Pléiade? On l’attend ! C’est honteux !

  13. Bonsoir KleineFuge je vous trouve dur contre l’édition Proust/Tadié. Certes les notes étaient nombreuses mais éclairantes à l’époque sur Proust. Nous avions beaucoup moins de documents accessibles facilement (et pas d’internet!). Mais la découverte des Esquisses étaient passionnantes. Aujourd’hui la Recherche a déjà été rééditée en Quarto sans notes ni notices ni esquisses. Alors pourquoi le recommencer en Pléiade? Bizarre. Je n’ai pas compris.

    • Parce que je fais partie de ce public, honte à moi, qui se satisfait d’une Pléiade comme d’une simple édition de poche de luxe, revendication première de la collection il y a bientôt un siècle. Gallimard tente de rabattre le public vers Quarto, dans la FAQ, sur la présence de tel ou tel écrivain en Pléiade. Quarto, collection que j’apprécie, au demeurant.
      Pour beaucoup de gens, et notamment ceux qui fréquentent ce fil, l’intérêt de la bibliothèque de la Pléiade est (devenu, rappelons-le) celui de l’érudition universitaire, proposée dans chaque volume. Je comprends votre argument, quant au fait que cette somme d’informations était loin d’être accessible, à une époque. Du coup, une Pléiade faisait coup double, offrir des œuvres complètes (ou s’en rapprochant) dans un bel habillage, et un appareil de documentation sur l’œuvre.
      Mais, je me répète, pour mon usage personnel, l’œuvre seule me comble, et je regrette presque la bibliothèque Pléiade première génération. Se contenter de l’œuvre pure, dépouillée de tout « bonus » venant alourdir le livre. Contenu qui au final, risque de s’exposer aux critiques des uns et des autres, sa pertinence. J’achète une Pléiade Flaubert pour lire Flaubert, pas le spécialiste qui donnera une vision soi-disant implacable. Une Pléiade qui atteindra une date de péremption, finalement.

      • Interminable polémique au sujet des volumes pléiade « nus » ou bien s’approchant d’une « édition critique ». Nous avons tous peu ou prou échangé tous les arguments à ce sujet, et, au final, réagissons selon nos goûts et notre sensibilité.
        On ne réconciliera pas les tenants de l’un et les tenants de l’autre.

        Pour ma part, je penche plutôt vers la seconde formule, sans fanatisme, pourtant – je pense moi aussi que l’oeuvre est le coeur du volume et doit le rester, a fortiori si on y trouve de l’inédit ou du rare. Je crois que l’intérêt d’une édition « savante » est plus ou moins important suivant l’auteur concerné, sa complexité, son éloignement de nous (dans le temps ou l’espace culturel). Il y a eu, à mes yeux, des excès dans la lourdeur de l’appareil critique, mais je pardonne encore moins son insuffisance ou sa légèreté.
        Nombre d’auteurs ne « font pas la maille » pour figurer en Pléiade et leur édition en Quarto serait largement suffisante, tandis que plusieurs sont cantonnés dans d’insuffisantes éditions Quarto qui méritent largement une édition plus prestigieuse et élaborée dans la collection qui nous occupe.

        Je ne vois pas du tout la pertinence de rappeler toujours une sorte de « pureté des origines » et d’évoquer la grande ombre du Père Fondateur, Jacques Schiffrin. Toute évolution vaudrait-elle trahison ?
        Des « poches » habillés de cuir ? Pourquoi pas des Pléiades clones de Jean de Bonnet ?

        Quant à l’obsolescence programmée de ces éditions dites critiques, elle est dépendante du sérieux du travail : certaines sont obsolètes dès le jour de leur parution, d’autres plus durables, cela n’est pas toujours parfaitement prévisible, et quand bien même seraient-elles des étapes, destinées à être dépassées, où serait le crime ? Qui peut prétendre à l’éternité ?

        Ceci ne vaut pas de ma part condamnation des goûts, sensibilités et idées qui s’expriment ici, encore moins ne s’apparente à la moindre marque de mépris.

  14. D’abord n’ayez pas honte. Je n’ai jamais pensé ça une seconde. Je vous prie de me croire. La question essentielle est : à quoi sert la Pléiade selon vous ?

  15. Rééditer des supers volumes Folio je n’en vois pas l’interêt. (Cf Roth !que j’aime lire mais ce n’est que de la réédition des folios!! En Quarto c’est parfait.
    Le volume des Œuvres de Oz est absolument génial. Mais pour une Pléiade j’aurais aimé plus…. ou pas.

  16. Bonjour. À propos des livres traduits, qu’en penser ? On ne lit pas le texte « pondu » pour l’auteur, juste une interprétation traduite qui peut manquer la complexité, les nuances, le vocabulaire pointu de l’original. J’enfonce une porte ouverte 😉
    Qui a lu les Pléiade de Jack London ?

    • Je vais être extrémiste : que vous lisiez les oeuvres écrites dans une langue étrangère en traduction ou bien dans l’original – et sauf si vous êtes parfaitement bilingue depuis la naissance et avez toujours vécu et pensé, expérimenté, forgé votre esprit et votre sensibilité dans les deux langues, à part égale, et encore… cela resterait discutable – vous lisez toujours une « traduction ».

      Dans un cas c’est la traduction faite par un ou plusieurs professionnels, dans le second cas c’est votre propre « traduction ».

      Je ne vois pas de solution idéale. On ne peut que s’approcher du but, sans espérer l’atteindre. On peut apprendre la langue d’origine et la pratiquer du mieux possible, on peut comparer plusieurs traductions (très recommandé), ou bien on peut renoncer totalement à lire toute oeuvre écrite dans une langue qui n’est pas la sienne propre.

      Dans un domaine proche : il faudrait également renoncer à toutes les « sources secondaires », se passer de tous les travaux d’études sur une oeuvre qui vous ont précédé, ne faire confiance qu’à sa propre expérieuce…

      …………………………………………….

      Et allez, je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin, et pousser encore un peu plus loin l’extrémisme, en bon petit Savonarole : même quand vous lisez l’oeuvre d’un écrivain écrite dans votre propre langue native et unique, vous le lisez encore en « traduction ».
      La langue de l’auteur (sans parler de sa difficulté à traduire lui-même sa propre pensée) n’est pas la votre.
      Il suffit d’avoir été confronté à des lecteurs, même parfaitement emphatiques et bienveillants, pour vous rendre compte qu’ils n’ont pas lu ce que vous croyez avoir écrit. Et que, bien souvent, dix lecteurs ont eu dix lectures différentes.

      Écrire c’est déjà traduire sa pensée, lire une oeuvre écrite par un autre dans notre langue commune c’est déjà une traduction au carré ; lire une oeuvre écrite dans une langue qui nous est étrangère c’est une traduction au cube.

      Une seule solution : Brûlons les livres !

      (Je suis en train de lire un bouquin passionnant, « Livres en feu – Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques » de Lucien X. Polastron ; Denoël, 2004. Ceci explique-t-il – un peu – cela ?)

      PS : acheté et lu les deux volumes London en Pléiade ; lus, pas aimés et revendus. Achat inutile d’une édition inutile.

  17. Tigrane (pardon encore si ma question a déjà reçu par avance une réponse qui m’aurait échappé), en savez-vous plus sur le contenu du volume « Essais » de Proust ?

    Je suppose qu’il reprendra celui du « Contre Sainte-Beuve », mais qu’apporterait-il de plus, qui convaincrait quelques-uns d’entre nous de l’acquérir et de se défaire de leur vieux « Contre Sainte-Beuve et autres essais » ?

    • Personnellement, hors le catalogue de la Pléiade, je n’ai trouve que cela en cherchant sur la Toile.
      La récolte est maigre, mais je dois être un des plus mauvais explorateurs du domaine de la Grande Tisserande.
      …………………………………………….
      Essais de Marcel Proust
      préface Antoine Compagnon
      chez Gallimard ; Collection(s) : Bibliothèque de la Pléiade
      A paraître le 14/04/2022
      64.00 €
      « Quatrième de couverture : Recueil des textes destinés à la presse, des critiques, des études, des chroniques, des entretiens ou des analyses de l’écrivain, qui forment un accompagnement obligé de sa saga A la recherche du temps perdu. »
      ……………………………………………………………………………
      Peut-être, d’ailleurs, les deux volumes ne se recouvrent-ils pas : quid des « Pastiches et Mélanges » ?… (dont je ferais facilement le deuil, malgré le respect que je dois au bon Marcel)

      • La partie Essais et articles de la pléiade Contre Sainte-Beuvre fait 350 pages hors notes, il y a forcément autre chose, mais quoi ? Ses traductions de Ruskin ?
        Ça n’a pas l’air très excitant, un volume de spicilège de sa correspondance aurait peut-être été plus intéressant…

        • C’est toujours pareils avec Gallimard : ils ne disent pas où ils vont, le savent-ils seulement ?

          Ce volume d’Essais est-il un coup d’épée dans l’eau ou bien le prélude à une refonte de l’édition de Proust dans la Pléiade ?
          Que vont devenir « Pastiches et Mélanges » ?
          Va-t-on refaire l’édition de « Jean Santeuil » ?
          La Correspondance de Marcel Proust va-t-elle – complète ou non – se retrouver un jour sur papier bible et sous la fameuse reliure ?

          Comme l’avait dit, je crois, il y a assez longtemps de cela, notre hôte Brumes, la pléiadologie se rapproche plus de la « kremlinologie » des époques les plus opaques de l’URSS (voire de la lecture dans le marc de café), que d’une science…

  18. L’actualité de la recherche sur Proust et les véritables nouveautés ne se trouveront plus chez Gallimard.
    Il y a deux gros chantiers en cours :
    1 – Correspondance générale (aux USA) sous forme d’édition électronique, la seule possible désormais.
    2 – Oeuvres complètes en cours de parution aux Classiques Garnier sous la direction de Luc Fraisse : 10 volumes annoncés (7 volumes pour La Recherche, 3 pour le reste) 2 volumes parus, 1 annoncé en 2022.
    Présentations et annotations copieuses et très érudites.
    Aujourd’hui Gallimard ne peut viser que le grand public, ce qui a toujours été sa vocation, et laisser les publications scientifiques à d’autres qui le font très bien (Classiques Garnier, Librairie Honoré Champion).
    Prix accessibles chez Garnier (3 présentations : relié, broché, poche).

    • Certes, Gallimard n’a jamais eu pour principale vocation la recherche de pointe et l’édition scientifique.
      Pour autant, Marcel Proust représente historiquement pour la maison de la ci-devant rue Sébastien-Bottin une bannière de prestige (je n’ose dire une tête de gondole, car les chiffres de vente ne doivent pas être à la hauteur des barquettes de plats préparés ou des poulets en promo de nos supermarchés). Que d’autres se réservent la haute cuisine, lui laisse tout de même des parts de marché.

      Je ne vois pas en quoi l’existence d’entreprises concurrentes préjugerait forcément de sa part l’abandon du terrain. La mise en avant proustienne de ce printemps prochain en Pléiade conduirait plutôt à penser le contraire, tout du moins signe qu’il ne renonce pas à le maintenir en vitrine.
      Malgré ma « grinchosité » bien connue de quelques connaisseurs, je ne désespère pas.
      « On a vu souvent
      Rejaillir le feu
      De l’ancien volcan
      Qu’on croyait trop vieux » etc.

      On ne s’attend pas, bien évidemment, à des miracles, et l’hypothèse de la Correspondance Complète est, tout aussi évidemment, un voeu pieux, une rêverie.
      En tous cas, je ne la lirai pas en édition électronique (« la seule possible désormais »… pourquoi ? question de coûts ?), plutôt destinée aux chercheurs, et surtout à des yeux plus jeunes et en meilleur état que les miens. D’ailleurs, j’aurai quitté sur la pointe des pieds ce brave new world avant de « voir » son achèvement, emportant avec moi ma très réactionnaire dilection pour l’encre et le papier.
      La nouvelle édition Garnier est alléchante, mais également au long cours, et il n’est pas sûr qu’elle ne finisse par représenter une mise de fonds importante, lissée bien sûr sur les années. Je ne l’exclus pas, tant l’entreprise prussienne me fascine et me paraît centrale dans la littérature du XXème siècle.

      Tout ce joli et mien discours serait totalement invalidé et « cancellé » si vous aviez des informations sûres et certaines sur l’intention de jeter l’éponge par le tenant du Titre et Champion historique, Gallimard.
      …………………….

      PS : est paru cet automne dans la collection « Bouquins » de Laffont, « Le Temps Perdu » édité par Jean-Marc Quaranta, que l’éditeur présente comme l’état non trituré et remonté du roman de Marcel Proust, tel qu’il fut refusé initialement par Gallimard entre autres, avant que l’auteur ne le refonde pour entamer « La Recherche ».
      Cela présente-il quelque intérêt ou bien serait du temps perdu que d’y jeter un coup d’oeil ?
      Pardonnez-moi si ma question devait s’avérer stupide, venant d’un béotien.

      • Domonkos, vous avez tout à fait raison de souligner l’importance historique de Marcel Proust pour la maison Gallimard et le prestige qui en découle. C’est vérifiable dès le début, au temps de J. Rivière et Gaston Gallimard qui ont tout fait pour avoir M. Proust au catalogue. Cette politique éditoriale s’est maintenue tout au long du XXème siècle et au début du XXIème. Le point culminant est sans doute le lancement de la seconde édition de « La Recherche » avec la volonté non dissimulée de faire mieux que tous les autres, avec une équipe réunie autour de Jean-Yves Tadié. Les choses n’ont pas traîné et les 4 volumes sont sortis en 3 ans (1987-88-89). Cela reste un joyau dans la Bibliothèque de la Pléiade, avec un grand mérite : pouvoir s’adresser à la fois à un large public et aux spécialistes.
        L’édition Garnier ne fait pas double emploi. Elle vise à rendre compte des très nombreux travaux depuis 1990 et à fournir de nombreux états successifs du texte, de son évolution, y compris de ce qui touche à la question complexe de l’inachèvement de l’oeuvre à la mort de Proust (Cf Nathalie Mauriac, « Le dossier Albertine », H. Champion).
        Ce qui m’inquiète c’est le rythme de parution :
        2013, tome V de La Recherche, « La Prisonnière »
        2017, tome VI, « La fugitive »
        Il y a environ 2 ans, le maître d’oeuvre, Luc Fraisse, annonçait « Le Temps retrouvé » pour 2022. Les tomes I à IV suivront … Mais à quel rythme ? Un volume tous les 4 ou 5 ans ?
        Et dans les 10 volumes annoncés il y a aussi trois volumes de textes n’appartenant pas au corpus de La Recherche, ce qui est en soi une excellente nouvelle. Je voudrais simplement être encore en vie pour en profiter…
        J’avais pensé que Gallimard aurait pu nous proposer une refonte des textes divers parus en 1971 en deux volumes. J’attends avec impatience le volume d’ « Essais » annoncé pour avril prochain : complément ou nouvelle édition refondue qui appelle une suite ?
        J’avais également espéré une ‘Anthologie de la Correspondance’ en Pléiade. Il semble que l’idée a circulé, J.-Y. Tadié avait fait une allusion à cela il y a une douzaine d’années.
        Ce qui est sûr c’est l’impossibilité d’une nouvelle édition en volumes de la « Correspondance générale ». Les 21 volumes parus chez Plon (éditeur scientifique Ph. Kolb) entre 1971 et 1990 ont rendu de grands services mais ont été un fiasco financier. Pour une nouvelle édition le coût de l’entreprise n’est cependant pas le principal problème. L’édition Kolb n’était pas complète (plus de 6000 lettres tout de même) et depuis 1990 des milliers de lettres de Marcel Proust sont apparues ce qui rend indispensable de nouveaux modes de publication. D’autant que l’étude de nouvelles lettres vient modifier l’analyse de celles déjà connues, modifier les datations par exemple. C’est donc un chantier permanent en évolution constante pour l’ensemble du Corpus.
        Je ne suis pas sûr d’avoir complètement répondu à vos questions, mais d’autres ici, plus compétents que moi, pourraient nous apporter d’utiles précisions supplémentaires.

        • Très intéressant et plus.
          Sans me targuer d’être un spécialiste (loin s’en faut !), ni prétendre à posséder l’ultime édition de tout Proust, je n’ai jamais cessé d’explorer ce monument depuis que je l’ai découvert, il y a 55 ans, dans Le Livre de Poche : j’avais 16 ans et en toute ignorance avait été attiré par les couvertures qui reproduisaient en sépia les manuscrits. La fascination avait été immédiate et n’a jamais faibli. Me perdre dans les méandres de cette oeuvre ne m’a jamais las.
          Alors, j’accueille avec plaisir cette refonte des « Essais », suis alléché par l’édition Garnier, la Correspondance, etc.
          Mais, comme vous, je prends de l’âge et « Je voudrais simplement être encore en vie pour en profiter… »

  19. Pour ceux qui sont intéressés par la provenance de l’imprimeur et la qualité de leurs pléiades : je viens d’acquérir le tome 1 de Plutarque ( les vies des hommes illustres ) dans la délicieuse et si fameuse traduction de Jacques Amyot. À ma grande surprise c’est un tirage récent : 9 septembre 2019…par Normandie Roto.

    J’espère qu’il en sera de même pour le tome 2 ( tirage récent + Normandie Roto ) que je compte bien acquérir et lire le mois prochain. Y a t-il quelqu’un parmi vous qui pourrait me donner ces renseignements sur le tome 2 ? Merci d’avance.

    • Bonsoir,
      Personnellement j’ai fait le choix de la tradction de Anne-Marie Ozanam pour l’édition Quarto qui est très agréable à lire.
      La traduction de Jacques Amyot est elle accessible ou réservée à des historiens qui veulet lire la version d’un contemporain de Montaigne ?

      • J’ai également la traduction Quarto. Elle est de qualité. Le regret que j’ai avec l’édition Quarto c’est l’absence de résumé détaillé avant chacune des vies. La traduction Amyot propose cela. Ce qui est très bien pour retrouver une scène en particulier.

        La traduction Amyot est-elle accessible ? J’ai envie de vous répondre oui. En tout cas, selon mon ressenti, je considère le français de Amyot bien plus facile et limpide à lire que celui de Montaigne.

  20. Bonsoir,
    Pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur le futur volume des Essais de Proust, voici quelques informations fournies par l’éditeur aux libraires.
    Ne sachant pas mettre des images en commentaires, je poste les liens vers icelles :
    (Vous me pardonnerez du reste ces photographies de piètre qualité où mon ombre est fort visible).

  21. Bonsoir Domonkos désolé du temps à vous répondre. Mon beau volume (mais inutile je persiste…) Proust contient ce qu’on appelle (en édition) les fonds de tiroirs. Les essais les pastiches oui tout ! Mêmes les entretiens.
    Mais quel intérêt à tout ça ? Je ne comprends pas

    • Pour une fois, je vais abandonner mon rôle de grincheux, et vous dire que je vous trouve un peu sévère. Bien sûr il s’agit d’oeuvres mineures, mais tout de même, les herbes folles qui poussent dans les plate-bandes de « La Recherche du Temps Perdu » ont quelques grâces à mes yeux.

      Toujours au sujet de Marcel Proust, je viens de voire paraître un long entretien d’un certain Mimouni, qui sort un livre, chez Grasset, sur les histoires de f… de l’auteur de la Recherche, et qui se targue d’avoir soulevé les draps et flairé les dessous du malheureux (tout en s’acharnant au passage, avec une certaine violence contre Antoine Compagnon).
      Guère habitué à ce genre de critique littéraire policière ou de valet de chambre, je ne connaissais pas les travaux précédents de M. Mimouni, mais je n’ai pu aller au bout de son très long entretien tant il provoquait chez mois un certain malaise et un profond ennui.

  22. Cependant si j’ai la bonne info pour les deux volumes de mai et l’album je suis Golum. Mais le volume est superbe vraiment beau. Ça serai heureux cette édition mais ça m’étonnerais

    • Bonsoir Tigrane. La bonne info pour les deux volumes en mai… ? Golum ?… C’est moi ou… vous nous mettez sur la piste d’une publication en mai de Tolkien ? C’est une surprise.

      On était plutôt sur du Kafka + album ?

      Cependant, n’ayant encore jamais lu aucun livre de Tolkien, ça serait là pour moi l’occasion idéale…

      • Bonsoir, ce serait étonnant que Tolkien « rentre » dans pléiade mais il est vrai que Tolkien est né il y a 130 ans… c’est une date anniversaire comme les autres. si cela est avéré, une nouvelle clientèle pourrait découvrir la « vieille dame » et, pourquoi pas, l’aider à rajeunir son image.

        • Bonsoir, en tant que « jeune » (de 24 ans), je dois vous avouer que j’attends avec plaisir voire impatience cette édition, annoncée depuis 2018 par l’éditeur Christian Bourgois. Toute information plus détaillée serait d’ailleurs accueillie avec joie ! Je suis cependant déjà amateur de la Pléiade. Pour autant, je peux témoigner connaître d’autres jeunes lecteurs attendant cette édition, pour que la « belle édition » d’une œuvre déjà connue soit celle de la Pléiade.

        • une mention par Pradier (https://www.lesechos.fr/2018/12/la-pleiade-en-attendant-gary-1021298), c’est faible. 2000 pages sans trop de notes pour Le Hobbit, Le Seigneur des Anneaux et Le Silmarillion, c’est jouable. Pour l’appareil critique et les notes en général, il y en a autant qu’on en veut chez Christopher Tolkien et ses épigones.

          Les éditeurs concernés sont George Allen and Unwin, HarperCollins, entre autres. Tout à fait lisible en langue originale (sauf pour les allergiques), et littérairement cela tient la route (œuvre monumentale, mûrement réfléchie et rigoureusement construite) … bien que ce soit très plaisant donc repoussé par l’establishment intellectuel je suppose.

          Le Hobbit était un livre pour enfants, le Seigneur des Anneaux dépasse ce niveau de lecture et s’il est mythique ce n’est pas usurpé ; quant au Silmarillion c’est aussi ennuyeux qu’une compilation érudite d’annales anciennes, ce qui ne veut pas dire inintéressant (il fait partie de la construction des bases du mythe).

          Si Gallimard fait son beurre avec, aucun problème, j’ai une liste à lui proposer pour dépenser en autres publications ce qu’il aura gagné des “boomers” plus ou moins fanatiques !

          • Une mention effectivement, c’est peu. Mais cela ne déroge pas aux habitudes de communication des responsables de la Pléiade. La sortie prochaine de Tolkien dans la collection a été confirmée à différentes reprises par l’ancien directeur des éditions Christian Bourgeois, et surtout par Vincent Ferré, spécialiste « officiel » de l’auteur en France, qui supervise le travail de notes de la future Pléiade Tolkien.
            Quand ce volume verra le jour, Gallimard va se frotter les mains, il va se vendre comme des petits pains, cela ne fait aucun doute.

          • « Tout à fait lisible en langue originale (sauf pour les allergiques) » ????

            « Allergie » vous avez dit « allergie » ?

            Ainsi donc, il serait fait obligation à tout un chacun de connaître et pratiquer la langue anglaise (mais pas forcément de bien maîtriser la langue française en France, si j’en juge par la réalité quotidienne) !
            Le contraire serait le signe d’une évidente mauvaise volonté (avec pour conséquence se voir cantonné dans le clan des vieux gaulois zemmouriens résistant encore et toujours au nouveau monde gallo-roman, pardon anglo-français)… à moins que ce soit ‘une pathologie ?

            Je trouve cette remarque (dont on n’a peut-être pas mesuré la portée) scandaleuse.

            Et pour ma part j’en ai assez de cette nouvelle doxa diffusée par tant de gens qui se targuent de (la plupart du temps mal) maîtriser les deux langues et s’en parent comme d’un privilège.

          • Mon cher Domonkos Szenes, vous n’êtes pas seul, rassurez-vous. Je n’ai pas votre âge (de sagesse), j’ai 42 ans, et je peste tous les jours devant cet état de fait. Ma génération se targue de « maîtriser » l’anglais à toutes les sauces (mais le français, effectivement, parlons-en…).

            Si l’on considère le cinéma, débat qui nous écarte du sujet de ce fil, le diktat de la V.O. a le don de m’exaspérer au plus haut point. Certes, jouir d’un film dans sa version originale représente un idéal, lorsque l’on comprend et saisit les nuances de la langue. Mais un doublage (s’il est de qualité), est un compromis dont il faut savoir se satisfaire, et sera infiniment plus riche d’informations qu’un sous-titrage forcément pauvre et sec. Le cinéma est un art de l’image avant toute chose.

          • Merci KleineFuge.

            Qu’on me comprenne bien. Je ne suis pas plus anti-anglais qu’anti-chinois, italien ou espagno…Et il se trouve qu’à force et par force j’ai suffisamment de connaissances en anglais – dont je ne m’exagère pas la portée – pour déchiffrer péniblement, au risque de nombreux contresens, et au prix de quelques maux de tête la plupart des textes écrits dans cet idiome…

            Ce contre quoi je m’insurge c’est l’obligation qui est faite de pratiquer l’anglais (souvent à défaut de le réellement connaître), sous peine de ringardisation, voire pire.
            Ce contre quoi je m’insurge, c’est l’imposition d’une sous-langue universelle (qui n’a que de lointains rapports avec la langue de Shakespeare ou d’Henry James), imposition qui représente un terrible appauvrissement culturel mondial.
            Ce contre quoi je m’insurge c’est l’abandon de sa propre langue, dont il n’est plus nécessaire de connaître en profondeur les finesses et les richesses, puisqu’on a à sa disposition un créole anglo-saxon.

            Et, ce qui me semble du plus haut ridicule, chez beaucoup de personnes (soyez certains que je ne vise aucun des membres de ce forum, que je ne connais pas suffisamment pour porter le moindre commencement de jugement sur leurs connaissances en quelque domaine que ce soit) de goûter directement la saveur et la signification d’une oeuvre étrangère, à l’aide de ses propres lumières, en se passant du truchement d’un ou plusieurs traducteurs professionnels qui ont consacré leur vie à cet art ô combien difficile !

            En finissant mon message, je m’aperçois que je me livre simplement à une défense du métier de traducteur et de l’art de la traduction, contre le prétendu et souvent prétentieux « do it yourself ! »

    • Que personne ne se fâche, il n’y a pas matière à, et se lancer dans une diatribe (par ailleurs justifiée) contre le franglais n’est pas pertinent dans la discussion présente où je me contente de dire qu’il est possible de lire Tolkien dans le texte ! En effet, le plus dur dans Tolkien n’est pas l’anglais, et de toute façon cette langue, ce creole (terme français adopté comme des dizaines de milliers d’autres par les anglophones) ne saurait être considéré comme ardu ; l’allemand me paraît moins simple, ne parlons pas du latin ni du grec ancien ; je ne connais pas les langues romanes autre que la mienne, mais l’espagnol ou l’italien n’ont jamais eu une réputation de difficultés, ce qui bien sûr ne saurait impliquer que ces langues n’ont leurs finesses.

      Un film en anglais VOST ? Certainement pas sous-titré français, sauf si la langue originale est inconnue. Voir un film américain sous-titré en anglais américain (même dans la variante à l’attention des sourds et malentendants …) permet de faciliter grandement la compréhension de la bande sonore originale, et même de déceler les différences d’avec les sous-titres forcément moins élaborés ; non seulement cela permet de voir le film tel qu’il a été conçu, comme de lire un livre en langue étrangère « dans le texte », mais les progrès de compréhension à l’oral sont garantis.

      Quant à l’obligation de savoir l’anglais, pour moi c’est surtout à l’écrit ; je me rappelle notre prof’ de micro-économie à Sc. Po (je tais son nom, il était très bon mais a mal tourné sous un affreux directeur récent, « Dieu ait son âme s’il en avait une ») nous disant lors du premier cours que nous étions dans la situation des fonctionnaires byzantins, qui devaient maîtriser le latin et le grec couramment. Parler l’anglais est malaisé à cause de l’accentuation et de la prononciation, mais le lire l’est moins (encore que pour le roman ou la poésie …), donc pas de quoi s’affoler et hurler à la mort.

      Le cas du franglais est beaucoup plus douloureux : ce n’est pas les anglophones qui nous l’imposent, c’est la veulerie et le délabrement moral de nos concitoyens, le vichysme ambiant, la capitulation sans conditions et l’abandon de toute foi en notre langue, en notre pays et en notre histoire, en nous-mêmes. LÀ il y a de quoi s’affoler et hurler à la mort. Car les nationaux d’Europe du nord et les Allemands, s’ils sont bien plus « bilingues » que nous – après tout, c’est leur famille linguistique –, n’en ont pas pour autant abandonné leur culture (les Allemands par exemple ont énormément germanisé leur vocabulaire informatique lato sensu en vingt ans, par rapport à nous qui avons dégringolé). Nous perdons sur tous les tableaux, et de notre propre fait : personne ne nous a sérieusement demandé de nous soumettre, et la soumission volontaire est la pire de toutes. Veulerie, vous dis-je ! Et le mauvais exemple vient de haut, « c’est par la tête que pourrit le poisson », j’ai eu assez de patrons énarques pour constater leur gangrène mentale en ce domaine, nous l’avons aussi constaté naguère avec la pandémie présente, au niveau gouvernemental et de la haute administration.

      Un collègue, par ailleurs malheureusement alcoolique mais très sympa’, m’avait envoyé en courriel l’affichette suivante :
      « L’alcool est notre ennemi ! » et au-dessous, en plus petit :
      « fuir l’ennemi, c’est lâche … ».
      Je veux dire par cette analogie hardie qu’à l’instar de l’alcool précité, l’anglais est sous certains rapports effectivement notre ennemi, qu’il ne faut donc pas lui tourner le dos en couinant et en allant se cacher sous les meubles, mais le maîtriser presqu’à l’égal de notre propre langue – contrairement à ces prostitués-à-titre-gratuit que sont ces chiens couchants d’adeptes du franglais, qui ne maîtrisent en général ni l’anglais ni le français ! Je considère à titre personnel que cette maîtrise impérative de ces deux langues cousines passe par le latin (l’ancien français et le grec sont un plus …) et pour l’anglais spécialement, l’allemand.

      Un bon moyen d’autodéfense ne serait-il pas la lecture du « domaine linguistique » (comme dit Gallimard dans http://www.la-pleiade.fr/) français ?

      • L’excellent Étiemble pestait déjà, il y a soixante ans, contre l’extension du globish et l’infestation de notre français contemporain par les anglicismes d’habitude. Le jargon managérial du temps présent a porté cette situation à son point d’orgue, ce dont témoigne un nôtre dirigeant à l’anglais parlé pathétiquement franchouillard dans sa prononciation, son intonation, la cadence de ses phrases (DSK ou Christine Lagarde ne lui sont guère supérieurs), tandis que son français oral au naturel, par contraste avec ses discours toujours trop écrits et apprêtés, est un détonnant mélange de novlangue technocratique et de brutalité élitiste mal colmatée par des lectures hâtives (l’homme fut collé par deux fois à la Rue d’Ulm ! rien d’étonnant, eu égard à son phrasé à sauts et à gambades qui doit refléter une pensée chantournée). Je rejoins totalement Domonkos dans son dégoût envers la prétention de certains ici à une intelligence immédiate de l’anglais écrit, qui leur fait abonder dans le truisme de la facilité propre à l’anglais (en réalité, toutes les langues illustrant l’indo-européen « moderne » coulent de source, pour un occidental, si on les rapproche des parlers sémitiques ou dravidiens ; les langues les plus malaisées pour nous sont le hongrois et le coréen, par rapport auxquels le chinois ou le japonais, quoique extraordinairement rébarbatifs, représentent un niveau de difficulté inférieur, sans parler de l’ancien sumérien dont la difficulté augmente à mesure qu’on en approfondit la grammatologie, témoins les divergences considérables opposant les trois ou quatre grammaires universitaires à jour, principalement celles de Thomsen, Edzard, Jagersma, plus le « bottin » d’Attinger). Sauf à avoir dépouillé, dictionnaire unilingue de Longman en mains, plusieurs milliers de pages d’anglais illustrant tous les registres littéraires dans un esprit diachronique, ce qui représente un investissement en temps et en énergie dont même les universitaires anglicistes des jeunes générations se peuvent difficilement targuer, extrêmes sont les chances de n’avoir qu’une teinture hâtive de cette langue, de son vocabulaire, de ses moyens d’expression, dans ce qu’elle a de plus commun et de moins particularisé et délicat. Cela fait de ces personnes, au mieux, des lecteurs décents des auteurs conventionnels du XXe siècle, dans le pire des cas, de petites rondelles d’anglicistes professionnels ; leur réaction devant la poésie anglaise classique, la langue romanesque du XVIIIe siècle, les complications de la prose victorienne (Hawthorne !), ne peut être que celle d’une hésitation entre intelligence partielle et incompréhension globale. Mis en face d’un styliste, leur situation imitera le tailleur de pierre confronté à une belle statue antique, ou, si l’on préfère, Houellebecq posant au Balzac du tournant des XXe et XXIe siècle sous prétexte qu’il enfile à la Maffesoli les vocables, acronymes et realia actuels. Un peu de modestie ne messiérait donc pas aux hâtifs anglicistes récemment déclarés sur ce fil ; leurs prouesses (uirtutes) d’anagnostes sur le pachydermique Tolkien (qu’il ne vient pas à l’idée des bons scripteurs britanniques d’élever au panthéon littéraire pour ses qualités autres que mythopoïétiques) ou les étiques romancières contemporaines doivent peu ou prou épuiser la compétence. Qu’ils nous expliquent quelques périodes retorses d’Henry James, par exemple dans les Spoils of Poynton, ou le début de The Sound and the Fury de Faulkner ! Autrement, qu’ils se taisent, et s’inclinent comme tout un chacun devant les modestes et laborieux traducteurs.

        • J’en appelle devant le tribunal des lecteurs modestes de ce fil pour ce message totalement apléiadesque, mais à le suivre depuis un jour ou deux, on douterait presque de sa vue, de Tigrane qui, tout homme de lettres et universitaire qu’il soit, juge des volumes à paraître sans jamais considérer leur plus-value exégétique replacée dans leur intertexte érudit, aux fats qui tranchent sur l’anglais by bringing their furthering candle into the sun..

          • (les bras m’en tombent … mais non les doigts heureusement)

            Je ne vois pas la fatuité qu’il y aurait à énoncer simplement qu’on peut lire Tolkien dans le texte sans prétendre être « une bête » en anglais, ou à affirmer platement que l’anglais est une langue plus aisée que d’autres surtout à la lecture. À propos, l’OED me semble la référence, sa version électronique est vraiment pratique (et pour la diachronie on est servi).

            Sur la problématique de la traduction, il me semble que le message Domonkos Szenes | 17 janvier 2022 à 15 h 19 mi propose des réflexions nettement plus intéressantes que votre plaidoyer pro domo sur « les modestes et laborieux traducteurs » (qui ne sont certainement jamais des traditori), dont le mérite exceptionnel doit nous empêcher de lire quoi que ce soit dans le texte puisque nous sommes tous (sauf eux naturellement) trop mauvais. On devrait même interdire aux Anglais de lire de l’anglais, car leur niveau moyen n’est pas très élevé (vocabulaire de quelques milliers de mots par exemple), d’ailleurs ils ne connaissent ni Nathaniel Hawthorne (que je n’aurais personnellement jamais considéré comme un écrivain victorien), ni Henry James et peut-être pas William Faulkner ; trois auteurs américains, est-ce un hasard ou bien la littérature anglaise n’est pas votre … tasse de thé ?

            J’ai déjà entendu ce raisonnement corpo’ énoncé par des informaticiens lors de l’apparition de la micro-informatique en entreprise il y a sept ou huit lustres : surtout ne pas laisser accès au plus grand nombre à une chasse gardée, avatar moderne de la lutte éternelle des áristoi contre les polloí. Depuis, tout le monde utilise un micro’, ce qui est parfait même lorsque cela nous conduit à devoir lire des textes comme vos plus récents : le premier comporte une cinquantaine de lignes sans le moindre alinéa (dommage de ne pas utiliser une invention qui a fait ses preuves en plus de huit cents ans), le deuxième a presque une syntaxe de bûcheron. Qu’il était beau le Moyen Âge, quand seuls les clercs lisaient et écrivaient ?

            Bon, le soleil brille pour tous, même pour les Beckmesser. Merci de votre participation à ce blogue de Brumes, elle donne une illustration tout à fait claire de ce à quoi peut conduire l’érudition. Navré en tout cas que la plupart de nos contributions soient manifestement de nature à vous scandaliser, nous ne devrions même pas être admis à souiller de nos gribouillis les pages électroniques que vous honorez de votre regard autorisé – reparlez-en donc à votre « tribunal des lecteurs modestes » (Volksgerichtshof?) auquel vous en appelez.

            Comment écrit-on déjà en français moderne ? Ah oui :
            « Cordialement,

            P.B. »

  23. Il y a quelques temps, un membre de cette assemblée virtuelle conditionnait la parution d’un second tome d’Aristote au succès de la vente du premier. Si cela est juste, nous devrions avoir ce grand plaisir: selon le site de la librairie Gallimard, le volume d’Aristote qui ne date que de sept ans est indisponible. Ce n’est pas si mal que cela… Les amateurs qui veulent l’acquérir sans attendre la réimpression peuvent encore le faire dans la librairie du Boulevard Raspail qui en a encore en stock.
    Pour voir les dix-sept autres volumes devenus récemment indisponibles voir la page du Catalogue critique de la Pléiade, complétée hier…
    https://www.catalogue-pleiade.fr/volumes-indisponibles.vB.htm

  24. Valère n’aime pas que l’on remercie : « éviter les messages sans substance, les mercis et autres errata », mais ce message en mérite pourtant.

    Je m’associe à ceux qui ont dénoncé l’absence de tout marquage de tome sur : « Aristote Œuvres » (http://www.la-pleiade.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-de-la-Pleiade/OEuvres91), ce n’est pas le seul exemple, Gallimard a parfois une conduite erratique, peu professionnelle.

    Aristote est introuvable sur :https://www.leboncoin.fr/recherche?category=27&text=pleiade%20aristote&shippable=1&sort=time
    et sur :https://www.livre-rare-book.com/modules/searchengine/v4/noresult.seam?cid=3391000
    mais il est encore sur la FNAC et Amazon.

    Bonne semaine à tous,

    • Valère n’aime pas non plus qu’on ouvre un nouveau sujet quand on veut en fait continuer le précédent… C’est brouillon. Mais peu importe, j’apprécie ce miroir, ce simulacre des réunions en chair, avec les bons élèves, les intempestifs, les bavards émérites, les pintades, les muets…

      L’Aristote sans mention de tome de 2014 est un volume très agréable, bien traduit, bien exécuté par Normandie Roto, avec un volume de notes contenu à 26%. L’épuisement de ce tirage en un temps raisonnable n’était pas acquis quand il est de nos jours plus mondain d’être au courant des Pensées de Houellebecq… La prudence de l’éditeur me semble compréhensible, et la parution de l’Aristote volume 2 n’en serait qu’une plus grande surprise. Je suppose que l’éditeur peut ajouter la tomaison à l’occasion de cette sortie, de la réimpression du volume en rupture, voire d’un coffret ? Cela est-il déjà arrivé ?

  25. Bonsoir à tous,

    Tout à fait d’accord avec vous Valère. Pour ce qui est des prévisions de ventes lors du lancement de nouveaux volumes, il est compréhensible que Gallimard soit prudent.
    Quelle serait votre réaction dans le cas d’un tome 1 jamais suivi d’un tome 2 ? Il y a des exemples à ce sujets et des critiques nourries contre Gallimard.
    Mais nous pouvons constater, comme dans le cas des propos, de la bible et plus récemment de Jean d’Ormesson qu’un premier tome non numéroté a été suivi d’un second. Qui peut s’en plaindre? Cela démontre l’intérêt du public.
    De la même manière, les séries au long court avec des boîtiers et des jaquettes différentes entre les premiers et les derniers tomes qui cassent l’homogénéité de la présentation. C’est l’évolution de la collection sur 90 ans que nous critiquons et qui nous passionne.

    Lorsque je vais chez un libraire qui vend des pléiades d’occasion, je les examine avec minutie et je remarque des exemplaires avec des spécificités. Comme par exemple le Théâtre de Goethe de 1942 avec une couverture en skivertex couleur grenat ( au lieu du vert). Si l’un d’entre vous connaît l’ histoire de ce changement de couleur qui a été rectifié plus tard ?
    Merci,
    Bonne soirée

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