La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

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6 215 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Testament, v. 605 : ilz aimoient en lieu secret,
    car autre d’eulx n’y avait part.
    Touteffoiz celle amour se part,
    car celle qui n’en avoit q’um
    de celluy s’eslongne et depart
    et ayme mieulx aimer chascun

    “elles n’avaient qu’un seul amant : |personne d’autre n’y prenait part. | Toutefois cet amour devint pluriel : | celle qui n’avait qu’un amant | s’éloigne de lui et le quitte | et préfère aimer tout un chacun” (Pléiade, p. 70).
    ……………..
    Je ne suis pas en capacité de décider, sur le plan de l’interprétation, qui a raison de vous, NéoBirt7 ou de la traductrice de la Pléiade, mais je puis faire la remarque que, pour quelqu’un qui se vantait plus haut de ne pas faire une traduction glosante elle ne peut faire autrement que se contredire en l’espèce, et que, sur le plan esthétique, euphonique, poétique… « traduire »

    – et ayme mieulx aimer chascun »

    par le très laid, plat, prosaïque, grossier, et inutilement explicatif :

     » et préfère aimer tout un chacun »

    faut le faire ! (Ou plutôt, il n’aurait pas fallu le faire.) Je ne vois d’ailleurs pas en quoi ce vers, d’un sens clair, avait besoin d’une « traduction » ! Pour le lecteur « moderne » et passablement fainéant, il eut suffi d’actualiser l’orthographe sans rien changer à l’ogre des mots et n’en supprimer ou remplacer aucun.
    Flagrant délit, passible de lourdes peines !

      • Lombard et sa clique ont beau ferrailler contre toute explication technique dont ils ne perçoivent que le pédantisme superficiel, nul ne me convaincra que la qualité des Pléiades traduites depuis une langue étrangère quelconque tient à autre chose qu’à la solidité de la préparation et à la force philologique de leur éditeur. Supposons que le choix de ce dernier a été admirable sous le critère de la compétence plutôt que la résultante du poids d’une coterie littéraire ou académique, et que Gallimard a obtenu la collaboration du meilleur spécialiste de tel auteur ou de tel genre ; il en va encore d’une traduction comme d’une édition de texte antique ou médiéval en ce que ce travail mobilise un très vaste éventail de spécialités qui ne s’acquièrent que par la pratique et dont il est hélas parfaitement faux de penser que la simple familiarité avec les textes forgée au fil d’une longue carrière suffit à les procurer à un savant senior. Si la méthode sous-tendant la Pléiade en devenir est d’emblée défectueuse, généralement par application de principes soit rigides soit trop absolus en matière de classement ou de valorisation des manuscrits et de reconstitution orthographique de l’original, ou si la doctrine traductologique mise en oeuvre est celle d’un théoricien plutôt que d’un solide praticien de la translation intralinguistique, il y a toute chance que le produit fini constituera une déception tant pour les professionnels que pour le grand public plus ou moins cultivé. Un texte miné par excellence comme celui de Villon n’était pas à la portée d’un universitaire, fut-il célèbre et chevronné, dont la production ne comporte aucune édition de texte médiéval ni la moindre traduction, en particulier lorsque ledit cacique de nos Facultés n’a publié qu’incidemment sur cet auteur ; c’était se condamner à une approche de seconde main par un médiéviste compétent mais extérieur aux débats des villonisants et dont la fraîcheur (supposée) du regard compense d’autant moins les lacunes bibliographiques et érudites que la prise en compte systématique, différenciée et critique de l’énorme production savante à laquelle a donné lieu Maître François est de facto impossible dans les quelques années que Gallimard exige pour la confection d’une Pléiade. Mme Cerquiglini-Toulet n’a donc pas lu tout ce qui s’est écrit sur Villon ; je pense même qu’elle n’a guère utilisé que les éditions de référence avec lesquels dialoguent, souvent selon un parti-pris flagrant, ses notes, ainsi qu’un petit nombre d’articles et de monographies de référence dont le temps, en en nuançant les interprétations, a confirmé la fécondité et dont l’ensemble des apports n’a pas été intégré par le mainstream savant (elle utilise par exemple les deux volumes anciens de Pierre Champion plutôt que les quatre tomes des « Recherches… » de Dufournet, n’a sans nul doute pas fouillé systématiquement l’énorme thèse de Siciliano ni celle de Kuhn, mène des polémiques d’assez piètre aloi avec le lexique de Burger ou le commentaire de Rtchner-Henry alors même que ses propres notes lexicographiques sont tout sauf impeccables [cf. son traitement de cadès, Testament v. 136, où l’étymologie arabe est imposée péremptoirement sans même que soit mentionnée l’explication par le provençal, et cela au détriment de la tendance toute villonienne aux double-entendre], et bourre son commentaire de citations médiévales avec une profusion inversement proportionnelle à l’obscurité du texte-source). N’est pas Dufournet, Micha ou Zink qui veut ; Mme Cerquiglini-Toulet, bonne poéticienne, ne pouvait donner sa pleine mesure dans une édition-traduction de Villon dont elle a remplacé l’ascèse par la production d’une resucée hâtivement badigeonnée de science originale dont les nouveautés, à très peu d’exceptions près, ne sont pas arrimées à une critique philologique solide. Pour une traduction explicative du Lais, du Testament et des minora, sa Pléiade ne saurait remplacer le travail de Lanly ; encore moins me semble-t-elle faire d’ombre à la translation très dense et rigoureuse de Dufournet, comme toujours très bon styliste. Villon est hélas trop problématique pour être confié à un non-spécialiste de sa poésie doublé d’un praticien à ce point inexpert de la traduction savante des textes médiévaux français. Le résultat, sans être catastrophique comme les Lais du Moyen Âge torchés par Walter, ne pouvait être mirobolant ; j’avoue que cette Pléiade respire une autosatisfaction irritante, surtout lorsqu’on se reporte aux splendides réalisations savantes sans lesquelles elle n’existerait pas (Thuasne, Lanly, Rychner-Henry, Dufournet, Di Stefano, les articles de Foulet). Il faut vraiment être blogueur ou journaliste littéraire pour s’extasier sans nuance sur le Villon de Cerquiglini-Toulet.

        • Je regrette de ne pas me situer au niveau de connaissance qui me permettrais de vous répondre, mais vos explications me passionnent, même si je suis conscient de ne pas en percevoir toutes les nuances. Mon avis de béotien, en ce qui concerne la Pléiade, reste le même : ils ne savent plus très bien où ils en sont ni où ils vont. Comment se situer entre un public savant et un grand public ? Cela donne des résultats qui ne sont jamais tout à fait satisfaisants ni pour l’un ni pour l’autre. Reste de pauvres bougres, comme moi, qui ont envie de lire certains textes dans une plus belle édition qu’une édition de poche et ne peuvent se payer les collections savantes fort onéreuses et de toute façon hors de leur portée… Et puis, ceux qu’on peut bluffer… Mais, est-ce que nous constituons encore un public suffisamment nombreux pour mériter qu’on s’adresse à lui ?

          • A propos du déclin de la Pléiade, vous avez sans doute noté que Pierre Testud publie, chez Champion, une édition des « Nuits de Paris ».
            En d’autres temps, l’ouvrage aurait sans doute rejoint « Monsieur Nicolas » dans le catalogue Pléiade, je suppose ?

          • Cher Phil, je me faisais la même réflexion. Le nom de P. Testud étant garant d’excellence et considérant ma dilection pour le XVIIIe siècle, cette édition fait envie, mais la perspective d’acheter en aveugle un ensemble de cinq tomes brochés (!) à 275 euros a de quoi refroidir les meilleures volontés. Champion en limite la prévisualisation à la table des matières générale (n’ont-ils donc jamais entendu parler de Google Books chez Slatkine ? la plupart des grandes maisons d’édition universitaires offrent via ce médium de larges tranches de leurs nouveautés, histoire d’appâter les lecteurs) ; impossible par conséquent d’évaluer le type et la densité de l’annotation dont s’orne ce magnum opus. Compte tenu cependant de la longueur des Nuits de Paris et des contraintes matérielles, je gage que Testud n’aura guère pu développer le commentaire comme dans sa splendide Pléiade de Monsieur Nicolas. Dans le doute, je crois qu’il vaut mieux s’abstenir de se ruiner pour cet ensemble, dont la typographie de toute manière simpliste, voire rudimentaire, (avec De Gruyter, Champion est vraiment le roi du minimalisme éditorial) et la présentation matérielle dépouillée, pour ne pas dire pauvrette, ne procurent aucune espèce de plaisir esthétique. A une autre époque, nous aurions sans doute eu deux belles grosses Pléiades généreusement munies d’appareil critique.

  2. Un jour (prochain) on sera puni, non pas parce qu’on détiendrait contre nous une preuve irréfutable que l’on pense mal. Mais simplement et uniquement que l’on pourrait encore penser quelque chose.

    D’après Philippe Muray, dont je lis en ce moment avec un certain intérêt L’empire du bien. D’ailleurs, à y bien réfléchir, et désormais, ce mot « bien » ne devrait plus être écrit qu’avec une majuscule.

    Le souffle de ce livre doit quelque chose à Bernanos, me semble-t-il. Je l’ai bien senti. Comme on pouvait s’en douter, il y a au-dessus de lui l’ombre de Guy Debord — incontournable pour parler de notre temps. On pense aussi parfois à Céline, que l’auteur a sûrement dû beaucoup lire.

    Pour sauver la face après ce nouvel écart, et désarmer un peu le courroux des visiteurs, je me dois de signaler ma dernière acquisition Pléiade, et dont je suis très content, heureux même : il s’agit du troisième et dernier tome des oeuvres en prose complètes de Péguy.

    Oui, j’ose avouer cette tare supplémentaire : j’ai toujours lu et j’aime Péguy (même la poésie, si, si).

    • Tuez le veau gras, pour fêter le retour du Fils Prodigue Ahmed, tout humble et repentant !…
      (Enfin, oui, je le suppose, bien qu’il n’en dise rien, par pudeur, certainement.)

    • Il y a de ces coïncidences : j’ouvre un journal en ligne quelconque pour lire les nouvelles, et voilà que le premier titre que je vois est celui-ci :

      « Metallica donne 250 000 euros à un hôpital oncologique roumain pour enfants »

      Une petite perle qui aurait ravi Muray, qui d’ailleurs, dit-on, s’amusait à ce petit jeu régulièrement : trouver ces petits signes involontaires par quoi l’époque se dénonce, se dévoile involontairement.

      Mon cher Domonkos, j’espère que vous vous portez comme un charme.

      • De Charmes, dans ma région, hélas, point n’en pourrions trouver… à part moi, bien entendu. Tout juste des chênes rabougris ponctuant la garrigue. Du coup, j’en deviens un Charme Pleureur…

    • Je ne me souviens pas de cette phrase des Possédés, mais je la veux citer, à la suite de Muray, car elle est en effet remarquable. C’est un personnage du grand livre de Dostoïevski qui dit :

      « Je me demande qui nous devons remercier pour avoir si habilement travaillé les esprits que personne n’a plus une seule idée à soi. »

      • « Avoir des idées bien à soi » ne m’a jamais paru le but à atteindre ; c’est souvent l’apanage des ânes entêtés et pseudo-autistes. Mais se forger ses idées en se servant des faits et des réflexions d’autrui, qu’on est allé rechercher, plutôt qu’adopter les « idées toutes faites » pourvu qu’elles soient dominantes, oui, bien sûr.

        La confusion entre l’individualisme idiot de celui qui croit « avoir ses idées bien à soi » et la construction d’une personnalité, conduit d’ailleurs le plus grand nombre, aujourd’hui comme hier sans doute, à se vanter d’être sa propre et seule référence, incomparable avec tout autre, tout en étant simplement un produit fabriqué de l’idéologie dominante, parfaitement conforme et reproductible en grand nombre. Combien en rencontré-je de ces personnes (j’ose à peine les ainsi qualifier) qui m’annoncent d’emblée qu’elles ne pensent que par elles-mêmes et dont je m’aperçois au bout de dix phrases, qu’elles alignent tous les clichés à la mode dont elles se prétendent exemptes. La conversation tourne vite court, car à chacune de mes questions je peux prévoir la réponse qu’elles vont me faire.

        Pour ma part, je ne me sens pas du tout inaccessible à ce matraquage – combien de fois ai-je bêlé avec le troupeau pour n’en être pas exclu ! – mais, seul avantage de la vieillesse, je bénéficie d’une liberté de pensée de plus en plus grande : plus mon inutilité grandit plus diminue ma « dangerosité » aux yeux des bien-pensants et, donc, plus mes écarts de pensée ou de langage me sont « pardonnés » ou bien tombent dans l’indifférence. Je pense souvent à cette vieille sentence taoïste : le bûcheron ne coupe pas l’arbre dont le bois est inutile.

  3. On ne saurait hélas qu’abonder dans votre sens, cher Domonkos. La recherche effrénée de l’originalité combinée à une culture générale en berne, à une vulgarité intellectuelle sidérante dont témoigne la vogue persistante de pseudo-intellectuels encyclopédistes comme Onfray et Maxence Caron (le premier somme toute estimable, car enfin il questionne et fait lire, le second détestable par sa stérilité, son nombrilisme fat), à une incuriosité flagrante, implante dans l’esprit du premier quidam venu l’idée folle que ses élucubrations sont non moins estimables que celles des bons auteurs et des savants qu’un labeur harassant autorise à émettre des avis autorisés. Paul Mazon écrivait admirablement en préface à un livre fameux mais daté autant que médiocre
    (Introduction à l’Iliade, Paris, Les Belles Lettres, 1942, p. 6) : « en fin de compte je ne puis assurer qu’il y ait dans ce livre une seule idée nouvelle. Je voudrais seulement qu’on en trouvât un certain nombre de justes ». Si seulement Mme Cerquiglini-Toulet, en torchant son Villon, ou encore Matsumura, en compilant son dictionnaire de la langue médiévale, s’étaient inspirés de cette opinion…

    • Neo-Birt, je crois que c’est vous qui aviez dit du bien de Giuseppe Di Stefano et de ses travaux sur le moyen français. Une deuxième édition de son dictionnaire des locutions (Nouveau dictionnaire historique des locutions. Ancien Français, Moyen Français, Renaissance) est sortie chez Brepols il y a quelques années. Je ne l’ai pas encore eu en main, par contre j’ai pu consulter en bibliothèque la première édition parue en 1991 chez un éditeur canadien. On y trouve trois citations, la première de Salvatore Quasimodo en tête de l’ouvrage, et puis deux autres en sicilien, la première précède l’avant-propos, la seconde la bibliographie. Je vous les livre :

      Chiddu ca fù fu
      facimu finta ca chioppi e scampau

      et

      Cui avi cchiù sali conza la ‘nzalata
      cui veni appressu cunta li pidati

      On pourrait, je crois, les rendre en italien par :

      Quello che fu, fu
      facciamo finta che piova e schiarisca

      Chi ha più sale condisce l’insalata
      Chi viene appresso conta le pedate

      Giuseppe Di Stefano, natif d’Enna, ne fournit aucune indication supplémentaire quant l’origine de ces deux dictons, si ce sont des dictons. Je me demandais s’ils évoquaient quoi que ce soit pour vous.

      Pour finir, merci encore pour vos interventions que je lis crayon en main pour pouvoir noter les ouvrages de référence que vous citez favorablement.

  4. Bon, petit retour sur une lecture de vacances : Martin Chuzzlewit de Charles Dickens.

    Attention : Dickens très atypique. S’il fait son bon millier de pages, ce qui est habituel pour un roman de Dickens (sauf pour Les Aventures d’Oliver Twist et De grandes espérances), c’est surtout le ton employé qui le caractérise. De l’humour, rien que de l’humour. Ceci l’apparente à l’excellent Les Papiers posthumes du Pickwick club.
    On y retrouve une galerie de personnages très bien croqués, tous plus extraordinaires les uns que les autres. L’intrigue est incertaine sur le premier tiers de l’ouvrage, puis elle prend forme jusqu’à se développer en ramifications qui conduisent presque toutes à un final inattendu, inespéré, surprenant, etc (rayer les mentions inutiles selon votre goût).
    La peinture sociale est bien présente, mais les situations profondément dramatiques et apparemment inextricables des autres romans laissent place à l’humour si britannique et si littéraire de cet immense auteur. Une pensée pour la traductrice qui a dû faire preuve d’une connaissance extrêmement profonde de l’anglais littéraire du XIXe siècle, tout autant que des expressions populaires qu’affectionne Dickens pour rendre au plus près le langage de ses héros.

    Je le mets au niveau de Dossier de la maison Dombey et fils et du Magasin d’Antiquités – donc un bon Dickens (mais comment pourrait-il en être autrement ?), mais je lui ai tout de même préféré Nicolas Nickleby et Barnabé Rudge. Il m’en reste encore quelques uns à lire…

  5. Cher Néobirt7 je fais appel à votre science et à votre bon vouloir.

    J’ai récemment « assisté » à un échange d’amabilités entre deux amateurs d’Heinrich Heine, l’un soutenant que Heine était parfaitement bilingue et avait lui-même traduit en français certains de ses poèmes, l’autre qu’il n’avait pas une maîtrise suffisante du français pour ce faire et qu’il avait tout au plus participé à certaines traductions (citant ici Nerval) en les révisant et corrigeant.

    Selon vous, que faut-il en penser ?

    • Domonkos, si une chose est peu ou prou incontestable à propos de Nerval traducteur du Faust puis de Heine, c’est qu’il n’a jamais su l’allemand qu’approximativement (beaucoup moins bien que Mallarmé ou même Baudelaire, pour ne rien dire d’un Henri Albert, dont les traductions de Nietzsche continuent à avoir fort bel air lorsqu’on les compare à celles de Bianquis ou de la Pléiade) et n’a été sauvé du désastre que par un grand nombre de plagiats de la traduction de son prédécesseur français Philippe-Albert Stapfer (1828), juste mais incolore et flasque, ainsi que par son sens superbe de la langue française ; ceci étant dit, le style arrondi, prolixe, si volontiers exubérant qui lui est propre transpose infiniment mal les qualités de nervosité vigoureuse propres à l’original goethien ou heinien (à propos de ce dernier, on parle souvent de Witzstil, style spirituel). Les spécialistes vous diraient que Nerval patauge souvent misérablement au milieu des méandres syntaxiques de l’allemand ; que les particules verbales lui échappent ; que les préfixes verbaux et les verbes surcomposés dont l’allemand est friand tendent à lui exercer l’imagination ; et qu’il confond, jusque dans l’âge mûr, les homographes allemands d’une manière préoccupante, jusqu’à prendre un substantif pour une forme verbale ou vice-versa (Jean Malaplate, ‘La traduction de Faust par Gérard de Nerval. Vérité et légende’, Cahiers Gérard de Nerval 13, 1991, pp. 9-17, en particulier 11-15 ; il y établit définitivement que Nerval a conféré la version Stapfer contre le texte allemand pour produire sa propre traduction au lieu de partir de l’original à nouveaux frais ; voir aussi Georges Poulet, (Traductio pedestris : Nerval devant l’Intermezzo de Heine’, dans Paule Petitier (ed.), Paul-Louis Courier et la traduction. Des littératures étrangères à l’étrangeté de la littérature (…), s..l., Société des amis de Paul-Louis Courier, 1999, pp 101-116.). Je suis donc porté à prendre avec des pincettes la valeur du témoignage nervalien en matière d’interprétation littéraire de l’allemand. Attendu par ailleurs que les textes dont nous savons, ou soupçonnons, que Heine les écrivit directement en français manifestent une assez belle aisance grammaticale autant que stylistique (rapprocher le style français de Friedrich Creuzer et opposer la langue raide et balbutiante, qui confine parfois au jargon, dans laquelle s’exprimaient Hegel ou le plus grand classiciste germanique de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, rénovateur du séminaire gréco-latin, j’ai nommé Christian Gottlob Heyne, lorsqu’ils s’adressaient à des francophones), je ne vois pas de raison de dénier à Heine la capacité de taquiner avec panache la Muse française.

      • Cher NéoBirt7, en ce qui concerne Gérard de Nerval, il n’est point besoin de me dire que ses traductions sont pour le moins approximatives et s’apparentent plutôt à des adaptations (il était aussi coutumier du « plagiat », y compris par des emprunts à la littérature anglo-saxonne,ou les copié-collé – avant l’invention de l’expression – qui parsèment le « Voyage en Orient » ; mais j’hésite à lui appliquer ce terme qui est aujourd’hui si dépréciatif et péjoratif alors qu’à son époque on était moins regardant sur ce genre de pratique). Il n’en demeure pas moins que Nerval, que ce soit dans le domaine de la « traduction » ou du « plagiat », avait coutume de faire du Nerval avec n’importe quel matériau – qu’on s’en félicite comme moi qui suis un nervalien indécrotable ou qu’on le déplore.

        Ainsi il n’est pas question de prendre une « traduction » de Nerval pour une traduction et de se dispenser, si on veut lire Goethe ou Heine (et d’autres) en français, d’un autre travail plus « sérieux ». Je vais jusqu’à considérer que ces traductions-adaptations font partie intégrante de l’oeuvre nervalienne, comme ses pièces de théâtre en collaboration (dans lesquelles sa part de travail est plus ou moins grande) et souhaiter un quatrième volume en Pléiade, qui contiendrait ces oeuvres. Voeu qui, évidemment, n’a aucune chance d’être jamais exaucé, que j’emploie les larmes ou les menaces, Gallimard restera sourd à mes désirs.

        Le véritable coeur de ma question était non pas la connaissance du français par Heine, qui est évidente, mais le degré de cette connaissance. Et sur ce sujet j’ai lu des avis contradictoires, de spécialistes ou réputés tels (?), la plupart contestant qu’elle fut suffisante pour qu’il écrivit directement dans notre langue, en se passant de toute aide. Je crois qu’il doit être aujourd’hui fort difficile d’en juger, à moins de posséder des documents qui puissent clairement écarter tout doute, ce qui ne semble pas être le cas (à moins que, quelque jour, un papyrus extrait de la tombe inviolée d’un obscur pharaon de la XVème dynastie – dynastie étrangère et barbare dont on ignore même le nombre exact de souverains – vienne nous apporter une lumière inédite sur le sujet, hi hi hi).

        C’est d’ailleurs un symptôme intéressant, concernant un poète qui pensait avoir trouvé en France sa patrie d’élection tout en voulant qu’on inscrivit sur son tombeau « poète allemand. » Rêvant que son entre-deux rhénan se dissolve dans un grand ensemble culturel européen, in fine. La rencontre avec Nerval, ce « poète français » qui avait sa patrie d’élection en Allemagne, était inévitable. (Il n’empêche que le seul qui s’adressait à Heine en l’appelant « Henri » et qui le tutoyait, était Théophile Gautier…)

  6. Ayant mentionné dans un précédent billet le Dictionnaire du français médiéval de Matsumura, et dans la mesure où cet outil connaît un franc succès de librairie (le deuxième tirage s’épuise ; ses 99 euros pour 3520 pages sont en effet une affaire par rapport tant au vieillissant et schématique Greimas qu’aux mille cinq cents ou deux mille euros que coûte d’occasion un set plus ou moins complet des dix volumes et six fascicules du Tobler-Lommatzsch), il ne sera pas inutile de faire la chronique de ce nouveau dictionnaire. Pour le dire d’un mot : malgré le parrainage illustre de Zink, dont on se demande bien quel rôle il a joué dans sa préparation en dehors de celui d’un patron (voir le propre témoignage de Matsmura en https://www.u-tokyo.ac.jp/biblioplaza/en/B_00138.html), le Matsmura est un méchant vade-mecum qui ne remplit que peu et mal les objectifs fixés dans la conférence de l’auteur au Collège de France en 2015-2016, l’étique et trop générale préface – deux pages ! – étant un chef d’œuvre de jésuitisme (en l’espèce, il se serait agi de corriger les erreurs et de remédier aux insuffisances du Tobler-Lommatzsch ; de contrôler toutes les citations ; de préciser l’origine ou la spécialisation géographique des mots, cf. https://journals.openedition.org/annuaire-cdf/13612), sans rendre les services que des débutants peuvent en attendre, surtout s’il s’agit d’exploiter des éditions en ancien ou moyen français ou des Pléiades appartenant au domaine médiéval. Loin d’être œuvre originale et savante, Matsumura reprend la formule qui nous valut les médiocrissimes dictionnaires de Bailly (méchante resucée du Liddell-Scott) et de Gaffiot (remake amélioré du Quicherat et du Sommer pas toujours inférieur au dictionnaire de Goelzer, cf. Pierre Flobert, ‘La lexicographie latine en France de Robert Estienne à Gaffiot’, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 145, 2001, pp. 402-403). Les Belles Lettres nous vendent en effet, dans une reliure flatteuse mais fragile et sur un papier chiffon dont la piètre tenue augure mal de la longévité du livre, une pure et simple compilation réalisée en croisant les entrées du Tobler-Lommatzsch avec le matériel élaboré dans les rubriques du Französisches etymologisches Wörterbuch de von Wartburg ; méritoire par le simple fait d’exister, ce travail similaire à un herbier comporte un nombre vraiment excessif de faiblesses (les principales sont la simplification abusive du sémantisme avec son corollaire, l’élimination de presque tous les homographes ou leur traitement sous une seule et même rubrique ; l’absence de critique personnelle en matières philologiques et lexicographiques, qui perpétue la plupart des lacunes sémantiques du Tobler-Lommatzsch ; l’incompétence étymologique, née d’une ignorance crasse de l’indo-européen et de ses langues filles, qui interdit à Matsumura d’aller au-delà de von Wartburg pour tous les mots figurant dans ses volumes les plus anciens ; et la tendance au recyclage brut des matériaux présents dans les deux dictionnaires allemands). Pour le dire en termes concrets, il n’y a pas un seul article, parmi les cinq cents que j’ai contrôlés, dans lequel Matsmura avance significativement au-delà des données de ses sources en ce qui concerne le sémantisme et les attestations lexicales d’un côté, de l’autre l’étymologisation, quasiment une entrée sur trois passant par ailleurs sous silence une valence secondaire ou dérivée non indiquée dans le Tobler-Lommatzsch (lequel s’adresse à des spécialistes supposés savoir lever ce genre d’ambiguïté) ou des homographes ; l’occasion qui lui était donnée de renouveler les citations comme d’affiner le classement sémantique scrupuleux mais très général du Tobler-Lommatzsch n’a pas été le moins du monde saisie par Matsumura. Quelques exemples concrets choisis au hasard avec un minimum de justificatifs feront mieux ressortir ma déception de médiéviste occasionnel mais rompu au maniement des outils du métier et disposant d’une assez bonne bibliothèque spécialisée :

    Entrée ARAMIE (p. 217) :
    Il manque le sens ‘impétuosité, violence, émoi’ : Jean-Charles Herbin et Annie Triaud, Anséÿs de Gascogne, chanson de geste du milieu du XIIIe siècle, Paris, Champion, 2018, III (CFMA n°186), p. 1615 ; François Suard, Aspremont, chanson de geste du XIIe siècle, ibid. 2008, pp. 398-399, 702 bas.

    Entrée ATOR (p. 289) :
    Passée sous silence est la valeur évoluée ‘apparence, allure’ que revêt régulièrement ce substantif au pluriel : Suard, pp. 258-259, 616-617 (en corrigeant le Glossaire p. 703 s.v. ad ‘préparatifs’). Comparer de riche ator, ‘en somptueux équipage’ (Nathalie Koble et Mireille Séguy, Lais bretons (XIIe-XIIIe siècles). Marie de France et ses contemporains, Paris, Champion, 2018, p. 872), avec de bel ator ‘élégant’ (e.g. Philippe de Remi, La Manekine, 8088-8090 mais de cuer durement amoient | les .II. filles au sanatour | qui bones et de bel atour | estoient ; par çou les amèrent, cf. le Glossaire de l’édition-traduction Marie-Madeleine Castellani, Paris, Champion, 2012, p. 655).

    Entrée BORDEL (p. 431) :
    L’unique citation offerte pour le sens premier ‘cabane’ se trouve précisément être la première donnée par Tobler-Lommatzsch s.v. (I col. 1065. 14-15) ad ‘Hütte, Haus’ ; pour la valence devenue obvie, Matsumura reproduit une citation qui apparaît en troisième position dans la rubrique afférente du dictionnaire allemand (1065. 40-42). Au passage, la nuance ‘bicoque, masure’ que ne consigne pas explicitement le TL a échappé au soi-disant meilleur lexicographe mondial du français médiéval, pour laquelle voir Jeanne Wathelet-Willem, Recherches sur la Chanson de Guillaume. Etudes accompagnées d’une édition, Paris, Les Belles Lettres, 1975, II, p. 1058-1059, 1094, et Doon de la Roche, 740-741 se le duc me creoit il t’arderoit matin | la desfors ceste vile, en .1. bordel petit (édition Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2019 [CFMA n°190], pp. 95, 247). Je rapprocherai en ce dernier sens borde et bordiau / bourdiau (la nuance a vraisemblablement échappé au Glossaire de Herbin-Triaud, III, p. 1641, qui écrivent « petite maison (par opposition à la demeure seigneuriale fortifiée) : ne maison ne bordiau 13022, ‘ni maison ni cabane’ » ; l’auteur appose en un mérisme couvrant les deux extrêmes des habitations possible la maison noble et la masure des vilains).

    Entrée BROIGNE (p. 463) :
    Le sens indiqué est beaucoup trop lapidaire et laisse s’évanouir toute l’épaisseur concrète de cette « cuirasse faite de peau, avec anneaux de fer cousis très rapprochés (…) » (Claude Régnier, Jean et Andrée Segurat, Aliscans, Paris, Champion, 2007, p. 572 note 23).

    Je dois donc malheureusement donner raison aux deux critiques négatives du Matsumura présentes sur le site français d’Amazon : il n’y a pas grand-chose de neuf dans ce dictionnaire pour contrebalancer le trop fort degré de schématisme lexicographique, et je crains que son utilisation inexperte sur des éditions unilingues n’aboutisse à une kyrielle de traductions inadaptées au microcontexte et ne donne une idée très faussée de la civilisation du Moyen Âge.

  7. Bouquins une fois de plus se substitue à la Pléiade et sort en septembre un premier volume consacré au Journal de Green (https://www.lisez.com/livre-grand-format/journal-integral-tome-1/9782221203071) qu’il publie apparemment dans son intégralité. Toujours chez eux, un volume Raymond Roussel (https://www.lisez.com/livre-grand-format/la-doublure-la-vue-impressions-dafrique-locus-solus-letoile-au-front-la-poussiere-de-soleils-nouvelles-impressions-dafrique-comment-jai-ecrit-certains-de-mes-livres/9782221220740) édité par Jean-Paul Goujon, gage de sérieux, et préfacé par l’auteur de bandes dessinées, Yann Moix, gage de divertissement.

  8. Vu chez mon libraire, « les 100 plus grandes oeuvres de la littérature française », paru chez Ellipses.
    La sélection me paraît ridicule : 40 ouvrages appartiennent au XXe siècle (!), 4, déjà, au XXIe, soit autant que tout le XVIe siècle (Rabelais, Ronsard, Montaigne et Du Bellay), 27 pour le XIXe siècle … donc il ne reste plus que 25 ouvrages à se partager entre le XVIIe et le XVIIIe siècles, puisque la période du Moyen Age est tout bonnement ignorée.
    L’auteur, un universitaire pourtant, ignore cruellement les principes de la géométrie dans l’espace, qui conduit à « géantifier » ce qui nous est proche, au détriment des lointains (comme un de mes élèves, d’ailleurs, qui refusait de croire que le soleil était une petite étoile, mais il était excusable de sa naïveté de néophyte).
    Ainsi, on se demande, si c’est l’université qui nous offre ce « jugement », comment on peut encore lire, à notre époque, Homère ou (pour des raisons extra-religieuses) la Bible, par exemple : il suffirait en effet de se pencher sur les volumineux étalages de la rentrée littéraire, de puiser au hasard, pour avoir une chance significative de tenir un chef d’oeuvre entre ses mains ? Même si la production actuelle est excessive, les lois statistiques fondées sur cette échelle de valeur nous répondent par l’affirmative.
    Rien à voir avec la Pléiade, me direz-vous, sauf que c’est cette même logique de sélection qui semble triompher actuellement.

    • Sur les quatre auteurs « du XXIème siècle », il y en a un qui est programmé en Pléiade, un second envisagé sérieusement, un troisième plausible, le 4ème, non ce serait un peu léger …

      • Parmi les auteurs du XXème siècle, certains choix sont très caractéristiques des jugements « universitaires » …
        Dans une maison d’édition spécialisée dans les manuels pour étudiants, rien d’étonnant.

        • A toutes fins utiles, signalons que Gutleben Muriel, l’auteure de ce pathétique florilège, n’est pas une érudite mais une simple romancière régurgitant des fiches constituées à partir des données d’encyclopédies en ligne mal digérées. Les poncifs scolaires les plus éculés y vont bon train.

          • Cher Neo-Birt7, parlons-nous du même livre ? J’ai cité, à la suite de Phil, le livre de Thierry Poyet, Maître de conférences HDR à l’Université de Clermont-Ferrand …

          • Les grandes œuvres de la littérature française, Paris, Ellipses, 2018, par Gutleben Muriel, classe 100 titres, dont des doublons partiels comme Eugénie Grandet et la Comédie humaine,depuis la Chanson de Roland jusqu’à Schmitt, La nuit de Valognes. d’où ma confusion avec le livre comparable du flaubertien Poyet paru chez le même éditeur et pas bien supérieur (comme quoi un dixneuviémiste peut n’être pas un encyclopédiste).

    • Dame Gutleben réussit l’exploit d’oublier les Mémoires et Le Voyage, il fallait oser !
      Le Poyet est quand même un peu moins ridicule (avec le parti pris de de sauter le Moyen âge); il n’ose pas exclure Céline et pousse même l’audace jusqu’à faire figurer Sade…
      Par contre une belle unanimité pour préférer Mme de Lafayette à Saint-Simon. Sans doute pour la parité.

  9. La liste complète des auteurs et des oeuvres se trouve sur le site internet des éditions Ellipses : il suffit, dans le catalogue, de trouver le livre auquel est annexé la table des matières (fichier pdf à télécharger)

  10. Bien volontiers.
    Le livre  » Les 100 plus grandes oeuvres de la littérature française  » [sic] retient 4 oeuvres publiées au XXIème siècle de 4 auteurs :
    – Philippe Besson, ‘En l’absence des hommes’, (2001) ;
    – Patrick Modiano, ‘Un Pedigree’, (2005) ;
    – Annie Ernaux, ‘Les Années’, (2008) ;
    – Michel Houellebeck, ‘Soumission’, (2015).
    Interrogé sur les prochains auteurs vivants prévus en Pléiade (après l’arrivée de J. d’O), Antoine Gallimard a répondu sans hésiter avec le ton de l’évidence : Patrick Modiano (on lui laisse simplement encore un peu de temps pour poursuivre son oeuvre). On en déduisait clairement qu’on en était aux préparatifs de l’édition dans la Pléiade. Même évidence pour J.-M. G Le Clézio qui devrait être lui aussi publié en Pléiade.
    Interrogé à propos d’autres auteurs possibles, et notamment de ce qu’il pensait de Michel Houellebeck, le patron des éditions Gallimard l’a qualifié « d’auteur intéressant », ce qui dans le contexte de l’entretien faisait clairement comprendre qu’on y pensait…
    Pour Annie Ernaux je n’ai pas d’informations aussi précises ; cela me paraît simplement plausible dans le contexte actuel de l’évolution des choix éditoriaux de la Pléiade, de l’édition en général, et des modes du jour notamment universitaires, la tendance actuelle étant de mettre de plus en plus d’auteurs d’aujourd’hui aux programmes des examens et concours.
    Quant à la présence du livre de Philippe Besson parmi les  » 100 plus grandes oeuvres de la littérature française « , est-ce bien sérieux ?
    Mais cette liste elle-même est-eiie bien sérieuse ?
    Très révélatrice des modes et tendances d’aujourd’hui en tout cas…

    • En ce qui concerne Modiano, je ne le considère pas comme « un auteur du XXIè siècle » même si, techniquement, une partie de son oeuvre lui appartient. Son entrée en Pléiade me semble évidente : édité chez Gallimard et Prix Nobel. Bon, je ne romprais pas des lances ni pour ni contre.
      Même chose pour Le Clézio. Mais j’avais entendu dire (plutôt lu) que cet auteur faisait sa chochotte et « refusait » d’être pléiadélisé… Aurait-il changé d’avis ou bien Gallimard aurait-il des informations sur son état de santé faisant présager sa disparition prochaine ?
      Annie Ernaux, après d’Ormesson, ce serait un coup à brûler ma collection Pléiade en public, devant les caméras de la. TiVi (je n’irais pas jusqu’à m’immoler moi-même par la même occasion).
      Houellebecq, dans le désert littéraire français actuel, n’a aucun mal à surnager, comme le bateau corsaire sur la mare aux canards.
      Quant à Besson… si c’est une blague, elle est de très mauvais goût et ne me fait pas rire !

      • De toute façon, Modiano et Le Clézio pas inférieurs au pâle Kundera qui plaît tant à « l’éminent » critique littéraire Finkelkraut (le même qui prend Philip Roth pour le monument des lettres américaines), et bien supérieurs à Mme Duras. Ils ne feront pas descendre plus bas le niveau actuel de la collection.
        Résigné.

        • Je trouverais tout de même abusif qu’ils servent à inaugurer la couleur (quelle serait-elle ?) du nouveau siècle.
          Pour le moment, je ne vois guère de « géant » qui serait révélé par ce siècle (qui sera le dernier si j’en crois les augures climatiques) et, s’il devait s’en trouver un, j’irais plutôt le cherche en-dehors de l’hexagone.

      • Si déjà on cite Houellebecq, allons-y pour Nabe, le Tallemant des Réaux de notre époque, entre autres talents, l’auteur sulfureux, scripsit la presse, toujours allusive à son sujet, qui voudrait le faire passer pour l’éminence grise de ce pauvre Moix, pour une espèce d’antisémite au carré, condensé de Drumont et de Ben Laden. On ira lire d’ailleurs le dernier Nabe’s News (son site) pour une dissection de l’affaire Moix.

        • Nabe et Nib sont dans un bateau ; l’un d’eux tombe à l’eau, que reste-t-il ? Deux hypothèses, la première c’est Nabe qui tombe à l’eau, dans la seconde c’est Nib. Une seule réponse. Dans les deux hypothèses le résultat est le même : ce qui reste dans le bateau, c’est Rien.

          Ça marcherait tout aussi bien avec une pléthore d’auteurs et d’actrices actuel(le)s, on n’y perdrait que le jeu de mots. Mettons que Nabe et Nib soient des noms génériques.

          En attendant ces lendemains radieux, on se contentera de notre prometteuse fin d’année pléiadesque, avec de bons auteurs d’hier, d’avant-hier et d’autrefois… (Bien ou mal édités, ils seront les bienvenus au club.)

          • Mon « correcteur » automatique est un méchant misogyne, il me refuse le politiquement correct « autrice » et le remplace sans me consulter par un douteux (trop sexy, donc sexiste) « actrice » ! Moi qui tente de me réformer, je ne suis pas aidé !
            Mesdames de Metoo, les réclamations sont à adresser à celui des GAFA qui gaffa, je ne suis que le lampiste.

          • Ben oui, Lombard, je sais bien, mais le grammaticalement correct voudrait plutôt « autrice » (le « correcteur » lui, me propose « Autriche », ha ha ha !). Bon, faut bien avouer qu’en réalité je m’en contrefiche, mais vous vous en doutiez certainement.

            J’ai bien compris qu’il est de mode de violer la grammaire (qui ne porte pas plainte en rajoutant des « e » à la fin des mots en « eur », pour la raison inavouée que la terminaison en « euse » ou en « rice » se différencierait plus du masculin. Ainsi une « professeure » paraît plus audible à ces pécores qu’une « professeuse », car on entend le même son que « professeur ».

            C’est tout de même assez rigolo que ces mères-la-pudeur-grammaticale, in fine, s’inclinent en quelque sorte devant la « supériorité » du masculin, en voulant lui ressembler.
            Une « professeuse » leur semblerait donc moins digne qu’une « professeure » ? Un comble !

            Mais c’est peut-être plus profond que cela, dans le sens du combat contre la différenciation sexuelle (qui est vraiment diabolique à leurs yeux), remplacé par une espèce de « neutre » (sur le plan phonétique, pour commencer…).

            Bizarre tout de même que cette recherche aboutisse à une disparition du féminin et un alignement sur le masculin, plus proche à l’oreille du neutre.

            Elles se prétendent à la pointe du combat féministe, et signent la défaite du féminin ! Persuadées que leur victoire réside dans… la disparition du féminin (sans doute trop stigmatisant à leur yeux).

            Paradoxe, ô Saint Paradoxe !

          • Aaaahh ! je sens bien que, s’il devait se vérifier que le terme « actrice » sent le souffre, il risquerait de vite devenir un de mes préférés…

  11. Auteure et autrice (voir ci-dessus les échanges à ce propos entre Lombard et Domonkos).

    J’écris « auteure » pour signifier à tous que je me conforme, que je me soumets (peut-être que je crois ou peut-être que j’ai peur).
    J’écris « autrice » parce que je crois, et crois même fanatiquement, pour montrer mon zèle et que je milite (peut-être que je me tiens prêt à en découdre avec le premier venu).

    C’est pour moi la nuance.

    Excellent week-end à tous.

      • Un collègue m’a mis la thèse de Maurice Blondel entre les mains la semaine dernière. J’y suis donc ce week-end. Mais autrement, je suis toujours dans ma lecture intégrale de l’œuvre de Georges Perros dont je suis un infatigable lecteur (comme je l’étais et le reste de Jean Grenier). Je suis, dans les choses intellectuelles, d’une constance désespérante en vérité.

        Mais à côté de Perros et en même temps que lui, l’extraordinaire Spinoza : lecture indispensable que je m’en veux d’avoir trop longtemps différé.

        J’ai lu il y a quelques semaines La taille de l’homme, un vieil essai de Ramuz : remarquable. Mais je me disais, le lisant : remplace partout le mot communisme par le mot capitalisme et tu fais un livre aussi pertinent et lucide que l’autre et rempli des même vérités, tant il est vrai que ces deux systèmes se ressemblent au fond dans leur vision de l’homme et dans leur finalité.

        • J’ai lu récemment un article de je ne sais plus qui, je ne sais où… (comme ça, hein, vous ne risquez pas de me prendre en faute… mais c’est vrai que ça n’a pas paru impérissable à mon vieux cerveau, il a un logiciel intégré qui fait le tri). Ça parlait un peu de ça : capitalisme et communisme. Plus précisément, du libéralisme, « ultra » ou non, car le capitalisme est quand même un mot fourre-tout.

          L’auteur mettait en évidence que, lorsqu’un système devient dominant et quasiment sans concurrence, qu’il se globalise, il tend forcément à se prendre pour la solution ultime (la fameuse « fin de l’histoire ») et à vouloir contrôler TOUS les aspects de la vie des peuples et des individus, jusqu’à s’introduire dans leur intimité.
          Effectivement, on y est.
          Et j’aurais tendance à croire aussi que tous les systèmes vont vers le système (la systématisation) et qu’ils ont la même tendance à vouloir occuper toute la réalité. Ils deviennent donc forcément, lorsqu’ils se retrouvent seuls aux commandes, vers une forme ou l’autre de totalitarisme.
          Quand je parle de système, je ne parle pas que de politique et d’économie, mais aussi d’idéologie et, en ce qui concerne cette dernière, la « gauche » se l’est vue attribuer et s’est bien chargé (de la psychanalyse au « politiquement correct ») d’en faire le rouage indispensable au bon fonctionnement de la machine (ultra) libérale.

          Pour ma part, je suis un peu vacciné contre l’esprit de système (y compris l’opposition systématique), mais c’est sans aucune conséquence sur le cours des choses (je n’aimerais pas le contraire).

          De quoi nous faire regretter le « bon temps » de la « guerre froide » (pardon aux victimes du stalinisme et du maoïsme). Non, je rigole, pas de quoi regretter le temps où le choix était entre le stalinisme et le fascisme (années 30-40 ou entre le station-maoïsme et l’empire américain… Mais, pour nous, qui étions du « bon côté » du Rideau de Fer, on avait l’illusion de disposer encore d’un peu plus de liberté intellectuelle qu’aujourd’hui.
          (Il faudrait aussi mesurer ce que l’abaissement général des savoirs et la montée sidérale des ignorances nous retire comme armes pour se défendre contre cette nouvelle dota.)

          A part ça, Spinoza m’a toujours fasciné, mais c’est une lecture ardue pour moi (à la fois plaisante, excitante et ardue), bien heureux si j’en capte 10 à 20%. Et Perros… toute honte bue, je dois avouer qu’il constitue un trou noir dans ma culture. Parviendrai-je à le combler avant de passer moi-même au trou ?

          Peut-être si un jour la Pléiade voulait bien lui consacrer un volume ? (Ha ha ha ! voyez comme l’artiste retombe sur ses pattes félines !…)

          • “Peut-être si un jour la Pléiade voulait bien lui consacrer un volume ? », dites-vous. Mais il se pourrait que vous soyez encore mieux retombé sur vos « pattes félines » que vous ne le pensiez. A ce qu’il paraît (ne m’en demandez pas plus, je n’en sais pas plus), une nouvelle édition (complète) de Spinoza dans la Pléiade serait en chantier, sous la direction éclairée de Bernard Pautrat.

          • Vous êtes bien bon, Chardin, de m’épargner les sarcasmes que mon oubli de l’édition de 1954-55 auraient pu me valoir.

            Certes, elle pourrait à bon droit se targuer d’être de quatre années ma cadette, mais il n’y a pas lieu de s’en trop goberger, car pour une Pléiade cela est bien vieux et sans doute obsolète.

  12. En contemplant la réédition en coffret de l’édition Tadié de la « Recherche », je me disais que nous n’aurons plus, en Pléiade, d’édition de cette qualité. C’est fini, hélas.

    La faute en premier lieu au public. Nous vivons des temps superficiels, où le « paraître » (le reliure cuir) l’emporte aisément sur l' »être » (le contenu).
    Nous vivons aussi des temps individualistes, il faut découvrir l’oeuvre par soi-même, ras-le-bol de ces commentaires barbants, dont vous payez le prix (en plus). Et nous avons tous un cerveau, en vertu de quel principe notre perception directe serait inférieure à celle du « spécialiste » ? Il ne s’agit pas de dogme religieux, ici, rien à voir avec les huguenots.
    Nous vivons aussi des temps de perte affligeante de la culture : on publie des revues de culture générale, des séries d’ouvrages « pour les nuls ». Normal puisque les nuls, ce sont vous et moi, et que nous avons mieux à faire que perdre notre temps à lire, étudier, ou goûter au plaisir esthétique : les livres, c’est pour les transports en commun, cela permet d' »amortir » les pertes de temps de ce mode de vie quelque peu débile.
    Il y a bien mieux à faire, en effet,il faut gagner de l’argent, c’est cela qui est garant de notre réussite, de notre position dans la société. En plus, c’est censé créer des emplois, même quand on le place.

    Bien entendu, le public n’est pas le seul responsable : il y a le conditionnement médiatique, en particulier de la télévision (que je n’ai pas).
    « Pourtant, vous avez tort, car il y a des choses intéressantes, par exemple, il y a Arte », me dit-on parfois. Arte, l’alibi « culturel » a minima. Je ne sais pas si les programmes sont réellement intéressants (j’en doute), mais je suis prêt à parier que la télécommande fonctionne souvent à un rythme effréné.
    La télévision, la plus grande entreprise d’abêtissement de masse, un progrès, vous croyez ? Surtout que l’objectif essentiel de ces entreprises, c’est le conditionnement des cerveaux (un éminent PDG de travaux public, curieusement (???) reconverti dans ce média, l’a reconnu).
    Des jeux aussi magnifiques, stimulants et inventifs que le « Juste prix » nous viennent des USA, d’ailleurs.

    Il y a aussi la baisse sidérante des ambitions de l’éducation nationale. « 80% de bacheliers dans toute classe d’âge » (ou à peu près), l’objectif avait été fixé par Fabius, c’est cela la modernité. Quand je vois des taux de réussite au bac dépassant les 80%, je souris amérement. Dans le domaine que je connais bien (mathématique/physique); on apprend aux élèves à savoir faire, non à comprendre (en vertu de la prééminence de l’apparence sur la réalité, ce que l’on appelle pompeusement le « pragmatisme »). Et puis, à quoi sert-il de rabaisser le baccalauréat au niveau du certificat d’études de nos parents ? Des entreprises ne recrutent plus qu’à partir du bac, y compris pour des postes de compagnon sur les chaînes de production. C’est cela, le progrès ?

    Et enfin, j’en viens au dernier point, il y a la responsabilité essentielle du monde politique. Quand on nous présente les énarques comme notre élite intellectuelle, quand je vois que notre éminent président (que l’on nous a désigné comme un « philosophe ») fourvoie le sens des mots et des valeurs (l’humanisme, par exemple), je me pose des questions.

    J’en suis réduit, à 60 ans, à passer pour un vieux misanthrope.

    Qui nous rendra les Pléiades d’antan ?

    • Que dire ? Parfait diagnostic. Je suis résigné à devenir le membre d’une « secte » (d’une « niche » sur le plan marketing) amateur de livres (ce que nous entendons par « livre »), comme les amateurs de musique baroque sur instruments anciens et autres tribus qui tentent de survivre dans cet océan d’abêtissement.

      J’aurais préféré voir le livre « mourir de sa belle mort », c’est-à-dire se raréfier tout en étant de qualité, « mourir vivant » comme il est de mode de dire, mourir beau et jeune. Au lieu de ça, je le vois mourir de la façon la plus moche : défiguré, abîmé, noyé dans un flot de saloperies qui portent le nom usurpé de livre… Quand je vais dans une librairie (ne faut pas s’étonner si, neuf fois sur dix, à présent, on me voit plutôt chez les bouquinistes), je me sens pris de nausée en voyant ce qui s’étale sur les tables, ce qui fait crouler les étagères, et je ressors, bien souvent en ayant renoncé, avant de salir la moquette…

      Et la haine de ces « prescripteurs » (vendeurs-libraires, instituteurs, bibliothécaires) qui veulent me faire passer de l’eau tiède et douteuse pour un élixir des dieux, pourvu qu’ils réussissent à me fourguer le dernier bouquin médiatisé : il me vient des envies de meurtre et je ne parviens pas toujours à ne pas être odieux.

      • Et vous avez vu de quoi se gavent nos ados, ceux « qui lisent tout de même » ? Les rayons spécialisés envahissent les surfaces de vente.
        Les prescripteurs cités plus haut nous ont tellement seriné que c’est toujours une bonne chose de lire, même si c’est des insanités !
        J’en doute.

        …………;

        Et voilà, ça y est, mes bonnes résolutions ont foutu le camp ! Moi qui avais décidé de ne plus intervenir ici que pour des participations légères, fantaisistes, remplies d’amour et de pensées positives !
        Rien à faire, quand on est possédé du diable…

        • Sincèrement désolé d’avoir réveillé le démon rageur qui vous possède.
          Le mien est plutôt dépressif, mais le monde actuel n’est-il pas déprimant ?

          • Meuh non, je vous remercie, au contraire. Façon de se sentir vivant !

            Je l’aime bien, au fond, mon démon, c’est une vieille histoire, lui et non. Je m’excuse, tout de même, auprès de ceux qu’il insupporte. J’essaierai de le tenir en laisse et muselière, je vous le promets (enfin, je vous promets d’essayer, pas de réussir.)

    • Phil, je vous trouve un peu optimiste en comparant le niveau du baccalauréat actuel à celui du certificat d’études de nos parents (ou de nos grands-parents) : dans les matières « fondamentales » (calcul, lecture, écriture) et dans les matières de culture générale (histoire, géographie, sciences naturelles), il n’est qu’à relire les problèmes de certificat d’études d’avant-guerre pour constater que le niveau du baccalauréat actuel est – me semble-t-il – plutôt inférieur à celui de ce certificat d’études…

      • Je suis entièrement d’accord avec vous, mais ne voulais pas passer pour un vilain extrémiste de la culture et du savoir qui noircirait le tableau à dessein.

  13. Une fois n’est pas coutume, j’interromps – provisoirement – la lecture d’un ouvrage en cours.
    Les raisons sont multiples : la première est qu’après plus d’un mois de lecture quasi-exclusive j’ai envie de passer à autre chose. La seconde est que l’ouvrage m’intéresse grandement et que je souhaite y revenir plus tard, afin de mieux en tirer la substantifique moelle. Enfin, il n’y a pas grand mal à interrompre provisoirement la lecture d’une œuvre qui est une anthologie d’articles indépendants les uns des autres.

    Il s’agit du second tome des Propos d’Alain, parus initialement entre 1906 et 1936, avec l’inévitable interruption pendant la Première Guerre mondiale.

    J’avais beaucoup aimé le premier volume. C’est en effet une lecture assez dense. Bien que le style soit globalement assez simple sinon journalistique (au sens actuel), beaucoup d’articles sont assez riches et évoquent les ouvrages de philosophie de l’auteur. J’avais d’ailleurs commencé Les Passions et la sagesse, toujours en Pléiade, et là, le niveau était nettement plus difficile pour moi (de même que Les Arts et les dieux paru chez le même éditeur).

    Les Propos ont paru partiellement du vivant d’Alain, tandis que d’autre recueils furent édités à titre posthume, le plus souvent avec des corrections, des additions de textes, des remaniements et de nouveaux classements thématiques. À titre d’exemple, un recueil de Propos en Pléiade comprend l’équivalent de 6 à 8 tomes « classiques » comme les Propos sur le bonheur, les Propos sur l’Éducation, les Propos de littérature, etc.

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