La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

6 797 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Grâce à DraaK (fut là), nous avons vu une représentation tout à fait exceptionnelle d’Andromaque de Racine au Centre international de conférences de Jussieu. La tragédie était interprétée par la troupe et la bande de violons de l’atelier Théâtre Molière Sorbonne sous la direction de Georges Forestier, professeur de littérature à la faculté des lettres de la Sorbonne. Ce spécialiste de Racine et Molière enseigne l’histoire du théâtre du XVIIe ; il a dirigé les nouvelles éditions de Molière et de Racine dans la collection La Pléiade (le second tome de Racine est en préparation – Draak me corrigera si je fais erreur).

    Je me permets de citer un court extrait du programme : « Une démarche archéologique pour une interprétation historiquement informée. […] La démarche s’inspire de l’approche qui a renouvelé l’interprétation de la musique ancienne : retrouver les techniques pour laquelle elle a été composée. Depuis une quarantaine d’années des recherches ont tenté de retrouver le jeu du comédien des XVIIe et XVIIIe siècles et de comprendre pour quel type d’interprétation, de diction et de gestuelle Molière, Corneille et Racine écrivaient leurs pièces. »

    C’est ainsi que la gestuelle, la diction ( !), les costumes… réactivent (et non : reconstituent), pour le répertoire du XVIIe siècle, les pratiques théâtrales ayant cours à la même époque.
    C’est une expérience unique ; ces représentations sont très rares. Les comédiens sont excellents et on réellement l’impression d’être transporté dans une autre époque.

    Pour ceux qui auraient la chance de se trouver dans le coin, une dernière représentation aura lieu le 3 février prochain dans l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne : https://www.billetweb.fr/andromaque-racine&src=agenda

    À savoir : le 4 février, aura lieu une représentation de Sganarelle ou le Cocu imaginaire de Molière, dans les mêmes conditions de représentation.
    Jetez-vous dessus, et en plus ça ne coûte pratiquement rien (10 € le tarif plein et 5 € pour les étudiants et lycéens).

    Merci encore à DraaK de nous avoir fait découvrir cet événement unique.

    • De rien, Lombard.
      C’était effectivement excellent et je ne regrette pas les… Presque 9 heures de route (merci les grévistes). Une proposition d’Andromaque qu’on ne retrouvera pas sous une autre direction.
      Le spectacle sera encore meilleur en février dans les salles historiques de la Sorbonne.

      Petite correction : Le tome II de Racine ne sera pas mis à jour. Info de Georges Forestier.

      • J’étais à la première des deux représentations (jeudi) grâce à DraaK (dont j’ai cherché en vain les épais sourcils), et je le remercie de nous avoir signalé ce spectacle. La diction d’époque était intéressante, rappelant un peu le québecois (leur prononciation aurait moins évolué que la nôtre depuis le dix-septième siècle), par moments plus méridionale, avec aussi prononciation de la plupart des lettres maintenant muettes, mettant en valeur les rimes riches (les larmes / les charmes avec un « s » prononcé, le fils / la famille, prononcé un peu comme le « famiglia » italien, etc…)

        • Désolé de ne pas vous avoir vu, cher Ben (que je remercie aussi pour Propagerlefeu.fr). Mes sourcils n’ont balayé l’air de la salle que le vendredi.
          Peut-être le 04 février prochain, à la Sorbonne, pour Molière ?

  2. Des recherches modestes que j’avais entreprises pour ma propre « édification » m’ont mis sur le chemin d’un article extraordinaire d’Anatole Leroy-Beaulieu, en deux parties, publié dans la Revue des deux mondes, dans sa livraison de mars-avril 1894 (volume 122).

    Ce que je cherchais c’est un éventuel lien entre démocratie et mammonisme. Je trouve que l’auteur établit parfaitement ce lien que je subodorais.

    J’ai extrait ces deux parties de l’article de la dite revue pour les réunir en un seul document que je mets ici à votre disposition

    https://drysticksfagoted.wordpress.com/

    dans le cas où, comme moi, vous seriez mal à l’aise dans cette société et chercheriez désespérément à « comprendre ».

    Les opinions de Leroy-Beaulieu ne sont pas nécessairement absolument les miennes, et mon propos n’est nullement de répandre ces opinions ou de m’en faire le défenseur. Mais je trouve son article extraordinairement intéressant.

    Le lien entre ce que je dis et la Pléiade — qui doit être la préoccupation unique dès lors que l’on écrit ici — est bien présent, quoique subtil et tortueux.

    • Les Belles Lettres nous ont déjà fait le coup pendable de reproduire, sans les retoucher le moins du monde ni prendre la peine de les annoter mais en les emballant bien (toilage et impression soignés, papier de bonne tenue), des traductions du milieu du XIXe siècle pour divers corpus latins volumineux disponibles seulement dans des éditions savantes ou encore incomplètement publiés en français sous une forme rigoureuse. Après Tertullien, reproduit d’après l’inénarrable Genoude (et son compère Honoré Denain, très friand de style noble), voici l’Augustin de Poujoulat et l’abbé Raulx. Il importe de savoir que son éditeur original, Guérin de Bar-le-Duc, avait commissionné le travail à divers traducteurs (L. Moreau, P.-A. Mazure, H. de Liancey, etc) après lesquels les deux responsables de l’entreprise sont passés en révisant leur texte, pour en uniformiser le style ; sauf pour les Confessions, empruntées par le reprint des Belles Lettres à la vieille Budé de Pierre de Labriolle, latiniste à la belle plume, plutôt qu’à l’avatar Poujoulat-Raulx de la traduction Moreau (sortie en 1840), il s’agit donc d’une version de gens de lettres ou du monde présentant le même typologie, et la même qualité intrinsèque au-dessous du médiocre, que celles qui pullulaient pour les classiques grecs et latins chez les Dubochet et autres Panckoucke. On en trouvera confirmation dans l’article assassin ‘Les latinistes français du XIXe siècle’ donné par Charles Louandre (dont la traduction de Tacite mérite le second rang après celle de Burnouf), dans la Revue des Deux Mondes 24, t. 7, 1854, pp. 569-570. Plutôt donc que d’engraisser Les Belles Lettres en achetant leur reprint préfacé par l’enflé Maxence Caron (bon philosophe mais qui pourrait presque rivaliser avec l’ami Lombard pour ce touche à la connaissance des res antiquae), je suggère plutôt d’aller télécharger les pdf de l’édition originale de cet Augustin fleuri mais hors d’âge et peu fiable sur Gallica ou Archive.org.

      • Une seule reproduction dans cette série des Belles Lettres mérite quelque intérêt : le Pline l’Ancien traduit par Emile Littré en personne au milieu de sa carrière alors qu’il entreprenait sa grandiose édition-traduction d’Hippocrate. Si le texte latin sur laquelle repose son Pline, et qui figurait au bas des pages de l’impression originale par Dubochet dans la collection Nisard (1840), a pris un coup de vieux considérable avec l’exploration méthodique des manuscrits pliniens entrepris par les grands éditeurs allemands de la fin du XIXe siècle puis par Ernout and co. pour l’édition Budé, de sorte qu’on ne peut demander à Littré la rigueur philologique des traductions Budé ou de celle de la Pléiade, la version Littré se recommande, outre la beauté de sa langue, l’intelligence du latin dont elle fait montre, et souvent sa perspicacité philologique ou naturaliste, par la souveraine aisance avec laquelle est recomposée en français l’expression abondante mais lâche, diffuse, négligée du Naturaliste. Les Belles Lettres ont donc offert un joli coffret à cette traduction de génie, qui supplanta définitivement l’énorme et méritoire mais ô combien pompeux effort de Poinsinet de Sivry.

  3. Bonjour à tous,
    Je suis les échanges touffus de ce fil très riche, avec agacement souvent, mais jamais sans intérêt. Cela fait longtemps que je n’avais pas posté un commentaire, ne me sentant pas d’alimenter des polémiques du style « pourquoi Jack London mérite t-il plus une place en Pleïade que Robert Musil » ? Je taquine mais j’admire la passion – plus que la culture littéraire (réelle et infiniment supérieure à la mienne ) – qui anime les participants de ce fil de discussion, et les échauffourées qui y éclatent parfois, loin de faire des victimes, sont un signe de vitalité.
    Et j’en appelle à l’aide et aux recommandations des passionnés que vous êtes : je découvre l’oeuvre de Péguy. Auriez-vous un essai et/ou une biographie à me recommander ? Ce qui frappe chez Péguy, c’est que nombreux sont ceux qui veulent veut un bout de Péguy. La droite nationaliste s’en empare, la gauche s’en empare, les catholiques s’en emparent, Yann Moix s’en empare, Finki s’en empare, Edwy Plenel s’en empare, l’un le tire vers Barrès, l’autre vers Médiapart… Les publications sur Péguy sont innombrables. Lesquelles ne limitent pas Péguy à ce qu’elles voudraient qu’il soit seulement ?

    • Monsieur,

      N’étant pas un fin fond connaisseur de Péguy, je pense néanmoins pouvoir vous renseigner. Arnaud Teyssier, grand biographe français notamment réputé pour sa biographie sur Richelieu, de Gaulle, et surtout l’Histoire de la Vème République qui fait autorité. Il se trouve que ce biographe à consacrer un ouvrage sur Péguy (une biographie et une présentation plus ou moins brève de son œuvre). Je pense honnêtement que cette référence peut combler certaines de vos attentes. Le parallèle entre la pensée de Péguy et les événements historiques que ce grand auteur a vécu est très bien dressé.

      • L’une des biographies les plus recommandables, parce que synthèse finale de l’oeuvre d’un très grand péguyste depuis disparu, est sans aucun doute le Charles Péguy. L’inclassable de Géraldi Leroy, Paris, Colin, 2014. On y trouvera la vie, le positionnement idéologique et les combats du grand écrivain exposés clairement sans aplatir la complexité du personnage.

  4. J’achève (c’est le terme…) le second tome des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.

    Le premier volume évoquait la jeunesse, les voyages, la carrière littéraire et la période napoléonienne.
    J’avais plutôt bien aimé, plus pour l’aspect historique que pour le côté littéraire. J’ai tout de même attendu quatre ou cinq ans pour lire la suite…

    Le second volume couvre l’essentiel de sa vie politique, c’est à dire principalement la restauration et le début du règne de Louis-Philippe.
    Témoin et acteur de son temps, l’auteur nous propose sa vision d’une période (que je trouve) relativement peu enthousiasmante de notre histoire, avec le point de vue d’un royaliste légitimiste ayant une connaissance profonde de l’Histoire de France et une vision globale qui lui permet d’appréhender assez bien l’avenir politique du pays. Il exprime – tout de même, à sa façon – certains désirs de démocratie (notamment avec son combat pour la liberté de la presse).

    Les deux-tiers de ce second tome sont dans la lignée du premier, historiquement très intéressants. Les derniers chapitres sont plus personnels. Si je devais apporter une critique, je trouve que Chateaubriand s’apitoie un peu peu sur son sort (il faut dire qu’il y a parfois de quoi…) et j’ai trouvé les descriptions des pays visités un peu « pompeuses » (romantiques, donc – alors que de bien plus longues descriptions comme celles de Balzac ne m’ont jamais rebuté).

    À qui s’adresse cet ouvrage ? Les plus littéraires le liront forcément (ou l’auront forcément lu) un jour puisqu’il s’agit d’un ouvrage essentiel. Pour les autres, c’est – de mon point de vue – surtout le côté historique qui est intéressant. L’édition en Pléiade comporte une infinité de notes très utiles pour comprendre les faits, ainsi qu’un dictionnaire très étoffé des personnages évoqués (et ils sont nombreux !).

    • Un modèle de prose française. Cela peut laisser indifférent, cela a longtemps été mon cas, il faut accepter le fait qu’il n’y a rien de semblable avant lui et rien de semblable après lui. Il n’est d’aucun siècle, ni du 19ème, ni du 19ème. Les Romantiques ne s’en réclameront que pour mieux s’en écarter. C’est un solitaire (bien que l’homme fut mondain) et une voix unique. Son rôle social et politique fut réel, pourtant c’est ce qui est le moins intéressant dans son oeuvre, c’est même, oserais-je dire, ce qui la pollue.

      Il n’échappe pas à l’auto-apitoiement inhérent à tous les mémorialistes et de tous les auteurs d’écrits intimes : qui se prive de l’occasion de l’occasion de rédiger sa propre plaidoirie ? Mais, outre qu’il y avait quelque fondement à ses plaintes, il ne descend jamais, en la matière, au niveau de bassesse de l’infâme Céline. Et puis quoi, faut-il s’attendre à autre chose d’une âme qui fait entendre sa voix sortant de sa tombe ? (Ha ha ha !)

      • Cela veut-il dire que, malgré le relatif ennui que j’ai eu à lire le style de Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe, cela vaudrait tout de même la peine de me lancer un jour dans le volume I de ses Œuvres romanesques (qui contient notamment Atala, René, Les Natchez et Voyage en Amérique) ?

        • Un ennui « élégant » j’espère ! (Hi hi hi !)
          Comme je l’ai dit ailleurs, je crois que, face aux grandes oeuvres, il faut vaincre l’ennui qui est peut-être inévitable (comme on obligeait, de mon temps, les enfants à « se forcer » un peu à manger des plats qui les dégoûtaient de prime abord).

          Il me semble tout de même que vous ne vous êtes pas facilité la tache, en commençant par les Mémoires… Vous devriez trouver plus facilement votre compte, en lisant ses « romans »…
          Ils ont au moins le mérite d’être brefs, c’est déjà quelque chose. C’est une nourriture qui me semble légère et digeste.
          Et puis, pour quelqu’un qui, comme vous, « sort » d’un long périple à travers les romans du 18ème siècle, ils devraient constituer une suite logique; À vous de dénicher en quoi ils continuent leurs devanciers, en quoi ils rompent avec eux. Franchement, il m’étonnerait que cela ne vous intéressât point du tout.

          Quant aux récits de voyage… vous devriez y retrouver votre intérêt pour l’évocation historique (et géographique du temps, bien entendu). Il y a également un fil rouge autobiographique dans toute l’oeuvre de Chateaubriand. L’Itinéraire de Paris à Jérusalem, fait partie des trois ou quatre récits de Voyage en Orient indispensables du XIXème siècle (je ne citerai pas les autres, vous vous doutez que celui de Gérard de Nerval est au sommet de mon Olympe, mais on peut se demander s’il s’agit d’un véritable récit de voyage…).

          Je vous épargnerais « Le Génie du Christianisme », sauf si cette question vous taraude, et « L’Essai sur les Révolutions », à moins que votre passion pour l’Histoire ne vous pousse à aller voir dans le second… Bon courage !

          Et « bon bout d’An ! » comme disent les autochtones, dans ma région d’adoption… en attendant, dans les prochaines heures, l’An Nouveau.

  5. Bonjour,
    L’un d’entre vous aurait-il une recommandation concernant l’édition à préférer des Upanishads ? Il me semble qu’il est difficile de trouver une édition exhaustive.

    J’ai vu qu’il existait notamment :
    – Olivelle, Upaniṣads, Oxford University Press, 1998 [en anglais] (sans doute partielle)
    – Buttex, Les 108 upanishads, Dervy, 2012 (La traductrice m’est complètement inconnue et elle ne semble pas avoir publié autre chose. Je crains pour l’aspect philologique et la traduction)
    – Degrâces, Les Upaniṣad, Fayard, 2014
    – Varenne, Upanishads du yoga, Gallimard, 1990
    – Radhakrishnan, The Principal Upanisads, Humanity Books, 1992 [en anglais]

    Je vous en remercie.

    • J’utilise pour ma part la traduction allemande en cours (4 vol.) de Kabita Rump chez Lit Verlag, 2003 sqq. Ce n’est pas la très grande classe, encore moins une édition savante, mais les alternatives anciennes (Max Mueller !) comme récentes sont tout sauf enthousiasmantes. Dieu sait pourtant que les Upanishads constituent un reliquaire de la pensée indienne… Une, version Pléiade de ce corpus qui se voudrait sûre en recherchant, avec l’exactitude philologique, une certaine littéralité dans l’agencement des idées et des phrases sanskrites plutôt que la clarté et l’aisance du style français (le grand défaut selon moi des volumes indiens de la collection) ne serait pas de trop.

      • Si vous ne lisez pas l’allemand, Vidar, tout à fait recommandable est l’édition bilingue annotée de douze Upaniṣads incontestablement anciens signée du grand sanskritisant Patrick Olivelle ; le caractère technique de ce volume le rend toutefois assez peu accessible (l’introduction en est très brève ; le texte original donné en devanāgarī – dans une fonte d’ailleurs peu esthétique – et non pas translittéré, comme dans la Clay Sanskrit Library, s’adresse avant tout aux spécialistes, seuls à même d’apprécier le degré de conservatisme modéré qui en guide l’établissement ; l’annotation, quelques 150 pages, mélange de manière assez peu heureuse les remarques exégétiques élémentaires avec les rudiments d’une explication grammaticale ou philologique perpétuelle comprenant des renvois bibliographiques, et les morceaux abrégés de constitution textuelle [pointage, parfois commenté, des émendations faites, acceptées ou écartées par Olivelle]), La traduction anglaise y est très ferme et concise, ce qui risque de la rendre quelque peu rébarbative au non initié ; sa disposition en prose continue rend en outre impossible de se repérer dans le texte sanskrit, dans la division en versets n’a pas été reproduite.

  6. Mon cher Neo-Birt7, je vous remercie pour ces informations précieuses. Ne lisant pas l’allemand (malgré le fait que mes trois philosophes favoris écrivent dans cette langue), je vais donc me tourner vers l’édition anglaise d’Olivelle.

    Une traduction complète – et rigoureuse – des Upanishads (tout comme pour le Mahābhārata) est une des grandes lacunes d’une bibliothèque en français, tant ces textes sont significatifs.

    • Je suis le premier à appeler de mes voeux le lancement de tels chantiers, le format Pléiade étant suprêmement approprié à la traduction au long corps de vastes corpus (témoin le Livre du Graal). Mais qui achèterait deux volumes d’Upaniṣads et le double voire le triple pour le Mahābhārata, même en concentrant le marketing de telles séries sur les Indiens francophones de la diaspora ? D’autre part, une traduction du Mahābhārata, pour être utilisable, doit peu ou prou tenter de refléter quelque chose de la dimension flottante de l’oeuvre, dont il existe maintes recensions ou plutôt conformations textuelles considérablement discrépantes entre elles jusque dans d’infimes détails ; une hypothétique Pléiade, par exemple, ne pourrait guère faire l’économie de garnir son appareil critique d’une version annotée des principales excroissances textuelles (en termes soit d’importance thématique soit d’extension) que les auteurs de l’édition scientifique lachmanienne de Pune relèguent dans leur apparat critique ou en appendice en raison de leur attestation dans des recensions jugées inférieures ou de leur provenance estimée discutable. L’exégèse aussi devrait être conséquente, davantage que dans les autres volumes indiens de la Pléiade en raison de la luxuriance narrative inégalée et de l’importance cardinale de certains épisodes (la Bhagavad-gītā) ; on imagine la taille du Glossaire propre à chaque volume ! Mais il est à craindre que même si ce projet se concrétisait un jour parce qu’il serait subventionné par de généreux organismes étatiques (pléonasme !), il courrait risque d’être mal dirigée, en raison du fâcheux précédent de l’édition de l’autre grande épopée indienne ; que la politique adoptée dans le Râmâyana de la Pléiade, où le texte de l’édition critique de Pune fut écarté au profit de celui d’une édition imprimée pré-scientifique excluant par définition toute visée de reconstitution puriste et idéaliste, aboutirait à un non-sens, cela pourrait bien échapper aux élèves et épigones de la feue Biardeau.

      • Merci pour ces éclaircissements. J’ai en effet lu avec attention vos précédents messages sur ce sujet. Encore une question s’il vous plaît. Avez-vous un avis sur les traductions en anglais de Bibek Debroy des grands textes indiens ? Je vous remercie de vos lumières et vous souhaite une heureuse année.

        • Après avoir acheté la traduction Penguin du Mahābhārata par B. Debroy, en 10 vol., et celle qu’il a confectionnée du Rāmāyaṇa (3 vol.), je m’étais livré à la lecture de morceaux choisis ainsi qu’à un certain nombre de sondages tests sur des passages notoirement controversés. Tout en signalant être bien davantage un linguiste de l’indo-européen qu’un expert du seul sanskrit – ce que n’est pas davantage Dobrek, spécialiste d’économie et de planification étatique -, je suis au regret de dire que je ne puis, en conscience, recommander ni l’une ni l’autre de ses versions anglaises, dont les qualités et les défauts me semblent balancer assez exactement ceux de l’anthologie française de Schaufelberger & Vincent. La philologie sanskrite ne constitue le point fort d’aucun de ces trois savants, et le type de traduction qu’ils offrent, aisée mais verbeuse, voire filandreuse, souvent embarrassée et encline à une lexicographie irrationnelle en particulier chez l’Hindou (lui et ses concurrents français se situent dans une dépendance exagérée par rapport aux dictionnaires courants, lesquels, en un paradoxe qui n’est qu’apparent, ne sont jamais plus hardiment abandonnés par eux que lorsqu’ils ont raison mais donnent des gloses passées de mode), allonge, voire délaie, l’original duquel certains distiques sont régulièrement omis sans qu’ils puissent être considérés comme des interpolations. Qui pis est, le Mahābhārata Penguin est d’un maniement rendu inutilement délicat par la suppression de la subdivision en livres, remplacés par des sections. Voici une comparaison du début du livre II (= section 20 de Debroy) tel que le présentent deux versions universitaires rapportées à la traduction Debroy :

          CLAY SANSKRIT LIBRARY :

          Vaishampayana said:
          Maya rendered honor to Arjuna in Krishna’s presence, his hands folded in respect, before softly addressing him:

          Maya said:
          “From Krishna’s fury you have rescued me, and from the all-devouring fire. Arjuna, son of Kunti, tell me, what may I do for you?”

          Arjuna said:
          “You have done everything. Farewell, great asura! Be always friendly toward us, and we shall be friendly toward you.”

          Maya said:
          “Such worthy words confirm your noble nature, my lord, bull among men! Yet I still long to do something to show my affection for you. For I am a supreme craftsman, Vishvakarman among the danavas, and I wish to do something for you, son of Pandu.”

          CHICAGO TRANSLATION (Van Buytenen) :

          Vaisampayana said:
          Then Maya, in the presence of Vasudeva, spoke to the Partha, folding his hands, with flattering speech and after many compliments: « You have saved me from the angry Krsna and the willing fire that was ready to burn me, son of Kunti. Tell me what I can do for you. »

          Arjuna said:
          You have done everything. Farewell, depart, great Asura. Be always friendly to us, and we shall be friendly to you.

          Maya said:
          My lord, that is spoken like you, bull among men! But I do wish to do something in friendship, О Bharata. For I am a great artist, a Visvakarman among the Danavas, and I wish to make something for you, Pandava.

          DEBROY :
          Vaishampayana said, ‘In Vasudeva’s presence, Maya joined his hands as a sign of respect and repeatedly worshipping him, spoke to Partha in flattering words, “O Kounteya! You have saved me from the angry Krishna and the fire that desired to consume me. Please tell me what I can do for you.” Arjuna replied, “O great asura! You have done everything and can leave in peace. May you always be friendly towards us and may we always be friendly towards you.” Maya said, “O illustrious one! O bull among men! What you have said is deserving of you. O descendant of the Bharata lineage! But as a token of my affection, I wish to do something for you. I am extremely wise, the Vishvakarma of the danavas. O Pandava! Therefore, I wish to do something for you.”

          Les aménagements pratiqués par Debroy afin de rendre le texte clair à des Hindous modernes (il tend souvent à la paraphrase explicative, e.g., pour le langage non verbal de ses héros), son insistance sur certaines nuances tenant dans le sanskrit à de simples, et légers, particularismes graphiques, son absence de scrupule à suppléer ex nihilo des conjonctions et autres mots-outils, quitte à s’écarter des indications formelles du texte en la matière, sautent aux yeux. On dira que c’est l’inévitable rançon d’un travail gigantesque conduit en un laps de temps relativement court (d’autant que Debroy a composé aussi une annotation cursive) ; j’appelle cela, pour ma part, traduire ad sensum, voire ad libitum.

          • À nouveau, je vous remercie de ces informations très précises et appuyées sur pièces. Cela ne fait qu’augmenter ma tristesse. Faut-il donc lire en sanskrit ces textes pour en avoir une idée fidèle ? Il me faudrait me faire Simone Weil et l’apprendre.

          • Considérons un peu la traduction Debroy du Rāmāyaṇa. Soit deux distiques à la syntaxe simple (le début d’une longue période introduisant le discours direct d’un personnage, subdivisé en deux propositions épousant chacune les contours d’un śloka) empruntés au livre II (= section 2 Debroy), chapitre 2 ; il est impossible de comparer l’incipit du chapitre 1, car il n’y a pas ici correspondance entre la conformation textuelle de l’édition sanskrite traduite par la Pléiade et celle propre à l’édition critique sur laquelle se basent Debroy et la Clay Sanskrit Library :

            CLAY SANSKRIT LIBRARY (S. Pollock) :
            King Dasharatha, lord of earth, called the whole assembly to order, and, rumbling like a storm cloud, his loud voice deep and resonant as a bass drum, he made this incomparable speech to their delight and benefit

            PLÉIADE (A. Rebière) :
            Le souverain s’adressa alors à toute l’assemblée ; il prononça un discours salutaire, exaltant, de façon que tous l’entendent. On eût dit le roulement des tambours ; à tous les échos le son s’en répercutait : la voix puissante et profonde du roi résonna comme le tonnerre. De ce ton sublime, incomparable, enchanteur, propre aux rois, le souverain parla aux princes

            DEBROY:
            The lord of men invited all the courtiers. He spoke these unmatched, beneficial and agreeable words. His voice was deep, like the rumbling of a drum. The king’s voice was great, like the rumbling of the clouds.

            Les défauts de la traduction Debroy sautent aux yeux : rendu paratactique autonomisant chaque vers au mépris du mouvement oratoire de l’original, erreurs philologiques sur le détail du texte, pourtant banal (v. 2 âpratimam. vacah = ‘mots incomparables’, ‘discours sans égal’, et non pas ‘agreeable’ ; la construction des v. 3, 4 n’est pas identique, de sorte que l’anaphore ‘the king’s voice was’.. ‘his voice was’ relève de la fantaisie), mots délestés (il n’est pas fait mention des ‘princes’, rājā au v. 3). Les traductions Pléiade et CSL offrent un liant bien supérieur, la première demeurant relativement paratactique (mais l’évocation de la voix royale en français délaie et même enjolive le sanskrit ; inversement de cette dilution, le choix fait par Alain Rebière de ne pas mentionner Dasharatha par son nom ni par son titre est indéfendable, attendu que l’original du v. 1 comporte les deux), Pollock, en un parti-pris je crois plus heureux, proposant pour sa part une période harmonieusement balancée (au prix de menues entorses à la littéralité : ‘their’ sous-traduit rājā ; il y davantage d’épithètes pour qualifier le discours à venir de Dasharatha). La traduction Debroy est clairement paresseuse ; je soupçonne qu’elle a été bâclée en suivant sur l’original une quelconque version anglaise antérieure, dont l’économiste se contente de remanie la teneur dans son propre style.

          • Pour en finir, voici un autre passage où les libertés de la traduction Debroy apparaissent dans toute leur gravité (II, chapitre 14. 1-4 = 16. 1-4 Pléiade) :

            CLAY SANSKRIT LIBRARY :
            The master of ancient tales passed through the inner chamber door, where crowds of people thronged, and reached the courtyard. It was nearly empty except for the young men who stood guard, armed with bows and arrows and wearing polished earrings, wary, alert and unswervingly
            loyal. He saw the aged warders of the women stationed at the door. They were dressed in saffron-colored robes and richly ornamented, and stood watchfully holding their staffs

            PLÉIADE :
            Cet homme versé dans les récits des temps anciens franchit la porte du gynécée, encombrée par la foule ; il atteignit une cour déserte, occupée seulement par des jeunes gens portant javelot, arc et boucles d’oreilles brillantes, qui se consacraient à leur tâche avec attention et dévouement. Puis il vit des vieillards vêtus d’ocre, la canne à la main, richement parés, qui se tenaient à la porte : les surintendants des femmes étaient réunis là.

            DEBROY :
            Passing through that crowd of people, he approached the door to the inner quarters. The one who knew about ancient accounts entered the chamber. There were young guards with polished earrings, wielding shining spears and bows, devoted, attentive and not distracted in their duties. There were aged and ornamented ones, dressed in ochre garments and holding canes. He saw these self-controlled supervisors stationed there at the doors.

            Le style exécrable de cette dernière traduction est incontestable : au lieu d’un texte qui coule avec naturel, Debroy semble haleter de vers en vers, choix qui peut se défendre mais devient inadmissible en tant que réécriture pure et simple lorsque l’Hindou se complaît en outre à dupliquer de sa propre initiative le sujet des actions ou certaines des actions elles-mêmes. On aboutit de la sorte à une vague paraphrase recherchant des effets incantatoires d’insistance dont l’original ne présente pas la moindre trace ; Debroy se permet de réécrire Valmiki, excusez du peu ! Dans le détail, il désarticule de fond en comble la syntaxe du premier distique pour obtenir une anaphore et se méprend complètement sur la valeur de kakṣyā au v. 2 (il s’agit certes d’un lieu enclos dans un bâtiment, mais celui-ci ne saurait en aucun cas être ici une quelconque chambre nouvelle ; le v. 1 spécifie que le cocher passe à travers le, ou les, appartement(s) spéciaux des femmes, antaḥ-pura, par conséquent Debroy aboutit à cette absurdité qu’il envoie le personnage depuis ces chambres-ci dans une autre chambre où il y a cette fois des hommes). La raison en est évidente : il répugne à l’Hindou pieux qui dans ses préfaces indique refuser la langue noble des traducteurs précédents, de parler de la claustration des femmes en usant de mots juste spour désigner leurs quartiers réservés. Au deuxième distique, Debroy laisse s’évaporer l’idée que la cour en question est vide à l’exception des jeunes gens armés qui y montent la garde, adhiṣṭhitām, tout en rejetant à la fin la mention de leurs parures d’oreilles ; sa traduction de la dernière épithète qualifiant les gardes est également assez loin du sens que doit posséder le sanskrit dans le contexte local, pour le dire avec charité (« not distracted in their duties » !). Au début du troisième distique, je ne comprends pas qu’un simple présentatif anticipe chez lui sur la mention explicite de l’autopsie dans l’original (dadarśa, « (il) vit »), laquelle viendra plus tard, dans la traduction du vers suivant, ni que l’évocation, pourtant transparente, de ce que font les gardiens des femmes soit aussi curieusement rendue (‘self-controlled’ est un faux-sens caractérisé ; ils accomplissent bien leur devoir, exactement comme les jeunes gardes ; ici aussi la version Pléiade est fautive, qui commet une omission). On en conviendra, je crois, volontiers : cela fait beaucoup d’arbitraire et d’écarts sémantiques pour une version qui entend orgueilleusement faire mieux que ses devanciers occidentaux comme hindous.

  7. Ben, ça alors ! Je viens de jeter un coup d’oeil sur les annonces au catalogue de la Pléiade, et je vois apparaître pour avril prochain, George Eliot et Nabokov Oeuvres Romanesques III…

    Est-ce que quelqu’un les avait vu venir ? Suis-je le seul à être surpris ?

    En ce qui concerne Nabokov III, je ne peux que m’esbaudir ; George Eliot, ça n’est qu’un nom de l’histoire littéraire pour moi, je n’ai jamais lu une ligne, ni de lui, ni sur lui. Mon ignardise est complète. L’avis des connaisseurs serait le bienvenu.

    À part ça, Bonne Année à tous !

    • …enfin, d’accord, j’exagère un peu, j’ai quelques réminiscences au sujet de cette Dame des Lettres, son époque et ses sujets, mais rien qui ne tiendrait pas dans 5 lignes, et je n’ai jamais ouvert ou tenu en main un de ses ouvrages. Occasion, peut-être, de combler une lacune (?), une carence (?), une béance (?), de ma culture littéraire.

  8. J’ai terminé ma « saison » Pléiade 2019, à l’occasion des Fêtes, me faisant offrir le précieux coffret Sand qui m’avait tant fait rêver depuis l’annonce de sa parution, et finissant par « Les Écrits Spirituels du Moyen-Âge » qui brille comme un joyau de la plus belle eau dans nos temps un peu gris.

    Je crois qu’il ne faut pas sous-estimer la valeur de ce livre – qui est en ce moment à mon chevet – plutôt improbable, et saluer le courage de l’entreprise, outre sa qualité intrinsèque. Dès les premiers mots de l’introduction qui rappelle salutairement qu’il n’y a pas de spiritualité que d’Orient, j’étais sous le charme. Il y a dans certains textes un esprit d’enfance de la spiritualité occidentale, une foi qui, ‘sous le manteau » du dogme cherche à retrouver la pureté originelle du message christique, qui me touchent et conviennent en ces temps de Noël. Les questions de doctrine, tout en étant intéressantes, me touchent moins. Qu’on ne me soupçonne pas de prosélytisme, je demeure parfaitement athée, ce qui ne m’empêche pas d’aimer la fréquentation de ces esprits.

    J’ai par contre délaissé le Duby, sans grande difficulté, ni regrets, car, n’étant pas un spécialiste, il n’apporterait pas à ma bibliothèque grand chose, en matière de littérature « Dubienne » qui ne s’y trouve déjà dans d’autres éditions. Je n’ai donc rien à en dire et laisse à d’autres plus éclairés le soin d’en juger.

    Plus grave est le cas Huysmans. Combien de fois ai-je tourné et retourné ce volume entre mes mains, l’ai-je ouvert, feuilleté, parcouru ! La tentation était grande mais, finalement, plus grands encore les sentiments de déception et de frustration. Impossible de se contenter de cet unique volume, incomplet. Un second tome paraissant très improbable (tel qu’il est ce volume présente tous les dehors de l’unique, censé à lui seul représenter l’oeuvre Huysmanienne), l’impression d’avoir affaire à un infirme, unijambiste. Pire qu’insuffisant, inutile et regrettable ! Mieux eût valu s’abstenir que nous présenter cette épave, échouée d’un naufrage.

  9. Sans nul doute parce que j’ai été (beaucoup) moins exposé à la littérature des XIXe-XXe siècles que la plupart des commentateurs réguliers sur ce fil, je suis pour ma part extrêmement heureux du Huysmans. Qu’importe que soit mutilée l’oeuvre de ce maître, lorsque ce qui nous en est proposé se présente sous une forme aussi soignée et rigoureuse, avec un appareil critique sobre mais net, plein et vigoureux et des éditeurs aussi conscients de la technicité de leur tâche que ne le furent point certains de leurs devanciers, Catriona Seth ou Henri Scepi par exemple. Si ce n’est toujours pas de la science originale par opposition aux nouveaux Proust, Balzac, Nerval ou Baudelaire dans la Pléiade – le latiniste regrettera que l’exégèse, certes très riche, du chapitre III de A rebours, pp. 1565-1579, non seulement n’ait pas sollicité les lumières d’un spécialiste de l’histoire de l’enseignement de la littérature latine en France au XIXe siècle, mais se permette de n’avoir même pas ouvert un seul des traités contemporains consacrés aux poètes romains, comme La poésie latine de Livius Andronicus à Rutilius Namatianus, par Frédéric Plessis, influent pavé de 726 pages certes paru en 1909 seulement mais dont la doctrine et les présupposés sont typiques de l’état de la science française des années 1880 sqq., fort réactionnaire par rapport à la philologie berlinoise des très grands maîtres tel Otto Ribbeck -, l’équipe chargée de ce Huysmans se montre louablement besogneuse dans son effort pour rapprocher de lecteurs devenus peu ou prou ignares le styliste redoutable doublé d’un homme de culture que fut l’auteur, et Gallimard ne leur a point trop mégoté l’espace. Que demander de mieux que ces auspices favorables ? Qui peut d’ailleurs exclure l’éventualité d’un second volume, si l’accueil réservé au premier devait se traduire en ventes respectables ?

    • Je vous rends grâce, cher NeoBirt7 de cette défense et illustration du Huysmans. Vous avez vu le verre à moitié plein (on va dire, aux trois quarts) et je n’ai vu que le verre à moitié vide. Ma frustration d’être privé de l’oeuvre tardive est sans doute renforcée par la qualité de ce qui est présenté – apparent paradoxe. La qualité de l’édition des romans contenus dans ce volume augmentent l’attente du reste, au même niveau.
      Je ne sais s’il y aura un second volume, mais rien dans la présentation de celui-ci ne permet de le supposer ou de l’espérer. Tout d’abord, par le déséquilibre qu’il y aurait entre les deux. Ensuite, l’appellation « Huysmans, romans et nouvelles » se veut complète, et ne laisse pas place à un second numéro, ou bien une fourchette de dates (comme pour Flaubert), ou bien une autre appellation (mais laquelle ?).
      À moins que le Huysmans fasse les scores de Houellebecq…

      Ceci dit, vous avez raison sur le fond, et je ne voudrais écarter personne de cet ouvrage.

  10. (Neo-Birt7, je ne peux plus répondre à vos derniers éclairages sur Debroy ci-dessous par absence de bouton idoine, aussi, je vous en remercie abondamment ici. Vous m’avez évité toute tentation désormais, tant la traduction de Debroy me semble sèche, artificielle et mal fagotée.)

    Sur la question des ventes des volumes, je vois un certain nombre d’avantages purement matériels aux volumes de la Pléiade, notamment leur compacité (et leur traditionnelle exhaustivité que l’on tend à perd depuis quelques décennies). Je suis donc tenté régulièrement d’en acquérir, mais le marché de l’occasion est extrêmement tentant, tant les prix sont divisés par quasiment deux de façon régulière. Cependant, dans les épais volumes, au prix du neuf, on en a pour son argent, lorsqu’on a cinq ou six romans en un volume, ce qui est presque équivalent à des ouvrages en poche, avec, en sus, une compacité donc, mais également un appareil critique et une robustesse physique (pas de risque de décollement des pages comme cela m’est déjà arrivé plusieurs fois avec des ouvrages de poche médiocrement façonnés). Pourtant, j’avoue – au risque de me faire ici estourbir au nom d’une prétendue mode odieuse – que l’usage du cuir me déplaît fortement, et que c’est l’usage d’un composant animal qui prévient mon achat, avant même la question du prix. Je souhaiterais donc que Gallimard fasse des économies sur la confection en nous proposant un simili-cuir.

    Je suis donc régulièrement tiraillé entre l’envie d’acheter les ouvrages neufs pour soutenir la collection (bien que je sois persuadé que Gallimard pourrait éditer cette collection à perte en en retirant non pas des piécettes, mais une image de marque – encore faudrait-il retourner à des qualités plus avancées en matière d’édition des œuvres, complétude, appareil critique, traductions de qualité etc). Cependant, sur la petite cinquantaine de pléiades que je possède, seuls deux ont été achetés neufs (le coffret Kierkegaard – ce que je regrette un peu d’ailleurs). Le jour où Gallimard cessera d’employer le cuir, je mettrai avec plaisir la main au porte-feuille pour eux (et ma librairie habituelle), plutôt que pour les bouquinistes. Enfin, il faut signaler que la majorité des pléiade que je possède sont des volumes épuisés. Je préfère me concentrer sur cet investissement, pouvant toujours acquérir les autres plus tard. Je possède certains volumes, jamais achetés trop chers, qui sont apparemment très recherchés, aussi ai-je préféré les acquérir lorsque je suis tombé dessus par chance ou persévérance.

    • Je doute que Gallimard édite un jour des Pléiade reliés en « simili » : ce serait la fin d’un des symboles de qualité de la collection et ils ne vendraient plus rien en neuf ; de fait, la collection s’arrêterait. Notez que Gallimard édite tous ses autres ouvrages sans utiliser de cuir.
      Au plan écologique, les cuirs synthétiques sont des matières plastiques, dont issus de dérivés du pétrole.
      Au plan éthique, aucun mouton n’est occis pour relier les Pléiade : les peaux sont toutes issues d’animaux abattus pour la consommation. Par ailleurs, les quantités de peaux utilisées pour les reliures sont en nombre infinitésimal par rapport à ce qui est disponible.
      (On pourrait étendre le débat et dire qu’un jour, si l’humanité arrête définitivement de manger des animaux, alors on pourra évoquer la question des peaux destinées à la reliure, mais là, je crains que cette discussion ne se place dans un avenir fort lointain et fort peu probable).

    • Dans le cas d’une oeuvre littéraire antique, médiévale ou néo-latine, on ne reconnait jamais plus sûrement un bon traducteur d’obédience philologique (pas tous, cependant ; le Sénèque tragique de Florence Dupont est une trahison poétique tout autant qu’un contresens sur la diction poétique sénéquienne ; celui de François-Régis Chaumartin en Budé ne vaut guère mieux ; toutes les traductions depuis le latin, prose comme poésie, commises par Pierre Grimal font descendre ces auteurs depuis le char des Muses pour le faire clopiner à pied) qu’à la liberté d’allures assumée par son texte. Opposant Pézard, voire Vegliante, à Risset et Danièle Robert sur Dante, Mazon et Bérard à Mario Meunier sur Homère, Paul Vallette à Henri Clouart sur Apulée, chaque fois que la traduction est pâteuse, qu’elle se fait gloriole de sa littéralité au moyen des procédés simplistes du calque sémantique, de ces solécismes de diction que constituent les tours ou constructions elliptiques (sur le modèle de « ses jours sont menacés, ah ! je dois l’y soustraire » ou « Agnès, cette beauté, dont l’amour fit sa gloire »), et ne s’embarrasse pas de recourir par habitude aux figures étymologiques ou d’itération (type « et servir de mon bras le bras qui m’a semé »), qu’elle affectionne l’amphigouri, vous pouvez être certain, Vidar, qu’elle émane d’un homme ou d’une femme de lettres, point d’un universitaire chevronné. Mutatis mutandis comme Oliviers Sers en latin, qui toujours rend vers pour vers en alexandrins non rimés, Debroy est une calamité à cet égard ; j’ai perpétuellement, à le lire, le sentiment que ce que son pâle anglais a de philologiquement juste provient de ses devanciers et que les erreurs, les embrouillaminis, les refrains dont la sanskrit ne porte pas la responsabilité, seuls doivent lui revenir en propre.

        • Pézard, bien entendu, bouleversant et futé remake dans une langue aux splendides sonorités, encore que je prise peu le défaut de clarté induit par les vieux vocables et le trop grand nombre des néologismes pseudo médiévaux. La version Risset est un plat décalque à la langue terne et decolorée qui n’a d’utilité que comme explication basique du sens de surface du poème. Substantiels et charnus sans donner dans la paraphrase affadissante, Vegliante ou le bon vieux Longnon lui sont des alternatives incommensurablement supérieures.

  11. Je ne puis m’empêcher de lire avec empressement chaque jour. Tout ce que vous dite est absolument fascinant. Peut-être pourriez-vous m’aider. Voyez-vous je suis un étudiant en philosophie et j’ai besoin d’éclairages. N’auriez-vous pas une histoire des idées/de la philosophie à me conseiller qui soit assez exhaustif et clair ? Quelle histoire de la philosophie pourrait convenir ? D’autre part, la collection Les figures du savoir dans la collection Les Belles Lettres est-elle une édition de référence pour la compréhension des philosophes ?
    Bref aidez-moi sur tout ces sujets messieurs. Je vous remercie considérablement.

    • Bonjour,

      Concernant la collection « Figures du savoir », il me semble que vous pouvez vous y fier pour un premier aperçu d’un auteur. Vous pouvez consulter sur le site des Belles Lettres les qualification de chaque auteur sur la page des ouvrages. Mon expérience avec le Platon de Bonan – je connais personnellement l’auteur – a été excellente. Un ouvrage synthétique et clair, avec des références précises. Dans un genre similaire, vous pouvez vous orienter vers les manuels Quadrige aux PUF. Chez Ellipses, vous avez nombre d’ouvrages précieux dans différentes collections, notamment les cinq volumes du Vocabulaire des philosophes (dir. Zarader).

      Quant à la recommandation d’une histoire de la philosophie, et puisque vous souhaitez un ouvrage plutôt exhaustif, vous pouvez vous intéresser soit à celle de Bréhier (PUF), soit à celle publiée en pléiade, réimprimée en Folio essais. Ce sont des ouvrages imposants, que vous pouvez lire de façon sélective ou tout au long de l’année. Si vous souhaitez des ouvrages complémentaires sur un auteur particulier, n’hésitez pas à demander.

      Dans tous les cas, il est primordial de lire de première main les œuvres des auteurs.

      • Concernant l’histoire de la philosophie antique, les meilleurs manuels en langue française (en dehors des usuels étoffés mais scolaires dans le genre de la collection « Premier cycle » des PUF) se trouvent être ceux du belge Lambros Couloubaritsis, excellent connaisseur des idées grecques au sens large (poétique philosophante archaïque, Parménide, mais aussi Aristote) doublé d’un philologue compétent : Aux origines de la philosophie européenne. De la pensée archaïque au néoplatonisme, 1992, 3e édition revue et augmentée, Bruxelles, De Boeck, 2000, 737 p., plus technique d’approche que son grand frère Histoire de la philosophie ancienne et médiévale. Figures illustres, Paris, Grasset, 1998, 1332 p. On trouvera en ces maîtres livres une pensée autrement fine et ferme que chez des spécialistes beaucoup plus valorisés par les tréteaux médiatiques (je pense à Luc Brisson, touche à tout érudit mais piètre traducteur de grec, analyste peu profond et grand recycleur d’idées empruntées à autrui). La partie antique de la célèbre histoire de Bréhier, désormais presque centenaire (1928 !), doit être tenue pour obsolète mais encore utile comme une première initiation en raison de la solidité de sa doctrine, à la différence du volume compact d’un autre illustre historien de la philosophie antique, Léon Robin (La pensée grecque et les origines de l’esprit scientifique », 2e édition, Paris, La Renaissance du livre, 1923 ; très bonne bibliographie raisonnée, mais beaucoup trop d’idées idiosyncrasiques déparent un exposé qui s’autorise des jugements grossièrement fautifs dénotant un manque d’empathie avec le sujet ou, ce qui pis est, des partis-pris, en particulier une appréciation générale sur Aristote fleurant bon la polémique pro-platonique: « peut-être définirait-on sans injustice Aristote en disant qu’il a été trop et trop peu philosophe : dialecticien adroit et retors, il n’est ni profond ni original. Le plus clair de ses inventions consiste en formules bien frappées, en distinctions verbales qu’il est facile de manier ; il a monté une machine dont les ressorts, une fois mis en branle, permettent l’illusion d’une réflexion pénétrante et d’un savoir réel. Mais le pire malheur, c’est qu’il a employé cette machine à battre en brèche, et Démocrite, et Platon », p. 370 ; il faut croire que les tenants anglo-germano-américains de la philosophie analytique, directement inspirée d’Aristote, n’y ont vu que du feu..). Deux grandes histoires en langues étrangères sont au moins à connaître, voire à fréquenter, en raison tant de la synthèse savante nouvelle qu’elles procurent, souvent sur frais nouveaux textuels et bibliographiques, que de leur traitement pointu d’innombrables questions de détail : les six volumes de W. K. C. Guthrie (History of Greek Philosophy, Cambridge, C. University Press, 1962-1981, 6 vol.), marqués par la sagacité et la solidité toutes britanniques de leur auteur, et les cinq de Giovanni Reale (Storia della filosofia greca e romana, Milan, Bompiani, 1976-1980, réimprimés en un seul tome de 3200 p. pour une soixantaine d’euros en 2018), tout aussi bien informés mais inspirés par une approche non-conventionnelle au platonisme, Reale ayant été en Italie le principal relais des thèses de Konrad Gaiser et H.-J. Krämer sur l’ésotérisme de Platon (c’est le Platon de Tübingen, ou Tübingen-Milan, vulgarisé en France par le livre de Marie-Dominique Richard L’enseignement oral de Platon, Paris, Cerf, 1986). Le lecteur possédant de solides notions d’allemand gagnera à retourner à la monumentale entreprise d’Eduard Zeller Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung, 6 énormes tomes parus en 1844-1852 mais révisés jusqu’à la mort de ce formidable philosophe et antiquisant en 1908 puis tenus à jour bibliographiquement dans les notes jusqu’aux années 20 ; pour la vigueur et la clarté constantes de la pensée, la finesse du jugement, l’empathie avec les principaux philosophes, nul n’a même égalé ce chef d’oeuvre. Je dois avouer mon indifférence envers la partie antique de l’Encyclopédie de la Pléiade consacrée à la philosophie.

        • Last but not least, il convient de fuir comme la peste les contributions proprement historiques de l’inénarrable Onfray car elles reposent sur des lectures trop générales ignorant les contributions techniques et les articles spécialisés en sus de la méconnaissance par l’auteur du grec et du latin (terrible désavantage, on en conviendra, pour quiconque se fixe pour tâche de réviser l’image des grands penseurs antiques prétendûment figée par la science académique !) ; son tome de la Contre-histoire de la philosophie consacré à une douzaine d’auteurs de l’Antiquité, certains très confidentiels et exigeant le type de compétences pointues en évidence dans le volume de la Pléiade consacré aux Epicuriens, Les sagesses antiques, Paris, Grasset, 2006, se prête hélas à la moquerie presque en chacune de ses pages, et me rappelle la phrase assassine d’un des plus grands maîtres de la critique textuelle grecque et latine du XIXe siècle Cobet si quid forte inest boni non est novum, si quid novi non est bonum (« si là dedans se trouve quelque chose d’éventuellement bon, ce n’est pas neuf, et s’il s’y trouve du neuf ce n’est pas bon »).

        • Neo-Birt7, il est marrant que vous faites mention à Eduard Zeller. Je suis à vrai dire très intéressé par la bibliographique poussée que vous me sortez. Si vous le voulez bien, j’aimerai que vous me parliez un peu plus de l’ouvrage « Histoire de la philosophie ancienne et médiévale. Figures illustres ». Mais surtout à propos de Zeller ; je suppose que vous connaissez le fameux ouvrage Les sceptiques grecs de Victor Brochard. Un ouvrage très lumineux avec lequel j’ai mis beaucoup d’intérêt dans ma lecture. Il se trouve que Brochard fait souvent référence à Zeller, mais pas toujours pour les bonnes raisons. Ce philologue spécialiste des sceptiques l’a souvent repris sur de nombreux points (concernant le scepticisme antique, vous l’imaginez bien, et notamment sur Carnéade ou Aenesidème). Pourriez-vous me dire donc si le reste de l’ouvrage ne représente pas de petites erreurs telles qu’elles ont été commises dans le chapitre sur les sceptiques ? Après il se peut que, comme vous l’avez dit plus haut, l’ouvrage ai été retravailler, ou même que je me trompe d’ouvrage et que Brochard faisait référence à un autre. Mais si vous me convainquez sur l’autorité que fait encore aujourd’hui cette ouvrage, alors je vous suivrai car Zeller me paraît intéressant (de même pour Couloubaristis).

          • Il est normal que Brochard amende et infléchisse l’exposé de Zeller, le savant français écrivant une monographie de 500 p. qui l’autorisait à reprendre avec un degré d’élaboration infiniment plus poussé toute la documentation antique dont Zeller, dans un format dix fois moindre (tome V, 5e édition révisée par Eduard Wellman, 1909, pp. 494-546), avait donné l’essentiel d’après ses propres lectures et, dégageant les grandes lignes de force interprétatives pour les principaux Sceptiques, rédigé des notices tout à fait impressionnantes pour son époque. Le Français s’était vu bien mâcher la besogne, à telle enseigne qu’il n’a relevé a u c u n des rares textes manqués par Zeller (je pense aux paragraphes 171-197 du traité philonien De l’ivresse, source capitale pour la pensée d’Énésidème qui ne sera pas identifiée avant la dissertation consacrée au penseur d’Alexandrie par Hans von Arnim, le futur éditeur des fragments stoïques, en 1888, puis non exploitée dans toute sa richesse avant la thèse, portant elle aussi sur Philon, de Bréhier vingt ans après Arnim). Il ne fait guère de doute non plus que le livre de Brochard, si méritoire fut-il pour son époque, a de facto constitué un cul de sac, ou mieux : un goulet d’étranglement, pour la recherche sur les Sceptiques anciens, en raison tant de son ton tranchant adossé à des discussions que leur monumentalité et le non renouvellement de la documentation pouvait à bon droit laisser paraître définitives, que de prises de position théoriques à courtes vues (car le manuscrit de son livre a remporté le prix Victor Cousin 1884 de l’Académie des sciences morales et politiques, pierre angulaire du succès de Brochard, sur un peu autre chose que ses mérites : les détails chez Jean-Paul Dumont, Le scepticisme et le phénomène, Paris, Vrin, 1985, pp. 87-91).

      • Merci beaucoup pour votre intervention, elle est plus qu’appréciée. Il se pourrait bien qu’à l’avenir je sois aider par vos conseils si vous le voulez bien. Merci pour ce premier éclaircissement.

  12. Toute une réflexion d’historien et de sociologue serait à mener sur l’appropriation par les Hindous contemporains de leurs principaux chefs d’oeuvre littéraires au moyen de nouvelles traductions cent pour cent autochtones. En simplifiant outrageusement, on peut dire que le nationalisme indien, tout en faisant fort peu de cas du monde occidental représenté par le Britannique, conquérant brutal qui se doubla d’un colonisateur mesquin et sans pitié puis d’un patron encombrant, au sein du Commonwealth, s’est emparé avec extrême délectation de la démonstration, par la science germanique des années 1840-1890, de l’appartenance de l’Inde archaïque à la civilisation indo-européenne, et a sanctuarisé la langue sanskrite, réinvestie dès lors d’une dimension sacrée pour d’autres motifs que strictement religieux et culturels. Les brahmanes revêtent telle ou telle grande édition occidentale de textes cardinaux de la culture indienne, particulièrement l’intégrale avec apparatus criticus du Rig-Veda procurée par F. Max Müller entre 1849 et 1874, de véritables propriétés talismaniques (justifiées dans le cas de cette collection rédigée dans une langue archaïque et obscure requérant un apprentissage de haut niveau, dont Max Müller fit en effet une fort méritoire recension savante) ; depuis trois quarts de siècle, la même sorte de vénération auréole, dans les milieux religieux, les éditions critiques du Mahābhārata et du Rāmāyaṇa confectionnées à Poone par de vastes équipes de pundits indiens émulant la critique de textes lachmanienne. Les traductions occidentales partielles des poèmes étant ringardisées par ces deux grandioses entreprises, dont le prix et l’encombrement, outre leur nature scholarum in usum, interdisaient toute diffusion un peu large, et vu la demande de livres bon marché dans le sous-continent indien, on se mit à traduire à bride abattue pour des motifs évidemment tout autres que scientifiques. Il n’est pas anodin que le travail de Debroy, passé du statut de pilier des milieux économiques étatiques peu ou prou ignoré du très grand public, à celui de gloire nationale pour ses versions depuis le sanskrit, qui aplanissent à un degré global l’abord d’épopées menacées par la disparition de l’enseignement de la langue classique et la réduction des connaissances historiques, ait commencé dans la décennie 2000, marquée par la descente aux enfers du Parti du Congrès et la montée du nationalisme. Sans l’accuser de faire le lit de Narendra Modi et affiliés, on ne peut que noter la virulence envers le monde occidental et le mélange d’une mauvaise foi sidérante et de justesse globale d’appréciation dont témoigne sa préface au Mahābhārata. Je me permets de la citer au large pour n’être pas taxé de malveillance : « familiarity with Sanskrit is dying out. The first decades of the twenty-first century are quite unlike the first decades of the twentieth. Lamentation over what is inevitable serves no purpose. English is increasingly becoming the global language, courtesy colonies (North America, South Asia, East Asia, Australia, New Zealand, Africa) rather than the former colonizer. If familiarity with the corpus is not to die out, it needs to be accessible in English. (…) Why should there be another translation of the Mahabharata? Surely, it must have been translated innumerable times. Contrary to popular impression, unabridged translations of the Mahabharata in English are extremely rare. One should not confuse abridged translations with unabridged versions. There are only five unabridged translations—by Kisori Mohan Ganguly (1883–96), by Manmatha Nath Dutt (1895–1905), by the University of Chicago and J.A.B. van Buitenen (1973 onwards), by P. Lal and Writers Workshop (2005 onwards) and the Clay Sanskrit Library edition (2005 onwards). Of these, P. Lal is more a poetic trans-creation than a translation. The Clay Sanskrit Library edition is not based on the critical edition, deliberately so. In the days of Ganguly and Dutt, the critical edition didn’t exist. The language in these two versions is now archaic and there are some shlokas that these two translators decided not to include, believing them to be untranslatable in that day and age. Almost three decades later, the Chicago version is still not complete, and the Clay edition, not being translated in sequence, is still in progress. However, the primary reason for venturing into yet another translation is not just the vacuum that exists, but also reason for dissatisfaction with other attempts. Stated more explicitly, this translation, I believe, is better and more authentic—but I leave it to the reader to be the final judge. (While translating 80,000 shlokas is a hazardous venture, since Ganguly, Dutt and Lal are Bengalis, surely a fourth Bengali must also be preeminently qualified to embark on this venture!) (mon insistance). Comme toutes les machines de guerre culturelle, le corpus translaté par Debroy se ressent d’une conception intéressée et d’un militantisme socio-politico-culturel bien plutôt que savant.

  13. Bonjour à tous,

    Je sollicite vos lumières avant un éventuel achat du volume Drieu la Rochelle dont je crois qu’il n’a jamais été question sur ce fil ou alors pas récemment… Certains parmi vous possèdent-ils ce Pléiade et si oui, jugent-ils son édition [appareil critique, etc.] de qualité ?

    Enfin pensez-vous au regard de ses talents littéraires [et seulement littéraires !] que Drieu a sa place dans la collection [selon les standards qui prévalaient à la grande époque bien sûr] ?

    – – – sans transition – – –

    Questions à Neobirt7, consultissimus uir. Que pensez-vous, philologue classique, des travaux de Jean Granarolo sur Catulle [= ses deux thèses et sa synthèse de 1982, ainsi] ? Il est difficile en effet pour le lecteur français d’y échapper mais fruits d’un « pur » littéraire [?], peut-on s’y fier sans crainte sur le « plan technique » ?

    Entre outre, quelle édition savante du corpus catullien jugez-vous la plus solide [vous sembliez, voilà un an, sur ce fil, réticent quant à la Teubner de Bardon] et la traduction Ernout demeure-t-elle toujours [quand on écarte la calamiteuse de Markowicz] la seule à privilégier pour le public francophone ?

    Je vous remercie pour vos réponses.

    Meilleurs vœux,

    Scipion

    • Il m’est doux-amer de parler de Granarolo, que je connus en ma qualité de transplanté du Nord et membre de la section aixoise des « jeune Budés » par lui animée en marge de l’achèvement de ses thèses (ce fut une grande perte pour la future Université de Provence lorsqu’il fut nommé professeur à Nice). Son « L’oeuvre de Catulle… » (1967), dédiée à Pierre Boyancé qui lui fit l’honneur d’une recension plus flatteuse que ce futur adversaire de Jean Bollack et grand pourfendeur des verbosités doctorales, était accoutumé d’écrire, vaut pour l’imposante quantité d’informations philologiques, historiques et littéraires compilée en bas de page et, dans la limite où il a choisi des angles d’attaque susceptibles d’éclaircir sans abus de spéculations gratuites la personnalité littéraire du poète (car la troisième de ses thèses, comme quoi Catulle anticiperait la religiosité chrétienne, sollicite jusqu’à l’absurde les textes allégués), pour la synthèse des idées alors en vogue dans la communauté des latinistes. Voici ce qu’écrivait le spécialiste de poésie latine, et philologue d’une toute autre envergure, Edward J. Kenney dans la Classical Review 19, 1969, p. 292 ; « what Granarolo has to say, when disengaged from the cloudy and pretentious language in which he says it, represents in its essentials more or less the current critical position. (…) I wish I could rate it higher. Granarolo argues diffusely and without insisiveness; such originality as there is tends to be swamped by a redundance of secondary erudition. His meticulousness in citing the views of toehr scholars, whether to endorse, modify, or refute them, verges on the morbid. Timidity has emasculated his book » : et p. 293 : « important stages of Granarolo’s [troisième] argument rest on little more than simple faith, such as the assertion – it is no more – that Catullus ‘believed’ in a divine justice personified by Fides, Nemesis, and Themis. The role of irony, conscious artistry, deliberate manipulation of ideas and images, is politely relegated to a dismissive note ». C’est donc un beau livre, offrant des traductions en général très réussies des extraits des poèmes commentés, par surcroît couché dans un style chatoyant, prolixe, un peu chantourné et maniéré qui fit hurler les savants britanniques attachés par éducation à une forme aussi sobre que possible, et dont le crypto-christianisme n’a pas empêché la franche explication des obscénités catuliennes, mais dont les nouveautés solides, outre qu’elles sont inversement proportionnelles à sa longueur, n’apparaissent pas nettement au milieu du fatras de science un peu gratuite (l’encombrent peu utilement des relevés très larges des fantaisies exégétiques propres à la science philologique italienne des années 30 à 60, où brillent les noms de La Penna et Paratore). On peut écarter, comme exemple de synthèse aventurée laissant à mille lieues derrière elle la documentation solide disponible au profit d’orgies de l’imagination (le modèle de ce type d’entreprise de pure guesswork étant, d’Henry Bardon l’éditeur Teubner de Catulle, « La littérature latine inconnue », 1952-1956, deux tomes qu’il fut de mode d’aduler chez nous tandis que les Anglo-Saxons soit les boudaient soit y perçaient in nota ou dans leurs recensions autant de trous qu’en a un fromage de gruyère), la thèse secondaire de Granarolo « D’Ennius à Catulle. Recherches sur les antécédents romains de la poésie nouvelle » (1971) ; il est dommage que l’auteur se soit autant reposé sur les attitudes littéraires envers la Vie et l’Art et autres manies ou affectations poétiques supposées par lui, sur des bases insignifiantes, avoir été celles des poètes savants. Tout n’est pas à jeter dans ce gros ouvrage, tant s’en faut, mais le ciel de la recherche en mouvement a largement abandonné cette classe de questionnements et a rendu les latinistes, sinon plus méfiants, du moins enclins à généraliser sur des problèmes tout autres. Le lecteur courageux trouvera dans la recension signée d’un autre immense spécialiste anglais de la poésie latine, l’éditeur des tragédies d’Ennius Harry D. Jocelyn, une analyse méticuleuse, beaucoup moins mordante sur le ton qu’il n’était dans les habitudes de ce redoutable critique lorsqu’il était confronté à de la médiocre besogne philologique (Latomus 32, 1973, pp. 200-204 ; François Charpin, pour son hideuse édition Budé de Lucilius, se reçut des volées de bois vert typiquement jocelyniennes qui dissuadères les autorités des Belles Lettres, malgré leur réticence à admettre les critiques venues de Grande-Bretagne – le directeur de la série latine était alors Paul Jal, terrible éditeur de Florus et Tite-Live qui comptait les manuscrits pour établir le texte au lieu de soupeser la teneur de chaque lieu variant – de confier d’autres auteurs latins à ce professeur en Sorbonne auteur d’une énorme thèse en linguistique). La synthèse finale de Granarolo « Catulle, ce vivant » (1982), qui constitue la remise sur le métier de la grande thèse, m’a toujours inspiré un ennui poli ; les facilités exégétiques y abondent, les citations de grands auteurs français n’y apportent rien, et la figure qui s’y dessine du poète doit davantage à son interprète qu’aux textes eux-mêmes lus sans prévention avec le secours des meilleurs commentaires modernes.

    • Votre question m’a rappelé que je possède le volume de Drieu dans ma bibliothèque, mais que je ne l’avais pas encore lu… Il n’est malheureusement pas le seul, j’achète beaucoup plus de livres que je n’ai le temps d’en lire. C’est quasi compulsif.
      Bref, je ne peux donc pas vous parler de la qualité de l’appareil critique. Ceci étant dit, d’un point de vue purement quantitatif, les notices et notes occupent 300 pages environ, pour 1500 pages de textes, ce qui me paraît à peu de chose près la moyenne pour les volumes récents publiés par Gallimard dans leur collection.
      Je peux dire en tout cas qu’au niveau du choix des textes, on a avec ce volume un bel aperçu de l’œuvre (je ne regrette personnellement que l’absence d’_Une femme à sa fenêtre_, mais dans la note à la présente édition, J.-F. Louette semble lui-même regretter d’avoir dû laisser de côté _l’Homme à cheval_ pour les _Mémoires de Dirk Raspe_). Mais dans l’ensemble il semble y avoir un bel équilibre entre les romans et les nouvelles (en recueil ou isolées).
      Je ne sais si j’ai été très utile, mais pour ma part votre question m’a donné l’occasion de sortir ce volume de l’enfer de ma bibliothèque. J’entame à cette heure l’introduction. Si besoin je compléterai ma réponse lorsque j’en aurai lu davantage.
      À bientôt peut-être.

  14. Scipion, concernant Drieu, cela a été ma première Pléiade que j’ai acheté peu de temps après sa sortie en 2012, alors que je venais de lire l’excellent Gilles dans une autre édition (celle de 1942 chez Gallimard, rétablissant les coupures de l’édition de 1939).
    Les données biographiques sur Drieu de l’édition Pléiade sont intéressantes, l’appareil critique est correct. Honnêtement je pense qu’on peut lire Drieu en s’en passant. Concernant l’oeuvre de Drieu, j’ai été très déçu de Rêveuse bourgeoisie. Je n’ai guère apprécié La Comédie de Charleroi et L’homme à cheval (ce dernier n’est pas dans la Pléiade). Récit secret est intéressant. Au prix catalogue actuel, je ne pense pas que je rachèterai la Pléiade Drieu. J’ai le sentiment qu’aucun autre roman de Drieu n’a la puissance de Gilles qui m’a vraiment beaucoup plu et à ce titre sa présence en Pléiade me semble discutable. La notoriété de Drieu tient sans doute malheureusement plus de son caractère sulfureux qu’à ses talents littéraires. Il a certes été directeur de la NRF, mais Paulhan et Arland aussi : eux ne sont pas dans la Pléiade. Mais je n’ai pas la prétention d’avoir tout lu, si quelqu’un a réussi à tout lire il me détrompera peut-être (et j’en serais heureux). Je vous conseille chaudement de lire Gilles et le Feu Follet, après vous verrez si la Pléiade vous tente.

    • Si vos phynances sont sans limites, ne vous privez pas du plaisir de vous payer le Drieu, si vous devez – comme peu ou prou, chacun d’entre nous, me semble-t-il – vous pouvez franchement vous en dispenser et placer vos billes sur un meilleur numéro.

      Écrivain honorable, qui ne mérite pas l’oubli complet, certes, mais pas à mettre au panthéon des lettres non plus. Je doute, si son destin personnel ne maintenait pas quelques projecteurs sur lui – à juste titre, car il est une figure humaine intéressante, bien plus que Céline qui, sur ce terrain, ne recèle à mes yeux aucun mystère – qu’il sortirait plus de la semi-obscurité qu’un Marcel Arland, pour reprendre un des auteurs cités par vous, Arbal.

      Mon estime très modérée pour l’écrivain Drieu m’ayant interdit d’acheter la Pléiade à lui dédiée, je n’ai pas grand chose à dire sur la qualité de cette édition et guère envie d’en savoir davantage. Le plus intéressant, c’est encore son Journal, pour des raisons principalement historiques, mais il n’est pas dans la Pléiade.

      • « Si vos phynances sont sans limites, ne vous privez pas du plaisir de vous payer le Drieu, si vous devez – comme peu ou prou, chacun d’entre nous, me semble-t-il – faire des choix, vous pouvez franchement vous en dispenser et placer vos billes sur un meilleur numéro.

  15. À force de faire le malin, je n’ai peut-être pas laissé clairement comprendre que je posais une vraie question au sujet de George Eliot, programmée pour Pléiade en avril prochain.

    Je ne connais réellement rien de cet auteur, et si certains d’entre vous l’ont lue, j’aimerais savoir ce qu’ils en pensent. Ce volume Pléiade est-il une bonne nouvelle ou non ?

  16. Un écho bien tardif à un compte-rendu de Lombard sur les Mémoires d’outre-tombe. Je crains, Lombard, que la lecture des Martyrs ou d’Atala ne tienne, aujourd’hui, plus du pensum qu’autre chose, tant s’y amassent les sensibleries du romantisme, dans une langue qui s’écoute écrire (comme on dit d’une diva orgueilleuse qu’elle s’écoute chanter). René, et surtout Atala, m’ont longtemps tenu éloigné de Chateaubriand, et c’est en lisant des fragments des Mémoires dans une anthologie que j’y suis revenu ; comme le dit Domonkos, Chateaubriand y fait entendre une voix unique, qui vaut vraiment la lecture prolongée (mais on peut, comme je l’ai fait, apprivoiser l’œuvre par larges tranches, dans le désordre, selon l’intérêt qui vous porte à telle période historique ou à tel aspect de la psychologie de l’auteur).

    Mais là où j’abonde le plus dans le sens de Domonkos, c’est pour la lecture de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem. Foncez, Lombard ! La langue y est moins poseuse à mon goût que les Mémoires (moins même que dans le Voyage en Amérique) mais tout aussi galbée, la narration plus enlevée, les descriptions plus naturelles, assorties de larges méditations, d’un ton plus serein et élevé. L’Acropole au soleil levant, les pyramides, le campement au bord du Jourdain, autant de tableaux qui ne cèdent pas à l’exotisme facile d’autres récits de voyage romantiques, et qui pour autant laisse libre champ à l’imagination.

    • Je ne peux qu’approuver vos dires, Elio, sauf, je le crains, en ce qui concerne l’indulgence dont vous faites montre à mon égard.

      Vous avez la gentillesse de ne pas appuyer sur ma coupable complaisance à l’égard des petits romans de Chateaubriand. Pour ma (piètre) défense, je dirais que si René ne m’en a pas « tenu éloigné » (je n’en dirais pas autant d’Atala, pour lequel je serai aussi sévère que vous), c’est sans doute parce que je l’ai lu à un très jeune âge, où je présentais moi-même les symptômes des « sensibleries romantiques » et me laissais un peu trop facilement épater par les roucoulades de la Diva.

      C’est à un âge beaucoup plus mûr que j’ai attaqué les Mémoires et je pense que ce fut heureux, j’aurais sans doute été rebuté quelques années plus tôt. Je pense que notre ami Lombard ne devrait pas s’en tenir à cette seule expérience de lecture. Peut-être qu’après en avoir épuisé la matière historique, il se sentirait plus libre d’y flâner, de butiner, et de goûter les qualités de l’écriture ainsi qu’une certaine – j’hésite à écrire ces mots pompeux (inspirés par un reste de sensiblerie romantique ?) – « grandeur d’âme ».

      En attendant, car il faut que ces choses reposent et se décantent, il peut emprunter les chemins de l’Itinéraire, vous en parlez parfaitement.

      • Je dois reconnaître que mon jugement un peu péremptoire se nourrit plus du souvenir d’Atala que de celui de René ; et je serais plus indulgent avec ce dernier si Chateaubriand n’avait pas traité la même matière au début de ses Mémoires avec un goût, à mon sens, bien supérieur. Les élans de Chateaubriand jeune, racontés par Chateaubriand âgé, ont ceci de différent des envolées de René, qu’il s’y ajoute un regard plus distancié (je n’irai pas jusqu’à dire : réprobateur, mais il me semble qu’on s’en rapprocherait) — et cela apaise l’agacement que peut susciter en moi la complaisance de René pour son propre mal.
        Car je suis aussi sensible que vous à la grandeur d’âme que vous trouvez dans le dernier Chateaubriand (elle y est, je crois, sensiblerie ou non ;D), et je ne trouve pas grand chose de commun entre le ton presque rogue des Mémoires et les apitoiements complaisants de René, si ce n’est au fond une espèce d’écorchement de l’orgueil de l’écrivain. Or, s’il l’on sent bien qu’il coûte quelque effort, quelque pose, à Chateaubriand, de vouloir ainsi affecter dans les Mémoires ce flegme de grand seigneur revenu de tout, cette pose orgueilleuse paradoxalement rend Chateaubriand plus humain. Bergson* ne disait-il pas qu’ « au fond de la vanité, il y a de l’humilité, une incertitude sur soi que les éloges guérissent » ? Tout ça pour dire au fond qu’il m’apparaît plus de sincérité dans la statue que sculpte les Mémoires (paradoxalement parce qu’elle révèle cet écorchement de la vanité de l’auteur) que dans le tableau de la jeunesse de René.

        * Voilà une idée de philosophe pour la Pléiade ! Il est étonnant que Gallimard n’ait rien publié de lui toute collection confondue, même après sa « chute » dans le domaine public.

          • Gallimard est devenu un immonde épicier, monstre d’opportunisme sans épine dorsale qui s’aplatit devant le flux et le reflux de ce que les Grecs nommaient Phémé, Renommée ou plutôt Opinion. En témoigne l’abandon du lamentable pornographe Matzneff, incorrigible jouisseur devenu le bouc émissaire d’un vaste bûcher des vanités dont la victime ne mérite certainement pas tant d’honneur, à l’inverse des petits Maghrébins victimes de deux anciens ministres de la Culture (la Springora m’évoque furieusement ces dames galantes du Grand Siècle devenues duègnes à leur corps défendant avec la ternissure de leurs appâts). Étant un « vieux con » de la même génération que Matzneff, qui connut certains éphébophiles des grands lycées parisiens et constata de ses yeux comment certaines têtes blondes pouvaient aguicher le surgé ou le pion ou l’enseignant trouvant faveur à leurs yeux, qu’on me permette de statuer que j’attends avec délectation la mise en place publique des épistoles de la Vanessa de quinze ans, vraie femme jalouse et précoce harpie dont on dira, comme à mon époque, que le train seulement ne lui est pas passé dessus parce qu’elle l’a bien voulu. À quand d’ailleurs et en outre le goudron médiatique et les plumes des réseaux sociaux pour ces puissantes femmes politiques ou de cinéma dont le goût des très jeunes hommes, les fameux ‘interns’, constitue un secret ouvert, mettons une ancienne candidate à la Maison Blanche et l’actrice américaine vivante la plus récompensée ? Je m’excuse par avance pour ce cri du cœur, et me couvre préventivement la tête de cendres, mais puisque nous parlons de Gallimard sa proprension à la médiocrité commerciale ne connaît plus aucune borne qualitative (le pamphlet de Springora est écrit de la même plume qu’Angot ou Moix nous parlant de leurs « bobos » ! Le choix des mots n’y vise qu’à choquer, le venin y est lentement distillé à des visées auto-disculpatoires et d’évidence entretenu plutôt que ressenti viscéralement, le portrait charge ne laisse guère percer de force cathartique, « comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange »). Comment s’étonner, par suite, que la Pléiade s’ouvre à des gloires littéraires frelatées ?

          • Saine colère, Neo-Birt7 ! Le milieu de l’édition parisien ne sort pas grandi de cette affaire. Pour ceux, nombreux j’imagine, qui, comme moi, n’ont jamais lu la moindre ligne de Matzneff, et qui veulent se faire une idée de l’œuvre du bonhomme, je fais suivre le comte-rendu de la lecture d’un tome de son journal paru en 2001 dans Histoires Littéraires :

            Gabriel Matzneff, Les Soleils révolus. Journal 1979-1982 (L’Infini, Gallimard, 2001, 545 p., 160 F, 24,39 €). Gabriel Matzneff est un homme très occupé. Il le fait savoir minutieusement tout au long des 500 pages du neuvième (!) volume de son journal intime, assuré que la comptabilité de ses jours et de ses nuits passionnera le moindre lecteur. Or, même si la mode en fait rage actuellement, le journal intime est peut-être le genre le plus fictif qui soit. Il est vrai qu’il sert aussi à s’admirer soi-même. Ce journal d’un Priape détaille les émois de l’auteur devant de nombreuses adolescentes, dont il semble faire grande consommation : parfois trois ou quatre par jour, précise-t-il. Matzneff ou l’homme couvert de lycéennes. Il recopie religieusement, à tout hasard, des passages des lettres qu’il leur adresse ou qu’il en reçoit. « Mes maîtresses », se rengorge-t-il sans cesse. La capeline du Père Ubu vient remplacer celle de Casanova : MA liste de MES maîtresses ! Il y a aussi des « lectrices », qui veulent le « rencontrer » ou le « connaître », mais oui. Cet homme très demandé (« Je ne puis jamais être seul, c’est épuisant ») consigne également les innombrables coups de téléphone féminins qu’il reçoit dès qu’il met les pieds chez lui, entre deux déjeuners, deux rendez-vous, deux discussions sur Byron ou la liturgie orthodoxe. Le Tout-Paris littéraire et autre défile dans le compte rendu de ses rencontres en ville. Tout le monde l’admire, le lui dit et redit. « Nombreux coups de téléphone […]. Ma chronique pour Le Monde […]. Déjeuner avec […]. Appels de Pascale, de Lauriane, de Claire […]. Le manuscrit de Vénus et Junon est sur la table de Laudenbach […]. Je me trouve très joli garçon ». Comme toute figure parisienne bien connue, l’auteur, qui déjeune et dîne en ville sans trêve, nous confie sa solitude, son isolement, etc. Nul doute qu’il est sincère, et aussi lorsqu’il croit vraiment être quelqu’un qui compte. Dans son avant-propos, il souligne que « les débauches auxquelles je [me] livrais appartiennent au passé », et que, pendant la rédaction de ce journal, il a aussi écrit des poèmes, deux autres livres, ainsi qu’un roman, « que je tiens pour mon meilleur roman », et termine en nous recommandant son journal pour « le vif-argent du phrasé, l’écriture brute de coulée, la vie à bout portant […], le style ». Tant de modestie étonne. Matzneff – qui se trouve très sympathique – a visiblement une haute idée de la moindre ligne qu’il écrit. Et la continence n’est guère son lot, en littérature pas plus qu’en amour : déjà huit romans, neuf essais, trois récits, deux recueils de poèmes et neuf volumes de journal intime. Mais, que voulez-vous, tout ce qu’il vit, entre « mes maîtresses », ces nymphettes insatiables, folles de lui (bien entendu) et enthousiastes de ses livres (idem), les amis et les gens de lettres, tout cela est tellement intéressant, tellement passionnant ! Lorsque Gide lui offrit son Voyage au Spitzberg, Mallarmé tiqua en voyant le titre, croyant à un voyage réel. Quelques jours après, il lui déclara : « Ah ! vous m’avez fait grand peur, je craignais que vous n’y fussiez allé ! » N’en doutez pas, bonnes gens : Gabriel Matzneff, lui, y est bel et bien allé : « Mon journal est véridique, mais il n’est pas complet », avertit-il. Aurions-nous échappé à 500 autres pages ? Il est vrai que cela aurait tout aussi bien pu en faire 50 000 : « Nombreux coups de téléphone […]. Ma chronique pour Le Monde […]. Déjeuner avec… » Etc., etc., etc. Coda : Je finis par trouver sacré le désordre de mon nombril.

    • Merci pour vos réponses. Je note. 🙂

      Pour compléter ma réponse précédente à Vidar, Gallimard utilise environ 45000 peaux de moutons par an pour ses reliures (source : éditeur). À titre de comparaison, plus de 3,7 millions de moutons sont consommés en France chaque année, ce qui représente environ 1/10e de la consommation européenne, 1/20e de la consommation chinoise et 1/100e de la consommation mondiale (source : Interweb – filière ovine – 2018)

      • Lombard. Je vous remercie de vos réponses. Je retrouve ici les informations que j’avais eues il y a quelques mois lorsque je me suis intéressé au sujet. Par contre, je n’ai vu mentionné dans aucune source que les peaux utilisées pour la reliure sont des peaux d’animaux destinées à la consommation. Il me semblait que l’usage était bien plutôt de se servir de peau provenant d’animaux élevés et abattus destinés spécifiquement au cuir.

        • Vous êtes sûr, Vidar ? Si c’est le cas, quel gâchis ! Je vais de ce pas écrire à Gallimard pour leur suggérer d’offrir un gigot d’agneau en prime pour chaque volume acheté !

          Quoique, à bien y penser, on pourrait adapter les morceaux aux auteurs…
          Des épigrammes pour Voltaire (en attendant que la collection traduise Catulle ou Martial), des côtes (normandes ?) pour Duras, ou pour Conrad et ses frères, des souris (même pas nommées Joséphine ?) pour Kafka, de la poitrine pour Philip Roth, de la selle pour Dumas, Giono, Faulkner, Perec et tout ce qui est cavalier ou vélocipédique, du filet pour Hemingway, Stevenson et tous les navigateurs, du navarin pour Cervantès, de la tripe pour Rabelais, du raccourci pour André Chénier, une partie du carré pour Théophile Gautier, du baron, bien sûr pour Montesquieu et George Sand, sans compter tous ceux au catalogue qui se disputeraient les amourettes…

          Comme quoi une collection comme la Pléiade peut vraiment éveiller une faim de culture !

          • Comme indiqué, il me semblait tantôt l’avoir lu, mais peut-être est-ce un mauvais souvenir. C’est en tout cas le cas pour les peaux les plus précieuses (serpent, crocodile), mais on procède possiblement différemment pour les moutons et autres porcs et vaches.

          • Bravo pour votre verve !

            Sur le fond de l’affaire j’espère que vous avez raison. Sans excessive sensiblerie, j’ai peine à imaginer qu’on abatte des animaux pour leur seule peau, et, si cela devait être confirmé, ce me pourrait constituer un motif pour n’en plus consommer (des Pléiades).

  17. George Eliot (qui est une femme cher Domonkos! La Pléiade a décider d’éditer toutes les femmes prénommées George!) est une très sympathique romancière mais ses romans ont vieilli. En plus de ces 2 chef-d’œuvres j’aime bien Romola (le roman de Florence) et un peu Silas Marner roman social. On apprend qu’enfin une nouvelle traduction de What Maisie new est en chantier (enfin une bonne traduction ! Que Marguerite me pardonne…) Avec l’édition de La Princesse Casamassima en février je crois, on peut penser qu’un nouveau volume des Œuvres de James en Pléiade est pour bientôt. Peut-être !

    • Merci Tigrane. Content d’avoir de vos nouvelles. Bonne Année !

      Une petite piqure d’amour propre : j’ai bien écrit « je ne connais réellement rien de cet auteur, et si certains d’entre vous l’ont lue, (…) »
      J’ai laissé « auteur » au masculin (neutre – ou plutôt, indéterminé – ne sachant choisir entre « auteure » que je déteste et « autrice » qui a ma préférence mais du mal à s’imposer (*) ; en l’espèce, le pseudo masculin de l’auteur(e).(rice) atténuant le scandale de mon choix réactionnaire) ; mais, en fin de proposition, j’ai bien écrit « lue », laissant à penser que j’avais conscience de sa féminité à l’état civil et biologique).

      …………………………………..
      (*) même pour l’inepte « correcteur » bien plus misogyne que moi, qui s’obstine à me placer une « actrice » en lieu et place d’une « autrice »… si je ne le surveillais pas !

  18. Bonne année à vous aussi. Plus simplement, j’ai vu (et cela m’a fait sourire) « je n’ai jamais lu une ligne, ni de lui, ni sur lui.» Ce qui m’a semblé au masculin ! « Elle et lui » dirait l’autre George !

    • Pan sur le bec !
      Mais, pfoouuuuhh ! vous faites allusion à mon premier message, et ça remonte à loin, vous pensez bien : le 2 janvier ! J’étais alors jeune et ignorant.
      Et pis si je devais faire le compte de toutes mes erreries et autres divaguances. De temps en temps j’en corrige l’une ou l’autre, mais ce serait mieux si j’apprenais à me relire avant d’envoyer !

      Bon, même si les romans de Mrs Eliot n’atteignent pas des sommets olympiens, diriez-vous que c’est un Pléiade intéressant ?
      (Je trouve, quant à moi, qu’il (le Pléiade) a au moins les charmes de l’imprévu. Et puis – je sais qu’on me l’imputera à crime, en ces temps de Brexit – je suis très anglophile. Je ne peux même pas en vouloir aux grands-bretons de l’invasion de leur langue dans la nôtre, puisque ce n’est pas l’anglais, mais l’américain – et même, encore moins, le sabir américano-mondialisé – qui nous envahit.)

      • Mon cher Domonkos Szenes,

        Sans doute que qu’il faudrait se passer de mon intervention mais le sujet George Eliot m’a également intéressé, de ce fait j’ai fait quelques recherches très superficielles. Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’édition qui comprend le « Middlemarch » (roman comprenant plus de 1000 pages) est une excellente idée, et ce sur deux points. D’une part parce que ce roman est le roman phare de l’auteur et plus généralement de la littérature anglaise. C’est vraiment un roman côté, et ce encore chez nos amis les anglo-saxons. Pour ce qui est de « Le Moulin sur la Floss » je ne saurai vous dire beaucoup de choses. D’autre part car, à ma connaissance, il n’existe qu’une seule édition française du Middlemarch encore sur le marché aujourd’hui, celle qui est en folio classique. Cependant la traduction serait vraiment médiocre. Donc vous conviendrez qu’une nouvelle édition d’une oeuvre aussi monumentale que le Middlemarch était nécessaire d’une part à cause du peu d’édition du roman en France, d’autre part à cause de la pitoyable traduction qui avait été effectuée.

  19. Bonjour à tous et bonne année !

    A-t-on des informations sur le contenu du Nabokov III ? Et sur le programme du second semestre ? (tant qu’on y est…).

  20. Dans le dernier Nabokov, il y aura certainement : Pnine, Feu pâle, Ada ou l’Ardeur, La Transparence des choses et Regarde, regarde les arlequins !

    • J’ajoute que les traductions auront été révisées et que Pnine en bénéficiera même d’une nouvelle — information que je tiens d’Hugues Pradier en personne. J’attends avec une grande impatience ce troisième tome nabokovien qui promet d’être fort volumineux si l’appareil critique est aussi riche que dans les deux précédents. L’annotation en particulier d’Ada ou l’Ardeur se doit d’être conséquente. Bref, j’espère un bon gros pléiade d’au moins 1 900, voire 2 000 pages. Si Duby y a eu droit, nulle raison que Nabokov en soit privé !

  21. Bonsoir,

    A ce que j’ai entendu le tome 2 de Nietzsche en Pléiade n’est pas très glorieux, d’une part à cause de vieilles traductions recyclées, d’autre part à causes de notes exégétiques trop insuffisantes. De ce fait, auriez-vous des ouvrages spécialisés sur Nietzsche ou des éditions de ses oeuvres suffisamment savantes à me conseiller afin que je puisse m’y plonger ? Merci beaucoup.

    • Je ne saurais me prononcer sur toutes les éditions de Nietzsche en cours en France, et vous n’aurez que l’opinion d’un lecteur profane en matière de philosophie et de bibliographie nietzschéenne ; mais au moins puis-je vous recommander les traductions publiées en Garnier-Flammarion, et tout particulièrement celles signées par Patrick Wotling. La traduction y est belle (bien que sur ce point je préfère la langue du vieil Henri Albert), les préfaces rarement inintéressantes, et l’appareil de notes extrêmement fourni.

      Deux exceptions cependant : la Naissance de la tragédie, que vous pouvez aller chercher plutôt du côté du Livre de Poche (traduction… Wotling ; faites attention à ne pas vous faire refiler une ancienne édition, par Kremer-Marietti si mes souvenirs sont bons, chercheuse plus obnubilée par l’inconscient de Nietzsche et des adorateurs dionysiaques que par la teneur du texte) ; et Ainsi parlait Zarathoustra, à plutôt aller consulter au Livre de Poche aussi (traduction Goldschmidt ; notes étiques par contre, mais une traduction bien supérieure à celle de Bianquis chez GF).

      D’ailleurs (raccrochons-nous au sujet !), il semble que votre critique porte uniquement sur le tome 2 de Nietzsche en Pléiade ; je ne l’ai pas ouvert, je ne puis donc donner mon avis. Par contre, j’ai pu emprunter le tome I, et n’en ai pas été déçu ! L’appareil de notes est conséquent, les notices très bonnes ; seul ombre au tableau : les textes… Vous n’y trouverez certes pas le meilleur de Nietzsche. Que tant de savoir ait été convoqué pour expliquer des textes pour beaucoup secondaires me laissait à penser que l’exégèse serait encore plus poussée pour les tomes suivants ; il semble, à vous lire, que non — c’est bien dommage…

    • Je ne saurais me prononcer sur toutes les éditions de Nietzsche qui ont cours en France ; vous n’aurez que l’avis d’un lecteur profane en matière de philosophie et de bibliographie nietzschéenne. Je puis cependant vous recommander sans trop de craintes (presque) toutes les traductions de Nietzsche parues chez Garnier-Flammarion, et en premier celles signées par Patrick Wotling ; la traduction est claire (bien que je préfère la langue du vieil Henri Albert), les préfaces rarement inintéressantes, et l’appareil de notes extrêmement fourni. Wotling, et son camarade Blondel ensuite, est un nietzschéen reconnu, je crois, et sa fréquentation est bien plus profitable que celle d’un Dorian Astor ou d’un Maël Renouard.

      Deux exceptions cependant : La Naissance de la tragédie, à cherche plutôt du côté du Livre de Poche (traduction… Wotling ; faites attention à ne pas vous faire refiler une ancienne édition, signée Kremer-Marietti, chercheuse plus obnubilée par le freudisme de Nietzsche et le nietzschéisme de Freud que de la teneur du texte même) ; et Ainsi parlait Zarathoustra, à consulter traduite par Goldschmidt au Livre de Poche (notes étiques, hélas ; mais la traduction de Bianquis est positivement ratée, celle de Gandillac affectée, celle d’Albert indisponible dans une bonne collection).

      D’ailleurs (raccrochons-nous au sujet !), vous n’évoquez que le tome 2 du Nietzsche de la Pléiade ; ne l’ayant pas ouvert, je ne peux le critiquer. Mais pour ce qui est du tome, j’ai pu l’emprunter, et n’en ai pas été déçu ! Les notices sont éclairantes, les notes conséquentes et utiles ; seul bémol : les textes… Que tant de savoir ait été convoqué pour des textes pour beaucoup secondaires me laissait présager d’une débauche d’exégèse pour les tomes suivants. À vous lire, il semblerait que non ; je n’en sais pas plus, mais si vous veniez à avoir raison, ce serait bien dommage…

      • La question des éditions de Nietzsche avait été posée quelques pages plus haut. Neo-Birt7 avait notamment signalé que les traductions d’Henri Albert était assez sures philologiquement (des réserves sont exprimées ici : https://www.cairn.info/revue-etudes-germaniques-2008-3-page-601.htm#). Vous pouvez donc vous plonger dans les deux volumes publiés chez Laffont, coll. « Bouquins ». On y trouvera pas les fragments posthumes, mais un imposant et utile index des noms et des notions (à la fin du second volume).
        Pour ma part, j’avais renvoyé à l’édition Colli-Montinari, traduite et publiée chez Gallimard. C’est la seule complète qui séparent bien les fragments posthumes de ce qui a été publié de façon inadéquate (la Volonté de puissance, ouvrage inachevé et déformé par la sœur de Nietzsche après son décès). Une partie des volumes a été réimprimée en Folio, ce qui y garantit un accès partiel pour un prix modique. Peut-être votre bibliothèque universitaire possède-t-elle l’ensemble des volumes de la collection ad hoc (Œuvres philosophiques complètes) du philosophe au marteau. Il est à noter que la traduction par Maurice de Gandillac du Zarathoustra est à éviter. Il semblerait que la traduction de Goldschmidt (Le livre de poche) soit à préférer (ou celle d’Henri Albert peut-être).

        • Erratum : Neo-Birt7 signalait plutôt la décence des traductions d’Albert que leur aspect philologique. Je me permets de citer des extraits issus de ses commentaires du 22 août 2019 : « un Henri Albert, dont les traductions de Nietzsche continuent à avoir fort bel air lorsqu’on les compare à celles de Bianquis ou de la Pléiade »), du 11 décembre 2019 : « le même rapport que le Nietzsche de Geneviève Bianquis envers celui plus ancien d’Henri Albert (soit des décalques fidèles quoique un peu convenus et assez plats, voire soporifiques, mis en balance avec des interprétations moins littérales mais drues, chaleureuses et qui éclatent d’intelligence » et du 29 janvier : « Les traductions françaises de l’auteur de « Wir Philologen » ne manquent désormais plus, sans compter le très respectable Henri Albert, qui n’en finit pas de tailler moult croupières à ses émules universitaires depuis la calamiteuse Geneviève Bianquis ».

      • Peut-être qu’il est bien ce tome 2, et qu’il vous plaira mon cher. Mais j’avoue que j’ai quelques pléiades dans ma bibliothèque maintenant, et je trouve ce tome franchement pas ouf au niveau de l’annotation. En bref, les notices sont trop incomplètes (en effet dire que Humain trop humain est un tournant de la philosophie de Nietzsche car il est écrit à partir d’aphorismes, ou encore qu’il y a une critique de la morale et de la religion, tout le monde le sait ça). D’autre part, les différents renvois dans les notes sont majoritairement des références à des fragments pour avoir un autre aperçu de la compréhension d’un passage. C’est intéressant pour certains mais là ils ont vraiment abusé. Les passages explicatifs sur des aphorismes relevant un intérêt philosophique particulier sont nexté complet. Je m’attendais à un tome qui allait m’éclairer au niveau philosophique, je voulais quelque chose de vraiment costaud niveau explique et philosophique et philologique. Humain trop humain, Aurore, le Gai savoir, c’est pas rien bon sang. Vous me direz ce que vous en pensez, mais moi je suis franchement déçu.

        • Si vous voulez une sorte d’exploration systématique ou thématique de la pensée de Nietzsche, il faudrait plutôt vous tourner vers des commentaires. Pour ma part, il me semble salutaire de toujours lire une œuvre sans commentaire préalable, afin de permettre une compréhension aussi neutre que possible (il y a bien entendu un tropisme individuel). Ensuite, pour aborder de façon plus scientifique la pensée, il y a les analyses des spécialistes. Bien entendu, comment lire une œuvre dépend de pourquoi vous la lisez : pour réfléchir à ses propres conceptions, pour découvrir une Weltaunschuung, pour préparer un concours etc. S’agissant de Nietzsche, quelques bons commentaires existent.

          • Le très attendu second tome du Nietzsche de la Pléiade appelle les plus expresses réserves tant pour la révision aléatoire des traductions précédemment parues dans la collection grise que pour son appareil critique, bien différent de celui du tome I, car ici les éditeurs semblent avoir eu, pour toute règle, celle d’écrire des notes à tout prix différentes de l’annotation présente en bas des pages de la première mouture des versions Gallimard des trois traités qui remplissent ce volume. Les éclaircissements ponctuels, vraiment très maigres et d’une rédaction fatalement meurtrière de toute nuance, y font mauvais ménage avec des citations souvent longues des variantes, d’extraits des carnets de notes nietzschéens, et de textes parallèles, tous donnés dans une version française dont on nous laisse ignorer la provenance. Parmi les assez nombreuses erreurs que j’ai relevées dans l’exégèse proprement dite, en voici une, qui m’inspire la plus grande méfiance envers la méthode de travail, et les capacités personnelles, de MM. de Launey et Astor. Commentant l’aphorisme 544 « celui qui ne perçoit pas la jubilation constante qui traverse tout propos et toute réplique d’un dialogue platonicien, la jubilation que procure la découverte nouvelle de la pensée rationnelle, que comprend-il de Platon, que comprend-il de la philosophie antique » (p. 899), Astor explique, p. 1387 note 102, que « Platon tenait les philosophes pour les vrais bacchants (voir Phédon, 69d) et Les Lois, son propre ouvrage, pour la plus belle des tragédies (voir Les Lois, 817b) ». La première affirmation est très tendancieuse en ce qu’elle tire vers l’absolu le propos de Socrate chez Platon, qui est seulement de réhabiliter ce qu’il y a de sérieux dans le fond des initiations mystériques ; le texte du Phédon dit seulement, citation (ou plutôt paraphrase) orphique à l’appui, que « en effet, comme le disent ceux qui traitent des initiations, “nombreux sont les porteurs de thyrse, rare sont les bacchants”, et ces dernier, à mon avis, ne sont autres que ceux qui ont bien philosophé » (traduction P. Vicaire, ed. Budé, p. 23). La seconde affirmation d’Astor est carrément fausse et la citation, libellée d’une manière qui trahit avec certitude la dépendance du commentateur envers une source intermédiaire qu’il n’a pas vérifiée (quiconque en effet a un peu de grec ne songerait pas à appeler « Les Lois », en capitalisant et en italicisant l’article défini, le traité platonicien que nos manuscrits grecs intitulent Lois, Νόμων (Nomôn), ou de la législation, ἢ νομοθεσίας ( hê nomothesias), tout court ; il fallait écrire « les Lois (…) Lois« ). Parce qu’il n’a pas vérifié la référence, Astor ignore qu’en vérité ce que Platon fait dire au locuteur, l’Athénien, et qui constitue un paradoxe surprenant attendu que les poètes étaient expulsés de la Cité idéale dans la République (voir l’article d’André Laks, ‘Une insistance de Platon : à propos de la « vraie tragédie »’ (Lois, VII, 817a-d)’, in C. König et H. Wismann (edd.), La lecture insistante. Autour de Jean Bollack, Paris, Albin Michel, 2011, pp. 35-52, avec une nouvelle traduction du passage dans son contexte large), c’est que la meilleure des tragédies est la constitution de sa cité crétoise à lui (sc. l’Athénien), nullement le traité des Lois lui-même : « pour moi, voici la réponse que je leur ferais : O les meilleurs des étrangers, nous sommes nous-mêmes auteurs de la tragédie la plus belle et la meilleure que nous puissions faire. Notre plan de gouvernement n’est qu’une imitation de ce que la vie a de plus beau et de meilleur, et nous prétendons que cette imitation est la tragédie la plus vraie. Vous êtes poètes, et nous aussi dans le même genre. Nous sommes vos rivaux et vos concurrents dans le plus beau drame, celui qu’une loi vraie est seule capable de produire, comme nous en avons l’espoir (traduction E. Chambry, Œuvres complètes de Platon, Paris, Classiques Garnier, VII, s.d. [1946], p. 47). Contresens gravissime, on en conviendra, que celui commis par Astor, et qui adultère de manière comique la tessiture de l’admiration que Nietzsche éprouvait pour Platon. La totalité de la note porte donc à faux d’une manière insidieuse de nature à gruger le lecteur de tout venant. Voilà ce qu’il advient lorsque l’on confie des ouvrages un peu rigoureux à des non universitaires sérieux sans faire réviser au préalable le manuscrit par un savant compétent.

  22. Pas de pan de moi contre vous Domonkos. La question des pléiades est désormais (depuis Jules Verne le superbe romancier) pourquoi les acheter ? Pour décorer ses rayonnages ok. Mais pour avoir des textes inédits? Non c’est fini ça. Des entretiens ? Non plus. Des variantes ? Évidemment non ça coûte cher. Des analyses ? Pas plus que les folios. Désespérant

    • Vous savez, Vidar, il est possible que La Pléiade revienne à son esprit d’origine qui était de « mettre à portée de tous les grandes œuvres dans un format pratique et sous une reliure de qualité » : sauf de rares exceptions, il n’était pas question au départ de publier des œuvres intégrales, mais plutôt de présenter au public les meilleurs ouvrages des auteurs classiques. D’autre part les premiers volumes n’étaient pas très épais (souvent moins de 1000 pages, ce qui est tout à fait exceptionnel désormais). Enfin, à cette époque, le livre de poche n’était pas très répandu (d’ailleurs la collection Le Livre de poche n’existait même pas), tandis que faire relier un livre chez un relieur était coûteux. Le Pléiade représentait un bon compris culture / prix / qualité littéraire / qualité de fabrication.

      • Votre commentaire aurait un sens si la Pléiade ne publiait que « les grandes oeuvres » (et nombre d’entre elles, soit son absentes, soit ont disparu de la collection), alors que l’évolution actuelle se focalise essentiellement sur « les auteurs qui se vendent ».
        On y rajoute un contenu éditorial, en touts petits caractères, souvent bâclé, sans doute afin de donner le change et d’entretenir l’illusion auprès d’un public attaché à une culture de façade.

  23. Le Duby je ne l’ai pas compris ! Je l’ai lu de a à z mais quoi?? Rien appris de plus que les 2 Quartos. C’est le D’ormesson de l’histoire : ça se vend donc bingo mais j’avoue mon plaisir à le relire. Mais les erreurs sont incroyables : chronologie Ani en Arménie ?!! (Page XCVI) le président Erdogan appréciera. Et Duby serait triste.

    • Je ne comprends pas plus que vous le Duby. Je ne connais personne, d’ailleurs, qui le comprenne. Il me semble avoir lu ici qu’il y avait quelque chose à tirer de l’appareil critique (?). Mais, tout de même, quel doublon avec Quarto !

      Nous convenons tous de la perte de prestige et de statut de la collection, et pourtant nous sommes encore quelques-uns à lui demeurer (plus ou moins) fidèles. Dans mon cas, il s’agit peut-être de faiblesse due à l’âge et à l’habitude ? Je ne trouve guère d’autre raison, à part le format pratique et compact, l’élégance de l’habillage, mais cela ne saurait suffire.

      Il me semble pourtant, qu’après une série d’ouvrages assez indignes, l’année 2019 (surtout sur sa fin) nous a apporté quelques consolations. Je regrette pour ma part le Huysmans à demi-fait, mais NéoBirt7 le défend et je m’incline devant son argumentation. Pour ma part j’aime assez la romancière George Sand pour me réjouir de la parution de son double Pléiade (que je me suis fait offrir pour mon petit Noël), mais n’en suis pas assez passionné pour désirer posséder son oeuvre entier, et encore moins assez argenté pour me payer les différents volumes en édition broché. Par ailleurs, je hais les éditions de poche, hideuses et trop chères pour ce que vaut l’objet. Détestable penchant qui me fait sacrifier le fonds à la forme, sans doute. Je puis lire un folio, travailler dessus, il m’est impossible de le conserver dans ma bibliothèque et d’y revenir. Je n’ai conservé que mes anciens Livres de Poche dans lesquels j’ai découvert la plupart des auteurs lors de mon adolescence, dans les lointaines années 60 et 70; comme on garde ses anciens jouets. Dans ces conditions, le coffret Sand répond à mes attentes.

      Je goûte fort le petit volume des Écrits Spirituels du Moyen-Âge. En l’occurrence on ne peut, me semble-t-il, accuser Gallimard d’une opération commerciale. Cet ouvrage est sans doute très insuffisant aux yeux des spécialistes ou des passionnés. Il me convient à moi, pour les mêmes raisons que plus haut : on ne peut tout connaître, tout posséder, ma bibliothèque médiévale, pour précieuse qu’elle soit à mes yeux, et enrichissante pour mon esprit, ne pourra jamais atteindre les dimensions que requerrait une plus haute exigence que la mienne en la matière.

      Peut-être, au fond, la qualité assez moyenne qu’a revêtu la collection depuis quelques années, est-elle celle qui me convient. Comme une sorte de leçon de modestie : je ne serais pas l’aigle que j’imaginais être ou devenir dans ma jeunesse, et je ne suis pas apte à respirer l’air de certaines altitudes.

      Évidemment, je suis conscient de laisser un piètre héritage à mes enfants. Ils pourraient tirer meilleur profit (pécuniaire) d’une collection de jeux ou de consoles de jeux vidéos. Qu’il en soit ainsi !

  24. Voici les notes de lecture d’un de nos auteurs empléiadés, je vous laisse deviner lequel, concernant Romola de George Eliot :

    Dans Romola, cette lourde machine qui a coûté tant d’efforts et de talent à George Eliot, le personnage du jeune Grec, Tito Melema, dont la beauté brille à chaque page où il paraît. C’est inattaquable et c’est très chaste, mais un romancier ne s’y trompe pas. Il y a dans le choix des mots et la description des attitudes quelque chose qui trahit la grosse sensualité d’une femme de quarante-trois ans, cette femme au visage d’homme triste, vigoureux et sensible qu’était l’auteur, sensible et insatisfait. Tito est le produit de ses rêves et de sa faim. Il vit dans ce livre oublié que j’ai repris à cause de Savonarole.

    (…)

    Toujours Romola. Ce pesant bouquin anti-mystique a des parties assez fortes, mais l’histoire d’amour est des plus médiocres. Le beau garçon dit : « Je t’aime » à la belle jeune fille vers la page 100, pas avant, et la voilà prête à l’épouser, mais le cas de conscience de Tito qui a de quoi sauver et racheter son père prisonnier des Turcs et qui ne le fait pas, parce qu’il préfère rester à Florence et se la couler douce sans avoir papa sur le dos, ce morceau-là est caressé avec amour par l’auteur qui adore la morale. Il faut dire que la dame est positiviste. L’idée de Savonarole échouant auprès de la foule et ne convertissant qu’une seule âme, celle de Romola, m’a paru belle.

    (…)

    Lecture difficile de Romola. Au positivisme moralisateur s’ajoutent les plus médiocres préjugés protestants. L’auteur a réussi ce tour de force de nous présenter un tableau de Florence au temps de Savonarole en escamotant la vie religieuse profonde. Pour George Eliot, un catholique ne peut être qu’un idolâtre doublé d’un hypocrite.

    (…)

    Les raisons qui font qu’un livre comme Romola n’est plus lisible en 1957 nous apprennent quelque chose sur les romans en général. Le beau Tito et la belle Romola se marient, mais si énamourés qu’ils soient de la beauté l’un de l’autre, il n’existe entre eux aucun lien charnel indiqué par l’auteur. Ils se querellent et se séparent à cause d’une histoire de bibliothèque vendue sans le consentement d’un des conjoints. Le puritanisme victorien ne permet pas l’expression d’une sensualité quelconque. L’auteur a beau être positiviste, elle croit au diable, et le diable, pour elle, c’est le sexe. C’est un fétichisme à rebours. Nous avons vu depuis des écrivains rendus idiots par la fascination de la sexualité. Les deux phénomènes sont également suspects. Pour en revenir à Romola, on peut dire que le récit est conduit avec art et que c’est à cause de cela qu’on le lit, ou plutôt, que l’ayant commencé, on se refuse à l’abandonner, mais on souffre. C’st une œuvre froide, contrainte, volontaire et moralisatrice, bonne tout au plus à laisser aux psychiatres.

    [Dernière note de lecture, dix-sept jours après la première.]

    Regardé mes notes sur Romola. Il y en a une qui m’a fait sourire. George Eliot parle de Tito et dit : his loathsome beauty (sa repoussante beauté). C’est bien là cette espèce de gourmandise réprobatrice dont je parlais plus haut. Les personnages s’arrêtent à la taille. A peu près au même moment où George Eliot écrivait son assommant bouquin, Dostoïevski travaillait à Un adolescent.

    [L’auteur doit dans cette dernière remarque confondre Romola paru en 1862-1863 avec Daniel Deronda publié en 1876. L’adolescent, qu’il lit à la même époque que Romola, date, lui, de 1875.]

    • Bonjour,

      J’ai un peu perdu le fil, mais pour information (sûrement redondante), mon libraire m’informe du programme Pléiade du premier semestre 2020 :

      Février 2020

      Jean Giono, _Un roi sans divertissement et autres romans_

      Mars 2020

      Alain-Fournier, _Le Grand Meaulnes_

      Avril 2020

      George Eliot, _Middlemarch _précédé de _Le Moulin sur la Floss_

      Vladimir Nabokov, _Œuvres romanesques complètes III_

      Mai 2020

      Joseph Kessel, _Romans et Récits I _et _Romans et Récits II_ + Coffret
      2 volumes et album

      (sic)

        • Purée ! On n’en finira donc jamais avec Beauvoir ?! Par!s les « mémoires » (plutôt plaidoyers pro domo), les « romans » (après des romans pareils le « Nouveau Roman » a eu raison de prononcer la liquidation) : mais qu’avons-nous fait pour mériter une pareille purge !
          La fin de l’année 2020 me coûtera moins cher que la fin de l’année 2019, c’est une (piètre) consolation.
          Heureusement qu’il y aura le Segalen ; mais nous aurons sûrement 1 Segalen pour 2 Beauvoir, le sens des valeurs est vraiment irrémédiablement perdu.

          Triste année 2020, tous comptes faits : un Nabokov et un Segalen pour représenter l’excellence ; le reste allant du moyen au médiocre, en passant par la redite.
          De quoi donner raison à Tigrane et aux détracteurs de la collection. Au moins pour cette année, comptez-moi dans leurs rangs.
          La peste les étouffe ! je ne souhaite pas mes meilleurs voeux aux dirigeants de la collection.

  25. Pour information Zibaldone de Leopardi a été réédité, pour ceux qui n’étaient pas prêts à débourser les 100 euros pour une occasion.

    • Je l’ai vu au détour de la Germanie, rayon Italie, couleur or. Vous en avez tant parlé, je l’ai saisi. Une réflexion, tout a été pensé mais pas encore écrit (hors théories scientifiques). Je m’y retrouve, sans l’aridité et la sécheresse. Tel un sirocco des plus violents ces pensées fluides vous transportent. Troublant, certaines de vos méditations lues via une prose ondoyante écrite il y a deux siècles.

  26. Domonkos! Je suis un triste sire de la pleiade parce qu’elle ne publie plus une œuvre complète sans variantes ni notes ni mêmes textes inédits ! C’est tout. L’annonce du Beauvoir me plaît mais qu’apprendra t’on de plus que ces 5 romans? Pareil pour les autres.

    • La question est de savoir si on parle de littérature ou si on exclut le roman de ce champ.
      Pour les romans de S. de B. je persiste et signe. C’est pour moi le type même du degré zéro de la littérature romanesque.

      Mais, au fond, je m’emballe, je m’emballe : ils ne sont pas pires ni meilleurs que les romans de Sartre ; que ceux de Mauriac ; ceux de Martin du Gard ; ceux de Malraux ; Montherlant ? (je m’interroge) ; Green (je ne sais qu’en penser) ; Vian, dont la prétendue nouveauté en fait d’audace et de fantaisie aurait trouvé sa place à la fin du siècle 19ème ; Saint-Ex (pour qui j’eus des faiblesses, mais pas à ce point, comme pour Gary et Kessel, d’ailleurs) ; Simenon ! ; Ramuz (qu’il fallut bien admettre pour avoir droit à Cendrars). Même le Céline d’après-guerre, qui croyait les enterrer tous, était aussi mort qu’eux et faisait semblant de se survivre (« Mort à Crédit » ?) En fait, la quasi totalité du genre romanesque d’après-guerre. Qui les lit vraiment, aujourd’hui – et les lit en y prenant du plaisir et de l’intérêt, pas simplement par conscience professionnelle ? Et quand bien même, qui a besoin de les lire en Pléiade ?

      Par scrupule, je ne cite que les pléiadisés qui écrivent en bonne langue de par chez nous, ma méconnaissance ou insuffisante connaissance des idiomes étrangers m’interdisant de juger de la qualité des oeuvres rédigées dans une langue autre que ma langue maternelle. Par commisération, je ne citerai pas non plus ceux qui vinrent encore « après l’après », pâles ombres des fantômes (allez, je ne résiste pas, disons de Duras à d’Ormesson, en passant par Kundera).

      Bien sûr, quand un genre est mort, il y a toujours quelques oeuvres magnifiques qui viennent entretenir l’illusion de sa survie. Appartenant à un genre mort, elles sont tout de même vivantes. Et chacun me citera le ou les noms de ses favoris (j’en pourrais citer plusieurs également, ne serait que notre chère Marguerite, la Grande, bien sûr, mais n’est-elle pas intemporelle ? – le Giono d’après qui est la continuation du Giono d’avant, Queneau peut-être, deux ou trois fois. Gracq, pratiquement unique monument pouvant faire croire à une Reconstruction d’après-guerre et seule nouveauté sous nos cieux, hors le Nouveau Roman, ses environs et ses héritiers).

      Sans être un fanatique du Nouveau Roman, je peux comprendre l’apparition de ce phénomène : il a poussé sur le terrain moisi du roman de type Balzaco-Zolesque, qui continuait à tracer sa route – à creuser son ornière – comme si Proust ou Joyce n’avaient pas existé.

      Qu’on veuille bien me pardonner, ainsi par le démon, j’ai décidé, en cet an de disgrâce 2020, de rompre avec ma conduite des années passées, en prenant d’emblée de mauvaises résolutions.

        • Bonjour,

          Sans être sûr d’avoir bien compris votre dernier message, Domonkos Szenes, vous envisagez le roman sous son aspect formel.C’est bien ça ? Je me demande si c’est l’approche convenable. Spécialiste en rien, boulimique et piètre lecteur, si un roman m’apprend à un peu mieux me connaître, à mieux saisir une partie du monde et des autres, j’y trouve mon compte. Parmi ceux que vous citez, Simenon, le Sartre de « La Nausée », Cendrars ou Gary apportent de l’eau à mon moulin. Ne parlons pas de Giono qui est l’un des plus grands. « Noé » vaut tous les « nouveaux romans » que j’ai lus, Plus profond, plus libre, moins ennuyeux que « La modification » ou « L’amant », si tant est que « L’amant » soit un « nouveau » roman.

          Marguerite Yourcenar est classique dès son entrée en littérature. Elle revendique elle-même ce classicisme, même si elle renouvelle le roman historique avec l’autobiographie de l’empereur Hadrien. Un autre aurait pu écrire les mémoires fictives de Tamerlan, de Foch ou de Philippe-Auguste. Dans quel style ? Avec quelles profondeurs de vue ?

          Vous ne mentionnez pas le romancier Aragon. « La mise à mort », « Blanche ou l’oubli »
          me semblent de grands romans. Au risque de passer pour un pitre, j’avouerai avoir un faible pour l’aspect historique des « Communistes ».

          Comme la plupart des contributeurs à ce forum, j’ai la nostalgie des « trente glorieuses » de La Pléiade et la publication de Vian, Zweig, Duras, de Huysmans en un seul volume, d’un Villon fait pour moitié de témoignages ne m’incitent pas à l’optimisme, d’autant plus que le programme de cette année est peu enthousiasmant.

          Cordialement,

          Marc Bonetto.

          P. S. Sous le parrainage de quel démon vous placez-vous ?

          • Bien entendu, mon intervention ayant un caractère (quelque peu) polémique, il faut « en prendre et en laisser ». Mais, sur le fond, oui, vous avez raison, j’y parle essentiellement de la forme romanesque.
            Et, non, vous avez tort, parce que je ne me situe pas que sur ce terrain.

            Je ne rejette pas la forme « classique » (encore faudrait-il la définir, et mettre le terme au pluriel, pour le moins), mais j’attends de ceux qui s’y adonnent, un niveau réellement supérieur : ce qui est le cas pour Marguerite Yourcenar, par exemple.
            En ce qui concerne Giono, je l’ai explicitement exclu de ma liste des « exclus » de la Pléiade, d’une part parce qu’il n’appartient pas seulement au roman d’après-guerre, mais surtout à cause de la haute qualité littéraire de son oeuvre.
            Entendons-nous bien, je ne considère pas Giono comme un écrivain « réaliste » (peut-être pas non plus comme un romancier « classique »). Il avait beau prétendre que sa Provence était plus authentique que celle de Pagnol, elles n’en étaient pas moins, l’une et l’autre, de pures créations littéraires. Personne n’a jamais rencontré dans la vie les personnages de Giono ou de Pagnol, personne n’a jamais vu les paysages de Giono (je vous parle d’expérience, ayant vécu dans ces contrées) ni le Marseille de Pagnol.
            En ce qui concerne Sartre, j’ai failli mentionner l’exception de « La Nausée » et puis je me suis dit que c’était avant-guerre, et je songeais surtout à son indigeste trilogie romanesque.
            Reste le cas Aragon : vous remarquerez qu’il ne figure pas dans la liste de mes « exclus » et je n’ai pas cru nécessaire – tant il me semble évident qu’on ne peut le classer parmi les inutiles – de proclamer mon immense admiration pour son oeuvre romanesque (elle aussi largement entamée avant-guerre), qui marie à la fois le fonds et la forme, jusqu’à la pointe de « Blanche et l’Oubli ». Par contre, regrettable lacune, je n’ai jamais lu « Les Communistes » : sans doute arrêté par le titre qui correspondait pour moi à un panneau de « Sens Interdit » ? Il faudra bien, si Dieu ou le Hasard, me prête vie, que je comble ce manque.
            Je maintiens de ce que j’ai dit sur Céline, et il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que j’aggrave encore mes marques de mépris sur son oeuvre d’après-guerre (je devrais même dire : « d’après-pamphlets »). L’écrivain Céline est mort bien longtemps avant l’individu Céline.

            Ça, c’était pour la partie « vous avez tort » de croire que je me limite à la forme. Maintenant, s’il faut aborder la partie « vous avez raison », je reconnais bien volontiers que j’attache une grande importance à l’évolution des formes romanesques et des révolutions qu’elles ont subi.
            Après le Nouveau Roman, pour faire grossier, si on peut toujours écrire des romans de forme « classique » c’est à la seule condition qu’on atteigne le plus haut niveau, mais la forme classique de médiocre ou modeste qualité, simple répétition de trucs et de procédés, n’apportant aucune nouveauté non seulement d’écriture, mais de thèmes, de pensée, non merci !
            Est-ce à dire que j’encense le Nouveau Roman et autres « expérimentations » ? Certainement pas. Mais je ne suis pas de ceux qui le jettent aux poubelles de l’histoire littéraire ou le traitent comme un non événement.
            Je reconnais bien volontiers que Butor ne dépasse pas le stade de l’expérience (qui m’a intéressé mais non convaincu) ou que Robbe-Grillet est au font un « petit maître », usant de facilités et de séduction, pour dissimuler un grand vide, et que c’est un piètre maître d’école. Mais, n’en déplaise à notre cher NéoBirt7 (selon ce que j’ai compris de ses prises de position), je place très haut Nathalie Sarraute et encore plus haut Claude Simon. Sans parler de Beckett. La presque totalité des épigones est d’un niveau risible, et la décadence de la « maison-mère » Minuit est sidérante !
            Que faire d’un phénomène « monstrueux » comme Guyotat ?
            Pour citer un seul exemple, qui ne devrait pas susciter de débats enflammés, je trouve, parmi les « après », un Georges Pérec extrêmement intéressant.

            J’arrête là, car j’ai déjà dû en lasser plus d’un, et qu’il faut rester dans des limites raisonnables. Pour résumer, je vous assure que je suis avant tout un amoureux de la littérature, avec certaines exigences (mais aussi de bien coupables faiblesses pour des oeuvres de second ou de troisième ordre qui me donnent certains plaisirs) et que, même si je tiens à établir des hiérarchies, je ne me reconnaitrais pas dans le portrait d’un doctrinaire.

          • PS : pour répondre à votre PS « sous le parrainage de quel démon me plaçai)je ? », Bonetto, la liste des candidats serait trop longue. Pour simplifier, je dirais « de ma Belle-Mère » : une sacrée langue de vipère !

          • À Brumes : plein de bonne volonté, j’ai essayé au début, par une sorte d’attachement à cette ci-devant grande maison : quel ennui et quelle vacuité !
            Une fois de plus, je préfère les honnêtes artisans des Lettres, pour lesquels je n’éprouve aucun mépris, à ces petits Marquis, courtisans et escrocs littéraires.

  27. Le règne de l’argent est là. Pour Stendhal et Apollinaire mieux vaut lire les passionnants volumes de H. Champion qui porte mal son nom. Aux prix exhorbitants. Là on apprend des choses. Pareil pour les 2 volumes Huysmans chez champion.

    • Bonjour, Huysmans, c’est chez Garnier, je pense ? Et je suis tout à fait d’accord avec vous, à propos des collections Pléiade, dont la seule « utilité » semble devenue l’habillage. C’est bien dommage.
      Pour ce qui est du déclin du genre romanesque, en France d’après-guerre, évoqué par Domonkos, j’y joins sans hésiter Camus, qui semble aujourd’hui une icône intouchable, « le sage parmi les sages », idéologiquement récupéré par (presque) tous. Cela confère-t-il un talent ? D’autant plus que la « vigie » d’hier serait sans doute macroniste aujourd’hui (le règne de la raison, de la culture et de la modération, suffit de lire « le monde » pour s’en convaincre).
      Parmi les succès contemporains hors « nouveau roman », j’ajouterai sans hésiter, dans la catégorie des « médiocrités », Albert Cohen. La préface de « belle du seigneur » évoque pourtant un chef d’oeuvre du niveau de Proust.
      Et, pour compléter le tableau, j’achève très difficilement le premier tome de Gary, bien déçu de voir un auteur pour adolescents magnifié en Pléiade. Pour adolescents, car je n’ai trouvé dans aucun personnage d’aucun roman du volume une quelconque épaisseur humaine, mais au contraire un simplisme extrême, digne de la bande dessinée des magazines de la « bonne presse » (d’autant plus que l’idéalisme professé par le bonhomme est d’une naïveté confondante et ridicule ; par exemple quand l’auteur prétend abusivement, en 1980, que « les racines du ciel » est le premier roman écologique, on y voit un parfait opportunisme, alors que la lecture nous montre, il me semble, une apologie de l’administration coloniale française). De la littérature « édifiante » pour boy-scout, quoi : cela mérite-t-il une publication en Pléiade ?

      • Camus macroniste ? Bigre ! Diantre ! Fichtre ! « Le monde », s’il s’agit bien de la feuille de chou vespérale, n’est pas une référence.

        Je n’ai pas l’impression que « Les racines du ciel » soit une apologie de l’administration coloniale française. Il n’est pas exclu que je sois un mauvais lecteur, mais Gary évoque déjà les indépendances inéluctables avec les dictatures à venir non moins inéluctables. Ses personnages, je les trouve solidement bâtis, riches de nuances, avec une grande part de mystère, voire d’ambiguïtés pour certains. Quand à l’écologie, dans les années 1980, elle était loin d’être à la mode et on considérait les écologistes, au mieux comme des rigolos.

        En revanche, je vous rejoins sur Cohen.dont je ne sauverait que « Mangeclous » et « Les valeureux » parce qu’ils m’ont fait rire. Ce n’est pas un argument valable et il n’y a rien à sauver, pas même ces deux sympathiques galéjades. Le reste est d’une pauvreté affligeante, y compris « Le livre de ma mère » qui ne résiste pas à une deuxième lecture.

        Bonne journée.

        • Il y a bien entendu de la provocation, de l’excès dans mon « jugement » de Camus. Pourtant je pense que le conformisme « bien pensant » s’accommode très bien de la « révolte » camusienne, elle n’est pas une remise en cause de ses valeurs. Et, quoiqu’on en pense, cela n’a aucune incidence sur la qualité intrinsèque de ses romans.
          Pour ce qui est de Gary, nous sommes en désaccord. Dans « Les racines du ciel », il a voulu faire, il me semble, du Conrad, et le début est plutôt prometteur. Mais la déception tombe très vite, pour moi, dès le portrait du jésuite qui n’est qu’un simple assemblage de tous les lieux communs que l’on peut trouver sur cette confrérie. Pour ce qui est de la question coloniale, il nous décrit des indépendantistes, manipulés par l’étranger, qui sont une menace de future dictature (sur ce point, hélas, il ne s’était pas trompé), et une administration française protectrice des tribus et des coutumes, sans aucune alternative à ce choix. La seule critique de l’attitude coloniale je la lis dans les réactions de « la métropole », incapable de comprendre ce monde lointain, et soucieuse avant tout de son prestige international. Et enfin, pour ce qui est de l’écologie, rappelez-vous que les années Giscard ont constitué l’apogée de la lutte antinucléaire en France, que la catastrophe de Three Miles Island s’est déroulée à cette époque, qui est celle d’une prise de conscience générale de l’utilité de préserver notre environnement, et pour les héritiers de 1968, la question d’un mode de vie alternatif.
          Et pour ce qui est de l’épaisseur, de la crédibilité humaine des personnages de Gary, que pensez-vous du personnage principal de « La promesse de l’aube » (la mère du narrateur), de Lady L, … ?

          • Si Romain Gary a voulu faire du Conrad, c’est sûr, c’est raté, mais je ne pense pas que c’était là son ambition. Le jésuite n’a qu’un rôle secondaire et il est bien loin des jésuites de Voltaire ou d’Eugène Sue, mais je retarde peut-être et le père Tassin apparaît comme un homme sympathique, plus proche de Morel que de ceux qui veulent l’emprisonner. Les indépendantistes sont loin d’être soutenus par l’étranger. D’abord, ils sont une poignée et avec peu d’armes. De plus, si mes souvenirs son exacts, les pays d’Afrique noire obtiendront l’indépendance sans lutte armée avec la France.

            Dans les années soixante-dix, il y eut bien quelques soubresauts écologiques, mais rien de comparables à la prise de conscience actuelle, si tant est qu’il y ait prise de conscience. En 1985, lors du sabotage du « Rainbow Warrior », j’ai pu entendre beaucoup d’inepties sur Greenpeace, manipulé par la C.I.A., le K.G.B. et le Front National. Même Tchernobyl, les différentes marées noires, les catastrophe de Minamata et de Seveso ne suscitèrent que peu d’inquiétude. Se revendiquer écologiste dans ces années-là, c’était passer pour un hurluberlu, quelqu’un qui ne voyait pas la réalité en face, un doux rêveur, alors que la situation était déjà préoccupante et, à mes yeux, désespérée.

            Je n’ai pas relu « La promesse de l’aube », mais le personnage principal relève de la fantaisie et de l’exagération. Si Gary a voulu rendre hommage à sa mère, il l’a fait de manière plutôt originale, en la peignant comme une femme exubérante, mythomane (?), dans la démesure, mais attachante et drôle. J’imagine que de telles personnes existent et, dans le roman, elle vit. Pour moi, c’est une réussite, bien plus que les personnages d' »Education européenne ».

            Bien entendu, tout cela n’engage que moi et je ne suis qu’un lecteur pas vraiment doué.

      • Je me suis refusé à un jugement sur Camus, à cause, comme je l’ai dit, d’un tabou personnel. Il a été trop important pour moi pour que je crache sur cette icône. Tout en pensant comme vous que, de nos jours, il serait peut-être dans le « en même temps » de qui vous savez. C’est une hypothèse crédible, mais ce n’est pas certain. Sa révolte ou son non-conformisme aurait pu lui servir de garde-fou. Nous n’en saurons jamais rien.

        Pour Cohen – auteur que j’aime bien, personnellement – je l’ai loupé, en parcourant le catalogue Pléiade, sinon il eût figuré dans ma liste des « non indispensables ». Pareil pour Gary (mais je n’ai pas voulu m’étendre sur les derniers venus, parce qu’on touche le fond, ce fonds qui s’appelle Duras ou d’Ormesson), que je ne peux détester, mais que je n’aurais jamais « pléiadisé » ! Et comme cela ne suffit pas, nous allons avoir Kessel, encore un à qui je n’ai rien à reprocher, sauf de ne pas être un grand écrivain – ce qui n’est pas rédhibitoire, mais devrait l’exclure d’une collection qui prétendait jadis représenter l’excellence.

        Mais, est-ce le plus scandaleux ?
        Tout amateur de littérature normalement constitué sait, de science certaine, que les Vian, Gary, Kessel, sont invités en Pléiade comme des membres de la famille à qui on fait une place à table les jours de fête, mais avec qui on ne saurait avoir de discussion sérieuse.
        À mes yeux, il y a pire : avec des Jacottet ou des Kundera, des Roth, il y a vraiment tromperie sur la marchandise. Une partie de l’intelligentsia veut croire et nous faire croire que ce sont de grands écrivains, ils sont adoubés, alors qu’ils sont d’un niveau guère supérieur à ceux précédemment cités.

        C’est pourquoi, malgré mes critiques, ma sympathie (signe de coupable faiblesse, je sais) va à Gary ou Kessel, bons artisans qui ont honnêtement fait leur métier, tandis que ma détestation va à Jacottet, Kundera et consorts, parfaits escrocs.

        • Je suis tombé dans les chausse-trappes du fil brumaire, et mon message se retrouve égaré, loin de l’intervention à laquelle je voulais répondre ; à savoir : « Phil | 8 janvier 2020 à 11 h 11 »

          • Je vous suis parfaitement dans vos appréciations. Et rejoins en tout point Marc Bonetto à propos d’Aragon, qui me semble le plus naturellement doué des écrivains français apparus depuis Proust. Son engagement politique inconditionnel lui a beaucoup nui.
            D’ailleurs, pour répondre (très partiellement) à une question que vous m’avez posé il y a quelque temps, en dehors de la « nébuleuse » surréaliste, en particulier d’A Breton qui me semble un « grand », je ne vois guère que Giono à émerger de notre littérature contemporaine.
            Ces appréciations sont toutes personnelles, sans valeur, et mériteraient quelques nuances pour mieux refléter mon sentiment.
            Mais, lassé des nouveaux auteurs pléiadisés, avec quel plaisir je me plonge dans les nouvelles de Faulkner, ou les romans de George Sand : quel contraste, hélas.

  28. L’affaire Marguerite Yourcenar d’aujourd’hui dit tout. Et c’est triste ou bien c’est l’air dans du temps. Que faire ? Rien. Tant pis. Avec l’alibi de la Pleiade Mais quand même…. dur dur

      • En réponse à votre message ci-dessus, il est clair que nous n’avons la même vision, ni de l’histoire contemporaine (les années Giscard puis Mitterrand), ni de Gary.
        La crise pétrolière de 1973, à l’origine de la montée en puissance de l’énergie nucléaire, donc de la résistance des populations à l’implantation de nouvelles centrales, me semble le tournant de la fin du dernier siècle. D’ailleurs le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle a été René Rémond, en 1974. Peut-être l’écologie vous semblait-elle alors une affaire de doux rêveurs, mais tout français majeur a pris conscience, dès cette époque, de l’existence d’un courant de contestation d’un mode de vie fondé sur le « progrès » technique.
        Sur la colonisation, il est manifeste, je crois, que Gary présente l’indépendantisme comme un danger, une opportunité à saisir pour les ambitieux sans scrupule, et la colonisation comme une oeuvre, paternaliste peut-être, mais bienveillante et humaniste, de conservation de la spécificité africaine et de ses peuples.
        Vous trouvez le personnage de la mère de Gary attachant, pour moi il est ridicule. Un véritable être humain ne peut être ramené à une simple obsession, sauf à n’être qu’une caricature, et je ne vois en aucune création de Gary autre chose que des caricatures simplistes, comme les personnages secondaires qui, au théâtre, doivent révéler leur personnalité en une poignée de mots.

        • Si les écologistes étaient de « doux rêveurs », alors je fus l’un d’eux. Encore aujourd’hui, il me semble que la plupart des Français n’ont pas une conscience aiguë du danger qui menace la planète. A moins qu’ils ne s’en foutent.
          Je verrais bien dans le bar tchadien, le dernier bastion d’un monde qui se termine. C’est peut-être une interprétation erronée…

        • René Dumont, agronome tiers-mondiste, plutôt que René Rémond, politologue médiatique (quel lapsus), toutes mes excuses.
          Ma lecture de Gary est bien entendu toute personnelle, il est normal que la vôtre (lecteur pas vraiment doué ? moi non plus) diffère.

  29. Pendant que l’on se dispute sur les mérites comparés de nos romanciers français du siècle dernier (pour déterminer, pour la centième fois au moins sur ce blog, si D’Ormesson et Duras sont plus essentiels que Gracq et Perec), je ferai une remarque sur un scandale encore plus important, à savoir l’absence dans la collection du moindre romancier espagnol ou italien (et je ne parle même pas des grecs et autres peuplades ou langues européennes encore plus arriérées !).

    Sur le site internet de la collection, on note ainsi la présence de seulement 7 volumes en italien et 20 en espagnol (contre 91 en anglais, sans compter Nabokov qui n’est qu’à moitié russe…). Étonnante arithmétique…

    N’y aurait il pas (en dehors des classiques tels que Cervantès ou Dante) des romanciers majeurs (et récents) qu’oublierait la collection ? Sandor Marai ne depasse-t-il pas Milan Kundera (pour élargir le sujet à la littérature « des pays de l’Est », également aux abonnés absents) ?

    Quand on voit la différence de niveau (au désavantage de la France) entre le Goncourt 2019 de Dubois (certes sympathique et agréable à lire) et Ordesa de Manuel Vilas (Femina étranger de l’année et redoutablement puissant), on se dit pourtant qu’il y sûrement d’autres écrivains autour de la Méditerranée et dans le reste de l’Europe que nos trésors nationaux.

    Bref, n’est-il pas urgent que la Pléiade rééquilibre la balance en cessant de promouvoir des écrivains français et anglais (qui ne le méritent pas tous) et en valorisant d’autres littératures scandaleusement sous-représentées ?

      • Surtout qu’on aurait bien besoin des œuvres complètes de Mishima – entres autres – en français. Par ailleurs, le Nihonshoki [chroniques du Japon] est inédit en français à ce jour et que les traductions existantes du Kojiki prennent toutes les parties désastreux de traduire littéralement le nom des divinités. Ce sont deux textes cruciaux.

        À noter que j’avais écrit à la Pléiade il y a quelques mois et qu’il m’a été indiqué qu’aucun projet japonais n’était envisagé.

        • Vous soulevez, ami Vidar, un point important qu’il importe de mettre au clair pour les utilisateurs moins au fait de ce dont il s’agit. Une citation d’Etiemble, comme toujours net et profond sous ses apparences bourrues, y suffira (Le mythe de Rimbaud. L’année du centenaire, Paris, Gallimard, 1961, p. 122, à propos du sceau, avec anthroponyme arabe, ‘Abduh’ Rimb que se fit confectionner le négociant au Harrar) : « quant à insister sur le sens d’Abdallah pour en déduire Allah sait quoi : que Rimbaud se sentait « un serviteur de Dieu », c’est une illusion bien connue, celle que Jean Paulhan dit : de l’explorateur. Lorsque vous prononcez Théodore Roosevelt, entendez-vous [sous-entendu : depuis le grec ancien theos + dôron, Neo-Birt7] Don de DieuRoosevelt ? Théophile Gautier, Ami de Dieu Gautier [depuis theos + phileô, Neo-Birt7] ? Point du tout : Théodore, sans plus, et rien que Théophile. En Egypte, j’eus souvent l’occasion de prier un soufragui, Abduh précisément, de m’apporter un masbout, selon les jours, ou bien un soukharziyade : ni lui ni moi, je vous le jure, n’avions le sentiment, ou l’idée, que je demandais à un « serviteur de Dieu » de s’abaisser jusqu’à « me servir » un café ».

          • « Net et profond » et vivant : le café servi dans la dernière phrase est délicieux. Merci, NéoBirt7

    • Caminos, comment voulez-vous que la Pléiade considère de publier des auteurs méditerranéens ou que sais-je d’autre, alors que la collection se satisfait de l’édition Grosjean du Nouveau Testament, à la traduction plate ne reposant pas sur une intelligence lumineuse du grec, et à l’appareil critique indigent ? Pour quiconque serait intéressé, je signale que les meilleures translations du grec néotestamentaire sont de très loin celles d’Édouard Delebecque, en raison de sa compétence grammaticale exceptionnelle : Actes des Apôtres, Évangile de Jean, Évangile de Luc, éditions bilingues assorties de notes philologiques précieuses et largement renouvelées par rapport aux devanciers. Je ne résiste pas au plaisir d’en extraire un morceau pour le comparer au rendu concis mais complètement insensible aux inflexions du grec, proposé par Grosjean : pour Actes 5 :7-9 Delebecque traduit « or il y eut un intervalle d’environ trois heures et sa femme, sans savoir l’événement, entra. Pierre lui lança cette réponse : dis-moi, est-ce vraiment pour tel prix que vous avez aliéné le terrain ? » Elle dit : « Oui, c’est juste à ce prix. » Alors Pierre : « Se peut-il que vous soyez convenus de tenter l’Esprit du Seigneur ? Vois : les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari sont devant la porte et ils vont t’emporter.  » Sur-le-champ, elle tomba devant ses pieds et rendit l’âme » (1982, p. 23, version assortie de pas moins de sept notes de langue). Voici maintenant Grosjean : « environ trois heures plus tard, sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé. Pierre lui répondit : Ce domaine, dis-moi, vous l’avez bien vendu tant ? Elle dit : Oui, tant. Pierre lui dit : Pourquoi vous êtes-vous entendus pour mettre à l’épreuve l’Esprit du Seigneur ? Voilà à la porte les pas de ceux qui ont enseveli ton mari et qui vont t’emporter aussi. Elle tomba tout de suite à ses pieds et expira » (p. 366).

      • Bonjour Neo-birt7,
        Même sans les notes de langues, la différence est spectaculaire.
        Quelle édition reprend la traduction d’Édouard Delebecque ?
        (je me permettrai de copier sur Propagerlefeu.fr)

        • De Delebecque, l’Évangile de Luc et les Actes des Apôtres sont parus aux Belles Lettres respectivement en 1976 et 1982, tandis que l’Évangile de Jean est sorti chez J. Gabalda, dans la série des Cahiers de la Revue biblique, en 1987 ; sur un plan plus strictement érudit, les Belles Lettres ont ajouté un sien volume, concis mais capital, d’Études grecques sur l’Évangile de Luc en 1976 à la prestigieuse Collection d’études anciennes, et Gabalda une monographie sur les deux recensions des Actes – le texte alexandrin, plus court, et le Texte occidental attesté par le seul codex Bezae -, où Delebecque considère, par le truchement d’une forte analyse philologique et linguistique, que l’une et l’autre sont authentiques, car Luc a publié deux moutures successives de son livre (Les deux Actes des Apôtres,1986).
          ,

    • Cher Caminos, je vous demande pardon pour ce qui peut vous apparaître comme un vain ressassement (mais qui réponde au vain ressassement de Gallimard qui continue de nous infliger tous ses auteurs français du second rayon). Cependant, je me permets de vous dire, en réponse à votre : « Pendant que l’on se dispute sur les mérites comparés de nos romanciers français du siècle dernier (pour déterminer, pour la centième fois au moins sur ce blog, si D’Ormesson et Duras sont plus essentiels que Gracq et Perec) » que la question de la supériorité de Gracq et Pérec sur les d’Ormesson-Duras est depuis longtemps réglée pour tout le monde – du moins, je l’espère.

      Par contre, je souscris entièrement à votre déploration de la quasi-absence des Italiens, Espagnols… Nous en avons déjà discuté et en convenons tous également, crois-je pouvoir l’imaginer. Pour ma part, je penche plus du côté de l’Italie que de l’Espagne (que je connais moins bien), et ma peine, ma frustration, mon sentiment d’injustice, sont sans bornes.

      D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un autre sujet, et n’avons-nous pas souvent dénoncé la place prise par tous ces seconds couteaux français ou anglo-saxons, que pour mieux faire apparaître que cela se fait au détriment de grandes littératures quasi-absentes, comme l’Espagnol, l’Italienne, la Japonaise ?…

      Je vous remercie pour : « Sandor Marai ne depasse-t-il pas Milan Kundera (pour élargir le sujet à la littérature « des pays de l’Est », également aux abonnés absents) ? » et j’ajoute, sur le mode taquin : « Kundera, Tchécoslovaque ? Parisien, tout au plus. »

  30. Je répond brièvement à Marc Boneto car c’est un peu hors sujet du blog. En 1938, Marguerite a publié un mince volume chez Grasset dans lequel elle raconte 22 rêves: Les Songes et Sorts. Trouvant son livre médiocre, elle ne l’a jamais réédité et en a interdit toute réédition séparée après sa mort. Cependant, elle a accepté qu’il soit réédité «en très petits caractères» à la fin du second volume de la Pléiade (même histoire pour son Pindare). Hier, le livre a été réédité en Folio 2€! Quel respect des volontés de son testament de 1986… bravo Gallimard! Sûr que son Pindare va suivre… On comprend pourquoi ses inédits secrets à ne dévoiler qu’en 2037 sont déposés en sécurité à Harvard university. Sage précaution je pense.

    • Du volume des essais et mémoires, ce sont justement les Songes et les Sorts que j’ai préférés. Je n’ai pas conservé le pléiade dont les 2/3 du contenu m’ont prodigieusement ennuyé, tout en regrettant de me séparer des Songes. Mais si vous dîtes qu’il a été réédité, quelle joie. Il me semble, question d’argent ou pas, qu’une fois mort, un écrivain n’a plus de prise sur son œuvre et qu’il est souvent mauvais juge sinon nous n’aurions rien de Kafka et l’Enéide aurait été détruite.

      • Si, même après sa mort, les droits moraux de l’auteur survivent, et ils sont imprescriptibles. Peu importe qu’il soit bon ou mauvais juge de son oeuvre : il est seul juge !
        Il ne s’agit pas de démocratie, mais de création littéraire, et le créateur reste maître de sa création. (Quand bien même Max Brod eût-il détruit les manuscrits de Kafka, comme celui-ci le lui avait demandé – sauf à interpréter cette demande a contrario, comme les tentatives de suicide qui paraît-il seraient des « appels au secours » – que rien n’aurait manqué au monde et à la littérature. Pour la simple raison qu’étant dans l’ignorance de ces textes, nous n’en aurions pas ressenti le manque.)

        En fait, il n’existe pas d’obligation réciproque entre auteurs et lecteurs. L’auteur n’est pas tenu de satisfaire les goûts et les attentes des lecteurs, au risque pour lui de n’être pas lu. Tant pis. Le lecteur n’a pas d’obligation de lire ni d’aimer les oeuvres qui lui sont proposées et l’auteur n’a pas lieu de se plaindre de l’indifférence ou de la détestation des lecteurs.

        Ainsi les lecteurs sont libres de lire ou de ne pas lire, d’aimer ou de ne pas aimer, de le dire et de critiquer. Et même de mépriser ou de détester. Là s’arrêtent leurs prérogatives.
        Rien n’est plus déplaisant que certaine mode complaisante qui donnerait au lecteur un droit moral sur l’oeuvre à laquelle il n’a pas mis la main. Qui parfois conduit à vouloir en faire des sortes de co-auteurs ou de « re-créateurs ».

        Libre à celui qui se sent la fibre, et qui ne trouve pas à son goût ce qui se publie, d’écrire les oeuvres qu’il rêve de lire.

        • Le « Droit » de connaître une oeuvre que son auteur ne veut pas faire connaître n’est pas un Droit, et ne figure pas au nombre des « Droits de l’Homme ».

          • Quelle agressivité, mon cher Domonkos. Je pensais surtout à la curiosité provoquée par la sortie ou re-sortie d’un ouvrage rare. Si un écrivain n’est pas satisfait d’une de ses œuvres, alors il ne doit pas la publier, mais la détruire ou la refaire. Interdire la republication d’un livre qui existe tout en ne se donnant pas les moyens de le rendre inaccessible me paraît plus l’effet d’une coquetterie ou d’une saute d’humeur que d’une vraie volonté testamentaire. Bien sûr, on a droit à l’erreur mais Les Songes et les Sorts sont une vraie réussite – des poèmes en prose. Ce qui a motivé ce choix de quasi-exclusion me semble plutôt lié à la nature secrète de Yourcenar qui ne souhaitait pas dévoiler son moi intime (cf : Mémoires) et craignait des tentatives de psychanalyse d’amateurs.

  31. Bonsoir,

    Je tiens à remercier ce qui ont pu m’aider pour les références en matière d’histoire de la philosophie antique. Néanmoins je souhaiterais vous demander, si c’est dans vos cordes, de me donner quelques références en matière d’histoire de la philosophie moderne (qui couvre la renaissance, les lumières, le XIXeme et pourquoi pas le XXème) s’il en existe. Me conseilleriez-vous par exemple l’Histoire de la philosophie par Russell ou encore celle écrite par Hegel ?

    • Philosopher34, il me semble que ni l’une ni l’autre ne sont recommandables.

      L’histoire de la philosophie occidentale de Russell est certes une entreprise assez monumentale mais ses interprétations ne sont pas très scientifiques. En sus, il apparaît que la traduction aux Belles Lettres (quelle déception venant d’une maison d’édition aussi réputée !) est assez gourmande à la fois en coquilles et en erreurs de traduction. Il vous faudrait donc plutôt – a minima – la lire dans sa langue originale.

      Quant à celle de Hegel, ce dernier a la très fâcheuse manie de tout interpréter selon son propre système philosophique, et, par suite, toute l’histoire des idées ou de la philosophie. Vous trouverez donc des analyses qui tordent les textes qui le précèdent à la seule fin de les rendre parfaitement esclaves de ses propres conceptions. C’est un peu la même chose que fit Heidegger à Nietzsche par exemple.

      Je vois qu’il existe chez Grasset un ouvrage de Besnier intitulé « Histoire de la philosophie moderne et contemporaine » mais, ne l’ayant pas lu, je ne peux vous donner mon avis.

      Comme je vous l’ai dit, je vous invite à ne pas vous focalisez pas trop sur les sommes que sont les histoires de la philosophie. Lisez plutôt de première main quelques œuvres sélectionnées, auquel cas il est beaucoup plus aisé de vous donner une courte liste des principaux jalons. Vous pourriez commencer par les ouvrages suivants :

      Machiavel – Le prince
      Montaigne – Essais (lecture sélective possible)
      Descartes – Discours de la méthode (ou les Méditations métaphysiques)
      Pascal – Pensées (lecture sélective possible) [édition Sellier, chez Classique Garnier]
      Locke – Essai sur l’entendement humain (surtout les livres I & II)
      Hobbes – Léviathan (au moins le livre I)
      Spinoza – Éthique (si l’ouvrage est trop difficile, appuyez-vous sur un commentaire)
      Leibniz – Monadologie
      Hume – Enquête sur l’entendement humain (plus digeste que les trois livres du Traité sur la nature humaine)
      Rousseau – Du contrat social
      Kant – Critique de la raison pure (au moins la préface et l’introduction. Jetez un coup d’œil à l’Esthétique transcendantale et au passage suivant : Logique transcendantale, 2ème division, livre II, chapitre II) et Fondements de la métaphysique des mœurs

      À mon avis, la lecture de quelques-uns de ces ouvrages vous donneront des connaissances infiniment plus exactes et étayées que la lecture d’une histoire de la philosophie qui doit toujours concaténer en dix ou vingt pages l’ensemble d’une pensée.

      Si vous pensez préparer les concours d’enseignement en philosophie, vous pouvez, je pense, vous fier à mon expérience – je suis enseignant en philosophie. La lecture de première main est cruciale, surtout si vous souhaitez être honnête intellectuellement. On trouvera toujours quelques tristes personnages – trop souvent des normaliens – capables de bavarder sur tel ou tel auteur, mais quelques questions précises finiront par leur faire avouer qu’ils n’ont jamais (ou si peu) ouvert l’œuvre sur laquelle il pérore avec tant d’empressement.

      • En réponse à vos derniers mots, Vidar, cher collègue, précisions tout de même que ce n’est pas parce quelques anciens normaliens se paient volontiers de mots que ce serait nécessairement leur privilège. Non seulement on trouve des bavards et des incompétents partout, et ayant suivi toutes sortes de voies, mais on doit reconnaître qu’on en trouve probablement beaucoup moins à Normale, dont le concours d’entrée n’est pas un exercice d’éloquence et d’expédient du style « grand oral » mais une avalanche d’épreuves fort techniques, et qu’en philosophie le taux exceptionnellement élevé de normaliens dans les premiers rangs de l’Agrégation n’est certainement pas dû au fait qu’ils auraient mis une photocopie de leur carte d’élève dans leurs copies (anonymes) du concours, ni qu’ils auraient été évalués (selon une analyse sociologique confinant à la mythologie) par des membres de leur propre espèce qui se seraient retrouvés par cooptation incestueuse au jury et identifieraient les « leurs » à l’odeur. Mais sans doute êtes vous vous-même normalien pour avoir la saine distance que vous manifestez vis-à-vis de votre propre école (sinon bien sûr on pourrait s’interroger sur les raisons de votre sévérité). Il faut sur ce plan, au contraire, reconnaître qu’étant donné le faible nombre de places proposées (quelques dizaines pour des milliers de candidats), non seulement tous ceux qui ont eu ce concours le méritent à quelque titre, mais aussi qu’un nombre non négligeable de ceux qui l’ont raté auraient pu légitimement prétendre le réussir, et ont acquis dans sa préparation des compétences solides et peu courantes (qui viennent d’ailleurs repeupler le morne vivier dont disposeraient dans les universités les écoles doctorales si elles devaient se limiter aux étudiants, certes parfois géniaux, mais peu nombreux dans ce cas, inscrits en fac depuis la L1).

        Non seulement je souscris pleinement à votre liste de lectures et à votre méfiance sur l’usage des « histoires de la philosophie », mais j’encourage vivement Philosopher34, s’il en a encore l’âge, à préparer Normale en spécialité philosophie, ce qui est une formation extrêmement recommandable dans notre discipline.

        • Je pense devoir apporter quelques éclaircissements, votre opinion sera d’ailleurs la bienvenue vous en conviendrez. Parmi les livres que l’ami Vidar m’a cité j’en ai déjà lu quelques-uns; je ne suis pas à la traîne par rapport à ça. Mais je réfléchis depuis déjà quelques mois et je me dis que mes lectures ne me suffisent pas, que ma manière de lire, dans l’ordre dans lesquels je les lis n’est peut-être pas la bonne solution. La philosophie pour moi c’est quelque chose d’extrême évolutif; je me souviens que mon enseignant en philosophie me disait souvent « l’ordre chronologique importe peu, ce qui compte, c’est l’argument du livre, sa problématique et ses enjeux ». Je pense qu’il a raison d’une part mais d’un autre côté, je pense que pour que la philosophie dans l’histoire soit compris, il faut commencer par la base. Hors il y a peu j’ai débuté avec Homère (important car repris et repris par les auteurs antiques) et je continu avec les présocratiques et Platon jusqu’à arriver à Aristote puis encore continuer. J’ai également lu « Socrate, fondateur de la science morale » de Boutroux. Tout ça pour vous dire que pour moi, et peut-être à tort me diriez-vous, pour comprendre l’essence de la philosophie il faut partir du début. Les histoires de la philosophie m’aiderait à compléter mon projet et non pas m’en tenir à une histoire. Les auteurs, je les lirai c’est évident. Mais il me faut également un chemin tout indiqué afin que je puisse le prendre. Donc non seulement je souhaite me concentrer sur la lecture des philosophes dans leur ordre chronologique, mais en plus, pour ceux qui m’intéressent le plus, lire des études sur eux et leur concepts. C’est pourquoi j’ai fait appel à votre aide, je pourrai bien demander l’avis de professeurs mais je trouve essentiel de vous le demander à vous aussi. Par exemple j’ignorai que Vidar était enseignant, je ne suis peut-être pas si mal tombé. NeoBirt-7 a l’air également très calé en références bibliographiques sérieuses. Je ne parlerai pas des autres habitués du forum qui eux aussi sont bien placé pour apporter leur pierre à l’édifice. C’est pourquoi je vous remercie de votre compréhension, des références que vous me donnez.. Et puis si mon raisonnement sur une lecture philosophique historique vous met la puce à l’oreille, n’hésitez surtout pas à le signaler !

          • Je vous ai conseillé ces livres car vous parliez de la philosophie moderne. S’il m’avait semblé que vous parliez de l’ensemble de l’histoire de la philosophie, ma modeste sélection aurait débutée plus tôt et se serait ensuite étendue.

            Pour vous guider dans vos lectures et approfondir la compréhension d’un auteur, je vous conseille en effet alors de vous diriger vers un ensemble d’essais et commentaires. Je me permets de vous en citer quelques-uns, quitte à m’attirer les justes foudres de Neo-Birt7 concernant la période antique. Cela devrait vous permettre de faire un grand tour précis de quelques auteurs.

            DIXSAUT – Le naturel philosophe. Essai sur les dialogues de Platon (1885/2016)
            HADOT – Qu’est-ce que la philosophie antique ? (1995)
            PRADEAU – Les sophistes (2009)
            ***
            GILSON – Le thomisme. Introduction à la philosophie de saint Thomas d’Aquin (1919/2000)
            ***
            ALQUIÉ – La découverte métaphysique de l’homme chez Descartes (1950)
            MALHERBE – La philosophie empiriste de David Hume (1976)
            DELEUZE – Spinoza. Philosophie pratique (1981/2003)
            FERRY – Kant. Une lecture des trois Critiques (2006/2008)
            ***
            GUÉRIN – L’anarchisme (1965)
            HYPPOLITE – Logique et existence. Essai sur la logique de Hegel (1953/1991)
            ALTHUSSER et al. – Lire Le Capital (1965)
            GRANIER – Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche (1966)
            RIVELAYGUE – Leçons de métaphysique allemande (deux volumes, 1990-1992)
            ***
            CHAUVIRÉ – Lire le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein (2009)
            ENGEL – La dispute. Une introduction à la philosophie analytique (1997)
            ZARADER [MARLÈNE] – Lire Être et Temps de Heidegger (2012)

            Ouvrages transversaux
            NEF – Qu’est-ce que la métaphysique ? (2004)
            JIMENEZ – Qu’est-ce que l’esthétique ? (1997)
            ANDLER, FAGO-LARGEAULT, SAINT-SEMIN – Philosophie des sciences (2002)

            Par ailleurs, souvenez-vous des cinq volumes du Vocabulaire des philosophes précédemment conseillés (dir. ZARADER).

        • Je ne suis pas normalien. Le lycée de province que j’ai fréquenté ne m’a même jamais parlé des CPGE, c’est vous dire l’état de l’orientation hors des grandes villes. Je suis parti à l’université faire mon droit, ce que je ne regrette nullement. Après avoir terminé mes études et officié quelques années comme juriste d’affaires à Tokyo, je suis rentré en France et, après une expérience assez désastreuse en entreprise, j’ai décidé de finalement embrasser ma vocation d’enseignant qui remontait à la classe de cinquième (grâce à ma prof de Lettres). J’ai donc préparé à peu près seul le CAPES, à peu près de la même façon que Takezō devint Musashi, enfermé deux années avec des livres. Je prépare cette année l’agrégation en toute autonomie, en travaillant à plein temps comme certifié à coté.

          Je me suis sérieusement intéressé à la philosophie après le lycée (mon enseignante ne m’ayant pas laissé un souvenir impérissable), et ce, par le prisme d’une unique œuvre, le Tractatus de Wittengstein, dont j’ai découvert l’existence, non pas par un caïman, mais par la mention – désastreuse – qu’en fait John Hurt dans le film « Oxford murders ». Pur hasard, surtout si l’on considère la raison qui m’avait fait venir au cinéma ce jour (pour ne rien vous cacher, j’étais avec ma petite amie américaine à l’époque où j’essayais de me persuader que j’étais hétéro – ce fut donc une découverte assez hasardeuse). Durant des années, ce livre m’a obsédé. J’ai mis trois ans environ à arriver au bout des soixante-dix pages. Et quel bonheur alors ! Quelle découverte éclatante et inquiète de la philosophie, loin des listes de lectures de l’été avant l’hypokhâgne. Wittgenstein, qui demeure incontestablement mon philosophe préféré, a écrit le livre qui m’a fait prendre conscience de ce qu’est la philosophie. Je n’ai commencé à lire autre chose que le Tractatus qu’au moment de préparer le CAPES. Sont alors venus mes deux autres amours, Stirner, puis enfin Nietzsche (j’étais devenu anarchiste entre temps, au Japon).

          Tout cela pour vous signifier que je n’envie pas un instant les Normaliens. J’en connais plusieurs et en ai croisé plus encore, au moins le temps d’une longue discussion, et bien peu m’ont laissé un bon souvenir. Leur approche scolaire m’a déconcerté, puis par assez révulsé. Je revendique un rapport à la fois intellectuel et sensible à la philosophie (sans verser dans la pornographie, Wittgenstein me donne des frissons dans le bas-ventre). Bien entendu, mon échantillon de Normaliens n’est peut-être pas représentatif. Cependant, vous évacuez bien vite, à la hâte même, la question sociologique. Dire que l’ENS, comme d’autres filières que l’on nomme « Grandes Écoles » n’est pas en partie une affaire d’endogamie, c’est faire preuve d’une naïveté confondante, ou d’une mauvaise foi certaine. Il est incroyable que l’ENS, qui accueille nombre d’élèves issus de milieux (très) privilégiés, paient ses étudiants durant leurs études, les logent, et que la période de formation compte pour l’avancement dans la carrière. C’est tout simplement un scandale quand on voit comment sont lotis la plupart des autres étudiants, notamment les boursiers (ce que je n’ai jamais été) qui doivent se battre pour de crasseuses résidences universitaires en nombre ridicule et des allocations assez misérables. Enfin, il me semble qu’une fois le doigt mis dans l’engrenage (Louis Le Grand-CPGE-ENS), tout va bien. Les Normaliens sont portés jusqu’à l’agrégation externe. Notez bien que je passe ce concours, et que cela ne m’empêche nullement d’être très critique sur le fait que l’entrée dans le métier d’enseignant se fait par deux concours différents, avec des horaires réduits et un traitement supérieur. Je me demande ce qui justifie cette différence ab initio, à part la volonté de distinguer la provenance des futurs enseignants. Les seules préparations solides pour l’agrégation externe sont à Paris, donnée géographique significative, soit via leurs illustres prédécesseurs à l’ENS, soit via les préparations en université. Bref, tout ceci m’apparaît comme un univers très fermé (sans doute un peu moins aujourd’hui qu’il y a dix ans avant les progrès consentis en faveur de l’orientation des élèves).

          Je pense qu’il y a de tout à l’ENS. De très brillants esprits en sont sortis. Rappelez-vous la critique qu’adresse Lévi-Strauss à sa formation où tout se réduit à une mécanique bien huilée. Si j’ai ciblé en particulier les normaliens, c’est peut-être parce qu’avec tout ce qui leur est offert, la suffisance ou le bavardage affecté sur tel ou tel auteur qu’on a jamais lu est à mes yeux plus impardonnables encore que chez tout autre. Par ailleurs, je confesse avoir du mal à supporter le flegme de la (grande) bourgeoisie.

          Enfin, il faudrait tout de même admettre que le caractère colossal d’un concours comme l’agrégation demande à la fois une préparation ciblée qui exige que vous ne l’offriez qu’à un nombre restreint d’élèves sélectionnés sur un critère souvent douteux. De plus, cette gageure finit par pousser un nombre important d’agrégatifs à bavarder sur ce qu’ils n’ont pas ou très partiellement lu. Si vous croyez les avertissements polis des bibliographies d’agrégation distribuées dans ces formations ou les rapports de jury, alors que ceux-ci s’accommodent trop facilement d’une rhétorique rondement construite et de quelques références exotiques seyantes.

          Ne croyez surtout pas ici à de l’aigreur. Je n’échangerai mon parcours pour rien au monde. Cela m’a permis d’enseigner la philosophie bien mieux qu’un bien sage normalien. Si on peut reconnaître de nombreux mérites à la formation de l’ENS (et je suppose d’ailleurs que vous parlez d’Ulm exclusivement), il n’est pas nécessaire d’en masquer les travers. Tant mieux pour ceux qui réussissent. Après tout, vae victis.

      • Vidar,
        J’ai commencé à lire de la philosophie « étant jeune » (c’est à dire vers 18-20 ans) avec les quatre premiers ouvrages que vous recommandez, strictement ceux-là et dans cet ordre ! à savoir :
        Machiavel – Le prince
        Montaigne – Essais
        Descartes – Discours de la méthode
        Pascal – Pensées
        Il faut dire qu’ils étaient « au programme »…
        N’y voyez rien de mal, mais pourquoi ai-je ensuite été si peu intéressé par la philosophie ? Y-avait-il un rapport avec la lecture de ces livres ? Notez que je n’en suis pas certain, il est simplement possible que je ne sois pas apte à aimer pour la philosophie.
        Longtemps après (entre 50 et 60 ans) j’ai relu Les Essais en Pléiade, une partie des Pensées de Pascal, ainsi que le premier volume de Platon et le volume des Essais de Camus (ancienne édition).
        J’y ai certes trouvé quelques lectures enrichissantes, mais je n’ai toujours pas été enthousiasmé.
        Quelle lecture faudrait-il conseiller à un néophyte pour tenter de lui faire aimer cette fameuse philosophie ?
        Cela vous fera sans doute rire, mais le seul ouvrage initiatique (on dirait aujourd’hui : « pour les nuls » ) qui m’a intéressé fut Le Monde de Sophie (je n’ai pas honte de le dire…), lu à sa parution, donc il doit y avoir une vingtaine d’années…

        • Lombard,
          Il me semble qu’il faudrait trouver les questions qui vous intéressent le plus, et vous mettent le plus au défi. Peut-être des ouvrages radicaux – au sens étymologique – vous intéresseraient-ils ? Si vous n’avez pas vraiment apprécié les lectures que vous citez, peut-être pouvez-vous lire le meilleur contempteur de Hegel (et de Feuerbach), à savoir Max Stirner, et son livre « L’Unique et sa propriété » (1844) ? Le bonhomme fila la trouille à Marx, qui se sentit obligé de déployer des centaines de pages dans l’Idéologie allemande pour tenter de le neutraliser. Il me semble en tout cas que c’est une lecture qui ne peut laisser indifférent, et donc est susceptible d’en intéresser plus d’un. Même si vous le jugez scandaleux, il aura suscité un enthousiasme, c’est-à-dire un transport divin, dans un sens ou dans l’autre.

          Dans un style tout autre et paisible, avez-vous essayé de lire Spinoza ? L’Éthique est une œuvre assez ardue mais riche, et il paraîtrait qu’elle change des gens.

          Il me semble qu’en remontant depuis Spinoza, vous pourriez explorer les opuscules de Sénèque (« De la vie heureuse » ou « De la brièveté de la vie » ou encore les textes d’Épictète ou de Marc-Aurèle).

          Peut-être serez-vous pris par la méditations des Entretiens [ou Analectes] de Confucius ? Ou par les fragments poético-philosophiques des Préplatoniciens, notamment Héraclite ou Parménide ?

          L’Enquête sur l’entendement humain (1748) de Hume devrait réveiller le sceptique en vous.

          Enfin, Ainsi parlait Zarathoustra me semble être le second plus grand joyau de la philosophie (après le Tractatus de Wittgenstein – que vous pouvez toujours ouvrir. Si les trois premières lignes ne vous émerveillent pas, ce sera mal parti).

          J’espère que vous trouverez quelque stimulation parmi ces modestes recommandations.

          • Vidar, je vous remercie pour ces suggestions de lecture que je note.
            J’avais omis de mentionner que j’avais également lu le volume Pléiade consacrés aux stoïciens (Sénèque, Epictète et Marc-Aurèle) et qu’à la limite, je l’avais trouvé plutôt plus intéressant que des écrits plus récents (XVIe et XVIIe siècles notamment) qui me paraissaient un peu « datés ».
            Pour rester dans l’Antiquité, j’avais également savouré les philosophes taoïstes du premier volume en Pléiade. Pour le Tao-Tö King, c’est un peu particulier : j’ai dû en lire quatre ou cinq versions différentes. Il y a donc de fortes chances pour que j’apprécie les confucianistes.
            S’il y a bien un philosophe que j’ai beaucoup aimé, c’est Alain à travers ses deux volumes de Propos. Mais je ne sais pas si Les Propos d’Alain sont à proprement parler des écrits philosophiques.
            J’ai aussi une admiration pour Diderot, mais plus pour ses écrits romanesques que philosophiques – en particulier Jacques le fataliste et son maître qui n’est d’ailleurs pas dénué de philosophie (et qui m’avait rappelé Don Quichotte, autre écrit lu en Pléiade que je place dans mon panthéon).
            Finalement, ne faut-il pas rechercher la philosophie à travers des écrits romanesques, des essais ou de la correspondance, afin de ne pas effrayer le lecteur néophyte ? Il me vient à l’esprit que Marx pourrait peut-être correspondre à des critères qui mêleraient accessibilité du style et intérêt des sujets traités.
            Enfin, vous me proposez Spinoza, mais, comme pour Hegel, Nietzsche ou Kant, son écriture n’a pas la réputation d’être « facile ».
            Je vous remercie encore ; je note tout ça et y reviendrai au cours de mes prochaines lectures.

  32. Bonjour à tous, puisque nous parlons de philosophie, quelqu’un pourrait-il me recommander un ouvrage (une traduction) de ou sur Roger Bacon et de manière un peu plus large sur les franciscains d’Oxford, en anglais le cas échéant? D’avance merci

  33. Je termine Jane Eyre de Charlotte Brontë. Indispensable pour ceux qui aiment la littérature anglaise classique, les grandes histoires d’amour, les rebondissements… Je n’ai pas trouvé de lignée directe avec Wuthering Heights de sa sœur Emily ; en revanche, la parenté littéraire est flagrante avec les six romans de Jane Austen et, dans une moindre mesure avec Agnes Grey et La Locataire de Wildfell Hall d’Anne Brontë.
    À conseiller également à ceux qui aiment Dickens.

    Quelqu’un a-t-il lu ce second tome des sœurs Brontë ? N’ayant pas l’intention de lire leurs poèmes de jeunesse, je voudrais établir une sélection de textes dignes d’intérêt.

    Ceci n’ayant rien à voir avec cela, un lot composé des huit premiers albums de La Pléiade est proposé depuis ce matin (pour 800 €…) sur un site bien connu de vente entre particuliers.

    • Par second tome je suppose que vous voulez parler du premier paru, celui comprenant _Wuthering Heights_, _Agnes Grey_, _le Professeur_ et _la Locataire de Wildfell Hall_. Si c’est bien de ce volume qu’il est question, je l’ai beaucoup apprécié. La traduction du roman d’Emily en particulier est vraiment enthousiasmante et dépoussière l’œuvre. Mais _Wuthering Heights_ est de toute façon une œuvre puissante, qui n’a besoin de personne pour se soutenir.
      _Agnes Grey_ ne m’a guère convaincu en revanche, je n’en dirai donc rien.
      _Le Professeur_ et _la Locataire_ valent le coup d’être lus. Le second, dont la traduction est infiniment meilleure que celle que l’on trouvait auparavant en poche (sous le titre de _la Recluse_, vous intéressera sûrement, si vous avez aimé _Jane Eyre_.
      L’appareil critique, quoique faible selon les critères en cours chez la plupart des commentateurs de cette page, m’a paru suffisant pour des œuvres qui ne sont pas d’une grande difficulté de toute manière.
      En bref, je considère l’édition des Brontë en Pléiade de bonne facture et j’attends avec impatience le troisième volume (_Shirley_ et _Vilette_).
      Par curiosité : si vous ne comptiez pas lire les poèmes et l’œuvre de jeunesse des Brontë, qui constitue les deux tiers du volume, puis-je savoir ce qui vous a fait acquérir ce tome, contenant aussi _Jane Eyre_ ? Ce roman lui-même ? Sa nouvelle traduction ? La présence d’un appareil critique ?

      • Merci pour votre retour, ac.

        Par second tome, j’entendais le véritable « Volume II » (qui correspond étrangement à des œuvres écrites et parues antérieurement à celles du volume I…), c’est à dire celui qui comporte Jane Eyre.

        J’avais beaucoup apprécié le tome I. Wuthering Heights est sans conteste un chef d’œuvre de la littérature universelle et la traduction proposée en Pléiade est d’excellente qualité.
        Vous me demandez ce qui m’a fait acheter ce second volume (Jane Eyre) ; et bien, la curiosité, tout simplement. Le premier tome m’ayant enthousiasmé – même si, comme vous, j’ai été un peu déçu par Agnes Grey – je voulais absolument découvrir Jane Eyre, à la fois le roman par lequel « tout a commencé » et une œuvre considérée par certains comme l’égal de Wuthering Heights.

        Les cinq cents et quelques pages de Jane Eyre valent à elles seules l’acquisition.
        Reste à savoir ce qu’il y a d’intéressant à lire dans les mille et quelques pages qualifiées « d’écrits de jeunesse » – notamment dans les écrits en prose (j’exclus pour l’instant la poésie).

        Un petit aparté sur la traduction de Jane Eyre : elle est, dans l’ensemble – c’est à dire à plus de 99% – fluide, agréable, relativement fidèle à la lettre et à l’esprit du roman d’origine.
        Or, curieusement, il y a une petite dizaine de mots ou d’expressions qui tombent comme des cheveux sur la soupe. Un des exemples les plus frappants est l’emploi de « pépètes » dans la bouche d’une servante d’origine écossaise ; or ce mot n’est pas attesté à l’époque où Charlotte Brontë écrit son roman ! Pour traduite l’anglais « brass » (petite monnaie, plutôt de cuivre), le modeste « picaillons » aurait suffi. Mais soyons honnête, à l’exception de ces petites et rares aberrations, l’ensemble est de haute tenue et très agréable à lire.

        Quant à l’appareil critique de Jane Eyre, il est relativement court mais assez bien documenté. L’introduction et la chronologie complètent parfaitement celles de l’autre volume.

    • Pour les plongées que j’ai pu y faire, il me semble fort bien, disposant en outre d’environ 300 pages de notices et notes intéressante et documentées à défaut d’être nombreuses et prolixes, une part notable étant consacrée à donner la signification de termes ou à éclaircir des allusions. Il y a également un index général qui est très utile.
      … Et il vous faudra une bonne loupe pour lire les notes des notices !
      On doit dire également que le volume a été préparé en relation avec Lévi-Strauss lui-même dans ses dernières années.
      Je signale en revanche que le point négatif est la fabrication de ce volume (2008) qui, comme souvent avec l’association Bolloré / Aubin Ligugé dont j’ai déjà parlé ici, donne un livre dont le papier se gondole et ne se feuillette pas de façon fluide (j’ai pu le vérifier sur plusieurs exemplaires), et ce malgré le fait qu’une parties des pages (celles avec des photographies et documents graphiques) ait été imprimée par Darantière à Quétigny.

    • L’avis d’un simple lecteur : Tristes tropiques est indispensable, il est facile à lire et peut intéresser tout lecteur un peu curieux. Les autres ouvrages sont un peu plus ardus, certains étant même arides et plutôt susceptibles d’intéresser les passionnées d’ethnologie (par exemple Le Totémisme aujourd’hui, La Pensées sauvage ou La Voie des masques).
      Même remarques que Chardin concernant la fabrication (problème de reliure).

  34. Désolé pour le « s » baladeur, en moins à « intéressante » et en plus à « parties ». Il est dommage qu’on ne puisse éditer les coquilles…

  35. Il est assez « émouvant » de voir les éditeurs s’auto-censurer un à un et retirer de la vente les ouvrages de M Matzneff. Une prise de conscience tardive, ou le poids de l’opinion médiatique ? (d’ailleurs, il semble que parmi tous ces maîtres journalistes, tout le monde savait, donc émoi bien tardif là encore).
    Après une tentative avortée de nouvelle publication des pamphlets de Céline, M Gallimard se distingue une fois de plus.
    Et d’ailleurs, peut-être y en a-t-il qui sont en train de négocier les droits de publication des mémoires du détenu Ghosn ? (une version moderne de l’évasion des « plombs » ferait un tabac en librairie).
    Le monde littéraire parisien est décidément bien étrange.
    N’ayant jamais lu une seule phrase de M Matzneff (je ne lis pas les Goncourt et autres récompenses), s’agit-il d’un vrai écrivain, ou d’un simple chroniqueur de ses lubies ?

    • Tout le monde Savait? Qu’il était pédocriminel? Ben oui, il écrit la même chose depuis son premier livre. Il n’a jamais essayé de faire croire à de la fiction. Si ses éditeurs ne « savaient pas » c’est donc qu’ils ne le lisaient pas… J’étais jeune, mais je me souviens bien de cette fameuse émission d’Apostrophe avec D. Bombardier. Ma mère avec qui je regardais l’émission était parfaitement au courant que c’était une vieille saloperie qui allait « s’amuser » avec des petits garçons en Asie. Pas la peine de faire partie de la moindre coterie parisienne pour ça. S’étonner que Matzneff est pédocriminel aujourd’hui, c’est comme s’étonner que Zidane est footballeur!

      • Pitié. Même si Gab la Rafale rêvait de la Pléiade, personne sauf lui n’y a jamais cru. Il n’aurait jamais été pléiadisé, la faute à la médiocrité de ses ventes (même si, aujourd’hui, ses journaux atteignent des prix délirants sur le marché de l’occasion). De ce fait, je ne pense pas qu’une discussion sur les mérites de cet écrivain ou sur le caractère criminel ou pas de ses actes ait sa place ici.
        Merci d’avance.

        • Pour ce qui me concerne, c’est le comportement et les motivations des éditeurs qui m’intéressent.
          Au nom d’une « liberté artistique » revendiquée, l’édition doit-elle limiter ses ambitions à la seule recherche du profit ?

          • Je ne pense pas que Matzneff ait jamais été un auteur rentable pour Gallimard, ni pour personne. C’est un auteur pour « happy few » (y compris pour tout de qui ne touche pas le récit de ses aventures amoureuses).
            C’était un dandy apprécié, homme de réseau, très ami avec Pierre Bergé notamment. Il a bénéficié pendant très longtemps de protections, d’aides, etc.
            Mais à force de gymnastique et de diététique, ses grandes manies non érotiques, il aura fini par survivre à son époque et à ses protecteurs.
            Désormais, il est presque seul, et doit affronter la tempête morale qu’il a indirectement déclenchée, et ce sans appuis.
            Ce que ça dévoile surtout, c’est moins la cupidité des éditeurs que la corruption morale et la veulerie d’un certain petit milieu.

            À titre personnel, j’ai horreur des gens qui n’assument pas leurs décisions passées et se retranchent derrière des excuses commodes comme les mœurs de l’époque.

            Non en réalité, Matzneff est resté édité parce qu’il avait un talent de petit maître, limité mais réel, et des protecteurs influents. Seulement, avouer qu’on édite un auteur pour ses amis et sans y croire, aucune maison ne le fera. Et pourtant…
            Les conditions d’attribution de son Renaudot essais en 2013 semblent accréditer cette thèse des réseaux d’influence (voir l’article du Monde sur ce sujet).

  36. Merci Brumes de ces éclaircissements.
    Si j’en crois Wikipedia, Vanessa Springora est maintenant directrice des éditions Juilliard. Ce qui m’amène à deux questions.
    1) Sa dénonciation aurait-elle été publiée si elle n’avait eu cette position dans l’édition ?
    2) Les critiques de Mme Bombardier ont été unanimement, ou presque, condamnées en leur temps, dans toute la presse littéraire française, du Figaro à Libé. Un directeur de collection influent l’a qualifiée de « mal baisée ». Est-ce donc cela le monde de l’édition, au-delà d’un certain « petit milieu » ?

  37. Bonsoir
    Une question aux spécialistes de l’Odyssée concernant la traduction de Victor Bérard notes de Jean Bérard. Concernant le volume pléiade note 2 de la page 692.
     »Pour le champs XI, les Scholies nous ont transmis deux titres qui sont … La scène des Morts ou Au Pays des morts … le premier de ces titres n’implique pas un voyage au Enfers … Par la suite, cet épisode s’est grossi d’une descente aux Enfers, comparable à celle que Virgile à son tour introduira dans son Eneide. »
    Est-ce un fait admis que ce soit un ajout ? Si oui Virgile avait-il entrevu cette possibilité ? Enfin la tournure de la note me semble maladroite.

  38. Excusez-moi, Sancho, je n’ai que l’option « Répondre » mais suis hors sujet par rapport à votre intéressante question.
    Neo-Birt7, si vous aviez quelques minutes à consacrer à Propagerlefeu ; l’article « Bible » aurait vraiment besoin de vos lumières. Je suis sûr que vous avez un avis essentiel sur le sujet.

  39. 15 janvier 2020.

    La chute de Matzneff.
    Je cherche à faire l’inventaire de ce qu’il y a de plus triste et de plus laid dans l’affaire.

    Pour moi d’abord le reniement, la trahison, le sauve-qui-peut « moral », qui n’est pas, loin s’en faut, le retour sur soi-même, ou la réforme. Opportunisme sur toute la ligne, et désir de « paraître ».

    Le fait qu’on interdise des livres, les retire de la circulation. Cela ne peut pas être un bien, quel que soit le contenu dont on s’épouvante ou fait semblant plutôt de s’épouvanter : je vois là surtout une insulte à la capacité de discernement du lecteur.

    Cette ère de la dénonciation, du mouchardage vertueux, de la désignation à la vindicte publique qui s’est ouverte pour nous depuis quelque temps a quelque chose d’au moins aussi indécent souvent que ce qui est l’objet même de la dénonciation.

    La prétention à la qualité d’écrivain de ceux qui dénoncent ainsi et font paraître un « livre » dans ce seul but, ce livre ayant forcément des qualités littéraires indiscutables. On confond morale et esthétique, et on encombre la littérature de ce qui n’a rien à y faire.

    Je ne dirai pas que je prévoyais la chute du « sulfureux » Matzneff, mais il y a que depuis quelque temps je me demandais pourquoi elle ne se produisait pas, ce qui empêchait qu’elle se produise, car, après l’avoir dans ma jeunesse pris pour un mystificateur, j’étais depuis longtemps revenu de cette naïve opinion.

    • Quelques lignes de la préface mise par Matzneff à la réédition des Moins de seize ans et des Passions schismatiques chez Leo Scheer mettront les choses au point sur l’infinie fatuité du personnage : « mes dons (sic), mon énergie vitale, mon travail, mon amour, je les aurai, de mes balbutiements de plume aux derniers mots que je tracerai sur mon lit d’agonie, mis au service de la langue française (sic), et dans mes poèmes, mes romans, mes récits, mon journal intime, mes essais je n’aurai eu qu’un seul souci, qu’un but unique: créer de la beauté (sic). ‘Qu’est-ce qu’un écrivain ?’ m’interrogé-je dans Les Passions schismatiques, et je réponds: ‘C’est une sensibilité modelée par une écriture, un univers soutenu par un style’. Comprenez-vous? L’esprit n’est rien tant qu’il ne se fait pas chair : ce qui compte, c’est l’incarnation. Le 16 janvier 1852, un de mes maîtres (et complices), Gustave Flaubert, écrivait à son amante Louise Colet : ‘il n’y a ni beaux ni vilains sujets et l’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.’ Ils devraient méditer cette phrase essentielle, les lamentables sycophantes qui écrivent aux journalistes, aux éditeurs, et même aux académiciens (à défaut de pouvoir écrire à la Gestapo) des lettres de dénonciation où, arguant de ma prétendue dépravation, ils exigent ma mise au ban de la société. Leurs visqueuses vespéries sur mes mauvaises mœurs, les néo-inquisiteurs, les spadassins de l’ordre moral, les associations de défense de la jeune fille (répugnants résidus de fausse couche des ligues puritaines) peuvent se les foutre au cul ».

        • Le passage de Flaubert, n’est-ce pas ? Ou avons-nous mal compris ?
          À part ça, Dominique Fernandez est intervenu courageusement dans un n° du « Monde » récent : la meute (quel que soit son gibier par ailleurs) n’est pas encore, heureusement, générale…

      • « Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises ! »

        Sinon, rien à dire sur un type dont je n’ai jamais ouvert un livre, ni n’en ait jamais éprouvé le désir – même pour briser des lances en faveur de la liberté d’expression en littérature, je tacherais de me trouver un meilleur destrier.
        Tenter l’aventure aujourd’hui, représenterait pour moi, l’indubitable signe du gâtisme avancé, et sonnerait l’heure de prendre un aller simple pour la bonne ville de Zürich où l’on dispense la mort douce aux fatigués de la vie.

    • La médiocrité de l’œuvre, son insignifiance ne parlent pas en faveur de son interdiction pure et simple. Nous sommes entourés de livres médiocres ou ratés, les librairies en sont remplies, à commencer par ceux des sycophantes contre lesquels éructe notre ex-grand écrivain.

      J’ai lu quelque part que Cioran l’estimait comme écrivain. La myopie des contemporains nous étonnera toujours. Mais Brumes a, je crois, donné le meilleur jugement plus haut : en tenant Matzneff pour un genre de « petit maître ».

      Je ferme définitivement cette parenthèse.

  40. Messieurs bonsoirs, je souhaiterai en savoir davantage sur Péguy; du moins sur son oeuvre poétique et dramatique ? Est-ce que l’intérêt littéraire de ce répertoire d’oeuvre est grand ? Est-ce que l’édition de Claire Daudin dans la Pléiade est jugée « bonne » (je ne parle pas de l’édition de la Quinzaine).

    • Si vous examinez les pages précédents de commentaires en usant du mot-clé « Péguy », vous trouverez de nombreux commentaires à l’égard de Péguy et de l’édition Pléiade qui devraient vous éclairer.

  41. Vous me remercierez plus tard, mais si vous ne connaissez pas le blog d’Éric Chevillard, l’Autofictif, vous perdez un grand plaisir quotidien.

    Une entrée du 15 novembre 2019 :
    « Brume…ou plutôt brrr…rhume. »

    (Ce n’est pas le meilleur cru)

    • J’y suis allé voir… Brillant, comme un miroir.
      Trop narcissique pour moi. Quelle image renvoie à un narcissique, un autre narcissique ?

      Pardon.
      (Je précise, de peur d’un malentendu : le pardon qui précède, n’est pas le pardon que je vous prie de m’accorder, mais celui que je me décerne. Quant à celui qui suit… qui sait ?)
      Pardon.

      • Entrée du 19 décembre 2019. Narcissique, mais tellement drôle :

        « J’étais misanthrope.

        Puis j’ai essayé l’anthropophagie.

        Maintenant, j’aime bien. »

        • Hi hi hi ! Ces jours-ci, quelqu’un m’a transmis une vidéo (il faudrait que je la retrouve), vraiment très drôle, où une intervenante nous explique, sur un ton de maîtresse d’école, comment pourrait-on faire du cannibalisme une pratique sociale acceptable, puis souhaitable, puis obligatoire, en transformant, par étapes, l’anthropophagie en anthropophilie.

          Il y avait aussi une courte bande dessinée de Moebius, dans « Métal Hurlant » intitulée : « l’Homme est-il bon ? » qui montrait des extraterrestres goûtant l’oseille d’un humain, et concluant que, poussah ! c’était immangeable.

          • Vous avez peut-être connaissance de cet épisode de la Quatrième Dimension, où des aliens suivaient un guide (« l’art de servir les humains ») qui, dans un twist final, se révélait être un livre de cuisine.

            Pour en revenir à la littérature, je vous conseillerais « Sous la peau », de Michel Faber. Inattendue et glaçante mise en perspective de nos élevages industriels.

          • Concernant les délices de l’anthropophagie en littérature, je conseille, outre Swift, bien sûr, le Fou Littéraire (estampillé tel par le Transcendant Satrape R. Quenaeau) Paulin Gagne, adepte de la « philantrhopophagie » instaurant des « sacrifices sauveurs » qui permettront aux gens de se manger les uns les autres… Mais aussi la joyeuse Cuisine cannibale de Roland Topor et le très bon roman d’Anthony Burgess La Folle semence.

          • De toute façon, les cuisinières, les cuisinières, sont les gens les plus inquiétants de l’espèce humaine… On ne sait jamais tout à fait ce qui bout dans leur marmite… et ce qui se passe dans leur tête. Passer sa vie, penché sur les chaudrons ou les tournebroche, il y a de quoi perdre le sens commun et basculer du côté obscur. Ils devraient être, dans la classification humaine, être rangés quelque part entre le sorcier et le serial tiller.

            Merci pour la petite bibliographie. S’il est incontestablement utile de savoir ce que l’on manger, il n’est pas moins indispensable de savoir par qui on va être mangé.

          • En me relisant, je vois des fautes à tous les mots… ce qui donne un texte immangeable ! Je m’en vais, cacher ma honte.

  42. Contribution à la réflexion commune sur l’anthropophagie.

    Un grand homme l’a dit : « Mangez-vous les uns les autres. » Manger son prochain, c’est l’aimer. L’aimer, c’est le baiser*. Le manger, c’est donc le baiser. Sans être sûr de la pertinence de ce syllogisme, je vous le livre. Transformons-nous, frères humains, en mantes religieuses en aragnes, en scorpions. Lors de l’accouplement, nous nous dévorerons mutuellement pour notre plus grande jouissance.

    On peut aussi relire** Chrétien de Troyes, Verlaine ou Diderot et envoyer paître les fâcheux qui veulent lier conversation, voire davantage.

    Sur ce je souhaite une bonne journée.

    * C’est le seul mot qui me vient à l’esprit.

    ** En Pléiade, parce que nous sommes sur une page consacrée à cette collection.

  43. Bonjour à tous. J’ai une petite question à propos du coffret Baudelaire : sur le site de la Pléiade il est précisé qu’il s’agit de  » réimpression récente « .

    Quelqu’un pourrait-il me renseigner sur la date d’impression des volumes et surtout l’imprimeur ? Aubin ? Normandie roto ou autres ?

    J’espère qu’il ne s’agit pas de l’édition du milieu des années 2000 par Aubin…

    Merci

  44. Je lis, sur le catalogue Pléiade, à propos du volume à paraître Alain-Fournier : 640 pages.

    Sachant que le total ainsi annoncé comprend les pages d’introduction, numérotées en chiffres romains, cela fait de ce volume probablement un des plus minces (sinon le plus mince) de la collection. (Sauf si l’on remonte aux origines. La Bruyère, 768 pp. Voltaire, Romans et Contes, 722 pp. Stendhal, ans. éd. Romans II et III 752 pp. et 798 pp. Shakespeare, poèmes, ancrés. éd. 792 pp. Gide Anthologie 848 pp. Philosophes Taoïstes, 897 pp. Villon, 992 pp. et, enfin, the last but not the least, l’ancienne édition des « Liaisons Dangereuses » : 650 pp.)

    À l’aune des modernes volumes, peut-on considérer qu’il s’agit vraiment d’un Pléiade ? Et/ou qu’on frise le ridicule ?

    Si cela est considéré comme une « oeuvre » digne d’être pléiades, alors, doit-on nourrir l’espoir de voir paraître des volumes consacrés à d’autres auteurs brefs ? Aloysius Bertrand, par exemple.

      • Tout à fait exact. Et c’est bel et bien la question que je me posais (in petto). Pourquoi ce volume étique ? La présence de la correspondance aurait au moins ajouté un intérêt d’histoire littéraire à l’entreprise. Tel quel, c’est juste un « Grand Meaulnes » en super-poche. Quelle pertinence ?

        • À l’annonce de cette parution, et avant que je n’en connusse le volume, je n’imaginais même pas que la correspondance Rivière-Alain-Fournier n’y figurât pas.
          D’autant plus qu’elle est éditée par Gallimard, en 2 volumes (crainte qu’elle ne se vende plus du tout en collection « blanche » ? cela ne doit tout de même pas représenter un gros débit, depuis 1991 !).

          Et présentée par l’éditeur à grand renfort de fanfare :
          « Jacques Rivière, futur directeur de la N.R.F., Alain-Fournier, auteur du Grand Meaulnes, deux jeunes gens qui ne séparent pas «la vie d’avec l’art», comme l’a dit Francis Jammes. Tandis que se forment leur personnalité et leur amitié, on voit naître à travers eux tous les grands mouvements qui vont marquer le siècle : le cubisme, le nouveau roman d’aventures, la musique avec l’apparition de Stravinski et du Sacre du Printemps.
          Publiée en 1926 par Isabelle Rivière, cette correspondance de 389 lettres est rééditée pour la première fois dans sa version intégrale. De nombreuses notices et notes accompagnent le texte, ainsi que plusieurs index, constituant un précieux instrument de travail. Les noms propres, réduits à des initiales dans l’ancienne édition, ont été rétablis. »

    • Cela permettra de ressortir les sempiternels qualificatifs (indigent et étique). 🙂

      Plus sérieusement, va falloir choisir son camp : on ne peut pas à longueur de blog se plaindre des innombrables supposés défauts des Pléiade récents et « en même temps » regretter que la pagination d’un futur nouveau Pléiade avoisine celle des premiers ouvrages de la collection… Pour ma part, j’ai choisi : je vote pour les Pléiade à l’ancienne, la moindre pagination n’étant pas le moindre critère qui me fera revenir à l’achat de Pléiade neufs.

      Bon, OK, soyons francs, 640 pages c’est un peu maigre. Disons que 1200 à 1500 pages constitueraient un volume plus solide à se mettre sous la dent. Mais peut-être vaut-il mieux 640 pages de véritable contenu que 1500 dont 760 de remplissage ?

      Enfin, n’oublions pas l’argument du prix. Si la faible pagination est compensée par un prix « décent », ça vaut peut-être le coup…

      • OK avec Lombard. Mais je n’ai beaucoup d’espoirs. Après un calcul superficiel je dédie au moins 300 pages de roman sur les 640 prévues. Pensez-vous que l’introduction et l’apparat critique vont remplir suffisament ce pléiade ? Ça sent le pléiade à la Lautréamont de Steimnetz en moins pire sans doute. Encore une fois ne jugeons pas trop vite, il sera sans doute excellent.

      • Lombard, nous vous saurions gré de ne pas être de mauvaise foi, ou d’éviter la facilité de fautes de logique dignes de politiciens hâbleurs et creux.
        Quand je lis : « on ne peut pas à longueur de blog se plaindre des innombrables supposés défauts des Pléiade récents et « en même temps » regretter que la pagination d’un futur nouveau Pléiade avoisine celle des premiers ouvrages de la collection », je ne peux que sursauter.
        Nous connaissons votre opinion, « Mais peut-être vaut-il mieux 640 pages de véritable contenu que 1500 dont 760 de remplissage ? » ; ce que vous estimez « remplissage » présente de l’intérêt pour d’autres, le saviez- vous ?
        La Pléiade connaît un déclin depuis 20 années, et c’est ce déclin que nous regrettons. Je vous mets au défi de citer, parmi nous, quelqu’un qui préférerait l’ancienne édition, « brut de décoffrage » du journal de Gide, ou la simple édition des romans, récits et soties (titre approximatif : je cite de mémoire) du même, qui se contente de reproduire une édition de luxe illustrée, plutôt que les éditions récentes.

  45. Il y a aussi, moins connus, des poèmes en vers libres et quelques nouvelles, un second roman inachevé (7 chapitres) « Colombe Blanchet » et « la femme empoisonnée » (un récit). Il y aurait aussi un début de pièce de théâtre. Ce qui pourrait faire peut-être 400 pages de texte en fait.

  46. Je remets le texte de mon message in extenso, pour signifier que je ne renie rien et n’ai rien à ajouter, sinon le regret de m’être attiré des réponses en forme de réfutation dont la vivacité m’est incompréhensible. Relisant mon premier message, je ne vois pas ce qu’il y aurait d’impertinent à faire remarquer que, si l’on avait le désir de produire un Pléiade représentatif de l’oeuvre d’Alain-Fournier (et non pas simplement du « Grand Meaulnes » qui a fait l’objet de moult éditions), et montrer en quoi son passage dans l’histoire des Lettres n’est pas un simple épisode sans conséquences, on aurait dû y inclure la remarquable Correspondance avec Jacques Rivière.

    « À l’annonce de cette parution, et avant que je n’en connusse le volume, je n’imaginais même pas que la correspondance Rivière-Alain-Fournier n’y figurât pas.
    D’autant plus qu’elle est éditée par Gallimard, en 2 volumes (crainte qu’elle ne se vende plus du tout en collection « blanche » ? cela ne doit tout de même pas représenter un gros débit, depuis 1991 !).

    Et présentée par l’éditeur à grand renfort de fanfare :
    « Jacques Rivière, futur directeur de la N.R.F., Alain-Fournier, auteur du Grand Meaulnes, deux jeunes gens qui ne séparent pas «la vie d’avec l’art», comme l’a dit Francis Jammes. Tandis que se forment leur personnalité et leur amitié, on voit naître à travers eux tous les grands mouvements qui vont marquer le siècle : le cubisme, le nouveau roman d’aventures, la musique avec l’apparition de Stravinski et du Sacre du Printemps.
    Publiée en 1926 par Isabelle Rivière, cette correspondance de 389 lettres est rééditée pour la première fois dans sa version intégrale. De nombreuses notices et notes accompagnent le texte, ainsi que plusieurs index, constituant un précieux instrument de travail. Les noms propres, réduits à des initiales dans l’ancienne édition, ont été rétablis. »

    Ce qui m’amène à réitérer, et à reprendre à mon compte, avec plus de fermeté que précédemment, les termes que je ne trouve pas trop forts : « indigent » ; « étique ».

    • « Pléiade des origines » ? Oui, en ce sens qu’il eût ressemblé à cela s’il avait été publié dans les années 20 (du siècle précédent). Comme si tout le travail éditorial accompli sur l’oeuvre d’Alain-Fournier depuis 70 ans, et qui remet son fameux roman et l’aura qui l’entoure, en perspective : à la fois dans le projet littéraire d’Alain-Fournier et dans l’histoire littéraire des premiers âges de la NRF, n’avaient pas existé !

      Pire qu’indigent ou étique : rétrograde.

      • 640 pages, oui c’est mince. Le volume est annoncé à 64 euros sur la plupart des libraires en ligne et à 42 euros chez d’autres. Il faut espérer que ce soit 42 euros.

          • Peut-être s’agit-il de la différence entre prix « nouveauté », consenti à ce type d’ouvrage, supposé « de luxe », et le prix ultérieur ? Mais la différence est trop élevée, je crois

  47. Entre La Pléiade « des origines » et celle du XXIe siècle, il y eut celle des trente glorieuses, grosso modo entre 1970 et 2000, et c’est celle-ci que nous sommes nombreux à regretter.

    • C’est exactement cela. D’où mon accès d’humeur lorsque je me vois accuser de contradiction ou traité (indirectement) de grincheux.

      Je n’ai, pour ma part, jamais contesté le droit d’autres à avoir d’autres goûts, mais je défends celui que nous avons de défendre une collection de la Pléiade plus ambitieuse, ne serait-ce que pour la raison que c’est ainsi que la « vendent » les éditeurs.

      Ils ne cessent de parler de la qualité et de l’exigence de leur collection,, alors si vraiment on doit se résigner à une qualité et une exigence inférieures, qu’ils abaissent aussi le niveau de leur discours. Ainsi, il n’y aura pas soupçon de « tromperie sur la marchandise ».

      • Inutile de grincer des dents, ô Domonkos. Mieux vaut prendre un fusil-mitrailleur et faire une descente rue Sébastien Bottin, surtout quand on lit le bulletin Gallimard (qui vaut celui des autres éditeurs) bourré d' »écrivains » inconnus et qui le resteront. S’il y a une ligne éditoriale en France, il faudra que l’on m’explique pourquoi on publie tant de livres destinés à finir au pilon. Peut-être ces gens-là haïssent-ils les arbres ?

  48. Bonsoir,

    Vous aurez peut-être noté l’émission de ce soir le mer. 22.01.20 à 21h05 ‘Les vies d’Albert Camus ‘ sur France 3 et éventuellement cet intéressant article du figaro «Pourquoi la vie intellectuelle est si affaiblie en France, où elle rayonna longtemps» de Pierre Vermeren. Article dont le titre fait écho à certains de vos propos jadis dont ci-dessous des extraits non représentatifs,

     »Faute de transmission, les soubassements de notre vie intellectuelle sont touchés … quelques faits … il fut un temps pas si lointain où, à Paris, la place de la Sorbonne abritait la grande librairie des PUF … remplacée … En 30 ans, le budget logement d’un normalien … est passé de 7 % à 25 % … les jeunes … ont un budget livre et presse en peau de chagrin … Rappelons qu’il n’y a en France que 50 écrivains qui vivent de leur plume … chercheurs et universitaires …Une des causes de leurs désengagement est la bureaucratisation … si le … peuple juif a obtenu près du 1/4 des Prix Nobles au XXe siècle, il le doit … le livre des livres, la bible (byblos a donné bibliothèque). L’étude de cette bibliothèque prédisposait à penser le monde …  »

    J’ai  »chiné » le coffret Jean Anouilh Théâtre I, II à 35 euros. Je ne pense pas que vous aillez déjà abordé ces pléiades. Est-ce une bonne affaire ? Enfin j’ai trouvé probablement le dernier Somadeva, Océan des rivières de contes en librairie en France à 76 euros.

    Désirant également entreprendre un cycle sur les religions / philosophies / histoires je sais que Neo-Birt7 conseille les Ancien Testament / Écrits intertestamentaires / Le Rāmāyaṇa / Les épicuriens / Philosophes taoïstes / Philosophes confucianistes mais quid des nouveau testament / Coran / Les Stoïciens en pléiade ?

    Appréciant Léopardi et ayant la chance d’avoir accès à une librairie qui expose en rayon l’intégralité des pléiades disponibles je me suis permis d’entrouvrir les cahiers de Paul Valéry. Je les ai timidement fermé, je loue la finesse de ses méditations même si sur certains passages j’ai des réminiscences de théorèmes, lemmes, axiomes, voir même de formules …
    Ayant enfin lu l’odyssée et donc d’écarté certaines personnes qui pérorent sur le net comme par exemple sur une vision  »nietzschéenne » de cet œuvre, que pensez-vous des écrits de Luc Ferry sur ce sujet ?

    • Enfin si j’oserai vous soumettre une nouvelle fois cette question (pour Neo-Birt7 ?) :

      Une question aux spécialistes de l’Odyssée concernant la version de Victor Bérard notes de Jean Bérard. Concernant le volume pléiade note 2 de la page 692.
      »Pour le champs XI, les Scholies nous ont transmis deux titres qui sont … La scène des Morts ou Au Pays des morts … le premier de ces titres n’implique pas un voyage au Enfers … Par la suite, cet épisode s’est grossi d’une descente aux Enfers, comparable à celle que Virgile à son tour introduira dans son Eneide. »
      Est-ce un fait admis que ce soit un ajout ? Si oui Virgile et Dantes avaient-ils entrevu cette possibilité ? Enfin la tournure de la note me semble maladroite.

      • La note de J. Bérard condense la pensée analyste, c’est-à-dire postulant une Odyssée faite d’un noyau ancien autour duquel se sont concaténées aussi bien de petites interpolations que des morceaux additionnels d’un seul tenant, allant jusqu’à des chants entiers, eux-mêmes souvent lestés de vers complémentaires ou surinterpolations, dont s’était entiché Victor Bérard durant sa formation parce que ces idées faisaient universellement autorité entre 1870 et 1900 sous l’impulsion de l’illustre Adolf Kirchhoff en Allemagne (dont la somme Die Homerische Odyssee de 1879 vint couronner vingt ans de réflexions), des frères Croiset en France (Histoire de la littérature grecque, I, 1887, 1986², chapitres 5-6), et des élèves du grand Cobet en Hollande (Van Leeuwen et Mendes da Costa), et qu’il n’assagit jamais même dans sa vieillesse, à la différence d’un Wilamowitz. Sur la composition du chant XI comme un oignon fait de strates additionnelles nullement harmonisées, voir Bérard, Introduction à l’Odyssée, Paris, Belles Lettres, 1925, III, pp. 257-268 (ces trois forts volumes non indexés et seulement équipés d’une table des matières des plus frugale sont presque inexploitables), et pour une version abrégée ne supposant aucune connaissance du grec, son édition Budé (version révisée de 1933, reproduite depuis lors ne varietur), II, pp. 76-77. Voici ce dernier passage in extenso :

        « l’antiquité nous a transmis deux titres pour cet épisode dans lequel sont amalgamées, en effet, deux aventures toutes différentes :

        Nekuomanteia, Evocation des Morts, ou plus exactement Consultation des Morts ;
        Nekuia, Au pays des Morts.

        La seconde de ces aventures est un voyage au séjour des défunts, une descente aux Enfers, pareille à ces voyages dans l’autre monde que la mythologie des Hellènes prêtait à tels et tels de ses héros et que toutes les littératures ont imitées du jour où Virgile en fit l’un des chapitres indispensables à toute épopée digne de ce nom.

        La <i<Consultation, au contraire, n’implique pas de voyage aux Enfers ; telle, dans la Bible (I Samuel XXVIII 3-19), l’évocation de Samuel que Saül vient demander à la femme d’Endor, ou telle, dans Hérodote V 92-93, l’évocation de Mélissa que les envoyés de Périandre vont faire chez les Thesprotes, près d’un fleuve Achéron, qui coule sur la terre des vivants et au bord duquel il est un Oracle des morts, Nekuomanteion.

        Dans notre Odyssée actuelle, Evocation et Descente sont juxtaposées et mélangées pour former notre chant XI. On peut, je crois, les discerner à première lecture, par les deux formules qui les caractérisent l’une et l’autre.

        L’Evocation fait monter les morts du fond de leur séjour ténébreux ; ils montent, ils viennent sur la terre – c’est la formule du Poète – autour de la fosse où le sang des victimes et les formules rituelles les attirent.

        Dans la Descente, au contraire, Ulysse rend visite aux défunts dans leur pays, sous terre : il les voit dans les Enfers.

        A mon sens, comme je l’ai montré dans l’Introduction, la Nekuomanteia, l’Evocation, comprend les vers X 467-XI 224 (en expulsant l’histoire d’Elpénor X 551-560 XI 51-89) et XI 627-XII 7 ; la Nekuia, la Descente, comprend les vers XI 225-626, mais une surinterpolation y a ajouté le Catalogue des Dames du temps jadis XI 228-337 et le Catalogue des Héros et Damnés XI 565-626. »

        La critique plus récente est revenue de ces orgies déconstructionnistes qui ont le double tort tant de présupposer une cohérence thématique et des attendus logiques dont rien ne laisse penser que les aèdes de l’archaïsme grec eurent jamais la moindre notion * que d’ignorer les lois et tendances de la composition formulaire orale propre à la poésie homérique mises au jour par Milman Parry, le fondateur de l’Oral Poetics, puis perfectionnées par son disciple Albert B. Lord, sur la base d’une observation de terrain de l’usus de la poésie héroïque mondiale de type traditionnel, et jamais réellement remises en question depuis les années 60. L’Homère de la Pléiade étant paru en 1955, Gallimard aurait dû s’aviser de la folie qui consiste à laisser inchangée l’annotation johanno-bérardienne, déjà plus qu’obsolète à l’époque où sortit ce volume, et devenue simplement scandaleuse de nos jours. On considère désormais le chant XI comme une unité substantielle conçue en l’état par le poète odysséen en fonction d’un dessein architectural et thématique rien moins que magistral, dont les fautes internes au niveau de la cohérence ne sont point du tout aussi rédhibitoires que se l’imaginèrent Kirchhoff et Bérard (telle était déjà l’intuition de Wilamowamitz dans son ultime traité homérique) et résultent non pas d’une composition qui doit s’être étalée sur un siècle ou deux mais de la fusion originelle par ‘Homère’ d’éléments extrêmement divers empruntés au folklore, aux sagas légendaires, à la pratique religieuse et culturelle archaïque. Je renvoie à Alfred Heubeck et Arie Heukstra, A Commentary on Homer’s Odyssey vol. II, Oxford, Oxford University Press, 1989, pp. 75-77, avec riche bibliographie, pour un point classique sur la question, et à Irene de Jong, A Narratological Commentary on the Odyssey, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, pp. 271-295, pour la démonstration éclatante du soin avec lequel les matières du chant XI sont disposées selon l’optique de la poétique orale (on le soupçonnait déjà, du reste, depuis l’étude pionnière, hélas passée totalement inaperçue y compris de Bérard – dont l’Introduction, si elle s’orne de très riches bibliographies, n’en reflète l’utilisation dans pratiquement aucune des discussions composant ses 1500 pages, Bérard fonctionnant sans notes documentaires dans une autoréférentialité absolue – de Franz Stürmer Die Rhapsodien der Odyssee, Würzburg, Becker, 1921, pp. 250-271).

        Je ne vous répondrai pas avec la même précision sur la position de Virgile par rapport au chant XI de l’Odyssée car il y faudrait des développements de nature à faire se hérisser les cheveux sur la tête de Lombard et consorts. Disons qu’il serait suprêmement surprenant que le poète de l’Enéide ait eu sous les yeux un texte de ces développements tant soit peu divergeant, sur le plan du nombre des vers et de l’agencement des morceaux, de celui que nous ont préservé les manuscrits médiévaux.

        * Le ton de toutes les déductions de Bérard respire une condescendance qui faisait déjà rire jaune dans les années 1910 et qui frise aujourd’hui l’insupportable : « l »Evocation ne saurait comporter la multitude de personnages qui apparaissent en notre chant λ : sur le fond des ombres anonymes, Ulysse, pour connaître les conditions de son retour, n’a besoin de voir, suivant l’ordre de Circé, que Tirésias ; se mère vient ensuite le renseigner sur la situation de son Ithaque et de sa maison… Quand l’ombre maternelle est rentrée dans l’Hadès, Ulysse effrayé par la foule des ombres regagne en hâte son navire. Telle est du moins la ‘bâtisse’ que l’on peut imaginer de l »Evocation originale ; tout le reste est interpolation ou surinterpolation récentes » (Introduction, III, pp. 266-267). Je pourrais multiplier les exemples. Le simple fait que les Belles Lettres n’aient jamais réimprimé ces trois volumes, à la différence d’Armand Colin avec les Navigations d’Ulysse, en dit long sur le caractère scientifiquement éteint de l’oeuvre homérique bérardienne.

        • L’heure, avancée comme mon âge, et la fatigue m’ont fait écrire une phrase fort obscure dans l’avant-dernier paragraphe ; veuillez lire « il serait suprêmement surprenant que le poète de l’Enéide ait jamais eu sous les yeux un texte de l’Odyssée XI tant soit peu divergeant etc « 

  49. Bonsoir,

    Je ne parlerai pas de « désengagement » des chercheurs et des universitaires français, du moins ceux en lettres et sciences humaines, mais de paresse. Déjà, dans les années quatre-vingts, un des mes amis préparants son doctorat ainsi et certains de mes professeurs disaient que peu de leurs collègues écrivaient des articles et livres ou participaient à des colloques.

    Il me semble que si un quart des prix Nobel sont juifs, ce n’est pas tant dû à l’étude de la Bible qu’à leur système éducatif, à leurs méthodes d’enseignement et au faible nombre d’analphabètes. Je laisse à d’autres le soin de corriger mon erreur, si erreur il y a, ou de développer le sujet.

    Je ne pense pas que la Bible et le Coran en Pléiade soient des références. Il y a certainement des traductions plus fidèles. Atténueront-elles la haine de l’incroyant, du mécréant, du païen que l’on peut lire presque à chaque page de ce livre ? J’en doute. En tout cas, vous ne trouverez pas la mythologie judéo-chrétienne de la Bible.

    Si vous lisez les philosophes taoïstes, je vous conseillerais de commencer par le second volume, plus simple pour aborder une philosophie complexe. Le « Huainan zi » est accompagné d’un appareil critique éclairant et bien écrit. Vous aborderez sans doute plus facilement le tome 1. Suivez alors les conseils d’Etiemble, en lisant Lie-tseu, puis Tchouang-tseu et enfin Lao-tseu.

    Bonne lecture.

    • À propos de l’incroyable pourcentage de Juifs dans les lauréats du Prix Nobel, j’ai lu un article, datant de 2013, d’un essayiste Israëlien dont je n’ai pas retenue nom, et qui invite ses compatriotes à se méfier du triomphalisme et à préparer mieux les générations de remplacement, car il voit venir, à travers un certain abaissement du niveau des études (là-bas aussi !) et des postes de scientifiques (il parle surtout de cela), une « décrue ». Selon lui, partant du point de vue que le Nobel couronne des oeuvres achevées, et représente donc « la photo jaunie » d’une situation remontant à 20, 30 ou 40 ans en arrière, la haute marée est surtout due aux immenses migrations des Juifs à travers l’Europe et vers les USA durant la première moitié du XXème siècle – et le désir de réussir par l’excellence de leurs élites intellectuelles.
      Pour ma part, j’enregistre toutes les tentatives d’explications, sans en privilégier une.

      Merci pour votre excellent votre conseil sur l’ordre de lecture des classiques taoïstes. La référence à Étiemble ne peut que me plaire. Et je suis bien d’avis que le Laozi (Lao Tseu) ne devrait jamais être lu en premier (et encore moins lu seul, comme c’est le cas 9 fois sur 10 dans le grand public), car c’est le moins compréhensible – pour la raison qu’il n’y a peut-être rien à y « comprendre ». (Je mets le mot entre guillemets, pour signaler que je ne l’utilise pas dans son sens commun.)

  50. Neo-Birt7 a donné son avis sur ce qui apparait comme la meilleure traduction en français à ce jour du Coran, celle de Régis Blachère sur propagerlefeu (http://propagerlefeu.fr/le-coran/).

    Quant aux stoïciens, je ne citerai que les premières lignes de son commentaire : « La Pléiade des Stoïciens est ancienne (1962) et accuse sérieusement son âge, en particulier si on la rapproche des splendides Epicuriens de date récente », cf. son commentaire du 9 décembre 2019 à 0 h 25 sur la page précédente.

    Enfin, son commentaire du 12 octobre 2018 dit ceci sur la traduction en Pléiade du Nouveau Testament : « A quelques nuances près, philologues, exégètes et biblistes s’accordent depuis longtemps dans le dédain de la traduction Grosjean du Nouveau Testament ; au lieu de pilonner cette peccadille rase de tout commentaire et aux notices d’une abyssale incompétence pour y substituer une belle version humaniste […] »

  51. Je suis stupéfait du Pléiade Alain-Fournier. Comment est-ce possible ? Qu’on l’aime ou pas, non non non, il n’est pas l’homme d’un seul livre. Il y a plus de 450 pages de fictions et notes écrites par lui. Pourquoi la Pléiade ne les propose pas dans l’édition de son œuvre ? C’est incompréhensible. Elle est libre de droits pourtant messieurs les Arpagallimard ! Entendons-nous, que sa correspondance ne soit pas rééditée en intégralité, je le comprends (près de 1000 lettres connues à ce jour). Mais ses articles, ses chroniques, ses nouvelles, ses poèmes («Au long des murs, il faisait noir; À quatre pas de la lumière, Sous des faces de cimetière Passaient des âmes sans espoir» inédit) ses carnets («La colère est chez vous tous de plus longue durée que l’offense » inédit 1904), ses essais théâtraux, etc. Bien sûr, je ne dis pas qu’il est un écrivain génial, méconnu, mais pourquoi la Pléiade ne propose pas aux lecteurs curieux de lire ses œuvres, ce qu’il a écrit et même publié de son vivant (cf. Paris-Journal) ???!!! Dommage vraiment.

    • Édition à la va-vite, qui ne coûte pas trop de temps à son maître d’œuvre. C’est dans la droite ligne du travail des dernières années.

      Avez-vous vu que les Cahiers de l’Herne proposent un numéro (j’ai failli écrire un nuléro) consacré à… André Comte-Sponville ?
      Là aussi, on descend de quelques étages.

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