La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

2 365 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. J’ai dit ici, récemment, qu’ayant eu l’occasion de lire quelques Le Clézio, je l’avais réévalué dans mon estime, en qualité d’écrivain.

    Je veux préciser, tout de même, que je ne suis pas devenu un thuriféraire béat de M. Le Clézio. Pour peu je ferais mienne une partie des diatribes de Richard Millet contre son « style bête », sa propension à trouver merveilleux tous les peuples de la terre, sauf celui avec qui il partage une Carte d’Identité, son chamanisme à deux sous et ce concept cul-cul de « littérature-monde ». Oui, je reconnais qu’à force de vouloir embrasser le monde il prend le risque (ou bien exprime la volonté) de se perdre, de s’effacer, de se nier.

    Mais alors, qu’est-ce qui le sauve, à mes yeux ? Tout d’abord l’ampleur et la générosité de sa vision, qui n’est tout de même pas méprisable. Une aisance à naviguer sur les vagues de la langue et celle des océans. Et ce paradoxe, que je nommerais le « malgré-lui » : plus Le Clézio, de livre en livre, cherche à se perdre et à se nier, plus il revient vers ses racines, son histoire intime, et fait de cette histoire intime la soeur jumelle, presque consubstantielle, de l’histoire du monde et des autres. Il y a quelque chose d’étrange à voir ce Moi, refoulé constamment, être envers et contre tout le moteur de son oeuvre. (Dans le noyau des livres-mondes de Le Clézio il y a un Modiano.)

    Alors, oui, Le Clézio ment lorsqu’il prétend ne s’occuper que de l’Autre – et tout d’abord se ment à lui-même – alors qu’il ne s’occupe que du Soi. Je n’emploie par ce verbe « mentir » en son sens péjoratif, mais plutôt dans le sens du « mensonge » du Conteur.

  2. Je reviens à mon interrogation qui semble avoir été mise de côté :
    « quid de la littérature africaine en Pléiade ? » (Épopée de Soundiata ? …)

      • Oui, mais s’ils ont vécu en Afrique, d’un point de vue strictement géographique, ils appartiennent à des empires coloniaux (Empire romain, France) qui les rattachent davantage, par la langue et la culture, à l’Europe qu’à l’Afrique. Le Maghreb est cet entre-deux des cultures, qui dans ce cas, illustre bien l’influence de l’Europe et de la Méditerranée sur ces régions, qui pourtant possèdent des cultures traditionnelles extra-européennes, qui ne sont pas représentées en Pléiade … et je pensais davantage, je dois le dire (même si le Maghreb en fait partie) à l’Afrique « profonde », subsaharienne, cette terre reculée (pour nous autres, du vieux continent) à l’imaginaire si fascinant … je parlais d’écrivains maliens, nigériens, sud-africains … ou Égyptiens !
        Quelques suggestions (qui ne sont pas forcément pertinentes pour la collection) : l’Épopée de Soundiata (Mali, XIIe siècle), Chinua Achebe (Nigéria, « Le monde s’effondre »), J. M. Coetzee (Afrique du Sud, mais écrit en anglais, Prix Nobel en 2003) ?
        Cela mériterait aussi de creuser du côté de l’Égypte, qui a un fond littéraire plus important (à l’époque moderne).

        • Il importe de dissiper un malentendu : les grands auteurs classiques d’origine africaine – au sens romain du terme – que sont Térence, Apulée, Tertullien, Cyprien et Augustin ne peuvent pas être considérés comme ayant illustré autre chose que les lettres latines, respectivement en tant que Romains (les deux premiers) ou Chrétiens (les trois Pères de l’Eglise, mais plus particulièrement, en raison de sa date, Augustin, lequel se sentait si peu Romain que le traumatisme du sac de la Ville par les Goths d’Alaric en 410 ne lui inspire aucune espèce de compassion dans sa Cité de Dieu, lui qui y multiplie les formules dédaigneuses dans le genre de « neque enim propterea dii tales uel terrenum regnum dare non posse uisi sunt… », « si de pareils dieux [i.e. les protecteurs traditionnels de Rome] nous sont apparus comme incapables de conférer ne fût-ce qu’un royaume terrestre [i.e. de protéger leur ville]… »). L’extraction nord-africaine de Térence et compagnie n’a créé aucune espèce de communauté entre eux, surtout pas linguistique, contrairement à la lubie savante du « tumor africus », ou « Africitas », qui prévalut entre la fin du XIXe siècle et le premier quart du XXe (on se figura que les auteurs nés sur les contreforts de l’Atlas partageaient une emphase stylistique ainsi que des tics particuliers de morphologie et de grammaire) ; nous croyons savoir aujourd’hui que, s’il semble bien avoir existé un latin d’Afrique, au sens d’une langue distinguée par divers provincialismes, au point que l’on peut actuellement assigner géographiquement certains textes en examinant leur tessiture, il ne s’agit pas le moins du monde d’un idiolecte propre aux scripteurs provenant de cette Kulturbund (synthèse magistrale de J. N. Adams, « The Regional Diversification of Latin, 200 BC – AD 600 », Cambridge 2007, pp. 516-576). Un seul écrivain ancien pourrait avoir revendiqué une certaine africanité — je veux parler d’Apulée, dont plusieurs grands comparatistes, de John Gwyn Griffiths (auteur d’un commentaire capital au livre isien des Métamorphoses ou L’âne d’or) à Daniel L. Selden, veulent croire qu’il était instruit du berbère et / ou du punique, et dont un livre majeur récent explore les connections afro-asiatiques (B. T. Lee, E. Finkelpearl et L. Graverini (edd.), « Apuleius and Africa », New York-Londres 2014, en particulier la contribution de Selden, ‘Apuleius and Afroasiatic Poetics’, pp. 205-270). En tant que familier des langues sémitiques et du comparatisme gréco-oriental,
          je dois avouer mon extrême scepticisme envers les résultats de ces travaux ainsi que ma méfiance devant l’autorité scientifique et les méthodes déployées par les partisans de cette thèse de l’Apuleius africanus (spécialistes d’Apulée, Finkelpearl et Graverini incarnent à mes yeux les dérives de l’érudition purement littéraire, eux qui ont signé un nouveau commentaire du livre isien des Métamorphoses [Leyde 2015] sans être égyptologues ou connaisseurs de l’isisme et de l’osirisme ni convier dans leur équipe un seul auteur qui le fût tant soit peu [!] ; Selden, lui, est le genre de savant qui abuse de l’argument d’autorité dans ses trop longs articles composés par association d’idées et qui croit gagner le lecteur à sa cause en citant à tout bout de champ de l’arabe, du berbère, de l’égyptien, du punique, etc, dans leur écriture originale sans traduction ni glose explicative — chercheur monomaniaque, voire compulsif, il a déjà sévi sur la poésie alexandrine, en prétendant retrouver sous le grec de Callimaque ou Théocrite toute une théologie égyptienne, ne ralliant quasiment personne à une thèse manifestement controuvée : ‘Alibis’, Classical Antiquity 17, 1998, pp. 289-412).

        • Toute la question est de savoir si la langue est un pays ; si le fait d’écrire en français l’emporte sur l’attachement charnel que vous avez pour la terre qui vous a vu naître, où vous avez grandi, été formé, reçu vos premières impressions, éprouvé vos premiers sentiments, forgé votre imaginaire, et sur le sentiment d’exil que vous éprouvez quand vous quittez ce pays, de bon gré ou de mauvais gré, pour vivre dans ce pays étranger – la métropole – qu’on vous dit être le votre.

          En ce cas, Mohammed Dib ne serait pas plus « africain » que Camus. Je crois le contraire. Je crois que Camus n’est pas moins africain que Mohammed Dib. (On me rétorquera peut-être que Camus a vécu dans un certain milieu fermé, ignorant la vie réelle de toute une population – les musulmans – nés sur la même terre ; dans ce cas, Montesquieu qui ignorait tout de la vie des paysans français de son époque, au point que ces derniers pouvaient apparaître à ses yeux comme une espèce différente, ne serait pas français.)

          Pour les latins, j’ai lu ce qu’en dit Néobirt7 et je ne peux que m’incliner devant son impeccable démonstration, dans l’impossibilté où nous sommes de déceler une quelconque « africanité » dans la culture, les sentiments, l’imaginaire, la sensibilité, de ces auteurs. La question n’est pourtant pas indifférente.

          • Pour autant, j’ai parfaitement compris, Séraphin Calobarsy, que votre question tendait à vouloir intégrer quelques auteurs d’Afrique sub-saharienne : j’ai déjà écrit ailleurs le nom de Senghor, j’y ajouterais celui de Wole Soyinka le Nigerian ; celui du kenyan Ngugi wa Thiong’o est souvent évoqué, à la saison des Nobel… Aucun auteur sud-africain (« blanc » ou « noir ») ne me convainc.

            L’Egypte pourrait fournir son contingent. La question a déjà fait l’objet d’échanges entre nous tous, plusieurs noms incontestables avaient été avancés (je ne me souviens pas que quelqu’un ait alors ajouté celui de Taha Hussein). Moi, du moment qu’on ne nous refile pas un Tahar ben Jelloun, je suis d’accord avec tout !

            ……………………………………………………………………………………………………………………………

            Au fait, j’y pense brusquement, nous avons tous oublié de citer un auteur dont personne ne voudra mettre en doute l’africanité et qui figure déjà en Pléiade : Ibn Khaldûn ! Sauf à l’apparenter au cas camusien, et à soutenir qu’il appartenait à un empire colonial installé sur les rivages africains, et qu’il se rattache, « par la langue et la culture » plutôt à l’Espagne Andalouse ou au Moyen-Orient… Si on me le demandait, je serais prêt – par pur esprit de provocation – à me faire le champion de cette thèse. (Cela m’interdirait, bien sûr, de jamais voyager en Tunisie, sous peine d’être refoulé pour cause de blasphème à l’égard de la grande figure tutélaire du pays.)

          • Pour être honnête et sincère, oui, je l’avoue, TOUS les auteurs maghrébins, qu’ils soient latins, berbères, arabes, juifs ou d’origine européenne, appartiennent plus à l’aire de civilisation méditerranéenne, au sens large, qu’à « l’Afrique » (à laquelle ils n’appartiennent que par la géographie physique).

  3. Je crois comprendre cher Domonkos ce qui vous a fait hésiter sur V.S Naipaul. Peut-être la crainte d’inviter à l’édition d’un écrivain de langue anglaise, encore un? J’ai hésité pour les mêmes (?) raisons, auxquelles s’ajoutent mon manque de connaissance de l’œuvre. J’y reviendrais sans doute brièvement quand j’aurais lu mon « Bouquins » V.S Naipaul. J’avais en tout cas bien perçu que vous l’évoquiez. Ne me restait plus qu’ à mettre le nom… Admirable complémentarité! Vous avez donné un certain nombre de noms d’écrivains que je connais fort mal, voire pas du tout (Silvina, Lima – celui-ci, j’ai entraperçu son nom,c’est dire…). Alors un oubli! Il n’ y a pas de quoi allez vous fracasser la tête sur votre bibliothèque (d’autant plus qu’elle ne sera pas vide, évidemment, vous abîmerez vos livres en vous faisant mal. Ce peut-même être dangereux. Imaginez que vous tombiez sur les Zola (très justement) absents de la Pléiade ! Quoi que je vous vois mal plongé dans « Fécondité ». Si la honte étouffait, je serais depuis belle lurette étiqueté R.I.P.
    Ah, je ne sais si vous connaissez le mot de Fidel Castro sur Neruda au moment où celui-ci pensait à venir à Cuba et tâtait l’eau : » Neruda est une prostituée trop chère pour Cuba ». (Histoire mondiale du renseignement de Remi Kauffer et Roger Falligot, tome II, s’il m’en souvient bien).

    Pendant que j’ y suis, touchant la Pléiade déjà éditée : on écrit que le « Feu Jarry » d’Apollinaire est paru dans « Le Flâneur des deux rives », or c’est dans sa rubrique des « Contemporains pittoresques » contrairement à ce que dit l’éditeur d’Alfred Jarry dans la Pléiade (tome III, page 946, note 1 touchant la page 578 ), qui ne s’est pas rendu compte que son ouvrage de référence (coll. Idées/Gallimard) a pour titre « Le Flâneur des deux rives » suivi de « Contemporains pittoresques ». (Source Michel Decaudin).

  4. En ce qui concerne Naipaul, j’ai lu plusieurs de ses livres, dans les années 70, à l’époque où je travaillais sur les littérature « negro-africaines » comme on disait à l’époque (je ne sais si le terme serait aujourd’hui politiquement correct). J’avais beaucoup apprécié. Mais, comme dans de nombreux cas, il faudrait que je retourne y voir, je ne peux pas me fier aux jugements d’un jeune homme dont quarante années me séparent, même si nous portons le même nom…
    J’adore la blague de Castro sur Neruda ! (comme quoi, il y a vait quand même du bon chez ces « barbudos ») ; je la replacerai (en fait, c’est déjà fait)

    • Précision : Je veux dire, qu’en travaillant sur la littérature « negro-africaine », j’en étais venu naturellement à étudier les littératures des îles caraïbes, et VS Naipaul y figurait en bonne place (même si ses origines sont plutôt à rechercher du côté de l’Inde).

      • J’avais à peu près tout lu, depuis « Le Masseur Mystique » jusqu’à « Crépuscule sur l’Islam, voyage au Pays des Croyants » (1981), à rapprocher de Salman Rushdie (pour le sujet, pas pour le genre littéraire) ;
        en passant par « Miguel Street », « Une Maison pour Monsieur Biswas » (excellent souvenir), « Les Hommes de Paille », « Dis-moi qui tuer », « Guerilleros » (1975, impressionnant en ce sens que l’opposition de Naipaul à l’impérialisme américain, doxa de l’époque, ne l’empêchait nullement de dénoncer les mythes tiers-mondistes, ce qui démontrait un grand courage et une grande lucidité),
        « A la courbe du fleuve », « An Area of Darkness » absurdement traduit alors par un racoleur « L’Inde sans espoir ».

        Je n’ai rien lu de sa production postérieure. Quel(s) ouvrage(s) avez-vous sur votre table ?

  5. « Dans un état libre », « Guérilleros », « A la courbe du fleuve », »L’énigme de l’arrivée ». Le tout réuni en un seul volume chez « Bouquins ». Je crois d’ailleurs qu’il va devoir patienter encore un peu.

  6. Ps Entrée : cheveux sur la soupe. (Quoi que cela ne soit pas sans ouvrir vers des désirs d’éditions en Pléiade)
    Il y a un site que, dans ma noire ignorance, je trouve admirable pour les connaissances, j’oserais dire les rencontres, qu’il permet de faire touchant l’antiquité. Pas seulement d’ailleurs. On peut y lire aussi : Historiens d’Arménie, Grande chronique de Matthieu Paris, Cantacuzène : histoire des empereurs Jean Paléologue et Jean Cantacuzène (bilingue) etc. Site :
    http://remacle.org/
    Au cas ou certains l’ignoreraient et seraient heureux de le trouver…
    Il existe aussi un site de traductions juxtalinéaires de Gérard Greco, LATIN GREC, JUXTA, aisé à trouver, j’hésite à mettre deux liens, ce pourrait être un peu lourd.

    Le site de Philippe Remacle contient un nombre de page phénoménale. Des œuvres complètes (Nonos, Isocrate etc) et une multitude de textes. Les traductions sont peut-être douteuses, c’est possible, mais « à cheval donné… ». Je m’en voudrais de lui donner du travail supplémentaire, mais j’avoue me demander ce que pense Neo-Birt7 de ce qui se fait là. Ça fait longtemps que je m’interroge sur ce point. Quid d’autres sites ? tel Itinera electronica qui me permit de me mettre à lire Ammien Marcelin sans payer le prix sévère de Budé, site qui contient des textes non traduits et certains qui le sont avec ou sans commentaires, (avec : « Alexandre ou le faux devin » de Lucien de Samosate). Les notes sont-elles bonnes? Peut-être n’y a-t-il rien à en dire, à part « c’est toujours ça ». De toutes façons, rien ne presse. Un jour peut-être…

    • Si je ne les pratique guère pour mon propre compte, je connais d’assez longue date les sites de MM. Remacle et Greco, très beaux efforts pédagogiques qu’il convient de saluer et où l’on trouve de tout. Je suis naturellement très réservé à propos de l’utilisation des « juxtas » ; non content que les disparités de niveau entre éditeurs y sont considérables, avec des volumes notoirement mauvais (la plupart de ceux sur la tragédie grecque inspirent un mépris justifié), la méthode elle-même de ventilation grammaticale par le mot à mot dans l’ordre logique de la construction convient mieux aux auteurs latins que grecs, et à la prose plutôt qu’à la poésie. On prendra surtout garde à l’omission ou au rendu problématique des particules grecques, à des erreurs grossières dans le rétablissement des ensembles syntaxiques brouillés par la liberté de l’ordre des mots (surtout en grec), ainsi qu’au vocabulaire souvent navrant de la traduction littérale, qui tend à ne pas refléter adéquatement le sémantisme contextuel des lexèmes tels que les utilise l’auteur ancien. Un seul exemple suffira. Soit le premier vers des Trachiniennes de Sophocle λόγος μὲν ἐστ᾽ ἀρχαῖος ἀνθρώπων φανείς ; le « juxta » de 1846 propose « λόγος μέν ἀρχαῖος une parole antique ἀνθρώπων des hommes ἐστι φανείς est ayant paru  » (Benloew), ce qui donne en bon français « c’est une vérité ancienne et reconnue ici-bas » (Bellaguet). L’analyse proposée pèche sur de multiples niveaux. 1° Le μέν qui balance le δέ du v. 4 (« d’un côté… de l’autre côté ») n’est pas glosé, peut-être parce qu’il a été confondu avec un μέν dit solitarium ; 2° d’autre part, quiconque a lu Platon en traduction (pour ne rien dire d’Héraclite ou Aristote) sait combien λόγος déborde de la glose-rabot « parole » — il s’agit ici de « dit véridique », γνώμη, et ἀρχαῖος se rapporte à φανείς, « une vérité connue depuis longtemps » ; 3° ἐστ᾽(ι) enclitique est une erreur pour ἔστ᾽(ι) orthotonique, accentuation du meilleur manuscrit de Sophocle, le Laurentianus L, car le verbe être n’a pas ici sa force de copule mais celle de marqueur d’existence (J. Vendryès, « Traité d’accentuation grecque », Paris 1904, pp. 108-110 § 122-123) ; 4° enfin, ἐστι φανείς = ‘est ayant parue’ constitue une monstruosité de belle taille révélatrice d’une étrange méconnaissance du grec — le placement, a priori insolite mais sophocléen, de ἀνθρώπων entre ἀρχαῖος et φανείς a dû faire penser à Benloew qu’il s’agissait ici d’un ἐστι copulatif. Dans son incipit, Sophocle attribue à Déjanire la réminiscence d’un propos attribué à Solon, le législateur athénien qui s’était très vite acquis une réputation proverbiale de sage, selon lequel on ne saurait dire si une vie fut heureuse ou non avant son terme ; ce à quoi la locutrice ajoute immédiatement son propre ‘twist’, ἐγὼ δὲ τὸν ἐμόν, καὶ πρὶν εἰς Ἅιδου μολεῖν | ἔξοιδ᾽ ἔχουσα δυστυχῆ τε καὶ βαρύν, « la mienne, je sais, moi, bien avant d’être descendue aux Enfers, qu’elle n’est que malheur et peine » (traduction Mazon). Tous les « juxtas » ne sont pas criblés de faiblesses de cet ordre, et loin de moi la prétention d’affirmer que celui des Trachiniennes mérite la poubelle ; mais enfin, l’helléniste compétent dépiste suffisamment de fondrières dans les volumes grecs de cette série pour éviter de s’y fier (même si les normaliens et beaucoup de professeurs de faculté qui ne sont pas chargés d’enseignements de grammaire latine ou grecque tendent à les stocker, d’où des erreurs souvent cocasses dans les corrigés de versions d’agrégation).

  7. Quant aux autres sites que vous évoquez, Restif, je ne les connais pas. Hormis des projets comme Perseus, la Souda online (http://www.stoa.org/sol/), la Bibliotheca Augustana (https://www.hs-augsburg.de/~harsch/saecp04.html), où l’on trouve notamment un nouveau Justin bilingue, ou encore les e-Inscriptiones Graecae (http://epigraphy.packhum.org/), l’Antiquité électronique m’inspire un assez grand scepticisme. Je n’ai rien contre les bases de données, les corpus de textes cherchables, les CD-ROM comme le Migne ou le Thesaurus Linguae Graecae® (dont je possède mon propre exemplaire) ; mais les traductions faisant autorité ainsi que les éditions critiques, soit imprimées soit au format pdf, avec apparat, éventuellement commentaire, demeurent la base de tout travail sérieux en matière d’Humanités. Le professionnel chevronné perd nettement moins de temps à retraduire le passage qu’il lui faut d’après un texte récent et fiable plutôt qu’à réviser une version du XIXe siècle aléatoirement établie d’après des éditions périmées, comme les collections Dubochet, Panckoucke ou Nisard les procurent ; je fais une exception pour les nouveaux Classiques Garnier des années 20 à 40, où il se trouve un grand nombre de perles avec un texte latin ou grec moins dépassé et nonobstant pas mal de coquilles dans les notes (tout ce qui a été traduit et annoté par Maurice Rat garde son intérêt, exception faite de son Pétrone, démarqué de trop près de Laurent Tailhade ; de même est recommandable, voire réellement estimable, l’ensemble de ce qu’on produit Henry Bornecque, les Richard François et Pierre, auxquels on doit un excellent Sénèque prosateur — leurs Lettres à Lucilius constituent le meilleur rendu dans notre langue, loin devant le français très lourd d’Henri Noblot en Budé –, un Horace attachant et un très bon Martial, Emile Chambry, dont je goûte fort le Justin et le Térence, moins connus que son Platon, et Pierre Chambry pour Xénophon ; le Tite-Live d’Eugène Lasserre demeure attractif, par sa traduction honnête mais surtout en vertu de son caractère complet, vu l’inachèvement de l’édition Budé et le français un rien trop moderne de la version d’Annette Flobert ; moins clinquant que les traductions de Mario Meunier, l’Homère Garnier est correct et constitue encore une alternative intéressante tant aux versions prétendument métriques mais bien décevantes de Jaccottet ou Frédéric Mugler qu’à l’intégrale plate et sans charme de Louis Bardollet ; toujours dans les nouveaux Classiques Garnier des années 20 à 40, les Métamorphoses d’Ovide par Joseph Chamonard sont excellentes, souvent même supérieures à l’édition Budé très ancienne de Lafaye ; les Vies parallèles de Plutarque traduites par Bernard Latzarus, l’Ausone de Max Jasinski, le Claudien de Victor Crépin — je dois confesser ma prévention envers le Claudien Budé de Jean-Louis Charlet, prétentieux, dépourvu de jugement critique, et dont les recherches stylistiques de la traduction, qui aboutissent souvent à du salmigondis, servent à masquer combien l’édition entière pille le texte et l’apparat critique de la belle Teubneriana de J. B. Hall –, l’Aulu-Gelle de Maurice Mignon — mais pas son Sénèque tragique –, enfin le Florus d’Hainsselin-Watelet, méritent aussi le dérangement ; le Valère Maxime de Pierre Constant se paie même le luxe de proposer une traduction plus juste que dans l’édition Budé, beaucoup plus récente mais ratée, de Robert Combès ; le Cicéron Garnier est beaucoup plus disparate, avec du bon Bornecque, de l’excellent Edouard Bailly, dont les traductions des lettres familières et Ad Atticum — 6 vol. en tout — coulent remarquablement, du passable à mauvais Charles Appuhn ; on écartera par contre les « Poetae minores » d’Ernest Raynaud, le Tacite entier, trop dérivatif de Burnouf, le Plaute, qui modernise superficiellement la version de Naudet, et tout ce qui est sorti de la plume incompétente d’Henri Clouard et Emile Rippert, soit Lucrèce, Stace, Apulée, les trois quarts d’Ovide).

  8. Cette discussion semble passionnante, mais – pardon – quel rapport avec La Pléiade ? Quand j’ai découvert ce site, les échanges des premières années étaient très intéressants, mais là, je ne m’y retrouve plus du tout depuis quelques temps.

  9. Cher Restif, cher Néobirt7 et beaucoup d’autres, vous allez encore me traiter de girouette, à cause de mes précédentes fausses sorties (qui étaient motivées par des véritables réflexions), mais, cette fois, parole d’ivrogne, c’est la bonne : je crois que je vais emprunter le même chemin que Ahmed et je vous dis au-revoir.

    Moi aussi les échanges sur la Pléiade m’ont attiré ici et m’ont passionné. Ensuite, les échanges se sont élargis aux questions littéraires. A mon grand plaisir. Cela ne me paraissait pas blasphématoire, car j’avais la faiblesse de croire que le contenu (de la littérature, tout de même !) l’emportait sur le contenant, même s’agissant de la « prestigieuse » Bibliothèque de la Pléiade. J’ai essayé (pas toujours réussi), de ne jamais perdre tout à fait de vue Celle qui nous avait d’abord réunis, sous la bienveillante tutelle de Brumes, mais je ne me faisais pas d’illusions et je l’ai dit plusieurs fois : je ne suis malheureusement pas un fournisseur d’informations, partant de là, je me suis toujours senti un peu « illégitime » (d’où mes tours de girouette).

    Nous sommes priés de rentrer dans le rang ; en quelque sorte, « de nous soumettre ou de nous démettre ». Eh bien, pour moi, c’est la démission.

    Continuer à vaticiner à l’infini sur les points de détail de la fabrication d’une Pléiade, la façon de classer les volumes, sur les auteurs qui pourraient, devraient, y être ou ne pas y être, ceux qui vont peut-être y être ou peut-être non, etc. pour intéressant que cela soit – et j’étais heureux de recueillir ce genre d’informations – ne me suffit pas. Au fil du temps, il m’a semblé que nous avions à peu près épuisé le sujet, que nous tournions en rond et, pour faire semblant de continuer, étions obligés de lancer des questions de plus en plus superfétatoires. Bref, il y a un « malaise deans la civilisation » pléiadesque et, s’il faut rester strictement « dans le cadre », éviter tout écart, je ne suis plus preneur, et je ne vais pas attendre de recevoir le prochain avertissement ou sommation.

    Le printemps sonne l’heure dans mon jardin, le soleil resplendit, les arbres et les arbustres bourgeonnent et fleurissent, premières abeilles, premiers bourdons ; il est temps pour moi d’émerger des brumes, même les plus séduisantes. Et d’autres travaux, trop longtemps délaissés (quelques personnes ont la bonté de m’en faire reproche), m’attendent sur le coin de mon bureau.

    Puissent les « gardiens du temple » retrouver la sérénité et le climat d’antan. (Sans rancune ni inimitié, cher et respecté Lombard, mais je ne suis tout de même plus un écolier à qui l’institueur tape sur les doigts parce qu’il regarde trop souvent par la fenêtre.)

    Je vous aime bien, vous êtes devenus des amis (inconnus).

    Mon cher Brumes, ne m’en veuillez pas. Je serais vraiment fâché de vous fâcher… Faire votre connaissance (par blog interposé) fut un plaisir de tous les instants – notre rencontre physique « à l’insu de notre plein gré » fut fort amusante – mais il n’est si bonne compagnie qui ne se quitte.
    ………………………………………………………………………………………….
    PS : je vous rassure, Rodéric Roux, sur mon ordre, me suivra dans mon exil.

    • Amusant, cela me fait penser à un groupe de rock n’roll : au bout d’un certain temps, plusieurs ont envie de jouer leur propre partie et s’en vont, dans l’espoir d’une carrière individuelle. Genéralement, le groupe survit, avec de nouveaux membres.

      Ainsi va la vie et « c’est ainsi que les hommes vivent ».

  10. Je remercie infiniment Neo-Birt 7. Cela doit être dit car cela est vrai. C’est un plaisir et plus que cela de voir tant de connaissances si aimablement partagées.
    Dernière chose : après quelques commentaires touchant des volumes de la Pléiade, et devant le silence des tous derniers jours, j’avais pensé que certains pourraient être intéressés par l’existence d’un site remarquable. Il faut croire qu’il existe une race qui ne s’intéresse qu’à la culture sous emboîtage. C’est limitatif. Je voulais montrer que le domaine antique pouvait être considérablement augmenté à la Pléiade. Pourquoi pas la Correspondance de Cicéron (je ne possède qu’un volume de messieurs L-A Constans et Jean Bayet, ed. Budé).Et puis lire le cher Neo-Birt 7 m’a toujours paru une grande chance qui nous était donnée. Prendre ainsi le temps de répondre, si minutieusement, de manière si structurée, si étayée. Un grand désintéressement dans l’amour de la science.

  11. Enfin j’en viens à ce qui me chagrine. Votre départ Domonkos. Peut-être une réponse vous tentera-t-elle parfois, quand même ? Et puis, que dites-vous que nous avons fait le tour de l’impératrice des collections ! De la Sublime Porte des seules littérature à lire? Tout reste à faire en Pléiadologie. On n’a pas encore pesé les Pléiades. Le Gogol fait-il 300 ou 345 grammes ? Et le Rousseau tome 1 ? Temps de flottaison d’une Pléiade  ? Temps de combustion ? Poids des cendres ? Le jet de Pléiade sera-t-il homologué ? Que d’interrogations enrichissantes !
    J’avais encore déniché quelques petites erreurs dans un volume, je garderai pour moi ces vétilles. Il sera toujours amusant de voir des gens s’appuyer sur des notes fausses.
    A part ça, si certains se plaignent de souffrir d’un manque de Pléiade, je ne saurais trop leur recommander de lire tout le fil, depuis le début. 17 ou 18 clics ne coûtent pas cher à la passion frustrée. Il n’est pas impossible qu’on s’aperçoive alors que le sujet est effectivement considérablement usée. Draak le disait aussi. Du coup, le projet des meilleurs éditions est mal parti peut-être ? Ce n’est pas mon souhait.
    Nous n’avons hélas plus de ces remarquables haruspices qui nous avertissaient des Pléiades à venir. Tigrane, Géo et ses fouilles dans les c.v, j’en oublie, qu’ils m’excusent. J’espère que personne n’a senti un vent menaçant en provenance de Gallimard. Quoi que Géo doive bien s’en moquer. J’espère que des fuites auront de nouveau lieu. On verra.

    « Moi aussi les échanges sur la Pléiade m’ont attiré ici et m’ont passionné. Ensuite, les échanges se sont élargis aux questions littéraires. A mon grand plaisir. Cela ne me paraissait pas blasphématoire, car j’avais la faiblesse de croire que le contenu (de la littérature, tout de même !) l’emportait sur le contenant, même s’agissant de la « prestigieuse » Bibliothèque de la Pléiade. »
    Saintes paroles très cher Domonkos, que je fais miennes avec gloutonnerie. Vous aurez été un « correspondant » plus qu’affable. Vous m’êtes une figure d’ami dont j’ignore certes l’aspect mais dont j’ai apprécié, oh combien, les différentes interventions, l’humour, cette chose ailée bénie des dieux. Votre avant dernière lettre est parfaite. Après le départ d’Ahmed, j’étais déjà triste. Il connaissait fort bien sa littérature, Maistre, Georges Perros, combien d’autres (je reconnais avec Brumes qu’il suivait son propre agenda, cela mettait de la diversité). Vous même m’aurez beaucoup appris. Géo aussi, sur le Japon particulièrement. Merci à vous tous. Il me semble que nous nous enrichissions, et que cela valait bien de faire quelques infidélités à la Pléiade. Maintenant j’attends de M. Lombard qu’il fasse profiter ce fil de son savoir es Pléiade.

    Quant à Brumes, il est irréprochable. La plupart du temps, il nous a laissé jouir d’une immense liberté. Sans lui, cet endroit n’aurait pas existé et j’aurais eu bien du bonheur en moins. Je continue de lire ses notices, peu à peu, parce que c’est toujours intéressant -vraiment – sans oser répondre quand je ne suis pas d’accord, j’aurais l’impression de venir après la bataille.
    Je repasserais peut-être si je ne peut me retenir de répondre.

    Une dernière fois : merci à tous ceux qui ont dialogué avec moi, à Bassompierre qui m’a empêché de m’empêtrer,, à Draak qui à éveillé ma curiosité sur certains écrivains tout en me faisant souvent rire, ce qui, la vie n’étant pas toujours de bonne humeur, est bien appréciable. J’ai dit une partie de ce que je dois à Neo-Birt7. Un délice érudit : rareté! A cause de lui j’ai à nouveau fourré mon nez dans l' »Initiation au Grec ancien », de Jean-Victor Vernes, chez OPHRYS. Ambition qui confine à l’hybris.
    Je ne peux que me remette à siffler mon petit air avec mon petit baluchon sur le dos : ne sais quand reviendra.

    Ps Je ne suis pas entièrement d’accord avec votre analogie cher Domonkos (pour une fois!). Les artistes qui quittent un groupe « dans l’espoir d’une carrière individuelle » font des disques. Je ne sache pas que les partants ouvrant des blogs, hélas. Je dirais plutôt qu’il y a divergence artistique. Enfin…avec un membre… A lui de jouer.

      • Quant à ouvrir un blogue, j’y pense depuis longtemps, comme je vous l’ai dit, mais je suis nul techniquement et fainéant. De toute façon ce sera très très littéraire et dans une toute autre optique. Par ailleurs, il y a d’autres choses, d’autres projets ou travaux à accomplir, pour le moment souterrain… Va vraiment falloir que je me botte le c…

    • Cher Restif, pourquoi diantre le « projet des meilleures éditions » serait-il mal parti ? Je crois tout au contraire qu’un site plus généraliste, où la discussion peut se développer sans (trop de) contrainte(s) sur des pages spécialisées à chaque auteur (sans allonger démesurément un fil unique) est plus nécessaire que jamais.
      Brumes a peut-être raison de nous rappeler à l’ordre, mais il manque pour le coup un deuxième salon où les gentle(wo)men pourront aborder d’autres sujets de littérature générale ; ou au contraire, un lieu où Neo-Birt7 sera le bienvenu pour sulfater dans le détail ses collègues et leurs traductions fautives.
      Je me suis engagé à passer la dernière couche de lotion nourrissante sur les cuirs de ce salon en 2017 et suis homme de parole.
      La liste fournie récemment des non-pléiadisés me fera gagner beaucoup de temps, car (outre que je persiste à penser qu’elle serait intéressante pour cette page même ; mais Brumes garde le silence sur chacune de mes propositions…)

  12. Cher Domonkos : je serai ravis d’aller sur votre blog. Sinon…Je me donne les mêmes conseils que ceux que vous énoncez pour vous-même.

    Cher Draak, je serai heureux d’apporter quelques contributions à votre site, quitte à reprendre ce que j’ai anciennement dit et à l’étoffer. C’est un sujet réellement intéressant. Meilleurs vœux à sa venue au monde.

    Ps Pour le coup, Brumes,lui,n’a rappelé personne à l’ordre sur ce coup.

  13. Je ne sais plus qui (ni fallor) mettait au nombre de ses desiderata une anthologie bilingue de la poésie latine. Celle-ci existe depuis longtemps, avec une ampleur digne de la Pléïade : Maurice Rat, « Anthologie des poètes latins. Des origines au VIe siècle après Jésus-Christ », Paris, Garnier, s.d. [24.10.1936 / 25.11.1936], 2 vol. de 744 et 673 pp. Complètement oubliée aujourd’hui, et difficile à se procurer, car elle ne semble pas avoir été retenue lorsque Garnier réimprima sa collection de classiques latins et grecs dans les années 50 — il n’en existe plus, à ma connaissance, qu’un seul exemplaire complet, relié, chez un libraire néerlandais –, cette chrestomathie vierge de toute note mais offrant une notice succincte, avec indications bibliographiques, sur chacun de ses 68 poètes, propose un tour d’horizon sans équivalent dans notre langue. On y trouvera l’essentiel bien mis en valeur selon des critères esthétiques avec lesquels le connaisseur peut n’être pas toujours, ou même souvent, d’accord (l’habitude, traditionnelle chez nous depuis le XIXe siècle, d’expurger les textes a été suivie, cf. vol. I, p. II, « le souci de ne rien publier dans ces pages que ne puisse lire la jeunesse studieuse », de sorte que ce qui peut sembler le plus intemporel dans la poésie latine, les Priapées ou les pièces les plus salées de Catulle, Martial, Phèdre, Juvénal, demeure hors champ), mais qui valent nettement mieux que les normes ayant présidé aux étroites sélections poétiques dans les manuels de littérature latine (l’horrible Morrisset-Thévenot, qui traumatisa des générations d’apprentis latinistes, l’excellent Bayet ou son remplaçant le pâlichon Fredouille-Zehnacker). Le Rat présente un intérêt d’autant plus vif que la poésie latine archaïque, classique et impériale est incomplètement et mal éditée dans la collection Budé : hormis le Plaute d’Alfred Ernout et le Térence de Jules Marouzeau, certes pas extraordinaires mais corrects, et le Virgile refait par Jacques Perret et Eugène de Saint Denis, plus ambitieux, la C.U.F. se confond avec un champ de navets, où les volumes récents, à de trop rares exceptions près (le Valérius Flaccus de Gauthier Liberman), ne sont techniquement pas à la hauteur de leurs ambitions beaucoup plus grandes que celles des vieilles éditions d’Ovide dans les années 20. Citons pèle-mêle le Tibulle de Max Ponchont, élégant mais superficiel ; le Properce de D. Paganelli (texte sans valeur mais traduction vive et pas inintelligente ; son remplacement par Simone Viarre, comme je l’ai déjà dit dans ce fil, constitue un accident industriel qui fait honte à la collection Budé) ; le Lucain d’A. Bourgery et Ponchont, à la traduction littéralement criblée d’erreurs graves souvent amenées par un mauvais établissement du texte ; le Phèdre d’Alice Brenot, établi sur des critères très contestables et dont les passages obscènes sont remplacées dans la version française par des points de suspension qu’aucune réimpression n’a jugé nécessaire de combler ; ou le Lucilius de François Charpin, édition unanimement massacrée par les juges les plus compétents pour sa technique défectueuse, ses traductions malhabiles qui, se réglant sur les marottes exégétiques de l’éditeur, expriment ce que ces fragments dispersés devraient dire plutôt que ce qu’ils signifient objectivement, et son commentaire imaginatif, arbitraire et beaucoup trop confiant dans l’aptitude de Charpin à recouvrer les intentions du poète. Je n’ignore pas combien mes collègues latinistes aiment depuis une quarantaine d’années les traductions marquées par un certain rythme ; celles, en prose serrée mais pas spécialement calibrée au tour, de Rat ne sauraient donc avoir que médiocre presse auprès des « sçavants » qui s’ébaudissent des vers français de quinze ou dix-sept syllabes et applaudissent comme des tours de force le Valérius Flaccus de Jean Soubiran, les pages de droite du Claudien Budé de Charlet ou sa traduction du Livre d’heures de Prudence. Pour des lecteurs pressés de s’informer du sens, et non pas pressés de goûter l’équivalent français le moins imparfait de l’hexamètre dactylique ou du distique élégiaque latins, une prose de bon artisan tentant d’étudier le sens avec application demeure, me semble-t-il, un véhicule de choix.

  14. Messieurs Draak, Domonkos, Restif…

    Pardonnez-moi si mon message vous a heurté, ce n’était pas du tout le but.

    Loin de moi l’idée de « ne parler que » de Pléiade, bien que le sujet soit fascinant et inépuisable.

    J’ai moi-même proposé à brumes – et je vous le propose – de créer un forum (mais pourquoi pas un blog…) qui serait consacré à tous ces passionnants sujets que vous évoquez.

    Le forum est une entité assez vaste qui comprend des rubriques, des sous-rubriques et, enfin, des fils de discussion ; ce serait en effet l’occasion de créer des conversations par siècle ou par continent, par époques ou par genre, des fils par auteurs ou par œuvres – les possibilités sont infinies.

    En conséquence de quoi j’aurai grand plaisir à vous rejoindre si vous créez une telle entité (ce qui demande du travail, ne le cachons-pas).

    En revanche, pour avoir longtemps et silencieusement parcouru le blog de brumes – à l’époque pourtant récente où le fil ne se déroulait que sur une seule page -, je me permettais de faire remarquer que le format de ce blog me paraissait peu adapté à des discussions multiples qui s’entrecroisent.

    Et, comme je trouve ce blog excellent depuis sa création, je me disais qu’il serait dommage qu’il s’éparpille et qu’il perde de sa pertinence (la simple lecture des 17 pages de commentaires rend sa lecture complète quasi-impossible pour un nouvel arrivant).

    Encore une fois, je vous présente mes excuses si ma petite remarque vous a paru agressive,.

    • Pas d’offense, pour ma part. Toujours très content de lire vos interventions à tous. Nous sommes des passionnés qui avons tendance à nous épancher au-delà de la seule Pléiade ; pardon à sa Brumitude et à ceux que cela peut géner. Mais bientôt, j’espère résoudre moi-même le problème.

    • J’ai peut-être employé quelques mots forts, un peu d’ironie aussi, mais ce n’est pas méchamment, c’est dans ma nature (mauvaise). Il se fait que, vraiment, votre remarque, aprrès d’autres, va dans le sens de ce qui me trotte dans la tête depuis pas mal de temps : je ne me sens pas très utile et un peu à côté de la plaque ici, et ce n’est pas à moi de « m’approprier » des lieux où je ne suis que squatteur.

  15. Oh je ne vous en veux pas monsieur Lombard, votre question était légitime en elle-même, surtout tenant compte du titre de la page. Et puis il était fatal qu’elle finisse par se poser. Il y aurait ainsi deux partis : ceux qui ne veulent parler que de la Pléiade, et ceux qui veulent que la littérature s’émancipe, au moins partiellement, de la tutelle de la collection. Or il me semble que si l’on désire que ce blog vive, il faut élargir un peu le domaine abordé, sous peine de voir un linceul de silence l’ensevelir. C’est que, voyez-vous, là où j’entre en désaccord avec vous, c’est sur l’adjectif que vous accolez à la Pléiade . Le sujet serait « inépuisable ». Je ne suis pas certain du tout qu’il soit inépuisable, le sujet, sauf à prendre en compte le fait qu’il y aura encore des parutions et qu’on en parlera. Mais en dehors de cela, il me semble bien qu’on a déjà dit bien des choses sur la Pléiade. Et comme énoncé plus haut, j’ai bien peur que le fil à ne parler que du fleuron gallimardien ne devienne de plus en plus mallarméen, et qu’il n’arbore plus que ce « vide papier que la blancheur défend, ». Séraphin Calobarsy avait très finement tenté de rester dans le domaine « Pléiade » tout en entrouvrant les portes par ses diverses propositions qui invitaient les lecteurs à réagir. Ça a marché, hélas insuffisamment à mon goût. Si vous voulez qu’on parle de la Pléiade, encore faudrait-il réagir ! J’ai dit que Hegel me paraissait peu propice à la collection. Domonkos à abondé dans mon sens, allant jusqu’à élargir le décret de bannissement à tous les savants. Je ne le suis par sur Buffon que je n’ai pas lu mais qui passe pour un grand écrivain et qui par là même a sa place.Il me semble également que Descartes, c’est autre chose. La clarté du style… Je n’ai pas dit la facilité de la pensée, loin de là…Par contre, Kant… Mais on ne peut supprimer ce qui est paru.
    En tous cas, pourquoi n’avoir rien dit  sur cette question où il y va quand même de tout un domaine de la pensée? De même, Séraphin.C a parlé de Spenser. Je serais heureux d’avoir une édition de Spenser mais il me paraît bien peu probable qu’elle se fasse. Quoi qu’il en soit, nulles réactions. Ceux qui désirent qu’on parle de la Pléiade devraient donner leurs avis, au moins sur la présence des philosophes type Hegel, au moins sur les titres proposés. Enfin bref, je ne vois pas beaucoup que l’on s’exprime tant sur la Pléiade quand l’occasion en est donnée. Alors, plutôt que d’attendre que tombe le renseignement, je perçois mal en quoi il y aurait matière à blâme à ce que soient développées certaines discussions littéraires et érudites.
    Soit, abstenons nous de parler d’autre chose que de la Pléiade. On verra bien si on s’exprimera tant que ça désormais.

  16. Si vous partez Messieurs, je regretterai vos interventions lyriques et pleines d’humour. Le fil risque en effet de se réduire ou alors il faudrait un immense travail de notre part à tous (et nous n’en avons certainement pas le temps pour la plupart d’entre nous) car il existe un sujet encore peu abordé jusqu’ici mais gigantesque : la critique précise et personnelle de chaque volume de la Pléiade paru ou du moins de ceux que nous possédons à nous tous pour donner envie aux autres de les lire ou de les en dissuader. Certains ont des volumes épuisés et introuvables, d’autres sont les seuls peut-être à avoir lu tel ou tel et il y a peut-être certains livres que nul d’entre nous n’a lus (ce qui serait révélateur). Peut-être serait-il possible de croiser nos lectures ? Ce n’est qu’une suggestion.

    • Je crois comme Pléiadophile qu’il y a encore beaucoup à dire sur le sujet et que, si la conversation est moins nourrie mais plus recentrée, cela peut être aussi utile aux amateurs de la collection. Ami Restif : ne vous rejouissez pas méchamment d’une (hypothétique) moindre animation ; respectons le goût des lecteurs du lieu. Nous sommes assez libres ici ; à nous d’user intelligemment de cette liberté. Si nous divaguons, il est normal que nous soyons rappelé à l’ordre. Pas de quoi prendre la mouche. A nous de nous discipliner. Je n’ai pas l’impression d’avoir fauté en proposant une liste de « non pléiadisés » ; Merci à ceux qui ont répondu. C’est très encourageant : la Pléiade en a encore pour un siècle avant d’avoir tout édité. Si cette liste peut aussi couper court à la discussion qui tournait un peu en rond « lui il devrait y être / lui ne mérite pas d’y être ».

  17. Ah, mais mon très cher Draak, je ne me réjouis nullement par avance. Ça m’apprendra à couper dans mes interventions! Je disais justement dans la dernière que je craignais mais ne souhaitais nullement le silence. Vous avez raison, et je vous le dis très amicalement.
    Idem ; j’avais eu la même idée que l’affable, oh combien!, pléiadophile, le démon de la concision m’a emporté. Ceci dit, tout l’honneur lui en revient. Effectivement, il nous reste cette solution : parler de nos Pléiades, des raison que nous avons de les aimer, de nos envies de faire partager cet amour. Comparer plus systématiquement les éditions peut-être. Crainte n’est pas désir, et je n’ai qu’un désir, c’est que ce beau lieu continu de fleurir.

    • Oui, pléiadophile, oui Restif, oui Draak, c’est bien là ce que j’envisageais dans mes rêves les plus fous. Lecteur occasionnel de ce blog et peut-être futur contributeur assidu bien que moins littéraire et autorisé que vous tous, je pensais que, malgré l’excellent et inédit travail de brumes, il restait encore tant à dire. Je rêvais d’une continuation de ce site où chaque volume, chaque œuvre et chaque auteur de La Pléiade seraient commentés, critiqués, analysés. Je rêvais de critiques aussi exhaustives et bien écrites que celles de brumes sur chaque titre publié en Pléiade, pour me donner envie de le lire, pour comprendre pourquoi l’édition Pléiade est la bonne, pourquoi les notes et variantes sont indispensables, en quoi la traduction retenue est la meilleure, pour ainsi dire pour me donner envie de poursuivre, de lire, d’acquérir ou de ne pas acquérir – car il faut bien se fixer des priorités. Avec plus de 600 volumes, ce qui doit représenter au bas mot près de 5000 « livres » traditionnels, je me disais qu’il y a encore beaucoup à dire et que le fil existant ne constitue qu’un pour mille de ce qui pourrait devenir à terme le site le plus ambitieux jamais réalisé sur le sujet.
      Ce travail gigantesque permettrait des échanges entre les amateurs confirmés et surtout à de nouveaux lecteurs de s’y retrouver.
      C’est aussi en raison de l’ampleur de la tâche que je proposais une formule de type forum ou une démultiplication des fils de discussion du blog – mais je ne suis pas très connaisseur technique du format blog.
      Mais tout ceci n’est qu’une requête pour l’instant sans contrepartie ; depuis quelques années maintenant, je signale sur un forum littéraire mes lectures, qui ne sont pratiquement qu’issues de La Pléiade. Le seul souci est que ça ne va pas bien au-delà de « J’ai lu ceci, je trouve ça très bien et je vous le recommande. » (pour simplifier). L’une des raisons est que je n’obtiens que très peu de retours, l’autre – la principale – est que je n’ai pas la plume d’un critique littéraire comme peut l’avoir brumes ou d’autres ici.

      • C’est une très belle idée. Cela nous obligerait à mieux fouiller nos Pléiades, du moins pour ceux qui, comme moi, ne font pas toujours très attentions aux variantes, sauf exceptions. Pour l’instant je ne lis pas de Pléiade, ou juste quelques articles (certaines Spéculations de Jarry dans La chandelle verte ou quelqu’une des Vies anecdotiques d’Apollinaire) , donc je n’ai rien à proposer. D’autres peut-être?

  18. Ceci ci dit j’ai été fort amusé de voir que Neo-Birt 7 est resté impérialement indifférent aux sommations angoissés de ceux qui se désolent des sorties de route hors Pléiade. Cela ne l’a nullement empêché de nous faire un long et très intéressant commentaire sur une anthologie introuvable. C’est aussi une voie à suivre…

  19. Cher Restif
    (réponse tardive à votre message du 20 mars ; 12h52)

    Je vous lis toujours et avec plaisir.

    Mes raisons sont, pour la plus grande partie miennes, et ne constituent une mise en cause de quiconque.

    Je me réjouis de voir que mon intervention vous a encouragé à ouvrir de nouvelles pistes. Je me délecte par avance de lire vos commentaires savants et passionnés sur les Pléiades que vous avez lues. Quant à moi, je n’interviendrai certainement pas sur ce terrain, car je me sens

    plus passionné que savant

    j’aurais donc scrupule à étaler ma subjectivité

    (contrairement à Ahmed qui s’en faisait une bannière ; je n’ai pas sa force d’âme et je ne partage pas complètement son point de vue sur cette question : je ne crois pas que la subjectivité soit le criterium absolu du jugement

    et je n’ignore pas non plus que ce que l’on croit de plus personnel, intime, dans nos goûts et nos dégoûts, a aussi été forgé sous l’influence de ce que nous avons reçu de l’extérieur… si je voulais pousser le paradoxe, je dirais que la subjectivité… n’existe pas.)

  20. Domonkos ou l’éternel retour. Le 20 mars, on est prié de sortir les mouchoirs à la lecture d’un long message d’adieu et deux jours ont à peine passé que l’intéressé réussit l’exploit d’envoyer plus de messages qu’il ne l’a jamais fait (ou presque) en si peu de temps ! Je ne sais pas combien vous êtes à écrire sur ce blog mais ce sont toujours les mêmes pseudonymes qui reviennent, on a l’impression de pouvoir vous faire tenir sur les doigts d’une main. Mention spéciale à Neo-Pitre7 et à ses interventions faussement érudites à mourir de rire. Il aura suffit que deux ou trois fidèles intervenants, toujours les mêmes, prennent leur anonyme maître à penser pour un éminent professeur d’université qui viendrait sur ce blog partager la richesse de son savoir, pour que ledit maître à penser s’exprime de manière plus caricaturale encore. Il a de la chance de pouvoir le faire ici en toute impunité car s’il le faisait en public ou dans les pages d’un livre, ça fait longtemps qu’il aurait été congédié ! L’ennui avec la brume, c’est qu’on n’y voit rien.

    • Corne-de-brume,
      Sur quels critères vous fondez-vous pour décrier ainsi les interventions de Neo-Birt7 ? Démontrez-nous un peu la duplicité de ses propos. À moins que ce soit vous qui vous amusiez à tirer les ficelles de cet énigmatique pseudo de « Neo-Birt7 ». Une telle affirmation s’argumente, sinon c’est de la diffamation.

  21. Cher Domonkos , merci de votre réponse si modeste et déjà presque un peu absente, hélas ! Non de ton, mais vous vous éloignez.
    Je sais pas si ce que nous avons de plus intime a été reçu de l’extérieur. Lorsque j’ai découvert Bloy, grâce à la petite collection Liberté de Revel éditée chez Pauvert (cela me rappelle les ardentes défenses d’Henri de Monvallier pour Revel!), j’ai immédiatement été happé part cette écriture, par ce rut d’incendie appelant à l’embrasement des mondes. Pourtant, rien dans ma famille, dans ma propre culture, ne me préparait à cette rencontre . Il y a quand même une part d’inné en nous (vieux débat.). Je crois surtout qu’il y un certain goût de la liberté qui nous permet d’aimer des gens fort différents de nous -je relis, encore une fois, le Journal de Léautaud et moi, le pérégrin de l’hermétisme, l’assoiffé d’étranges savoirs, je me sens de plain pied avec cet athée convaincu, qui déteste Flaubert que j’aime, qui saccage spirituellement bien des choses qui me sont douces. Je suis loin de dire que vous avez tort, mais je ne suis pas convaincu. Enfin : la bêtise est de conclure, comme le disait précisément Flaubert, quant à ce type de questionnements.

    J’espère, puisque vous nous lirez, qu’il vous arrivera de céder à la pulsion et que vous apporterez parfois votre contribution. Je comprends vos scrupules à parler des Pléiades. J’avoue les partager. Moi non plus je ne pourrais pas parler en « savant ». Surtout, un commentaire n’est pas un article. Je ne pourrais user intelligemment, efficacement, des variantes d’un texte ou discuter d’un écrit qu’en prenant mon temps. Outre que ce n’est pas le même domaine, je n’ai pas le sens de la synthèse et les connaissances considérables de Néo-Birt 7, à qui Brumes lui-même rendit hommage, déclarant que son savoir était indéniable, avéré, sauf évidemment pour ces récréatifs plaisants qui font notre joie et que nous devons remercier. La scurrilité innée dont ils fleurissent leur prose si aérienne nous replonge dans le délicieux univers de la pensée Verdurin. Que ferions-nous sans ces esprits courtois à la phrase légère et galante?

    J’espère, cher Domonkos, ne pas vous perdre entièrement de vue. Et je vous quitte sur cette pensée d’espoir.

    • J’ai parcouru les pages de ces deux derniers mois, et cela a confirmé (même au-delà) mon impression (que d’autres ont également éprouvée, semble-t-il) : il est vrai que reviennent les mêmes noms, Domonkos, Restif, Ahmed (disparu), Néobirt7, Restif, Domonkos, Lombard, Seraphin Calobarsy, Neobirt7, Restif… et quelques « passants » : Phil, Pléiadophile, Geo, etc. Il est vrai que cela peut provoquer la lassitude des lecteurs…

      Nul reproche à l’égard des sus-nommés (à part moi-même), mais, mon (relatif) retrait est aussi un appel à la « majorité silencieuse » (si elle existe) pour que s’expriment de nouvelles voix !

      • Les doigts d’une main ne suffiraient pas à les compter, mais cela ne dépasse guère le nombre de doigts de deux mains… (Et je compte pour rien, bien sûr, le récent et tonitruant « renfort » surgi des brumes…)

        • Cher Domonkos,
          Ne vous inquiétez pas du petit nombre de locuteurs. Si vous visitez d’autres blogs, vous vous apercevrez bien vite que lorsque la thématique est plutôt pointue, les gens sont peu nombreux à échanger. Allez visiter le très remarquable forumactif classik consacré à des échanges sur la musique classique (mais pas seulement) si vous êtes mélomane et vous vous apercevrez que ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent : ces gens se connaissent depuis des années et ont des échanges très brillants. Le site de Brumes pourrait, pourquoi pas, prendre cette tournure en partie mais ce n’est qu’une suggestion. Si vous voulez des centaines d’intervenants, il va falloir parler du PSG.
          Bien amicalement à vous tous.

          • Parfaitement d’accord. J’apprends en vous lisant tous qu’Ahmed est parti. Voilà qu’il me manque. Ahmed a un vrai style d’écriture. Il y a une raison à son départ ?

          • Je ne puis qu’approuver ce que vous dites. Mais il est toujours permis d’espérer…
            ……………………………………………………………………………………………………………………
            Draak, si vous remontez de quelques journées sur le fil, vous trouverez tous les tenants et aboutissants de « l’affaire Ahmed »… Certes, il quittait souvent le droit chemin pléiadesque, mais c’était tout de même un bon compagnon sur les chemins (souvent de traverse) de la littérature.

  22. Laissant « Corne-de-brume » adorer la déesse Pordè / Πορδή, ‘flatulence’ personnifiée (‘Fartemis’), allégorie dont son coup de semonce m’évoque en effet les mélodieuses stridulations, je voudrais contribuer une note sur l’évolution positive des Pléïades relevant du domaine de l’Antiquité qui constitue en même temps une fiche de lecture sur un volume, ainsi que l’appellent de leurs vœux certains confrères en pléiadologie. Hormis l’exemple timidement proposé par Denis Roussel sur Thucydide, lequel listait un petit nombre de modifications apportées à son texte de base, il fallut attendre 1997, et l’Aristophane de Pascal Thiercy, pour voir un traducteur offrir enfin une version d’un auteur classique témoignant d’une réflexion personnelle et indépendance sur son original latin ou grec, et non plus seulement la francisation ne varietur d’une édition antérieure choisie avec plus ou moins de discernement (les Historiens romains, les Romans grecs et latins, Plaute-Térence, Polybe, Hérodote et Tacite, illustrent tous cette seconde méthodologie qui, si l’édition de référence est la meilleure, comme cela fut le cas de Polybe ou des Romans antiques, fige en français une conformation textuelle sans marquer aucun progrès sur elle, et qui, si l’édition de base retenue ne représente pas le sommet de la critique du texte de l’auteur en question, ainsi pour Tacite, les Historiens, ou les comiques latins, tous traduits d’après des volumes Budé timorés plutôt que brillants, enracine la fiction du relatif bon état de transmission de l’auteur en propageant en français des leçons grecques ou latines que de meilleurs philologues considèrent comme suspectes). Literary scholar spécialiste de comédie ancienne (« Aristophane. Fiction et dramaturgie », Paris 1986, révision d’une thèse de 1982), Thiercy fait suivre sa notice sur chacune des onze comédies d’une liste, assez copieuse elle aussi, de divergences par rapport à l’édition critique et commentée généralement considérée comme la meilleure, dont (horresco referens) la sienne propre pour les Acharniens ; fait remarquable dans notre série favorite dont il faudra attendre les Premiers écrits chrétiens pour trouver un second exemple, il traduit même ses propres conjectures préparées spécialement pour ce volume et défendues dans l’annotation. Rien que sur ce plan de la critique verbale, sa Pléïade est supérieure à toutes les traductions d’Aristophane existantes hormis celle en Budé de Van Daële (surnommé « le bien nommé », moyennant un calembour sur « vandale », par un bon juge de la même génération, Marcel Caster, mais qui avait l’avantage de disposer du texte établi sur nouveaux frais par le bon philologue strasbourgeois de formation germanique que fut Victor Coulon). La consultation de cette Pléïade est donc indispensable pour l’helléniste. Son apport doit cependant être minoré au vu des fautes de versification qui vicient non moins le jugement de Thiercy dans l’élaboration de ses solutions nouvelles que lorsqu’il s’agit de choisir entre diverses variantes manuscrites. L’auteur de la nouvelle édition de référence, l’Aristophane des Oxford Classical Texts, N. G. Wilson, en énumère quatre dans ses « Aristophanea. Studies on the Text of Aristophanes », Oxford 2007 : Cavaliers, 1026 ; Guêpes, 1509 ; Lysistrata, 307 et 507. C’est beaucoup ; en effet, comme écrit M. L. West, sans doute le meilleur éditeur de textes poétiques grecs depuis trois générations, « metre at least is reduced to rules: one would suppose that any editor of a verse text would make a point of mastering the rules relevant to his work, but in fact they frequently fail to (particularly in the more southerly countries of Europe). They seem to feel they have merely overlooked a minor technicality, and not to realize that there is a large body of competent scholars whose contempt is earned by nothing more surely than by metrical blunders » (« Textual Criticism and Editorial Technique Applicable to Greek and Latin Texts », Stuttgart 1973, pp. 61-62). Par ailleurs, les principes auxquels Thiercy s’accroche doivent malheureusement être tenus pour chancelants : ne daignant pas nommer ses concurrents dans sa note sur la traduction (pp XXXVIII-XL), il renvoie dos à dos les versions qualifiées de ‘pesantes’ (p. XXXVIII), soit celles à visées universitaires d’Alphonse Willems, Van Daële, Marc-Jean Alfonsi (Classiques Garnier), « ou au contraire teintées d’une familiarité, voire d’une vulgarité, qu’on ne trouve que rarement (et alors intentionnellement) dans le texte original » (ibid.), à savoir la traduction très vivante et moderniste de Victor-Henry Debidour. Thiercy s’efforce donc, sans le dire explicitement, de tenir une voie moyenne entre la transposition des créations verbales, des innombrables jeux de mots, de scène, ou de situation, des anthroponymes comiques dont Aristophane tisse sa langue dans un sens qui les rende immédiatement perceptibles à des contemporains, et un rendu de type archéologique (plus ou moins littéral donc) laissant soin à l’annotation d’expliciter, autant que faire se peut, les procédés poétiques ou lexicaux produisant le rire pour des Grecs du dernier quart du Ve siècle. Les insuffisances de la traduction Pléïade découlent de cette polarisation par trop schématique. Les traducteurs sérieux ont régulièrement des trouvailles autrement meilleures que les rendus de Thiercy : ainsi Nuées, 23-24, ὅτ᾽ ἐπριάμην τὸν κοππατίαν. οἴμοι τάλας, | εἴθ᾽ ἐξεκόπην πρότερον τὸν ὀφθαλμὸν λίθωι, « quand j’achetai le cheval au Coppa. Ah misère ! que n’ai-je plutôt ‘écopé’ un coup de pierre à l’oeil ! » (Van Daële) – « c’est quand j’ai acheté cet étalon primé… Misère… pauvre de moi ! j’aurais préféré être privé d’un œil à cause d’un coup de pierre » (Thiercy, qui se défend maladroitement p. 1073 note 5 ; la paronomase ‘primé’ – ‘privé’ est insensible, alors qu’avec ‘écopé’ on comprend tout de suite le jeu de racines entre le cheval de race marqué par la lettre grecque koppa, KOPPAtian / κοππατίαν, et le participe exeKOPèn / ἐξεκόπην qui exprime l’idée du coup jaillissant qu’aurait mieux aimé, selon lui, le grigou Strepsiade). En outre, chaque fois ou presque qu’il ne lui fallait pas un équivalent, certes parfois lointain ou alambiqué, d’une saillie du grec original, Debidour collait remarquablement à la phrase aristophanesque, davantage que Van Daële ou Alfonsi, tout en écrivant avec une limpidité dont le belge Willems était incapable (comble de maux, le lecteur avisé retrouve beaucoup plus souvent la truculence aristophanesque dans le commentaire de Willems que dans sa traduction, malheureusement pachydermique et entachée de wallonismes). Or on est assez loin de compte à cet égard aussi chez Thiercy. Ainsi Nuées, 486-487, où le grec présente trois verbes (manthanein, legein et aposterein), ἔνεστι δῆτα μανθάνειν ἐν τῆι φύσει ; | – λέγειν μὲν οὐκ ἔνεστ᾽, ἀποστερεῖν δ᾽ ἔνι : « et voyons, tu as des dons naturels pour enfiler les mots – Pour enfiler les mots, non pas du tout ; mais pour filouter les gens, oui bien ! » (Debidour) ; Thiercy adapte cet échange avec des substantifs abstraits à la seule fin d’obtenir un calembour français purement gratuit, car absent de l’original : « alors, as-tu des dispositions naturelles pour la conversation ? – Pour la conversation, non… pour la malversation, oui ! ». Ajoutons que ‘malversation’ est le plus fieffé des modernismes, dont l’introduction chez Aristophane surpasse largement les pires à peu près de Debidour. Bref, l’Aristophane Pléïade avait de grandes ambitions qu’il remplit tant bien que mal dans la partie critique mais n’est constamment supérieur à aucune des traductions existantes, contrairement à ses prétentions (« j’espère surtout pouvoir donner une meilleure idée de l’œuvre d’Aristophane », p. XXXVIII). On sent trop, en le lisant, le mépris du savant mieux outillé en matière de poétique aristophanesque envers ses devanciers auteurs de versions savantes ainsi que la prévention, voire la morgue, de l’universitaire contre le professeur du secondaire dont l’Aristophane reste le plus répandu à juste titre dans notre pays et qui n’a guère vieilli depuis sa sortie en 1965 ; il se peut que le refus de Thiercy de renoncer au grec pour son appareil scientifique, où l’absence de translittération handicape le lecteur, soit en partie une réaction aux notes infrapaginales free of Greek de Debibour. Pour autant, et j’y insiste, les scories de Thiercy valent mille fois mieux que l’absence d’ambitions philologiques de Pierre Grimal francisant Plaute, Térence, Tacite et les Romans grecs et latins sans se demander une seconde s’il n’y avait pas mieux à faire de la part d’un classiciste de renom que démarquer le texte grec ou latin le plus courant en France.

  23. Bonjour à tous.
    Lecteur régulier de ce beau blog (félicitations à son auteur) et de vos riches commentaires, je me permets d’intervenir à propos du volume 2 de Nietzsche. Mon libraire vient en effet de me signaler avec certitude que cet ouvrage ne sortirait pas en 2017. Une publication au premier semestre 2018 semble plus probable.

  24. Je vous passe le bonsoir à tous. Juste un mot pour vous dire que je pense à votre (notre) petite communauté mais que je n’interviens plus sur ce blog par manque de temps. Avant c’était un rituel quotidien de lire tous les nouveaux commentaires, de lancer des sujets, d’entrer dans les conversations et les polémiques (auxquelles j’ai parfois participé, voire que l’ai lancées pour certains d’entre elles) mais je me suis finalement aperçu que cela me prenait trop de temps sur d’autres activités notamment… la lecture et l’écriture. Me plaignant toujours de ne pas avoir assez de temps pour ces deux activités (et même si les interventions sur ce blog peuvent être considérées comme un travail d’écriture comparable à un journal), j’ai décidé d’être conséquent et de ne plus le fréquenter, bien à regret, jugeant la contradiction insurmontable. Mais bon, les journées n’ont que vingt-quatre heures, il faut dormir un peu de temps en temps et il faut malheureusement faire des choix. Cet au revoir n’est pas un adieu, ce retrait n’est pas une retraite, je l’espère. Peut-être la période estivale, moins chargée pour moi qui suis professeur, sera-t-elle propice à quelques promenades pléiadesques sur ce beau blog qui continuera sa vie sans moi comme il a vécu avant moi… Je ne sais pas, je verrai. En tout cas, je vous souhaite à tous de bonnes lectures, des échanges fructueux et… quelques polémiques de temps en temps pour épicer le fil de discussion! Je salue en particulier tous ceux qui ont échangé avec moi, à titre informatif ou combatif, et bien sûr Brumes, l’initiateur de ce blog.

  25. Cher Domonkos,
    Pour tout dire J’avais la flemme de remonter le fil. Mais je vois : encore une question de rodomontade et de hors sujet. C’est décidément un problème réel. Le problème est que la PAGE n’attire qu’un public sans doute cultivé, mais que ledit public ne peut, par le fait, se contenter d’intervenir sur le sujet trop délimité de la Pléiade, d’une part, et que d’autre part il est trop heureux de trouver enfin de rares spécimens de ses semblables pour ne pas s’épancher (je cherche les causes de votre indiscipline à tous, m’excluant de la définition « public cultivé »).
    Dommage quand même de se priver d’Ahmed pour si peu.

  26. S’il est permis, entre 100 digressions, de parler encore de la Pléiade en ces lieux si féconds (où est passé le point d’ironie sur mon clavier?) je signale dans un but purement informatif que dans le volume 6 de la vaste anthologie « Patrimoine littéraire européen » – Prémices de l’humanisme 1400 – 1515, au bas de l’article consacré au Catalan Joanot Martorell il est indiqué « (c) éditions Gallimard. L’ensemble de l’oeuvre de Joanot Martorell est à paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade. » Inutile de préciser que depuis lors (1995) tout cela est tombé à l’eau. Dommage. Il s’agissait de l’édition traduite par J M Barbera et disponible chez Anacharsis, maison qui fait son boulot, elle…

      • Car là, un doute m’habite… edition anacharsis, 2003, 990 pages, éditions quarto, 1997 644 pages pour un format quasi identique:14,5 x 21,5 contre 14 x 20,5 cm. La quelle choisir finalement? La version quarto est-elle vraiment complète…?

      • Non.Assez bizarre, d’ailleurs, que Gallimard ait préféré publier, en Quarto, 1997, la version tronquée et réadaptée – peut-être à partir d’une libre traduction de l’Italien (!) – par Anne-Claude de Tubières, comte de Caylus, version qui éclipsa la version originale, inconnue à l’époque, et connut gloire et fortune tout au long des XVIIème et XVIIIème siècles. Et ce, avec la caution de Vargas Llosa…

        Avant que ce dernier ne « se rattrape » en participant à l’édition que vous citez, Anacharsis 2003, traduction de la version originale et intégrale…

        Etrange destin de ce livre, aussi agité et aventureux (voire hasardeux) que celui de son auteur !

        ……………………………………………………

        Je note, cher Joaquim, que vous nous « ramenez » à la Pléiade (et je vous en rends grâce moultement), pour nous parler d’une oeuvre… qui ne s’y trouve pas !
        (hum, moi aussi je cherche sur mon clavier le point d’ironie…)

        J’espère que cela n’est pas symptomatique.

        ……………………………………………………………………

        En tous cas, vous m’avez donné sacrément envie d’y aller voir (du côté de la version originale et complète, bien sûr, mais aussi de l’autre, pourquoi ? Le prix des deux éditions équivalant celui d’une Pléiade…)

        • Hem, faute de se relire, on écrit n’importe quoi : la « caution » de Vargas Llosa concernait l’édition Quarto, et non pas comme l’ambiguïté de mon expression pourrait le laisser croire, l’édition du XVIIème siècle…

  27. Je viens de découvrir cet article : https://www.fabula.org/actualites/goethe-faust_30504.php de 2009 où l’on peut lire entre autres que « jamais Faust n’avait été intégralement traduit et assemblé dans un seul ouvrage », tandis que « Goethe serait à tort classé comme auteur du XVIIIe siècle ».
    S’il est vrai que l’Urfaust ne figure pas intégralement dans l’édition Pléiade, je suis quand-même navré de lire ça, de même que de constater que les personnes qui ont écrit ou sont citées sur cette page (dont une journaliste de Libération et – tout de même – Pierre Assouline) n’ont pas noté que Goethe était classé comme auteur du XIXe siècle chez Gallimard…

  28. Quelques-uns en ont peut-être souvenance… (Sinon, tant pis.) Un jour, ici même, quelqu’un proposa à chacun d’entre nous, par jeu ou par passe-temps, en une période de morte-saison de La Pléiade, de citer Le Livre qui a marqué sa vie, le livre unique qu’il conserverait jusqu’à son dernier jour…

    Furetant dans « Passe-Temps » de Léautaud (c’est la faute à Restif) et parcourant le chapitre hommage à Marcel Schwob, je trouve cette citation de l’auteur du « Livre de Monelle » :

    « Georges Borrow raconte dans « Lavengro » qu’il rencontra sur le Pont de Londres
    une vieille femme qui ne lisait qu’un livre. Elle ne voulait le vendre à aucun prix.
    Elle y trouvait tout son amusement et toute sa consolation. C’était un ancien livre
    aux pages usées. Borrow en lut quelques lignes : aussitôt il reconnut l’air, le style,
    l’esprit de l’écrivain, du livre où il avait d’abord appris à lire.
    Il couvrit son visage de ses mains et pensa à son enfance… »

    Je ne vous donne pas le titre du livre en question (cela ne compte pas – mais il importe de savoir qu’il fut excellemment traduit dans notre françois langage par Marcel Schwob himself). Si vous êtes curieux de le connaître tout de même, il faut aller voir, p. 245 de « Passe-Temps» suivi de «Passe-Temps II » de Léautaud, au Mercure de France, édition 1987.
    Le peu de peine qu’il vous en coûtera sera largement récompensé.

    Enfin, pour donner des gages aux fidèles de la fabuleuse Bibliothèque (au nombre desquels, modestement, je me compte) et me faire pardonner ce coupable errement (*) – un de plus ! dans l’attente de nouvelles sur les parutions du second semestre 2017 – je précise que le livre évoqué dans ce passage figure en bonne place au catalogue de La Pléiade (oui, c’est tiré par les cheveux).

    ……………………………………………………………………………………..

    (*) Le Dictionnaire m’envoie un représentant de la Police de la Langue, pour me sommer de mettre un «s» final à ce mot, au prétexte qu’il ne s’emploierait qu’au pluriel.
    N’écoutant que mon courage qui s’exprime volontiers lorsqu’il est assuré de l’impunité, en nos temps où le laxisme triomphe, je réponds à ce fonctionnaire que je ne défère pas aux ordres qui s’opposent à mes Droits fondamentaux, au nombre desquels celui de bousculer la grammaire lorsqu’il me chante.
    Sur ce, je lui tire ma révérence. Et à vous tous également.

  29. J’avais pensé à vous en lisant ce passage cher Domonkos. Et à toute cette direction au sujet du livre unique. Je suis heureux que, moins paresseux que moi, vous le citiez. Et encore plus heureux d’être un peu responsable de vos vagabondages dans Passe-temps. C’est de l’excellent Léatautaud.

    • Quelqu’un qui parle ainsi de Marcel Schwob ne peut pas être tout à fait mauvais.

      Ce passage m’a également fait décourir George Borrow (sans « s » à George, cette fois, SVP). J’ai dû aller à la pêche aux renseignements, et, ma foi, cela m’a l’air alléchant. Mais que de nouveaux chemins s’ouvrent sans cesse devant mes pas égarés ! Jamais je ne ressortirai de ce labyrinthe et j’amais n’en pourrai explorer tous les sentiers.

      • J’ai utilisé le terme « passage » et je me dis, a posteriori, qu’il faut me renvoie à « chemin » et à « sentier » et à « passerelle » voire même « passage » de « témoin »…

        • (rectificatif)
          J’ai utilisé le terme « passage » et je me dis, a posteriori, qu’il me renvoie à « chemin » et à « sentier » et à « passerelle » voire même « passage » de « témoin »…

    • J’ai trouvé chez mon bouquiniste cette édition de « Passe-Temps et Passe-Temps II » ainsi qu’une édition de 1956 du « Petit Ami ; précédé d’Essais et suivi de In Memoriam et Amours »

  30. « et à toute cette cette discussion ». Étrange lapsus kalami. Je reviens dès que je peu pour un ajouté et je retourne à la Trappe

  31. Mon pc a fait une AVC. Je ne sais même pas si ce message va passer. Mais sans doute auriez-vous préférez une crise d’hémophilie, petit gourmand!

  32. Si ça veut sourire, publionsl. Mais après je me tais jusqu’à ce que nom nain-forme-atticien s’occupe de l’ennui, je surf sur un réseau pas très sûr.
    Draak, puisque vous êtes là : A moi conte, deux mot !
    J’ai retrouvé les « tenants » de l’affaire Ahmed.
    Et je ne vois absolument pas où il y la moindre nuance de « rodomontades » là-dedans ! vous m’expliquerez (sauf si ça vous embête).
    Tout est on ne peut plus clair chez Ahmed, qui n’y est pas revenu. On ne doit pas parler littérature hors Pléiade? Fort bien. Et comme je le comprends! Mais où donc avez-vous vu des rodomontades?(mais qu’allait-t-il faire… ), sans doutes n’aviez-vous pas lu l’échange. j’en aurais encore à dire, mais passons. Pour de bon.

    Ahmed | 5 mars 2017 à 22 h 09 mi

    Chers tous,
    J’ai dû me rendre à cette évidence que mon intérêt pour la Pléiade est beaucoup trop accessoire, voire même anecdotique, pour que je continue de participer à cette page. Il faudrait que soit créée un jour, quelque part, une page similaire, et de même qualité, qui soit consacrée cette fois aux questions de littérature, et plus généralement au monde des idées.
    J’aurais simplement souhaité poursuivre mes conversations à titre privé avec certains interlocuteurs croisés ici, mais je ne désespère pas de les croiser quelque jour ailleurs, dans ce monde ou dans un autre.
    Je souhaite beaucoup de succès à cette page fort attachante et de qualité inégalée, ce semble.
    Brumes :
    Cher Ahmed, notez que je ne vous interdis pas de vous exprimer. J’ai simplement remarqué que vos interventions suivaient souvent un agenda propre, sans rapport avec l’objet du fil ni avec les commentaires précédents. C’est intéressant sur le fond (et même très interessant vous le savez) mais ça aurait plus sa place sur un blog (le vôtre) ou une page Facebook (sur l’exemple de celle du traducteur André Markowicz). J’ai été un peu rude tout à l’heure et je m’en excuse, mais je ne peux laisser proliférer indéfiniment ce fil en laissant chacun en faire son petit carnet littéraire ou intellectuel. Créez votre blog et nous aurons plaisir à vous y lire ! Amicalement

    • Un sec « Quel rapport avec la Pléiade ? » en réponse à l’intervention d’Ahmed, suivi, cinq minutes plus tard (après un temps de réflexion court et nerveux) : « Vous avez tous beaucoup donné dans le hors sujet récemment, et je trouve que cela devient trop lourd. Je vous prie de bien vouloir tous limiter dans la mesure du possible vos hors sujets : ils alourdissent ce fil. » serait une rodomontade si toutefois je savais employer proprement le vocabulaire français.
      Dans mon esprit de ch’ti attardé, rodomontade était vaguement synonyme de « admonestation » (« avertissement sévère, sans condamner, mais en avertissant de ne pas recommencer un comportement mal toléré par les proches de la personne réprimandée ou par le corps social. selon Wikipedia; Je vérifie au cas où car j’en viens à douter de tout maintenant).
      Evidemment, le mot était mal employé et j’aurais aussi bien pu utiliser « passiflore » ou « cafetière à piston », qui étaient tout aussi inappropriés.
      La journée commence formidablement bien : Non seulement j’apprends une chose nouvelle, mais les bases que je croyais solidement établies vacillent et je dois me remettre en question.
      Pour en finir avec le départ d’Ahmed (que je regrette et admire tout à la fois), j’aurais pu écrire : « encore une question de cafetière à piston et de hors sujet », mais la conclusion eut été la même : « Dommage de se priver d’Ahmed pour si peu ».

  33. Oh, vous exagérez cher Draak -mais m’envisager mort sur mon Pc, ou sur une Pléiade, valait bien que je vous fasse un peu causer. Je ne sais pas trop quel autre mot que « rodomontades » me serait venu sous les doigts, et de plus, j’adore ce type de mot.
    Section étymologie : je crois que Rodomontades nous vient du capitaine Rodomont, personnage important de la commedia dell’ arte.
    « encore une question de cafetière à piston »! vous avez de ces trouvailles! fort plaisantes, bien sincèrement. Merci de ce large sourire matinal.

  34. En fait, Rodomond est le nom d’un roi musulman inventé par l’Arioste pour le Roland Furieux. Il se caractérise par un esprit grognon et fulminant. D’où l’adjectif issu de l’immense succès européen de cette oeuvre.

  35. Arioste qui fait partie à la fois des œuvres majeures et des non pléiadisés.
    (pour le XVIe, j’ai aussi noté dans la catégorie :
    – Garci Rodriguez de Montalvo, Amadis de Gaule
    – le Tasse (italien), La Jérusalem délivrée (1580)
    – Edmund Spenser, la reine des fées
    – Joachim du Bellay
    – Étienne de la Boétie, discours de la servitude volontaire (1576))

    Sait-on comment l’Arioste créait ses noms ? Rodomond renvoie-t-il à quelque chose ?

    • Oui, selon le Wiktionnaire : « De Rodomonte, nom italien d’un roi d’Alger courageux, fier et insolent, personnage créé par le Boiardo dans le Roland l’amoureux et repris par la suite dans le Roland furieux de L’Arioste. » … il ne faut pas oublier que Roland furieux est la suite d’une œuvre précédente …

      • Exact. On oublie trop Boiardo. D’autant plus, Séraphin, que vous pouvez lire l’oeuvre de l’Arioste dans une version de luxe, petit veinard !

  36. Lecteur régulier de ce petit (mais pas si modeste) blog depuis quelques mois déjà, je me permets de prendre la parole pour partager avec vous une information qui ne me semble pas encore connue dans ces contrées. Si j’étais malin je ferais mieux de la monnayer, mais enfin, disons que vous la méritez.
    J’assistais ce matin même à une discussion avec Jacques Mény, qui a glissé, l’air de rien, qu’un volume consacré à l’oeuvre théâtrale et cinématographique de Jean Giono était actuellement en préparation.
    Il ne s’est pas attardé sur le sujet, mais j’ai cru comprendre qu’on avait dépassé le stade du simple projet.

  37. Je pensais aux atellanes romaines.
    Et, dans la joie de la sainte érudition, pour savoir d’où vient -selon certains, j’ai aussi un texte de 28 pages mais c’est un peu long à poster -d’où proviendrais, donc, la comedia dell arte : http://www.gratumstudium.com/latin/theatre.htm

    C’est très sympathique. Merci de votre générosité JackofHearts. Lily, Rosemary et moi vous remercions.

  38. Bien content d’apprendre que le 354ème volume de Giono est en projet… Son Oeu-vreu dramatique et cinématographique, bien sûr que c’est indispensable, j’en rêve toutes les nuits ! (Le volume sera-t-il accompagné d’un DVD ou Bluray ? Comme ça nous aurions un avant-goût de la future Pléiade Dylan avec CD « Best Of » et nous entrerions – enfin – dans le Futur post-livre pléiadesque…)

    Quant à moi, je viens modestement d’acquérir les trois volumes Maupassant, trouvés au fond de la Boutique Obscure de mon bouquiniste et je me dis que – tiens, pourquoi pas ? – on aurait pu songer à un quatrième volume comprenant ses Récits de Voyage « Au Soleil », « Sur l’Eau » et « La Vie Errante », ma foi fort intéressants, et compléter le volume d’un choix de correspondance… Comment ? Ah, oui, ce propos n’a d’autre but que de provoquer la moue méprisante de quelques esprits distingués, dégoûtés de la plate vulgarité de cet auteur qui, pourtant (ce que c’est que l’injustice de la renommée) est peut-être l’écrivain français qui a exercé l’influence la plus profonde et la plus universelle, de la Russie aux USA en passant par le Japon… Que tous ces gens qui l’ont pris pour modèle doivent être stupides !

    (Oui, je sais, je suis rempli d’amertume, ce soir… La faute, peut-être, à la bêtise humaine qui a conduit un garçon de 17 ans à une mort désespérée et solitaire dans un lycée de Picardie… Mort qui nous touche de près et qui me hante. J’ai le chagrin méchant, comme d’autres l’ivresse. Je vous demande pardon.)

  39. Henry James tenait Maupassant pour un maître. Venant d’un des grands sourcier de la nouvelle, l’hommage est de haut vol. Il est loin d’être unique.
    Maupassant… Je l’ai lu et relu sans que jamais nul ennui ne s’entremette entre le texte et moi. L’écriture est d’une rare perfection, pour autant, la vie est là, rien de figé. Mais quel que soit la réussite de ses romans, ses chefs d’œuvres sont pour moi, évidemment, les nouvelles. Je n’oublierai jamais son histoire de l’instituteur Moiron, ni la description de ce haut juge qui glisse vers la folie. Il y a chez Maupassant des dessous d’une noirceur qui dépasse Poe dans l’exploration du Mal. Et je ne parle pas de son fantastique, car on entre là dans une terre d’une étrangeté totale. Je pense notamment à ces meubles qui déménagent tout seuls dans la nuit, à cette étrange antiquaire de Rouen qu’on ne reverra plus et qui garde tout son affolant et terrible mystère. Ce pourrait être une moderne incarnation du diable, on pressent pourtant que cette solution serait bien trop simpliste.Je songe aussi à « La nuit » qui est bien la plus effroyable nouvelle qui se puisse concevoir. Toutes les catégories de Todorov concernant le fantastique sont mises à bas par Maupassant. Il n’y pas d’explication, et c’est en cela que réside, associé à sa puissance descriptive, l’art étonnant (au plein sens du terme) de cet auteur qui refusait toutes les étiquettes et qui, parce qu’il a une écriture qui se lit aisément passe auprès de certains pour un auteur secondaire. Dieu sait si l’écriture de Maupassant montre une maîtrise profonde des ressources de notre langue. Le début de « La nuit » vibre d’un lyrisme qui prépare le retournement si présent chez Maupassant, qui veut que ce qu’on aime vous tue :
    « J’aime la nuit avec passion. Je l’aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d’un amour instinctif, profond, invincible. Je l’aime avec tous mes sens, avec mes yeux qui la voient, avec mon odorat qui la respire, avec mes oreilles qui en écoutent le silence, avec toute ma chair que les ténèbres caressent. Les alouettes chantent dans le soleil, dans l’air bleu, dans l’air chaud, dans l’air léger des matinées claires. Le hibou fuit dans la nuit, tache noire qui passe à travers l’espace noir, et, réjoui, grisé par la noire immensité, il pousse son cri vibrant et sinistre.(…) Ce qu’on aime avec violence finit toujours par vous tuer. »
    (et dire que je n’avais pas relu ce début quand je parlais du renversement cher à Maupassant. Lequel est présent dans « Le chevelure »,nouvelle qui convoque plusieurs des grands thèmes de Maupassant ). Trois fois le mot « noir » dans ce premier paragraphe, plus « ténèbres », le thème est inscrit d’entrée de jeu. Et quelle maitrise dans le lyrisme.

    J’espère qu’on ne va pas s’en tenir là avec Giono! Il manque encore – je peux me tromper – à son œuvre en Pléiade « Images d’un jour de pluie et autres récits de jeunesse « , « Les Héraclides », « De Montluc à la « Série Noire » « , « De Homère à Machiavel » et d’autres encore. Bref, de quoi faire un neuvième volume après celui sur le théâtre. Ce qui ferait de Giono l’auteur français le plus représenté après Balzac, sauf erreur de ma part. Je laisserai cela aux amateurs.. Quitte à avoir tout d’un auteur, je préfère Jouhandeau. D’ailleurs même là, je choisis : Les journaliers et le Mémorial plus une vingtaine d’autres volumes.Mais si l’œuvre complète m’était proposée à un prix décent…
    De toutes manière, je suis actuellement plongé dans William Gaddis, qui fait ma joie. Après « J.R », je reprendrais « Les Reconnaissances », immense roman. (Lire, c’est relire).

    Mais, et je pense ici bien sûr à Domonkos et à l’ombre d’un tout jeune homme, tout cela est bien vain devant certains événements qui nous frappe. J’ai lu quelques « coupures » de journaux sur internet, cette histoire est atroce. Comment ne pas se sentir accablé par la tristesse devant cette toute jeune vie qui s’élançait à peine vers l’existence. Pour avoir connu le monde du lycée, je sais que le silence des CPE, l’indifférence des proviseurs, le silence, l’implacable silence, est une ignominie. Surtout : ne pas faire de vagues. Tel est le mot d’ordre.Le rectorat regarde et moins on a d' »histoires » (ces vocables qui masquent tant de douleurs), plus les points grimpent. J’ai connu des professeurs qui en rageaient jusqu’aux larmes. Allons, les mots ne sont guère utiles.Je ne puis que vous assurez de toute ma sympathie Domonkos.

    • Dans ce cas précis, pas « des proviseurs »… La Proviseure a alerté des dysfonctionnements et le Rectorat l’a désavouée et réduite au silence ; le Proviseur-Adjoint a sonné l’alerte et on lui propose… de s’éloigner, d’aller voir ailleurs ! (Le mot d’ordre de la hiérarchie est l’omerta. Pour qu’un problème cesse d’exister, il suffit de le nier. On est dans la pensée magique. On en voit aujourd’hui les conséquences. Ce gosse a été littéralement, comme avait dit un de nos Présidents, « jeté aux chiens »)
      Ce drame, je le vis de l’intérieur. Je ne devrais pas l’évoquer ici, mais bâillonné par ailleurs, je ne puis retenir mon chagrin et ma colère.
      ………………………………………………….
      Quant à Giono, je ne crache pas dessus, loin de là, c’est un des auteurs qui m’a le plus accompagné tout au long de ma vie, je ne dis pas non plus qu’il ne reste pas des oeuvres intéressantes à publier en Pléiade, mais je puis franchement me passer de ses oeuvres dramatiques ou cinématographiques. Elles sont extrêmement dispensables.

      • C’est toujours la même vieille histoire… sinistre… aux yeux des « autorités » le vrai coupable n’est pas celui qui est responsable du scandale, mais celui qui le révèle. L’administration est au-dessus de tout, doit assurer avant tout sa survie, au mépris des gens dont elle est prétendument au service.

        Une des plus belles escroqueries littéraires de ce siècle a été de nous convaincre que Kafka décrivait un monde imaginaire ou bien un monde se situant au-delà d’un certain « rideau de fer », tout ce qu’on veut mais surtout pas NOTRE monde. Chaque fois que je le lis, j’ai l’impression de prendre connaissance d’un diagnostic médical parfaitement détaillé et exact du mal qui nous ronge.

      • Le volume des Romans picaresques espagnols contient au moins deux chefs d’œuvre : Mateo Alemán : Le Gueux ou la vie de Guzman d’Alfarache et l’extraordinaire roman de Francisco de Quevedo : La Vie de l’aventurier Don Pablos de Segovie. Quand à l’anonyme Vie de Lazare de Tormes (ce n’est pas celui que cite Rousseau) il est très agréable à lire. Les deux autres sont réellement extraordinaires et si j’en avais le temps j’en eusse brossé avec plaisir une petite critique. C’est en tous cas, vous l’aurez compris, à lire. Et puis les introductions de Maurice Molho sont excellentes. La prose de Quevedo est superbe, ses personnages touchent à la franche démence. Et le Don Guzman est un grand :livre théologique, mais ici la théologie est action ! J’envie ceux qui découvriront ces textes somptueux. Bon, je retourne à JR de William Gaddis, plus ardu que Les reconnaissances mais une fois entré dedans la machine apparemment folle et merveilleusement maîtrisée du langage prend le relais. Quel auteur !

    • « Il y a chez Maupassant des dessous d’une noirceur qui dépasse Poe dans l’exploration du Mal. » Décidément vous êtes mon porte-parole, Restif ! Quelques contes fantastiques de Maupassant sont bien sûr très connus, mais en général la noirceur de Maupassant est sous-estimée, elle dépasse le domaine du Fantastique pour toucher à celui de la Folie et de la Crainte irraisonnée, existentielle… Ce soi-disant canoteur insouciant est « plus noir que vous ne pensez » (les amateurs reconnaîtront le titre du roman de SF à qui j’emprunte cette expression). Egalement un fond de pessimisme qui le conduit à des confidences surprenantes. Il y a bien des pages qui ne dépareraient pas la Pléiade (et matière à ce quatrième volume qui ne serait pas surnuméraire).

      Pendant que j’y suis et avant de quitter Maupassant, je veux faire une remarque qui me trotte dans la tête depuis longtemps : pour qui a, comme moi, lu « classiquement » les nouvelles dans ses jeunes années, en Livre de Poche, dans des recueils dont certains titres sont emblématiques, il est un peu inconfortable de se trouver devant deux forts volumes où les nouvelles s’enchaînent dans l’ordre strictement chronologique, les césures ayant disparues, le tout formant un pudding quelque peu indigeste. Je n’ignore pas que les recueils et leurs titres étaient de pur opportunité, Maupassant laissant paraître en librairie des recueils sans vraie identité, dès qu’il avait assez de matière parue dans les journaux, mais, je le répète, ces recueils pendant une centaine d’années avaient fini par devenir, sous cette forme, des « classiques » et je regrette leur disparition.

      • Oui, cher Domonkos, mais à la fin de chaque volume est proposé la liste des nouvelles présentes, non pas dans l’ordre chronologique du déroulement du volume, mais classé par « recueil » (avec numéro de page correspondant) … on peut donc aisément reconstituer la lecture d’un recueil célèbre en piochant dans le tome selon les indications présentes à la fin. Ce choix reste un bon compromis.

        • Cela ne m’a pas échappé… et m’est apparu comme une tentative de « repêchage » de vieux lecteurs désorientés comme moi… Je suis sensible au sentiment de compassion à l’égard de mes semblables et de moi-même qui a, je n’en doute pas, inspiré les éditeurs…

  40. À voir ou à revoir sur LCP ou en « replay » sur l’ordinateur : l’émission Bibliothèque Médicis consacre une belle interview à Catriona Seth, professeur à l’Université d’Oxford, spécialiste du XVIIIe siècle, qui a dirigé l’édition Pléiade « Œuvres » de Madame de Staël à paraître le 20 avril prochain.

  41. Dans les colonnes du Figaro du 17 avril 1862: «[…] On ne saurait dire toutes les ruses imaginées par les bons Parisiens pour lire « Les Misérables » sans les acheter. Un cercle d’amis s’est divisé par douze; chacun a mis vingt sols, et on s’est repassé l’ouvrage… Des gens qui payent leur dîner deux louis trouvent que douze francs sont une somme considérable en librairie. On voudrait avoir les romans inédits de Victor Hugo dans les journaux à cinq centimes!»

    Rien n’a changé depuis cette époque, je connais des foules de gens qui trouvent toutes sortes d’usage plus intéressants d’un billet de 20€ que l’achat d’un livre ou qu’un jeu vidéo à 60€ est à son juste prix, tandis qu’une Pléiade au même prix !… Terrific ! Mais vous êtes fou de mettre un prix pareil dans… (j’hésite à dire le mot)… un livre !

  42. Je viens de recevoir mon « Tirant le Blanc » que j’avais trouvé sur un site qui vend des livres « recyclés » : état impeccable, 6$ port inclus ! (Imbattable à mon avis.)

    Il s’agit de l’édition de la version française du Comte de Caylus (1737). Bien sûr, je vais me commander la récente version intégrale, directement traduite du catalan (que je n’espère pas trouver d’occasion). Mais, ce livre-ci me paraît tout de même très intéressant, et même indispensable.

    Tout d’abord parce que la version du Comte de Caylus est très agréable, écrite dans la langue de la meilleure époque, et a exercé un très grand attrait et une importante influence à son époque. Ensuite, parce que le récit est suivi d’une étude de Fumaroli sur Caylus et d’intéressantes notes, postface, bibliographie ; enfin, parce que dans les annexes est reproduit « L’Avertissement » de Nicolas Fréret à l’édition de 174O, lequel Fréret pour lequel j’ai une affection particulière car il fut de ces humanistes courageux et éclairés du Siècle des Lumières (sa lucidité lui valut d’ailleurs de connaître les charmes de la Lettre de Cachet) et un des introducteurs de la culture chinoise en France (c’est à ce titre que j’avais « fait sa connaissance » il y a quelques décennies).

    • Je n’ai pas mentionné l’intro de Vargas Llosa, car il s’agit d’une de ses conférences sur le sujet, qu’on retrouve ailleurs (entre autre, réunie à deux autres conférences sur le même ouvrage, dans un petit livre édité par Gallimard, que j’ai bien l’intention d’acquérir également.)

      Un regret : quelle belle Pléiade cela ferait !

      • De ce que je vois sur Amazon, après Sade, Cervantès et Malraux, c’est celui qui me tira de mon sommeil littéraire, le grand Joseph Conrad, qui ferait l’objet cette année du tirage spécial. Mes cinq volumes Conrad se passeront de ce florilège.

      • Dans l’édition Anacharsis, que je viens également de recevoir, la préface de Vargas-Llosa est bien maigre et d’un intérêt très limité. Les notes se résument à 25 pages informatives.

        • Dommage. Je compte me l’acheter tout de même, pour avoir la version intégrale et fidèle à l’original. Ceci dit, je ne regrette pas l’achat de la version partielle et « classique » de Caylus, car elle a ses propres mérites (j’ai commencé à lire et j’ai été immédiatement accroché) et de plus l’édition est vraiment honnête, avec des suppléments intéressants…
          En ce qui concerne la préface de Vargas Llosa, c’est simplement la reprise d’une conférence qu’il avait faite à Londres en 1990, il s’agit d’une parmi d’autres, car il semble avoir passé sa vie à tenter de promouvoir cette oeuvre. C’est vrai que pour l’essentiel il s’agit de pure « publicité », avec quelques pages d’analyse un peu plus intéressantes.
          Les dites conférences font l’objet d’un petit livre chez Gallimard, sous le titre « En selle avec Tirant le Blanc’ (collection « Arcades » semi-poche, pas cher)

          • J’ai oublié de dire que la version « francisée » est pourvue de notes importantes, qui se trouvent en bas de pages…

  43. Question aux spécialistes de la Pléiade : quelqu’un connaît-il l’évolution de la présentation (packaging) des ouvrages, avec, le cas échéant, les années charnières ?
    1/ Jaquette complète, coffret neutre
    2/ Deux demi-jaquettes découpées même impression que le modèle de l’ancienne jaquette, coffret neutre
    3/ Deux demi-jaquettes découpées avec nouvelle 1ère de couverture réimpirmée, coffret neutre
    4/ Rhodoïd seul, coffret imprimé rigide collé
    5/ Rhodoïd seul, coffret imprimé semi-rigide plié
    – Autres versions intermédiaires ?
    – Coffrets deux ou trois ouvrages imprimés ou non
    – Séries limitées (Proust 3 volumes sous coffret unique « velours » années 90…)
    – Évolution de l’épaisseur du rhodoïd (150 microns, avant/après, rhodoïd actuel très/trop fin qui se plie trop facilement…)
    Par avance merci à vous.

    • Une réponse partielle (trouvée sur le site de la Pléiade) :
      Étuis illustrés, question :
      À partir de quelle année précise les volumes, et notamment les albums, sont-ils passés des emboitages gris aux étuis illustrés ?
      Réponse :
      Un examen attentif de notre bibliothèque indique que le passage des emboîtages en carton brut aux étuis illustrés s’est effectué à partir du n° 327 (Colette, Œuvres II, avril 1986).
      De la même façon, c’est à cette même date que les Albums Pléiade sont proposés avec l’emboîtage illustré. La bascule s’est opérée entre l’année 1986 et l’année 1987 (Album Malraux, 1986, emboîtage sous carton brut. Album Maupassant, 1987, emboitage illustré reprenant le visuel de la jaquette).

  44. Merci, sisypheretraite. C’est un élément de réponse, en effet.
    Parmi les questions précises que je me pose, il y a l’apparition des demi-jaquettes. On trouve sur le marché de l’occasion nombre de fausses demi-jaquettes consistant en d’anciennes jaquettes 1ère mouture grossièrement découpées au ciseau pour laisser apparaître le dos relié. Mais il me semble que certaines de ces demi-jaquettes obtenues à partir des jaquettes première version sont si proprement et si régulièrement coupées, qu’elles l’ont pu être par Gallimard lors de la période de transition ; ceci pour deux raisons : l’un pour écouler les anciennes jaquettes imprimées, l’autre pour une question d’harmonisation de la gamme. J’aimerais beaucoup une réponse précise sur ce point. La question des rhodoïds et des coffrets est déjà plus technique et viendra en son temps.

  45. Je reviens un dernière fois sur mon « Tirant le Blanc ». J’ai lu d’une traite (au même rythme que les cavalcades et navigations du héros à travers l’Europe, la Méditerranée, l’Asie Mineure et l’Afrique du Nord), sans un instant de lassitude, sans qu’une seule fois soit diminué le plaisir au récit de cette double guerre : la guerre de Chevalerie et celle de l’Amour. Je parle de la seule version écourtée et adaptée par le Comte de Caylus, qui est un bijou (nul doute que la couronne complète représentée par la version originale intégrale le soit également).

    Je tiens à dire que cette lecture ne coûte pas la moindre peine au lecteur moderne, on ne sent jamais de difficulté ni dans le langage, l’expression, ni dans la compréhension de faits rapportés, encore moins dans celle des sentiments (notamment en matière amoureuse). Ca n’a pas une ride. Rien à voir avec les romans de Chevalerie médiévaux plus ou moins merveilleux (beaucoup plus proche de Dumas – en bien mieux – que de Chrétien de Troyes). On a affaire à un véritable roman profane et un très grand roman dont je ne m’explique pas pourquoi il est tombé chez nous durant deux siècles dans une complète obscurité.

    Ce qui ne semble pas être le cas dans de nombreux autres pays, notamment anglo-saxons.

    Il me reste à acquérir l’édition intégrale traduite directement du catalan originel. Je puis d’autant plus le faire avec confiance que le traducteur n’est autre que Jean Marie Barbera, le même qui a établi l’excellente édition de la version de Caylus (à mon avis tout aussi indispensable, car Caylus était un véritable écrivain, qu’il n’a aucunement trahi l’esprit de l’oeuvre selon Barbera, et que le livre est agrémenté d’un important appareil de notes et de documents indispensables).

    Evidemment il s’agit d’un investissement. Mais pour une oeuvre majeure et de grandes heures de plaisir, à la fois sensuel et intellectuel.

    • Pourquoi Tirant le blanc est méconnu? La réponse est hélas simple, parce que c’est un texte écrit en catalan (valencien) et que, comme l’a très bien dit Umberto Eco, les chef d’oeuvres, même incontestables, écrits dans des langues dont les Etats ont soit perdu de leur puissance politique soit ont toujours été des Etat sans armée importante, sont voués à être laissés à la marge. C’est très regrettable et il faut d’autant plus saluer ceux qui essayent de faire revivre ce genre de textes. Je pense aussi à l’extraordinaire littérature islandaise médiévale mais même la littérature portugaise (la pérégrination de Mendes Pinto) ou le Kalevala finlandais pourraient aussi être cités parmi les incomparables merveilles de la littérature mondiale qui pâtissent des réalités historiques et politiques. Et je ne parle même pas de la littérature géorgienne…

      Je ne nie en aucun cas le fait que les Etats-Unis ont vu naître de très grands génies, mais la place hallucinante que prend la prose américaine dans les librairies du monde est avant tout due à la puissance politique et financière des Etats-unis.

      • Croyant en avoir fini avec ce que j’avais à dire sur « Tirant le Blanc » j’ai eu l’imprudence de parler d’une « dernière fois », mais avec moi il y a toujours une autre « dernière fois » pour s’ensuivre – j’en demande pardon à tous ceux que ma prose lasse…

        ……………………………………………………………………………………

        Cher Joaquim – que je ne saurais trop remercier de m’avoir fait découvrir une oeuvre qui me donne tant de plaisir et de curiosité – je souscris à vos dires, à cette réserve près qu’on pourrait certainement sans trop d’effort (je suis trop fainéant pour m’y mettre), trouver des exemples contredisant cette règle, selon laquelle la diffusion d’une langue et d’une culture souffre du manque de puissance de la nation qui les porte. (Dénoncer ce qu’il y a de révérence devant la puissance du Maître actuel de la planète, dans l’admiration sans bornes et sans discernement de beaucoup de nos contemporains à l’égard de la littérature – et de la culture en général – nord-américaine est un de mes dadas, ceux qui ont la faiblesse de le lire sur ce blog le savent.)

        Pour aller dans votre sens, il n’est pas niable que «Tirant» est paru exactement au moment où la domination Catalane – et Valencienne précisément – sur la Méditerranée occidentale, s’effondrait, et où la Castille par son alliance avec l’Aragon prenait la première place dans la Péninsule.

        Pour autant, cela n’explique pas tout, dans ce cas précis. «Tirant» a connu un certain succès à parution (selon les critères éditoriaux de l’époque qui est celle des tout débuts de l’imprimerie en Occident) et a rapidement bénéficié de traductions en Castillan, en Italien puis en Français (celle de Caylus qui a également connu un succès certain, toujours selon les critères éditoriaux de l’époque ; succès qui a largement débordé de la France, en vertu de l’universalité de la langue française, au 18ème siècle, dans les classes européennes « lettrées »). Il aurait donc pu connaître la pérennité dans ces langues, à défaut du Catalan – dans sa version Valencienne du XVème s. de surcroît – qui ne bénéficie pas de la même diffusion.

        Outre la question de son lieu de naissance et de sa langue originelle (que je ne minimise pas, même si je la relativise), il y a la question du discrédit dans lequel est tombé le « Roman de Chevalerie » en général (et les railleries de Cervantès n’y sont pas pour rien). Or, justement, c’est par erreur et abus que « Tirant » est confondu avec eux. On a jeté le « bébé Tirant » avec « l’eau du bain Roman de Chevalerie ».

        «Tirant» représente une sorte de petit miracle en ses lieux et temps, par son modernisme. L’auteur n’a pas voulu faire une critique, encore moins une parodie, du Roman de Chevalerie, il adhère sincèrement aux valeurs de ses héros, et, dans le même temps, il y a dans le récit un mélange de réalisme et de fantaisie qui préfigurent des oeuvres ultérieures. On se trouve dans un champ historique et géographique avéré – même s’il s’agit d’une Histoire transformée en fiction romanesque. Les personnages ne sont pas des héros mythologiques ni des emblèmes, ils sont de chair et de sang, individualisés et crédibles. La matière romanesque et le déroulement du récit sont maîtrisés, l’auteur a une liberté par rapport aux personnages et à la narration qui fait de lui un véritable auteur au sens où nous l’entendons. Ce livre est un maillon dans l’histoire de la construction du roman, et pourtant il n’est pas «daté» et il nous parle directement.

        J’aurais moi-même du mal à ingérer sans douleur, à défaut d’une bonne préparation, «Amadis de Gaule», les lecteurs du «Trône de Fer» de R.R. Martin tomberaient de leur haut en abordant les Romans de Chevalerie, comme les amateurs de Tolkien en lisant le Kalevala, les Sagas Islandaises ou le Beowulf. Tandis que rien ne vient mettre un obstacle entre un lecteur moderne «moyen» et «Tirant le Blanc» (du moins dans la version Caylus, la seule que je connaisse directement, pour le moment). La preuve en est que sa republication, dans les années 80 aux Etats-Unis et en Angleterre a été un franc succès et a été reprise en poche pour une large diffusion. On ne peut a priori imaginer plus éloigné qu’un Américain du Nord d’aujourd’hui d’un Chevalier-Aventurier Catalan, en voie de déclassement (peut-être est-cela qui nous le rend si étrangement familier ?) du XVème siècle !

        Il est compréhensible que le lecteur moderne «moyen» évoqué plus haut puisse être intimidé par le fait que ce roman a été écrit par ce représentant d’une caste, d’une nation et d’une époque à demi tombées dans l’oubli. Raison de plus de ne pas lui faire croire que cela a quelque chose à voir avec les épopées médiévales scandinaves ou géorgiennes qui ne peuvent pas être lues – en tout cas bien comprises et appréciées – sans une sérieuse préparation.

        • Pour répondre à votre question de la puissance politique liée à la créativité littéraire, quelques contre-exemples existent. Les Contes d’Andersen (mais ce sont des contes) et l’oeuvre de Kierkegaard sont écrits en danois même si à l’époque ce n’était plus depuis longtemps une puissance dominante. La littérature suédoise démarre vraiment au XIXe siècle alors que sa puissance politique s’était achevée au début du XVIIIe siècle avec la mort de Charles XII. La littérature espagnole est florissante au XVIIe siècle tandis que sa puissance fut déclinante durant tout ce siècle. L’Albanie, petit pays sans puissance politique ni économique, possède un écrivain d’envergure mondiale : Ismaël Kadaré. Le vrai talent finit toujours par percer. Le réel problème est surtout le manque de traducteurs des langues rares parlées dans ces pays qui n’intéressent pas les locuteurs de grandes langues et, effectivement, ces lacunes peuvent être liées à l’importance politico-économique.

          • Evidemment, dans les langues rares, je ne mets pas l’espagnol. C’était ici un exemple historique.

          • Dans le classement des pays qui accueillent, à travers la traduction, les oeuvres étrangères, nous ne sommes pas si mal placés que cela, tant s’en faut.

            Mais traduire (comme le montre l’exemple de « Tirant » très tôt traduit dans de grandes langues de communication et de culture : italien, espagnol castillan, français) ne suffit pas toujours.

            Il y aurait beaucoup à dire sur le pourquoi de l’émergence de certaines oeuvres et l’échec d’autres : mais, au bout de toutes les analyses, il restera quelque chose de mystérieux dans la rencontre ou le non-rencontre entre l’oeuvre et les lecteurs, quelques soient les circonstances. Et, dans ce domaine, le dernier jugement n’est jamais certain : des succès planétaires tombent en désuétude, des oeuvres longtemps ignorées se révèlent soudain. Elles « arrivent au bon moment et au bon endroit » parfois très loin de l’époque et du lieu où elles sont nées.

            (Bon exemples, notamment issus de la langue danoise qui n’est tout de même pas la plus parlée, lue ou écrite au monde. J’avais pensé à Kierkegaard et, bizarrement, oublié Andersen !)

          • Concernant Kadaré il est à noter qu’il est quasiment inconnu dans les pays anglophones au point que les rares traductions en anglais sont faites à partir de la traduction… française.

            Oui, Andersen et Kierkegaard (dont les Pléiades se font décidément attendre….) sont des contre exemples, mais les Danois lettrés que je connais vous citeraient une demi-douzaine de prosateurs qu’ils mettent très hauts et que nous ne connaissons qu’à peine par de vague notices dans nos dictionnaires. Il y a peu de doute dans leurs cas que la rareté de leur langue et la faiblesse de leur nation y soit pour quelque chose.

            Le problème du choix de ce qui se traduit ou pas est crucial et mystérieux. J’ai visité ces dernières années une dizaine de pays européens et chaque fois, même si je ne comprend pas la langue, je fais un tour dans les librairies. Première constatation, les traductions du français sont très nombreuses… mais la deuxième est que les auteurs les plus présents sont… disons bien moyens voire médiocres ou liés à une actualité extra-littéraire. Eric-Emmanuel Schmitt a droit à des étagères entières vraiment partout…. Dernièrement j’ai remarqué un certain succès des Rois maudits de Druon en Pologne (à cause d’une série américaine qui l’a plagié semble-t-il…) et du Camp des Saints du vieux royaliste dont je ne retrouve plus le nom (du fait des crises migratoires récentes).

        • Discussion très intéressante, mais pour rester (un peu) dans les clous de la pléiadolâtrie, que valent les trois romans picaresques espagnols et leur traduction publiés il y a bien longtemps dans la collection, mais que je vais peut-être m’offrir bientôt…?

          • Je ne suis pas un fanatique d’une sorte de « discrimination positive » concernant la Littérature… Les supposés très grands écrivains appartenant à de petites nations ignorées existent certainement mais ne sont probablement pas aussi nombreux que l’Unesco et ses « oeuvres représentatives » ou certains lettrés intellectuels saisis d’une sorte de sentiment de repentir veulent bien le croire ou le faire croire.

            Je n’ai que la parole des Danois, malheureusement, pour m’assurer qu’il existe chez eux plusieurs écrivains de la taille d’un Kierkegaard ou d’un Andersen. Jusqu’à plus ample informé je reste dans le doute critique…

            J’ai éprouvé de nombreuses fois de grandes déceptions en lisant des oeuvres annoncées comme formidables (égales pour le moins de Proust, Balzac, Dickens, Joyce… que sais§je ?), venus de contrés lointaines, Philippines, petites nations africaines ou d’Asie Centrale, minorités marginalisées de tel ou tel grand pays forcément « impérialiste »…

            Cela commence parfois par quelques vraies découvertes, cela continue par une mode et cela se termine par un fonds de commerce : comme avec les écrivains « noirs » scandinaves tant promus par Actes Sud et autres suiveurs ; pour un « Millenium » combien de « chef-d’oeuvre de la littérature policiére qui font bien pâle figure auprès des grands classiques (généralement américains, désolé) du genre !

            Pour prendre un exemple personnel et direct : je suis d’origine hongroise, mais né en France et maîtrisant insuffisamment l’idiome magyare (juste assez pour une compréhension basique, pas assez pour porter un véritable jugement sur les qualités littéraires d’une oeuvre dans le texte). Je me suis donc jeté sur toutes (ou presque) les traductions de « grrrrands écrivains » hongrois qui sont parues en France depuis quelques décennies (cela en fait quelques-unes, je vous assure) et ce, avec un a priori favorable évidemment. Je n’ai pas découvert un seul très grand écrivain dont l’absence dans le concert des nations littéraires serait absolument désolante. De bons écrivains, des moyens, des médiocres (tous également annoncés comme formidables, car il semble que, lorsqu’on parle de littérature réputées « dominées » ou « marginalisées » tout sens critique doit se faire et l’on doit tout trouver formidable), mais rien de plus.

            A présent je courbe la tête, en prévision des pierres qui me seront lancées (et que je ne renverrai pas, j’en paverai les allées de mon jardin), mais mon opinion sur la question est faite et, en une certaine connaissance de cause (c’est une groupie d’Etiemble et de la Littérature Comparée qui vous parle).

            C’est pourquoi, lorsque j’encense « Tirant le Blanc », si on n’est pas obligé de me croire sur parole (ma parole ne valant pas plus que celle d’un tas de gens parfois bien plus compétents que moi), on peut du moins être assuré qu’il n’y a nulle complaisance dans mon jugement.

          • Ne prenez pas la peine de m’assassiner, cela a déjà été fait, par une excellente amie traductrice d’oeuvres de langue hongroise.

          • Je vais juste ajouter que nombre de médiocres écrivains français, allemands ou anglais (américains) sont largement diffusés de par le monde. Laissons donc un peu de place aux médiocres écrivains hongrois, géorgiens ou slovaques… En outre, même si soudain une langue peu parlée se voit dans certains pays gratifiée de nombreuses traductions (l’islandais est 10 fois plus traduit aujourd’hui qu’il y a 20 ans en français), les éditeurs vont souvent au plus facile et laissent en plan les vrais grand génies. Quand on pense que le chef d’oeuvre de Laxness Lumière du monde est indisponible depuis des lustres et que l’un de ses plus beaux romans Salka Valka n’a pas été republié depuis les années 50, et encore, seule la première partie avait été traduite en français… D’ailleurs je pourrais vous citer plusieurs écrivains francophones que je mets très haut (et je ne suis pas le seul) qui ne sont pas ou peu traduits. Donc, méfions-nous de ce que nous ne connaissons que par traduction, les oublis et les erreurs sont certainement légion.

          • Je comprends (et partage, même sous des formes différentes) votre passion, cher Joaquim Hock.
            La discussion risque d’être sans fin, tant il y a à dire, dans un sens ou l’autre, et nous risquerions de nous faire rappeler à l’ordre par l’hôte de ces lieux.
            Pour conclure de façon humoristique (sans aucune forme d’irrespect croyez-le bien, s’il y a quelque ironie dans le propos qui va suivre elle s’adresse au moins autant à moi-même qu’à vous) : tout est dans tout et vice-versa.

            Ce fut un plaisir (et instructif).

        • De quelle « récente » traduction de Tirant parlez-vous ?
          Je ne vois que les traductions de Caylus chez Gallimard en 97 et Anarchasis en 2003. Laquelle vous a tant enthousiasmé?

          • Cher Monsieur, pardon, il y a une confusion certaine dans mes échanges avec Joaquim qui s’étendent sur 15 jours et sont entrecoupés d’autres dialogues. A cette confusion provoquée par les contraintes de ce fil, s’ajoutent celles de mon esprit qui a tendance à se prendre les pieds dans les dates…

            Je résume. Joaquim ayant signalé l’édition d’Anacharsis et précisé (je crois, sauf nouvelle erreur de ma part) qu’il venait de l’acquérir, j’ai cru tout bonnement qu’elle datait de ce début d’année 2017. Je me suis rendu compte par la suite qu’elle datait de 2003 (si j’avais mieux lu Joaquim, je me serais rendu compte qu’il le précisait), mais cela me semblait encore assez « récent » (en tout cas postérieur à l’édition partielle et partiale dans la traduction de Caylus qui, elle, date de 1997) pour que je continue de la nommer telle.

            J’ai bien précisé par contre que j’avais eu accès, grâce à un coup de chance, à la « version Caylus » à très bas prix (4,9€ il m’a semblé que cela ne se refuse pas) et que tous mes commentaires se rapportaient à cette version.

            J’ai ajouté, pour ne rien cacher, que j’attends le mois prochain (questions budgétaires) pour me payer la version intégrale, traduite d’après l’original, à 30€.

            Enfin, j’ai cru bon de dire que la version « francisée » de Caylus avait ses mérites, pour des questions d’écriture et surtout historiques, étant donné que cela a été la seule connue au 18ème s. et même jusqu’à nos jours en France et dans l’aire francophone. En l’état, elle m’a effectivement enthousiasmé.

            Je n’en attends pas moins de la version originelle… et certainement plus !

  46. Pardon , j’ai répondu à la question sur Les Romans picaresques espagnols à la mauvaise place (lors d’une réponse à Domonkos portant sur Maupassant. J’y dis tout le bien que je pense de cette merveilleuse Pléiade. Et comme il est délicat de recopier sa propre prose, je me content d’un lien renvoyant (je l’espère!) au commentaire.
    https://brumes.wordpress.com/la-bibliotheque-de-la-pleiade-publications-a-venir-reeditions-reimpressions/comment-page-9/#comment-14278

  47. Joaquim Hock (1) : il y a un excellent Pléiade Andersen : quelle autres œuvres d’Andersen souhaiteriez-vous aimeriez-vous voir publiées dans la collection ?

    Johanquin Hock (2) : vous pouvez acheter les Romans picaresques espagnols à La Pléiade les yeux fermés, ils sont excellents.

    Domonkos :quelles œuvres éditées à La Pléiade sont originaires des Philippines, de petites nations africaines ou d’Asie Centrale ?

  48. Est-ce qu’André Pieyre de Mandiargues ne serait pas en préparation secrète pour la Pléiade ? En tapant La Pléiade – Auteur – André Pieyre de Mandiargues, j’ai eu la surprise de découvrir une petite biographie sur le site de la Pléiade. A voir. En savez-vous plus que moi ?

  49. Puisque j’ai laissé une réponse pour les romans picaresques dans la Pléiade (réponse pas si ardue à trouver quand même ! et qui ne m’aura valu que la plus noire ingratitude. Ah, Timon, comme je te comprends !) j’en profite pour redemander à Brumes (ou à toute personne l’ayant lu) si Les Travaux de Persille et Sigismonde (traduit par M. Molho éditeur de la Pléiade picaresque) est bien un grand livre comme je le subodore.
    Domonkos, et pourquoi désirez-vous ce silence autour de vous? Serait-ce parce qu’on vous demande d’indiquer des titres en Pléiade alors que vous parliez d’auteurs qui, précisément, n’y figurent pas? Vous êtes une autre victime de la méchanceté humaine, voilà tout.
    Mais je vous en prie, gardez ce détachement et n’allez point rompre le jeune du logos pour une réponse. Moi-même, s’il n’ y avait cette question, ultime essai…Non que je n’attende avec impatience la discussion sur les rhodoïds, pensez si le sujet m’enthousiasme. Je n’en vis plus.

    .

    • Ma non réponse s’adressait précisément à celui qui semble vouloir faire profession d’être mon censeur personnel – et ne visait dont pas tout un chacun, vous moins que personne Restif, j’aurais dû être plus précis. Une certaine lassitude de me voir – soit directement soit sous forme de question faussement naïve – « rappelé à l’ordre » par ladite personne, aussi lui demandai-je de « faire comme si je n’étais pas là » : il doit être si facile de sauter un pavé de texte dès qu’on le voit affublé du panonceau « Domonkos » !
      Par ailleurs, j’essaie de soigner un peu ma logorrhée et de prendre de la distance (tâche écrasante !)
      ………………………………………………………………………………….
      De plus, vous êtes cruel, Restif. A peine Joaquim Hock m’a-t-il fait découvrir l’ampleur de mon ignorance en me faisant découvrir ce livre enthousiasmant (« Tirant le Blanc » je ne peux plus m’en détacher) que vous en remettez une couche avec votre « Les Travaux de Persille et Sigismond » !…
      Je vais finir par retourner aux « Bob Morane » de mon adolescence, et ne plus en sortir, m’en contenter comme alpha et oméga de ma culture littéraire, e basta !

      • J’allais presque dire :
        « Epargnez mon pauvre cerveau de presque vieillard, allez-y Molho !… »
        Mais vraiment, dans un blog aussi sérieux, je n’oserai jamais.

      • Ayant été me promener du côté de vos « Travaux, etc. » le gouffre de ma béotiennerie m’est apparu insondable… Il ne me reste qu’à m’y jeter, emportant avec moi ma honte… Que disais-je, dans ma forfanterie : « Bob Morane » ? C’est encore trop pour moi ! Remontons plus avant : « Le Club des Cinq » me conviendra parfaitement…

        • Cet aveu me coûte trop de douleur, cher Restif, m’en remettrai-je ? Certes non. Au gouffre, au gouffre ! et n’en parlons plus.

          Comme dit l’autre :

          « Puesto ya el pie en el estribo,
          con ansias de la muerte,
          gran señor, esta te escribo. »

          • Oh mais mon cher Domonkos, loin de moi de vous inviter à lire le senior Cervantes dans sa dernière œuvre. J’interrogeais les éventuels lecteurs pour avoir opinion du plaisir qu’ils y prirent si plaisir il y eut. Pour moi, je viens de lire les deux premières pages de la traduction Rosset, sur Gallica, ma foi on continuerait bien sur sa lancée. C’est curieux, moi qui ai l ‘esprit mal placé je n’avais pas « repéré » qu’on tentât (oh combien vainement) de se gausser de vous. Si cela était, ça ne serait pas sans trahir un intéressant complexe. Allons, je retourne à la vie de page en page et vous souhaite excellente fin de journée.

            Ps Il parait que cette dédicace provient d’une quintilla anonyme…

          • Ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Toutes mes interventions (hors notules de lectures) n’ont d’autre but que de mettre un peu de levure de fantaisie lorsque la pâte du sérieux devient trop lourde à mon goût.

  50. Ma grammaire à la pied glissant. Je n’entendais pas demander si quelqu’un avait lu notre hôte. Ça va de soi? Oh, je suis de moins en moins persuadé que la compréhension « va de soi »; non, je n’ai plus de ces sortes d’illusions, baudruches ont dégonflées, J’ai trop vu d’ironies lues au pied du signe et autres sorties d’entendement.

  51. Chers lecteurs, voici le programme du 2e semestre :
    Balzac : Correspond­ance III
    Cendrars : Œuvres romanesques complètes I et II
    Conrad : Au Cœur des ténèbres et autres écrits (tirage sp­écial)
    Philip Roth : Romans et nouvelles (195­9-1977)
    Jules Verne : Michel Strogoff et autres Romans
    Et republication en coffret :
    Yourcenar : Œuvres romanesques /Essais et mémoires

  52. Merci, brumes.
    Selon ce que j’ai compris, nous devrions théoriquement avoir également la réimpression du Nicolas Nickleby de Dickens, ce qui le ferait sortir du purgatoire des « provisoirement indisponibles ».
    En revanche, rien de prévu pour l’instant pour La Petite Dorrit.

  53. Merci Brumes pour toutes ces infos.
    Je l’attendais depuis un certain temps. Je vais enfin pouvoir terminer la correspondance de Balzac. Ensuite, je me réserve le Jules Verne. Bon semestre

  54. Et oui, grand merci et considérations afférentes votre Grace. Je pencherai pour les Cendrars.qui réjouissent tant, à juste titre, Domonkos. Pour Balzac, je garde mes Garniers et mes Lettres à madame Hanska (Bouquins). Un jour, peut-être, si petit prix se trouve sous l’arbre à livres. Conrad, j’ai vu les Nouvelles complètes chez Quarto. Tentant. An outpost of progress fut un beau moment comique. J’avoue que Nostromo ne m’a pas donné autant que j’en attendais. Trop surement. Le plus beau me reste Au cœur des ténèbres, peut-être parce que lu moins vite, de plus près et m’a donc permis de repérer la symbolique présente (les trois Nornes à l’entrée au début du livre lors de la visite aux bureaux etc). Il faudra sans doute que je relise Nostromo.
    Que brûlent les cartes B !

    • Vous avez remarqué que je n’ai pas craché mon venin, au sujet de P. Roth ? Je m’améliore… Oups ! Mais, je viens de le faire !… Ah, dure rechute…

  55. Et bien moi j’aime beaucoup Philip Roth et je compte me procurer ce volume consacré à ses œuvres de jeunesse si j’ai bien compris ? Quelqu’un sait-il s’il s’agit d’un double volume ? Et si un autre va suivre un peu plus tard ? Merci.

    • Un seul volume pour le moment, mais qui s’arrête en 77, on peut imaginer qu’en cas de succès il sera suivi par un ou deux autres, ne serait-ce que pour le cycle Zuckerman

    • Mais moi aussi j’aime beaucoup Philip Roth, c’est un bon auteur que je lis avec intérêt et plaisir… mais pas en Pléiade. Je trouve précipitée cette pleiadisation, manque de recul pour juger de l’importance et de la pérennité de cette œuvre. Je suis persuadé que les motifs de cette édition sont de l’ordre de la mode et du commerce. Tant pis pour d’autres auteurs incontestables (si, si,il y en a, sur lesquels tout le monde s’accorderait) dont la présence en Pléiade me semble plus urgente et indispensable. Et j’assume ma conviction que tout n’est pas d’importance égale en littérature et que nos goûts personnels ne doivent pas être notre seul guide.

      • Certes, j’aurais aussi préféré, pour ma part, voir arriver Kierkegaard ou bien Soseki, mais en attendant je peux me contenter de Roth. Malheureusement, c’est presque impossible aujourd’hui de faire, comme vous le dites si bien, sans la mode du commerce. Et Roth, c’est quand même bien mieux (et plus intéressant) que d’Ormesson.

        • Ça va sans dire ! Et franchement moins léger et superficiel que Kundera (je dois être trop « sérieux » pour apprécier vraiment cette « insoutenable légèreté »)

  56. Ils étaient un peu forcés. Je me demande si ça va se vendre de manière un tant soit peu avantageuse. Je ne l’achèterai pas, n’étant pas admirateur de Bonnefoy (comme je préfère René-Guy Cadoux! Ou Pierre Emmanuel). Ceci écrit, il se peut que cela change si je me mets à le lire en immersion. J’aime les vers de son poème « Le Myrte » :
    : « Tout un grand été nul avait séché nos rêves, / Rouillé nos voix, accru nos corps, défait
    nos fers. / Parfois le lit tournait comme une barque libre / Qui gagne
    lentement le plus haut de la mer ».
    Évidemment, ce n’est pas :
    « Je passais près de la Seine/ Un livre ancien sous le bras/ Le fleuve est pareil à ma peine/ Il s’écoule mais ne tarit pas/ Quand donc finira la semaine » (Apollinaire) .
    Tant de choses sont exprimées dans cette claire apparence, cette limpidité pourtant profonde et tant ouverte à la rêverie. Ce « livre ancien » évoqué laisse autour de lui bien de possibles signes discrets, secrets. Grimoire. Le thème du temps, le passage, la lecture, une question sans réponse. Nous avons perdu le secret de cette apparente simplicité qui chante en une musique déchirante. Sans intellectualisme. Le poète moderne veut penser. On le dirait jaloux du philosophe. Joli cadeau de Heidegger s’emparant d’Hölderlin. Ah, le dialogue Char-Heidegger. Il nous aura fait du mal. Enfin ce n’est que ma conception, plutôt ma rêverie. D’ailleurs ce n’est pas ce dialogue seul qui à entraîné ce tropisme de la poésie vers la philosophie.
    .C’est quelque chose qui ne dépare pas la collection Yves Bonnefoy. Par contre,si avec les poèmes sortaient au moins un volume d’essais ce serait vraiment faire acte de grand éditeur. Il a approfondi bien des questions dans ses essais qu’on aimerait avoir en un ou deux volumes, notamment « La poésie et la gnose » et quelques autres. Je connais bien mal mais le peu que j’ai lu est de qualité. Oh, on ne reverra pas les trois exemplaires Michaux, je crois que c’est fini. Quel dommage pourtant si on n’a pas ses écrits « esthetico-philosophique », Bonnefoy est intéressant par sa réflexion et notamment par le choix qu’il fait de Plotin contre Platon. De plus c’est un lecteur de Chestov, chose rare hélas quand on connaît la force immense de ce « penseur » (je n’aime guère le terme mais le temps me manque pour dénicher le mot nécessaire), qui est de plus un écrivain qui n’use pas de jargon. Bonnefoy c’est aussi un homme qui connaissait la peinture (il a suivi les cours de Chastel je crois) et la philosophie, Plotin donc mais aussi Kierkegaard. Il lisait le Grec, plusieurs langues, traduisait. Dommage qu’il n’ait pas vu sa Pléiade.

    La Pléiade veut Roth( Philip) mais pas de Broch. L’argent… Quel bizarre idée ce tiré à part de Conrad. Ils doivent vraiment aller bien plus mal financièrement que je ne le pensais. Ce n’est pas un Luther II sans « Le Serf arbitre » qui va drainer l’or lectorial sur les comptes de la maison. Ils paraissent un peu affolé, on ne reconnait pas une direction logique. Des volumes de grandes ventes (supposées) et d’autres qui vont vers le mur. Vieil équilibre me dira-t-on, certes, mais ces Sade, Cervantès, Conrad en Liebig, Foucault dont ce n’est guère la place, je n’ai pas l’impression d’une cohérence.
    Bon dimanche é–lecteurs

  57. Joli choix de citations, Restif :
    « J’aime les vers de son poème «Le Myrte» : «Tout un grand été nul avait séché nos rêves,(…)». Évidemment, ce n’est pas : «Je passais près de la Seine (…) »
    Et beau commentaire.

    Mais, comment vous dire ?… Impossible d’attaquer un seul mot de votre démonstration : évidence-d’Appolinaire / difficulté de la poésie-actuelle alourdie de philosophie, allégée de musicalité et de sentiment, heiddegerisée, etc. etc. Entièrement d’accord, et pourtant… Il y a longtemps que je voulais vous le dire, il me semble avoir vu sur ce blog de nombreuses prises de plume (voir de bec) pour condamner la poésie actuelle… Est-ce possible ? En serait-elle arrivée au même degré de stérilité que celle du 18ème s. ?

    Pour ma part, je ne le crois pas. J’aime, je révère cette poésie que vous citez et qui vous semble évidente, ma voix tremble quand je récite certains de ces vers, mais notre « fin de siècle » poétique (le XXème) me touche autant que la précédente « fin de siècle »… Ce qui fait que je suis à la fois profondément d’accord avec vous, et radicalement en désaccord avec vous.

    Je n’en dirai pas plus que cette simple déclaration d’amoureux. Pour l’argumentation, voir un critique mieux armé que moi.

    Ceci dit, si j’aime le premier Bonnefoy, assez pour me jeter sur la Pléiade qui lui sera consacrée, je le trouve inégal, pas toujours à la hauteur de ses ambitions. Son oeuvre va s’affaiblissant et les derniers recueils sont de fades et pâles redites. Je souhaite comme vous un volume de ses essais qui sont passionnants et même – peut-être – le meilleur de son oeuvre.

    ………………………………………………………………………

    (ce qui suit ne s’adresse plus à vous, Restif)
    En passant, l’actualité de la Pléiade – en l’espèce la réimpression triomphalement annoncée de Constant à l’occasion de la parution du volume de Staël – réveille en moi un vieil énervement à l’encontre de ce lien toujours fait entre Constant et Mme de Staël (toujours au détriment de la seconde, voulant faire de Constant une sorte de tuteur de la Femme de Lettres, comme certains veulent voir en La Rochefoucauld le tuteur de Mme de Lafayette)

    Le renversement des valeurs entre ces deux-là tient de l’imposture. La prochaine fois, je ne parlerai que de Mme de Staël.

    Je reviendrai (si Dieu me donne le courage) un autre jour sur l’importance littéraire de Mme de Staël, bien plus considérable que celle dudit Constant, le bien-mal nommé. L’influence de Germaine sur l’histoire de la littérature et de la sensibilité est sans commune mesure avec celle de l’auteur d' »Adolphe » (par ailleurs promoteur d’une pensée politique opportuniste équivalent, aujourd’hui, à celle d’un M. Mac quelque-chose, candidat à nos suffrages). Il y a eu, ici même, récemment, un déchaînement de moqueries au sujet des Femmes de Lettres qui encombreraient notre littérature depuis deux ou trois siècles. Je comprends parfaitement que Mme Marguerite Duras en énerve plus d’un (dont je suis) mais ce n’est pas une raison pour nous ressortir les vieilles antiennes misogynes. On ne manque pas de fort mauvais écrivains mâles, je ne crois pas avoir jamais entendu une seule voix pour s’insurger contre la présence de trop nombreux Hommes de Lettres dans notre patrimoine.

    • Ah, et puis pour en finir (provisoirement ?), en ces temps où souvent nombre d’entre nous fustigent les choix « faciles » ou « commerciaux » de Gallimard, celui de Germaine de Staël me semble appartenir plutôt à la catégorie des choix « courageux » : entre la masse de ceux qui ignorent tout bonnement de qui il s’agit et ceux, plus « éclairés » qui préféreraient qu’elle demeurât cantonnée dans le ghetto de la « littérature féminine » (entre la broderie et le piano hier, le coloriage de mandalas et le scrapbooking aujourd’hui), je doute que des foules d’acheteurs se précipitent.

      Les absents auront tort !

  58. Chers camarades,
    Je romps brièvement mon voeu de silence sur ce blog pour une remarque pratique.
    J’ai acheté d’occasion le coffret des Comédies de Shakespeare (trois volumes) et je me rends compte qu’il y a un problème de jaquette. La jaquette du volume II (Les joyeuses Épouses de Windsor, etc.) se répète sur le volume III (bien que le contenu soit bien celui du volume III: Troïlus et Cressida, etc.).
    D’autres ici ont-il constaté ce défaut? Tous les coffrets sont-ils défectueux ou bien certains seulement?
    Peut-on s’adresser à Gallimard pour demander la bonne jaquette pour le volume III?
    Par ailleurs, ce défaut est-il propre aux coffrets ou bien le trouve-t-ton aussi sur les emboîtages des volumes en séparé?
    Merci de vos réponses.

    • Écrivez à Gallimard ou demandez à votre libraire de réclamer une jaquette correcte au représentant Gallimard quand il passe. J’ai procédé ainsi lors de l’achat d’un volume au boitier abîmé pour obtenir un boîtier neuf : c’est le représentant Gallimard qui me l’a remplacé.

      • Merci de votre réponse. Je vais aller à la librairie Gallimard « Le Divan », à côté de chez moi dans le XVe arrondissement de Paris, pour voir s’il y a moyen de commander une jaquette.

    • Merci. Cela concerne donc certains coffrets et pas tous. Pour des objets qui font habituellement l’objet d’une conception et d’une vérification aussi maniaques, c’est quand même un manque d’inattention et de professionnalisme assez flagrants. En presque vingt ans de vie de lecteur de la Pléiade, c’est la première fois que je vois ça. Même si ce n’est pas très grave, c’est agaçant.

      • J’ai un « Shakespeare Comédies II » surnuméraire dans ma bibliothèque, qui n’attend qu’un amateur ; j’ai vérifié au cas où je pouvais vous dépanner, mais pas de jaquette dans ces coffrages individuels, malheureusement.

        • L’absence de jaquette dans les coffrets individuels est déplorable ; le prix des jaquettes étant marginal par rapport au prix de vente de l’ensemble, cette économie est mesquine.
          Cette absence est d’autant plus gênante que la faible rigidité des « nouveaux » coffrets pliés à la main, l’épaisseur de leur carton et la présence de ces languettes (dignes d’un découpage de notre enfance !) constituent une baisse si sensible de la qualité de fabrication, que cela n’est pas très engageant quant à leur durée de vie probable.

          • Il y a peu, un de mes confrères, également amateur de Pléiades, montrait l’objet à une de nos collaboratrices communes. Après inspection, elle remit le volume dans son fragile emboîtage avec la même délicatesse que si elle aurait fourré une dinde. Elle faillit faire s’évanouir deux experts comptables d’un coup. Froissement de pages, rhodoïd éventré, du sang partout (ça c’est ce qui se passa dans notre esprit ; en réalité, pas de dommage, mais un véritable effroi).

  59. Restif,il me tarde de lire vos nouveaux commentaires car vous avez deux fois raison : l’absence du « Serf arbitre », ce monument de la littérature si scandaleusement méconnu, dans le vol.2 des oeuvres de Luther, est un crime de lèse majesté. De même que le tirage spécial Conrad dont rien ne justifie aujourd’hui, certainement par l’actualité, de faire connaître à un plus large public, en lui évitant d’avoir à acheter les cinq volumes parus dans les années 1980 et au début des années 90, deux de ses romans qui traitent admirablement de la question du terrorisme : Sous les yeux de l’Occident et L’Agent secret. Avec un peu de malchance, on aura en plus droit à des traductions révisées, quelle honte de la part de l’éditeur ! Il manque des gens comme vous à la tête des maisons d’éditions. Et je précise, car on ne manquera pas de me le reprocher, que je n’y travaille pas.

  60. Concernant la disparition des jaquettes à rabattre dans le volume (sauf dans les coffrets), je ne suis pas du même avis. Je trouve que l’évolution du packaging de la collection en 1986-1987 avec la fusion du sordide emboîtage gris-marron et des jaquettes blanches imprimées a été un progrès considérable, qui me fait exécrer les volumes imprimés avant cette date … cependant, et je crois que c’est là la cause réelle de vos critiques, l’évolution même de ce nouvel emballage (l’étui blanc imprimé) à la fin des années 1990, d’un emboîtage collé, solide et protecteur, à un étui plié et bien trop fragile, est la vraie erreur de la collection, qui a perdu en qualité depuis près de 20 ans, alors qu’elle était arrivée à un summum. Voilà mon sentiment. Et soit dit en passant, je loue le développement de plus en plus prononcé de la réunion des volumes en coffret, c’est très esthétique, soigné, et démarque bien dans la bibliothèque les volumes qui sont liés entre eux.

    • Je crois que sur 60 coffrets publiés par l’éditeur, 40 datent d’après 2004, c’est dire si la mode est récente. Pour Gallimard, c’est avantageux, parce que les deuxièmes volumes se vendent toujours moins bien que les premiers, sauf, évidemment, si vous faites en sorte que le client reparte avec les deux volumes le même jour… L’inconvénient, c’est que de plus en plus de séries publiées semblent ramenées au format coffret, en deux volumes (ou par exception en 4), là où il pouvait y en avoir plus facilement un gros, ou trois, ou cinq…

    • Séraphin, si tes volumes imprimés avant 1986-1987 avec le « sordide emboîtage gris-marron et les jaquettes blanches » te pèsent trop, je veux bien t’aider à t’en débarrasser. Si je peux rendre service… 😉

  61. Je viens de recevoir le catalogue 2017 et comme personne encore ne semble l’avoir dit, je vous donne ou « spoile » les romans de Jules Verne qui seront dans le quatrième tome : Le tour du Monde en 80 jours, Michel Strogoff, Le Château des Carpathes et les Tribulations d’un Chinois en Chine. Quant au « digest » de Conrad, il contiendra : le Nègre du Narcisse, Lord Jim, Au cœur des Ténèbres, Typhon, Amy Foster, le Duel, La Ligne d’Ombre. Un choix quasiment sans surprise.

    • Les principes (?) qui président au choix des romans constituant chaque volume vernien continuent de me jeter dans des abîmes de perplexité. Comme pour le volume précédent avec « Le Testament d’un Excentrique », je me demande ce que vient faire « Le Château des Carpathes » (un bijou, une petite merveille qui suffirait à lui seul à tirer de l’obscurité un autre auteur), parmi les « Strogoff », « Tour du Monde en 80 Jours » et « Chinois en Chine ».

      Ces trois derniers semblant présenter, eux, un minimum de cohérence : ne serait-ce que parce-qu’il s’agit de pérégrinations aventureuses, commandées l’une par un pari ludique, une autre par une autre forme de « pari » désespéré, la dernière par un ordre impérial. Trois déclencheurs qui mettent en route une fatalité et jettent les héros sur les routes de tous les dangers et de toutes les fantaisies.

      Mais que vient faire « Le Château des Carpathes » dans cette galère ? Combien j’aurais aimé le trouver en compagnie de quelques oeuvres plus proches, comme « Le Secret de Wilhelm Storitz » (dans sa version restaurée, fidèle aux intentions de l’auteur, et qui la place aux premières places de l’oeuvre vernienne), dans un volume qui aurait montré la face plus « fantastiqueur » de Verne !

      N’est-il donc pas possible d’éditer sérieusement cet auteur, autrement qu’avec des fourre-tout ? Le coffret inaugural, qui contenait le coeur de l’oeuvre, avait montré qu’une autre voie était possible.

      Bien sûr, je serai tout de même acheteur, et j’en redemande !

      • Je me demande d’ailleurs si nous aurons ces romans restitués dans leur version originelle, édités dans les années 90 en lieu et place des « classiques » défigurés par Verne Fils. (« Storitz », « En Magellanie », « La Chasse au Météore », etc.) N’y aurait-il pas des problèmes de droits ?

        Quand je loue la cohérence du coffret, c’est par référence à la trilogie fondamentale des « 20 000 Lieues sous les Mers », « L’Ile Mystérieuse » et « Les Enfants du Capitaine Grant »… Déjà la présence du « Sphinx des Glaces » surprenait.

        Mais que dire du troisième volume mêlant « Le Voyage au Centre de la Terre » et le voyage aller-retour à la lune ?… Si au moins, à la place du « Testament d’un Excentrique » l’éditeur l’avait complété avec « Sans Dessus Dessous » qui forme avec les deux romans lunaires une sorte de trilogie, puisqu’on y retrouve la même bande de milliardaires canonniers allumés, qui, après avoir lancé un obus vers la lune, veulent tout simplement, à l’aide d’un canon gigantesque (allumés, vous dis-je) renverser l’axe de la Terre ! Je trouve que cela aurait eu de la gueule !

      • Ni chronologique, ni thématique, ni choix de « l’essentiel » ou des oeuvres majeures (« Le Testament… » je ne méprise rien de Verne mais, franchement, le père Jules a fait mieux !), ni…, ni…, si quelqu’un connaît le fin mot de l’histoire ?

        • Un minimum de cohérence thématique aurait pu être fait pour Verne. On l’a fait pour l’eau (1er volume), on aurait pu le faire pour les mondes souterrains (voyage au centre…, les Indes noires, le volcan d’or) pour les pôles (au pays des fourrures, le sphinx des glaces, les aventures du Capitaine Hattéras) pour l’air (cinq semaines en ballon, Robur le conquérant, maître du monde) pour l’espace (de la Terre à la Lune et Autour de la Lune auraient pu côtoyer comme vous l’avez si justement dit Sans dessus dessous et Hector servadac). Là, il y aurait eu du sens.

  62. 2 choses à noter sur ce programme 2017 :
    1/ 11 titres nouveaux cette année, un record (ce qui prouve que la collection, contrairement à ce qui se dit parfois, marche encore – ou à nouveau pour cause de titres et auteurs désormais vendeurs ! -). En 2015 le score n’était que de 7 titres nouveaux (Bernanos et Casanova n’étaient pour l’essentiel que des rééditions – si ce n’est un nouveau tome pour Bernanos).
    2/ J’avais prévu il y a quelques mois un nouveau Verne, en considérant qui certains titres étaient incontournables (dont Strogogg et 80 jours). Il reste au moins 5 semaines en ballon à éditer (et donc un cinquième volume garanti !!!).

  63. J’ai reçu à mon tour le catalogue Pléiade (mon facteur est-il plus paresseux que le votre ?), et je constate que les deux volumes Cendrars comprennent « Oeuvres romanesques complètes I & II » précédées de « Poésies Complètes ».

    Cela m’inspire des sentiments mêlés : d’un côté je me réjouis de voir publiées en Pléiade les « Poésies Complètes » de Cendrars, inaugurales d’un certain modernisme en poésie à l’aube du XXème siècle et toujours si évocatrices, d’un autre côté je m’attriste, car je crois devoir comprendre qu’il n’y aura plus d’autre volume Cendrars…

    Etant donné le semis, au fil des volumes, de « textes et documents », « textes épars », lettres, entretiens, etc. cela semble bien se présenter, dans l’esprit de l’éditeur, comme une « édition complète » en Pléiade, à défaut d’ « oeuvres complètes ».

    Ceci étant dit, j’attends ces volumes comme le Saint Sacrement et ils figureront à une place d’honneur dans ma bibliothèque. Gloire à Lui !

    • Soyons honnête, tel quel c’est déjà plus et mieux que je n’espérais, l’essentiel y est, je regretterais les absents et continuerai de rêver (mais ce sera certainement dans une autre vie, en ce qui me concerne) d’une vraie édition des oeuvres complètes…

      Ces quatre volumes font partie d’ors et déjà de ceux qui font honneur à la collection.

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