La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

1 896 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Pingback: « La Bibliothèque de la Pléiade  | «Brumes, blog d'un lecteur

  2. Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : j’ai vu quelquefois (la dernière en janvier 2015) ce livre dans des librairies de province, au prix catalogue. Des « oubliés »…
    Des oeuvres à jamais tombées dans les catacombes littéraires (d’Aubigné, Gorki…) et d’autres souffrant de flagrantes injustices (Constant, Cros-Corbière…)

    • Oui, on peut évidemment tomber ici ou là sur un volume neuf ayant échappé à la vigilance affûtée de certains amateurs. C’est comme cela que j’avais trouvé mon exemplaire des Œuvres de Malherbe. De même, je n’aborde pas du tout ce sujet, mais quelques librairies vendent encore des volumes de l’Encyclopédie de la Pléiade, surtout les moins courus ou les plus récents (Jeux et Sports, les Moeurs, l’Ethnologie, les volumes de Zoologie ou de Physiologie).
      Vous évoquez Gorki aux catacombes, mais le tome à lui consacré est sorti en 2005 et il est toujours au catalogue. Je suppose que c’est un lapsus.
      Je vous rejoins en revanche pour les « injustices ».

      • Pardon, j’ai été brutal et approximatif dans mes propos… En ce qui concerne Gorki, je voulais dire que l’intérêt littéraire, à son égard, s’est (à peu près) éteint en même temps que l’intérêt politique… Mais je peux me tromper, et choquer de fervents amateurs de cet auteur.

  3. Concerant Kierkegaard, le traducteur, Régis Boyer, est présenté dans un livre sur le penseur danois publié en 2013 comme occupé à effectuer la traduction en 2 volumes pour la pléiade. Dans une autre préface signée en octobre 2014 (Histoires nordiques centrées sur les vikings et l’Islande) Boyer dit être occupé à travailler sur Saxo Grammaticus (il ne dit pas pour quoi en particulier) mais cela devrait signifier que sont long travail sur Kierkegaard est peut-être achevé… Il est vraiment temps d’avoir une traduction littéraire et non « philosophique » de Kierkegaard, les Danois que je connais ne cesse de dire qu’il est beaucoup trop vu comme un philosophe pur à l’étranger alors qu’il est avant tout un exceptionnel styliste et même un humoriste…

    • Deux volumes ? Dans mon esprit c’était trois.
      Il vaudrait mieux que M. Boyer se dépêche pour les volumes de Søren, parce qu’il ne doit plus être très jeune désormais (je viens de vérifier, il aura 83 ans en juin).

  4. Petite remarque sur les « épuisés ». Les responsables de Gallimard disent souvent que la Pléiade n’a pas vocation à être une collection patrimoniale et que les lois du marché priment finalement comme pour tout… certes, mais les volumes « épuisés » et donc destinés à ne plus être disponibles restent pourtant chaque année mentionnés dans leur catalogue… il s’agit donc d’une forme de Panthéon patrimonial… avec quelques cénotaphes…

    • Belle formule.
      Une précision par rapport à votre remarque, sont toujours mentionnés au catalogue les épuisés sans successeur (ceux que j’énumère dans la section III), mais pas les épuisés avec successeur (section IV-c), qui eux, disparaissent entièrement du catalogue, tout du moins de sa version papier (ils existent en revanche sur le catalogue en ligne). Et je sais que les volumes Molière et Claudel de l’ancienne et de la nouvelle édition se croisent encore souvent dans les librairies (et qu’il n’est pas toujours facile de les distinguer, surtout si la personne chargée de les acquérir, pour un présent par exemple, n’est pas très versée en Pléiadologie).

    • Certains pourraient être ressuscités pour raisons économiques ; Les poésies de Guillaume Apollinaire par exemple, toujours populaires, vont bientôt entrer dans le domaine public. Les éditions Gallimard sont titulaires du droit d’auteur de ce poète mort pour la France (droit d’auteur d’une durée s’un siècle dont Gallimard a abondamment profité). La réédition pourrait offrir un bénéfice important au cours d’une « année Apollinaire » célébrant le centenaire de la mort de l’auteur en 1919 … de la grippe espagnole.

  5. Synthèse extrêmement réussie, impressionnante d’exhaustivité. L’amateur de la Pléiade n’a plus qu’à s’y plonger pour faire le point sur les parutions des années à venir, tout en perdant ses dernières illusions concernant tel ou tel volume pourtant attendu… Un grand bravo pour cette minutieuse récapitulation.
    Décidément la parution désormais très proche du D’Ormesson gêne à peu près tout le monde ici… Je ne pensais pas la voir de mon vivant. De ce point de vue c’est raté. J’ai hâte de voir la manière dont il va s’y prendre pour trompetter partout qu’il est enfin pléiadisé. Sans nul doute, « Le Figaro » l’aidera beaucoup dans sa promotion. Lorsque D’Ormesson a annoncé que son volume venait d’être décidé par Antoine Gallimard, le site Internet du « Figaro » s’est fendu de 5 vidéos différentes (5 !) dans lesquelles un journaliste recueillait pieusement les impressions et ravissements sans cesse renouvelés de notre très grand et immortel écrivain. Emerveillée, la direction de la Pléiade n’a pas dû en revenir : une promotion qui commence avant même que le volume ne soit rédigé, c’est du jamais vu. C’était très amusant. Non : en fait il y avait de quoi rire.
    Utile il y a quelques années, la liste du lecteur du blog de Dossal est maintenant très dépassée en partie. Le directeur de l’édition des œuvres de Chaucer a bien dit lors de la publication de celles-ci dans « Bouquins » que cette édition était à l’origine celle destinée à la Pléiade (d’où pas de Chaucer en Pléiade ; c’est fini). Et, maintenant que la Pléiade connaît des problèmes de mévente désormais sérieux (et c’est un euphémisme), j’imagine déjà les catastrophes commerciales que causeraient les parutions de « Mystiques médiévaux », d' »Ecrits juifs » et d’œuvres de Barrès (qui ne parviennent pas à sortir du purgatoire). Depuis l’établissement de cette liste, et comme vous le dites très justement, Brumes, la Pléiade a changé de stratégie et misé sur les auteurs américains et anglais, très en faveur en ce moment. C’était fatal.
    Bonne semaine à tous.

    • Merci Geo. Cette récapitulation m’aurait été bien utile lorsque j’ai commencé à chasser les épuisés et à m’intéresser plus en détail à l’évolution historique de la collection – notamment dans les toutes dernières années. La tendance actuelle m’ennuie un peu. L’intérêt de la Pléiade, c’est d’offrir une série de volumes propres, denses, comprenant à la fois des textes très connus et des textes qui le sont moins, présentés par des spécialistes, et permettant de découvrir en profondeur un auteur (sans avoir quarante livres à ranger sur des étagères). Cette profondeur éditoriale, aujourd’hui, est sacrifiée (pour des raisons économiques légitimes mais regrettables). Regardez un auteur comme Mark Twain, dont on méconnaît généralement l’œuvre en France, en la limitant aux seuls écrits du Mississippi. Si « la Pléiade » s’était intéressé à lui dans les années 80-90, elle aurait publié quatre, cinq ou six volumes, comme elle fit (à tort ou à raison) pour Kipling, Conrad ou Faulkner. Elle aurait très bien vendu le premier, moins bien le second, encore moins bien les suivants, certes, mais enfin, le public aurait à sa disposition une édition sérieuse et approfondie de Twain. Notre vision (française) de l’écrivain eût pu changer par ces nouveaux volumes, moins attendus que le sempiternel duo Tom Sawyer / Huckleberry Finn… Ce ne sera pas le cas. Je ne sais même pas s’il y aura le second volume annoncé (la couverture actuelle n’indique pas de « I »). Que propose Gallimard ? Un simple pot-pourri de Twain avec moitié moins de textes que dans l’édition Bouquins. Je peux me tromper, mais j’ai l’impression que « La Pléiade » est passée d’un extrême à un autre, l’extrême de ces séries multi-volumes pas toujours complètement justifiées (même si intéressantes intellectuellement) à celui de Bouquins reliés cuir, à 65€ le volume de 1200 pages (cf les deux volumes Cendrars). La désaffection du public contraint Gallimard à élever ses prix, ce qui lui fait perdre une partie de son public (notamment chez les professeurs, qui n’ont pas des moyens financiers infinis) ; s’ajoute à cela la fameuse dimension symbolique, et le Pléiade, hier signe de distinction positif (symbole de culture, d’ouverture aux lettres,et, chez certains, démonstration de supériorité socio-intellectuelle) est presque devenu un signe de distinction négatif (étalage de culture usurpée, prétention, élitisme, etc.).
      Je ne vais pas en dire plus à ce sujet, car cette page est moins destinée à discuter de la politique de la collection et de ses inflexions qu’à essayer d’offrir à toute personne intéressée le maximum d’information concentrée en un seul endroit (je me suis offert ce que j’ai longtemps cherché). Et je vous remercie d’avance de toutes les informations que vous pourrez m’apporter, vous Geo, ou d’autres lecteurs.
      Pour conclure, vous avez raison concernant Chaucer, je mentionnerai de manière plus catégorique que le projet est abandonné (au profit de Bouquins) quand je reprendrai un peu cette page pour l’amender.
      Je suis aussi dubitatif que vous sur certains volumes « ésotériques », mais qui sait… Je ne peux pas être complètement négatif (comme un autre lecteur m’en avait fait courtoisement le reproche) car Ibn Khaldûn, Pline l’Ancien ou Thérèse d’Avila / Jean de la Croix ont bien paru dans les dernières années. Je crois que ce sont surtout les longues séries (+ de 3 livres) qui sont condamnées (sauf pour auteur d’envergure exceptionnelle, Shakespeare, Stendhal ou Flaubert par exemple) et pas forcément les volumes un peu originaux, à condition de ne pas s’insérer dans une série.

      • Entièrement d’accord avec vous sur tous les points. Nous sommes sur la même longueur d’onde. A bien y réfléchir d’ailleurs, et je trouve ça très éclairant, tous les rédacteurs de posts qui vous ont fait part de leur avis sur la Pléiade sont de toute façon d’accord sur l’évolution actuelle de la collection : en partie, elle déçoit.
        Ah, qu’elle est lointaine désormais, l’époque où l’on éditait Conrad en 5 volumes… et Dickens en 9, et ce, sur une durée de 40 ans… Dans la préface à « L’ami commun » et au « Mystère d’Edwin Drood », le très regretté Sylvère Monod (éditeur et traducteur exceptionnel) le rappelait avec la fierté du travail accompli.
        Bonne semaine à tous.

  6. Bonjour,

    Juste un commentaire bêtement technique : pour créer des sous-pages sur wordpress, vous devez créer une nouvelle page puis cliquez dans « réglages de la page » et vous pouvez y choisir de l’affilier à un « parent » (en l’occurence, votre page générale sur la pléaide). Cette sous-page apparaîtra seulement quand vous poserez votre souris sur l’onglet de la page générale sur la pléaide, et vous pouvez ensuite copier-coller le lien pour l’intégrer à votre sommaire comme n’importe quel lien hypertexte.

    Bien amicalement,
    Pierre,

    • Bonjour Pierre,
      merci pour votre conseil, je n’avais pas poussé la réflexion aussi loin (je ne connaissais pas la manipulation proposée), c’est peut-être un bon moyen d’alléger la page et de faciliter l’accès à l’information, en effet. Il faut que j’y réfléchisse.
      Bien amicalement
      Laurent

  7. Je me joins au concert de louanges, et vous félicite à mon tour pour cette utile entreprise (qui m’ a en outre permis de découvrir votre blog, aussi réussi qu’agréable à lire).
    La base Electre mentionne la parution pour mai des vol. 2 et 3 de l’Histoire de ma vie de Casanova. Ces deux volumes seront également disponibles sous coffret. Ils paraitront donc à l’occasion de la quinzaine de la Pléiade. L’album Casanova me sembe inévitable (et c’est heureux). La même base continue d’annoncer le Virgile pour le 19 mars, mais sans mention de prix, ce qui laisse dubitatif.
    Et malheur de malheur, le d’Ormesson est confirmé (55 euros… toujours ça d’économisé !)

  8. Je viens de trouver de nouvelles précisions concernant tel ou tel volume de la Pléiade à paraître dans les années qui viennent. Je vais commencer par en faire une liste concise, avant (surtout) de dire quelques mots sur deux projets dont personne, me semble-t-il, n’a eu connaissance jusqu’ici (lorsque je les ai découverts, j’ai ouvert de grands yeux, tant ma surprise a été grande).
    1. Dirigée par Christelle Reggiani, l’édition des « Œuvres » de Pérec est annoncée pour 2016. Maxime Decout s’est chargé d’éditer et d’annoter « La Disparition », « Les revenentes » et le « Voyage d’hiver ».
    2. Les deux volumes d’œuvres de Michel Foucault sont annoncés pour cette année, très probablement pour l’automne 2015. Elles sont dirigées par Frédéric Gros.
    3. Une nouvelle édition des « Œuvres romanesques » de Bernanos a bel et bien été mise en chantier sous la direction de Max Milner, mais le site de l’université de Provence qui mentionne ce projet indique que ce dernier a été « différé par l’éditeur » (je cite), sans qu’il soit possible de savoir si c’est Milner lui-même ou bien Gallimard qui ralentit le train de cette édition nouvelle.
    4. Jean-Pierre Bordier dirige les deux volumes à paraître de « Théâtre français du Moyen-Âge ». Une de ses collaboratrices, Stéphanie Le Briz, assure l’édition commentée ainsi que la traduction d’une « moralité », ainsi que d’une « nativité ».
    5. Véronique Béghain a achevé la traduction de « Villette » de Charlotte Brontë, qui comptera 650 pages. Cette traduction aurait normalement dû paraitre en 2014, mais la sortie du tome III des Brontë semble avoir pris du retard. Pas de nouvelle date de parution présente sur le CV de la traductrice.
    6. Pour les « Premiers écrits chrétiens », le projet est placé sous la direction d’un chercheur à la carrière très brillante, Bernard Pouderon. Cette édition ne comptera qu’un seul volume. Au départ, cette anthologie aurait dû s’appeler « Apologistes grecs » : c’est ce titre que mentionne la chercheuse Gabriella Aragione lorsqu’elle mentionne sur son CV son édition-traduction du « Traité sur la Résurrection » du Pseudo-Justin, édition-traduction destinée à rejoindre le volume. Sur le CV de Mme Aragione, M. Pouderon est indiqué comme directeur de publication. Donc pas d’ambiguité possible : cette traduction du Pseudo-Justin paraîtra bel et bien dans le volume de « Premiers écrits chrétiens ».
    7. Le manuscrit de la nouvelle édition des œuvres de Descartes a été transmis à Gallimard. Sa publication semble imminente (l’an prochain ? Ou dans deux ans ?).
    Voyons maintenant les deux projets littéralement bizarroïdes sur lesquels je suis tombé par hasard pendant mes recherches.
    1. Aussi incroyable que cela puisse paraître, un second volume d’ « Ecrits intertestamentaires » est en préparation. Laurence Vianès a déjà terminé la traduction d’une « Lettre d’Aristée à Philocrate » destinée à rejoindre ce volume (traduction achevée en 2012). Ce nouveau tome est placé sous la direction de Marc Philonenko, déjà responsable du premier tome déjà paru. Cette édition à venir ne manque pas de surprendre au premier abord ; en même temps, aux dires de mon libraire, tous les volumes de la Pléiade possédant une reliure gris clair se vendent « particulièrement bien » (Coran inclus) ; dans ces conditions, la direction de la Pléiade misant sur ce qui marche, un second volume d’ « Ecrits intertestamentaires » apparaît logique.
    2. Enfin, chose décidément très étonnante, l’écrivain américain William Carlos Williams va lui aussi figurer dans le catalogue de la Pléiade. Jacques Darras est en train de traduire certains de ses textes. Plus que méconnu en France, ce poète et prosateur contemporain de Faulkner n’a pas bénéficié jusqu’ici d’éditions à grand tirage.
    Bonne semaine à tous.

    • Cher Géo,
      vos recherches m’impressionnent et je vous remercie chaleureusement de les communiquer ici !
      Je me permettrai de faire des remarques en suivant votre numérotation :
      1. je ne connaissais pas l’équipe « Perec », je pensais néanmoins que les volumes arriveraient plus vite…
      2. Frédéric Gros a même expliqué un peu, dans une interview pour je ne sais quel journal, ce que ça représentait pour lui d’éditer Foucault à la Pléiade (même si je ne suis pas sûr que l’auteur eût apprécié tant que ça cette consécration institutionnelle)
      3. Max Milner est mort en 2008. Quelqu’un d’autre a dû prendre sa suite. J’avais cru voir ici ou là circuler le nom de Monique Gosselin-Goat, mais je ne le certifierai pas.
      4. Merci pour cette information
      5. Il reste donc à trouver qui traduit « Shirley »… On devrait tout de même s’approcher de la publication désormais.
      6. Là encore, merci pour ce point très clair, je n’aurais pas eu le courage d’aller chercher moi-même.
      7. Oui, Descartes est effectivement attendu, ce que j’avais indiqué plus haut. Savez-vous qui s’occupe de l’édition ?
      Projets
      1. Je crois avoir vu circuler des rumeurs à propos de ce tome, je me rends compte que je les ai complètement oubliées sur cette page (et que je ne sais plus trop bien en quoi elles consistaient – ce qui ne m’aide guère, vous en conviendrez aisément). Les volumes gris ont leur public, assez différent, je pense du public commun de la collection. L’édition des Gnostiques s’est bien vendue je crois (par rapport à l’intérêt que le grand public pourrait lui porter en théorie et aux attentes de Gallimard). Ces volumes Apocryphes, Intertestamentaires et Gnostiques sont fascinants car ils proposent des textes rares, pour certains jamais traduits et pour la plupart inaccessibles au grand public, et ils le font en de gros volumes, fort bien présentés, etc.
      2. Je pense qu’il n’y aura pas de volume pour Williams. Ça doit être une contribution de Jacques Darras à l’Anthologie de la poésie Américaine, qu’on attend depuis quelques temps (et dans laquelle Williams aura largement sa place).

      • Entièrement d’accord avec vous concernant William Carlos Williams. Auteur très confidentiel en France, sa place est plus dans l’ « Anthologie de la poésie américaine » que dans un volume de la Pléiade indépendant – qui, s’il avait été bel et bien publié, aurait tout de même eu beaucoup de charme… De toute façon, on voit mal comment Gallimard aurait pu faire passer Carlos Williams avant les vedettes que sont, en France, Caldwell, Dos Passos, Steinbeck, Carson McCullers et l’autre Williams : Tennesse.
        Le directeur de la nouvelle édition des œuvres de Descartes s’appelle Denis Kambouchner ; pour cette édition, il s’est entouré d’autres grands spécialistes du philosophe, comme Denis Moreau.
        Donc c’est bien ça : le retard qui affecte en ce moment la nouvelle mouture Bernanos est causé par la mort de Milner, que j’ignorais. Gallimard a sûrement du mal à lui trouver un remplaçant. Merci pour cette précision.
        Pour « Shirley » de Charlotte Brontë, le traducteur est très certainement Dominique Jean.
        Vous avez raison au sujet des pléiades à reliure gris clair. Leur public est très semblable à celui des Editions du Cerf. Il n’empêche, ces pléiades un peu à part se vendent très bien. Pour Gallimard, c’est l’essentiel (!).
        Pour Pérec, pas de précisions au sujet du nombre de volumes (un ? deux ?). Mais « La vie mode d’emploi » prenant à elle seule beaucoup de place, un coffret de deux volumes d’épaisseur moyenne (1 200 pages chacun ?) est envisageable, et même probable.
        Enfin, je rebondis sur ce qu’Alexandre a dit à propos de la Pléiade D’Ormesson qui sera là dans 4 semaines. De toute évidence, Gallimard parie sur une vente importante. Quelques mois après la parution du « Théâtre Elisabethain », Hugues Pradier a déclaré : « 5 000 exemplaires du « Théâtre Elisabethain » vendus, pour nous, ça a été un triomphe. Par contre, ce chiffre aurait été un échec pour Céline ». Ce qui veut dire que pour D’Ormesson la Pléiade parie sûrement sur au moins 15 000 exemplaires vendus, sinon plus. Après tout, Vian s’est vendu à 30 000 ou 40 000 exemplaires, si ma mémoire est bonne.
        Bon week-end à tous.

        • Une question me trotte dans la tête depuis un bon moment… Au sujet des poètes américains, j’admets que William Carlos Williams n’est pas assez connu (en dépit de son importance considérable) par le public français, pour lui faire espérer un volume Pléiade. Mais, pourquoi le nom d’Ezra Pound n’est-il jamais évoqué par personne ? A mes yeux, il a tout pour lui : la valeur artistique, l’influence, la réputation (certes sulfureuse, à cause de ses errements en direction du fascisme mussolinien, mais cela n’a pas empêché Céline d’être « pléiadisé »). Ce silence autour du nom de Pound me paraît étonnant (bien que sachant que son étoile a pâli depuis les années 70, mais c’est le cas de tous les poètes) et, pour employer un cliché qui m’amuse, « assourdissant ». Y a-t-il une (ou plusieurs) raisons que j’ignore ?

          • Les poètes étrangers contemporains n’ont pas du tout la cote en ce moment à la Pléiade. C’est très probablement pour cette raison que Pound ne figure pas dans le catalogue.
            T. S. Eliot méritait lui aussi amplement d’être pléiadisé ces dernières décennies (notamment à cause du célèbre « Waste land »), mais il est toujours hors catalogue. Gallimard a sous doute peur de volumes qui resteraient trop longtemps en stock, faute d’acheteurs…
            Chose très curieuse, cependant, j’ai plusieurs fois entendu dire par le passé qu’un projet T. S. Eliot était en cours, notamment parce que Jean-Yves Tadié considérait cet écrivain comme très important. Mais, si projet il y a, il demeure invisible, et parfaitement inaudible. Je n’en ai trouvé aucune trace durant mes recherches. Il se peut toutefois que les deux ou trois années qui viennent nous réservent une énorme surprise à cet égard. C’est possible.
            On peut aussi parler de Walt Whitman. Cela fait des décennies qu’écrivains et éditeurs chantent en chœur les louanges du très grand poète américain mais, question Pléiade, tintin, rien. Une honte. Si Gallimard pousse l’indignité à ne réserver à Whitman qu’une dizaine de pages dans son « Anthologie de la poésie américaine » encore à venir, l’insupportable sera dépassé. Ce sera vraiment se f… du monde.
            Pour copier Melville et la fin de « Bartleby le scribe » : « Ah ! La pléiade ! Ah ! Grand public ! »

          • Puissent, Geo, les Dieux de la Pléiade vous entendre, car l’œuvre d’Eliot n’est pas seulement capitale (à mes yeux en tout cas), elle est surtout à moitié traduite en français et tient, hors critique littéraire, en un volume (triple intérêt, littéraire, francophone et financier). « The Waste Land », oui, bien sûr, mais n’oubliez pas le reste (moins avant-gardiste mais pas moins profond), notamment le Mercredi des Cendres et les Quatuors !
            Pour Il Miglior Fabbro (c’est ainsi qu’Eliot rend hommage à Pound au début de « The Waste Land »), les Cantos sont ressortis chez Flammarion en un volume révisé voici un an ou deux. Je ne crois pas que l’initiative ait eu un grand succès et la traduction, pour un Pléiade, serait donc à refaire entièrement, vu que ses droits sont à la concurrence (et ce n’est pas une mince affaire, de l’avis de quiconque a déjà lu Pound – passablement obscur, admettez-le).
            Pour être franc, je préférerais nettement que la Pléiade s’intéresse à Eliot, Auden, Heaney ou Frost, qu’elle aille travailler du côté des grands anciens (Milton, Coleridge, Byron, Wordsworth, Shelley) plutôt que de faire entrer Pound au patrimoine (je ne prête pas beaucoup attention aux opinions politiques des écrivains, mais il me semble qu’il y aurait là matière à une interminable et imbécile polémique sur son fascisme assumé). Et j’ai aussi d’autres noms du XXe, du côté des poètes italiens (Luzi, Montale, Quasimodo,etc.), ou russes (Tsvetaïeva, Akhmatova, Mandelstam, etc.) à proposer avant Pound.
            De toute façon, soyons réalistes, dans le contexte actuel, rien de tout cela ne se fera…

    • On l’aura compris, ce n’est pas « La modification » de Pérec que Maxime Decout édite pour la Pléiade, mais « La disparition »… « La modification » étant le roman de Michel Butor. Désolé pour ce lapsus.

  9. Voilà, j’ai fait une petite mise à jour compilant les diverses informations que j’ai pu recevoir cette semaine. Je les ai colorées en bleu pour qu’il soit plus facile à mes aimables lecteurs de les repérer. J’espère que c’est lisible.

  10. Petite information (sans importance capitale) pour les amateurs de coffrets illustrés : a priori, les tomes II et III des Comédies de Shakespeare seraient aussi prévus sous coffret : coffret I, II, III, et le toujours prévenant coffret II, III (pour les acquéreurs du premier tome), à l’instar des coffrets « Mille et une nuits » et « Casanova », séries pour lesquelles le 1er volume avait aussi été publié séparément des deux suivants.
    Les « Tragédies » et les « Histoires » avaient bénéficié de coffrets : j’apprécie cette cohérence éditoriale !

    • Je n’ai pas le bonheur de posséder le moindre volume de la nouvelle édition de Shakespeare… Mes moyens financiers ayant augmenté proportionnellement à mon éloignement de la métropole, je me sens extrêmement tenté par ce coffret « Comédies » I, II & III… Tant pis, mes enfants en hériteront (j’imagine leur joie !?), à défaut d’un compte bancaire bien rempli…

      • Dominique,
        La nouvelle édition des oeuvres de Shakespeare est à tomber par terre. Sa lecture justifie l’existence des Pléiade. Très bon investissement pour vous-même et vos enfants. (Mon commentaire concerne les Tragédies ; j’attends le prochain coffret des Comédies, mais je suppose qu’il est du même niveau). Cordialement.

        • Hélas, mes enfants sont de savants analphabètes (beaucoup plus de diplômes que moi, mais souffrant d’une malencontreuse paralysie des doigts qui les empêchent d’ouvrir des livres)… Des jeunes gens bien de leur temps !

    • Merci. Il y a une incohérence entre la base Électre et l’éditeur, visiblement, car le site de Gallimard annonce officiellement le 13 mai. Je suis persuadé qu’il ne sortira pas en mars.

  11. Je profite de cet espace pour soumettre un cas qui me tarabuste. J’acquis jadis sur les quais le volume consacré à Jonathan Swift. Mon exemplaire a la particularité d’avoir été relié incorrectement, la reliure ayant été disposée sens dessus dessous. Ainsi lit-on le volume que les inscriptions figurant sur le dos sont à l’envers. Est-ce un problème connu, spécifique à certain tirage de ce volume, ou une erreur ponctuelle ? Je n’ai jamais interrogé Gallimard à ce sujet, et peut-être l’un de vous partage t-il mon expérience.

    • Il arrive que certains exemplaires soient défectueux. J’ai eu le cas avec un cahier de 32 pages se redoublant aux dépens d’un autre. Je me suis plaint par lettre auprès de Gallimard, ils ont échangé gracieusement mon volume contre un autre. J’ai déjà vu (sur ebay) un dos ne correspondant pas au contenu du volume (mais à un autre tome de la même série) et un album présentant un défaut de pagination. J’ai aussi, chez moi, deux volumes dont l’encrage de la tranche de tête n’a pas été réalisé (il est couleur papier, plutôt que de la couleur de la série). Je ne pense pas que des tirages entiers puissent être défectueux mais ce n’est que mon avis.

  12. Bonjour à tous les participants qui étoffent une base d’informations qui doit faire pâlir Gallimard (peut-être pourraient-ils s’en inspirer pour mettre à jour la section des questions du site de la Pléiade). A tout hasard, car je en crois pas l’avoir vu en parcourant le tout, la nouvelle édition des Oeuvres poétiques d’Apollinaire est sous la direction d’Etienne-Alain Hubert (ou peut-être est-il le seul éditeur), spécialiste du surréalisme et de Reverdy qu’il a édité il y a quelques années dans la collection « Mille et une pages » chez Flammarion. L’information a notamment été relayée par le site de la BLJD l’année passée: http://www.doucet-litterature.org/spip.php?article74

  13. Bonjour, je continue le feuilleton Virgile : Electre indique maintenant une date de sortie pour le 2 avril 2015. Le site Gallimard continue d’annoncer une sortie prévisionnelle pour le 13 mai 2015.

  14. Quelques informations, glanées (en peu de temps, avec de bonnes équations de recherche : « bibliothèque de la Pléiade manuscrit remis à l’éditeur », « bibliothèque de la Pléiade CV », etc.).
    J’espère que ces informations sont d’actualité, et ne sont pas redondantes en regard d’autres contributions ici (pour cette raison, je partage pas ce que j’ai trouvé sur une nouvelle édition Apollinaire, sur le Brontë III (je parierai bien pour une parution au second semestre 2015), ou sur le théâtre médiéval – informations qui sont identiques à celles rassemblées par Geo).

    – Aristote :
    André Laks s’est chargé du « Mouvement des animaux » (traduction annotée). Sauf erreur, il me semble que ce morceau ne se trouve pas dans le volume paru fin 2014. Un autre (second ? deuxième ?) volume en perspective ?
    Ma source : http://www.andre-laks.placita.org/bibliographie.aspx?p=9

    – Descartes :
    tout ce qu’il est possiblement possible de savoir a été renseigné. Néanmoins, je me garde une petite gêne : si Denis Kambouchner dirige la nouvelle édition Pléiade en 2 vol., il est aussi responsable de la nouvelle édition des Œuvres complètes dans la collection Tel, en 7 vol. dont un paru. D’autres volumes prévus en 2015 et 2016.
    Double publication ? Je pense qu’une nouvelle édition Pléiade serait tout à fait bienvenue, mais n’est-ce pas pour se garder la possibilité de ne pas l’imprimer (risque financier ?).
    Je ne pense pas que cela soit le cas.
    Ma source : http://edph.univ-paris1.fr/kambouchner.html

    – Premiers écrits chrétiens :
    Pour compléter l’information gourmande de Geo, Jean Reynard s’est chargé (se charge ?) de la traduction annoté d’Athénagore, « Sur la résurrection ».
    Ma source : http://www.sources-chretiennes.mom.fr/index.php?pageid=equipe&id=870

    – Perec :
    Si, comme cela a été indiqué, Maxime Decout est en charge, pour la Bibliothèque de la Pléiade, de l’édition de « La Disparition », des « Revenentes » et du « Voyage d’hiver », Jean-Luc Joly prépare lui l’édition de « La Vie mode d’emploi » et d’ »Un cabinet d’amateur » (pour info : il participe dans le même temps au projet d’édition de « Lieux » au Seuil).
    La publication semble bien prévue pour 2016.

    Moi qui espère un album Shakespeare/Elisabethain pour fêter/accompagner la fin de l’édition Shakespeare, prévue en 2016, 400e anniversaire de la mort du Magnifique, j’ai ne légère inquiétude que Perec soit (ait été ?) préféré pour être l’auteur à l’honneur lors de la Quinzaine de mai 2016.
    A voir !
    Ma source : http://www.ccic-cerisy.asso.fr/perec15.html

    Grâce à votre méticuleuse synthèse, croisant les projets prévus, remis à l’éditeur, les séries en cours de publication, je me suis amusé à imaginer les quelques volumes qui pourraient, plus ou moins vraisemblablement, paraître pour le second trimestre 2015 (le Catalogue, ou la Lettre à venir nous en diront – peut-être – plus) :
    – Foucault ;
    – Roth ;
    – Tournier. (Avec d’Ormesson, Roth, et Tournier, 2, 3 vivants en une année ? Mais qu’a donc bien encore d’exceptionnelle la Pléiade, me direz-vous… Peut-être que Gallimard va échelonner, et faire paraître Roth en 2016 (avec un album, pour accompagner cet auteur chéri de la France des Lettres ?) et Tournier en 2017 ? Ou l’inverse ? « Words, words, words » !) ;
    – Descartes ;
    – Kierkegaard (rien ne l’indique, mais maintenant que Virgile et Aristote sont arrivés, on peut bien parier dessus chaque année comme sur Saint Augustin : on finira par tomber juste)
    – Balzac, Correspondance III ;
    – Stevenson III. Les délais entre I et II, et II et III semblent cohérents, et il serait temps que sorte ce volume, qui devrait rassembler les oeuvres de la dernière période, dont l’extraordinaire et crépusculaire « Creux de la Vague », à rapprocher absolument du « Coeur des ténébres » de Conrad ;
    – Flaubert IV et V ;
    – Brontë III ;
    – Nietzsche II ?

    Brumes, n’hésitez pas, si jamais sortent ces volumes, et au tournant 2015-2016, à supprimer de mes commentaires les informations frelatées : il m’importe absolument de ne pas brouiller ce qui pourrait intéresser les lecteurs de ce blog. Quitte à ce que ce commentaire disparaissent absolument !

    • Cher Jimmy,
      merci pour ce travail de recherche. J’intégrerai probablement quelques-unes de ces informations dans une prochaine mise à jour. Nous aurons sûrement une annonce du programme complet du 2e semestre avec la parution du nouveau catalogue en mai. Foucault et les Brontë me paraissent des options tout à fait crédibles, étant donné les annonces de la Pléiade et les quelques informations données ici par de bienveillants contributeurs.
      Pour Aristote, il y a en effet des chances que la traduction de M. Laks soit destinée au deuxième volume (s’il va au bout, ce dont je persiste à penser que ce n’est pas certain).
      Concernant Descartes, la parution TEL est en cours depuis plusieurs années (la correspondance est sortie l’an dernier je crois). Je ne pense pas que les deux projets puissent se parasiter.
      Je ne vais pas me rendre au salon du livre cette année, donc je n’y glanerai pas d’information nouvelle, contrairement aux années précédentes. Si quelqu’un y passe, qu’il n’hésite pas à interroger un peu les préposés au rayon des volumes reliés cuir à rhodoïd et cartonnage de chez Gaston.

  15. Je viens de recevoir la Lettre de la Pléiade, qui n’indique rien de particulièrement inédit, sinon la réimpression du premier volume de Jin Ping Mei (indisponible depuis quelques temps) dans un coffret comprenant les deux volumes (initiative semblable au Cao Xueqin réimprimé voici quelques années)

  16. D’un contact récent avec les éditions de la Pléiade, il m’a été confirmé que les œuvres de Gabriel Garcia Marquez étaient en préparation. Malheureusement à venir dans quelques années uniquement.

  17. Bonjour, le second semestre 2015 verra le cercle de la famille Pléiade s’agrandir par la naissance de deux volumes M.Foucault, et la renaissance des oeuvres romanesques de Bernanos

    • Merci pour ces informations. L’annonce officielle devrait être placée dans le catalogue à venir d’ici peu. Cela nous donnerait un 2e semestre déjà bien fourni :
      – Bernanos Romans I
      – Bernanos Romans II
      – Foucault I
      – Foucault II
      – Brontë ? Descartes ?
      Généralement, Gallimard panache un peu les époques, donc je pencherais, si Bernanos et Foucault se confirment, pour des volumes d’époques antérieures.
      Pour Pierre Michon, c’est un peu étonnant, je ne pensais pas sa gloire si fermement établie…

      • Concernant Pierre Michon c’est au stade de la réflexion m’a t on dit, et beaucoup de projets ne dépassent pas ce stade. Il y a quelques années, Sollers a écrit un mot à Antoine Gallimard pour que l’on pense a lui pour la Pléiade, il s’est vu recaler, et renvoyer à un possible Quarto. Antoine Gallimard dit régulièrement que Le Clézio et Modiano ont l’étoffe pour la pléiade, et comme le choix d’un auteur pour intégrer la collection n’est pas un choix collégial, mais relève de la seule décision du patron, il y a quelques chances de voir ces deux auteurs dans les prochaines années.

        • C’est amusant, il me semblait que Sollers avait dit quelque part qu’il préférait ne pas être enterré de son vivant à la Pléiade. Sûrement une réaction, compréhensible, de prétendant éconduit.

          • C’est la morale de la fable du renard et les raisins :

            Mais comme il n’y pouvait point atteindre:
            «Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.»

  18. Shakespeare sera au complet dans la collection en 2016 pour le 400e anniversaire de sa mort.

    Pierre Michon en réflexion selon une personne de Gallimard.

    Souvenir amusant : « La supplique pour l’édition de Georges Brassens dans La Pléiade » lancée en 2001 est tombée à l’eau, malgré quelques milliers de signatures, dont celle de Daniel Vaillant, ministre de l’Intérieur de l’époque et celle prestigieuse de Pierre Tchernia….

  19. Bonjour, je vous reconfirme que le tome 3 des œuvres de Flaubert est terminé et rendu. Parution (promise) pour 2015.
    Hélas l’édition Descartes Tel a été malheureusement complètement bloqué. Seul un tome est paru. L’édition
    Pleiade (avec moins de notes, plus de textes latins, sans les notions etc.) à stoppé l’édition scientifique sérieuse. Dommage. On a publié ses lettres de justesse !
    Autre info: au colloque de Cerisy on parlait de 2 tomes pour Perec. Mais iI y n’aura pas même tous ses textes déjà publiés et disponibles… Dommage.
    Idem pour Foucault. (N’y sera publié qu’un mince choix des Dits et écrits.)

    • Merci Tigrane,
      vous avez raison de rappeler que Flaubert IV a bien des chances de figurer au rang des volumes publiés au deuxième semestre. J’ai noté que l’édition Flaubert est discrète sur sa numérotation (I, II, III, IV, V), visuellement, ce qui est le cas également des éditions récentes consacrées aux Brontë, à James, Stevenson, Aristote (?), Flaubert ou Melville. Est-ce qu’il n’y aurait pas, de la part du public de la Pléiade, une forme de réticence psychologique relativement récente à acheter un volume IV ou V (« ah oui, il me faudrait les autres, je l’achèterai quand je les aurai, etc. »), qui entraînerait de la part de Gallimard, une adaptation prudente (des dates et des noms d’œuvres plutôt que des numéros, des mentions discrètes des tomes I, II, de manière à ne pas effrayer le chaland, etc.) . Cela donnerait à l’éditeur une sorte de droit moral de rétractation en cours de publication (si Aristote se vend mal par exemple), etc. Vous me direz, les oeuvres de Dickens et de Defoe n’ont pas non plus de numérotation apparente sur le volume et ne sont pas récentes… C’est assez anecdotique je l’admets.
      J’ai peu parlé des volumes Foucault ici car je connais très mal son œuvre, au-delà des quelques banalités que n’importe qui peut aligner à propos de ses principaux ouvrages comme « l’Histoire de la folie à l’âge classique ». Néanmoins, n’avait-il pas fait l’objet d’une édition (que je pensais intégrale) en Quarto ? Et ce qui tient en deux Quartos ne tiendrait pas en deux Pléiades ? Certes, l’un propose notes et notices quand l’autre non, mais je ne pensais pas qu’ils choisiraient une option aussi délibérément limitée alors même qu’ils ont les droits.
      (dans le fond, je ne suis pas persuadé que l’édition de Foucault à la Pléiade se justifie entièrement, mais ce n’est là que l’expression de ma petite opinion.)

      • Oh ! Oh ! Que voilà une audace qui était passée inaperçue à mes yeux (décidément, ma vue baisse) ! « Foucault pas entièrement justifié » ? Il m’intéresserait fort (sans ironie, je vous supplie de le croire) de connaître vos arguments… Je suis certes très ambivalent quant au jugement à porter sur l’oeuvre de Foucault (dont les errements sont connus), mais, quant à nier son importance ! (à moins que votre opinion soit fondée sur d’autres critères : édition en Quarto suffisante, par exemple ?) Foucault au catalogue de la Pléiade me paraît plus prestigieux que… qui vous savez – on ne va plus insister là-dessus – ou bien (c’est mon dada) un très moyen et très périssable Kundera…

        • Cher Dominique, je n’ai fait qu’exprimer des doutes, je n’ai pas tempêté contre l’introduction de Foucault à la Pléiade. Je suis dubitatif, voilà tout.
          Je trouve que le costume en cuir, avec lisérés d’or, ne va pas trop à son œuvre, c’est trop canonique, trop consacrant. Le voici figé. J’entends là une vraie fausse note. Il y a quelque chose dans sa pensée qui jure avec la collection et son esprit.
          Pourquoi ne pas lui consacrer des volumes hors Pléiade et éditer ses vraies œuvres complètes plutôt que ce choix d’œuvres, même excellemment annotées ? D’ailleurs les sciences humaines contemporaines (enfin, contemporaines, leurs couleurs sont déjà bien passées) sont-elles à leur place à la Pléiade ? (question ouverte et à laquelle je n’ai pas vraiment de réponse)
          Le fait que figurent au catalogue, désormais, les Histoires d’O ne peut servir à tout justifier.

  20. Après accord de DD Gallimard a publié tous ses articles entretiens et conférences. Le Seuil a publié l’intégralité des cours. Seuls «inédits» acceptés sans trahir Foucault. Que contient le fameux coffre fort scellé par Foucault on ne sait pas… (DD mis à la quetion et après qq verres n’a rien avoué !!!)
    La politique éditorial de Gallimard est désormais clair et se base sur l’expérience: les volumes Pléiade ne doivent plus être numérotés. Pour l’édition des lettes en Blanche de Yourcenar on devait mettre même un titre (un sous titre) à chaque volume ! Les longues séries de publication de lettres autrefois montrent que le « public » n’achète pas un volume par exemple III mais si il a un titre ça change tout… Peut-être… Soit… Pas complètement convaincu… Admettons.
    Pour Flaubert, la pléiade suit tout de même de près la chronologie. Donc on s’y retrouve facilement.
    Un fait très important et nouveau est à noter pour les éditions d’œuvres en Pléiade: Gallimard s’appuie s’aide (débauche?) de plus en plus sur des pôles éditoriaux existants de recherches. Item imec cnrs etc.
    Pour Duras Flaubert Foucault Perec etc.
    (Quand ce n’est pas le cas, cela donne l’incroyable volume de Woolf sidérant. Des textes essentiels cités mais non reproduits !!! Dommage)

    • Quels textes manquent dans les volumes Woolf ? Ses critiques je suppose ? ou des textes de fiction ?
      Beaucoup publient des recueils de ses textes ces derniers temps (Gallimard, La Différence, etc.) et je vous avoue que je m’y perds, je ne sais jamais quel texte est où, si des volumes présentent des chroniques ou des études en doublon, etc. C’est dommage, parce que j’aime assez lire ses critiques et que j’aurais bien voulu qu’un éditeur publiât un volume unique d’Essais et critiques (c’est ma petite manie de l’exhaustivité).

  21. Je suis on ne peut plus d’accord avec vous Brumes. Les 2 volumes de Woolf ne sont pas très épais. J. Aubert pouvait ajouter sans problème les textes de fiction qui sont cités par exemple page 1466 tome I. Le Premier ministre est très important dans la genèse de Miss D. Quant au tome II ne sont même pas rééditées les recueils complets qui existent en poche ! (Heureusement!) Que Gallimard ne s’étonne pas de l’échec des ventes. Même déception pour le Quarto. Pourquoi y rééditer les romans qui sont en Folio mais pas les essais dispersés?!! …plus facile et moins cher je suppose…. C’est dommage.
    (Le tout nouveau Folio Essais choisis est intéressant)
    Le volume d’essais publié par les éditions de Paris est très intéressant et contient des essais inédits en français en 2012!
    Ce qui m’échappe et je suis bien d’accord avec vous c’est pourquoi un éditeur ne réédite pas tous ses textes épars. Mystère.
    Si seulement les britanniques avaient une collection Pléiade…

    • Je n’avais pas vu le volume publié aux Éditions de Paris, je vous remercie de me l’avoir signalé. Il ne concerne que le cinéma, de ce que je crois comprendre.
      Je ne savais pas que l’édition de Woolf en Pléiade avait eu autant de « ratés ». Je suppose qu’ils n’ont pas voulu effrayer le lecteur en proposant autre chose que le canon woolfien. Gallimard ne s’est pas intéressé à un regroupement intégral d’essais, il n’a pas non plus édité le Journal (chez Stock en deux gros volumes). Et je sens que l’affaire se reproduira avec M. Twain : pas d’autobiographie (chez Tristram, épuisé rapidement), pas d’articles et essais (et pourtant il y a de quoi piocher), pas de romans en dehors des sempiternelles histoires du Mississippi… 7 volumes à la Library of America, et un seul à la Pléiade, avec 640 illustrations, perpétuant ainsi la légende de Twain comme écrivain amusant pour les enfants. Un deuxième tome n’est néanmoins pas impossible et pourra, je l’espère, réserver des surprises.
      Oui, je vous rejoins, une « Pléiade » britannique eût été intéressante. De beaux volumes « Milton » ou « Thomas Hardy » n’auraient pas déparé dans nos bibliothèques…
      La « Pléiade » américaine existe, certes, mais elle est explicitement centrée sur l’Amérique, sa production est moins « high-brow » que la Pléiade française, les livres sont moins chers, plus communs (bien qu’agréables à feuilleter, j’ai chez moi un volume de roman de Henry James et les « Prejudices » de Mencken – écrivain savoureux et trop méconnu en France).

  22. Le volume des éditions de Paris contient l’essai cinéma (retraduit sans le folio) et d’autres très beaux essais inconnus (de moi) sans rapport.
    J’ignorais pour la « pleiade » étasunienne. Elle porte un nom particulier ? Connaissez vous par chance ?
    Pas plus de Mark puisque John…

  23. Il s’agit de la Library of America, les volumes sont de taille moyenne (un peu plus grand qu’un quarto je pense), en hardcover, avec signets et jaquette noire, photo de l’auteur et fin bandeau tricolore courant le long de la couverture. On y trouve Cather, Roth, Faulkner, Bellow, Ashberry, Twain, Thoreau, Mencken, Anderson, Emerson, Malamud, Sontag, les deux Crane, Hawthorne, etc. Je m’aperçois en feuilletant le catalogue que 15 volumes sont consacrés à Henry James (6 de romans, 5 de nouvelles, 2 de critique et 2 de voyages)…
    Allez voir :
    http://www.nxtbook.com/ygsreprints/LOA/g46851_loa_springsummer2015/#/0
    http://www.loa.org/catalog.jsp?sort=1

  24. Merci beaucoup ! Je ne savais rien de cette collection. J’irai consulter ceux qui m’intéressent à la bnf.
    C’est vrai que James écrit passionnant mais long…
    Comme je regrette qu’ils ne naturalisent pas pour la bonne cause Miss Virginia.
    Amusant de trouver au milieu de tous ces auteurs étatsuniens un seul étranger : un français !
    Merci

  25. Les créateurs de la Library of America se sont explicitement réclamés de la Pléiade, mais il s’agit d’une douce blague : D’abord cette collection est exclusivement centrée sur la production des Etats Unis, le seul auteur étranger présent au catalogue étant Tocqueville, pour son essai « De la démocratie en Amérique ». Pour cette collection, le reste du monde c’est le monde qui observe l’Amérique…. D’autre part le ticket d’entrée est plus facile à obtenir que pour intégrer la Pléiade, pas mal de souscripteurs grincent des dents ces dernières années, en voyant débarquer les Philip K. Dick et compagnie… Un D’Ormesson texan n’aurait pas paru incongru au catalogue.

    • Cher Manu,
      Vous n’avez pas tort. Les volumes LoA coûtent moitié moins cher que des Pléiades (on peut trouver certains d’entre eux autour d’une vingtaine d’euros sur Amazon.fr), ils sont édités avec moins de soin, et les volumes sont qualitativement plus communs. À bien y réfléchir, si je devais les définir auprès de quelqu’un ne les connaissant pas, je dirais qu’ils s’apparentent plus à des Quarto à couverture rigide qu’à des Pléiades. Il est évident que l’ambition n’est pas la même. Le programme est « middle-brow », avec les grands classiques américains (Thoreau, Longfellow, Melville, Hawthorne, James, Wharton, Faulkner, Dos Passos, etc.), les écrivains réputés du second XXe (O’Connor, Roth, Updike, etc.) quelques romans policiers (récemment D.Westlake (!)), des documents historiques (sur la guerre d’indépendance et la guerre civile, principalement), des mémoires d’hommes d’État (T.Roosevelt, Lincoln),de la littérature plus segmentée, noire américaine ou du deep south, et des recueils de reportages, notamment du New Yorker (pas inintéressants d’ailleurs – c’est une forme de journalisme que nous ne connaissons pas en France, un journalisme qui ne se contente pas de brasser des opinions et des préjugés, confortablement installé dans son fauteuil d’éditorialiste, cf. Liebling, Mencken, ou quelques autres).
      Vous évoquez le nombrilisme de la collection. Mais il n’a rien d’étonnant. Le marché anglophone (USA, Royaume-Uni, Canada, Australie, Inde, etc.) est très rétif envers les traductions littéraires ; il s’écrit déjà tellement de choses en anglais… J’avais lu chez Michael Orthofer, bon observateur de la vie littéraire internationale, qu’il se traduisait plus de livres (littéraires) chaque année en Slovénie (2 millions d’habitants) qu’aux États-Unis (320 millions) : 602 à 524 pour l’année 2013 ! Et la plupart de ces traductions paraissent dans des maisons spécialisées (Dalkey Archive, Europa Editions, Gallic Books) ou des maisons universitaires ! Elles n’ont donc aucun impact sur la vie littéraire américaine (ou anglaise, les deux se compénétrant bien plus étroitement que jadis). Vous n’êtes peut-être pas sans savoir que la France traduit en un an plus de livres de l’anglais que l’édition américaine n’en traduit en dix ans, toutes langues confondues ! Leur « fermeture » est la conséquence de leur domination culturelle. Il suffit de lire les essais critiques des écrivains anglo-saxons (anglais ou américains), je pense notamment à Zadie Smith, à Siri Husvedt ou à d’autres pour voir qu’excepté un ou deux latinos et quelques classiques étrangers morts depuis longtemps, ils ne parlent que de littérature anglophone vivante – ce qui fait une partie de notre décalage avec eux. Et, entre parenthèses, il est amusant de constater que certains auteurs, très admirés aux USA, comme Barth, Coover, Gass (parmi les vieux) et Erickson, Foster Wallace, ou d’autres (parmi les moins vieux), ne sont pas du tout passés dans le monde littéraire français. Ils ont été traduits, ont connu un succès critique poli, mais rien de plus. Rien à voir avec la vogue Foster Wallace dans les lettres américaines. Nous sommes plus ouverts à eux qu’eux à nous, mais nous avons tout de même nos spécificités.

      Pour les grincements de dents, attendez que tout le monde se déchaîne en France contre d’Ormesson. On ne devrait pas éviter une petite polémique littéraire à la française (enfin, j’imagine)… Les Italiens que je connais grincent aussi des dents en voyant l’évolution d’I Meridiani (beaucoup plus proche de la Pléiade que la LoA), que ce soit en terme de prix (le volume consacré à Valéry coûte 80€, alors que les Meridiani coûtent généralement entre 50 et 60€) ou de choix des auteurs. À croire que toutes les collections canoniques traversent la même crise, ce qui doit avoir un rapport avec celle du canon.

  26. J’ai regardé une heure le volume des Voyages de James en France et Italie et c’est extrêmement intéressant. (Mais très surpris du choix des Writtings de Stein…. On ne choisirait, je crois, pas du tout les mêmes livres en français…)

    • Je crois que ces récits de voyages sont disponibles en français (partiellement ? complètement ?) l’un chez Laffont (coll. « Pavillons », « Voyage en France ») et l’autre à la Différence (« Heures italiennes »). Mais il n’est pas certain que ce soit intégral.
      Pour Gertrude Stein, la différence de nos choix ne serait-elle pas liée au caractère intraduisible de certains de ses textes ? Je pense notamment à « The Making of Americans ».

  27. Je suis allé sur Amazon – une fois n’est pas coutume – pour avoir une idée plus précise de ce second semestre 2015 encore un peu mystérieux – qui ne devrait plus l’être au moment de la sortie du catalogue, qui indique toujours, sur le contre-plat inférieur, les sortie de l’année.
    Pourquoi Amazon ? C’est que j’avais remarqué, lorsque d’Ormesson, Virgile et Twain ont été annoncés, qu’en renseignant « Twain » (par exemple) + « Pléiade » dans la zone de recherche, un résultat sortait, qui laissait bien à penser que le livre était en bonne voie (ISBN-10 et ISBN-13 renseignés, mais nulle vignette illustrée ou résumé).
    J’ai pris 10 minutes pour faire cette recherche sur les projets en cours plus ou moins officiels. Sans surprise, Foucault et Bernanos sortent. A noter que les deux volumes de Bernanos sont titrés « Oeuvres romanesques et théâtrales ».
    La suite des OEuvres Complètes de Flaubert était attendue : j’ai ainsi trouvé un « Flaubert V » (mais ou est le IV ?).
    Plus surprenant, j’ai eu une réponses pour… Nietzsche ainsi que pour Leibniz !
    Pas trace de Brontë ou Stevenson, en revanche – pour l’instant.
    Ces résultats me semblent annoncer de manière fiable une sortie imminente (dans l’année) – mais je préfère ne pas les prendre pour argent comptant.

    • Cher Jimmy, votre méthode était fiable pour lever le lièvre d’Ormesson, je suis assez partisan de penser que vos recherches nous donnent une indication supplémentaire. D’autres que vous (et qui sont bien informés – libraires, professeurs, etc.) ont signalé plus haut l’imminence d’un nouveau volume de Flaubert (probablement le IV, erreur d’Amazon possible sur la numérotation) ainsi que des tomes Foucault I, II, Bernanos I et II. Ce qui ferait déjà cinq tomes. Je ne crois pas que Gallimard en publie 7 au second semestre (ceux-là + Leibniz et Nietzsche II) Ces dernières années, c’était plutôt 5 ou 6. Amazon est peut-être informé d’une sortie au tout début 2016 ? Ou alors Gallimard va revenir cette année à son rythme de publication des années 90 (12 volumes par an)…
      Pour Leibniz, c’est un projet très ancien, puisqu’on en parlait (alors en 3 volumes) voici trente ans. On avait fini par l’oublier. Nietzsche II, en revanche, est attendu depuis 15 ans.
      Merci pour ces informations, officieuses, mais pas illogiques.

  28. Electre annonce maintenant Virgile pour le 10/04 (oui, je l’attends avec impatience !). Et concernant la future polémique d’Ormesson, les éditions Pierre-Guillaume de Roux annoncent ce volume au titre, disons, explicite : « Suffirait-il d’aller gifler Jean d’Ormesson pour arranger un peu la gueule de la littérature française ? », d’un certain Romaric Sangers.

  29. Bonjour, je confirme qu’il s’agit du volume 4 de Gustave. Le 5 n’est pas commencé… Pas d’Immaculée édition hélas….
    Pour Bernanos, si il n’a publié (et posthume) qu’une pièce il y’a aura des documents importants sur cette œuvre. A l’origine il y’a des notes de travail, des commentaires et l’adaptation de GB de la source (qui est une nouvelle allemande) et surtout c’est d’abord à un scénario de film qu’il pensait… Monsieur Ouine sera complet du texte exact et des cahiers. De même pour Sous le soleil de Satan.
    Pour Nieztsche la catastrophe et le malheur qui ont touché les collaborateurs font que l’édition n’a pas avancé.

  30. Bonjour, à propos d’Aristote, il est indiqué dans l’introduction que l’édition comprendra trois volumes, espérons que ce sera bien le cas…
    (et naturellement un bravo pour votre blog, ces pages sur la Pléiade sont fort précieuses face au peu d’information du site officiel)

    • Bonjour,
      pour information, un entretien de M. Pierre Somville, un des contributeurs du tome I des Œuvres d’Aristote, a été publié aujourd’hui sur un blog mediapart (lien : http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer/010415/aristote-dans-la-pleiade-entretien-avec-lun-de-ses-maitres-douvrage-le-philosophe-pie).

      D.S.S. : Cela signifie-t-il qu’il y aura bientôt un deuxième volume, dans cette même « Bibliothèque de La Pléiade », des « Œuvres » d’Aristote ?

      Pierre Somville : Oui : un deuxième et même un troisième volume. Le deuxième volume sera consacré à tout ce qui concerne dans l’aristotélisme – c’est là l’autre point fondamental de l’acquit aristotélicien – l’étude de la logique : la logique binaire, simple, classique, macroscopique du syllogisme. C’est là ce que l’on range traditionnellement, au sein des traités d’Aristote, sous les termes d’« Analytiques », de « Catégories » et de « Problèmes », qui sont également des notes d’élèves, des transcriptions de séminaire sur une problématique donnée, une question provocatrice ou paradoxale. Et puis, surtout, le confluent, particulièrement délicat, entre le logique et l’ontologique (« la science de l’être en tant qu’être »), c’est encore à Aristote qu’on le doit.

  31. Merci pour ces informations. Je devrais faire une mise à jour d’ici la mi-avril, avec toutes ces informations. Je crois désormais qu’il convient d’être optimiste pour les œuvres d’Aristote. Après tout, nous savons que Gallimard répugne désormais à numéroter les volumes. Je pense donc que les absences d’un numéro romain I sur le boîtier et sur le dos ne doivent plus être pris pour une preuve de rétractation du projet. J’en tiendrai compte dans la mise à jour.
    Concernant Bernanos, j’avais souvenir (datant de ma lecture de « Monsieur Ouine » dans cette édition au printemps 2011) d’une édition « moderne » riche en notes et notices, et je me demandais ce qui justifiait cette refonte. J’ai feuilleté le volume et je me suis rendu compte que ma mémoire m’avait trompé. C’est un livre très épais, mais où les appendices ne sont pas très importants.
    Tigrane, vous évoquez la « catastrophe » pour les contributeurs du volume Nietzsche, je pense qu’il s’agit en effet d’une raison légitime de retard (même si je ne sais pas à quoi, ni à qui, vous vous référez précisément).
    Une petite précision pour ceux qui suivent le blog : ma vie professionnelle ne m’a pas laissé de répit depuis huit jours et je m’en excuse, j’espère pouvoir reprendre le blog ce week-end.

  32. Chers lecteurs, je viens de faire une mise à jour, plus large que prévue, avec quelques informations sur des projets en cours de longue date et probablement abandonnés et une tentative d’établissement du programme 2015 complet. La nouvelle mise à jour est publiée en vert.
    Je mettrai probablement cette page à jour une 3e fois, lors de la parution du catalogue, pendant la Quinzaine de la pléiade, courant mai.

    • Bonjour à tous.
      Je lis – en catimini- vos commentaires sur la Pléiade et c’est un vrai plaisir à chaque fois vu que le site officiel est peu réactif. Dans le magazine Littéraire d’avril, il y a un petit article sur la Pléiade et un autre sur Michel Tournier. Pour ce dernier, le rédacteur évoque avoir vu la lettre de Gallimard pour l’édition de Tournier dans la Pléiade. Ce seront ses romans préférés à l’exclusion des essais apparemment. Dans l’autre article, on évoque d’Ormesson et -misère !- un second volume !!! ça promet ! Seule consolation, est mentionné également Bonnefoy. ça pourrait donc se confirmer.
      Félicitations pour votre blog.

      • Cher Monsieur,
        j’ai effectivement vu ces courtes mentions : Tournier et Bonnefoy bientôt et un 2e volume d’Ormesson en réflexion (qu’ils vendent le premier, déjà).
        Cette deuxième indiscrétion sur un volume Bonnefoy accrédite le projet.

      • Je vais tenter de vous convaincre que vous vous trompez. Ce qui démontre d’ailleurs que les éditions de la pléiade n’ont aucune constance, mais je crois que vous l’avez démontré.
        Prenons Char : le premier dépôt légal date d’avril 1983, le catalogue analytique 1996 indique 1456 pages, ce que j’ai vérifié. Une nouvelle édition suite au décès de l’auteur est publiée en 1995. Des textes complémentaires y sont ajoutés, vous constaterez dans le dernier catalogue que le nombre de pages de la seconde édition est porté à 1616 pages. Je vous laisse le soin de faire la même constatation avec les œuvres romanesques de Madame Yourcenar. Lorsque le nombre de pages est augmenté peut- on affirmer qu’il s’agit d’une réimpression ? Merci cependant pour votre travail remarquable. Bien à vous.

        • Il s’agirait donc d’éditions prime (comme en mathématiques A et A’ et non A et B), non signalées comme rééditions, ne modifiant ni la préface, ni les appendices, ni l’essentiel du texte, mais ajoutant quelques correctifs (textes nouveaux en fin de volume pour Char) et retranchant les coquilles (pratique connue et annoncée par Gallimard). Je vous remercie de m’avoir signalé cette complexité nouvelle (je ne suis pas chez moi, je ne peux aller vérifier dans mes propres volumes ce qu’il en est). Cela dit, je préfère suivre la pratique de la Pléiade, et distinguer nettement réédition (avec refonte totale) et versions amendées (les versions prime). Il m’est difficile, dans l’état de ma documentation, de retracer ces dernières, et il ne serait pas sérieux d’essayer de le faire sans de solides moyens de parvenir à l’exhaustivité. J’en mentionnerai la possibilité sans les décompter (à moins que vous me fournissiez une liste complète).
          Je donne un exemple de ce que j’appelle la distinction entre rééditions et version « prime » (ou amendées).
          1993 et 1999 : Borges I et II sortent. Ils sont retirés après décision de justice et réimprimés quasi à l’identique une décennie plus tard, sans les quelques morceaux qui ont justifié le procès. Selon moi (mais je conçois qu’on puisse être d’un autre avis), il ne s’agit pas d’une réédition (même maître d’œuvre du volume, même contenu à 95%, etc.), mais de la parution d’une édition amendée. J’aurais donc tendance à la considérer comme une seule édition, à deux versions (comme, apparemment Char et Yourcenar) : « A » et « A' »
          En revanche pour Bernanos, les deux volumes d’œuvres romanesques qui vont sortir prochainement seront une vraie réédition, modifiant fortement l’architecture du volume (puisque le divisant), ainsi que les notes, notices et appendices. Il s’agira bien, alors d’une édition « B », prenant la succession d’une édition « A ».
          Je vous remercie encore de votre contribution et de vos précisions.

  33. Voici les éléments en ma possession, j’ai les volumes sous les yeux. Pour René Char, le seconde édition ajoute :  » note sur l’édition 1995″, p Lxxxvii et Lxxxviii et » textes complémentaires », pages 1265 à 1326.
    Pour Madame Yourcenar : En supplément :, » la nouvelle Eurydice » : pages 1249 à 1325.

    • Je vous crois, il y a la même chose dans l’édition Bossuet, qui est censée dater des années 30 mais qui a été toilettée dans les années 50 (sans que cela ne figure sur le catalogue). Mais je n’ai pas les moyens de faire l’inventaire de toutes les versions amendées, hélas…

      • Bonjour Messieurs !
        Si je puis ajouter mon grain de sel à votre dernière conversation, j’ai vérifié et comparé deux catalogues d’années différentes (1989 et 2014), voici ce qui apparaît pour autant que les indications soient fiables :
        Alain Les Arts et les Dieux 1492 –> 1488 (perd 4 pages) X
        Apollinaire Prose I –> 1536 –> 1584 (gagne 48 p) X
        Balzac tome VI 1592 –> 1600 (gagne 8 p)
        Balzac tome XII 1984 –> 2000 (gagne 16 p) X
        Barbey d’Aurevilly oeuvres I 1532 –> 1536 (gagne 4 p)
        Baudelaire correspondance I 1208 –> 1216 (gagne 8 p)
        Bernanos essais et écrits de combat I 1768 –> 1776 (gagne 8 p)
        Bernanos oeuvres 1956 –> 2016 (gagne 60 p) X
        La Bible (ancien Testament I) 1864 –> 1872 (gagne 8 p)
        La Bible (ancien Testament II) 2168 —> 2176 (gagne 8 ¨p)
        Le Nouveau Testament 1080 —> 1088 (gagne 8 p)
        Céline Tome II 1304 –> 1312 (gagne 8p)
        Char 1456 –> 1616 (gagne 160 p) X
        Chateaubriand Oeuvres romanesques II 1816 –> 1824 (gagne 8 p)
        Claudel oeuvre poétique 1304 –> 1392 (gagne 88 p) X
        Le Coran 1208 —> 1216 (gagne 8 p)
        Eluard tome II 1536 –> 1520 (perd 16 p) X
        Flaubert correspondance I 1224 –> 1232 (gagne 8 p)
        François de Sales 2024 –> 2032 (gagne 8 p)
        Fromentin 1858 –> 1856 (perd 2 p) X
        Garcia Lorca Poésies 1904 –> 1968 (gagne 64 p) X
        Giono I 1416 —> 1520 (gagne 104 p) X
        Julien Green II 1608 —> 1616 (gagne 8 p)
        Hemingway I 1568 –> 1968 (gagne 400 p) X
        Hemingway II 1780 —> 1776 (perd 4 p) X
        Historiens et chroniqueurs du MA 1560 –> 1568 (gagne 8 p)
        Hugo La Légende des siècles 1344 —> 1360 (gagne 16 p) X
        Hugo Notre Dame de Paris 1768 —> 1776 (gagne 8 p)
        Hugo Les Châtiments Contemplations 1908 –> 1904 (perd 4 p) X
        Jarry Oeuvres I 1368 —> 1376 (gagne 8 p)
        Kafka IV 1518 –> 1520 (gagne 2 p)
        Kant III 1584 —> 1600 (gagne 16 p) X
        La Fontaine tome II 1196 –> 1200 (gagne 4 p)
        La Rochefoucauld 1046 –> 1056 (gagne 10 p) X
        Lamartine 2080 —> 2112 (gagne 32 p) X
        Las Cases I 1346 –> 1344 (perd 2 p) X
        Martin du Gard Tome I 1574 –> 1584 (gagne 10 p) X
        Marx II 2104 —> 2112 (gagne 8 p)
        Maupassant Nouvelles I 1752 –> 1776 (gagne 24 p) X
        Maupassant Nouvelles II 1808 –> 1824 (gagne 16 p) X
        Montesquieu Tome II 1816 –> 1824 (gagne 8 p)
        Plaute-Térence 1512 –> 1520 (gagne 8 p)
        Plutarque tome II 1326 –> 1328 (gagne 2 p)
        Les Présocratiques 1664 —> 1680 (gagne 16 p) X
        Renard oeuvres I 1112 –> 1120 (gagne 8 p)
        Romans picaresques espagnols 1124 –> 1120 (perd 4 p) X
        Rousseau Confessions 2092 –> 2096 (gagne 4 p)
        Rousseau tome IV 2184 –> 2192 (gagne 8 p)
        Saint John Perse 1464 –> 1472 (gagne 8 p)
        Sartre romans 2288 –> 2304 (gagne 16 p) X
        Les Stoïciens 1512 –> 1504 (perd 8 p) X
        Tchékhov tomes II et III 1032 –> 1040 (gagne 8 p) et 1048 —> 1056 (gagne 8 p)
        Théâtre du XVIIe Tome I 1432—-> 1440 (gagne 8 p)
        Tolstoï Guerre et Paix 1688 –> 1696 (gagne 8 p)
        Eschyle-Sophocle 1544 —> 1552 (gagne 8 p)
        Valéry Oeuvres I 1832 —> 1872 (gagne 40 p) X
        Valéry Cahiers I 1544—> 1552 (gagne 8 p)
        Verlaine Poésies 1552 –> 1600 (gagne 48 p) X
        Voltaire Mélanges 1588 –> 1632 (gagne 44 p) X
        Voltaire oeuvres historiques 1816 –> 1824 (gagne 8 p)
        Yourcenar romans 1280 –> 1408 (gagne 128 p : La Nouvelle Eurydice) X
        Zola Contes 1656 –> 1664 (gagne 8 p)
        Zola tome I 1788 —-> 1808 (gagne 20 p) X
        Zola tome IV 1808 —> 1824 (gagne 16 p) X
        Après ce long relevé (veuillez m’en excuser), il apparaît que la majorité des livres ont été augmentés de 8 pages. Rien de bien extraordinaire, c’est vraisemblablement une légère différence de mise en page. En revanche certains ont grossi et d’autres plus rares diminué (surtout ceux qui se vendent moins, tiens tiens !!). J’ai placé une croix en face des livres concernés. Ce qui est curieux c’est surtout que les livres augmentés sont majoritairement les volumes I de chaque auteur. Peut-être cela nous indique-t-il les auteurs et les texts qui se vendent encore.
        Bien à vous.

      • A propos de ce cher Bossuet, il semble que le volume soit épuisé. Sauriez-vous si une réimpression, ou mieux, une réédition est prévue, en ce qui concerne ces chefs d’œuvre de rhétorique ??

        • Cher Lutheraldius, bienvenue.
          Je crains que vous ne confondiez quelque peu : le volume consacré à Boileau est en effet épuisé (et pas évident à trouver), mais pas celui de Bossuet (édition des années 30, révisée dans les années 50). Il se trouve relativement aisément en librairie. J’ai acquis le mien en 2007 et il a été imprimé en 2001 (ce tirage doit toujours être disponible neuf, il m’étonnerait qu’une réimpression ait eu lieu depuis).
          Sur « placedeslibraires.com », bon indicateur des stocks des librairies indépendantes, le volume Bossuet est trouvable dans 28 librairies (ce qui n’est pas très élevé, mais pas négligeable, une soixantaine de volumes ne sont disponibles que dans moins de 20 librairies de ce réseau). Il faut compter en plus les stocks des FNAC, Amazon, etc.
          Pour le dire comme un naturaliste spécialiste de la démographie des espèces animales, il n’y a pour l’instant qu’une « préoccupation mineure » à propos de l’épuisement de ce volume.

          • Merci de votre message, et des précisions qu’il m’apporte. Nonobstant, bien qu’il soit disponible directement dans les librairies, j’ai la certitude que le volume des Œuvres de Bossuet n’est plus disponible dans les locaux de la SODIS à Lagny-sur-Marne, mon libraire n’ayant pu le commander ; ce qui implique le fait que les stocks des libraires vont s’épuiser à moyen terme (Bossuet n’étant pas non plus un best-sellet comme Proust, Saint-Exupéry…). Comme j’ai pu le constater également, ce volume est disponible sur Amazon et le site de la FNAC. Je dirais tout de même que ce volume est relativement en danger quant à son épuisement…

          • J’entends bien et vous remercie de ces précisions. Attention toutefois à ne pas confondre « indisponibilité » et « épuisement » : l’indisponibilité est (en principe) provisoire (même si certaines indisponibilités durent longtemps) et l’épuisement (en principe) définitif (même si certains volumes, rares, peuvent revenir en grâce). L’an dernier, le volume consacré au Cardinal de Retz n’était plus disponible nulle part, et, avant même que le volume ne devienne officiellement indisponible dans le catalogue, Gallimard a procédé à un retirage. Le volume II du Théâtre de Victor Hugo est officiellement « indisponible » depuis plusieurs années, mais devrait être retiré bientôt. Ma longue note – voir ci-dessus – fait le point sur ces volumes indisponibles et épuisés.
            Ce que vous dites sur le volume Bossuet indique que le stock du dernier retirage vient doucement à sa fin (en gros, un Pléiade est imprimé en une fois, écoulé jusqu’à épuisement du stock, puis (en général) réimprimé). Rien ne nous indique que Gallimard ne fera pas de retirage bientôt. 2001, ce n’est pas très ancien. Songez que les tirages initiaux des volumes I, II et III du Journal de Tolstoï, de la Correspondance de Voltaire, du Théâtre du XVIIe ou des œuvres de Corneille, ne sont toujours pas écoulés, alors que ces éditions ont de vingt-cinq à trente-cinq ans. Ces volumes-là, qui se vendent très mal, me semblent plus en danger que des éditions réimprimées à plusieurs reprises depuis soixante ans. La réimpression du volume Bossuet n’est certes pas garantie, vu l’état du marché, mais on est encore à petite distance de l’indisponibilité, et à plus grande distance d’un éventuel et officiel « épuisement ».

  34. Merci de ces précisions fort utiles. S’agissant du volume Char, le catalogue de la pléiade (voir celui de cette année par exemple, page 33, indique bien qu’il s’agit d’une « nouvelle édition augmentée (…) ».

  35. Catastrophe ! Le volume de Virgile vient à nouveau d’être supprimé du catalogue prévisionnel. Que fait Gallimard ? On se moque du monde.

    • J’ai vu ça. C’était déjà arrivé quelques jours début mars, et puis il était revenu. Voici quelques jours, ils avaient pourtant décidé d’afficher la couverture du boîtier. Attendons une bonne semaine avant de nous en inquiéter.
      (sinon, ce sera pour septembre…)

      • Je pense qu’il s’agit simplement (en général) d’un temps de latence informatique, le temps que les informations se mettent à jour et migrent du site de Gallimard vers le site de la Pléiade. En général, quand un volume disparaît des nouveautés du site de la Pléiade, c’est que, quelques jours plus tard, soit la date de sortie, soit le prix, soit la vignette, la description, le titre, etc. ont été actualisés, ou renseignés. Néanmoins, il est flagrant que, pour le volume Virgile, ces disparitions inquiètent.

  36. Il faut dire que 5 volumes en un mois, cela faisait beaucoup (Twain, JD’O, 2 Casanova et Virgile). Du reste notre pléiadisé vivant de la semaine (JD’O) n’a pas tenu le rythme et la Grande Librairie a dû déprogrammer son passage triomphal de ce soir, après son malaise d’hier… Bon rétablissement Jean ! Ce serait trop bête de n’être pas prêt pour ton apothéose…

  37. Je lis avec avidité votre blog surtout pour vos critiques érudites mais aussi par intérêt pour la Pléiade. C’est l’occasion de vous remercier. Je souhaite partager avec vous une interview réalisée par Le Temps ( http://www.letemps.ch/Page/Uuid/3db40c38-e396-11e4-94b8-e7cac4d21567/DOrmesson_le_choix_mondain_de_la_Pl%C3%A9iade ), dans les propos sont d’une très grande lucidité. Est réservé à l’Académie française – en général, car il existe quelques exceptions notables – la mondanité et à la Pléiade, la Littérature. On relèvera avec malice que l’interviewé a participé à l’édition de Charles-Ferdinand Ramuz, dont on connait l’influence sur le genre célinien.
    Si le choix éditorial de Gallimard est contestable, je me console en espérant que la manne financière prévisible permettra la réalisation de nouvelles éditions dans des champs plus passionnants.

  38. J’ai en main le Virgile. Il tout beau et intéressant. Un régal pour vieux latiniste (pléonasme?)
    « Anne ma sœur Anne »…
    Je vous assure que sa sortie est confirmée pour mai.

  39. Bonjour,
    J’ai découvert votre blog avec le sujet sur les évolutions récentes et futures de la Pléiade. J’ai lu les deux sujets avec l’intégralité des commentaires d’un coup ! Que d’informations ! Superbe ! Du coup, je ne sais plus à quel sujet poster mon commentaire. Je me permets de le faire ici.
    J’ai commencé à acheter la Pléiade il y a seulement un peu plus de trois ans et comme vous tous ici j’aime beaucoup. Pour ce qui est des évolutions de la collection, je pense aussi comme Marki que les éditions de la Pléiade n’ont aucune constance. Cependant, contrairement à la plupart, j’apprécie le fait que cette édition sorte aussi des livres types « best off » comme ils l’ont fait avec Sade. Je n’aurais jamais acheté Sade dans la Pléiade sinon. Paradoxalement, je n’aimerais pas qu’ils fassent un livre « best off » avec Kierkegaard. Ni même Roth ! Difficile, pour la Pléiade, de satisfaire tout le monde. Sinon, j’apprécie beaucoup leur coffret illustré. Et j’espère voir arriver plus d’auteurs japonais. Et pourquoi pas Henry Miller ? Ou bien soyons fous, Bukowski. Mais là, je rêve.

    • Merci Monsieur,
      Miller et Bukowski ne sont pas encore au stade de la Pléiadisation. Je ne crois pas avoir vu circuler leurs noms : le premier aurait pu, le second me semble assez peu en rapport avec l’allure de la collection.
      Pour le volume Sade, non numéroté dans la collection, je ne sais pas si l’initiative aura des prolongements. S’est-il bien vendu ? Est-ce un bon moyen d’assurer des rentrées financières, à coup de volumes hors série ? Sera-ce une initiative isolée ? Gallimard s’est peu expliqué au sujet de ce volume (notamment via la lettre du Cercle), nous n’en saurons pas beaucoup plus, je crois.
      Les Meridiani, en Italie, ont réduit drastiquement leurs nouveautés depuis 2008 (passant de 16 par an en 2003/05 à 4/5 par an les trois dernières années) ; en contrepartie, ils ont réédité une partie des volumes dans une série économique (c’est dans celle-ci que j’ai un volume, Pétrarque, Canzoniere). Qui sait si la Pléiade, à sa manière, ne va pas faire cela ? Twain et d’Ormesson ont dû pourtant renflouer les caisses…

  40. A propos de la réduction drastique des volumes de Meridiani, il faut dire que la crise économique en Italie a particulièrement touché l’édition. Un article du Monde nous apprend une initiative de l’éditeur Feltrinelli (propriétaire d’une chaîne de 106 librairies), l’inauguration d’un premier magasin sous l’enseigne « read, eat, dream » (« lire, manger, rêver »). « Des linéaires de bois blond pour les livres, de vieux fauteuils clubs pour lire la presse et essayer les derniers modèles de tablettes et, plus inattendu, un espace où acheter de l’huile d’olive de Ligurie, du jambon de Parme et des vins du Chianti. Enfin, tout au fond, un restaurant et une petite cour ombragée pour prendre le café. »
    Gallimard devrait s’en inspirer : Un jambon ou trois saucisses pour tout achat d’un volume de la Pléiade….

  41. Bonjour à vous.
    J’ai une info porteuse d’avenir et de grand plaisir de lecture (son l’aime…) Un groupe de chercheures/eurs (imec surtout) est rassemblé et à la tâche pour préparer une édition des Œuvres romanesques de Robbe-Grillet. Pour quand ? Mystère…

  42. Bonjour à tous !

    Quelques précisions de fraîche date concernant Descartes.
    Il y a bien une édition savante des Oeuvres complètes de Descartes, avec tout le soin requis pour l’établissement des textes et l’apparat critique …
    Mais – et cela ne me réjouis pas – Gallimard sortirait cette édition en collection ‘Tel’ où certains volumes sont déjà parus. Cette édition est destinée aux spécialistes et notamment aux agrégatifs, doctorants et autres chercheurs … auxquels il faut fournir des volumes pas trop coûteux.
    À moyen terme, il ‘pourrait’ y avoir un volume dans ‘La Pléiade’ avec des commentaires ‘allégés’ , volume destiné au ‘grand public’ et qui profiterait du travail effectué pour la collection ‘Tel’ (historiquement c’était l’inverse : des parutions en collection ‘Folio’, ‘Tel’ ou autre sortaient après La Pléiade en bénéficiant du travail effectué pour celle-ci).
    Tout ceci, que je tiens de source proche des éditions Gallimard, ne me rend pas optimiste :
    – le XVIIème siècle se vend mal comme vous l’avez souligné
    – l’essentiel des acheteurs de Descartes se trouve bien parmi les universitaires, des étudiants avancés aux chercheurs confirmés, qui auront leur édition érudite
    – Descartes n’est pas à la mode actuellement, il est jugé ‘dépassé’ par certains professeurs de philosophie (!!!)
    – et je ne sais pas bien ce que signifie une édition ‘grand public’ de Descartes en Pléiade …
    L’impression dominante est que la maison Gallimard ne sait trop quoi faire de Descartes, et à mon humble avis, c’est le ‘patron’ qui tranchera !
    Voilà quelques informations que je souhaitais partager, mais je serais ravi si j’étais démenti par un intervenant mieux informé que moi au sujet d’une édition de Descartes en Pléiade digne de la collection !

    Avec tous mes encouragements à l’auteur de ce blog passionnant,
    bonne fin de semaine à tous !

  43. Bonjour Luckas, vos informations sont les bonnes d’après ce que j’en sais. L’édition en Tel de Descartes est arrêtée en vue de celle en Pléiade. Un seul tome a paru en 2009 et 2 tomes de lettres en 2013. C’est dommage car l’édition Tel semblait passionnante; l’annotation exceptionnelle. Celle-ci sera considérablement allégée en Pléiade hélas.
    Mais l’édition en 3 volumes de ses œuvres philosophiques chez Garnier reste la référence. Et celle (qui est un reprint) en 11 volumes chez Vrin est essentielle car elle donne ses textes originaux en latin. Pas sûr que la Pléiade les efface…
    Puisque Leibnitz sera bientôt dans la Pléiade, Descartes peut y être aussi non?! Il n’est pas moins connu et tout aussi important et célèbre notre bon René !

  44. Vous fûtes dur avec ce pauvre Pound et me fîtes de la peine !… « Pour être franc, je préférerais nettement que la Pléiade s’intéresse à Eliot, Auden, Heaney ou Frost, qu’elle aille travailler du côté des grands anciens (Milton, Coleridge, Byron, Wordsworth, Shelley) plutôt que de faire entrer Pound au patrimoine (je ne prête pas beaucoup attention aux opinions politiques des écrivains, mais il me semble qu’il y aurait là matière à une interminable et imbécile polémique sur son fascisme assumé). Et j’ai aussi d’autres noms du XXe, du côté des poètes italiens (Luzi, Montale, Quasimodo,etc.), ou russes (Tsvetaïeva, Akhmatova, Mandelstam, etc.) à proposer avant Pound. »
    J’avais décidé de remâcher mon amertume et la taire, mais… au bout d’un mois, je n’y tiens plus, il faut que ça sorte ! Tout d’abord, la supposée « obscurité » de Pound n’a jamais gâché ni diminué mon plaisir (au contraire ?). Ensuite, la « polémique » au sujet de son adhésion au fascisme mussolinien me semble bien refroidie et peu susceptible de réveiller les passions… Enfin, son prestige et son influence sur nombre de poètes contemporains ne me semblent pas frappés d’obsolescence… Par contre, je suis d’accord avec vous en ce qui concerne les difficultés (impossibilités ?) « techniques » : droits, traductions…
    Puis-je ajouter – pardon pour l’aspect basse vengeance, bien involontaire, des propos qui suivent – que les « grands anciens » (Milton, Coleridge, Byron, Wordsworth, Shelley)… m’ennuient profondément ? Je regarde de tous côtés, avidement, et je ne vois pas foule d’éventuels lecteurs ! Pour me « rattraper » un peu, j’ajouterais qu’une anthologie russe contemporaine (Tsvetaïeva, Akhmatova, Mandelstam, pour quoi pas Maïakovski et aussi quelques critiques qui ont participé au mouvement moderniste russe pour compléter le tableau) m’enthousiasmerais et que je milite pour Montale ou Qasimodo…
    Mais, tout cela ne constitue qu’hypothèses d’école et querelles byzantines, car, comme vous le dites également, « De toute façon, soyons réalistes, dans le contexte actuel, rien de tout cela ne se fera… »
    J’aimerais, faire oeuvre utile à ce merveilleux blog, en dispensant quelques informations, hélas, je suis le moins initié de ses participants… Je ne puis, par parenthèse, que vous confirmer que j’ai vainement cherché, dans toutes les librairies de Sydney, le moindre livre d’un auteur français (ah, si ! un « Pont de la Rivière Kwaï » de Pierre Boulle, sans doute parce qu’il parle de la guerre japonaise en Asie du Sud-Est, sujet susceptible d’intéresser quelque Australien…)

    • Prière pardonner les fôtes : pourquoi pas (et non pour quoi pas) ; une anthologie (…) m’enthousiasmerait (et non enthousiasmerais)… Sans parler d’éventuelles qui m’auraient échappé…
      A propos du « nombrilisme » littéraire des américains et autres anglo-saxons : je dirais, à leur encontre, que faut-il espérer de gens qui considèrent que leurs grands championnats sportifs nationaux sont des « championnats du monde » ? ; pour maintenir la balance, du côté français, n’y a-t-il pas une part de responsabilité quand nos écrivains sont à ce point obsédés par leurs « affaires internes », peu ouverts à la rumeur du monde ?…
      (Et Dieu sait si j’aime certains d’entre eux qui cultivent l’intimisme)
      Il faut tout de même reconnaître que, depuis plusieurs décennies, on assiste à une « povincialisation » de la culture française dans son ensemble. Elle pesait d’un autre poids, à l’échelle mondiale, lorsqu’elle n’était pas subventionnée ! (Non, je n’y vois pas un lien de cause à effet automatique. Simple petite provocation gratuite…)

    • Cher Dominique,
      que vous preniez plaisir ou non avec Pound a peu à voir avec la publication en Pléiade, hélas ! Ça ne dépendrait que de moi, je vous l’offrirais bien volontiers, ce volume (après les Romantiques, Eliot, Yeats et Auden, tout de même !). À titre personnel, Pound m’intéresse, au moins à titre secondaire, car il fut un moderniste, un initiateur pour Eliot et un proche de Yeats (son influence est d’ailleurs discutable sur l’Irlandais).
      Du point de vue de la réception de son œuvre, Pound a eu un certain succès dans les années 70, mais qui comme d’autres (J.C.Powys par exemple) s’est évanoui depuis. La réédition des « Cantos » par Flammarion voici quelques temps n’a pas eu beaucoup d’écho (quand elle n’était pas classé au rayon musique par des libraires de culture incertaine). Vous savez comme moi que la poésie « se vend mal » et d’autant plus mal si elle est peu accessible et que sa réputation n’est pas bien établie, même parmi les lettrés.
      Son œuvre est-elle légitime ? on peut répondre positivement à cette question, elle est importante, étendue, profonde et a constitué un jalon de l’histoire poétique anglophone. Bien d’autres, néanmoins, ont une légitimité semblable : Eliot, bien sûr, mais aussi Hart Crane, Wallace Stevens, Reznikoff, Zukofsky, Oppen, etc.
      Son œuvre est-elle rentable symboliquement et économiquement ? On peut en douter. Son adhésion au fascisme nourrira la polémique médiatique, notamment dans les journaux pour qui ne compte que la morale et jamais la littérature (et encore moins la poésie). Économiquement, il ne se vendra pas assez pour rentabiliser les coûts de traduction (surtout que l’idéal serait qu’il parût en édition bilingue).
      Les autres poètes anglais n’ont guère plus de chance d’être édités en Pléiade. Vous dites qu’ils vous ennuient. Je veux bien l’entendre ; cela ne se conteste pas. Mais je m’étonne de vous voir ressentir le même ennui avec chacun d’entre eux. Qu’avez-vous lu d’eux ? La Ballade du Vieux Marin est un poème extraordinaire en anglais, sur lequel j’ai aimé gloser en son temps. Wordsworth, a qui j’ai consacré une longue note en ces lieux, est également un auteur que j’apprécie. J’aime la délicatesse de Keats, je suis plus circonspect à propos de Shelley qu’il me faudrait découvrir plus avant pour en avoir une idée claire.
      Enfin, je me permets de disconvenir à propos de Byron, divertissant dans Don Juan (composition picaresque très éloignée de la légende du Byron torturé et romantique de Childe Harolde) et magistralement hautain dans Manfred (qui fait penser au Prométhée d’Eschyle). Comme tous les classiques, ils gagnent à être éprouvés sans filtre.

      • Quelle volée de bois vert ! Hum, je l’ai sûrement « mérité », en tous me le suis attiré, en me comportant avec trop de sans-gêne à la table de mon hôte (le maître des lieux en ce blog). Je pense que je vais me retirer sur la pointe des pieds en vous priant de m’accorder votre pardon et votre oubli…

        • Cher Dominique, vous appelez ça une « volée de bois vert » ? Oh ! Si l’expression « je me permets de disconvenir » est une volée de bois vert, je ne sais plus comment exprimer mon désaccord. Je suis libéral, Dominique, nous n’avons pas forcément la même opinion au sujet de tel ou tel écrivain, mais vous êtes libre de l’exprimer ici et je vous réponds, ce me semble, avec politesse ? Allons, ne vous retirez pas, il n’y a pas de raison pour cela.

  45. Le catalogue 2015 de la Pléiade vient de sortir, confirmant les pronostics du blog (Bernanos et Foucault). Seulement 7 titres nouveaux cette année (numéros 602 à 608) contre 10 il y a seulement 3 ans… Les titre spéciaux, non numerotés (Cerventes cette année après Sade l’an dernier) ne font pas illusion. La décrue est majeure et à ce rythme Gallimard envisage de publier Garcia Marquez, Tournier ou Roth, respectivement en 2043, 2099 et 2134 !

    • Est-il déjà disponible en librairie ? Ou l’avez-vous eu en avance (par vos fonctions professionnelles par exemple) ? Il ne se publiera donc que 4 volumes en fin d’année : Bernanos I/II et Foucault I/II ?
      Il y aurait donc un « best of » Cervantès ? Comme l’an dernier Sade ? À quoi bon ? Les deux volumes actuels sont récents (2001 je crois) et d’excellente facture ! Cet usage, s’il devient une habitude, est inquiétant : cela signifie que les volumes courants ne se vendent plus et qu’il faut les doper à coup d’édition spéciales vaguement « remasterisées » (pour reprendre une expression de musique populaire).
      Tant que j’y suis, avez-vous noté, également, que la pagination des albums décroît ? L’album Casanova sera, avec 224 pages, le 2e album le plus fin de l’histoire de la collection (après Pascal 78). Et les récents albums Graal, Cendrars, Duras figuraient déjà parmi les 10 albums les moins épais. Entre 1980 et 2004, tous les albums ont compté plus de 300 pages, sauf Gide ’85, Nerval ’93, Wilde ’96, Green ’98 et Borges ’99. Depuis 2005, 5 des 11 albums seulement ont dépassé les 300 pages. Le comptoir « Chez Gaston » mégote.

      • Les symptômes inquiétants se multiplient… à quand le dernier numéro ? Ce sera un « collector » pour rester dans le langage de la musique pop ! Parmi ces symptômes, il me revient que, dans ma région, grand sud-est, j’ai vu, au fil de ces dernières années (outre les disparitions de librairies proprement dites) diminuer ou disparaître les rayons Pléiade… Dans beaucoup de magasins soit ils ne sont plus visibles, soit ils ne figurent plus que symboliquement, sous forme de vestiges… Personnellement, je me vois de plus en plus dans la peau d’un dinosaure…

        • Vous avez raison. Non seulement la vente de chaque volume de la Pléiade décroit avec le temps mais, en plus, l’espace qui est accordé à la collection dans les librairies a tendance à se désagréger.
          Après m’être installé à Paris il y a quelques années (j’en suis parti depuis ; lyonnais d’origine, je suis retourné vivre dans ma ville natale), j’avais pris l’habitude d’acquérir mes livres à la Fnac des Ternes qui était située à quelques minutes à pied de mon immeuble. En m’y rendant pour la première fois, j’avais été très frappé de constater qu’à l’étage consacré à la littérature la Pléiade occupait à elle seule cinq larges étagères (contre deux à la Fnac Bellecour de Lyon). Ravi de l’importance qui était accordée à l’une de mes collections préférées, je passais souvent à la Fnac, feuilletant tel ou tel volume de la Pléiade sans me presser. Au bout d’un an cependant, quelle n’a pas été ma surprise en constatant un jour qu’après une refonte de l’étage-littérature, les libraires de la Fnac avaient rangé les volumes de la Pléiade non plus sur cinq étagères comme avant, mais sur deux. Après avoir demandé à une jeune libraire la raison de cette amputation assez spectaculaire, celle-ci m’a répondu : « Oh, vous savez, par rapport à la place que ça prend (sic), la Pléiade ça se vend moins que les best-sellers, qui prennent autant de place (re-sic). Alors autant miser sur les best-sellers, qui se vendent (re-re-sic). »
          A Lyon c’est le même problème. Si la très héroïque Fnac Bellecour continue à exposer ses pléiades sur deux larges étagères, la librairie Decitre a divisé son offre par huit (et ça n’est pas une plaisanterie). Avant son effondrement, Virgin ne proposait à la vente que les Pléiades très récemment publiées. Quant à la librairie Chapitre, elle a fermé pour toujours. J’observe également que les petites librairies accordent une place extrêmement réduite à la collection. C’est dommage.
          En feuilletant hier le catalogue 2015 de la Pléiade j’ai eu l’impression que la collection prenait l’eau. Les raisons qui m’ont poussé à penser ce genre de chose sont les mêmes que celles qui viennent d’être invoquées par les autres intervenants de ce blog.
          Bonne semaine à tous.

          • Vers les années 1994–1998, l’offre Pléiade était aussi riche à la FNAC Bellecour qu’à la librairie Decitre (et même qu’il y en avait aussi, me semble-t-il, à la petite librairie catholique qui est à un jet de pierre de l’une et de l’autre). A la FNAC, les volumes de la Pléiade étaient exposés dans un meuble bibliothèque à plusieurs étagères, et chose unique, régulièrement des démarques (de 20% en général) étaient faites sur une sélection de volumes — ce que Decitre ne faisait jamais.

    • Je n’arrive pas à comprendre le calcul de Gallimard ; QUI va acheter ce livre ? Seuls des passionnés acceptant de consacrer des sommes non négligeables à assouvir leur passion achètent des Pléiades. Ceux-là ont déjà acquis les Cervantès… En ce qui concerne Sade, il y avait une opération commerciale autour de la célébration du Marquis, l’Exposition qui a été plutôt médiatisée… mais, franchement, Cervantès ! L’éditeur compte sur les cadeaux de fin d’année, grâce auxquels on voit entrer dans les librairies des personnes qui n’y mettent les pieds qu’une fois l’an, et dont l’air désorienté fait peine à voir ?… Cela me semble un pari risqué et je prédirais plutôt un bouillon financier, qui n’arrangera pas les affaires de la collection…

        • Disons que le jeu ne m’amuse plus et qu’il n’a pas l’air de vous amuser beaucoup non plus. Quant aux leçons, j’ai toujours détesté en donner autant qu’en recevoir. Votre serviteur.

          • J’aurai quand même passé de bons moments et garderai de votre compagnie un agréable souvenir.

      • Allons, allons ! Nous sommes gentiment en désaccord sur un ou deux auteurs, voilà tout ! Ne prenez pas cela au drame ! (vraiment je ne pensais pas vous avoir blessé à ce point de mes deux ou trois remarques sur les poètes anglais ? ou y a-t-il quelque chose qui m’a échappé ? vous avez par avance toutes mes excuses si je vous ai blessé, ce n’était pas le but, loin de là.)
        Vous avez par ailleurs parfaitement raison à propos de ce Pléiade Cervantès uniquement consacré au Quichotte. Il coûtera 60€ (ce n’est pas certain) contre 68€ pour le vrai volume I, comprenant non seulement DQ mais La Galatée et d’autres textes, je ne vois vraiment pas qui l’achètera sinon des gens mal informés pour qui Cervantès n’est publié que sous cette forme à la Pléiade ! Quel intérêt d’avoir cette édition « collector » sinon parce qu’elle est « collector » ?

  46. J’ai mal répondu lors de mon dernier commentaire. Le catalogue 2015 est disponible en librairie (depuis hier au moins puisque, à Toulouse, je l’ai vu aussi bien chez Privat que chez Ombres Blanches).

    • Merci Caminos ! Je vais aller voir si je peux le récupérer dans ma petite officine provinciale. Ça me permettra de vérifier quelques éléments pour la mise à jour de cette page.

  47. Cervantes fêtera les 400 ans de sa disparition début 2016, voilà sans doute la raison du retour d’un Quijote « illustré » (comme le précise le catalogue) !

  48. Je confirme que le catalogue 2015 est bien arrivé et j’ai pu en obtenir un exemplaire cet après-midi. Les craintes se vérifient. Seuls 7 auteurs sont au catalogue cette année. Ou plutôt 5 puisque Bernanos et Casanova sont de vieilles connaissances. Restent donc l’anthologie chinoise, Twain, Virgile, Foucault et notre Jean d’O national. Si l’on estime que cette dernière pléiade est une complaisance et un calcul financier, que Twain aussi puisqu’il ne contient que les textes connus et que Foucault n’est pas vraiment un écrivain (mais il aura des acheteurs : psys, sociologues et philosophes), il n’ y a que 2 VRAIES ENTREES cette anneé : les poètes chinois et Virgile (amplement mérités et les seules que j’acquerrai). C’est donc une des années les plus pauvres en matière d’édition pour cette prestigieuse collection. Si à cela on rajoute le fait qu’aucun volume indisponible n’est réimprimé, ça devient assez inquiétant. Je crains que la Pléiade ne puisse dans ces conditions fêter son centenaire d’ici une quinzaine d’années. J’avais l’habitude d’en acheter deux par an mais cette fois j’en ai pris six au cas où et je recherche activement celles que je veux avoir avant leur disparition.

    • Si, si, cher Monsieur, il y a UNE réimpression : le deuxième volume du Théâtre Complet d’Hugo n’a plus la mention « Indisponible provisoirement », il retrouvera donc sa place dans la collection.
      Après examen minutieux, j’ai noté que les prix d’une dizaine de volumes augmentaient. Les trois hausses les plus notables (supérieures à 3/4€) concernent Retz (+15€), Green I (+10€) et Sévigné I (+5€). Parmi les petites hausses, L’Adolescent de Dostoïevski, le tome 2 des Essais de Bernanos, les Romans de Yourcenar, Zola I, le Nouveau testament, etc.

    • Je me suis un peu étranglé en lisant ceci : « Foucault n’est pas vraiment un écrivain …. » Je vous invite donc à lire un texte qui figurera au tome II de la Pléiade : « La Vie des hommes infâmes ». Quelle écriture !

  49. Il me semble que vous oubliez les 2 volumes de Chateaubriand (Mémoires) réédités cette année non?
    Le Flaubert a été reporté à 2016. Inexplicable puisqu’il est terminé…
    Je note au passage qu’il y a une forte majorité d’auteurs du XXème siècle. Ils se vendent peut-être mieux… C’est dommage.

    • Cette réimpression des Mémoires d’Outre-Tombe en coffret (et à l’identique) a si peu d’importance aux yeux de Gallimard qu’elle n’est même pas mentionnée au catalogue 2015 dans la rubrique Chateaubriand. En ce cas-là, on peut aussi évoquer la réédition du Jing Ping Mei Cihua. Ce sont de simples retirages, pas des nouveautés.
      5 volumes du XXe : Foucault, Bernanos et d’Ormesson, c’est exactement le même nombre qu’en 2013 et 2014. Depuis 1995, la Pléiade a toujours édité chaque année au moins 5 volumes du XXe (parfois plus, 8 en 2010, 7 en 1996, 2011 et 2012), excepté en 1998 (4 : Michaux I, Green VIII, Aymé II et Tanizaki II), 2000 (4 : Aragon III, Faulkner II, de Gaulle, Brecht), 02 (3 : Queneau II, Ponge II, Genet) et 09 (4 : Gide I & II, Simenon III et la Correspondance de Céline). 2015 est donc une année « dans la moyenne ».

  50. C’est vrai Brumes mais comme en 2015 il n’y a que 9 volumes nouveaux c’est une proportion énorme! Et c’est bien dommage.
    Les volumes Proust/Ruskin et Œuvres I de Bergson sont les vrais événements du moment.
    Mais il paraît qu’un volume Ovide serait en discussion finalement en Pleiade. Pour 2050?!!!

    • Concernant Ovide : j’avais envoyé un courrier à la Pléiade cet automne, pour savoir s’il était possible de le voir paraître un jour.
      La réponse : « Pour ce qui est de la traduction de l’oeuvre d’Ovide, cette entreprise avait été lancée autrefois, mais suite au décés du traducteur, elle s’est vue brutalement interrompue. Néanmoins, cette traduction sera relancée dans les années à venir. ».
      En 10 ans, 5 volumes « Antiquité » ont vu le jour. Si l’on envisage un travail de 3 ou 4 ans pour l’édition, la traduction, et si ce projet est « relancé dans les années à venir », d’ici 10 ans nous pourrions avoir entre les mains ce beau livre. On verra ce qu’il pourra contenir.

  51. Pourquoi 9 ? 1/ Anthologie de la poésie chinoise, 2/ Twain, 3/ d’Ormesson, 4/ Casanova II, 5/ Casanova III, 6/ Virgile, 7/Bernanos OR I, 8/ Bernanos OR II, 9/Foucault I, 10/Foucault II. J’en compte bien 10.
    Et les mauvais esprits, dont je ne suis pas, pourraient même compter le « tirage spécial » (puisqu’il faut l’appeler ainsi) Cervantès pour atteindre les 11. Quoi qu’il en soit, dix volumes annuels, c’est un retour à ce que la Pléiade proposait au début des années 80 et ça limite nécessairement l’éventail des nouveautés. La crise… la crise…
    Je me permets de préciser que le Proust/Ruskin dont vous parlez a paru chez Robert Laffont (Bouquins) et que les Œuvres de Bergson vont paraître à la Pochothèque d’ici la fin du printemps, histoire que ne naisse pas une rumeur « Ruskin à la Pléiade » ou « Bergson à la Pléiade ». On en est loin.

  52. Je m’excuse si cela a déjà été dit, mais je ne trouve pas la réponse… Combien y a-t-il eu de publications l’an dernier ? Peut-être que l’année 2016 rattrapera l’année 2015… Enfin, je l’espère. À ce rythme, je me demande, quand est-ce qu’arrivera Kierkegaard.

  53. Il y a eu 8 volumes d’auteurs du XXeèe siècle parus en 2010? Je ne me souviens que de Nabokov Malraux Sartre et 2 Vian non? J’oublie qui ? Je perds la mémoire…

    • Il y a erreur de votre côté, car vous oubliez la réédition des deux volumes Borges… et du mien, car c’est en 2008 qu’il y eut 8 volumes XXe (Jünger I, Jünger II, Lévi-Strauss, Breton IV, Aragon IV, Camus III, Camus IV et Paz) et non en 2010 (7). J’ai mal lu mon tableau récapitulatif.
      @ Kerala : l’an dernier, 10 volumes (Jaccottet, Stendhal III, Lafayette, Duras III, Duras IV, Péguy Poésie, Villon, Gothiques Anglais, Aristote I et Leiris II)

  54. Il y a de mon point de vue une confusion sur le nombre de titres réellement nouveaux à prendre en compte. Ils sont seulement 7 en 2015 et 8 en2014 (contre 10 il n’y a pas si longtemps). Il y avait déjà 3 titres Casanova au catalogue et les 2 titres annoncés en mai conserveront les numéros dejà attribués pour l’ancienne edition. Idem pour Bernanos (un seul nouveau numéro pour 2 volumes annoncés).

  55. Pas tout à fait Kerala. D’après le catalogue, il n’y aura que 9 volumes « nouveaux » (poésie chinoise Twain Jean d’O Casanova Foucault et Bernanos). Le 10ème sera une curieuse « réédition » de Don Quichotte.

    • Pourquoi ne comptez vous pas Virgile ? Je répète : 1/ Anthologie de la poésie chinoise, 2/ Twain, 3/ d’Ormesson, 4/ Casanova II, 5/ Casanova III, 6/ Virgile, 7/Bernanos OR I, 8/ Bernanos OR II, 9/Foucault I, 10/Foucault II. J’en compte bien 10.
      Hors nouvelles éditions, ça fait 7 : 1/ Anthologie de la poésie chinoise, 2/ Twain, 3/ d’Ormesson, 4/ Virgile, 5/Bernanos OR II, 6/Foucault I, 7/Foucault II. Mais je ne vois pas de raisons de ne pas compter Bernanos I, Casanova II et III, qui sont des volumes radicalement transformés par rapport aux précédentes éditions.

  56. On peut compter les éditions Casanova et Bernanos comme des volumes nouveaux faisant partie d’une nouvelle édition qui n’a aucun rapport avec les anciennes éditions. Surtout Casanova !
    Comme les lettres de Mme de Sévigné ou Racine ou Stendhal ou Malraux etc.

  57. Je ne pensais pas lancer une telle discussion entre experts. J’ai effectivement commis une erreur en oubliant le volume II de Tthéâtre de Hugo et il est curieux que la réimpression de Chateaubriand ne soit pas mentionnée dans le catalogue (sauf si c’est par rapport à J.d’O : elle est sortie le même jour, c’est son écrivain préféré) mais j’avais voulu dire qu’en fait et en matière de nouveautés purement littéraires (si on ne compte pas les retours ni Foucault ni Twain (car non complet) ni d’Ormesson), il n’ yavait que 2 volumes pour fin lettrés (bon allez… 3 avec Twain).

  58. Mais cher Brumes, je ne compte pas Virgile parceque je suis un sot !! En plus c’est une édition remarquable !! Bêtise quand tu es mienne. (J’espère qu’Ovide sera aussi excellent, un jour…)
    Pour 2010 ça fait donc bien que 5 nouveaux auteurs XXème c’est ça ? Borges c’est un retirage simple. J’ai ces 4 tomes et il n’y a aucune différence.

    • Il y en a pourtant, je crois bien (dans les annexes – des entretiens Borges/Bernès que la veuve Borges a voulu enlever) et Gallimard compte Borges en 2010 (et non en 93 et 99, volumes envoyés au pilon sur décision de justice). Cela dit, je ne possède pas la première édition, donc, je vous fais confiance.
      Si vous retirez Borges (à la rigueur…), il reste Sartre III, Nabokov II, Vian I, Vian II et Malraux VI, ça fait bien 5. C’est en 2008 qu’il y en eut 8.

  59. En 84 années (1931-2015), Gallimard aura sorti 608 numéros, soit un peu plus de 7,2 par an ! En 2015, je répète qu’il n’y aura que 7 numéros nouveaux (602 à 608, moins que la moyenne historique donc). J’entends bien que Bernanos et Casanova auront des éditions entierement rénovées et augmentées, mais il y a eu, encore récemment, des années avec 10 nouveaux numéros réels plus des refontes d’anciens titres. La tendance est donc bien à une baisse sensible des publications, que l’on peut difficilement nier avec des approximations statistiques (laissons ces artifices aux politiques, qui communiquent chaque mois non pas sur la hausse du chômage mais sur la baisse de son augmentation !).
    Par ailleurs s’il faut constater la régression de la collection dans les librairies, que dire de son virage totalement indigent sur internet. S’ils veulent ramener de nouveaux lecteurs (jeunes ?), peut être faudrait-il communiquer (comme le fait n’importe quelle « marque » aujourd’hui) via Facebook et un site web digne de ce nom (avec des infos mises à jour en continu, non périmées depuis 5 ans parfois !). Il n’y a pas d’incompatibilité entre l’amour du livre papier et l’usage courant des technologies nouvelles, pour tout ce qu’elles apportent en plus par ailleurs (pour ce qui me concerne en tout cas).

    • Caminos, je vous rejoins sur le virage mal pris du numérique. C’est même la principale raison d’être de cette page…
      Pour les « nouvelles éditions », depuis 2000, sur 177 volumes (comprenant tout 2015), je compte 25 nouvelles éditions (= numéros déjà existants, avec nouvelle édition).
      Pour la période 1984-1999, sur 188 volumes, j’en compte 34 (dont les 8 tomes de Saint-Simon, 3 des 4 de Proust, Goethe, Vigny, Beaumarchais, Rabelais et Ronsard).
      Pour la période 1968-1983, sur 132 volumes, j’en compte 28 (dont les 11 tomes de la Comédie Humaine de Balzac et les 3 de la Correspondance de Sévigné).
      Donc la part des éditions refaites dans le total a plutôt tendance à diminuer depuis 50 ans… sauf que, sauf que, si l’on examine par tranches de 4 ans 2000-2003, 2004-2007, 2008-2011 et 2012-2015, on observe 3 rééditions sur 44 volumes pour la première tranche (00-03), 6 sur 44 pour la seconde tranche (04-07), 7 sur 46 pour la troisième tranche (08-11) et 8 sur 41 pour la quatrième tranche (12-15).
      Ce qui signifie que les nouvelles éditions sont moins fréquentes de nos jours si l’on compare de larges périodes de 16 ans (68-83, 84-99 et 00-15) mais qu’à l’intérieur de la dernière période, on observe bien une augmentation nette du nombre de rééditions par rapport au nombre de nouveaux volumes.

    • Merci Caminos, je suis tout à fait d’accord avec vous aussi bien avec votre constat sur la collection que sur leur site. Il faut bien à leur décharge reconnaître qu’une très grande partie des écrivains importants pour un lectorat français a déjà été publiée et achetée par les vrais amoureux des livres. Pour continuer, il faut maintenant gratter les fonds de tiroirs ou aller chercher dans l’exotique ou le très ancien (ce qui n’est pas vendeur). La seule question soulevée par le Maître du Blog à laquelle aucune réponse n’a été apportée est maintenant celle-ci : Pourquoi certains volumes ont-ils vu leur prix majoré et cela sans apport, semble-t-il, qualitatif et pourquoi ces oeuvres-là ? Désolé, Manu, si je vous ai froissé ; je ne connais pas le texte que vous évoquez, c’est sans doute pour cela ! Mille excuses.

      • Je me demande s’ils ne recalculent pas les prix et leur seuil de rentabilité au moment du retirage. Pour rentabiliser 3000 volumes sur 10 ans, il fallait tant voici vingt-cinq ans, aujourd’hui, il faut tant. Ça expliquerait la hausse subite du volume Retz, qui a été réimprimé l’an dernier. Je suis plus dubitatif par rapport à mon hypothèse pour le volume Green I.

        • La réédition d’un volume est rentable à partir de 3000 exemplaires vendus.
          Le volume de Chénier, lorsqu’il était disponible en rayon, se vendait à 40 exemplaires par an…. Je vous laisse faire le calcul du délai de rentabilité. Voila ce qui explique sa mention « épuisé » au catalogue.

  60. La nouvelle initiative de la Pléiade, celle de publier chaque année un tirage spécial comme Sade en 2014 est plutôt heureuse, mais pour être pertinente elle devrait porter sur une anthologie de gros massifs , comme les mémoires de Saint Simon ou la correspondance de Voltaire. L’obsession des œuvres complètes n’est pas le signe du « fin lettré », encore moins la note de la blanchisseuse reproduite dans la correspondance de Baudelaire.

    • J’achèterai volontiers le hors série Cervantès si Gallimard a la bonne idée de l’illustrer par les gravures de Gustave Doré. En son temps (que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître) était paru aux éditions Marabout ce livre génial. Malheureusement, il n’était pas relié mais collé avec une colle qui supporte mal les outrages du temps. Bref, le consulter maintenant relève d’une lecture archéologique de manuscrits. Si j’ai une suggestion pour de nouveaux hors séries, je proposerais la Divine Comédie magnifiquement illustrée par l’incontournable Doré.
      Ceci dit, bravo pour votre blog. J’y viens plus souvent que sur le site officiel de la Pléiade.

      • Excellente idée. On pourrait rajouter Rabelais, La Fontaine et la Bible pour Doré. Et pourquoi pas enfin un volume de Milton (le Paradis Perdu) et l’Arioste (le Roland Furieux). Je suis sûr qu’un nombre conséquent de bibliophiles désireraient les acheter. On peut rêver…

  61. Concernant la nouvelle édition de Lautréamont, je crois qu’il est intéressant de lire cet article très violent mais argumenté de feu Jean-Jacques Lefrère, auteur d’une biographie monumentale et géniale d’Isidore Ducasse. Cela éclaire sans doute aussi sur certaines pratiques un peu « bling bling » de Gallimard. Ses opinions sur les choix de textes complémantaires sont contestables (ou non) mais les éléments objectifs de mauvaise foi et/ou d’incompétence qu’il met au jour ne sont pas à balayer d’un revers de manche. http://www.lexpress.fr/culture/livre/peut-on-critiquer-la-pleiade_849081.html

  62. Au sujet de la nouvelle édition de Lautréamont en Pléiade, je pense (ce n’est que mon simple avis) que Lefrère est un peu injuste. Loin de moi l’idée de cracher sur la tombe de celui qui a permis de découvrir quelqu’iconographies enfuies de Rimbaud et Lautréamont; il a de plus raison sur un grand nombre de points. Cette nouvelle édition n’est pas parfaite, « oublier » par exemple de citer le témoignage du seul contemporain de Ducasse est incompréhensible. Il a peut-être raison de critiquer Steinmetz sur certains points, encore que ce soit là des querelles de chapelles entre universitaires. Et de manière générale l’on pourrait encore hocher la tête à d’autres affirmations que Lefrère fait, et qui sont justes.
    Mais certains propos sentent un peu la rancœur, un ton parfois un peu emporté (ce qui se retrouve aussi parfois dans les biographies qu’il a pu donner, sans qu’elles soient pour autant négligeables). Dire par exemple que, puisque le seul nom de Lautréamont est écrit en couverture, il aura fallu exclure les Poésies et la correspondance, cela me semble un peu risible (C’est bien sûr un argument de rhétorique dans sa critique, mais cela dit bien, finalement, le ton qu’il a choisi de prendre.)
    Puisque l’on parle ici de la Pléiade, il faudrait souligner qu’une réédition même imparfaite de Lautréamont (et elle est loin d’être à brûler) vaut mieux qu’un volume voué à l’oubli puisqu’épuisé et non réimprimé. Germain Nouveau lui est condamné certainement, félicitions-nous qu’il n’en aille pas de même pour Lautréamont.
    J’ajouterais encore un détail. Il me semble qu’Antoine Gallimard avait dit que le volume Virgile mettait du temps à se concrétiser car ceux-ci recherchaient quelqu’un capable de faire un volume Virgile au goût de Gallimard. La Pléiade, ce n’est pas que l’oeuvre seule, vierge; c’est une oeuvre accompagnée. Par un appareil critique, par un choix de présentation, par l’orientation des interprétations et des exégèses, par le ton des notes et de la préface, par la traduction quand elle a lieu; par le choix, je pense, du maître d’oeuvre en charge du volume. Steinmetz a donné son Lautréamont en accord avec Gallimard, P-O Walzer l’avait fait avant lui; Lefrère aurait donné le sien, différent, certainement.
    Tout cela pour dire qu’il ne s’agit pas pour moi de dire que l’article de Lefrère sent le souffre; il a parfois raison, s’emporte parfois. Mais je pense qu’une initiative comme celle de la Pléiade de « redonner » un volume Lautréamont est une bonne chose. Ce n’était pas un volume commercial – l’audience de Lautréamont, même si celui-ci a une certaine aura, ne doit pas non plus atteindre un tirage monstre – , cela posait des problèmes d’édition du fait de la brièveté de l’oeuvre, bref; du fait de la difficulté de redonner à voir Lautréamont, le résultat n’est pas si mauvais.

    • Le même procédé a été utilisé pour réussir à « remplir » un volume Pléiade avec Villon. Je regrette la disparition de Germain Nouveau (mais sa postérité n’est pas celle de Ducasse-Lautréamont), mais je me réjouis sans arrière-pensée qu’à Lautréamont et à Villon soient données « l’onction » d’une Pléiade à eux seuls consacrée et je me suis jeté avec une joie sans mélange sur ces deux volumes (en espérant en voir d’autres du même tonneau). Libre à moi de ne pas lire (ou de survoler) les textes de commentateurs et/ou laudateurs, qui ne m’agréent pas. Quant aux fatwas, de quelque « spécialiste éminent » qu’elles émanent : peu me chaut. Les violences de langage ne renforcent aucunement l’argumentation.

  63. Lefrère est sans doute un peu injuste, mais il avait un style, c’était un vrai fou de littérature, ce qui vaut toujours mieux que les analyses froides et en plus fautives et/ou lacunaires. Vous dites « querelles de chapelles entre universitaires », Ce que l’on a sans doute repproché à Lefrère c’est de ne pas être professeur de littérature mais d’hématologie… Ne pas mentionner les découvertes importantes, voire essentielles, du « gang » de Lefrère concernant, non pas la biographie en tant que telle, mais bien les influences et les mystères du texte de Maldoror, ce n’est pas digne d’un volume qui se veut d’une certaine manière « définitif ». Car c’est l’image de la Pléiade. Le fait que le boîtier ne montre pas le visage de Lautréamont (alors que la photo retrouvée par Lefrère est très largement considérée comme authentique), prouve qu’il y a du côté Gallimard/Steimetz, une volonté de nier son apport au sujet. On peut comprendre qu’il l’ait mal pris.

    • Oui et non. D’accord, Lefrère est injustement méconnu dans l’affaire. Non, la photo de Lautréamont n’était pas indispensable – je dirais même non souhaitable – en couverture. Pour reprendre le paradoxe évoqué plus haut (oeuvres de Lautréamont ou de Ducasse ?) je pourrais, en forçant le trait, mais, ma fois, pas tant que ça, prétendre qu’IL N’Y A PAS DE PHOTO DE LAUTREAMONT, juste une photo de Ducasse. Ce n’est pas une simple plaisanterie : en littérature, la créature se sépare du créateur, Lautréamont n’est pas Ducasse,c’est ainsi que l’a voulu Ducasse. Lautréamont, ce double évadé du cerveau de Ducasse doit garder le mystère, le côté énigmatique, que Ducasse a voulu lui donner. C’est ainsi qu’il a été toujours considéré : comme un aérolithe tombé d’on ne sait quel espace obscur sur nos pauvres petites vies. Lui donner visage humain, et celui d’un simple quidam, fût-il nommé Isidore Ducasse, serait une trahison. (Pour ceux qui pensent que je suis bon pour le cabanon, j’accueille toutes propositions d’internement dans un établissement de classe.)

  64. Je ne fais que donner mon avis, et ne suis d’ailleurs pas du tout un spécialiste de M. Lefrère; mais c’est un critique, pas un écrivain; ce n’est pas Baudelaire écrivant ses salons, ni Blanchot et vous me pardonnez j’espère de préférer une rigueur plutôt qu’un emportement dans une exégèse. Cela n’empêche pas qu’il a fait des choses très remarquables pour la littérature! Et c’est vrai que Gallimard ainsi l’a lésé.
    Mais lorsqu’on discute de la Pléiade, il faut garder à l’esprit qu’elle a fait des choses positives; mieux vaut exhumer Lautréamont que l’enfuir. Les « bonnes pléiades » sont dites par la maison d’édition avoir une espérance de vie de 40 ans ou quelque chose approchant, selon des propos de Gallimard (je n’en suis pas certain, mais c’est dans ce gout là). Difficile alors de parler d’édition « définitive ».,
    Bien à vous,

    • La faute de frappe « l’enfuir » pour « l’enfouir » est très jolie… Je félicite votre clavier d’ordinateur pour son génie intuitif.
      (Ne le prenez pas mal, aucune mauvaise intention dans mon commentaire)

  65. Définitive, jusqu’à la suivante… Le principe de l’édition Lautréamont a au moins l’avantage de proposer en un seul endroit la plupart des textes anciens sur Maldoror, ce qui n’est déjà pas rien, j’en conviens tout à fait. Ce que j’ai le plus de mal à avaler sans doute c’est le « Léon Bloy, ami de « Barbey et journaliste »…. c’est à la fois réducteur et assez faux… Si l’on considère que le lecteur de Lautréamont est à ce point négligeant dans sa connaissance de la littérature, pourquoi pas Barbey, ami de Léon Bloy? ou Albert Camus, un type qui n’était pas super pote avec Sartre…?

  66. Euphorion, votre commentaire sur le futur Virgile est intéressant mais semble entaché de naïveté. a) L’appareil scientifique a peu de chances de se situer au même plan critique et érudit que ce qui a valu pour Aristote; il n’est que de comparer le choix d’une présentation allégée pour Saint Augustin (si allégée, même, que certaines des oeuvres mineures incluses afin d’équilibrer chaque volume autour des massifs que constituent les Confessions ou la Cité de Dieu sont livrées sans la moindre note !). D’autre part, les Géorgiques bilingues de l’Imprimerie Nationale, 1997, par les mêmes éditeurs que le Virgile Pléiade sont notoirement avares en annotations (33 p. sur un volume de 384); il s’agit pourtant d’un texte fort riche que deux commentaires anglais récents n’ont pas épuisé. Il est raisonnable de supposer que l’Enéide recevra de nombreux éclaircissements de détail vu le nombre de personnages, la densité de l’action, le foisonnement des allusions homériques ou antiquaires, et le contenu mythographique et la géographique (la bilingue recherchée de Maurice Rat aux Classiques Garnier, 2 vol., ne propose pas moins de 290 p. de notes ponctuelles le plus souvent très brèves). b) Le choix d’offrir un texte latin dans le Virgile de la Pléiade en face des traductions inédites des Bucoliques et de l’Enéide et de la révision de celle de 1997 ne ressortit certainement pas du au choix de présenter l’oeuvre « accompagnée ». En effet, le latin disponible dans l’édition de l’Imprimerie Nationale est une resucée sans indépendance du texte de la collection Budé (1957); pourquoi en irait-il autrement dans le cas de la Pléiade ? La totalité du corpus virgilien authentique et attribué fait peut-être cinq-cents pages de latin; il est tentant de penser qu’il fallait remplir le volume Budé pour ne pas avoir à augmenter l’appareil de notices et de notes. La déduction s’autorise aussi de la compétence des éditeurs; aucun des trois latinistes n’est philologue ni critique textuel, donc en capacité d’établir leur propre texte avec indépendance alors que la collection savante Teubner propose un tout nouveau Virgile plutôt moins conservateur que la moyenne des éditions critiques du XXe siècle, et seuls deux d’entre ces trois literary scholars, Philippe Heuzé et Jeanne Dion, peuvent être considérés comme des spécialistes de Virgile (Alain Michel, qui appartient à la génération précédant la leur, est un touche à tout, de Cicéron à la littérature latine médiévale). Sans vouloir insulter personne, cette équipe (qui ne s’est illustrée par aucune édition de texte latin et à laquelle on ne doit aucun travail universitaire technique depuis leur doctorat respectif) n’était sans doute pas la mieux outillée en France pour nous offrir un Virgile scientifiquement fiable. J’en conçois méfiance et inquiétude pour la Pléiade à venir.

  67. Pardonnez moi, j’ai dû mal m’exprimer. Je ne connais pas bien le corpus virgilien, ni ses spécialistes, je n’ai aucune idée de la valeur de ce nouveau volume; « je n’en sais rien de plus », pour reprendre Supervielle.
    Je disais seulement que le fait même de publier un pléiade est un parti pris – rien que par le choix de l’auteur. D’après les propos des responsables de la collection, ceux- ci ne cherchent pas à donner à chaque volume un monument inamovible; ils semblaient vouloir non pas « le » Virgile, mais « leur » Virgile.
    Ceci est bien sûr éminemment critiquable. Rien que pour le choix, encore, des publications! D’Ormesson plutôt que Tournier, qui devra patienter?
    Mais il faut voir aussi l’autre facette de ces publications; elles mettent en lumière une oeuvre; même si parfois cette lumière est orientée, et donc sujet à critique, comme vous le dites à propos du choix de l’équipe pour Virgile. Mais peut-être faut-il mieux un Virgile moyen plutôt que pas de Virgile? Pour ma part, je préfère avoir un Hawthorne avec parti pris plutôt que le projet soit enterré. D’autant que si les volumes peuvent être critiquables ( par le temps notamment, les Montesquieu sont par exemple obsolètes, sans aucun appareil critique; par le choix éditorial, Char étant peu annoté tandis que Bertrand Marshall a donné une interprétation à tous les poèmes de Mallarmé ) ils sont rarement entièrement à mettre au feu.
    Je ne veux pas faire preuve de « naïveté » ou me montrer entièrement laudatif envers cette collection; mais simplement dire que s’il faut sortir un d’Ormesson pour publier Tournier ou Jaccottet comme quelqu’un le disait, le prix n’est pas si cher payé.
    Mais il est vrai que parfois la pilule est amère; le Virgile vous inquiète; je déplore pour ma part le peu de place de la littérature hispanique, guère représenté, alors qu’un volume Sabato me semblerait très faisable.

  68. Il va de soi qu’un Virgile vulgarisé et sans grandes ambitions vaut mieux qu’aucun Virgile, mais il était plus urgent de remettre Ovide entre les mains des amateurs de grande littérature. Ce poète, desservi par des éditions Budé médiocrissimes (des plus anciennes, dans les années 20, à celles des années 90; la seule traduction réellement intéressante est celle, aux Classiques Garnier, des Métamorphoses par Joseph Chamonart), représente un continent susceptible de plaire à tous les types de lecteurs et dont l’influence a été immense sur les littératures européennes.

    Je trouve qu’il y a de moins en moins de passion chez Gallimard, et donc de (bonnes) surprises, de ces entreprises éditoriales un peu folles comme Pline l’Ancien, le Hugo de Pierre Albouy (Oeuvres poétiques, II Châtiments-Contemplations, 1967, 1900 p. dont 70 d’introduction et et 720 de notes) ou Polybe (il fallait oser faire retraduire tout le corpus de cet historien au grec rocailleux et pédant ! le résultat, malgré des erreurs qui ont fait peser sur le traducteur Denis Roussel un jugement défavorable, fut d’autant plus populaire que l’édition Budé en était alors à ses débuts et qu’il n’existait qu’une traduction infidèle des années 20). Vous regrettez, cher Euphorion, la maigreur de la littérature hispanique en Pléiade; je mets très volontiers les mains à ce jugement (quid de Gongora ou de Calderon de la Barca ?), en l’étendant aux belles-lettres portugaises et indiennes. Eh quoi ! La Pléiade offre Dante mais pas Camoes (Les Lusiades), Homère (dans une édition poussiéreuse) et maintenant Virgile, mais pas le Rig-veda ni les grandes épopées mésopotamiennes. Nous n’avons une édition critique à jour du Gilgamesh que depuis 2003, et à cette date les deux traductions françaises de référence, par Tournay et Shaeffer au Cerf (collection.LAPO) ou Bottéro chez Gallimard, retardaient déjà de plusieurs décades sur le plan de la base textuelle; par ailleurs, la grosse anthologie annotée de Bottéro et Kramer chez Gallimard (Lorsque les dieux faisaient l’homme, 1989) fut obérée dès sa parution par le choix d’un style très maniéré et d’un rendu fort peu littéral qui, en définitive, font violence aux originaux sumériens ou akkadiens. Une nouvelle collection en Pléiade de toute cette ‘grande’ poésie, avec notes infrapaginales à la façon de la Bible, des Ecrits intertestamentaires ou des deux tomes d’Ecrits apocryphes, ferait du bien aux études mésopotamiennes dans notre pays tout en trouvant probablement un public d’amateurs.

    • Cher Monsieur, je vous remercie pour vos commentaires érudits du jour, qui me paraissent parfaitement justifiés d’un point de vue intellectuel, littéraire et philologique. Faute de compétence personnelle, je n’aurai pas la prétention de m’aventurer sur le terrain de la qualité et de la pertinence des éditions scientifiques publiées – ce sont là des sujets sur lesquels de pauvres petits lecteurs comme moi sont fort démunis.
      Je me permets en revanche de vous indiquer que vos idées de volumes, qui furent pour certaines évoquées jadis (et même naguère) sont devenues, hélas, complètement irréalistes étant donné l’état économique de la collection tel que nous le devinons à l’examen des dernières publications. Et les rares indiscrétions des libraires & éditeurs tendent à confirmer ce constat. Voyez dans la note les projets énumérés dans le catalogue 89 et depuis avortés (selon toute probabilité). Il y aurait, du côté de Camoes, de l’Arioste ou du Tasse bien des lacunes à combler et elles ne le seront probablement jamais.
      PS : Comme indiqué sur cette page, le volume Polybe est épuisé depuis fort longtemps – mais le texte est toujours disponible, en Quarto. Et Calderon est, tout de même, partiellement, à la Pléiade : dix-sept de ses pièces figurent dans le second volume du « Théâtre espagnol du XVIIe siècle » (édition coûteuse mais précieuse).

      • Entièrement d’accord avec vous sur tous les points.
        Pradier ne cesse de le répéter de toute façon : avant de s’adresser aux universitaires et aux étudiants, la Pléiade s’adresse en priorité au « grand public cultivé » – celui-là seul capable d’amortir tel ou tel tirage, afin que la collection reste un minimum rentable. S’il n’en était pas ainsi, on voit mal pourquoi D’Ormesson aurait pointé le bout de son nez dans le catalogue de la collection.

    • Absolument et si on s’éloigne de la Méditerranée, un volume consacré aux vieilles épopées germaniques ne serait pas inintéressant (en surfant sur la vague de l’héroic fantasy) qui contiendrait l’intégrale de Beowulf, des Nibelungen et des Edda (et non des bribes en anthologie). Après tout, nous avons les romans arthuriens et ces vieux ouvrages qui font rêver étaient profondément aimés d’auteurs aussi prestigieux que Borges et Gracq.

      • Je serai absolument favorable à une telle édition ! Cette dernière semaine j’ai, à ce propos, lu avec délice des éditions de « Beowulf » (André Crépin d’une part, Seamus Heaney d’autre part), et une édition de « l’Edda » (François-Xavier Dillmann) – en attendant de me plonger dans l’édition de « L’Edda Poétique » par Régis Boyer.

        • Concernant l’Edda de Snorri, la traduction de F-X Dillmann est hélas incomplète, il n’y a toujours pas de traduction complète en français de ce texte fondateur exceptionnel sans lequel on ne saurait pas grand-chose des mythes scandinaves. Sa traduction de la Heimskringla du même Snorri est hélas ausi restée au premier volume alors qu’il devait y en avoir trois, mais Gallimard a débranché la prise de sa collection l’Aube des peuples, ce qui est vraiment dommage.

  69. Je ne serais peut-être pas aussi défaitiste que vous l’êtes, très cher hôte. Quelles étaient les chances, après un hiatus de presque cinquante ans, de voir apparaître un pendant épicurien à l’anthologie de textes stoïques, signé par la fine fleur des spécialistes du Jardin ? Or ces Epicuriens de la Pléiade offrent beaucoup d’oeuvres inédites en français et mettent à la connaissance du public des traités publiés dans des collections pour papyrologues ou dispersés dans des revues confidentielles. De même, qui aurait parié sur non pas un mais deux tomes d’Ecrits chrétiens apocryphes ? Ces pseudépigraphes largement perdus dans l’original hébreu ou grec et dont on a des traductions selon les cas coptes, latines, éthiopiennes, etc, n’intéressent guère que les érudits et les historiens du christianisme primitif; on ne saurait même pas dire que, contrairement aux rouleaux de Qûmran ou de Nag Hammadi, ils soient d’un impact médiatique propre à passionner le grand public cultivé et les cercles catholiques. Je veux donc croire que le tome de textes patristiques piloté par Pouderon, Salamito et Zarini finira par sortir, quand bien même cette troïka a quelque chose d’improbable hormis sa puissance institutionnelle (un seul philologue, le spécialiste de poésie latine tardive Zarini, pour deux historiens du christianisme dont le plus considérable est incontestablement Pouderon – Salamito n’a presque rien publié hormis sa thèse et fréquente plutôt les sacristies intégristes que l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes ou le Centre Lenain de Tillemont du CNRS). De bonnes surprises sont donc peut-être sur les rails, à moyen terme; il serait bien que les volumes caressant le public dans le sens du poil, comme le Shakespeare de Déprats, Simenon ou Jean d’Ormesson, servent de caution commerciale à des projets plus élitistes plutôt qu’à des éditions étrangement conçues (Villon, le nouveau Rimbaud).

    • Bonjour à tous.
      Je suis bien d’avis qu’il faut rester optimiste, et que la publication des ‘Épicuriens’ était une très bonne surprise, tout comme le volume II des ‘Écrits apocryphes chrétiens’.
      Cependant je suis surpris que l’on puisse mettre sur le même plan la nouvelle édition des Oeuvres de Shakespeare et le récent volume de Jd’O… Si il y a des griefs à formuler à l’égard du travail éditorial de Jean-Michel Déprats pour l’oeuvre de Shakespeare, j’aimerais volontiers les connaître, je pensais – peut-être naïvement – que nous tenions là une édition, sinon de référence, du moins de haute tenue. Mais il est toujours intéressant d’être informé des critiques qui peuvent être formulées, car c’est bien l’exigence à l’égard de la ‘Bibliothèque de la Pléiade’ qui nous rassemble ici…

    • Je répète que je ne crache pas sur Lautréamont, Villon et aussi, tiens, pendant qu’on y est, même Rimbaud. La délectation éprouvée à caresser du regard, prendre en main à n’importe quel instant, ouvrir, feuilleter ou se plonger dans un de ces volumes, compense et plus encore, tous les défauts, réels ou supposés, qui l’entachent.
      La Pléiade s’est TOUJOURS adressée au lecteur cultivé, non au savant. Il y a aussi des questions financières : qui serait près à payer une Pléiade à plus den 100 € (encore que, pour ce dernier point, cela risque de nous tomber dessus bien plus tôt que je ne le souhaiterais…)
      Je trouve qu’on dissecte beaucoup les mouches (et Dieu sait s’il y beaucoup à apprendre de l’étude de l’anatomie de ces humbles créatures !) dans ces échanges, mais qu’on ne parle plus beaucoup du PLAISIR.

      • Je demande pardon à Luckas pour lui avoir adressé une réponse qui était en réalité destinée à Neo-birt7 (mon doigt s’est malencontreusement égaré sur le clavier lorsqu’il s’est agi de choisir un « répondre »

  70. En un mot, le principal problème du nouveau Shakespeare tient dans le caractère entièrement conjectural de son positionnement théorique. Le choix d’une version intersémiotique, censée recouvrer la dynamique verbale et non-verbale des textes représentés, en éloignant la lettre au profit du signe et des attitudes corporelles (je simplifie considérablement; davantage de précisions, par exemple, chez Déprats, ‘Translating Shakespeare’s Stagecraft’, dans T. Hoenselaars (ed.), Shakespeare and the language of translation, Londres, 2004, p. 133-147, surtout 136 ss.), est en effet le plus aléatoire que l’on peut concevoir sous l’angle philologique, lexicographique et stylistique. Il détermine une longue série d’approximations, en particulier une déperdition sémantique constante à laquelle les anglicistes seront sensibles. Déprats a choisi un type d’option traductologique proche de celle adoptée par Jean Bollack et ses collaborateurs quand ils traduisaient pour la scène certains chefs d’oeuvre de la tragédie grecque antique; les philologues classiques (dont je suis) ont crié au scandale devant les innombrables modernisations intempestives ou les interprétations forcées (les unes et les autres se renforçant mutuellement, ainsi la description d’Oedipe chez Sophocle comme « damné ») et devant le télescopage chronologique entre les pratiques théâtrales actuelles et celles des Athéniens du Ve siècle. Je ne prétends absolument pas que le Shakespeare en cours de M. Déprats soit négligeable, au contraire; je dis qu’il reflète les débats traductologiques de notre temps sans le moindre recul, et que le lecteur de ses traductions pourrait, en définitive, n’être pas beaucoup plus gagnant que l’acheteur de Pléiade purement commerciales comme celles de Simenon ou de Jean d’Ormesson. J’ai en tête un parallèle très précis: au début du siècle, l’helléniste le plus réputé d’Angleterre, Gilbert Murray, entreprit de traduire pour la scène les tragédies d’Euripide en vers blancs et dans le style des préraphaélites. Le vieux poète devint, pour une génération, une force sur les planches londoniennes, avant d’être balayé dans les années 20 par le changement du goût littéraire (H. Lloyd-Jones, Blood for the ghosts. Classical influences in the Nineteenth and Twentieth centuries,Baltimore, 1982, p.204-208).

    • Puis-je vous demander, puisque vous semblez maîtriser fort bien votre sujet sur Shakespeare, ce qu’un spécialiste pense de la traduction de Bonnefoy? Aurait-elle été selon vous plus légitime pour la Pléiade?

      • Loin de moi, cher Euphorion, la pensée de m’attribuer quelque autorité que ce soit sur Shakespeare. Ma curiosité de classiciste polyglotte dont les intérêts s’étendent des parlers mésopotamiens aux langues indo-européennes et ouest-sémitiques, me rend simplement sensible aux enjeux revêtus par la traductologie – or Shakespeare y représente un champ de bataille central. Quant à l’anglais ou à l’allemand, leur connaissance approfondie est sine qua non pour un philologue; or écrire des articles ou des monographies en anglais et lire Shakespeare ou Nietzsche en sélection va en quelque sorte avec le territoire, sans empiéter sur les plates-bandes des spécialistes de ces auteurs. Last but not least, on dit couramment, de l’helléniste ou du latiniste commentateur de textes, qu’ils refusent de rien prendre pour argent comptant sans un faisceau de parallèles littéraux probants; cette forme de pédanterie pousse à l’acquisition d’une très vaste culture générale dont nos collègues historiens des littératures modernes ont un besoin moins vital (cela explique les fautes d’impression grossières sur le grec rabelaisien dans l’édition de Guy Demerson et le remplacement de presque tous les esprits rudes par des guillemets anglais entrants dans la Pléiade de M. Husson [édition de 1994 et retirage de 1998]). Je ne me prononcerai donc pas, qualitate qua, sur la traduction partielle de Shakespeare par Bonnefoy, sinon pour dire que, dans le cas d’un poète translatant un poète, le problème était évidemment à moins d’inconnues que pour l’universitaire Déprats. Les personnes intéressées par la traduction en vers, classiques ou mesurés, inventée au XVIe siècle en France par référence à l’Antiquité, peuvent consulter une fort instructive synthèse par P. Brunet; Ariane Mnouchkine y est même discutée (‘Sur quelques traductions récentes de la poésie grecque’, Revue des Etudes Grecques 104, 1991, p. 236-254, accessible via Persée).

    • Je me faisais reproche de n’avoir pas acheté ces Pléiades, vous venez de m’enlever tout remords. Vos éclaircissements sur ce point sont parfaitement… éclairants. Je n’en dirai pas plus, pour ne pas tomber dans la basse polémique (et étaler mon ignorance), mais… hum ! je n’en pense pas moins, à propos de cette façon de tirer à soi la couverture d’un auteur qui n’est plus là pour se défendre…

  71. J’aimerais répondre aux posts précédents qui tous abordent des questions intéressantes.
    A Neo-Birt7 :
    Je pense que vous vous trompez en ce qui concerne les volumes de la Pléiade reliés de gris clair (« Ecrits apocryphes », etc.). Tous les libraires le disent : c’est une chose curieuse, mais ces volumes se vendent dans des proportions plus grandes que beaucoup d’autres volumes de la collection. C’est précisément du fait de leur succès commercial qu’un second volume d’ « Ecrits intertestamentaires » est en préparation.
    A tous au sujet de Shakespeare :
    Shakespeare est intraduisible. Toute traduction de l’une de ses pièces (ou de l’un de ses poèmes) est donc condamnée à n’être qu’une approximation imparfaite. Chaque traducteur se sauve donc comme il peut de ce tête-à-tête qui ne pardonne pas, quitte à être obligé de tricher ici et là…
    Quiconque lit les traductions d’Yves Bonnefoy en gardant un œil sur le texte original anglais est obligé de conclure que ces traductions sont ce qu’on appelait autrefois des « belles infidèles » (elles s’écartent parfois du texte d’origine). Mais, voilà, sur le plan strictement littéraire, ces traductions sont celles d’un poète, d’un véritable écrivain, et, en ce sens, ce sont des chefs-d’oeuvre de notre langue. La traduction qu’il a donnée de « Macbeth » est fascinante et surclasse toutes les précédentes.
    En ce qui concerne Jean-Michel Desprats, ses traductions publiées dans la Pléiade ont été très vite critiquées aussi bien par des universitaires que par une quantité très significative des acheteurs réguliers de la collection : à leurs yeux, les traductions de Desprats seraient surtout faites pour le théâtre joué sur scène, et elles manqueraient cruellement d’éclat littéraire. C’est la raison pour laquelle les traductions de Desprats sont régulièrement opposées à celles de Bonnefoy. Je pense pour ma part, en effet, que les traductions de Desprats sont fades et moyennes, et que celles de Bonnefoy leur sont très supérieures.
    Enfin, pour ce qui est de la meilleure édition des œuvres de Shakespeare disponible aujourd’hui en France, il semble en définitive que ce soit celle publiée par Robert Laffont dans la collection « Bouquins ». Le texte anglais reproduit dans cette édition bilingue est celui qui fait désormais autorité aussi bien en Angleterre qu’en France (Stanley Wells et Gary Taylor en sont les auteurs), et ce sont sur ces volumes de la collection « Bouquins » que les étudiants travaillent lorsqu’une pièce de Shakespeare est au programme de l’agrégation de Lettres. En outre, fait éloquent, lorsque les « Sonnets » de Shakespeare ont fait partie du programme de l’agrégation de Lettres de 2004, c’est la traduction d’Yves Bonnefoy qui a été recommandée aux agrégatifs préparant le concours. Si le Shakespeare édité en Pléiade est une bonne édition, elle ne pourra cependant jamais être considérée comme l’édition de référence en France.
    Bonne semaine à tous.

  72. Je profite des anglophones pour en revenir un moment si vous le voulez bien à Virginia. Je passe sur l’étrange affirmation de J. Aubert (t.1 p.LVI) à propos de la sois disante première édition « en l’état » (ce qui veut dire quoi?!!) du recueil Lundi ou mardi. Recueil traduit dès 1993 dans la collection Pochotheque par Michon et Nordon.
    Je m’interroge sur l’incipot de Une mise au point (A summing up). Le texte original sur le dactylogramme et publié dans les éditions anglaises de cette nouvelle (posthume de VW) donne:
    «Since it had grown hot and crowded indoors, since there could be no danger on a night like this of damp, since the Chinese lanterns seemed hung red and green fruit in the depths of an enchanted forest, […].»
    Le texte traduit par Rivoire devient (t.1 p.1277):
    «et que les lanternes vénitiennes de balançaient»!
    Est-ce que finalement on ne devrait pas publier que des éditions bilingues ?!!!
    Si quelqu’un peut éclairer ma « lanterne »….

  73. PS: j’oubliais de mentionner la traduction de H. Bokanowski dans le recueil La mort de la phalène (points Seuil 1968) qui mentionne également : «les lanternes chinoises»! (P. 175) Tout comme l’édition en vo par Quentin Bell Angelica Garnett.

  74. Mercis cher Brumes pour ces recherches. Plus prosaïquement l’une est en papier léger l’autre en verre et solide. C’est un vrai choix de traducteur de changer si j’ose dire de pays et de référent. Je me demande si l’établissement du texte soit est fautif soit à une nouvelle source manuscrit, comme on dit en génétique une nouvelle leçon du texte. Qu’il n’y ait pas de notes pour Jean d’O et peu pour Twain ce n’est pas trop grave (quoique…) mais pour Woolf et des choix aussi importants ça me semble dommageable pour les lecteurs et triste pour la Pléiade.
    Surtout qu’il reste une question terrible : quid d’autres choix d’édition des textes et de traduction ailleurs dans les 2 tomes ??!!!

  75. « Lanterne vénitienne » pour l’anglais « Chinese lantern » et son équivalent américain « Japanese lantern » est bien la bonne traduction. On sait qu’il existe une modulation géographique de certaines productions manufacturées en fonction de la langue : « encre de Chine » / « India ink », « porcelaine de Saxe » / »Dresden china », etc. Ce n’est donc pas un « choix de traducteur », mais le respect d’un idiomatisme. .

    • Tout à fait d’accord.
      On parle ici de littérature et non de la fabrication artisanale de tel ou tel type de lanterne.
      « Lanterne vénitienne » est un classique en français littéraire, tandis que « lanterne chinoise » ne renvoie pas à une référence littéraire mais à un simple objet manufacturé.

  76. N’empêche que les dictionnaires online référencés par Brumes sont beaucoup plus nuancés! L’une n’est pas l’autre ! L’une vient de Bejing l’autre de Murano !
    Ce qui est intéressant c’est que la leçon du manuscrit est bien venitian lantern ! Donc c’était correct. Et tout s’explique
    Le manuscrit holographe doit être respecté (le commentaire mentionne trop rapidement le dactylogramme sans expliquer) mais je persiste à dire que dans la Pléiade une note est nécessaire et une explication sur le texe obligatoire ! Dommage.
    À l’inverse l’édition excellente (je ne la critique pas) de Proust Ruskin exagère sur la place des notes!!…
    Si la Pléiade ne nous donne plus de notes alors où allons nous. Celles du Virgile sont intéressantes. Pour Jean d’O….?!!! Je n’en dis pas plus…

    • Que penser alors du « caprice d’auteur » (un peu « précieuse ridicule » ?) de Milan Kundera, qui veut bien « faire l’honneur » d’accepter que sa prose rejoigne La Pléiade (sans doute pour en rehausser le prestige ?), mais en interdisant préfaces, notes et appareil critique ? Sa présence dans la collection était-elle donc si indispensable pour que Gallimard accepte de passer sous ces fourches caudines ?…

  77. Dominique,
    Ne vous laissez pas influencer par les formulations souvent incompréhensibles (« le principal problème du nouveau Shakespeare tient dans le caractère entièrement conjectural de son positionnement théorique », on croit rêver !) de Neo-brit7 à propos des œuvres de Shakespeare dans la traduction qu’en donne Desprats. Vous lirez ailleurs, dans Le Monde par ex. mais pas seulement, entendrez ailleurs (chez les acteurs, sur France-Culture, etc.) des louanges entièrement méritées : c’est affaire de goût comme le rappelle très bien Geo. Personnellement, je trouve le travail accompli absolument superbe et il suffit de faire une lecture comparée entre l’anglais (feuille de gauche) et le français (feuille de droite) pour mesurer la pertinence de la plupart des choix opérés – mais la faire vraiment, ne pas se contenter d’incantation ni de préjugé. Plus généralement, je lis les observations de chacun avec un certain intérêt mais regrette qu’il en aille ici comme ailleurs : on dénigre plus qu’on ne célèbre, on assène des certitudes plus qu’on ne fait pas de sa perplexité, et ainsi de suite. Certes, qui aime bien châtie bien, mais à trop châtier et ne pointer, parfois avec une certaine morgue de ton, que ce qui ne va pas, on passe à côté de l’essentiel : la qualité des éditions de la Pléiade, la chance que nous avons en France de les avoir. Au lieu de déplorer l’absence d’une édition en trois ou quatre volumes des livres de Twain, célébrons la qualité du travail effectué sur les quatre ouvrages judicieusement choisis (comparez les nouvelles traductions avec celles de Bernard Hoepffner et vous verrez l’irrésistible saut qualitatif opéré, même si le parti-pris de Jaworski peut ici ou là poser question). Au lieu de déplorer l’absence du journal de Virginia Woolf dans les deux éditions qui lui sont consacrés, regardons en quoi elles sont déjà exemplaires. Mais personne ici pour dire aux autres son bonheur de lecture. Ces dernières années, les séries Melville, Fitzgerald, Flaubert, Stendhal, Brontë, etc., ont pourtant été de purs chefs d’œuvres d’édition, de véritables malles aux trésors. Dites-le aussi, donnez envie à ce qui vous lisent d’aller y mettre l’œil plutôt que de toujours déplorer ce qui vous chagrine. On ne peut pas d’un côté s’effrayer de la chute des ventes et de l’autre, passer son temps à tirer sur l’ambulance. À fortiori si le travail accompli continue d’être, le plus souvent, enthousiasmant. C’est tout ce que je voulais dire.

    • Ce que vous dites est juste, il ne faut pas que critiquer (surtout si c’est sans beaucoup d’objectivité). Les récentes oeuvres de Vian m’ont comblé et je me réjouis d’avance des romans de Bernanos en 2 volumes, choix qui suffirait à prouver que les ventes présumées ne sont pas toujours ce qui pousse Gallimard (je crois que les rééditions au Castor Astral ne se sont pas bien vendues…). L’édition Villon me semble aussi digne de louanges.
      Cela dit, Un volume de la Pléiade, ce n’est pas donné, le prix demandé par l’éditeur impose une qualité très supérieure, se tromper en achetant un livre de poche, d’accord, mais dépenser 65 ou 75 euros et être déçu, cela peut en refroidir certains…

    • Je puis être injuste ( par passion, par précipitation) mais tout en étant sensible à la rigueur d’une édition, je reste avant tout un amoureux des livres et de la littérature, et il me semble que je suis revenu à plusieurs reprises sur le plaisir d’acquérir, de posséder et de lire les Pléiades, y compris parmi les récentes parutions, plaisir qui dépasse à mes yeux, et de loin, les reproches ou les frustrations de ne pas voir tel ou tel auteur traité comme je le voudrais. Imparfaite, cette bibliothèque, où les choix sont « le fait du Prince » (Gallimard) le serait certainement encore plus (voire même carrément emm…ante) si ce choix devait être entre les mains d’un quelconque comité-de-hautes-personnalités-représentatives-du-monde-culturel ou sous l’égide d’un ministère-de-la-culture ou d’un unesco-ou-équivalent…
      Je remarque, d’ailleurs, que, chaque fois qu’un des intervenants de ce blog évoque une collection proche de la Pléiade dans un autre pays, c’est pour aussitôt ajouter qu’elle… n’a pas grand chose à voir avec son modèle français… Je serais porté à penser, de ce fait, que la Bibliothèque de la Pléiade est unique au monde…
      En ce qui concerne le point particulier de Shakespeare, les arguments de néo-brit7 m’ont paru convaincants, je n’y reviendrai pas plus en détail, sauf à croire que je n’y ai rien compris (ce qui, après tout, est bien possible… )

  78. @Neo birt7 Juste pour vous raconter qu’un étudiant a eu l’idée de taper les 2 types de lanterne woolfienne sur amazone.uk et eBay.uk et a prouvé qu’on n’achète pas du tout ma même chose. Le traducteur fait des choix douteux et des erreurs (même en Pléiade!). Dommage.
    @Rubempré (quel beau pseudo) Avant de regretter le journal de Virginia dans la Pleiade (c’est pas pour demain… ça c’est sûr!) regrettons que les volumes des œuvres romanesques n’offrent pas toutes ses nouvelles quand même!
    Pour Twain le travail de Jaworski est vraiment bien mais ce qui est dommage (notre hôte Brumes en a parlé ici déjà) vers de réduire (encore et toujours) Twain aux romans pour enfants en oubliant ses grands textes que les états-uniens aiment beaucoup. 2 volumes de ses œuvres auraient rétabli l’équilibre.
    Le caractère « économiquement rentable » de la Pleiade est manifeste. Par exemple pourquoi supprimer les œuvres de Montaigne pour n’editer que ses Essais? Laisser l’horrible et fautif volume des Essais et Memoires de Yourcenar dans le commerce parceque « non encore épuisée »!!!! Dommage.
    Ce que je remarque c’est que l’édition Pleiade des textes (je ne parle même pas des notes, variantes ou inédits!) ne fait plus autorité.
    Dommage.
    Il y aurai encore à discuter sur cette notion d’inédits qu’on lisaient (et attendaient!) autrefois dans la Pleiade. Aujourd’hui il n’y en a plus beaucoup… Ah si: la préface de Jean d’O. à son volume… Dommage.

    • Monsieur de Rubempré, comme vous avez eu raison d’intervenir pour parler du bonheur de la lecture de Pléiades. A cet égard, je vous recommande l’anthologie de la poésie chinoise. Une mine pour découvrir des auteurs peu connus (c’est le moins qu’on puisse dire) surtout qu’il va être difficile pour la plupart d’entre nous de vérifier si les traductions sont fautives (je vais voir s’il y a des poèmes qui parlent de lanternes !!!). Qu’entendez-vous, Tigrane, par l’édition horrible et fautive des Essais et Mémoires de Yourcenar car je comptais l’acheter prochainement ? Si vous êtes convaincant, vous pourriez me faire faire des économies substantielles. Merci !

    • Je répète et répète encore, qu’on parle de littérature… et d’une « lanterne » « littéraire »… et non pas d’un article acheté sur catalogue… Mme Woolf n’est pas une commerçante proposant un objet à la vente. Peu importe que dans la réalité quotidienne une lanterne chinoise ne soit pas une lanterne vénitienne, ce qui compte dans un texte littéraire c’est la force évocatrice des mots… Et, sur ce plan, comme lecteur (et, entre parenthèses, comme praticien de l’écriture littéraire, pour ne pas prononcer de « gros mot ») je souscris au CHOIX du traducteur (et revendique pour lui, sa liberté de faire ce choix), mieux encore je l’approuve et je l’en applaudis.
      Ce choix peut vous paraître mauvais et vous avez parfaitement le droit de le dire. Mais le mettre sur le compte d’une erreur ou d’une ignorance (qui paraîtrait assez extraordinaire) du traducteur, me semble être une erreur.
      J’aime à croire que c’est en toute conscience qu’il a traduit « chinoise » par « vénitienne » et je ne vois pas l’utilité de le chinoiser là-dessus et de l’envoyer, pour punition, faire pénitence sous les « plombs » de Venise, comme on le fit en son temps pour un certain Casanova… aujourd’hui de nouveau à la mode.

  79. @ Pleiadophile. Je réponds à votre question avec plaisir. Paru en 1991, ce volume Pleiade des Essais et Mémoires de Marguerite Yourcenar devait à l’origine être annoté. Sa parution se doublait de la réédition des Œuvres romanesques (augmentées des Carnets de notes de l’Œuvre au Noir et de La Nouvelle Eurydice).
    Cet épais volume regroupe ses 5 volumes d’essais, les 3 volumes de son autobiographie, un essai de jeunesse sur Pindare et un autre sur des rêves (Les Songes et les Sorts) jamais réédités et un choix de quatre articles non recueillis par l’auteure. Vraiment cela fait un volume riche et intéressant. Un important dossier inédit accompagne l’essai sur les rêves.
    Hélas, je ne sais pas pourquoi, il y a des dizaines de fautes d’impressions… Certaines sont évidentes à démasquer à la lecture, par exemple: son légal Severud au lieu de légat (292), le grand fonctionnement au lieu de fonctionnaire (362), est turtout [sic] celle (860), d’pbus [sic] éclatés (1232), corridor rui [sic!] commande (1584) etc. Il y en a des dizaines… Mais d’autres sont plus sournoises : son cinquante-septième livre au lieu de lièvre ! (858), M. de C*** de M*** suivait au lieu de Mademoiselle de C. de M. (918), dans l’extricable au lieu de l’inextricable ! (1051) etc etc etc.
    C’est quand même un volume intéressant.

    • Merci de votre prompte réponse. J’avais adoré le volume romanesque mais il est vrai qu’il avait été annoté par l’auteur(e) elle-même. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Ces coquilles sont ennuyeuses : quelle mémoire pour vous en souvenir ! Ce qui m’intéressait surtout, c’étaient ses essais et les Songes et les Sorts (introuvables ceux-là). Si j’en découvre un, je le parcourrai et je pense que je ferai l’achat (plaisir de retrouver les coquilles moi-même). Merci encore.

  80. Cher Tigrane,
    Mais c’est justement ça l’erreur, les quatre livres choisis de Twain ne sont PAS des livres pour enfants, ils s’adressent au moins autant aux adultes que nous sommes. Relisez l’épisode de la grotte dans les Aventures de Tom Sawyer, c’est beau à pleurer (l’épuisement, l’obscurité et ce carré de ciel bleu qui apparaît soudain, c’est fabuleux) et annonce avec plus d’un siècle d’avance la Maison de feuilles, l’inoubliable coup de maître de Danielewski. Surtout, ce qui fait toute la différence, c’est la traduction de Thomas Constantinesco : allez à la bibliothèque ou dans une librairie, prenez l’édition Tristam dans une main et celle de la Pléiade dans l’autre et vous verrez, c’est merveilleux d’avoir enfin ce texte dans une langue française aussi belle et aussi fidèle. Idem pour les traductions des livres de Woolf (peu importe pour son journal puisqu’il est déjà édité ailleurs : La Pléiade n’a pas vocation à l’exhaustivité, mais à l’excellence et ce sont deux choses différentes) et des pièces de Shakespeare (j’engage chacun de vous à aller voir de ses propres yeux le travail de Desprats, à mon avis superbe malgré les réserves d’usage. Ne pas oublier non plus qu’il a été écrit pour être déclamé.). C’est ça qu’il faut aussi célébrer. Hier, je lisais dans le train le volume 1845-1851 de l’édition Flaubert, mais quel bonheur franchement ! La valeur des textes, l’établissement des textes, la qualité des notices, la beauté de l’impression (il en va des livres comme des films : un visionnage à la télévision n’a rien à voir avec une projection en salle et pourtant c’est le même film. Eh bien, un texte « projeté » sur les pages d’une Pléaide, c’est vraiment lire sur écran large, avec une mise au point parfaite, etc.), tout concourt au plaisir incomparable de la lecture.
    Bonne continuation à vous et merci à Brumes d’avoir résumé de manière fort intéressante l’histoire de la collection (autant les commentaires de Neo-brit7 à propos de Shakespeare me paraissaient une parodie d’érudition, à vous passer l’envie de lire justement, presque un gag en fait, autant l’érudition de Brumes me semble parfaitement utile).

    • Rubempré, je vous aime ! (pardon…) Merci de nous parler du plaisir que procurent ces petits objets qui provoquent rapidement une sournoise dépendance… Mais, juste une petite note, toujours à propos de Shakespeare : vous dites, ces textes sont écrits pour être déclamés ! Non ! Ils ont d’abord été déclamés et ensuite publiés, dans une version qui n’est, de toute façon, pas celle qui a été jouée sur scène… et, s’ils ont été imprimés et publiés, c’est pour, au-delà du « moment » théatral, être lus… y compris par ceux qui, comme nous, sont venus bien après la mort de leur auteur. Non, je ne vais pas prendre ma Pléiade et déclamer ces textes, pas plus en anglais qu’en français. Rien n’empêche les metteurs en scène de leur « redonner vie » pour les jouer au théâtre, mais rien n’oblige quelque éditeur que ce soit à vouloir nous faire lire un texte fait pour être joué… Le débat ne date pas d’hier et n’est pas près d’être clos (ou alors, le dernier mot sera dit par quelqu’un de bien plus savant et compétent que moi).
      Cela n’empêche que vos « odes » à la Pléiade m’agréent parfaitement.

  81. Vous avez raison pour le prix, Joaquim, dépenser 70 euros « et être déçu », c’est un peu dur à avaler, mais outre qu’il est encore possible (à qui sait bien chercher) de trouver des volumes neufs à moins 30% (mais de même pour que pour les champignons, les bons coins ne se divulguent pas), une façon d’éviter toute mauvaise surprise est d’aller dans une bibliothèque et de prendre d’abord le temps de feuilleter l’ouvrage. Mais en toute objectivité, le rapport qualité-prix d’une Pléiade, à fortiori à son prix de lancement, me semble imbattable : deux et demi à trois fois le prix d’un ouvrage dans la collection blanche mais avec une qualité de fabrication dix fois supérieure, un nombre de mots imprimés également très supérieur, une décote bien moindre sur le marché de l’occasion et cette exquise odeur de chaussures neuves déjà évoquée sur ce site, pour ne pas parler du travail accompli dans l’établissement et l’accompagnement des textes. Penser que pour le prix d’un repas dans un restaurant chic, on peut aujourd’hui avoir l’œuvre d’une vie d’un grand écrivain sur un tel support, laisse quand même rêveur.

  82. Je regrette quant à moi les volumes Pleiade qui offraient (si on peut dire vu le prix!) des textes rares introuvables ou inédits. Pour cette année (sauf erreur) et si on met de côté l’anthologie de la poésie chinoise, il n’y aura donc aucun texte inédit (sauf la préface de Jean d’O.!) publié. Même pas la totalité des livres de Foucault. On pouvait du reste déjà trouver dans le commerce tous ces textes sauf je crois La tragédie de DP Wilson de Twain jamais traduit. De ce fait c’est vrai qu’un volume pléiade est cher… Acheter Virgile ou Jean d’Ormesson ou Bernanos revient certes moins cher en poche, surtout qu’ils sont souvent en occasion!
    Le travail d’édition et d’annotation faisait toute la différence pour l’importance de la Pleiade. Comme les Flaubert par exemple ou la nouvelle édition de Gide, ou Stendhal.
    Qu’en pensez-vous ?

    • Vous oubliez, cher Tigrane, le Virgile qui va sortir et que vous avez déjà je crois. C’est vrai qu’il contient les trois oeuvres majeures mais il y a aussi les petits textes : le moucheron, l’aigrette, les priapées… qu’il est très difficile de se procurer. On ne les trouve pas dans la collection Budé et en plus l’édition est bilingue. Pour le prix, c’est une oeuvre rentable, à posséder. D’un autre côté, on peut regretter effectivement les anciennes versions de Pléiade avec annotations en bas de page et non à la fin. C’est ainsi que je possède le vieux Rabelais, le vieux Montaigne et le théâtre de Goethe préfacé par Gide. Je ne les échangerai pas contre les nouvelles versions. De même, j’aurais préféré avoir l’ancienne édition de Mallarmé en 1 vol. plutôt que la nouvelle où prolifèrent les esquisses et ébauches de poèmes qui n’apportent rien au lecteur à moins qu’il ne soit thésard.

    • Bonjour à tous.

      Le travail d’édition et d’annotation fait en effet tout le prix de la Pléiade et, comme Tigrane, je suis heureux de disposer des nouvelles éditions de Stendhal et de Flaubert (il nous manque encore les tomes IV et V pour ce dernier).

      Il est toutefois à remarquer qu’un texte majeur de la littérature française, les  » Mémoires d’Outre-Tombe  » n’a pas son édition de référence en Pléiade. Il a déjà été signalé ici que la nouvelle présentation des deux volumes en un élégant coffret sorti en avril, ne peut faire illusion. On y trouve une édition de 1947 et 1951 (révisée en 1957), réimprimée à l’identique en 2013 et 2015.
      L’édition qui est actuellement considérée comme la référence, tant pour l’établissement du texte que pour la qualité et la richesse de l’annotation, est aujourd’hui celle donnée par Jean-Claude Berchet dans « La Pochothèque », 2ème édition révisée (après une première édition publiée par les « Classiques Garnier »), en 2 volumes parus en 2003, et vendus à un prix bien inférieur au coffret des deux volumes en Pléiade.
      Évidemment la présentation de la Pochothèque n’a rien de luxueux ; mais dans ce cas précis la qualité éditoriale, le soin apporté à l’appareil critique sont dignes de la Pléiade.

      Il reste à espérer qu’à l’approche du 250ème anniversaire de la naissance de Chateaubriand, en 2018, il y aura peut-être une nouvelle édition des Mémoires, digne de la collection !

      Il y a peut-être parmi vous des lecteurs bien informés de ce qui peut se préparer du côté de Gallimard, de la Société Chateaubriand ou des universitaires qui livrent, volumes après volumes, l’édition très onéreuse des Oeuvres complètes à la Librairie Honoré Champion.

      Bonne fin de semaine à tous,
      avec de bonnes lectures … !

  83. @ Pléiadophile: vraiment ces petits textes ne sont pas très intéressants et pas de Virgile à coup sûr. Déjà connus, ils sont réédités ici, j’ose le dire, pour augmenter un volume qui sans eux eût été fort mince…
    C’est vrai que les deux volumes Mallarmé sont édités avec un souci d’exhaustivité et d’érudition impressionnantes mais au moins, cher Pléiadophile, ces inédits sont de Stéphane ! Vous pouvez les passer pour en venir au Coup de dé ou à Brise marine.
    @ Luckas: j’ai relu la version Pléiade des Mémoires de Chateaubriand il y’a peu. Établie d’après les deux manuscrits et la version originale posthume, je la croyais fiable et sérieuse. Je ne sais rien des différences de versions choisies avec la Pochothèque. C’est celle publiée dans le Livre de Poche je pense ?
    Préparant le Dictionnaire Yourcenar chez Champion pour 2016, je peux vous dire que le Dictionnaire Chateaubriand est en préparation pour 2018 donc j’imagine. Grace à vous je comprends pourquoi.
    Vous avez raison sur les éditions TRÈS scientifiques de Champion (clin d’œil à Pléiadophile) . Elles sont remarquables, celle des romans de Sand ou les œuvres complètes de Ramuz et de Chateaubriand et les 7 formidables volumes de la correspondance de Stendhal (bien meilleurs que la Pléiade et chaque volume coûte -presque- le prix du Pléiade des Essais de Montaigne ou Romans 5 d’Aragon ou Prose 3 de Péguy!)

    • Champion vend affreusement cher ses volumes. Son public n’est pas le même que celui de la Pléiade. De petits lecteurs de province, amateurs de bonne littérature, ni professeurs, ni chercheurs, ne sont pas censés s’y intéresser. Champion s’adresse aux bibliothèques universitaires, aux très grosses bibliothèques et aux spécialistes de ces auteurs, je suppose que ce sont de petits tirages – et que les prix sont ajustés au faible nombre de ventes attendues. C’est le cas partout. Les éditions Cambridge University Press proposent d’extraordinaires sommes en cinq, dix ou quinze volumes (sur le Japon, l’Iran, le Moyen Âge, la Musique, etc.) et les facturent à 150£ le volume hardcover (soit 180/200€), parce qu’ils ne les vendent guère qu’à des institutionnels (comme Champion). La Cambridge History of Islam en 6 volumes, par exemple, doit bien coûter 1000€. Qui va payer cette somme, sinon des bibliothèques et les 3/4 spécialistes qui en ont un besoin impératif dans leur activité (et encore…) ?
      J’en ai quelques-uns à la maison, achetés neufs 30 ou 40€ lors de soldes sur la « marketplace » d’Amazon ou, surtout, achetés d’occasion, au même endroit à 15/30€. À force de patience, on finit toujours par trouver ce que les bibliothèques américaines et anglaises cèdent sur le marché – les premières années Cameron ont été, à ce titre, une véritable aubaine : une bibliothèque qui ferme, ce sont des centaines de livres usés qui se retrouvent bradés.
      Chère, à bien y réfléchir, la Pléiade ne l’est pas tant que ça… Gallimard pratique par ailleurs, pour le Journal de Larbaud, les Deux Étendards de Rebatet, le Théâtre d’Aymé ou les écrits bibliques de Claudel, des tarifs proches de ceux de Champion, et sans le lustre si apprécié de la Pléiade.

  84. Etrange. Après un test d’achat, Amazon m’informe qu’il m’envoie l’album Casanova pour 11 euros et quelques centimes. Je pensais les albums hors commerce.

      • Un libraire IRL (et RIP : liquidation judiciaire, depuis) m’a proposé l’an passé de ne prendre que deux volumes au lieu de trois. Comme je suis un candide fini, je pensais que mon charme agissait, mais non : il voulait me facturer 10 € l’album… Amazon n’a pas le monopole des pratiques étonnantes.

        • En 2011, lors de la parution de l’album Claudel (304 pages), j’avais sollicité de mon libraire d’acheter le dit album après la fin de la Quinzaine. Il me l’a vendu 18 € en m’affirmant que lui-même devait l’acheter au prix de 15 €. Se non e vero e bene trovato…

    • Cela fait deux semaines que je vois passer des « Album Casanova » sur ebay, je suppose que certains libraires ne s’encombrent pas de ces volumes et les liquident comme ils le peuvent, et sans attendre.
      La Quinzaine débute cette semaine, je crois ?

      • Un libraire m’affirmait les acheter 10€ à Gallimard. Cela correspond au prix demandé par le libraire de Draak et explique le prix d’Amazon. Quant aux ventes sur ebay, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une « liquidation », vu que certains vendeurs ont plusieurs dizaines d’exemplaires en stock et vu le prix moyen de vente (30-40€).

  85. La base Electre annonce pour septembre le volume « collector » Cervantès. Et précise qu’il s’agit d’un tirage spécial… broché. Oui, une Pléiade brochée, nous en serions là.

  86. En effet Gallimard facture 10€ un album mais leur offre agenda. Libre à eux d’en disposer et de les offrir ou les revendre….
    Vous avez raison cher Brumes sur le coût terrifiant des volumes Champion. Notez que si certains sont moins chers et que d’autres sont aux prix de Pléiades Champion a enfin décidé d’en rééditer certains intégralement en version poche à 30€.
    Ils exagèrent car cette couverture brochée « de luxe » n’est pas si nécessaire et surtout eux n’ont pas de droits (exorbitants parfois !) à payer aux ayants-droits et éditeurs. Mais ces éditions son impeccable et riches en textes inconnus…. plus tellement le cas dans les volumes Pléiades hélas.

  87. Aujourd’hui commence la Quinzaine 2015. L’album s’arrache, seul, sur Amazon (sans les Pléiade(s) qui vont avec, manifestement) : je me demande si Gallimard a donné son accord à cette vente directe. L’intérêt du comptoir d’édition de la rue Sébastien-Bottin (et des librairies) me semble être à l’opposé : l’album est l’appât pour vendre des volumes et écouler le stock des libraires (les Pléiade(s) ne peuvent être retournés à l’éditeur), s’il est vendu directement, les libraires y perdent d’un côté (les ventes de volumes) ce qu’ils gagnent de l’autre (les ventes d’albums). Bref, je ne crois pas qu’Amazon joue le jeu, et l’absence de certains volumes récents au catalogue du vendeur en ligne (ceux de l’an dernier notamment) me fait supposer une bisbille entre lui et Gallimard. Les autres vendeurs en ligne font une Quinzaine normale.
    À part cela, les deux volumes Casanova sortent aussi aujourd’hui ; le premier volume avait, je crois, été salué comme une édition fort réussie, j’imagine que les deux suivants le sont aussi. L’album, assez court, est-il réussi ?

    • Il semblerait que le site de la Fnac n’offre pas non plus l’album Casanova. Je n’ai trouvé nulle part sur le site une quelconque référence à cet album. De plus, l’opération va du 13 mai au 30 juin ce qui fait bien plus que 15 jours. J’ai comme le sentiment que cette opération dérape… L’an dernier, sans même avoir demandé quoi que ce soit j’ai reçu l’album, après un achat en magasin à la Fnac et non pas sur leur site Internet, pour un achat effectué en octobre. Visiblement, il leur en restait un paquet sur les bras. Pour ce qui est des ouvrages de la Pléiade qui ne peuvent être retournés à l’éditeur et bien je pense que c’est dorénavant possible. Il y a quelques semaines après à une conversation avec une vendeuse de la Fnac, c’est ce que j’ai compris.

  88. J’ajouterai qu’il y a quelques mois (fin 2014-début 2015), de passage à Paris à la Fnac des Ternes, j’ai pu constater que le magasin offrait l’album Duras pour deux volumes achetés et non trois. J’ai demandé à un vendeur pour quelle raison une telle « promotion » avait été mise en place et il m’avait répondu qu’il leur restait un stock d’albums sur les bras dont ils voulaient se débarrasser, ce qui tendrait à montrer que l’opération 3 volumes = 1 album ne fonctionne plus guère.

    • Il m’est arrivé qu’on me propose l’album pour deux achats (ou même un seul), dans la librairie où je vais souvent. Il faut dire que j’y achète assez de volumes toute l’année et qu’ils le savent bien. Ils en tiennent compte.
      Trois volumes, c’est tout de même assez cher, même en choisissant des volumes de prix moyen.

      • Trois volumes, c’est cher : mais La quinzaine est un bon prétexte pour se fendre d’un coffret, ce que l’on ne fait peut-être pas d’habitude. A ce sujet : je ne vois nulle part le coffret Casanova (?). Ayant reçu l’album Casanova, je n’ai plus mon excuse, mais maintenant que je suis psychologiquement prêt à prendre trois Pléiades…

        • Aujourd’hui même à la FNAC de Bordeaux, le coffret contenant les 3 volumes de Casanova ainsi que l’album était disponible dans le rayon Pléiade.

      • Certains libraires offrent des albums à leurs fidèles acheteurs de Pléiade… sans exiger la rançon de 3 Pléiades achetées d’un coup… Personnellement, alors que j’en avais déjà reçu un pour l’achat de 3 volumes, il m’est arrivé de m’en voir offrir un second, après la quinzaine, sans justification, volume que je pouvais offrir à un proche.
        Par contre, je dois avouer que, cyniquement – et là, je m’attends à me faire lyncher – je considère l’abum qu’on m’offre pour l’achat de 3 Pléiades comme une « remise » : en effet, je ne les conserve pas, je les lis rapidement et les revends aussitôt sur Ebay, à 30€ en moyenne, cela diminue l’effort financier consenti… « Priez Dieu que tous nous veuille absoudre… »

  89. Vraiment ces 3 volumes des Mémoires de Casanova sont un régal. Certes on avait idée de l’intelligence du travail formidable dès la lecture du premier volume mais cela se confirme en fermant le deuxième et en attendant de commencer le troisième. Épatant. Et puis l’avantage d’un vénitien écrivant en français c’est qu’on évite les erreurs de traduction cette fois ! Sans doute une des meilleures éditions Pléiade depuis un moment. Delon a fait un très bon Album je trouve. Giacomo doit le changer de son Denis chéri !!!

  90. J’ai comme l’impression que le numéro ISBN du tome 1 de Boulgakov a changé. Ce numéro ne finissait-il pas par un X ? Je me trompe peut-être…

  91. Le programme du deuxième semestre tarde à venir et avant d’investir dans mes lectures d’été, je cherchais à confirmer l’arrivée prochaine de l’anthologie de la poésie américaine. D’un contact récent, j’ai appris qu’il n’y avait malheureusement pas encore de date à communiquer pour cette publication, même si visiblement le travail est en bonne voie. Petit bémol à ce volume, il m’a été signalé que l’anthologie ne concernait que la poésie de langue anglaise, pas de poésie sud-américaine à attendre donc.

  92. Bonjour à tous.

    Le site de « La Pléiade » confirme que pour le second semestre 2015 nous aurons :
    – une sorte de ‘tiré à part’ de Cervantès,
    – Bernanos, nouvelle édition (2 vol.),
    – Michel Foucault (2 vol.) seule véritable nouveauté.
    Je trouve ce second semestre assez pauvre, la fin de l’année 2014 avait été plus faste il me semble … La maison Gallimard ne comble pas des attentes qui se sont exprimées sur ce forum …
    Je ne sais pas si vous partagez cette impression (toute personnelle certes) et je n’ai pour ma part aucune information sur un ou deux volumes qui viendraient compléter cette fin d’année ; faut-il maintenant attendre 2016 pour de véritables nouveautés dignes de la collection ?

    • Cher Luckas, je crois qu’il ne faut rien attendre de plus que cette liste pour cette année 2015 (sinon que le 2e tome du Théâtre complet de V.Hugo, depuis longtemps indisponible, sera à nouveau dans les rayons des librairies).

    • L’édition de Bernanos en 2 volumes n’est pas une petite chose pour les bernanosiens! D’abord parce que cela prouve que Gallimard prend encore des risques (les rééditions au Casto Astral n’ont pas eu un succès public gigantesque…) et aussi parce que ce sera une éditions reprenant, semble-t-il, enfin les variantes et brouillons de Sous le soleil de satan et de M. Ouine, ce dernier roman étant problématique pour certains mais le sommet de l’oeuvre de Bernanos pour ses véritables admirateurs.

  93. Pour 2016, je pense que l’on peut espérer Michel Tournier; la récente actualité faite par les Lettres Parlées l’a annoncée : http://www.liberation.fr/livres/2015/07/03/objectif-tournier-une-vie-de-lettres_1342857.
    Vargas Llosa, annoncé en son temps en 2016, éventuellement? D’autant plus que Gallimard a sorti il y a peu une nouvelle traduction de la « Conversation à la Catedral », en collaboration avec le traducteur attitré de MVL, Albert Bensoussan, qui dirige sa Pléiade. Mais je ne sais si cette publication annonce la Pléiade ou indique qu’elle n’est pas encore prête, ni si il est prévu de retraduire tout Vargas Llosa, ou seulement ce roman.
    Pour le contenu de ce premier tome, si l’on pense que la Pléiade va se plier à son schéma habituel de publication chronologique, les trois premiers romans (les plus intéressants à mon simple avis) sont des pavés -: La ciudad y los perros, la Conversacion, la Casa Verde. Si ce sont ces romans, difficile d’en mettre en un 4ème, le volume serait monstre, avec l’appareil critique. A moins qu’il ne décide d’en éliminer un ou deux (la Conversation serait ainsi publié dans ce but ) et ainsi de mettre davantage d’œuvres.. Mais ce serait dommage!

    • J’ajoute à ce propos que le livre de Maxime Decout « En toute mauvaise foi » aux éditions de Minuit est un excellent essai qui contient plusieurs pages très éclairantes sur « La Disparition » de Perec et « 53 jours » (son dernier roman, inachevé). A découvrir !

  94. Dans la série consacrée à Houellebecq dans Le Monde cet été, il est mentionné un dîner au cours duquel Antoine Gallimard aurait proposé à l’écrivain de préfacer le un volume Pléiade consacré à Huysmans. Houellebecq a décliné (on s’en remettra), mais une Pléiade de Joris-Karl est très alléchante (qui plus est après l’abandon, il me semble, du deuxième tome de l’édition Bouquins).

    • Oui j’ai vu cela. En revanche, Huysmans en un seul volume, on peut parier qu’il n’y aura guère que quatre ou cinq romans (Là-bas, À Rebours, En Rade, peut-être En Ménage et Marthe, pour la première manière, naturaliste). Dommage – des écrivains comme Daudet et Jarry ont eu leur belle édition en trois volumes, mais c’était une autre époque…
      Bartillat vient bien de réimprimer le Cycle de Durtal (les 4 romans en un livre), mais aucune édition grand public sérieuse n’existe pour Huysmans.
      Bouquins a effectivement abandonné la publication du 2e tome, à la lecture des chiffres de vente désastreux du premier, mais peut très bien se raviser si le premier tome se met à se vendre (ils l’ont bien fait pour Buzzati, en mettant plus de dix ans à publier le 2e tome).

      • Mieux vaudrait pas de Huysmans en Pléiade, plutôt qu’un Huysmans mutilé en un seul volume : c’est inenvisageable, si on veut garder le minimum de sérieux.

    • Ce serait une bonne chose, mais vu le manque de précision factuelle de ces articles, on peut au moins douter des détails (je ne pense pas que la journaliste people du Monde soit au courant du nombre de tomes de Huysmans éventuellement en chantier chez Gallimard…)

  95. J’ai mis à jour la page, avec les informations les plus récentes (programme de la fin 2015, hypothèses pour 2016, derniers projets émergés). J’ai mis ces modifications en mauve pour que vous puissiez mieux les identifier.

  96. En furetant à nouveau sur Internet (recherche Google « Bibliothèque de la Pléiade 2016 »), j’ai trouvé trois petites choses :

    – Publication d’œuvres « anthumes  » de Perec pour 2016 : la chose semble entendue. http://www.ccic-cerisy.asso.fr/perec15.html ;
    – Michel Tournier en 2016, même chose : http://next.liberation.fr/livres/2015/07/03/objectif-tournier-une-vie-de-lettres_1342857

    Bon, il reste que ce sont encore des dates de publication « prévues » : de 2016 à 2017, 2018 ou 2019 il n’y a pas grand-chose.

    La 3e chose m’interpelle tant que je ne sais pas si j’ai bien compris le paragraphe.
    On la trouve à cette page : http://www.csaminadayar.fr/csaminadayar/Programmes_en_cours.html.
    Page sur laquelle on peut lire :
    « Fictions de la Révolution (2016-2017), dans le prolongement de l’ouvrage collectif Romans de la Révolution (publication prévue en 2014) et en lien avec l’équipe LAFABREV, qui élabore une nouvelle édition critique de l’Histoire de la Révolution française de Michelet (version électronique et version papier dans la Bibliothèque de la Pléiade, 7 volumes, publication prévue en 2016) ».

    (Faire une recherche du mot « pléiade » sur la page pour trouver le paragraphe en question).

    Une nouvelle édition en 7 volumes (précédente édition en Pléiade en 2 volumes) est-elle prévue, dont le premier tome paraitrait en 2016, avec Tournier, Perec, Soseki, Shakespeare ?

    Au passage, merci pour la mise à jour en couleur de cette page, c’est très agréable !

    Bien cordialement et en espérant vous lire à nouveau très vite !

    • Autant la perspective d’une nouvelle édition de Michelet ne m’étonne guère (l’édition est ancienne, une des plus anciennes encore disponibles au catalogue), autant je peine à croire à ces « 7 volumes ». Deux et un album, éventuellement trois, mais guère plus.
      Le Laboratoire LAFABREV ( https://cahier.hypotheses.org/lafabrev ) numérise actuellement 7 corpus, dont les six volumes de notes préparatoires à l’Histoire de la Révolution française. Je pense que Mme Saminadayar a entremêlé dans sa parenthèse la publication électronique des 7 corpus et la réédition de la Pléiade, mais que celle-ci ne s’étendra pas sur 7 volumes. Ce laboratoire semble en tout cas « destiné » à préparer cette nouvelle édition.

  97. Bonjour Brumes, bonjour à tous.
    Très intéressant comme toujours le récapitulatif des volumes Pléiade à paraitre …un jour plus ou moins lointain…
    Quand je pense à cet inutile Cervantes qui double en dernière minute Flaubert IV j’en suis bien triste.
    Pour Foucault les 2 (épais) volumes reprennent tous les livres publiés du vivant de MF à l’exception (compréhensible je pense) de sa thèse « 1 » « maladie mentale etc ». S’y ajoute la reprise intéressante de textes importants qui sont déjà dans Dits et Ecrits et un des 3 textes rejetés de DetE. Ensemble passionnant et annotations éclairantes (si on n’est pas un spécialise). Je regrette l’absence (sauf erreurs) dans les Pléiades et dans DetE de ses textes préfaces importants à des volumes d’archives et documents (certes disponible en folio ceci explique cela?) comme Herculine, Rivière etc.

  98. Je voudrais ajouter pour information qu’il y a à Bruxelles une librairie «Hors série» qui vend entre 500 et 600 volumes en excellent état de la Pléiade à des prix très abordables. Dont des éditions anciennes des années 30: par exemple le volume Rousseau des « Confessions et Rêveries » (800p.). Ils vendent aussi tous les tirages de certains volumes: par exemple les 3 éditions différentes des Œuvres romanesques de Yourcenar. Et les Borgès etc…
    Et presque tous les Albums à des prix raisonnables.
    À ne pas manquer: Librairie « Hors série », Rue du Midi 67, 1000 Bruxelles.

  99. Bonjour à tous,

    Concernant les deux anthologies Sade et Cervantès. L’intérêt (ou le désintérêt, c’est selon) du volume Sade est de réunir trois textes principaux disséminés dans les trois volumes de l’édition « princeps ». Il va sans dire que si il y a eu une relance des ventes sur cet auteur (et particulièrement pendant l’exposition éponyme au musée d’Orsay), cela s’est fait au détriment des volumes princeps. Pour Cervantès, je n’en vois nullement le besoin car Don Quichotte est présent dans un seul volume de l’édition princeps. En tout cas cette problématique est à mon avis révélatrice du difficile écoulement des titres parus depuis plus de dix ans. Ce qui se vend c’est la nouveauté, quitte à faire de la fausse nouveauté.

    Pour Blaise Cendrars, il a été annoncé un nouveau volume contenant poèmes, récits et romans (L’or, Moravigne) (http://www.swissinfo.ch/fre/reconnaissance_blaise-cendrars–un–outsider–dans-la-pl%C3%A9iade/35721692) pour 2015-2016. Ce serait peut-être l’occasion d’éditer certains de ses reportages célèbres (Hollywood, Le Normandie…). Cette parution dépendra certainement du succès des deux volumes « automythobiographiques » précédents. Et même si l’on a pu se réjouir de l’entrée de Cendrars dans la Pléiade, ces deux volumes ne sont pas exempts de critiques. Ceux-ci contiennent certes une excellente préface du maître d’oeuvre de l’édition complète chez Denoël, Claude Leroy, et la fameuse tétralogie d’après guerre (L’homme foudroyé, La main coupé, Le lotissement du ciel, Bourlinguer) mais ils restent très fins, donc plutôt pauvres (moins de 1000 p. chacun). C’est dommage, surtout que le prochain volume reste hypothétique et ne pourra peut-être pas changer la donne. L’édition de quelques œuvres de Jules Verne il y a quelques années donnait un sentiment similaire (au lieu de quatre romans dans deux volumes, on aurait pu en avoir six sans problème et cela aurait pu donner une autre ampleur à cette édition).

  100. Jean Chambon

    1 – Je collectionne les pléiades depuis soixante ans… Sur les 450 volumes que j’ai (dont je n’ai lu qu’un tiers) j’ai du acheter la moitié d’occasion. Ah ! dans les années 90 le désespoir de mon bouquiniste sur les quais apprenant que Gallimard ne donnerait plus de pléiades en service de presse… La question que je me pose est : est-ce que je disparaîtrai avant la collection ou bien disparaîtra-t-elle avant moi ? J’ai plutôt tendance à choisir la seconde réponse : librairies se raréfiant, clientèle moins nombreuse, désintérêt grandissant de la lecture (voir les transports en commun avec tant de mains occupées par des mobiles et des orifices auditifs bouchés par des écouteurs), rayonnages de pléiades rétrécissant, renoncements grandissant de Gallimard etc… Moi-même je suis beaucoup moins acheteur, davantage pour une raison de moyens que d’intérêt. Alors s’agissant de plus jeunes lecteurs avec des moyens réduits !…

    2 – J’adore votre blog et ses savants commentateurs mais avant dix ans tout cela n’apparaîtra-t-il pas comme une incompréhensible discussion de vieux lettrés ? A noter cependant que le souhait exprimé par certains peut être d’une piquante actualité : la publication des écrits anciens assyriens serait une réponse petite mais pertinente aux destructeurs d’Irak ou de Syrie…

    3 – Sans vouloir ajouter aux nombreux commentaires suscités par telle publication récente et assez peu justifiable, j’ai lu comme vous tous une récente interview de Michel Tournier disant se ficher de sa prochaine entrée dans la Pléiade (hum), étant davantage intéressé par les traductions de ses livres et leur éditions en poche (t’a raison Mimi)…

    4 – J’ai retrouvé une longue lettre de 1994 qui m’était adressée par le directeur de la Pléiade de l’époque (Jacques Cotin) répondant aux mêmes questions, reproches et suggestions que les actuels fans de la collection peuvent poser aujourd’hui…

    – alors qu’était attaché le programme des publications prévues entre 1994 et 1997, je constate que la totalité du programme, quelquefois avec des glissements, a été réalisée à l’exception du second tome des orateurs de la Révolution (ce que je regrette vivement).

    – M. Cotin m’annonçait qu’un volume des oeuvres complètes de Xénophon était « en fabrication » (qui je crois n’est jamais paru !), et qu’il regrettait – tout comme ses prédécesseurs disait-il – de n’avoir pu trouver pour certains auteurs grecs ou latins des traductions qui le satisfassent – au point qu’il envisageait de publier les très belles versions du XVIIe dont les infidélités auraient fait l’objet de notes annexées.

    – enfin, alors que je suggérais la parution d’une demi-douzaine d’albums (Kafka, Pirandello, Shakespeare et le théâtre élisabétain, Cervantès et le Siècle d’Or, les Romantiques anglais et allemands etc) M. Cotin m’informait, ce que je ne savais pas, que la direction littéraire de la Pléiade n’était pas responsable du choix des albums. Et dans le programme éditorial des albums de 1994 à 2000, un seul album annoncé n’a pas vu le jour qui devait être consacré à Francis Ponge.

    Voilà, c’est tout, j’espère que ces quelques détails intéresseront les pléiadolâtres. Avec mes compliments et mes remerciements pour ce beau blog.

    • Dans l’Express de cette semaine, il est dit que le volume de D’Ormesson s’est déjà vendu à 140000 exemplaires, ce qui est présenté comme un score tres élevé au point…, qu’un second tome est envisagé. Comme quoi la situation n’est pas si désespérée et la collection a peut-être plus de 10 ans à vivre encore (quitte bien sûr à se repositionner sur des auteurs « populaires »).

    • Monsieur Chambon,
      je vous remercie pour ces informations, même vieilles de vingt ans. Je suis toujours très intéressé par les projets envisagés par le passé.
      1/ Le volume Xénophon est effectivement un « serpent de mer » de la collection, pour lequel je n’avais guère d’informations, sinon une discrète mention « à venir » dans le catalogue 1989. Il est probable que ce projet n’a pas été mené jusqu’au bout, et qu’il a été stoppé à l’arrivée de M. Pradier en 1996 (ou peu après). Il faut donc toujours piocher dans les éditions des Belles Lettres pour lire Xénophon.

      2/ M. Tournier part du principe un peu simpliste que les Pléiades se vendent mais ne se lisent pas. Et donc que cette consécration s’assimile plus à un tombeau, certes prestigieux, qu’à une propagation nouvelle (et vivante) de son œuvre. C’est aussi, mais cela il ne le dit pas, une forme de consécration dans la durée, à laquelle il n’est peut-être pas insensible, lui qui fut certes récompensé du Goncourt (dont un « grantécrivain » ne peut se prévaloir sans une certaine gêne) et du Grand Prix de l’Académie, mais qui n’a obtenu aucune des grandes récompenses internationales auxquelles certains le croyaient pourtant promis.
      Il est certain que la possession de Pléiades comporte une charge symbolique non dénuée de distinction (au sens bourdieusien), et que nous ne lisons pas chacun des volumes de la collection de la première à la dernière page. Mais enfin, la plupart des gens que je connais lisent une partie de leurs Pléiades – qui ne sont pas là seulement pour épater le petit-bourgeois en visite.

      3/ Comme vous, je suis un peu pessimiste pour la collection, je l’ai dit ici à de multiples reprises. C’est un format ancien, qui avait été à l’origine conçu un peu comme l’ont été depuis les Quartos et les Bouquins. Plutôt que d’acheter les 44 tomes des œuvres complètes de tel ou tel, sur papier Japon, dans des éditions impeccables mais artisanales et volumineuses, le public lettré ou cultivé pouvait acquérir, en trois ou quatre tomes compacts et maniables (les premières éditions ne dépassaient que rarement les 1200 pages), l’essentiel des écrits d’un grand classique. Depuis lors, la raréfaction du public bibliophile fortuné, la disparition des premiers tirages numérotés, et l’émergence d’une plus abondante classe moyenne supérieure lettrée ou voulant le paraître, ont considérablement transformé la collection. Elle est devenue une série phare, le symbole du livre littéraire exigeant et classique, impeccablement édité, avec un appareil de notes très étendu ; elle est aussi devenue, au cours des années 60-70 un moyen de se faire passer aussi pour plus cultivé qu’on ne l’est (Perec n’évoque-t-il pas la Pléiade dans « Les Choses » ?).
      Demain, la collection changera encore, pour s’adapter à un public un peu différent, aux goûts plus éclectiques et moins discriminants qualitativement (ce que je déplore).
      Nous n’en parlons jamais ici, mais l’aspect « vieillot » des volumes ne les rend-ils pas moins attirants qu’auparavant, pour un public plus « jeune » (ne serait-ce que dans l’esprit des dirigeants de la maison) ? Je blasphème, je sais, mais il faut se mettre à la place de quelqu’un de 25 ans découvrant ces missels littéraires, le cuir, le papier bible, la présentation immuable ; que peut-il en penser, alors même que les maisons d’édition françaises choisissent de plus en plus d’égayer ou de singulariser les couvertures de leurs livres ? Avez-vous noté qu’en dix ans, les très sobres couvertures des grands formats de Gallimard ou de Grasset ont toutes disparues, recouvertes par des jaquettes colorées ? Minuit et P.O.L. résistent, Le Seuil moins, Plon et Fayard plus du tout : on sent bien là une volonté de copier les pratiques de l’édition anglo-saxonne pour laquelle les livres ne se peuvent se vendre que sous des couvertures bariolées.
      L’emboîtage des hors-séries paraît à cet égard une concession à la mode… Ces fameux « hors-séries » (Sade, Cervantès) montrent bien par ailleurs que Gallimard cherche à toucher un autre public. Leur naissance a été particulièrement discrète (rien dans la Lettre de la Pléiade, quasiment rien sur le site, comme si Gallimard avait voulu ne pas froisser les vrais amateurs, ses habitués), mais il semble que cette série nouvelle doive perdurer, comme « digest » des éditions princeps… manière d’attirer à la collection un public découragé par des séries de plusieurs volumes, et probablement peu intéressé par la découverte des œuvres mineures des grands écrivains.
      (je ne sais pas si ce sont des moyens efficaces pour assurer la continuité de la collection ; ils me navrent un peu…)
      Le public actuel cherche moins à se distinguer par le livre (ce qui assèche le marché rémunérateur des notaires et des médecins de province – ceux-là ne lisent plus et ne s’en cachent plus). Il est moins à l’aise financièrement (les enseignants et étudiants n’ont jamais été très riches), plus dispersé dans ses goûts culturels et littéraires, moins attaché aux grands classiques français (d’où cette impression que le XVIIe français est voué à sombrer dans l’oubli, hors des classes de Lettres ; que les volumes du domaine américain se multiplieront).
      Je conclurai sur une banalité. La Pléiade n’est pas un musée mais une collection commerciale ; elle s’adapte à son public et continuera à le faire, le plus longtemps possible.

      Bien à vous

      • La Pléiade attire encore les gens de 25 ans, moi-même avec mon immense collection de 2 pléiades, commencée cette année par le tome 1 de Jane Austen, mais aussi certains de mes amis, presque tous ayant fait des études littéraires.
        Je ne suis pas un grand lecteur de classique mais j’en lis de temps à autre par curiosité. La grande différence je pense, c’est que ma génération lit toujours mais a grandi en lisant moins de classiques que l’on trouve en Pléiade. Je lis 2-3 livres par semaines mais je n’ai jamais lu Proust, Diderot, Shakespeare (même si j’ai très envie), Flaubert, d’Ormesson (je plaisante)…
        Mais cette collection nous attire car c’est beau et que c’est très agréable à lire. Par conséquent, je ne pense pas que cette collection va mourir, mais je pense très sincérement qu’elle doit s’adapter à un nouveau lectorat en attirant le jeune chaland dans ses filets, même si les méthodes employées peuvent embêter les plus expérimentés d’entre vous. De là à faire une édition de Jean d’Ormesson, qui est lu par les étudiants en droit (je ne peux pas vous dire pourquoi par contre), pourquoi pas.

        • C’est intéressant car, ayant peu ou prou le même âge (26 ans), je constate des habitudes de lectures différentes, mais une réelle affection pour cette collection – malgré tout ?
          (En passant, mes premiers volumes m’ont été offerts dans ma 21e année, celle de l’album Molière. J’aime à me rappeler cette trinité (profane ?) que j’avais choisie alors : Rousseau (volume d’écrits autobiographiques), Rabelais, et Gide (1er tome du « Journal »). Le choix serait peut-être différent aujourd’hui, mais l’un a été dévoré, et plusieurs fois (Rousseau), un deuxième bien entamé (Rabelais) – le troisième attend son heure. En attendant, et pour réagir aux discussions des commentaires, je suis heureux de posséder les Shakespeare aussi bien en Pléiade qu’en Bouquins, ou en éditions isolées, et en différents détournements (Heiner Müller, Auden…) ou traductions, même étrangères – surtout « Macbeth »).
          Je suis plus réservé qu’Hervé sur ce qui touche à la beauté supposée de la collection. En passant rapidement sur la taille des volumes (26 ans, et déjà la vue qui baisse… je vis dans la « poétique des lointains » !), je pense tout de même que leur apparence date d’une autre époque. A titre de comparaison, les volumes de la collections I Meridiani me semblent bien plus beaux (pour info : http://www.mondadoriperte.it/wp-content/uploads/2012/09/CLASSICI_POESIA.jpg).
          C’est certainement qu’ils sont plus récents qu’ils me plaisent plus, mais les dos comme les étuis me semblent bien plus attirants – dans l’air du temps – malgré l’aspect très institutionnalisé des dos (semblables en cela à ceux de la Library of America).
          Dans l’année, j’ai écrit à la Pléiade pour savoir s’il serait possible que, dans un avenir proche, l’apparence des volumes puisse changer, pour se rapprocher, pourquoi pas, de ceux de la collection Meridiani, avec les illustrations plein étui, donc moins minimalistes que la simple vignette sur fond blanc. Je n’ai plus la réponse exacte en tête, mais la chose n’était pas prévu pour l’avenir, le lectorat étant attaché à l’aspect homogène de la collection. Le passage des étuis cartonnés aux étuis illustrés date déjà, lui, de plusieurs décennies.
          Manière détournée aussi de confirmer l’idée que les volumes Sade et Cervantès, problématiques, hétérogènes, déjà sans numéro, ne sont pas tout à fait attachés à La Pléiade ?

          • Cher Jimmy,
            le passage des boîtiers cartonnés (avec jaquette) aux boîtiers illustrés sans jaquette date des années 80. J’ai d’ailleurs le volume III des Journaux et Carnets de Tolstoï dans une version réemboîtée, puisque je dispose à la fois des jaquettes (signe que le volume fut d’abord proposé avec un cartonnage gris) et du boîtier illustré « moderne ».

        • Cher Hervé,
          merci pour vos remarques. La collection change déjà pour s’adapter, comme je l’ai dit plus haut : moins d’œuvres complètes, plus d’œuvres choisies, des séries d’un ou de deux volumes plutôt que de cinq, six, sept ou huit, plus d’anglo-saxons, plus de « contemporains » ou de récents, moins d’auteurs du 17e, création d’une sous-collection « digest » (le Pléiade’s digest ?).
          Les ventes annuelles baissent, ce qui veut bien dire quelque chose sur l’évolution du public de la collection, sans qu’il soit bien possible de faire la part du vieillissement, de la désaffection et de « l’appauvrissement » (je suppose que les enseignants par exemple ne peuvent pas acquérir autant de Pléiades qu’ils le souhaiteraient).

          Puisque vous évoquez vos observations de terrain, vous me donnez envie de parler des miennes. J’ai une certaine expérience (relativement récente) de l’université, dans diverses spécialités (sans désir de généralisation de ma part) :
          – effectivement, les deux seuls étudiants qui avaient des Pléiades chez eux avaient suivi des études littéraires (c’étaient des Parisiens, et à Paris) ; les autres n’en avaient pas les moyens financiers (et ne connaissaient pas nécessairement la collection) ;
          – je n’ai jamais vu de Pléiades chez les spécialistes en droit / histoire / science politique que j’ai pu connaître, mais mon échantillon n’est pas très représentatif : petit-bourgeois, provincial et (alors) désargenté (et je n’ai pas vu les bibliothèques de tout le monde). De toute façon, la plupart ne lisaient pas de littérature, et n’avaient alors que des lectures « captives » (mes camarades s’insurgèrent lorsque fut proposé, en anglais, la lecture suivie de « Beloved », de Toni Morrison : « quoi ? un roman ? mais ça ne sert à rien ! on n’est pas en lettres » (etc.). Des années après, si je refaisais le tour, le panorama serait probablement un peu différent, car certains ont depuis, comme moi, acquis les moyens de satisfaire leurs envies et se sont peut-être découvert un goût pour les lettres…
          Moi-même, avant mes 24 ans, je ne possédais aucun Pléiade (et mes parents n’en possédaient pas – il y avait en revanche des Jean de Bonnot à la maison).
          – dans le milieu de ma compagne, médical, là c’est encore plus radical, personne n’y lit rien. Elle lit 10% de ce que je lis annuellement, mais à elle seule elle lit dix fois plus que toutes ses anciennes camarades réunies. Les quelques jeunes médecins que j’ai pu connaître n’avaient pas un livre chez eux (on est très loin de Céline, de Reverzy ou de Lefrère, ou même de Rufin ou de Winckler).
          De toute manière, peu de gens lisent. Selon les dernières statistiques ( http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Livre-et-Lecture/Documentation/Chiffres-et-statistiques p.4) 18% de gens lisent plus de vingt livres par an (et c’est probablement dans ce public restreint que se recrute le sous-public de la Pléiade). La progression du nombre de gens ayant suivi des études universitaires n’a pas changé grand chose à ces pratiques culturelles.
          Encore une fois, je ne prétends pas faire de sociologie sur le peu que je vois de la société diplômée. Je constate seulement une réalité froide. Au fond, je m’en rends bien compte, je fais figure d’hurluberlu dans mon milieu provincial : je lis beaucoup, dans des domaines variés et parfois pointus, alors que je ne suis ni un intellectuel organique ni un professionnel de l’écriture. Se relier à la civilisation lettrée isole.

          PS : Qu’à 25 ans, vous n’ayez pas lu certains classiques, c’est encore heureux, le contraire serait effrayant. De plus, vous nous dites que vous avez une collection de deux Pléiades, dont Austen I, mais quel est le second ? Mon premier Pléiade, j’avais 24 ans, et c’était La Guerre et la Paix, fin 2006.

          • Cher Brumes,
            Je suis un tout jeune travailleur, j’ai fini mes études en juin 2014 c’est pourquoi avec un de mes premiers salaires j’ai acheté Austen I. Le second, je l’ai acquis samedi dernier chez un bouquiniste en l’échange d’autres livres, il s’agit d’Anatole France II. Je ne l’ai pas commencé et je l’ai pris par curiosité car je connais un peu l’auteur.
            Pour reprendre les observations de terrain en voici quelques unes :
            J’ai beaucoup d’amis ingénieurs, qui lisent, mais pas énormément et souvent la même chose. De fait je pense que la Pléiade n’est pas faite pour eux, ça manque de microprocesseurs et de dragons pour schématiser.
            En revanche, durant mes études de droit en province, presque tous mes amis lisaient y compris des classiques. Je sais que certains d’entre eux ne cracheraient pas sur une pléiade mais encore faut-il en avoir les moyens. Après, le milieu du droit lit, mais encore une fois peu de classiques et pour les plus jeunes ils n’imaginent pas mettre 60 € dans un livre sauf un livre de droit. Surtout, les plus anciennes générations lisent plus que les plus jeunes qui, souvent, préfèrent regarder une série tv américaine, alors une pléaide mes amis, ça manque singulièrement d’images et d’effets spéciaux.
            Tout ça c’est du vécu au quotidien, mes collègues du même âge, qui sont sympas pour la plupart, discutent de la dernière série en vogue pendant que toi, avec un épisode de House of Cards tous les 3-4 jours, tu ne vas pas loin. Tu aimerais parler bouquins, dire que tu envisages très sérieusement de lire Shakespeare en édition bilingue (coucou le Pléiade), mais tu passes pour un intellectuel hautain, alors que tu sais très bien que l’anglais du XVIe est incompréhensible mais ça stimule.

          • Méfiez-vous Hervé, on s’achète un Pléiade avec son premier salaire, ensuite on profite du mois de décembre pour en prendre deux (et avoir l’agenda, même si on ne s’en servira jamais), puis de la Quinzaine pour en acquérir trois (histoire d’avoir l’album), puis on en demande comme présent de Noël à sa petite amie ou à ses parents, on en chine chez les bouquinistes, on en achète un ici, un là, on commence à suivre les sorties, à prendre presque systématiquement les nouvelles parutions, on veut avoir le Pline, les deux Fitzgerald, les trois Casanova, les quatre Melville, les cinq Conrad, les six Malraux, les sept Giono, les huit Green, les neuf Dickens, les douze-de-la-Comédie-Humaine, les treize de la Correspondance de Voltaire, les Trente Antiques, les Quarante Renaissants, les Cinquante du XVIIe, les Quatre-vingt du XVIIIe, les Deux cents du XIXe et les Deux-cent cinquante du XXe. Au passage, on prend même les Huit petits gris. Et puis on finit par acheter aussi l’Encyclopédie, même les volumes scientifiquement dépassés ; puis c’est au tour des anciennes éditions – parce qu’on y trouve Germain Nouveau et que le premier Mallarmé est moins dilué que le second – ; on achète aussi des Meridiani et des Pleiadi d’Einaudi, même sans pratiquer vraiment l’italien ; et on finit par trouver que 400€, ce n’est pas si cher que ça pour l’Album Balzac ou pour l’Album « Dictionnaire des auteurs de la pléiade », édition originale, c’était écrit par Roger Nimier tout de même !
            C’est bien connu, la Pléiade rend fou ; tout comme le livre d’ailleurs (cf. Auto-da-fé, d’Elias Canetti, grand roman que je conseille à tout ceux qui ne l’ont pas encore lu).
            Amicalement

          • Brûles, il y a 8 Giono dans la Pléiade et non 7 ! De façon générale, Giono est toujours sous-estimé. Il n’est jamais cité parmi les grands de son siècle (à la différence de Camus, Celine ou Proust…). Il n’a pas eu non plus le Nobel, alors qu’il dépasse de 2 têtes Mistral (categorie littérature provençale) Mauriac (categorie littérature provinciale) ou encore Jean-Marie Gustave Modiano (que j’aime bien aussi et pourtant).

          • Le Camarade Caminos a raison d’adresser cette critique au Camarade Brumes. Celui-ci fait son autocritique et reconnaît la pleine et entière responsabilité de sa faute. Le Camarade Brumes lui propose donc de remplacer l’écrivain bourgeois Giono par le Camarade Aragon, dont l’œuvre fait bien l’objet de sept volumes à la Pléiade.

        • Jean d’Ormesson lu par les étudiants en Droit ? Voilà une information inédite, intrigante et amusante… En tous cas, bienvenue au club ! il n’y a pas de limite d’âge et pas d’examen d’entrée…

    • Le seuil de rentabilité est semble-t-il de 10000 exemplaires sur 10 ans… Si le filon Jean d’O. permet de publier des choses moins vendeuses, je veux bien cette petite souillure dans la collection (mais est-ce pire que Duras…?)
      Tant que l’on n’annonce pas Angot le pire n’est pas à craindre…

      • Madame Angot aura peut-être son Goncourt dans deux mois, souhaitons que ce soit là l’apogée de sa carrière. Et que la presse cesse enfin de nous submerger de ces affreux éloges angotiques, aussi immérités qu’incompréhensibles.

        • Christine Angot n’a pas changé depuis la célèbre année 2006 durant laquelle elle s’est fait voler son Goncourt par Jonathan Littell, jeune homme inattendu sorti de nulle part (voir, à cet égard, le texte hilarant de Marc-Edouard Nabe intitulé – grassement – « Et Littell niqua Angot ». Il est disponible sur Internet). Bref, depuis 2006, Christine Angot calcule soigneusement aussi bien chacune de ses publications que la réception critique de celle-ci, de manière, pense-t-elle, à obtenir le prix des prix – sauf qu’à chaque fois, précisément, comme cela a été le cas en 2006, le prix s’éloigne d’elle et accourt vers quelqu’un d’autre…
          Le livre qu’elle a publié ces jours-ci a l’apparence si voyante et si grossière d’une opération de séduction tous azimuts que cela en devient vraiment gênant. Plus qu’à destination du public, cette opération intelligemment concertée est tournée vers les jurés des prix. Elle a compris (ou plutôt son éditrice lui a fait comprendre…) qu’en parlant de ses parents avec attendrissement et émotion, tout en se décrivant, elle, petite, ingénue et boudinée, il lui était dès lors assuré de faire pleurer dans les chaumières et de se faire bien voir des jurys. Il suffit de la regarder ces jours-ci lorsqu’elle passe à la télévision : elle fait très attention, surveille ses phrases, évite de s’emporter, fait en sorte de ne pas être raide et cassante, et, à n’importe quelle occasion, évoque ses souvenirs, parle de sa mère persécutée (mais courageuse), de son père persécuteur (mais séduisant), de son enfance passée à adorer à sa mère, etc. En racontant tout cela, elle sanglote presque.
          L’illustration qui recouvre une partie du livre va dans ce sens, tout en étant suprêmement racoleuse : une adorable petite fille de trois ou quatre ans qui tient la main de sa mère, pendant qu’un train ineffable s’en va on ne sait où… En regardant une image aussi émouvante, il est difficile de ne pas pleurer… de rire.
          Bref, on l’aura compris, Christine Angot mendie littéralement son Goncourt, et pour le moment ça marche. Du moins auprès de la critique. Pour les prix ce sera beaucoup plus dur. Le Renaudot vient de la snober, et elle compte des ennemis redoutables chez Drouant : Tahar Ben Jelloun n’a jamais caché le mépris qu’elle lui inspirait, tout comme Patrick Rambaud (lorsqu’on lui demande quel livre il offrirait à son pire ennemi, il répond : « N’importe quoi de Christine Angot » Le « n’importe quoi » étant naturellement à double-sens). Je vois mal également des jurés comme Claudel et Debray voter pour elle. Pour cette année, je vois surtout le prix miroiter en faveur de Mathias Enard, au sujet duquel les jurés ne tarissent pas d’éloges. Mais on ne sait jamais : le 3 novembre prochain, peu après midi, Angot peut bénéficier au dernier moment d’une intervention de la Vierge.
          Bonne semaine à tous.

          • Merci pour votre commentaire, qui m’a beaucoup amusé. Je ne m’étais donc pas trompé… La promotion proprement effarante qui accompagne chaque publication de Madame Angot me laisse sans voix, quand elle ne me donne pas la nausée. J’avais envisagé d’écrire une note non sur son livre, mais sur les contradictions de sa réception critique : non seulement la plupart des journalistes l’encensent, mais ce qu’ils en disent est complètement incohérent. L’une parle d’une prose nimbée de poésie (Madame Angot, vraiment ?), l’autre d’écriture acérée.
            Mais parler de Madame Angot, c’est entrer dans le jeu de Madame Angot, alimenter la baudruche spéculative de sa notoriété, la faire grimper à cette bourse aux valeurs si bien décrite en son temps par Julien Gracq. C’est navrant, mais enfin, on n’y peut rien.

  101. @ M. Gustave: vous m’apprenez que l’édition Cendrars est annoncée avec ses poèmes. Lors du colloque F. J. Temple, M. Leroy n’a pas évoqué être partie de l’écrivain voyageur suisse pouvant entrer dans la Pléiade. Pas plus que ses reportages hélas. L’affaire complexe et un peu triste (ce n’est que de la littérature tout de même!) de «La Légende de Novgorode» [sic] découverte puis reniée et finalement exclue des Poésies chez Gallimard en est peut-être l’explication?…
    Comme pour Ramuz, la « banque Suisse » financera auprès de Gallimard cette nouvelle édition. Cela nous permet de lire déjà 4 tomes d’écrivains suisses. Vive la finance? Ce Crédit Suisse ou Pro Helvetia vont peut-être, un jour, se tourner de l’autre côté de la barrière de rösti (comme on dit en suisse) et contribuer à éditer des auteurs non francophones comme Dürrenmatt et Hesse, qui sait…

    @ M. Jean Chambon: je suis bien d’accord avec vous que Gallimard qui aime tant créer désormais du buzz autour de certains volumes, devrait éditer un volume d’écrits mésopotamiens (comme il en a été autrefois plus ou moins question je crois ?), manière de résister aux fanatiques qui assassinent aussi la culture de leur pays en plus des horreurs contre les peuples de cet orient autrefois si riche et intelligent, point de rencontre de tant de civilisations. Certes si le Code de Hammurabi du Louvre ne mérite sans doute pas la Pléiade, pourquoi ne pas éditer l’Epopée de Gilgamesh préfacé par M. Le Clezio par exemple ? On lutte comme on peut contre les barbares mais c’est déjà bien d’y penser et de faire quelque chose.

    • M. Tigrane,
      La presse suisse s’est peut-être emballée en 2013 lors de la sortie des deux (premiers?) volumes Cendrars. Un ou deux tomes supplémentaires ont été annoncés (http://www.letemps.ch/Page/Uuid/34b6d048-bf03-11e2-9b7f-d2d297ec72b1/Blaise_Cendrars_la_fabrique_dun_%C3%A9crivain_mythique), l’un serait consacré à ses romans, l’autre à sa poésie (déjà publiée (partiellement?) comme vous l’indiquez dans les Poésies de Gallimard). Je n’ai pas eu connaissance de l’intervention de M. Leroy cet été, j’espère qu’elle sera publiée.
      De toute façon la Pléiade est-elle adaptée à la réception des Pâques à New York ou de la Prose du Transibérien ? Sans les bois de Masereel et sans les couleurs somptueuses de Delaunay, l’oeuvre perd inévitablement son sens. J’en profite pour indiquer que les éditions Fata Morgana rééditent cet automne en fac-similé Le Panama ou les aventures de mes sept oncles. Il faut saluer le travail de cet éditeur (malgré l’affaire de « La Légende de Novgorode ») qui n’a de cesse de faire paraître de petits bijoux trop rares.
      Concernant les financements suisses, il faut s’en réjouir. D’une part la littérature suisse est trop peu éditée en France (en Pléiade ou ailleurs) et, l’un n’allant pas sans l’autre, sa réception reste faible (sauf Jaccottet). Aux auteurs que vous citez je rajouterai pour la partie valaisanne Gustave Roud et Maurice Chappaz

      • Je suis totalement ignorant du poète Chappaz que vous citez. Vais me renseigner. Pensez-vous que Roud que j’aime beaucoup mine
        Pléiade? Quoique pourquoi pas. Son prénom vous touche peut-être…. Air de solitude et son Journal étaient très intéressant.
        Pour les banques, j’en appelle à la Deutsche Bank pour payer une édition Thomas Mann et à la Japan Bank pour une édition de Mishima (enfin traduit du japonais) !

        Quant à moi j’aime beaucoup l’œuvre de Christine Angot, de Leonor toujours, Sujet Angot, Peau d’âne, L’inceste etc. Elle construit une œuvre personnelle et originale, atypique et intéressante. Elle est aussi par moment touchante, je trouve. Mais n’ayant pas la télévision et ne lisant pas les entretiens, je ne m’intéresse qu’à ses livres. Nul doute que Proust à la télévision eut été mauvais et critiqué! Tout est dans les livres. Le temps seul dira si son œuvre en est une.
        Les critiques dans les journaux me rappellent les horreurs d’autrefois contre le Nouveau Roman ou contre Beauvoir ou contre Duras. (Quoique cette Marguerite provoque encore de l’urticaire à certains!)
        Il est judicieux de relire sans cesse Contre Sainte Beuve. Leçons de lecture je crois.
        (D’ormesson « petite souillure » est assez exagéré et insultant quand même non?)

        • Il est bon parfois de relire la présentation de la collection dans son catalogue. Il y est dit très clairement qu’en dehors des classiques elle pour vocation de publier « les chefs d’oeuvre de notre temps ». Parfait, présentez-moi une seule personne connaissant bien la littérature de ces 50 dernières années qui considère que Jean d’Ormesson est l’auteur de quelques-uns des plus grands livres de la littérature mondiale…

          • La question de savoir ce qu’est un chef d’œuvre est en effet très intéressante et toujours le sujet de débats houleux (mais polis!). Curieux de remarquer comment Jarry et Alain par exemple ou même Valéry et Montherlant (je ne sais pas qui lit encore ses romans comme le magiques La Rose des sables -mais est-ce un chef d’œuvre?) ne sont presque plus des références comme de leur vivant. Pourquoi avoir oublié Romain Rolland dans la Pléiade si important dans ce cadre. Quant au XIXème siècle le marquage est encore plus flou: quel chef-d’œuvre encore connu de nos jours des Nouveau Leskov Cros Courier etc? Gobineau est cas passionnant car le tome 1 (je ne cite pas exprès le titre de son torchon! -Oh me voilà impoli à mon tour!) de ses œuvres a t’il vraiment la même valeur littéraire que ses si belles Pléiades et Nouvelles asiatiques (vol.3)? Pour notre temps, Brumes et tous les écrivants sur son blog ont déjà largement établi qu’il y manquait des dizaines de chefs d’œuvre! Surtout que chacun a plus ou moins les siens… Je m’interroge sur De Gaulle en Pléiade, sa valeur de chef-d’œuvre…
            On peut remarquer que plus on avance vers notre époque plus il difficile de reconnaître un chef d’œuvre (dans tous les genres artistiques d’ailleurs). Le temps n’a pas encore fait son œuvre de Grand Sélectionneur.
            (Je n’ai jamais parlé du talent littéraire réel, supposé ou inexistant de D’Ormesson mais j’ai réagi à petite souillure. J’ai aussi un avis sur cette question mais je ne suis pas capable de l’exprimer en deux mots….)

  102. La notion de chef d’oeuvre est contingente et normée avant tout par le genre littéraire dans lequel s’inscrit l’oeuvre. A quoi bon, en effet, comparer transversalement théâtre, romans, essais, etc, d’autant que rares sont les écrivains qui furent également tenus pour virtuoses dans chaque branche à laquelle ils se sont essayés ? Cicéron immense prosateur ne vaut pas un pet de lapin en poésie, Voltaire dramaturge refroidit même les dix-huitiémistes, etc. Si l’on envisage le roman du XXe siècle, autant il n’y a pas forcément grande injustice à laisser la saga des Thibault par Martin du Gard s’épuiser doucement en Pléïade, autant il est navrant de voir méconnus les meilleurs romans de Montherlant, ceux rassemblés dans le tome II avec un très substantiel commentaire. Outre La Rose, on y trouve un grand récit homosexuel, le posthume Les garçons, qui vaut bien Retour à Pendersleigh (alias Maurice) d’E. M. Forster ou Le garçon près de la rivière de Gore Vidal et ravale Les amitiés particulières de Peyreffitte au rang de bluette cynique et calculatrice.

    Aussi dommageable que l’orientation de moins en moins élitiste donnée à la collection sous la houlette d’A. Gallimard est l’adoption de protocoles éditoriaux contestables. Les auteurs des nouveaux volumes ne semblent plus songer qu’à leur propre gloriole. Loin de procurer de bons outils de travail ne brillant pas forcément par l’originalité mais recherchant la solidité et son corollaire la durabilité, comme dans le Molière et le Corneille de Couton, le Balzac de Castex, le Zola de Lanoux et Mitterand, l’universitaire actuel signant une Pléiade paraît surtout brûlé du désir d’y graver ses théories littéraires, génétiques, etc. Cela nous a valu le nouveau Shakespeare, le nouveau théâtre racinien, le nouveau Molière, le nouveau Rimbaud, qui sanctuarisent avec peu d’impartialité ni de recul des nouveautés plus ou moins détestables et érigent autant de statues à des universitaires pour lesquels la reconnaissance de leurs pairs ne suffit pas. C’est confondre l’habitus propre aux éditions ‘savantes’, où la prise de risque assumée est nécessaire autant que bienvenue et bénéficie d’une forme de commensalité entre éditeur et lecteur critique chevronné, avec les exigences d’une série visant le grand public cultivé.

    Une édition complètement loupée émerge de temps en temps de ce continuum; je pense au récent Virgile, dont l’intemporalité (qui n’est pas achronie, concept sans valeur en ce qui concerne les littératures antiques) recule le texte et l’interprétation de nombreuses décennies. Les trois latinistes aux commandes de cette édition ont voulu à ce point ne pas faire oeuvre savante que le vieux Virgile des Classiques Garnier signé Maurice Rat a meilleur air comme texte, traduction et commentaire; c’est dire s’ils ont travaillé avec les pieds ! C’est d’autant plus navrant que la réalisation immédiatement précédente sous la reliure verte émeraude, le Pline l’Ancien, pourtant signé d’un non-latiniste, mérite de grands éloges.

    • Ce que vous dites de Virgile, dont la parution a priori devait me réjouir, moi pauvre béotien qui ne connais de latin que les pages roses du Larousse de son enfance, me navre ! Il est vrai que trouver des « malgré que » m’a bien entamé le moral, quant aux commentaires… j’ai l’impression, et pas seulement dans le cas de Virgile, que, face à l’inculture grandissante du public qui s’obstine encore à lire, on est contraint de consacrer des notes explicatives à des difficultés qui n’auraient aucunement attiré l’attention et encore semblé mériter une explication, il y a quelques décennies… Cela donne l’impression,quand on est un lecteur un peu sérieux, d’être considéré comme un idiot…

      • Je devrais me relire, avant d’appuyer sur « envoi » ; dont acte ! (texte avec corrections… et nouvelles fautes, sans doute…) « Ce que vous dites de Virgile, dont la parution a priori devait me réjouir, moi pauvre béotien qui ne connais de latin que les pages roses du Larousse de mon enfance, me navre ! Il est vrai que trouver des « malgré que » m’a bien entamé le moral, quant aux commentaires… j’ai l’impression, et pas seulement dans le cas de Virgile, que, face à l’inculture grandissante du public qui s’obstine encore à lire, on est contraint de consacrer des notes explicatives à des difficultés qui n’auraient aucunement attiré l’attention et encore moins semblé mériter une explication, il y a quelques décennies… Cela donne l’impression,quand on est un lecteur un peu sérieux, d’être considéré comme un idiot…

        • « Malgré que » est un vaste débat, cher Dominique !
          Pour en revenir à Virgile, Neo-birt 7 est un philologue professionnel et un spécialiste de l’Antiquité. Il est hors de question de remettre en cause sa parole, mais enfin, son exigence en matière d’établissement des textes est probablement très supérieure à la nôtre, pauvres béotiens.
          Il serait d’autant plus intéressant, Neo-birt 7, que vous nous donniez quelques exemples très concrets (pas besoin d’en faire un catalogue) des problèmes de ce volume (comme l’avait fait quelqu’un, plus haut, à propos des coquilles dans les œuvres de Yourcenar). Je ne vous remets pas en cause, mais ne vous connaissant pas, je vous avoue me méfier des condamnations lapidaires entre universitaires et spécialistes : leurs motivations sont parfois assez troubles et il est difficile de les juger sans avoir toutes les pièces en main.
          Le fait est que Neo-birt 7, par ailleurs, souligne avec justesse que l’emprise universitaire sur les textes et les volumes suscite nécessairement des tensions : il suffit qu’il y ait différents spécialistes à penser différemment, à juger différemment, à argumenter différemment et la parution du Pléiade devient un sujet de polémique (cf. la polémique Lefrère sur Rimbaud ; et les prévisibles polémiques à venir sur l’édition Bernanos, de la part d’un très célèbre critique du Net, farouche bernanossien, qui n’a pas caché, sur son site et sur les réseaux sociaux, quelle méfiance lui inspirait l’équipe en place)

          • Je ne donnerai que deux exemples de la profonde déception qu’inspire ce Virgile. D’une part, l’équipe éditoriale (réduite aux seuls Heuzé et Dion depuis l’effondrement des facultés intellectuelles d’A. Michel) imprime un texte latin qui n’est pas sourcé. Je sais bien que nous ne disposons que d’une vulgate tardo-antique entièrement contaminée dans laquelle très rares sont les cas où il n’existe aucune leçon métrique grammaticalement et sémantiquement possible (en supposant que le texte d’un aussi grand poète puisse s’établir en fonction du seul critère de l’intelligibilité; quid alors de la latinité, des standards of finish augustéens, ou de la phraséologie poétique ?). Cela n’autorise nullement un traducteur à supprimer ce moyen de contrôle que représente la possibilité de se reporter à une édition de référence munie d’un apparat critique. D’autant que l’oeuvre n’est pas aussi bien transmise par nos manuscrits antiques que les Français le croient depuis l’époque d’Henri Goelzer, ici bien médiocre successeur des Lejay et Plessis. D’autre part, le Virgile Budé fait commencer l’Enéide avec les manuscrits sur quatre vers (Ille ego qui quondam gracili modulatus auena etc) contre lesquels les objections grammaticales, stylistiques, etc, ont plu à verse; de fait, la tradition indirecte unanime (citateurs, scholiastes, etc) ne connaît d’autre exorde que le célèbre Arma uirumque cano. Le consensus des virgiliens sérieux – j’entends par là les philologues, non les littéraires pur jus comme Heuzé ou Dion – sur ce texte court semble désormais acquis; et après l’étude dévastatrice de G. Scafoglio (Noctes Vergilianae. Ricerche di filologia e critica letteraria sull’Eneide, Hildesheim-New York, 2010, pp. 1-30), il n’y a presque plus de place pour le doute. Heuzé, Dion et Michel, d’accord avec la seconde édition Budé de Perret et sa note grotesque (il n’a que des parallèles français à objecter !), n’en impriment pas moins le texte long comme s’il ne s’agissait pas d’une interpolation.

          • Il est vrai que, concernant ce Virgile en Pléiade, on n’est pas en présence d’une oeuvre quelconque, mais à la fois fondatrice et très délicate à cerner quant à l’établissement de son texte. Et, sans porter aucun jugement dans un débat de spécialistes qui dépasse largement mes compétences (il ne s’ait pas d’une faille mais d’un abîme), on aurait pu imaginer que l’édition, dirigée par le duo Dion-Heuzé, aurait pu bénéficier de la collaboration d’une équipe plus élargie, comprenant des spécialistes de diverses écoles. Car on parle bien d’un monument des Lettres qui devrait être traité avec la même prudence qu’un ensemble architectural de la même époque…
            Pourtant… m’est-il permis d’évoquer – tout de même, voire « malgré que »… – mon plaisir de simple lecteur ? M’est-il permis de dire qu’avec Virgile, j’ai le sentiment de me trouver aux prises avec le premier – ou l’un des tout premiers – « écrivain », c’est-à-dire un homme qui se consacre à son oeuvre, avec ambition, lucidité et scrupule, qui a des idées sur son rôle et sur la nature de son travail ? Quelqu’un, qui, par-delà un gouffre de deux mille ans, me parle, à moi petit obscur écrivain du XXème siècle, de ce qui nous fonde : la littérature ?

      • Ah, les panthéons des uns et des autres…
        Les deux volumes de Martin du Gard ont été un immense succès commercial à leur sortie dans les années 50 (un de plus rapides de l’histoire de la collection). Comme d’autres massifs du début du XXe (le Jean-Christophe de Romain Rolland, les Hommes de bonne volonté de Jules Romains), l’œuvre sombre depuis une trentaine d’années dans l’oubli. La gloire de Martin du Gard a pâli ; sa place est menacée ; déjà « Maumort » est épuisé.
        Comme je le répète souvent, la Bibliothèque de la Pléiade une édition mêlant considérations symboliques et financières. Si un auteur est jugé important par la critique et qu’il se vend, il n’y a pas de raison de ne pas le faire entrer à la Pléiade et de ne pas l’y maintenir (exemples innombrables). Si un auteur est un grand classique mais qu’il se vend assez mal, il peut être préservé quand même, malgré tout (Corneille, et encore…). Si un auteur n’est plus jugé important, ou qu’il a toujours été considéré comme relativement mineur, mais qu’il se vend, il restera à la Pléiade (Saint-Exupéry). Mais si un auteur connaît le double désaveu d’une désaffection critique et publique, sa place est menacée (Martin du Gard, Green sont dans ce cas-là ; d’autres aussi sûrement, quid, par exemple des volumes Prévert, qui avaient suscité à l’époque les mêmes réflexions dubitatives que le tome d’Ormesson cette année ; qui lit encore Prévert aujourd’hui ? qui le lira encore demain ?)
        Nous pourrions aussi chacun dire quels auteurs nous expulserions de la collection, à titre personnel. C’est un jeu amusant, mais qui ne débouchera pas sur grand chose. La Pléiade n’est pas Ma Pléiade. Ma Pléiade serait différente, elle aurait d’autres lacunes et d’autres choix. Et les vôtres aussi.
        Tigrane, dont j’apprécie pourtant toutes les interventions ici, ne fera pas les mêmes choix que moi (par exemple, je suis absolument imperméable à Duras, et ce n’est pas faute d’en avoir lu – j’y prends autant de plaisir et d’intérêt qu’à écouter une porte grincer), Dominique Szenes non plus, kerala non plus, Néo-birt 7 non plus. Pourtant, j’admets que Duras (pour filer sur cet exemple) est très bien considérée par la critique, qu’elle a fait des émules, qu’elle a encore un vrai public, qu’elle le touche très en profondeur, et que sa place dans l’imaginaire et l’histoire littéraire des années à venir est assurée. Je comprends donc le choix de Gallimard. Martin du Gard, d’un point de vue objectivé, ne réunit probablement plus les conditions de son maintien dans la collection.

        • Merci pour votre réponse. Je ne le voyais pas désavoué par la critique. Je ne l’ai cependant pas lu, mais je pensais le faire prochainement en achetant les 2 tomes présents dans la pléiade. J’este maintenant à me les procurer.

          • Si vous avez envie de lire Martin du Gard, lisez-le. On ne juge jamais mieux que sur pièces, et c’est peut-être une œuvre qui vous sera essentielle. Il se trouve que, du point de vue de la Pléiade, son maintien dans la collection est menacé, car cette œuvre est passée de mode pour le public comme pour la critique.
            (mon expression, « désaveu », était peut-être un peu forte…)

  103. Bonjour à tous

    @Neo-birt7
    J’aurais bien voulu avoir de votre part des précisions argumentées sur ce qu’il convient selon vous de reprocher à la nouvelle édition du théatre de Racine, celle de Georges Forestier.
    Cette édition est considérée comme une réalisation de très grande qualité en raison du travail effectué par l’éditeur scientifique. Mais il est toujours intéressant de connaître un avis différent …
    Je note que vous appréciez les éditions de Molière (pas la dernière parue !) et Corneille ; pour rester dans le même domaine, quelle est votre opinion à propos des trois volumes de théatre du XVIIème siècle, tout particulièrement du point de vue éditorial .
    D’avance merci !

  104. Ah ! Neo-birt7 ! Après avoir dit pi que pendre des éditions Shakespeare vous voilà de retour, il est vrai après un long silence, pour dénigrer le travail des spécialistes de Racine et Virgile. Il serait bon de lever le masque et de nous dire dans quelle université vous officiez et quelles sont les éditions que vous avez dirigées. Autrement dit d’où nous parlez-vous ? Car il est facile de dire qu’un tel et un tel a mal son travail quand on a soi-même rien entrepris de la sorte. Que les lecteurs néanmoins se rassurent: les éditions incriminées sont superbes, dignes d’éloges et j’invite chacun à ouvrir lesdits ouvrages et à juger sur pièces. Ou à retrouver tel ou tel entretien sur France Culture avec Neo-brit, euh pardon, je veux dire avec les auteurs des Pléiade en question. Je le dis de manière un peu moqueuse, ne m’en voulez pas, mais il se trouve que je l’ai achetées récemment et elles semblent l’une comme l’autre exemplaires. Comme sont exemplaires les récentes éditions Duras, Fitzgerald, Melville ou Stendhal. Les séries Duras, Fitzgerald et Melville, franchement c’est l’idéal absolu en matière de Pléiade.
    Si on veut évoquer une édition récente qui « exagère » sur le plan du contenu, on peut citer Madame de Layette qui croule sous les documents rassemblés autour des oeuvres et qui sans eux, ne pèse vraiment plus lourd (au sens strict), 300 pages de texte écrit par elle contre 1000 écrits par les autres, ça c’est gonflé. Mais c’est un cas isolé. J’arrête là. Bonnes lectures à tous.

    • @Rubembré : s’il est vrai que nos jugements nous jugent, en révélant notre personnalité non moins que notre savoir, vos déclarations injurieuses ne reposant sur rien vous rendent digne de ce Virgile dont la série antique de la Pléiade déshonore ses belles réalisations récentes comme Les épicuriens ou Pline l’Ancien. Savez-vous même ce en quoi pourrait consister l’excellence virgilienne ? Je revendique un regard de connaisseur pour l’Antiquité classique, le Proche et le Moyen Orient ancien, dans une certaine mesure les langues de l’aire proto-indo-européenne. Ce n’est pas si mal, en un âge de cloisonnement disciplinaire rigoureux. Je n’ai pas à me justifier de mes titres devant un Aristarque pour lequel M. Heuzé, Mme Dion et A. Michel, sinon le poète de Mantoue, sont moins que des noms. Sachez tout de même, pour votre confusion, que je suis l’auteur de quatre monographies et d’une quinzaine d’articles substantiels (certains dépassant les cent pages) ; que plusieurs sociétés savantes ont eu recours à mes services afin d’expertiser des manuscrits académiques ; et que j’ai placé des recensions de grec dans les deux journaux scientifiques ayant les niveaux d’exigence les plus élevés de toutes les sciences de l’Antiquité : la Classical Review, de Cambridge University Press, où les savants francophones n’ont d’ordinaire pas leurs entrées, et son équivalent allemand, le redouté Gnomon. Cela ne fait pas de moi un virgilien, mais cela me donne définitivement l’ascendant sur vous quant il s’agit d’émettre un avis raisonné sur une nouvelle traduction du plus grand poète de Rome.

      A tous les autres intervenants de cette page, j’adresse mes sincères excuses pour mon ton offensif. Loin de moi l’idée de vexer qui que ce soit ici, et surtout pas notre hôte ; je répondais simplement à son invitation de fournir quelques points sur lesquels, m’estimant floué par le nouveau Virgile, je crois devoir porter un jugement négatif sur le travail de ses éditeurs.

      • Monsieur. Une simple question, en toute modestie. Je ne suis pas latiniste. J’ai lu ce Virgile que, dans mon ignorance, j’ai acquis « chat en poche ». Selon vous, AI-JE LU UN VIRGILE (OU QUELLE PART DE VIRGILE) ? Vous traitez essentiellement de l’Enneide. Faites-vous les mêmes remarques, émettez-vous la même condamnation sur l’édition des Bucoliques et des Géorgiques. Vous le voyez, ma question est essentiellement pratique : ai-je acquis un Virgile (même médiocre, même insuffisant, mais un Virgile tout de même) ou bien de la fausse monnaie ?

        • Ce Virgile cumule tous les maux d’une édition purement littéraire réalisée en isolation de la science continentale et européenne. Il ne fallait pas reproduire le texte latin de la seconde Budé (Eugène de Saint Denis pour les Bucoliques et les Géorgiques, Jacques Perret pour l’Enéide), nullement déshonorante certes mais plutôt routinière dans sa réflexion critique et qui vaut surtout par l’appareil scientifique et la conscience de la traduction, mais tâcher de choisir en toute indépendance parmi les lieux variants et éventuellement suspecter des altérations là où on peut se dire que Virgile n’a pas écrit ce que tel ou tel copiste médiéval lui impute, tout cela sans s’assujettir à une édition tributaire de la science d’il y a un demi siècle. La plus belle preuve en est que le texte a davantage changé avec la nouvelle Teubner que cela n’avait été le cas depuis la grande édition critique d’Otto Robbeck dans les années 1860. Dion et Heuzé se rattachent à une vision conventionnelle du métier d’exégète que ne partagent plus guère les commentateurs et les virgiliens hardcore, y compris dans leur propre génération : le texte est pour eux un acquis, car les imperfections y sont peu fréquentes (elles ont été réparées au fil du temps par les scribes, si bien que nous pouvons ici et là douter de l’authenticité des leçons transmises mais nous manquons de critères décisifs pour tâcher de remonter plus haut que nos manuscrits) et la principale difficulté que rencontre un éditeur (la présence de variantes souvent excellentes dans la tradition indirecte: citateurs, grammairiens, etc) est aisée à conjurer par le parti-pris en faveur du texte qui se tire des plus anciens manuscrits. S’agissant donc de commentateurs plutôt que d’éditeurs, et de latinistes passifs devant le latin dont le statut de vulgate les dispense de le questionner, on aurait attendu de notre duo qu’ils fassent porter leur effort sur la traduction et l’annotation. Concernant la première, le choix d’une version rendant chaque hexamètre latin par un stique français ne s’embarrassant d’aucune contrainte rythmique fractionne l’abondance verbale virgilienne et nuit à la fluidité de son style, sans compter l’effet visuel assez déconcertant des doubles pages ressemblant aux vieux « juxtas » ; les versions Budé offrent plus de nerf et d’exactitude dans leur prose de bon artisan. Je ne suis pas un admirateur inconditionnel de l’Enéide de Perret, malgré ses incontestables qualités de fluidité et de souplesse; sa tenue académique occulte trop souvent la force du latin, sa multitude de tons, son chatoiement. Il y a davantage de fulgurances dans la traduction de la première Budé, par André Bellessort, mais son infidélité crasse sur fond d’erreurs incessantes et de libertés inadmissibles prises avec le latin la rend inutilisable (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/antiq_0770-2817_1967_num_36_1_2648). En comparaison, je ne trouve guère de qualités distinctives aux versions de l’Enéide et des Bucoliques dans la Pléiade; celle des Géorgiques reproduit la très médiocre édition bilingue de l’Imprimerie Nationale (le procédé manque d’élégance vu le prix exigé par Gallimard !). Une mansuétude plus grande doit s’appliquer aux traductions des petits poèmes du Corpus virgilien imprimées après les oeuvres authentiques; hormis les Priapées, bien éditées et commentées par Louis Callebat en Budé, ces piécettes ne sont pas disponibles dans notre langue (l’estimable volume Garnier d’Appendix uergiliana par Maurice Rat constitue une rareté même en bibliothèque). Mais c’est le commentaire qui pèche le plus visiblement dans cette Pléiade. Admettons que l’annotation ne pouvait en aucun cas se situer sur le même niveau que celle des éditions Budé; vu son lectorat composite, il fallait y multiplier les explications mythographiques, onomastiques, géographiques élémentaires et les élucidations de points de culture matérielle ou d’idéologie qui vont de soi pour des latinistes même peu experts; mais dieu que toutes ces élucidations sont roboratives ! On sent très nettement le peu d’intérêt des éditeurs pour cette part de leur tâche. D’autre part, Dion et Heuzé ne reflètent pas vraiment l’état de l’exégèse virgilienne actuelle; leur notes d’approfondissement montrent peu de familiarité avec les grands commentaires universitaires de référence (Clausen aux Bucoliques, Thomas et Mynors aux Géorgiques, les imposants volumes de Horsfall à l’Enéide, etc; ce name-dropping est désagréable mais on a littéralement produit des milliers de pages immensément érudites ces vingt dernières années dont nos éditeurs devaient faire le miel s’ils voulaient véritablement faire fonction de passeurs entre les spécialistes et le grand public). Ce que propose le Virgile Pléiade n’a même pas la vertu de représenter un tri parmi toutes les informations disponibles à propos du texte richement participatif du poète de Mantoue; on dirait les éléments d’une explication orale des poèmes dans un cours de premier cycle, avec tout ce qu’elle implique de bassement scolaire et d’approximatif ou de pré-digéré. A titre de comparaison, qu’on parcoure les notes de Pascal Thiercy à Aristophane (pour ne rien dire de celles du premier tome d’Aristote); il s’agissait de comédies grecques regorgeant d’allusions en tous genre, par nature délicates à élucider dans un espace restreint, et pourtant ses explications sont d’une toute autre tenue sans cesser d’être nourrissantes pour le lecteur de tout venant. Bref, on l’aura compris, ce n’est pas tant un mauvais Virgile qu’un Virgile à l’usage des écoliers et des lecteurs pressés, sans ambition ni grande profondeur et qui se meut dans une sorte d’achronie, Mais pouvait-on attendre mieux de M. Heuzé et de Mme Dion ? Ils ne comptent guère parmi les virgiliens ; même les Français ne citent quasiment jamais leurs (rares) travaux sur le poète. Osons le dire : il ne fallait pas attendre de critiques littéraires de troisième ordre l’érudition, l’abnégation et le jugement sans lesquels la haute vulgarisation est impossible.

          • Voici l’opinion commune à laquelle se rattachent Heuzé et Dion (Perret, Virgile. Les Bucoliques, « collection Erasme », Paris, 1970, p.8 : « le texte de Vg. nous est parvenu dans des conditions assez particulières : par des manuscrits, par le témoignage de commentateurs presque contemporains, nous pouvons restituer avec beaucoup de sûreté la forme sous laquelle il était présenté dans les éditions du IVe et du Ve siècle. Comme ce texte avait été élaboré, émondé par des générations de professeurs, il est presque toujours parfaitement intelligible, et ne nous donne presque jamais l’occasion de soupçonner qu’à une époque antérieure il ait pu être différent. Les corrections proposées par les modernes sont souvent ingénieuses ; elles ne s’imposent jamais ; nous les avons exclues de notre apparat. De même les témoignages médiévaux. (…) Actuellement, ils ne peuvent qu’apporter de-ci de-là, à telle ou telle des leçons antiques, une confirmation dont il nous est impossible d’apprécier le poids. Quand nos documents antiques sont en désaccord, il est presque toujours évident que c’est par suite d’un lapsus purement matériel intervenu dans la tradition de l’un d’eux ; il est donc assez rare que les éditeurs modernes se divisent pour préférer ou l’une ou l’autre des leçons transmises. » On remarquera le saut parfaitement injustifié dans l’argumentation qui fait passer de l’intelligibilité de la vulgate transmise à son caractère authentique; cela revient à dire que parce que le texte est bon il remonte directement à Virgile.

          • Je vous remercie de votre réponse éclairante. Soyons honnête, une partie de cette analyse, la plus « savante » dépasse le niveau de mes connaissances en philologie (très médiocres), mais je me retrouve dans une grande partie. En ce qui concerne les notes, j’avais déjà fait la remmarque qu’elles sont quand même plutôt « bas de gamme » (je les aurais appréciées quand j’étais lycéen, voire collégien, les auteurs semblent considérer que les lecteurs ont atteint un niveau d’ignorance qui nécessite qu’on leur mette vraiment les points sur les i). Je suis également d’accord avec votre constation – évidente, qui saute aux yeux – « le choix d’une version rendant chaque hexamètre latin par un stique français ne s’embarrassant d’aucune contrainte rythmique fractionne l’abondance verbale virgilienne et nuit à la fluidité de son style, sans compter l’effet visuel assez déconcertant des doubles pages ressemblant aux vieux « juxtas »… J’ai réellement souffert et sué sang et eau à la lecture très inconfortable, provenant de cette transcription ligne à ligne sans tenir aucun compte du génie propre et du rythme de la langue d’arrivée. Cela ressemble à une imitation qui, à force d’être mécanique, devient incompréhensible.

    • N’y aurait-il que 50 pages de la plume de Madame de Lafayette qu’elle aurait mérité le monument (le cénotaphe ? ) d’une Pléiade, car son importance dans l’histoire romanesque (absolument fondatrice, à mes yeux le premier vrai roman psychologique, dont l’action est ramassée, qui ne se contente pas d’empiler des épisodes, etc.) est hors de proportion avec la quantité de pages qu’elle occupe. Je donne tous les « romans » de plusieurs milliers de pages de son époque, contre ce petit livre essentiel (inutile, effectivement, pour passer le concours d’agent d’accueil dans une sous-préfecture, mais incontournable pour qui veut avoir dans l’esprit autre chose que le strictement utilitaire).

  105. Je relis, il valait mieux le faire avant, mon message, il est truffé de fautes et de mots oubliés, désolé. Par ex. je voulais écrire « elles me semblent l’une comme l’autre » et non pas « elles semblent » car je les ai lues et parle donc (aussi) en connaissance de cause. J’exerce moi-même le métier de traducteur et suis, de ce point de vue, pas trop mal placé pour juger.

  106. Lukas, vous trouverez réponse à vos questions sur Racine en lisant les deux articles ci-dessous qui donnent la mesure de l’excellent travail accompli.
    http://next.liberation.fr/livres/1999/04/22/c-est-racine-qui-s-assassine_269170
    http://next.liberation.fr/livres/2006/06/29/c-est-racine-tout-entier_42930

    Neo-Brit 7: dire de mon commentaire qu’il est injurieux – ce qu’il n’ait nullement – disqualifie vos propos et laisse poindre la nature excessive qui vous anime. Quant à votre tableau de chasse, qui ne vous a visiblement pas servi à superviser quelque édition que ce soit aussi (quand on lit ce qui vous écriviez plus haut sur les éditions Shakespeare, on comprend pourquoi) il ne pèse rien face à la force des trois auteurs que vous dénigrez: Heuzé, Dion, Michel. Que vous lecteurs regardent la conférence donnée par le premier d’entre eux, lien ci-dessous, et ils verront :

    A mon tour d’avoir haussé le ton mais quand même, les gens comme vous qui n’interviennent sur ce type de site que pour distribuer les mauvais points, c’est un peu fatiguant. D’autant que personne, à part vous, dans la presse, à la radio ou dans les livres des autres, ne donne raison à vos critiques.

  107. Bonjour, dans la lignée du commentaire de Tigrane plus haut, je vous signale le bouquiniste des quais de Seine situé près de Saint-Michel, en face du 27 quai des Grands-Augustins, qui fait à la fois des classiques de la pléiade, des épuisés (un beau Polybe, vu hier), et des titres plus récents parfois, le tout à 33% de réduction sur le prix neuf. Il vient de rentrer un beau lot de 80 pléiades en très bon état. Comme j’ai déjà acheté ce qui m’intéressait, je vous donne le tuyau… Comme ses collègues, il ouvre surtout l’après-midi.

  108. Bonjour à tous.
    La polémique et les débats sont souvent intéressants sur ce site mais il ne faut pas s’insulter pour de la littérature quand même ! Que nous restera t’il pour les grandes causes ?!
    J’étais également intéressé par votre réponse sur Virgile, Neo-brit7. Je suis d’accord avec vous, lorsqu’on édite des textes (je m’occupe d’éditer et d’analyser Yourcenar) il est important de se justifier car un texte a des sources, une histoire et il n’est pas anodin de « choisir ». C’est vrai que la note explicative des éditeurs n’est pas très claire (bien que longue) et la copieuse note 1 pages 1193/1194, si elle est intéressante, devrait peut-être être plus clair sur ses choix. Mais la collection Budé réédité en Poésie/Gallimard reprenait cette même version du texte de Virgile je crois? Je n’ai pas été dérouté par cet incipit antique….

    Je suis d’accord avec Dominique Szenes, pour le niveau de certaines notes explicatives tout juste au niveau d’un simple dictionnaire de la mythologie. Ça manque de hauteur pour une édition Pléiade. Dommage.
    (N’étant pas connoisseur de littérature antique -bien que yourcenarien- je ne me sens pas compétent).

    Clin d’œil pour sourire à notre hôte : Ah Duras !! Duras forcément Duras !! Un jour peut-être son œuvre vous touchera-elle cher Brumes. Qui sait ?
    C’est vrai qu’elle triomphe partout dans les universités du monde (colloque MD et les arts à Sydney cet été), en librairies et au théâtre… Si j’osais, je vous citerai cette déclaration de Youcernar: « Duras, je l’aime beaucoup. Je n’ai pas encore lu « L’Amant » mais c’est sûrement très bien. Une seule chose que je ne lui pardonne pas : ce titre « Hiroshima, mon amour ». Hiroshima, j’y suis allée. Effrayant. Comme si après avoir été à Auschwitz, on écrivait « Auschwitz, mon petit chou… » » (entretien 2 décembre 1984).
    …il est des sujets beaucoup plus graves que l’effeuillage Pléiade des marguerites…

    • Quoi ? Quoi ? Quoi ! Qu’entends-je ? Qu’est-ce à dire ? Comment osez-vous ! Exclure « la littérature » des « grrrrrrandes causes » ??? Mais, je ne vous permets pas, Monsieur ! Que faites-vous ici ? Allons donc, reprenez-vous !…
      Des têtes sont tombées pour moins que cela !

  109. Tigrane,
    Personne ne s’insulte. Mais les formulations excessives de Neo-Brit sont tellement caricaturales (un travail qui « déshonore » la Pléiade, mon mail « injurieux ») qu’on a envie à un moment de monter au créneau, à fortiori si à chacune de ses sorties, quelqu’un comme Dominique renonce à son envie de mettre la main sur les ouvrages incriminés. Commet peut-on renoncer à lire les éditions Shakespeare, Virgile ou Racine, dirigées par d’authentiques spécialistes et saluées partout dans la presse, parce qu’un dénommé Neo-Brit proclame sur ce site qu’elles ne valent rien? Au lieu de vous intéresser à la réponse de Neo-Brit (franchement, quelqu’un s’est-il donné ici la peine de lire son commentaire sur Shakespeare??), regardez plutôt la conférence que j’ai mise en lien, écoutez Michel et Dion sur France Culture, ouvrez le livre, bref ne vous contentez pas d’incantations et autres écrans de fumée. Ce qui me gène, je le disais plus haut, c’est cette morgue de ton qui anime certains, ce côté donneur de leçons qui vous passe définitivement l’envie de lire. Râler, râler, toujours râler. Ne pas pardonner Duras pour cette phrase d’Hiroshima, mon amour, c’est encore une attitude de justicier, déraisonnable, et d’une rare bêtise pardonnez-moi de le dire. C’est bien triste en fait toute cette aigreur. Ce n’est pas l’envie d’ouvrir une Pléiade qui m’est passée aujourd’hui, mais celle de continuer à vous lire. Ce que je ne ferai plus.

    • Le Quichotte est sorti aujourd’hui. A la librairie Privat (Toulouse) je me suis amusé à lire l’avant-propos, qui suggère qu’il s’agit d’une édition et d’une traduction renouvelées. Mais, ô surprise, en comparant le volume avec le tome 1 des oeuvres de Cervantes, j’ai constaté en deux minutes que le texte était le même, mot pour mot, ainsi que la mise en page… Va comprendre !

      • Cher caminos,
        cette reparution n’a qu’un mérite, coûter moins cher que le premier volume des œuvres de Cervantès. Comme le disait quelqu’un plus haut, si encore ces tirages spéciaux extrayaient la quintessence d’une œuvre-fleuve comme la Correspondance de Voltaire ou les Mémoires de Saint-Simon… Mais même pas ! Ils republient un bout de volume existant, sous un nouveau « package »‘ Je passe mon tour. J’ai beaucoup aimé le Quichotte quand je l’ai lu, il y a maintenant onze ans de cela, Cervantès n’entrera pas dans ma « bibliothèque de la Pléiade » par ce « best of » à peine « remasterisé ».

    • Cher Rubempré, vous avez eu raison de vous exprimer, comme Neo-Birt 7 a eu raison de vous répondre. Vos points de vue diffèrent et c’est précisément ce que je trouve intéressant. Le ton est monté entre vous, certes, mais le net est souvent fait de cela, de ces heurts anonymes, auxquels il ne faut pas donner une importance démesurée (même si nous aimons tous passionnément avoir raison). Il est d’autres sites où les gens passent leur temps à se déchirer et à s’insulter (et qui eux me dégoûtent proprement du monde des lettrés), ne tombons pas dans ces excès. Nous avons saisi d’où vous parliez tous deux et le sens de vos réflexions. Il se trouve que vos positions, tranchées et respectables, sont, pour l’un comme pour l’autre, étayées de quelques éléments extérieurs à votre sentiment personnel et que le lecteur qui vous lira aura quelques moyens de se faire un opinion par lui-même. Je suis moi-même assez réservé sur ces questions.
      Je n’ai pas besoin de vous dire que vous faites comme vous le voulez, bien sûr, Rubempré, mais vous n’avez aucune illusion à perdre à repasser ici un jour. Nous aurons plaisir à vous lire.
      Tigrane, ne faites pas entrer Marguerite Duras dans nos controverses, c’était un exemple arbitraire d’incompatibilité « idiosyncrasique » entre un individu (mon insignifiante personne) et une œuvre. Je ne prétends pas l’exclure de la Pléiade (je me contente de l’ignorer), c’est seulement un ensemble de textes qui me laissent au mieux indifférent et au pire me hérissent (encore que j’aie à peu près apprécié le Vice-Consul et Moderato Cantabile). Affaire profonde, car de sensibilité personnelle, et que je pourrais, si j’étais un artiste, monter en esthétique.
      Tout le monde n’écrit pas pour tout le monde ! J’ai trois ou quatre mille livres à lire, des auteurs que j’aime (au hasard et dans le plus grand désordre, Pessoa, Cavafy, Auden, Hardy, Eliot, Lawrence, Kadaré, Séféris, Tolstoï, Boulgakov, Eça de Queiroz, Fitzgerald, Bassani, Pirandello, Conrad, James, Waugh, Proust, Woolf, Broch, Mann, Dos Passos, Claudel, Corneille, Giraudoux, Huysmans, Aymé, Giono, Guilloux, Audiberti, Vigny, Balzac, j’en oublie, alors etc., etc., etc.) et des auteurs que j’espère découvrir et aimer (the friends that we’ve known / And those that we now know / And those who we’ve yet to meet, pour citer, une fois n’est pas coutume, un petit parolier populaire de rien du tout, mais dont la finesse me touche)
      Nous ne pouvons pas tout aimer (sinon que signifie notre « amour » ?), nous ne pouvons pas tout lire, et nous devons tous nous restreindre à ce qui compte vraiment à nos yeux. Et la Pléiade est un merveilleux outil pour explorer et aimer, malgré ses défauts et ses limites.

      (PS : je me relis et je me trouve emphatique et petit-bourgeois, mais enfin…)

    • Le Dominique cité doit être moi… Sachez, chez ami, que je ne fus pas découragé de lire le Virgile (auquel j’ai pris grand plaisir, mais dont, dans mon ignorance, je ne puis juger de la qualité « scientifique »), car je l’avais commandé avant de lire les critiques de Neo-Brit7… Il n’empêche que tous les points de vue m’intéressent (surtout quand, s’agissant de littérature, ils n’entraînent ni « mort d’homme » ni excommunication).
      En ce qui concerne Virgile, je ne dispose pas des armes (connaissances) pour prendre part au débat. Par contre, pour Shakespeare, si les critiques de Neo-Brit7 ont pu couper quelque peu mes élans, c’est parce que certaines me touchaient, voire rejoignaient certaines de mes convictions (de mes préjugés ?)
      Surtout que personne ne se sente exclu ou ne s’exclue lui-même de ce forum, ce sont tous ses participants qui le rendent passionnant (et passionné).

  110. Pour détendre l’atmosphère, voici la saillie d’un professeur de lettres classiques belge du début du siècle (honteusement recopiée depuis J. Bollack, La Grèce de Personne. Les mots sous le mythe, Paris, 1997, p. 64), que je trouve délicieuse : « un livre vraiment français, bien français, est un livre – écrit en français, naturellement – qui ressemble à la majorité des livres publiés en France, c’est-à-dire à Paris. Or la majorité des livres publiés à Paris sont des romans. Et les romanciers ne mettent pas de notes au bas des pages ». La conférence des auteurs du Virgile illustre vraiment la dichotomie entre érudition et goût littéraire qu’épinglait ce bon professeur Counson.

    • @Tigrane
      Je crois que la plupart d’etre nous avait compris cette petite boutade. Il est bien dommageable que certains manquent d’humour car il y avait des piques contre Madame « Duraille » bien pires que celle-là. Il suffit de rappeler la phrase de Pierre Desproges : « Marguerite Duras, elle n’a pas écrit que des co****, elle en a filmé aussi. » Sur ce, à quand Desproges dans la pléiade ?

      • Je suis persuadé que Desproges restera, à long termes, comme un plus grand écrivain que bien des gloires nationales de son temps, mais sa faiblesse c’est qu’il faisait trop de références à des personnages médiatiques que tout le monde oublie en moins de 10 ans. Il n’avait sans doute pas conscience de la qualité réelle de ses textes et n’imaginait pas que 30 ans plus tard il serait pour certains une sorte de classique de l’humour corrosif littéraire. Cela dit, Vialatte, dont il se réclamait mérite plus que quiconque la Pléiade.

        • Se référer à des personnes qui sont oubliées dix ans après la publication du bouquin, c’est effectivement gênant… Mais, cent ans après, ça n’est plus du tout gênant (sinon, les trois-quarts de la littérature « classique » seraient bon pour la poubelle). Il suffit d’ajouter des notes et cela devient délicieusement nostalgique.

          • Oui, c’est assez vrai. Les noms de personages réels inconnus du lecteur ne sont pas nécessairement un obstacle. Sinon, les romans de Houellebecq ne seraient pas traduits dans le monde entier. J’ai l’édition polonaise de « La carte et le territoire », il y a des dizaines de notes en bas de page pour expliquer qui sont Jean-Pierre Pernaud, Pierre Bellemare ou Patrick Le Lay.

  111. Bonjour à toutes et à tous,

    En réfléchissant à la série Shakespeare actuellement en cours, un volume supplémentaire de poésie et de textes complémentaires, indispensable à la publication de ses « Oeuvres complètes », ne devrait-il pas prendre place aux cotés des sept volumes de théâtre ? Ou se glisser dans le septième volume, avec la fin des « Comédies » ? Une simple réflexion.

    • @ Seraphin Calobarsy. Brumes vous le confirmerait mieux que moi et en détail, mais l’intégration des poèmes de Shakespeare dans l’édition a été prévue dès le départ par la direction de la Pléiade dans le VIIe tome (les trois derniers tomes ayant porté le titre de « Comédies et œuvres lyriques » – si ma mémoire est bonne – dans le catalogue-Pléiade de 2012). A la fin du VIIe tome vous trouverez donc les œuvres lyriques de Shakespeare, c’est-à-dire « Vénus et Adonis », « Le viol de Lucrèce » et bien entendu les « Sonnets », ce chef-d’oeuvre qui provoque l’hystérie de tant de monde (beaucoup de spécialistes de Shakespeare refusant de reconnaître que le grand William était attiré aussi bien par les femmes que par les hommes. Quoi de plus fréquent, au demeurant ?).
      Des « Textes complémentaires » ? Qu’entendez-vous par là ?
      Le Shakespeare en Pléiade est une belle et bonne édition : l’introduction générale traduite de l’anglais (tome I) est très réussie, le texte d’origine est établi avec soin, les notices sont riches en détail, et si les traductions de Jean-Michel Desprats ne sont pas parfaites (comme toutes les traductions de toute façon), aucune d’entre elles n’est sans mérite. Quant aux traductions de Gisèle Venet elles sont… ce qu’elles sont. En lisant sa version d’ « Antoine et Cléopâtre » je me suis sagement endormi… avant d’aller vendre chez Gibert les deux premiers tomes de l’édition, qui au fond m’avaient bien déçu…
      Je n’utilise désormais que les traductions d’Yves Bonnefoy couplées à l’édition complète en 8 volumes parue chez « Bouquins » – qui demeure l’édition française de référence. Mais cela n’engage que moi. Bonne fin de week-end à tous.

  112. Une bonne nouvelle… Hugues Pradier, le directeur de la Pléiade, a annoncé ce week-end, aux 10e Rencontres de Chaminadour, que le tome V des Oeuvres romanesques de Faulkner était presque achevé.

    • Merci pour cette information. Comme Gallimard n’avait absolument rien dit, depuis longtemps, sur ce volume et que l’étoile de Faulkner semblait avoir pâli, j’avais été exagérément pessimiste à propos de ce 5e tome. Si je ne m’abuse, il devrait comprendre « La Ville », « Le Voleur », « Le Larron » et diverses nouvelles non réunies en volume.

      • Je suis, comme vous deux, très heureux pour Faulkner. Espérons que le domaine américain sera encore approfondi par la Pléiade ces prochaines années. Je me demande si un deuxième tome Twain est envisageable ? J’ai l’impression qu’il a été un franc succès en librairie, où les piles ont très vite diminué.

    • Une excellente nouvelle ! Le tome 1 de Faulkner a été mon premier Pléiade en 1978, et je désespérais d’avoir toutes ses œuvres romanesques. Espérons que d’autres séries seront prochainement complétées (le tome 3 de Nabokov par exemple).

  113. J’avoue que j’ai sursauté en lisant dans la même phrase « Chaminadour » et « Pléiade », me prenant à rêver de lire Jouhandeau dans notre collection préférée. Rêve certainement brisé par l’édition Quarto, qui fait toutefois l’impasse sur les délicieux Journaliers (28 tomes à dénicher chez les bouquinistes, pas simple) ou le sublime Mémorial (7 tomes), qui procureraient un ou deux très beaux volumes.
    PS : Brumes, vos notes de lecture me manquent.

    • Outre quelques mièvreries ridicules, le journaliste commet une ou deux erreurs de détail (les 9000 coffrets Kundera écoulés ne peuvent apparaître comme une mévente). Nous avions finalement assez bien compris, ici ou sur d’autres fils de discussion, ce qui s’était joué financièrement avec ce Pléiade.
      Ici, la « grande » librairie locale s’est réapprovisionnée récemment en volumes d’Ormesson, en vue des fêtes de Noël. Il y en a désormais… 18 !
      Un deuxième tome finira bien par arriver.

    • L’article confirme donc ce que j’avais supposé dans un post précédent. D’Ormesson n’a été intégré à la Pléiade que pour rapporter de l’argent frais à la collection – et compenser les ventes décevantes de certains volumes, comme le De Quincey (excellentissime et audacieuse édition au demeurant).
      Il y a deux choses qui stupéfient dans cet article.
      La première, c’est la franchise absolue d’Antoine Gallimard. Du genre : « Eh bien, on a mis Simenon en Pléiade pour gagner de l’argent, et maintenant c’est au tour de D’Ormesson. » Jamais je n’aurais imaginé qu’il avoue un jour une chose pareille.
      La seconde, c’est la révélation des chiffres de vente de certains volumes. Quelques milliers à peine à chaque fois. Seulement 3 600 exemplaires vendus pour le De Quincey. Moins de 10 000 pour Kundera, pourtant « populaire », c’est-à-dire connu, et vendeur. La collection se porte encore plus mal que je ne le pensais. Je trouve ça effrayant. Combien de volumes Aristote ont-ils vendu ? 300 ?
      La collection devrait fêter son centenaire en 2031, c’est-à-dire dans 16 ans. 16 ans cela passe vite. Mais survivra-t-elle d’ici à cette date ? C’est là la question.

      • Oui, malgré son ton déplaisant, j’ai trouvé l’article instructif et je m’étonne même, pour l’anecdote, qu’il ait échappé à notre vigilance collective jusque là.
        Deux choses : de ce que je comprends, les 9000 exemplaires de Kundera ne concernent que les coffrets, ce qui laisse à supposer que des volumes courants I et II se sont écoulés en sus ; de plus, il me semble bien qu’un tirage actuel de volume Pléiade se situe, sauf exception, autour de 10 000 exemplaires. La vente de Kundera n’est « mauvaise » que si Gallimard avait escompté que cet auteur (un peu passé de mode) rapporterait plus. Pour un coffret, 9000 en quatre ans, c’est honorable.
        De Quincey s’est effectivement mal vendu, je l’avais remarqué en observant l’évolution des stocks de certaines librairies (Leiris II n’a pas l’air d’être mieux parti). Question de mode. Et puis j’imagine que Gallimard sait qu’elle vendra mieux un Pléiade Houellebecq (…) ou un Pléiade Gary qu’un Pléiade Ovide, un Pléiade du Bellay ou un Pléiade Francis Jammes.
        D’autres volumes ont connu historiquement des ventes médiocres : les carnets de Tolstoï n’ont toujours pas épuisé le premier tirage des années 70 (encore qu’il se soit situé autour de 15 000 exemplaires, ça ne fait pas beaucoup en près de 40 ans) ; la Correspondance de Voltaire non plus ; et c’est également le cas du Théâtre du XVIIe et de Corneille. Je l’ai déjà dit par le passé, si vous êtes intéressé par ces séries, ne tardez pas trop, car elles ne seront peut-être pas retirées, ou alors sous la forme de ces Pléiade’s Digest, inventés par Gallimard l’an dernier. C’est même pour cela que je me suis mis à acquérir régulièrement cette année les volumes de la Correspondance de Voltaire (j’ai déjà les Carnets de Tolstoï, et tous les volumes théâtraux de la collection, ou presque). J’anticipe.

  114. Vous anticipez Brumes, c’est une sage attitude. En lisant assez régulièrement ce blog, c’est la conclusion à laquelle je suis arrivé : suivre vos conseils cher hôte et acheter prioritairement les volumes qui risquent d’être bientôt épuisés. Dans le cas de ces derniers ( les volumes marqués « épuisés » sur le catalogue, j’ai pu trouver récemment Boileau, Malherbe et les ‘Romanciers du XVIIe’, chacun à 20 €, bien complets et en bel état.
    Donnant la priorité au XVIIème siècle, j’ai prévu l’achat des 3 volumes de ‘Théatre du XVIIe’ (à court terme), puis de Malebranche et François de Sales (j’ai déjà la magnifique édition des ‘Oeuvres complètes’ de Corneille en trois volumes parus entre 1980 et 1987).
    La Pléiade a publié 40 volumes pour le XVIIe, 36 pour le seul domaine français. C’est tout de même un magnifique ensemble, avec une persévérance certaine de la part de l’éditeur pour cette seule période ! Entendre que ce monde s’éloigne de nous à grande vitesse, que ce XVIIème siècle glorieux ne ‘parle’ plus aux sensibilités d’aujourd’hui et qu’il faut en tirer les conséquences (commerciales), tout cela est navrant.
    Et je n’évoque ici que la littérature !
    Brumes, si vous avez remarqué sur le site des librairies indépendantes des volumes très proches de l’épuisement complet, ou bien ceux dont la ‘rotation’ chez les libraires est très lente, je suis preneur de tous vos bons conseils (en plus de ceux que vous avez déjà mentionnés plus haut…).
    Bonnes lectures à tous !

    • Cher Luckas,
      si je me réfère uniquement aux stocks en librairie et à mes observations, et, point crucial, sans préjuger des décisions de réimpression futures de Gallimard, sur lesquelles je ne peux émettre que des hypothèses plus ou moins bien étayées, j’ai identifié ces séries comme « susceptibles de s’épuiser » (je n’ai pas relu ma note plus haut, alors pardonnez mes redites, dans cet inventaire un peu aride) :
      la Correspondance de Voltaire (les I, II, III et XIII sont un peu plus fréquents que les autres, devenus assez rares), les deuxième et troisième tomes du Port-Royal de Sainte-Beuve (c’est une évidence, ils sont condamnés à s’épuiser), Julien Green (le IV a déjà disparu, le VII est très rare, les III, V, VI et VIII peu fréquents ; le I et le II ont été retirés voici quelques années, ils ne sont pas encore sur liste rouge), Gobineau (les trois tomes se raréfient), les Dickens (seulement Boz, Âpre-Vent et Ami Commun ; David Copperfield/Les Grandes espérances n’est pas menacé ; les quatre autres sont déjà indisponibles), Malebranche (les deux tomes), Fénelon (tome I comme tome II), Anatole France (les 4 volumes arrivent bientôt en fin de premier tirage – je crois), Fromentin, Conteurs italiens de la Renaissance, Jarry (surtout le II et le III), Marx (surtout le tome IV), Rétif, le Théâtre du XVIIe (qui n’est pas très coûteux, profitez en tant qu’il en est encore temps), Vallès II, les Spectacles Ming, les Orateurs de la Révolution française, Giraudoux (surtout les romans, qui se sont mal vendus), une partie de Saint-Simon (IV, V, VI, VII, VIII et écrits divers ; les I, II et III se trouvent facilement), Vigny (notamment le II), Mauriac (un volume est déjà indisponible, les autres ne sont pas fréquents, excepté le I), les trois volumes de carnets de Tolstoï, St-François de Sales, le Journal de Claudel, Corneille (surtout le III), Pirandello, les trois volumes du théâtre espagnol, Villiers et Alain.
      Voilà, ces volumes, dont une grande partie a été imprimée dans les années 80 ou au début des années 90, arrivent à la fin de leur premier tirage (ou du deuxième pour certains). Je ne crois pas que Gallimard les laissera tous s’épuiser, mais rien n’assure que certains de ces volumes seront encore disponibles dans cinq ou dix ans. D’autres sont plus anciens, mais l’auteur a peu à peu perdu son public (Alain, Martin du Gard, Dickens)
      Pour des raisons presque psychologiques, les tomes I et II ont tendance à plus facilement se vendre que les autres, et à être disponibles plus longtemps (car ils ont été retirés une ou plusieurs fois).
      Un bon moyen, pour vous, de savoir si une série va s’épuiser, c’est de feuilleter, en magasin (notamment chez ceux qui vendent beaucoup de Pléiades, comme l’Écume des pages à Paris, où les risques d’une longue et trompeuse présence en rayon sont minimes), c’est donc de feuilleter en magasin un volume et de vérifier sa date d’impression (et de la comparer à sa date de parution). C’est ainsi que j’ai remarqué les absences de retirage pour certains volumes. Quand un premier tirage Pléiade est en stock depuis 25, 30, 35 ou 40 ans, il y a de fortes chances que le deuxième tirage n’arrive jamais.

      • Merci cher Brumes pour toutes ces précisions et pour vos bons conseils. J’ai bien inscrit Fénelon I et II parmi mes priorités des prochains mois.
        Dans cette liste j’imagine mal la disparition de Saint Simon du catalogue de La Pléiade ( et je ne vois pas très bien comment on pourrait publier une sorte d’anthologie, ce qui serait une approche un peu ‘scolaire’ de l’édition) ;
        inversement je crois qu’on peut être à peu près certain que la correspondance de Voltaire ne sera pas réimprimée en l’état. Et dans ce cas précis une anthologie pourrait être envisagée, la sélection devant obéir à des critères judicieusement choisis. C’est ce qu’a fait Plon pour la correspondance générale de Marcel Proust (édition Kolb) : pas de réimpression à l’identique, mais publication d’une sélection rigoureuse et actualisée en un seul fort volume, toujours chez Plon.
        Mais pour M. Proust, on peut aussi souhaiter un ou deux volumes en Pléiade, ce que J-Y Tadié aurait laissé entendre …

  115. Une question que j’adresse aux observateurs avisés de ce forum (et, bien sûr, à Tigrane en tant que spécialiste) : est-il envisagé une édition en Pléiade des Oeuvres complètes de Marguerite Yourcenar, qui viendrait remplacer les deux volumes actuellement disponibles dans la collection. Une édition véritablement complète, avec notes, relevé de variantes, etc…, ce que La Pléiade peut faire très bien quand la maison Gallimard s’en donne les moyens.
    Et dans le cas de Marguerite Yourcenar, il y a du travail ! ; ce n’est pas une édition qui peut se faire en six mois …
    Sans compter la correspondance (on ne publie plus guère de correspondance en Pléiade désormais), il y a bien de quoi remplir trois voire quatre volumes, ce qui rendrait enfin justice à un écrivain majeur du XXème siècle !
    Et je pense que le lectorat de M. Y. est assez vaste pour que cette éventuelle nouvelle édition soit une opération rentable (puisqu’il faut bien envisager cet aspect).
    Est-ce un projet dont on a quelques éléments ou bien rien ne s’est dit (pour l’instant) à ce sujet …

    • Cher Luckas
      Gallimard avait publié des extraits de la correspondance de Marguerite Yourcenar concernant la préparation de sa Pléiade, elle-même était contre des « œuvres complètes » car elle jugeait indignes ses œuvres de jeunesse de figurer en Pléiade ou d’être rééditées. Elle proposait à l’époque (début des années 80) trois tomes de Pléiade: les romans puis les œuvres autobiographiques et les essais – grosso modo les volumes actuels. En troisième, un volume de théâtre, poésie et correspondance choisie mais à l’époque déjà Gallimard la mettait en garde contre les mauvaises ventes probables d’un volume de ce genre. Etant donné qu’après sa mort quand ont été remaniés légèrement les tomes publiés, rien n’a été fait pour les œuvres suivantes. Compte tenu de la faible survivance de son théâtre (déjà indisponible chez Gallimard) et d’un oubli injuste de sa poésie ou de ses traductions, je doute fort qu’un tel projet soit lancé à court terme et encore moins une refonte de toutes ses Pléiade en œuvres complètes – ce qu’elle ne souhaitait pas.

  116. Une petite réflexion sur les délais de conception d’une Pléiade.
    Je lisais « Le Naturalisme » d’Yves Pagès publié aux PUF en 1989 pour préparer un cours et j’ai lu dans ce livre à propos de la fortune critique des auteurs naturalistes que la Pléiade préparait une nouvelle édition des œuvres complètes de Flaubert sous la direction de Claudine Gothot-Mersch et Guy Sagnes… le premier tome n’est sorti qu’en 2001 soit au minimum douze ans après le lancement du projet.
    Voilà de quoi relativiser les longueurs dans certaines publications…

  117. J’ai une interrogation qui me taraude; peut-être quelqu’un ici aura des éléments des réponses..
    Pourquoi Robert Musil n’a jamais fait son entrée dans la Pléiade, à l’instar d’Holderlin? L’oeuvre est d’importance, et il l’est des grands romanciers européens du 20ème les mieux reçus chez nous – plus que Broch en tout cas. Philippe Jaccottet a traduit presque toute son oeuvre (même les choses de moindre importance comme le Journal) publié au Seuil; c’est un truisme de dire qu’il fut un traducteur consciencieux et élégant. J’ai pensé à des problèmes de droits, mais après tout Rilke était aussi publié au Seuil, et il a atterri en Pléiade.
    Y a t-il eu vent de « projet Musil », passé ou futur?

    • Rilke était libre de droits, donc susceptible d’être retraduit et proposé dans la Pléiade. Musil ne l’est pas depuis très longtemps (2012 si je ne m’abuse) et, comme vous l’avez signalé, ses droits appartenaient au Seuil (qui en a assuré une traduction qui fit date, dans les années 60-70, traduction sur laquelle Gallimard n’a aucun droit).
      Sauf accord (improbable) avec le Seuil, cela signifie qu’il faudrait retraduire Musil, tâche compliquée s’il en est (quel traducteur (raisonnablement jeune) peut bien vouloir s’attaquer à ce massif ?). Autre question, plus épicière : serait-ce rentable, dans une collection désormais placée sous assistance respiratoire ormessonière ?
      (j’ai demandé à ma librairie combien elle avait vendu de volumes consacrés à M. d’Ormesson depuis le jour de sa sortie : 25. À Mark Twain : 15. Aux poètes chinois : 5. À Michel Leiris : 2. Cela donne une bonne idée des ventes de la Pléiade « en région », comme disent les Parisiens).

      • Moi qui suis complètement ignare, béotien, néophyte (rajouter à foison adjectifs quelconques) en matière d’édition, pourquoi un accord est-il improbable entre Gallimard et le Seuil? Même chose je crois pour la Pléiade Beckett, avec Minuit?
        La traduction de Jaccottet est-elle « attachée ad vitam eternam » au Seuil? Désolé d’une question certainement stupide. Jaccottet n’est pas encore Baudelaire en terme de « réputation littéraire » (ce n’est qu’une question de temps à mon avis), mais difficile de passer après un poète et de retraduire. Je parlais de Baudelaire; pour Poe, l’édition de référence aujourd’hui, la plus solide, c’est celle de Bouquins, et on reproduit les traductions baudelairiennes, en indiquant quelques erreurs; mais on n’y touche pas. Même chose pour Pierre Leyris pour de Quincey (dans l’Imaginaire); il traduit les Confessions en intégrant les morceaux traduits par Baudelaire dans ses Paradis Artificiels.
        Pour ce qui de la rentabilité, j’aurais pensé (suis-je naïf) qu’un Musil ne vendrait guère beaucoup moins qu’un Bernanos.

        • Le roi Antoine Ier de Gastonnie aime le mystère. Il a appelé le baron d’Ormesson en son Cercle de la Pléiade, baron que nul d’entre nous n’imaginions élevé à de tels honneurs. Il s’apprête en contrepartie à inaugurer un beau cénotaphe foucaldien. Musil l’intéresse-t-il ? Je ne sais.
          Gallimard a-t-il déjà demandé au Seul ? Le Seuil a-t-il déjà refusé à Gallimard? Je ne sais.

          De ce que je sais, pour Beckett, Minuit a refusé. Pour Brecht, L’Arche a refusé. En revanche, Gracq a quitté provisoirement Corti pour la Pléiade (mais il était vivant) et Simon Minuit (et lui aussi était vivant). Si les auteurs sont en vie, ils sont encore maîtres de leur œuvre et peuvent approuver la pléiadisation en se passant de l’opinion intéressée de leur éditeur historique. En revanche, une fois morts, cela passe un temps par les héritiers, les éditeurs, les traducteurs, même. Difficile de démêler de l’extérieur de telles affaires. Le Seuil n’exploite plus guère les trois gros volumes à Musil consacrés, mais ne souhaite peut-être pas qu’un concurrent se les annexe.
          Et puis, iconoclasme assumé, la gloire éditoriale de Musil n’est-elle pas un peu fanée ?

          PS : et le domaine allemand est bien triste à la Pléiade. Tout Kafka, les classiques du romantisme, une moitié de Goethe, un bout de Jünger et les fictions de Zweig ne rachètent pas les trop nombreux absents. Mais bon… la tendance actuelle est aux Américains.

  118. Il n’y a malheureusement pas que le domaine allemand qui soit si triste. Que dire du domaine suédois inexistant et du domaine japonais pourtant populaire (enfin il me semble) et quasi inexistant… Kafka je le pensais tchèque.

    • Il est de Prague, mais il écrivait en allemand. Comme le dit Mariusz Szczygieł dans « Gottland », les Allemands se l’annexent, car il écrivait en allemand, les Tchèques se l’annexent, car il vivait à Prague et les Autrichiens se l’annexent, car il était un sujet des Habsbourg (rois de Bohême).
      Une anecdote célèbre racontée par Kundera. Un jour, une jeune femme vient le voir et lui dit qu’elle aimerait beaucoup apprendre la langue tchèque. Milan Kundera s’en étonne, c’est une langue difficile, et parlée par bien peu de gens, c’est un grand effort pour un but somme toute négligeable. Son interlocutrice lui répond : ce n’est pas grave, je ne veux pas le parler, le tchèque, seulement le comprendre, c’est que je voudrais tant lire Kafka dans sa langue…

      Le seul domaine étranger qui me paraisse solidement étoffé, malgré quelques manques, c’est la Russie. Hors de leur Siècle d’Or, les Espagnols sont oubliés ; les Italiens n’ont pas grand monde ; quelques solides Anglais manquent à l’appel ; etc.

      • Bonsoir à tous.
        Dans le domaine russe, ne pensez-vous pas que la traduction de certains volumes serait à refaire ; je pense tout particulièrement au théatre de Tchékov et au volume Pouchkine/Lermontov.
        C’est vrai qu’avec 26 volumes le domaine russe est mieux traité que le domaine germanique.. Mais Gallimard a laissé s’épuiser le volume Leskov, et ne semble plus avoir beaucoup d’ambitions…
        J’avais, il y a quelques années, demandé à l’éditeur l’état des projets : un seul volume était alors prévu, Nabokov II, rien d’autre, et pas de nouvelles traductions…
        Une anthologie bilingue de la poésie russe serait une bonne initiative…, mais je crois que je prends mes désirs pour des réalités… Et la réalité aujourd’hui est tributaire de la rentabilité.
        Pour les auteurs russes je me demande si la présence sur le marché des traductions nouvelles que propose Actes Sud n’est pas un frein sérieux à toute initiative…
        Mais il peut toujours y avoir de bonnes surprises ( je pense surtout à des auteurs du XXe siècle ) …

      • Il manque en effet Gontcharov et Soljenitsyne. Les Allemands, certes, ne sont pas nombreux mais si l’on rajoute les philosophes, il y a 26 volumes donc plus que les Russes en fait. En revanche, je « plussoie » pour les autres nationalités. Attention toutefois aux Grecs qui,à l’exception de Xénophon, sont, quant aux auteurs essentiels, tous présents. Enfin, il est regrettable que la poésie latine (sauf Virgile et Lucrèce) soit absente (une anthologie bilingue serait la bienvenue mais se vendra-t-elle ?). Je n’ose même pas songer à une anthologie de la poésie arabo-persane (Abu Nuwas, Saadi, Firdusi, Nizami, Hafiz, Omar Khayyam…) qui est si belle et mériterait d’être découverte…

        • Allemands : Anthologie bilingue ; Brecht ; Goethe (*2) ; Hölderlin ; Jünger (*2) ; Kafka (*4) ; Kant (*3) ; Luther ; Marx (*4) ; Nietzsche ; Rilke (*2) ; Romantiques allemands (*2) ; Zweig (*2).
          Soit 26 volumes.
          Russes : Boulgakov (*2) ; Dostoïevski (*7) ; Gogol ; Gorki ; Griboïèdov-Pouchkine-Lermontov ; Leskov-Saltykov ; Nabokov (*1,5, vu que tout n’est pas écrit en russe) ; Pasternak ; Tchékhov (*3) ; Tolstoï (*6) ; Tourguéniev (*3)
          Soit 27,5 volumes. La Russie gagne de peu.

          • De très peu, si l’on considère que Leskov-Saltykov est sorti de la collection : 26,5 contre 26 mais bon je pinaille un peu.

      • René Etiemble se « vantait » d’avoir permis que fussent introduits (intronisés ?) en Pléiade de grands extrême-orientaux (surtout chinois)… A-t-il exagéré son influence ?… je ne sais. Mais je suis forcé de constater que, depuis sa dispairiton, ces espèces sont envoie de raréfaction, voire d’extinction… N’y a-t-il donc aucun « lobbyiste » japonisant ?

        • @szenes dominique. L’influence d’Etiemble chez Gallimard a été énorme. Il fallait tout de même une sacrée force de caractère pour imposer à cette maison trop souvent frileuse des séries malaise et coréenne (!) dans la collection « Connaissance de l’orient » qu’il avait créée, et qu’il dirigeait. C’est lui aussi qui a imposé le « Jin Ping Mei » dans la Pléiade, ce qui, vraiment, n’allait pas de soi…
          Vous en conviendrez avec moi : la littérature japonaise n’a jamais été le fort de Gallimard. En dehors d’un écrivain très populaire (dans le bon sens du terme) comme Mishima, qui était sûr de se vendre en France du fait de son aura internationale, Gallimard n’a misé sur tel ou tel écrivain japonais d’hier et d’aujourd’hui qu’au compte-goutte : un petit nombre de volumes de qualité publiés dans la collection « Connaissance de l’orient » (grâce à Etiemble), trois ou quatre auteurs de plus dans « Folio » et… c’est tout.
          Publier ensuite Kenzaburo Oe n’a guère été téméraire : qui osera prétendre qu’un Nobel ne se vend pas du tout ?
          Jusqu’à maintenant seul Tanizaki est dans la Pléiade. Les futures publications d’un Soseki et d’un Saikaku demeurent encore hypothétiques quant à la date ou à la faisabilité.
          Bref, ici en France, l’aficionado des lettres japonaises ne peut compter que sur les Publications orientalistes de France de René Sieffert (disparues depuis cinq ans, mais amorphes au cours des sept années qui avaient précédé), dont le fonds est heureusement repris peu à peu par les éditions Verdier. Il peut aussi, naturellement, compter sur Philippe Picquier qui publie aussi bien des textes contemporains que des oeuvres classiques magnifiques introuvables en dehors de son comptoir.
          Les éditions des Belles Lettres publient elles aussi depuis peu de très beaux volumes d’auteurs japonais souvent encore inconnus en France (« Collection Japon »). C’était à signaler.
          J’ai oublié de vous dire que, à la fin de sa vie, René Etiemble se plaignait « d’avoir été laissé tomber par Gallimard ». L’expression est de lui. Elle est éloquente. Quant à la collection « Connaissance de l’orient », elle a cessé de faire paraître des nouveautés en grand format. C’est fini. Bref, tout en pariant sur l’Amérique et l’Angleterre, Gallimard s’éloigne définitivement de l’archipel nippon… Dommage.

          • Je me faisais un peu l’avocat du diable en « feignant » de douter de l’influence d’Etiemble (dont l’universalisme m’a ouvert des horizons)… pour mieux regretter la (quasi) disparition « d’hommes d’influence » de ce type… Les éminents universitaires n’y suffisent pas, trop spécialisés, trop confidentiels, il faut aussi une certaine « visibilité »… Je me souviens, être passé, début des années quatre-vingt-dix, pour un (presque) révolutionnaire quand j’ai tenu à mettre dans le petit volume de présentation des « 200 romans du monde entier » quelques chinois et japonais classiques, aux honorables (et depuis défuntes) éditions Bordas. On leur contestait même la qualité de « roman » (25 ans après le Nouveau Roman et l’explosion des formes romanesques !). On peut mourir de se lancer dans des entreprises aventureuses, mais on peut mourir aussi de trop de prudence et de conservatisme.
            Est-ce que, vraiment, sans vouloir faire de La Pléiade une ruineuse « danseuse », Gallimard ne peut accepter d’Y PERDRE UN PEU D’ARGENT TOUT EN Y GAGNANT BEAUCOUP DE PRESTIGE, c’est-à-dire, à terme y gagner de l’argent… Et puis, un prix Goncourt viendra bien colmater les brèches ?… Tant qu’à vouloir faire des économies, j’ai bien, dans son écurie, une liste de toquards (inutiles, sans intérêt, même pas vendeurs) à lui proposer pour faire une charrette…

    • Je vous rejoins sur le domaine japonais.
      Si Saikaku est tombé à l’eau, j’espère ardemment que Sôseki entrera bel et bien dans la Pléiade dans les années à venir comme cela semble promis. Il est libre de droits depuis un moment, sans doute un des écrivains les plus connus au Japon (il est même sur les billets de banque) et a une oeuvre variée.
      Sinon, c’est triste que Mishima n’ait pas fait l’objet d’une Pléiade plutôt qu’un Quarto sur sa tétralogie, il reste tellement de romans à côté.
      Kawabata est chez Albin Michel puis dans le groupe Hachette, donc là, on attendra le domaine public.
      Ôé aurait pu avoir une chance s’il n’était parti chez Picquier récemment et est sans doute trop exigeant.
      Ils feront un accord pour avoir Murakami.

      • @Kyat. Pour Ihara Saikaku (à propos duquel j’avais annoncé dans un post déjà ancien que son édition en Pléiade était normalement dirigée par messieurs Jean-Noël Robert et Paul Akamatsu, suite à l’abandon de Monsieur Jean Cholley), j’ai contacté Monsieur Robert par email la semaine dernière, lui demandant si le projet Saikaku était toujours en cours, ou bien abandonné. J’attends toujours sa réponse… si elle arrive jamais…
        Pour Natsume Soseki sa publication dans la Pléiade est sûre et certaine : le manuscrit du tome premier de ses « OEuvres » a été déposé chez Gallimard par Monsieur Alain Rocher et validé par la direction de la Pléiade. Je reste persuadé que ce premier volume sera publié l’an prochain, année du centenaire de la mort de Soseki (en 2016 nous aurons donc très certainement au programme les dernières volumes Shakespeare – quadricentenaire de la mort du grand William oblige -, et le premier volume Soseki).
        Mishima n’intéresse pas la Pléiade. C’est vrai, c’est dommage.
        Pour Kawabata aucune chance : je vois mal Albin Michel lâcher un de ses auteurs étrangers phares – qui en plus, d’après mes informations, lui rapporte de l’argent. Mes libraires m’ont dit que les éditions de ses oeuvres en Livre de poche, Pochotèque et collection grand format « partent comme des petits pains ». C’est pareil à la Fnac.
        Pour les deux Murakami (Haruki d’un côté, et Ryu de l’autre) aucune chance : le premier est trop « populaire », trop américanisé (dans le mauvais sens du terme) et pas assez exigeant littérairement parlant pour la Pléiade, qui rappelons-le reste snob. Quant au second, beaucoup plus doué que le premier selon moi (j’aime beaucoup « Bleu presque transparent », chronique dépouillée de la jeunesse tokyoite droguée et désorientée des années soixante-dix), il est trop « borderline » pour la Pléiade…
        Enfin, je soupçonne un projet Murasaki Shikibu en cours, sans doute dirigé par Daniel Struve. Mais je n’en suis pas sûr.
        Bonne semaine à tous.

        • Cher Geo,
          Ce qui me surprend pour Saikaku c’est que pour un auteur classique et ancien, il bénéficie d’une bonne vigueur éditoriale chez Picquier qui a fait traduire plusieurs romans (alors qu’il n »y a que deux volumes dans la collection « Connaissance de l’orient » chez Gallimard).
          Du coup, le fait qu’il soit traduit ailleurs me laisse sceptique quant à la Pléiade…
          Murasaki Shikibu serait un beau projet, surtout qu’aucun éditeur n’a, à ma connaissance, repris la traduction qui existait aux POF.
          En contemporain, si Kenzaburô Ôé n’a plus les faveurs de Gallimard, Shusaku Endo aurait été intéressant.
          Pour le XVIIIe siècle, à défaut de Saikaku, il reste Chikamatsu Monzaemon.
          Et tout ça c’est sans compter toutes les chansons des gestes de différentes époques ou la poésie.

          • À cinq volumes par semestre, en comptant les rééditions (Apollinaire arrive bientôt non ?), les projets en cours et qui ne sont pas encore achevés (Nabokov, Stevenson, Brontë, Shakespeare, Flaubert, Balzac, etc.), les nouveautés françaises plus ou moins annoncées (Perec *2, Tournier *2, Robbe-Grillet, Huysmans), les éventuelles percées en sciences humaines (après Foucault, Jankélévitch ? Barthes ? Lévinas ? Bourdieu ?), ainsi que les projets quelque peu inattendus comme la Correspondance de M. d’Ormesson et de son truculent gendre, les Écrits vénitiens de Philippe Joyaux dit Sollers, ou les œuvres romanesques incomplètes et désabusées de Michel Thomas dit Houellebecq, on arrive assez vite à 2025. Ça ne laisse plus tant de place pour des projets nouveaux, ne pensez-vous pas ?

            D’ailleurs, j’en avais un nouveau à proposer à Gallimard, car figurez-vous que je viens de suer sang et eau pendant huit jours sur l’immense « Paradiso » de José Lezama Lima (un des massifs les plus durs que j’aie eu à gravir dans ma vie), et je le verrais bien dans une édition chargée de notes, d’explications érudites, de précisions cubaines… (histoire que je me sente moins bête, ce qui n’est certes pas gagné). Mais je sais que c’est impossible. Vargas Llosa n’en finit pas de ne pas arriver. Rulfo n’y sera jamais. Et pour Carpentier, il faut y renoncer aussi. Alors Lezama Lima…

            Et tant que j’y pense, pour ceux qui s’intéressent à la littérature russe du XXe, la poésie complète de Marina Tsvetaïeva va bientôt paraître aux Syrtes. Et ceux qui apprécient la littérature africaine francophone liront avec intérêt l’épais volume consacré à Sony Labou Tansi aux éditions du CNRS. Heureusement qu’il n’y a pas que la Pléiade…

          • @Kyat. Vous êtes un connaisseur en lettres japonaises, ce qui devient rare…
            En ce qui concerne le problème éditorial d’ensemble que vous soulevez dans votre commentaire, voici les réponses que je peux y apporter.
            « Le dit du Genji » sublimement traduit par René Sieffert et paru à l’origine aux POF a été republié par les éditions Verdier il y a trois ou quatre ans je crois, en un (très beau) volume. Les POF ayant déposé le bilan, Verdier rachète petit à petit leur fonds éditorial. En mars dernier j’ai contacté par email une éditrice de Verdier ; elle m’a répondu que, par exemple, elle republierait en 2016 « Le journal de Sarashina » (originellement paru aux POF). Elle étudie aussi la possibilité de republier plus tard le « Journal d’Izumi Shikibu ».
            Je ne sais rien au sujet de Kenzaburo Oe.
            Concernant Shusaku Endo, écrivain très intéressant, je sais que ses ventes en Folio sont décevantes – ce qui écarte d’emblée la possibilité d’une Pléiade, surtout vu le contexte actuel, comme Brumes l’a rappelé si justement en disant que la collection était désormais sous respiration artificielle ormessionière…
            En son temps, la publication des « Tragédies bourgeoises » de Chikamatsu Monzaemon aux POF a été un échec commercial. Le plus grand écrivain japonais après Murasaki Shikibu, comme le disait René Sieffert lui-même (je n’invente pas), n’intéresse pas les Français. Je le vois très mal en Pléiade pour cette raison… Disons-le nettement : la direction de la Pléiade ne peut plus passer du très « populaire » D’Ormesson au très invisible et très inconnu Chikamatsu. Michel Leiris lui-même, « Illustre inconnu » en son temps, comme on le disait à l’époque, est bien plus connu en France que Chikamatsu. Et pourtant, Brumes l’a rappelé, la dernière Pléiade Leiris se vend vraiment très mal…
            Enfin, pour Saikaku, l’héroïsme éditorial de Philippe Picquier a été mal récompensé. Publier un écrivain japonais du XVIIe est déjà difficile, surtout par les temps de best-sellerisation qui courent. Les volumes Saikaku publiés par Picquier se sont donc vendus très inégalement. Seul « L’homme qui ne vécut que pour aimer » a été un franc succès. Il a d’ailleurs été republié récemment. A l’inverse, les deux volumes du « Grand miroir de l’amour mâle » ont été un échec cuisant, si bien que, comme me l’a expliqué une employée de Picquier, ils ne seront pas republiés sous format papier avant longtemps (sinon jamais). Les stocks originels d’autres volumes comme « Arashi » ou « Chroniques galantes » ne sont toujours pas épuisés, malgré leur publication ancienne, si bien que, bien que neufs, ils arrivent défraichis à ceux qui les commandent par correspondance… La Pléiade a son public de fidèles, qui veulent leurs auteurs fétiches en Pléiade, et pas dans une autre collection : si le projet Saikaku est toujours en cours (ce qui n’est pas sûr…), les faibles ventes du Saikaku Picquier ne compromettront pas la parution des 2 volumes Saikaku en Pléiade.

          • Cher Geo,
            j’approuve évidemment votre point de vue. Je voudrais poursuivre la réflexion que certains d’entre vous ont esquissé sur les « choix » de Gallimard. Je vois que vous évoquez Chikamatsu et Shusaku Endo. Je ne veux pas passer pour ce que je ne suis pas, je ne suis pas un professionnel de littérature, mais je sais tout de même assez bien me repérer dans l’histoire littéraire et je lis deux cents livres par an, et pas que du tout-venant. Pourtant, ces auteurs-là, je ne les connais pas (peut-être à tort, mais ce n’est pas la question). Cela signifie que le public moyen de la collection risque de ne pas les connaître non plus.
            Or, le volume d’un « inconnu » (ce que ne sont ni Shakespeare, ni Twain, ni Flaubert, ni Foucault) a besoin pour « marcher » d’une sorte de vogue un peu aléatoire, aussi journalistico-critique que publique, sur laquelle une collection « patrimoniale » comme Gallimard ne peut pas parier. Ramuz fut une exception (et obtint quelques aides au passage).
            Je vais prendre un exemple au hasard pour illustrer mon propos : Jacques Abeille. Voici un homme qui publie depuis près de quarante ans, une œuvre originale, forte, avec une langue très recherchée, un peu hautaine, sur des thématiques aux frontières du conte, de la parabole et du merveilleux. Il a erré d’éditeurs en éditeurs pendant des années avant que soudainement, au début de la décennie, l’alchimie se fasse (grâce à Attila devenu Le Tripode) et que la reparution d’anciens textes suscite une véritable vogue. Et voici Jacques Abeille reconnu comme jamais, devenu une sorte de valeur « montante », alors même que son œuvre existait depuis vingt, trente, quarante ans, en attente, disponible. Et bien, cette vogue étonnante, la Pléiade ne peut la susciter, elle n’est pas là pour ça ; elle ne peut que l’exploiter (comme elle a fait pour Zweig).
            La Pléiade n’est pas une collection « muséale », elle n’a pas pour but de publier l’intégralité du « Canon » (cf. Harold Bloom pour la composition dudit canon). La Pléiade n’est pas une collection de « paris », qui doit relancer des œuvres ou faire découvrir des auteurs trop méconnus. Elle pioche dans un large patrimoine, connu et reconnu pour nourrir une collection dont l’identité forte ne doit pas faire oublier qu’elle est avant tout commerciale.
            En matière de littérature étrangère, il y a tant d’œuvres de qualité qu’elle ne peut proposer que quelques choix, parmi d’autres possibles. Dickens, Scott, De Quincey ou Swift y sont mais pas Thackeray, Sterne ou Hardy (qui seraient tout aussi légitimes). Pasternak, Gorki et Boulgakov y sont, mais pas Tsvetaieva ou Akhmatova, ou encore Bounine. Jünger y est, mais ni Döblin ni Mann, ni le vrai Brecht. Pirandello y a sa place, mais ni Pavese ni d’Annunzio. La matière japonaise, quelle que soit sa qualité, restera toujours un peu marginale dans une collection comme la Pléiade : un ou deux auteurs supplémentaires peuvent y entrer, mais guère plus. Ils ne peuvent être choisis que parmi des auteurs à forte notoriété, soit Mishima, Ôe, Kawabata et Tanizaki (ce qui a été fait). Soseki fait déjà figure de pari !
            C’est qu’il faut aussi de la place pour tous les autres… et faire de la place à des langues mal représentées. Tout cela en choisissant des auteurs qui ne déstabilisent pas un grand public cultivé pour qui De Quincey fait déjà figure de semi-inconnu…

        • Kawabata… Franchement, combien de ventes de ses livres dans des collections de poche ou même brochées, seraient perdues à cause d’une Pléiade ? (A mon avis, ces « méventes » se compteraient sur les doigts d’une main.) Quel curieux calcul !
          Voyons… L’honorable Monsieur K. a quitté notre monte en 1972… plus 70 années (s’il n’y a pas de 3ème Guerre mondiale)… cela nous met dans le domaine public en 2042… Quelques années pour préparer une édition… Ai-je une chance de fêter mon centenaire en m’offrant une Pléiade Kawabata ? Quel délice ce serait ! Pour peu, j’aurais hâte d’y être… Hum, je suis peut-être trop optimiste (sur ma longévité ?… celle de La Pléiade ?… celle – posthume – de Monsieur K. ?…)

  119. @Kerala. Eh bien, vous n’allez pas le croire, mais M. Alain Rocher mentionne noir sur blanc dans son CV que le manuscrit du tome second des « Œuvres » de Natsume Soseki est déjà terminé ! Visiblement il travaille vite.
    Maintenant tout dépend de la direction de la Pléiade. Comme d’habitude, si le tome premier se vend bien, voire très bien, la direction accourra vers M. Rocher et lui dira : « Publions vite le tome second ! Publions ! Le grand public cultivé n’attend pas ! Et nous non plus ». A l’inverse, si le tome premier se vend mal, voire très mal, la publication du tome second prendra des années… ou bien n’arrivera jamais…
    Dans son CV, M. Rocher mentionne le tome premier comme terminé ET validé par la direction de la Pléiade. Le tome second, lui, est qualifié de terminé MAIS pas encore validé. Nuance…

    • En voilà une bonne nouvelle ! Cependant, car je suis quelqu’un de compliquer, j’aime beaucoup les coffrets colorés proposés par la Pléiade depuis quelques années. Alors que faire, attendre qu’un tel éventuel coffret sorte et par conséquent ne pas acheter le premier tome au risque de ne pas voir publier le second, ou bien acheter et oublier l’hypothétique futur coffret. Je sais, je chipote. Plus sérieusement, où peut-on lire le CV du Monsieur ? Merci.

      • Vous avez parfaitement raison sur ce point (concernant Luther). Mais j’ai bon espoir pour Soseki. La parution selon moi très prochaine de son tome premier serait une nouveauté dans la Pléiade ; à l’inverse, si le tome second des oeuvres de Luther attend toujours, bien que remis à Gallimard, c’est parce que le tome premier (une nouveauté en son temps) ne s’est pas bien vendu du tout… Je pense donc que la direction de la Pléiade va jouer au moins une première carte Soseki l’an prochain, en attendant le résultat de la mise : jackpot, ou dette.

  120. @Brumes. Entièrement d’accord avec votre post le plus récent.
    Vous voyez ? J’avais raison de supposer que la publication d’un Chikamatsu Monzaemon en Pléiade était impossible. Vous-même, qui lisez un nombre de livres impressionnant chaque année, et qui connaissez des écrivains dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là, vous reconnaissez ne pas connaître cet écrivain mystérieux, aussi connu des Français que les mêmes Français sont familiers du symbolisme cryptique des arcanes majeurs du célèbre Tarot de Marseille…
    C’est vrai, vous avez raison : sauf rare exception, la Pléiade publie surtout des valeurs sûres, c’est-à-dire des noms connus du grand public cultivé… Et, comme vous le rappelez très bien, miser sur Soseki (ainsi que sur Saikaku) est déjà en soi un pari risqué (voir les grosses déceptions rencontrées par Picquier lors de son programme de publication des oeuvres de Saikaku…).
    Vous devriez faire connaissance avec Chikamatsu Monzaemon. Les 4 tomes de ses « Tragédies bourgeoises » publiés aux POF sont superbes. Des libraires indépendants en vendent parfois des exemplaires neufs sur Amazon. Traducteur surdoué, René Sieffert insistait beaucoup là-dessus : Chikamatsu provoque chez le lecteur le même éblouissement que ne le fait Murasaki Shikibu. S’il y a bien une rencontre à faire, c’est celle-là…

    • (J’oubliais. Si vous ne possédez pas encore les « Tragédies bourgeoises » de Chikamatsu et que vous souhaitez les acquérir, rendez-vous sur Amazon et passez commande auprès du vendeur indépendant dont le nom est « Bookbrok ». Les volumes de littérature japonaise qu’il vend sont neufs, parfaits, sans aucune odeur désagréable de renfermé, etc. On dirait qu’ils sortent tout frais de l’imprimerie.
      Veuillez m’excuser au passage pour cette publicité scandaleuse. C’est honteux, je le reconnais. Mais, le marché de l’occasion réservant souvent de très mauvaises surprises au lecteur honnête – je peux en témoigner…-, j’ai jugé que cette réclame était nécessaire.)

      • Cher geo,

        merci pour ces conseils. J’ai déjà regardé quels volumes étaient disponibles sur Amazon entre votre première mention de Chikamatsu et ma précédente réponse. Je suis tenté, mais j’ai tant de livres que je voudrais lire…
        Vous avez eu raison de signaler un bon vendeur d’occasion.

    • Pour rebondir sur les judicieux conseils de Geo, j’ajoute que Shusaku Endo est injustement méconnu. Sans doute en Europe, est-on déçu par son catholicisme qui n’est pas très exotique pour un auteur extrême oriental pourtant les nouvelles du « Dernier souper » étaient intéressantes et j’ai été aussi très surpris par « La mer et le poison » un roman japonais – je le précise – sur les expériences scientifiques des Japonais sur des prisonniers américains sous une forme de trois confessions successives.
      Sinon, je partage vos réflexions sur les réalités économiques de la Pléiade de ne pas pouvoir publier des auteurs non rentables, j’ai déjà été très surpris à l’annonce d’une Pléiade Sôseki qui me semblait un auteur assez méconnu en France.

  121. J’ai toujours cru, jusqu’à vous lire tous ici que Sôseki était un écrivain japonais plutôt connu en France. Je suis un peu surpris d’apprendre le contraire… Sinon pour en revenir à Tanizaki et à ses œuvres publiées dans la Pléiade, c’est moi ou bien il manque Svastika, un roman pourtant présent en folio ?

    • « Un amour insensé » manque aussi tout comme « Deux amours cruelles » et « L’affaire du Yanagiyu » et ce sont des œuvres qui sont publiées chez Gallimard. Tout cela ne prend pas en compte les œuvres de Tanizaki qui n’ont pas été traduites en français ou qui sont indisponibles aujourd’hui. Cela serait étrange d’ajouter un troisième volume à Tanizaki alors que les deux précédents suivaient un ordre chronologique mais il y a indiscutablement de quoi faire.

  122. Sur le site officiel de La Pléiade on trouve un texte intitulé « Éditer Bernanos aujourd’hui » publié dans l’édition ‘en ligne’ de la ‘Lettre de la Pléiade’ du 1er octobre, à l’occasion de la sortie prochaine (15 octobre) de la nouvelle édition des Oeuvres romanesques complètes.
    Une présentation (une justification ?) des choix qui ont prévalu pour établir cette nouvelle édition.

    • Cette nouvelle édition de l’oeuvre romanesque de Bernanos ressemble bel et bien à une véritable « nouvelle édition » et je vais me jeter dessus comme un affamé… Tout en conservant mon ancienne édition en un volume qui reprenait les publications « classiques », car les différences entre les deux, et leur intérêt respectif, semblent assez grands pour justifier le fait de les posséder toutes deux.
      (J’éprouve cependant une immense frustration, car je devrai attendre Noël et les vacances pour me les offrir ; faire venir un coffret aussi précieux et fragile – et à si grands frais, de port et de douane – à Wallis et Futuna, n’est pas envisageable… Personne n’a prévu de faire un tour par ici, d’ici là, et de les mettre dans ses bagages ?…)

      • Cher Dominique, je vous les aurais amenés avec joie, mais je prends rarement la déviation wallisienne quand je sors d’Amiens pour me rendre à Beauvais.
        J’avoue que la présentation des Pléiades Bernanos me fait beaucoup hésiter. J’ai moi aussi l’ancien volume, mais ceux-ci ont l’air d’avoir révisé en profondeur textes et variantes…

        • Je pense que je vais me laisser tenter par ce coffret, j’ai hésité longtemps à acquérir la première édition puis ayant appris qu’une nouvelle édition était en cours, j’ai attendu.

        • D’après l’émission « La marche de l’histoire » sur France Inter, consacrée à Bernanos cette semaine, l’édition des oeuvres romanesques a été retardée à cause d’un conflit avec les ayant-droits du père Bruckberger. Celui-ci, qui fut à l’origine de Dialogues des carmélites a semble-t-il eu une relation très confictuelle avec les fils Bernanos. Dans son magnifique livre « Bernanos à la merci des passants », Jean-Loup, le plus jeune des fils de Bernanos, dresse de lui un portrait peu flatteur… Bruckberger aurait été assez ôdieux avec les enfants de Bernanos après la mort de leur père. C’est à mettre au conditionnel car le témoin est à la fois juge et partie, mais c’est une chose à connaître. Je recommande d’ailleurs ce livre à tous ceux qui aiment l’oeuvre de Bernanos et admirent sa trajectoire personnelle. Il y a aussi eu des querelles devant les tribunaux pour une sombre affaire de plagiat semble-t-il…

  123. Un de mes correspondants me communique le programme du premier semestre 2016, tel qu’un représentant Gallimard le lui a annoncé :
    en février : un 5e volume consacré à Henry James, comprenant « Portrait de Femme » et d’autres romans (de mon avis, probablement deux ou trois, étant donné que les romans de James sont souvent assez longs)
    en mars : deux volumes consacrés à l’Œuvre romanesque de Mario Vargas Llosa, annoncés de longue date pour 2016 (et j’avoue que je prêtais peu attention à cette date annoncée, tant la collection est coutumière des retards).
    en avril : un 3e volume consacré à Jules Verne, avec le « Voyage au centre de la terre » et un autre roman.
    en mai : les tomes VI et VII des œuvres de Shakespeare, avec les comédies restantes et la poésie. L’album sera consacré au Barde, comme nous l’avions assez justement deviné.

    Cette annonce n’a rien d’officiel, mais je la pense très plausible, et je remercie mon correspondant pour cette communication.
    Je n’avais pas du tout anticipé la parution d’un volume de romans de James, mais c’est une publication légitime et parfaitement logique, sachant que les Nouvelles sont déjà toutes parues et que la réputation d’Henry James en France est fermement établie.

    • Bon, je vois que votre information sur le programme 1er semestre 2016 n’intéresse guère les populations « brumeuses », alors je me dévoue pour le commentaire inutile, juste pour vous montrer, cher Brumes, qu’on vous a lu. Vargas Llosa, franchement, si ce n’était vous, je n’y croirais pas ! Etes-vous sûr de votre (honorable) « correspondant » ? Non, non, surtout ne faites rien pour que son identité soit devinée, il serait regrettable qu’on retrouvât, quelque jour, son cadavre dans les environs de la rue Sébastien Bottin… Un 3ème Jules Verne, pour moi c’est du nectar, et là aussi je n’y croyais pas trop. (Voir Verne considéré comme un vrai écrivain et sortir des éditions enfantines ou « nostalgiques des vieilles Hetzel – marre de cette ghettoïsation ! ) Ah, si la même chose pouvait se produire pour Cendrars…
      {Aaaargh ! je découvre, en voulant vérifier l’orthographe de S. Bottin, que la première moitié de la rue a été rebapitisée Gaston-Gallimard en 2011 ???!!! Je n’en crois pas mes yeux !: Ce cher Gallimard va pouvoir libeller ses courriers, comme faisait Victor Hugo qui avait vu, de son vivant, sa rue porter son propre nom, « en ma rue » ! C’est un scandale, ce privilège aurait dû rester l’apanage du seul grrrrrrand V. H. !}

      • Cher Dominique,
        oui, l’adresse a changé, et je le sais d’autant mieux que j’ai écrit plusieurs fois à Gallimard, pour me plaindre de la composition défectueuse d’un volume – généralement onéreux (pages manquantes, cahiers intervertis, etc.), afin d’obtenir un échange gracieux : j’envoyai ma lettre à la maison Gallimard de la rue Gaston-Gallimard.
        Pour le programme 2016, l’avenir donnera raison (ou tort) à ce correspondant.

  124. Merci de toutes ces informations. J’ai découvert ce matin le site, rondement mené par Brumes. L’arrivée inattendue des nouveaux volumes Faulkner et James fait d’autant plus plaisir que les quatre volumes respectifs déjà consacrés à l’un et l’autre de ces deux immenses écrivains sont vraiment remarquables. On peut déplorer ce qu’on veut mais force est de constater que nous avons eu le droit ces dernières années à quelques séries d’une valeur éditoriale exceptionnelle : Jünger, Woolf, Fitzgerald, Melville, Duras, Shakespeare, j’en oublie, de ce point de vue Rubempré a raison quand il dit qu’il faut aussi savoir célébrer et pas toujours « surveiller et punir », en tout cas en lisant en diagonale les commentaires des uns et des autres, je me rendais compte qu’ils donnaient envie d’être lus quand ils étaient utiles et que le plaisir devenait communicatif. Ou drôle comme celui d’entre vous qui évoquait la sacro-sainte odeur de chaussures neuves.

  125. Levé de bonne heure, je suis retourné sur votre site pour y lire plus en détail son contenu. Et je me faisais les réflexions suivantes:
    – D’abord et à titre très anecdotique, faut-il lire une Pléiade à même le cuir ou garder le plastique ? Je jette systématiquement les dits Rhodoïd, estimant que le plastique finit par « cartonner » le cuir et qu’on ne porte pas une paire de chaussures en gardant le boîte aux pieds – mais il m’arrive de penser que j’ai tort de le faire.
    – Peut-être qu’il convient de se féliciter des récentes parutions commerciales – Ormesson, Don Quichotte, etc. – si elles servent par ex. à financer cet inattendu tome V de Faulkner ?
    – Un grand écrivain mort de ces 40 dernières années qui mériterait plus qu’aucun autre d’y rentrer, c’est W.G. Sebald. Il est vrai que son oeuvre est déjà parfaitement traduite chez Actes Sud.
    – Là où me semble-t-il la Pléiade abuse vraiment de la confiance de ses acheteurs, c’est en continuant de vendre des éditions totalement obsolètes, qui sont même en retard par rapport à la collection Folio, soit qu’elles y bénéficient d’une traduction révisée, soit entièrement refondue. Je pense aux volumes Kafka, Joyce, à certains Dickens, Tolstoï, Dostoïevski, etc.
    – Enfin, habitant à proximité, le hasard veut que j’achète régulièrement des Pléiade chez le bouquiniste indiqué plus haut. Une bonne partie des titres vendus ne sont pas « comme neufs » mais neufs, aussi neufs que dans les librairies, ni lus ni ouverts. J’y ai même vu un jour une personnalité politique de premier plan y acheter sous mes yeux le volume Pessoa. Je le dis à ceux qui trouvent que Bruxelles est un peu loin (cf. l’autre adresse conseillée plus haut).

    • Cher Leuwen,
      merci pour vos messages.
      À titre personnel je garde le rhodoïd, mais je l’enlève au moment de la lecture, et je ne le remets qu’au moment de ranger le livre sur l’étagère. Pour l’anecdote, je suppose que vous aurez remarqué qu’en général, sur le marché de l’occasion, un Pléiade + rhodoïd + jaquette + boîtier se vend mieux qu’un Pléiade seul. J’ai récemment acquis d’occasion les 4 volumes Kipling, pourtant récents, sans boîtier ni rhodoïd : leur prix était nettement inférieur à ce qu’il aurait été si ces livres, en parfait état, avait été vendus avec leurs boîtiers et rhodoïds d’origine.
      Pour les Pléiade’s Digest et le volume d’Ormesson, nous en avons déjà largement parlé ici, dans le fil de commentaires (certes interminable). Je ne crois pas qu’on puisse se féliciter de cette tendance : elle montre trop bien quelles difficultés traverse la collection, et quels accommodements Gallimard est disposé à faire pour tenter de maintenir une rentabilité déclinante. Un tirage spécial pour le Don Quichotte de Cervantès, c’est un coup de poignard dans le dos des deux volumes « princeps » des œuvres, parus voici une quinzaine d’années. Que deviendront-ils au catalogue à l’avenir ? L’intérêt de la Pléiade, c’est aussi d’avoir une édition impeccable de textes « rares », peu édités, comme on pouvait le voir dans les volumes collectifs de théâtre, ou dans les séries en X volumes, pas de retrouver sous cuir le texte déjà disponible dans quatorze éditions de poche différentes. Je suppose que Gallimard cherche « un nouveau public »…
      On peut penser ce qu’on veut de M. d’Ormesson, toujours est-il que Gallimard a publié ce volume en pariant qu’il se vendrait excellemment bien – ce qui a été le cas (25 ventes en quatre mois dans la principale librairie de la future ex-capitale régionale où je réside ; on avait jamais vu une telle ruée, ou peu s’en faut). Cela nous dit quelque chose d’une situation donnée.

      À propos de l’occasion et des volumes « état neuf » : sans vouloir accuser personne, je me méfie parfois des reventes de Pléiade en état neuf, quand le libraire (notamment sur un célèbre site d’enchères en ligne) en a trop, trop souvent. Un des libraires de ma ville a été cambriolé cet été, on lui a volé les trente volumes de la Pléiade qu’il avait en magasin et il ne faut pas longtemps pour comprendre qu’ils seront revendus, quelque part, en « état neuf » (voire revendus à quelqu’un qui les vendra de bonne foi à des acheteurs honnêtes…).
      Mais sinon, comme le disait Rubempré, un bon coin à Pléiade est comme un bon coin à champignons – on n’en parle pas toujours à la cantonade !

      Pour Sebald, l’œuvre est en effet éditée par Actes Sud. Elle ira éventuellement en « Thésaurus », pas en Pléiade (pas tout de suite en tout cas)
      Bien à vous

  126. Merci Brumes, la réponse est d’une belle habilité, preuve que vous ne vous laissez pas dissiper (facilement du moins). Vous avez raison sur les différents points évoqués et c’est bien de terminer sur ce qui nous fait vivre, c’est-à-dire l’espoir, dans le cas présent la reparution prochaine des volumes Kafka dans des traductions dignes de ce nom.
    Au plaisir de lire vos prochains billets.

  127. Cher Brumes,

    Encore ceci que je me dois de préciser : le bon coin en question ne vend en aucune manière des livres volés, c’est impossible pour des raisons qu’il serait long et fastidieux d’expliquer ici. L’image des champignons est excellente, sauf qu’il peut arriver qu’à un moment, à force d’en avoir trop mangé ou d’en vouloir trop manger, on frise l’indigestion (financière dans le cas présent). Donc indiquer un dessous d’arbre, c’est moins faire preuve de générosité envers les autres qu’envers soi-même puisqu’en le faisant, on se donne les moyens de ne plus en trouver le jour où on y retourne alors qu’on ne devrait pas y retourner. Et puis peut-être qu’au besoin, on saura arrivé le premier le jour où on pourra en remanger. Quelque chose comme ça.
    Bien à vous

  128. Bonjour à tous,

    Je souhaiterais rebondir sur le commentaire d’une personne faisant remarquer que certains de ses volumes de la Pléiade étaient difficiles à feuilleter, et que le papier “craquait” au moment de tourner les pages.
    J’ai pu constater la même chose avec certains de mes volumes ; la première manifestation de ce défaut consistant en un gondolement anormal et marqué de la partie des pages qui se trouve du côté de la tranche du volume, ou plutôt de sa reliure – pardonnez mon expression maladroite. La seconde manifestation tient à cette difficulté à feuilleter le volume, due à la rigidité des pages.

    En cherchant un peu sur la Toile, je suis tombé sur un fil de discussion de forum qui soulevait ce problème, et dont l’un des membres y donne quelques explications techniques, de même qu’il semble avoir été en mesure d’ “incriminer” une imprimerie (Aubin) en particulier.

    http://forum.macbidouille.com/index.php?showtopic=337348

    Aussi me suis-je livré à un – trop – rapide inventaire de ma bibliothèque afin d’établir la liste de mes ouvrages comportant ce défaut, et j’en suis arrivé au même constat que l’internaute ; mes volumes provenant de l’imprimerie en question présentent ce défaut. J’ai ainsi relevé, notamment :
    le volume consacré aux oeuvres de Calvin (imprimé en 2009, par l’imprimerie Aubin)
    le volume consacré aux oeuvres de Lévi Strauss (imprimé le 31 mars 2008, par la même imprimerie) – même si, pour cet ouvrage, le défaut tend à être moins perceptible au delà de la 500eme page.
    Le volume consacré aux Essais de Montaigne (imprimé en 2007, même imprimerie)
    Le catalogue de la Pléiade de 2012 (imprimé par LEGO, en Italie)

    Pensez-vous, en définitive, qu’un retour des ouvrages défectueux soit possible ? – j’en doute beaucoup mais allons bon…

    Bien à vous,

    Pierre C.

    • Cher Pierre C.,
      j’ai le même problème avec Lévi-Strauss (et peut-être pour d’autres, il faudrait que je vérifie, je crois que c’est le cas pour Octavio Paz, encore un 2008…). Je sais qu’en principe un Pléiade s’assouplit à l’usage et avec le vieillissement (une question d’humidité moyenne du papier) ; cependant, je n’ai jamais observé ce défaut sur des volumes de 2013 ou 2014, et pas plus sur des volumes anciens (années 80, 90). Au départ, je pensais que c’était une question d’épaisseur, mais certains gros formats guère plus anciens comme le Pessoa et le Gorki n’ont pas ce problème. Vous avez à mon avis mis le doigt sur un problème survenu en 2008/09 et qui ne s’est heureusement pas reproduit.
      Hélas, pour répondre à votre question, je ne pense pas qu’il y ait eu depuis de retirage de ces volumes (vérifiez si vous le pouvez dans une librairie qui viendrait de se réapprovisionner). De fait, je pense que Gallimard ne serait pas en mesure de vous l’échanger contre meilleur volume (puisqu’il n’y en a pas). Mais, je vais nuancer mon pessimisme : comme Gallimard tire 10 000 planches (par exemple), en relie 5 000 qu’elle distribue dans le commerce, et laisse 5 000 planches imprimées mais non reliées, pour pouvoir les relier en cas de demande, il se peut que des volumes imprimés en même temps que les ouvrages défectueux, mais pas reliés au même moment, ne soient pas « victimes » de ce défaut (si le défaut vient de l’assemblage).
      En tout état de cause, et cela j’y tiens fort, écrivez-leur une lettre en énumérant les volumes incriminés, les imprimeurs en cause, et demandez leur, d’un air ouvert et néanmoins mécontent, ce qu’ils comptent faire. Par expérience, Gallimard m’a toujours répondu assez vite lorsque j’émettais une plainte pour exemplaire défectueux (y compris pour un boîtier défoncé en librairie). Au pire, ils ne pourront rien faire mais vous aurez une réponse précise sur les raisons de cette étrange réaction.
      Bien à vous.

  129. Cher Brumes,

    je vous remercie pour votre réponse et rejoins vos remarques en tous points.
    J’ai également le sentiment que les ouvrages ayant été reliés à compter de l’année 2013 ne présentent plus ce défaut – sous réserve d’infirmation bien sûr.
    Comme vous, j’avais eu tendance à penser que cela était dû à l’épaisseur du volume. Mais il n’en est rien car la pléiade Calvin est de “taille” moyenne – 1520 pages – et présente également cette caractéristique. Je verrai si le volume s’assouplit quelque peu par l’effet du temps.
    Suivant votre conseil, je compte envoyer une lettre à Gallimard avec les références précises des ouvrages en cause et de leur imprimeur.
    J’imagine, au demeurant, qu’ils ont déjà eu des retours afférents à ce problème particulier.
    Quoi qu’il en soit, je vous ferai part de leur réponse.

    Dans un ordre d’idée un peu différent, et pour joindre ma voix au concert existant, je déplore l’absence de projet d’édition portant sur l’oeuvre de Maurice Blanchot – même si je suis loin de la connaître dans son intégralité. Au reste, je doute fort qu’un tel projet voie le jour – un cahier de l’Herne lui a été consacré, ce sera une petite consolation.

    Bien à vous.

  130. Merci Pierre C. de nous tenir informés de la réponse de Gallimard. J’ai le même problème avec les volumes 3 et 4 de James et le volume 3 de Faulkner, sûrement d’autres encore mais je n’ai pas pris le temps de vérifier. Et effet, tous les volumes incriminés sont imprimés chez Aubin, pas chez Roto.

  131. Les volumes Comédies de Shakespeare, Balzac VIII, Souvenirs et récits de Tolstoï (impression 2012) présentent pareille rigidité dans les pages. Ils sont également imprimés chez Aubin et il s’agit de tirages des années 2011, 2012 et 2013. Affaire (bénigne ?) à suivre.

  132. Merci Brumes. Oui, les impressions Aubin d’avant les années indiquées plus haut ne souffrent pas de ce problème. En revanche, il continue de toucher des volumes récents (Shakespeare, mais aussi Woolf dans mon souvenir – ce qui m’avait incité à prendre le coffret à la place des deux volumes séparés). Toutefois, on a peine à imaginer qu’une imprimerie capable de bien faire son travail ne sache plus le faire du jour au lendemain. Peut-être que la cause est ailleurs. Ceci n’est pas très grave non plus, les pages s’assouplissant un peu à la lecture, à condition de les retourner dans l’ordre, une par une.
    Je reviens aussi une seconde sur ce tirage, peu goûté ici, de Don Quichotte. Il en va d’une maison d’éditions comme d’une maison de production de films: c’est parfois grâce à l’argent engrangé par des oeuvres grand public qu’on peut financer celles qui s’adressent à un public plus pointu. Ayant acheté ledit ouvrage, je me disais l’autre jour aussi qu’il était heureux que la Pléiade ne vise pas seulement des lecteurs de type universitaire ou rat de bibliothèque, mais aussi – tout simplement – des amateurs de beaux livres et de conditions de lecture idéales. Je reprends volontiers l’image d’un intervenant qui comparait plus haut la lecture d’un livre en Pléiade au visionnage d’un film sur grand écran dans des conditions de projection parfaites (à l’opposé de l’écran de télévision ou d’ordinateur) : ce seul plaisir-là – celui de lire dans les meilleures conditions possibles et de savoir que l’expérience n’est pas la même selon que les mots soient imprimés chez Folio ou en Pléiade – est très important aussi, décisif même. La volonté de séduire ou de se montrer séduisant ne saurait être un mal à une époque où chacun déplore le recul de la lecture sur le support papier.

  133. J’écris trop vite, sans me relire: à la place de « par des oeuvres grand public » je voulais dire « par des éditions grand public », la question n’était évidemment pas Don Quichotte en tant que tel, mais son emballage, c’est-à-dire la façon dont l’éditeur chercher à atteindre un nouveau public. Et si j’ai moi-même acheté ce tirage hors-série, c’est justement pour éviter l’édition de 2001, trop volumineuse à mon goût. Bien à vous.

    • SI le prochain « hors-série » pouvait être une édition des « Tragiques » de d’Aubigné ! Bon, il y a aussi l’édition paru chez Honoré Champion qui a l’ait absolument passionnante… mais en réimpression.

      • Pour suivre le commentaire de deniziotjimmy, je pense aussi qu’il serait intéressant pour Gallimard de ressortir à l’occasion de son hors série annuel, une partie du stock épuisé (Aubigné, Constant, Corbière, Cros, théâtre du XVIIIe siècle) ou un best of de séries onéreuses et ou avortées (Marx, Hugo…)

        • Loin de moi l’intention de doucher votre optimisme, mes chers Jimmy et Kyat, mais je crains que vous ne vous mépreniez sur la fonction de cette sous-collection. Ces tirages spéciaux ne sont qu’une manne financière ponctuelle, conçue un peu comme un « best of » en musique : rien de neuf, mais sous un joli packaging. Plutôt que d’acheter l’intégrale des symphonies de Beethoven, vous achetez un double CD avec la 5e et la 9e, à prix attractif.
          C’est un saut majeur de la collection à mon sens (et vous aurez bien évidemment observé que je lui suis hostile). La sous-collection vous vend le Quichotte, sous une reliure cuir et un joli packaging, parce que c’est le plus connu, plus connu que les Nouvelles exemplaires que Persilès & Sigismonde ou la Galatée. À titre personnel, j’aime acquérir un Pléiade pour avoir une édition et traduction impeccable de ces textes-là qui sont difficilement accessibles ailleurs et pas seulement pour ce qui se trouve ailleurs aisément.

          Ne vous attendez pas à autre chose que pour Sade ou Cervantès, à savoir la publication des textes les plus connus d’un auteur, débarrassés des œuvrettes moins célèbres qui alourdissent des volumes apparemment trop remplis pour les phynances du comptoir Gaston & Fils. Je parie, quant à moi sur « Les Confessions » toutes seules, sur « Moby Dick » seul, sur le « Voyage au bout de la nuit » seul, sur un condensé du « Journal » de Gide, ou bien encore sur deux ou trois romans de Camus, d’Aragon, de Giono ou de Conrad, actuellement honteusement éparpillés dans 4/5/6/X volumes différents. On peut alourdir cette liste à l’infini (un dernier me vient à l’esprit : un diptyque Illusions perdues / Splendeurs et misères des courtisanes, de Balzac ; ou encore les plus connus des Zola). Vous comprenez la logique ? Piocher ici ou là, retirer tout ce qui n’est pas connu et ne plus présenter de volumes avec le titre effrayant « d’œuvres » : plutôt des romans choisis, dans un volume léger. J’ironise, mais ne veux tout de même pas fustiger Gallimard, car s’ils le font, c’est sûrement ce qu’une partie du public cherche.
          Au mieux, ils pourraient piocher dans les deux volumes « Romanciers du XVIIIe » pour ressortir quelque roman connu (Manon Lescaut remplira difficilement un volume… mais « Gil Blas », oui, « Moll Flanders » et « Tom Jones » aussi, mais c’est encore trop obscur peut-être pour mériter la nouvelle sous-collection). Il faut du connu, car cette série devra être très rentable pour soutenir les volumes courants, certes passionnants, mais qui n’ont pas marché (de Quincey, Leiris II).
          D’ailleurs, et je suis d’humeur sarcastique : pourquoi ne pas imaginer dans quelques années un volume d’Ormesson « tirage spécial » , vendu 49,99€, et comprenant deux des quatre romans présents dans le gros volume paru cette année, histoire de ne proposer que la quintessence du meilleur de ce que M. d’Ormesson a écrit de mieux !

          • Ma foi, ce n’est pas une si mauvaise idée que nous ressortir un hors série « Manon Lescaut/Paul et Virginie/Point de lendemain ».
            Rousseau a ses chances comme vous dites même si ça ferait un gros volume.

          • Cher Kyat,
            Manon Lescaut, Paul et Virginie et Point de lendemain, à eux trois, représentent 300 pages (180, 100, 20) dans les deux volumes des « Romanciers du XVIIIe » (je les ai sous la main). Autant dire qu’il faudrait un copieux dossier et de copieux essais sollersiens pour atteindre le minimum vital.
            On pourrait aussi imaginer un volume de Hugo, comme Notre-Dame-de-Paris, mais la ficelle serait peut-être un peu grosse, sachant que le volume « princeps », étant fort ancien, n’est guère coûteux et contient aussi Les Travailleurs de la mer.

          • Il est vrai, cher Brumes, que je n’avais pas pris en compte le nombre de pages de ces romans en Pléiade, il faudrait alors leur ajouter Crébillon ou Cazotte ou pourquoi pas aller chercher du côté des romans de Marivaux dont l’édition est très ancienne aussi.

  134. Bonsoir à tous
    J’ai depuis ce matin le coffret de deux volumes Bernanos …
    Pas de soucis, imprimé en … Allemagne !
    À première vue, la finition est soignée, les pages se tournent naturellement, et je trouve que l’impression des caractères est plus nette et régulière que dans certains volumes récents.
    Ce qui me fait penser que Gallimard doit être au courant des problèmes signalés ici, mais alors … que de temps pour réagir !
    et passer contrat avec un imprimeur sérieux.

    Pour cette nouvelle édition de Bernanos j’aimerais lire, à l’occasion, l’avis de bons connaisseurs de l’oeuvre à propos de la qualité du travail éditorial effectué.

    • Oui, imprimé dans une cité célèbre, Nördlingen (nom que j’ai déjà vu pour d’autres volumes). À propos de ce coffret, nos expériences divergent. J’ai été feuilleter les volumes tout à l’heure : les deux coffrets de la librairie où je m’approvisionne étaient trop larges pour leur contenu (et donc déjà en partie défoncés sur les côtés) et les rhodoïds étaient mal pliés.
      Sur le fond, les notes et notices m’ont paru abondantes, la nouvelle à partir de laquelle a été conçu le « Dialogue des Carmélites » est présente en annexe (il me semble), et les différentes versions d’Un Crime et d’Un Mauvais rêve sont présentes. Je crois savoir que « Monsieur Ouine » doit aussi se présenter de manière un peu différente. J’ai l’ancienne édition alors j’hésite encore. Je pencherais plutôt pour l’acquisition des Essais et écrits de combat (au moins le premier volume).
      J’ai lu ce week-end « Bernanos, une biographie », de Max Milner (1988), chez Séguier. C’est moins une biographie qu’une relecture détaillée de l’œuvre (plus centrée sur les romans que sur les essais). Ça pourrait très bien compléter votre lecture des volumes de la Pléiade. Le livre est épuisé, mais point trop compliqué à trouver d’occasion (je l’avais trouvé à « Diogène », fameuse librairie d’occasion que tous les Lyonnais connaissent).

      • Merci pour vos bons conseils cher Brumes , j’ai très facilement trouvé le livre de Max Milner, dont plusieurs exemplaires sont proposés sur les principaux sites de vente ‘en ligne’.
        Et la librairie Diogène me paraît une excellente adresse !

  135. Bonjour Brumes, c’est drôle ce que vous dites à propos du coffret Bernanos car j’ai eu hier la même expérience que vous : rhodoïds mal pliés, couverture lâche et cuir qui paraissait plus fin et brillant que de coutume. Et pour la première fois j’ai pensé, en sortant de la librairie, que ce je tenais pour acquis – disons la qualité de fabrication des ouvrages (la rigidité des pages précédemment évoquée est d’un autre ordre) – ne le serait peut-être plus.

  136. Bonsoir Brumes, bonsoir à toutes et à tous,
    Je voudrais tout d’abord remercier tous ceux qui animent ce blog de qualité, me régalant chaque soir après soir de la lecture des derniers commentaires, sur un sujet qui constitue l’une de mes plus grandes passions, malgré mes 16 ans, et qui occupe toutes mes journées en pensée …
    Je voudrais ce soir demander conseil aux experts de l’édition des Liaisons dangereuses en Pléiade : je vais enfin lire ce chef-oeuvre, et m’interroge sur la meilleure édition à choisir, Oeuvres complètes de Laclos ou simplement édition séparée de 2011 ? J’apprécie les Pléiades complètes, et pour moi, plus une Pléiade est épaisse, plus elle me convient ! Je pencherai donc pour l’instant plus pour l’édition complète, bien que j’ai à coeur de lire uniquement les éditions les plus récentes pour chaque volume. Ma véritable interrogation est : concernant juste Les Liaisons, éditorialement, sur la qualité des notes et de la présentaion globale du texte, quelle est la meilleure édition selon vous ? Merci pour toutes vos réponses prochaines.
    Bonne soirée à tous.

    • Cher Séraphin,

      pour autant que je sache, le Laclos Pléïade (L. Versini, 1979) fait encore référence de par la qualité de son texte et l’originalité et la richesse d’information des notes (pratiquement un commentaire). Même dans des volumes aussi rigoureux que celui de Versini ou les Fables et les Contes de La Fontaine par J.-P. Collinet, notre collection favorite pèche hélas par la minceur des notices individuelles sur les oeuvres; l’assez longue introduction des Liaisons dangereuses aux Classiques Garnier (Y. Le Hir, 1961; texte non critique) reste donc utile malgré sa date et son faible rajeunissement dans la réédition de 1995. Ce n’est toutefois pas un volume qui puisse se comparer aux fleurons de la série jaune, comme le Manon Lescaut de F. Deloffre et R. Picart (1965 ; l’introduction fait 175 pages), les Fleurs du Mal d’A. Adam (1961; 215 pages de notes), ou le Rimbaud de S. Bernard (1960). Au risque de me répéter, je veux rappeler que la valeur d’une édition n’est pas nécessairement conditionnée par sa date, sauf accroissement documentaire important. Les deux volumes d’Historiens de la République romaine signés par G. Walter (1968) gardent leur attractivité bien qu’ils n’émanaient pas d’un classiciste de métier, car la traduction parvient à être fluide tout en respectant le style propre à chaque auteur – il suffit de comparer le Tite-Live complet mais désolant d’A. Flobert chez Garnier-Flammarion ! -, les notes sont stimulantes, et le deuxième volume comporte un triple Index analytique de 600 pages où l’information le dispute à l’impertinence (attention quand même aux approximations de détail sur les realia ou les institutions).

  137. Cher Brumes,

    Evidemment, j’ai continué de vous lire, et plus attentivement que je ne le faisais auparavant, ce qui m’a permis de voir que j’avais tort de monter sur mes grands chevaux : on ne dénigre pas tant que ça ici. Je vous lisais – alors – d’un oeil distrait et le hasard a voulu que je tombe deux fois de suite sur un message de Dominique coupée net dans son élan (son envie de lire) par Neo-Brit.
    C’est vrai qu’on devient assez vite fou de Pléiade, c’est d’autant plus curieux qu’on ne s’y attend pas du tout, on est pris par surprise, pour ainsi dire. Il y a un an à peine, je n’en possédais pas une seule. Aujourd’hui, j’en ai 49. On se ruine, mais c’est une ruine qui permet de bâtir mieux et plus chaud. Je crois par ailleurs que derrière tout amateur de Pléiade se cache un fétichisme plus ou moins aggravé.
    J’aime beaucoup ce parallèle avec la salle de cinéma opposé à l’écran de télévision tellement il est vrai que la lecture d’un auteur qu’on aime sur une page Pléiade n’a rien à voir avec la lecture de ce même auteur sur une page Folio ou même Blanche. Ce qui est beau, au delà du plaisir de l’objet, c’est justement de croire dur comme cuir à l’importance du support comme multiplicateur de bonheur. Rien n’est plus triste que les gens qui vous disent que tout se vaut, un film sur ordinateur ou en salle, téléchargé ou en DVD, un livre pris en bibliothèque ou acheté, etc. C’est pour ça que le tirage du Don Quichotte ne me choque pas: j’aurais la version de 2001, je la regarderais d’un mauvais oeil, sûrement avec une pointe de jalousie, après tout Picasso c’est pas mal, la couleur du boitier dynamise agréablement l’ensemble, l’appareil critique est réduit à sa plus simple expression, juste ce qu’il faut (j’apprécie parfois les gros appareillages au forceps, ils font le prix de la collection, mais pas forcément à toutes les sauces ni toujours, cf. les excès très fâcheux des années 1980/90 que vous évoquez ailleurs dans votre blog) et elle paraît 14 ans après l’autre donc on ne peut pas dire qu’elle la tue dans l’oeuf ou qu’elle stoppe sa croissance. Ce qu’il faut, c’est ce tome 5 de Faulkner et si le prix à payer pour l’avoir c’est des parutions parallèles qui font rentrer l’argent, tant mieux. Et je ne crois pas qu’un Don Quichotte version light retarde (ou pire, empêche) la parution d’un nouveau tome Flaubert.
    Voilà, je crois avoir répondu à la question de Calobarsy sur Laclos.

  138. Bonjour à tous,
    Merci pour ce blog très intéressant, merci à Brumes et à tous les intervenants. Je suis un fervent amateur de Pléiades, et apprécie les infos qu’on peut trouver ça et là pour les futures publications. Il y a un point qui m’intrigue: la publication d’Artaud en Pléiade est considérée ici comme peu probable. Pourtant il y a eu des indices qui en général sont fiables: une phrase d’Artaud dans l’agenda Pléiade 2013 (semaine du 27 mai au 3 juin), et un dessin également dans l’agenda 2011. La dernière lettre de la Pléiade mentionne aussi Antonin Artaud.
    Une autre publication que j’espère beaucoup: Thomas Mann, qui, semble-t-il devra attendre 10 pour que son oeuvre tombe dans le domaine public. La question que je me pose est de savoir si il y a déjà un travail en cours sur cet auteur, pour une parution postérieure aux 10 ans, ou si c’est seulement après ce délai que le projet sera sérieusement lancé.
    Bon WE à tous.