La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

6 392 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Testament, v. 605 : ilz aimoient en lieu secret,
    car autre d’eulx n’y avait part.
    Touteffoiz celle amour se part,
    car celle qui n’en avoit q’um
    de celluy s’eslongne et depart
    et ayme mieulx aimer chascun

    “elles n’avaient qu’un seul amant : |personne d’autre n’y prenait part. | Toutefois cet amour devint pluriel : | celle qui n’avait qu’un amant | s’éloigne de lui et le quitte | et préfère aimer tout un chacun” (Pléiade, p. 70).
    ……………..
    Je ne suis pas en capacité de décider, sur le plan de l’interprétation, qui a raison de vous, NéoBirt7 ou de la traductrice de la Pléiade, mais je puis faire la remarque que, pour quelqu’un qui se vantait plus haut de ne pas faire une traduction glosante elle ne peut faire autrement que se contredire en l’espèce, et que, sur le plan esthétique, euphonique, poétique… « traduire »

    – et ayme mieulx aimer chascun »

    par le très laid, plat, prosaïque, grossier, et inutilement explicatif :

     » et préfère aimer tout un chacun »

    faut le faire ! (Ou plutôt, il n’aurait pas fallu le faire.) Je ne vois d’ailleurs pas en quoi ce vers, d’un sens clair, avait besoin d’une « traduction » ! Pour le lecteur « moderne » et passablement fainéant, il eut suffi d’actualiser l’orthographe sans rien changer à l’ogre des mots et n’en supprimer ou remplacer aucun.
    Flagrant délit, passible de lourdes peines !

      • Lombard et sa clique ont beau ferrailler contre toute explication technique dont ils ne perçoivent que le pédantisme superficiel, nul ne me convaincra que la qualité des Pléiades traduites depuis une langue étrangère quelconque tient à autre chose qu’à la solidité de la préparation et à la force philologique de leur éditeur. Supposons que le choix de ce dernier a été admirable sous le critère de la compétence plutôt que la résultante du poids d’une coterie littéraire ou académique, et que Gallimard a obtenu la collaboration du meilleur spécialiste de tel auteur ou de tel genre ; il en va encore d’une traduction comme d’une édition de texte antique ou médiéval en ce que ce travail mobilise un très vaste éventail de spécialités qui ne s’acquièrent que par la pratique et dont il est hélas parfaitement faux de penser que la simple familiarité avec les textes forgée au fil d’une longue carrière suffit à les procurer à un savant senior. Si la méthode sous-tendant la Pléiade en devenir est d’emblée défectueuse, généralement par application de principes soit rigides soit trop absolus en matière de classement ou de valorisation des manuscrits et de reconstitution orthographique de l’original, ou si la doctrine traductologique mise en oeuvre est celle d’un théoricien plutôt que d’un solide praticien de la translation intralinguistique, il y a toute chance que le produit fini constituera une déception tant pour les professionnels que pour le grand public plus ou moins cultivé. Un texte miné par excellence comme celui de Villon n’était pas à la portée d’un universitaire, fut-il célèbre et chevronné, dont la production ne comporte aucune édition de texte médiéval ni la moindre traduction, en particulier lorsque ledit cacique de nos Facultés n’a publié qu’incidemment sur cet auteur ; c’était se condamner à une approche de seconde main par un médiéviste compétent mais extérieur aux débats des villonisants et dont la fraîcheur (supposée) du regard compense d’autant moins les lacunes bibliographiques et érudites que la prise en compte systématique, différenciée et critique de l’énorme production savante à laquelle a donné lieu Maître François est de facto impossible dans les quelques années que Gallimard exige pour la confection d’une Pléiade. Mme Cerquiglini-Toulet n’a donc pas lu tout ce qui s’est écrit sur Villon ; je pense même qu’elle n’a guère utilisé que les éditions de référence avec lesquels dialoguent, souvent selon un parti-pris flagrant, ses notes, ainsi qu’un petit nombre d’articles et de monographies de référence dont le temps, en en nuançant les interprétations, a confirmé la fécondité et dont l’ensemble des apports n’a pas été intégré par le mainstream savant (elle utilise par exemple les deux volumes anciens de Pierre Champion plutôt que les quatre tomes des « Recherches… » de Dufournet, n’a sans nul doute pas fouillé systématiquement l’énorme thèse de Siciliano ni celle de Kuhn, mène des polémiques d’assez piètre aloi avec le lexique de Burger ou le commentaire de Rtchner-Henry alors même que ses propres notes lexicographiques sont tout sauf impeccables [cf. son traitement de cadès, Testament v. 136, où l’étymologie arabe est imposée péremptoirement sans même que soit mentionnée l’explication par le provençal, et cela au détriment de la tendance toute villonienne aux double-entendre], et bourre son commentaire de citations médiévales avec une profusion inversement proportionnelle à l’obscurité du texte-source). N’est pas Dufournet, Micha ou Zink qui veut ; Mme Cerquiglini-Toulet, bonne poéticienne, ne pouvait donner sa pleine mesure dans une édition-traduction de Villon dont elle a remplacé l’ascèse par la production d’une resucée hâtivement badigeonnée de science originale dont les nouveautés, à très peu d’exceptions près, ne sont pas arrimées à une critique philologique solide. Pour une traduction explicative du Lais, du Testament et des minora, sa Pléiade ne saurait remplacer le travail de Lanly ; encore moins me semble-t-elle faire d’ombre à la translation très dense et rigoureuse de Dufournet, comme toujours très bon styliste. Villon est hélas trop problématique pour être confié à un non-spécialiste de sa poésie doublé d’un praticien à ce point inexpert de la traduction savante des textes médiévaux français. Le résultat, sans être catastrophique comme les Lais du Moyen Âge torchés par Walter, ne pouvait être mirobolant ; j’avoue que cette Pléiade respire une autosatisfaction irritante, surtout lorsqu’on se reporte aux splendides réalisations savantes sans lesquelles elle n’existerait pas (Thuasne, Lanly, Rychner-Henry, Dufournet, Di Stefano, les articles de Foulet). Il faut vraiment être blogueur ou journaliste littéraire pour s’extasier sans nuance sur le Villon de Cerquiglini-Toulet.

        • Je regrette de ne pas me situer au niveau de connaissance qui me permettrais de vous répondre, mais vos explications me passionnent, même si je suis conscient de ne pas en percevoir toutes les nuances. Mon avis de béotien, en ce qui concerne la Pléiade, reste le même : ils ne savent plus très bien où ils en sont ni où ils vont. Comment se situer entre un public savant et un grand public ? Cela donne des résultats qui ne sont jamais tout à fait satisfaisants ni pour l’un ni pour l’autre. Reste de pauvres bougres, comme moi, qui ont envie de lire certains textes dans une plus belle édition qu’une édition de poche et ne peuvent se payer les collections savantes fort onéreuses et de toute façon hors de leur portée… Et puis, ceux qu’on peut bluffer… Mais, est-ce que nous constituons encore un public suffisamment nombreux pour mériter qu’on s’adresse à lui ?

          • A propos du déclin de la Pléiade, vous avez sans doute noté que Pierre Testud publie, chez Champion, une édition des « Nuits de Paris ».
            En d’autres temps, l’ouvrage aurait sans doute rejoint « Monsieur Nicolas » dans le catalogue Pléiade, je suppose ?

          • Cher Phil, je me faisais la même réflexion. Le nom de P. Testud étant garant d’excellence et considérant ma dilection pour le XVIIIe siècle, cette édition fait envie, mais la perspective d’acheter en aveugle un ensemble de cinq tomes brochés (!) à 275 euros a de quoi refroidir les meilleures volontés. Champion en limite la prévisualisation à la table des matières générale (n’ont-ils donc jamais entendu parler de Google Books chez Slatkine ? la plupart des grandes maisons d’édition universitaires offrent via ce médium de larges tranches de leurs nouveautés, histoire d’appâter les lecteurs) ; impossible par conséquent d’évaluer le type et la densité de l’annotation dont s’orne ce magnum opus. Compte tenu cependant de la longueur des Nuits de Paris et des contraintes matérielles, je gage que Testud n’aura guère pu développer le commentaire comme dans sa splendide Pléiade de Monsieur Nicolas. Dans le doute, je crois qu’il vaut mieux s’abstenir de se ruiner pour cet ensemble, dont la typographie de toute manière simpliste, voire rudimentaire, (avec De Gruyter, Champion est vraiment le roi du minimalisme éditorial) et la présentation matérielle dépouillée, pour ne pas dire pauvrette, ne procurent aucune espèce de plaisir esthétique. A une autre époque, nous aurions sans doute eu deux belles grosses Pléiades généreusement munies d’appareil critique.

  2. Un jour (prochain) on sera puni, non pas parce qu’on détiendrait contre nous une preuve irréfutable que l’on pense mal. Mais simplement et uniquement que l’on pourrait encore penser quelque chose.

    D’après Philippe Muray, dont je lis en ce moment avec un certain intérêt L’empire du bien. D’ailleurs, à y bien réfléchir, et désormais, ce mot « bien » ne devrait plus être écrit qu’avec une majuscule.

    Le souffle de ce livre doit quelque chose à Bernanos, me semble-t-il. Je l’ai bien senti. Comme on pouvait s’en douter, il y a au-dessus de lui l’ombre de Guy Debord — incontournable pour parler de notre temps. On pense aussi parfois à Céline, que l’auteur a sûrement dû beaucoup lire.

    Pour sauver la face après ce nouvel écart, et désarmer un peu le courroux des visiteurs, je me dois de signaler ma dernière acquisition Pléiade, et dont je suis très content, heureux même : il s’agit du troisième et dernier tome des oeuvres en prose complètes de Péguy.

    Oui, j’ose avouer cette tare supplémentaire : j’ai toujours lu et j’aime Péguy (même la poésie, si, si).

    • Tuez le veau gras, pour fêter le retour du Fils Prodigue Ahmed, tout humble et repentant !…
      (Enfin, oui, je le suppose, bien qu’il n’en dise rien, par pudeur, certainement.)

    • Il y a de ces coïncidences : j’ouvre un journal en ligne quelconque pour lire les nouvelles, et voilà que le premier titre que je vois est celui-ci :

      « Metallica donne 250 000 euros à un hôpital oncologique roumain pour enfants »

      Une petite perle qui aurait ravi Muray, qui d’ailleurs, dit-on, s’amusait à ce petit jeu régulièrement : trouver ces petits signes involontaires par quoi l’époque se dénonce, se dévoile involontairement.

      Mon cher Domonkos, j’espère que vous vous portez comme un charme.

      • De Charmes, dans ma région, hélas, point n’en pourrions trouver… à part moi, bien entendu. Tout juste des chênes rabougris ponctuant la garrigue. Du coup, j’en deviens un Charme Pleureur…

    • Je ne me souviens pas de cette phrase des Possédés, mais je la veux citer, à la suite de Muray, car elle est en effet remarquable. C’est un personnage du grand livre de Dostoïevski qui dit :

      « Je me demande qui nous devons remercier pour avoir si habilement travaillé les esprits que personne n’a plus une seule idée à soi. »

      • « Avoir des idées bien à soi » ne m’a jamais paru le but à atteindre ; c’est souvent l’apanage des ânes entêtés et pseudo-autistes. Mais se forger ses idées en se servant des faits et des réflexions d’autrui, qu’on est allé rechercher, plutôt qu’adopter les « idées toutes faites » pourvu qu’elles soient dominantes, oui, bien sûr.

        La confusion entre l’individualisme idiot de celui qui croit « avoir ses idées bien à soi » et la construction d’une personnalité, conduit d’ailleurs le plus grand nombre, aujourd’hui comme hier sans doute, à se vanter d’être sa propre et seule référence, incomparable avec tout autre, tout en étant simplement un produit fabriqué de l’idéologie dominante, parfaitement conforme et reproductible en grand nombre. Combien en rencontré-je de ces personnes (j’ose à peine les ainsi qualifier) qui m’annoncent d’emblée qu’elles ne pensent que par elles-mêmes et dont je m’aperçois au bout de dix phrases, qu’elles alignent tous les clichés à la mode dont elles se prétendent exemptes. La conversation tourne vite court, car à chacune de mes questions je peux prévoir la réponse qu’elles vont me faire.

        Pour ma part, je ne me sens pas du tout inaccessible à ce matraquage – combien de fois ai-je bêlé avec le troupeau pour n’en être pas exclu ! – mais, seul avantage de la vieillesse, je bénéficie d’une liberté de pensée de plus en plus grande : plus mon inutilité grandit plus diminue ma « dangerosité » aux yeux des bien-pensants et, donc, plus mes écarts de pensée ou de langage me sont « pardonnés » ou bien tombent dans l’indifférence. Je pense souvent à cette vieille sentence taoïste : le bûcheron ne coupe pas l’arbre dont le bois est inutile.

  3. On ne saurait hélas qu’abonder dans votre sens, cher Domonkos. La recherche effrénée de l’originalité combinée à une culture générale en berne, à une vulgarité intellectuelle sidérante dont témoigne la vogue persistante de pseudo-intellectuels encyclopédistes comme Onfray et Maxence Caron (le premier somme toute estimable, car enfin il questionne et fait lire, le second détestable par sa stérilité, son nombrilisme fat), à une incuriosité flagrante, implante dans l’esprit du premier quidam venu l’idée folle que ses élucubrations sont non moins estimables que celles des bons auteurs et des savants qu’un labeur harassant autorise à émettre des avis autorisés. Paul Mazon écrivait admirablement en préface à un livre fameux mais daté autant que médiocre
    (Introduction à l’Iliade, Paris, Les Belles Lettres, 1942, p. 6) : « en fin de compte je ne puis assurer qu’il y ait dans ce livre une seule idée nouvelle. Je voudrais seulement qu’on en trouvât un certain nombre de justes ». Si seulement Mme Cerquiglini-Toulet, en torchant son Villon, ou encore Matsumura, en compilant son dictionnaire de la langue médiévale, s’étaient inspirés de cette opinion…

    • Neo-Birt, je crois que c’est vous qui aviez dit du bien de Giuseppe Di Stefano et de ses travaux sur le moyen français. Une deuxième édition de son dictionnaire des locutions (Nouveau dictionnaire historique des locutions. Ancien Français, Moyen Français, Renaissance) est sortie chez Brepols il y a quelques années. Je ne l’ai pas encore eu en main, par contre j’ai pu consulter en bibliothèque la première édition parue en 1991 chez un éditeur canadien. On y trouve trois citations, la première de Salvatore Quasimodo en tête de l’ouvrage, et puis deux autres en sicilien, la première précède l’avant-propos, la seconde la bibliographie. Je vous les livre :

      Chiddu ca fù fu
      facimu finta ca chioppi e scampau

      et

      Cui avi cchiù sali conza la ‘nzalata
      cui veni appressu cunta li pidati

      On pourrait, je crois, les rendre en italien par :

      Quello che fu, fu
      facciamo finta che piova e schiarisca

      Chi ha più sale condisce l’insalata
      Chi viene appresso conta le pedate

      Giuseppe Di Stefano, natif d’Enna, ne fournit aucune indication supplémentaire quant l’origine de ces deux dictons, si ce sont des dictons. Je me demandais s’ils évoquaient quoi que ce soit pour vous.

      Pour finir, merci encore pour vos interventions que je lis crayon en main pour pouvoir noter les ouvrages de référence que vous citez favorablement.

  4. Bon, petit retour sur une lecture de vacances : Martin Chuzzlewit de Charles Dickens.

    Attention : Dickens très atypique. S’il fait son bon millier de pages, ce qui est habituel pour un roman de Dickens (sauf pour Les Aventures d’Oliver Twist et De grandes espérances), c’est surtout le ton employé qui le caractérise. De l’humour, rien que de l’humour. Ceci l’apparente à l’excellent Les Papiers posthumes du Pickwick club.
    On y retrouve une galerie de personnages très bien croqués, tous plus extraordinaires les uns que les autres. L’intrigue est incertaine sur le premier tiers de l’ouvrage, puis elle prend forme jusqu’à se développer en ramifications qui conduisent presque toutes à un final inattendu, inespéré, surprenant, etc (rayer les mentions inutiles selon votre goût).
    La peinture sociale est bien présente, mais les situations profondément dramatiques et apparemment inextricables des autres romans laissent place à l’humour si britannique et si littéraire de cet immense auteur. Une pensée pour la traductrice qui a dû faire preuve d’une connaissance extrêmement profonde de l’anglais littéraire du XIXe siècle, tout autant que des expressions populaires qu’affectionne Dickens pour rendre au plus près le langage de ses héros.

    Je le mets au niveau de Dossier de la maison Dombey et fils et du Magasin d’Antiquités – donc un bon Dickens (mais comment pourrait-il en être autrement ?), mais je lui ai tout de même préféré Nicolas Nickleby et Barnabé Rudge. Il m’en reste encore quelques uns à lire…

  5. Cher Néobirt7 je fais appel à votre science et à votre bon vouloir.

    J’ai récemment « assisté » à un échange d’amabilités entre deux amateurs d’Heinrich Heine, l’un soutenant que Heine était parfaitement bilingue et avait lui-même traduit en français certains de ses poèmes, l’autre qu’il n’avait pas une maîtrise suffisante du français pour ce faire et qu’il avait tout au plus participé à certaines traductions (citant ici Nerval) en les révisant et corrigeant.

    Selon vous, que faut-il en penser ?

    • Domonkos, si une chose est peu ou prou incontestable à propos de Nerval traducteur du Faust puis de Heine, c’est qu’il n’a jamais su l’allemand qu’approximativement (beaucoup moins bien que Mallarmé ou même Baudelaire, pour ne rien dire d’un Henri Albert, dont les traductions de Nietzsche continuent à avoir fort bel air lorsqu’on les compare à celles de Bianquis ou de la Pléiade) et n’a été sauvé du désastre que par un grand nombre de plagiats de la traduction de son prédécesseur français Philippe-Albert Stapfer (1828), juste mais incolore et flasque, ainsi que par son sens superbe de la langue française ; ceci étant dit, le style arrondi, prolixe, si volontiers exubérant qui lui est propre transpose infiniment mal les qualités de nervosité vigoureuse propres à l’original goethien ou heinien (à propos de ce dernier, on parle souvent de Witzstil, style spirituel). Les spécialistes vous diraient que Nerval patauge souvent misérablement au milieu des méandres syntaxiques de l’allemand ; que les particules verbales lui échappent ; que les préfixes verbaux et les verbes surcomposés dont l’allemand est friand tendent à lui exercer l’imagination ; et qu’il confond, jusque dans l’âge mûr, les homographes allemands d’une manière préoccupante, jusqu’à prendre un substantif pour une forme verbale ou vice-versa (Jean Malaplate, ‘La traduction de Faust par Gérard de Nerval. Vérité et légende’, Cahiers Gérard de Nerval 13, 1991, pp. 9-17, en particulier 11-15 ; il y établit définitivement que Nerval a conféré la version Stapfer contre le texte allemand pour produire sa propre traduction au lieu de partir de l’original à nouveaux frais ; voir aussi Georges Poulet, (Traductio pedestris : Nerval devant l’Intermezzo de Heine’, dans Paule Petitier (ed.), Paul-Louis Courier et la traduction. Des littératures étrangères à l’étrangeté de la littérature (…), s..l., Société des amis de Paul-Louis Courier, 1999, pp 101-116.). Je suis donc porté à prendre avec des pincettes la valeur du témoignage nervalien en matière d’interprétation littéraire de l’allemand. Attendu par ailleurs que les textes dont nous savons, ou soupçonnons, que Heine les écrivit directement en français manifestent une assez belle aisance grammaticale autant que stylistique (rapprocher le style français de Friedrich Creuzer et opposer la langue raide et balbutiante, qui confine parfois au jargon, dans laquelle s’exprimaient Hegel ou le plus grand classiciste germanique de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, rénovateur du séminaire gréco-latin, j’ai nommé Christian Gottlob Heyne, lorsqu’ils s’adressaient à des francophones), je ne vois pas de raison de dénier à Heine la capacité de taquiner avec panache la Muse française.

      • Cher NéoBirt7, en ce qui concerne Gérard de Nerval, il n’est point besoin de me dire que ses traductions sont pour le moins approximatives et s’apparentent plutôt à des adaptations (il était aussi coutumier du « plagiat », y compris par des emprunts à la littérature anglo-saxonne,ou les copié-collé – avant l’invention de l’expression – qui parsèment le « Voyage en Orient » ; mais j’hésite à lui appliquer ce terme qui est aujourd’hui si dépréciatif et péjoratif alors qu’à son époque on était moins regardant sur ce genre de pratique). Il n’en demeure pas moins que Nerval, que ce soit dans le domaine de la « traduction » ou du « plagiat », avait coutume de faire du Nerval avec n’importe quel matériau – qu’on s’en félicite comme moi qui suis un nervalien indécrotable ou qu’on le déplore.

        Ainsi il n’est pas question de prendre une « traduction » de Nerval pour une traduction et de se dispenser, si on veut lire Goethe ou Heine (et d’autres) en français, d’un autre travail plus « sérieux ». Je vais jusqu’à considérer que ces traductions-adaptations font partie intégrante de l’oeuvre nervalienne, comme ses pièces de théâtre en collaboration (dans lesquelles sa part de travail est plus ou moins grande) et souhaiter un quatrième volume en Pléiade, qui contiendrait ces oeuvres. Voeu qui, évidemment, n’a aucune chance d’être jamais exaucé, que j’emploie les larmes ou les menaces, Gallimard restera sourd à mes désirs.

        Le véritable coeur de ma question était non pas la connaissance du français par Heine, qui est évidente, mais le degré de cette connaissance. Et sur ce sujet j’ai lu des avis contradictoires, de spécialistes ou réputés tels (?), la plupart contestant qu’elle fut suffisante pour qu’il écrivit directement dans notre langue, en se passant de toute aide. Je crois qu’il doit être aujourd’hui fort difficile d’en juger, à moins de posséder des documents qui puissent clairement écarter tout doute, ce qui ne semble pas être le cas (à moins que, quelque jour, un papyrus extrait de la tombe inviolée d’un obscur pharaon de la XVème dynastie – dynastie étrangère et barbare dont on ignore même le nombre exact de souverains – vienne nous apporter une lumière inédite sur le sujet, hi hi hi).

        C’est d’ailleurs un symptôme intéressant, concernant un poète qui pensait avoir trouvé en France sa patrie d’élection tout en voulant qu’on inscrivit sur son tombeau « poète allemand. » Rêvant que son entre-deux rhénan se dissolve dans un grand ensemble culturel européen, in fine. La rencontre avec Nerval, ce « poète français » qui avait sa patrie d’élection en Allemagne, était inévitable. (Il n’empêche que le seul qui s’adressait à Heine en l’appelant « Henri » et qui le tutoyait, était Théophile Gautier…)

  6. Ayant mentionné dans un précédent billet le Dictionnaire du français médiéval de Matsumura, et dans la mesure où cet outil connaît un franc succès de librairie (le deuxième tirage s’épuise ; ses 99 euros pour 3520 pages sont en effet une affaire par rapport tant au vieillissant et schématique Greimas qu’aux mille cinq cents ou deux mille euros que coûte d’occasion un set plus ou moins complet des dix volumes et six fascicules du Tobler-Lommatzsch), il ne sera pas inutile de faire la chronique de ce nouveau dictionnaire. Pour le dire d’un mot : malgré le parrainage illustre de Zink, dont on se demande bien quel rôle il a joué dans sa préparation en dehors de celui d’un patron (voir le propre témoignage de Matsmura en https://www.u-tokyo.ac.jp/biblioplaza/en/B_00138.html), le Matsmura est un méchant vade-mecum qui ne remplit que peu et mal les objectifs fixés dans la conférence de l’auteur au Collège de France en 2015-2016, l’étique et trop générale préface – deux pages ! – étant un chef d’œuvre de jésuitisme (en l’espèce, il se serait agi de corriger les erreurs et de remédier aux insuffisances du Tobler-Lommatzsch ; de contrôler toutes les citations ; de préciser l’origine ou la spécialisation géographique des mots, cf. https://journals.openedition.org/annuaire-cdf/13612), sans rendre les services que des débutants peuvent en attendre, surtout s’il s’agit d’exploiter des éditions en ancien ou moyen français ou des Pléiades appartenant au domaine médiéval. Loin d’être œuvre originale et savante, Matsumura reprend la formule qui nous valut les médiocrissimes dictionnaires de Bailly (méchante resucée du Liddell-Scott) et de Gaffiot (remake amélioré du Quicherat et du Sommer pas toujours inférieur au dictionnaire de Goelzer, cf. Pierre Flobert, ‘La lexicographie latine en France de Robert Estienne à Gaffiot’, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 145, 2001, pp. 402-403). Les Belles Lettres nous vendent en effet, dans une reliure flatteuse mais fragile et sur un papier chiffon dont la piètre tenue augure mal de la longévité du livre, une pure et simple compilation réalisée en croisant les entrées du Tobler-Lommatzsch avec le matériel élaboré dans les rubriques du Französisches etymologisches Wörterbuch de von Wartburg ; méritoire par le simple fait d’exister, ce travail similaire à un herbier comporte un nombre vraiment excessif de faiblesses (les principales sont la simplification abusive du sémantisme avec son corollaire, l’élimination de presque tous les homographes ou leur traitement sous une seule et même rubrique ; l’absence de critique personnelle en matières philologiques et lexicographiques, qui perpétue la plupart des lacunes sémantiques du Tobler-Lommatzsch ; l’incompétence étymologique, née d’une ignorance crasse de l’indo-européen et de ses langues filles, qui interdit à Matsumura d’aller au-delà de von Wartburg pour tous les mots figurant dans ses volumes les plus anciens ; et la tendance au recyclage brut des matériaux présents dans les deux dictionnaires allemands). Pour le dire en termes concrets, il n’y a pas un seul article, parmi les cinq cents que j’ai contrôlés, dans lequel Matsmura avance significativement au-delà des données de ses sources en ce qui concerne le sémantisme et les attestations lexicales d’un côté, de l’autre l’étymologisation, quasiment une entrée sur trois passant par ailleurs sous silence une valence secondaire ou dérivée non indiquée dans le Tobler-Lommatzsch (lequel s’adresse à des spécialistes supposés savoir lever ce genre d’ambiguïté) ou des homographes ; l’occasion qui lui était donnée de renouveler les citations comme d’affiner le classement sémantique scrupuleux mais très général du Tobler-Lommatzsch n’a pas été le moins du monde saisie par Matsumura. Quelques exemples concrets choisis au hasard avec un minimum de justificatifs feront mieux ressortir ma déception de médiéviste occasionnel mais rompu au maniement des outils du métier et disposant d’une assez bonne bibliothèque spécialisée :

    Entrée ARAMIE (p. 217) :
    Il manque le sens ‘impétuosité, violence, émoi’ : Jean-Charles Herbin et Annie Triaud, Anséÿs de Gascogne, chanson de geste du milieu du XIIIe siècle, Paris, Champion, 2018, III (CFMA n°186), p. 1615 ; François Suard, Aspremont, chanson de geste du XIIe siècle, ibid. 2008, pp. 398-399, 702 bas.

    Entrée ATOR (p. 289) :
    Passée sous silence est la valeur évoluée ‘apparence, allure’ que revêt régulièrement ce substantif au pluriel : Suard, pp. 258-259, 616-617 (en corrigeant le Glossaire p. 703 s.v. ad ‘préparatifs’). Comparer de riche ator, ‘en somptueux équipage’ (Nathalie Koble et Mireille Séguy, Lais bretons (XIIe-XIIIe siècles). Marie de France et ses contemporains, Paris, Champion, 2018, p. 872), avec de bel ator ‘élégant’ (e.g. Philippe de Remi, La Manekine, 8088-8090 mais de cuer durement amoient | les .II. filles au sanatour | qui bones et de bel atour | estoient ; par çou les amèrent, cf. le Glossaire de l’édition-traduction Marie-Madeleine Castellani, Paris, Champion, 2012, p. 655).

    Entrée BORDEL (p. 431) :
    L’unique citation offerte pour le sens premier ‘cabane’ se trouve précisément être la première donnée par Tobler-Lommatzsch s.v. (I col. 1065. 14-15) ad ‘Hütte, Haus’ ; pour la valence devenue obvie, Matsumura reproduit une citation qui apparaît en troisième position dans la rubrique afférente du dictionnaire allemand (1065. 40-42). Au passage, la nuance ‘bicoque, masure’ que ne consigne pas explicitement le TL a échappé au soi-disant meilleur lexicographe mondial du français médiéval, pour laquelle voir Jeanne Wathelet-Willem, Recherches sur la Chanson de Guillaume. Etudes accompagnées d’une édition, Paris, Les Belles Lettres, 1975, II, p. 1058-1059, 1094, et Doon de la Roche, 740-741 se le duc me creoit il t’arderoit matin | la desfors ceste vile, en .1. bordel petit (édition Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2019 [CFMA n°190], pp. 95, 247). Je rapprocherai en ce dernier sens borde et bordiau / bourdiau (la nuance a vraisemblablement échappé au Glossaire de Herbin-Triaud, III, p. 1641, qui écrivent « petite maison (par opposition à la demeure seigneuriale fortifiée) : ne maison ne bordiau 13022, ‘ni maison ni cabane’ » ; l’auteur appose en un mérisme couvrant les deux extrêmes des habitations possible la maison noble et la masure des vilains).

    Entrée BROIGNE (p. 463) :
    Le sens indiqué est beaucoup trop lapidaire et laisse s’évanouir toute l’épaisseur concrète de cette « cuirasse faite de peau, avec anneaux de fer cousis très rapprochés (…) » (Claude Régnier, Jean et Andrée Segurat, Aliscans, Paris, Champion, 2007, p. 572 note 23).

    Je dois donc malheureusement donner raison aux deux critiques négatives du Matsumura présentes sur le site français d’Amazon : il n’y a pas grand-chose de neuf dans ce dictionnaire pour contrebalancer le trop fort degré de schématisme lexicographique, et je crains que son utilisation inexperte sur des éditions unilingues n’aboutisse à une kyrielle de traductions inadaptées au microcontexte et ne donne une idée très faussée de la civilisation du Moyen Âge.

  7. Bouquins une fois de plus se substitue à la Pléiade et sort en septembre un premier volume consacré au Journal de Green (https://www.lisez.com/livre-grand-format/journal-integral-tome-1/9782221203071) qu’il publie apparemment dans son intégralité. Toujours chez eux, un volume Raymond Roussel (https://www.lisez.com/livre-grand-format/la-doublure-la-vue-impressions-dafrique-locus-solus-letoile-au-front-la-poussiere-de-soleils-nouvelles-impressions-dafrique-comment-jai-ecrit-certains-de-mes-livres/9782221220740) édité par Jean-Paul Goujon, gage de sérieux, et préfacé par l’auteur de bandes dessinées, Yann Moix, gage de divertissement.

  8. Vu chez mon libraire, « les 100 plus grandes oeuvres de la littérature française », paru chez Ellipses.
    La sélection me paraît ridicule : 40 ouvrages appartiennent au XXe siècle (!), 4, déjà, au XXIe, soit autant que tout le XVIe siècle (Rabelais, Ronsard, Montaigne et Du Bellay), 27 pour le XIXe siècle … donc il ne reste plus que 25 ouvrages à se partager entre le XVIIe et le XVIIIe siècles, puisque la période du Moyen Age est tout bonnement ignorée.
    L’auteur, un universitaire pourtant, ignore cruellement les principes de la géométrie dans l’espace, qui conduit à « géantifier » ce qui nous est proche, au détriment des lointains (comme un de mes élèves, d’ailleurs, qui refusait de croire que le soleil était une petite étoile, mais il était excusable de sa naïveté de néophyte).
    Ainsi, on se demande, si c’est l’université qui nous offre ce « jugement », comment on peut encore lire, à notre époque, Homère ou (pour des raisons extra-religieuses) la Bible, par exemple : il suffirait en effet de se pencher sur les volumineux étalages de la rentrée littéraire, de puiser au hasard, pour avoir une chance significative de tenir un chef d’oeuvre entre ses mains ? Même si la production actuelle est excessive, les lois statistiques fondées sur cette échelle de valeur nous répondent par l’affirmative.
    Rien à voir avec la Pléiade, me direz-vous, sauf que c’est cette même logique de sélection qui semble triompher actuellement.

    • Sur les quatre auteurs « du XXIème siècle », il y en a un qui est programmé en Pléiade, un second envisagé sérieusement, un troisième plausible, le 4ème, non ce serait un peu léger …

      • Parmi les auteurs du XXème siècle, certains choix sont très caractéristiques des jugements « universitaires » …
        Dans une maison d’édition spécialisée dans les manuels pour étudiants, rien d’étonnant.

        • A toutes fins utiles, signalons que Gutleben Muriel, l’auteure de ce pathétique florilège, n’est pas une érudite mais une simple romancière régurgitant des fiches constituées à partir des données d’encyclopédies en ligne mal digérées. Les poncifs scolaires les plus éculés y vont bon train.

          • Cher Neo-Birt7, parlons-nous du même livre ? J’ai cité, à la suite de Phil, le livre de Thierry Poyet, Maître de conférences HDR à l’Université de Clermont-Ferrand …

          • Les grandes œuvres de la littérature française, Paris, Ellipses, 2018, par Gutleben Muriel, classe 100 titres, dont des doublons partiels comme Eugénie Grandet et la Comédie humaine,depuis la Chanson de Roland jusqu’à Schmitt, La nuit de Valognes. d’où ma confusion avec le livre comparable du flaubertien Poyet paru chez le même éditeur et pas bien supérieur (comme quoi un dixneuviémiste peut n’être pas un encyclopédiste).

    • Dame Gutleben réussit l’exploit d’oublier les Mémoires et Le Voyage, il fallait oser !
      Le Poyet est quand même un peu moins ridicule (avec le parti pris de de sauter le Moyen âge); il n’ose pas exclure Céline et pousse même l’audace jusqu’à faire figurer Sade…
      Par contre une belle unanimité pour préférer Mme de Lafayette à Saint-Simon. Sans doute pour la parité.

  9. La liste complète des auteurs et des oeuvres se trouve sur le site internet des éditions Ellipses : il suffit, dans le catalogue, de trouver le livre auquel est annexé la table des matières (fichier pdf à télécharger)

  10. Bien volontiers.
    Le livre  » Les 100 plus grandes oeuvres de la littérature française  » [sic] retient 4 oeuvres publiées au XXIème siècle de 4 auteurs :
    – Philippe Besson, ‘En l’absence des hommes’, (2001) ;
    – Patrick Modiano, ‘Un Pedigree’, (2005) ;
    – Annie Ernaux, ‘Les Années’, (2008) ;
    – Michel Houellebeck, ‘Soumission’, (2015).
    Interrogé sur les prochains auteurs vivants prévus en Pléiade (après l’arrivée de J. d’O), Antoine Gallimard a répondu sans hésiter avec le ton de l’évidence : Patrick Modiano (on lui laisse simplement encore un peu de temps pour poursuivre son oeuvre). On en déduisait clairement qu’on en était aux préparatifs de l’édition dans la Pléiade. Même évidence pour J.-M. G Le Clézio qui devrait être lui aussi publié en Pléiade.
    Interrogé à propos d’autres auteurs possibles, et notamment de ce qu’il pensait de Michel Houellebeck, le patron des éditions Gallimard l’a qualifié « d’auteur intéressant », ce qui dans le contexte de l’entretien faisait clairement comprendre qu’on y pensait…
    Pour Annie Ernaux je n’ai pas d’informations aussi précises ; cela me paraît simplement plausible dans le contexte actuel de l’évolution des choix éditoriaux de la Pléiade, de l’édition en général, et des modes du jour notamment universitaires, la tendance actuelle étant de mettre de plus en plus d’auteurs d’aujourd’hui aux programmes des examens et concours.
    Quant à la présence du livre de Philippe Besson parmi les  » 100 plus grandes oeuvres de la littérature française « , est-ce bien sérieux ?
    Mais cette liste elle-même est-eiie bien sérieuse ?
    Très révélatrice des modes et tendances d’aujourd’hui en tout cas…

    • En ce qui concerne Modiano, je ne le considère pas comme « un auteur du XXIè siècle » même si, techniquement, une partie de son oeuvre lui appartient. Son entrée en Pléiade me semble évidente : édité chez Gallimard et Prix Nobel. Bon, je ne romprais pas des lances ni pour ni contre.
      Même chose pour Le Clézio. Mais j’avais entendu dire (plutôt lu) que cet auteur faisait sa chochotte et « refusait » d’être pléiadélisé… Aurait-il changé d’avis ou bien Gallimard aurait-il des informations sur son état de santé faisant présager sa disparition prochaine ?
      Annie Ernaux, après d’Ormesson, ce serait un coup à brûler ma collection Pléiade en public, devant les caméras de la. TiVi (je n’irais pas jusqu’à m’immoler moi-même par la même occasion).
      Houellebecq, dans le désert littéraire français actuel, n’a aucun mal à surnager, comme le bateau corsaire sur la mare aux canards.
      Quant à Besson… si c’est une blague, elle est de très mauvais goût et ne me fait pas rire !

      • De toute façon, Modiano et Le Clézio pas inférieurs au pâle Kundera qui plaît tant à « l’éminent » critique littéraire Finkelkraut (le même qui prend Philip Roth pour le monument des lettres américaines), et bien supérieurs à Mme Duras. Ils ne feront pas descendre plus bas le niveau actuel de la collection.
        Résigné.

        • Je trouverais tout de même abusif qu’ils servent à inaugurer la couleur (quelle serait-elle ?) du nouveau siècle.
          Pour le moment, je ne vois guère de « géant » qui serait révélé par ce siècle (qui sera le dernier si j’en crois les augures climatiques) et, s’il devait s’en trouver un, j’irais plutôt le cherche en-dehors de l’hexagone.

      • Si déjà on cite Houellebecq, allons-y pour Nabe, le Tallemant des Réaux de notre époque, entre autres talents, l’auteur sulfureux, scripsit la presse, toujours allusive à son sujet, qui voudrait le faire passer pour l’éminence grise de ce pauvre Moix, pour une espèce d’antisémite au carré, condensé de Drumont et de Ben Laden. On ira lire d’ailleurs le dernier Nabe’s News (son site) pour une dissection de l’affaire Moix.

        • Nabe et Nib sont dans un bateau ; l’un d’eux tombe à l’eau, que reste-t-il ? Deux hypothèses, la première c’est Nabe qui tombe à l’eau, dans la seconde c’est Nib. Une seule réponse. Dans les deux hypothèses le résultat est le même : ce qui reste dans le bateau, c’est Rien.

          Ça marcherait tout aussi bien avec une pléthore d’auteurs et d’actrices actuel(le)s, on n’y perdrait que le jeu de mots. Mettons que Nabe et Nib soient des noms génériques.

          En attendant ces lendemains radieux, on se contentera de notre prometteuse fin d’année pléiadesque, avec de bons auteurs d’hier, d’avant-hier et d’autrefois… (Bien ou mal édités, ils seront les bienvenus au club.)

          • Mon « correcteur » automatique est un méchant misogyne, il me refuse le politiquement correct « autrice » et le remplace sans me consulter par un douteux (trop sexy, donc sexiste) « actrice » ! Moi qui tente de me réformer, je ne suis pas aidé !
            Mesdames de Metoo, les réclamations sont à adresser à celui des GAFA qui gaffa, je ne suis que le lampiste.

          • Ben oui, Lombard, je sais bien, mais le grammaticalement correct voudrait plutôt « autrice » (le « correcteur » lui, me propose « Autriche », ha ha ha !). Bon, faut bien avouer qu’en réalité je m’en contrefiche, mais vous vous en doutiez certainement.

            J’ai bien compris qu’il est de mode de violer la grammaire (qui ne porte pas plainte en rajoutant des « e » à la fin des mots en « eur », pour la raison inavouée que la terminaison en « euse » ou en « rice » se différencierait plus du masculin. Ainsi une « professeure » paraît plus audible à ces pécores qu’une « professeuse », car on entend le même son que « professeur ».

            C’est tout de même assez rigolo que ces mères-la-pudeur-grammaticale, in fine, s’inclinent en quelque sorte devant la « supériorité » du masculin, en voulant lui ressembler.
            Une « professeuse » leur semblerait donc moins digne qu’une « professeure » ? Un comble !

            Mais c’est peut-être plus profond que cela, dans le sens du combat contre la différenciation sexuelle (qui est vraiment diabolique à leurs yeux), remplacé par une espèce de « neutre » (sur le plan phonétique, pour commencer…).

            Bizarre tout de même que cette recherche aboutisse à une disparition du féminin et un alignement sur le masculin, plus proche à l’oreille du neutre.

            Elles se prétendent à la pointe du combat féministe, et signent la défaite du féminin ! Persuadées que leur victoire réside dans… la disparition du féminin (sans doute trop stigmatisant à leur yeux).

            Paradoxe, ô Saint Paradoxe !

          • Aaaahh ! je sens bien que, s’il devait se vérifier que le terme « actrice » sent le souffre, il risquerait de vite devenir un de mes préférés…

  11. Auteure et autrice (voir ci-dessus les échanges à ce propos entre Lombard et Domonkos).

    J’écris « auteure » pour signifier à tous que je me conforme, que je me soumets (peut-être que je crois ou peut-être que j’ai peur).
    J’écris « autrice » parce que je crois, et crois même fanatiquement, pour montrer mon zèle et que je milite (peut-être que je me tiens prêt à en découdre avec le premier venu).

    C’est pour moi la nuance.

    Excellent week-end à tous.

      • Un collègue m’a mis la thèse de Maurice Blondel entre les mains la semaine dernière. J’y suis donc ce week-end. Mais autrement, je suis toujours dans ma lecture intégrale de l’œuvre de Georges Perros dont je suis un infatigable lecteur (comme je l’étais et le reste de Jean Grenier). Je suis, dans les choses intellectuelles, d’une constance désespérante en vérité.

        Mais à côté de Perros et en même temps que lui, l’extraordinaire Spinoza : lecture indispensable que je m’en veux d’avoir trop longtemps différé.

        J’ai lu il y a quelques semaines La taille de l’homme, un vieil essai de Ramuz : remarquable. Mais je me disais, le lisant : remplace partout le mot communisme par le mot capitalisme et tu fais un livre aussi pertinent et lucide que l’autre et rempli des même vérités, tant il est vrai que ces deux systèmes se ressemblent au fond dans leur vision de l’homme et dans leur finalité.

        • J’ai lu récemment un article de je ne sais plus qui, je ne sais où… (comme ça, hein, vous ne risquez pas de me prendre en faute… mais c’est vrai que ça n’a pas paru impérissable à mon vieux cerveau, il a un logiciel intégré qui fait le tri). Ça parlait un peu de ça : capitalisme et communisme. Plus précisément, du libéralisme, « ultra » ou non, car le capitalisme est quand même un mot fourre-tout.

          L’auteur mettait en évidence que, lorsqu’un système devient dominant et quasiment sans concurrence, qu’il se globalise, il tend forcément à se prendre pour la solution ultime (la fameuse « fin de l’histoire ») et à vouloir contrôler TOUS les aspects de la vie des peuples et des individus, jusqu’à s’introduire dans leur intimité.
          Effectivement, on y est.
          Et j’aurais tendance à croire aussi que tous les systèmes vont vers le système (la systématisation) et qu’ils ont la même tendance à vouloir occuper toute la réalité. Ils deviennent donc forcément, lorsqu’ils se retrouvent seuls aux commandes, vers une forme ou l’autre de totalitarisme.
          Quand je parle de système, je ne parle pas que de politique et d’économie, mais aussi d’idéologie et, en ce qui concerne cette dernière, la « gauche » se l’est vue attribuer et s’est bien chargé (de la psychanalyse au « politiquement correct ») d’en faire le rouage indispensable au bon fonctionnement de la machine (ultra) libérale.

          Pour ma part, je suis un peu vacciné contre l’esprit de système (y compris l’opposition systématique), mais c’est sans aucune conséquence sur le cours des choses (je n’aimerais pas le contraire).

          De quoi nous faire regretter le « bon temps » de la « guerre froide » (pardon aux victimes du stalinisme et du maoïsme). Non, je rigole, pas de quoi regretter le temps où le choix était entre le stalinisme et le fascisme (années 30-40 ou entre le station-maoïsme et l’empire américain… Mais, pour nous, qui étions du « bon côté » du Rideau de Fer, on avait l’illusion de disposer encore d’un peu plus de liberté intellectuelle qu’aujourd’hui.
          (Il faudrait aussi mesurer ce que l’abaissement général des savoirs et la montée sidérale des ignorances nous retire comme armes pour se défendre contre cette nouvelle dota.)

          A part ça, Spinoza m’a toujours fasciné, mais c’est une lecture ardue pour moi (à la fois plaisante, excitante et ardue), bien heureux si j’en capte 10 à 20%. Et Perros… toute honte bue, je dois avouer qu’il constitue un trou noir dans ma culture. Parviendrai-je à le combler avant de passer moi-même au trou ?

          Peut-être si un jour la Pléiade voulait bien lui consacrer un volume ? (Ha ha ha ! voyez comme l’artiste retombe sur ses pattes félines !…)

          • “Peut-être si un jour la Pléiade voulait bien lui consacrer un volume ? », dites-vous. Mais il se pourrait que vous soyez encore mieux retombé sur vos « pattes félines » que vous ne le pensiez. A ce qu’il paraît (ne m’en demandez pas plus, je n’en sais pas plus), une nouvelle édition (complète) de Spinoza dans la Pléiade serait en chantier, sous la direction éclairée de Bernard Pautrat.

          • Vous êtes bien bon, Chardin, de m’épargner les sarcasmes que mon oubli de l’édition de 1954-55 auraient pu me valoir.

            Certes, elle pourrait à bon droit se targuer d’être de quatre années ma cadette, mais il n’y a pas lieu de s’en trop goberger, car pour une Pléiade cela est bien vieux et sans doute obsolète.

  12. En contemplant la réédition en coffret de l’édition Tadié de la « Recherche », je me disais que nous n’aurons plus, en Pléiade, d’édition de cette qualité. C’est fini, hélas.

    La faute en premier lieu au public. Nous vivons des temps superficiels, où le « paraître » (le reliure cuir) l’emporte aisément sur l' »être » (le contenu).
    Nous vivons aussi des temps individualistes, il faut découvrir l’oeuvre par soi-même, ras-le-bol de ces commentaires barbants, dont vous payez le prix (en plus). Et nous avons tous un cerveau, en vertu de quel principe notre perception directe serait inférieure à celle du « spécialiste » ? Il ne s’agit pas de dogme religieux, ici, rien à voir avec les huguenots.
    Nous vivons aussi des temps de perte affligeante de la culture : on publie des revues de culture générale, des séries d’ouvrages « pour les nuls ». Normal puisque les nuls, ce sont vous et moi, et que nous avons mieux à faire que perdre notre temps à lire, étudier, ou goûter au plaisir esthétique : les livres, c’est pour les transports en commun, cela permet d' »amortir » les pertes de temps de ce mode de vie quelque peu débile.
    Il y a bien mieux à faire, en effet,il faut gagner de l’argent, c’est cela qui est garant de notre réussite, de notre position dans la société. En plus, c’est censé créer des emplois, même quand on le place.

    Bien entendu, le public n’est pas le seul responsable : il y a le conditionnement médiatique, en particulier de la télévision (que je n’ai pas).
    « Pourtant, vous avez tort, car il y a des choses intéressantes, par exemple, il y a Arte », me dit-on parfois. Arte, l’alibi « culturel » a minima. Je ne sais pas si les programmes sont réellement intéressants (j’en doute), mais je suis prêt à parier que la télécommande fonctionne souvent à un rythme effréné.
    La télévision, la plus grande entreprise d’abêtissement de masse, un progrès, vous croyez ? Surtout que l’objectif essentiel de ces entreprises, c’est le conditionnement des cerveaux (un éminent PDG de travaux public, curieusement (???) reconverti dans ce média, l’a reconnu).
    Des jeux aussi magnifiques, stimulants et inventifs que le « Juste prix » nous viennent des USA, d’ailleurs.

    Il y a aussi la baisse sidérante des ambitions de l’éducation nationale. « 80% de bacheliers dans toute classe d’âge » (ou à peu près), l’objectif avait été fixé par Fabius, c’est cela la modernité. Quand je vois des taux de réussite au bac dépassant les 80%, je souris amérement. Dans le domaine que je connais bien (mathématique/physique); on apprend aux élèves à savoir faire, non à comprendre (en vertu de la prééminence de l’apparence sur la réalité, ce que l’on appelle pompeusement le « pragmatisme »). Et puis, à quoi sert-il de rabaisser le baccalauréat au niveau du certificat d’études de nos parents ? Des entreprises ne recrutent plus qu’à partir du bac, y compris pour des postes de compagnon sur les chaînes de production. C’est cela, le progrès ?

    Et enfin, j’en viens au dernier point, il y a la responsabilité essentielle du monde politique. Quand on nous présente les énarques comme notre élite intellectuelle, quand je vois que notre éminent président (que l’on nous a désigné comme un « philosophe ») fourvoie le sens des mots et des valeurs (l’humanisme, par exemple), je me pose des questions.

    J’en suis réduit, à 60 ans, à passer pour un vieux misanthrope.

    Qui nous rendra les Pléiades d’antan ?

    • Que dire ? Parfait diagnostic. Je suis résigné à devenir le membre d’une « secte » (d’une « niche » sur le plan marketing) amateur de livres (ce que nous entendons par « livre »), comme les amateurs de musique baroque sur instruments anciens et autres tribus qui tentent de survivre dans cet océan d’abêtissement.

      J’aurais préféré voir le livre « mourir de sa belle mort », c’est-à-dire se raréfier tout en étant de qualité, « mourir vivant » comme il est de mode de dire, mourir beau et jeune. Au lieu de ça, je le vois mourir de la façon la plus moche : défiguré, abîmé, noyé dans un flot de saloperies qui portent le nom usurpé de livre… Quand je vais dans une librairie (ne faut pas s’étonner si, neuf fois sur dix, à présent, on me voit plutôt chez les bouquinistes), je me sens pris de nausée en voyant ce qui s’étale sur les tables, ce qui fait crouler les étagères, et je ressors, bien souvent en ayant renoncé, avant de salir la moquette…

      Et la haine de ces « prescripteurs » (vendeurs-libraires, instituteurs, bibliothécaires) qui veulent me faire passer de l’eau tiède et douteuse pour un élixir des dieux, pourvu qu’ils réussissent à me fourguer le dernier bouquin médiatisé : il me vient des envies de meurtre et je ne parviens pas toujours à ne pas être odieux.

      • Et vous avez vu de quoi se gavent nos ados, ceux « qui lisent tout de même » ? Les rayons spécialisés envahissent les surfaces de vente.
        Les prescripteurs cités plus haut nous ont tellement seriné que c’est toujours une bonne chose de lire, même si c’est des insanités !
        J’en doute.

        …………;

        Et voilà, ça y est, mes bonnes résolutions ont foutu le camp ! Moi qui avais décidé de ne plus intervenir ici que pour des participations légères, fantaisistes, remplies d’amour et de pensées positives !
        Rien à faire, quand on est possédé du diable…

        • Sincèrement désolé d’avoir réveillé le démon rageur qui vous possède.
          Le mien est plutôt dépressif, mais le monde actuel n’est-il pas déprimant ?

          • Meuh non, je vous remercie, au contraire. Façon de se sentir vivant !

            Je l’aime bien, au fond, mon démon, c’est une vieille histoire, lui et non. Je m’excuse, tout de même, auprès de ceux qu’il insupporte. J’essaierai de le tenir en laisse et muselière, je vous le promets (enfin, je vous promets d’essayer, pas de réussir.)

    • Phil, je vous trouve un peu optimiste en comparant le niveau du baccalauréat actuel à celui du certificat d’études de nos parents (ou de nos grands-parents) : dans les matières « fondamentales » (calcul, lecture, écriture) et dans les matières de culture générale (histoire, géographie, sciences naturelles), il n’est qu’à relire les problèmes de certificat d’études d’avant-guerre pour constater que le niveau du baccalauréat actuel est – me semble-t-il – plutôt inférieur à celui de ce certificat d’études…

      • Je suis entièrement d’accord avec vous, mais ne voulais pas passer pour un vilain extrémiste de la culture et du savoir qui noircirait le tableau à dessein.

  13. Une fois n’est pas coutume, j’interromps – provisoirement – la lecture d’un ouvrage en cours.
    Les raisons sont multiples : la première est qu’après plus d’un mois de lecture quasi-exclusive j’ai envie de passer à autre chose. La seconde est que l’ouvrage m’intéresse grandement et que je souhaite y revenir plus tard, afin de mieux en tirer la substantifique moelle. Enfin, il n’y a pas grand mal à interrompre provisoirement la lecture d’une œuvre qui est une anthologie d’articles indépendants les uns des autres.

    Il s’agit du second tome des Propos d’Alain, parus initialement entre 1906 et 1936, avec l’inévitable interruption pendant la Première Guerre mondiale.

    J’avais beaucoup aimé le premier volume. C’est en effet une lecture assez dense. Bien que le style soit globalement assez simple sinon journalistique (au sens actuel), beaucoup d’articles sont assez riches et évoquent les ouvrages de philosophie de l’auteur. J’avais d’ailleurs commencé Les Passions et la sagesse, toujours en Pléiade, et là, le niveau était nettement plus difficile pour moi (de même que Les Arts et les dieux paru chez le même éditeur).

    Les Propos ont paru partiellement du vivant d’Alain, tandis que d’autre recueils furent édités à titre posthume, le plus souvent avec des corrections, des additions de textes, des remaniements et de nouveaux classements thématiques. À titre d’exemple, un recueil de Propos en Pléiade comprend l’équivalent de 6 à 8 tomes « classiques » comme les Propos sur le bonheur, les Propos sur l’Éducation, les Propos de littérature, etc.

  14. Bonjour à tous,

    Après quelques hésitations, je me résous à passer sous vos fourches caudines afin de demander vos conseils. J’espère que Brumes n’y verra rien à redire.

    Je suis enseignant en philosophie dans le secondaire. L’année passée, je cherchais un legs à laisser à mes élèves de Terminale à la fin de l’année. J’ai eu l’idée de constituer une « liste d’œuvres culturelles pour la vie » afin d’inciter les élèves à toujours s’ouvrir davantage à la culture, et à lire.

    Voici une liste, en perpétuelle évolution, qui ne compte pour l’instant ni la musique, ni les arts plastiques. Uniquement la littérature, les essais, la philosophie, les bandes dessinées, des ouvrages de référence, des témoignages, des films et quelques séries, jeux vidéo pour le moment.

    Une note d’intention vous aidera à cerner mes intentions ainsi que quelques choix opérés. Des tropismes y sont évidemment sensibles. Je souhaiterais recueillir vos avis, commentaires et critiques. Sans doute y a-t-il beaucoup à dire.

    Lien vers la liste : https://framadrop.org/r/N4EwN8kYNp#B3vEZH8F3lfca6DO0mRCNxlPX0OLXGz1QS8SFZdM/gM=

    Je vous en remercie.

    • Le menu est copieux. Je l’ai parcouru rapidement, je serais bien incapable d’en goûter tous les plat, et n’en parlerai donc pas plus.

      Mais je me suis attardé sur une spécialité – pardonnez-moi, à peine digne de figurer sur les cartes des fast-foods – de moindre étendue et que je crois assez bien connaître. La Bande Dessinée. Et son alter ego nippon, le Manga (les snobs et les fins lettrés disent « la » Manga) domaine dans lequel mes manques sont plus importants.

      Je ne risquerai aucune appréciation de chacun des auteurs et des oeuvres que vous citez, mais ferai une remarque générale, au sujet de la présence de cet ensemble d’auteurs qui appartiennent pratiquement tous à un genre particulier de la bande dessinée, et de l’absence de tous les autres qui doivent représenter quelque chose comme 99,99 % de la bande dessinée. Et 100% des maîtres du genre. De ceux qui l’ont inventé, développé, lui ont fait franchir toutes les étapes, et l’ont amené au stade où les auteurs que vous citez l’ont investi et s’y sont installés, comme des héritiers dans la maison de leurs parents.

      A lire votre liste, on croirait que la bande dessinée n’est pas née – selon les théories – au cours ou à la fin de l’autre siècle, le XIXème, et qu’elle n’a pas cent ans d’histoire, mais qu’elle vient (presque) de naître ou, à tout le moins, de sortir de l’enfance.

      Ce seul constat devrait vous faire comprendre où je veux en venir.

      Vous avez cité tous les auteurs de ce que certains appellent « la bande dessinée d’auteur » – comme si les autres, que vous désigneriez sans doute par le terme légèrement dépréciateur ou péjoratif de « BD », n’avaient pas d’auteurs. C’est-à-dire tous les auteurs qui sont systématiquement cités par ceux qui détestent ou méprisent la bande dessinée. Les auteurs qui, de leur côté, veulent se parer de la « dignité » de l’oeuvre littéraire et, pour cette raison, font le plus souvent de la bien mauvaise littérature et, non moins fréquemment, pas la meilleure bande dessinée. Je ne veux pas jeter l’opprobre sur tous indistinctement – et, d’ailleurs, dans ceux que vous citez, aucun n’est méprisable. Il y a des exceptions, parmi lesquelles quelques grandes exceptions. Mais on manque un peu de recul pour juger de leur grandeur.

      Donc, la présence de la bande dessinée dans votre « legs » ressemble à une concession au (mauvais ?) goût du jour, faite du bout des lèvres, et qui cache mal la piètre estime dans lequel vous tenez ce sous-genre. Mieux vaudrait, dans ce cas, plutôt qu’en donner une représentation défigurée, la laisser hors champ. (Si la bande dessinée était une personne, elle vous répondrait sans doute : « Si tu m’aimes, aime-moi pour ce que je suis, et ne boude pas ton plaisir à me fréquenter. Si tu ne m’aimes pas, reste à distance, et laisse-moi partager mes plaisirs avec ceux qui m’apprécient. »)

      • Je viens de relire attentivement votre liste de Bandes Dessinées, par acquis de conscience, et, mea culpa, je reconnais qu’on y aperçoit quelques oeuvres qui n’appartiennent pas au genre « bande dessinée d’auteurs », qui ressortiraient donc plutôt de l’autre genre (comment le nommer ? « mainstream » ?…)
        Il est simplement dommage qu’ils n’en soient pas des représentants majeurs, ce qui amène à se poser la question des motifs de leur présence dans cette liste, censée représenter la quintessence du 9ème Art.
        A l’inverse, dans le genre qui domine votre liste (à défaut de la constituer entièrement comme j’ai pu le dire un peu trop rapidement), sont aux abonnés absents, un certain nombre des meilleurs représentants de la bande dessinée d’auteur ou, disons, d’une certain exigence, recherche. (Ceux de l’Association, par exemple.)

        • Mon cher Domonkos Szenes,

          Je vous remercie pour la découverte de l’Association, que je ne connaissais tout simplement pas. J’aime les bandes dessinées, mais je ne suis certainement pas un expert ou même un fin connaisseur en la matière. À nouveau, des noms sont bienvenus.

          • Cher Monsieur,
            Pardonnez-moi ce que mes propos peuvent avoir de trop vif. J’ai pointé le problème de la bande dessinée, car il me semblait à la fois facile à cerner et symptomatique : comment tout connaître de tous les domaines et comment en parler pertinemment ? Quelque soit le domaine, vous trouverez toujours des « spécialistes » (véritables ou auto-proclamés) qui voudront refaire votre liste. A mes yeux, vous vous êtes lancé dans une entreprise irréalisable, du type « tonneau des Danaïdes ».
            Je n’y suis pas allé de ma petite liste personnelle à moi et n’ai pas été « constructif », car je me serais embarqué sur le même navire que vous, en route pour des mers inconnus et illimitées.
            Je vous souhaite bon vent ! (sans ironie) et d’aborder quelque rivage accueillant, nonobstant mon scepticisme de vieux terrien.

    • Bonjour Vidar,
      Bravo pour le travail accompli. Voilà un outil qui me servira bien pour compléter propagerlefeu.fr et en corriger les impardonnables oublis !
      Domonkos ayant commencé par la BD et les mangas, je le suivrai de près. Il a piqué ma curiosité et mon premier geste a été de vérifier la présence de Watchmen (et, ouf ! Je ne suis pas seul à avoir d’impardonnables lacunes !) et de Battle Royale (bien recensé).
      Ma première pensée a aussi été que la catégorie « témoignages et documents » ne fera sens qu’après un sous-classement par catégorie. Ici, Anne Franck côtoie Galilée et la biographie de Molière par mon cher Georges Forestier : La liste perd de son intérêt. J’aimerais avoir les incontournables en matière de vulgarisation scientifique, en matière historique, en matière de témoignages, etc. Ainsi votre liste trouverait sa véritable utilité (pour cette partie, veux-je dire).
      Je retourne lire votre note d’intention…

    • Cher Vidar,
      Je n’ai pas l’habitude d’intervenir sur des forums, mais je vais faire une exception.
      J’ai consulté votre liste, et en particulier la section qui m’intéresse le plus : le cinéma. J’avais en tête ce que vous disiez être l’ambition de cette liste : « liste d’œuvres culturelles pour la vie », ce n’est pas rien. Au début j’ai été interloqué, puis de plus en plus scandalisé pour finir par me dire qu’il valait peut-être mieux en rire.

      Mais d’un coup m’est revenu en tête le fait que cette liste devait être distribuée à des élèves dans le cadre de leurs études. Je dois avouer ne pas comprendre l’intérêt d’une liste de 60 pages, mais après tout, tout le monde aime les listes, moi le premier, alors pourquoi pas une liste aussi longue. Le problème est de savoir le sens d’une telle liste.

      A votre place, j’échangerai sans hésitation toute votre section cinéma par la petite dizaine de noms données par Marc Benetto, il n’y a rien à jeter. Car je vais être honnête, j’espère que personne n’essayera de découvrir l’histoire du cinéma avec votre liste.

      Aurait-on l’idée de distribuer à des élèves de terminale une liste des grandes œuvres de la philosophie en oubliant Platon, Kant et Nietzsche ? Et cela pour y mettre à la place Onfray, Edouard Louis et BHL ? Parce qu’il faut bien s’avouer que plus que les absents, ce sont ceux qui les remplacent qui posent problème. A chaque période des trous béants, des ruines.

      Mais commençons par le commencement, comment oublier… Les frères Lumières ? Mais continuons par quelques géants : Griffith, Buster Keaton, Flaherty, évidemment John Ford et Hawks, mais aussi Lubitsch, Capra, Anthony Mann… Et pour les années 50 : Billy Wilder (mince, comment ne pas mettre Sunset Blvd ou Certains l’aiment chaud ?! « oh la la », ai-je envie de dire), John Huston, Elia Kazan (ELIA KAZAN ?! ah ah, ça me semble fou), Aldrich, Nicolas Ray (La fureur de vivre, quand on a 18 ans, tout de même)… Et en Europe, Clouzot, Franju, Bunuel (c’est un crime aussi grave que pour Bergman, je pourrais en pleurer)., ROSSELINI (mon Dieu), Antonioni, Alain Resnais, Chabrol, Eustache, Rohmer, Sautet…

      Je vous entends déjà me rappeler votre remarque « Je ne suis pas trop mauvais (…) en littérature et en cinéma (à partir de 1970 environ uniquement, notez bien) ». Les années 70 ? Outre le fait que bcp de ces cinéastes faisaient encore des films dans les années 70, où sont les 2 films qui inventent le nouvel Hollywood ? Easy Rider de Hopper et Le Lauréat de Mike Nichols ? Où est le Litttle big man de Penn ? Macadam Cowboy de Schlesinger ? J’ai bien rêvé mais il n’y a pas un seul film d’Altman dans votre sélection ? Aucun Cassavetes ? La dernière séance de Bogdanovich ? L’épouvantail de Schatzberg ? Délivrance de Boorman ? La ballade sauvage de Malick ? Même Woody Allen est absent (Manhattan, bon sang…). Exit Fassbinder, Forman, Herzog, De Oliveira, Glauber Rocha…

      Réjouissez-vous, le cinéma depuis les années 70 recèlent encore bien des trésors et des surprises qui vous attendent. Il serait, je crois, plus prudent de les découvrir avant de faire des listes pour vos élèves.

      J’ai principalement parlé des années 70 et des américains, mais le monde est vaste. Vous dites aimer l’Asie je crois, mais où sont Satyajit Ray, Mizoguchi, Oshima, Teshigahara, Lee Chang Dong, Wong Kar Wai, Hou Hsiao-hsien… Et si l’on regarde un peu ailleurs, Kiarostami ? Dovjenko ? Paradjanov ? Kalatozov ?

      Et même en se rapprochant de ce qui fait le cinéma mondial aujourd’hui, la diversité esthétique et culturelle est toujours aussi absente de votre liste. Ceylan ? Jiah Zang Ke, Mungiu, Bela Tarr… Je cite peu de cinéaste mainstream, mais je ne vois pas non plus de Joe Dante ou de Verhoeven…

      S’il « s’agit d’inciter des élèves nés après les années 2000 à s’ouvrir à la culture », je crois que c’est mal parti avec la cité de la peur, the foutain, Mummy et le 5e élément… Attention, une asso de parents d’élèves pourrait vous faire un procès.

      Évidemment, il y a quelques chefs d’œuvres dans votre liste, mais ils sont en bien triste compagnie. Que feraient donc Flaubert, Michaux Kafka au milieu de Guillaume Musso, Marc Levy et Bernard Werber ? Pour les quelques survivant au grand massacre, Welles, Tarkovski, Kubrick, Bresson, Friedkin etc. le choix du film est souvent plus que discutable. Pensez-vous vraiment qu' »Only lovers left alive » soit réprésentatif du génie de Jarmusch ? C’est pas mal, mais n’importe quel film réalisé entre stranger than paradise et Deadman faisait l’affaire. Et puis autre problème, devoir choisir entre le Parrain et Apocalyspe now de Coppola… je crois ue cela clos le débat sur la question d’une œuvre par auteur, ça n’a aucun sens. Je vais m’arrêter là, dans ma tête des centaines de géants du cinéma sont prêts à en découdre avec Claude Zidi et Luc Besson et j’ai peur que cela devienne sanglant.

      Alors pour finir, beaucoup plus rapide que de faire une liste :
      – Piocher des noms à peu près au hasard dans le catalogue de l’éditeur Criterion (https://www.criterion.com/shop/browse/list), Il n’y a pas beaucoup à jeter.
      – Regarder tous les épisodes que vous trouverez de l’excellente série* documentaire « Cinéastes de notre temps » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9astes_de_notre_temps)
      – Aller dans une vidéothèque de quartier, il y aura surement tout ce qu’il faut (même dans des villes moyennes).

      Voilà, j’ai vidé mon sac, même si maintenant je suis un peu anxieux à l’idée que mes enfants risquent un jour de recevoir des listes comme celle-ci. Heureusement d’ici la terminale, j’ai encore 10-15 ans, je ne doute pas qu’ils auront déjà des bases assez solides pour ne pas y prêter attention. A moins de 4 ans ils connaissent déjà Buster Keaton, ouf ils sont sauvés 😉
      Hasta la vista,

      Wyatt

      * Ah oui, les séries… vous oubliez quand même 3 des séries les plus importantes des 20 dernières années : The wire de Simon, Les sopranos, Breaking Bad… mais vos élèves les connaissent peut-être déjà.

      • Et désolé pour les quelques fautes que je viens de voir après publication, je n’ai pas pris le tps de relire même si je sais qu’ici ça ne rigole pas avec la langue française 😉

      • Seigneur, les foudres de Jupiter sont tombées sur la tête du malheureux ! Comme j’aimerais vous rencontrer à la terrasse d’un bistrot pour discuter cinéma… Je n’avais même pas regardé la liste, ça m’a évité le collapsus fatal.
        Votre fils, âgé de 4 ans, m’a l’air d’un sacré phénomène (comme son père ?). Le mien, vers le même âge (un ou deux ans de plus) nous obligeait à rentrer dare dare de promenade, le dimanche, pour ne pas rater sur Arte les cartoons en noir et blanc des années 20 et notamment Ub Iwerks. Ce n’est que beaucoup, beaucoup plus tard, qu’il s’est autorisé à visionner certains Disney-Pixar. Je ne suis pas un ayatollah, je n’empêche personne de voir un Disney et ne m’en prive pas à l’occasion, mais cela devrait être réservé aux adultes, quand leur cerveau est construit et pas trop malléable…

      • Je serai bref, car je n’ai pas envie de me répéter. Ce qui m’avait fait hésité à donner à lire ici cette liste s’est parfaitement réalisé. Une bande de grincheux imbus d’eux-mêmes, auto-proclamés licteurs zélés, viennent à demi-mourir d’apoplexie devant tel ou tel oubli. Savez-vous le ridicule de votre pantomime ? Ai-je prétendu faire œuvre d’histoire de la littérature ou du cinéma ? Que la liste était parfaite ? Qu’elle est un document de référence indépassable ? Au lieu de faire la pleureuse depuis le haut du rocher, venez voir ce qu’il se passe dans un lycée. On ne lit rien sinon des tweets, on ne regarde aucun film sorti il y a plus d’un an. Les élèves ne lisent pas, ils déchiffrent. Pas de cinéma, la portion la plus débilitante de Netflix seulement.

        Au lieu de vous étouffer sur votre siège, mourrez-en un bon coup, ça nous fera le silence. Bien entendu que la liste est pleine de lacunes ! Je l’ai constitué seul en trois semaines, en puisant dans mes propres connaissances. Elle est sans cesse en cours de rectification. Donc les noms que vous donnez sont utiles. Mais cessez donc de vous indigner. À votre âge, c’est plus que stupide, c’est pénible. Donnez des noms si vous en avez envie, mais dispensez-vous vos leçons professées depuis votre trône dans un souci humanitaure. Le fameux « je-me-suis-inscrit-pour-participer-sous-le-coup-de-l’indignation ». Merci Achille Talon, on vous rappellera. « Attention, une asso de parents d’élèves pourrait vous faire un procès » ? Point d’inquiétude, ici, la moitié parents n’ont pas le bac. Au lieu de vous répandre en lamentations snobs, allez faire un tour dans la rue et décillez.

        (En sus, vous lisez de travers. Wong Kar-Wai est mon réalisateur préféré, il est dans la liste.)

        Enfin, vous n’y pouvez rien si on donne un telle liste aux pauvres élèves qui en souffriront sans doute affreusement. Mon complot diabolique va donc réussir. Oh, l’arrogance de la médiocrité bourgeoise ! Oh, le syndrome du spécialiste ! (Vous savez que votre coiffeur s’effondre pareillement à vous quand il sait comment vous traitez vos cheveux, que le gamer pourrait s’écrouler de rire si on vous demandait à quels jeux vidéo jouer ? Épargnez-nous la suffisance, on est toujours l’ignorant d’un autre.)

        • Je me demande parfois (souvent) si je dois compter les points ou siffler la fin de la partie…

          Je suis d’accord avec Vidar, si sa liste méritait d’évidence des améliorations, elles pouvaient être proposées courtoisement et sans morgue. D’autant que cette liste n’est pas un panthéon (thème de discussion central de ce fil, on le sait), mais un simple outil que quelques jeunes un peu plus curieux que la moyenne pourraient utiliser pour rompre leur isolement dans le flux présentiste.

          Moi qui ai grandi à Roubaix voici 25 ans, dans un no man’s land culturel où les films avec Dolph Lundgren faisaient figure de chefs-d’œuvre, je ne remercierai jamais assez le hasard qui me fit découvrir « Aguirre » de Werner Herzog, par complet hasard, une nuit d’insomnie. Mais comment aller plus loin ? Comment s’orienter ? Comment trouver de quoi alimenter sa curiosité ?

          Une liste comme la vôtre m’aurait sûrement fait gagner du temps.

          Cela dit, « bande de grincheux imbus d’eux-mêmes » risque tout de même d’être perçu (et à raison) de manière un peu contrastée par notre aréopage de belles plumes susceptibles (mais je le suis aussi, comme tout le monde, ce qui pourrait motiver chacun ici à modérer un tantinet ses philippiques…)

          • Cher Brumes, ne vous tourmentez pas trop ; c’est simple : vous sifflez tout d’abord la fin de la partie, puis vous comptez les points. Comme disent les footeux, c’est « après le coup de sifflet final qu’on connait le résultat ». Et Dieu sait que ce sont de grands philosophes !

            Je vous salue, notre hôte.
            (Sans qui nous serions sans abri, dans la rue, livré aux morsures de la meute des analphabètes.)

        • Merci Brumes pour cet arbitrage 😉 Je dois avouer ne pas être d’accord sur le fond avec vous à propos de cette liste mais votre message est plein de sagesse et a calmé le feu un peu taquin qui m’animait.
          Je connais très bien la banlieue (j’y vis) et les déserts culturels. J’ai été au lycée dans le genre de lycée où vous travaillez Vidar. Et pour tout vous dire c’était il n’y a pas si longtemps (déjà vieux grincheux, mince… j’ai l’impression que Vidar me prend pour bcp plus vieux ou alors je n’ai pas compris).
          Au final, ce dont je me moquais un peu, c’est de la volonté de faire une liste géante de références s’appelant « œuvres pour la vie » en y mettant un peu tout et n’importe quoi et en y oubliant presque tout ce qui a fait la diversité et la richesse de cet art. C’est le grand écart entre le projet et le contenu qui m’a fait réagir, même si ce qui me pose le plus de problème reste le projet en lui-même. Après tout, ne pas être spécialiste en tout, voire en rien, n’est pas grave. Avoir quelques intuitions, des choses qui nous touchent que l’on veut partager est déjà quelque chose que l’on peut faire en toute simplicité et je remercie les profs qui m’ont glissé 1 ou 2 choses en passant alors que mon environnement culturel n’était pas très reluisant. Dans ce cadre, loin de la liste pléthorique, on peut oublier les grands classiques et tout ce qui fait qu’il y a du commun dans l’histoire du cinéma ou de la littérature. Je crois que montrer 1 ou 2 choses bien senties vaudra toujours mieux qu’une liste interminable qui découragerait même le plus motivé.
          A vous lire Vidar, vos élèves sont des écervelés. Commencer avec Dolph Lundgren come Brumes, c’est un début, de mon côté j’adorais Van Damme et au lieu d’Aguirre, c’est Apocalypse now qui a été le déclic. Peut-être que Marvel fera des petits ? Il y en a des bons d’ailleurs chez Marvel et je suis sûr que vos élèves les auraient mis dans la liste.
          Aller plus loin, s’orienter, c’est évidemment une question, même si pour le cinéma il y a des tas de moyens assez simples : Des plateformes bien faites ça ne manque pas et j’allais dire, même Netflix offre pas mal de possibilités, mais cela s’adresse toujours à ceux qui en savent déjà un peu et surtout qui sont très motivés. Le plus dur c’est de donner envie et là… La liste est une réponse, certes, mais je n’y crois pas beaucoup.
          Après tout, les manuels scolaires sont déjà plein de listes de choses passionnantes, mais ça ne semble pas très efficace non ?
          Je réponds à une dernière remarque, évidemment que mes références en jeux vidéos feraient rire bien du monde, mais jamais je ne m’attaquerais à établir une liste de jeux vidéos de références à distribuer dans le cadre de mon travail de prof.

          Pour la remarque sur les parents d’élèves, c’était une blague, il ne faut pas tout prendre au sérieux… surtout le cinéma, c’est tout de même aussi pour se divertir.

          • Bonjour,

            J’accueille avec plaisir ce retour à plus de sérénité, ayant moi-même perdu un peu de calme dans la réaction.

            Cette liste n’est qu’une tentative. Je sais pertinemment que huit élèves sur dix ne l’ouvriront même pas. Que le huitième sera rebuté par le nombre de pages et que le dixième trouvera ça sympathique deux jours durant.

            J’aime profondément mes élèves – tous et toutes. Là où j’enseigne, la culture fait cruellement défaut. Je ne m’en lamente pas amèrement, j’en fais le constant, j’en connais les causes. J’essaie de les amener vers la culture et les arts, afin de leur donner une chance supplémentaire de s’en sortir un peu mieux dans la vie. Je ne vais pas écrire un long paragraphe mal résumé sur les héritiers, les transclasses et les autres, mais le problème se pose cruellement. La capacité de concentration maximale est de cinq à dix minutes, donc lire un livre est simplement impossible. Tant de préjugés contre le livre, et contre le reste aussi. Un film en noir et blanc est inacceptable, je ne parle pas même du cinéma muet. Nous avons été voir Alien l’année passée. C’était la limite. La moitié de la classe a décroché dès les premières minutes du fait de l’age du film.

            Il y a beaucoup à faire, et j’y consacre un nombre d’heures hebdomadaires significatif. Un élève ici ne sait pas écrire une lettre du fait de sa formalité trop guindée à leur yeux, déchiffre au lieu de lire, passe son temps libre sur Snapchat. Cela ne nous empêche pas de rire ensemble, d’étudier la philosophie de façon sérieuse, d’aller ensemble au théâtre et au cinéma.

            Wyatt, j’ai bien retenu le lien vers Criterion, auquel j’aurais pu penser de moi-même tant la réputation est sérieuse. Cela m’est simplement sorti de la tête, tout comme le cinéma de Oshima ou les bandes dessinées de Bilal.

            Je pense que nous pouvons nous arrêter là dans nos échanges sur cette liste, pour ne pas trop dénaturer le site de Brumes, à présent que vous m’avez collectivement donné de nombreux sentiers à arpenter patiemment.

    • Il me semble que Le joueur, roman court et nerveux, est un point d’entrée plus accessible dans l’œuvre du grand Russe que Les frères Karamazov. Ça a été mon expérience. Pour Céline, je recommanderais de commencer par la trilogie allemande et donc par D’un château l’autre. Merci d’avoir fourni cette liste en tout cas.

      • D’accord avec vous pour « Le Joueur » qui doit être le second Dostoïevski que j’ai lu ado, et qui semble absorbable tout en étant de la plus haute qualité. Je dis le second, car le premier qui m’a introduit à Dostoïevski, et que je recommanderais personnellement, c’est « Crime et Châtiment ». « Les Frères Karamazov » il faut déjà être un familier de l’oeuvre.

        Par contre, pour Céline, vous m’étonnez. « Le Voyage » ne serait plus l’ouvrage de référence ? Celui qui reste au sommet de mon podium, c’est « Mort à Crédit », mais ça ne me semble pas la meilleure introduction pour des jeunes… Quoique, je n’en sais fichtrement rien, on n’est pas dans la science exacte.

  15. Bonjour,

    Merci pour vos retours. Concernant les bandes dessinées, il est vrai qu’aucune saga éminemment populaire, dont certaines constituent sans doute des jalons de la BD ne sont présentes. Mais, je vous en prie, si vous aviez la gentillesse de me donner des noms, cela me ferait grand plaisir (j’ai quelques idées sur la question). Comme je l’ai indiqué dans la note d’intention, cette liste revêt fatalement une dimension personnelle assez forte, et je ne cache pas que je n’ai pas beaucoup de goût pour les Astérix ou les Corto Maltese, ce qui n’est pas une raison suffisante pour les en exclure, bien entendu. Je n’apprécie pas trop les comics américains canoniques non plus à dire vrai.

    Ayant constitué cette liste en fin d’année dernière, il m’a fallu travailler beaucoup et avec un délai serré. J’ai donc utilisé ma bibliothèque personnelle ainsi que des listes que j’avais déjà constitué pour mon usage personnel.

    Pour Watchmen, vous avez sans doute remarqué que Moore est déjà présent avec V for Vendetta, et que je me limite – souvent avec une petite douleur – à une œuvre par auteur. Pensez-vous qu’il faudrait préférer Watchmen à V ?

    Quoi qu’il en soit, je vous remercie pour vos commentaires, qui m’incitent à remettre l’ouvrage sur le métier.

    • S’agissant de Moore, vous pouvez bien vous fendre de deux BD. (Je n’ai pas vérifié, mais je suppose que vous n’avez pas réduit Shakespeare à une oeuvre).

      S’il fallait choisir : Le seul fait d’armes de V pour Vendetta est d’avoir fourni le modèle de masque pour les Anonymous, là où Watchmen a obtenu le prix Hugo, attribué pour la première fois à une BD, le prix Eisner, un prix à Angoulême, le prix Max et Moritz, etc. On le classe régulièrement dans les meilleurs romans – oui, j’ai bien écrit romans – et il est l’illustration de ce que l’on appelle roman graphique.

      À mon humble avis, ses niveaux de lecture sont bien plus nombreux que l’apologie de la résistance armée (voire du terrorisme) martelée par V. (qui est quand même une sacrée bonne BD).

      Mais tout cela est un détail. Tenez plutôt compte de ma remarque sur les « essais et témoignages » (À mon humble avis (bis))

      • Je vais substituer Watchmen à V for Vendetta. Vos arguments font mouche. (Mais je trouve votre analyse un peu trop légère concernant V, figure de philosophie politique éminemment profonde et décisive).

        • (Pour V, J’ai fait court : je dactylographiais péniblement sur mon téléphone, ayant oublié mon ordinateur portable au cabinet (*))

          (*) meuh, non. D’expertise comptable.

      • Cher Draak, vos remarques sur Alan Moore sont pertinentes : V n’est pas mon préféré, mais il est iconique (à cause des Anonymous) et donc susceptible d’intéresser des jeunes ; comme vous, je lui préfère, ô combien ! Watchmen, bien plus riche en niveaux de lecture ; mais, comme pour beaucoup d’auteurs de littérature générale, comment le réduire à une seule oeuvre ? La Ligue des Gentilshommes Extraordinaires peut-il être écarté ? From Hell, n’est pas négligeable. Pour ma part, j’ai un penchant pour un petit ouvrage jubilatoire, fantaisiste et intelligent, un bijou, j’ai nommé Jack B. Quick. Et encore, j’écarte volontairement les participations de Moore aux sagas super-héroïques (Batman, Superman, Swamp Thing), concernant des personnages qu’il n’a pas créés, et plusieurs sagas de son cru qui portent toutes la marque de son inventivité. Alan Moore est un des rares qui, dans sa catégorie (le comics, pour le dire vite) peut se prévaloir d’une oeuvre cohérente, d’une véritable nature d’artiste et de créateur.

        Et pourquoi pas, ne soyons pas bégueules, l’incroyable « Filles Perdues », dessiné par Melinda Gebbie (épouse d’Alan Moore), qui est un éblouissement pour les yeux et pour l’esprit… recueil d’histoires érotiques qui n’est pas destiné aux oies blanches : mais l’espèce « oie blanche » n’est-elle pas, de nos jours, aussi éteinte que celle du « dodo » (raphus cucullatus) ?

        • Je suis mauvais en BD, mais Maus de spigelman ? Ca a sa place dans une sélection de ce genre ? Et en totalement différent, Julius Corentin de Marc Antoine Mathieu ? Et meme si je n’y connais pas grave chose, je veux bien affirmer avec assurance qu’il ne faudrait pas oublier crumb.

          • Un peu mon neveu !
            Et, j’irais jusqu’à dire, encore plus le second que le premier ! Une vraie démarche artistique et, s’il n’avait le soutien indéfectible de son éditeur qui ne doit pas vendre beaucoup de ses albums…
            Quant à Crumb… son absence, à elle seule, justifierait de jeter à la corbeille à papier la « fameuse liste » !

    • Bonjour,

      Depuis longtemps, je lis avec plaisir les notes et notules de ce site ou plus exactement celles consacrées à La Pléiade. Aujourd’hui, je m’inscrit pour y participer un peu plus activement, avec l’espoir un peu fou de ne pas écrire trop de bêtises ou de ne pas débiter l’ineptie en tranches fines. Dans le second cas, il m’arrive de sévir sur d’autres sites qui acceptent mes coyonnades.

      J’ai parcouru la liste de Vidar. Elle a l’avantage d’être replète et partiellement subjective. Toutefois, comme d’autres l’ont écrit, il me semble qu’un classement des essais par thèmes offrirait plus de clarté.

      Beaucoup de films « récents » parmi ceux que vous citez et des oublis notoires : Ingmar Bergman (pour moi, c’est presque un crime), Otto Preminger, John Ford, Howard Hawks, Billy Wilder, Federico Fellini, Luchino Visconti, Carl Theodor Dreyer, Buster Keaton, Nagisa Oshima ou Kenji Mizoguchi. Ils ont fait leurs preuves. Contrairement à Besson, Zidi ou Darabont et son hypocrite autant que caricaturale « Ligne verte ». D’ailleurs, pour moi ces trois-là ne sont que des faiseurs. (Là, je reste poli.)

      Pour en rester aux essais, je m’étonne de ne voir ni le « Hitchcock / Truffaut », de François Truffaut, ni un recueil de critiques de Serge Daney. Et pourquoi ne pas ajouter « Les cahiers du cinéma » et « Positif », deux revues qui se détachent de toutes les autres ?

      Parmi les bandes dessinées, il y a plusieurs absences qui m’ont étonnées. Un seul nom : Hergé. Pour un jeune adolescent, ses albums sont une formidable introduction à ce que fut le XXe siècle. Mais c’est l’idée d’un vieux croûton qui découvrit l’auteur des Tintin à près de quarante ans.

      Une dernière remarque : je ne sais pas si découvrir Joseph Conrad avec « Nostromo » ne risque pas de rebuter le lecteur qui ne connaît pas cet écrivain dont c’est certainement l’oeuvre la plus complexe.Pourquoi ne pas proposer « Lord Jim » ou « Au coeur des ténèbres » ?

      Encore une fois, tout ce qui précède n’engage que moi.

      Bien, après une nuit grise, il est temps de dormir une heure ou deux.

      • Je vous remercie de vos nombreuses remarques et vais vous répondre point par point.

        – Suite aux suggestions, je suis en train de classer les essais par thèmes (anthropologie, ethnologie, linguistique / économie / politique et droit / histoire / questions sociales et sociologie / religions, mythologies, spiritualités / sciences formelles et naturelles). Il faudrait sans doute amaigrir par ailleurs la liste qui présente un foisonnement indistinct.

        – Pour Bergman, Fellini, Visconti et Oshima je suis impardonnable. J’avoue ne pas connaitre encore les autres. J’avoue ne pas avoir vu La ligne verte, ce sont les échos à peu près unanimes qui me l’ont fait intégrer.

        – Je vais rajouter aux essais les deux que vous mentionnez. Par contre, je ne pense guère inclure de revues. Je n’apprécie que très peu la critique contemporaine, surtout celle du cinéma qui me semble trop bête et plate. Par ailleurs, il faudrait inclure des revues de tout type si je commence à glisser Les Cahiers ou autre. Je préfère inciter mes élèves à lire des livres plutôt que des résumés chamarrés de quelques analyses souvent maigres ou douteuses. J’ai la dent dure comme vous le constatez.

        – Comme je l’ai dit, je n’aime pas trop les sagas de bandes dessinées les plus célèbres, mais je promets de continuer à y réfléchir. Votre argument concernant Hergé m’atteint.

        – C’est noté pour Conrad. Vous avez sans doute raison.

        Merci de toutes vos remarques.

        • Bonjour Vidar,

          L’exercice qui consiste à retenir une œuvre par auteur ne débouche pas sur le reflet exact de ce que fut l’influence dudit auteur sur la littérature : comment ne retenir qu’un Balzac par exemple ?

          Ceci étant dit, je voudrai revenir sur votre « sélection » de BD : il paraît inconcevable que vous ayez tiré un trait à la fois sur les origines du neuvième art (avant la Première Guerre mondiale), sur son développement et ses deux âges d’or (avant-guerre puis années 50-60) et sur son émancipation et ses transformations de l’après-68 aux années 90.
          La seule explication qui me vienne à l’esprit est une méconnaissance importante de la bande dessinée.

          Vous demandiez des titres, en voici quelques uns :

          La trilogie d’Aleksis Strogonov d’Émile Bravo
          Les 5 premiers volumes d’Alix de Jacques Martin
          Pour Astérix vous avez le choix
          Bicot de Branner
          Les Bidochons et Kador de Binet
          Au minimum les 5 premiers volumes de Blake et Mortimer d’E.P. Jacobs
          Blondin et Cirage par Jijié
          Les 6 premiers tomes de Bob et Bobette de Vandersteen
          Broussaille par Frank
          Buck Danny de Charlier et Hubinon
          Quelques Caroline Baldwin de Taymans
          Le Chevalier blanc de L. et F. Funcken
          Les premiers tomes des Cités obscures de F. Schuiten
          Les Closh de Ben Radis et Dodo
          Le Concombre masqué de Mandryka
          Deux ou trois Corentin de Cuvelier
          La Rubrique à Brac et Gai Luron de Gotlib
          Quelques albums illustrés par Benjamin Rabier (Les aventures de Gédéon par exemple)
          La Famille Fenouillard et Le Sapeur Camembert de Christophe
          Flamme d’Argent de Cuvelier et Greg
          Achille Talon de Greg
          Le cimetière des éléphants de Chaland
          Fripounet et Marisette d’Herbonné
          Gaston de Franquin
          Gill Jourdan de Tillieux
          Jacques Le Gall de Mitacq et Charlier
          Un volume du Joe Bar Team de Bar2 et un de Fane
          Kebra de Tramber et Jano
          Keubla de Jano
          Largo Winch de Francq et Van Hamme
          Line de Cuvelier et Greg
          Ricky Banlieue de Margerin
          Lucky Luke de Morris et Goscinny
          Marc Dacier de Paape et Charlier
          Quelques albums de Walt Disney tout de même parmi les premiers
          Modeste et Pompon de Dino Attanasio
          Natacha de Walthéry
          Oscar et Isidore de Breysse
          La Patrouille des Castor de Mitacq et Charlier
          Des recueils de Pieds Nickelés d’avant guerre par Forton
          Pom et Teddy de Craenhals
          Je dirais l’intégrale de Prince Valiant de Hoster
          La Ribambelle de Roba
          Les Schtroumpfs de Peyo
          Quelques Spirou et Fantasio, dont un de Jijé et un de Franquin au minimum
          Sylvain et Sylvette de Cuvillier
          Tanguy et Laverdure de Charlier et Jijé
          Tif et Tondu de Will
          Une sélection de Tintin, les albums allant des Cigares du Pharaon jusqu’aux Bijoux de la Castafiore par exemple
          Valhardi de Jijé et Paape
          Le Vol du corbeau de Gibrat
          Yoko Tsuno de Leloup
          Zig et Puce de Saint-Ogan
          Zoo de Frank Pé
          Bécassine de Pinchon
          Meurtre dans le phare de Serge Clerc

          J’ai bien conscience des immenses lacunes de cette sélection, mais elle aborde tout de même une belle partie de la BD franco-belge, des écoles Spirou et Tintin, de la génération Pilote puis de l’après-68 avec l’avènement d’une BD qui s’émancipe et devient plus « adulte ». Les BD de la presse confessionnelle pour enfants sont également évoquées.
          Il manque quelques BD des origines (Töppfer notamment) et j’ai volontairement omis l’école américaine déjà évoquée plus haut ainsi que les mangas qui nécessitent un développement complet.
          J’ai enfin inclus la proto-BD de Pinchon, Saint-Ogan, Rabier ou encore Forton, sans lesquels la BD qui a suivi n’aurait même pas existé.

          • Je vous remercie pour tous ces titres.

            Concernant l’œuvre unique, je m’en suis expliqué plus bas. (je me cite, vous m’en excuserez j’espère : « Si je m’étais autorisé plus d’une œuvre par auteur, la liste ferait le double. Il a été difficile bien souvent de choisir. Mais il s’agit avant tout de faire découvrir, avec l’idée qu’on retournera vers un auteur dont on a lu une œuvre qu’on a appréciée. »)

            Je remercie l’ensemble des contributeurs pour leurs conseils et suggestions, que je reprends très souvent. Cependant, la visée de cette liste n’est pas de constituer une liste patrimoniale des dix mille œuvres à fréquenter pour l’honnête homme. Il s’agit d’inciter des élèves nés après les années 2000 à s’ouvrir à la culture. Ces élèves déchiffrent les mots plus qu’ils ne les lisent. D’une part, je ne prétends nullement être un grand érudit dans tous les domaines (même dans un seul, ce serait déjà fort douteux), ce qui explique les lacunes des différentes listes qui provoquent vos cris d’orfraie. Ensuite, je souhaite donner le goût de la culture et des arts à des élèves largement inexpérimentés en la matière. Ceci peut donc expliquer certains choix, bien que je m’efforce de tenir une ligne assez patrimoniale et exhaustive qui ne serait pas trop indigne. Je ne suis pas trop mauvais – j’insiste sur la distance avec l’expertise – en littérature et en cinéma (à partir de 1970 environ uniquement, notez bien).

            Pour ce qui est par exemple des bandes dessinées, j’ai des goûts, disons, marqués. Je connais de façon correcte la bande dessinée franco-belge, et je dois avouer que je ne l’apprécie guère pour l’essentiel. J’ai l’impression que beaucoup de nostalgie rachète sans vergogne – vous allez hurler – une médiocrité bien généralisée. Un peu comme les gens qui se sentent obligés de bien noter les vieux films sur l’IMDb. Une fois regardées avec un œil froid, et en dehors – j’insiste du mérite historique (qui doit être séparé dans l’appréciation de la valeur esthétique) – je ne trouve pas grand-chose pour racheter – à mes yeux, entendons-nous bien – dans Alix, Tintin ou Gaston. Il s’agit pour moi d’une production de masse par assez indigente. Scénario, dessin, mise en page – je trouve que sur tous ces points, passés douze ans, on peut être bien plus exigeant. Je viens d’avoir trente ans, et j’ai lu dans ma jeunesse les Astérix, Tintin, Gaston, Blake & Mortimer etc. C’est divertissement jusqu’à douze ans à mon avis. Pour moi, c’est comme les grandes productions de Hollywood – le coté grand spectacle en moins – sans âme simplement. Je ne cherche pas à être snob, et n’ai pas la dent aussi dure que l’avait Adorno par exemple sur la culture de masse. Cependant, je ne crois pas que ces œuvres intéressent encore grand monde à part des nostalgiques ou des fins connaisseurs bien conscients de leur importance historique (ce qui ne pèse pas si lourd à mes yeux). Le Gaston d’hier, c’est Les femmes en blanc (oups, trop vieux) ou Les nombrils, Titeuf, Les profs etc d’aujourd’hui. Ni inventif, ni drôle, ni intelligent. Donc je connais un peu de quoi je parle tout en étant nul expert en la matière. Je connais un bon paquet des œuvres que vous citez, et je vais m’intéresser à celles qui me sont inconnues. Je continuerai à réfléchir sur cette question – délicate – de la bande dessinée évidemment, tant les différents avis convergent.

            Ce que je critique, je tache de ne pas en être ignorant, condition minimale d’honnêteté intellectuelle. J’ai hésité à inclure certains titres (Harry Potter par exemple, que je ne goute guère mais qui a une certaine renommée), certains s’insérant, d’autres non. C’est une liste en perpétuelle évolution et toutes les remarques aimablement reçues me font réfléchir.

            Ce site n’est peut être pas le plus indiqué – je ne sais ce qu’en pense Brumes – pour de la critique de bande dessinée, mais j’ai souhaité tout de même exposer mon point de vue sur la question, afin de ne pas paraître ni ignorant, ni arrogant.

            J’espère recueillir vos suggestions éclairantes, si le goût vous en dit, dans le domaine de la littérature et des essais notamment. Voici une version mise à jour pour que vous puissiez prendre en compte les avancées, et que vous ne pensiez pas que je vous ignore dédaigneusement.

            https://framadrop.org/r/X5FsqUEGvS#udwe8AdpyfFHiOgOSLhaTpADl6fSw6nNkcfoJphN+L8=

          • Je me joins au dépôt de plainte de ceux qui s’étonnent que la BD commence seulement en l’an 2000 (et la musique pop aussi ou le be-bop tant qu’on y est !!??), tout en oubliant les auteurs phares de cette période (Larcenet, Fabcaro, Rabaté…) et en ayant rangé au placard les chefs d’’oeuvre, créateurs et héros principaux du genre : de Goscinny à Blueberry (Charlier-Giraud) en passant par Comes, Franquin (un maître absolu), Corto Maltese, Bilal, Hermann, Tardi, Margerin, Bourgeon, Gotlib (évidemment), Hergé (tout de même et évidemment bis), Morris, etc,
            etc…

            C’est un scandale de les mépriser en tant que créateurs (de même importance que celui qui consisterait par exemple à prendre Jeff Koons pour un artiste) et je m’associerai volontiers à tout à action en justice visant à contrarier ce révisionnisme littéraire !!!

          • Concernant Bilal, je plaide coupable.

            Pour le reste, vous n’avez sans doute pas lu mon commentaire au-dessus. Il ne s’agit pas seulement de s’époumoner, mais d’argumenter. D’autre part, j’ai indiqué y réfléchir, et j’ai confessé sans douleur aucune ne point être un expert en la matière. Vous n’avez visiblement pas lu ma note d’intention non plus, ni compris la visée d’une telle liste, qui ne prétend pas être un canon parfait. Qu’apportez-vous à l’échange, qui n’ai été mieux dit déjà par d’autres ? Lombard a eu le bon goût de fournir une abondante et précieuse liste. Le péché qui me veut l’ordalie est seulement de ne pas maîtriser l’histoire de cet art, comme si je n’en été pas conscient. Savez-vous seulement quelle somme de travail exige la fabrication d’une telle liste ? Au lieu d’invectiver sèchement, palabrez.

          • L’irritation légère m’a fait commettre deux fautes (« été » au lieu de « était » ; « veut » au lieu de « vaut »). J’ai ajouté la trilogie Nikopol de Bilal, que je tiens en haute estime mais ne possède pas encore dans ma bibliothèque personnelle).

            J’ai également ajouté au XIXe siècle en littérature le Kim-Vân-Kiêu, dont je viens d’apprendre l’existence grâce à la précieuse collection « Connaissance de l’Orient » chez Gallimard.

          • Pour Caminos, Lombard et consorts,

            je me réjouis de constater que sur ce blog où règne la plus haute exigence en matière littéraire (et Dieu sit si j’estime qu’en cette matière on n’a pas de temps à perdre avec la ou les médiocrité(s), la bande dessinée n’est pas persona non grata ni terra incognita.

            Merci à tous.

          • C’est amusant de remarquer que c’est la bd et le cinéma qui ont suscité le plus de réactions et non la littérature. Peut être parce qu’ils étaient encore il y a peu des arts populaires qui satisfaisaient le grand public comme la critique. Maintenant ils sont en voie de devenir comme la littérature et la musique classique. Il y a encore de vifs débats sur ce qui a de la valeur ou non. Carpenter etait encore méprisé il y a peu comme on méprise encore parfois Gaston. C’est dommage. Mais proposer des milliers de références sans entrées thématiques, avec les titres non traduits (pour les films en tout cas) et pour certains domaines sans connaissance, c’est se tirer une balle dans le pied. Un jeune de 17 ans dont on dit qu’il sait à peine lire ira-t-il vers Rousseau ou les frères karamazov parce qu’ils sont dans une liste distribuée par un de ses profs ? Il n’aimera pas plus le nosferatu de Murnau. Il faudrait peut être proposer une short list d’ œuvres qui attrapent et non la grande liste de l’honnête homme. John Fante sera plus captif que le bruit et la fureur de faulkner, et les deux valent la peine d’être lu. Bartleby sera plus facilement terminé que Moby Dick, surtout si on ne lit que des tweets habituellement 😉
            Pour le ciné c pareil, une petite cinquantaine de films, classés par genre ou thématique avec des filiations, c’est surement plus précieux. Tu as aimé les expendable ? Alors allons y pour rambo 1 et si Ca marche… voyage au bout de l’enfer ?! Ca ne marchera pas à tous les coups mais Ca se tente et à la fin on aura proposé 1 très bon film et 1 chef d’œuvre, bonne moyenne. Autre exemple, Schwarzy a une filmographie très respectable et avec lui on est déjà à quelques encablures de bien des chefs d’œuvres, il faut peut être un copilote un peu patient et pas trop gourmand (je n’en serai surement pas capable pour ma part).

          • Mon cher Wyatt
            Pour ma part – je ne sais ce qu’il en est pour mes « confrères » – si la bande dessinée a suscité mes réactions (le cinéma l’aurait pu également, mais je suis moins savantasse en la matière, bien que non béotien – j’ai esquissé un semblant d’explication, en disant d’emblée que l’entreprise dans son ensemble me semblait vaine et. vouée à l’échec, sur le modèle du « tonneau des Danaïdes ». Par conséquent, à quoi bon vouloir « réformer l’in-réformable » ?

            C’est aussi parce que j’aime et connais la bande dessinée, même si je mets la littérature au-dessus de tout, et que je milite pour la reconnaissance à son endroit d’une certaine dignité, qu’elle mérite après plus d’un siècle d’évolution et de recherche dans l’expression.

            Je fus donc indigné de la voir réduite à la portion congrue, et, je le répète, en reproduisant une liste qui ressemble furieusement à celles des gens qui méprisent et ignorent le genre et qui, pour paraître « ouverts » croient devoir tout de même « sauver » quelques-uns. C’est une attitude digne d’un demi-siècle en arrière au moins.

            Quant à aborder les listes littéraires, philosophiques ou autres – qui n’ont plus besoin de « reconnaissance » – le champ est si vaste, et considérant que je trouve l’entreprise irréalisable et pour tout dire absurde (d’ailleurs, elle-aussi dépassée, datant du temps où on croyait possible la connaissance universelle) que je ne m’y suis pas risqué.

            Mais en aucun cas, je ne voudrais laisser croire, que je mets toutes les expressions artistiques sur le même plan, que « tout se vaut ». Je voudrais éviter de tomber dans le travers (?) de la hiérarchisation, mais ne puis l’éviter : la bande dessinée est arrivée à une certaine maturité, elle a produit de belles oeuvres, mais elle n’occupe pas dans ma bibliothèque et dans mon esprit la même place que la littérature, la philosophie ou l’Art. Tant s’en faut.

  16. Même remarque poura la liste des ouvrages de référence (première partie de la liste) : Mériterait un classement par thème, afin de s’y retrouver, ou de pouvoir y piocher utilement des envies de lectures.

    • Vous avez à mon sens tout à fait raison concernant ces deux catégories. Je tâcherai d’ordonner par sous-thèmes les sections « ouvrages de référence » et « documents & témoignages » (qui demande en sus à être bien étoffée).

  17. Dans les éditions notables, il manque quand même les Belles Lettres qui, quoi qu’on en dise, fournissent quand même les antiques en version bilingue.

    • Il me semble que vous faites erreur concernant Les Belles Lettres, maison que j’estime beaucoup, et qui est présente par trois fois (Littérature, Essais, Philosophie).

  18. Voilà de quoi faire plaisir à notre ami Domonkos (et à quelques autres, je l’imagine sans peine) :

    « Il y a dans Colette un je-ne-sais-quoi de vulgaire, de “tout petit” qui m’irrite, d’autant plus que je l’admire. Dans La naissance du jour, combien me déçoivent toutes ces difficiles entrevues avec Vial, et quel mal elle se donne, à travers cette médiocrité trop claire, pour atteindre la littérature. J’avais déjà éprouvé la même répulsion au cours de la lecture de La retraite sentimentale. Je n’aime pas qu’elle parle de l’amour. Elle y mêle une espèce de supériorité de femme âgée, blessée, quoique toujours prête, un air “vieille bête pleine d’expérience”, qui fait tort à son incontestable génie, qui réside tout entier dans l’expression, dans sa sensibilité “littéraire”. »

    « Je n’aime pas qu’elle parle de l’amour » : mais aucun homme n’aime qu’une femme parle de l’amour. Inévitablement et comme fatalement, elles y mêlent un je-ne-sais-quoi de vulgaire — dont il semble qu’elles ne se rendent jamais compte. Toute cette sensiblerie qu’elles montrent à cette occasion nous est non seulement étrangère, mais même antipathique. Je n’ai pas encore rencontré de femme qui « travaille à se rendre sèche » (l’expression est de Henry Brulard et ne se rapporte pas aux femmes).

    Mais d’autre part, Perros a raison qui a très bien vu que «  le génie de Colette est tout entier dans l’expression », et là c’est moi qui souligne.

    • Je n’ai pas lu Perros et ces notes ne m’incitent guère à aller voir de plus près. Juste un détail : Colette écrivit « La retraite sentimentale » à trente-quatre ans. Si c’est là être « âgée »… Aucune sensiblerie chez elle, et, plus généralement, les hommes auraient beaucoup à apprendre des femmes qui écrivent sur l’amour.
      Enfin, je ne comprends pas bien ce qu’est « l’expression ». La forme ?

      • Ne vous fiez pas à mes notes : ce serait vous tromper, lisez Perros plutôt.

        Oui, l’expression, c’est la forme, c’est le style. J’y attache la plus grande importance. Et je suis pour cette raison un grand lecteur de Colette.

        Et quant à apprendre des femmes sur certaines matières d’importance, c’est une question de point de vue. Le mien de point de vue diffère grandement du vôtre. Peut-être que si l’époque ne faisait pas une fixation sur le féminin… On tend toujours à s’opposer à son époque, vous le savez bien. Et je suis, par tempérament, un opposant farouche.

        Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à ce beau débat, j’étais passé voir si Domonkos avait répondu à ma dernière élucubration.

        Merci infiniment en tout cas d’y avoir fait cette réponse que j’ai lue avec beaucoup d’intérêt.

    • J’arrive trop tard, mon.cher Ahmed. Je fus devancé par Marc Bonetto qui vous infligea une volée de bois vert : je pense bien que vous n’en fûtes point abattu pour autant, cela a ses vertus, cela fouette le sang !

      Pour Colette, je serais plutôt d’accord avec vous et Perros. Pour le reste, je réfléchis sur le sujet des écrivains et l’amour.
      Il me semble vrai que le sentimentalisme l’emporte sur le reste dans leurs peintures de l’amour, en règle générale. Mais, quelques-unes y échappent ou dépassent ce stade, et quand elles le font, elles peuvent aller très loin.

      Quand les femmes franchissent certaines barrières, elles peuvent aller bien plus loin que les hommes. Mais – paradoxalement ou non – elles ont une relation particulière avec ce qu’il y a de moins sentimental, de plus charnel, y compris dans ses aspects les plus triviaux. Je ne connais aucun homme capable d’autant d’impudeur – surtout parlant de lui-même – que certaines femmes. On a voulu faire de la pudeur une vertu féminine, mais je crois qu’il ne s’agit en aucun cas d’une « qualité naturelle » chez elles. Rien ne les rebute des aspects les plus triviaux de la vie, de la vie dans sa nudité, jusque dans sa déréliction absolue.

      Lorsqu’on accouche, qu’on voit la vie dans son aspect le plus brut, plus rien ne peut vous effrayer.
      Les hommes n’ont pas le même rapport : ceux qui ne refuseront pas de tremper leurs mains dans le sang, la merde et autres fluides corporels, quand bien même croiraient-ils avoir aboli toutes les mises à distance, maintiendront l’ultime barrière, celle du cynisme.
      Ce n’est pas pour rien qu’ils ont délégué aux femmes, durant des millénaires, les tâches organiques : torcher les bébés et les vieillards, soigner les malades et faire la toilette des cadavres.

      Bien sûr, cela change aujourd’hui, car nous entrons non seulement dans un monde nouveau, mais dans une humanité nouvelle. On a pu croire, dans les premières décennies du féminisme que les femmes avaient pour ambition de devenir « les égales des hommes » et, pour ce faire, croyaient qu’elles devaient acquérir des qualités dites viriles et s’aligner sur le « modèle masculin ».
      Aujourd’hui, l’égalité passe par l’alignement des hommes sur le « modèle féminin », elle passe par le renoncement aux qualités dites viriles, et si, hier, on pouvait dire, dans un trait d’humour provocateur, que « les femmes sont des hommes comme les autres », le slogan à la mode est de considérer que « les hommes sont des femmes comme les autres ».
      En attendant l’abolition – prochaine ? – du « genre » et l’avènement du « neutre » (qui ressemble furieusement à une émasculation).

      • Aucune volée de bois vert contre personne. Il y a mieux à faire et la vie est trop dure.

        J’imagine avec beaucoup de mal la séparation du fond et de la forme. Le fond seul donnerait des idées, des opinions, des pensées, enfilées comme des perles et rébarbatives à lire. Quand on parle de forme seule, je pense à Sully Prudhomme, à François Coppée ou Léon Dierx. Mais il est possible que je ne comprenne rien de rien à cette poésie, comme à celle de certains lettristes, voire dadaïstes, surréalistes ou « performeurs » actuels.

        Je ne trouve aucun sentimentalisme chez Colette, mais une grande lucidité sur l’amour comme sur les rapports entre hommes et femmes. Dans « Chéri » et, plus encore, dans « La fin de chéri », ne dissèque-t-elle pas sans concession les rapports amoureux ? Dans le second, le personnage principal ne parvient pas à accepter ou à mettre en accord, la femme qu’il aima et ce qu’elle est devenue, quelques années après l’avoir quittée. Colette ne sombre à aucun moment dans le sentimentalisme, la pleurnicherie ou la mièvrerie. Je retrouve cette même pertinence dans plusieurs de ses romans, notamment « La chatte ».

        Ne peut-on pas considérer la pudeur comme une preuve de civilité, de civilisation, de respect de l’autre ? Sade serait alors le parangon de l’impudicité. Le mot est faible. Du nihilisme.

        Ca manque de cohérence, mais tant pis.

        • S’il y en a un qui manque de cohérence, ce serait moi (pardon pour cette vantardise). A force, l’âge venant, ne pouvant m’en corriger, j’ai décidé d’en faire profession.
          En ce qui concerne « la volée de bois vert » ne prenez pas cette formule trop au sérieux : j’adore ce genre d’expressions vieillies, et celle-ci en particulier, j’en use donc à tout propos, sans y mettre beaucoup de gravité. C’est, si j’ose dire, mon petit côté « la forme au-dessus du fond », hi hi hi !

          Colette et le « sentimentalisme » : forcément, dans le cadre restreint d’un message de quelques lignes, les risques sont grands de tomber dans le jugement expéditif et je n’y ai pas échappé ; j’ai tout de même ouvert le parapluie en précisant que mes souvenirs de lecture de Colette sont fort anciens (c’était dans une autre vie) et que je devrai me décider à tenter l’aventure de la relire un jour ou l’autre. Vos remarques m’y encouragent. Dès que je tombe sur une journée de 29 ou 30 heures, promis, juré, je m’y mets.

          En ce qui concerne la pudeur « comme preuve de civilité, » ai-je pu faire penser que je croyais le contraire ? S’il en était ainsi, je serais le premier malheureux de ce malentendu. Le constat de l’impudeur extrême, se voulait, sous ma plume, désapprobateur. (Et que dire, aujourd’hui, de l’envahissement de la publicité ou des réseaux prétendument sociaux, qui ne laissent plus le moindre espace privé ou intime ?)

          En ce qui concerne Sade, ce personnage et cette oeuvre hors-normes, je ne verrais aucunement en lui un « parangon de l’impudicité ». Qu’il s’agisse de l’homme Sade, de l’auteur ou de ses personnages, l’impudicité affichée est un mensonge cousu de fil blanc.. Au fond, on ne sait rien réellement de Sade, que ce qu’il veut bien nous montrer ostensiblement, et ce qu’il nous montre n’est qu’un masque. Qui a vraiment pénétré dans l’intimité de Sade ? Personne, à mon sens, et surtout pas ceux qui ont pondu des milliers de pages sur lui. Je préfère le mot de nihilisme que vous utilisez, à juste titre selon moi, mais je ne vois pas le rapport entre le nihilisme et l’impudicité, fut-elle outre-mesure.

          Si vous le permettez, et ne voyez aucune agressivité dans ma remarque, je trouve que vous poussez le bouchon un peu loin (j’adore ça, je vous l’ai dit) en mettant ou feignant de mettre sur le même plan Sully Prudhomme, François Copée, Léon Dierx, les lettristes, les dadaïstes, les surréalistes et les « performeurs actuels ». Dans cette liste, il en est certains que je place tout de même un peu au-dessus des derniers nommés, ou alors il faut considérer les surréalistes en privilégiant ce qui peut apparaître comme dérisoire dans leurs activités. Il est vrai qu’on peut les considérer sous l’angle de la « performance » ou du « happening » mais je ne crois pas qu’ils ne soient que cela.

          Impossible de creuser véritablement la question du fonds et de la forme, et de la prééminence de l’un ou de l’autre. En ce domaine, je ne suis pas dogmatique.

          Enfin, je termine en vous exprimant mes remerciements pour vos interventions, dans lesquelles je trouve moult considérations intéressantes, y compris celles qui remettent en cause ou font vaciller ce que je croyais être mes certitudes.

          …………..

          Ça y est ! je viens de me ruiner en achetant le coffret de La Recherche ! (Je n’avais que l’ancienne et insuffisante édition en 3 volumes, et c’était l’occasion de combler ce manque.) Ce serait l’occasion, ô combien ! de fouiller la question du fond et de la forme, mais je ne m’en sens pas la force. Sinon de dire qu’on est en plein dedans, s’agissant d’une oeuvre où la question est pratiquement indécidable, tant la forme poussée à ce point fait figure de « fond » et le fond, transfiguré par la forme, accède à une « dignité » qu’on lui concèderait difficilement s’il se livrait nu et sans apprêt.

          • « Impudicité » « nihilisme », il aurait fallu développer sur des pages et des pages et je n’en ai ni les capacités ni l’envie.

            Je suis allé beaucoup trop vite avec la poésie surréaliste. Il y a de grandes différences entre Antonin Artaud et Paul Eluard, Jacques Prévert et André Breton. Pour ce dernier, comme pour Louis Aragon, peut-être faut-il considérer l’oeuvre dans son ensemble.

            Je relis « La recherche du temps perdu ». « Relire » ne convient pas, surtout pour un monument à la richesse inépuisable. Que reste-t-il entre ma découverte à vingt ans et aujourd’hui ? Pas grand-chose, sinon quelques souvenirs. Je gage que cette lecture, à cinquante-quatre ans, ne m’enrichira guère plus.
            A la fin de « Du côté de chez Swann », j’ai pensé qu’aucun « roman » ne m’avait donné autant de mal. Mal compensé par le plaisir. La suite fut plus facile. (C’est peut-être la preuve que je suis passé à côté.) Avec le premier chapitre d' »Albertine disparue », je retrouve cette difficulté. Il est possible que cette difficulté vienne partiellement de la fatigue et d’une douleur à l’épaule.

            Sans vouloir m’attarder sur ces petits problèmes personnels, je suis persuadé que l’humeur du moment ou une douleur physique peuvent altérer la compréhension.

            Pour me faire pardonner ces lieux communs, je ne vais pas me battre de verges, mais mettre un lien vers un site de « performeurs » actuels. On peut en rire, s’affliger, ou trouver malgré tout un intérêt, intérêt sans rapport avec la littérature. J’oscille entre la consternation et l’indifférence.

            http://www.tapin2.org/boxon

            Cadeau empoisonné ? A coup sûr. J’ai des tendances sadiques.

          • Je crois être d’accord avec vous sur l’essentiel au moins, sinon tout au détail près. Notamment sur les douleurs à l’épaule et l’humeur du moment. J’ai une quatorzaine d’années de plus que vous et je ne fais pratiquement plus que « relire » – à part des essais et des études. Je mets « relire » entre guillemets, car j’ai à chaque fois l’impression de n’avoir pas vraiment lu telle ou telle oeuvre à 20 ans (ou un peu moins ou un peu plus), de l’avoir simplement ingurgitée et jugée à l’aune des préjugés qu’on m’inculquait (je pense en avoir moins aujourd’hui, avoir acquis un petit peu de liberté de jugement, un petit peu plus qu’à 20 ans, en tous cas, alors que j’étais totalement sous le contrôle du « groupe » adoptant tous les oukases émis par ledit groupe, de peur d’être jugé indigne d’en faire partie : la solitude de la vieillesse a ses avantages).

            Proust, en particulier, on ne l’a jamais lu, on ne fait que le relire. Je l’aurai lu à trois âges de ma vie. C’est bien le moins. D’autres – et nombreux – l’ont dit et expliqué bien mieux que je ne saurais le faire.

            Les surréalistes m’auront également accompagné toute ma vie, avec ses périodes d’enchantement et les colères ou les rejets. Je l’avoue, Éluard, Prévert ne font plus partie de mes tasses de thé depuis longtemps (l’adolescence). Artaud, ambivalent. Je fais la part du génie, d’une sorte d’extra-lucidité et de la folie (bien réelle à mes yeux, et à laquelle je ne trouve aucune vertu contrairement à une vision plutôt romantique ou bébête, je ne vois que de la souffrance). Bien sûr que, dans ses délires, il y a des éclats de génie, c’est Artaud tout de même, mais moi je vois surtout un esprit qui sombre et j’en souffre pour et avec lui. Je laisse aux amoureux du peyotl et aux « mystiques » ennemis de toute raison, l’admiration de fan ou de groupie. Aragon (et son stalinisme), Breton, comment faire moins, effectivement, que considérer leur oeuvre dans son ensemble et comment leur contester la place qu’ils tiennent dans notre littérature, notre imaginaire et notre sensibilité ? Encore que, je séparerais les deux « frères ennemis » : d’Aragon il reste une grande oeuvre littéraire mais sans plus guère d’influence et sans bouleversement de la littérature ; de Breton une oeuvre littéraire peut-être moins haute intrinsèquement, mais une révolution, le Surréalisme incarné, et une trace impérissable, dont l’influence n’est pas mesurable, même chez les petits-enfants de ses héritiers qui ignorent son nom.

            Quand aux performeurs, je ne sais si je vais avoir le courage de suivre votre lien, étant par avance accablé par « la consternation et l’indifférence » (Seigneur ! détournez de ma bouche cette coupe emplie de fiel !). Je pense surtout à l’impuissance créatrice de tous ces artistes qui continuent à chercher « du nouveau » et du choquant, et qui tâchent de dissimuler leur échec derrière une vaine surenchère. Quand on considère le point indépassable auquel sont parvenus, durant la première moitié du XXème siècle, les poètes et les artistes, Surréalistes ou cousins, Russes, etc. ! Rien de ce qu’ils croient inventer qui n’ait déjà été fait, à une époque où on récoltait plus d’injures, de menaces et de rejet social, qu’à la nôtre où leurs « provocations » ne leur valent que des lauriers. Et encore, même ce goût de la provocation gratuite et dérisoire, était déjà en oeuvre dans le mouvement surréaliste, dont il représentait la lie ou le déchet.

            Lorsque l’Art a pour seule ambition, seul moteur, la recherche de la Nouveauté, de l’inouï, il est dans une impasse : et je dois désigner les « coupables » qui l’ont engagé dans cette impasse, justement tous ces artistes géniaux, Surréalistes et autres, de la première moitié du XXème siècle que j’admire tant. Nombre d’entre eux s’étaient déjà fourvoyés et avaient atteint le fond de l’impasse, certains en ayant conscience, d’autres non (en l’espèce, le fou Artaud fut plus lucide que le « sage » Breton : en ce qui concerne ce dernier, je n’ai jamais pu décider s’il fallait s’apitoyer sur sa dérisoire obstination ou admirer sa fidélité – lequel avait le plus d’orgueil ?).

  19. Si je m’étais autorisé plus d’une œuvre par auteur, la liste ferait le double. Il a été difficile bien souvent de choisir. Mais il s’agit avant tout de faire découvrir, avec l’idée qu’on retournera vers un auteur dont on a lu une œuvre qu’on a appréciée.

  20. Je ne suis pas un fin connaisseur de Perros. J’ai lu la correspondance Georges Perros-Brice Parain, très intéressant échange entre quelqu’un qui rame à se faire une place – avec des difficultés financières qui en découlent – et quelqu’un bien établi à la NRF et dans le domaine de la critique littéraire. Malheureusement, cette correspondance n’est pas facile à dénicher.

  21. Bonjour à tous,

    Je viens chercher vos bonnes idées et votre inspiration.
    J’ai depuis quelques temps abandonné la lecture boulimique pour une lecture plus attentive et j’essaie de trouver un petit projet associé à mes lectures :
    – Par exemple, pour la lecture des Sherlock Holmes de Conan Doyle, je tente de faire une description des méthodes utilisées par le fameux détective (fussent-elle assez artificielles…)
    – Pour la lecture de Lovecraft, j’essaie de repérer les constances de style de l’auteur, la manière dont s’installe l’épouvante (tout en construisant par amusement un catalogue des différentes créatures).
    – Pour la (re)lecture de Don Quichotte, j’essaie précisément de repérer les différents niveaux de réalité (la réalité Sancho Pançesque, la réalité littéraire, etc.) et leur traitement dans chaque chapitre.
    etc.

    Ces petits travaux n’ont d’intérêt qu’en ce qu’ils me forcent à une lecture très attentive.

    Bref, si vous deviez (re)lire : Voltaire, Molière, Montaigne… Ou n’importe quel auteur classique, qu’aimeriez-vous recenser, étudier, répertorier… Qu’aimeriez-vous qu’un lecteur fasse pour vous et pour quel auteur en Pléiade ?

    Merci pour vos idées.

    • Mon cher Draak qui êtes là : avez-vous réellement besoin de tous ces artifices ? Dites-moi que non. La perspective de devoir faire ce genre de compilations me jetterait, moi, dans un ennui profond et dans une grande torpeur.

      • Mais cher Ahmed, je le dis sincèrement : vous êtes beaucoup plus fin que moi.
        Si je n’exécute pas un travail de tâcheron, c’est bien simple, je survole et ne comprends rien, ou si je comprends un peu je ne retiens rien et j’ai toujours le sentiment de passer à côté de tout.

    • La lecture attentive est certainement la meilleure de toutes.
      Mais comme je vous comprends, Draak ! Moi aussi j’ai la tentation de la lecture boulimique… Si elle est facile pour la plupart des romans, elle devient difficile voire impossible pour des textes plus ardus comme les essais ou certaines chroniques historiques (je ne parle même pas de la poésie).
      J’ai en projet d’approfondir mes prochaines relectures ; je me dis qu’en effet je « connais l’histoire » et que si je décide de relire, c’est bien pour en profiter au maximum.

      Je relirai La Comédie humaine en tentant de repérer la chronologie – parfois fantaisiste -, et en tentant de suivre l’évolution des personnages récurrents – dont on sait que Balzac les a « replacés » parfois artificiellement dans l’œuvre revue.

      Je relirai Julien Gracq, et quelques autres de mes auteurs français préférés avec une attention toute particulière au style que je trouve superbe.

      Je relirai les cinq grands romans de Dostoïevski, tout Gogol et probablement d’autres russes du XIXe siècle que j’affectionne en m’imprégnant lentement de l’ambiance, des décors, et surtout du cheminement de pensée des personnages : je sais par exemple que je n’ai pas lu Les Frères Karamazov avec toute l’attention requise (et pourtant ma première lecture m’a tant enthousiasmé qu’elle m’a immédiatement donné envie de poursuivre et d’y revenir).

      Je relirai des essais, ceux de Montaigne et ceux de Camus a minima, avec une infinie lenteur pour tenter de percer à jour le sens, les idées, les raisonnements…

      Je relirai les trois grands romans de Kafka dans leur nouvelle traduction pour le plaisir – juste pour le plaisir.

      Je relirai sans doute aussi Jacques le fataliste, Don Quichotte, Wilhelm Meister et peut-être d’autres grandes quêtes pour essayer de les « vivre « avec le personnage.

      Je relirai aussi pour la énième fois L’Iliade puis l’Odyssée parce qu’il n’est presque pas d’auteur que j’aime qui ne les citent pas à l’infini dans leur œuvre.

  22. Cher Ahmed,
    Je dois dire que je me suis senti bête à vous lire. Je me sens lire avec un esprit de comptable autiste (que j’ai indubitablement).
    Cher Lombard,
    Merci de me rassurer !
    Je dois dire que lire ou relire avec un petit but annexe me procure beaucoup de plaisir (je pense à Sherlock, à Lovecraft) ; mais que si j’avais la cuture, la mémoire et la finesse d’esprit suffisantes, je pourrais sans doute m’en passer.
    L’autre méthode consisterait à lire vite, puis lire vite la biographie de l’auteur, puis lire vite des études de textes… Mais cela ne me donnerait jamais que l’avis des autres.
    Pour Racine, j’ai décidé de relire en faisant le parallèle avec les pièces grecques, par exemple. Je ne pense pas que cela sera assomant.

    Je serais curieux d’avoir l’avis ou les idées d’autres intervenants.

    Cher Brumes,
    J’ai relu quelques unes de vos chroniques sur les autres pages de ce site et je (vous/les) ai trouvé(es) d’un grand style et d’un grand intérêt. Cela nous manque à tous, je suis sûr.

    • Pour ne pas interrompre le fil de discussion, je reprends un point du message de Lombard, mais après la réponse de DraaK.

      Bonjour,

      Puisque vous citer les nouvelles traductions de Kafka dans La Pléiade, je me demande toujours pourquoi Gallimard en a publié de nouvelles. Les précédentes, qui datent des années soixante-dix ou quatre-vingts, me semblent excellente.
      En fait, les choix éditoriaux de l’éditeur me laissent pantois. Il y a évidemment le désir de rentabiliser une collection avec des auteurs de deuxième ou troisième ordres, ou pire, qui se vendront mieux que, par exemple, Euripide, Calvin ou Conrad.
      D’une part, ce nouveau Kafka me semble une erreur de marquetingue, mais cela ne regarde que les phynances gallimardiennes ; d ‘autre part, il prend (ou vole) la place à d’autres qui mériteraient d’entrer dans la collection (Mishima, « Le dit du Gengi », Blixen, Strindberg, Musil, Garcia Marquez) ou retardent la refonte d’éditions déjà anciennes, telles que les oeuvres complètes d’Edgar Poe.

      • Un peu dans l’idée de mon précédent message, quelqu’un sait-il pourquoi La Pléiade n’a pas publié tout ou partie de l’édition Colli-Montinari des « OEuvres complètes » de Nietzsche ? Je crois que c’est une référence et elle ne figure plus dans la collection « Tel ».

        • L’édition Colli-Montinari a été amputée dans la traduction française des premiers volumes qui correspondent aux écrits de jeunesse, études philologiques et cours universitaires (Naissance de la tragédie et fragments posthumes automne 1869-printemps 1872, Gallimard, éd. Colli-Montinari, p. 10). Restent alors 14 tomes, en 18 volumes (1967-1997). En dehors de cette soustraction malheureuse, sinon fainéante, l’édition française demeure en effet l’édition de référence pour les Werke du poète-philosophe.

          Le fait est que la Pléiade a pris le parti de ne publier que les œuvres anthumes, à l’exception de Ecce Homo (1908, Nietzsche mourant en 1900) qui viendra probablement clore le troisième et dernier volume en Pléiade.

          À noter, la publication de la correspondance, avec cinq volumes parus (1986-2019). Il en manque au moins un sixième. Les recueils de choix divers de lettres sont nombreux.

          Aux Belles Lettres, la parution des écrits philologiques, traduction française et présentation sous la direction d’A. Merker & Paolo D’iorio, 12 volumes, Paris : Les Belles Lettres, en cours de préparation, 2018-2023.

          La parution de l’ensemble de l’édition Colli-Montinari, outre qu’elle est amputée dans sa version française donc, ne se justifiait sans doute pas en Pléaide, et serait un véritable doublon car identique à celle déjà existante chez Gallimard. Il s’est sans doute agit de s’adresser davantage à des non-spécialistes et, de façon plus générale, à tous ceux qui jugent inutiles la somme fort considérable des fragments posthumes (qui s’étalent à travers l’ensemble de volumes Colli-Montinari, les six derniers volumes de cette édition étaient uniquement constitués desdits fragments. Cela prendrait sans doute deux volumes en Pléiade, qui n’intéresseraient probablement pas grand monde.

      • J’apprécie beaucoup votre arrivée en ce lieu d’échanges, quoique… à force d’être constamment d’accord avec vous, cela va finir par devenir un motif de désaccord… à cause du manque d’adrénaline fourni par la dispute ! (ha ha ha !)
        Gros gros gros regret pour Edgar Poe, et incompréhension : ne se vendrait-il donc pas ? Peut-on en rester à cet antique volume baudelairien (qu’il faudrait conserver, d’ailleurs, mais comme « annexe » des oeuvres de Baudelaire).

        Par ailleurs, j’ai suivi l’échange entre Draak, Lombard, Ahmed et vous, au sujet de la lecture : étant moi-même un lecteur à la fois boulimique et lent, je suis bien conscient que je lis mal (je m’en aperçois chaque fois que je relis). Je rêve parfois d’avoir la sagesse de me contenter de quelques oeuvres fondamentales et de les lire vraiment à fond, en prenant mon temps. Mais la soif de connaissance et de découvertes ne me laisse pas de répit. Alors, je me console en me disant que je lis… à la manière qui me convient, qui correspond à ma nature.

        Et puis, il y a tout de même de ces oeuvres en qui je crois deviner une âme soeur et auxquelles je reviens toujours, depuis près de soixante années. Pour n’en citer que quelques-uns : Nerval, Nerval, Nerval, Nerval et Nerval… (J’aurais pu en citer quelques autres, comme Nerval et Nerval, mais il ne faut pas abuser et je ne voudrais pas vous imposer une liste de 60 pages…)

        • Les disputes, les polémiques, ne sont pas trop ma tasse de thé. En général, chacun campe sur ses positions et l’échange, si on peut parler d’échange, reste stérile, sauf pour les tiers.
          Si vous voulez faire monter votre taux d’adrénaline, il ne faudra pas trop compter sur moi. Ce neurotransmetteur est utile, mais il augmente le stress, le rythme cardiaque et la tension artérielle et peut faire des dégâts..
          Bonne soirée.

          P.S. Comme nombre d’entre vous, je suis un piètre lecteur et il m’arrive souvent d’être incapable de résumer un livre lu il y a une semaine.

          • Rrrhhôô… c’était juste pour de rire. Ceci étant dit, ma tension va très bien, imperturbable. Merci.

  23. Le site de la Pléiade indique la parution d’un nouveau coffret Boris Vian en janvier 2020. Sait-on s’il s’agit d’une réimpression du coffret paru il y a une dizaine d’années ou bien peut-on penser qu’on nous prépare un nouveau coffret, comprenant peut-être le théâtre complet?

    • « Coffret Anniversaire » 2 volumes… Ça ressemble plus à une réédition, on ?

      Simple supposition, je n’ai aucune information, mais deux volumes d’un coup, pour le théâtre et autres écrits non compris dans le premier, cela me semble beaucoup.
      Quoique, avec la Pléiade au nouveau cours, on peut s’attendre à tout.

      Centième anniversaire de sa naissance, quand même. Purée ! lui qui voulait mourir jeune, le voilà centenaire, même mort encore vivant ! Un truc à se retourner dans sa tombe…

      • Moi non plus, je n’y crois pas trop et il me semble que le théâtre de Boris Vian se vendait mal en 10/18. Mauvaise limonade. Peut-être du théâtre, les écrits pornographiques, des chroniques de jazz, des poèmes et des chansons… Ce serait certainement plus rentable que les écrits gnostiques. Ne reste qu’à attendre.

        Bien le bonsoir gentes dames et gentils damoiseaux.

  24. Cher Domonkos, I’ve not fallen off the face of the earth, pour emprunter une jolie expression idiomatique à nos amis anglais ; j’ai pris quelque recul par rapport à ce fil peu ou prou moribond durant l’été et dont la reprise à la faveur de la rentrée roula sur des thématiques aussi éloignées qu’on le peut concevoir de mes goûts et compétences — nonobstant d’ailleurs la brusquerie déplaisante dont Vidar, veis vo lo duc Teiri del renc partit ; | peset li del contraile qu’il a auit (chanson de Girart de Roussillon, v. 2556-2557 [ed. Hackett, I, p. 111]), fit montre envers les contributeurs critiques de la qualité de son florilège, comme s’ils n’avaient pas donné une forme irénique et parfaitement courtoise à leurs propos.

    • Heureux de votre retour (qui correspond à celui de la pluie après la sècheresse estivale) et du retour de votre esprit critique. En ce qui concerne la « Liste », hormis mon mouvement d’humeur concernant la bande dessinée, je ne me suis senti ni la légitimité, ni surtout le moindre désir, de « participer », trouvant, comme je l’ai dit, l’entreprise, par nature, vaine et absurde. J’ai regardé se dérouler la partie, depuis les tribunes, et encore étais-je mal placé ai ai-je raté quelques phases du jeu.
      Il y eut une époque où l’automne me réjouissait, car il marquait la rentrée littéraire et celle du jardinage qui est mon autre passion. Depuis pas mal d’années, il ne reste plus qu’une des deux rentrées. Inutile de préciser laquelle.
      Bonjour chez vous.

    • Sans désir aucun de relancer la polémique, nous n’avons manifestement pas le même sens de la courtoisie. La morgue n’en fait pas partie chez moi. Vous savez très bien comment on peut être odieux par des mots soigneux et une syntaxe élégante, et qu’il n’est nul besoin de recourir à un langage ordurier pour insulter. Mais peut-être quelqu’un comme Bourdieu n’est-il pas apprécié par ici. En l’occurrence, je ne crois pas être celui qui a sorti le fer en premier.

      Pour le reste, sachez que malgré l’échange musclé, je travaille depuis des jours à compenser les lacunes de ladite liste qui m’ont été signalées. Au moins les passes n’auront pas été vaines, malgré leur forme déplaisante.

      • Ah, Statler et Waldorf ont encore fait une victime… Ne vous laissez pas impressionner, l’haleine est effrayante mais les morsures anodines. Ce n’est que gargarisme et péroraisons. Bien cordialement.

      • Si votre message s’adresse à moi, je suis au regret de vous dire, avec « des mots soigneux et une syntaxe élégante » (ça c’est peut-être me flatter exagérément), que je ne vois pas en quoi il serait « odieux » ou « injurieux » de dire que je trouve votre entreprise « vaine et absurde ». C’est mon point de vue. N’aurais-je pas le droit de le donner ?

        Vous êtes prof (et sans doute expérimenté), je ne suis rien. Vous êtes venu ici pour solliciter notre avis, je ne me suis pas rendu dans une de vos classes pour mettre en cause votre légitimité devant vos élèves, ne pouvez-vous supporter une critique qui n’est en rien une attaque personnelle ? Nous ne sommes pas à Voice Kids et pouvons nous dire, courtoisement, le fond de notre pensée, ce me semble. N’êtes-vous venu que pour récolter des lauriers ?

        Je trouve que vous avez l’épiderme par trop sensible, et le recours à la bombe atomique (Bourdieu himself) pour écraser une mouche (moi), ne me paraît pas non plus un procédé « courtois » ou « élégant ». Pour ma part, je n’ai donné un avis que sur l’entreprise, pas sur son auteur, ni sur ses motivations. C’est vous qui ripostez par une attaque ad hominem.

        Restons-en là, si vous voulez bien. Je pourrais développer des arguments à l’appui de mon jugement de votre entreprise, mais, outre qu’ils ne vous convaincraient pas, car vous avez sûrement mûrement réfléchi, outre que je ne me considère pas comme le criterium du bon jugement en la matière, ce serait surtout parfaitement « vain et absurde » que de discuter d’une entreprise qui me semble viciée à la base. C’est pourquoi je me suis abstenu de participer (à part mon mouvement d’humeur concernant le domaine restreint de la bande dessinée) et je continuerai de le faire. Vous ne pouvez m’embarquer de force sur votre navire et vous vous passerez aisément, ô combien ! de mes misérables services.

        • Moi aussi j’ai l’épiderme sensible, pardonnez-moi, et j’ai largement passé l’âge (hélas ?) d’être considéré comme un de vos élèves.

          (Mon cher Brumes, retenez vos foudres, je vous promets que je ne poursuivrai pas la polémique et n’y reviendrai plus !)

      • Moi aussi j’ai l’épiderme sensible, et j’ai largement passé l’âge d’être considéré comme votre élève (ainsi que celui où on peut se permettre de gaspiller son temps en de sottes polémiques).

        Mon cher Brumes, retenez vos foudres, je vous promets de n’y plus revenir.

  25. Bonjour,

    Petite question pressée et Proustienne :
    Mon libraire m’a commandé (un peu vite) cle coffret Proust contenant les volumes 2, 3 et 4.
    Je possède le volume 1 sous la direction de Jean-Yves Tadié.
    Mais le coffret n’est-il qu’une réédition (pouvant être complétée par mon Tadié) ou s’agit-il d’une nouvelle édition (auquel cas j’aurais commandé le coffret complet)?
    Merci à vous.

  26. Je termine la lecture d’un roman très court – moins de 200 pages -, de Crébillon Fils (de son vrai nom Claude-Prosper Jolyot de Crébillon), Les Égarements du cœur et de l’esprit, le premier ouvrage du second tome des Romanciers du XVIIIe siècle à La Pléiade.
    Tout ayant déjà été dit et écrit sur cet ouvrage, je ne peux qu’en donner une petite impression personnelle : ce style de la première moitié du XVIIIe siècle est proprement fabuleux ; il faudrait que nos chères têtes blondes aient la possibilité et la capacité au minimum de le lire sinon de l’écrire.
    L’histoire se situe entre Les souffrances du jeune Werther et Les Liaisons dangereuses, autant dire qu’elle ne passionnera pas les chères têtes blondes sus-mentionnées.
    Ces nobles du XVIIIe siècle n’avaient vraiment rien à faire de leurs journées, mais alors rien, ce qui leur donnait le temps de ressasser, de cogiter et de pousser jusqu’à la perfection les codes du langage de la relation « amoureuse ».
    Quant au genre de ce petit roman, je l’ai vu qualifier de « mémoires libertins » – comprenne qui pourra car il ne m’est apparu libertin dans aucun des trois sens que donne le TLFi à ce mot. Ce doit être une histoire de classification littéraire conventionnelle je suppose.
    En conclusion, j’ai adoré l’écriture et j’ai apprécié la psychologie des rapports entre les personnages.

    • Mon cher Lombard : quelle vigueur de lecteur ! Je vous envie de lire autant et à cette vitesse, je vous envie en même temps que je suis presque incrédule, moi qui lis si désespérément lentement (est-ce seulement français ce que j’écris ?!).

      Assurément, ma vie serait changée si j’étais capable de vos prouesses. Et j’admire votre goût sûr et tenais à vous le faire savoir, malgré nos états à l’un et à l’autre d’anonymes — moi peut-être un peu moins que vous —, perdus — c’est la rançon du progrès — parmi beaucoup d’autres anonymes.

  27. J’ai tout d’un coup un doute : est-ce que Fromentin, que je reprends de temps à autre avec joie, est-ce que Fromentin est publié dans la Pléiade ? Parce que sinon il y aurait là un manque criant à la collection.

    Mais vous allez me dire : au lieu de nous casser les pieds avec de bêtes questions, que ne vous en assurez-vous vous-même en faisant « une recherche » ? Tout simplement parce que j’ai horreur de « faire une recherche », et que je trouve plus agréable, plus expédient, plus naturel de vous le demander à vous.

    Et parce que cela me donne une occasion nouvelle d’écrire le nom de cet auteur fameux et de parler de lui.

      • Le Fromentin de la Pléiade constitue une réelle somme des études sur le grand romancier et critique d’art : l’édition est quasiment complète de tous les textes, y compris les minora et les juvenilia, en excluant seulement de rares morceaux écrits en collaboration sur lesquels planent de réels doutes. En sus de son expertise considérable sur le roman du XIXe siècle, qui nous vaut des notices détaillées et des commentaires originaux et de haute qualité ainsi qu’une Editionstechnik très affûtée (dont temoigne la riche et nuancee ‘Note sur le texte’ , hélas imprimée dans un corps minuscule), Guy Sagnes a bénéficié des apports de Barbara Wright, la plus grande spécialiste de Fromentin de tout le Xxe siècle. Bref une édition encyclopédique dans la meilleure tradition des Pléiades savantes des années 70 et 80.

  28. Bonjour, je viens de finir Aphrodite de Pierre Louÿs et un détail me chiffonne. J’ai lu une édition assez ancienne où le grec n’y était pas traduit. Ignorant complètement cette langue et ne trouvant aucune façon de la traduire même en très mauvaise cuisine, je vous soumets ces deux lignes, que je soupçonne être une sorte d’épitaphe :

    ΤΟΙΟΝΔΕ ΠΕΡΑΣ ΕΣΧΕ ΤΟ ΣΥΝΤΑΓΜΔ
    ΤΩΝ ΠΕΡΙ ΧΡΥΣΔΑ ΚΑΙ ΔΗΜΗΤΡΙΟΝ

    Si quelqu’un peut éclairer ma lanterne, je lui en serais tout à fait reconnaissant.

    • Louÿs ajuste à son récit une phrase grecque authentique, en l’espèce la conclusion du roman tardif (fin du IVe siècle A.D.) d’Héliodore d’Emèse les Ethiopiques (je rectifie votre fautif ΣΥΝΤΑΓΜΔ à la fin de la ligne 1, preuve s’il en fallait que les lettres triangulaires en capitale sont de confusion aisée) :

      ΤΟΙΟΝΔΕ ΠΕΡΑΣ ΕΣΧΕ ΤΟ ΣΥΝΤΑΓΜΑ = τοιόνδε πέρας ἔσχε τὸ σύνταγμα telle est la fin de l’histoire

      ΤΩΝ ΠΕΡΙ ΧΡΥΣΔΑ ΚΑΙ ΔΗΜΗΤΡΙΟΝ = τῶν περὶ Χρυσίδα καὶ Δημητρίον de Chrysis et Démétrios.

      Héliodore (X, 11. 41) ayant écrit ΤΟΙΟΝΔΕ ΠΕΡΑΣ ΕΣΧΕ ΤΟ ΣΥΝΤΑΓΜΑ ΤΩΝ ΠΕΡΙ Θεαγένην ΚΑΙ Χαρίκλειαν Αἰθιοπικῶν, « ainsi finit l’histoire éthiopique de Théagène et Chariclée » (traduction Budé). La composition du grec en capitale chez Louÿs et le saut arbitraire de ligne s’expliquent par la volonté de conférer un air d’authenticité à son épigraphe.

  29. Enfin une bonne nouvelle de Suède ! Je tiens à saluer l’audace et le bon goût littéraire de l’Académie qui vient de couronner de son Prix Nobel de Littérature, l’éminent écrivain Peter Handke, en dépit du fait qu’il est devenu « politiquement infréquentable » pour des prises de position sur la guerre des Balkans, que je ne commenterai pas.

    Il est vrai que les Académiciens ont fait un « package » avec l’écrivaine polonaise hautement « politiquement correcte » afin de faire passer la pilule, il n’en demeure pas moins que je suis heureux de voir la lumière braquée sur une oeuvre littéraire que je considère comme du plus haut niveau (rareté de nos jours) et de voir son auteur allégé de son statut de paria.

    Plus rien ne devrait empêcher Gallimard, qui détient les droits d’une bonne partie de ses oeuvres, et à condition de pouvoir trouver un accord avec Bourgois qui a à son catalogue plusieurs romans majeurs de Peter Handke, de lui consacrer une Pléiade.

    • D’accord pour dire qu’il s’agit, pour 2018 et 2019, de choix forts, et solides. Et que la littérature doit primer. Mais Domonkos Szenes, quand il s’agit de parler de deux personnes de lettres dans un même propos, un homme et une femme, toujours diminue la femme… jusqu’à ne la pas nommer. Avez-vous lu Olga Tokarczuk, pour affirmer qu’elle n’est là que pour balancer Handke ?

      • Vous auriez pu, à bon droit, me demander de justifier mes jugements sur la qualité littéraire de telle ou telle oeuvre. Vous avez préféré l’attaque ad hominem et hors sujet.

        Je prends bonne note de cette accusation de misogynie, émise par un procureur autoproclamé chargé de purger la République des Lettres de ses mal-pensants, en s’appuyant sur la « loi des suspects ». Vous avez donc débusqué en moi l’horrible macho qui s’y dissimulait « à l’insu de mon plein gré ». Je pourrais trouver flatteur qu’une personne qui m’est étrangère, s’intéresse à moi au point de me connaître mieux que je ne me connais moi-même. Hélas, au contraire, l »en suis fort affligé : veuillez être assuré de ma sincère repentance et croire que je ne reculerai pas devant la punition que je m’infligerai, aussi dure sera-t-elle.

        Sinon, il y aurait une autre façon de vous répondre, mais elle ne ferait qu’aggraver mon cas : imaginons que j’ose affirmer que je sais lire, que j’ai quelque expérience et connaissance en matière de littérature, et que je sais distinguer, presque à coup sûr (le presque est là pour atténuer le caractère péremptoire de mon affirmation) un très grand écrivain et un écrivain de moindre importance. Allons plus loin : m’autoriserais-je à déclarer que, parmi les critères qui guident mes choix et mes jugements, en toutes matières, le sexe m’est indifférent et donc exclu (comme la couleur de peau, la taille et le poids, l’âge, la nationalité, la religion, la culture, la classe sociale, l’histoire personnelle, l’orientation sexuelle, etc.).

        Ce n’est apparemment pas votre cas. Le sexe de la personne semble pour vous primordial, et vous pensez que les autres fondent leur jugement sur le même critère que vous. Je pourrais citer quelques autrices dont j’estime fort l’oeuvre, et dont vous vous seriez aperçu que j’ai parlé plusieurs fois élogieusement, si vous m’aviez réellement lu (ce que je n’exige pas de vous, certes non, vous pouvez vous épargner cette épreuve), mais ce serait entrer dans votre jeu, entamer un plaidoyer comme si j’acceptais d’être présumé coupable. Déjà, j’ai commencé à mettre un bout de doigt dans l’engrenage… aïe !

        Il est atterrant de ne pouvoir, même ici, parler simplement de littérature, sans être entraîné sur le terrain de la stérile polémique « dans l’air du temps » !

        Ah, au fait, oui, j’ai lu quelques oeuvres de ces auteurs, beaucoup plus de … (mettez le nom que vous voulez), avec passion, beaucoup moins de … (idem), pour cause d’ennui. Mais cela est secondaire, bien entendu.

        • Cher Domonkos.
          Ne perdez pas de temps à répondre à ce monsieur. J’ai été, moi aussi, il y a quelques années sujet à une remarque de cette personne pour un propos jugé machiste. Soit nous allons former un club, soit nous allons nous en gausser. La littérature -surtout lorsqu’elle est grande et il y a de nombreuses femmes de lettres qui y contribuent- reste, les polémiques passent et disparaissent : qui est nestorien ? qui est catholique ? Qui est moliniste ? Qui est janséniste ? Qui est féministe ? Qui est neutre ? Qui ne s’en fiche pas au bout de deux ou trois générations de lecteurs ?

          • Merci, Pléiadophile, pour ces bonnes paroles.
            Vous avez parfaitement raison, le silence de ma part, eût mieux valu. Mais j’ai du mal à m’y résigner, ainsi suis-je fait, et je l’ai souvent regretté.

            Pour ce que j’en connais, l’oeuvre d’Olga Tokarczuk ne me semble pas justifier un Prix Nobel de Littérature (mais il est vrai qu’on en a connu de bien pires, à commencer, parmi les plus récents, celui de M. Robert Zimmerman, saltimbanque de son état, très considérable d’ailleurs dans sa catégorie). Tout dépend de quoi on parle : du Prix Nobel de Littérature tel qu’il existe – hélas ! – ou bien tel qu’on voudrait qu’il soit ?

            Ceci étant posé, il est possible que je sous-estime la valeur de ces livres (trop « psys », et même, à mes yeux, trop « gothiques » au sens que les adolescents ont donné à ce mot), qui me semblent une littérature « de niche », voire de « procédé ». Je n’exclus pas que mon jugement ne soit pas inattaquable, et j’admettrais même qu’il ne vaille pas peau de lapin : encore aurait-il fallu me le démontrer, en expliquant ce qui fait la grandeur de cette oeuvre, grandeur que je n’aurais pas vue (ce qui, je le répète, est fort possible, je ne prétends pas être extra-lucide ni en cette matière ni en aucune autre), au lieu de ne me répondre que par l’insulte.

            Mais, dans le cas où je serais amené à résipiscence sur ce point, je resterais persuadé que les Académiciens suédois avaient par-dessus tout en tête l’idée d’effacer le « scandale » de l’an dernier et d’allumer un contre-feu contre les reproches qui pourraient leur être faits d’avoir couronné au titre de 2019 le sympathisant du « nazi » Serbe. On ne va tout de même pas prétendre que je serais le premier et le seul à dire que ce Prix est au moins pour la moitié motivé par le contexte politique.

            Bien entendu, je n’ai pas cité et ne citerai pas les noms des femmes de lettres qui suscitent mon admiration, ce serait comme si, accusé d’antisémitisme, je me défendais en donnant les noms de mes amis Juifs. La pire des choses !

  30. Entre nous, je ne comprends pas que vous vous escrimiez de la sorte pour une chose aussi insignifiante et ridicule que « le prix Nobel ». On est là à mille lieues de la littérature.

    Sur l’idéologie politique dominante, je pensais que par mes déclarations intempestives sur la question je pouvais faire paratonnerre sur ce site. Mais c’est vous qu’on choisit d’attaquer. Renvoyez-les donc vers moi en leur disant : il y a des cas bien plus désespérés que le mien, voyez cet énergumène d’Ahmed Berkani.

    • Il faut savoir qu’il y a un nombre considérable de femmes intelligentes que ce hideux fatras idéologique laisse de glace, quand elles ne s’en gaussent pas (et rient doucement des hommes qui le prennent au sérieux).

      Je n’ai jamais considéré qu’il y eût à faire une distinction entre une littérature qui serait faite par des hommes et une autre qu’on devait qualifier de littérature féminine. La littérature est une, l’art est un. Dès lors que cette distinction est faite, dès lors qu’on ressent le besoin de la faire, on peut être sûr qu’il y a matière à réflexion. Ce qui n’exclue pas la possibilité pour les femmes que leur sensibilité particulière les portent vers certains sujets où elles peuvent exceller, mais il n’y a aucune généralité à faire, et de toute façon l’art ne peut y être ramené sans qu’il y perde son âme.

      Le « féminisme » c’est de la diversion, une ruse de capitaliste.

      • S’il est un aveu que je puis faire, c’est que je hais et tiens pour nul ce qui est taxé de « littérature féminine » et que lorsque j’entends ce qualificatif, je fuis à tire-d’aile (de même que je haïrais et fuirais une « littérature » qui serait qualifiée de « masculine » : je ne me souviens pas avoir lu un auteur parce qu’il était « masculin » ou parlait de « problèmes masculins »). Il est vrai, cependant, que j’ai été attiré par des écrivaines au motif qu’elles donnaient à entendre ou étaient réputées donner à entendre un « son de cloche » inouï, une sensibilité particulière, une problématique inhérente à la situation qui leur était faite de par leur qualité de femme.

        Pour autant, d’une part, je ne crois pas que la littérature doive être principalement le vecteur d’un « message » de quelque nature qu’il soit, et je juge d’un livre sur sa qualité littéraire et je rejetterai très vite et tiendrai pour nul un livre mauvais ou médiocre, fût-il écrit par une femme, un nègre, un Juif ou un ramoneur Savoyard (hommage à mes grand-oncles) qui auraient subi une forme ou l’autre d’oppression (expérience de plus en plus rare, car j’ai appris à reconnaitre très vite ce genre de pensum).

        D’autre part, je ne crois pas plus à la « sororité » qu’à la « fraternité », et pense qu’il y a beaucoup plus de différence entre Murasaki Shikibu et Anaïs Nin, qu’entre la première nommée qui vivait au milieu d’un gynécée de fleurs délicates et Ihara Saikaku, qui nous parlait des amours viriles entre samouraïs.

        Je suis de la génération qui a biberonné au féminisme des années 70 (quand c’était un combat contre une société patriarcale, certes déclinantes, mais qui avait encore la main lourde et qu’au lieu de recevoir des lauriers on récoltait des quolibets) et qui se jetait, entre autres, sur les bouquins des éditions « des femmes », moitié par militantisme, moitié par esprit de découverte, et pourtant, déjà à l’époque et aussi jeune et naïf étions-nous, mes amis et moi-même trouvions déjà qu’il était contestable de publier sous la même couverture uniquement des femmes et uniquement parce qu’elles étaient femmes, sans souci de leurs différences par ailleurs essentielles.
        Je remarque, d’ailleurs, que des autrices publiées alors par cette maison, sélectionnées sur leur sexe et leur engagement politique, il ne reste rien, pas une qui ait laissé sa marque dans le monde des lettres et qui soit encore lisible aujourd’hui : je puis en témoigner, j’ai conservé dans ma bibliothèque un certain nombre de leurs bouquins et, de temps en temps, j’essaie d’en parcourir un, pour ma punition !

        Mais, ce qui était alors, de l’ordre de la réparation d’une injustice (avec des erreurs de casting : exhumation d’écrivaines ineptes et justement tombées dans l’anonymat) et une action d’avant-garde, que je ne renie pas, est devenu, aujourd’hui, alors que le combat féministe a été gagné (en tous cas sous nos climats) un instrument d’exclusion, de nature parfaitement réactionnaire nous menant tout droit dans un « nouvel âge obscur » (influence de mes lectures de SF).

      • Je fais mienne (ô combien) une réflexion de l’admirable Marguerite Yourcenar, qui disait (à peu près) qu’elle était pour la liberté, pour une femme, d’être aussi féminine ou aussi peu féminine qu’elle le voulait.
        (Il me faut cent lignes maladroites pour dire ce qu’elle dit en quelques mots bien sentis.)

      • Cette dernière réaction, qui se trouve rejetée très loin de son sujet, doit se rattacher à votre revendication, cher Ahmed, du statut de « paratonnerre ».

    • Je vous suis mille fois à propos de l’insignifiance (ou plutôt le caractère « non significatif ») d’un prix Nobel. En termes de littérature, d’ailleurs, combien d’entre eux demeurent encore au « Panthéon » ?
      Le choix est en grande partie dicté par des raisons politiques et économiques, nous le savons, hélas (particulièrement le Nobel de la paix). Il peut être heureux, parfois, mais le plus souvent il n’est qu’opportuniste.
      Par contre, pour ma part, l’éprouve de grandes difficultés à « adhérer » à certains auteurs qui sont aux antipodes de mes « valeurs ». Céline, par exemple, a révolutionné le langage écrit, mais s’agit-il d’un progrès littéraire ? Ajoutez-y le caractère de « dégoût » généralisé de l’humain que je trouve à chacune de ses pages, et vous comprendrez peut-être mon rejet. En quoi cette appréciation relève-t-elle du factuel, et quelle part revient à mon jugement subjectif ?

  31. Ahmed Berkani, je m’illusionne peut-être grandement en croyant que vous seriez susceptible de partager mon enthousiasme pour les « Journées de Lecture » de Roger Nimier, que je suis en train de lire, après les avoir dénichées chez mon bouquiniste, pas plus tard que la semaine dernière. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je lis pour la première fois du Nimier, et je commence donc par ses critiques, ignorant tout de ses romans, sauf de réputation.

    J’ai été aussitôt accroché par ces textes, de longueur variable, qui font le tour de ce qui faisait la littérature française, des années trente à l’aube des années soixante. Je n’ai pas grand chose à redire de ses jugements, qui me semblent dans l’ensemble justes. Ses admirations sont admirables et ses condamnations (facilité à laquelle il ne se laisse pas souvent aller, et jamais gratuitement, pour l’épate, même à l’égard des auteurs qui doivent lui être le plus étranger) non moins : je viens de lire son exécution de Jean Genêt, moi qui ai tant adulé cet auteur, et me voilà converti ! (Je me doute bien que j’étais prêt à renier mon ancienne idole, sans oser me l’avouer, et que Nimier n’a fait que donner le dernier coup d’épaule contre un édifice menaçant ruine.)

    • Je ne connais pas Nimier. J’ai dû lire il y a très longtemps comme tout le monde son livre le plus connu Le hussard bleu, mais il ne m’en est rien resté.

      Je sais que c’est un des jeunes auteurs que Gracq tenait en haute estime. Mais je ne sais plus pour quelle raison. J’ai repris les volumes de la Pléiade du maître croyant y retrouver un texte, un hommage, un article sur Nimier, mais il n’y a rien de tel, sinon cette phrase de Nimier qu’il cite deux fois : « Ce qu’il y a d’agréable en Bretagne, c’est qu’il n’y a pas de monument à visiter. »

      Pourtant je suis à peu près sûr d’avoir lu un jour quelque chose sur Nimier par Gracq. Ou alors il s’agit d’un de ces nombreux effets de la mémoire qui cherche toujours à nous tromper.

      Je suis curieux en tout cas d’aller voir ce livre de critique que vous évoquez. On se croisera peut-être un jour chez votre bouquiniste : moi cherchant je ne sais quel texte introuvable de Jean Grenier, et vous une édition savante des Chimères de Nerval.

      Excellent dimanche.

      • Je suis passablement déçu par le second volume des « Journées de Lecture » de Nimier. Le premier, publié en 1965, peu d’années après sa disparition, ne contenait que la substantifique moelle. Le second, publié près de vingt ans plus tard, en même temps qu’était réédité le premier, s’il ne contient rien de mauvais et que Nimier aurait été en droit de désavouer, voit son volume augmenté, à côté de textes essentiels (sur Céline, par exemple), de « fonds de tiroir » dispensables. Cela donne un bouquin en forme de montagnes russes, et le lecteur passe par une alternance de sommets littéraires et de descentes qui lui retournent quelque peu l’estomac.

        Je précise que ces réserves se comprennent par comparaison avec l’excellentissime premier volume, elles disparaissent quand on confronte « Journées de Lecture II » à la presque totalité de ce qui se publie aujourd’hui.

          • Non, non, maldonne. Hélas, trois fois hélas ! Je complétais un message antérieur dans lequel je disais que j’avais découvert ces deux libres chez mon bouquiniste.
            Tiens, d’ailleurs, pourquoi pas ?
            Après tout, il a été un pilier de Gallimard, et une sorte de « chef d’école »… Mais il est sans doute trop tard, et il est peut-être oublié, je ne sais pas…

          • Pardonnez mon ignorance. J’irai voir, il m’intéresserait fort de connaître votre lecture dans quelle mesure elle conforterait et éclairerait ou bien contredirait la mienne. Pour ma part, je ne me sens pas de force à produire des commentaires de l’étendue et de la qualité des vôtres, je suis trop prisonnier de ma subjectivité.

  32. Aaaah, après une courte absence, le blog est de nouveau disponible.
    Merci, brumes. 🙂

    J’ai poursuivi la lecture des Romanciers du XVIIIe siècle – tome II dans La Pléiade avec :
    – « Les Confessions du Comte de *** » de Charles Pinot Duclos, académicien français ; on a qualifié cet ouvrage de roman à portraits : c’est en effet une suite de portraits de femmes avec lesquelles le narrateur a eu des relations amoureuses. Bien que d’un style moins sophistiqué que celui des « Égarements du cœur et de l’esprit », l’écriture reste d’un très haut-niveau. C’est fluide, c’est bien écrit, le langage est riche, les règles de grammaire et de conjugaison sont si bien maîtrisées que tout cela paraît naturel : la langue française dans toute sa pureté.
    – « Le Diable amoureux » de Jacques Cazotte, roman qui tire vers le fantastique et qui a connu un immense succès en son temps. Bien enlevé, court, divertissant, le tout dans un style classique très accessible, à découvrir pour savourer le plaisir originel de la lecture.
    – « Point de lendemain » de Dominique-Vivant Denon ; il s’agit plus d’une longue nouvelle que d’un court roman. Pas si anecdotique que ça semble-t-il, car très commenté depuis ses premières parutions, et même repris par Balzac sous deux formes différentes dans sa « Physiologie du mariage ». Ça se lit sans faim, comme une petite douceur littéraire en forme de cerise confite sur ce délicieux et roboratif gâteau que constituent les deux recueils des romanciers du XVIIIe siècle.

  33. Combien délectable semble ce coffret George Sand et avec quelle impatience il est attendu ! Personnellement, je n’y puis (presque) plus tenir.

    J’espère que les trompettes de la renommée accueilleront son avènement, et, tout en faisant oublier bien des déceptions et des faux-pas récents de Dame Pléiade, remettront le nom de Mme Sand au pinacle de nos Lettres.

    Son mérite n’étant que plus grand du fait qu’elle produisit son oeuvre dans le plus grand siècle romanesque de notre Histoire, alors que les génies littéraires poussaient comme poussent les champignons dans mon jardin, après les pluies de ces derniers jours.

      • Je l’ai sous les yeux et sous la main, en permanence. C’est comme un coffret contenant des joyaux : je l’ouvre, je contemple, je prend l’un ou l’autre des diamants et je le regarde par transparence… Puis je le referme, et l’impression, le souvenir perdurent…

        La Recherche, c’est un monde, une sorte d’exoplanète, à la fois lointaine et familière, jamais ne sera totalement explorée.
        (Et certains n’y croient pas ou pensent qu’il s’agit d’une planète morte et que « nous sommes seuls dans l’univers »…)

        • Qu’importe si nous sommes seuls dans l’univers, du moment que Proust reste avec nous, plus vivant que bien des vivants. Ouf !

          Bon dimanche.

          • Programme Pleiade quasi officiel du premier semestre 2020 .
            Janvier :
            BORIS VIAN ( COFFRET ANNIVERSAIRE / 2 VOLUMES)
            Février :
            DICKENS CHARLES ( COFFRET 2 VOLUMES )
            GIONO JEAN ( TIRAGE SPÉCIAL : UN ROI SANS DIVERTISSEMENT ET AUTRES ROMANS)
            MAR :
            ALAIN FOURNIER :LE GRAND MEAULNES .
            AVRIL :
            GEORE ELIOT: MIDDELMARCH , PRÉCÉDÉ DE MOULIN SUR LA FLOSS.
            NABOKOV VLADIMIR : OEUVRES COMPLÈTES T3
            MAI : KESSEL GEORGES
            ROMANS T1 ET T2 + ALBUM PLÉIADE.
            PS : JE MERMETS DE DONNER UN AVIS PERSONNEL QUI ME RÉJOUIT : L’ÉDITION TANT ADENDUE DE LA GRANDE GEORGE ELIOT…RESTE BIEN ENTENDU À CONNAÎTRE LE CONTENU DU VOLUME …. J’ESPÈRE AUSSI TRÈS FORTEMENT UN DEUXIÈME VOLUME
            HUYSMANS !!!
            BIEN À VOUS TOUS.
            ALAIN BALSAN
            AIX LES BAINS

          • Alain-Fournier, George Eliot, Joseph Kessel – l’année prochaine s’annonce comme un champ de navets du côté de la Pléiade… Reste Nabokov pour se consoler, depuis le temps qu’on l’espérait (un volume tous les dix ans, festina lente !). Tant qu’à ratisser les fonds de tiroirs de la littérature populaire française, pourquoi pas Pagnol, ni plus ni moins démodé que le fauteur du « Grand Meaulnes » ? Plus sérieusement, des romanciers et essayistes considérables, comme Paul Bourget, restent à quai, supplantés par de médiocres conteurs d’aventures (Kessel) dont rien ne dit qu’ils se vendront tant soit peu.

  34. Peut-être une bonne nouvelle pour les amateurs de Huysmans : la « note sur la présente édition » du Pléiade indique que « ce volume rassemble les romans et les nouvelles publiés par Huysmans de 1876 … à 1895 », ce qui laisserait entrouverte la porte pour un second volume avec les oeuvres restantes, (et donc un coffret pour les amateurs du genre) … bien entendu si le présent volume connaît le succès commercial (Gallimard ne fait plus d’édition « pour la postérité », nous le savons).
    Alors avis aux amateurs (il n’y a aucune variante, 59 pages d’introduction-chronologie, 1478 pages de texte et environ 300 pages de notices et notes). Un compromis qui satisfera tous les types d’amateurs de littérature ?

      • J’ai écrit : « peut-être » et « entrouverte », il ne s’agit que de suppositions encore chimériques, hélas.
        Et la première condition serait que le présent volume soit un « succès », à l’échelle de la collection bien entendu.

  35. Je viens de recevoir la Lettre de la Pléiade par voie informatique. Le tirage spécial pour 2020 sera consacré à Giono. Le seul roman mentionné de façon certaine dans cette anthologie est Un roi sans divertissement. Pour l’agenda 2020, sont cités dans la rétrospective de l’année 1960 les noms suivants : Reverdy, Mandiargues, Kessel, Henry Miller, Bonnefoy, Jouve et Louis-René Des Forêts. Les années précédentes, la plupart des noms cités dans les rétrospectives se sont généralement vus intronisés. Intéressant, en tout cas.

    • Pour Kessel et Bonnefoy c’est une confirmation des rumeurs… Pour les autres, je suis dubitatif/ Tous m’agréeraient, pour l’une ou l’autre raison, nais certains, voire tous, me paraissent très improbables.

      • Bonjour,

        Il y a une vingtaine d’années, le Mercure de France avait publié les oeuvres complètes de Pierre-Jean Jouve, mais je ne pense pas que Gallimard, la « maison mère », reprenne cette édition. Henry Miller est l’un des grands absents de La Pléiade, de même que Robert Musil, Joseph Roth, Thomas Mann, Hermann Hesse, sans parler de la littérature japonaise, seulement représentée par Junichiro Tanizaki. Nous sommes quelques-uns à regretter les « Trente glorieuses » de notre collection favorite.

  36. Bonjour,
    L’envie m’est récemment venue (aidée par une récente émission radiophonique) de lire les Caractères de La Bruyère. Je me suis tourné vers l’édition de la Pléiade, mais je vois qu’elle date de 1935 et que plusieurs éditions plus récentes sont disponibles. Auriez-vous des éditions à recommander ? L’édition Pléiade reste-t-elle après 84 ans la référence ?
    Merci par avance.

    • Deux éditions font figures de modèles pour La Bruyère : celle au Livre de Poche par Emmanuel Bury qui comporte de nombreuses notes et une édition scientifique solide ; celle chez Honoré Champion par Marc Escola qui a le mérite de présenter plus de variantes, une forme plus proche de l’original (sans la numérotation des caractères) et les clés que les contemporains du moraliste ont voulu voir dans l’oeuvre.
      L’édition des « Caractères » dans le volume « Moralistes du XVIIe siècle » chez Bouquins apparaît aussi comme une valeur sûre.
      L’édition de Julien Benda est dépassée et en plus il utilise la huitième édition des « Caractères » et non la neuvième et dernière sortie du vivant de La Bruyère sous prétexte qu’il était trop vieux à l’époque pour s’en être occupé et d’un point de vue critique, les notes sont assez faibles.

  37. J’ai acheté Duby et les “Écrits spirituels du Moyen Âge”, le premier par acquit de conscience (ainsi que le désir de remplacer à moindre coût certaines de mes éditions originales du grand historien peu ou prou ruinées à force d’usage), le second par réel intérêt. Comme dirait Beaumarchais, me fussé-je mis une pierre au cou ! Le volume médiéval rendra service du simple fait de son existence ; le fait qu’il émane non pas d’un expert blanchi sous le harnais et maître d’une érudition encyclopédique, mettons Alain de Libera, mais d’un jeune archiviste ayant doctoré puis habilité en histoire et dont les seuls faits d’armes tiennent dans les révisions de ses dossiers de thèse puis d’habilitation et dans l’édition critique d’un traité d’Hugues de Saint-Victor, indique suffisamment qu’à la différence des “Écrits gnostiques” et des “Écrits apocryphes” de la Pléiade, il ne faut y chercher ni une œuvre d’une très haute volée ou individualité, ni même un outil particulièrement affûté. Qu’il suffise ici de déclarer choquante la présentation d’extraits de la « Somme théologique » de l’Aquinate par un savant ignorant aussi bien du grec que de la philosophie antique : Aristotelica non leguntur ! La préface d’une trentaine de pages, l’absence d’explications techniques touchant à la nature des traductions présentées (il n’y a même pas de glossaire franco-latin qui expliquerait des emplois comme ‘componction’), l’appareil critique de moins de 150 pages où les notes minimalistes et qui n’expliquent quasiment jamais les particularités doctrinales (les citations ou paraphrases bibliques étant signalées en pied des pages de traductions) semblent payer le prix de notices paraphrastiques assez étendues, le hiatus enfin entre les dimensions du manuscrit de Cédric Giraud et le volume paru (la bibliographie disponible sur sa page personnelle de mentionnait une édition d’environ mille cinq cents pages, contre seulement 1264), ce qui paraît bien indiquer des coupures à la serpe pratiquées at the eleventh hour, tout cela ne donne pas une impression très favorable d’une collection qui, pour les passages que j’ai collationnés, n’incarne pas systématiquement un progrès par rapport aux meilleurs versions existantes pour les auteurs qu’elle rassemble. Le volume consacré à Duby m’inspirait d’aussi fortes réserves que le Lévi-Strauss de la Pléiade, œuvre au final honorable, parfois même excellente dans son riche réseau de gloses comme dans son choix, peu contestable, de textes ; le fait que Duby ait été confié au premier historien ayant doctoré sur le maître (sous la direction, tout de même, de l’antiquisant fumeux et poseur Hartog !) nous a valu un intéressant et valeureux appareil critique, comportant longue introduction (50 pages) suivie par un peu moins de 300 pages de notices et notes où, pour la première fois, l’érudition sous-tendant les livres si limpides de Duby est mise à jour sous forme des références primaires (systématiques) et secondaires (en sélection) que l’industrie de l’éditeur lui a permis d’identifier. Véritable résurrection que celle de l’atelier de l’historien ! On y verra que son érudition n’était sans doute pas aussi écrasante qu’il y parut à l’époque (pour qui en douterait, j’invite à soupeser les notes et la bibliographie raisonnée de Joachim Bumke, Courtly Culture. Literature and Society in the High Middle Ages, Berkeley / Los Angeles, 1991, pour ne citer qu’un ouvrage capital). Il est cependant dommage qu’à une seule exception près les articles de revues savantes, dont bon nombre furent très marquants, ainsi que la thèse de Duby, l’une des plus importantes du XXe siècle, aient été exclus de cette Pléiade (les 700 pages grand in-octavo de La société aux XIe et XIIe siècles dans la région mâconnaise valent largement plus que les derniers écrits consacrés aux femmes) ; de cette manière, l’image donnée du grand historien correspond trop et de trop près à la caricature du vulgarisateur excluant systématiquement les notes infrapaginales hormis dans Les trois ordres. Une Pléiade, somme toute, honorable mais mineure et dispensable lors même que la collection continue d’exclure des auteurs essentiels.

    • J’ai du mal à comprendre l’entrée en Pléiade de Georges Duby, grand médiéviste certes, mais déjà représenté par deux volumes dans la collection « Quarto ». J’aurais préféré une solide édition critique de « L’histoire de France », de Michelet.
      Duby plus rentable que Michelet ?…

    • Un semi-lettré comme moi (et c’est peut-être encore trop dire) ne saurait aborder les matières contenues dans la Pléiade « Écrits Spirituels du Moyen-Âge » sans un appareil critique de haut niveau, sous peine de n’y pas comprendre grand chose ou de comprendre de travers. Vos remarques, NeoBirt7, tendent à me convaincre de me passer de ce volume qui m’avait d’abord alléché.
      Pour le Duby, je n’ai encore rien décidé, nous verrons à L’An Nouveau. Le temps de la réflexion et de profiter des facilités qu’offre la Fnac pour le consulter assez sérieusement. Avec lui, je ne marche pas dans l’inconnu et il m’est beaucoup plus abordable. Alors, je cèderais peut-être à la tentation… Je sens que les plateaux de la balance vont monter et descendre moult fois !

      En attendant, je me jetterai avec gourmandise sur le coffret George Sand, il sera de bien meilleure compagnie pour passer les Fêtes.

  38. Bonsoir,

    Pour info, les romans de Giono que l’on pourra trouver dans le tirage spécial de février :

    Colline
    Le chant du monde
    Pour saluer Melville
    Un roi sans divertissement
    Mort d’un personnage
    Faust au village
    Le moulin de Pologne
    Ennemonde et autres caractères
    L’iris de Suse

    Informations tirées de la base Electre, où il est également annoncé pour février un volume anniversaire des Mémoires de De Gaulle. Après le coffret anniversaire Boris Vian pour janvier, qu’est-ce donc que ces volumes « anniversaires » ? Une nouvelle lubie marketing de la Pléiade pour marquer l’entrée dans la nouvelle décennie ?

    • Thomas Codaccioni, il en est de La Pléiade comme d’autres « biens culturels » (disques, BD…) qui tentent de survivre tant bien que mal en proposant des coffrets ou des éditions « collector ».
      Certains acheteurs de La Pléiade ont pour partie l’âme de collectionneurs ; ceci a toujours été, il n’y a qu’à voir les ventes de Pléiade de seconde main en état « neuf jamais ouvert ». La Pléiade était souvent destinée à figurer en bonne place dans des bibliothèques de l’honnête homme comme un signe extérieur de culture.
      Aujourd’hui, le même collectionneur dans l’âme acquiert pour son plaisir un joli coffret – peut-être à tirage limité. C’est pour quelques escrocs l’occasion de proposer à la revente des coffrets parus il y a dix ou vingt ans pour plusieurs centaines d’euros.

      • Existe-t-il même encore, le collectionneur de Pléiades façon notaire provincial ou médecin de campagne, qui recherchaient des belles reliures pour en garnir bourgeoisement leurs étagères et se donner des apparences de culture, sans les ouvrir jamais ? Le livre comme objet matériel connotant la superficie intellectuelle a fort décoté avec la société numérique, surtout lorsqu’il ne s’agit pas évidemment d’ouvrages spécialisés ; pour un bon médiéviste qui se prend en photo devant son étagère où trônent les dictionnaires de l’ancien français par Tobler-Lommatzsch et Godefroy (je songe ici au monomane Jean-Charles Herbin), combien d’Onfray et autres Julliard posent pompeusement devant leurs murs de Pléiades supposés illustrer leur statut de penseurs ? A considérer la vitesse avec laquelle se retrouvent sur des sites de vente en ligne les exemplaires de service presse et autres copies promotionnelles offertes de-ci de-là, les Pléiades encombrent désormais les prétendus professionnels de la culture bien davantage qu’ils ne les enrichissent (figurément comme au propre). Ces beaux objets ne font plus rêver personne, surtout pas les érudits ni les fins lettrés, exception faite de quelques volumes épuisés dont Gallimard refuse, sans raison évidente, de les remettre sur le marché (le Somadeva, qu’il est difficile de trouver à moins de 150 euros, les vaut peut-être, sur le plan qualitatif ; c’est totalement irrationnel pour les deux tomes des poètes dramatiques français du XVIIIe siècle, et ne disons rien du premier tirage du Borges)..

        • Il n’a jamais existé 10 000 érudits pour rentabiliser une édition pléiade.
          En revanche il a existé quelques milliers de bourgeois pour permettre aux dits érudits d’avoir accès à ces pléiades impeccables ; ils les achetaient pour des raisons de statut et, un peu, de curiosité. Peut-être une forme de mécénat très indirect qui a disparu.
          Désormais, les érudits paieront 300€ chez Champion et les bourgeois offriront un Pléiade d’Ormesson à leur beau-père de 80 ans qui aime lire.

        • Ce presque nouveau-né est toujours aussi tristement con et ramenard. Ceux qui « savent un peu » sont fort divertis par ce qu’il écrit : il raconte à peu près n’importe quoi, pour épater les gogos, trissotins et autres héros virtiuels de la « La Nausée” ou bouvardetpécuchons qui se haussent plus ou moins du col. Vous le gardez pour faire rire ? C’est franchement réussi.
          Mais qui est ce couillon qui se permet d’écrire ce qu’il écrit sur François Hartog, et bien sûr ne signe pas de son nom? Il mériterait, ne serait-ce que pour cela, le scalp, lui dont l’autoproclamée compétence en philologie fait marrer les philologues qui, magari, sur ce site s’égarent.
          Au fond, oui, gardez-le : quand on est bien fatigué, sa prose est quasi thérapeutique – un meilleur remède encore à la mélancolie que Bobby Lapointe.

          • J’attends la démonstration des miennes hérésies, Monsieur Tarting, et dûment sourcée dans la littérature savante ou rapportée à des autorités incontestables. Le quid gratis asseritur, gratis negatur vaut pour la philologie, non les opinions personnelles ; je n’admire pas plus Hartog que Bollack, Loraux ou Vernant, tous assez piètres techniciens de l’hellénisme (savez-vous que Bollack édita Eschyle ou Sophocle en y laissant des vers faux et en y multipliant les exégèses abusives, ainsi Oedipe damné ? que Vernant et Vidal-Naquet pérorèrent sur la tragédie grecque sans en maîtriser la langue ni la métrique, à la différence de leur ennemi Di Benedetto, élève de l’immense Eduard Fraenkel et remarquable éditeur d’Euripide ?) et trouve remarquable que l’auteur de Mémoire d’Ulysse ait dirigé une thèse portant sur l’historiographie de l’oeuvre d’un médiéviste.

  39. Il n’y a pas Le Hussard sur le toit ? Je n’ai pas tout lu Giono, mais quand même c’est une œuvre incontournable. Ce serait comme un tirage Malraux sans la Condition humaine, ou un Conrad sans Au coeur des ténèbres !

  40. J’ai peut-être tort de trouver suspectes toutes ces attaques violentes contre Neo-Birt, un homme qui sans rien demander à personne, émet des opinions toujours en citant toutes ses sources, et publie ici des commentaires qui au moins invitent à la réflexion et à la recherche. On n’est pas obligé d’être de son avis, on peut lui manifester son désaccord — ce que j’ai fait un certain nombre de fois pour ce qui me concerne et ici même — on peut le faire tout en restant courtois comme on doit l’être, me semble-t-il, entre gens civilisés qu’unit une passion intellectuelle commune, et comme lui l’est toujours.

    Et puis s’efforcer vers la clarté et la correction dans l’expression, en quoi serait-ce blâmable ? Et pourquoi y voir nécessairement de la prétention et du ridicule ? Ne trouvez-vous pas que l’Internet francophone a bien piètre allure à l’heure où j’écris pour ne voir dans ceux qui commentent ici que des Trissotin, des Bouvard et des Pécuchet ?

    Qu’avez-vous à nous apprendre, vous monsieur, d’utile et d’intéressant sur la littérature — ou sur la philologie, puisque vous en parlez ?

    • Que dire, mon cher Ahmed ? Voler au secours de NéoBirt7 (à qui je ne ferais pas l’injure de le considérer comme un homme sans défense) nous exposerait au risque de la double accusation de manque de compétences (ce que est vrai dans mon cas) et de réflexe corporatiste. Je m’en garderai donc.
      Cela vaut pour le fond, dont je serais donc le pire défenseur.

      Pour la forme, je me sens plus à l’aise pour juger de la qualité des arguments et du vocabulaire du coup de gueule de notre « Grand Homme de Province » (celui-ci ne se privant pas de la facilité de l’inévitable référence à Flaubert qui permet à tout un chacun de se croire membre de l’élite au milieu des béotiens – l’accusation de « Bouvard-et-péchuchisme » étant devenue le symptôme et le révélateur de son propre « Bouvard-et-pécuchisme » – ne suis-je pas autorisé, pour ma part, à évoquer l’immortelle figure créée par Balzac dans « Illusions Perdues » ?)

      Je recule devant l’ampleur de la tâche qui consisterait à atteindre ou dépasser le niveau de ridicule de l’auto-panégyrique que notre honorable correspondant a cru bon de mettre, afin que nul n’en ignore, en tête de la page d’accueil de sa structure éditoriale « les éditions chemin de ronde » : on n’est jamais si bien servi (et desservi) que par soi-même.

    • Attention ! Relisez Tarting ! C’est « Bouvard et Pécuchon » ! Le professeur-poète a peut-être accès à des manuscrits, connus de lui seul, où Flaubert a renommé son personnage, et nous l’ignorions, nous qui ne savons qu’un peu.

  41. Pauvre et amer Neo-Pitre8 en effet, anonyme parmi les anonymes qui passe ses journées derrière son ordinateur, loin des maisons d’éditions où les choses se font, en se gardant bien de signer quoi que ce soit de son vrai nom : mais après tout comment souhaiter s’attacher ses services quand on lit ce qu’il écrit ? Non, c’est le destin du raté qui se cache et vitupère. Les trois moutons de Panurge qui bêlent à tout rompre derrière lui sitôt qu’on lui porte la contradiction, ne font pas moins pitié. Bonne continuation au minuscule groupe que forment les intervenants ad nauseam de ce site.

    • Bêêêê Bêêêê Bêêêê…

      « Ce presque nouveau-né… tristement con et ramenard… ce couillon… néo-pitre… en effet, nous sommes en présence de gens de bonne compagnie, maniant le beau langage courtois et argumenté. Libre à vous d’appeler l’injure et l’invective « porter la contradiction », j’en ai une autre idée.
      (Une véritable contradiction aurait été la bienvenue, qui sait si, bien étayée, n’aurait-elle pas jeté pas quelque lumière dans nos esprits obscurcis ? Il ne faut point désespérer, aucune cause n’est perdue. Selon Henri Pourrat, dans son « Gaspard », un tel miracle est envisageable : si l’on songe « qu’à la foire du mois d’avri’ les ânes blancs deviennent gris, » pourquoi ne deviendraient-ils pas aussi intelligents ?)

      Hi-Han ! Hi-Han !

      « …loin des maisons d’éditions où les choses de font… » (Sonnez, Trompettes de la Renommée) : vu ce qui se fait aujourd’hui dans les maisons d’éditions, le niveau de médiocrité de ce qui en sort (et j’ai passé, au cours de ce dernier demi-siècle, plus d’heures dans les librairies qu’un ivrogne dans les bistrots ou un supporter dans les stades de foot), il me semble bon et souhaitable de s’en préserver en en restant éloigné… (Et si, par hypothèse, « ces raisins étaient (vraiment) trop verts et bons pour les goujats » ?)
      « Je vivais à l’écart de la place publique,
      Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique…
      Refusant d’acquitter la rançon de la gloir’,
      Sur mon brin de laurier je dormais comme un loir.
      Les gens de bon conseil ont su me fair’ comprendre
      Qu’à l’homme de la rue (ci-d’vant Sébastien Bottin
      Et cell’ d’la Sorbonn’) j’avais des compt’s à rendre
      Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
      J’ devais (m’soumettr’ au Comité et publie)r »

      Beuheuheu ! Beuheuheu !

      Quant aux « trois moutons de Panurge » : désolé, mais vous voilà pris en flagrant délit, très cher et non moins anonyme Sofocle, de contresens, « moutons de Panurge » se dit du troupeau, du plus grand nombre… Dans le cas présent, vous ressortissiez plutôt de cette catégorie, vous qui semblez appartenir – vous vous en vantez ! – à ce grand nombre (à moins que vous n’en soyez le berger, et Ron et Ron, petit patagon), tandis que nous autres, trois pauvres égarés, ferions figure de « moutons noirs ».

      Bêêêê Bêêêê Bêêêê…

      • …pardon pour les fôtes (qu’elles me soient apparues à la relecture – « ressortiriez » au lieu de « ressortissiez » ? – ou bien qu’elles soient restées à l’insu de mon plein gré : on ne saurait faire d’un âne un cheval de course).

        • Comme s’il en pleuvait !
          « et ron et Ron petit patapon » (pas ma faute à moi, c’est le « correcteur » qui a remplacé le « patagon » par un inepte « patagon » faisant du coup perdre à ma prose toute sa pohésie) ;
          et pis aussi, y manque une rime à « Sébastien Bottin »… je peux rajouter « m’remuer le popotin » pour faire bonne mesure ?
          pardon pour celles qui restent, pardon, pardon… Oui, M’sieur, j’y vais tout de suite au coin du Cancre, je connais le chemin !

          • La Grâce brumesque est sur vous, ami Domonkos.
            J’interviens dans ce débat assez stérile pour noter que, une fois de plus, on nous (car je me sens partie de ce « nous », bien qu’intervenant peu), on nous – donc – reproche d’être un petit nombre, mais nos contradicteurs ne se sentent pas pour autant l’envie d’apporter un commentaire constructif et de faire grossir le nombre. C’est bien dommage.
            Merci à Ben d’être passé à autre chose.

  42. Je viens de lire, au galop, la bio de Germaine de Staël par Michel Winock (toujours les heureux hasards de mes visites en la boutique de mon bouquiniste). Çà se lit comme un roman de Dumas. Winock en étant l’auteur c’est plus politique que littéraire, et il m’étonne qu’il ait donné à son livre cette tonalité de roman d’aventures, mais il en ressort le portrait d’une très grande Dame.
    Sa partie de « cache-cache » à travers toute l’Europe avec « l’Ogre Corse » qui n’avait rien de mieux à faire, alors que se jouait sur les champs de bataille sa destinée et celle de la France, que d’envoyer à ses Ministres, juges et policiers, à Paris, à des milliers de kilomètres de lui, des dépêches pour les admonester et les mettre en demeure de coincer la fugueuse, produit un mélange de stupéfaction et de plaisir. C’est Robin des Bois et le Shériff de Nottingham.

    Bel amuse-gueule… en attendant George Sand.

  43. Je termine la lecture de la trilogie de Louvet, de son vrai nom Jean-Baptiste Louvet de Couvray – d’ailleurs un personnage dont la vie vaut la peine d’être connue – consacrée aux amours du chevalier de Faublas. Les trois romans ne sont pas d’égale longueur.

    C’est une curiosité. Qualifiée de roman-mémoires, l’œuvre comprend par endroits des suites de dialogues très fournis qui apparentent par exemple la troisième partie (La fin des amours de Faublas) plus à une pièce de théâtre qu’à un roman – mais alors une pièce qui, si elle était représentée sur scène, durerait au bas mot une vingtaine d’heures.

    Le sujet est plutôt léger, on dirait aujourd’hui galanterie, libertinage et comique de situation, avec des rebondissements incessants dignes des meilleurs romans de Dumas.
    Le style est superbe, d’un classicisme flamboyant, d’une fluidité absolue.

    Bien que le sujet n’en n’atteigne pas la même portée philosophique, je place ce roman au même niveau que Jacques le fataliste et son maître de Diderot et je considère ces deux là comme les deux meilleurs romans français du XVIIIe siècle que j’ai pu lire jusqu’à présent. Ce roman à lui seul justifie amplement à mes yeux l’acquisition du second tome des romanciers du XVIIIe siècle dans La Pléiade.

  44. Fidèle lecteur de ce blog, j’aimerai vous parler d’un de mes grand coup de cœur et sans doute LE de ces 10 derniers années dans la collection Pléiade. Une réussite tant au niveau des traductions que des notices… « Les Ecrits spirituel du Moyen-Âge  » Je m’étonne que si peu d’articles ou article lui consacrée ? D’ailleurs hormis moi et Néo Birt 7 sur ce blog qui en a fait l’acquisition ? Nous sommes deux. Certains regrette que la Pléiade ne prenne plus autant de risque que par le passé…mais combien sommes nous à la soutenir lorsqu’elle à l’audace de publier des textes fondamentaux de notre patrimoine culturel et difficilement trouvable ailleurs ? Ce livre va faire un bide et sera peut-être une catastrophe commercial et c’est vraiment regrettable. Au passage je remercie Cédric Giraud pour son travail. Traduction sublimes. Notes minimalistes ( on peut le regretter ) mais notices concises qui font le job comme on dit.

  45. « Noël is coming » selon la FNAC, les « barbershop » qui envahissent la ville, il n’est jusqu’au président de la République, que d’aucuns nous ont pourtant vendu (expression à prendre au sens propre) pour homme de lettres et de culture, qui parle aujourd’hui de « rarification », la langue française est bien maltraitée en cette époque de mondialisation (et même le site officiel de la Pléiade où les « Plus d’informations » ont un temps été remplacés par des « More »).
    Il est sûr que l’anglicisation du monde est un symbole fort de culture : dans les universités US, le langage informatique Fortran était admis en qualité de langue étrangère, sans doute requise dans le cursus scientifique.
    Le problème c’est qu’il n’y a pas de littérateur français susceptible de produire une nouvelle « Défense de la langue française » : ce serait trop ringard, sans doute. Et puis cela demanderait une légitimité qui semble inaccessible à l’intelligentsia actuelle.
    Je suis d’autant plus à l’aise pour dénoncer l’invasion linguistique que mes ancêtres l’ont subie. Mes parents ont été la dernière génération à pratiquer l’occitan, puisque cette pratique était sévèrement réprimée par l’école de la troisième République. La langue de la moitié « inférieure » de la France a ainsi été détruite, et demeure encore bien méprisée par le bobo parisien. Voilà des années que j’attends une édition Pléiade des troubadours, vainement. On préfère, justement, investir dans le roman contemporain anglo-saxon. C’est, sans aucun doute, une culture bien supérieure, et un patrimoine à préserver en dépit des menaces.

    • Phil, une anthologie Pléiade des troubadours demanderait trop d’investissement personnel de la part de ses maîtres d’oeuvre, puisque à ma connaissance il n’existe toujours pas de publication moderne complète de ces chants contrairement à ceux en langue d’oïl (pour lesquels le Livre de Poche gothique par l’entremise de l’excellent Zink ne se contenta-t-il pas d’ailleurs de traduire la chrestomathie commentée en américain de Rosenberg-Tischler au lieu d’attendre que Tischler publie sa collection des textes, achevée en un temps record ?). Ce qui servirait mieux la cause de l’occitan, je pense, serait une intégrale accessible avec notices suffisantes et notes développées, notamment linguistiques, de ses principaux monuments littéraires comme Girart de Roussillon et la Canso de la crosada, la Chanson de la croisade albigeoise, dont seul le premier poème a été bien publié au LdP gothique (la traduction du second relève de la paraphrase versifiée).

    • « Un langage est une création statistique et continuée. Chacun y met un peu de soi, l’estropie, l’enrichit, le reçoit et le donne à sa guise, moyennant quelques égards… La nécessité de la compréhension mutuelle est la seule loi qui modère et retarde son altération ; et cette altération est possible à cause de la nature arbitraire des correspondances de signes et de sens qui le constituent. Un langage peut à chaque instant être assimilé à un système de conventions, inconscientes pour la plupart, mais dont on constate quelquefois le mode d’institution. »
      Valéry, Choses tues.

      Ce qui a changé depuis le temps de Valéry — temps qui nous paraît merveilleux vu de là où nous le regardons — ce sont les égards : l’on n’a plus d’égards pour rien, et la langue en a souffert beaucoup.
      Ajoutez-y la paresse intellectuelle la plus impardonnable, et cette espèce de fascination pour le vulgaire « rêve américain » qui travaille les meilleurs esprits européens depuis la fin de la guerre (un rêve qui est un cauchemar en vérité, mais peu de gens paraissent le savoir ou même s’en douter), et vous obtenez le beau résultat que nous avons constamment sous les yeux.

      Cet effet délétère est inéluctable et rien ne pourra l’enrayer. Il faut se faire une raison — ce qui n’est pas tout à fait consentir.

      • Cause perdue ? Qui peut le dire ! Il y a tant de causes qu’on croyait définitivement perdues, et puis… Et tant de triomphateurs dégringoler de leur piédestal : ce n’est qu’à notre hauteur d’observateurs à courte vue, à courte vie, que le (mauvais) Maître Américain nous paraît éternel, comme tant d’autres avant lui.

        Comme disait, en 1930, alors qu’il était au fond du trou et pas encore le bourreau de la Chine, le camarade Mao Zedong, « une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine »…

        Mais vous avez peut-être raison, cela sent l’agonie.
        Après tout, la Littérature française est bel et bien morte (même si depuis vingt ans elle est maintenue artificiellement en vie végétative).
        Et qu’est-ce donc qu’une langue sans littérature ?
        Pas grand-chose. Une survie. Un sursis.
        Il est de coutume de considérer qu’une langue est morte lorsque meurt son dernier locuteur. Alors, courage, résistons : vivons le plus longtemps possible !
        Tant pis si viendra le temps où nos petits-enfants ne nous comprendront plus (pour ma part, ce temps me semble déjà présent) et nous mettrons dans des zoos, entre deux espèces en voie de disparition ou, encore un peu plus tard, dans des musées, entre une stèle couvert d’écriture cunéiforme et la Pierre de Rosette, dont aucun Champollion ne saurait plus déchiffrer aucune des trois écritures.

        Pour les nécessités quotidiennes, on n’a pas besoin d’un instrument aussi raffiné et complexe que la langue de Valéry, n’importe quel sabir fait l’affaire. Alors, pourquoi pas le créole d’anglais qui conquiert la planète ?

      • D’accord avec vous pour ne pas consentir.
        D’accord hélas aussi avec Domonkos pour affirmer la disparition de la littérature française.

        Mais, dans mon observation de l’expérience « occitane », il y avait, implicitement, une remise en cause du rôle de nos éditeurs français, agents très actifs de cette disparition.

        Les instituteurs qui, dans les années 30, punissaient et stigmatisaient l’usage de la langue occitane n’étaient pas importés de la France du nord. Ils croyaient sans doute bien faire, mais ils sont cause de la disparition de leur langue, de leur culture ; car mes parents, inhibés par ces leçons de « patriotisme », ne parlaient jamais l’occitan en famille, et n’ont pas su transmettre leur patrimoine, d’autant plus qu’on leur en a inculqué le caractère méprisable. Et lorsque, de nos jours, mon père entend les émissions occitanes, il ne retrouve pas ses petits : la prononciation est défectueuse, le parler « antinaturel ».

        Les éditeurs français, en valorisant à l’excès la littérature contemporaine anglo-saxonne, font la même erreur, cette fois, dans un objectif strictement mercantile. Car, pour un Faulkner, combien compte-t-on de seconds couteaux, voire pire, dans les publications actuelles ? (j’ai entendu hier, à la radio, que James Ellroy visait le Nobel !). Dans une décennie, le sort de la littérature française sera celui de la chanson française, qui depuis bien longtemps a abandonné sa tradition « semi littéraire » au profit d’éructations (dans le pire des cas) dans un mauvais anglais. Or, qu’est devenue l’audience de la chanson française hors de nos frontières ? Les auteurs contemporains de notre pays sont condamnés, par nos éditeurs, à cette « provincialisation » inéluctable. Et, étant donné que les grands auteurs entrent dans le domaine « public », Gallimard et consorts scient la branche sur laquelle ils sont assis. Leur seule perspective financière sera de posséder dans leur « cheptel » le « Kundera » français (désolé, Domonkos) qui connaîtrait une carrière internationale : le sort des littératures de « seconde zone », quoi, pour autant que cette appréciation subjective ait un sens autre que commercial.

        Et je m’aperçois aussi, à la lecture de la réponse de NéoBirt, du caractère essentiellement « financier » de la préservation du patrimoine culturel : les études occitanes, par exemple, ne pourront voir le jour que grâce un soutien financier de sponsors. Ainsi, toute culture dominante préserve en priorité son propre patrimoine, au détriment des cultures « annexes ». Il n’y a dans mes déplorations aucun sentiment « militant », rassurez-vous, au profit d’un hypothétique nationalisme occitan : simplement le regret d’une destruction d’un patrimoine culturel riche, qui est nôtre, nous, tous les Français, et dont la disparition me semble beaucoup plus regrettable que l’incendie de Notre-Dame de Paris, au risque de choquer.

        Or s’il est une collection qui, dans l’édition française, a semblé, au-delà du microcosme universitaire, porter le patrimoine littéraire de la France, c’est bien la Pléiade.
        Cette ambition est disparue, au profit d’un mercantilisme qui nous prépare, je crois, au pire (avec le soutien actif de tous les médias, d’ailleurs : il suffit de constater la vulgarité essentielle des chroniques culturelles de notre officielle France Info).

        • Je trouve pertinente la comparaison du français avec les langues dites régionales : la « provincialisation » du français équivaut à sa mort annoncée…
          à moins que…
          aujourd’hui (et peut-être demain ?) la langue et la littérature française se situent en-dehors de l’hexagone… mais, hélas, l’édition est toujours à Paris.
          c’est peut-être pourquoi, peut-être,les écrivains francophones, africains, antillais, se tournent aujourd’hui plus volontiers vers les Universités américaines que vers le Quartier Latin…
          mais, de quelle survie s’agira-t-il ?

          ou quel avatar ?
          (au sens originel du mot)

          j’imagine un roman de SF dans lequel on verrait des communautés parlant une langue « française » dont l’origine se perd dans la nuit des temps, comme il convient de dire en pareille circonstances : des traditions prétendent qu’elle serait originaire d’un petit pays minuscule, qui se trouvait à la pointe du grand continent eurasiatique… légende difficile à prendre au sérieux, bien sûr !

  46. Bonjour à tous.
    Un fort volume intitulé « Tout Homère » vient de paraître aux Belles Lettres coédité avec Albin Michel. Comme son titre l’indique l’ouvrage se veut une somme des écrits attribués à Homère, avec des documents de l’époque « homérique ». Donc très largement plus copieux que le volume paru en Pléiade.
    Un amateur (ou un spécialiste) aurait-il connaissance de cette compilation et un avis sur la valeur scientifique de cet ensemble ?
    (en complément éventuel du volume de la Pléiade).

    • Ce volume est en effet alléchant, et j’attends avec intérêt les réactions, en particulier de ce grand connaisseur du grec archaïque qu’est Neo. Pour ce qui est déjà sur les rayons, voir http://propagerlefeu.fr/homere/ (merci Draak). Ce nouveau volume contient apparemment des textes jamais parus en français, et le prix semble étonnamment bas. Que vaut la nouvelle traduction de Judet de la Combe ?

    • Malgré le sensationnalisme de sa présentation, ce Tout Homère est une somme sans équivalent dans les principales langues européennes. Personne, en effet, n’a encore assemblé tout ensemble les corpus homérique (Iliade, Odyssée) et deutéro-homérique (les petits poèmes couramment attribués à l’aède dans l’Antiquité, soit le recueil des Hymnes dits homériques, très composite puisque les pièces qui le composent s’étagent du VIIe siècle avant notre ère jusqu’à l’époque romaine ; ces épopées burlesques que constituent le célèbre Margitès dont il nous reste des bribes insignifiantes, les deux fragments, recouvrés assez récemment sur papyrus, de la Galeomyomachia, ou Bataille de la belette et des rats, et l’intégralité de la Batrachomyomachie, ou Bataille des grenouilles et des rats ; ainsi que divers fragments disjoints), en leur ajoutant une sélection du commentaire tardo-antique et médiéval dont regorgent certains de nos manuscrits iliadiques et odysséens (les Scholies) et, pour finir, l’essentiel des fragments de l’épopée archaïque dont Homère est le plus brillant représentant, ce que l’on appelle le Cycle épique (il s’agit de la mise en vers des grandes légendes de Troie et de Thèbes principalement ; on en connaît aujourd’hui seulement deux cents hexamètres à peu près, que l’on est donc bienheureux de pouvoir mettre en contexte en exploitant le résumé de cette littérature donné vers la fin de l’Antiquité par le grammairien Proclos, auteur obscur mais point stupide et qui exploitait des matériaux remontant à l’illustre Aristarque de Samothrace, le plus grand philologue que connut la Grèce, ainsi qu’à son épigone Didyme ; le texte de sa Chrestomathie, ou Manuel abrégé de littérature comme le dit son éditeur-commentateur de référence Albert Severyns, a été perdu mais nous le connaissons par les extraits que nous en donne le patriarche byzantin Photios dans le codice 239 de sa Bibliothèque et par ceux préservés dans des manuscrits : uneVie d’Homère, des Sommaires du Cycle). Si les deux épopées homériques, les Hymnes et la Batrachomyomachie sont facilement trouvables en français, les scholies, l’ensemble des fragments épiques ainsi que les autres épopées burlesques n’ont jamais été traduits dans notre langue, la Chrestomathie étant seulement disponible aux tomes II et IV du Severyns ; parler d’inédits à propos de ces matériaux constitue une exagération de publiciste, cela d’autant plus que le Proclus est reproduit ici dans la belle traduction Severyns. Le Tout Homère y ajoute encore la collection des Vies d’Homère (la principale attribuée à Plutarque, du reste faussement : De Homero), disponible pour la première fois dans un ouvrage de grande diffusion. Cette simple profusion de matériaux proposés dans une traduction correcte assortie de notices allant à l’essentiel, rend le volume indispensable au lecteur free of Greek. Les spécialistes convoqués par cette entreprise sont dans l’ensemble de bons connaisseurs de l’épos archaïque (hormis le bollackien Judet de la Combe, auteur d’une récente biographe d’Homère censée être plus avenante que celle, très savante, de Gérard Lambin (Homère le compagnon) et moins scolaire que l’Homère Fayard de l’historien et mycénologue Pierre Carlier, mais que je trouve pour ma part ridiculement postmoderne) ; on y lira l’Odyssée dans la célèbre, et toujours fringante, version de Victor Bérard (1924), en face de laquelle le texte iliadique translaté par Judet fait peut-être un peu pâle figure. Mais la traduction de la Batrachomyomachie est incontestablement supérieure à celle de Yann Migoubert, un comble sachant que ce dernier y a consacré sa recherche doctorale, et celle des Hymnes se lit mieux que la tentative de Jean-Louis Backès. Bref, de la bonne, belle, et utile besogne, à saluer chaleureusement.

      • Merci à Ben et à NéoBirt7 de nous signaler cette Mine d’Or. Je prépare mes bottes, mon casque et mon petit luminaire (je veux parler de mes faibles lumières intellectuelles) pour illico explorer ce dédale souterrain.

      • Il convient de mentionner une lacune dans ce Tout Homère. Place n’y a pas été faite à un intéressant petit medley grec du IIe siècle de notre ère, le Περὶ Ὁμήρου καὶ Ἡσιόδου καὶ τοῦ γένους καὶ ἀγῶνος αὐτῶν, ‘Sur Homère et Hésiode, leur existence et leur confrontation’, plus connu des philologues par l’incipit de son intitulé latin (Certamen Homeri et Hesiodi, Tournoi d’Homère et Hésiode). La conjecture de Nietzsche professeur de grec à Schuhlpforta selon laquelle le Certamen reposerait principalement sur un écrit beaucoup plus ancien, le Musée du sophiste et disciple de Gorgias Alcidamas d’Elée, s’est confirmée au XXe siècle par plusieurs trouvailles papyrologiques et jette une lumière intéressante sur l’état de la philologie homérique dans l’Athènes des Ve-IVe siècles. Le Certamen préserve un lot d’épigrammes attribuées à Homère, miniatures poétiques fort médiocres qui n’ont strictement aucune chance d’être de lui ni même de remonter à l’archaïsme grec, ne serait-ce que par leur technique métrique, mais qui n’en présentent pas moins le même genre de titres à figurer dans Tout Homère que les Vies ou les épopées burlesques. Il en existe une édition traduite et commentée fort bien faite, distillation d’une dissertation de l’université de Durham dirigée par Barbara Graziosi : Paola Bassino, The Certamen Homeri et Hesiodi. A Commentary, Berlin-New York, De Gruyter, 2019.

        Je saisis cette occasion pour mentionner le splendide travail accompli par Guillaume Fry – lequel incarne, avec François Deroche, la meilleure science coranique actuelle en langue française, notamment linguistique – en collaboration avec Mohammed Ali Amir Moezzi et un aréopage d’arabisants, afin de contextualiser le Qurʾān en en offrant à la fois des prolégomènes systématiques de très grande ampleur (le lecteur anglophone dispose déjà du Qurʾān in Context. Historical and Literary Investigations into the Qurʾānic Milieu édité par Neuwirth, Sinai et Marx, Leyde-Boston, Brill, 2010, 870 p.) et une lecture suivie aussi rigoureuse, et atéléologique, que possible : Le Coran des historiens, Paris, Le Cerf, 2019. Par ses qualités, dont les moindres ne sont pas sa dimension chorale et son ouverture méthodologique, ce monument de science aisée ne laissera plus le lecteur français otage des deux seuls commentaires existants dans notre langue, ceux de Blachère et Boubakeur senior.

  47. Il y a toujours quelques coquilles dans les Pléiades mais celles dans le volume des Œuvres de G. Duby sont étonnantes ! Placer Ani en Arménie c’est de l’audace ! Le président turc appréciera… Très intéressant de relire les Dames du XIIème siècle et le dimanche de Bouvines. J’ai été déçu par le Huysmans comparé aux volumes HC plus riches en textes rares et inconnus (du moins de moi) mais c’est devenu un classique de la Pléiade… Rien de neuf. J’ose à peine écrire avoir été intéressé par quelques-uns des écrits spirituels du moyen âge. Avec Dracula, Sand et Gary c’est une année Pléiade sympathique finalement. Vivement 2020 !

  48. Ceux d’entre nous qui ont acquis les Ecrits spirituels du Moyen Âge ont décidément fait une mauvaise affaire. Cédric Giraud n’a pas retraduit à nouveaux frais le chef d’oeuvre de Thomas de Kampen (car la préservation du latin Thomas a Kempis est un pédantisme aberrant considérant l’usage français qui fait écrire, e.g., Siger de Brabant et non pas de Brabantia) Imitatio Christi ; il remanie contre le texte latin de la dernière édition critique une célèbre mais ancienne version, ce qui n’est signalé ni dans le sommaire en tête de volume ni dans la table des matières. Il faut attendre la p. 800, pour lire, en faux-titre, « traduction inspirée de celle de Félicité de Lamennais (1824), voir la Note sur le texte, p. 1176 ». Giraud y explique que cette « traduction de référence en raison des solutions, élégantes à défaut d’être toujours précises, qu’elle propose pour atténuer la concision de Thomas a Kempis » (ce qui est contestable) a été « souvent adopté[e]… lorsque le texte latin qu’il suivait et celui qui nous a servi de référence étaient identiques. A l’inverse, nous nous sommes éloigné de sa traduction quand les textes latins différaient et lorsqu’il s’agissait de respecter le rythme de la prose latine ». Foin de cette fausse rhétorique scientifique (je voudrais bien que l’on nous montrât comment épouser dans notre langue française contemporaine, si analytique, le rythme du médio-latin !) ; Giraud nous donne rien moins qu’une vague resucée de Lamennais dont la présence jure dans un volume traduit de neuf par l’éditeur, sans compter le fait que, en tant qu’un mixtum compositum ou une satura, ce texte bâtard n’a ni l’unité de ton ni la grande sobriété de la traduction donnée par Charles Grolleau chez Desclée de Brouwer (1933) ; une autre version sérieuse et honnête est celle, bilingue et juxtalinéaire, de l’abbé Fernard Martin aux Classiques Garnier (1936, avec copieuse introduction et notes suffisante). Pis encore, l’annotation se borne à une page et demie (177-178, 34 notes au total) pour 168 pages de traduction française et d’appareil scripturaire sommaire. J’imagine que Gallimard a dû être bien aise de pouvoir réduire d’autant la place faite à l’appareil critique… Et bren pour le lecteur proprement couillonné ! Le temps consacré par M. Giraud à passer au creuset le texte de Lamennais, pas tant, à la vérité, pour le contrôler contre le latin de Lupo (les seules divergences par rapport à ce dernier étant la reprise de quelques titres et indications de locuteur donnés dans le manuscrit autographe de Thomas, pures chinoiseries à mon avis et dont le lecteur d’une Pléiade n’a pas à être saisi), que pour rajeunir la langue et le lexique de cette traduction surannée, eût été mieux employé par la confection d’une nouvelle version confirme au génie de la langue actuelle. Un autre petit fait donne une idée de la conception peu rigoureuse que s’est fait M. Giraud de sa tâche : au lieu de reproduire le découpage du texte lain en paragraphes et versets dont l’utilité est incontestable dans les renvois ou citations, il le supprime au prétexte qu’il n’est ni médiéval ni conforme à l’exemplaire autographe. Souhaitons que M. Giraud, qui a édité déjà de la prose médiévale, ne porte jamais son intérêt vers des textes poétiques latins ou grecs – il serait fort capable de refuser à son lecteur le secours de la numérotation des vers, au nom du même principe (dévoyé) de fidélité à la source.

  49. Effectivement la traduction.de l’Imitation du Christ par Mr Giraud est  » inspirée  » de celle de Lammenais. Et c’est formidable. Le passage du vouvoiement de la version Lamennais au tutoiement de la version Giraud est une grande réussite.

    En effet on dit  » tu  » à son ami.

    L’imitation du Christ est un livre fascinant. J’ai beaucoup de version de ce texte. Je me suis amusé à les comparer et selon moi la traduction de Giraud est une vrai réussite.

    Il y a une attention au rythme de la phrase qui est merveilleuse. Certaines phrases restent dans la mémoire tellement elle sont bien tournées ; et c’est là être fidèle au texte latin autant que possible en français.

    En voici un exemple parmi tant d’autres :

    Page 845 :  » Si tu cherches Jésus en tout, en tout tu trouveras Jésus « .

    On peut dire que Mr Giraud a réussi là une bien belle traduction de l’Imitation du Christ. Et il sera sans doute très difficile de l’égaler avant bien longtemps.

    • Le passage choisi pour illustrer la réussite de la version Lamennais-Giraud me paraît plutôt et surtout en manifester la platitude… Comme traduction je ne lui trouve pas grand relief ni fluidité particulière, et le maintien d’un vocabulaire assez précieux la fait paraître surannée et artificielle, dans le meilleur des cas : intemporelle, plutôt que moderne. Or l’original latin, sec mais vigoureux et d’une grande sobriété, est aussi étranger à ces gentillesses de style qu’on peut le concevoir.

  50. Le passage choisi montre au contraire une recherche dans le rythme, notamment dans le  » en tout, en tout. » C’est une belle trouvaille Et pour l’heure en français personne n’a fait mieux. Et il y en a beaucoup d’autres…

    • Libre à vous de le croire, mais en l’espèce il s’agit simplement d’une balance des cola, ou membres de phrase, obtenue par une figure chiastique peu digne que l’on baye d’admiration devant elle. Citez-nous donc un peu les traductions rivales, ou mieux encore le latin, fautes de quoi vous vous cantonnez au domaine des assertions gratuites alors même que je ne donnais d’opinion que sur le plan du procédé éditorial par lequel Giraud nous vend une vieillerie ravaudée en lieu et place d’une version entièrement nouvelle. Vous ne semblez pas choqué du caractère étique et navrant de son annotation ni de la suppression des subdivisions de la traduction grâce à laquelle Gallimard gagne une place précieuse en imprimant l’Imitation comme de la plate prose – sans ces repères, la confrontation avec d’autres traductions est délicate, et fort malaisée la vérification de citations.

  51. Cher Neo-Birt, vous n’êtes pas sans savoir que ces textes spirituels du moyen âge ont pour but la mémorisation ou l’apprendre par coeur. Chiasme, alliteration, tout procéder est bon qui aide à mémoriser.

    Ce n’est pas juste comme vous dites :  »
    une figure chiastique peu digne que l’on baye d’admiration devant elle.  »

    C’est au contraire l’essentiel et c’est vraiment admirable de l’avoir rendu ainsi car c’est dans l’esprit et l’intention du texte original.

    Un exemple encore de ce procéder c’est dans le Pseudo-Bernard à la page 109,

     » Si donc tu te vois, tu me vois, moi qui ne suis rien d’autre que toi « 

    • Que dites-vous d’un passage comme Imitation, I, 3 ad finem, ista est summa sapientia ; per contemptum mundi tendere ad regna coelestia, que Lamennais, recopié verbatim par Giraud, rend « la souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le mépris du monde » ? On perd de la sorte et l’attaque emphatique de la phrase assertive et le mouvement pressant qui l’anime (pour sa force de frappe tant rhétorique – liée à la syntaxe et aux allitérations – qu’évocatoire en termes de reader-response criticism, voir l’analyse de William C. Creasy, The Imitation of Christ by Thomas a Kempis. A New Reading of the 1441 Latin Autograph Manuscript, Macon, GA., Mercer University Press, 1989, 2007², pp. XXXII-XL) pour gagner quoi au juste ? Une bonne traduction doit ici se couler dans la syntaxe latine, par exemple « voici la sagesse suprême : par le mépris de (ce bas-) monde s’efforcer au royaume céleste », quitte à expliciter un tant soit peu le contemptum mundi. De toute manière, traduire, ce n’est pas décalquer même lorsque la tentation est irrésistible (cf. tendere).

  52. Votre proposition de traduction est intéressante. J’aime bien le : voici la sagesse suprême. Par contre on le perd le  » tendere « , ect…

    Traduire c’est choisir.

    Cette édition n’est pas exempte de défaut : notes minimalistes. Absence d’index thématique qui aurait permis de retrouver aisément un passage.

    Par contre, je pense qu’il est difficile de ne pas lui reconnaître une qualité essentielle : La recherche de la formule aisément mémorisable grâce au chiasmes et autres allitérations. Sur ce plan là c’est une vraie réussite.

    À chacun de se faire son opinion sur le sujet.

    • On ne « perd » pas le tendere dans ma traduction, car il y est rendu et non point calqué au prix d’une légère perte d’intelligibilité par rapport à la langue contemporaine (où l’on ne dit plus guère ‘tendre à’, ‘tendre vers’). Ceci dit, c’est au fond une question de pratique philologique, et comme vieux de oa vieille en ces matières je ne peux m’empêcher de trouver un peu tendre et gauche et encore inexpérimenté M. Giraud par rapport à d’autres traducteurs.

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