La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

7 955 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Quelle tristesse. Désabusés et aigris. Qu’attendez-vous ? Vous avez aimé la collection de la Pléiade. Elle ne vous convient plus. A quoi bon noircir ces pages ? Vous rassurer mutuellement, vous convaincre que vous n’êtes pas seuls à le penser ? Vous donnez l’image de naufragés sur leur radeau…

    • Vous estimez qu’il y a de l’aigreur dans la dénonciation d’une certaine forme d’imposture. J’y vois, personnellement, un amour sincère du livre, et de la littérature. Et même, au-delà, un amour et une défense de l’humain.
      Vous-même, aimez-vous la littérature, ou vous contentez-vous simplement d’apparences ?
      Je ne me reconnais en rien dans l’image du naufragé que vous proposez : naufragé de quoi ? D’un monde disparu ? Je déplore, personnellement, l’évolution d’un monde qui nous abreuve de futilités, qui nous trompe, à tous les niveaux, préférant l’ersatz à l’authentique et nous affirmant qu’il faut bien s’adapter à une réalité que nous ne changerons pas. Elle changera, pourtant, c’est inéluctable.
      C’est bien parce que l’abondance de gadgets plus que dispensables, agissant comme une drogue pour satisfaire notre appétit consumériste et endormir notre esprit critique, parce que le message médiatique dominant nous impose une vision « manichéenne » de la société, que la plupart d’entre nous acceptent cet abêtissement confortable et égoïste, pourtant une voie sans issue.
      Alors oui, un peu d’éducation, de culture, un éveil de la sensibilité et des capacités de réflexion, ce n’est pas une démarche inutile. Je ne pense pas que la culture puisse, par elle-même, rendre un être plus humain. Par contre elle lui fournit les moyens de le devenir, de situer dans une perspective plus globale la réalité qu’il observe, d’en ébaucher une critique, de confronter ses opinions au regard de l’autre.
      Croyez-vous sincèrement que notre société, si elle ne se remet pas radicalement en question, s’ouvre des perspectives viables ?
      Croyez-vous que l’on peut compter sur les diplômés d’écoles de commerce pour nous orienter de manière éclairée sur cet avenir plus qu’incertain ?

  2. Je réitère mes propos précédents et veux éclaircir ma position. Pour la sévérité du jugement sur la qualité actuelle de la Pléiade, je rejoins Phil, Zino, NéoBirt7 et quelques autres qui voudront bien m’excuser de ne pas les citer, ma liste ne se voulant pas exhaustive.

    Pour autant, je ne désire pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Moi aussi, comme Manu, il m’arrive d’acquérir des Pléiades d’auteurs de moindre grandeur mais que j’apprécie pour l’une ou l’autre raison, et que je ne chasse pas du Paradis des Lettres comme de vulgaires clandestins (clin d’oeil à Manu et à Joseph Kessel, par exemple).

    Ce que je demande à Gallimard c’est un peu de respect de son public fidèle, et un langage de vérité. Qu’il nous dise franchement (en modifiant l’intro de son catalogue et dans La Lettre de la Pléiade) qu’au vu du marché de l’édition et de l’évolution du lectorat, il ne peut plus maintenir le même niveau d’exigence, ni consacrer sa collection à l’excellence seule. Qu’on pourra continuer à trouver de l’Or dans sa collection, mais aussi de l’Argent, voire du Cuivre…

    Qu’on cesse de nous vendre de la fausse monnaie : nous pesons dans nos balances les écus de Monsieur Gallimard et y trouvons de moins en moins de métal précieux. Qu’il le dise et qu’on se le dise !

    • Je suis en tout point d’accord avec vous. Je ne rejette pas la publication de Kessel, ou d’un auteur « mineur », je n’ai aucune compétence personnelle pour me prononcer sur ses qualités littéraires ; simplement, à propos de la publication de ces auteurs, réputés « mineurs », je m’interroge sur les priorités de l’éditeur, constatant tous les « vides » patrimoniaux de la collection (sans compter que certains de ces auteurs sont déjà publiés en Quarto).
      Par ailleurs, il est naturel qu’une collection s’adresse au plus grand nombre, et il est bon de tolérer des appréciations différentes de la sienne.
      Mais s’adresser au plus grand nombre signifie-t-il nécessairement une baisse de qualité éditoriale ? Cette supposée nécessité témoignerait d’une forme de mépris bien condescendante envers le public.

      • Patience patience ….
        «Avec le temps l’herbe devient du lait».
        Le projet Saint-Augustin avait été évoqué dès les années 30 il est sorti 60 ans plus tard.
        Svevo, Gombrowicz, Malcolm Lory ce sera pour la génération suivante…
        Je plaisante, enfin je l’espere.

        • Sur quelle source s’appuie votre assertion, un peu bien surprenante pour qui connaît ce que fut la Pléiade primitive, celle de Schiffrin avant et après sa cession à Gallimard, d’une édition de Saint Augustin ? A supposer même que ce ne soit pas un ignis fatuum, ou un voeu pieux, vous n’avez pas le droit de confondre ce projet de toute façon avorté avec l’entreprise confiée à Jerphagnon au début des années 90 et qui aboutit aux trois tomes actuels, afin de nous mieux enjoindre à la patience. Plût au ciel, tout au contraire, que cet Augustin eût été confectionné moins hâtivement par de meilleurs philologues sous la houlette d’un responsable plus ferré sur son auteur ! Comme je le signalais plus haut sur ce fil, l’équipe réunit l’un des latinistes les plus effroyables à avoir publié en Budé, Boriaud ; une historienne de Rome pas extraordinairement douée en philologie latine, Salles ; un courtisan de Jerphagnon et professeur de philosophie plus connu par ses aventures éditoriales dans les XVIIe et XIXe siècles que par son expérience en patristique, Dumas ; une débutante en latin tardif, Dupuy-Trudelle, qui laissa une trace brève dans la carrière suite à son décès prématuré (et qui, paradoxalement, nous a donné les meilleures traductions) : deux touche-à-tout, Astic et Tardif de Lagneau ; et enfin l’homme d’une seule oeuvre, Cambronne, auteur d’une énorme thèse de doctorat sur les Confessions. Aucun augustinisant insigne dans cette équipe hormis Cambronne, il fallait l’oser – Jerphagnon l’a fait.

          • Il faudra dorénavant que je prenne note de toutes les sources d’informations que je lis ici ou là, et que je les consigne avec toute la rigueur positivisme de la philologie allemande du XIXe siècle.
            Par delà l’équipe éditoriale de la pléiade, il n’en reste pas moins que la lecture des Confessions de Saint Augustin dans cette collection fut l’un des 15 ou 20 plus grandes expériences de lecture que j’ai pu faire.

          • Il s’agit là de tout sauf de positivisme (un concept qui n’est jamais plus abusé que par ceux qui ne savent point ce qu’il recouvre ou a recouvert dans les sciences humaines, les études littéraires ou la philologie textuelle). La déontologie, que dis-je : l’honnêteté intellectuelle élémentaire, devraient faire une obligation à quiconque prétend partager une information tant soit peu confidentielle, de fournir quelque élément objectif de corroboration ; il est trop facile, vraiment, de lancer une énormité pour ensuite se draper dans sa dignité ou alléguer les fragilités de la mémoire… Je retrouve ici une autre marque de votre tendance, Manu, à l’agitation de chiffons rouges conceptuels ; vous nous avez bien traités de déclinistes, lors même que le déclin de la Pléiade est tout sauf contestable tant pour la qualité des auteurs retenus qu’en termes de politique éditoriale (exigences philologiques et exégétiques en chute libre ; abandon, pour de mesquines raisons de gains de place, de la disposition de l’appareil critique par pages de texte Pléiade, qui permettait de s’y retrouver en un clin d’oeil, au profit d’une présentation à la queue-leu-leu des variantes et des notes subdivisées en fonction des chapitres ou des sections de chaque oeuvre, dans laquelle on se perd rapidement et qui conduit à un feuilletage effréné).

          • Extrait du site de la plleiade.fr :
            «Comme cela se faisait déjà pour les volumes de la collection depuis 1934, un couvre-livre imprimé en noir et rouge, avec un portrait de l’auteur, protège le volume relié, recouvert d’une peau fragile. Cette « jaquette » liste les ouvrages déjà parus dans la collection, et annonce les volumes à paraître de Chateaubriand, Claudel et Saint-Simon, ainsi que, plus surprenant, les Œuvres de saint Augustin… qui ne paraîtront qu’un demi-siècle plus tard, sous la direction de Lucien Jerphagnon.»
            J’ai parlé de 60 ans de délai d’attente pour Saint Augustin, il ne s’agissait que de 50 ans….
            Pardon de cette «énormité» (selon votre terme) due à ma mémoire défectueuse

          • Allégation sourcée, il n’y a qu’a s’incliner. Cependant la validité du plus clair de mon message reste entière, concernant votre âpreté à débattre et votre utilisation de procédés argumentaires sophistiques, voire fallacieux, ad maiorem gloriam Gallimardis. La Pléiade ne nous a pas fait attendre cinquante ou soixante ans « son » Saint Augustin ; vous transformez une simple déclaration d’intention concernant une publication sur Bible de ce Père de l’Eglise, de nature publicitaire et de l’ordre de la réclame, ou du ballon d’essai, en un projet qui aurait subi maints aléas. Supposez donc que Les Belles Lettres publient une édition des fragments de l’épos grec archaïque ; du fait que Paul Mazon, dans la préface de son Hésiode (1928), évoquait « la collection générale des Fragments épiques que prépare l’Association Guillaume Budé » (p. XVI) avec cette précision en note 2 « la première partie, consacrée aux fragments du Cycle » (épique) « par M. Albert Severyns, paraîtra sans doute assez prochainement », faudrait-il en conclure que le projet était en préparation depuis un siècle, pour féliciter cette maison de nous combler enfin ? Constatez l’absurdité de votre apologétique pléiadesque. (Pour les personnes intéressées, je spécifie que Severyns n’a pas concrétisé ce plan, conçu en même temps que son doctorat sur Le Cycle épique dans l’école d’Aristarque, Liège-Paris, Champion, 1928, parce que ses recherches se sont ensuite déplacées vers Homère, Bacchylide et surtout la Chrestomathie du mystérieux grammairien Proclos, compendium de critique littéraire appliquée à la poésie archaïque, perdue hormis une double transmission – un résumé en fut confectionné par le patriarche byzantin Photios pour sa Bibliothèque et des bribes amalgamées aux Vies d’Homère présentes dans certains manuscrits iliadiques -, qu’il étudia pendant quarante ans au fil d’une publication monumentale, laissée hélas inachevée à sa mort). Je ne vous critique pas trop fort, cependant, parce que votre fougue au service de la Pléiade est réellement admirable.

  3. Quand on voit ce qui rentre dans les deux collections étrangères qui se sont inspirées de la Pléiade, à savoir la Library of america et I Meridiani, reconnaissons que le ticket d’entrée dans la pléiade est encore bien élevé.
    L’abbé Pierre n’y est pas encore à lire.

  4. Neo-Birt7, je souhaiterais vous entretenir d’une affaire privée. Je me permets donc de donner ici mon adresse électronique afin que vous puissiez me contacter si le cœur vous en dit : contact01 [AT] kingsofspeed [POINT] fr

    Je vous en remercie.

  5. Bonjour,
    Je constate que les volumes consacrés à Hemingway (surtout le 2) sont indisponibles chez de nombreux revendeurs.
    Avez-vous des informations sur un projet de nouvelles éditions qui seraient les bienvenues étant donné les nouvelles traductions disponibles ?

  6. Quelques informations sur le Nerval de la Pléiade. On les trouve dans l’entretien qu’avait accordé en mai 2001 Claude Pichois à Michel Pierssens et Jean-Jacques Lefrère. Il est paru dans le septième numéro de la revue Histoires littéraires.

    (…)

    HL : A côté de Baudelaire, une de vos grandes passions littéraires a été Nerval.

    C. P. : Oui

    HL : Vers quelle époque de votre vie et dans quelles circonstances avez-vous abordé cet auteur ?

    C. P. : Ça s’est passé d’une manière douloureuse ; j’étais à Aix quand j’ai été nommé. On ne m’a pas rendu le travail facile, puisque moi qui étais à peine licencié, enfin diplômé d’études supérieures, on m’a infligé le cours d’agrégation sur Nerval. Alors, j’ai commencé : j’ai eu des nuits cauchemardesques ! Il y a un cauchemar qu’il faudra que je raconte un jour, qui venait d’un film de la guerre de 14… J’ai regardé l’édition de la Pléiade et me suis dit : c’est impossible. Quelqu’un qui a un peu d’honnêteté intellectuelle ne peut pas accepter ce genre de choses. Selon les tirages, Les Filles du feu passait de cinq ou six, à presque neuf, n’est-ce pas ! Elles n’étaient jamais sept. Et comme j’avais terminé le Baudelaire, je suis allé trouvé Pierre Buge, qui fut le grand directeur de la Pléiade. Nous avions eu quelque fois des conflits au sujet de textes à prendre ou à ne pas prendre, à transcrire exactement ou au contraire… Je lui dis : « Ecoutez, Monsieur, je regrette beaucoup, vous avez maintenant un bon Baudelaire, pourquoi avez-vous un si mauvais Nerval ? » Il me dit : « Cher ami » — ça fait partie des formules — « Cher ami, nous avons un contrat, nous ne pouvons pas le rompre. » Et puis il est arrivé ceci. Ce qui est bien dans la Pléiade — les gens ne le savent pas —, c’est qu’on peut changer le texte d’une édition à une autre à condition de respecter le nombre de lignes à la page. Or, Richer ne cessait pas d’envoyer des corrections pour les réimpressions de son édition. Je crois que c’était le cinquième tirage. Mais les dernières corrections étaient telles que Buge les a refusées. Et Richer a fait ce qu’il ne faut pas faire avec une maison d’édition comme Gallimard. Il a envoyé une lettre recommandée avec accusé de réception pour exiger que fussent intégrées ses corrections. Evidemment Gallimard pouvait se payer un avocat et j’ai reçu une lettre de Buge : « Cher Monsieur, le Nerval de Monsieur Richer ne devant pas être réimprimé, accepteriez-vous, comme vous nous l’avez proposé, etc. » J’ai proposé d’y collaborer à mon ami Jean Guillaume, un père jésuite, extraordinaire philologue. Nous sommes ainsi arrivés à faire les trois volumes des Œuvres complètes.

    HL : Qu’est-ce qui vous avait précisément amené à proposer de refaire le Nerval de la Pléiade ?

    C. P. : Une querelle qui n’en finissait pas entre le Père Jean Guillaume et Jean Richer. La revue L’Autographe du 1er août 1864 avait présenté sur la même page le sonnet Vers dorés, fac-similé de l’album de Nadar, signé Gérard de Nerval, et, au-dessous, un monogramme de Charlemagne, emprunté à un document des Archives de l’Empire. Jean Richer n’en démordait pas, il voulait que ce monogramme soit la signature utilisée par Nerval : celui-ci n’avait-il pas été élève au collège Charlemagne ? Le Père Guillaume n’avait pas de preuve décisive ; son bon sens le persuadait qu’il n’y avait aucun rapport entre les deux parties de cette page et que juxtaposition n’était pas raison. L’échange d’articles amusait la galerie. Je conseillai au Père de cesser la polémique et de consacrer nos énergies à l’élaboration d’œuvres complètes de Nerval. A ce moment-là, je ne savais pas que Gallimard nous offrirait de les publier. Je lui ai dit : on va annuler complètement l’édition actuelle, on fera passer le bulldozer et nous aurons le Nerval de la Pléiade. Ensuite, il fallut aller à Philadelphie pour voir l’album de Nadar, grâce à un ami, Frank Bowman. Cet album avait été vendu par Nadar au dentiste américain de l’impératrice — vous savez la réputation des dentistes américains de l’époque —, celui qui a permis à l’impératrice de sortir de France en 1870…

    HL : Evans ?

    C. P. : C’est ça. L’album avait été donné à la Bibliothèque de l’université de Philadelphie et je suis allé le voir. L’album porte bien les Vers dorés mais sans le monogramme de Charlemagne…

    (…)

  7. belle édition de Nerval !
    Je reviens sur les nombreux échanges récents à propos de la qualité des auteurs entrant. Même si je suis d’accord avec de nombreuses remarques (je n’achèterai pas Ormesson et je n’achèterais pas Modiano …), je trouve la notion d’auteur « mineur » d’une subjectivité dangereuse. Lévy et Musso ne sont pas prévu que je sache ….
    Et je me suis régalé avec l’album Kessel.

    • Envoyer une LR/AR serait ce qu’il ne faut pas faire avec un éditeur comme Gallimard ? Je ne connais pas d’éditeur avec qui il conviendrait de le faire… C’est automatiquement un casus belli. Déclaration de guerre perdue d’avance.

      Au vu du nombre de réimpressions sans aucun changement qui se produisent actuellement, les corrections à l’occasion d’une réimpression se pratiquent-elles encore ? (Il s’agit d’une vraie question naïve de ma part, je ne sais vraiment pas ce qu’il en est.)

      …………….

      Dans mes rêves fous, j’imagine un quatrième volume, comprenant les traductions et les oeuvres en collaboration (dans lesquelles la part de Nerval est variable), théâtre, qui complèterait l’univers nervation, quoi qu’on en pense. Rêve fou et illusoire, bien sûr.

  8. Caminos, vous avez écrit :
    « Les 3 derniers catalogues ont consacré 3 auteurs (Beauvoir, Gary et Kessel) aussi connus pour leur « personnage » que pour leur œuvre. » Or, ne pensez-vous pas que Zola, Hugo, Balzac étaient des personnages, et de leur vivant, surtout pour les deux premiers ? Et à des niveaux publics bien plus hauts !
    Si vous pouviez laisser Bowie de côté dans ce débat … Et non, ses chansons (une partie du moins, je vous accorde que son œuvre est inégale) ne sont pas inférieures à son personnage, comparaison qui ne veut d’ailleurs pas dire grand chose.

  9. Ce n’est pas honteux d’être autant artiste dans la création de son propre personnage que dans celle de son œuvre (comme Bowie, je persiste et signe !).

    Évidemment Hugo est hors concours, car il s’est hissé dans les deux domaines à des hauteurs inégalées (mais n’a pas été pour autant publié de son vivant dans la Pléiade !).

    Je suppose (et même constate depuis 3 ans) que Gallimard est aujourd’hui attentif à réaliser des albums annuels dédiés à des auteurs également célèbres pour autre chose que leurs écrits. Comme je vois mal Gallimard consacrer un de ses prochains albums de la Pléiade à des auteurs français confidentiels (comme Bonnefoy, Guyotat ou Michon), dont l’entrée dans la collection a déjà été évoquée (et même annoncée dans le cas de YB), je m’interroge sur les prochains lauréats : l’Herne a bien décidé de consacrer récemment des célébrités médiatiques de modeste calibre telles que Onfray et Comte-Sponville, et je m’attends donc à ce que Gallimard fasse ce type de choix, en intronisant demain une célébrité du même genre que D’Ormesson, Beauvoir, Gary ou Kessel (ce qui ne manquera pas de faire hurler certains !).

    Laquelle ? Telle est la question… Il me semble que Houellebecq répond bien aux nouveaux critères de l’éditeur. Ou pourquoi pas Ruffin tant qu’on y est (qui a tout de même un beau parcours de diplomate au foie solide, de médecin tiers-mondiste et de marcheur de Compostelle !). Mais d’autres que moi ont sûrement des idées là-dessus (à moins qu’ils ne craignent de les révéler, de peur que Gallimard ne le reprenne au bon…) ?

    PS : Montfried est souvent cité dans l’album Kessel, peut-être faut-il y voir un signe (son œuvre est-elle inférieure à celle de Segalen ?). On peut penser enfin à d’autres écrivains voyageurs que Ruffin car le genre devient populaire dans la Pléiade (London et Verne ont été édités il y a peu dans la collection) comme Bouvier et Kerouac (déjà en Quarto et tous deux à moitié français) ou Thoreau (qui a fait beaucoup de voyages immobiles mais comme il est américain sa candidature sera sûrement examinée avec bienveillance !).

    • Ce qui tend à amoindrir la réputation de l’Herne, malheureusement. J’ai été effaré en découvrant ces deux publications. Certes, étaient honorés des auteurs grand public (Le Carré), mais à coté de Héritier ou Gioni, les deux larrons susnommés cela détonent quelque peu. Je n’ai pas été choqué du Houellebecq par contre. On sent pour ces deux volumes un esprit commercial. Enfin, il suffira de ne pas acheter ces volumes. (D’autres s’en chargeront volontiers de toute façon.)

      Ce qui me gêne, ce n’est certes pas le coté grand public, mais la pauvreté de l’œuvre. D’un point de vue philosophique, il n’y a rien de remarquable ni chez l’un ni chez l’autre. On se contente ici et là de recycler quelque éléments piochés que l’on prendra soin de déformer. Qu’est-ce que le « Petit Traité des grandes vertus » sinon un ramassis affligeant et hétéroclite de pseudo-sagesse à l’emporte-pièce ? Quant à Onfray qui se sent investit d’une mission de vérité au point d’écrire quelque chose – n’importe quoi mais quelque chose – à chaque livre qu’il lit, il s’est enfermé dans sa tour d’éternel persécuté et ressasse pour l’éternité trois petites idées : matérialime, hédonisme, athéisme (ce qui n’est pas un jugement de ma part sur ces idées en elles-mêmes) et qui digère (très) mal les pages qu’il touche.

      Ce n’est pas la notoriété – le nom ou les titres – qui devrait à mon sens être un critère, mais la qualité de l’œuvre. Cela dit, il faudrait, au niveau mondial, combler les vides effarants de la collection. D’autant plus que cela pourrait d’ailleurs peut-être faire vendre davantage. On aurait alors quelques piécettes pour des volumes moins populaires mais de tout premier ordre, par exemple, comme je l’ai déjà dit, concernant le Japon qui ne compte que deux volumes de Tanizaki.

      Domonkos demande à Gallimard un langage vrai sur les standards et l’avenir de la collection. On pourrait le souhaiter, mais, étant une entreprise privée qui a pour principal – sinon unique – souci l’argent, cela n’adviendra pas. On est là pour vendre, par pour dire la vérité. À nous donc de lire en les lignes. Je pense que ce qui sort des presses de la Pléiade est l’unique aveu dont nous avons besoin. Ce qui est dommage surtout, c’est qu’il n’y a pas de grand concurrent à la Pléiade en France. Classiques Garnier fait quelques volumes intéressants – assez chers. Quant à Honoré Champion, le prix est souvent au-delà de la puissance de la quasi-totalité des bourses. Preuve que sur la grand Marché, le prix compte tout de même. Un bon concurrent serait Les Belles Lettres, malgré le fait que le prix pour les grandes éditions soit aussi élevé. Surtout, pour ma part, la compacité du volume au format poche m’agrée. Quand je vois que l’intégrale Bouquins de Hugo me prend une étagère, heureusement que nous avons encore la Pléiade.

      Enfin, en dehors de l’entrée de tel ou tel auteur, il faudrait surtout que Gallimard veille à la qualité des éditions, tant au niveau matériel – c’est le minimum vu le ticket d’entrée – que s’agissant de l’édition scientifique. Comme la répété Neo-Birt7, citant West, il faudrait songer, non pas à prendre l’universitaire le plus en vue sur tel auteur, mais celui qui sait confectionner des éditions critiques de haut niveau.

      • C’est le problème d’une marque célèbre et facilement reconnaissable grâce à son design. Dans sa célébrité il y a d’une part la réelle qualité qui l’a hissée au sommet de la réputation, et d’autre part un parfum de légende qui surévalue ces mêmes qualités.

        Et puis, pour des questions de rentabilité, pour lutter contre la lassitude éventuelle aussi, la composition peu à peu change et se dégrade. Les connaisseurs voient bien que, sous le même packaging, la quantité diminue, la qualité également, les ingrédients ne sont plus vraiment les mêmes.

        Les nouveaux clients, qui n’ont pas connu l’ancienne formule, achètent de confiance, sur la réputation de la marque, et, lorsqu’ils entendent des anciens rouspéter, ils se disent (et leur disent) que ce sont de vieux aigris bougons, pour qui forcément « c’était mieux avant ».

        Parmi les anciens, il y a ceux qui se sentent floués et ne pardonnent pas la « trahison » (il y avait un « contrat » entre la marque et eux !), qui abandonnent la marque.

        Puis il y a les accros, qui ne se savent pas moins floués, mais qui ne peuvent se résigner à se séparer de la marque (car ce serait se séparer d’un peu d’eux-mêmes, de ce qu’ils furent eux-mêmes). Alors ils continuent d’acheter, en maugréant, mais en tâchant de lui trouver encore des vertus, même infimes. Se faisant plus de mal que de bien, comme les vieux junkiies. (Vous m’avez reconnu ?)

        Il n’empêche, tôt ou tard, les vieux fidèles disparaissent, emportant avec eux une partie de la légende. Les nouveaux sont sollicités par de nouvelles marques… puis les Chinois arrivent et achètent le nom de la marque, pour le coller sur des saloperies qui ne vivent que ce que vivent les roses cultivées industriellement au Kenya.
        Et c’est fini.

        • C’est déprimant ce que vous écrivez, mais hélas, je crains que ce ne soit tellement vrai…

          J’en profite pour rebondir, si j’ose dire, sur ce que disait un fidèle de ces pages il y a peu, et ça rejoint votre constat: je déplore la qualité de certains volumes, où les pages gondolent, sont collées entre elles par le haut; si j’en crois certains commentaires, ça n’était pas le cas « avant ». Mon volume d’Henry James est particulièrement mal fagotté.

          J’ai remarqué aussi une chose qui bizarrement m’avait échappée, en parcourant « Un homme obscur » de Marguerite Yourcenar (je m’y suis fort ennuyé d’ailleurs): les marges de ce volume (mais est-ce le cas pour les volumes parus dans ces années-là? je ne sais pas) sont particulièrement larges. C’est à mon point de vue assez confortable, et visuellement assez beau. Certains volumes récents, je pense par exemple à celui de Georges Duby, où les marges sont plus étroites, me sont personnellement difficiles à lire.
          Est-ce pour réduire le nombre de pages? C’est vrai que ce volume en fait déjà presque 2000.

          Pour finir je vous annonce avec ravissement l’achat ce matin du coffret des deux tomes de Georges Perec!
          Bien à vous,
          Alinio.

          • Décidément j’ai toujours autant de mal à m’inscrire dans le groupe des déclinologues de cette collection, que je pratique pourtant depuis presque 30 ans, et surtout à la vue du programme qui s’annonce dans les prochains mois…
            Mais peut-être que je n’ai pas l’œil, comme disait Valéry : «Il fallait être Newton pour apercevoir que la lune tombe, quand tout le monde voit bien qu’elle ne tombe pas.» Je ne suis pas Newton pour voir que tout tombe….
            Félicitation pour votre achat de Perec, j’avais prévu Kessel cette semaine, mais des dépenses imprévues de plomberie suite à un dégât des eaux m’a fait différer mon investissement. Je vais donc passer parmi vous avec un chapeau pour tenter de récolter les fonds qu’il me faut pour l’achat de Kessel….

        • Un jour, ça s’appellera « La Pléiade » (en très gros) et au-dessous (en tout petits caractères) « préparée selon la recette ancienne – avec de vrais morceaux de Pléiade dedans » Ha Ha Ha !

          Pourquoi faudrait-il s’en affliger ? Tout s’use, tout change, tout se renouvelle…

          Je suis de toute façon persuadé que le problème dépasse largement La Pléiade et que nous sommes à la fin d’un cycle : la « culture livresque » largement répandue a connu un âge d’or, qui a duré grosso modo un siècle, de la fin du XIXème à la fin du XXème. Avant, c’était réservé à « l’élite », après, je ne sais ce qu’il y aura…
          Le livre ! à inscrire sur la liste des « espèces menacées d’extinction » ? Franchement, quand vous vous promenez dans nos villes, voyez-vous encore beaucoup de livres à l’état sauvage ? Ou bien plutôt quelques malheureux survivants de l’espèce, domestiqués, presque clochardisés, achevant de mourir à petit feu, dans des « boîtes à livres » où chacun peut, gratuitement, adopter un de ces malheureux en fin de vie ?…

          Mon cher Manu, vous avez toute ma sympathie (pour les sous-sous ça va être plus difficile, je dépense moi-même plus que je ne gagne, pour mes livres, et fais constamment de la « cavalerie » : revendant chez les bouquiniste, à vil prix, des livres qui s’ennuient dans ma bibliothèque, pour en acheter de nouveaux).

          Bon courage !

          • Merci de vos encouragements. Chez moi mes livres ne cavalent pas, il restent là comme des points fixes, comme autant de jalons d’une biographie intellectuelle…
            Je file de ce pas du côté d’Hemingway….

          • Je verse parfois des larmes de sang sur certains chers disparus… mais, ma bibliothèque ressemble à un serpent, avec ses mues et ses peaux abandonnées…
            Depuis quelques années, n’ayant plus de charge de famille, et plus guère aucun autre besoin matériel, je reconstitue certains rayons, profitant de la dévalorisation de l’objet livre chez les bouquinistes.

            Mon seul rayon auquel je n’ai jamais touché, c’est mon rayon Chine (2/3) Japon (1/3), car je savais que je ne pourrais jamais le reconstituer : aux alentours de 3000 ouvrages… J’ai acquis, dans les années 70 (alors que j’étais jeune et désargenté, mais sans aucune charge de famille et fou passionné), un ensemble d’éditions anciennes, chez les éditeurs spécialisés (Adrien-Maisonneuve, Geuthner, etc.) qui étaient alors vendus au prix du jour de parution : hors, cette parution s’était produite 60 iu 70 ans avant, et les Francs de 1975 valaient dix fois moins que les Francs de 1905. Pendant longtemps, ce genre d’éditeur, conservait ses stocks ad vitam aeternam, ne se souciant pas du coût que cela impliquait. Je me souviens d’avoir visité l’arrière-boutique obscure de l’un d’eux, à Paris, et d’y avoir trouvé des trésors oubliés… Idem à la Librairie Orientale Samuelian de la rue Monsieur le Prince….

            Je me souviens également d’avoir commandé, depuis ma librairie grenobloise, des livres édités par l’École Française d’Extrême-Orient, sur les littérature vietnamienne ou laotienne, et d’avoir reçu une demande de confirmation, de la part d’un de ces éditeurs qui croyait à une erreur : stupéfaction de leur part de recevoir une commande aussi « pointue » du fond de la province, alors qu’ils devaient en recevoir une tous les cinq ans !

            Âge des Mille et Une Nuits pour moi !

          • 3000 ouvrages sur la Chine ! Moi qui n’en possède qu’une poignée ! Pour voir ma bibliothèque aussi grande que la vôtre, il faudrait que j’applique cette leçon taoïste décrite je crois chez Lie-Tseu, dans «Le vrai classique du vide parfait». Le Maître demande à son disciple de fixer une puce et de se concentrer jusqu’à ce qu’il la voit de la taille d’un éléphant. Le disciple y parvient, mais quand même au bout de neuf ans d’intense concentration !

          • J’ai mis 50 ans à les réunir. Chine et Japon (plus un peu de Corée, Vietnam… fort peu, trop peu). Dès l’âge de 12 ans 13 ans, j’ai été attiré par la Chine. La première lecture fut (ce n’est guère honorable, paraît-il), Pearl Buck (en Livre de Poche). Et puis, un jour, je devais avoir 14 ans, j’avais des prétentions, je lisais tout ce que je trouvais dans la collection « Idées » de Gallimard (la seule accessible et pas cher, pour les essais contemporains, avec Garnier-Flammarion pour les « classiques », je vous parle d’un temps d’avant… et d’un autre monde) : « Connaissons-nous la Chine ? » de René Étiemble. Une suite de courts essais roborative. Ce fut comme si j’avais reçu la foudre ! Je fus à jamais marqué et mon intérêt pour la Chine prit un chemin dont il n’est plus jamais sorti. Je trouvai ensuite un petit livre de lui sur les Jésuites en Chine, et ce fut une seconde révélation. La Chine était donc comme une autre planète, et pourtant cette planète ne nous était pas complètement étrangère… J’en bénis chaque jour le nom d’Étiemble ! Dès lors, j’achetai tout ce que je trouvai sur la Chine. (Plus tard, j’éliminais les écrits de nos « intellectuels » moisants, mais même cela je le regrette, car, à présent, cela fait partie de l’histoire de la réception de la Chine en France et en Europe).

            Pour résumer, ma fascination pour la Chine et le Japon réside dans le fait qu’il s’agit là du monde le plus radicalement étranger au nôtre, qui s’est développé de la façon la plus autonome, pendant des millénaires durant lesquels les influences mutuelles furent insignifiantes, et pourtant, si proche. et si humain malgré tout. Le seul ensemble humain et civilisationnel qui se soit construit loin de nous et en nous ignorant, et soit assez important pour faire contrepoids au nôtre. (Même l’Inde nous est moins étrangère, à tout point de vue.)

          • Je dirais, Domonkos, que le titre que vous revendiquez pour la civilisation chinoise appartient au moins autant, sinon davantage, à l’Egypte et à la Mésopotamie ; la littérature chinoise, que je sache, fait bien piètre figure jusqu’au premier millénaire avant notre ère, l’état linguistique du chinois archaïque lui-même se laissant à peine approcher (c’est seulement à partir du state suivant, celui de l’Early Middle Chinese, que l’on commence à toucher la terre ferme, et encore), alors qu’à cette dernière époque, vers 600 avant notre ère, cela faisait déjà pratiquement deux millénaires que les Sumériens (puis les Babyloniens au nord et les Assyriens au sud) et les Egyptiens s’illustraient avec une poétique superbe et un raffinement scripturaire à peine croyable dans tous les genres littéraires, tout en tissant et retissant inlassablement la toile de Pénélope de leur théologie. En comparaison des Textes des Pyramides (je pense par exemple au splendide Hymne cannibale) ou des lamentations sur la destruction de Ur ou Akkad, qu’est-ce que le Shijing ou le Qieyun ?

          • Je ne comprends pas bien votre intervention, NeoBirt7. Je ne sais pas à quelle affirmation de ma part elle est censée répondre.

            À quel moment ai-je mis en avant une supposée primauté (par l’âge) de la littérature chinoise ? Je n’ai parlé que de la radicale différence de cette civilisation avec la nôtre, radicale différence derrière laquelle il y a pourtant une profonde parenté humaine (sinon, nous ne pourrions avoir la moindre communication). J’exagère en parlant de radiale différence, je devrais plutôt mettre l’accent sur le développement séparé (brrrrr… ça sonne comme apartheid !). En ce qui concerne la Mésopotamie et l’Egypte, n’en sommes-nous pas, peu ou prou, les lointains héritiers, à travers les civilisations qui leur ont succédé, les hébreux (aussi marginaux qu’ils aient été dans l’ensemble moyen-oriental), etc. ? Tandis que de la Chine à nous, il n’y a pas la moindre trace de « filiation » que ce soit dans un sens ou l’autre. Jusqu’à l’ère moderne, bien entendu, qui a vu le rouleau compresseur occidental parcourir toute la planète sans épargner le moindre coin reculé.

            Si j’ai pris la Chine (quand je dis la Chine, je lui associe également constamment son « frère-ennemi » le Japon) comme contrepoids de l’Occident, sur la balance civilisationnelle, ce n’est pas pour son ancienneté mais au contraire bien parce qu’elle est notre contemporaine ! Cela depuis l’Antiquité tardive : Rome et les Han (la première « Route de la Soie »), puis le Moyen-âge avec les empires mongol et musulman, puis le temps des Lumières avec les Jésuites et les grands découvreurs, puis l’époque coloniale et enfin l’époque moderne et la « mondialisation ».

            C’est cette histoire parallèle qui m’a fasciné. J’aurais pu « choisir » l’Inde, mais la civilisation indienne n’est pas sans lien avec les nôtres ou celles qui nous sont proches. Il y aurait eu d’autres exemples, mais il s’agit de civilisations qui ont disparu ou ont été balayées. Aucune ne peut présenter un ensemble capable de contrebalancer l’ensemble occidental (dans lequel j’inclus, de gré ou de force, le Moyen-Orient, qu’on ne saurait arracher et jeter loin de nous sans que nous en mourions).

            Ce qui me semble remarquable pour la Chine, ce n’est pas son ancienneté (encore que, il y a un « mystère des origines » toujours non dévoilé dans la naissance de la Chine, car, aussi loin qu’on puisse remonter, dans le néolithique et au-delà, on trouve toujours un peuplement autochtone, comme si les « chinois » ou proto-chinois étaient nés du sol du Fleuve Jaune comme le riz et le Sarrazin), mais sa pérennité à travers les âges historiques : la Chine est à la fois notre contemporaine et la contemporaine de la Grèce Antique.

            Je ne crois pas qu’il puisse y avoir de querelle entre nous, cher NeoBirt7, au sujet de la primauté (dans l’ancienneté) des Lettres égyptiennes ou mésopotamiennes et chinoises. Si j’ai pu vous le faire penser, c’est bien à l’insu de mon plein gré !

          • Ainsi présentée, je prête volontiers les mains à votre affirmation. Plus contestable, en revanche, me semble le rattachement du monde occidental (plus spécifiquement : du socle commun gréco-judéo-romain) à l’Egypte et à la Mésopotamie, ne serait-ce que parce ces deux grandes civilisations se sont mutuellement ignorées (la thèse d’une influence du monothéisme amarnien sur l’élimination d’Ashéra dans l’Israël archaïque et son corollaire l’érection d’El / Yahvé en dieu unique, ne repose sur rien de concret) hormis des contacts auliques via la lingua franca akkadienne dans la seconde moitié du deuxième millénaire relevant de ce que les spécialistes nomment la fraternité des rois, au point que ces deux régions ont inventé indépendamment l’écriture, et sont restées peu ou prou imperméables à la pénétration de la culture grecque puis de la culture romaine, lesquelles en retour n’ont intégré que fort peu d’apports égyptiens ou suméro-akkadiens identifiables. Je ne veux pas me lancer dans une tartine érudite, mais c’est mon sentiment de bon connaisseur de ces questions que la Chine n’a pas été tellement plus étrangère à l’Ociddent que le furent l’Egypte et la Mésopotamie (les Grecs puis les Romains n’ont jamais vraiment été sensibles à ces deux civilisations, qu’ils ont toujours considérées à travers des oeillères idéologiques).

          • NeoBirt7 : « Plus contestable, en revanche, me semble le rattachement du monde occidental (plus spécifiquement : du socle commun gréco-judéo-romain) à l’Egypte et à la Mésopotamie, ne serait-ce que parce ces deux grandes civilisations se sont mutuellement ignorées (la thèse d’une influence du monothéisme amarnien sur l’élimination d’Ashéra dans l’Israël archaïque et son corollaire l’érection d’El / Yahvé en dieu unique, ne repose sur rien de concret) »
            …………….
            Je suis là encore entièrement d’accord avec vous, ne voyez dans ce que vous pouvez interpréter comme un rapprochement intempestif, que la regrettable conséquence de l’obligation de faire court, au risque de paraître utiliser des raccourcis.

            Ma lecture, de bonne heure, de quelques bons maîtres (en ce qui concerne la Chine notamment) qui pourfendaient la vieille tendance à trouver des ressemblances et des sources communes un peu partout (comme les braves missionnaires qui voulaient trouver partout des Croix et des Sainte Trinité dans la vieille Cathay) m’a vacciné contre ces criminels errements.

  10. Domonkos, à propos de notre chère pléiade, sur laquelle Étiemble a eu une influence décisive pour élargir le domaine chinois (aujourd’hui nous avons un autre influenceur, P. Sollers, qui à défaut d’influence pour se faire rentrer lui-même dans la collection, a paraît-il pesé sur l’introduction de quelques auteurs, notamment le génial Thomas de Quincey, qui hélas se vend trop peu), j’ai depuis quelques temps une hésitation entre l’achat de Shi Nai-An «Au bord de l’eau» et ce recueil Ming intitulé «spectacle curieux d’aujourd’hui et d’autres fois».
    Si vous aviez quelques lumières pour me conseiller un premier achat….

    • Domaine chinois qui d’ailleurs ne s’élargit pas malheureusement jusqu’au XXe siècle, «Le journal d’un fou» de Lu Xun valant aussi bien celui de Gogol ou de Tanizaki

      • Si vous voulez des auteurs chinois du XX siècle, vous en trouverez un certain nombre mais dans l’anthologie de la poésie chinoise seulement.

    • Votre question n’est pas de celles auxquelles on peut répondre du tac au tac, Manu. J’y reviendrai, je ne vous ai pas ignoré.

  11. Bonsoir,

    Au sujet du domaine Chinois :
    Pour avoir travaillé assez longtemps en Chine et afin de comprendre la culture et les moeurs, j’avais entrepris de lire les romans Chinois traduits en Français et publiés dans la pléiade. Merci à Monsieur André Lévy pour son excellent travail !
    Sans mauvais jeu de mot, c’est une longue marche, ou plutôt une longue croisade que de s’attaquer aux Pléiades du domaine Chinois. Mais quel bonheur et quel enrichissement culturel et sociologique ! Pour ce qui est de la poésie et de spectacles curieux…, je vous les recommande aussi.
    Ce qui m’a semblé le plus difficile c’est les deux volumes de philosophes Taoïstes. Je n’ai vraiment pas réussi à rentrer dedans, peut-être étais je fatigué, mais j’ai rapidement renoncé. Confucius par contre est accessible et passionnant.
    Je regrette que Gallimard n’ai pas encore envisagé de publier les trois royaumes. Peut-être aurons nous un jour une belle surprise ? Pour ma part, j’ai accompli cette longue démarche et je ne regrette pas le temps passé à lire et à comprendre le plus possible la finesse des textes. Aujourd’hui je prend plaisir à consulter mes beaux coffrets Chinois dans ma Pléiadothèque.
    En début d’année, j’ai reçu en cadeaux d’une amie Chinoise, l’art de la guerre dans une édition Anglaise. Ce beau petit livre attend que je termine d’autres ouvrages…

    César

    • Puisque vous parlez de ces choses, César, et avec une certaine expérience, il me faut bien vaincre ma paresse, pour répondre, indirectement, à la question de Manu.

      J’ai longtemps hésité, mais votre intervention, César, a vaincu (normal pour un dénommé César) mes scrupules : je ne recommanderais pas de commencer forcément par les « romans » (si tant est que « Au Bord de l’Eau » soit un roman tel que nous l’entendons depuis un certain Balzac).
      Il peut sembler tentant de se lancer dans ce roman aventureux et tumultueux, en apparence, en pensant y trouver des Robin des Bois et autres redresseurs de torts ayant sévi par chez nous. Mais, le premier enthousiasme passé, on risque de s’enliser dans ce marécage sans limites, et de ne pas ressortir indemne de sa traversée remplies de chausse-trappes, de répétitions, d’impasses et d’ennuyeuses considérations. Non point que je veuille déconsidérer cette oeuvre, mais il faut être armé pour l’aborder et en goûter tout le suc. Personnellement, j’ai un goût immodéré pour le « Voyage vers l’Ouest », pour des tas de raisons qui seraient trop longues à expliquer. Et plus encore pour les romans plus « modernes » et urbains, tels ‘Fleur en Fiole d’Or », délicieusement érotique et tragiquement léger et surtout le « Rêve dans le Pavillon Rouge » qui représente le sommet inégalé et inégalable du genre. Mais c’est un ouvrage pour initiés, je le reconnais.

      En fin de compte, l’idée me titille depuis le début – sans oser l’exprimer tout d’abord, de crainte de me voir accusé de snobisme, tant le choix du roman paraît a priori évident – selon laquelle boire à petites gorgées « Spectacles Curieux d’Aujourd’hui et d’Autrefois » représente une bien meilleure initiation à la littérature chinoise classique. Si vous voulez connaître ce qui coule de la plume d’un fin Lettré, c’est dans ce livre que vous le trouverez (j’entends bien, dans le champ réduit des chinoiseries publiées en Pléiade ; je renonce à me lancer dans l’énumération des ouvrages in-dis-pen-sa-bles qui se trouvent dans d’autres collections, et notamment dans « Connaissance de l’Orient » que s’honore de publier le même éditeur).
      Ou bien, ou bien… pourquoi pas l’Anthologie de la Poésie Chinoise, parue récemment ? Avec l’avantage – qui est en même temps son pire inconvénient – de parcourir l’ensemble de l’histoire de la littérature et de la sensibilité littéraire chinoises.
      Mais non, quelle idée de vous recommander ce bréviaire, ce ridicule « petit livre rouge » prétendant représenter l’océan de la poésie chinoise et la traversée du temps sur deux millénaires ?!
      Finalement, « Spectacles Curieux » et basta !

      Pour les classiques taoïstes, je vous comprends, César. Personnellement, sans mordre le moins du monde aux délires des disciples de Guénon et consorts sur le taoïsme, je me suis fait une assez solide culture en la matière, et je parviens à surnager, mais j’avoue comprendre parfaitement votre rejet.
      Et je suis également d’accord avec vous pour dire que les Philosophes Confucianistes sont bien plus abordables et « intéressants ». Combien serait-il utile et agréable de publier un second volume, consacré au confucianisme plus tardif, pour montrer l’évolution de ce courant philosophique qui a accompagné toute l’histoire de la Chine !

      • Addenda (pour Manu) :
        Il importe de savoir, Manu, ce que vous recherchez, s’agissant des ouvrages chinois publiés en Pléiade.
        Pour les romans, « Au Bord de l’Eau » vous parlera plus d’aventure, de politique et d’Histoire, de rebellions et de changements dynastiques.

        « Le Voyage vers l’Ouest » vous transportera sur les chemins mi-réels mi-imaginaires de l’Inde, à la recherche des livres sacrés bouddhiques, et, chemin faisant, vous aurez des petits traités bouddhiques et quantité de légendes et de contes à la façon des « Mille et Une Nuits », des personnages « picaresques » comme le fameux Singe Sun (dont Mao a voulu faire le symbole de la révolution populaire, ha ha ha !) et du Cochon magique. Livre enchanteur à mes yeux.

        Avec « Fleur en Fiole d’Or » ce sera le milieu urbanisé, mercantile, haï des Lettrés et donc considéré comme « décadent », roman de moeurs et de pratiques érotiques, léger et tragique.

        Avec « Le Rêve dans le Pavillon Rouge » le sommet du raffinement, une vie de plantes de serre dans le gynécée d’une grande maison mandarinale, que certains ont voulu rapprocher, abusivement bien entendu, de Proust, et donc Mao encore une fois dans son rôle de Grand Récupérateur, a voulu faire la « dénonciation » de la « société féodale » sauce sino-marxisante (inénarrable imbécilité).
        De même, le rapprochement avec le « Dit du Genji » de Dame Murasaki Shikibu représenterait un malentendu absolu. Aussi sinisé que se voulait le Japon de l’ère Heian, il s’agissait pourtant de deux univers (et de deux époques) radicalement différents.
        Le heurt violent de la planète chinoise et de la planète japonaise, au cours du XXème siècle, a bien montré ce qu’il fallait penser de la prétendue parenté entre les deux, aussi différentes que l’étaient Rome et Athènes.
        Unanimement considéré comme le chef-d’oeuvre sans rival de la littérature « romanesque » chinoise, « Le Rêve dans le Pavillon Rouge » demande cependant patience et humilité : la récompense est sans prix !

      • Merci pour vos deux contributions, je pense que je vais commencer effectivement par des petites gorgées de ces spectacles curieux…
        Je ne possédais que les deux volumes taoïstes, que j’ai pu éclairer par un bon ouvrage de Jean François Billeter (qui pour l’anecdote est un petit cousin de Jaccottet , publié dans cette collection)

      • Pas mieux que vous, Domonkos ! Les Spectacles curieux… pour s’initier en douceur aux Sinologica dans la Pléiade, surtout vu la qualité et la relative abondance du commentaire dont R. Lanselle entoure cette collection que l’on peut lire par n’importe quel bout et y tracer son chemin (l’exiguïté élémentaire de l’annotation des trois grands romans chinois, en particulier dans le Rêve de la chambre rouge, constitue presque l’unique faiblesse de ces éditions), puis le Jin Ping Mei, dont la truculence portée au carré par la critique de la bourgeoisie commerçante et la narration somme toute serrée n’éteignent pas l’intérêt d’un débutant, bien au contraire, ou les Penseurs confucéens, superbement contextualisés. La Ruée vers l’Ouest est très philosophante sous le masque de la mythologie la plus imagée, et je ne suis pas sûr qu’A. Lévy lui-même constitue un guide suffisant pour des non-initiés, malgré la qualité de sa traduction ; le Récit des berges (j’ai déjà eu l’occasion de dire combien i>Au bord de l’eau, bien que superbement sonnant, me satisfait peu) m’évoque la condamnation par Callimaque des grandes machines épiques incapables de retrouver le souffle et la sobriété homériques, « du fleuve assyrien aussi le cours est puissant, mais il traîne bien des terres souillées, bien du limon dans ses ondes » (Hymne à Apollon, 108-109, traduction Budé) ; quant au Rêve, l’oeuvre, quoique superbe, est presque aussi absconse que sa langue et, telle la Recherche du temps perdu, réserve jalousement sa beauté. Le grand linguiste américain Pulleyblank, le savant occidental qui manifesta l’intelligence sans doute la plus profonde du chinois dans la seconde moitié du XXe siècle (car les Demiéville et autres étaient des littéraires), avouait rondement qu’il n’entendait pas le Tao-tö-king ; la traduction que fit paraître Etiemble au tome I des Philosophes taoïstes, par l’obscur Liou Kia-hwa, est intéressante, originale, puissante, mais souvent plus risquée que la version bilingue, culmination de nombreuses recherches ainsi que de deux translations précédentes en langue anglaise puis néerlandaise, donnée par Duyvendak en 1953 chez Maisonneuve et constamment réimprimée depuis lors, gage de son succès (même si le commentaire reste bien frugal !). Je recommande chaudement ce joli volume au format à l’italienne.

        • Pour les « romans », j’adopte votre classement, NeoBirt7 et je mets effectivement en dernier le Shui Hu Zhuan 水滸傳 (« Au Bord de l’Eau », Appellation d’Origine Non Contrôlée, effectivement, mais si répandue que cela évite de désorienter le néophyte), qui est un f…toir capable de décourager n’importe quel impétrant en « roman » chinois. Plus un recueil de divers récits parfois épiques souvent triviaux, qu’un roman. « Au Bord de l’Eau » ce n’est pas seulement le « roman » mais aussi les pièces de théâtre chanté et tout un folklore.

          Pour le Xi You Ji, 西遊記 les lecteurs non prévenus ou bien abreuvés des « exploits » et des rodomontades du Singe et du Cochon, pourront être surpris des sermons bouddhiques qu’ils rencontreront à foison.

          En ce qui concerne Hong Lou Meng « 紅樓夢 il convient de le mettre « hors concours » ou hors classement. Le lisant – et le relisant – je comprends parfaitement que d’aucuns s’y soient copieusement ennuyés, mais, pour ma part, je m’y suis immergé sans difficultés, je veux dire sans me fracasser sur les nombreux écueils, ni m’enliser dans les lents courants de l’ennui. Même pour les Chinois c’est une oeuvre hors normes, qui a donné naissance à une sorte de « culte » sous forme d’interminables analyses (les « études rouges ») et une sorte de franc-maçonnerie, comme chez nous une certaine « Recherche du Temps Perdu » (la comparaison s’arrête là, et il serait malséant de vouloir trouver force parentés et correspondances entre les deux oeuvres).

          Il est vrai qu’avant de l’aborder, j’avais avalé une bibliothèque entière sur la Chine classique et ancienne, en commençant dès l’âge tendre et perméable de 13-14 ans. Ma culture « classique » s’est faite de façon un peu sauvage, en m’abreuvant autant aux fleuves grecs que chinois, et je ne me sentais pas plus étranger (pas moins non plus) chez les Han que chez les Hellènes. Sentiment illusoire, bien sûr, absurdité si on veut, mais profondément ancré en moi. Je me suis forgé ainsi une sorte de double culture, de double allégeance et j’ai rêvé de les voir dialoguer. C’est bien pourquoi, le temps qu’elle vécut, la revue « Extrême-Orient Extrême-Occident » a comblé mes attentes, de même que les premiers livres de François Jullien : au fil des années et des ouvrages, je ne sais si cela tient à son évolution ou bien à la mienne, mais le fil s’est rompu et je ne parviens plus à suivre son discours qui tourne un peu au radotage. Je ne sais plus trop qu’en penser. Qu’en dites-vous, NeoBirt7 ? J’aimerais assez avoir votre éclairage sur ce point, si vous en avez un.

          Bien entendu, je sais parfaitement que le savoir que, dans mes moments d’enthousiasme » (au sens sacré, hé hé !), je crois détenir sur les choses de la Chine s’apparente à celui de l’ivrogne qui, sous l’effet de l’ivresse, se croit possesseur de la science universelle. Des connaisseurs bien plus savants et éprouvés dans les travaux et les recherches que moi, savent très bien ce que vaut ce genre d’illusion.

          • Je vous admire ! Mon orientation est exclusivement philologique et lexicographique en matière de sinologie ; hormis quelques ouvrages de fond comme ceux de Granet, lus en leur temps et rarement rouverts, ce sont les éditions ou les traductions commentées qui m’intéressent, ainsi que les recueils d’articles (e.g. les deux tomes des Minora de Demiéville chez Brill), tous livres devenus des raretés dont les libraires, ou les particuliers, demandent aujourd’hui des prix abusifs (le Shanhai jing de Rémi Martin, par exemple). La pièce de résistance de ma collection : l’énorme dictionnaire japonais des sinogrammes de Morohashi, acquis au milieu des années 60 par l’entremise d’un dealer of books basé à Hong Kong et qui m’arriva après des mois de pérégrination, la caisse, apparemment trop peu affranchie, ayant été fourrée sans ménagement dans un sac de jute puis transportée en mode lent. Il faudrait un jour qu’une âme désintéressée translate le Morohasi en anglais ou en allemand, car le difficile japonais du maître pose d’énormes difficultés (je payais un élève des Langues O de la Sorbonne pour me traduire le premier tome, consacré aux prolégomènes ; le tapuscrit en est aujourd’hui à l’état de ruine, même revêtu de skyvertex).

          • Vous m’admirez ? Vous voulez rire, c’est l’Étoile qui admire le Ver de Terre !
            Votre capacité à ingurgiter des potions imbuvables pour le commun des mortels me laisse sans voix. Vous auriez dû prendre Mithridate pour pseudo.

            J’ai noté votre mention du Shanhai Jing par Rémi Mathieu (un auteur qui fut un de mes guides majeurs), non sans me réjouir de le voir figurer en bonne place dans ma bibliothèque. Acquis à parution, à l’époque où un sans-le-sou comme moi (célibataire et sans enfants, ni voiture, ni maison, alors, il est vrai) pouvait se payer tous les ouvrages de la série des « Mémoires de l’Institut des Hautes Études Chinoises » sans compter, comme je l’ai déjà dit, les antiques volumes d’Adrien-Maisonneuve, Geuthner et autres, souvent vieux de soixante à soixante-dix et toujours disponibles (car ne connaissant pas le pilon ni les solderies-poubelles) au prix nominatif d’origine. Cela s’étale et couvre un des murs de ma bibliothèque et m’est aussi indispensable que mes jambes pour me tenir debout et marcher.
            Je ne prétends pourtant pas avoir tiré du Shanhai Jing la substantifique moelle comme vous avez dû le faire, mais assez pour me faire une petite idée de « ce qui se cache derrière le paravent » de la littérature et de la pensée chinoise.

            Votre mention de Granet me fait également plaisir. Ses livres repris en poche dans la collection « Évolution de l’Humanité » furent parmi les premiers (parce qu’accessibles matériellement) à me faire avancer, du temps de mon adolescence, avant de pouvoir me procurer ses autres ouvrages pour la plupart aux PUF. Quelle saine lecture !
            Annecdotiquement, mon bouquiniste cévenol vient d’acheter les restes (après plusieurs dispersions) d’une bibliothèque d’une famille locale qui a compté dans ses rang un ancêtre qui a occupé des postes consulaires en Chine dans l’entre-deux guerres. J’ai trouvé, à vil prix, dans son lot, la première édition de « La Civilisation Chinoise » avec une dédicace manuscrite de Granit, et une inscription à la plume « Hong Kong 1929 » par l’ancien possesseur : lequel n’avait lu (et coupé les pages) que du premier tiers de l’ouvrage. J’ai profité de l’occasion pour le relire, et n’y rien trouvé de scandaleusement obsolète (compte tenu des progrès des études sinologiques qui n’ont pas rendu Granet ridicule).
            Dans le même lot, en deux volumes reliés cuir, la première de la « nouvelle édition, annotée et illustrée par J-M. Planchet, Missionnaire Lazariste » des « Souvenirs d’un Voyage en Tartarie et au Thibet » du Père Huc, imprimée à Pékin en 1924, sur les Imprimeries des Lazaristes (renouvelant les anciennes éditions non illustrées du XIXème siècle). Apparemment, selon indication figurant sur la première page de garde, acheté en 1940 « at the Union Press Ld. Karachi ». Outre le plaisir de posséder une belle édition, enrichie de notes, de croquis, de cartes et de photographies début de siècle, il y a celui de recueillir un objet qui a une histoire et qui a parcouru le monde, avant le temps des immenses porte-conteneurs qui nous rapportent aujourd’hui la pacotille chinoise. (Il est vrai qu’on trouve en Mer de Chine du Sud, des épaves de navires chinois, qui exportaient vers la Hollande, il y a deux siècles de cela, des porcelaines illustrés de motifs occidentaux traités à l’orientale…)
            En outre, plusieurs ouvrages de Georges Bonneau sur la littérature japonaise, comportant des dédicaces manuscrites de l’auteur à l’adresse de notre Consul, années 1930-1940 : Pearl Arbour n’avait pas encore eu lieu et c’était juste avant l’effondrement de 1940.

            Tout cela n’épaterait peut-être personne sur la rive gauche de la Seine, en notre bonne capitale, mais sur les rives du Gardon, je peux vous garantir que ça en jette !

            Pardonnez-moi, ô Gente Brumesque, si vous le pouvez, ces complaisantes longueurs, et salutations à NeoBirt7 !

          • Une « dédicace manuscrite de Granit » ?… qui mériterait d’être gravée dans le marbre du tombeau du bon Maître Granet.

        • …et donc, comme vous le dites justement, le Jin Ping Mei.金瓶梅 « Fleur en Fiole d’Or », à mettre en tête, car le plus plaisant, facile d’accès, familier par les thèmes et les milieux décrits, non sans fantaisie ni poésie. Nous qui vivons depuis deux cents ans sous le règne de la bourgeoisie et depuis quelques décennies sous celui de l’hédonisme, n’auront pas besoin d’autant d’acclimatation pour y entrer.

          • Permettez à un profane d’intervenir ici : j’ai commencé ma lecture des œuvres chinoises par « Au bord de l’eau » — ce fut le premier roman publié dans La Pléiade —, sans préparation d’aucune sorte, et avec quelque appréhension quant à ma capacité d’entrer dans un univers dont je ne connaissais pas les codes, mais avec curiosité. Or, je n’ai pas trouvé difficile de me plonger dans sa lecture (qui m’a enthousiasmée) : si le monde chinois est très différent du monde occidental, les ressorts des actions, les caractères et sentiments humains sont bien universels.

          • ‘(…) si le monde chinois est très différent du monde occidental, les ressorts des actions, les caractères et sentiments humains sont bien universels. »

            J’en suis bien d’accord avec vous, sisypheretraite, et je suis heureux que votre plaisir de lecture ait été sans mélange. Je défends toujours cette idée d’universalisme sous la différence (sans oublier la profonde différence sous l’universalisme), quand je parle de la Chine.

            Il n’empêche que, « Au Bord de l’Eau » a des côtés foutraques, qui proviennent de sa formation à partir de nombre de récits, de contes, de traditions pseudo-historiques, sans compter tout le contexte très chinois de la transmission du « Mandat du Ciel », le pouvoir impérial, l’alternance de désordres, de rebellions et de stratifications sociales et politiques. Si je n’encourage pas à commencer par celui-ci, c’est que je connais nombre de lecteurs qui, le premier mouvement d’enthousiasme passé, se sont ensuite lassés de cette succession d’épisodes. Vites rassasiés et bientôt dégoûtés.

            Il y a deux façons de lire les oeuvres chinoises : la façon « savante » qui demande pas mal de préparation et d’étude, et la façon « naïve » de celui qui lit au « premier degré » et voit ce qui nous est proche ou compréhensible, sans se laisser arrêter par ce qui nous échappe.
            Sachant que dans tous les cas, une grande part nous restera étrangère, quel que soit le niveau de nos connaissances en la matière. Nous nous prenons pour des Chinois, le temps de la lecture, et c’est la magie de la littérature.

            Pour ma part, je ne suis qu’un semi-lettré (et même moins que cela) et je me sens tout petit face aux maîtres sinologues que je révère, et pourtant, je le dis sans forfanterie, que je me suis trouvé plus d’un fois à converser avec de jeunes chinois ou chinoises, étudiants, qui s’esbaudissaient de voir que je connaissais l’histoire de la Chine « mieux » qu’eux ! Les jeunes Chinois d’aujourd’hui ont autant de mal à lire « Au Bord de l’Eau » dans sa version originale et complète, qu’un jeune Français à lire Rabelais ou un jeune Italien à lire Dante.

            Je remercie tout de même la Pléiade (et surtout René Étiemble sans qui rien ne se serait produit) qui nous donne ces versions complètes et aussi exactes que possible, de ces grandes oeuvres. Auparavant nous devions nous contenter de vieilles versions écourtées et irrespectueuses (les amusantes versions du Jin Ping Mei qui passait seulement pour un « roman érotique », et du Rêve dans le Pavillon Rouge, rééditées chez Guy Le Prat, qui faisaient pourtant mes délices au tournant des années 60-70, la version un peu meilleure mais très très écourtée du « Voyage vers l’Ouest », au Seuil, 1969, je crois), ou bien par les éditions en langue anglaise (la version de « L’Histoire du Singe » tiré du « Voyage » par Arthur Waley)qui ne valaient pas mieux.
            Au moment de leur parution (je ne sais ce qu’il en est aujourd’hui, NeoBirt7 rectifiera et complètera certainement mon information) ces Pléiades représentaient un « must » dans les langues occidentales.
            Sans me comparer à l’incomparable Étiemble, lorsque je fus chargé (travail de mercenaire sans beaucoup plus d’ambition que de me faire gagner mon pain quotidien et dont je n’ai guère de fierté à retirer) de produire un volume répertoriant sous forme de fiches « Les Grands Romans du Monde Entier », chez feu-Bordas, je dus batailler ferme pour imposer une poignée de romans chinois, outre quelques japonais et autres plus improbables, et passai pour un redoutable révolutionnaire. Nous étions à l’aube des années 80 ! Nous nous plaignons de l’inculture de nos jours, mais à quelle époque fut-elle donc si formidable, pour que nous la regrettions amèrement ?

          • Neo-bird7 comparé à Mithridate ? Pourquoi pas. Je lui conseille chaque jour de prendre une petite dose de Joseph Kessel. Au bout d’un certain temps de mithridatisation, peut-être que cet auteur ne lui apparaîtra plus comme un poison symbole du déclin de cette collection ….
            Au tout cas merci pour toutes ces contributions, à lui et aux autres, sur le domaine chinois.

          • Les traductions Pléiade des romans extraordinaires chinois ont représenté une révolution dans le milieu des sinologues occidentaux pour leur aisance, leur rigueur, et surtout leur complétude, obtenue hélas au prix d’une sévère limitation du commentaire ; l’époque où le grand Demiéville déplorait que seulement deux ou trois spécialistes au monde fussent capables de bien translater le chinois classique, démontrant autant de lucidité que de profonde injustice, voire d’esprit de chapelle académique (il ne comptait point dans ce nombre André d’Hormon, dont la traduction annotée du redoutable Zhouyi, même très largement complétée par R. Martin, suffirait pourtant à établir la stature), s’est tellement éloignée qu’aujourd’hui ces mots semblent presque surréalistes. Il faut dire que jusque dans les années 70, voire au delà, on ne disposait, pour la littérature chinoise en langue vulgaire, que de versions basées sur des éditions tronquées ou pirates des interminables originaux, très souvent d’ailleurs réalisées au carré par des ignorants du chinois (francisations donc de traductions anglaises ou allemandes), ou de translations au contraire savantasses, en général méritoires mais par nature trop portées à sacrifier la qualité et du rendu et la lisibilité à l’annotation, par conséquent avortant vite (le travail de Toan et Ricaud sur Les trois royaumes est typique de cette tendance). Dars, quand il traduisit le Récit des berges en Pléiade, fit sensation par le degré assez incroyable de fignolage technique et la tenue française impeccable de sa langue, digne d’un écrivain de bon niveau ; un autre type de réussite philologique et littéraire a été atteint par Tche-houa et son épouse J. Alézaïs dans leur Rêve de la chambre rouge, tout ensemble coulant, maniériste et sophistiqué. Moins fignolées, et peut-être plus sûres encore par leur absence de prétention à l’originalité stylistique, mais par là-même inévitablement moins affriolantes, les traductions André Lévy du Jin Ping Mei puis de la Ruée vers l’ouest ont peut-être sonné le glas de la publication sur Bible des romans extraordinaires en faisant redescendre le lecteur du char des Muses chinoises – je m’explique ainsi assez bien que les Trois royaumes, du reste disponibles dans la méchante version de Jean et Angélique Lévy chez Flammarion (1987-1991, 7 vol. ; si le roman ne fait l’objet d’aucun abrègement, le style de l’original y est quelque peu compressé), se fassent toujours attendre dans la Pléiade.

          • Je ne peux qu’approuver votre dernière intervention, NeoBirt7, qui tire la leçon de cet échange sur les grands romans chinois. En étant moins sévère que vous sur les deux derniers qui ne sont pas sans mérite (surtout pour le « Voyage vers l’Ouest » (votre « Ruée vers l’Ouest » sonne un peu bizarrement à mes oreilles comme la conquête de l’Ouest américain ou bien la ruée vers l’Or), qui a tout de même de grands mérites, et qui est irremplaçable (et ne le sera certainement jamais), même s’il est insatisfaisant aux yeux des lecteurs exigeants.

            En ce qui concerne Les Trois Royaumes 三國志演義, Sān Guó zhì yǎnyì, je partage vos sévères critiques de la version Flammarion, qui est hélas la seule existante dans notre langue. Je possède évidemment la vieille tentative de Toan et Ricaud mais, comme vous dites, c’est un avorton mort-né. Ce manque dans nos lettres représente un vide béant et scandaleux, surtout quand on sait à quel point cet ouvrage, par le biais du cinéma chinois (avec des films à succès), de la bande dessinée, du manga, est entré dans l’imaginaire universel…
            « Privilège » qu’il partage avec « Au Bord de l’Eau » (dont une version bd paraît en ce moment en France) et l’histoire du Singe (première partie du « Voyage ») qui a même été décalquée dans la première partie du célébrissime « Dragon Ball » !
            Certes, je vois mal les amateurs de manga se jeter sur une Pléiade, mais tout de même, le San Guo n’est pas un parfait inconnu dans nos contrées…

            Quant à « L’Investiture des Dieux « 封神演義 Fēngshén yǎnyì, je dois reconnaître que, pour hautement désirable que soit sa publication, pour les amateurs, c’est une oeuvre beaucoup plus confidentielle en France et, je pense, en Occident. On peut s’en faire une idée par la version publiée par You Feng, le libraire-éditeur de la Rue Monsieur le Prince (ou rue Baudricourt, en plein Chinatown parisien).

            Personnellement, je recommanderais hautement à ceux qui nous lisent ici et que cela intéresse, la « Chronique Indiscrète des Mandarins » de Wou King-Tseu (Wu Jingzi), deux volumes en « Connaissance de l’Orient »/Gallimard, que René Étiemble regretta de n’avoir pu imposer en Pléiade. Roman de moeurs écrit dans la première moitié du 18ème siècle, donc relativement tardif. Excellent contrepoint du Rêve dans le Pavillon Rouge, il donne une vision caustique de la décadence du Mandarinat et de la société chinoise (en quoi il se rapproche de Fleur en Fiole d’Or, mais plus « politique » que ce dernier), par un Lettré qui rejette le système qui l’a lui-même rejeté.

            C’est une des portes d’entrée les plus faciles à ouvrir pour un lecteur occidental non prévenu qui veut connaître la Chine déjà rongée par ses vices et ses blocages, à la veille du « siècle de l’humiliation » (le XIXème). De dimensions plus modérées que les Quatre Grands, d’un style enlevé et plaisant.

          • Je précise, pour ceux qui ne sont pas familiers de ce domaine, que « Le Rêve » et « La Chronique » sont d’exacts contemporains et sont un peu les deux faces de la même pièce, ils sont de parfaites illustrations de l’époque Qing mandchou. « Fleur en Fiole d’Or » est antérieur d’un bon siècle.

            Pour « Le Voyage » il faut remonter un demi-siècle de plus, comme pour « Au Bord de l’Eau », qui sont au coeur de la Restauration Ming.

            Quant aux « Trois Royaumes », c’est le plus ancien, de fort loin, et le plus archaïsant, puisqu’il fut élaboré au cours du « haut moyen-âge » chinois, entre IIIème et Vème siècle (correspondant pour nous à la fin de l’Empire Romain et aux Royaumes Germaniques), entre l’Empire Han et l’Empire Tang, période de divisions de la Chine en Royaumes et Dynasties éphémères : il est donc assez naturel qu’il évoque une autre période de division et de guerres intestines pour le pouvoir, antérieure aux Han.

          • Pardon, je déraille complètement, la période des Trois Royaumes est, bien sûr, postérieure et non « antérieure » aux Han. Ce qui fait du roman du même nom une oeuvre qui, dans sa première élaboration du moins, est quasi contemporaine des événements. Avec des personnages inoubliables comme le fameux Cao Cao le plus célèbre de ceux qui tentèrent de rétablir l’Empire à leur profit, et toute la mythologie des rebellions (Turbans Jaunes) et des querelles dynastiques chinoises.

          • …L’élaboration et la construction de la matière, chroniques et récits mi-légendaires mi-romanesques s’étendant sur un millénaire, jusqu’à la version fixée au XIVème siècle, qui est celle qu’on qualifie du nom de « roman ». À écrire trop vite et trop court et sans réfléchir, je me suis perdu en route dans cet imbroglio. Je n’ai plus qu’à me retirer sous la montagne, comme le Singe écrasé par la main du Bouddha, en punition de ses insolences.

  12. En regardant le catalogue 2020, j’ai eu la nette impression que le prix de nombreux volumes à augmenter dans des proportions variables, est-ce là le coût de la réimpression ?

  13. J’ai noté que le George Eliot est reprogrammé, sur le catalogue Pléiade, pour parution au 10 septembre. C’est tout de même, à mes yeux, une excellente nouvelle !

    • Manu, la poésie chantée de Brassens n’est, ce me semble, ni plus ni moins éligible à la Pléiade que celles de Cocteau ou de Jaccottet, en attendant Bonnefoy. Pour le dire autrement, le fait d’avoir admis dans cette collection l’un et l’autre de ces poétaillons crée un appel d’air dans lequel tonton Georges, par ma foi !, n’a pas de titres plus déshonorants à faire valoir. On ne peut persister dans le refus d’éditer sur Bible Leconte de Lisle ou Banville tout en promouvant des célébrités dont la poésie ne constitue qu’une facette sans s’exposer aux cris d’orfraie appelant à admettre des auteurs non moins ancrés dans la mémoire collective que les dits Cocteau et Jaccottet, sinon plus. Je n’approuve pas, je constate.

      • Sauf que c’est Jean Pierre Richard et Starobinski qui m’ont fait découvrir Jaccottet, quant à Brassens j’hesite entre Chancel et Michel Ducker

    • Je ne réclame pas Brassens en pléiade (uniquement les grands auteurs japonais, russes et allemands de ce siècle) mais si pour représenter la belle vile de Sète on devait choisir entre le pompeux Paul Valéry et la merveilleuse langue classique de Brassens (qui n’a de comparable que celle de La Fontaine) je n’hésiterai pas un seul instant.

      La cane
      De Jeanne
      Est morte au gui l’an neuf
      L’avait fait la veille
      Merveille
      Un œuf

  14. Domonkos, vous serez sans doute intéressé de savoir que ce qui m’a fait venir au chinois est la lecture du classique de Granet Fêtes et chansons anciennes de la Chine (1919). Les traductions abondamment commentées des poèmes qu’on y trouve m’avaient ébloui ; las, des sinologues on ne peut plus éminents ont maintes fois attiré l’attention sur les erreurs dont elles regorgent. Soit la pièce 59 du Shi Jing Guo Feng (la plus ancienne conservée des anthologies de la poésie chinoise), 竹竿, « le bâton de bambou » ; je donne en colonnes le texte original, puis la version de Granet, p. 97, enfin une proposition de traduction aussi serrée que possible :

    藋藋竹竿 « les tiges de bambou si fines
    以釣于淇 c’est pour pêcher d)edans la K’i !
    豈不爾思 A toi comment ne penserais-je ?
    遠莫致之 Mais au loin on ne peut aller. »

    « (Combien) pliant(s) (sont / est) le / les bâton(s) de bambou !
    Tu pêches (ou : tu pêchais) dans le Qi (en sous-entendant peut-être : avec).
    Comment ne puis-je pas songer à toi ?
    (Tu es) si loin, je ne puis t’atteindre / t’avoir.

    泉源在左 « La source Ts’iuan est à gauche
    淇水在右 à droite la rivière K’i !
    女子有行 Pour se marier une fille
    遠兄弟父母 laisse au loin frères et parents. »

    « Le Quan (est) à gauche,
    le Qi à la droite
    Une fille s’en va pour se marier
    laissant derrière frères et parents »

    淇水在右 « La rivière K’i est à droite,
    泉源在左 à gauche la source Ts’iuan !
    巧笑之瑎 Les dents se montrent dans le rire
    佩玉之儺 Les breloques tintent en marchant ! »

    « Le Qi à droite,
    le Quan à gauche
    (Ton) doux sourire, (ces) dents blanches,
    (ces) bijoux de ceinture (i.e. des agrafes et des aiguilles ornées, symbole de statut matrimonial), (ce) doux son ! »

    Il est possible, mais philologiquement peu recommandé, de coordonner les paires de notations des v. 11 et 12, comme fait Granet.

    淇水浟浟 « La rivière K’i coule ! coule !
    檜楫松舟 Rames de cèdre ! barques en pin !
    駕言出遊 En char je sors et me promène,
    以寫我憂 c’est pour dissiper mon chagrin »

    « Doucement s’écoule la Qi,
    rames de genévrier, barque de pin.
    Que soit (i.e. : prêt) / puis-je prendre l’attelage pour la promenade,
    afin de chasser le / mon chagrin. »

    Le v. 15 est loisible d’une pluralité de rendus ; le seul qui me semble peu ou prou exclu est celui où le ‘je’ poétique envisage de prendre l’attelage pour aller vers la Qi et la barque.

    • Intéressé ? Bien plus que cela.

      Il me semble qu’il n’y a pas au fond que deux sortes de traduction : celle qui amène le texte originel vers nous (vers notre langue, notre culture, notre compréhension) et celle qui tente de nous amener vers le texte originel (la plus scrupuleuse, la plus difficile, la moins élégante, la moins « lisible », moins faite pour être lue que pour s’approcher d’une compréhension directe – ou illusion de compréhension directe – de l’original).

      La première (celle de Granet ?) naturalise le texte étranger, la seconde nous oblige à sortir de notre propre langue, notre propre culture, pour aller vers l’autre, autant que faire se peut. Sachant que, s’agissant du chinois – et sauf « illumination » ou satori – la route est longue, voire sans fin.
      Mais peut-être, au fond, qu’il y a des « trous de ver » des sauts quantiques, permettant de faire se toucher des extrêmes, d’être à la fois ici et là-bas. Ccmment expliquer autrement que se produise ce semble impossible a priori : la rencontre entre un poète antérieur à la dynastie Han ou Li Bai des Tang (voire Li Qingzhao, poète de l’époque Song, qui ajoute à l’abîme du temps et à l’étrangeté culturelle et linguistique, la féminité) et moi, qui suis un Français du XXème siècle, ne jouissant que d’une teinture de langue chinoise et n’ayant pas été éduqué dans la culture de la Fleur du Milieu ?
      Nous ne comprenons rien et nous comprenons pourtant.

      Les deux méthodes à mes yeux ne s’excluent pas mais se succèdent : la première me paraît constituer un bon premier palier, avant, au fil des ans, au fur et à mesure que s’élève l’exigence, d’aller de plus en plus vers la seconde.
      Pour tenter de « réhabiliter » Granet, pardonnez-moi NeoBirt7 d’oser penser que le paysan qui dansait et chantait dans le cadre « Fêtes et Chansons de la Chine Ancienne » (merveilleux livre), était plus proche de la simplicité évidente de Granet, que de la scrupuleuse tentative de restitution du Savant de cabinet de la seconde version.
      Pour ma part, en béotien que j’étais (et suis resté pour une large part) je ne crois pas que j’aurais pu aller vers la seconde, si je n’avais pas commencé par la première.

      La part énorme de malentendu qui restera, « entre Li Bai et moi » si je puis dire, ne m’impressionne pas tellement. Est-il plus facile de « traduire un poème du français au français » ? La part de malentendu, entre la poésie d’un Yves di Manno, qui était dans ma jeunesse un ami intime, que je lui voyais écrire pas à pas, vers à vers, et la façon dont elle me touchait, était-elle moindre ? Nous nous prenions à l’époque pour des frères d’arme, presque des jumeaux, et nous avons mis un certain nombre d’années à admettre que nous étions des étrangers l’un pour l’autre.

      • Une autre expérience, encore plus intime : lorsque je me croyais poète, à 14 ans et que certaines personnes me faisaient croire que je l’étais (c’est justement Yves di Manno, quand j’eus 20 ans, lui en ayant 17, qui me guérit définitivement de cette illusion par un sevrage brutal), il y eut un prof de Français qui consacra une heure et demi de cours à me faire lire mes « poèmes » sur l’estrade et à faire réagir mes camarades de classe. Je fus marqué à vie, d’un naïf effarement, en découvrant ce que mes petits camarades « voyaient » dans mes poèmes, que je n’avais pas vu, et ce qu’ils me découvraient aussi d’eux-mêmes, par leurs commentaires, que je n’avais pas vu davantage.
        Ce fut ma première véritable expérience de « traduction ».
        Je pris la mesure à jamais, de l’abîme qu’il y a entre les autres et nous (et des ponts, jetés sur l’abîme).

      • Ma traduction, il va de soi, est une horreur comparée à celle de Granet, mais reste préférable (tout de même !) aux libres paraphrases que l’on peut trouver ici et là, notamment en ligne; le gouvernement chinois encourageant à des fins de propagande nationaliste la dissémination en anglais de ces fleurs de culture mandarinale. L’important, je crois, lorsqu’on translate ce type de miniatures poétiques, consiste à ne pas laisser croire au lecteur que l’original coule peu ou prou de source dans un registre précieux ou fleuri, surtout pas à cette date relativement archaïque ; mon effort pour entourer de parenthèses les ajouts les plus indispensables à l’intelligence est un bien pauvre substitut au rendu combinatoire explorant tous les embranchements sémantiques possibles de cette piécette qui dit peu et insinue beaucoup. Par exemple, au v. 1, le bâton de bambou est il seulement aminci / flexible parce qu’on l’a travaillé en canne à pêche afin de prendre la jeune fille au vol dans le fleuve ou évoque-t-il le corps de celle-ci ?

        • Je suis entièrement d’accord avec vous, et en particulier pour déplorer qu’on nous serve encore (de nouveau ?) des versions de poèmes chinois à la guimauve, comme on le faisait en fin de 19ème siècle (avant Granet), du temps de « l’exotisme »… C’est un mépris total du public (qui ne mérite peut-être pas mieux, puisqu’il « marche »). Cela me fait penser aux « peintres du dimanche » qui reproduisent ad nauseas des tableaux pseudo-impressionnistes, comme s’il ne s’était rien passé en peinture depuis un siècle.
          Depuis qu’on a fait croire à Monsieur/Madame Toutlemonde que « tout le monde est poète » (ou artiste peintre ou musicien de génie), quelle purée nous est déversée !

          Bizarre comme les gens ne peuvent admettre qu’ils ne sont ni Rimbaud ni Einstein, alors qu’ils admettent parfaitement qu’ils ne peuvent pas courir le 100 m plat aussi vite que Monsieur Bolt ou jouer au foot avec le brio de M. Zidane !

          • La manière de traduire que nous dénonçons tous deux, Domonkos, est hélas ! encore celle qui préside aux versions de trop des poèmes offerts dans l’Anthologie de la poésie chinoise dans la Pléiade. On la retrouve jusque sous la plume de Rémi Martin lui-même, maître d’oeuvre du volume, lorsqu’il translate une sélection des piécettes du Shi Jing. Soit le premier de ces poèmes, p. 10, que je livre dans la traduction Martin assortie de mes gloses :

            關關雎鳩 « Guan guan, glatit* l’aigle pêcheur,
            在河之洲 dans cet îlet de la rivière.
            窈宨淑女 A la charmante fille pure**
            君子好逑 ce gentilhomme*** veut s’unir.**** »

            * 雎 = ‘cri’ (substantif) ou ‘crie’ (verbe), sans qu’il soit nécessaire de personnaliser le concept à l’animal qui émet ce son, sauf à créer une impression fallacieuse dans l’esprit du lecteur.
            ** il y a trois épithètes conventionnelles des valeurs féminines précédant le substantif 女, ‘fille, femme’ ; toute traduction qui en omet une est donc erronée ; je propose « (la) modeste, réservée, vertueuse jouvencelle ».
            *** 君子 = ‘noble, gentilhomme’ (techniquement : ‘bien né’, i.e. rejeton d’un noble père) tout autant que ‘gentleman’, c’est-à-dire ‘homme moralement supérieur’, ‘homme de bien’ ; on peut hésiter sur l’une ou l’autre valeur, d’autant qu’elles ne sont pas strictement équivalentes dans la complexe hiérarchie de la noblesse.
            **** 好逑, qui signifie littéralement ‘bon(ne) / juste à accepter’, possède son acception de ‘parti convenable’ (i.e. : qui convient au 君子) dans le voisinage de ce dernier mot. L’idée du vers 4 est donc que la jouvencelle parée des grâces sociales convient par là à un (jeune) homme de bien(s) cherchant femme
            ; le rendu de Martin, à plus forte raison celui, fort expansif, de Legge « after whom a young gentleman loves to look for mate », paraphrasent librement au lieu de traduire.

            參差荇菜 « Longues et courtes* villarsies,
            左右流之 à gauche, à droite les arrache**.
            窈宨淑女 Cette charmante fille pure,
            寤寐求之 veillant, dormant***, il la désire****. »

            * 參差 = ‘non coupées / rognées’, ‘de longueur inégale’ ; pourquoi ne pas se contenter de la formulation la plus concrète ?
            ** 流之 = ‘(il / elle) recherche’ + ‘cela’, i.e. la mauve d’eau (‘villarsie’ est abscons comme cela ne devrait pas être permis) ; l’idée est que le sujet, vraisemblablement le jeune homme de bien(s), veut ramasser de ces plantes pour en faire une offrande, mais le texte ne le dit pas en toutes lettres, de sorte que Martin outrepasse ses droits de traducteur en explicitant.
            *** 寤寐 = ‘réveillé (ou) endormi’ ; cela désigne la totalité du temps possible, ‘à tout moment’, i.e. ‘jour et nuit’, ‘sans trêve’.
            **** 求之= ‘(il) désire’ + ‘cela’, i.e. la jeune fille.

            求之不得 « La désire sans la trouver,
            寤寐思服 veillant, dormant, il songe à elle*.
            悠哉悠哉 Oh ! Quelle peine ! Oh ! Quelle peine !**
            輾轉反側 Comme il se tourne sur sa couche !*** »

            * 思服 = l’acception ‘(il) pense (à elle)’ est rendue nettement plus probable, pour ce verbe, par la présence du verbe exprimant le désir 求 au quatrain précédant ; en effet, 思服 signifie tout aussi bien ‘désirer’, et une telle redondance manque de plausibilité dans cette poésie raffinée.
            ** la particule exclamative 悠 doit plutôt s’entendre comme comparatif que comme interjection (‘quelle’ n’est en effet pas dans le chinois) : « combien triste / douloureux ! bis ».
            *** double inexactitude de la part de Martin ; non seulement le tour emphatique ‘comme…’ n’est pas le moins du monde supposé par la locution 輾轉, ‘tourne et retourne’, mais encore le chinois ne porte pas ‘sur sa couche’, mais ‘(sur le) côté opposé / l’autre côté »‘, 反側 ; traduire « il s’agite (en dormant) d’un côté sur l’autre ».

            參差荇菜 « Longues et courtes villarsies,
            左右采之 à gauche à droite les ramasse.
            窈宨淑女 Cette charmante fille pure
            琴瑟友之 toutes cithares* la chérissent**. »

            * le chinois mentionne deux instruments à cordes, 琴 qin, une sorte de violon, et 瑟 se, une matière de cithare (quand il a 25 cordes) ou de harpe (quand il en a 50) ; comme il n’y a pas ici de mérisme, ces instruments ne recouvrant clairement pas la totalité de leurs congénères, la traduction Martin est détestable.
            ** 友之 = ‘(l’)accompagnent, ‘tiennent compagnie à » ou ‘(se la) rendent amie’ + ‘ça’, i.e. la jeune fille. Quelle que soit la nuance que l’on retienne pour le verbe 友 (je penche plutôt pour la notion d’accompagnement musical ; le jeune homme de bien(s) ne peut guère vouloir se faire bienvenir de sa promise en la faisant sérénader par le jeu du qin et du se…), le choix lexical de Martin est pour le moins insolite. Admettons-le, le vers entier est bien pauvrement rendu.

            參差荇菜 « Longues et courtes villarsies,
            左右芼之 à gauche à droite les arrache.
            窈宨淑女 Cette charmante fille pure,
            鍾鼓樂之 tambours et cloches* l’éjouissent. »

            * Inversion polaire dans la traduction Pléiade : 鍾 zhong est une cloche et 鼓 gu un tambour, ces deux instruments constituant une paire topique. Je ne vois pas pourquoi Martin suppose qu’il y a plus d’un de chaque ; rien ne dit qu’il s’agit d’une déclaration généralisante ou même seulement emphatique.

  15. Bifidus,
    Pompeux, Valéry ?
    Pourriez-vous développer, s’il vous plaît.
    Je le demande sans ironie.
    Aucune obligation, évidemment, que vous le fassiez.
    Cordialement.

    • Je pense que le commentaire de Bifidus était ironique ; le contraste entre les éloges décernés à Brassens (en contrepoint de la pique tournée contre Valéry) et l’extrême trivialité du couplet de la chanson, sauf erreur, fleure bon l’antiphrase. Cela dit, l’écriture du grand Georges, nouveau La Fontaine au vocabulaire d’une richesse et d’une amplitude historique égalées seulement par la dimension participative de son écriture, fait blêmir les soi-disant poètes rassasiés d’éloges auxquels la Pléiade, depuis vingt ou trente ans, s’honore de faire une place. Le petit Livre de Poche rassemblant ses textes (Georges Brassens. Les chansons d’abord, 1993) et surtout l’épaisse intégrale du Cherche Midi (ed. J.-P. Liégeois, Georges Brassens. Oeuvres complètes, 2007) m’agréent davantage que la Pléiade Prévert, tout splendide que soit l’appareil critique d’icelle.

  16. Cher Neobirt7,
    Je n’ai personnellement jamais réussi à donner à la chanson ( toutes nationalités confondues ) ses véritables lettres de noblesse. Cela reste à mes yeux un art franchement mineur. Et Gainsbourg, invité chez l’insupportable Pivot, avait bien eu raison de remettre en place l’infatué Guy Béart. Il y a de beaux textes ( Trenet, Brel… ) Il y a des artistes qui incarnent ces textes avec une émotion non pareille ( Brel… Encore ) but that’s about it.
    Bob Dylan, prix Nobel de littérature, le beau canular…

    • L’art de la chanson est un art différent de celui de la Poésie (du moins, depuis que la poésie est devenue, dans nos contrées, écrite, et passablement « savante ». Pourquoi vouloir ajouter des quartiers de noblesse à La chanson en l’assimilant à la poésie ? Oui, Gainsbourg avait bien raison, et le pauvre Guy Béart (dont j’aimais bien certaines chansons) était un fieffé imbécile avec ses prétentions disproportionnées. Son obstination à vouloir « être pris au sérieux » le condamnait à se ridiculiser. Dommage pour lui. Se fût-il (futile ?) contenté d’être ce qu’il était, qu’il en aurait été grandi.

      Une chanson, ce sont des « paroles » et de la musique, de préférence conçues en même temps. Cela donne parfois des réussites, des petits bijoux, des merveilles de synthèse qui vous racontent une histoire ou vous font partager un sentiment en deux ou trois minutes, et j’en suis friand. C’est un art qui me semble d’ailleurs particulièrement développé en France. Quand l’un des deux éléments l’emporte trop sur l’autre, la chanson devient boiteuse ou se transforme en autre chose (comme dans le rock).

      Un poème mis en musique, est rarement une chanson. Il y a des réussites comme les poèmes de Baudelaire chantés par Léo Ferré. Sont-ce des chansons ? À mes yeux, pas vraiment. Mais la plupart du temps, le résultat est un ratage. Victor Hugo avait raison de s’opposer à ce qu’on déposât des notes aux pieds de ses vers. Tous ces airs français, de Berlioz à Fauré, sont parfois de jolis morceaux de musique, au service de la voix du chanteur ou de la chanteuse, mais au prix de la mort du poème utilisé comme matière première qui devient généralement ridicule ou inaudible.

      J’aime et j’admire Brassens. Je trouve dans ses vers, comme chez La Fontaine, des illustrations pour presque toutes les situations et circonstances. Sa place n’est pas en Pléiade. Il ne s’agit pas d’une question de hiérarchie mais d’adéquation.

      PS : Je partage votre peu de goût pour Jacottet, poète de peu d’intérêt à mes yeux, NeoBirt7, mais je ne puis supporter de vous voir ranger mon cher Cocteau dans la même catégorie. C’est un non sens.

      • Entre Jaccottet que vous n’aimez guère et certains noms de la littérature d’Extrême-Orient que vous appréciez, n’y a t’il pas parfois – j’improvise totalement, ne me basant que sur des souvenirs de lectures – une certaine communauté d’esprit. Jaccottet a été très marqué par la découverte de cette littérature (le haïku notamment), un travail que l’on retrouve dans le «tracé» de certains poèmes, et puis cette attitude commune devant une certaine ouverture de l’espace ou devant des paysages (descriptions de cerisiers en fleurs dans «Le grondement de la montagne» de Kawabata), ou des thématiques très fortes chez Jaccottet qui peuvent faire écho ici ou là dans cette autre littérature (L’invisible comme obstacle mais aussi comme passage possible, dualité du clair et de l’obscure (Éloge de l’ombre chez Tanizaki par exemple).
        Bon ce ne sont là sans doute que rêveries improvisées de lecteur…

  17. Je possède la belle édition de Jaccottet en pléiade, et je m’en suis bourré comme du bon pain il y a quelques années. Ah si certains de ses poèmes aériens et profonds avaient été écrits par un chinois de la dynastie des Ming, certains intervenants ici auraient crié au génie…
    Que Neo-Bird7 veuille déboulonner sa statue (celle de Kessel aussi), pourquoi pas. Le déboulonnage de statues est dans l’air du temps.

  18. Je précise un peu tard, concernant l’édition chez You Feng de L’investiture des dieux que la version proposée est un abrégé assez sauvage. On en sera averti.

    (mais comment faites-vous les italiques ?)

  19. Que puis-je développer ? Des goûts et des couleurs…
    Il n’y a aucune ironie dans mes propos, pour moi chaque vers de Valéry (je dois avouer ne pas en avoir lu beaucoup car c’est au dessus de mes forces) est pratiquement une insulte à la poésie.
    Je trouve que tout y est convenu emphatique, lourd. Son style ressemble aux exercices d’un collégien un peu doué. Si dans mes jeunes années on m’avait demandé de finir les vers de Valéry, étant dénué de tout talent, j’aurais malheureusement utilisé les mêmes mots médiocres et laborieux.
    Tout ce qui coule avec délectation dans Racine ou Hugo (pour prendre des versificateurs classiques) devient lourd et alambiqué sous les mains pataudes du tâcheron Valéry. Même Lamartine au milieu d’un océan de platitudes a de temps en temps quelque fulgurance.
    J’aime la légèreté, les associations inattendues… Je donnerai tout Valéry pour quelques vers d’Apollinaire !

    Si la cane de Jeanne vous semble une ritournelle enfantine (j’ai effectivement pris un exemple volontairement un peu provoquant) je la place au même niveau que cette merveille d’Apollinaire :

    J’ai cueilli ce brin de bruyère
    L’automne est morte souviens-t’en
    Nous ne nous verrons plus sur terre
    Odeur du temps brin de bruyère
    Et souviens-toi que je t’attends

    J’ai découvert Brassens enfant car c’était un des seuls disques que nous possédions (avec Le Trouvère de Verdi).
    Je l’ai catalogué longtemps dans les chansonniers entre le magicien illusionniste Gainsbourg et le gentil prolétaire Ferrat ne plaçant au dessus du lot que Férré (il y a à boire et à manger dans Férré mais « La mémoire et la mer » c’est quand même un texte magnifique).

    Il y a quelques années j’ai redécouvert Brassens et il est pour moi définitivement un auteur classique par l’économie et la précision de sa langue.
    Des mots simples et précis comme au XVIIe siècle avec de temps en temps un petit diamant à l’intérieur qui se déguste comme une friandise ou un portrait de Saint Simon
    Si mes critiques envers Valéry et sa poésie pléiadisée au temps où cela signifiait encore quelque chose vous choquent je pense que chacun conviendra que dans la catégorie poésie populaire Brassens n’a rien à envier à Prévert, et se place bien au dessus du Nobel Bob Dylan (que je considère effectivement comme une vaste blague, mais je ne suis pas un juge objectif car je n’apprécie pas beaucoup tout ce qui est en anglais).

    • « Déférence gardée envers Paul Valéry
      Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris
      Le bon maître me le pardonne
      Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens
      Mon cimetière soit plus marin que le sien »

      (Supplique pour être enterré sur la plage de Sète)
      …………

      Si vous étiez capable, mon cher Bifidus, encore collégien, d’écrire les vers suivants, vous auriez dû laisser parler votre génie naturel (quoi de chantourné, là-dedans ?), nous aurions gagné un grand poète !

      « Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
      Entre les pins palpite, entre les tombes ;
      Midi le juste y compose de feux
      La mer, la mer, toujours recommencée !
      (…)
      Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! »

      (Le Cimetière marin)

      …………..

      « Insulte à la poésie ? »
      En toute chose l’excès est regrettable et se retourne contre lui-même.
      L’insulteur n’est peut-être pas celui que vous croyez.

      • Je concède volontiers
        « La mer, la mer toujours recommencée »
        Mais qui a le défaut d’arriver après
        « La mer, la vaste mer console nos labeurs »
        Le premier est plaisant mais tout le monde peut l’envisager le deuxième c’est du génie et il n’y a plus qu’à rêver.

        • Ouf !
          Nous avons sauvé un vers de Valéry ! L’honneur est sauf.
          Bon, allez, je n’insiste pas. Sans rancune.
          Comment pourrais-je en avoir à l’égard de quelqu’un qui cite Nerval parmi ses favoris. (Mais, ultime flèche du Parthe – ou dernière remarque à la Columbo, revenant sur ses pas – vous avouerez que « Les Chimères », ce n’est pas vraiment le modèle de la poésie directement compréhensible « sans passer par l’intellect, non ?)
          À bientôt.

  20. Bifidus,
    L’emphase et la pompe sont aux antipodes de l’écriture valeryenne ! Celle-ci au contraire est l’héritière d’une certaine forme de classicisme, où l’émotion, bien que présente, émane étrangement d’une praxis maîtrisée jusqu’à l’abstraction. D’ailleurs c’est le propos de « La Pythie », que je tiens pour l’un des plus grands poèmes de notre littérature : de la violence, du lyrisme, un défi constant jeté à l’intelligence du lecteur, une prosodie certes convenue dans le découpage syllabique ( et encore… ) Mais point d’emphase ( que vous confondez peut-être avec le haut degré… ) Encore moins de pompe, car cela supposerait un ethos poétique disons… enclin à l’inflation de soi. La poésie de Valéry, digne héritière du classicisme, du Parnasse et du Symbolisme, met un point d’honneur à se distinguer par exemple du romantisme, dans sa volonté perpétuelle d’estomper le je lyrique.
    Valéry est un poète qui refuse la pose, partant, la pompe et l’emphase, deux caractéristiques assez flagrantes du romantisme, dont Hugo ( pourtant, mon écrivain favori, depuis toujours… ) n’est pas exempt. Vigny et Lamartine me sont insupportables, leur émotion déborde et même dégouline de pathos, leur posture hautaine, aristocratique, autiste, satisfaite de soi, m’horripile au plus haut point. Quant à Verlaine, passées les fêtes galantes au doux parfum marivaldien, il me fait le même effet qu’un Lexomil, quand le sommeil se dérobe. Ce qui, ma foi, est déjà ça…

    • Zino, soyez remercié de cette belle analyse de l’écriture poétique de Paul Valéry ; tandis que mon côté obscur goûte fort la fessée, bien méritée, que vous administrez à Vigny et à Lamartine (surtout l’insupportable Lamartine).

      N’ayant jamais eu besoin de Lexomil pour m’endormir, je n’en connais pas les effets, mais je doute fort que ce soit les mêmes que ceux que Verlaine produit sur moi. Certes il se vautre souvent dans la poésie comme un cochon, mais de cette bauge, que de perles il extraie !

      • « il extraie » ????
        pour cette fois, je ne peux accuser le « correcteur »… de cette chausse-trappe, comment diable vais-je m’extraire ?

    • Zino,
      Merci d’essayer de m’ouvrir à Valéry mais
      « L’émotion, bien que présente, émane étrangement d’une praxis maîtrisée jusqu’à l’abstraction » me décroche définitivement et tel le cancre au fond de la classe ma pensée fuit immédiatement vers d’autres horizons (« Dis moi ton coeur parfois s’envole-t-il Agathe etc… »).

      « Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
      Seule, avec diamants extrêmes ?.. Mais qui pleure,
      Si proche de moi-même au moment de pleurer ? »

      Ca ne passera jamais… Aucun rythme, aucune émotion; j’ai vraiment l’impression que l’auteur s’est creusé la tête en se demandant ce qu’il allait pouvoir écrire de très indigeste pour que seuls quelques initiés comprennent. Si il s’agit d’un défi lancé à mon intelligence, je ne suis clairement absolument pas à la hauteur !

      Cette poésie intellectualisée me rebute au plus haut point, j’aime ce qui me touche directement sans filtre, justement sans passer par la case intellect.
      Villon, La Fontaine, Nerval (qui est un écrivain-monde inclassable), Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, voila ma poésie. Corneille (plus que Racine) et Hugo sont immenses. Pascal lui même est sublime (les mathématiques c’est de la poésie).
      Je trouve dans Vigny et Lamartine un vers sur mille à conserver et je vous rejoins sur le fait que Verlaine est certainement le plus surfait des poètes (même des fêtes galantes il n’y a pas grand chose à garder, c’est d’une platitude affligeante).
      Hors de France j’aime beaucoup Maïakovski, mais sa personnalité y est sans doute pour beaucoup et tout ce qui est Russe me touche en particulier la période de la révolution. Je tiens Isaac Babel pour un des plus grands stylistes et un volume qui regrouperait les écrivains broyés par la machine communiste (à la place d’une Xeme écrivain anglo-saxon) est un rêve qui ne se réalisera sans doute jamais.

      Dans un tout autre registre j’ai lu le Si Yeou Ki il y a longtemps et j’avais beaucoup apprécié. Il faudrait que je trouve le courage pour me plonger dans les autres grands textes chinois, d’autant plus que les volumes dorment bien sagement au fond de ma bibliothèque.

  21. 13 juin 2020.

    À bifidus (le ridicule qu’il y a à s’adresser à quelqu’un de cette manière !)

    Vous ressuscitez pour nous la vieille querelle « Apollinaire contre Valéry ».

    Pour ma part, poésie ou prose, tout Valéry m’est indispensable. Le seul parmi les contemporains (tardifs) qui approche de Valéry, quant à la précision et à l’élégance de sa langue, c’est, je trouve, Julien Gracq. Il y a une sorte de pureté dans la langue de Valéry à laquelle il peut même être dangereux de s’accoutumer.

    À travers Valéry, on remonte, sans intermédiaire, à Mallarmé.

    • Ahmed,
      Vous avez lu sans doute ce texte de Valéry  » Je disais quelquefois à Stéphane Mallarmé « , et qui a servi d’introduction aux oeuvres du maître. Valéry, très nettement, sollicite l’intelligence du lecteur et le compare au partenaire de jeu. Voilà ce que furent l’un pour l’autre Valéry et Mallarmé : des partenaires. Voilà ce que Valéry espère trouver dans son lecteur : un partenaire.
      Où diable est-il passé aujourd’hui, ce lecteur ?

  22. Bifidus,
    Il n’a jamais été dit que l’intelligence était l’ennemie de l’émotion ; de plus, Je n’essaie pas de vous convaincre d’aimer Valéry, je réfutais l’affirmation selon laquelle Valéry serait un écrivain poseur, pompeux, emphatique. Voilà bien des accusations qui trahissent une faible fréquentation de cet immense poète.
    Valéry et moi ce fut un coup de foudre. Et là où vous ne voyez pas de rythme, moi j’entends de la musique.
    Enfin, et je finirai avec cette remarque : à sa manière, Valéry est un sensualiste. Prenez la peine de lire le poème  » Anne » et voyez tout l’érotisme pudique et cependant, paradoxalement explicite qui s’en dégage.
    Quant au rythme chez Valéry, il faudrait poster un cours entier sur la place des coupes dans le vers, notamment dans le recueil Charmes.

    • Mais justement l’ «intellect» fait partie de la poétique de Valérie, il en bourre certaines strophes jusqu’à les faire éclater comme des «grenades» (nom d’un de ces poèmes) pour que l’émotion surgisse, que l’air referme le livre, que ça jaillisse en poudre de vague.

      Comme écrivait Celine : « M. Paul des Cimetières Valéry mousse, picore, disparaît dans les vagues…»

  23. Domonkos,
    Il existe quelques réussites notoires de poèmes mis en musique. Je pense par exemple à ceux de Lorca et d’Apollinaire, qui composent l’essentiel de la symphonie numéro 14 de shostakovitch. Essayez de mettre la main sur la version de Bernard Haitink, à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam.

    • Je ne connais pas. Je tâcherai de combler ce vide.
      Entendons-nous bien, j’aime beaucoup les Nuits d’Été de Musset par Berlioz, et beaucoup d’airs de Fauré (et d’autre). Mais je les aime avant tout pour la musique, qui s’appuie sur des mots. Mais les poèmes de Musset, dans leur vérité, je les lis couchés sur le papier, à leur vraie place. Et ils n’ont nul besoin de Berlioz. Ces airs que j’aime tant écouter, ne leur ajoutent rien.
      Juste pour de rire, cas extrême, je suis un mahlérien invétéré et je suis aux Cieux, chaque fois que j’écoute « Les Chants de la Terre ». Mais je n’y trouve évidemment plus rien de Li Bai.

      Alors que les paroles des chansons, même aussi « écrites » que celles de Brassens, ne sont pas faites pour être lues seules.
      C’est ce qui fait de la chanson (une forme de chanson qui trouve, il me semble, une terre d’élection en France), un art très spécifique. C’est tout ce que je voulais dire et ne suis pas sûr de bien le dire.

      • Cher Domonkos,
        Ce que vous dites est parfaitement clair. Il me semble en réalité que la poésie peut se passer de musique, parce que justement, elle est déjà « musique « .

    • Des vers spumescents de Valérie à la musique de Shostakovitch, ce blog m’est une source d’inspiration précieuse pour mes promenades dans les 19e et 20e siècles (et d’autres bien sûr)

  24. Bien que je ne goute pas forcément l’exercice je vais éssayer de formaliser ce qui pour moi sépare irrémédiablement Valéry ou Mallarmé (à tout prendre je préfère ce dernier) de Nerval (une comparaison avec Rimbaud ou Apollinaire -que je place au dessus de tout- n’est pas utile tellement les différences sautent aux yeux).
    Celà a toujours été une évidence immédiate pour moi sans que je sache vraiment l’expliquer et cet exercice de conceptualisation est sans doute assez vain et bien imparfait.
    Si on s’en tient à une classification académique Nerval doit osciller entre romantisme et symbolisme (je n’ai pas les connaissances pour rentrer dans des querelles de chapelles parnassiennes ou autres et le souvenir de ces lectures a plus de 40 ans -pas mille ans tout de même-).
    Il arrive d’ailleurs à Nerval de nous gratifier de quelque platitudes romantiques ainsi que de quelques formules que ne renierai pas les symbolistes (mais on découvre toujours une nécessité chez Nerval surgie du tréfonds de son subconscient).
    Où se situent les différences ? Là où les Romantiques noircissent des pages pour se mettre en scène dans une pose qu’ils jugent avantageuse, là où les symbolistes échafaudent des constructions savantes et artificielles pour exciter notre esprit Nerval nous entre-ouvre son monde. Il est un écrivain monde, comme Proust et Céline (il y a bien deux grandes figures dans la littérature française et mondiale du XXe siècle. Il y a un après La Recherche et il y a un après Le Voyage). Comme les clés de certaines de ses poésies (qu’il n’est absolument pas nécessaire de connaitre) on ne le perçoit qu’en y pénétrant toujours plus avant.
    Effectivement on doit bien trouver quelques belles choses chez les symbolistes (que je ne connais effectivement absolument pas) tout comme chez les romantiques (que je connais bien mieux et qui ne méritent ni excès d’honneur ni indignité), mais leurs constructions savantes et artificielles (je veux bien retirer pompeux pour le remplacer par maniéré) ne intéressement pas comme je déteste les mots croisés. Nerval m’emmène à la découverte de son monde jusqu’à des abîmes effrayants (je me souviens confusément de pages totalement hallucinées), je le sens dès les premières lignes. Ce monde est une évidence, il n’est pas négociable à coup d’adjectifs recherchés et d’images paiements ciselées.
    « Et j’ai trois fois vainqueur traversé l’Achéron » On le pressent même si on ne comprendra bien plus tard qu’il ne s’agit pas d’une simple image sur fond de paysage Antique…
    « Modulant tour à tour sur la Lyre d’Orphée » Ça sonne bien mais on frôle la banalité Romantico-Symboliste
    « Les soupirs de la Sainte et les cris de la fée » et tout le génie de Nerval éclate non négociable surgit du plus profond de son subconscient à mille lieues de tout courant littéraire.
    Qu’est ce qui fait que le Grand Meaulnes est unique (bien qu’il ne semble pas très apprécié ici) ? On peut n’y voir qu’un roman pour adolescent, pour moi il reste un mystère à jamais entre ouvert sur la parenthèse de la fête étrange. Un monde inaccessible à jamais en suspension dans mon esprit.
    Et je me permets de déplorer 4 tomes pour le despote manipulateur André Breton (je pense soulever moins de réactions avec Breton qu’avec Valéry) et rien pour le génial Artaud… Je trouve cela bien plus choquant que la présence de Fournier ou Kessel (Beauvoir ou d’Ormesson ont plus de mal à passer…).
    Pour ce qui est de l’érotisme pudique je déplore surtout l’absence de la description des bras de Claudia Chauchat et bien entendu celle des Belles endormies, c’est cela que je trouve choquant.
    Bon je referme la parenthèse Brassens Valéry en vous remerciant d’avoir supporté mes états d’âmes et mes avis peut être un peu trop tranchés.

    • Marre de réduire Breton au « despote manipulateur » (ça me fait penser aux procès en sorcellerie qui fleurissent aujourd’hui chez les neoféministes et autres nec-antiracistes : complètement à côté de la plaque) !
      Marre, marre, marre !
      Breton pas digne d’occuper 4 tomes dans la Pléiade ? Mais il en occuperais dix que je ne me plaindrai pas !
      Marre également de cette « prime » à la « folie géniale » d’Antonin Artaud. Dans ses « cris de fée » il y a des fulgurances, mais que de radotages, que de bavassements et éructations incompréhensibles, quel fleuve d’épaves, de scories…
      Enlevez Artaud et rien ne manque à nos Lettres du XXème siècle, enlevez Breton et voyez la béance.
      Je veux bien qu’on fasse une analyse critique de Breton, il y a de quoi faire, et cela a été fait et continue de se faire. Mais ces réductions ad hominem. Ce portrait de Breton en prédateur et celui de ce pauvre « Momo » éternel victime. Croyez-vous Artaud moins « despote manipulateur » que Breton ? Serait-il un pauvre oisillon apeuré ou bien plutôt de la race des faucons ?
      Si vous ou moi l’avions rencontré, il aurait fondu sur nous et nous aurait déchiqueté.
      Demandez-vous pourquoi plus personne n’osait l’approcher (à part quelques fans agenouillés) ?

      • « Mais il en occuperait dix que je ne me plaindrais pas ! » (deux fôtes de conjugaison en deux verbes, il faut le faire !)
        …………
        Bien sûr que la présence d’Artaud en Pléiade est hautement désirable et désirée, mais à condition de prendre de la distance avec l’oeuvre et avec l’auteur. De se débarrasser de cette chapelle qui s’est emparé de lui et, à travers l’interminable série de ses « oeuvres complètes » nous inflige des querelles byzantines sur le moindre graffiti ou borborygme du grand homme. Ce n’est pas Artaud qu’ils servent, mais leur propre religion d’Artaud dont ils se croient les grands maîtres.
        Le Faucon disparu, les vautours se disputent sa dépouille.

      • Je suis d’accord avec vous, je ne possède que les deux premiers volumes pléiade de Breton – écriture royale et fascinante, qui lui assure une place centrale dans la littérature. Mais j’ai deux petites réserves par rapport à ce que vous dites : publier Breton au-delà même de ces quatre volumes, ce serait publier n’importe texte oublié dans telle ou telle revue, tels exercices ou recherches en écriture automatique par exemple, ce que rassemblent déjà dans les volumes les sections «Inédits» ou «Alentours». Je ne suis pas sûr que ces textes (je mets à part beaucoup de pages de «Poisson soluble») «fonctionnent», je me situe par rapport à l’émotion du lecteur. Cette écriture automatique est un moteur à très faible rendement émotionnel.
        Vous essayez aussi de briser la figure d’un Breton despote et coupeur de têtes, mais c’est justement aussi ce trait dans sa personnalité qui en fait une figure passionnante, dans son intransigeance non seulement dans le domaine littéraire (dénonciation de fausses valeurs, même s’il a pu être injuste avec Anatole France ou Le Nouveau roman), dans le domaine éthique, moral (refus de toute récupération, d’honneurs académiques ….), mais aussi politique (il a vu bien avant une grande partie de l’intelligentsia française ce que pouvait signifier l’illusion du communisme soviétique à cette époque).

        • Merci Manu et Phil.

          Bien sûr que je ne cherche pas à effacer le Breton manipulateur et « dictateur » (je préférerais quand même « chef d’école ») et je suis d’accord, ô combien, pour dire que l’artiste et l’animateur (pas mal non plus) – qui tenta, assez vainement, je le reconnais, d’être après-guerre le « réanimateur » d’un mouvement défunt : qu’est qu’un mouvement qui ne bouge plus ? – sont inséparables. Je ne désire rien d’autre que soient prises en compte les deux faces et qu’on ne fasse pas disparaître l’artiste derrière la figure du « pape ».

          Pardonnez mes excès d’humeur, la passion m’emporte.

          • Les « dix volumes » c’est de la provoc, bien sûr. À moins de se lancer dans la correspondance, ce qui n’arrivera pas. Et n’est pas nécessaire.

            Tel quel, le monument Breton en Pléiade, est de ceux qui honorent la collection.

      • Domonkos, je suis entièrement à vos côtés pour défendre la cause « Breton ». Homme autoritaire, sans doute, mais lucide, curieux, expérimentateur, et exigeant. C’est justement cette exigence qui lui a causé tant d’ennemis.

        • S’il faut – pour un moment seulement – ne parler que de l’homme : je préfère tout de même le « dictateur » Breton aux Aragon et Eluard cirant les pompes de Staline ou Dali cirant celles de Franco. Je dis bien, s’il faut ne parler que des hommes et seulement de ses confrères surréalistes ! Breton a finalement résisté à tous les totalitarisme de son époque, on peut lui en savoir gré.
          Face au « prédateur » Breton, autour de la table du bistrot, il n’y avait pas de pauvres petites choses, faisant figure de proie, mais d’autres prédateurs capables de lui tenir la dragée haute.

  25. Bifidus
    Vos remarques sur Nerval coïncident exactement avec mon ressenti, Nerval est assez inclassable en effet. Bien malin celui qui pourra le mettre dans une seule chapelle.
    Permettez cependant que je fasse un parallèle entre  » Charmes » et  » Les Chimères  » : ce sont deux recueils identiquement brefs, intenses, chargés de poésie jusqu’à l’éclatement. C’est juste que les deux recueils sont placés chacun aux extrémités opposées de la Poésie. Il y a Apollon d’un côté, et de l’autre il y a Dyonisios ( c’est à dire en réalité, les deux faces d’une même pièce…)
    Cette remarque héritée de Nietzsche, est assez banale mais elle explique sans doute vos préférences.
    J’ajoute enfin que Valéry et Nerval, sont capables souvent, cela va de soi, d’être les deux à la fois :  » la mer nous renvoyait son image adorée,
    Et les cieux rayonnaient sous l’écharpe d’Iris.  »
    La poésie, la poésie, toujours recommencée…

    • Valéry, lorsque d’aventure je me plonge dans sa poésie, me laisse des impressions contrastées ; côté pile, superbe langue classique, versification et prosodie raffinées mais contrôlées par un instinct très sûr, splendeur évocatrice par laquelle s’apprivoise la réflexion approfondie sur la capacité deictique du langage, refus de la mièvrerie sentimentale et de toute méditation à chaud des problèmes du moment ; côté face, rhétorique trop appliquée oubliant ou méconnaissant la dimension ludique à laquelle s’entendaient si bien le Gautier d’Emaux et camées ou Banville, confusion perpétuelle entre tension verbale, densité sémantique, et mystère, routine de la phraséologie hiératique, sinon de la grandiloquence, qui, pour inverser la facilité romantique, n’est pas moins procustéenne. Cette poésie alambiquée, froide et non créatrice de monde, à la différence des meilleurs petits Romantiques (Brizeux, Barbier première manière, Laprade), exige un décodage par des experts ; en l’attente d’une édition exégétique, comme le Mallarmé de B. Marchal, je m’en lasse bien vite – eh quoi ! l’effort requis pour percer son hiératisme intellectualisant (j’ai déjà déclaré sur ce fil combien surfaits me semblent les Cahiers ; la sélection Pléiade de leurs meilleurs passages ne se passe si bien de commentaires que parce qu’ils sont faux profound, ainsi que disent les Anglo-Américains) est pour moi perte d’un temps mieux consacré soit à étudier la poésie gréco-romaine, égyptienne, mésopotamienne, indienne ou chinoise, soit à me gorger de nos vrais bons poètes, depuis la Chanson de Roland ou la Chanson de Guillaume jusqu’à Mallarmé. Ce n’est pas soutenir un paradoxe que de considérer la présence de Valéry en Pléiade, certes justifiable vers le milieu du XXe siècle, comme un bouche-trou à la place de Leconte de Lisle, Banville, et des maîtres mineurs de l’époque (merveilleuse Anthologie des poètes français du XIXe siècle chez Lemerre !).

      • Extrait de article «Deux professeurs d’irrévérence (Sarraute, Gombrowicz)» de Jean-Pierre Martin :

        « Nathalie Sarraute, à la façon de l’enfant d’éléphant, ne peut elle-même « se retenir » de se demander : « Mais est-ce donc bien vrai, êtes-vous vraiment bien certain, trouvez-vous vraiment sincèrement que Paul Valéry est un grand poète ? » Cette question nous choque sans doute moins aujourd’hui. Mais en 1946, elle était très irrespectueuse. Après avoir publié cet article dans Les Temps modernes, Sartre aurait affirmé qu’il allait avoir besoin d’une garde armée pour se rendre au siège de la revue. »

        Il vous aurait fallu l’armée complète à l’époque pour avoir qualifié Valéry de «bouche-trou»…

  26. Je m’érigerai plus en défenseur de Antonin Artaud plutôt qu’en défenseur de André Breton ou le grand prêtre du surréalisme. L’on pourrait tout d’abord comparer le surréalisme à l’art contemporain : c’est original mais c’est dérangeant; et cela peut ne pas correspondre à la conception subjective de la poésie que se font certains d’entre-nous. La poésie de Breton n’est pas aussi mystique que la poésie de Artaud, ou du moins pour ce dernier, l’on ne comprendra que la surface. Qu’il ne vous en déplaise, je préfère L’Ombilic des Limbes à un recueil tel que Les Champs Magnétiques. Et pourtant ! 4 volumes pour Breton, 0 pour Artaud.
    « Grand écrivain que ce André Breton, tâchons de racler le fond jusqu’à achever notre mission. »

    • Le projet Breton, sauf erreur de ma part, date des mêmes années que les projets Giraudoux, France ou Aymé, qui ont tous bénéficié d’éditions riches, en plusieurs volumes, dotées d’appareils critiques, notamment génétiques, très poussés.
      Il ne faut pas voir, à mon sens, cet « excès » de Breton, si excès il y a, comme l’expression d’une préférence particulière. On menait ainsi une vraie édition Pléiade entre 1970 et 1995, voilà tout.
      Aujourd’hui, s’il devait entrer à la Pléiade, Breton n’aurait peut-être droit qu’ à un volume de miscellanées, deux tout au plus (puisqu’il faut à tout prix, pour vendre les seconds volumes au rythme des premiers, les écouler par deux dans ces horribles coffrets bariolés qui se sont récemment multipliés).

      • Pas de pessimisme excessif, les séries au-delà de deux volumes sont encore là. Philipp Roth est prévu sur quatre volumes (selon Josyane Savigneau).

        • Roth a beaucoup écrit, mais encore qu’il soit effectivement publié 4 volumes de ses œuvres (ce dont je doute), ils n’auront rien à voir avec les séries auxquelles je pensais, qui était fort riches de variantes et d’explications diverses (ce qui malgré toute l’affection que j’ai pour Marcel Aymé m’a toujours paru un peu exagéré).

          • Ce que je voulais dire, c’est que l’importance d’un auteur ne se mesure pas vraiment au nombre de ses volumes, et à leur qualité, dans la Pléiade, ces éléments ayant un très fort caractère conjoncturel. Que Breton y soit tel qu’il y est ne nous renseigne pas, en réalité, sur l’importance que la Pléiade confère au dit Breton, ni sur l’intérêt que l’on peut lui accorder (à titre personnel, rigoureusement aucun, sinon historique, mais c’est là l’opinion idiosyncrasique d’un autodidacte presque illettré et passablement buté) .

        • J’espère qu’ils paraîtront de mon vivant, même si j’ai lu 80 % de Roth. Pour revenir aux coffrets (Brumes, vous devriez intervenir plus souvent !), ils ont l’avantage de garder leur jaquette aux volumes, même si je lis toujours un pléiade nu (pas moi, le pléiade).

          • En plus d’être remplaçables, les coffrets neutres présentaient aussi cet avantage. Les nouveaux coffrets imprimés sur un carton premier prix au grammage insignifiant et assemblés par des languettes (!) qui rappellent les fiches bricolage de Pif Gadget ne tiendront pas aussi longtemps. Il restera à l’amateur de Pléiade un peu bricoleur la possibilité de découper ses faces de cartonnage et de les reconvertir en jaquettes (dans la série : « Toi aussi, étonne tes amis et fabrique ton Pléiade »).

          • En plus d’être remplaçables, les anciens coffrets neutres présentaient aussi cet avantage. Les nouveaux coffrets imprimés sur carton premier prix au grammage indigne et assemblés par languettes façon fiche bricolage de Pig Gadget ne tiendront certes pas aussi longtemps. Dans la série « étonne tes amis et toi aussi fabrique ton Pléiade », le lecteur un peu bricoleur pourra toujours confectionner des jaquettes à partir du cartonnage découpé.

  27. Neobirt7,
    Il y a dans vos remarques sur Valéry, une sorte de discours petit-bourgeois plutôt inattendu.
    Banville, Coppée, Gautier, Heredia, Leconte de Lisle, enfin, le Parnasse… Ont des talents indéniables de plasticiens, de conteurs, de versificateurs. Mais justement, ils n’inventent rien. Leur poésie s’inscrit dans une tradition qui remonte à la Renaissance, leur écriture est lisse, trop nettement détourée, pusillanime, abondamment colorée, jusqu’à l’écoeurement parfois. Et plus que tout, elle n’innove pas, elle ne prend que des risques calculés, elle est bourgeoise…
    Valéry rebute ou fascine. Mais sa poésie, bien loin d’être alambiquée, tourne au contraire sur une thématique principale : la création poétique. Cette dimension autoréférentielle une fois comprise, tous ses poèmes ou presque se lisent sans difficulté, ou nul autre effort pour le cerveau que d’en apprécier la beauté. Car je le maintiens, au delà de la perfection formelle, et de sa prétendue obscurité, l’écriture valeryenne est sincèrement parcourue du frisson de la poésie.
    Il serait vain de se quereller sur le cas Valéry. Depuis toujours il provoque des discussions partisanes. Il y a les pro et les anti. Et rarement l’un est parvenu à convaincre l’autre.

    • Le frisson dont vous parlez, je le ressens en lisant tous les poèmes personnels de Brizeux (ses Bretons, par contre, sont d’une froideur rebutante même lorsqu’ils évoquent la nature et la mer), en parcourant les Iambes et Lazare de Barbier, en pratiquant des coupes transversales dans les oeuvres, souvent par trop abondantes et convenues, de Laprade, dans Hugo, même mal inspiré, dans Nerval, Baudelaire, Banville ou Mallarmé, mais Valéry qui prend la pose du Savant occupé à Créer devant l’objectif mi-complice mi-goguenard de Daguerre ou Devéria, c’est parturiunt montes, nascetur ridiculus mus. La jeune parque s’étire languissante et turgide telle l’eau du Nil au lieux des quelques traits de flamme de Brise marine, de Prose pour des Esseintes, du Sonnet en -yx. Philistinisme de ma part ? Voire ! Pour déplacer la métaphore, Mallarmé est à Valéry ce que Salluste fut à Tacite – l’un grave, l’autre peint. C’est lui accorder déjà beaucoup.

  28. Zino, je ne partage pas la révérence des exégètes qui s’ébaudissent devant les deux tercets de Charmes (par exemple l’excellent et fort raisonnable P.-O. Walzer, La poésie de Valéry, Genève, Cailler, 1953, pp. 219, 319) :

    « et que si l’or sec de l’écorce
    à la demande d’une force
    crève en gemmes rouges de jus,

    cette lumineuse rupture
    fait rêver une âme que j’eus
    de sa secrète architecture. »

    J’ai connu l’époque où l’on exigeait, pour le thème grec, la translation en rythmes de son choix des poésies françaises ; imaginez le cauchemar que représenteraient des catachrèses et autres alliances de mots abstraits comme ‘à la demande d’une force’, ‘lumineuse rupture’ ou ‘une âme que j’eus’ ! Au contact de la belle poésie grecque ou latine, trop de vers français fameux se dénoncent comme viel Rhetorik

  29. Neobirt7,
    Figurez-vous que je ne la partage pas non plus, dans la mesure où  » Les grenades  » est un poème qui ne présente pas de difficultés particulières d’interprétation. L’exégèse n’est valable que lorsqu’elle sert vraiment à la meilleure compréhension de l’œuvre. Quant il s’agit d’un pur exercice de ripolinage, bof…
    Concernant la translation, peu me chaut que Valéry soit  » intraduisible  » dans une langue étrangère. La syntaxe valeryenne représente une difficulté ni plus ni moins importante que celle d’un Saint John Perse, par exemple. Tout cela pour dire qu’on ne fait pas le procès d’un auteur au motif que sa syntaxe est « impossible ».
    Dans les cours particuliers que je donne aux élèves de Capes, pour l’entraînement à l’oral, je glisse toujours quelques poèmes de Valéry, de Mallarmé, de Gustave Kahn, de Pierre Reverdy.
    Passés les premiers tremblements de stupeur, c’est un monde nouveau qui s’offre à eux. Et la plupart me remercient de leur avoir offert ces auteurs « difficiles »…

    • Les capétiens de lettres classiques ou modernes sont devenus bêtes à manger du foin, par tendance au bachotage généralisé et par abaissement de la pâte intellectuelle des candidats, cette mère de toutes les incultures ; seuls ceux de grammaire valent encore quelque chose, si peu que ce soit, car songez que plus personne à ce niveau ne sachant scander, je ne dis pas la métrique éolienne, mais le trimètre iambique de la comédie ou même l’hexamètre dactylique (et encore, pas celui d’Homère ou d’Hésiode, poètes que leur date archaïque hérisse de pièges tels que des synalèphes qui deviendront inusitées et des vestiges de la diction poétique de l’âge du Bronze – r sonnant ou vocalique, yod, peut-être double digamma – et dont la composition orale en performance implique une modernisation à la fois linguistique et dialectale dont moult aspects particuliers sont encore hautement débattus entre experts), on ne le demande plus ! Allez donc enseigner la langue et la littérature grecque ou latine sans cette corde à votre arc… Leur faire lire du Valéry ne changera rien à l’affaire si, par surcroît, leur vulgarité d’esprit et leur faible exposition à la civilisation gréco-romaine en fait des Vandales ou des Gètes mal frottés d’un peu de teinture classique…

      • Neobirt7,
        Comprenez bien que je fais comme si… Autrement, mieux vaudrait pour moi faire autre chose.
        Je suis un amoureux farouche de la langue française, et lorsque je vois des élèves de Lettres confondre une relative substantive avec une complétive en fonction sujet, bien sûr que je me sens un peu désespéré…
        Par ailleurs, je suis d’accord avec vous à dix mille pour cent : aucun cursus de Lettres, je dis bien aucun, n’est sérieusement envisageable sans une bonne ( voire une très bonne… ) connaissance de l’antiquité ( histoire et littérature ).
        Pour ma part, bien que spécialiste en Lettres Modernes, j’ai lu à peu près tous les grands auteurs grecs et latins. Les jours de Concours c’est là que se fait la différence.
        Bref…

        • On dit que les philologues ne s’y entendent qu’en matière de style verbal et de lexicographie, tout le reste relevant du Sprachgefühl, et c’est vrai ; la stylistique, ainsi que la linguistique non historique, je m’en défie comme des passe-temps de critiques littéraires peu préoccupés d’acquérir une érudition considérable au contact des textes, des Realien, des institutions et autres pondérés par la fréquentation critique de leur bibliographie. Avec un peu d’effort (et de consultation de mon fichier), je suis en mesure de sourcer chacun des mots ou des locutions dont se sert Valéry, pour quel résultat ? Sa poésie me donne l’impression d’un perpétuel centon parce que, d’un point de vue positiviste (celui illustré par mes traductions annotées des deux poèmes du Shi Jing, où je ne pouvais abuser de l’hospitalité brumesque pour inclure une analyse poétologique, qui aurait explicité notamment l’entrelacs entre sonorités et sémantisme), elle me semble à peine davantage que la somme de ses parties, ce qui jamais ne vaut pour Leconte de Lisle ou Banville ou Mallarmé. Heureux homme, donc, qui vous élevez au dessus de ces considérations !

          • Vous devez savoir que l’application incontrôlée par la critique textuelle conjecturale (une Textkritik non fermée, par conséquent, à la possibilité d’altérations graves de la lettre des textes) de théories stylistiques ou narratologiques à l’Antiquité classique a quasiment toujours abouti à valider des leçons impossibiliores sous prétexte qu’elles sont difficiliores ou suaviores ou à réhabiliter comme profonds penseurs des auteurs tenus auparavant pour parfaitement insipides. En appliquant ces méthodes, Diodore de Sicile devient un historien passable au lieu d’un pitoyable gratte-papier intéressant seulement pour ses sources (étrange que nul de ces chercheurs modernes ne se préoccupe de proposer un commentaire suivi à l’un quelconque des livres diodoréens préservés !), tandis que le puissant encyclopédiste Plutarque, impossible à expliquer narratologiquement tant il s’approprie ses sources et les aliène en un tissu original qui ne se laisse point structurer thématiquement et rhétoriquement, est peu ou prou dévalorisé. Le beau résultat !

          • Neobirt7,
            Votre formation vous aura sans doute éloigné de ce qui fait le sel ( et le sucre ) des études de lettres : le plaisir de lire. Vous me faites penser à certains techniciens de chez Ferrari vous expliquant par le menu comment leur moteur fonctionne, mais jamais n’iront se frotter au plaisir grisant d’une course hors piste.
            Si l’heureux homme que vous visez, c’est moi, alors j’ajouterai à votre apostrophe que je suis également un homme heureux : l’enseignement de la stylistique est un bonheur sans cesse renouvelé, que je n’échangerais pour rien au monde !
            Et comme on dit chez Molière :  » Monsieur, je suis votre serviteur « .

    • Je voudrais revenir sur Valéry parce que, décidément, c’est mon sentiment que Zino dore la pilule. La Jeune Parque et Le Cimetière marin ne suffisent pas à faire de celui-ci un poète admirable, sous prétexte que ces oeuvres enfermeraient le spectacle ineffable du Grand Maître se colletant avec la Création ; les vertigineux embranchement sémiques dont regorgent le Microcosme ou la Délie de Scève, véritable poète encyclopédique pour le coup, je trouve pour ma part que les valérystes en font un peu bien généreusement crédit à leur idole sans fonctionner de manière cartésienne par le biais de la confrontation de textes parallèles ou analogues et de l’identification des loci similes phraséologiques. En outre, ce qui passe peu ou prou pour le testament poétique de Valéry, les Variations sur les Bucoliques virgliennes, achevées peu de mois avant sa mort, nous montrent surtout un intellect en berne ; la traduction, qui rend un alexandrin pour chaque hexamètre latin, est de nature à faire mieux apprécier celle, notoirement décolorée et flasque (on sait que le jeune Rimbaud, en en faisant passer pour sien un morceau, n’eut aucun mal à l’améliorer), du livre I de Lucrèce par Sully-Prudhomme, tant abondent les maladresses, les chevilles et les faux-sens filandreux chez Valéry, cependant que, s’il existe un copyright perpétuel sur les idées, cela fait longtemps que l’abbé Jacques Dellile a demandé raison à son cadet pour la paternité des thèses sur la pertinence de la translation en alexandrins rimés et sur l’harmonie virgilienne que développent les Variations, dans les pas, voire avec les propres mots, du Discours préliminaire à la célèbre traduction Dellile des Géorgiques de Virgile (Oeuvres de J. Dellile, I, Paris 1824, pp. XXXI-LIII ; voir l’étude du latiniste et virgilien Eugène de Saint-Denis dans le recueil collectif Delille est-il mort?, Clermont-Ferrand, G. de Bussac 1967, pp. 119-145, en particulier 134-143 – les jugements y sont assassins). Il est étrange, pour le dire avec mesure, que le fait de rivaliser avec Virgile, l’un des plus grands poètes que la terre ait portés, n’ait pas créé en Valéry l’esprit d’émulation avec lequel Virgile lui-même, qui releva le défi de la poésie homérique dans l’Enéide après s’être colleté avec Théocrite dans les Bucoliques puis avec Hésiode dans les Géorgiques, se transcenda (je renvoie aux deux enquêtes classiques, complémentaires l’une de l’autre, sur la mimesis littéraire romaine ou aemulatio, de Gordon Williams, Tradition and Originality in Roman Poetry, Oxford, Clarendon Press, 1968, et d’Andrée Thill, Alter ab illo. Recherches sur l’imitation dans la poésie personnelle à l’époque augustéenne, Paris, Les Belles Lettres, 1979). La preuve a été administrée par Henri des Abbayes, dans un tome de la collection Latomus devenu fort rare (1966), qu’une translation en vers des Bucoliques qui fût tout ensemble belle, vigoureuse et fortement charpentée sous l’angle philologique, ne représentait pas une impossible gageure ; à une moindre degré de réussite, celle de Marcel Pagnol s’élève notoirement plus haut que le pensum valéryen. Un immense poète pouvait-il vraiment torcher de piètres Bucoliques qu’il aurait attribuées sans rougir au poète de Mantoue ? Voire ! Sans remonter jusqu’à Chénier, Littré, pour n’être point de la guilde des tourneurs de vers, a bien tutoyé les cimes homériques et même dantiennes en ses restitutions partielles en décasyllabes bi- ou monorimes et en ancien français de l’Iliade et l’Enfer (Alain Ray, Littré. L’humaniste et les mots, Paris, Gallimard, 1970, pp. 188, 287-288 ; Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Le Seuil, 1982, pp. 242-243) ; la qualité poétologique de ces essais demeure si impressionnante que certains manuels les citent encore et que Genette écrivait « tel qu’il est, l’essai de Littré ne manque pas de saveur, et je me demande s’il ne mériterait d’être un jour prolongé ».

  30. Merci pour votre réponse éclairée brumes. Je comprends mieux maintenant pourquoi de nombreux auteurs assez bon/moyens aux ouvrages inégaux ont été publiés dans leur intégralité – tel Marcel Aymé cité par un contributeur.
    D’ailleurs serait-il possible de m’éclairer à nouveau ? Puisque nous parlons de Paul Valéry, je souhaitais si l’un de ses volumes en valait la peine en considérations des introductions/apparats critiques, etc. Je vous avoue n’avoir qu’un vieux tome Poésie/Gallimard sans aucune note ni introduction.

      • L’édition Hytier (Pléiade) fut importante de par sa divulgation d’une importante documentation péritextuelle comme sa bibliographie méticuleuse de toutes les oeuvres valéryennes, mais ne comptez pas sur elle pour procurer une quelconque exégèse aux textes, prose comme poésie.

  31. 15 juin 2020.

    Le travail minutieux de Montherlant est bourré de petites trouvailles psychologiques. Comme celle-ci par exemple : que le style (qu’on donne pour être l’homme) peut être le contraire de l’homme. Le personnage d’Exupère, d’Un assassin est mon maître, en est l’incarnation.

    Montherlant était comme chez lui dans cette « psychologie des profondeurs ».

    Son temps n’est pas encore venu. Il faut attendre que le premier succès meure tout à fait, et donc que tous les malentendus à son propos soient dissipés. Ceux qui viendront après nous découvriront alors un tout autre écrivain — que celui qu’on croyait.

    • Montherlant a su redonner toute sa place au malentendu dans les affaires humaines. Malentendu dont lui-même, ou plutôt son œuvre sera victime.

      Il y a deux « régulateurs » des faits humains selon moi : le mimétisme d’une part et le malentendu d’autre part. Un grand nombre d’actions humaines peuvent être « expliquées » entièrement par la considération de ces deux seuls facteurs, qui viennent étayer et servir le facteur primordial, l’irremplaçable Intérêt.

      • Vous défendez bien votre champion, Ahmed, ça me donne envie de mettre quelques pièces sur lui, lors de sa prochaine course à Longchemp (ou plutôt sur un hippodrome de Biarritz ou de San Sebastián ?). (Sans rire, vos remarques m’intéressent et sont de nature à rouvrir mes pléiades Montherlant).

        • Je n’ai jamais rien pu lire de Montherlant. Il y a une image, des préjugés qui m’en empêchent. Par quoi commencer ? J’ai le volume Pleiade des romans et quelques autres romans. J’avais laissé tomber les Célibataires. Les Bestiaires me semblent avoir mal vielli..

          • Pour Montherlant, commencez par lire le tome 1 des Romans et le volume consacré à son Théâtre (l’ancienne édition est très bien). Gardez les Essais pour plus tard…

          • Les carnets : Tous feux éteints, La marée du soir.

            Aucun d’eux n’est en Pléiade. Ils eussent dû prendre place dans le second volume des Essais, qui ne paraîtra pas.

          • Notre ami Lombard m’a précédé de quelques minutes.

            Maintenant que vous avez reçu deux conseils entièrement différents — mais non nécessairement contradictoires —, ne choisissez pas : ne suivez ni l’un ni l’autre, et fiez-vous à votre plaisir (esthétique, intellectuel) : il sera sans nul doute un bien meilleur guide.

          • Merci pour vos réponses. Je vais suivre vos deux conseils ! je vais lire la Marée du soir et reprendre le volume Pléiade des romans

          • Et surtout, comme le conseille sagement Ahmed, ne suivez pas nos conseils et fiez-vous à votre goût et votre instinct.
            Personnellement – et je ne saurais expliquer pourquoi – le roman que j’ai préféré est Les Célibataires, suivi de près par les quatre livres du cycle Les Jeunes filles.

  32. En ce qui concerne Valéry : « Je-suis-Zino ». Je ne saurais rien dire de plus qui ne serait pas un simple « ripolinage » de ses commentaires et analyses.

    ……………………………………

    En ce qui concerne Breton, les bras m’en tombent, et devant ce rejet massif de tout ce qui – Breton n’étant que la face émergée de l’iceberg : voir également comme est traité le Nouveau Roman et apparentés – semble s’apparenter à l’histoire des lettres et de l’esthétique du XXème siècle (hormis l’idole survitaminée Céline, qui écrase tout de sa lourde prose tombale), j’abandonne le combat.

    Mais, tout de même, une dernière remarque : trouver normal de consacrer quatre volumes de Pléiade à Philip Roth, écrivain estimable, que je lis avec grand plaisir, mais pas si considérable ni bouleversant, étranger à notre culture et à notre histoire littéraire (je veux dire, n’y jouant aucun rôle), tandis qu’on trouve « excessif » pour ne pas dire illégitime de consacrer quatre volumes à Breton, qui occupe une place centrale dans les lettres et le mouvement artistique du XXème siècle, en France (et au-delà), c’est quoi ? De l’inconscience ? De la provocation ? De l’Humour Noir ? …ou bien, une mauvaise blague.

    Il y a dans tout ça quelque chose de réactionnaire qui me monte aux narines…

    ………………………..

    Ceci ne se veut pas, de ma part, ni le commencement ni la conclusion d’un débat que je ne me sens pas de force à soutenir. Ce n’est qu’un point de vue personnel, un petit rouage dans la grande machine, et mon dernier mot sur la question. S’il doit s’élever des voix pour parler avec justesse de la défense d’André Breton – comme celle de Zino pour Valéry – la mienne n’en fera pas partie, elle n’ajouterait que de la cacophonie.
    Des voix qui parleraient de l’oeuvre de Breton, et qui ne se limiteraient pas à ce cliché de « pape du surréalisme » si commode pour nier l’existence de l’artiste au profit du « dictateur ». Car enfin, André Breton, ce n’est pas seulement ce petit chef de bistrot, qu’on se plait à ridiculiser en le montrant, tapant sur la table et disant : « Alors, on jour ? » C’est aussi un artiste qui écrivait, et pas seulement des pamphlets et des proclamations.

    …………………………………..

    Sinon, tant pis. Sans regrets et sans amertume. Breton se suffira à lui-même pour résister à ses contempteurs.

    • Domonkos,
      Dictateur ou pas dictateur ce n’est absolument pas la question. Je donnais mon avis de lecteur. Il est vrai que j’ai du mal avec le surréalisme, et c’est une chose à prendre en compte concernant l’opinion que je me fais de Breton qui est une figure incontournable de ce mouvement. Mais croyez-le – je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier à votre message quand vous avez parlé de « pape du surréalisme » – mes réticences à son égard n’ont aucun rapport avec la personne – que je connais trop peu malheureusement – mais ont uniquement un rapport avec le style.
      Ironiser sur le fait qu’on puisse ne pas l’aimer en rapport avec ce qu’il a été alors qu’il vous ait difficile de lire Céline, Rebatet ou autre Drieu par rapport à ce que EUX ont été, c’est chose regrettable !
      Concernant Philip Roth prévu en 4 tomes, je ne vous contredirai pas et me range à vos côtés.

      • Ne restons pas sur un regrettable malentendu (dont mes formules à l’emporte-pièce sont responsables, bien sûr).

        Je n’ironise pas et ne « ciblais » personne en particulier, vous moins que tout autre, pas plus que je ne voulais croire que vous ou d’autres aimassent ou n’aimassent point Breton seulement en « rapport avec ce qu’il a été ».
        Je n’ai pas le « talent » (fort douteux, réservé aux psys et aux confesseurs, deux engeances que je récuse) de « sonder les coeurs et les reins » et ne sais pas du tout pourquoi vous aimez ou n’aimez pas Breton (serais bien en peine de dire pourquoi je l’aime – encore que je ne sois pas exempt de détestation de certains de ses « tics »).
        Je voulais seulement qu’on ne le réduisît pas à son personnage (vrai ou supposé) de « pape », de « dictateur » etc. mais qu’on le prît dans son ensemble, à condition que dans cet ensemble l’oeuvre bretonienne entre pour la plus grande part. On ne peut effacer l’homme ni comprendre son oeuvre sans le connaître, mais c’est tout de même l’oeuvre qui nous intéresse.

        Je n’ai pas affirmé que votre goût ou votre peu de goût pour Breton n’était conditionné que par sa personnalité, mais je réagis au « signal » qu’émettent ces qualifications de « pape » ou de « dictateur » qui ont tendance aux yeux de beaucoup à déligitimer Breton sans aller voir plus loin, même si ce n’est pas ce que vous voulez.
        Accessoirement, j’ai dit que, s’il fallait tout de même, s’en tenir au jugement de l’homme Breton – ce à quoi je m’oppose par ailleurs – je le préférais largement à Éluard, Aragon, Dali… Céline et Cie. Quant à l’attitude face aux mouvements historiques de leur temps, j’exclus la vie privée.

    • Sous forme de plaisanterie totalement gratuite, mais simplement pour rebondir sur le mot de «dictateur» appliqué à Breton, n’oublions pas que beaucoup de véritables dictateurs étaient de subtils lecteurs, ne serait-ce que pour débusquer dans un livre les motifs d’une censure ou d’une interdiction. Pensons à Pinochet qui a interdit Don Quichotte dans lequel il avait repéré une philosophie libertaire…
      Bon j’exclue Ceausescu, qui savait tout juste lire et écrire.

  33. Merci à Zino et à NeoBirt7 pour cet échange. J’ai l’impression de me trouver dans les tribunes de Roland-Garros et d’assister à un match au sommet. Je goûte le spectacle, j’essaie de saisir ce qu’il y a de technique, et d’en tirer profit, tout en sachant que la plus large part m’échappe. Mais cela ne diminue pas mon plaisir.

  34. Pas de rumeur au sujet de projets concernant d’Hemingway ? Visiblement le Quarto consacré à ses nouvelles aussi est indisponible…

  35. Question sérieuse. J’ai déjà dit que je trouvais intéressante la parution de George Eliot en Pléiade, mais que je n’avais jamais lu la moindre ligne de cet auteur, que je ne connais que de lointaine réputation.

    Quelqu’un ici a-t-il lu ces romans et peut-on nous en dire plus sur leur valeur, leur intérêt, littéraire ou autre ?
    (ll me semble qu’une personne en a parlé, un fois, mais brièvement et je ne sais plus où ni quand : c’était avant le confinement-lavage-de-cerveau et il ne m’en reste rien).

    • Domonkos, concernant votre remarque entre parenthèses :

      Tigrane, dans un message du 6 janvier 2020 : « George Eliot […] est une très sympathique romancière mais ses romans ont vieilli ».

      (C’était en effet bref.)

      • J’ai lu deux fois Middlemarch, le chef-d’oeuvre de Georges Eliot, que j’aime beaucoup. Je le préfère aux Dickens. J’aime aussi le Moulin sur la Floss, sauf la dernière partie qui tourne au mélo.

        • Merci.
          De toute façon, dans le doute, je ne m’abstiendrai certainement pas. Toujours curieux de connaître un auteur de moi inconnu, et aussi de compléter ma vision de la littérature romanesque anglaise de cette époque, puisqu’elle y a joué un rôle non négligeable.
          Mais, se sentir encouragé ne peut pas faire de mal (à moins que quelqu’un me dise : Non ! c’est du temps perdu !)

          Quant à la question du « vieilli », mon fils soutient que ce ne sont pas les oeuvres qui vieillissent, mais nous, notre regard, et, bien que devinant les arguments qui peuvent aller à l’encontre de cette affirmation, je suis convaincu qu’elle est profondément juste. Les oeuvres dont on dit qu’elles ont « vieilli » ou « mal vieilli » ne révèlent-elles pas, avec le recul, leur faiblesse native ? Les grandes oeuvres, quand bien même leur contexte, les idées de leurs temps, seraient-ils devenus obsolètes, résistent à tout.

  36. Bonjour,
    Que pensez-vous de la maison d’édition Library of America (la série LOA) ? Y a-t-il un appareil critique ? Une introduction ? La qualité est-elle autant au rendez-vous qu’on puisse l’espérer ? Je vous en remercie.

    • Bonjour,
      Si ce n’est point encore fait, je vous conseille de regarder quelques vidéos sur YouTube pour avoir une petite idée.

      Personnellement, j’en possède trois (K. Dick), et j’en suis presque à regretter mon achat : le tissu, au toucher, est moins agréable que le cuir des pléiades ; les pages, bien que légèrement moins fragiles, ne sont pas à la hauteur de celles des pléiades ; et le format, n’y étant pas habitué, me rend inconfortable la lecture des romans.
      Bien évidemment, comme dit plus haut, ce n’est qu’une question d’habitude.

      Pas d’introduction — ni d’appareil critique, malheureusement (du moins pour K. Dick) —, il faudra vous contenter d’une chronologie (la même dans chaque volume), de note sur les textes [note on the texts] (résumant, en une dizaine de lignes, comment la création des romans lui vint à l’esprit), et de notes (dont nous n’avons aucune indication à la lecture, contrairement à la pléiade ; il faut aller les chercher).

      Le prix (j’avais payé mes trois K. Dick une cinquantaine d’euros, si mes souvenirs sont bons) et la taille de la police, un chouïa plus grande que celle d’une pleiade, sont les seuls avantages de cette édition.

        • Je vous remercie de ces précisions. C’est un peu décevant, donc. Cependant, le prix n’est pas beaucoup plus élevé que celui du Quarto donc. Les livres sont assez beaux par ailleurs. Peut-être me laisserais-je tenter par quelques volumes – en toute connaissance de cause grâce à vous. Le « Dictionnaire du Diable » de Bierce me fait assez envie.

  37. Monsieur,
    Je ne dore pas la pilule de Valéry, m’est avis qu’il n’a besoin de personne pour ça ; son œuvre seule s’en occupe très bien ; de sorte qu’en  » lui-même enfin l’éternité le change « .
    Il me semble en revanche que vous avez du mal à faire passer la vôtre ( de pilule ). Bref…
    Concernant les  » loci similes « , Hérédia dans ses Trophées, en met de pleines brassées. Et alors ? Je préfère Catulle à Heredia…
    Vous Monsieur, êtes en pâmoison devant la copie, moi je préfère l’original ; ou plutôt l’originalité. Valéry est mauvais traducteur ? Soit. Il n’en est pas moins grand poète.
    Enfin, comparer Valéry à Pagnol, il fallait oser. Si vous vouliez absolument trouver un écrivain de la Méditerranée pour accréditer votre raisonnement « ad absurdum » vous auriez certainement été plus chanceux en allant fouiner du côté de Giono…
    Ces trois longs mois de réclusion m’ont fait gagner du poids. Je crains Monsieur, qu’ils vous aient fait perdre la Raison.
    Je ne prendrai plus la peine de répondre à vos arguties, et je vous souhaite, Monsieur, le bon jour.

    • Zino, loin de me porter la contradiction sur le fond, vous prîtes ombrage de mon « dorer la pilule », seule marque d’irritation dans un message construit, pondéré et sourcé (qualecumque est), m’attribuez des propos qui oncques ne furent miens (touchant Pagnol, Hérédia), et terminez votre salve éruptive par une allégation non seulement discourtoise mais parfaitement grossière. Je ne conçois pas ainsi la discussion, ni même la polémique. Nous en resterons là, mais l’estime que j’avais pour vous est quelque peu écornée par cette virulence. J’en demande pardon aux autres participants à ce fil ; un simple échange est devenu, à mon corps défendant, une foire d’empoigne.

      • Neobirt7,
        Ce n’était pas un simple échange, c’était un argumentum ad personam. Sous prétexte de disqualifier « objectivement » un écrivain majeur ( pas pour vous, nous l’avons compris ) c’est le métier de professeur de stylistique et de rhétorique, et de grammaire contemporaine que vous avez tenté de disqualifier, vous qui jugez la stylistique et la linguistique non historique ( d’ailleurs à ce propos, la linguistique, qu’elle soit en synchronie ou en diachronie, est TOUJOURS historique ) comme des passe temps inutiles pour littérateurs désœuvrés.
        Ça, je ne le tolère pas.
        Enfin, concernant, la grossièreté, et le mépris, je vous renvoie aux coups de semonce répétés que vous avez envoyés jadis à Lombard et autres Manu.
        J’ai la prétention de croire que mes attaques, disons Voltairiennes, quand elles sont adressées à une personne fine et cultivée, ne pourront jamais courir le risque d’être prises pour des insultes.
        J’arrête là moi aussi, et vous renvoie le compliment : je vous appréciais beaucoup…

        • Vous me lisez décidément fort mal ; c’est en vain que je pris la peine de mentionner la mimesis, pour expliquer que, ce me semble, un poète du premier rang le reste lorsqu’il traduit un autre grand poète par un aiguisage de son propre talent contre la difficulté (j’aurais dû alléguer la traduction / adaptation par La Fontaine de l’Eunuque de Térence et celle de la Guerre civile de Lucain par Brébeuf). Ce n’est pas moi, que je sache, qui insiste sur la dimension patrimoniale des Variations sur les Bucoliques ainsi que sur l’importance de la version dudit poème qu’elles préfacent ; à ce que je sais (mais mon information n’a aucune prétention à la représentativité doxographique), les thuriféraires de Valéry ressentent tellement la faiblesse de ces textes qu’ils sautent à pieds joints par dessus. Je peine à voir des attaques dans ces constatations. J’admets bien volontiers, en revanche, la dimension étroite et pour tout dire dogmatique de mon optique ; critique de goût étriquée, à coup sûr. Mais je lis Valéry depuis les années 50 et l’aversion envers sa poésie qui me vint lorsque j’étais tendron n’a jamais pu évoluer, surtout pas maintenant que, grison et même μακρόβιος, j’ai très longue pratique de la littérature française.

  38. J’ai dis plus haut le plaisir que j’avais à assister au match de tennis entre Zino et NeoBirt7 (et le profit que j’en tire), et je constate que l’analogie entre un Connors-McEnroe s’accentue, avec bris de raquette, contestations de points, interpellations voire invectives !

    Les échanges passionnés, quand ils ne débouchent pas sur une mise à mort (physique ou morale) ne me passionnent pas moins. Je viens, par le plus grand des hasards (mais selon mon « ami » André Breton, le hasard ne peut être que « objectif ») de lire, il y a moins d’une heure, une réponse pour le moins sévère de Dumézil à certains de ses détracteurs.

    Sans porter de jugement sur le fond – il se trouve que je suis de ceux qui goûtent fort la poésie de Paul Valéry, mais je n’ai pas de compétences en poétique dignes d’être mentionnées – et alors même que je me suis trouvé quelquefois en désaccord avec Zino et souvent en position de défenseur de NeoBirt7 quand je le trouvais injustement attaqué, il n’en demeure pas moins qu’à l’instant où j’ai lu la dernière intervention de NeoBirt7 sur le sujet, je l’ai trouvée regrettablement excessive, à tous points de vue : injuste et inutile. Était-il besoin d’en rajouter, alors que nous avions tous bien compris votre détestation (je sais que vous contesterez ce terme) du Sétois et que vous aviez déjà clairement exposé les raisons de cette détestation ? Cela ressemble à de l’acharnement.

    Veuillez me pardonner.

  39. Humm, dans ces échanges à fleurets mouchetés apparemment les mouches ont sauté…. Dans le vaste ensemble culturel méditerranéen – au sens braudélien du terme – comme l’auteur de Charmes est clivant, essayons avec le chanteur de charme Tino Rossi par exemple, plus consensuel….

    • Manu,
      Vous ne sauriez pas si bien dire : Tino Rossi était le chanteur favori de mon défunt père. Je connais ses chansons par cœur. Hélas.

      • Et j’espère que cet «hélas» n’est pas le même que celui d’André Gide quand on lui demandait quel était le plus grand poète français et qu’il consentait à répondre : Victor Hugo.
        (Ceci dit, je parcours régulièrement le volume pleiade des œuvres critiques de Gide : quelle ouverture de compas quand même dans ses jugements, que ce soit dans la littérature française ou étrangère ! )

  40. Cher Domonkos,
    Ne vous excusez pas. Liriez-vous trente fois le « Précis de métrique française » de Jean Mazaleyrat que vous n’en seriez pas mieux ni plus armé pour apprécier Valéry. Mettez de côté la « Technè », et laissez vous aller au « placere ».
    On nous somme de prouver avec moult références dûment adoubées, un simple choix préférentiel, participant à la fois d’une infinité de choses qui sont le ciment d’une personnalité, et d’un événement très simple et très compliqué à décrire : le plaisir.
    Je n’ai aucune difficulté à faire le grand écart ; entre Francis Jammes et Valéry, j’ai le même plaisir de lire ! Et pourtant, que de maladresses dans la métrique Jamesienne !

    • Mais peut-être qu’avec Benoît de Cornulier (ou, pour rester en Mare Nostrum, Aldo Menichetti dans le domaine italien – si vaste poétiquement, comme chacun sait), cela irait déjà mieux ? La stylistique ne saurait être, quoi qu’il en soit, que linguistique.
      Ces querelles de « distinction » ne m’étonnent pas moins, ici… mais l’énervement (la chute des nerfs) consécutive au « confinement » y contribue peut-être. PAX, s’il-vous-plaît…

      • Le confinement a pu produire de belles pages de littérature. Des chefs-d’œuvre de Sade ont été écrits dans le confinement d’une prison.
        Ou Braudel rédigeant sa thèse en captivité, sans documentation sous la main.

    • Merci, Zino.

      Comme je l’ai dit, le message de NeoBirt7 du 17 juin à 23h38 qui commence par : « Je voudrais revenir sur Valéry… » m’avait mis fort mal à l’aise, et je pressentais qu’il « ne passerait pas » (facile à dire après coup, mais je vous garantis que c’est vrai).

      Comme je l’ai dit, il m’a paru inutile : vous aviez clairement établi vos positions respectives et il ne venait rien y ajouter, sinon une apparence de volonté d’enfoncer le clou. Inutile, donc forcément nuisible. Je pouvais m’attendre à une réaction aussi virulente que l’attaque – m’y attendre, et ne m’y attendre pas sous cette forme. Je regrette que notre ami NeoBirt7 n’ait pas eu la même sensation et n’ait pas renoncé.

      Je peux parfaitement comprendre qu’il n’apprécie pas le travail poétique de Paul Valéry, il a expliqué pourquoi, et ses arguments ne m’ont pas laissé de marbre (sans effacer les sensations que me procure la lecture des vers du maître sétois. Mais pourquoi cela doit-il devenir de la détestation (quelle raison y aurait-il de détester Paul Valéry ? il n’est que de l’ignorer et cela suffit, ce n’est pas comme s’il était le propagateur d’une doctrine aux néfastes conséquences).

      En fait, j’ai l’impression que cette détestation s’adresse plus particulièrement aux défenseurs, ou thuriféraires, de Valéry, et c’est encore moins compréhensible. En quoi la statue que ces derniers élèvent à leur idole peut-elle porter ombrage à quiconque ? Je sais que c’est la mode de déboulonner les statues, mais franchement, il me paraît qu’il y a plus urgent que de s’attaquer à celle de Paul Valéry…

      Je ne crois pas que mon message soit de nature à vous réconcilier, mais j’espère que le baume de l’oubli vous permettra de vous tourner vers d’autres sujets et de renouer le dialogue.

      On me dira qu’il y a tant de problèmes et de débats plus sérieux que des querelles littéraires. Je n’en suis pas convaincu. Je mets la vie de l’esprit au-dessus de tout (sans nier que là où les corps meurent, l’esprit meurt également).

      Je ne m’excuse pas pour la grandiloquence.

      • Domonkos,
        Vous êtes vraiment un type bien…
        Le dialogue, je le réserverai à ma famille, à ma compagne, à mes chats.
        Peut-être nous croiserons-nous un jour, du côté de Guéret ou de Bellac. En été, je porte souvent le chapeau de paille 😄
        Bonnes lectures, cher ami.

  41. Une autre poésie italienne,
    J’ai envoyé un message, perdu quelque part dans la toile. J’y suggérais à vous, ainsi qu’à nos coreligionnaires, la lecture des  » Chants orphiques  » de Dino Campana.
    Ce sont des poèmes difficiles, que jai pris la peine de lire en italien ( avec l’aide de la traduction en regard ).
    Pour ceux qui souhaitent en faire une lecture croisée,  » Les filles du feu  » de Nerval ainsi que  » Gaspard de la nuit  » d’Aloysius Bertrand apporteront des couleurs supplémentaires aux images insensées, hallucinées, que la parole de Campana, sans cesse invente.

    Quant à moi, je vais à nouveau m’éloigner de ce fil. Le thème en est la Pléiade, sa grandeur et sa décadence. Or pour moi, cette collection telle que je l’envisageais, n’existe plus. Mes contributions aux posts seraient donc systématiquement obliques ou dévoyées.
    Une belle journée à tout le monde.

    • Coreligionnaires ? mais de quelle religion, s’il-vous-plaît ?
      Quant à NOUS conseiller de lire Campana, c’est un peu comme suggérer un verre d’eau à la mer (ou de lire Victor Hugo à un Français)… certes ! Mais merci quand même du conseil.
      – Et ne quittez pas tout à fait ce fil, votre pugnacité le ravive agréablement.

      • Vous seriez stupéfait du nombre de français qui n’ont jamais lu Victor Hugo.
        Je vous retire donc de la liste 😉
        Quant au mot coreligionnaires, prenez-le dans son acception étymologique, donc profane : ceux qui sont reliés par un même fil…
        Salutations.

    • Je n’ai pas le pouvoir de vous réquisitionner, mais, je vous en prie, ne partez pas trop loin, ni sans esprit de retour. Le thème de ce fil est effectivement la Pléiade, mais la Pléiade étant une collection littéraire, je ne vois pas, pour ma part, la littérature comme une étrangère ici.
      À moins de se contenter de discuter des questions d’imprimerie ou de reliure (que je ne méprise pas) ou de lire dans le marc de café pour prévoir les imprévisibles parutions à venir.

      Quant aux échanges belliqueux, bon sang, je vais quitter le domaine tennistique pour celui du rugby : nous sommes tout de même assez civilisés – et surtout partageons tous une passion commune pour la littérature – pour nous balancer des gnons et des plaquages sévères durant la partie, puis nous retrouver bons amis pour la « troisième mi-temps » !

  42. 18 juin 2020.

    J’ai eu l’occasion de parcourir un certain nombre de livres de Philip Roth ces derniers jours, lisant plusieurs pages de chaque roman, pour voir, pour me faire une idée.

    J’avoue que je suis perplexe : comment cela a-t-il pu intéresser ? Je n’aurai jamais la patience de lire ça. J’en ai ressenti un profond ennui.

    Les livres dont je parle ici sont des traductions françaises, il faut dire (la langue y est d’une grande platitude, sans relief aucun — on croirait lire un article de journal). Est-ce que cet écrivain a un style dans sa langue ?

    Mais même doué d’un style, aurai-je le courage de m’intéresser à toutes ces histoires étatsuniennes ? Et pour quel profit ?

    • Ahmed, je suis allé plus loin que vous dans la lecture de trois ou quatre de ses romans (jusqu’à la fin, s’il faut tout dire, à ma grande honte), sans m’ennuyer vraiment, mais avec le sentiment, après coup, d’avoir perdu mon temps.
      Je vous rejoins complètement sur le fond : à part Alain Finkielkraut qui est une sorte de boussole infaillible pour nous recommander des livres médiocres ou bien nous recommander de bons livres pour des raisons médiocres, qui donc en France met Philip Roth au sommet du panthéon littéraire ? (Je vois déjà se lever des doigts, mais c’est inutile, ma question était purement réthorique. Ha ha !)
      J’avoue que l’annonce faite ici par un intervenant de la possibilité de quatre volumes Pléiade de Philip Roth (je dis bien, quatre !) est de celles qui ont augmenté mon accablement, en cette période généreuse en mauvaises nouvelles. (Ha ha ! derechef)

      • Je pourrais réécrire le même message, exactement le même, à un mot près : en remplaçant le nom de Philip Roth par celui de Milan Kundera. Cela marche parfaitement bien. Les deux sont interchangeables, selon l’heure et l’humeur.

      • Je poste ceci, de James Ellroy, non pour prendre parti, juste pour le plaisir de la citation :«Il y a Philip Roth. Lui, c’est un génie. On aurait dû lui attribuer le Nobel de littérature plutôt qu’à l’autre saltimbanque, Bob Dylan, et à ses niaiseries nasillardes.»

        • Bon, je ne vais pas pousser plus loin le bouchon (même si votre argument ressemble un peu à un « chantage » ha ha !) :
          S’il fallait choisir un Prix Nobel de Littérature, avec comme seuls finalistes Dylan (dont j’adore les niaiseries nasillardes) et Philip Roth, mon suffrage irait évidemment, sans l’ombre d’une hésitation, à…
          …un immense écrivain mort et injustement « oublié » par le jury (chacun choisira le sien, il y a foule)
          ou bien…
          …la suppression du Prix Nobel de Littérature, faute de candidats sérieux.

  43. Quand on sait que le temps du lecteur est compté, comment et pourquoi aller le perdre, se dit-on, avec ces bavards fastidieux, lorsqu’il suffit de tendre le bras pour prendre sur son étagère de bibliothèque un volume de Benjamin Constant, un de Joseph Joubert ou un volume des mémoires de Saint-Simon.

    C’est en tout cas ce que je me suis dit en parcourant tous ces romans de Philip Roth. C’est l’unique réaction que cette lecture, superficielle il est vrai, a provoquée en moi.

    Et je serais très intéressé de lire ici les avis de ceux qui aiment cet écrivain et se réjouissent peut-être de le voir arriver en Pléiade.

    • Philip Roth est un des écrivains chouchous de Philippe Sollers. Quand on connaît l’entregent de ce monsieur chez Gallimard, ceci explique peut-être cela… Bon, ne mégotons pas ! Sollers aime aussi Casanova et De Quincey.

      • J’ai allumé à l’époque une mini bougie à Sollers en guise de remerciements pour l’influence qu’il a dû avoir concernant l’entrée de Thomas de Quincey en pléiade.
        Il milite paraît-il aujourd’hui pour l’introduction des essais de Georges Bataille dans la collection.
        Soutenons sa cause !
        Entre parenthèses, je lui dois directement la lecture de «Septentrion» de Calaferte, une pure merveille.

        • Sollers qui, par ailleurs, est insupportable dans sa prétention à se prendre pour un écrivain, exécrable dans sa prétention à se prendre pour un chef d’école et un gourou, plaçant tous ses amis aux bonnes places et surévaluant leur talent au-delà de toute mesure, Sollers qui est pitoyable dans ses tentatives de se faire passer pour un éminent critique, analyste, linguiste, sinologue et j’en passe, est tout de même, lorsqu’il ne s’agit pas de ses petits amis, un homme de goût.
          Et, hélas, un des derniers hommes d’influence, capable de sauver de l’oubli quelques écrivains intéressants. Lorsqu’on ne peut plus compter que sur lui pour défendre Quincey ou Bataille en Pléiade, c’est dire combien nous sommes descendus bien bas !

          Heureusement, son influence n’est pas assez irrésistible pour l’y faire entrer lui-même en majesté : ce sera sous forme d’hommage posthume ?

          • Le vrai problème est tout entier dans votre incidente « lorsqu’il ne s’agit pas de ses petits amis »… Ce monsieur a fait beaucoup de mal à la poésie italienne (il n’entend rien, d’ailleurs, à la poésie tout court) par solidarité douteuse avec « ses petits amis » – et amies.
            Quand on dispose d’un tel pouvoir dans les sphères parisiennes, la décence voudrait que l’on restât impartial, voire neutre, dès que « ses petits amis » sont concernés. Ce monsieur n’a eu de cesse de faire tout le contraire. C’est dommage pour Gallimard, pour la Littérature, pour nous tous.
            Quant à son entrée dans la noble collection, je ne serais pas si sûr que cela ; il n’a sans doute pas dit encore son dernier mot. Et la famille élargie des « petits amis » est toujours puissante, à l’échelle de la vieille Europe pour le moins, même si Saint-Germain se rétrécit comme peau de chagrin – et c’est tant mieux (voir l’autre fil de discussion, à propos de Calaferte).

    • Bonjour,

      J’aimerais un peu défendre Philip Roth, en expliquant ce que j’ai aimé dans certains de ses romans.
      Le premier problème avec Philip Roth est que son oeuvre est excessivement inégale. Par exemple, Le complot contre l’Amérique est pour moi une lecture de vacances agréable, mais sans plus. S’il n’avait fait que cela (et d’autres romans sont sans doute de ce genre), la question de la pléiade ne se poserait pas.
      Mais il a écrit aussi Nemesis, et Nemesis, ce fut un choc. Le théâtre de Sabbath, aussi. Même si ces deux romans sont tout à fait différents, il y a un point commun. L’immense talent de Roth, c’est sa narration (je ne suis pas un littéraire, donc mon vocabulaire est approximatif et sans doute erroné, mais j’espère que vous comprendrez ce que je veux dire néanmoins malgré ma maladresse). Pendant de nombreuses pages, on suit la vie du héros, rien d’intéressant ne se passe, c’est relativement plat. On se demande même où on va. Et puis, d’un coup, la tragédie frappe et tout se décompose.
      Ce que j’aime chez Roth, c’est qu’il essaye de reproduire dans ses romans le rythme exact de nos vies : elles suivent leurs cours, il y a des petits et des grands problèmes, des petits joies.
      et puis tout d’un coup, un grand événement. Et une fois que le grand événement est survenu, c’est le retour douloureux sur le passé et les regrets. Roth, c’est le romancier du remords, pour moi. Et toute sa narration – dans ses « bons » romans – est au service de cette exploration de cette facette de la condition humaine. Non pas qu’il fasse des pages, comme d’autres, sur l’exploration du sentiment en lui-même. Au contraire, c’est très réduit. C’est le contraste entre les nombreuses pages de « bavardage » et les quelques pages, voire les quelques lignes consacrées à l’événement qui créé le sentiment de « retour en arrière ». Et évidemment que ce que nous percevions comme « bavardage » en première lecture est ensuite relu en voyant les regrets et les manques. Comme dans la vraie vie.
      Chez Roth, j’ai l’impression que la sexualité ou la condition juive sont des portes d’entrées à cette exploration plus fondamentale. En tout cas, en tant que lecteur, c’est cette corde qui vibre quand je lis ou quand je repense à ses romans.

      De manière générale, parmi les gens qui pensent écrire de la Littérature, il y a les écrivains et les gens qui jouent aux écrivains. A chaque rentrée littéraire, nous avons des centaines de personnes qui jouent aux écrivains. Un écrivain, comme tout artiste, est quelqu’un qui a quelque chose d’impératif à dire, ou plutôt qui essaye de le dire, qui y arrive plus ou moins bien, mais qui, toute sa vie, sera obligé de continuer d’essayer, presque malgré lui. L’écrivain poursuit une chimère invisible et chacune de ses oeuvres essaye de s’en approcher, avec succès ou non. En tant que lecteur, on sent ces tâtonnements et ces efforts, je trouve, que ce soit par un style particulier, une narration inhabituelle, et même par certaines maladresses, parfois.
      On peut ne pas aimer Faulkner, Giono, Céline, mais on sent qu’ils poursuivent chacun une chimère qui s’impose à eux (j’adore Faulkner et Céline me laisse froid, donc c’est indépendant du goût personnel). Romain Gary joue à l’écrivain en revanche, pour moi, très clairement.
      Roth joue à l’écrivain dans certains de ses romans, mais dans d’autres, comme Nemesis et Le Théâtre de Sabbath, j’ai quand même eu l’impression qu’il ne livrait pas un produit entièrement façonné et contrôlé, prêt à la vente et empaqueté pour un prix littéraire, mais qu’il essayait d’atteindre quelque chose de beaucoup trop énorme pour lui et de le communiquer à son lecteur. Donc au moins pour ces deux romans, j’ai eu l’impression de lire un véritable écrivain, qui peut-être mérite donc une place en Pléiade, car il a apporté une voix spécifique à la littérature.

      (En me relisant, je me dis que j’ai bien fait de ne pas me lancer dans des études littéraires… désolé pour la naïveté et la maladresse du propos. Mais donnez une chance à Nemesis en allant jusqu’au bout (il est très court). Si vous n’aimez pas, vous pouvez oublier Roth, je pense.)

      • Je considère Philip Roth comme un véritable écrivain, et même un bon écrivain, que j’ai lu avec plaisir mais sans être bouleversé – pardon, je n’ai pas lu « Némésis ».
        Le problème, à mes yeux, c’est qu’il est très surévalué par certains qui veulent le mettre au rang des « très grands » – le traiter de « génie » est ridicule. C’est moins Philip Roth que je veux attaquer que la place à laquelle on veut le situer dans la « hiérarchie » de la littérature contemporaine (il est vrai assez faible).

        Je ne trouve pas que sa présence déshonore le moins du monde la Pléiade (mais quatre volumes, s’ils sont vraiment envisagés, c’est trop ; deux seraient bien suffisants). Ce qui me gêne c’est le fait que sa présence dénonce l’absence de tant d’immenses auteurs, dont beaucoup que nous ne verrons jamais dans la « prestigieuse collection ».

        Je vais maintenant tenter de me taire sur le sujet, car je ne veux pas paraître m’acharner et vouloir accabler un écrivain que j’estime d’un excès, d’un excès d’indignité qu’il ne mérite pas.

      • Merci Nemesis, pour votre avis d’un lecteur de Roth. Bien plus utile que mes « théories » plus ou moins fumeuses, sur la place qu’il est censé occuper dans la littérature contemporaine.

        • Je suis moi-même un grand lecteur de Roth que je considère comme un écrivain de tout premier ordre. Cela signifie-t-il que je le trouve génial au même titre que Proust, que Céline, ou même, dans une moindre mesure, que Louis Calaferte, dont nous parlons un peu plus bas ? La réponse est non. Roth n’a pas inventé un langage qui lui est propre. Il excelle comme le dit très bien Nemesis dans la narration, dans la façon qu’il a de construire des histoires en apparence toute simples, mais dont il fait ressortir avec brio la complexité humaine. Je suis en train de lire en ce moment même « Le complot contre l’Amérique », et là encore je partage l’avis de Nemesis, lecture agréable, parfaite pour l’été qui se profile, mais c’est loin d’être son roman le plus abouti. Pour ma part, je citerais « Portnoy et son complexe », où l’on rit franchement aux éclats, et « Pastorale américaine », qui constitue, je crois, ce que l’on a écrit de mieux sur l’imposture, le monceau d’hypocrisie, la vaste blague qu’est le rêve américain, Seymour Levov, le personnage principal, étant assurément, dans son impuissance, dans l’impossibilité où il se trouve d’enrayer sa chute, sans doute le plus pathétique héros de la littérature contemporaine.

          • J’apprécie également beaucoup « Le Theâtre de Sabbath », son autre grand roman avec « Pastorale américaine ». Mais oui, je reconnais bien volontiers que sa production est inégale, quoique toujours plaisante à lire, et qu’il peut avoir parfois un côté « poseur » un peu agaçant. Il ne faut pas chercher chez Roth un style poétique ou foudroyant. L’écriture est assez simple, mais efficace, et sans fioriture. Ce que j’aime chez lui, c’est son sens du récit, sa précision psychologique, et son humour. À mon sens il mérite la Pléiade. Mais devait-il passer avant certains géants des lettres dont se fait désespérément attendre la pléiadisation ? La réponse est non et je vous rejoins là-dessus. Sinon, Nemesis, vous me donnez envie de lire « Némésis ».

      • Nemesis, ne vous incriminez pas. Je ne vois ni naïveté ni maladresse dans votre propos, je vous l’assure. Vous avez bien le droit de vous exprimer, de manière étayée et critique, sur ce qui vous paraît constituer les mérites des livres de P.Roth.

        À tous :
        Alors oui, à relire les débats d’il y a quelques jours, les professeurs qui officient ici sont souvent fort intimidants pour nous, pauvres chatons aveugles qui peinons sur la moindre phrase et qui ne savons probablement, à leurs yeux, ni lire, ni écrire.

        Mais ces savants gardent, je l’espère, malgré leur grand savoir et leur immense hauteur de vues, un peu de cette indulgence qui caractérise ceux qui font vœu de transmettre et d’enseigner. Ils pourraient à coup sûr nous bastonner à chaque virgule pour avoir osé prendre la plume (ou le clavier) et pourtant, ils ne le font pas.

        Je les remercie d’avance de rester cléments et compréhensifs à l’égard de tous ceux qui n’ont ni les diplômes, ni les titres, et qui pourtant contribuent ici, avec authenticité, passion et sensibilité. Et même si les passes d’armes de nos « sçavans » peuvent être viriles à l’occasion, j’apprécierais qu’elles restent courtoises et respectueuses. Et que le ton général ne soit offensant pour personne, ni en général, ni en particulier.

        Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, par le passé, j’ai eu le sentiment d’être peu à peu dépossédé de ma petite besogne de « sot » (M. Crépu), sur ce site dont l’audience m’a dépassé. J’ai l’honnêteté d’admettre que je n’arrive pas à vos chevilles et que je ne suis plus guère ici que le portier du club. Je prends les manteaux de ces Messieurs, je les dépose sur des cintres, je leur sers des boissons, et je garde bouche cousue (le plus souvent).
        Mais comme je conserve par devers moi, malgré tout, la clé du club, et que j’ai horreur de faire la police, je pense qu’il ne serait pas inutile que la conversation restât de bon ton.

        • Très amusantes vos images, de « chaton aveugle » ou de « portier de club », cher Brumes, mais permettez-moi de ne point croire totalement à vos déclarations de modestie. D’ailleurs votre description de votre rôle, au sein du club, dépasse largement celui d’un portier. Plutôt le majordome d’un club anglais, connaissant les vices et les qualités de tous ces Messieurs et qui n’en pense pas moins.

          Il n’empêche que, bien que gantée de velours, la fermeté de la main ne s’en fait pas moins sentir, et que, même n’étant pas un Herr Professor, je prends ma juste part du rappel à l’ordre. Mais, puisque nous en sommes aux images, je suis bien persuadé qu’au sein de notre compagnie « chien qui aboie ne mord pas » et ne trouble pas outre mesure le passage de la caravane.

          Je profite de l’occasion pour vous remercier une fois de plus d’être le tenancier éclairé de cette auberge où l’on trouve bonne compagnie. Personnellement, je serais bien marri d’en être chassé, car je n’en connais aucune où le vin de la conversation soit meilleur. Quitte à parfois, sous l’effet de l’ivresse, délirer quelque peu.

          • Mon évocation du « chien qui aboie » désigne évidemment nos occasionnelles empoignades.

  44. 20 juin 2020.

    Parce que le nom de cet écrivain dont presque personne ne parle a été mentionné…

    « Christ est victime de l’obscuration du nombre. »
    Calaferte, Carnets XV, 1993.

    Voilà ce qui m’attache à un écrivain. C’est une phrase comme celle-là. Je suis attiré, ou plutôt mon esprit, comme par un puissant aimant.

    L’obscuration est un terme d’astronomie, qui signifie un « obscurcissement résultant d’une éclipse. »

    • Il va de soi que Louis Calaferte est un des plus grands écrivains français de la seconde moitié du XXe siècle. Un voilà un que la Pléiade s’honorerait à accueillir dans son panthéon. Hélas, l’oeuvre de Calaferte est demeurée extrêmement confidentielle, l’homme ayant toujours fui ce milieu littéraire germanopratin qu’il avait en horreur, et préférant se tenir éloigné de toute lumière qui ne fût pas divine..

      • Le mot « confidentiel » convient et ne convient pas, tout à la fois, car inconnu du grand public mais célèbre chez les connaisseurs. Il a même connu (presque) son « heure de gloire » figurant comme petit maître dans ses dernières années de Savoie, mais il est vrai que sa disparition physique, en 1996, s’est accompagnée d’une disparition des rayons, des citations et plus encore des médias. Son nom est en passe de ne plus être qu’un signe de reconnaissance entre initiés.
        Mais cela ne tient pas qu’à lui, c’est le sort d’une grande partie des écrivains : la galaxie de la littérature s’éloigne de nous et la lumière de ses étoiles nous parvient de plus en plus faiblement.

        • « ses dernières années de Savoie » ???? De plus en plus étrange, ce « correcteur » automatique !

          Lire, SVP, « les dernières années de sa vie ».

          • Par « oeuvre confidentielle », j’exagère un peu. La plupart des grandes librairies, à Paris comme en province, ont dans leur fonds au moins « Septentrion », parfois « Requiem des Innocents », voire « La mécanique des femmes », qui fait toujours bien dans un rayon de littérature érotique. Néanmoins, le reste de son oeuvre immense demeure totalement occulté. Quid des récits, des carnets, sans parler du théâtre et de la poésie ? Un (très) maigre échantillon de cette dernière, « Rag-Time », suivi de « Londoniennes », avait été publié dans la collection Poésie Gallimard il y a quelques années, mais le titre est aujourd’hui épuisé (pourquoi en effet réimprimer du Calaferte quand on considère Houellebecq comme le grand poète de notre temps ?…)

            Tout devenait danger dans d’oppressants silences
            Autour de toi régnaient de fatales présences
            Invisibles mais qui soudain faisaient trembler
            Tes mains aux ongles longs d’un mal échevelé

            Trop de mystère
            Autour de toi
            Et trop d’effroi

            Ce fut durant ce temps la saison des énigmes

            Louis Calaferte, « Noces funèbres », ed. Tarabuste, Lyon, 1997.

          • Je plaide coupable. Ma connaissance de Calaferte ne va guère au-delà des trois titres que vous citez, et je ne connais pas sa poésie (mais je vais chercher, c’est bien le diable si je ne trouve pas cela sur la Toile).

  45. Bien le bonjour très chers participants à ce fil, je reviens d’une chasse à l’information !
    Je viens délivrer deux informations que certains auront sans doute pu constater, inédites pour d’autres.. bref les voici :
    – Comme vous le savez la publication de Gabriel Garcia Marquez est prévue prochainement. Cependant nous n’avons aucun détails sur la date ou le nombre de volume.
    – Enfin une info qui m’a véritablement surpris puisque nous en parlions il n’y a pas si longtemps, Antonin Artaud est prévu, mieux, il est prévu en très exactement deux volumes ! Aucune date pour le moment.

    • L’entrée d’Artaud représenterait la réparation d’un véritable crime lèse-poésie de la part de la Pléiade.

      Ceci dit, je vais encore choquer, provoquer une polémique peut-être (ce qui n’est pas mon souhait), mais il me semble que pour Antonin Artaud, deux volumes est le bon format.
      À condition qu’ils soient assez conséquents en nombre de pages, et pourvus d’un appareil critique suffisamment développé et fouillé.
      Je ne comprendrais pas des volumes tournant autour de 800 pages, poussés jusqu’à un petit millier, grâce à des notes, intro et commentaires indignes.

      En effet, l’oeuvre proprement littéraire d’Artaud, si elle est immense, par sa qualité, son influence, est fort modeste par le volume. Elle doit tenir en deux volumes qui ne seraient pas fait « à l’économie ».
      Pour les inconditionnels, il y a tout le reste… les écrits divers, la correspondance. Comment pourrait-on trier, choisir, et en donner un condensé dans un ou deux volumes supplémentaires ?
      Si on ne veut pas s’en tenir au coeur de l’oeuvre, alors il faut publier tout ce qui est sorti de sa plume. C’est tout ou rien.
      Or, à mes yeux, une grande partie de ces écrits (et interventions orales) sont l’objet d’une idolâtrie qui tient à d’autres raisons que littéraires.

      (Avant d’écrire ces lignes scandaleuses, voire blasphématoires, j’ai pris la précaution de me munir de tout le matériel nécessaire à la préservation de ma misérable existence : casque, masque, bouclier, gilet pare-balles, jambières…)

    • Je complète mon poste : de nouvelles éditions sont également en préparation :
      – celle de Descartes bien évidement
      – mais aussi une de Verlaine
      – ainsi qu’une de Apollinaire

      Je n’en sais pas + sur le sujet

      • Merveilleuse nouvelle que vous nous apportez là ! Les rumeurs portant sur le remplacement de l’antiquissime Pléiade Descartes par Bridoux (1937 !) ont été bon train depuis le lancement des Oeuvres complètes dans la collection Tel en 2013, entreprise tentant une voie moyenne entre la rigueur et l’accessibilité sans toutefois atteindre les standards qualitatifs du nouveau Stendhal de la collection Epiméthée (lui-même quelque peu en deçà des canons d’une édition critico-exégétique savante comme les Plotins parus chez Vrin ou à l’Oxford University Press). Si les fuites (ou les voeux pieux) se confirment, le nouveau Descartes de la Pléiade devrait être une edition minor resserrée autour du coeur doctrinal du corpus et vraisemblablement pas beaucoup plus annotée que les volumes Tel ni renouvelée par rapport à iceux ; pouvait-on s’attendre à mieux – mettons : une intégrale documentée à la manière du Pascal de Le Guern – considérant les orientations actuelles de la collection ? Dame non ! Non moins attendu est un Verlaine, que j’espère entièrement nouveau. L’édition Borel, quoique accrue des poésies libres dans le tirage de 1989, ne constitue en effet que le remaniement de la première Pléiade (1938), par Le Dantec, dont le relevé de variantes a été retouché et l’annotation remaniée ; ce travail honorable mais peu individuel et par trop succinct au niveau des notices (au mieux, quelques pages dispersées en tête de chaque oeuvre ou recueil) a fort vieilli. Souvent préférable apparaît la solide édition Robichez des Classiques Garnier (1969 et réimpr.), dont la qualité se compare à celle du Rimbaud de Suzanne Bernard dans la même série ; par opposition à l’exégèse timide de la Pléiade, Robichez apporte beaucoup de neuf, n’hésitant jamais à donner son opinion ni à argumenter avec ou contre le status quo dans les notices et surtout les notes, lesquelles occupent plus de deux cents pages serrées. Le plus clair du corpus verlainien a été préfacé, édité critiquement (avec apparat des variantes en général supérieur à celui de Le Dante-Borel) et annoté par O. Bivort au Livre de poche classique ; l’exégèse, un peu scolaire et pas toujours très sûre en fait de phraséologie poétique ou d’explication linguistique, a reçu des appréciations plutôt nuancées de la part des spécialistes, mais l’ensemble constitue un viatique commode et peu coûteux qui n’a pas son équivalent dans les intégrales purement commerciales du type Bouquins. Je ne sais, enfin, quoi attendre d’une nouvelle mouture de la poésie d’Apollinaire en Pléiade, sinon un appareil critique plus poussé sur le plan de l’établissement du texte et quelques éclaircissements ponctuels touchant le contenu ; l’exemple d’autres Pléiades poétiques récentes, à l’instar de Péguy, n’incite cependant point à un grand optimisme. Mais on pourrait être agréablement surpris.

  46. Bonsoir, Chers Amis spécialistes de la littérature,
    Concernant Artaud, c’ est une bonne nouvelle. Mais pourquoi l’accompagner d’un pessimisme déroutant… Un peu de positivisme svp ! Gallimard ne rabaisse pas systématiquement le niveau !
    Je suis assez fana de la pléiade, en particulier dans tout ce qu’elle représente depuis 1923. Alors régulièrement j’achète des volumes neufs ou d’occasion. Et je pense que je n’aurai pas assez d’une vie pour tout lire. Alors, lisez ce qui vous plait dans la pléiade ou dans d’autres éditions et ne vous acharnez pas sur ce qui n’est pas à votre goût. Dans tous les cas, ce n’est pas ma manière de fonctionner car je n’ai pas envie de finir comme un vieux ronchon.

    Ce qui m’importe lorsque j’achète un livre, c’est de pouvoir le consulter. Rapidement je me rend compte s’il me convient. (Neuf ou d’occasion)
    Je suis plus regardant d’ailleurs sur l’occasion car l’état rentre plus en compte. Est il complet, taché, sent-il le moisit ? Voilà, je considère aussi qu’un ouvrage d’occasion a une histoire,

    César

  47. Plus merveilleux encore est de lire, par ce temps à faire du grec, les gouleyants oracles de notre gentille Pythie ! qui Dieu soit loué ! n’a pas cédé aux intimidations des doreurs de pilules professionnels qui sévissent sur ce fil (fil devenu, par la négligence d’un portier beaucoup trop libéral, sinon repère de philistins, véritable cour des miracles : s’imagine-t-on Wilamowitz dans un tripot !).
    Un hoplite (nous ne sommes pas à Roland-Garros, Domonkos !), fût-il de la pensée, ne se rend jamais, sachez-le sinistre Lombard et (très) décévant Zino !

    • Le Junker Wilamowitz était intensément vivant au contraire, tout l’opposé d’un savant de cabinet que l’on tend trop à se figurer ceint dans de grandes robes de pédant ; ses recommandations aux prometteuses pousses détachées à l’Institut allemand de Rome incluaient la suggestion de louer une bicyclette pour mieux visiter la campagne environnante, et il a écrit de mémorable manière, pour faire passer la qualité souvent incertaine de ses lectures dans les manuscrits grecs, « je n’aime point à manger la poussière des bibliothèques », bibliothecarum puluere uesci minime amo. On a même longtemps cru qu’il entretint son ami intime Eduard Norden, l’historien bien connu de l’interaction entre les formes de pensée gréco-romaines et les cadres rhétoriques ou stylistiques qui régissaient l’Antiquité, des problèmes d’aphtes anales de son épouse, la fille du grand Mommsen, dans une lettre à lui adressée, ce qui en dit long sur la liberté de ton de cet intimidant mais libre personnage (point du tout un mondain sanglé et corseté comme l’étaient les plus grands antiquisants français de l’époque, Paul Girard, Amédée Hauvette, les Croiset même).

  48. Le site décidément très évolutif (apparitions, disparitions…) de La Pléiade annonce pour septembre un coffret regroupant les 3 volumes de Maupassant (qui n’apparait pas dans le catalogue papier 2020).
    Je ne suis pas sûr d’être convaincu par ces gros coffrets, j’ai le Proust (4 tomes), il pèse 3 kg, pas très commode finalement;
    aura-t-on un jour l’intégrale de la Comédie humaine (12 tomes, 9 kg)?

    • Pour Balzac, je propose à Gallimard, la mallette de voyage, pour emporter dans la fameuse Ile Déserte.

      J’avais profité de la parution du coffret Proust pour acquérir cette édition, car je ne possédais que l’ancienne, fort insuffisante pour un amateur. Il est vrai que ce n’est plus un pavé mais un parpaing, mais il fait joli dans ma bibliothèque (j’en demande pardon aux ennemis féroces des coffrets qui rôdent dans nos contrées, prêts à se jeter sur le malheureux égaré pour le déchiqueter à belles dents, et les avertis que les miens sont protégés par deux énormes Patous des Pyrénées qui, eux, ne s’en laissent pas conter).

      En ce qui concerne Maupassant, ce sera sans moi. Je déteste l’édition Pléiade des Nouvelles, en deux volumes rébarbatifs, toutes les nouvelles enchaînées, par ordre chronologique : c’est de la plongée dans les profondeurs, en apnée, le cœur serré à l’idée de ne pas pouvoir remonter ! Quand je tente de les ouvrir, je pique une crise de claustrophobie ! Je les ai possédés, naguère, et n’ai jamais pu les lire. Ils sont retournés chez le bouquiniste chez lequel je les avais achetés, sans me laisser de regrets.

      Je suis trop attaché à mes vieux Poche, dans lesquels j’ai lu Maupassant la première fois, et que je rouvre au hasard, quand l’envie m’en prend. Je sais que la réunion en recueils est très largement artificielle, et n’était justifiée que par des raisons commerciales, dès que suffisamment de textes étaient parus dans la presse pour constituer un volume, mais ils ont été, pour certains d’entre eux, établis du vivant de leur auteur, ou bien rapidement après sa disparition, et ils ont à mes yeux une légitimité « historique » (outre ma propre nostalgie).

      L’empilement, par ordre chronologique, en un gros paquet indigeste, ne me paraît pas le moins du monde justifiée. Ces textes s’étendent sur une dizaine d’années, et ils ne font pas apparaître une évolution suffisante pour qu’il soit nécessaire ou utile de les remettre dans une perspective historique. Quant aux intros, notes, etc. merci beaucoup, je n’ai vraiment pas besoin qu’on m’avance une chaise et qu’on m’explique comment me servir de mes couverts, pour déguster un Maupassant, qui réjouit mes papilles en toute simplicité.

      • C’est un peu comme pour Edgar A. Poe : personne ne me forcera (ou alors il faudra s’y mettre à plusieurs et me passer la camisole) à ingurgiter une « Intégrale » en cassant et fondant dans une ensemble anonyme les recueils baudelairiens « Histoires Extraordinaires », « Nouvelles Histoires Extraordinaires », « Histoires Grotesques et Sérieuses ».
        Aucun argument « scientifique » ne me fera renoncer : ne dit-on pas que c’est « dans les vieux Poe qu’on fait les meilleures soupes » ? (Horrific !)

  49. Pardon de partager une nouvelle que tout le monde connait peut-être déjà! Orwell est annoncé pour le 8 octobre, dans l’édition de Philippe Jaworski. Avec entre autre, si j’en crois les articles que je lis ici ou là, 1984, la Ferme des animaux, Dans la dèche à Paris et à Londres…

    Je note, sauf erreur, qu’avant Victor Segalen, et après J. Kessel, Alain-Fournier, De Gaulle bis, Giono en (horrible) collection parallèle, et George Eliott mise à part (je ne compte pas les coffret Dickens et Maupassant à paraître), 2020 aura été le millesime du quasi seul 20e siècle.

    Un survol rapide du catalogue des années précédentes me parait révéler davantage de diversité dans les époques.

  50. À Pantxoa :
    Je ne sais si de nouvelles éditions sont prévues pour Hemingway. Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que j’ai vu, dans au moins trois magasins, les pléiades qui lui sont dédiées.
    Il est également disponible sur le site de la Fnac et de sa très grande sœur, Amazon.

    Pour les connaisseurs : pensant acquérir le tome 2, justement, de cet auteur, peut-on l’acheter les yeux fermés, comme c’est le cas d’un tome de nouvelles de Maupassant ?

    Cordialement.

    • Autant le Maupassant du grand Louis Forestier est une édition savante qui apporte beaucoup de neuf, les Romans davantage encore que les Contes et nouvelles (contre la méthodologie desquels les griefs de l’ami Domonkos relèvent du subjectivisme le plus étroit), autant le Hemingway illustre le bon vieux patron de la littérature étrangère – hors les classiques gréco-romains – en Pléiade : ni plus ni moins que le Dickens, le Goethe ou la quasi totalité de la littérature russe, il s’agit d’une édition d’entrée de gamme, offrant la traduction nue des romans (l’apparat critique se réduit à quelques dizaines de pages de notes, clairsemées et de nature purement élémentaire ; les notices brillent par leur absence).

      • « subjectivisme le plus étroit » que j’assume, cher NéoBirt7, et même que je revendique. Votre diagnostic sur mon triste cas est parfaitement exact.

        En effet, si j’apprécie qu’une édition soit la plus instructive possible, n’étant pas lecteur de profession, mais simplement passionné de littérature, je mets en première ligne mon plaisir et mon « confort ». Si les roses que je veux atteindre sont protégées par des buissons presque impénétrables qui vont me déchirer les mains, je préfère y renoncer.

        C’est le cas de ces deux gros pavés rébarbatifs des Contes et Nouvelles de Maupassant : comme je l’ai dit, j’y étouffe et ils me dégoûtent de Maupassant, qui n’est tout de même pas Dostoïevski et dont le but n’a jamais été d’ennuyer ses lecteurs. Le gain en instruction ne vaut pas à mes yeux la perte du plaisir.

        Je signale ce fait, et j’ai effectivement grand tort de le faire, car il ne devrait intéresser que moi. Mea culpa.

        • Pour me faire pardonner à demi, j’ai conservé le volume des Romans, qui ne présente pas à mes yeux les inconvénients (de méthode) des deux volumes précités, et que je goûte fort.

    • Merci pour cette information.
      Je ne sais pas si Gallimard prépare une nouvelle édition des oeuvres d’Hemingway, mais de nombreux éléments me laissent penser qu’elle aurait toute sa place :
      – les deux éditions datent de 1966 et 1969 et elles me semblent très incomplètes. Il manque en particulier de nombreuses nouvelles, qui ont certes fait l’objet d’une édition en Quarto (excellente d’ailleurs) mais qui n’est pas disponible partout, et la correspondance ;
      – Plusieurs romans ont fait l’objet depuis de nouvelles éditions : Paris est une fête qui était incomplet dans sa première édition et surtout Le vieil homme et la mer avec une nouvelle traduction que je n’ai pas lue mais qui a été unanimement saluée dans la presse ;
      – Gallimard a édité un « beau livre » l’an dernier, Ernest Hemingway archives d’une vie », sous la direction de Philippe Jaworski, ce dernier étant aussi à l’initiative de la nouvelle traduction du vieil homme et la mer et de nombreuses Pleiades d’auteurs américains (Melville, London, Fitzgerald…).
      Alors on peut rêver d’une nouvelle édition en 2021, a l’occasion du 60ème anniversaire de sa disparition, pourquoi pas accompagnée d’un album…

      • S’il fallait refaire le Hemingway (et je pense qu’il le faudrait), deux volumes n’y suffiraient plus. Ce qui, à en juger par les apparences de la politique pléiadienne actuelle, représente un obstacle.

        Je ne jette pas à la pierre aux premiers éditeurs, mais le temps a passé, le Hemingway personnage mythifié s’est éloigné de nous, sa réception s’est renouvelée, le corpus de son oeuvre s’est enrichi, refaire les traduction était une nécessité absolue, et ce « nouvel » Hemingway, ramené à sa vérité littéraire – « Adieux aux armes », au « Grand Chasseur Blanc », aux pêches au gros poissons et aux sous-marins allemands dans la Mer des Caraïbes, aux beuveries et aux femmes, au patriarche de La Finca Vigia, à l’ours de Ketchum (une pensée pour Margaux Hemingway que j’ai connue et qui y repose auprès de son grand-père, figure tutélaire et fatale) – et bonjour à l’écrivain qui a forgé ses outils d’écriture – mérite amplement une nouvelle édition.

        Encore faudrait-il qu’il ne s’agît pas d’une simple travail de ravalement de la façade.

        • Je vous invite à compter les fautes que j’ai semées à foison : celui qui trouvera le plus grand nombre, gagnera ma considération.

  51. Merci pour votre réponse, Neo-Birt7 — d’autant plus que je comptais acheter les romans de Maupassant dans la semaine ; mais j’attendrai donc pour Hemingway, puisque vous êtes trois à dire qu’il mériterait une nouvelle édition —, ainsi qu’à vous, Domonkos.

    Pour Domonkos et Alinio : le tome 2 de Proust de votre coffret est-il issu, comme c’est malheureusement le cas pour moi, de l’alliance entre Bolloré et Aubin ?
    J’ai essayé de l’acquérir dans une version différente, si je puis dire, mais c’est peine perdue : je ne l’ai point trouvé ! Or, si vous me dites que ce n’est pas le cas pour vous, je chercherai davantage, car cette situation m’est fâcheuse, naturellement.

    J’ai d’ailleurs également ce problème avec les tomes 2 de Céline et des nouvelles de Maupassant, et, malgré là aussi des recherches, je n’ai pas trouvé d’autres éditions, donc si quelqu’un traînant sur ce forum possède ces pléiades sans défaut, j’apprécierais beaucoup qu’il se manifeste, cela me permettrait de ne pas perdre espoir !

    Cordialement.

    • Bonsoir Amboise. Je dois reconnaître que les volumes réalisés par Aubin à Ligugé présentent souvent ce défaut récurent de fabrication. Plus ou moins prononcé selon les cas. Certains frôlant vraiment le scandaleux, impropres à la vente, sans exagérer. Si cela peut vous rassurer, je possède ces trois exemplaires (les Proust 2, Maupassant nouvelles 2, et Céline 2), et je dois être chanceux, je les trouvés, sans chercher, avec une reliure parfaite, les pages se tournant de façon très fluide. On peut passer le doigt le long de la reliure des pages, à l’intérieur du livre, sans entendre ce vilain bruit de froissement de papier trop serré. De mon côté, j’ai un problème pour trouver un volume convenable de Queneau 3. Les deux premiers (que j’ai vus en rayon) sont un modèle de reliure réussie, tandis que le troisième est une abomination, un calvaire rien qu’à entrouvrir le livre. Je m’interdis à m’offrir l’ensemble des trois Queneau…

      • Confronté à ces reliures indignes, je rigole franchement quand je lis sur le site officiel de la collection qu’ils attachent un soin particulier lors de la conception des livres, que chaque exemplaire passe soigneusement différents points de contrôle. Certains volumes méritent la poubelle.

        • Merci beaucoup pour votre réponse, KleineFuge ; je vais donc persévérer.
          Malheureusement, je ne peux guère vous rendre la pareille, et vous dire que je possède le Queneau 3 en parfait état, ce qui n’est pas le cas : je n’ai que l’album !
          Cependant, si vous avez les Proust, Céline et Maupassant avec une reliure parfaite, je ne peux que vous conseiller de ne pas perdre espoir, tout comme moi.

      • Cous êtes effectivement chanceux : le mien est vraiment mal relié, et celui que j’ai consulté hier chez mon libraire, pour vérification, souffre des mêmes graves défauts.
        Pas moyen d’aller déverser quelques tonnes de fumier dans la cour de Gallimard ?

    • Désolé de vous répondre aussi tardivement, Amboise.

      Effectivement, après contrôle, le tome 2 de mon Proust en coffret, est bien sorti de chez Aubin à Ligugé et scandaleusement mal relié (bruit d’arrachage, papier qui se gondole à la pliure, ouverture incomplète et maniement inconfortable).
      Par acquis de conscience, je suis allée hier à la librairie de ma petite ville, et j’ai trouvé un coffret Proust : le second volume a la même provenance et souffre des mêmes graves défauts de fabrication.

      Je ne sais pas si, au lieu de nous lamenter tous ici, vainement, il n’y aurait pas un moyen de faire comprendre à Gallimard notre mécontentement, en groupe, afin de lui faire comprendre que cela n’est pas admissible ?

        • Bonjour Brumes,
          Je note l’emploi par vous du passé composé : « le phénomène a duré », dois-je comprendre qu’il appartient au passé et qu’il est réglé ?
          En ce cas, les coffrets, comme celui de Proust, serait l’occasion pour Gallimard, de nous refiler les volumes défectueux en douce : en l’occurrence, le tome II dans un coffret comprenant quatre volumes.
          L’intention malicieuse deviendrait donc évidente.

          • Le premier tirage de la Pléiade de Gaulle lui aussi imprimé par Aubin sur Bible de chez Bolloré fut misérablement relié par Babouot : pages trop serrées crissant au plus infime feuilletage, couture excessivement dense des cahiers qui fait grimacer de gros blocs de pages quand on veut ouvrir l’ouvrage pour le lire à plat, froissement du papier au contact des plats de dessus et dessous. Double peine donc pour le Général, de tomber aux mains de Marius-François Guyard puis des forbans de Lagny. J’imagine que le tirage spécial de cette année vise à écouler ces exemplaires luxés.

          • Eh bien, NeoBirt7, nous savons à présent à quoi servent ces coffrets et ce n’est pas joli-joli !

            Décidément, la vieille Dame présente de plus en plus les signes du déclin, et ces rides ne sont pas dues à l’usure normale du grand âge, mais plutôt, comme sur « le Portrait de Dorian Gray », à ses vices.

            N’en déplaise à ceux que l’amour rend aveugles.

          • Mon de Gaulle présente les mêmes défauts. Pages visiblement trop serrées qui gondolent à la pliure et qui rendent effectivement la lecture inconfortable.
            Je le suis dit que peut-être cela s’améliorerait avec le temps mais ce n’est malheureusement pas le cas.
            Je n’ai pas constaté de problème similaire avec mes autres volumes (une trentaine)

  52. Je suis allé faire un tour sur le site la Pléiade et qu’est-ce que je vois ! Les prix ont flambées du côté de chez Colette. Le volume 1 qui était à 62-63 euros dans mes souvenirs est désormais à 69,50. Comment peut-on expliquer une telle augmentation ? J’essayais de me l’expliquer autrefois avec Rimbaud (celui de Guyaux) qui était à 54 euros puis maintenant à 55. Sans doute le pléiade avait-il du succès ? Mais un pléiade qui prend plus de cinq euros d’un coup je vous avoue que je ne me l’explique pas.

  53. Bonsoir, vous qui êtes familiers de la collection, à partir de quelle date de l’année en cours obtenons-nous des infos sur les choix et la programmation de l’année qui arrive ? 1821-2021, sommes-nous en droit d’espérer les deux derniers volumes des œuvres complètes de Gustave ?

  54. Je crois que Tigrane avait confirmé ici et la reddition du manuscrit des deux derniers tomes de l’édition Gothot-Mersch des oeuvres flaubertiennes et la programmation de leur sortie sous forme de coffret pour le jubilé de 2021. Ce gel d’une entreprise en attendant les jours fastes d’un millésime commercialement avantageux, est une mesquinerie dont les maisons d’édition sont devenues coutumières ; et bren pour la fraîcheur du produit publié ! Gallimard, qui n’autorise pas plus la datation des préfaces (ou des remerciements) des éditeurs dans ses Pléiades qu’il ne laisse ces derniers expliciter la chronologie et les tenants et aboutissants du projet ayant donné naissance à chaque tome de sa série amirale, a donné le mauvais exemple en la matière depuis les origines. Cette absence de transparence (imitée par Champion et les éditions des Classiques Garnier) est la première des preuves que nous n’avons pas – et n’avons même jamais eu – à faire à une collection scientifique

    • Bien d’accord. Plus encore que de la mesquinerie, cela s’apparente à un enfantillage. Pour un gain commercial dont je ne suis pas certain qu’il soit si considérable. Je crois qu’il s’agit plus d’une satisfaction narcissique : voyez comme j’ai célébré, ainsi qu’il se doit, l’événement !
      De toute façon, toutes ces célébrations sont souvent des « seconds enterrements » : hormis quelques « immortels », on tire de leur « injuste oubli » quelques célébrités d’antan, avant de les y replonger, avec la satisfaction du devoir accompli. On devrait laisser ce genre de pratique aux amateurs de Hit Parades.

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