La Bibliothèque de la Pléiade

Version du 30 octobre 2015

Version du 19 février 2016

Version du 29 mars 2016

En décembre 2013, j’écrivis une modeste note consacrée à la politique éditoriale de la célèbre collection de Gallimard, « La Bibliothèque de la Pléiade », dans laquelle je livrais quelques observations plus ou moins judicieuses à ce propos. Petit à petit, par l’effet de mon bon positionnement sur le moteur de recherche Google et du manque certain d’information officielle sur les prochaines publications, rééditions ou réimpressions de la collection, se sont agrégés, dans la section « commentaires » de cette chronique, de nombreux amateurs. Souvent bien informés – mieux que moi – et décidés à partager les informations dont Gallimard est parfois avare, ils ont permis à ce site de proposer une des meilleures sources de renseignement officieuses à ce sujet. Comme le fil de discussions commençait à être aussi dense que long (près de 100 commentaires), et donc difficile à lire pour de nouveaux arrivants, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant, pour les nombreuses personnes qui trouvent mon blog par des requêtes afférentes à la « Pléiade », que toutes les informations soient regroupées sur cette page. Les commentaires y sont ouverts et, à l’exception de ce chapeau introductif, les informations seront mises à jour régulièrement. Les habitués de l’autre note sont invités à me signaler oublis ou erreurs, j’ai mis un certain temps à tout compiler, j’ai pu oublier des choses.

Cette page, fixe, ne basculera pas dans les archives du blog et sera donc accessible en permanence, en un clic, dans les onglets situés en dessous du titre du site.

Je tiens à signaler que ce site est indépendant, que je n’ai aucun contact particulier avec Gallimard et que les informations ici reprises n’ont qu’un caractère officieux et hypothétique (avec divers degrés de certitude, ou d’incertitude, selon les volumes envisagés). Cela ne signifie pas que l’information soit farfelue : l’équipe de la Pléiade répond aux lettres qu’on lui adresse ; elle diffuse aussi au compte-gouttes des informations dans les médias ou sur les salons. D’autre part, certains augures spécialistes dans la lecture des curriculums vitae des universitaires y trouvent parfois d’intéressantes perspectives sur une publication à venir. Le principe de cette page est précisément de réunir toutes ces informations éparses en un seul endroit.

J’y inclus aussi quelques éléments sur le patrimoine de la collection (les volumes « épuisés » ou « indisponibles ») et, à la mesure de mes possibilités, sur l’état des stocks en magasin (c’est vraiment la section pour laquelle je vous demanderai la plus grande bienveillance, je le fais à titre expérimental : je me repose sur l’analyse des stocks des libraires indépendants et sur mes propres observations). Il faut savoir que Gallimard édite un volume en une fois, écoule son stock, puis réimprime. D’où l’effet de yo-yo, parfois, des stocks, à mesure que l’éditeur réimprime (ou ne réimprime pas) certains volumes. Les tirages s’épuisent parfois en huit ou dix ans, parfois en trente ou quarante (et ce sont ces volumes, du fait de leur insuccès, qui deviennent longuement « indisponibles » et même, en dernière instance, « épuisés »).

Cette note se divise en plusieurs sections, de manière à permettre à chacun de se repérer plus vite (hélas, WordPress, un peu rudimentaire, ne me permet pas de faire en sorte que vous puissiez basculer en un clic de ce sommaire vers les contenus qu’ils annoncent) :

I. Le programme à venir dans les prochains mois

II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

III. Les volumes « épuisés »

IV. Les rééditions

V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Cette page réunit donc des informations sur le programme et le patrimoine de la collection.

Les mises à jour correspondent à un code couleur, indiqué en ouverture de note (ce qui évite à l’habitué de devoir tout relire pour trouver mes quelques amendements). La prochaine mise à jour aura lieu dans quelques temps, lorsque le besoin s’en fera sentir.

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I. Le programme à venir dans les prochains mois

Le programme du premier semestre 2016 est officiellement connu et publié sur le site officiel.

->Henry James : Un Portrait de femme et autres romans. Après la publication des Nouvelles complètes, Gallimard décide donc de proposer plusieurs romans de l’épais corpus jamesien. Le volume comprend quatre romans : Roderick Hudson (1876), Les Européens (1878), Washington Square (1880) et Portrait de femme (1881). La perspective de publication semble à la fois chronologique et thématique. Elle n’est pas intégrale puisque sont exclus trois romans contemporains du même auteur : Le Regard aux aguets (1871), L’Américain (1877) et Confiance (1879). En cas de succès, il paraît probable que ce volume soit néanmoins suivi d’un ou deux autres, couvrant la période 1886-1905.

On peut imaginer que le(s) volume(s) à venir comprendra/comprendront Les Bostoniennes, Ce que savait Maisie, Les Ambassadeurs, Les Ailes de la Colombe ou La Coupe d’Or, mais comme certains de ces ouvrages ont été retraduits, fort récemment, par Jean Pavans, il est difficile d’établir avec certitude ce que fera la maison Gallimard du reste de l’œuvre. La solution la plus cohérente serait de publier deux autres tomes (voire trois…).

->Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques I et II. M. Vargas Llosa a beaucoup publié, souvent d’épais romans (ou mémoires – comme le très recommandable Le Poisson dans l’eau). La Pléiade ne proposera qu’une sélection de huit romans parmi la vingtaine du corpus. Le premier tome couvre la période 1963-1977 et comprend La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Cathedral » (1969) et La Tante Julia et le scribouillard (1977). Le deuxième tome s’étend de 1981 à 2006 et a retenu La Guerre de la fin du monde (1981), La Fête au bouc (2000), Le Paradis un peu plus loin (2003) et Tours et détours de la vilaine fille (2006).

Il faut noter l’absence des Chiots, de l’Histoire de Mayta et de Lituma dans les Andes, ainsi que des derniers romans parus. De ce que je comprends de l’entretien donné par M. Vargas Llosa au Magazine Littéraire (février 2016), cette sélection a été faite voici dix ans. Cela peut expliquer quelques lacunes. Entre autres choses, le Nobel 2010 de littérature dit aussi que, pour lui, féru de littérature française et amateur de la Bibliothèque de la Pléiade depuis les années 50, il fut plus émouvant de savoir qu’il entrerait dans cette collection que de se voir décerner le Nobel de littérature. Il faut dire qu’à la Pléiade, pour une fois, il précède son vieux rival Garcia Marquez – dont les droits sont au Seuil.

-> en coffret, les deux volumes des Œuvres complètes de Jorge Luis Borges, déjà disponibles à l’unité.

-> Jules Verne (III)Voyage au centre de la terre et autres romans. L’œuvre de Verne a fait l’objet de deux volumes en 2012 ; un troisième viendra donc les rejoindre, signe que cette publication, un peu contestée pourtant, a eu du succès. Quatre romans figurent dans ce tome : Voyage au centre de la terre (1864) ; De la terre à la lune (1865) ; Autour de la lune (1870) et, plus étonnant, Le Testament d’un excentrique (1899), un des derniers romans de l’auteur – où figure en principe une sorte de jeu de l’oie, avec pour thème les États-Unis d’Amérique (qui ne sera peut-être pas reproduit).

Un quatrième tome est-il envisagé ? Je ne sais.

-> Shakespeare, Comédies II et III (Œuvres complètes VI et VII). Gallimard continue la publication des œuvres complètes du Barde en cette année du quatre centième anniversaire de sa mort. L’Album de la Pléiade lui sera également consacré. C’est une parution logique et que nous avions, ici même, largement anticipée (ce « nous » n’est pas un nous de majesté, mais une marque de reconnaissance envers les commentateurs réguliers ou irréguliers de cette page, qui proposent librement leurs informations ou réflexions à propos de la Pléiade).

Le tome II des Comédies (VI) comprend Les Joyeuses épouses de Windsor, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, La Nuit des rois, Mesure pour mesure, et Tout est bien qui finit bien.

Le tome III des Comédies (VII) comprend Troïlus et Cressida, Périclès, Cymbeline, Le Conte d’hiver, La Tempête et Les Deux Nobles Cousins.

J’ai annoncé un temps que les poèmes de Shakespeare seraient joints au volume VII des Œuvres complètes, ce ne sera pas le cas. Ils feront l’objet d’un tome VIII, à venir. Ce corpus de poésies étant restreint (moins de 300 pages, ce me semble, dans l’édition des années 50, déjà enrichie de divers essais et textes sur l’œuvre), il est probable qu’il sera accompagné d’un vaste dossier documentaire, comme Gallimard l’a fait pour les rééditions Rimbaud et Lautréamont, ou pour la parution du volume consacré à François Villon.

Le programme du second semestre 2016 a filtré ici ou là, via des « agents » commerciaux ou des vendeurs de Gallimard. Nous pouvons l’annoncer ici avec une relative certitude.

-> Après Sade et Cervantès, le tirage spécial sera consacré à André Malraux, mort voici quarante ans. Il reprendra La Condition humaine, et, probablement les romans essentiels de l’écrivain (L’Espoir, La Voie royale, Les Conquérants). Ces livres sont dispersés actuellement dans les deux premiers des six volumes consacrés à Malraux.

Je reste, à titre personnel, toujours aussi dubitatif à l’égard de cette sous-collection.

–> Premiers Écrits chrétiens, dont le maître d’œuvre est Bernard Pouderon ; selon le site même de la Pléiade, récemment et discrètement mis à jour, le contenu du volume sera composé des textes de divers apologistes chrétiens, d’expression grecque ou latine : Hermas, Clément de Rome, Athénagore d’Athènes, Méliton de Sardes, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Ce volume  n’intéressera peut-être que modérément les plus littéraires d’entre nous ; il pérennise toutefois la démarche éditoriale savante poursuivie avec les Premiers écrits intertestamentaires ou les Écrits gnostiques.

Pour l’anecdote, Tertullien seul figurait déjà à la Pléiade italienne, dans un épais et coûteux volume ; ici, il n’y aura bien évidemment qu’une sélection de ses œuvres.

–> Certains projets sont longuement mûris, parfois reportés, et souvent attendus des années durant par le public de la collection. D’autres, inattendus surprennent ; à peine annoncés, les voici déjà publiés. C’est le cas, nous nous en sommes faits l’écho ici-même, de Jack London. Dès cet automne, deux volumes regrouperont les principaux de ses romans, dont, selon toute probabilité Croc-blanc, L’Appel de la forêt et Martin Eden. Le programme précis des deux tomes n’est pas encore connu.

L’entrée à la Pléiade de l’écrivain américain a suscité un petit débat entre amateurs de la collection, pas toujours convaincus de la pertinence de cette parution, alors que deux belles intégrales existent déjà, chez Robert Laffont (coll. Bouquins) et Omnibus.

-> enfin, s’achèvera un très long projet, la parution des œuvres de William Faulkner, entamée en 1977, et achevée près de quarante ans plus tard. Avec la parution des Œuvres romanesques V, l’essentiel de l’œuvre de Faulkner sera disponible à la Pléiade. Ce volume contiendra probablement La Ville, Le Domaine, Les Larrons ainsi que quelques nouvelles.

Comme souvent, la Pléiade fait attendre très longtemps son public ; mais enfin, elle est au rendez-vous, c’est bien là l’essentiel.

Cette année 2016 est assez spéciale dans l’histoire de la Pléiade, car neuf volumes sur dix sont des traductions, ce qui est un record ; l’album est également consacré à un écrivain étranger, ce qui n’est pas souvent arrivé (Dostoïevski en 1975, Carroll en 1990, Faulkner en 1995, Wilde en 1996, Borges en 1999, les Mille-et-une-nuits en 2005).

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Le domaine français fera néanmoins son retour en force en 2017, avec la parution (selon des sources bien informées) de :

-> Perec, Œuvres I et II. Georges Perec ferait également l’objet de l’Album de la Pléiade. Voici quelques années déjà que l’on parle de cette parution. Des citations de Georges Perec ont paru dans les derniers agendas, M. Pradier m’avait personnellement confirmé en 2012 que les volumes étaient en cours d’élaboration pour 2013/14 ; il est donc grand temps qu’ils paraissent.

Que contiendront-ils ? L’essentiel de l’œuvre romanesque, selon toute vraisemblance (La Disparition, La vie, mode d’emploi, Les Choses, W ou le souvenir d’enfance, etc.). Le Condottiere, ce roman retrouvé par hasard récemment y sera-t-il ? Je ne le sais pas, mais c’est possible (et c’est peut-être même la raison du retard de parution).

-> Tournier, Œuvres (I et II ?). Michel Tournier l’avait confirmé lui-même ici ou là, ses œuvres devaient paraître d’ici la fin de la décennie à la Pléiade. Sa mort récente peut avoir « accéléré » le processus ; preuve en est que Pierre Assouline, très au fait de la politique de la maison Gallimard, a évoqué, sur son site et dans son hommage à l’auteur, la parution pour 2016 de ces deux volumes. Il s’est peut-être un peu trop avancé, mais selon nos informations, un volume (au moins) paraîtrait au premier semestre 2017 (ou bien les deux ? rien n’est certain à cet égard), ce qu’Antoine Gallimard a confirmé au salon du livre.

-> Quand on aime la Pléiade, il faut être patient. Après dix-sept ans d’attente, depuis la parution du premier volume, devrait enfin sortir des presses le tome Nietzsche II. Cette série a été ralentie par les diverses turpitudes connues par les éditeurs du volume. La direction de ce tome, et du suivant, est assurée par Marc de Launay et Dorian Astor.

Cela fait quatre ou cinq tomes, soit l’essentiel du premier semestre. D’autres volumes sont attendus, mais sans certitude, pour un avenir proche, peut-être au second semestre 2016 :

-> Flaubert IV : la série est en cours (voir plus bas), le volume aurait été rendu à l’éditeur. On évoquait ici-même sa parution pour 2015.

-> Nimier, Œuvres. Je n’oublie pas que l’Agenda 2014 arborait une citation de Nimier, ce qui indique une parution prochaine.

-> Beauvoir, Œuvres autobiographiques. Ce projet se confirme d’année en année : annoncé par les représentants Gallimard vers 2013-2014, il est attesté par la multiplication des mentions de Simone de Beauvoir dans l’agenda 2016 (cinq, dans « La vie littéraire voici quarante ans », qui ouvre le volume). Gallimard est coutumier du fait : il communique par discrètes mentions d’auteurs inédits, dans les agendas, que les pléiadologues décryptent comme, jadis, les kremlinologues analysaient le positionnement des hiérarques soviétiques lors des défilés du 1er mai.

-> Leibniz : un volume d’Œuvres littéraires et philosophiques s’est vu attribuer un numéro d’ISBN (cf. sur Amazon). C’est un projet qui avait été évoqué dans les années 80, mais plus rien n’avait filtré le concernant depuis. Je n’ai (toujours) pas trouvé de mention de ce volume dans des CV d’universitaires. Comme pour Nietzsche II, je tiens cette sortie pour possible (ISBN oblige) mais encore incertaine. Cependant, le site Amazon indique une parution au 1er mars… 1997 : n’est-ce pas là, tout simplement, un vieux projet avorté, et dont l’ISBN n’a jamais été annulé ? À bien y réfléchir, l’abandon est tout à fait plausible.

-> D’autres séries sont en cours et pourraient être complétées : Brontë III, Stevenson III, Nabokov III, la Correspondance de Balzac III. D’autres séries, en panne, ne seront pas plus complétées en 2016 que les années précédentes (cf. plus bas) : Vigny III, Luther II, la Poésie d’Hugo IV et V, les Œuvres diverses III de Balzac, etc.

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II. Les publications possibles ou attendues ; les séries en cours

a) Nouveaux projets et rééditions

Les volumes que je vais évoquer ont été annoncés ici ou là, par Gallimard. Si dix nouveaux volumes de la Pléiade paraissent chaque année, vous le constaterez, la masse des projets envisagés énumérés ci-dessous nous mène bien au-delà de 2020.

–> un choix de Correspondance de Sade ;

–> les œuvres romanesques de Philip Roth, en deux volumes ; une mention de Roth, dans l’agenda 2016, atteste que ce projet est en cours.

–> l’Anthologie de la poésie américaine ; les traducteurs y travaillent depuis un moment ;

–> une nouvelle édition des œuvres de Descartes et de la Poésie d’Apollinaire (direction Étienne-Alain Hubert) ; Jean-Pierre Lefebvre travaille en ce moment sur une retraduction des œuvres de Kafka, une nouvelle édition est donc à prévoir (les deux premiers tomes seulement ? les quatre ?) ; une nouvelle version de L’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet est en cours d’élaboration également ;

–> Une autre réédition qui pourrait bien être en cours, c’est celle des œuvres de Paul Valéry, qui entreront l’an prochain dans le domaine public ; certains indices dans le Paul Valéry : une Vie, de Benoît Peeters, récemment paru en poche, peuvent nous en alerter ; la réédition des Cahiers, autrefois épuisés, n’est certes pas un « bon » signe (cela signifie que Gallimard ne republiera pas de version amendée d’ici peu – ce qui ne serait pourtant pas un luxe, l’édition étant ancienne, partielle et, admettons-le, peu accessible) ; en revanche, les Œuvres pourraient faire l’objet d’une révision, comme l’ont été récemment les romans de Bernanos ou les pièces et poèmes de Péguy. La publication de la Correspondance de Valéry pourrait être une excellente idée, d’un intérêt certain – mais c’est là seulement l’opinion du Lecteur (Valéry y est plus vif, moins sanglé que dans ses œuvres).

–> Tennessee Williams, probablement dirigée par Jean-Michel Déprats ; une mention discrète dans l’agenda 2016 tend à confirmer cette parution à venir ;

–> Blaise Cendrars, un troisième volume, consacré à ses romans (les deux premiers couvraient les écrits autobiographiques) ; selon le CV de Mme Le Quellec, collaboratrice de cette édition, ce volume paraîtrait en 2017 ;

–> George Sand : une édition des œuvres romanesques serait en cours ; l’équipe est constituée.

–> De même, Michel Onfray a évoqué par le passé, dans un entretien, l’éventuelle entrée d’Yves Bonnefoy à la Pléiade. Ce projet est littérairement crédible, d’autant plus que l’Agenda 2016 cite plusieurs fois Bonnefoy. Je suppose qu’il s’agira d’Œuvres poétiques complètes, ne comprenant pas les nombreux ouvrages de critique littéraire. Quelque aventureux correspondant a posé franchement la question auprès de Gallimard, qui lui a répondu que Bonnefoy était bien en projet.

-> Il faut également s’attendre à l’entrée à la Pléiade du médiéviste Georges Duby. Une information avait filtré en ce sens dans un numéro du magazine L’Histoire ; cette évocation dans l’agenda, redoublée, atteste de l’existence d’un tel projet. J’imagine plutôt cette parution en un tome (ou en deux), comprenant plusieurs livres parmi Seigneurs et paysans, La société chevaleresque, Les Trois ordres, Le Dimanche de Bouvines, Guillaume le Maréchal, et Mâle Moyen Âge.

-> Le grand succès connu par le volume consacré à Jean d’Ormesson (14 000 exemplaires vendus en quelques mois) donne à Gallimard une forme de légitimité pour concevoir un second volume ; les travaux du premier ayant été excessivement vite (un ou deux ans), il est possible de voir l’éditeur publier ce deuxième tome dès 2017…

-> Jean-Yves Tadié a expliqué, en 2010, dans le Magazine littéraire, qu’il s’occupait d’une édition de la Correspondance de Proust en deux tomes. Cette perspective me paraît crédible et point trop ancienne. À confirmer.

–> Textes théâtraux du moyen âge ; en deux volumes, j’en parle plus bas, c’est une vraie possibilité, remplaçant Jeux et Sapience, actuellement « indisponible ». La nouvelle édition, intitulée Théâtre français du Moyen Âge est dirigée par J.-P.Bordier.

–> Soseki ; le public français connaît finalement assez mal ce grand écrivain japonais ; pourtant sa parution en Pléiade, une édition dirigée par Alain Rocher, est très possible. Elle prendra deux volumes, et les traductions semblent avoir été rendues.

–> Si son vieux rival Mario Vargas Llosa vient d’avoir les honneurs de la collection, cela ne signifie pas que Gabriel Garcia Marquez soit voué à en rester exclu. Dans un proche avenir, la Pléiade pourrait publier une sélection des principaux romans de l’écrivain colombien.

–>Enfin, et c’est peut-être le scoop de cette mise à jour, selon nos informations, officieuses bien entendu, il semblerait que les Éditions de Minuit et Gallimard aient trouvé un accord pour la parution de l’œuvre de Samuel Beckett à la Pléiade, un projet caressé depuis longtemps par Antoine Gallimard. Romans, pièces, contes, nouvelles, en français ou en anglais, il y a là matière pour deux tomes (ou plus ?). Il nous faut désormais attendre de nouvelles informations.

Cette première liste est donc composée de volumes dont la parution est possible à brève échéance (d’ici 2019).

Je la complète de diverses informations qui ont circulé depuis trente ans sur les projets en cours de la Pléiade : les « impossibles » (abandonnés), les « improbables » (suspendus ou jamais mis en route), « les possibles » (projet sérieusement évoqué, encore récemment, mais sans attestation dans l’Agenda et sans équipe de réalisation identifiée avec certitude).

A/ Les (presque) impossibles

-> Textes philosophiques indiens fondamentaux ; une édition naguère possible (le champ indien a été plutôt enrichi en 20 ans, avec le Ramayana et le Théâtre de l’Inde Ancienne), mais plutôt risquée commercialement et donc de plus en plus incertaine dans le contexte actuel. Zéro information récente à son sujet.

–> Xénophon ; cette parution était très sérieusement envisagée à l’époque du prédécesseur de M. Pradier, arrivé à la direction de la Pléiade en 1996 ; elle a été au mieux suspendue, au pire abandonnée.

–> Écrits Juifs (textes des Kabbalistes de Castille) ; très improbable en l’état économique de la collection.

–> Mystiques médiévaux ; aucune information depuis longtemps.

–> Maître Eckhart ; la Pléiade doit avoir renoncé, d’autant plus que j’ai noté la parution, au Seuil, cet automne 2015, d’un fort volume de 900 pages consacré aux sermons, traités et poèmes de Maître Eckhart ; projet abandonné.

–> Joanot Martorell ; le travail accompli sur Martorell a été basculé en « Quarto », un des premiers de la collection ; la Pléiade ne le publiera pas, projet abandonné.

–> Chaucer ; projet abandonné de l’aveu de son maître d’œuvre (le travail réalisé par les traducteurs a pu heureusement être publié, il est disponible via l’édition Bouquins, parue en 2010).

-> Vies et romans d’Alexandre est un volume qui a été évoqué depuis vingt-cinq ans, sans résultat tangible à ce jour. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Georges Bohas étaient supposés en être les maîtres d’œuvre. Une mention récente dans Parole de l’orient (2012) laisse à penser que le projet a été abandonné. En effet, une partie des traductions a paru en 2009 dans une édition universitaire et l’auteur de l’article explique que ce « recueil était originellement prévu pour un ouvrage collectif devant paraître dans la Pléiade ». C’est mauvais signe.

Ces huit volumes me paraissent abandonnés.

B/ Les improbables

–> Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor ; ce tome était attendu pour 2011 ou 2012, le projet semble mettre un peu plus de temps que prévu. Selon quelques informations recueillies depuis, il semble que, malgré l’effet d’annonce, la réalisation ce volume n’a jamais été vraiment lancée.

–> Saikaku ; quelques informations venues du traducteur, M. Struve, informations vieilles maintenant de dix ans ; notre aruspice de CV, Geo, est pessimiste, du fait du changement opéré dans l’équipe de traduction en cours de route.

–> Carpentier ; cela commence à faire longtemps que ce projet est en cours, trop longtemps (plus de quinze ans que Gallimard l’a évoqué pour la première fois). Carpentier est désormais un peu oublié (à tort). Ce projet ne verra probablement pas le jour.

–> Barrès ; peu probable, rien ne l’a confirmé ces derniers temps…

–> la perspective de la parution d’un volume consacré à Hugo von Hofmannsthal avait été évoquée dans les années 90 (par Jacques Le Rider dans la préface d’un Folio). La Pochothèque et l’Arche se sont occupés de republier l’écrivain autrichien. Cette parution me paraît abandonnée.

–> En 2001, Mme Naudet s’est chargée du catalogage des œuvres de Pierre Guyotat en vue d’une possible parution à la Pléiade. Je ne pense pas que cette réflexion, déjà ancienne, ait dépassé le stade de la réflexion. Gallimard a visiblement préféré le sémillant d’Ormesson au ténébreux Guyotat.

-> Voici quelques années, M. Pradier, le directeur de la collection avait évoqué diverses possibilités pour la Pléiade : Pétrarque, Leopardi et Chandler. Ce n’étaient là que pistes de réflexions, il n’y a probablement pas eu de suite. Un volume Pétrarque serait parfaitement adapté à l’image de la collection et son œuvre y serait à sa place. Je ne sais pas si la perspective a été creusée. Boccace manque aussi, d’ailleurs. Pour Leopardi, le fait qu’Allia n’ait pas réussi à écouler le Zibaldone et la Correspondance (bradée à 25€ désormais) m’inspirent de grands doutes. Le projet serait légitime, mais je suis pessimiste – ce qui est logique en parlant de l’infortuné poète bossu. Enfin, Chandler a fait l’objet depuis d’un Quarto, et même s’il est publié aux Meridiani (pléiades italiens), je ne crois pas à sa parution en Pléiade.

Ces neuf volumes me paraissent incertains. Abandon possible (ou piste de réflexion pas suivie).

C/ Les plausibles

–> Nathaniel Hawthorne ; à la fois légitime (du fait de l’importance de l’auteur), possible (du fait du tropisme américain de la Pléiade depuis quelques années) et annoncé par quelques indiscrétions ici ou là. On m’a indiqué, parmi l’équipe du volume, les possibles participations de M. Soupel et de Mme Descargues.

-> Le projet de parution d’Antonin Artaud à la Pléiade a été suspendu au début des années 2000, du fait des désaccords survenus entre la responsable du projet éditorial et les ayants-droits de l’écrivain ; il devrait entrer dans le domaine public au 1er janvier 2019 et certains agendas ont cité Artaud par le passé ; un projet pourrait bien être en cours, sinon d’élaboration, tout du moins de réflexion.

–> Romain Gary, en deux tomes, d’ici la fin de la décennie.

–> Kierkegaard ; deux volumes, traduits par Régis Boyer, maître ès-Scandinavie ; on n’en sait pas beaucoup plus et ce projet est annoncé depuis très longtemps.

–> Jean Potocki ; la découverte d’un second manuscrit a encore ralenti le serpent de mer (un des projets les plus anciens de la Pléiade à n’avoir jamais vu le jour).

–> Thomas Mann ; il faudrait de nouvelles traductions, et les droits ne sont pas chez Gallimard (pas tous en tout cas) ; Gallimard attend que Mann tombe dans le domaine public (une dizaine d’années encore…), selon la lettre que l’équipe de la Pléiade a adressé à un des lecteurs du site.

–> Le dit du Genji, informations contradictoires. Une nouvelle traduction serait en route.

–> Robbe-Grillet : selon l’un de nos informateurs, le projet serait au stade de la réflexion.

–> Huysmans : Michel Houellebecq l’a évoqué dans une scène son dernier roman, Soumission ; le quotidien Le Monde a confirmé que l’écrivain avait été sondé pour une préface aux œuvres (en un volume ?) de J.K.Huysmans, un des grands absents du catalogue. Le projet serait donc en réflexion.

–> Ovide : une nouvelle traduction serait prévue pour les années à venir, en vue d’une édition à la Pléiade.

–> « Tigrane », un de nos informateurs, a fait état d’une possible parution de John Steinbeck à la Pléiade. Information récente et à confirmer un jour.

–> Calvino, on sait que la veuve de l’écrivain a quitté le Seuil pour Gallimard en partie pour un volume Pléiade. Édition possible mais lointaine.

–> Lagerlöf, la Pléiade n’a pas fermé la porte, et un groupe de traducteurs a été réuni pour reprendre ses œuvres. Édition possible mais lointaine.

Enfin, j’avais exploré les annonces du catalogue 1989, riche en projets, donc beaucoup ont vu le jour. Suivent ceux qui n’ont pas encore vu le jour (et qui ne le verront peut-être jamais) – reprise d’un de mes commentaires de la note de décembre 2013.

– Akutagawa, Œuvres, 1 volume (le projet a été abandonné, vous en trouverez des « chutes » ici ou là)
Anthologie des poètes du XVIIe siècle, 1 volume (je suppose que le projet a été fondu et  dans la réfection de l’Anthologie générale de la poésie française ; abandonné)
Cabinet des Fées, 2 volumes (mes recherches internet, qui datent un peu, m’avaient laissé supposer un abandon complet du projet)
– Chénier, 1 volume, nouvelle édition (abandonné, l’ancienne édition est difficile à trouver à des tarifs acceptables – voir plus bas)
Écrits de la Mésopotamie Ancienne, 2 volumes (probablement abandonné, et publié en volumes NRF « Bibliothèque des histoires » – courants et néanmoins coûteux, dans les années 90)
– Kierkegaard, Œuvres littéraires et philosophiques complètes, 3 volumes (serpent de mer n°1)
– Laforgue, Œuvres poétiques complètes, 1 volume (abandonné, désaccord avec le directeur de l’ouvrage, le projet a été repris, en 2 coûteux volumes, par L’Âge d’Homme)
– Leibniz, Œuvres, 3 volumes : un ISBN attribué à un volume Leibniz a récemment été découvert. Les possibilités d’édition de Leibniz dans la Pléiade, avec une envergure moindre, sont donc remontées.
– Montherlant, Essais, Volume II (voir plus bas)
Moralistes français du XVIIIe siècle, 2 volumes (aucune information récente, abandonné)
Orateurs de la Révolution Française, volume II (mis en pause à la mort de François Furet… en 1997 ! et donc abandonné)
– Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, 1 volume (serpent de mer n°1 bis)
– Chunglin Hsü, Roman de l’investiture des Dieux, 2 volumes (pas de nouvelles, le dernier roman chinois paru à la Pléiade, c’était Wu Cheng’en en 1991, je penche pour l’abandon du projet)
– Saïkaku, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Sôseki, Œuvres, 2 volumes (cas exploré plus haut)
– Tagore, Œuvres, 2 volumes (le projet a été officiellement abandonné)
Théâtre Kabuki, 1 volume (très incertain, aucune information à ce sujet)
Traités sanskrits du politique et de l’érotique (Arthasoutra et Kamasoutra), 1 volume (idem)
– Xénophon, Œuvres, 1 volume (évoqué plus haut)

b) Les séries en cours :

Attention, je n’aborde ici que les séries inédites. J’évoque un peu plus bas, dans la section IV-b, le cas des séries en cours de réédition, soit exhaustivement : Racine, La Fontaine, Vigny, Balzac, Musset, Marivaux, Claudel, Shakespeare et Flaubert.

Aragon : l’éventualité de la publication un huitième volume d’œuvres, consacré aux écrits autobiographiques, a pu être discutée ; elle est actuellement, selon toute probabilité, au stade de l’hypothèse.

Aristote : le premier tome est sorti en novembre 2014, sans mention visuelle d’un quelconque « Tome I ». Le catalogue parle pourtant d’un « tome I », mais il a déjà presque un an, l’éditeur a pu changer d’orientation depuis. La suite de cette série me paraît conditionnelle et dépendante du succès commercial du premier volume. Néanmoins, les maîtres d’œuvre évoquent, avec certitude, la parution à venir des tomes II et III et l’on sait désormais que Gallimard ne souhaite plus numéroter ses séries qu’avec parcimonie. Il ne faut pas être pessimiste en la matière, mais prudent. En effet, la Pléiade a parfois réceptionné les travaux achevés d’éditeurs pour ne jamais les publier (cas Luther, voir quelques lignes plus bas).

Brecht : l’hypothèse d’une publication du Théâtre et de la Poésie, née d’annonces vieilles de 25 ans, est parfaitement hasardeuse. La mode littéraire brechtienne a passé et l’éditeur se contentera probablement d’un volume bizarre d’Écrits sur le théâtre. Dommage qu’un des principaux auteurs allemands du XXe siècle soit ainsi mutilé.

Brontë :  Premier volume en 2002, deuxième en 2008, il en reste un, Shirley-Villette. Il n’y a pas beaucoup d’information à ce sujet, mais le délai depuis le tome 2 est normal, il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le moment. La traduction de Villette serait achevée.

Calvin : L’Institution de la religion chrétienne est absent du tome d’Œuvres. Aucun deuxième volume ne semble pourtant prévu.

Cendrars : voir plus haut, un volume de Romans serait en cours de préparation.

Écrits intertestamentaires : un second volume, dirigé par Marc Philonenko, serait en chantier, et quelques traductions déjà achevées.

Giraudoux : volume d’Essais annoncé au début des années 90. Selon Jacques Body, maître d’œuvre des trois volumes, et que j’ai personnellement contacté, ce quatrième tome n’est absolument pas en préparation. Projet abandonné.

Gorki : même situation que Brecht et Faulkner, réduction de voilure du projet depuis son lancement. Suite improbable.

Green : je l’évoque plus bas, dans les sections consacrées aux volumes « indisponibles » et aux volumes en voie d’indisponibilité. Les perspectives de survie de l’œuvre dans la collection sont plutôt basses. Aucun tome IX et final ne devrait voir le jour.

Hugo : Œuvres poétiques, IV et V, « en préparation » depuis 40 ans (depuis la mort de Gaëtan Picon). Les œuvres de Victor Hugo auraient besoin d’une sérieuse réédition, la poésie est bloquée depuis qu’un désaccord est survenu avec les maîtres d’ouvrage de l’époque. Il est fort improbable que ce front bouge dans les prochaines années, mais Gallimard maintient les « préparer » à chaque édition de son catalogue. À noter que le 2e tome du Théâtre complet, longtemps indisponible, est à nouveau dans les librairies.

Luther : Le tome publié porte le chiffre romain I. Une suite est censée être en préparation mais l’insuccès commercial de ce volume (la France n’est pas un pays de Luthériens) a fortement hypothéqué le second volume. Personne n’en parle plus, ni les lecteurs, ni Gallimard. Suite improbable. D’autant plus que M. Arnold, le maître d’œuvre explique sur son CV avoir rendu le Tome II… en 2004 ! Ces dix années entre la réception du tapuscrit et la publication indiquent que Gallimard a certainement renoncé. Projet abandonné.

Marx : Les Œuvres complètes se sont arrêtées avec le Tome IV (Politique I). L’éditeur du volume est mort, la « cote » de Marx a beaucoup baissé, il est improbable que de nouveaux volumes paraissent à l’avenir, le catalogue ne défend même plus cette idée par une mention « en préparation ». Série probablement arrêtée.

Montherlant : Essais, tome II. Le catalogue évoque toujours un tome I. Aucune mention de préparation n’est présente (contrairement à ce que les catalogues de la fin des années 2000 annonçaient). Le premier volume a été récemment retiré (voir plus bas, dans la section « rééditions »), tout comme les volumes des romans. Perspective improbable néanmoins.

Nietzsche : Œuvres complètes, d’abord prévues en 5 tomes, puis réduites à 3 (c’est annoncé au catalogue). Le premier volume a paru en 2000. Le deuxième devrait paraître au premier semestre 2017 (information officieuse et à confirmer).

Orateurs de la Révolution française : paru en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, ce premier tome, consacré à des orateurs de la Constituante, n’a pas eu un grand succès commercial. François Furet, son éditeur scientifique, est mort depuis. Tocqueville, son autre projet, a été retardé quelques années, mais a pu s’achever. Celui-ci ne le sera pas. Suite abandonnée.

Queneau : en principe, ont paru ses Œuvres complètes, en trois tomes, mais le Journal n’y est pas, pas plus que ses articles et critiques. Un quatrième tome, non annoncé par la Pléiade, est-il néanmoins possible ? Aucune information à ce sujet.

Sand : un volume de Romans est en préparation (cf. plus haut).

Stevenson : un troisième tome d’Œuvres est en préparation. Le deuxième volume a paru en 2005 déjà, il serait temps que le troisième (et dernier) sorte dans les librairies.

Supervielle : une édition des Œuvres en 2 volumes avait été initialement prévue, la poésie est sortie en 1996, le reste doit être abandonné.

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III. Les volumes « épuisés »

Ces volumes ne sont plus disponibles sur le marché du livre neuf. Gallimard ne compte pas les réimprimer. Cette politique est assortie de quelques exceptions, imprévisibles, comme les Cahiers de Paul Valéry, « épuisés » en 2008 et pourtant réimprimés quelques années plus tard. Cet épuisement peut préluder une nouvelle édition (Casanova par exemple), mais généralement signe la sortie définitive du catalogue. Les « épuisés » sont presque tous trouvables sur le marché de l’occasion, à des prix parfois prohibitifs (je donne pour chaque volume une petite estimation basée sur mes observations sur abebooks, amazon et, surtout, ebay, lors d’enchères, fort bon moyen de voir à quel prix s’établit « naturellement » un livre sur un marché assez dense d’amateurs de la collection ; mon échelle de prix est évidemment calquée sur celle de la collection, donc 20€ équivaut à une affaire et 50€ à un prix médian).

1/ Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, 1969 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. C’est le cas de beaucoup de volumes des années 1965-1975, majoritaires parmi les épuisés. Ils ont connu un retirage, ou aucun. 48€ au catalogue, peut monter à 70€ sur le marché de l’occasion.

2/ Œuvres Complètes de Nicolas Boileau, 1966 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Le XVIIe siècle est victime de son progressif éloignement ; cette littérature, sauf quelques grands noms, survit mal ; et certains auteurs ne sont plus jugés par la direction de la collection comme suffisamment « vivants » pour être édités. C’est le cas de Boileau. 43€ au catalogue, il est rare qu’il dépasse ce prix sur le second marché.

3/ Œuvres Complètes d’André Chénier, 1940 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Étrangement, il était envisagé, en 1989 encore (source : le catalogue de cette année-là), de proposer au public une nouvelle édition de ce volume. Chénier a-t-il été victime de l’insuccès du volume Orateurs de la Révolution française ? L’œuvre, elle-même, paraît bien oubliée désormais. 40€ au catalogue, trouvable à des tarifs très variables (de 30 à 80).

4/ Œuvres de Benjamin Constant, 1957 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. À titre personnel, je suis un peu surpris de l’insuccès de Constant. 48€ au catalogue, assez peu fréquent sur le marché de l’occasion, peut coûter cher (80/100€)

5/ Conteurs français du XVIe siècle, 1965 : pas d’information de la part de l’éditeur. L’orthographe des volumes médiévaux ou renaissants de la Pléiade (et même ceux du XVIIe) antérieurs aux années 80 n’était pas modernisée. C’est un volume dans un français rocailleux, donc. 47€ au catalogue, assez aisé à trouver pour la moitié de ce prix (et en bon état). Peu recherché.

6/ Œuvres Complètes de Paul-Louis Courier, 1940 : pas d’information de la part de l’éditeur. Courier est un peu oublié de nos jours. 40€ au catalogue, trouvable pour un prix équivalent en occasion (peut être un peu plus cher néanmoins).

7/ Œuvres Complètes de Tristan Corbière et de Charles Cros, 1970 : pas d’information de la part de l’éditeur. C’était l’époque où la Pléiade proposait, pour les œuvres un peu légères en volume, des regroupements plus ou moins justifiés. Les deux poètes ont leurs amateurs, mais pas en nombre suffisant visiblement. Néanmoins, le volume est plutôt recherché. Pas de prix au catalogue, difficilement trouvable en dessous de 80€/100€.

8/ Œuvres de Nicolas Leskov et de M.E. Saltykov-Chtchédrine, 1967 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Encore un regroupement d’auteurs. Le champ russe est très bien couvert à la Pléiade, mais ces deux auteurs, malgré leurs qualités, n’ont pas eu beaucoup de succès. 47€ au catalogue, coûteux en occasion (quasiment impossible sous 60/80€, parfois proposé au-dessus de 100)

9/ Œuvres de François de Malherbe, 1971 : Gallimard a exclu explicitement la réédition. Et pour cause. C’est le « gadin » historique de la collection, l’exemple qu’utilise toujours Hugues Pradier, son directeur, quand il veut illustrer d’un épuisé ses remarques sur les méventes de certain volume. 39€ au catalogue, je l’ai trouvé neuf dans une librairie il y a six ans, et je crois bien que c’était un des tout derniers de France. Peu fréquent sur le marché de l’occasion, mais généralement à un prix accessible (30/50€).

10/ Maumort de Roger Martin du Gard, 1983 : aucune information de Gallimard. Le volume le plus récemment édité parmi les épuisés. Honnêtement, je ne sais s’il relève de cette catégorie par insuccès commercial (la gloire de son auteur a passé) ou en raison de problèmes littéraires lors de l’établissement d’un texte inachevé et publié à titre posthume. 43€ au catalogue, compter une cinquantaine d’euros d’occasion, peu rare.

11/ Commentaires de Blaise de Monluc, 1964 : aucune information de Gallimard. Comme pour les Conteurs français, l’orthographe est d’époque. Le chroniqueur historique des guerres de religion n’a pas eu grand succès. Pas de prix au catalogue, assez rare d’occasion, peut coûter fort cher (60/100).

12/ Histoire de Polybe, 1970 : Gallimard informe ses lecteurs qu’il est désormais publié en « Quarto », l’autre grande collection de l’éditeur. Pas de prix au catalogue. Étrange volume qui n’a pas eu de succès mais qui s’arrache à des prix prohibitifs sur le marché de l’occasion (difficile à trouver à moins de 100€).

13/ Poètes et romanciers du Moyen Âge, 1952 : exclu d’une réédition en l’état. C’est exclusivement de l’ancien français (comme Historiens et Chroniqueurs ou Jeux et Sapience), quand tous les autres volumes médiévaux proposent une édition bilingue. Une partie des textes a été repris dans d’autres volumes ou dans l’Anthologie de la poésie française I. 42€ au catalogue, trouvable sans difficulté pour une vingtaine d’euros sur le marché de l’occasion.

14/ Romanciers du XVIIe siècle, 1958 : exclu d’une réédition. Orthographe non modernisée. Un des quatre romans (La Princesse de Clèves) figure dans l’édition récente consacrée à Mme de Lafayette. Sans prix au catalogue, très fréquent en occasion, à des prix accessibles (20/30€).

15/ et 16/ Romancier du XVIIIe siècle I et II, 1960 et 1965. Gallimard n’en dit rien, ce sont pourtant deux volumes regroupant des romans fort connus (dont Manon LescautPaul et VirginieLe Diable amoureux). Subissent le sort d’à peu près tous les volumes collectifs de cette époque : peu de notes, peu de glose, à refaire… et jamais refaits. 49,5€ et 50,5€. Trouvables à des prix similaires, sans trop de difficulté, en occasion.

17/, 18/ et 19/ Œuvres I et II, Port-Royal I, de Sainte-Beuve, 1950, 1951 et 1953. Gallimard ne prévoit aucune réimpression du premier volume de Port-Royal mais ne dit pas explicitement qu’il ne le réimprimera jamais. Les chances sont faibles, néanmoins. Son épuisement ne doit pas aider à la vente des volumes II et III. Le destin de Sainte-Beuve semble du reste de sortir de la collection. Les trois volumes sont sans prix au catalogue. Les Œuvres sont trouvables à des prix honorables, Port-Royal I, c’est plus compliqué (parfois il se négocie à une vingtaine d’euros, parfois beaucoup plus). L’auteur ne bénéficie plus d’une grande cote.

20/, 21/ et 22/ Correspondance III et III, de Stendhal, 1963, 1967 et 1969. Cas unique, l’édition est rayée du catalogue papier (et pas seulement marquée comme épuisée), pour des raisons de moi inconnues (droits ? complétude ? qualité de l’édition ? Elle fut pourtant confiée au grand stendhalien Del Litto). Cette Correspondance, fort estimée (par Léautaud par exemple) est difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout le deuxième tome. Les prix sont à l’avenant, normaux pour le premier (30/40), parfois excessifs pour les deux autres (le 2e peut monter jusque 100). Les volumes sont assez fins.

23/ et 24/ Théâtre du XVIIIe siècle, I et II, 1973 et 1974. Longtemps marqués « indisponibles provisoirement », ces deux tomes sont récemment passés « épuisés ». Ce sont deux volumes riches, dont Gallimard convient qu’il faudrait refaire les éditions. Mais le contexte économique difficile et l’insuccès chronique des volumes théâtraux (les trois tomes du Théâtre du XVIIe sont toujours à leur premier tirage, trente ans après leur publication) rendent cette perspective très incertaine. 47€ au catalogue, très difficiles à trouver sur le marché de l’occasion (leur prix s’envole parfois au-delà des 100€, ce qui est insensé).

Cas à part : Œuvres complètes  de Lautréamont et de Germain Nouveau. Lautréamont n’est pas sorti de la Pléiade, mais à l’occasion de la réédition de ses œuvres voici quelques années, fut expulsé du nouveau tome le corpus des écrits de Germain Nouveau, qui occupait d’ailleurs une majeure partie du volume collectif à eux consacrés. Le volume est sans prix au catalogue. Il est relativement difficile à trouver et peut coûter assez cher (80€).

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 IV. Les rééditions

Lorsque l’on achète un volume de la Pléiade, il peut s’agir d’une première édition et d’un premier tirage, d’une première édition et d’un ixième tirage ou encore d’une deuxième (ou, cas rare, d’une troisième, exceptionnel, d’une quatrième) édition. Cela signifie qu’un premier livre avait été publié voici quelques décennies, sous une forme moins « universitaire » et que Gallimard a jugé bon de le revoir, avec des spécialistes contemporains, ou de refaire les traductions. En clair, il faut bien regarder avant d’acheter les volumes de ces auteurs de quand date non l’impression mais le copyright.

Il arrive également que Gallimard profite de retirages pour réviser les volumes. Ces révisions, sur lesquelles la maison d’édition ne communique pas, modifient parfois le nombre de pages des volumes : des coquilles sont corrigées, des textes sont revus, des notices complétées, le tout de façon discrète. Ces modifications sont très difficiles à tracer, sauf à comparer les catalogues ou à feuilleter les derniers tirages de chaque Pléiade (un des commentateurs, plus bas, s’est livré à l’exercice – cf. l’exhaustif commentaire de « Pléiadophile », publié le 12 avril 2015)

La plupart des éditions « dépassées » sont en principe épuisées.

a) Rééditions à venir entièrement (aucun volume de la nouvelle édition n’a paru)

Parmi les rééditions à venir, ont été évoqués, de manière très probable :

Kafka, par Jean-Pierre Lefebvre (je ne sais si ce projet concerne la totalité des quatre volumes ou seulement une partie).

Michelet, dont l’édition date de l’avant-guerre ; certes quelques révisions de détail ont dû intervenir à chaque réimpression, mais enfin, l’essentiel des notes et notices a vieilli.

Descartes (l’édition en un volume date de 1937) en deux volumes.

Apollinaire, pour la poésie seulement (la prose est récente).

Jeux et sapience du Moyen Âge, édition de théâtre médiéval en ancien français, réputée « indisponible provisoirement ». La nouvelle édition est en préparation (cf. plus haut). Cette édition, en deux volumes serait logique et se situerait dans la droite ligne des éditions bilingues et médiévales parues depuis 20 ans (RenartTristan et Yseut, le Graal, Villon).

De manière possible

Verlaine, on m’en a parlé, mais je ne parviens pas à retrouver ma source. L’édition est ancienne.

Chateaubriand, au moins pour les Mémoires d’Outre-Tombe mais l’hypothèse a pris du plomb dans l’aile avec la reparution, en avril 2015, d’un retirage en coffret de la première (et seule à ce jour) édition.

Montherlant, pour les Essais… c’est une hypothèse qui perd d’année en année sa crédibilité puisque le tome II n’est plus annoncé dans le catalogue. Néanmoins, un retirage du tome actuel a été réalisé l’an dernier, ce qui signifie que Gallimard continue de soutenir la série Montherlant… Plus improbable que probable cependant.

b) Rééditions inachevées ou en cours (un ou plusieurs volumes de la nouvelle édition ont paru)

Balzac : 1/ La Comédie humaine, I à XI, de 1935 à 1960 ; 2/ La Comédie humaine, I à XII, de 1976 à 1981 + Œuvres diverses I, en 1990 et II, en 1996 + Correspondance I, en 2006 et II, en 2011. Le volume III de la Correspondance est attendu avec optimisme pour les prochaines années. Pour le volume III des Œuvres diverses en revanche, l’édition traîne depuis des années et le décès du maître d’œuvre, Roland Chollet, à l’automne 2014, n’encourage pas à l’optimisme.

Claudel : 1/ Théâtre I et II (1948) + Œuvre poétique (1957) + Œuvres en prose (1965) + Journal I (1968) et II (1969) ; 2/ Théâtre I et II (2011). Cette nouvelle édition du Théâtre pourrait préfigurer la réédition des volumes de poésie et de prose (et, sans conviction, du Journal ?), mais Gallimard n’a pas donné d’information à ce sujet.

Flaubert : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1936 ; 2/ Correspondance I (1973), II (1980), III (1991), IV (1998) et V (2007) + Œuvres complètesI (2001), II et III (2013). Les tomes IV et V sont attendus pour bientôt (les textes auraient été rendus pour relecture selon une de nos sources). En attendant le tome II de la vieille édition est toujours disponible.

La Fontaine : 1/ Œuvres complètes I, en 1933 et II, en 1943 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1991. Comme pour Racine, le deuxième tome est encore celui de la première édition. Il est assez courant. Après 25 ans d’attente, et connaissant les mauvaises ventes des grands du XVIIe (Corneille par exemple), la deuxième édition du deuxième tome est devenue peu probable.

Marivaux : 1/ Romans, en 1949 + Théâtre complet, en 1950 ; 2/ Œuvres de jeunesse, en 1972 + Théâtre complet, en 1993 et 1994. En principe, les Romans étant indisponibles depuis des années, une nouvelle édition devrait arriver un jour. Mais là encore, comme pour La Fontaine, Vigny ou le dernier tome des Œuvres diverses de Balzac, cela fait plus de 20 ans qu’on attend… Rien ne filtre au sujet de cette réédition.

Musset : 1/ Poésie complète, en 1933 + Théâtre complet, en 1934 + Œuvres complètes en prose, en 1938 ; 2/ Théâtre complet, en 1990. La réédition prévue de Musset en trois tomes, et annoncée explicitement par Gallimard dans son catalogue 1989, semble donc mal partie. Le volume de prose est « indisponible provisoirement » et la poésie est toujours dans l’édition Allem, vieille de 80 ans. Là encore, comme pour La Fontaine et Racine, il est permis d’être pessimiste.

Racine : 1/ Œuvres complètes I, en 1931 et II, en 1952 ; 2/ Œuvres complètes I, en 1999. Le deuxième tome est donc encore celui de la première édition. Il est très rare de le trouver neuf dans le commerce. Le délai entre les deux tomes est long, mais il l’avait déjà été dans les années 30-50. On peut néanmoins se demander s’il paraîtra un jour.

Shakespeare : 1/ Théâtre complet, en 1938 (2668 pages ; j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un seul volume, mais il s’agirait plus certainement de deux volumes, les 50e et 51e de la collection ; le mince volume de Poèmes aurait d’ailleurs peut-être relevé de cette édition là, mais avec une vingtaine d’années de retard ; les poèmes auraient par la suite été intégrés par la nouvelle édition de 1959 dans un des deux volumes ; ne possédant aucun des volumes concernés, je remercie par avance mes aimables lecteurs (et les moins aimables aussi) de bien vouloir me communiquer leurs éventuelles informations complémentaires) ; 2/ Œuvres complètes, I et II, Poèmes (III) (?) en 1959 ; 3/ Œuvres complètes I et II (Tragédies) en 2002 + III et IV (Histoires) en 2008 + V (Comédies) en 2013. Les tomes VI (Comédies) et VII (Comédies) sont en préparation, pour une parution en 2016. Le tome VIII (Poésies) paraîtra ultérieurement.

Vigny : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1948 ; 2/ Œuvres complètes I (1986) et II (1993). Le tome III est attendu depuis plus de 20 ans, ce qui est mauvais signe. Gallimard n’en dit rien, Vigny ne doit plus guère se vendre. Je suis pessimiste à l’égard de ce volume.

c) Rééditions achevées

Quatre éditions :

Choderlos de Laclos : 1/ Les Liaisons dangereuses, en 1932 ; 2/ Œuvres complètes en 1944 ; 3/ Œuvres complètes en 1979 ; 4/ Les Liaisons dangereuses, en 2011. Pour le moment, les éditions 3 et 4 sont toujours disponibles.

Trois éditions :

Baudelaire : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1931 et 1932 ; 2/ Œuvres complètesen 1951 ; 3/ Correspondance I et II en 1973 + Œuvres complètesI et II, en 1975 et 1976.

Camus : 1/ Théâtre – Récits – Nouvelles, en 1962 + Essais, en 1965 ; 2/ Théâtre – Récits et Nouvelles -Essais, en 1980 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2006, III et IV, en 2008.

Molière : 1/ Œuvres complètesI et II, en 1932 ; 2/ Œuvres complètesI et II, en 1972 ; 3/ Œuvres complètesI et II, en 2010. L’édition 2 est encore facilement trouvable et la confusion est tout à fait possible avec la 3.

Montaigne : 1/ Essais, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1963 ; 3/ Essais, en 2007.

Rimbaud : 1/ Œuvres complètes, en 1946 ; 2/ Œuvres complètes, en 1972 ; 3/ Œuvres complètes, en 2009.

Stendhal : 1/ Romans, I, II et III, en 1932, 1933 et 1934 ; 2/ Romans et Nouvelles, I et II en 1947 et 1948 + Œuvres Intimes en 1955 + Correspondance en 1963, 1967 et 1969 ; 3/ Voyages en Italie en 1973 et Voyages en France en 1992 + Œuvres Intimes I et II, en 1981 et 1982 + Œuvres romanesques complètes en 2005, 2007 et 2014. Soit 16 tomes différents, mais seulement 7 dans l’édition considérée comme à jour.

Deux éditions :

Beaumarchais : 1/ Théâtre complet, en 1934 ; 2/ Œuvres, en 1988.

Casanova : 1/ Mémoires, I-III (1958-60) ; 2/ Histoire de ma vie, I-III (2013-15).

Céline : 1/ Voyage au bout de la nuit – Mort à crédit (1962) ; 2/ Romans, I (1981), II (1974), III (1988), IV (1993) + Lettres (2009).

Cervantès : 1/ Don Quichotte, en 1934 ; 2/ Œuvres romanesques complètesI (Don Quichotte) et II (Nouvelles exemplaires), 2002.

Corneille : 1/ Œuvres complètes, I et II, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, I (1980), II (1984) et III (1987).

Diderot : 1/ Œuvres, en 1946 ; 2/ Contes et romans, en 2004 et Œuvres philosophiques, en 2010.

Gide : 1/ Journal I (1939) et II (1954) + Anthologie de la Poésie française (1949) + Romans (1958) ; 2/ Journal I (1996) et II (1997) + Essais critiques (1999) + Souvenirs et voyages (2001) + Romans et récits I et II (2009). L’Anthologie est toujours éditée et disponible.

Goethe : 1/ Théâtre complet (1942) + Romans (1954) ; 2/ Théâtre complet (1988). Je n’ai jamais entendu parler d’une nouvelle édition des Romans ni d’une édition de la Poésie, ce qui demeure une véritable lacune – que ne comble pas l’Anthologie bilingue de la poésie allemande.

Mallarmé : 1/ Œuvres complètes, en 1945 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2003).

Malraux : 1/ Romans, en 1947 + Le Miroir des Limbes, en  1976 ; 2/ Œuvres complètes I-VI (1989-2010).

Mérimée : 1/ Romans et nouvelles, en 1934 ; 2/ Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, en 1979.

Nerval : 1/ Œuvres, I et II, en 1952 et 1956 ; 2/ Œuvres complètes I (1989), II (1984) et III (1993).

Pascal :  1/ Œuvres complètes, en 1936 ; 2/ Œuvres complètes I (1998) et II (2000).

Péguy : 1/ Œuvres poétiques (1941) + Œuvres en prose I (1957) et II (1959) ; 2/ Œuvres en prose complètes I (1987), II (1988) et III (1992) + Œuvres poétiques dramatiques, en 2014.

Proust : 1/ À la Recherche du temps perdu, I-III, en 1954 ; 2/ Jean Santeuil (1971) + Contre Sainte-Beuve (1974) + À la Recherche du temps perdu, I-IV (1987-89).

Rabelais : 1/ Œuvres complètes, en 1934 ; 2/ Œuvres complètes, en 1994.

Retz : 1/ Mémoires, en 1939 ; 2/ Œuvres (1984).

Ronsard : 1/ Œuvres complètes I et II, en 1938 ; 2/ Œuvres complètes I (1993) et II (1994).

Rousseau : 1/ Confessions, en 1933 ; 2/ Œuvres complètes I-V (1959-1969).

Mme de Sévigné : 1/ Lettres I-III (1953-57) ; 2/ Correspondance I-III (1973-78).

Saint-Exupéry : 1/ Œuvres, en 1953 ; 2/ Œuvres complètes I (1994) et II (1999).

Saint-Simon : 1/ Mémoires, I à VII (1947-61) ; 2/ Mémoires, I à VIII (1983-88) + Traités politiques (1996).

Voltaire : 1/ Romans et contes, en 1932 + Correspondance I et II en 1964 et 1965 ; 2/ le reste, c’est à dire, les Œuvres historiques (1958), les Mélanges (1961), les deux premiers tomes de la Correspondance (1978) et les onze tomes suivants (1978-1993) et la nouvelle édition des Romans et contes (1979).

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V. Les volumes « indisponibles provisoirement »

Un volume ne s’épuise pas tout de suite. Il faut du temps, variable, pour que le stock de l’éditeur soit complètement à zéro. Gallimard peut alors prendre trois décisions : réimprimer, plus ou moins rapidement ; ou alors renoncer à une réimpression et lancer sur le marché une nouvelle édition (qu’il préparait déjà) ; ou enfin, ni réimprimer ni rééditer. Je vais donc ici faire une liste rapide des volumes actuellement indisponibles et de leurs perspectives (réalistes) de réimpression. Je n’ai pas d’informations exclusives, donc ces « informations » sont à prendre avec précaution. Elles tiennent à mon expérience du catalogue.

-> Boulgakov, Œuvres I, La Garde Blanche. 1997. C’est un volume récent, qui n’est épuisé que depuis peu de temps, il y a de bonnes chances qu’il soit réimprimé d’ici deux ou trois ans (comme l’avait été le volume Pasternak récemment).

-> Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon Rouge I et II, 1981. Les deux volumes ont fait l’objet d’un retirage en 2009 pour une nouvelle parution en coffret. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste alors que celle-ci est déjà fort difficile à trouver dans les librairies. À nouveau disponible (en coffret).

-> Defoe, Romans, II (avec Moll Flanders). Le premier tome a été retiré voici quelques années, celui-ci, en revanche, manque depuis déjà pas mal de temps. Ce n’est pas rassurant quand ça se prolonge… mais le premier tome continue de se vendre, donc les probabilités de retirage ne sont pas trop mauvaises.

-> Charles Dickens, Dombey et Fils – Temps Difficiles Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ; Nicolas Nickleby – Livres de Noël ; La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes. Quatre des neuf volumes de Dickens sont « indisponibles », et ce depuis de très longues années. Les perspectives commerciales de cette édition en innombrables volumes ne sont pas bonnes. Les volumes se négocient très cher sur le marché de l’occasion. Gallimard n’a pas renoncé explicitement à un retirage, mais il devient d’année en année plus improbable.

-> Fielding, Romans. Principalement consacré à Tom Jones, ce volume est indisponible depuis plusieurs années, les perspectives de réimpression sont assez mauvaises. À moins qu’une nouvelle édition soit en préparation, le volume pourrait bien passer parmi les épuisés.

-> Green, Œuvres complètes IV. Quinze ans après la mort de Green, il ne reste déjà plus grand chose de son œuvre. Les huit tomes d’une série même pas achevée ne seront peut-être jamais retirés une fois épuisés. Le 4e tome est le premier à passer en « indisponible ». Il pourrait bien ne pas être le dernier et bientôt glisser parmi les officiellement « épuisés ».

 -> Hugo, Théâtre complet II. À nouveau disponible.

-> Jeux et Sapience du Moyen Âge. Cas évoqué plus haut de nouvelle édition en attente. Selon toute probabilité, il n’y aura pas de réédition du volume actuel.

-> Marivaux, Romans. Situation évoquée plus haut, faibles probabilité de réédition en l’état, lenteur de la nouvelle édition.

-> Mauriac, Œuvres romanesques et théâtrales complètes, IV. Même si Mauriac n’a plus l’aura d’antan comme créateur (on le préfère désormais comme chroniqueur de son époque, comme moraliste, etc.), ce volume devrait réapparaître d’ici quelques temps.

-> Musset, Œuvres en prose. Évoqué plus haut. Nouvelle édition en attente depuis 25 ans.

-> Racine, Œuvres complètes II. En probable attente de la nouvelle édition. Voir plus haut.

-> Vallès, ŒuvresI. La réputation de Vallès a certes un peu baissé, mais ce volume, comprenant sa célèbre trilogie autobiographique, ne devrait pas être indisponible depuis si longtemps. Réédition possible tout de même.

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VI. Les volumes « en voie d’indisponibilité »

Ce n’est là qu’une courte liste, tirée de mes observations et de la consultation du site « placedeslibraires.com », qui donne un aperçu des stocks de centaines de librairies indépendantes françaises. On y voit très bien quels volumes sont fréquents, quels volumes sont rares. Cela ne préjuge en rien des stocks de l’éditeur. Néanmoins, je pense que les tendances que ma méthode dégage sont raisonnablement fiables. Si vous êtes intéressé par un de ces volumes, vous ne devriez pas hésiter trop longtemps.

– le Port-Royal, II et III, de Sainte-Beuve. Comme les trois autres tomes de l’auteur sont épuisés, il est fort improbable que ces deux-là, retirés pour la dernière fois dans les années 80, ne s’épuisent pas eux aussi. Ils sont tous deux assez rares (-10 librairies indépendantes).

– la Correspondance (entière) de Voltaire. Les 13 tomes, de l’aveu du directeur de la Pléiade, ne forment plus un ensemble que le public souhaite acquérir (pour des raisons compréhensibles d’ailleurs). Le fait est qu’on les croise assez peu souvent : le I est encore assez fréquent, les II, III et XIII (celui-ci car dernier paru) sont trouvables dans 5 à 10 librairies du réseau indépendant, les volumes IV à XII en revanche ne se trouvent plus que dans quelques librairies. Je ne sais pas ce qu’il reste en stock à l’éditeur, mais l’indisponibilité devrait arriver d’ici un an ou deux pour certains volumes.

– les Œuvres de Julien Green. Je les ai évoquées plus haut, à propos de l’indisponibilité du volume IV. Les volumes V, VI, VII et VIII, qui arrivent progressivement en fin de premier tirage devraient suivre. La situation des trois premiers tomes est un peu moins critique, des retirages ayant dû avoir lieu dans les années 90.

– les Œuvres de Malebranche. Dans un entretien, Hugues Pradier a paru ne plus leur accorder grand crédit. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas commis de lapsus en pensant à son fameux Malherbe, symbole permanent de l’échec commercial à la Pléiade. Toujours est-il que les deux tomes se raréfient.

– les Œuvres de Gobineau. Si c’est un premier tirage, il est lent à s’épuiser, mais cela vient. Les trois tomes sont moins fréquents qu’avant.

– les Orateurs de la Révolution Française. Série avortée au premier tome, arrêtée par la mort de François Furet avant l’entrée en lice de Robespierre et de Saint-Just. Elle n’aura jamais de suite. Et il est peu probable, compte tenu de son insuccès, qu’elle reste longtemps encore au catalogue.

– le Théâtre du XVIIe siècle, jamais retiré (comme Corneille), malgré trente ans d’exploitation. D’ici dix ans, je crains qu’il ne soit dans la même position que son « homologue » du XVIIIe, épuisé.

– pèle-mêle, je citerais ensuite le Journal de Claudel, les tomes consacrés à France, Marx, Giraudoux, Kipling, Saint François de Sales, Daudet, Fromentin, Rétif de la Bretonne, Vallès, Brantôme ou Dickens (sauf David Copperfield et Oliver Twist). Pour eux, les probabilités d’épuisement à moyen terme sont néanmoins faibles.

9 324 réflexions sur “La Bibliothèque de la Pléiade

  1. Comme beaucoup ici j’aime cette collection mais je trouve pénible et inadmissible que le problème avec Aubin n’est pas été résolu.

    Lombard a tout à fait raison : il faut le faire savoir…et si possible au plus grand nombre.

    Quoi de mieux que Wikipédia ? Surtout que j’ai l’impression que la plupart des articles publiés par la presse sur la collection  » pompe  » leurs infos sur la page Wikipédia de la collection…

    Alors…

    Une idée m’est venue : si quelqu’un maîtrise l’outil Wikipédia, il serait bon d’indiquer ce défaut de fabrication avec lien images sur le défaut en question…et un renvoi au blog pourrait aussi être utile.

    Peut-être que l’information finira ainsi se diffuser au plus grand nombre…

    • Un renvoi vers ce blog ne tiendra pas dix minutes, ce n’est même pas la peine d’essayer, pire encore si le renvoi est dirigé sur un fil de commentaires.
      En revanche une publication sur un site littéraire collectif plus ou moins sérieux a peut-être ses chances (au hasard Zone Critique, Diacritik, La Cause Littéraire, En attendant Nadeau).
      Reste à composer un tel article, précis, informé et documenté, puis à la faire passer.
      Bon courage.
      (je n’y crois pas une seconde, car cela sera vu comme un problème extra-littéraire de riche).

    • On pourrait même aller plus loin en listant, liens à l’appui, les volumes qui présentent les plus gros défauts ( comme le Strauss, les Stoïciens, Hugo œuvres poétiques 2, ect…. y en a tellement. )

      J’ignore si on peut être aussi exhaustif sur Wikipédia mais ça ferait une contre publicité terrible à Gallimard… Et qui sait ? Peut-être que….

      • Oui Brumes, ça me paraît compliqué également ( et encore plus depuis que j’ai lu votre commentaire )

        On peut tout de même regretter que la page Wikipédia sur la collection soit aussi élogieuse. Alors rien ne changera car les journalistes de journaux à grands tirages viennent puiser à cette source ( combien, parmis eux connaissent le problème ? Très peu à mon avis )

        Il suffit d’ailleurs de voir que presque tout les liens de la page Wikipédia renvois à des articles dithyrambique sur la collection…

  2. J’avais des raisons de redouter la mauvaise surprise. J’ai pu à mon tour feuilleter les Flaubert IV et V avant leur mise en vente, pour notamment apprécier la qualité de reliure (/impression).

    Certains se satisferont amplement de ce qui leur est proposé. Pour moi, la pilule est difficile à avaler. Nous sommes loin des désastres de certains volumes Aubin. L’impression a effectivement été prise en charge par Roto, à Lonrai, mais nous avons droit ici à une reliure tout juste passable. Tournez une centaine de pages, le papier résiste et toujours ce son désagréable de papier froissé. Glissez l’index le long du serrage du papier, et appréciez. Pour les plus sceptiques, ceux qui pensent que je pinaille, consultez le volume de Genet, imprimé en Allemagne, c’est le jour et la nuit.

    S’il y avait bien un évènement que j’attendais au plus haut point, c’etait bien la sortie des deux derniers volumes consacrés à Flaubert. Pour moi, c’est un passage obligé. Je passerai en caisse parce que la question ne se pose pas. Mais la fête aura un goût très amer.

    Que pourrais-je espérer maintenant ? Que le stock de ce premier tirage arrive à épuisement, pour espérer RAcheter ultérieurement des volumes dignes de ce nom ? En espérant que la prochaine sera la bonne…
    À combien d’exemplaires tirent-ils ce genre de parution ? Quelqu’un a-t-il une vague idée, un élément de réponse ?

  3. Voilà, enfin arrivé mon exemplaire du Paradis de Dante traduit par Michel Orcel chez Dogana.
    Bel objet qui clôt la traduction de la Comédie. A noter que Michel Orcel dédicace ce cantique à la mémoire de Philippe Jaccottet, récemment disparu, qui a approuvé et encouragé cette vaste entreprise.

    Voici, chers lecteurs, trois traductions d’un des plus beaux morceaux du Paradis : chant XXX, 58-69.

    Traduction Michel Orcel :

    « Et de vision nouvelle m’enflammai,
    d’une vision que, si vive fût-elle,
    N’aurait blessé mes yeux nulle lumière.

    Et lors je vis un fleuve de clarté,
    ruisselant de rayons, entre deux rives
    d’admirable printemps toutes fleuries.

    De ce courant jaillissaient étincelles
    qui, de partout, retombaient sur les fleurs
    Comme de l’or sertissant des rubis ;

    et puis comme enivrées par les parfums,
    Ell’ replongeaient dans le mirable fleuve,
    Et l’une emplaçait l’autre incessamment. »

    Traduction André Pézard :

    « et de nouvelle vue je me rallume
    telle qu’il n’est clarté si pénétrante
    de quoi mes yeux ne se puissent défendre.

    Je vis lumière en forme d’un grand fleuve,
    roulant sa reflambie entre deux rives
    peintes de trop mirable primevère.

    De son débord mille étincelles vives
    saillaient, de toutes parts, et dans les fleurs
    se coulaient, tels des rubis cerclés d’or ;

    et puis comme enivrées par les senteurs
    se replongeaient dans le merveilleux gouffre,
    et l’une entrant, l’autre en jaillissait hors. »

    Traduction Henri Longnon :

    « Une nouvelle vue en mes yeux s’alluma,
    Telle qu’il n’est de lumière si vive
    Que mes regards n’eussent pu supporter.

    Je vis une clarté sous la forme d’un fleuve
    Éclatant de splendeur, filant ente deux rives
    Tout émaillées d’un printemps merveilleux.

    De ce torrent sortaient de vives étincelles,
    Qui de tous les côtés se posaient dans les fleurs,
    Ainsi que des rubis enchâssés dans l’or pur ;

    Après un temps, comme ivres de parfum,
    Elles se replongeaient dans un gouffre admirable,
    Et, dès que rentrait l’une, en ressortait une autre. «

    Et comme petit bonus, je rajoute un extrait de cet extrait, de Kolja Mićević, lui aussi disparu il y a quelques mois, et qui a travaillé vingt-cinq ans sur la Comédie et dont le bilan est : trois traductions successives en langue française (la dernière aux éditions Ésopie) et une en serbe. Ce monsieur est un véritable « personnage » et se veut être un maitre-rimailleur (je vous laisse le découvrir dans ses vidéos sur Internet).

    « Et d’une vue neuve je me rallumai,
    telle, qu’il n’est de clarté si claire
    que mes yeux ne pourraient assumer.

    Et je vis en forme de fleuve, la lumière
    éclatante d’éclat, entre deux bords
    peints en belles couleurs printanières. »

    Bonne lecture.

    • Ma préférence va vers les interprétations de Longnon et Orcel. La vision de Pézard me dérange.

      La traduction par Longnon me semble la plus ancienne. Plus classique. Datée, diront peut-être certains ?

      • La version Longnon est d’une platitude à pleurer.
        Vouloir actualiser et rendre aisément lisible Dante revient à l’émasculer.
        Il n’en reste quasiment rien.
        Alors je continuerai à défendre Pézard (je trouve, dit entre parenthèse, que la version de Kolha Micevic semble reprendre plusieurs de ses leçons) tout en trouvant des vertus à celle d’Orcel, mais aussi des faiblesses.
        Je remarque que Orcel et Péazard semblent d’accord sur le premier vers : « vision nouvelle m’enflammai » et « de nouvelle vue je me rallume », tandis que Longnon soutient tout le contraire avec son « une nouvelle vue en mes yeux s’alluma »… Je n’ai pas sous les yeux le texte original pour savoir lequel ou lesquels trahissent le texte de Dante, mais le fait que le quatrième traducteur écrit également « d’une vue neuve je me rallumai » ne plaide guère en faveur de Longnon (à moins qu’il ait raison, seul contre tous).

        Je laisse à de plus savants le soin d’en décider.

        • La traduction de Henri Longnon date de 1938.

          Le texte original :
          « e di novella vista mi raccesi
          tale, che nulla luce è tanto mera,
          che li occhi miei non si fosser difesi;

          e vidi lume in forma di rivera
          fulvido di fulgore, intra due rive
          dipinte di mirabil primavera.

          Di tal fiumana uscian faville vive,
          e d’ogne parte si mettìen ne’ fiori,
          quasi rubin che oro circunscrive;

          poi, come inebriate da li odori,
          riprofondavan sé nel miro gurge;
          e s’una intrava, un’altra n’uscia fori.  »

          Puis une tentative de paraphrase (en italien) trouvée sur le Net :
          « e acquistai una nuova capacità visiva, tale che non esiste una luce tanto intensa che i miei occhi non riuscissero a sostenerla;
          e vidi una luce in forma di fiume, di fulgore rosseggiante, tra due rive ornate di bellissimi fiori primaverili.
          Da questo fiume uscivano delle faville splendenti, e si mettevano da ogni parte tra i fiori, simili a rubini incastonati nell’oro;
          poi, come se fossero inebriate dal profumo, si risprofondavano nel mirabile gorgo (il fiume di luce); e se una vi entrava, un’altra usciva subito fuori »

          Quant au franco-serbe, Kolja Mićević, je le connaissais pour sa passe d’armes avec Danièle Robert sur le sujet de la traduction en tierce rimes (cf http://editions-esopie.com/textes-daniele-robert/). Mićević, revendiquant être le premier et le seul à savoir le faire; il signe même sa traduction : « Traduction rimaginée selon Kolja Mićević » !
          J’ai regardé la suite des 7 épisodes de sa conférence sur Dante, l’année dernière et quelque mois avant sa mort, (https://www.youtube.com/watch?v=s5a-zrFpkvA) et je ne sais toujours pas si j’avais en face de moi un charlatan ou un translateur très « original ».
          J’ai donc décidé de le faire participer à ma prochaine table de lectures du Paradis de Dante (avec Orcel, Pézard, Longnon et j’hésite sur le Vegliante).

          La traduction de Longnon est harmonieuse, coule comme un long fleuve tranquille; pas de parti pris si ce n’est l’utilisation mixte du décasyllabe et de l’alexandrin, pas de toc poétique dit « moderne » (archaisme outrancier, fidélité syntaxique audacieuse). Michel Orcel dit de sa traduction la chose suivante :
          « musicale, trop musicale, et qui n’évite pas la fâcheuse tendance française à user souvent de l’alexandrin ».

          • Revpop.Je rends hommage à vos connaissance et votre désir de les partager et je n’ai aucune prétention mettre mon incompétence en langue italienne médiévale face à vos compétences. Il n’est donc pas question pour moi de m’engager sur le terrain «technique». Pardonnez donc mon audace.

            Permettez-moi cependant de donner mon simple point de vue de vieux lecteur passionné et assidu et d’écrivain, donc d’artisan qui a tout au long de sa vie manié la langue – et notamment la langue poétique. De ce point de vue, je continue à émettre des réserves sur la version Longnon. Elle est certes élégante et aisée, et évite les archaïsmes de l’un, les aventureuses créations de l’autre, les complications, ce que vous qualifieriez de «toc poétique». Vous écrivez que la traduction de Longnon «coule comme un long fleuve tranquille». Mais, l’oeuvre de Dante peut-elle être qualifiée de «long fleuve tranquille» ? Peut-on imaginer un Dante dont la langue n’est pas difficile et parsemée d’obstacles ? Doit-il, payer son passage dans la langue française au prix de la clarté, de l’élégance et de l’harmonie, au point de ressembler au «Poète impeccable – au parfait magicien ès Lettres françaises» Théophile Gautier ?

            Pour ma part – il s’agit là, je le répète, d’un simple avis de lecteur passionné et de praticien, une sorte de «médecin de campagne» des Lettres -je préfère buter sur les cailloux parsemés sur d’autres voies non macadamisées, qui ne cherchent pas à aplanir les chemins escarpés empruntés par Dante.

  4. Bien qu’elle demande un véritable effort, je trouve la traduction de Pézard tout à fait géniale pour ma part. On sent véritablement la puissance de la langue à l’œuvre. Je dis cela sans pouvoir comparer avec l’original. Les autres traductions me paraissent fades en regard, bien que celle de Longnon ait quelque charme.

    • Pas mieux que l’ami Vidar. Une certaine tendresse également pour la vieille traduction que le sensible poète romantique Brizeux réalisa dans une prose de bon artisan. Un jour ou l’autre, je soumettrais ici un essai de traduction, en prose nombreuse comme celle de l’épisode virgilien de Laocoon, pour tel ou tel chant dantien. Quiconque a longue pratique des rythmes de la poésie en langues indo-européennes ne saurait être tant soit peu épris des versions versifiées prétendant évoquer en français une idée, fût-elle lointaine, du mètre original que ce soit pour Dante, Homère, Virgile et la poésie épique latine d’argent, les épopées hindoues, ougaritiques, mésopotamiennes, ou l’hymnique égyptienne ; la prose la plus souple a déjà bien du mal à épouser les contours du riche et compact sémantisme de la langue de départ même dans le cas de poèmes épiques plus abondants en mots et figures qu’en idées, les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis ou la Thébaïde de Stace, de loin l’épopée postvirgilienne la plus ornée et difficile (très mauvaise traduction Budé de Lesueur, dans la lignée du détestable Lucain de Bourgery) ! Les exceptions, telle la sublime traduction en décasyllabes vers pour vers de la Chanson de Guillaume réalisée par Jeanne Wathelet-Willem, mère de l’homériste Paul Wathelet, sur la base d’un texte reconstitué et hypothétique (1975), sont des cas particuliers qui s’expliquent par des spécificités d’espèce.

      • Nous allons vous surprendre, mais nous sommes également d’accord avec M. Vidar, à condition d’avoir assimilé le Glossaire que le grand italianiste Pézard a dû joindre à sa version (dans le cas contraire, il faut avouer que cette lecture est entravée presque à chaque pas…) : voyez, par exemple, /André Pézard, autobiographe, italianiste, romaniste et médiéviste/, dir. M. Gally & E. Marguin-Hamon, Classiques Garnier, 2017, 375 p.
        Il est bon, croyons-nous, qu’un traducteur d’un siècle bien postérieur au texte qu’il traduit, lise AUSSI les écrivains (et, en l’occurrence, les poètes) de son propre siècle : tel n’est pas toujours le cas chez d’éminents universitaires (mais André Pézard était beaucoup plus que cela, nous le répétons).
        Bien cordialement,
        uapi

  5. Rassurez-vous, chers lecteurs, je ne suis aucunement un spécialiste mais plutôt un simple goûteur de poésies, et ceci depuis peu.
    Il est vrai qu’il y a un peu plus de deux ans, à l’aube d’une nouvelle ère de ma vie, j’ai franchi le fameux Rubicon, abandonnant par là-même les livres « monde», les œuvres totalisantes, qui ont occupé une très grande partie de mes lectures pendant quelques décennies, laissant la portion congrue à la poésie.
    Laissez-moi filer une anecdote; je ne savais pas quand j’ai découvert ce site, au moment donc où j’accostais les rives poétiques, que j’allais croiser un intervenant, ici-même, qui m’avait enchanté, trente ans auparavant, par l’écriture d’un ouvrage de vulgarisation sur les grands romans du monde entier chez Bordas. A vrai dire, c’était la fin d’une époque où je me gavais encore de dictionnaires sur les littératures de tous les pays et pour ainsi dire j’en lisais plus que de romans. Bien que, la plupart du temps, j’étais très réticent sur ce genre de pensum, car je ne trouvais rien dans leur contenu pour alimenter ma passion brûlante, je fus, ici, très positivement surpris par la qualité des romans proposés dépassant de loin les sempiternelles classiques archi-usés. Plus spécialement deux choses m’ont fait dire que cet auteur possédait en plus d’une vision large du spectre littéraire, qui allait bien au-delà du domaine franco-français, un goût sûr et pointu qui sortait des sentiers battus : primo, intégrer non pas quatre ou cinq mais les six grands romans chinois était pour moi du jamais vu (en dehors des études spécialisées), deuxio, mettre en avant une dizaine de romans sud-américains pour les années 50/60 (les Lezama Lima, Carpentier, Fuentes, Garcia Marquez, Cortazar …) ne pouvait que faire battre à la chamade mon cœur, moi qui pendant longtemps n’ai acheté que des romans de ce continent.
    In fine, cette histoire de la littérature est toujours très bien placée dans ma bibliothèque à côté des « maîtres de la science-fiction » de Lorris Murail dans la même collection « Les compacts » mais aussi du Pierre-Yves Pétillon sur la littérature américaine, le Milosz sur la littérature polonaise, le Mossé sur la littérature allemande ou le petit que sais-je sur la littérature hispano-américaine.
    Merci encore à Domonkos, le vrai connaisseur !
    Pour revenir à nos moutons, à notre sujet sur les différentes traductions de Dante, oui, je suis tout à fait d’accord avec vous sur le côté lisse, voire (légèrement) aseptisée de la version d’Henri Longnon mais je dois concéder que son aisance, sa maitrise du rythme, ont de grands atouts pour moi surtout si vous comparez sa traduction à celles de J. Risset ou de D. Robert où pour icelles je dois me ranger dans le camp des diatribes plus qu’incendiaires de notre ami Neobirt7 !
    S’agissant de la langue de Dante (dont je ne comprends pas l’original, je le dis tout de suite) mais à l’aune de ce que j’ai pu lire des différentes traductions, je dirais que sa nature, sa spécificité est moins «les chemins escarpés » ou « caillouteuses » qu’elle emprunte, qui pourrait sous-entendre, donner lieu à une langue rocailleuse, âpre (ce qu’est pour moi la version de Vegliante), que son agilité, sa souplesse, voire sa virtuosité. J’ai comparé dans un post ancien, la langue de Dante à un cerf-volant qui zigzague, virevolte dans le ciel bleu en traçant de grands mouvements vifs et lents, tout en gardant toujours net son motif coloré.
    Voilà l’impression (peut-être erronée au regard des spécialistes) que me donne cette langue à travers ses traductions. Pour compléter, ou pour le mieux dire, Michel Orcel, dans son introduction de l’Enfer, répondant au concept de vitesse émis par J. Risset, disait ceci :
    « Rien n’est plus éloigné de la vitesse que ce pèlerinage du poète […] Que de lenteurs, de désirs de s’arrêter, que de stations, de ruptures de rythmes et d’émotions ! »

    Et pour conclusion, je dirais de ne jamais se satisfaire, pour un poète de langue étrangère, d’une seule et unique traduction, goûtez-en plusieurs, quitte à en rejeter quelques unes, et vous sentirez toute l’efflorescence de ses parfums !

    • Vous me faites regretter certains termes sans doute inadéquats par moi employés et qui ne sauraient rendre justice à la langue de Dante.La difficulté ne provenant pas de lui mais de notre éloignement. Il est difficile de s’exprimer avec toutes les nuances nécessaires, faute de temps, de place, de réflexion. Il n’est pas permis de revenir sur ce qui est écrit, de le modifier, le corriger, voire le supprimer (ce qui arrive habituellement deux fois sur trois, et la troisième n’est jamais qu’un pis-aller).

      Il n’est effectivement pas possible de se contenter d’une seule traduction des grandes oeuvres, notamment des grandes oeuvres poétiques, mais s’il est un mot que je déteste par-dessus tout et récuse chaque fois que je le rencontre sous la plume d’un traducteur ou d’un introducteur d’une oeuvre étrangère, c’est le mot « intraduisible ». Je ne peux m’empêcher d’y voir, pire qu’un aveu d’impuissance, le cri d’un avare soucieux de garder pour lui seul ses trésors.

      De toute façon, tout est traduction, de la pensée ou la rêverie au texte écrit on est bien dans le passage d’une langue à l’autre, et, son propre traducteur, désespéré de se traduire si mal.

      Je rêve de ne lire plus que de la poésie ou bien de transformer en poésie tout ce que je lis.

      • Merci, Domonkos, pour toutes ces précisions et pour ce dernier (joli) axiome.

        « Quand nous lisons une traduction, quelle que soit sa qualité, c’est le traducteur que nous lisons »
        George Steiner

        Voici une conférence sur la traduction en deux parties avec Jean-Yves Masson que j’ai trouvée très intéressante; Jean-Yves Masson étant un traducteur que je suis de très près (Yeats chez Verdier, Rilke chez Imprimerie Nationale) et dont je viens d’apprendre, en effectuant des travaux préparatoires sur les poèmes italiens de Pétrarque pour une prochaine table de lectures, qu’il aurait dû traduire l’ensemble du Canzionere chez Belles Lettres en 2004.
        Ce qui ne s’est pas fait.
        Dommage car aujourd’hui les trois traductions (modernes) complètes de ces 366 poèmes ne sont pas du tout à la hauteur de mon point de vue (Genot chez Belles Lettres, Blanc chez Garnier et Ceccatty chez Poésie/Gallimard). Heureusement qu’il existe deux traductions qui m’ont l’air excellentes (mon travail n’est pas du tout terminé), l’une est du suisse George Nicole chez Mermod (la fameuse filière suisse avec Philippe Jaccottet et Gustave Roud entre autres !), l’autre est d’André Ughetto aux éditions le Bois d’Orion.
        Je me répète, mais quel dommage quand vous lisez les quelques poèmes traduits par J.Y. Masson dans la revue Europe n°902-903 (Juin-Juillet 2004).

        Voici les deux liens :
        Partie 1 : https://youtu.be/hTf5QChtIAw
        Partie 2 : https://youtu.be/72wpBylWgHA

  6. Pour poursuivre notre post sur GM Hopkins, je vous propose de découvrir ce sublime poète par sept traductions différentes de la treizième strophe de son Opus Magnum : The Wreck of the Deutschland, ode de 35 huitains.
    Ce poème raconte le naufrage du Deutschland, dans la nuit du 6 au 7 décembre 1875. À bord de ce navire se trouvaient cinq franciscaines allemandes expulsées de leur pays par les lois anti-catholiques de Bismarck (lois Falk).

    Version originale :

    « Into the snows she sweeps,
    Hurling the Haven behind,
    The Deutschland, on Sunday; and so the sky keeps,
    For the infinite air is unkind,
    And the sea flint-flake, black-backed in the regular blow,
    Sitting Eastnortheast, in cursed quarter, the wind;
    Wíry and white-fiery and whírlwind-swivellèd snow
    Spins to the widow-making unchilding unfathering deeps. »

    Traduction de Jean Mambrino s. j., Europe n° 925, mai 2006.

    « Dans les bourrasques bondit,
    Se projette loin du port,
    Le Deutschland, ce dimanche, sans que le ciel varie,
    Car l’air cruel est infini,
    Et la mer étincelles-de-silex, dos-noir sous le vent régulier
    Souffle de l’Est-Nord-Est, exécrable quart ;
    La raide neige blanc-brûlant touille-et-tourbillonne au vent
    Vrille aux abîmes faiseurs de veuve, voleurs de pères et d’enfants. »

    Traduction de Pierre Leyris, éditions du Seuil, 1957.

    « Par les neiges il fonce,
    Loin derrière rejetant le port,
    Le Deutschland, ce dimanche ; et tel reste le ciel,
    Car hostile est l’air infini
    Et la mer éclat-de-silex, dos-noir dans la franche tourmente,
    Le vent soufflant de l’est-nord-est, ce rhumb maudit ;
    La roide neige blanc-argent qui tourne-tourbillonne au vent
    Gire aux abîmes faiseurs de veuves, preneurs de pères, preneurs d’enfants. »

    Traduction de René Gallet, éditions Orphée/La Différence, 1991.

    « Dans la neige s’avance,
    Rejetant derrière lui le Port
    Ce dimanche, le Deutschland; et le ciel ne varie pas,
    Car l’air infini menace,
    La mer écailles-de-silex, noire-échine sous la bourrasque constante
    Et venant d’est-nord-est, quart exécrable, le vent ;
    Dards de feu-blafard, vrilles-tourbillonnantes, la neige
    Fond vers les abîmes qui enveuvent, désenfantent et désengendrent. »

    Traduction de Bruno Gaurier, éditions du Cerf, 2019.

    « Dans les neiges il s’enfonce
    Laissant le port en son sillage,
    Dimanche le Deutschland ; ainsi reste le ciel,
    Car infini l’air est contraire,
    Et la mer aux paillettes-silex, dos-noir par vent bien établi,
    Orienté Est-Nordé, quadrant maudit ;
    Rude neige au blanc d’argent et tournoyante en la tourmente,
    Toupie aspirée aux abîmes pourvoyeurs de veuves, mangeurs de pères et d’enfants. »

    Traduction de Jean-Georges Ritz, éditions Aubier, 1980.

    « Dans la bourrasque de neige, il plonge
    Rejetant le port loin derrière lui,
    Le Deutschland, en ce dimanche; et le ciel reste inchangé,
    Car l’air infini et cruel,
    Et la mer est paillettes de silex, noire échine dans le souffle implacable
    Du vent, sis est-nord-est, quart maudit;
    Métallique, la neige blanc-de-flamme, tourbillonne dans la tempête,
    Tournoie vers les abîmes, faiseurs de veuves, ravisseurs d’enfants, et de pères. »

    Traduction d’Ivar Ch’Vavar, Le Jardin ouvrier n° 5, janvier 1996.

    « À travers les neiges il s’élance,
    Repoussant le port loin derrière,
    Le Deutschland, ce dimanche ; et tel le ciel demeure,
    Parce que l’espace sans fin est méchant ;
    La mer écaille-de-silex, dos noir, dans la rafale régulière ;
    Assis à l’Est-Nord-Est, secteur maudit, le vent ;
    Drue et d’un blanc éblouissant, tourbillonnant dans l’enroulement du vent, neige
    Pivote sur les abîmes qui font les veuves, qui ôtent pères et enfants. »

    Traduction Robert Marteau, éditions du Grand Est, 2011.

    « Dans les neiges qu’il nie
    Il hâte le Havre an arrière
    Le Deutschland, ce dimanche; ciel sinistre,
    A l’infini, l’air hostile,
    Et la mer éboulis, noire échine sans cesse explose,
    Sis est-nord-est, quart maudit, le vent;
    En fils et furie blanche et ventée virevoltante la neige
    Tournevire jusqu’aux abîmes faiseurs de veuves défaiseurs de pères et d’enfants. »

    Je vous souhaite Bonnes Lectures !

  7. Bonjour à tous.

    J’envisage l’achat prochain en Pléiade des 2 volumes Alexandre Dumas. Ma question beaucoup la connaisse ici : est-ce une édition par Aubin ou Normandie Roto ? Dans le pire des cas ( c’est-à-dire Aubin ) je me tournerai vers une édition de poche.

    P-s : j’espère ne pas vous agacer avec ce genre de question de bas niveau qui ramène tout à mon intérêt personnel ( svp les trolls Ulysse, Sophie et co’ ne vous acharner pas sur moi. Je ne saurai quoi vous répondre car je n’ai pas la répartie terrible et implacable d’un Domonkos )

    C’est que je n’ai pas de libraire à proximité. Je commande en ligne et donc ne veux avoir de mauvaise surprise.

    Merci d’avance.

    • Le Comte de Monte-Cristo : Aubin, achevé d’imprimer le 12 avril 1999
      reliure correcte
      Les Trois Mousquetaires : Normandie Roto Impression, achevé d’imprimer le 23 août 2004
      reliure correcte

      Bonne lecture avec le père Dumas.

    • [message totalement sans intérêt et censuré par M. des Brumes, qui a autre chose à faire que de lire des insultes personnelles]

      • « Je rêve de ne lire plus que de la poésie ou bien de transformer en poésie tout ce que je lis »
        Je crains que vous ne voyiez de la « vanité » là où ne se trouve que votre incapacité à comprendre ce que vous lisez. Quand on songe à la bêtise de votre pseudonyme, il ne devrait pas y avoir lieu de s’étonner.

        Décidément, la médiocrité envahit tous les yeux et n’a de cesse que d’y établir son pouvoir sans partage. Attristant et décourageant.

      • [message totalement sans intérêt et censuré par M. des Brumes, qui a autre chose à faire que de lire des insultes personnelles]

        • Je suis extrêmement las. Sachez désormais que chaque fois que j’estimerai les limites de la courtoisie franchies pour de mauvaises raisons, je censurerai les messages des intervenants, quels qu’ils soient, et en remplacerai le contenu par la formule suivante :

          [message totalement sans intérêt et censuré par M. des Brumes, qui a autre chose à faire que de lire des insultes personnelles]

  8. Les ouvrages sont anciens, achetez-les donc d’occasion, on trouve des ouvrages des années 60 70 ou 80 en parfait état de conservation et pas imprimé par Aubin.

    • C’est aussi une solution. Il m’est arrivé d’acheter d’occasion pour éviter la reliure désastreuse de certains volumes ( par exemple les Stoïciens… )

      Cette solution fonctionne bien pour les ouvrages antérieure au début des années 90.
      Mon Aubin le plus ancien est de 1994.

      • Surtout que les ouvrages sans jaquette n’ont pas du tout la même classe. Alors si en plus ils sont mal reliés…
        J’ai découvert tous les problèmes des pleiades récents en lisant ces pages ici. Depuis j’ai acheté pas mal d’ouvrages (pré-1991). Il me paraît assez évident que la collection pleiade suit une pente capitaliste bien connue qui ne peut mener qu’à la perte : s’appuyer sur la bonne réputation d’une marque, acquise au prix d’une exigence de qualité, pour faire baisser cette qualité et donc les coûts de production et augmenter les marges sur le dos des gogos qui croient encore à la bonne tenue de la marque. Pendant un temps, la bonne réputation se poursuit au-delà de la médiocrité, et puis à un moment, il y a une prise de conscience de plus en plus massive qui conduit à déposer la clef sous la porte. Par exemple Habitat, qui a essayé de faire de l’Ikea cher et de mauvaise qualité, avant de se faire racheter par Ikea. on pourrait multiplier les exemples.
        La disparition me semble l’avenir quasi inéluctable de la collection de la pleiade, dont le changement majeur ne concerne plus que les hausses de prix.

  9. Les récents « échanges » et la récente décision de suppression de commentaires de Brumes me semble poser une question: ce site a-t-il encore une raison d’être ? Conçu semble-t-il initialement pour donner des informations sur la collection de la Pléiade, il est devenu au fil du temps un déversoir d’acrimonie et d’aigreur, qui contre les volumes de la Pléiade eux-mêmes, qui contre les intervenants sur ce site. Hormis quelques notables exceptions, essentiellement pour ne pas dire exclusivement les commentaires de NeoBirt7, qui se font de plus en plus rares depuis la fin de l’année 2020, que reste-il d’utile et d’intéressant, d’instructif et d’utile dans ces commentaires ? En tant qu’amoureux de la Pléiade, qui ne prend jamais la parole sur ce blog mais lit tout ce qui s’y écrit, je serais tristement tenté de répondre: quasiment rien aujourd’hui et depuis quelque temps. Aux messages agressifs et inintéressants répondent des messages non moins agressifs et inintéressants. Ce qui s’est perdu, c’est l’intérêt et l’enthousiasme du début pour une collection, l’information plus que l’étalage de sentiments personnels et de pronostics sur le devenir d’une collection entre les mains salies de capitalistes sans scrupules déguisés en éditeurs, ect.
    Si il’ne revient pas à ses sources, ce site aura juste perdu sa raison d’être, et l’on comprend, comme l’on partage, la lassitude de son créateur.

    • Personnellement je serais navré que ce blog disparaisse. J’y suis maintenant attaché, et même si le contenu est inégal, j’ai toujours plaisir à le lire. La décision de Brumes de censurer les attaques personnelles me parait très sage, l’ambiance de morosité qu’on peut reprocher au blog ne peut qu’en être améliorée. Je ne pense pas que l’enthousiasme du début ait disparu, mais d’une manière générale il faudrait plus insister sur les aspects positifs de la collection. Je suis en ce moment en train de lire le tome 1 des romans de Cendrars que j’ai découverts grâce à la Pléiade. C’est une belle réussite éditoriale avec des fragments romanesques très intéressants en plus des romans plus connus.

    • Je comprends le sens de votre intervention, teintée de déception quant à l’évolution du contenu du blog de Brumes.
      Il est vrai qu’en ses commencements, il était essentiellement informatif.
      L’information se faisant de plus en plus rare, certains sujets s’épuisant, il est devenu de plus en plus critique (au sens noble du mot, et, comme on dit en matière d’instruction judiciaire, « à charge et à décharge »).

      Les causes de cette évolution seraient-elles imputables à la seule volonté des intervenants (on peut imaginer une augmentation de l’exigence de ces derniers, voire les accuser d’être blasés et de cracher dans une soupe qu’ils ne trouvent plus à leur goût) ou bien trouveraient-elle, au moins pour partie, dans l’évolution de la collection elle-même ?
      Est-il, par exemple, interdit de constater que la part des grands maîtres incontestés ou peu contestables s’est réduite, parmi les nouvelles entrées ? Par suite d’un mouvement fort naturel, d’ailleurs.

      Des questions se posent, effectivement, sur l’évolution du blog, voire des remises en question. Quant à moi, je ne prendrai aucune position, ne me sentant investi d’aucune légitimité à ce faire.

      Brumes est, comme le charbonnier, patron chez soi, et je n’ai aucun conseil à lui donner sur la façon de mener sa maison. Si je me croyais la moindre compétence en ce domaine – et c’est là un avis tout à fait personnel, n’engageant que moi-même – je créerais tout bonnement mon propre blog, ce qu’à Dieu ne plaise !

      • Façon de dire que je me contenterai dorénavant – sauf regrettable et exceptionnelle rechute d’ivrogne – du rôle le lecteur et d’observateur muet. Il me déplaît souverainement de recevoir des coups, et plus encore, peut-être, d’en donner en retour (que je paie en monnaie de regrets et de remords). Wait and ses. Ou, motus et bouche cousue, en bon français.

        • Je n’ai pas dit qu’il fallait s’interdire les critiques négatives, mais simplement qu’il faut aussi relever les points positifs.

          • Rassurez-vous, je n’ai point voulu dire que vous l’aviez dit. Pas de malentendu.

            J’ai simplement voulu dire que l’évolution de ce blog, de « ‘l’information » à la « critique » est sans doute plus dépendant de l’évolution de la collection (de celles de l’époque, du lectorat, etc. aussi), que de personnes malintentionnées.

            Une évolution discutable, évaluable, critiquable également, mais assez « naturelle ».

  10. J’adhère en partie à vos propos, Hervé et André-Louis.

    En partie : pourquoi ? Simplement car je considère qu’il faut parler des aspects positifs mais aussi des aspects négatif à condition d’argumenter.

    L’aspect négatif le plus préjudiciable étant les livres imprimé par Aubin. Il faut le dire et je continuerai tant que le problème ne sera pas résolu ( depuis le début 1990 ça fait long déjà. )

    Un autre aspect négatif : les volumes épuisés.

    Comment peut-on passer sous silence que des écrivains tels que Boileau, Malherbe, Aubigné, Saint François de Sales, ect…(et probablement bientôt Malebranche et Fénelon ) sont expulsés définitivement de la collection sous prétexte qu’ils ne de vendent trop peu ? Il faut le dire et s’en désoler

    Je finirai par un aspect positif : le tome 5 des œuvres complètes de Flaubert est une merveille ( tant au niveau du contenus que de l’annotation… ).

    • Bien sûr, mais la critique et l’évocation des aspects négatifs peut se faire avec mesure, c’est-à-dire avec rigueur, comme vous le faites, plutôt qu’autrement. (J’écris « autrement » pour ne pas lancer de polémique).

      • Tout à fait d’accord avec vous.

        Ceci dit concernant les volumes épuisés je serai le 1er à me réjouir qu’ils soient, à terme, de nouveau disponible.

        Quant aux volumes imprimés par Aubin je dois reconnaître que depuis 6 ou 7 ans ils se font rares ( soit depuis que certains volumes sont imprimés en Allemagne ). Donc le problème a été reconnu ; peut-être sera-t-il un jour définitivement résolu…

  11. Bonjour à tous,
    Petite question (Neo-birt7, si vous êtes dans le coin ?)
    Mon libraire me dit qu’il n’a pas « Historiciser le mal » (que j’ai commandé il y a une semaine), mais que le livre est en réimpression.
    Je suis très surpris par cette histoire de réimpression. Il me semblait que le tirage était limité à 10.000 exemplaires.
    La dernière fois que le même libraire m’a dit « je n’ai pas le livre, mais ah ah, pas de problème, c’est en réimpression », c’était également pour une édition limitée, l’intégrale Conan, qui n’était pas du tout en réimpression, et que je n’ai pu ensuite me procurer, avec beaucoup de difficultés, qu’en la payant 4 fois le prix.
    Réimpression d’Historiciser le mal : quelqu’un a des infos là-dessus ? Je suis très perplexe.
    Merci.

  12. Historiciser le Mal ne fait l’objet d’aucune mise en place chez les libraires ni chez les commerçants en ligne tel Amazon; ils n’ont pas été autorisés à le commander et à le proposer à la vente, de sorte qu’il convient de se le procurer directement auprès de la maison d’édition. Je ne suis pas outre mesure satisfait du travail de francisation de l’appareil critique allemand de l’édition de 2016 (la traduction de l’original hitlérien elle-même m’irrite grandement, ne fût-ce que par son révisionnisme lexical), mais la Pléiade n’ayant nul rapport, même fortuit, avec cette thématique, on me pardonnera de couper court.

  13. Bonjour

    Savez vous si Le Comte de Monte-Cristo est disponible uniquement en « version Aubin »?
    Je ne suis pas familier de La pléiade mais la qualité d’impression me laisse sur ma faim. Au prix de l’ouvrage j’en espérais mieux.

    Merci

    • J’ai la chance d’avoir un tirage Bolloré / Aubin de 2011 qui est très correct, mais ce n’est pas fréquent.
      Si vous voulez de la belle ouvrage, je vous conseille l’impression originale de 1981 sur bible Jeand’heurs par Darantière, qui est à mon sens magnifique.
      Le mieux est encore de feuilleter en librairie avant d’acheter.

        • Les pléiades étant acquises par les librairie jusqu’au moment où elles sont vendues, et ne faisant pas l’objet d’un retour à l’éditeur, vous avez une chance de trouver ce volume là où il ne s’est pas vendu. S’agissant d’un auteur populaire, je crains que vous ne trouviez pas sans écumer chaque librairie et leur demander pour feuilleter le volume.

        • Non, mais les exemplaires d’occasion en excellent état peuvent se trouver, les lecteurs de la Pléiade ne sont pas tous des cornichons avec leurs livres !

    • Bonjour,
      Si la théorie du changement de prix implique une nouvelle impression, alors voici un tableau
      qui peut donner une idée aussi du changement d’imprimeur.
      année 2005 prix : 49 €
      année 2007 prix : 50 €
      année 2009 prix : 55 €
      année 2012 prix : 56 €
      année 2015 prix : 58 €
      année 2017 prix : 60 €
      année 2020 prix : 62 €
      Autant dire qu’il y aurait un retirage tous les 2 ou 3 ans.
      Le Comte de Monte-Cristo continue son succès.

  14. Bon me reste qu’à partir en chasse. Qu’en est-il de Faulkner et Maupassant?

    J’avais ouvert un Pleiade il y a quelque temps et j’avais été impressionné par la netteté de l’impression avec cette encre bien noire et bien nette sur un joli papier. Là j’ai l’impression d’une encre délavée et hétérogène. Je me fais des idées ?

  15. Depuis que l’on est passé à l’impression numérique, il ne faut plus espérer des encres qui tiennent des siècles comme par le passé. Les tenants du numérique assurent une qualité « comparable à celle de l’offset ». En réalité on parle d’une comparaison avec les rotatives, bien connues pour imprimer nos quotidiens. Rien à voir avec l’impression feuille à feuille à l’ancienne.
    J’étais hier chez un bouquiniste qui proposait des éditions de nos classiques imprimées et reliées au XIXe siècle. La netteté de l’impression, la qualité du papier et de la reliure, la fraîcheur de l’ensemble (aucune tâche rousse !), tout ça pour des sommes quais dérisoires, ça fait rêver.
    Sans en être déjà à l’obsolescence programmée (mais pour combien de temps encore ?), il semble que le numérique creuse la tombe de l’édition comme de bien d’autres secteurs.

  16. Je ne suis pas pléiadophile (j ‘ai une petite dizaine de volumes et quelques albums ).Certains
    d’entre vous se plaignent de la qualité matérielle de la collection .Vous ètes en droit de deman-
    der la qualité , étant donné le prix (60 à 70 euros).Mais vous semblez oublier que la Pléiade,
    c’est de la reliure INDUSTRIELLE .Les éditeurs ne publient presque plus de livres constitués de
    cahiers cousus.C’est du livre de poche amélioré , en plus grand format .On peut trouver chez
    les bouquinistes des volumes brochés , bien imprimés , sur papier de qualité ( vergé ou velin ) et pour un prix raisonnable .Il y a parfois une préface mais pas de notices, notes et notules ! Ce
    n’est pas la Pléiade , c’est autre chose .Ceci dit , je comprends que certains lecteurs apprécient
    cette collection .(j’ai découvert Simenon gràce à la Pléiade ) .

    • Vous soulevez là un point important : personnellement, je connais ou rencontre des bibliophiles, des amateurs de belles reliures, mais je n’en ai jamais entendu aucun s’intéresser à la Pléiade.
      S’il s’en trouve, je ne les point rencontrés.
      Personnellement, ce n’est pas ce que je recherche dans la Pléiade. (Ce qui ne veut pas dire que je me résigne à certains volumes vraiment mal reliés et très inconfortables à l’usage.)

      • Le débat n’a en effet rien de « bibliophilique ».
        C’est bien la compacité du poche, associée à l’exigence du contenu et à son exhaustivité que cherche l’amateur, le tout avec une reliure et un papier raisonnablement agréables (et impeccables). Je me fiche de la bibliophilie comme d’une guigne, ce que je veux, c’est lire le texte, et je pourrais tout aussi bien le lire ailleurs, mais si je choisis la Pléiade pour le faire, c’est aussi pour ses qualités éditoriales et physiques supposées (notes, annexes, robustesse, intangibilité, allure). Je veux pouvoir tourner les pages sans une résistance absurde, et je veux le faire confortablement, sans un méchant claquement qui me rappelle à chaque page que je suis une vache à lait et que Gallimard a oublié que ses livres étaient accessoirement faits pour être lus.

        • Sur chaque point abordé par vous dans votre intervention, Brumes, pas plus féru que vous de bibliophilie je n’ai point voulu dire autre chose, et si je l’ai dit tout de même, c’est à l’insu de mon plein gré.

          Je suis globalement d’accord avec les critiques émises par nombre d’intervenants sur les qualités physiques de certains volumes de La Pléiade, notamment dans la période récente, et j’attends d’elle élégance et confort de lecture et de manipulation, rien de plus ; mais il me semble, pourtant – sauf si ma mémoire défaillante ou poétique me présente des souvenirs déformés – avoir lu, ici ou là, sur ce fil, quelques critiques fort pointilleuses, au risque de dépasser ce qu’on est en droit d’attendre raisonnablement de la Vénérable Dame.

          Simple témoignage, en passant, sans plus de conviction, sur ce sujet je n’enfourcherai pas mon cheval de bataille et le laisserai au repos, dans son box rempli de paille jusqu’au jarret..

    • Reliure industrielle, soit. Mais elle l’a toujours été. D’où la grogne devant ce constat : pourquoi devoir se résigner devant des reliures parfois infâmes quand la collection proposait il y a 40 ans des volumes parfaitement finis ?
      Alors oui, on est tenté de répéter :
      « c’était mieux avant ».

  17. La Pléiade était en effet a minima « mieux avant » pour l’impression et l’encrage et donc la durabilité de l’ouvrage. Ce n’est pas une exigence de bibliophile mais bien de simple lecteur. Mes Pléiade des années 60 et 70 sont d’une fraîcheur étonnante. Il y a un avant et un après passage au tout numérique, ceci indépendamment du façonnage (reliure, rainage, découpe, assemblage des cahiers et j’en passe).

  18. Le site Internet de la Pleïade annonce pour le mois de septembre la parution en deux volumes des oeuvres complète d’Ernest Hemingway. Savez-vous s’il s’agit d’un simple tirage sous coffret des volumes existants ou bien de nouvelles traductions ?

    • Gallimard a réédité plusieurs romans de Hemingway avec de nouvelles traductions, j’adorerais qu’elles soient reprises dans ces deux volumes annoncés… mais la politique actuelle étant de nous fourguer les invendus sous un nouvel habillage alléchant sous forme de coffret, il n’y a, je le crains, rien à espérer.
      Je pense que Brumes – ou une autre personne informée – ne me démentira pas. Dans le cas contraire, qu’on veuille bien me pardonner mes mauvais augures !

      • Espérons que vous soyez entendu… Une mise à jour avec de nouvelles traductions pour le 60ème anniversaire de sa disparition serait vraiment pertinente…

  19. Pour en finir avec la bibliophilie : On peut avoir des livres anciens de qualité , des Pléiade et des
    livres de poche ( ceux-ci avec préface , notices et notes ) .Nul besoin d’ètre exclusif .
    On peut trouver des Pléiade d’occasion en bon ou très bon état pour 20 ou 30 euros chez les
    bouquinistes du Net .Les bibliophiles n’aiment pas la pléiade parce que c’est industriel et que le papier bible n’a aucune valeur à leurs yeux (valeur bibliophilique ).

  20. Le site de notre collection préférée annonce pour septembre (après une page blanche de plusieurs semaines) un coffret des deux volumes… d’Hemingway.
    Pourquoi pas. Etait-ce une urgence? Une priorité?
    Pourquoi ne pas emboîter de même les deux tomes des oeuvres complètes de Roger Martin du Gard?
    Ou les cinq de Rousseau?
    Je me lasse un peu de cette manie de Gallimard faire des coffrets de coffrets.
    Ce qui ne m’a pas empeché d’acquérir il y a peu celui de Francis Scott Fitzgerald 🙂
    Je découvre avec bonheur « Beaux et damnés », qui est un chef-d’oeuvre, sous-estimé me semble-t-il, peut-être trop souvent comparé à Tendre est la nuit?

  21. … ni jamais :
    – d’album Corneille,
    – d’album Racine,
    – d’album Dickens,
    – d’album Gogol,
    – d’album Kafka,
    – d’album Cervantès,
    – d’album Tolstoï,
    – d’album consacré aux quatre livres extraordinaires de la littérature chinoise parus en Pléiade,
    – ni d’ailleurs aucun album consacré à tout ou partie de la littérature de l’Antiquité romaine ou grecque parue en Pléiade.

  22. Je profite de l’espace offert ici par brumes pour signaler un article assez détaillé sur Nicolas Gogol, disponible sur le site de notre ami Draak fut là ( https://propagerlefeu.fr/nicolas-gogol/ ), avec notamment un historique des traductions françaises et les raisons pour lesquelles l’édition en Pléiade nous paraît être la meilleure édition française disponible – notamment en raison de la qualité des traductions retenues et ce malgré que certaines ont déjà plus d’un demi-siècle.

    Sont également évoquées dans cet article des traductions plus récentes, notamment celles de l’œuvre théâtrale de Gogol par André Markowicz dont nous avons parlé ici.

    Selon le potentiel commercial actuel de l’œuvre de Nicolas Gogol, Gallimard pourrait tout à fait rééditer ces textes en deux volumes, avec un appareil critique plus fourni, comme ils l’ont déjà fait pour Cervantès et quelques autres très grands auteurs. Ce serait l’occasion d’un beau coffret…

    Tous vos commentaires sont les bienvenus. 🙂

  23. Si cela intéresse certains d’entre vous, je possède pas mal de volumes épuisés en double en parfait état (Malherbe, Dickens, Sainte-Beuve….) . Plutôt que de les revendre, je préfèrerai les échanger contre d’autres volumes à des collectionneurs de ce blog.

  24. Si cela intéresse certains d’entre vous, en plus du coffret Hemingway, nous allons avoir droit à un coffret Dostoïevski !

  25. Les sept tomes de La Pléiade consacrés à Dostoïevski – auxquels on peut ajouter l’album n°14 – constituent l’une des meilleures éditions des « œuvres complètes » d’un écrivain de littérature étrangère parues dans cette collection, à mettre au même niveau que les huit volumes des grands romans de Charles Dickens.

  26. Bonjour à tous.

    J’ai besoin d’un renseignement à propos de Gide. La nouvelle édition des œuvres Romans et Récits de Gide édité en 2 tomes ( 2009 ) est elle une référence ? et surtout, surtout… ( Vous connaissez mon obsession ) est elle imprimé par Aubin ou Normandie Roto ?

    Merci d’avance.

    • Bon, au final, je ne suis plus vraiment intéressé par l’achat de ces 2 volumes ; je viens d’acheter d’occasion l’ancienne édition qui regroupe l’intégralité des romans et récits.

      J’espère ne pas perdre au change. Mais avoir l’intégralité en un volume ça n’est pas négligeable. Imprimé dans les années 1980. Aucun risque Aubin. Bref. Tant pis pour les notices, introduction, ect… Ceci dit, si les 2 livres de 2009 sont fabriqués par Aubin, j’aurai absolument aucun regret…

        • Merci KleineFuge.

          L’information sera certainement utile à d’autres que moi. Pour ma part je vais finalement me contenter de l’ancienne l’édition en 1 seul tome.

  27. Gallimard achète Minuit. Ca signifie donc l’entrée de Samuel Beckett en Pléiade… dans quelques années. Souhaitons que l’on nous offre ses oeuvres complètes, et non une anthologie améliorée.

  28. Bonjour,

    Le tome 4 des œuvres complètes de Julien Green est indisponible. Quelqu’un sait si un nouveau tirage est à prévoir ( bouquin ayant publié en 2019 le journal de Green  » non censuré  » jusqu’en 1940… Il y a peut-être un lien de causalité ? ) ?

    Qu’en dit le catalogue de 2021 ? Une nouvelle édition revue couvrant l’intégralité de cette partie du journal est peut-être à envisagée…

    Mais peut-être s’agit-il, hélas, d’un autre livre épuisé à tout jamais par défaut de vente…

    • Peu importe l’imprimeur, si vous avez le choix entre 1972 et 1998, n’hésitez pas prenez le 72 les yeux fermés. Les originaux des premiers tomes de Green sont absolument impeccables, c’était la meilleure époque de la Pléiade du point de vue impression, façonnage etc.
      Il n’y a aucune chance qu’on ait la suite des OC de Green en Pleiade. Après la mort de l’écrivain puis celle de son fils adoptif qui lui avait fait faire tant de bêtises, Gallimard (qui n’était pas l’éditeur de Green) a abandonné tout projet de suite ou même de réimpression.

    • Bonjour,

      D’après le dernier catalogue de La Pléiade, sur les huit volumes des oeuvres complètes de Julien Green, seul le tome 4 est donné comme « indisponible provisoirement ».

  29. La collection « Bouquins », après la Pléiade, se lance à son tour dans une édition d’un choix qui paraît quelque peu ambitieux de romans de Jules Verne. Premier volume : « Voyages dans les mondes connus et inconnus : 1 L’Afrique. Réunissant un choix intéressant de cinq romans, du fameux « Cinq semaines en ballon » au méconnu et très curieux « Le village aérien », en passant par « Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l’Afrique australe », « Un capitaine de quinze ans » et « L’Etoile du Sud ».

    L’édition, dont je ne connais pas encore le degré d’intérêt, est établie et commentée par l’opportuniste François Rivière (que j’ai connu, dans une autre vie, ignorant tout de Jules Verne et me demandant de lui apprendre le b-a ba vernien, avant de se transformer, en quelques mois, en pseudo « spécialiste » parfaitement superficiel, fidèle à sa conception de la littérature qui l’avait amené à inventer le concept ludique de « fantasme sans profondeur » ce qui, je dois le reconnaître, faisait de lui, dans les années 70, un précurseur de notre époque d’irréflexion) et François Angelier que les amateurs de Pléiade connaissent au moins en qualité d’auteur de l’album Pléiade Jules Verne.

    D’autres volumes sont annoncés, sous les étiquettes « Méditerranée », « Empire Britannique », « Amérique du Nord », etc.
    Affaire à suivre.

  30. Quelques précisions sur la parution de la nouvelle édition de Dante, « La divine comédie », 1 vol. à paraître le 30 septembre (63 €).

    • Et « La Comédie – Poème sacré » vient de reparaître, purgée de quelques coquilles, pour la troisième fois : c’est en poche-poésie (nrf).

  31. Il y a 2 jours je vous parlais du tome 4 des œuvres complètes de Green indisponible. La solution, dans ce cas, c’est de se tourner vers le marché de l’occasion.

    Sur un célèbre site de vente en ligne on trouve 2 édition : une de 1972 et, surprenant, une de 1998.

    Évidemment, j’ai contacté le vendeur pour me renseigner sur l’imprimeur de cette édition 1998 : Est-ce Aubin ou Roto ? ( Aucune réponse. Il a sans doute trouver ma question bizarre )

    Bref, je tente ma chance ici ( un peu en vain ; car je suppose que peu de gens ont chez eux le tome 4 des œuvres de Green )

    Ce fameux tome 4 de 1998 est-il de fabrication Aubin ou Roto ?

    Merci d’avance ; même si j’ai peu d’espoir d’avoir un réponse….

      • Bonjour, pour votre information et nourrir le débat sur cette production xylologique, j’ai le volume 4, imprimerie Roto à Lonrai 1998, et le 5, imprimerie Mama à Tours 1977. Le premier est sur papier Valobible des papeteries Prioux, le second sur papier bible des papeteries Bolloré. L’encre de Roto est plus noire, l’autre plus grise, mais les deux très lisibles, est-ce le temps ou la qualité, mais on voit à travers les caractères de l’autre face de la page pour Roto, ce qui n’est pas le cas pour Mame. Est-ce dû à l’encre ou à l’épaisseur du papier, je ne sais.

  32. Un Passant, il me semble qu’il y a une confusion entre impression et reliure : le relieur reçoit des feuilles entières – ou parfois coupées en deux. C’est dans son atelier qu’a lieu le façonnage et notamment la confection des cahiers (pliure, assemblage, couture et collage). C’est de ce stade de la fabrication que proviennent les – hélas très nombreux – Pléiade défectueux.
    Pour les années 2000 c’est bien au relieur Babouot de Lagny qu’il faut attribuer l’origine technique de nos misères, tandis qu’il est totalement scandaleux que Gallimard accepte des volumes de si mauvaise qualité et les revende, je pense que nous sommes tous d’accord là-dessus.
    Je lis actuellement les Nouvelles du XVIIIe siècle en Pléiade (février 2002), relié par Babouot : je maudis ce relieur ainsi que Gallimard à chaque fois que je tourne péniblement une page : papier gondolé, coutures sur-tendues, c’est une honte : nous devrions l’écrire plus souvent et sur tous les sites où nous accédons chacun de notre côté.

    • J’ai écrit à la pléiade pour me plaindre de l’état d’un de mes volumes. On m’a répondu avec amabilité en me donnant au passage cette explication :
      « Pour des raisons de sécurisation de nos approvisionnements en impression, historiquement nous imprimons la Pléiade chez trois imprimeurs. L’un de ces imprimeurs imprime en « sens travers », ce qui a pu provoquer le type de défaut tel que vous l’avez constaté. Nous travaillons depuis plusieurs années avec eux pour atténuer l’effet rigide du papier (en travaillant sur l’hygrométrie et en augmentant le temps consacré à la reliure) et solutionner ces défauts. Malheureusement, pour certains titres qui n’ont pas été réimprimés depuis la résolution de ce défaut, il n’y a pas à ce jour de meilleur exemplaire. »

      • Merci beaucoup pour ce témoignage , qui confirme les conclusions auxquelles j’étais arrivé au terme de l’enquête dont j’avais fait état dans ce blog.

        L’imprimeur en question est Aubin à Ligugé. Son impression pivotée de 90 degrés par rapport au fil du papier Bolloré (à mon avis liée au nombre de pliages que leurs machines sont capables d’assurer pour former les cahiers de la Pleiade dont le format est in-16) rend la tâche particulièrement difficile au relieur Babouot, ce qui fait que seule une minorité des exemplaires d’un tirage Aubin sur Bolloré sont agréables à feuilleter (et parfois cette minorité se réduit à rien).
        J’ai vu qu’il y avait ici une certaine mode pour incriminer les tirages Roto également. Je ne suis pas d’accord. Il est techniquement possible bien sûr que certains exemplaires imprimés par Roto aient été reliés de façon insatisfaisante par Babouot, mais cela ne concerne à mon sens que des exemplaires isolés et ne doit pas être mis sur le compte de l’imprimeur.

        • On pourrait en revanche discuter plus radicalement le choix opéré par Gallimard, au début des années 1990, de passer de l’impression à plat à l’impression par rotative. Bien sûr cela a dû engendrer des économies d’échelle (d’où d’importants tirages stockés et reliés peu à peu par Babouot) mais techniquement la qualité de l’impression est variable et la réalisation de la reliure manifestement plus aléatoire que celle des très beaux exemplaires de la fin des années 1970 et des années 1980…

      • Sur ma petite collection de 73 Pleiade, j’ai fait un inventaire des imprimeurs, associé à l’état du livre.
        Seuls 3 volumes (soit 4%) sont affectés du défaut qui est largement exposé ici depuis plusieurs mois : le « Scott » de 2007 vient bien de chez Aubin, les « Jules Verne » de 2012 par contre de Normandie Roto, le « Laclos » de 2011 de Garantière…
        Par contre, contrairement à ce qu’affirme « Un Passant » plus loin, mes 12 volumes des années 90 imprimés par Aubin sont parfaits…
        Je n’ai pas constaté sur ce petit échantillon de relation imprimeur/période/voire épaisseur du volume qui soit aussi claire que ce que certains affirment ici.
        Je suis bien d’accord par contre pour dire qu’il est anormal qu’en fin de chaîne chez Babouot, on ait pu laisser sortir et vendre des séries difficilement manipulables, ce qui reste un des charmes de cette collection

    • Pourtant, sauf erreur de ma part, Babouot travaille avec Normandie Roto aussi bien qu’avec Aubin. Du côté Normandie Roto, tout est ok. Ce problème est la marque de fabrique du partenariat Aubin-Gallimard. Pourquoi ? Mystère…

    • Pas d’accord, Lombard… Babouot relie tous les exemplaires de la Pléiade, et depuis toujours… Il faut donc admettre que si les exemplaires désagréables à feuilleter viennent toujours du même imprimeur, c’est que c’est la différence du travail de l’imprimeur qui rend la reliure plus difficile. Nous avons l’explication, que j’avais « déduite » et dont nous avons explicitement la confirmation par Gallimard : Aubin imprime en travers, ce qui pose un difficile problème de reliure (du moins sur papier Bolloré, qui est le plus fréquemment utilisé, car je n’ai jamais constaté la difficulté lorsque Aubin, exceptionnellement, imprime sur un autre papier). Ce n’est donc pas Babouot qui est à incriminer, mais l’imprimeur sur le plan technique, et surtout le donneur d’ordre, Gallimard, qui devrait tout simplement s’abstenir de commander des impressions à Aubin Ligugé si ils savent pertinemment que le texte sera pivoté de 90 degrés par rapport au fil du papier, et que de ce fait le serrage de la reliure provoquera un gondolage du papier qui s’opposera au feuilletage…
      Par ailleurs, je souligne que tous les volumes imprimés par Aubin ne sont pas par principe ‘« bons à mettre au cabinet ». Certaines séries sont réussies, et il y a la plupart du temps d’assez grandes différences d’un exemplaire à l’autre. C’est pourquoi il ne convient pas de « fuir » par principe cet imprimeur et le papier Bolloré, qui sont souvent les seuls impliqués dans la réalisation d’un volume, mais de prendre la précaution de toujours feuilleter soi-même, si possible, le livre, lorsqu’il est issu de l’association Aubin / Bolloré, ou du moins de se renseigner avec précision.

  33. pour revenir sur mes exemplaires 4 et 5 de Green, les 2 sont reliés chez Babouot le 4 à Paris, le 5 à Lagny, les deux parfaitement. J’ai par ailleurs, parmi mes 505 volumes pléiades plusieurs reliures mal faites, comme vous.

  34. Merci à tous pour vos réponses.

    Je vais me tourner vers l’édition de 1998.

    Cependant je suis d’accord avec Faure sur ce point : les Pléiade des années 60, 70, 80 n’ont pas les défauts de ces fameux Aubin des années 1990.

    Idem que vous Magicien d’os. J’ai d’ailleurs récemment acheté le tome 1 des Mémoires d’outre tombe- imprimé en 1980 – pour remplacer celui que j’avais acheté neuf en 2012 ( imprimé par Aubin, hélas).

    • Le Ronsard, tome 1, de 1993, imprimé par Aubin, est presque aussi pire que le Lévi-Strauss. Un véritable massacre.
      Le tome 2 de Ronsard, de 1994, aussi imprimé par Aubin, présente pourtant, lui, une assez bonne reliure.
      Le Lamartine, réimprimé en 1997 par Roto, est très gondolé.
      Le Racine de 1999 par Forestier, imprimé par Aubin, présente les défauts maintes fois évoqués ici, sans toutefois atteindre à la honte du volume Levi-Strauss ou d’autres.
      Le tome 1 des Libertins du 17e, imprimé en 1998, non par Aubin, mais par les Papeteries Prioux, est impeccable. Son frère le tome 2, imprimé en 2004 par Aubin, est de détestable reliure…
      Les Poésies de Musset réimprimées en 2000 par Aubin, ne présentent aucun défaut.
      Le tome 1 des Œuvres complètes de Malraux, tome 1, de 1989, imprimé en 2003 par Roto, est de très bonne reliure.
      Les Contes et Romans de Diderot de 2004, imprimés par Roto, ne sont pas parfaitement impeccables ; on n’est pas en présence d’une belle reliure parfaite, et on sent un peu de gondolement à la racine des pages, quoique moins pire que les mauvais volumes Aubin.
      Les Poètes du XVIe siècle, de 1953, réimprimés en 2008 par Roto, quoique petit volume, présente un léger gondolement au niveau la racine des pages.
      Idem pour la Coméide Humaine de 1976 imprimée en 2009 par Roto. Quoique un peu mieux déjà.
      Le Foucault, tome 1, de 2015, imprimé par Roto, présente une nette amélioration par rapport aux deux volumes précités, mais n’atteint pas une perfection totale.
      Idem pour les Œuvres poétiques d’Aragon, de 2007, imprimées en 2014 par Roto.

      **

      J’ouvre les Essais de Camus, réimprimés en 1984 par Darantière, 2000 pages, aucun froissement, aucun bruit, aucun gondolement, le livre s’ouvre naturellement avec toute la légèreté du monde en plein milieu, au début, à la fin, partout. Impeccable, parfait.
      J’ouvre le Bernanos de 1961, imprimé par Sainte-Catherine à Bruges, 1900 pages, et aucun gondolement ; toutefois une faible résistance à ouvrir où je veux le livre, qui s’estompe rapidement ; reliure, donc, pas aussi parfaite que celle du volume de Calus précité.

      Les Stendhal des années 1980, les Flaubert des années 1970, imprimés par Mame et Darantière, sont, à l’image du Camus de 1984, tous de reliure à faire pâlir nos Pléaides modernes.

      Etc. etc. oh, un dernier ! j’ouvre le Baudelaire de 1969 imprimé à Bruges… 1900 pages. Que c’est léger et fluide, que c’est rassérénant d’entendre, au lieu d’un bruit de papier froissé, celui d’un doux effeuillement de papier bible !

      • Je prête totalement les mains à votre liste, à laquelle j’aimerais ajouter le Chrétien de Troyes (06.04.1994, imprimé sur Valobible des papeteries Prioux par Normandie Roto impressions et relié par Babouot): pas aussi ignoble que le Ronsard I en nouvelle édition, dont le papier de la tranche de queue par surcroît s’effrange, mais néanmoins l’un des volumes les plus bruyants à feuilleter qui soient, et fort gondolé (pour mon exemplaire du moins!). De façon générale, les Pléiades de ces trente ou trente-cinq dernières années ne présentent plus les beaux dos bien arrondis qui font si joli dans une étagère; à la différence des quatre Rousseau des années 60, les plus gros tomes (2000 pages) tendent à rejoindre les énormes Oeuvres romanesque de Sartre et le cinquième volume de Rousseau pour ce qui est du très net aplatissement du dos, les pires des volumes récents présentant cette tendance étant selon moi les deux James Joyce (mais le Lévi-Strauss et l’édition à part des Mémoires de Montaigne présentent une superbe convexité à l’ancienne). On se demande si le dernier argument de vente de la collection, à présent que les richissimes apparats critiques originaux appartiennent au passé, ne va pas consister dans la blancheur intangible du papier; mes livres des collection Connaissance de l’Orient et Bibliothèque des histoires, mes Bouquins (Robert Laffont), pour ne citer qu’eux, non seulement ont fort jauni en 30 et quelques années, ils deviennent marron ainsi qu’un peu spongieux.

        • Bonjour à tous,

          Pour la convexité de la couverture, je dois dire que certaines des années 60 sont vraiment laides. Le Dante par exemple, affreusement plat.
          J’avoue ne pas avoir remarqué la tendance moderne à l’aplatissement que vous soulignez. Il faut dire que je ne possède quasiment aucune pléiade neuve, et que je n’en achète pas de récente pour le moment. Mais je veux bien vous croire sur ce point.
          Mais en effet, c’est un élément esthétique de toute première importance à mes yeux aussi, l’arrondi de la couverture.

          Sinon, pardonnez moi de râler encore sur cette histoire de reliure, mais, grâce à vos discussions qui m’ont dessillé les yeux, je ne cesse de me rendre compte de l’ignominie, du foutage de gueule de ces reliures années 90-2000, tout à fait honteuses, tout à fait infâmes, qui témoignent d’un véritable je m’en foutisme de l’éditeur.
          J’en viens alors, comme certains d’entre vous paraît-il, à préférer des impressions anciennes aux impressions modernes, lors de mes achats d’occasion de pléiade…. C’est le monde à l’envers..!

          Enfin, pour le papier, vous avez raison Neo-Birt, tout livre grand public hors pléiade voit son papier affreusement brunir en quelques décennies seulement, là où celui des pléiade demeure joliment stable, et prend un aspect et une odeur que je trouve adorables.

          Bien sûr, moultes éditions dites « bibliophiles » impriment sur du très beau papier qui demeure tout aussi blanc avec le temps. J’avais lu sur ce fil le témoignage de quelques personnes narrant leur découverte de livres du 19e siècle encore impeccablement blanc de papier. Je commence à découvrir certaines de ces collections en ce moment, et en effet ça remet en perspective le tintamarre commercial autour de la maison Gallimard.

          • Rien que chez Gallimard, les disparates au niveau du papier sont flagrantes entre les diverses collections. Les exemplaires de « Connaissance de l’Orient » des années 70-80 se sont fort mal préservés, d’un brunissement des pages et des tranches confinant au marron alors même que leurs contemporains de la « Bibliothèque des histoires » tendent à demeurer bien frais. Dans le cas du Mythe de Rimbaud d’Étiemble, les moins de dix ans séparant l’édition originale des deux premiers tomes (1952-1954) de la sortie du quatrième, couvrant les parutions du bicentenaire rimbaldien (1961), montrent un contraste similaire ; le volume le plus récent n’a pratiquement pas jauni, alors que ses deux grands frères ont bien chétive allure. Vrin et Garnier soignaient bien davantage leur papier ; les Classiques Garnier originaux des années 30-40 sont certes jaunis, mais d’une manière nullement déshonorante, et les volumes des deux moutures successives des Garniers Prestige (celle sur demi-cuir chamois, belle mais fragile, puis sa remplaçante de la fin des années 70 sur pleine peau havane avec fers originaux, presque imperméable à l’insolation et aux griffures) sont le plus souvent impeccables une vie d’homme après leur sortie. L’éditeur ne se vantait pas en mettant en avant sur ses catalogues la mention « impression sur beau vélin blanc » pour sa collection-phare. Signalons enfin le vergé Lafuma des tomes de la collection Budé dans sa présentation de luxe sur pleine peau années 60-70 ; la plupart des Budé brochés et non massicotés antérieurs à 1975 en chiffres ronds (date à la quelle Les Belles Lettres ont inauguré la présentation cartonnée), sont en revanche d’assez pauvre aloi pour ce qui est du papier et de l’encrage.

        • S’agissant de la rondeur de la tranche dorée : je viens d’avoir en mains deux pléiades imprimés respectivement en 2003 et 2008, d’Aurevilly (t.2) et Molière (t. 2 (édition de 1972)), et en effet ils présentent un dos plat tout à fait laid.

  35. Chardin, vous faites bien de préciser : il y a en effet une suspicion concernant le sens d’impression chez Aubin. C’est d’autant plus étrange que tous les imprimeurs travaillent en rotatives et devraient théoriquement charger les rouleaux de papier dans le même sens.

    Cela dit, les exemples donnés ci-dessus montrent que les défauts ne sont pas systématiques lorsque les feuilles proviennent de chez Aubin, et – plus curieux encore -, que ces reliures fautives peuvent être parfois issues de feuilles sorties de chez les autres imprimeurs.
    Si un jour j’ai un peu de temps, je m’amuserai à vérifier sur mes exemplaires (dates et imprimeur) afin de compléter vos listes.

    Cela dit, en fin de chaîne de fabrication, c’est bien le relieur qui est en cause, qui devrait refuser des feuilles qu’il ne peut pas retravailler correctement et qui devrait endosser sa part de responsabilité, même s’il s’agit en effet du relieur historique de la Pléiade – je crois même qu’il s’agit d’une filiale de Gallimard.

    Au final, le responsable ultime, c’est bien l’éditeur, doublement coupable, d’une part parce qu’il tolère des malfaçons outrancières dans sa collection et d’autre part parce qu’il les vend – j’allais dire les fourgue – aux libraires qui ne vérifient pas l’état de leurs exemplaires. D’ailleurs un libraire peut-il contractuellement renvoyer des Pléiade pour malfaçon et a-t-il les moyens de se priver d’une vente quand un confrère moins scrupuleux acceptera de le vendre au lecteur ?

  36. Veuillez m’excuser pour les fautes de frappe dans mon message précédent…

    On parle beaucoup de ces problèmes de reliure. Je nous propose de compiler tout cela.

    Pour nous constituer une base de données, je nous propose de rentrer dans une feuille de calcul collaborative, en ligne, nos Pléiades, avec l’imprimeur et l’état des livres. Je propose d’aller au plus simple : titre et année d’édition, papier, imprimeur, année d’impression, état. Je rajoute une case Utilisateur (sous-entendu utilisateur de ce blog) pour que chacun puisse facilement s’y retrouver.

    Pour l’état, je propose : 0 = rien à signaler, parfait ; 1 = léger gondolement à la racine des pages ; 2 = plissure stridente des pages, aspect serré, ouverture difficile, livre peu maniable, mauvais travail manifeste ; 3 = une véritable honte, on est en pleine fraude, les pages ne s’ouvrent que très difficilement avec force appui, sinon elles restent droite, direction le ciel, quand bien même le livre soit parfaitement ouvert, ça froisse de tous les côtés, une horreur !

    Bien sûr, il est toujours arbitraire et imparfait de réduire à un chiffre un aspect général. Mais ça devrait au moins donner une bonne idée.

    Le mieux serait, pour les pires volumes, de joindre une photo. Ainsi pourrions-nous constituer une petite base de preuves, que nous pourrions à terme publier sur un petit site web, ou autres plateformes.

    J’ai créé un compte Google bidon, pour y héberger la base de données et les images le temps de construire tout cela. Je vous propose, si vous avez autre chose à faire que de créer un compte google bidon, de partager vos images par un service web, typiquement we transfer, et de partager le lien à martincandy478@gmail.com

    De même, si vous rechignez, fût-ce en utilisateur anonyme, à vouloir entrer les données directement sur la feuille de calcul collaborative, je vous propose d’envoyer à la même adresse, vos Pléiades et leur état, que j’ajouterai à la base de données.

    J’héberge le tout en local sur mon PC aussi, évidemment.

    Ici le dossier « Pléiades » partagé : https://drive.google.com/drive/folders/162tJmQNzRU3SEI4aTDtPeYLMIXV8II1q

    Ici la feuille de calcul en particulier : https://docs.google.com/spreadsheets/d/1bT99xrTZwNQU45xIhp9a4Q1XVOgjSng1NQOAcRk6NlU/edit?usp=sharing

    Ici le dossier « images » : https://drive.google.com/drive/folders/1pACYXSHoxbIbTh3zsxMposR5aZv-u8io?usp=sharing

    Qu’en pensez-vous ?

  37. Je rends justice à Gallimard, et me repens de toutes les critiques que j’ai pu émettre à son encontre, concernant le choix des auteurs pléiadisés : ce choix ne saurait être discuté ou contesté. Gallimard a eu raison de publier Jean d’Ormesson et une… pléiade d’autres auteurs plus ou moins médiocres, et ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Demain, Musso, Lévy, Ferrante…what the Problem ?

    Q’uimporte la valeur littéraire de l’auteur imprimé, alors que l’essentiel, l’unique question qui doit être discutée, est la qualité technique du livre, son papier, son encre, son impression et sa reliure…

    Autr(ment dit : qu’importe l’ivresse, pourvu qu’on ait le flacon !

    • Tout cela est prodigieusement passionnant (y compris ma propre intervention, bien entendu, qui tombe les deux pieds joints, dans le travers qu’elle prétend dénoncer).

    • Cher Domonkos, à force de rationalisation des procès de confection, Gallimard nous floue plus que jamais en combinant ses deux exécrables tendances: la propension à commercialiser de la fausse monnaie éditoriale (en exceptant fort peu de nouveautés, soit des auteurs du second ou troisième rang peu et mal présentés aux mains de tâcherons, soit des auteurs méritant mieux que des appareils critiques maigrelets histoire de ne point rebuter l’acheteur de tout venant avec de la Science) et le mercantilisme abject de l’industriel dédaignant tout contrôle qualité du produit, qui s’accommode de trop d’exemplaires à la présentation exécrable (reliures et rhodoïds bruyants, feuilles bien mal cousues ensemble, excessive rigidité des livres accompagnée par ce bruissement du papier bible à chaque page tournée, etc). Cela remonte loin. Je ne sais ainsi pas un seul exemplaire de l’impression originale de la Recherche du temps perdu dirigée par Tadié, impeccablement reliée par ailleurs (1987-1989), dont les pages ne sont collées ensemble par le plus grand côté, comme magnétisées, exigeant une patiente ascèse lors de la première lecture. Le plaisir dérivant de l’acquisition d’une nouveauté ayant trop souvent été gâté par la découverte de ratés techniques, outre le bruit des rhodoïds et des pages, il ne m’arrive plus que très rarement de me laisser tenter par une Pléiade récente ; la douche froide qu’ont constitué, sur le plan philologique, les Lais du Moyen-Âge, l’Anthologie bilingue de la poésie latine et les Ecrits spirituels du Moyen-Âge, entre exégèse approximative, ridicule ou absente et traductions mal conçues, voire erronées, m’a persuadé de cesser d’offrir à Gallimard une portion de ma retraite même lorsque la vénérable maison sort un titre recoupant mes passions ou mes spécialités. Nous eûmes longtemps l’ivresse chez Dame Pléiade dans un embouteillage de tout venant quoique indestructible ; à présent, c’est de la piquette acide et mal enflaconnée dont il nous faut nous contenter, sous prétexte que la concurrence n’en offre pas l’équivalent (ou, si elle l’offre, le fait à des prix beaucoup plus élevés pour moins de texte(s) : Honoré Champion, Classiques Garnier, Les Belles Lettres, Peeters).

      • Cher NeoBirt7 vous êtes, évidemment, moins que quiconque, visé par ma petite pique, vous dont j’ai tant apprécié les commentaires critiques et pédagogiques, et dont je regrette particulièrement la raréfaction. Si je n’avais que deux mots à vous dire, ce serait : « Revenez-nous ! »

        • Pour revenir au sujet Aubin et
          pour l’approfondir, j’aimerais apporter une note positive : à ma connaissance, depuis 2013 ( tome 1 Casanova ) aucune nouvelle parution n’est sortie des mains, hélas, un peu maladroite d’Aubin.

          Depuis 2013, Aubin, sauf erreur de ma part, travaille exclusivement à la réimpression d’anciens volumes…

          C’est à confirmer ; mais moi je ne connais pas de parution Aubin postérieur au Casanova de 2013.

          • Par mains maladroites je ne vise évidemment pas les braves gens qui travaillent chez Aubin. Je pense qu’ils font de leurs mieux.

            D’après ce que j’ai compris de vos explications, Aubin n’est pas équipé pour imprimer des livres au format Pléiade…

        • Que voulez-vous dire encore sur la Vieille Dame, sinon pour lamenter le choix de traducteurs en ce qui concerne les langues anciennes? Un latiniste ou un helléniste, tout blanchis qu’ils soient sous le harnais, n’ont pas forcément qualité à bien translater, surtout des auteurs à bon droit réputés difficiles et/ou des oeuvres pour lesquelles il n’existe guère d’édition si magistrale qu’elle supprime le choix de leçons textuelles ; Patrice Cambronne, dont la carrière scientifique se borna quasiment à une thèse, toujours inédite du reste 30 ans après, sur les Confessions augustiniennes, les traduisit pour la Pléiade et fit notoirement moins bien que Pierre de Labriolle en Budé ou le père de Mondadon aux éditions de Flore, sans nul doute parce qu’il n’a jamais établi ni traduit le moindre texte. Il est même des antiquisants francophones qui, au vu du désert (ou du désastre) de leur bibliographie dans le domaine de l’édition d’oeuvres antiques, n’auraient jamais dû se voir confier la traduction et l’annotation de quoi que ce soit : Grosjean qui aplatit comme à plaisir le riche relief d’Eschyle, Sophocle, et du Nouveau Testament, Jean-Yves Boriaud qui torcha méchamment Saint Augustin (son pseudo-Hygin Budé a été étrillé par tous les recenseurs, y compris des français, exemples incontestables de son incompétence à l’appui). Inversement, certains éditeurs sont encore trop verts et jeunes pour accomplir leur tâche avec maestria sur bible : tous les traducteurs du Rāmāyana Pléiade ne se valent pas du côté des novices dans ce volume aux principes généraux contestables ; C. Giraud, très bon spécialiste des Pères latins et des auteurs médiévaux mais latiniste comme le sont désormais les historiens de l’Antiquité tardive et les médiévistes, à savoir insuffisamment formés à la critique de textes en sus de leur étroitesse de culture, affiche une excellence d’exégète contrastant avec le caractère passable, en tout cas sans brio, de sa performance comme traducteur des moralistes médiévaux – et que dire de son Imitation de Jésus-Christ justifiée par des notes indignes sinon qu’elle dénote dans la Pléiade, consistant en l’adaptation au texte latin de référence de la vieille et à certains égards insuffisante traduction Lamennais (le vocabulaire théologique, par exemple, fort daté en sus de dépayser le lecteur accoutumé à la terminologie en vigueur dans la catéchèse catholique actuelle ?). Ajoutez que le temps de plus en plus bref qui a été imparti aux collaborateurs d’une Pléiade grecque, latine, médiévale rend délicate, voire impossible, la bonne besogne philologique vérifiant pas à pas l’établissement et l’intelligence du texte dans les commentaires savants existants (s’il y en a de bons et d’assez récents !) ; que la vulgarisation dont se contente la Pléiade pour tous textes d’une certaine technicité n’a jamais fait bon ménage avec un rendu hautement individuel, fatalement peu ou prou innovateur, mais au contraire encourage au suivisme envers les, voire au décalque des, traductions existantes (je pense à tout le Saint Augustin, hormis les tranches assumées par l’excellent Guillaumin et la regrettée Dupuy-Trudelle) ; enfin que le ou les éditeurs scientifiques responsable d’une Pléiade ne fonctionnent pas, comme dans les éditions-traductions académiques, à la façon de réviseurs qui soupèseraient le travail de leurs collaborateurs et le cas échéant demanderaient sur pièces des rectifications que les traducteurs ne sauraient écarter légèrement, mais de simples maîtres d’oeuvres assemblant le volume in fieri et, le cas échéant, rerédigeant les notes pour les confirmer encore davantage aux normes de la série – de ces considérations il suit que le produit fini, la Pléiade avec ses prolégomènes et son appareil critique, a tout des productions destinées à un lectorat peu exigent amateur de style français coulant et qui n’écrira point de compte rendu traquant sans pitié les littéralismes paresseux ou leur opposé les glissements trop loin du verbatim, ainsi que les erreurs (on le vit faire, heureusement, pour le tome Ier du cycle du Graal). A reprendre longuement ces points, à fournir des justificatifs détaillés, à accabler Untel ou Untel, quitte à passer pour un horrible cuistre encyclopédiste, je fatiguerais sans profit les familiers de ce fil, de sorte que melius est silere quam luculenter loqui.

          • Vous stigmatisez à juste titre et en appuyant vos dires sur des exemples… exemplaires, et je me demande si, malheureusement, les reproches que vous adressez à la Pléiade ne pourraient l’être à l’ensemble ou du moins une partie importante, du monde de l’édition d’aujourd’hui et de la production universitaire ? Signe des temps…
            Peut-être péchai-je par excès de pessimisme (et d’ignorance) et me démentirez-vous (ce qui est mon souhait le plus cher).

          • Je ne suis pas certain, en ces matières, qu’il soit possible de pécher par excès de pessimisme. Mon sentiment est que toute Pléiade classique, indienne, arabe ou médiévale dont l’origine tient en un projet de simple vulgarisation plutôt qu’en une entreprise abrégée de science philologique originale, n’a presque aucune chance de satisfaire des lecteurs exigeants, ceux qui maîtrisent la langue originale de l’auteur, et in fine de rendre service au tout venant des utilisateurs. Il suffit de comparer Les Stoïciens, Les Épicuriens, l’Aristote I, dirigés par d’incontestables experts sénior qui ont quasiment toujours sélectionné les meilleurs des collaborateurs possibles, je ne dis pas avec le Saint Augustin piloté par cet aimable touche-à-tout de Jerphagnon (alors que, parmi les grands maîtres de l’augustinisme français d’alors, s’imposaient Mandouze et un ou deux autres que j’aime mieux ne point nommer ici), mais avec les Premiers écrits chrétiens. Dans cette aventure, malgré l’envergure scientifique des Pouderon mari et femme, le primat, peut-être déterminé par l’encombrante présence au thiase éditorial de Salamito, pompeux personnage n’ayant rien publié de marquant dans sa discipline hormis une thèse nullement mirobolante ainsi que deux méchantes petites monographies sur le mode de l’apologétique catholique, et du surestimé Zarini (dont l’édition Budé de la Johannide de Corippe se fait attendre depuis les années 90 et semble toujours progresser à vitesse de tortue malgré le renfort de B. Goldlust, lui-même point un foudre de guerre en latin si l’on en juge par le gros mémoire de mastère que constitue la version publiée de sa thèse), a porté sur une approche littéraire assez rase-mottes bien plutôt que sur les versants philologique et patristique, qu’il était possible d’abréger sans les mutiler. La collection des oeuvres chrétiennes des IIe et IIIe siècles qui en résulte n’est certes pas indigne en elle-même mais a de quoi décevoir faute de progrès traductologiques tangibles par rapport aux versions bilingues disponibles en Budé (pour l’Octavius, francisé par Zarini en personne), aux Études augustiniennes (pour les Apologies de Justin) et aux Sources Chrétiennes (le cas général ; or il s’en faut de beaucoup que toutes les éditions latines ou grecques parues dans cette série, même à date récente, possèdent une autorité philologique et critique incontestable), ainsi que pour les faiblesses parfois grandes en évidence dans les tranches confiées à tel ou tel (le peu qu’a présenté et traduit Salamito aurait pu tout aussi bien être confié à un agrégé de lettres quelconque, tant sa prestation apparaît sommaire). Dans les années 1900 à 1940, aux Classiques Garnier, l’on n’attendait pas de faire sélectionner par un mandarin universitaire tel ou tel de ses élèves pour procurer une traduction, l’on choisissait un professeur du secondaire ou de Première supérieure connu pour avoir déjà bien traduit un texte ; certes le choix du texte de départ grec ou latin se faisait sans aucune lumière particulière, mais c’est ainsi qu’Eugène Lasserre, l’auteur de la remarquable Iliade Garnier, se vit confier tout Tite-Live, tâche dont il s’acquitta superbement (il suffit de jeter un oeil à l’Homère de Bardollet pour mesurer l’abîme stylistique séparant les modernes interprètes de ceux d’antan !), qu’Henri Berguin, qui s’était illustré par une jolie version, en style remarquablement coulant, d’Hérodote, fut coopté avec Georges Duclos pour franciser tout Euripide, et que les Richard père et fils se partagèrent Sénèque. Ne parlons même pas de la belle plume humaniste de l’attachant Maurice Rat, dont aucune des nombreuses traductions, toujours copieusement annotées, ne mérite l’oubli. En sens contraire, Henri Clouet, dont la version de Lucrèce avait été couronnée par l’Académie française (dans un de ses plus mauvais jours !), reçut blanc-seing de Garnier pour sévir sur Plaute et Apulée, auteurs difficiles qu’il servit fort mal, tandis qu’Emile Ripert, après sa petite thèse sur Ovide, se vit confier la publication de l’ensemble du corpus ovidien, qu’il troussa d’une plume légère et bourrée d’erreurs.

  38. Neo-Birt7, puisque vous êtes parmi nous, auriez-vous un avis sur la nouvelle traduction de Martial dont le premier tome vient de paraître en budé ? (et pourquoi pas sur l’Odyssée d’Emmanuel Lascoux, bien que ce soit une entreprise éditoriale moins sérieuse ?).

    • Je n’ai pas pris connaissance de cette nouvelle Odyssée, car ces temps-ci le sanskrit et le chinois occupent tout mon temps d’étude. Le Martial en cours aux soins de Sophie Malick-Prunier, qui associe une annotation scolaire à un texte latin et un apparat critiques renouvelant (trop peu et dans les pas des éditions anglo-allemandes, sans que l’éditrice ait jamais une idée nouvelle en fait de Textkritik) ceux de la première Budé d’Izaac, latiniste assez perceptif doué d’une jolie plume, constitue une demie mesure qui fera son temps mais souffre de graves défauts. Il ne faut en attendre ni très grande sûreté ni la fluidité vigoureuse que Pierre Laurens a su injecter dans ses versions en vers des innombrables épigrammes qu’il examine en son L’abeille dans l’ambre : cédant à la mode du rendu juxtalinéaire, à la différence des traductions en prose d’Izaac (assez lourde) et de Pierre Richard aux anciens Classiques Garnier (remarquable d’aisance et d’ingéniosité : nombreux bonheurs d’expressions, trouvailles stylistiques fréquente), Malick-Prunier fait du délayage, voire de la prose explicative, appuie le moindre trait, et s’éloigne souvent du mot-à-mot latin même lorsque ce dernier se défend, voire fait mouche, en français. Les erreurs y sont malheureusement assez nombreuses, autant par méconnaissance de la phraséologie des poètes d’argent que par préférence pour l’enflure verbale, voire l’amphigouri. En voici quelques-unes glanées au hasard; I 3 molles – Iones] « les langoureux Ioniens » (surinterprétation ; mollis signifie ici ‘mou’ au sens de ‘délicat, raffiné, précieux, décadent’) *** I 4 cornibus ara frequens] « l’autel aux mille cornes », rendu exagéré et typiquement bérardien (cf. son « homme aux mille tours », prédiqué d’Ulysse, là où le grec homérique dit simplement πολύτροπον / polytropon, ‘aux maintes ressources’ > ‘inventif, ingénieux’) ; un simple ‘l’autel aux moult cornes’ suffisait chez Martial *** I 5 aëre – uacuo pendentia] « suspendu dans le vide des airs » fait un pluriel du singulier latin « en suspens dans l’air vide » *** II 1 hic ubi sidereus propius uidet astra colossus] « là où le colosse rayonnant voit les étoiles de plus près » associe un rendu contestable (sidereus colossus = ‘la statue radiante’, car nous savons que sa tête était ornée d’un nimbe de rayons solaires ; la note Budé n’explicite pas l’allusion de sorte que le choix d’épithète n’est pas le bon) avec un authentique faux-sens (proprius ne signifie pas « de plus près », mais « de près »‘, s’agissant des premières places des spectateurs, ceux les mieux situés *** II 5-6 uenerabilis amphitheatri | erigitur moles] « de l’amphithéâtre se dresse la masse vénérable », se simplifie la vie par un simple calque du latin venerabilis, lequel dans le contexte doit signifier quelque chose de plus précis : ‘auguste’ ou ‘impressionnant’ *** II 9 diffusas – umbras] non pas « ombres épanouies », qui s’agissant de la projection d’un portique sous le soleil du jour frise l’inintelligibilité, mais « sa vaste ombre » *** II 11-12 « et sunt te praeside, Caesar, | deliciae populi, quae fuerant domini » signifie ‘et sous ton règne, César, ce qui (naguère) constituait le plaisir du seigneur est (désormais) celui du peuple », avec la paire antithétique populus ~ dominus, ‘simple peuple ~ maître / seigneur’ ; Malick-Prunier renverse arbitrairement la construction en rendant « et sous ta conduite, César, c’est le peuple qui jouit de ce dont jouissait un maître », contresens plus grave qu’il n’y en a l’air (noter la maladresse insigne de ‘un maître’, alors que Martial veut dire que Néron partage avec la foule romaine ce qu’il ne tenait qu’à lui de se réserver pour son usage exclusif en tant qu’empereur) *** III 4 epoto – equo] « qui s’abreuve du sang des cheveux », actif (!) au lieu du passif du latin « abreuvé par ses chevaux » (sc. de boissons mêlant leur lait et leur sang » *** III prima… flumina Nili » ne désigne pas « la source du Nil découvert », expression d’une concision frisant l’énigme, mais « les flots primitifs du Nil, enfin identifiés », i.e. le Nil tel qu’il jaillit et dont la peuplade ici évoquée par Martial sait la source.

      • Merci beaucoup pour ces très intéressantes précisions ! (qui confirment mes craintes.) J’avais déjà la traduction d’Izaac, je vais me procurer celle de Richard.

        • Ne surtout pas oublier la traduction de Jean Malaplate (Epigrammes, chez Poésie/Gallimard).
          A honnir, par contre, celle de Dominique Noguez chez Orphée.

          Un petit florilège d’un des épigrammes les plus salaces de Martial :
          Livre III, 71 : « Mentula cum doleat puero, tibi, Nævole, culus, / non sum
          divinus, sed scio quid facias. »

          Version Jean Malaplate :
          « Ton esclave a mal à la …
          Toi, c’est au cul. À ces effets,
          Sans être devin je devine,
          Ô Névolus, ce que tu fais »

          Version Dominique Noguez :
          « C’est du cul que tu souffres et ton boy de la queue :
          Je devine aisément de l’affaire le noeud »

          Version Serge Koster (Edition La Musardine) :
          « Sa bite fait souffrir ton jeune esclave, et toi, Naevolus, c’est ton cul.
          Sans être devin, j’ai mon idée du problème.

          Traduction Izaac :
          « Ton jeune esclave a mal à la verge ; toi, Névolus, tu as mal
          au cul. Je ne suis pas sorcier : mais je devine ce que tu fais. »

          Traduction Pierre Richard :
          « Tandis que ton jeune esclave a mal à son membre, toi, Névolus,
          tu as mal au derrière. Je ne suis pas sorcier mais je sais bien ce que tu fais »

          Je ne sais si Pierre Laurens l’a traduit dans « L’abeille dans l’ambre », mais si je me réfère à sa traduction d’Affrica de Pétrarque, une pure merveille poétique (lisez le fameux livre V), à l’avance, je suis tout émoustillé de le lire dans sa traduction.
          N’empêche, je mets celle de Malaplate au-dessus du lot pour l’instant : concision (grâce à l’octosyllabe, belle trouvaille), rimes (cachées) …

          • Concernant la nouvelle translation de l’Odyssée (« Vision vocale » dixit l’éditeur POL) d’Emmanuel Lascoux, je vais me contenter de vous offrir un seul vers (ce sera suffisant pour la juger) qui provient du chant VIII, 320 :
            « Oui, elle est jolie, sa fifille, mais question fidélité, zéro ! »

            Avec un petit peu plus de retenue, Philippe Jaccottet le traduisait comme ci :
            « car, si la Fille est belle, elle manque de retenue ! »

            Vivement la traduction de Philippe Brunet que l’on attend, elle, depuis plus de dix ans !

          • Laurens n’a pas traduit III 71 dans sa thèse. Des autres traductions récentes de Martial, je ne veux rien dire (même si je goûte Malaplate) ; ce sont amusettes de littérateurs dans lesquelles l’ascèse philologique n’a guère tenu de place.

            Il est regrettable que la nouvelle Budé de Martial, entre autres marques de l’insuffisante teinture de la phraséologie propre au latin poétique d’or et d’argent qu’a l’éditrice (comparer le Valérius Flaccus Budé et les Silves de Stace chez Calepinus, tous deux exemplaires sous ce rapport), ne se trouve presque jamais en position de déterminer quand le latin comporte un véritable pluriel, justifié par le sens ou la construction locale, et quand il doit préférentiellement s’agir de la figure stylistique pluralis pro singulari (ainsi I, II. 9 diffusas – umbras). Cela peut sembler véniel comme reproche, mais c’est à ce genre de minuties que se reconnaît le plus sûrement la patte d’un bon latiniste conjuguant flair, connaissance affûtée de la grammaire, maîtrise des différents usages génériques, et érudition linguistique. Je reprocherais encore à Mme Malick-Prunier de faire une infraction à sa règle habituelle de la paraphrase explicative en cédant à la facilité de la compression lorsque le texte se fait vraiment dense en raison soit de l’amphigouri de l’expression soit d’une concaténation d’allusions ; on l’a vu à son désastreux « et celui qui boit à la source du Nil découvert » (comparer Coleman, dont la grande édition très richement commentée a servi de base à la Budé pour le livre I, « and he who drinks the headwaters of the Nile, discovered at last », et Shackleton Bailey [Loeb] « and he who drinks discovered Nile’s first stream »).

        • Sur une pièce entière, mesurons les conséquences concrètes de l’art traductologique de Mme Malick-Prunier. Soit I, 6 (5) = I 7 (6) Loeb :

          Iunctam Pasiphaen Dictaeo credite tauro:
          uidimus, accepit fabula prisca fidem.
          ne se miretur, Caesar, longaeua uetustas:
          quidquid Fama canit, praestat harena tibi

          « ne doutez plus qu’au taureau dictéen Pasiphaé se soit unie :
          sous nos yeux, l’antique fable s’est vérifiée.
          Et que la lointaine Antiquité cesse de s’admirer elle-même, César :
          tout ce que chante la tradition, l’arène te l’offre ».

          Au v. 1, il est d’autant plus arbitraire de transformer l’impératif assertorique credite, ‘il faut croire’, ‘croyez !’, en une injonction négative que l’euphémisme goguenard iunctam tauro évoquant de manière transparente la bestialité de Pasiphaé, est rendu avec préciosité au lieu d’être appuyé par la traduction, par exemple ‘s’accoupla avec le taureau’, ‘se fit monter par le taureau’. L’insensibilité au ton pourtant caractéristique de l’épigramme est d’emblée patente. Au v. 2, le tout simple simple uidimus, ‘nous le vîmes’, ‘nous l’avons constaté’, témoignage autoptique situé dans un passé incertain qui donne créance et / ou fait preuve (= accepit fidem) à la légende blanchie par le temps (on relèvera au passage l’habilité de cette temporalité des deux verbes), déborde sur le présent chez Malick-Prunier et devient un périphrastique ‘sous nos yeux’. Ce n’est plus traduire, mais interpréter l’original à sa guise, ici en choisissant de faire disparaître un verbe pour le remplacer par une périphrase nominale. Au v. 3, nec se miretur compris « cesse de s’admirer soi-même » (et non « ne s’admire plus soi-même », nouvelle altération gratuite de la simple négation latine) manque vraiment de force dans le contexte qui est celui de la tradition classique gréco-romaine bombant le torse, car fière d’être longaeua. Or longaeua qualifiant cette antiquité comprise comme un continuum depuis la Grèce archaïque, n’admet pas facilement le rendu « lointaine » que lui impose la traductrice Budé, d’une part parce que cette épithète française très banale ne rend rien de la grandeur du terme latin (calqué sur le grec μακραίων / makraiôn, ‘durable, âgé, longévif’), d’autre part, et surtout, en raison de son sémantisme arbitraire (en effet, Coleman allègue un bon parallèle poétique contemporain pour l’entendre « ancient rather than long-lived » ou ‘distant, éloigné’, dont le ‘lointain’ de Malick-Prunier constitue le synonyme). Dès lors, il devient évident que la tradition classique du fait de sa vieillesse vénérable se miretur, c’est-à-dire qu »elle se rengorge’ (cf. « and let not hoary antiquity plume itself’ Loeb, « dont let ancient Tradition vaunt herself » Coleman) ; la langue actuelle dirait ‘elle se la pète’. Enfin, le dernier v. fait l’objet d’une énième prise de distance injustifiée de la traductrice avec l’original : quidquid canit = ‘quoi qu’entonne’, et non point ‘tout ce que chante’, le lecteur français ne sachant pas a priori, sauf si on le lui signale en note, ce qui n’a pas été fait, que la tradition poétique gréco-romaine unanime depuis l’Iliade recourt au verbe ‘chanter’, ἀείδειν / aeidein ~ canere, pour dire l’acte poétique d’entonner un grand récit (ainsi l’incipit de l’Iliade, avec l’adresse à la Muse : « chante, déesse, la colère du Péléide Achille », et le début de l’Enéide : « je chante les armes (de guerre) et les combats »). Last but not least, harena n’est pas vraiment traduit mais francisé en ‘l’arène’ (j’aurais préféré ‘l’amphithéâtre’) ; or il y a plus que cela en jeu ici : « this line reflects the sentiments of l. 2 in chiastic order, marking the parallel importance of the two couplets. Fama sings heroic lays (MYTHOI) (…). The arena in turn realizes the heroic MYTHOS (‘accepit fabula . . . FIdem’, l. 2): cf. the phrase fidem praestare, ‘to make good a promise’ (…). Frequently the arena (or equivalent venue) is said to ‘offer’ the spectacle to the emperor, a neat interpretation of the honorific circumstances (…) » (Coleman). Tous ces écarts, glissements sémantiques, inexactitudes de détail sont mal faits, dans le cas d’une épigramme ne posant strictement aucune espèce de difficulté sur le plan exégétique ou en matière d’établissement du texte, pour donner une idée favorable de la solidité technique de la traductrice ; aussitôt que les choses se corsent, et surtout si ses sources savantes ne lui mettent pas en mains les éléments d’un choix facile, comme cela se produit plus souvent qu’on ne voudrait, on imagine de quel bois est faite cette version. En conscience, ce n’est pas me montrer hostile que de déconseiller l’achat de ce nouveau Martial Budé ; ce premier tome me semble avoir été conçu sur une base scientifique insuffisante, conduit sans assez d’application et d’étude (nombreuses coquilles dans l’apparat critique du texte latin, déjà peu habile dans le choix des variantes), mal révisé, et au total peu fiable, si bien qu’aux yeux d’un latiniste un peu expert ou connaissant bien les sources savantes mises en oeuvre par Malick-Prunier la traduction hélas se corrige presque comme une copie d’élève.

          • Voici la traduction Izaac (1ere édition Budé) :

            « Que Pasiphaé se soit unie d’amour au taureau de Crète, n’en doutez pas, nous avons vu le fait, l’antique mythologie a reçu confirmation. Que l’antiquité, César, cesse de s’émerveiller d’elle-même: tout ce que la renommée célèbre, l’arène le réalise pour toi ».

            On mesure d’un coup d’oeil à quel point Mme Malick-Prunier s’en est inspirée, mais à mauvais escient : la dernière traductrice conserve, tels quels ou en les modifiant de manière minime, les tours précisément les plus lâches de son prédécesseur (« n’en doutez pas » ~ « tout ce que ») ainsi que sa préciosité, signe d’une époque encore assez corsetée (« unie d’amour »), mais élimine tout ce qu’Izaac avait francisé avec justesse ou plausibilité, ce qui hélas pour le lecteur représente la presque totalité de l’épigramme (« nous avons vu le fait » ~ « l’antique mythologie a reçu confirmation » ~ « s’émerveiller d’elle-même » ~ « la renommée célèbre » ~ « le réalise pour toi »). Mieux encore, Malick-Prunier bronche également lorsqu’elle ne dispose pas du support d’Izaac, ainsi pour longaeua, soit oublié soit sciemment omis par ce dernier (qui peut l’avoir pris pour une simple epitheton ornans). Cette manière de procéder où Izaac sert à la fois de béquille (philologique) et de repoussoir (stylistique) a de quoi mettre en garde contre l’ensemble de la traduction de la nouvelle Budé de Martial, compte tenu des nombreuses faiblesses qui la criblent par ailleurs. L’ensemble fait songer à un travail entrepris avec une certaine hâte par une auteure insuffisamment préparée à cette tâche et épaulée par un réviseur scomplaisant ou pas plus affûté qu’elle.

          • Il suffit de comparer cette édition de Mme Malick-Prunier avec celle de 2003 des « Martial: Select Epigrams » chez Cambridge Greek and Latin Classics. Cette édition n’offre que 87 épigrammes sans traduction comme tous les volumes de cette collection.
            Mais la rigueur philologique, l’analyse et la compréhension de l’oeuvre sont autrement plus relevées.

  39. La Divine Comédie annoncée sur le site la-pleiade.fr. Trad. par Jacqueline Risset. Édition publiée sous la direction de Carlo Ossola avec la collaboration de Jean-Pierre Ferrini, Illaria Gallinaro et Pasquale Porro

    • L’équipe chargée l’appareil critique ne donne guère envie d’acquérir cette <i<editio maior du Dante minimaliste de Risset : si Ossola, président du comité pour la commémoration du 700e anniversaire de la mort de Dante, constitue un éditeur-en-chef des plus éminent, toutes réserves que l’on puisse concevoir sur la pertinence pour expliquer et approfondir le texte toscan de l’enseignement d’un savant obsédé par « l’avenir des origines » de la Divine Comédie, Ferrini, version rabougrie d’Ossola en forme de comparatiste au petit pied ne connaissant peu ou prou l’Alighieri qu’au prisme de Becket et vice-versa, n’est en rien spécialiste du Cinquecento, encore moins Gallinaro (au prénom d’ailleurs mal épelé), dont la bibliographie ne révèle de familiarité avec Dante qu’incidente (e.g. quelques pages dans sa thèse I castelli dell’anima), ​ce nous qui laisse avec le pur médiéviste Porro. Je crains, je le redis, pour cette Pléiade, une annotation superficielle totalement repompée sur les éditions commentées italiennes et qui ne fera rien pour enrichir la compréhension que peut avoir le lecteur du décharné cadavre dantesque ressortant des opérations traductologiques de Risset (Ferrini a maintes fois déclaré son admiration pour la traduction de Risset et le portrait qu’elle a brossé de l’Alighieri) ainsi que des notices littéraires vraisemblablement surtout centrées sur les destinations ultérieures du poème. Une nouvelle version substantielle et bien sonnante arrimée à un commentaire perpétuel personnel était la moindre des choses que nous devait Gallimard, au lieu de ce produit bâtard.

      • Je partage assez votre analyse, notamment au niveau du futur contenu de cette pléiade. Je n’aime pas voir la Divine Comédie accompagnée de « Dante au XXe siècle. Une anthologie ». Encore une autre tentative des éditeurs de combler d’une manière ou d’une autre le commentaire littéraire. J’espère me tromper et sans vouloir pêcher par excès d’optimisme, je souhaite sincèrement que nous aurons un travail éditorial de qualité.

      • J’ai bien peur en effet que ce volume soit bien en dessous de l’édition parue récemment dans la collection italienne équivalente à la Pléiade (I Meridiani) par Anna Maria Chiavacci Leonardi. En attendant chez Salerno celle de Enrico Malato dont le premier tome devrait sortir en Septembre.

    • Pour la ma part en ce qui concerne la poésie, je suis très strict: ne jamais lire de traduction. D’autant plus pour Dante, la langue vernaculaire du XIIIème siècle est très lisible pour un lecteur contemporain, l’italien de cette époque étant proche de l’italien moderne même s’il comporte nombre de latinismes, beaucoup plus que par exemple le français.
      J’ai lu ou parcouru certaines traductions de la Divine Comédie (Pézard, Risset, Vegliante, Robert, Orcel), aucune ne glorifie cette oeuvre géniale, certaines étant même risibles, comme celle de Danièle Robert (qui avait déjà sévi avec une traduction des Métamorphoses d’Ovide). Elle a voulu reproduire la fameuse terza rima alliée à la terzina de l’oeuvre originale mais le résultat est dans le meilleur des cas comique et la plupart du temps ce n’est même pas une vraie terza rima.
      Quant à la traduction de Risset elle laisse songeur avec ces vers libres qui sont trop souvent un calque plat de ceux de Dante.

      • De mon côté, si je puis me permettre une intervention de lecteur lambda, qui ne constitue pas une critique envers vous, mais plutôt une remise en perspective pragmatique du dogme commun « la VO ou la mort », je sais que ne jamais lire de traduction équivaut à ne jamais lire. Je ne serais capable ni de lire Dante dans le texte, ni d’en tirer un quelconque profit.
        Oui, je verrai des mots que je relierai, je leur donnerai un sens (peut-être erroné qui plus est), je passerai un temps fou à en chercher le sens, et tout ça pour un effort qui ne m’aura probablement rien donné du texte du poète, et m’aura sûrement conduit à m’en faire une idée fausse. Nous avons besoin de guides et de passeurs, nous avons besoin de notre Virgile pour nous guide dans l’enfer du texte.

        Non seulement je ne parle pas toutes les langues, mais, même en anglais, que je lis aisément, je passerai à côté d’à peu près toutes les nuances, les subtilités et les registres de langue. J’ai sué sang et eau sur quelques poétes anglais, pour un profit somme toute médiocre, si je n’ai pas, au moins, la traduction en regard, pour accélérer ma lecture et m’aider en cas d’incertitude.

        Je ne crois donc pas à cette lisibilité dont vous vous faites l’avocat, ou alors elle concernera 0,1% des lecteurs, soit que vous ayez des compétences linguistiques professionnelles, soit que vous ayez un don en la matière.

        Pour un lecteur tout ce qu’il y a de plus commun, qui n’a pas fait d’étude dans le domaine littéraire, ou si peu, la traduction, toute imparfaite soit-elle, est nécessaire pour mille et mille textes. On sait bien que ce n’est qu’une traduction, et que c’est un moyen bien imparfait, surtout en poésie, d’approcher un texte, mais c’est cela ou rien.

        Je n’ai pas vingt ans à passer à déchiffrer La Divine Comédie. Je ne peux pas prendre le temps d’apprendre toutes les langues et de me forger une compétence professionnelle de linguiste et de philologue juste pour lire un classique. Au contraire, si ce classique doit avoir un sens pour moi, individu moyen, lecteur normal, aux connaissances communes, il me faut pouvoir l’aborder à ma mesure, avec l’aide d’une solide traduction, et d’un ample corpus d’explications.

        Mais je comprends que, dès lors que certaines compétences sont acquises, on fasse tout pour aller vers la lecture de la VO, je ne remets pas cela en cause. En revanche, je suis plus dubitatif sur notre capacité de saisir toutes les nuances et subtilités d’une langue qui n’est pas la nôtre, et dans laquelle nous ne baignons pas.

        • Je suis d’accord avec vous sur le fait que lire en VO ne concerne qu’une minorité de lecteur, et que les traductions sont nécessaires. Je suis plus dubitatif concernant le point sur les subtilités d’une langue en particulier sur les oeuvres contemporaines. Il n’y a pas besoin dans la majotité des cas d’avoir une compétence étendue de la langue. C’est assurément moins vrai sur les oeuvres anciennes. Je suis très méfiant sur les traductions (en particulier du latin et du grec), mon expérience montre que certaines sont fautives même sur des oeuvres contemporaines, qu’il manque parfois des phrases voire des paragraphes entiers (Lobo Antunes qui va sortir en Pléiade en est un exemple). J’ai même lu certains passages où la traduction était moins compréhensible que le texte original. Mais en effet pour nombre de lecteurs, une édition bilingue est bienvenue, ce qui est le cas pour la majorité de la Divine comédie sauf Pézard qui pour moi est d’ailleurs largement incompréhensible pour nombre de lecteurs malgré le glossaire. Pour ma part je ne lirai jamais par exemple les Essais de Montaigne en français moderne.

        • Bien sûr, Brumes !
          Nous connaissons nombre d’Italiens – non totalement incultes – qui ne lisent pas La Comédie aussi aisément aujourd’hui… Quant aux Italiens capables de déchiffrer simplement l’italien, ils étaient à peu près 5 % de la population totale au moment de l’Unité (1861-71) d’après diverses études – de type forcément approximatif (Tullio De Mauro en premier lieu).
          Enfin, il existe quelques traductions qui méritent – indépendamment de la présente controverse – d’être lues pour elles-mêmes, y compris (oh, hérésie pour les géniaux « passeurs » actuels !…) SANS le texte original en face, ou avec simplement un ou deux exemples, à titre justement d’échantillons (en particulier pour l’œil, si les caractères, la calligraphie, la typographie etc. sont en soi irremplaçables – sans parler des calligrammes bien entendu).
          De toute manière, les oukazes ne valent pas grand chose en matière de traductologie, où seule la pratique-théorie peut suppléer nos talents individuels ou collectifs…
          Pour en revenir à La Comédie, essayez de lire cela comme un Poème (ce qu’elle est), et vous vous ferez assez vite une religion concernant tel ou tel traducteur. Amen.
          Cordialement,
          uapi

          • Pour nombre des lecteurs italiens actuels qui ne lisent pas aisément la Divine Comédie je pense que ce n’est pas principalement à cause de la langue elle-même mais du contenu du texte qui multiplie les références à des personnes et à des événements historiques ou littéraires mal ou non connus. Je lis sans difficulté l’italien et la langue de la Divine Comédie ne m’a pas paru si difficile, largement moins que par exemple celle de Clément Marot ou François Villon. Il est vrai que le texte de Dante comporte des latinismes qui ne posent pas de difficulté pour un lecteur connaissant un peu le latin, du français et même du provençal.

          • Par exemple, au chant 3 d’Enfer, « Le cose ti fier conte » >> « Les faits te feront comte » (et par conséquent Dante était noble !), comme on l’a rapporté… Ni latin, ni allusions savantes là, pourtant…
            Non, rien n’est aussi simple. D’où la primauté absolue au texte (et, si vraiment on y tient, à la « littérarité » du texte), en l’occurrence un texte en vers…

          • Les commentateurs italiens ne sont pas d’accord entre eux d’ailleurs. Anna Maria Chiaviacci Leonardi considère simplement que conte provient du latin cognitus (connu) ou comptus (orné) tout en notant qu’il peut avoir différent sens suivie par Enrico Malato. Il est vrai que certains mots peuvent être difficiles d’interprétation si le contexte n’éclaire pas le sens ou même que Dante a pu introduire des doubles ou triples sens comme dans ce cas. Ensuite certains commentateurs penchent pour un interprétation mystique et peuvent forcer parfois le sens.

      • Quant à Bruno le Grec (un pseudonyme de Zorbec le Gras ?) il est fort possible que sa seule existence soit comique – comme celle, d’ailleurs, de bien des intervenants de ce site, petits aristarques incapables d’écrire et « a fortiori » de traduire quoi que ce soit. Lui, ce Grec, est-il vraiment Bruno, sait-il l’italien ? A-t-il écrit, sait-il écrire ? Ne ferait-il pas partie de l’incroyable cohorte frustrée des profs de prépa qui ont usé leurs dents à essayer de choper un strapontin à la fac ? Est-il « au moins » vieux ? On aimerait bien le voir à l’œuvre, et sous son vrai nom, ce Zorbec. S’il en est capable – mais intimement nous savons bien que non. Pour l’heure, nous ne lui souhaitons que la bonne nuit (risible, bien entendu) de sa médiocrité. Cent’anni !!!

  40. Les « destinées » ultérieures, pas les destinations (encore que la métaphore ne manque point de pertinence !). J’ai parlé de « décharné cadavre dantesque » à propos de la version Risset de la Divine Comédie, par pure politesse ; en vérité, celle-ci se situe à l’égard de l’original dans le même rapport que l’Enéide de Klossowski, volontairement disloquée et dégagée de tout souci de bonne diction, vis-à-vis de l’original latin, si plein, chatoyant et musculeux. Laides infidèles ; contresens poétiques et rhétoriques ; renoncements devant le style de l’original et le génie de leur expression au profit de la seule littéralité ; piteuses capitulations devant l’obstacle représenté par l’esprit si puissant du poème ; pétaradantes poses de traducteurs salonniers prétendant avoir vaincu les difficultés par leur audacieuse et factice martingale – toutes ces formules se renforçant sans s’exclure, voici ce que m’inspire le Dante de la Risset que vont nous resservir avec une sauce nouvelle et muscadine les maître-queues de la Pléiade

    • Tout dans la nuance et la subtilité, et surtout pas de mépris ni d’insulte. Mais vous evidemment, le bon Brumes ne juge pas utile de censurer votre vomi.

        • Merci, Neo-Birt, pour toutes ces analyses qui témoignent d’une grande érudition, et que je serais pour ma part incapable de produire sur ces sujets que je maîtrise, hélas ! trop peu !
          Je lis toujours vos interventions avec grand intérêt.
          J’espère que vous ne vous découragerez pas à cause de quelques trolls, troubles-fêtes inévitables de tout forum public…

    • Il me semble que l’on écrit « maître queux » et je suppose que NeoBirt7 ne l’ignore pas.

      S’il vous plaît, la traduction de

      ὦ τάλας ἐγώ˙
      ὅσον διημάρτηκα τοῦ ζῆν!

      Par avance, merci.

      Bonne journée à tous

      • J’ai sciemment épelé ainsi par mépris pour la tambouille gallimardesque.

        Ma petite citation, en vers comiques, se transcrit ô talas egô. / hoson diêmartêka tou zên et signifie :

        « misérable de moi !
        Comme j’ai loupé le coche (littéralement: le chemin) de l’existence ! ».

  41. En ce 8 juillet, anniversaire de Jean de La Fontaine né il y a exactement trois siècles et attendant toujours son album de la Pléiade !

    Je regrette comme vous tous que l’album de l’année honore un auteur qui avait déjà le sien.

    C’est dommage, ce nouvel album Flaubert. Un choix malheureux.

    Bien sûr, le précédent était en noir et blanc mais c’est le cas des 31 premiers albums de 1960 à 1991. Soit de la moitié des albums. Va-t- on republier en couleurs Saint-Simon, Voltaire, Chateaubriand, Hugo, Balzac, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Maupassant, Zola, Proust, Céline, Camus ?

    Jusqu’aux années 1950-1960, les archives photographiques privées sont sauf exception en noir et blanc. Mais l’album Saint-Simon , l’album Voltaire, l’album Chateaubriand sont illustrés de peintures, d’appartements et paysages qui rendraient bien mieux en couleurs. Un saint-Simon en couleurs serait un régal.

    Oui mais la liste des albums est- elle close ? Ah ! Que non !

    Aucun auteur de l’antiquité : un Homère, un Virgile, un Cicéron seraient une fête pour l’esprit.

    Seulement neuf albums jusqu’en 1800 : le Graal, les 1001 nuits, Shakespeare, Montaigne, Pascal, Diderot, Voltaire, Rousseau et Casanova.

    Les grands européens sont absents : Cervantes, Goethe, Kafka, Joyce.

    Les immenses américains nés ou morts européens : Henry James et Nabokov.
    Ni Hemingway dont tous les écoliers ont lu « Le vieil homme et la mer « . Ou un Steinbeck mais il faudrait d’abord publier son oeuvre !

    Les amoureux de littérature russe seraient contents d’ajouter à Dostoïevski , Tolstoï, Tchékhov, Pouchkine, le méconnu mais subtil Tourguéniev, Boulgakov, Pasternak.

    Pourquoi pas un album des quatre romans classiques chinois publiés dans la collection ( 8 tomes ) ? Ou un album Somadeva, un album Ibn Khaldun ou voyageurs arabes ? Un album Andersen ou des sagas islandaises ?

    Huit albums sur la littérature étrangère soit moins d’un sur sept : un russe, Dostoïevski, un américain, Faulkner, un argentin, Borges, un vénitien, Casanova, un arabe, les 1001 nuits et trois anglais, Shakespeare, Lewis Carroll, Wilde.

    Des écrivains superbes, sentant bon la province, un peu passés de mode : Barbey d’Aurevilly, Huysmans, Péguy, Mauriac.

    Les amateurs de théâtre seraient heureux de lire un album Goldoni, Marivaux, Beaumarchais, du théâtre romantique, Musset, Ibsen , Garcia Lorca ou Ionesco.

    Si on voulait célébrer la poésie, on pourrait penser à Ronsard ( né en 1524 ) ou Mallarmé.

    Les jeunes lecteurs aimant l’aventure et les romans qui vous emportent seraient ravis de recevoir à Noël ou pour leur anniversaire un album Dickens ou Dumas. Ou même Walter Scott, London. Et bien sûr Defoe ( 2031 ?), Melville, Swift, Conrad ou Kipling.

    Pour ajouter aux quatre femmes que sont George Sand, Colette, Beauvoir et Duras, on citerait volontiers les soeurs Brontë ou Virginia Woolf. Ou Toni Morrisson quand ses romans seront ajoutés au catalogue.

    Beaucoup d’auteurs récents alors que les lecteurs de la Pléiade sont par définition des gourmands de littérature classique. Bernanos ferait notre joie mais aussi Bossuet ou le cher cardinal de Retz. Un album Rabelais, un album Buffon seraient des merveilles d’illustrations.

    Pour finir, 2021 est l’année Dante ( mort il y a 800 ans) mais aussi une année La Fontaine, né il y a 400 ans.

    Quel bonheur serait un album de notre cher fabuliste qui enchanterait petits et grands, que l’on pourrait offrir à son grand- père ou à son petit- fils. ! Peut- être en 2095 pour le quatrième centenaire de sa mort !

    Or, il y a depuis 2014 des tirages spéciaux illustrés : Sade avec 20 illustrations, Defoe dont le Robinson est réédité avec 209 illustrations, et , mais oui , les fables de La Fontaine cette année anniversaire avec prés de 500 gravures et dessins.

    Mais les fables ou Robinson illustrés ne sont pas l’équivalent d’un album mettant en scène la vie de l’auteur et toutes ses oeuvres, les premiers écrits, les pages mois connues, les amours et amis d’une vie. La Fontaine ce sont aussi les séjours à Vaux, les contes, Defoe, c’est aussi le très vivant Moll Flanders.

    Il n’y aura donc probablement pas d’album La Fontaine ou Defoe en 2031 pour le tricentenaire de sa mort.

    On observe aussi maintenant, de temps en temps, des Pléiades abondamment illustrées.

    Alors, à l’avenir, tirages spéciaux ou éditions avec des gravures et dessins vont-ils rendre possible la réédition des albums des écrivains les plus célèbres ?

    On aura peut- être pour des raisons plus commerciales que littéraires,une nouvelle édition de Proust en 2022, Pascal en 2023, Casanova en 2025, Montaigne en 2033, Stendhal en 2042, Verlaine en 2044…

    Ou si on honore de nouveaux auteurs en fonction des anniversaires :

    2024 : Ronsard, Conrad, Kafka
    2025 : Andersen
    2026 : Rilke, Foucault
    2027 : Bossuet
    2028 : Ibsen
    2031 : Defoe
    2032 : Beaumarchais, Goethe, Walter Scott
    2033 : Roth
    2035 : Mark Twain
    2036 : Kipling
    2037 : Pouchkine
    2040 : Sade, Fitzgerald
    2042 : Mallarmé
    2045 : Swift, La Bruyère

    Allez, Gallimard, offrez- nous de beaux albums originaux de belle et grande littérature !

    Mon souhait en priorité : Virgile, Dante, Rabelais, Ronsard, Cervantes, La Fontaine, Marivaux, Beaumarchais, Tchekhov, Conrad, Kafka, Garcia Lorca, Virginia Woolf, Boulgakov, Ionesco.

    • Merci pour Dante (mort il y a 700 ans) ; vous auriez pu l’inclure également ici : « Les grands européens sont absents : Cervantes, Goethe, Kafka, Joyce. »
      … Mais sera-t-il mis entre de bonnes mains ? – C’est aussi une question récurrente… hélas…
      Cordialement,
      uapi

  42. Bonjour à tous.
    Mû par la curiosité née de vos discussions, je viens de découvrir la traduction de Dante d’André Pezard. C’est spectaculaire ! Vraiment fou !
    Intéressé, je souhaite poursuivre mes recherches vers Pétrarque. Auriez-vous une édition à me conseiller du Canzoniere ?

    • Une bonne traduction (partielle) par Gérard Genot a paru chez Aubier-Flammarion en 1969 ; elle a été relue et complétée chez les Belles Lettres (Rerum Vulgarium Fragmenta) en 2009, avec les gros accompagnements qui caractérisent la plupart des volumes de cette maison. Il reste que Genot, italianiste reconnu, a traduit les vers par des vers, et cela – nous semble-t-il – est primordial.
      Cordialement,
      uapi

      • Une excellente traduction juxtalinéaire a été donnée, il y a plus de trente ans déjà, aux Classiques Garnier, par Pierre Blanc, savant discret auteur d’une solide thèse sur Pétrarque initiateur et maître de l’égotisme moderne (1984 ; inédite) : Pétrarque. Canzionere, Le chansonnier, Paris, Bordas, 1989, 590 p., dont une cinquantaine de pages de prolégomènes (34 pour l’introduction, le reste allant à des premiers secours techniques). Sans prétentions érudites, malgré des notes infrapaginales dont la brièveté occulte en partie le caractère extrêmement soigné et personnel (elles incarnent souvent un progrès par rapport aux indications des éditions annotées italiennes pour ce qui concerne l’intertexte antique et la culture humaniste), cette édition reproduisant l’italien de Contini (1949) s’efforce de rendre l’hendécasyllabe italien en alexandrins, plus rarement en décasyllabes de correcte facture. Avec une réussite variable en fonction des rythmes originaux, qui compliquent la tâche du traducteur jusqu’à la quadrature du cercle en particulier dans les chansons, il me semble qu’elle se lit globalement bien, en dépit des interversions entre le substantif et son épithète propres voulues pour coller au style de l’original, mais qui dérouteront le lecteur, et d’une évidente idiosyncrasie, pour ne pas dire : d’un certain arbitraire, dans le rendu ou au contraire dans l’effacement du pronom personnel sujet italien. Celle de Genot a davantage d’allure et une apparence moins académique, mais s’écarte davantage de l’original.

        • Je nage, heureux, dans la poésie de Pétrarque depuis quelques mois. Puis-je déjà me permettre quelques conseils ?
          – Mieux vaut une traduction « partielle » étincelante qu’une « complète » à peine correcte.
          – Lisez toujours plusieurs traductions à la fois : vous aurez l’impression de lire à travers les mille facettes d’un diamant.
          – Surtout ne vous cantonnez pas de lire le « Canzoniere » uniquement, lisez aussi les Triomphes et surtout lisez son fabuleux et solaire Affrica, son poème épique en latin : si l‘Enéide est l’acmé de ce genre, Affrica en est son chant de cygne. Qui plus est la traduction de Pierre Laurens aux Belles Lettres est superbe !

          Mieux vaut que mes bla-bla insignifiants que je vous présente un florilège de traductions d’un de ses sonnets les plus célèbres : le sonnet XC ou l’un des nombreux portraits de la bien aimée Laure.

          Ceci est listé par ordre de préférence.

          I – Traduction André Ughetto & Christian Guilleau (« Ce désir obstiné, je le dois aux étoiles », Choix de poèmes [73 pièces] extraits du Canzoniere, Edition Bilingue aux éditions Le Bois d’Orion; 2002)

          Etaient les cheveux d’or à l’aure épars
          Emmêlés et bouclés en mille noeuds légers;
          Infinie irradiait, magnifique lumière,
          La beauté de ces yeux aujourd’hui si pâlie;

          Son visage portait les couleurs de son âme
          Qu’à tort ou à raison je voyais charitable :
          Moi que tenait au coeur l’amoureux hameçon,
          Comment aurais-je pu ne pas brûler d’un coup ?

          Ses mouvements n’étaient de mortelle substance
          Mais d’angélique allure, et quant à ses paroles
          Elles vibraient d’un son hors de l’humain registre.

          C’est un esprit céleste, un vrai soleil vivant
          Que j’ai vu; serait-il désormais moins puissant
          Que cet arc m’atteindrait de plaies inguérissables.

          II – Traduction George Nicole (« Canzoniere », Choix de poèmes [92 pièces] Extraits du Canzoniere, Aux éditions Mermod; 1955, Suisse)

          Ses cheveux d’or s’en allaient à la brise,
          Epars, roulés en mille noeuds aimables,
          Et ses beaux yeux, aujourd’hui trop avares,
          Brûlaient d’un éclat tendre et sans mesure.

          Puis je crus voir, ou n’était-ce qu’un songe ?
          Se teindre de pitié son beau visage:
          Moi qui couvais une amoureuse amorce
          Pouvais-je me défendre de la flamme ?

          Ses pas légers n’étaient chose mortelle,
          Mais d’un esprit céleste, et ses paroles
          Ne sonnaient point comme une voix humaine.

          Un ange, un vivant soleil ai-je vu.
          Et si depuis l’éclat s’en est terni,
          L’arc détendu peut-il guérir la plaie ?

          III – Traduction André Rochon (« Anthologie bilingue de la poésie italienne », Choix de poèmes [54 pièces] Extraits du Canzoniere, La Pleiade; 1994)

          Les cheveux d’or naguère étaient à l’aure épars,
          Qui les entrelaçait en mille tendres noeuds, ·
          Et la belle clarté brûlait outre mesure
          Des beaux yeux qui en sont maintenant si avares;

          Et il me paraissait (était-ce vrai ou faux?)
          Que la pitié avait coloré son visage :
          Moi qui gardais au coeur la mèche de l’amour,
          Faut-il s’émerveiller que soudain j’aie brûlé?

          Et sa démarche était non de chose mortelle,
          Mais d’une créature angélique, et sa voix
          Résonnait autrement que la parole humaine.

          C’est un esprit céleste et un vivant soleil
          Qu’alors je vis; si maintenant elle a changé,
          La plaie ne guérit pas quand l’arc est détendu.

          IV – Traduction Yves Bonnefoy (« Je vois sans yeux et sans bouche je crie », Choix de poèmes [24 pièces] Extraits du Canzoniere, Edition Bilingue aux éditions Galilée; 2011)

          Flottaient ses cheveux d’or dans cette brise
          qui en mêlait mille boucles charmantes,
          Grâce, surabondante, était la lumière
          De ses beaux yeux qui pour moi n’en n’ont plus.

          Et de pitié me semblait son visage
          Se colorer, était-ce vrai ou pas ?
          J’avais au coeur la mèche de l’amour,
          Fut-ce étonnant si d’un coup je pris feu ?

          Sa façon d’avancer n’était chose mortelle
          Mais la pensée d’un ange. Ses paroles
          Sonnaient plus pur que simples voix humaines.

          C’est un esprit du ciel, un soleil en vie,
          Ce que je vis, ce jour. Et autre serait-elle
          Aujourd’hui, et son arc brisé, ma plaie demeure.

          V – Traduction Pierre Blanc (« Le chansonnier », Edition Intégrale Bilingue, aux éditions Classiques Garnier; 1988)

          Les cheveux d’or étaient à l’aure épars,
          Qui en mille doux nœuds les enroulait,
          Et la belle lumière brûlait outre mesure
          Des beaux yeux qui en sont si jaloux aujourd’hui.

          Son visage aux couleurs de pitié se teinter
          me semblait, je ne sais si c’était vrai ou faux;
          Moi qui avais au cœur l’amadou de l’amour,
          Quoi d’étonnant qu’aussitôt j’aie brûlé ?

          Sa démarche n’était pas chose de ce monde
          Mais d’angélique essence, et ses paroles
          Résonnaient autrement que simple voix humaine.

          C’est un esprit du ciel, c’est un soleil vivant
          Que je vis, et ne fût-elle plus celle-là,
          Que plaie ne guérit point d’être l’arc détendu.

          VI – Traduction Gérard Genot (« Chansonnier », Edition Intégrale Bilingue sur deux volumes, aux éditions Belles Lettres; 2009)

          Les cheveux d’or étaient à l’aure épars,
          Qui en mille doux noeuds les emmêlait,
          Et le mobile éclat brûlait outre mesure
          De ces beaux yeux qui en sont si avares,

          Et le vis de pitié prendre couleurs,
          Vrai ou faux, je ne sais, m’apparaissait.
          Moi qui l’amorce de l’amour avais au coeur
          Quelle merveille qu’aussitôt j’en aie brûlé?

          Sa démarche n’était chose mortelle,
          Mais d’angélique forme. Et ses paroles
          Sonnaient bien autrement que simple voix humaine.

          C’est un esprit céleste, un vif soleil
          Que je vis. Et si ore elle n’était plus telle,
          La plaie si l’arc est détendu point ne guérit.

          VII – Traduction René de Ceccatty (« Canzoniere », Edition Intégrale, aux éditions Poésie / Gallimard; 2018)

          Elle avait les cheveux volant au vent
          Qui formait mille noeuds de boucles d’or,
          Un doux éclat brillait dans ses beaux yeux
          Bien plus qu’ils n’en eurent jamais depuis.

          Une expression de compassion semblait
          Passer, vraie ou fausse, sur son visage.
          Mon coeur était si prêt à s’enflammer
          Qu’il n’est pas étonnant qu’il ait brûlé.

          Son pas n’était pas chose humaine,
          Mais le pas d’un ange. Et ce n’était pas
          Une voix humaine qui sortait d’elle.

          C’est un esprit céleste, un vif soleil
          Que je voyais, et si elle a changé,
          La plaie ne guérit pas, si l’arc faiblit.

          VIII – Traduction Henry Cochin (« Les rimes », Choix de poèmes [61 pièces] Extraits du Canzoniere, Editions Lucien Mazenod; 1961 [ traduction datée plutôt du début du siècle !])

          Les cheveux d’or étaient épars à l’aure,
          qui en mille doux nœuds les tournait,
          et la pure lumière sans mesure flambait
          de ces beaux yeux qui en sont aujourd’hui si avares.

          Et le visage couleur de pitié se faisait. . .
          (je ne sais si c’était vrai ou faux : il me semblait !)
          et moi, qui avais au cœur l’amorce amoureuse,
          quelle merveille si, tout à coup, je pris feu !

          Sa marche n’était pas une chose mortelle,
          mais de forme angélique ; — et ses paroles
          résonnaient autrement qu’en une voix humaine.

          C’est un esprit du ciel, c’est un soleil vivant
          que j’ai vu… et si tel il n’est pas aujourd’hui…
          La plaie ne guérit pas, lorsque l’arc se détend !

          Je vous souhaite Bonnes Lectures !

          • Merci à vous pour cette présentation des différentes éditions des œuvres poétiques de Pétrarque.
            Je vais acquérir ou emprunter icelles.
            Par contre, s’agissant d’Affrica, aux Belles Lettres, c’est hors de portée de ma bourse pour le moment, et c’est introuvable en bibliothèque où je me trouve !

          • Eh bien ! Merci de m’avoir glissé la traduction de Ughetto et Guilleau ! Avec tout le respect que je dois aux versions parues chez Aubier ou Garnier, celle (partielle) parue au Bois d’Orion les surpasse complètement par la puissance et la beauté poétiques ! (à mon humble ressenti)

  43. « L’espèce humaine et autres écrits des camps » à paraître en octobre.
    Drôle de titre !`
    Et qui me déplaît souverainement.
    Peu m’importe ses références historiques et littéraires – peu m’importe que cette appellation se veuille une dénonciation de la déshumanisation mise en oeuvre dans les camps -, mais, aujourd’hui, alors que déferle la vague des post-humanistes « anti-spécistes » qui veulent faire de « l’espèce humaine » une espèce parmi d’autres, pas plus importante que d’autres, voire moins (et plus nuisible), cela sonne très désagréablement à mes oreilles.
    Ce livre s’adresse aux lecteurs d’aujourd’hui, qui vivent dans le monde d’aujourd’hui et certains mots ne résonnent pas aujourd’hui comme hier. Qu’on puisse parfois le regretter n’y change rien.

    • Le titre nous indique surtout que l’ouvrage qui est au cœur du recueil est « L’espèce humaine » d’Antelme… Ce livre m’a beaucoup marqué, et le recueil proposé ne semble pas si inintéressant que ça.
      Il ne faut pas voir des anti-spéciste partout !

  44. Bonjour à tous. Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt vos messages.

    Je sais pas vous mais mon rythme de lecture d’un Pléiade est de un ou deux par mois.

    J’envisage prochainement de lire le Tournier et le tome 1 de Corneille.

    Pour le Tournier, imprimé en 2017, j’ai l’assurance d’un ouvrage bien terminé…

    Je m’interroge sur le Corneille tome 1. Est-ce un Aubin ou un Normandie Roto ? Et d’ailleurs a t-il été retiré depuis son 1er tirage en 1980 ?
    Car j’ai ouï dire que les auteurs du 17eme siècle ont beaucoup de mal à trouver leur public…

    Merci d’avance.

    • Bonjour Un Passant,

      Tout d’abord je tiens à préciser que, s’il est légitime d’être méfiant vis-à-vis des réalisations Aubin à Ligugé car ce dernier imprimeur ne parvient pas à imprimer dans le bon sens du papier, comme déjà expliqué, il me semble très exagéré d’y associer dans votre ire les productions de Roto à Lonrai. En effet, dès lors que Roto imprime dans le bon sens (et a priori plutôt bien), il n’y a rien de plus à lui demander. Si vous êtes tombé sur des volumes imprimés par Roto dont la reliure n’était pas satisfaisante, c’est la faute du relieur, et non pas de l’imprimeur. Et cela concerne par définition certains exemplaires dans un tirage (la reliure étant une opération individuée) et non pas l’ensemble d’un tirage (comme c’est le cas lorsque tout est imprimé en travers).

      Ceci dit, je ne sais pas sur quel papier et par quel imprimeur a été imprimé le volume 1 de Corneille (nouvelle édition) le 18 juillet 1980, mais je peux vous dire qu’il en existe au moins un autre tirage, en date du 6 février 1996, réalisé par Roto à Lonrai sur papier Valobible des papeteries Prioux (un bible bien opaque et plutôt mat et discrètement grenu, par opposition à ceux de Bolloré qui, le plus souvent, car il y a beaucoup de variations chez Bolloré, sont assez translucides, brillants et lisses).

      • Au contraire Chardin. Aucune ire dans mon message envers Roto. C’est même tout le contraire. Tous mes pléiades Roto sont impeccables.

        C’est d’ailleurs la raison pourquoi je veux savoir si c’est un Aubin ou un Roto ; je distingue très bien les deux…

        Pour résumer : Si c’est un Roto, j’achète.

        Si c’est un Aubin, j’attends pour trouver un volume d’occasion imprimé en 1980…

        • Nous sommes donc d’accord (veuillez m’excuser de vous avoir attribué un amalgame Aubin / Roto qui n’est pas de votre fait). Roto en tant qu’imprimeur est sans problème. En fait, j’aime beaucoup en général l’association Valobible / Roto, assez fréquente dans les années 1990, en particulier car ce papier est opaque et ne laisse donc guère voir l’autre côté par transparence. Je conçois en revanche que certains puissent le trouver pas assez lisse. Je vous conseillerais donc le Corneille 1 1996… Mais le regret que l’on peut avoir est qu’il semble difficile (voire impossible) d’avoir les trois tomes de Corneille sur le même papier… Le 2 a été imprimé le 5 octobre 1984 sur Jeand’heurs par Mame, et le 3 le 26 juin 1987 sur Schoeller et Hoesch par Sainte-Catherine…

          • J’ai, il y a quelques semaines, mis la main sur un Corneille II imprimé sur Bolloré, les trois volumes formant à présent une unité, de ce point de vue. Je ne suis pas chez moi actuellement, mais en rentrant dans quelques jours, je ne manquerai pas de vous communiquer la date exacte de cette nouvelle impression (2021 ou 2020, il me semble).

  45. …..ou le tirage Roto de 1996.

    1980, 1996. C’est de bon augure. On peut supposer qu’un tirage plus récent encore a sans doute été effectué…

  46. Merci pour toutes ces précisions. J’avoue, un peu honteux, que la différence entre tel et tel papier est un point que je remarque à peine-voire pas du tout…

  47. À propos, Chardin, j’ai lu avec intérêt votre message du 26 juin 2021, qui réexplique l’origine du gondolement des feuilles imprimées par Aubin, mais j’avoue ne pas avoir bien compris…
    Qu’est-ce que cette histoire d’impression inclinée à 90 degrés ? Et pourquoi le relieur a alors plus de mal à relier les feuillets correctement ?
    Seriez-vous en capacité d’user de pédagogie pour le faire comprendre, à moi et à d’autres ?
    Je vous remercie !

    • Eh bien, on peut dire que tout papier a une certaine texture, un certain « fil », qui fait qu’il se ploie plus aisément dans un certain sens que dans l’autre (si vous prenez n’importe quelle feuille de papier, la plier dans le sens haut/bas ne va jamais être exactement aussi facile ou difficile que la plier dans le sens droite/gauche). Lorsque vous imprimez un livre, il convient de bien positionner le texte par rapport au sens du fil du papier. Il convient que le papier soit bien raide dans le sens haut-bas (celui qui va être bloqué par la reliure) et bien fluide dans le sens gauche-droite (celui qui va être sollicité par le feuilletage).
      Si vous ne respectez pas cette contrainte (ou si, comme chez Aubin à Ligugé, des contraintes techniques de vos machines vous amènent à ne pas la respecter), et que vous imprimez votre bloc de texte avec une rotation de 90° par rapport à ce qu’il devrait être, alors le papier, au lieu de tourner fluidement de gauche à droite une fois relié, va avoir tendance à se gondoler (un peu comme si les pages essayaient de tourner de haut en bas malgré le fait qu’elles en soient empêchées par la reliure), gondolage accentué par la « répartition des forces » issue du serrage de la reliure qui, en se propageant dans l’ouvrage, vont solliciter le papier dans le sens où normalement il devrait opposer la résistance la plus forte à la flexion, alors que dans le cas anormal qui nous occupe, il lui offre au contraire la résistance la plus faible.
      Et voilà pourquoi votre fille est malade, ou plutôt pourquoi les volumes imprimés chez Aubin posent tant de problèmes de reliure à Babouot, car d’un côté il faut que la reliure soit assez fermement serrée pour que le volume tienne bien, mais d’un autre côté sa fermeté conduit mécaniquement à du gondolage car les lignes de force du papier ne sont pas dans le bon sens. C’est pourquoi on arrive à ces volumes où, de façon caractéristique, on voit une tendance à former des monts et des vaux quand on regarde horizontalement la tranche extérieure, et où, quand on feuillette, toute la raideur du papier, voire les cloques engendrées, s’opposent malencontreusement (et bruyamment) à un feuilletage fluide et discret.
      Quant à la question technique de savoir pourquoi chez Aubin on se retrouve forcément avec du texte pivoté à 90°, je l’ignore, mais je gage que c’est lié au nombre de plis total qui peut être donné par leur machine à partir de la portion de rouleau qui sert de « feuille » pour former les cahiers. De toute façon Gallimard lui-même a reconnu, dans une réponse récemment relayée sur ce forum par un contributeur, que c’était bien l’incapacité technique d’un de ses imprimeurs réguliers à imprimer autrement qu’en travers qui était en cause.
      En espérant vous avoir éclairé.

      • Merci, Chardin, pour votre réponse. Je comprends tout à fait. C’est très clair.

        Maintenant, comme vous, j’ignore pourquoi Gallimard continue de confier ses impressions à un imprimeur qui imprime en « sens travers » (dixit le retour communiqué sur ce fil par Wyatt). Et si, visiblement, il y a travail à améliorer le rendu, c’est tout de même beaucoup d’énergie et de temps dépensés pour combler une défaillance assez simple qui ne devrait pas avoir lieu. Au lieu de s’ingénier dans la reliure, qui devra réussir à concilier l’inconciliable, pourquoi ne pas arrêter de confier à Aubin des impressions ?

        Enfin, sur la raison technique qui fait qu’Aubin imprime dans le mauvais sens son papier, vous soupçonnez « que c’est lié au nombre de plis total qui peut être donné par leur machine à partir de la portion de rouleau qui sert de « feuille » pour former les cahiers. » J’avoue que là, je commence à ne plus comprendre… Mes connaissances en imprimerie sont assez limitées je dois avouer. Pourriez-vous parfaire mon éducation, et m’éclaircir ce dernier point ?

        Je vous remercie à nouveau !

        • Alors sur ce dernier point je suis plutôt dans les conjectures. Le point de départ est que le format d’un livre se définit par rapport au nombre de plis qui sont donnés à la feuille d’impression (folio) pour former les cahiers. Cependant je ne sais pas trop comment cela marche lorsqu’on n’imprime plus à plat sur des feuilles (comme c’était originellement le cas des Pléiades) mais avec des rotatives, donc avec des rouleaux de papier (comme c’est le cas de la Pléiade depuis le courant des années 1990). Dans ce type d’impression, j’imagine que c’est la largeur du rouleau, et la longueur du morceau coupé dans le rouleau, qui déterminent le format de la « feuille » qui est ensuite pliée par la machine pour former les cahiers. J’imagine que pour arriver au bout du compte au format Pléiade avec des rouleaux ayant une largeur donnée de papier, les machines de Aubin ne permettent pas de caser le texte dans le bon sens… Mais je n’en ai pas de confirmation. Ce qui est certain c’est qu’Aubin imprime en « sens travers », ce que j’avais inféré de mon enquête et qui a été formellement confirmé par la réponse postée par Wyatt.

      • Si j’enfonce le clou, je peux dire qu’il me paraît tout à fait grotesque qu’un éditeur confie ses impressions à un imprimeur qui imprime dans le mauvais sens ! Tel papier se plie dans tel sens, donc il faut que le livre soit imprimé dans tel sens de lecture. Ça me paraît, naïvement, un « cahier des charges », une exigence, pas si extraordinaire à faire respecter et à contrôler. Encore, une fois, cela peut arriver, une erreur. Mais, sur des années et des années !

        Aussi, depuis quand sont apparues les impressions par Aubin ? Aubin a-t-il déjà imprimé correctement ? Ou alors, Gallimard a élu cette entreprise dans les années 1990 en sachant pertinemment qu’elle imprimerait mal, ou en négligeant de le vérifier, et a laissé continuer cette aberration plus de 10 ans sans y remédier. Et encore, si je comprends bien, Aubin continue toujours de mal imprimer, et le remède consiste à ne pas effacer la cause (changer d’imprimeur), mais à soigner les symptômes (améliorer la reliure)….

        Aubin doit proposer des tarifs d’impression très avantageux…? Enfin, je ne sais pas. Ma réflexion naïve me pousse à imaginer une raison bassement économique, mais peut-être la réalité est-elle plus subtile.

  48. Il faudra qu’il y ait du contenu, et du lourd, du sérieux, du formidablement intéressant (et inédit, de préférence), pour me convaincre d’acheter un objet aussi improbable qu’un(e) pléiade Louise Labbé !

    Signé : le Pléiadophobe Masqué

    • Boarf, vous savez, ouvrez la pléiade Villon, et vous aurez celle de Labé.

      Une belle Préface bien universitaire, dans laquelle on nous dira qu’en fait Labé est un personnage de fiction, une non moins grosse chronologie très minutieuse, une importante Note sur la présente édition, les quelques vers de Labé en double page traduite, quelques Pièces recueillies de la plus ardente importance, des Documents d’archives, et après… comme pour Dante, comme pour Villon, une « anthologie » de lecture à travers les aages. Rajoutez à cela bien des notices, notes, notules, et de belles pages griffonnées de variantes, et des commentaires des commentaires des lectures, une magnifique bibliographie pour chaque section, et puis voilà, on peut arriver à 800-900 voire 1000 pages.

      Peu ou prou, non ?

      • Que la bonne Louise soit ou non l’auteur (l’autrice ?) des vers qui sont publiés sous son nom (ou bien déposés à ses pieds par un autre ?), au fond, peu me chaud, mais, au regard de la minceur anorexique dudit corpus poétique, lui élever un monument tel que décrit par vous, serait inouï !

        On peut trouver bien à redire à la Pléiade Villon, mais au moins l’importance de l’oeuvre du poète-voyou, un peu par la quantité et beaucoup par la position qu’elle tient dans l’histoire de nos Lettres, lui donne un semblant de justification.

        Une discussion à ce sujet a déjà eu lieu ici même, et d’aucuns ont émis l’hypothèse que quelques pièces d’autres poètes lyonnais pourraient venir étoffer le volume. C’est sans doute entretenir trop d’espoir et se condamner presque à coup sûr à la déception et à la frustration, mais… que voulez-vous, l’amoureux le plus souvent trompé continue de voir en sa Belle quelques charmes anciens pourtant depuis longtemps évanouis.

        Le Pléiadophobe Masqué

  49. Des indiscrétions à propos du programme Pléiade de 2022 ?

    Sans jouer les Nostradamus, je verrai bien, pourquoi pas, un volume de Victor Hugo en 2022. Pourquoi ? Parce qu’il est né en 1802 et que Gallimard tient de plus en plus compte des dates anniversaire…

    Le dernier jour d’un condamné avec L’Homme qui Rit et Quatre-vingt treize en un seul tome ?

    La suite de l’œuvre poétique ?

    Ou pourquoi pas, en mai, un choix de correspondance en deux volumes ( à la manière de Balzac ) avec un album en couleur ( à la manière de Flaubert, 2021 )…

    Laissez moi rêver, s’il vous plaît…

    • Pour les 220 ans de Victor Hugo ?
      Pourquoi pas en 2024, pour ses 222 ans, ce serait plus rigolo.
      Ou bien 2085 pour le bicentenaire de sa disparition… Mais je n’y serai plus.

      Ou bien, comme il est plus probable, jamais. Pour parodier cet idiot de Gide : « Pas de Victor Hugo, hélas ! »
      Mais, faut-il vraiment s’en désoler ? Si c’est pour nous fournir une « nouvelle » édition désolante…

      Le Pléiadophobe Masqué.

  50. L’année 2085, j y avais aussi songer. Ne soyez pas pessimiste à l’excès Domonkos dit Le Pléiadophobe Masqué, en 2085 vous serez peut-être encore partis nous ( je ne connais pas votre âge ) ; on en discutera, en 2085, entre vieillards.

    Pour ma part, j’aurai 94 ans ; donc c’est jouable mais le temps aura passé sur moi ; donc je promets pas la grande forme…

    Blague à part, l’année 2022 me semble une date parfaitement Hugolienne ; et puis qu’elle risque l’éditeur prend-il ? Aucun. Les livres de Victor Hugo dans la collection se vendent bien…

      • « et puis quel risque l’éditeur prend-il ? Aucun. Les livres de Victor Hugo dans la collection se vendent bien… »
        C’est vrai, cette réflexion a failli retenir ma main, dans mon message précédent, pensant également à la nouvelle édition des « Misérables »…
        Mais, cette nouvelle édition des « Misérables » ressemble plus à un « coup » marketing qu’à un travail sérieux sur l’édition de l’intégrale des oeuvres poétiques et romanesques du grand Totor et ne permet pas de présager une reprise de l’entreprise interrompue brutalement.

        Et, même quand on essaie de lire la politique de la Pléiade à la lumière de l’intérêt économique, on reste ébahi par certains choix. On ne sait vraiment plus du tout à quoi s’attendre, aussi démunis u’un vulgaire météorologue, et encore moins Extra-Lucides qu’une Voyante…
        Nous sommes dans la main de Gallimard comme dans celle d’Allah, et il faut s’y résigner et tout de même Le remercier pour Ses Bienfaits !

        Pléiadophobe Masqué

        • Je viens justement de trouver chez mon bouquiniste (la semaine dernière) les deux volumes du Théâtre de VH ainsi que les deux volumes des oeuvres critiques de Sainte-Beuve (mais pas Port Royal).

          Pour satisfaire le goût et la curiosité des passionnés d’imprimerie qui font ici florès (c’est cadeau), j’indiquerai que les Sainte-Beuve furent imprimés en 1956 et début années 60 (je ne les ai pas sous les yeux) par les imprimeries Desfossés-Neogravure à Paris et SRIP à Étampes.
          Quant au Théâtre de VH, j’ai eu la surprise amusée de voir « Imprimé sur Bolloré, le Dix-neuf janvier mille neuf cent toisante-sept, par l’Imprimerie Nationale de Monaco S.A. » !
          …évidemment impeccable, comme il sied à une édition princière.

          • « mille neuf cent soixante sept » bien sûr, et non pas « toisante sept » : l’erreur est de moi, et non point des dignes ouvriers-artisans de son Altesse Sérénissime…

          • Au passage (attention, remarque essentiellement !), j’ai trouvé amusant de trouver ensemble et venant du même possesseur – les deux rivaux réunis par-delà les siècles, dans une modeste boutique bouquinière cévenole – le mari et l’amant d’Adèle Foucher.

    • 134 ans… la probabilité sur je soit encore là, à déverser mon venin, sur le site de Brumes, est assez faible…
      Je sais qu’une ‘étude » japonaise (il y a des « études » sur tout) prétend que nous sommes programmés pour vivre entre 130 et 150 ans, que je jouis d’une santé de fer (à part les articulations qui grincent), mais, tout de même !

      Et quand je pense que, même si j’atteignais cet âge paraît-il vénérable, la part de livres à lire dans ma bibliothèque n’aurait pas diminué (pour un livre lu, il y en a deux ou trois qui rentrent)…

  51. Bonjour tout le monde,

    j’ai deux questions :

    – à propos de la nouvelle édition de la Divine comédie, à paraitre en septembre: je possède l’édition de Diane de Selliers, dans la traduction de Jacqueline Risset;
    sait-on si c’est cette même traduction qui sera reprise en pléiade?

    – à propos de la future acquisition des Editions de Minuit par Gallimard, sait-on si d’une manière ou d’une autre (je n’y connais rien en droits d’auteurs…) cela pourrait faciliter ou accélérer la parution tant espérée de Beckett dans notre collection préférée?

    Merci par avance pour vos éclairages, comme on dit dans la lucarne 🙂
    Bien à vous.

    Alinio

    PS: pour répondre à Un passant qui s’interrogeait un peu plus haut, je crois avoir lu quelque part qu’Antonio Lobo Antunes est au programme des parutions 2022.

    • Je vous trouve bien sévère envers la nouvelle édition des Misérables. Je considère, au contraire, qu’elle réussit ( en 1824 pages ) le compromis parfait entre texte, notes et variantes. Se réservant même le luxe , en annexe, de nous proposer de nombreux extraits de la préface philosophique + une sélection iconographique de premier choix…

      C’est vraiment l’édition des Misérables qui m’accompagne partout ; une référence.

      Alinio, il s’agira bien de la traduction Risset. Édition bilingue. Le livre comprendra 1520 pages ( info site officiel de la Pléiade )

      • Un Passant, l’édition Scepi des Misérables est, pour ceux qui savent juger de ces choses (dont le présent contributeur, qui dès sa sortie lui fit sommairement son paquet sur ce fil aux motifs de légèreté et d’incompétence alors même que d’aucuns ici lui tressaient des louanges), un gâchis à tous niveaux manquant de fort belle manière l’occasion qui lui fut donnée de succéder avec éclat au travail somme toute honorable de Allem, grand annotateur érudit doublé d’un assembleur boulimique de variantes. Pierre Laforgue a exposé les nombreuses faiblesses du Hugo de Scepi, que pour ma part j’assigne à un manque d’expérience du métier d’éditeur et annotateur, en https://bit.ly/36St1GR ; un avis pareillement défavorable ressort de la recension parue dans la Revue d’Histoire littéraire de la France 119, 2019, pp. 474-478, laquelle s’entoure de beaucoup de précautions verbales (voir en particulier p. 475 § 1, sur le caractère populaire et non plus savant de l’appareil critique des Pléiades les plus récentes). La faible ambition de ce volume, assumée par les autorités pilotant la collection, n’est pas une raison pour mettre aux mains du lecteur un texte établi routinièrement et presque sans lumières critiques ; une annotation parcellaire, arbitraire et fort peu originale ; un dossier iconographique dans l’ensemble anecdotique et peu illustratif tant les caricatures et autres dessins de presse y surabondent par rapport aux images des personnages ; enfin une introduction doctrinale dont la principale préoccupation consiste en la défense et illustration de l’intérêt conservé par l’oeuvre pour, et dans, notre époque. J’ajouterai deux éléments d’appréciation : d’une, l’exégèse des noms propres et des allusions à l’actualité est souvent mieux distribuée ainsi que plus éclairante chez Allem, quelques datées que soient ses éventuelles références ; de deux, la recomposition typographique du texte hugolien pour l’édition Scepi, motivée par la nécessité (!) de faire tenir le roman entier avec son appareil critique renouvelé dans la pagination de l’édition antérieure (laquelle avait une très courte préface et presque 300 p. de Notes et variantes pour 1806 p. au total, contre les 53 de préface et 28 de chronologie pour 233 d’annotation et appendices chez Scepi, dont le volume totalise 1824 p.), résulte en une impression plus dense et moins agréable chez ce dernier. S’agissant d’un roman fleuve, la moindre respiration de la typographie du volume de 2018 ne facilite guère la lecture, d’autant que l’ouvrage, sans être déshonorant sur le plan de la confection, n’a pas la souplesse des premiers tirages de l’édition Allem.

      • Je suis très satisfait de ma misérable ancienne édition et je n’éprouve pas du tout le besoin de « bénéficier » des illustrations, ni de commentaires « modernisés »… (Il n’y a que pour Jules Verne que les illustrations font partie intégrante des romans, pour les autres romans du XIXème siècle je partage tout à fait la détestation furibonde de Flaubert).
        C’est mon avis personnel à moi-même, avec lequel je suis en plein accord. (Je devrais songer à me fréquenter plus souvent : je me contredis rarement.)

  52. Mon commentaire, à propos de l’édition des Misérables en Pléiade, s’adresse bien évidemment à Domonkos dit le Pléiadophobe Masqué…

    • Mon camarade Domonkos l’a bien compris et vous a répondu.
      Étant donné qu’il est présentement pris par d’autres occupations, je me permets de vous apporter cette précision à sa place.
      Pléiadophobe Masqué.

    • Néo-birt7, L’édition Allem de 1950 est aujourd’hui bel et bien obsolète pour le commun du lectorat. L’annotation, inutile et sans intérêt, tourne essentiellement autour d’une comparaison entre le texte définitif et le manuscrit des Misères.

      En deux mots, on s’en fiche royalement ; à moins de faire une thèse sur les différents état du texte avant publication…

      Tout le contraire de l’édition 2018 dont l’annotation est claire, pertinente et éclairante. Sans parler des annexes d’un grand intérêt.

      Outre des extraits de la Préface philosophique, on peut lire, entre autres textes avec grand intérêt le chapitre ( 30 pages ) retranché Les Fleurs… L’édition Allen ne proposait bien évidemment aucune annexe de ce genre …

      La typographie ne gêne nullement.

      J’ai déjà lu intégralement 4 fois les Misérables dans cette édition 2018, ( texte et annotation compris )

      Les Misérables étant un des seuls livre ( le seul à vrai dire ), avec les Contemplations et la légende des siècles, que je relis intégralement -et de très près- au moins une fois par an, voire deux…

      • J’exagère quelques peu en affirmant avoir lu l’annotation intégralement 4 fois de suite dans l’édition 2018. Les Misérables, oui ; pas l’annotation.

        Ce que je peux affirmer, par contre, c’est que l’annotation se révéle pour moi d’un grand profit ; et très intéressante quand elle renvoi à un autre texte de Hugo, permettant ainsi de relier plusieurs texte et d’approfondir la connaissance du continent Hugolien, continent d’une richesse inouïe mais qui est aussi un puit sans fond ; on y revient toujours.

        • Je suis très satisfait de ma misérable ancienne édition et je n’éprouve pas du tout le besoin de « bénéficier » des illustrations, ni de commentaires « modernisés »… des chapitres retranchés, des sources et des repentirs, « de ceci, de cela, la belle que voilà » (Vian).

          J’aime assez lire un roman tel que, finalement et définitivement, l’auteur a voulu que je le lise. Je n’aime pas fouiller ses tiroirs, sa corbeille à papier, etc. Je le prends pour seul juge, en première et dernière instance, sans appel, seul habilité à décider de ce qui doit faire partie de l’ouvrage ou n’en pas faire partie. Tant pis si cela fait pleurer ceux qui croient avoir meilleur goût ou plus de lucidité que lui.

          Je n’aime pas non plus qu’on me prenne trop par la main, comme un enfant, à qui on explique tout ce qu’il voit (et ce qu’il ne voit pas) en promenade.

          Et, par-dessus tout, je déteste les z’éditeurs modernes qui prétendent nous donner des versions des oeuvres classiques « meilleures » que la version que l’auteur a livrée à l’imprimeur. Que n’écrivent-ils donc leurs propres romans (quand ils le font, c’est généralement pitoyable) !

          Cela peut être très bien et nécessaire, voire indispensable, lorsqu’il s’agit d’oeuvres très éloignées de nous, dans le temps ou dans l’espace, auxquelles nous ne saurions plus accéder sans qu’on nous fît la courte échelle, soit parce que l’oeuvre est défigurée par le temps, soit parce que le contexte nous est lettre morte.
          Idem pour des oeuvres par nature « savantes » ou expérimentales.
          Mais en ce qui concerne Victor Hugo, j’ai encore une bonne connaissance de son temps, de sa vie et de son milieu, et il me parle encore (presque) comme un contemporain. Je ne sache pas non plus qu’il ait cherché à déguiser ou compliquer sa pensée et ses intentions.
          Merci de ne pas me le servir façon « nouvelle cuisine ».

          C’est mon avis personnel à moi-même, avec lequel je suis en plein accord. (Je devrais songer à me fréquenter plus souvent : je me contredis rarement.)

          • Toute cette ridicule prétention a contaminé jusqu’aux auteurs eux-mêmes qui, aujourd’hui, se plaisent à recouvrir eux-mêmes leurs ouvrages d’un océan de commentaires et d’analyses. Certains, ayant épuisé de longue date toute inspiration, ne font plus rien d’autre depuis au moins vingt ans.
            J’en connais personnellement deux ou trois, dont l’oeuvre, estimable, n’est tout de même pas révolutionnaire ni assez considérable pour marquer l’Histoire des Lettres, et qui s’empressent de « léguer leurs documents » à l’IMEC, comme de précieux papyrus remontant aux hautes dynasties égyptiennes, persuadés que les futurs archéologues des Lettres n’auront rien de plus important à faire que d’étudier le déplacement d’une virgule dans un de leurs romans qui ne pèse pourtant pas si lourd. Ce serait comme écraser une pauvre fleurette avec un marteau-pilon.
            Pléiadophobe Masqué (the Retour)

          • Ces commentaires (et leur ton « fantaisiste ») n’ayant pour but que de défendre mon choix, tout en laissant libre chacun du sien. Les avis et les arguments pour ou contre étant exposés (et notamment par NeoBirt7 qui, comme d’habitude, va au fond des choses), chacun, en fin de compte, tranchera pour son propre compte et selon ses penchants. De mon côté, « this is the end »…

  53. Je réponds, ici, à Candy sur les translations françaises de la poésie (italienne & latine) de Pétrarque.
    Heureux je suis que vous ayez fortement goûté la traduction d’André Ughetto et Christian Guilleau. Ses magnifiques alexandrins, hauts en couleur, lui confèrent une beauté préraphaélite, un coté « je ne sais quoi » décadent fin de siècle. Par ailleurs en citant ces auteurs nous réparons une grande injustice car cette traduction n’est guère courue, la plupart des connaisseurs mettant en exergue celles de Pierre Blanc, Gérard Genot (beaucoup trop littérales à mon goût et lorsque Pétrarque intensifie, complexifie son dire – plus particulièrement au moment du dernier tercet et de sa « pointe » – cette littéralité, si fièrement défendue, au lieu de faire s’envoler le poème vers les cimes, au contraire plaque, englue au sol la traduction dans une sorte de gloubiboulga; j’en veux pour preuve les « et ne fût-elle plus celle-là, //Que plaie ne guérit point d’être l’arc détendu » et « Et si ore elle n’était plus telle,//La plaie si l’arc est détendu point ne guérit. ), voire de René de Cecatty qui lui symbolise, pour moi, un autre écueil aussi néfaste que le précédent : la traduction cibliste à outrance (on ré-écrit tout dans le langage intelligible d’aujourd’hui, en simplifiant à l’extrême, en dégraissant toute aspérité; vous pensez bien qu’à la fin on ne retrouve plus une once de Pétrarque).

    Quant à ceux qui auraient encore un doute sur la qualité de la traduction d’André Ughetto et Christian Guilleau, voici un autre sonnet (156) mis à votre disposition :

    J’ai vu, sur la terre, l’angélique beauté,
    La vertu et la grâce uniques parmi nous,
    Telles que d’y penser me transporte et me navre,
    Et qu’en regard rien ne m’est plus qu’ombre et fumée.

    Et ces yeux pleins de feux qui ont fait mille fois
    Le soleil envieux, je les ai vus pleurer ;
    Lors j’entendis des mots soupirants s’élever
    A faire crouler monts et fleuves s’interrompre.

    Amour, Raison, Idée et Piété et Regret
    Se lamentaient en choeur de l’accent le plus doux
    Qu’il soit possible en ce bas monde entendre;

    Tout le ciel écoutait penché sur l’harmonie ;
    On ne voyait pas même une feuille osciller
    Tant plein de sa douceur l’univers respirait.

    Mais si, mais si la plus belle traduction du Chansonnier n’était toujours pas rester recluse dans un vieux secrétaire d’un vieil appartement parisien ?
    Je pense à la traduction de Jean-Yves Masson qui devait paraître aux Editions Belles Lettres sous la direction de Pierre Laurens lors du septième centenaire de la naissance de Pétrarque (2004). Tout était déjà annoncé : la réclame, des extraits dans la revue Europe n°902-903 et dans le fascicule hommage à Pétrarque parue chez Jérôme Million. Dans la présentation de son travail, Jean-Yves Masson écrivait qu’il avait presque fini, manquait à l’appel uniquement la trentaine de chansons. Et patatras rien n’est sorti. Quelques années plus tard, a été publiée à la place la version de Gérard Genot que l’on connait. Que s’est-il passé ? Nul ne le sait à part l’auteur.
    Je vous invite très fortement à vous procurer ce numéro de la revue Europe pour les quelques seize sonnets et un extrait des Triomphes de l’Amour traduits sous la plume de Jean-Yves Masson, mais aussi, surtout, pour découvrir le plus beau joyau de ce chansonnier.
    Mais si …
    Il est l’œuvre du directeur de collection «Classiques de l’ Humanisme » de chez Belles Lettres : Pierre Laurens, celui là-même qui commanda les travaux à J-Y Masson.

    A cette époque, Pierre Laurens était surtout reconnu comme un spécialiste de langue latine, c’était donc la première fois qu’officiellement il translatait de l’italien de la Renaissance.
    Ce n’est pas un sonnet mais une chanson composée de six visions sous forme de strophe de douze vers chacun et un tercet final.
    Il est fort possible que Masson l’ait lue, et comme moi, devant ce trésor il s’est agenouillé, a pleuré de plaisir, et s’est laissé submerger petit à petit par « ce doux désir de mourir » :

    Rvf 323

    Un jour, me tenant seul à la fenêtre,
    Où j’apercevais tant d’objets nouveaux
    Que rien qu’à les voir j’étais étourdi,
    Voilà qu’une fauve parut à main droite,
    D’un visage humain à damner un dieu,
    Traquée par deux vautres, un noir et un blanc,
    Qui sur les deux flancs
    De la douce fauve s’acharnaient au point
    Qu’en un rien de temps elle fut réduite
    Où dessous la pierre
    Mort amère vainct sublime beauté :
    Si cruel destin me fit soupirer.

    Puis en haute mer je vis un navire :
    Sa voile était d’or, ses haubans de soie,
    Sa coque incrustée d’ivoire et d’ébène ;
    Calme était la mer et l’aure suave,
    Le ciel tel qu’il est sans nue qui le voile ;
    En ses flancs portait riche cargaison.
    Mais soudain un grain
    Venu d’Orient troubla l’air et l’onde,
    Brisant le vaisseau contre les récifs :
    Ô l’affreuse peine !
    Un instant foudroie, peu d’espace cèle
    Superbe richesse à nulle pareille.

    En un bois nouveau fleurissaient les saints
    Rameaux d’un laurier au tronc jeune et lisse,
    Un arbre on eût dit né au paradis ;
    De son ombre issaient des chants si suaves
    De divers oiseaux et tant d’autres charmes
    Qu’ils m’avaient sitôt du monde exilé ;
    J’étais fasciné,
    Quand le ciel autour, changeant, s’assombrit,
    Qui le foudroya et dès la racine
    Cette plante heureuse
    D’un coup arracha : mon cœur s’en afflige
    Car ombre semblable onque on ne retrouve.

    Une source claire en ce même bois
    Sourdait d’un rocher, doucement jasarde,
    Qui son onde fraîche et douce versait.
    Dans ce bel asile, ombragé et sombre,
    Que point n’approchaient pâtres ni bouviers,
    Muse à l’unisson et Nymphe chantaient.
    Je m’assis et quand
    Le plus de douceur au chant je prenais
    Et à la vision, vis s’ouvrir un gouffre
    Auquel s’abîmèrent
    La source et le site : j’en ai mal encore
    Et m’en terrorise le seul souvenir.

    Voyant un Phénix étrange, aux deux ailes
    De pourpre vêtues, et la tête d’or,
    Aller dans ce bois, altier, solitaire,
    Me sembla d’abord figure céleste
    Et donc immortelle, tant qu’il ne trouva
    Laurier saccagé et source engloutie.
    Tout vole à sa fin :
    Puisque contemplant le feuillage à terre
    Et le tronc brisé, et tarie l’eau vive,
    D’indignation
    Il perça son sein et s’évanouit,
    Dont brûla mon cœur de pitié et d’amour.

    Pour finir je vis par l’herbe et les fleurs
    S’en aller pensive si belle et gente dame
    Que jamais n’y pense sans ardre et trembler :
    Modeste au-dedans, mais contre Amour fière,
    Elle était vêtue de si blanche robe,
    Et ainsi tissée, que si fût or et neige,
    Mais avait le chef
    Enchaperonné d’une nue obscure.
    Au talon mordue par un mince aspic,
    Fleur cueillie, languide,
    Heureuse, elle fuit, sans s’alarmer plus :
    Las ! rien que les pleurs ici-bas ne dure.

    Chanson, tu peux dire
    Que ces six visions ont à mon seigneur
    Inspiré un doux désir de mourir.

    Du même traducteur, il ne faut pas perdre de vue l’Afrique (ou Africa/Affrica), ouvrage paru en deux tomes chez les Belles Lettres qui, il est vrai, est onéreux (90€) mais à peine moins cher que le Chansonnier de Gérard Genot paru dans la même collection (95€) et finalement beaucoup moins cher que le volume des Triomphes traduit par JY Masson et édité chez Diane de Selliers (230€).

    J’ai moi-même hésité longtemps avant de l’acheter. Je me suis tout d’abord procuré le n° 18 de la superbe revue Conférence (printemps 2004) où se trouvait entièrement le chant V.
    Et cela a été un émerveillement continuel; en premier lieu, la présentation intitulée « Musiques de l’Africa » (tout un programme) écrite par Pierre Laurens lui-même qui nous relate le long polissement de Pétrarque, « ce travail de la lime», toute sa vie durant bien que cette oeuvre soit restée inachevée. « Ce travail d’adoucissement de la diction, on peut aujourd’hui le suivre à la loupe grâce à la découverte du manuscrit Laurentianus, porteur des notes autographes du poète » dit-il.
    Nous pouvons dire la même chose du travail de traduction de Pierre Laurens, qui polit et repolit le même diamant comme un orfèvre d’Anvers, depuis Musae Reduces en 1975, l’Anthologie de la poésie lyrique latine de la Renaissance chez Poésie/Gallimard en 2000, la revue Conférence en 2004, le tome 1 d’Affrica paru chez Belles Lettres en 2006 pour finir douze après, avec enfin la parution des derniers chants en 2018 dans la même collection! C’est presque l’œuvre d’une vie !
    Au vu de son avant-propos, on peut le comprendre : « Ce poème d’amour et de gloire, loin de se pouvoir réduire à un effort avorté et renié par son auteur, crédité au plus d’une valeur symbolique et documentaire, à ranger au magasin des « mythes humanistes, est un des soleils les plus brillants de la poésie, œuvre solaire, à tout le moindre l’ancêtre et l’égal du Roland Furieux ou de la Jérusalem délivrée. »
    De plus, Pierre Laurens ici fait une véritable profession de foi pour la traduction de la poésie en vers, en reprenant l’équation meurtrière de Paul Valéry : « Mise en prose, mise en bière ».
    Et il liste, pour sa démonstration, les traducteurs-poètes qui l’ont précédé, et là, stupeur, je retrouve quelques-uns de mes préférés, comme si nous avions toqué, l’un et l’autre, à la même porte d’une confrérie, surement virtuelle, de traducteurs : « les sonnets de Luis de Gongorà par Guy Levis Mano (tout petit bijou édité par lui-même, éditions GLM, en 1959), JY Masson, et les trois meilleurs traductions de l’Eneide à savoir celles de Jacques Perret, Marc Chouet et Jean-Pierre Chausserie-Laprée. (Il se trouve qu’en novembre 2020, ici-même, je citais ces trois-là comme étant mes traducteurs « référence » de Virgile).

    En deuxième lieu, que dire de la qualité littéraire de cette traduction ? avec de tels parrains elle ne pouvait que friser l’excellence !
    Par là-même, je n’ai pu résister à acquérir, à prix fort il est vrai, l’œuvre complète chez Les Belles Lettres.

    Quant à la qualité de l’édition du tome 1, je ne suis pas du tout content des Belles Lettres : que de coquilles surabondantes !!
    J’ai même trouvé un vers non traduit dans le Livre III, le v241 : « Curribus hec agitur domita ceruice leonum » que Rebecca Lenoir, aux éditions Jérome Millon, traduit par « Son char est conduit par des lions au cou asservi » (Et oui ! je ne peux lire une œuvre dans une seule traduction !!, celle de Rebecca Lenoir est dans une prose de bon aloi, mais n’atteint aucunement les cimes de Pierre Laurens).
    Quand ce n’est pas un vers qui manque, c’est une lettre : Livre III, V 126 : « tres à demi-humains » au lieu : « Etres à demi-humains » ; Livre III, V 462 : « dans le temps d’un nuit »,
    Quand ce n’est pas une lettre qui manque, c’est une pluie de « points » qui s’abat soudainement sur le vers …
    Pour les heureux possesseurs de cet ouvrage, rencontrez-vous les mêmes problèmes ? (je dois avoir la première édition, peut-être que les ré-éditions ont pu, par la suite, corriger tout cela).

    En attendant, je vous souhaite Bonnes Lectures, et pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques extraits du livre V d’Affrica :

    …Plus radieux que l’or,
    Capables d’offusquer du clair soleil les traits,
    Ses cheveux ondoyaient à la brise légère
    Sur la nuque de lait au profil droit et doux,
    Flottaient dessus l’épaule, épandus à cette heure,
    Naguère agrafés d’or, en amoureuse joute,
    Et noués sagement : alliance suave
    De blanc mêlé de blond, un mixte coloré
    Plus beau que vases d’or remplis de lait caillé,
    Que neige sur les monts aux soleils exposée. (V, 27-34)

    Ils brillaient doucement, par leurs larmes brouillés,
    Plus doux que d’habitude : tel un couple d’étoiles
    Scintillant côte à côte après la pluie nocturne
    Au firmament mouillé. Sur chacun s’infléchit
    L’ornement délicat d’un arc aérien.(V, 41-45)

    Plus n’entendrai ta voix, caresse pour les dieux,
    Les doux chuchotements de ta bouche odorante,
    Seul sur le lit glacé j’allongerai mes membres. (V, 538-540)

    Ces yeux dont les éclairs éblouissent les cieux
    Vont être ensevelis à l’étroit de la tombe,
    Yeux bien faits pour toucher le cœur des plus grands dieux,
    Yeux propres à briser des plus brutaux la rage,
    Ces yeux qui m’ont ravi loin des soucis médiocres,
    Ce front éblouissant d’or tout entortillé,
    Plus beau que front humain, s’en ira sous la dalle
    Et ce sourire aussi qui transperce les cœurs
    De pierre et qui du ciel chasse les noirs nuages
    Dans l’antre du Tartare à jamais va descendre. (V, 636-645)

    • Petit complément d’information : voici une (rare) interview d’André Ughetto (en 2016) qui nous parle de ses traductions de Pétrarque, de la poésie contemporaine et de sa propre poésie :

    • J’ai lu, je ne sais plus où, que le troisième volume devait sortir prochainement. C’était y a un an. Je n’en sais pas plus. Mais, si je devais parier sur un volume à paraître entre 2022 et 2025, le Nietzsche tome 3 serait en pole position…

  54. J’essaie, pour le moment avec succès, de maintenir mon rythme de 2 livres pléiade lus par mois. Pour le mois d’août ce sera un mois spécial Rousseau.

    Mon 1er : Confession et autres textes Autobiographique.

    Mon second : Les Écrits politiques.

    Je ne vais pas y aller par quatre chemins : sont-ce des volumes certifiés Aubin ou Roto ?

    PS : Je serai ravie de pouvoir renseigner des internautes, à ce sujet, sur d’autres ouvrages de la collection.
    C’est que je me sens un peu à l’aise d’être le seul à poser ce genre de questions…

  55. Les éditions de Céline en « Bibliothèque de la Pléiade » devraient également être revues, tant ce nouveau fonds va modifier tout ce que l’on croyait connaître de la genèse de ses romans, à com­mencer par celle de Voyage au bout de la nuit.

    • Il y a quand même plus urgent à éditer, parmi les « Grands Oubliés, » que de nouvelles éditions ratiocinantes du vieux facho radoteur, pour un public de happy new fanatisé.

      • Quand on pense qu’une nouvelle édition du vieux facho radoteur risque de nous priver de grands oubliés comme Tolkien, on ne peut que trembler.

        Bardamu à la place de Gandalf c’est vraiment la fin de la Pléiade…

        • Je vous trouve bien pessimiste. À mon humble avis la nouvelle édition de Céline ne verra pas le jour avant plusieurs années. D’ici là, Gandalf, via Tolkien, aura sans doute déjà fait son entrée remarquée dans la collection…

  56. Un rajeunissement de la seconde mouture de la Pléiade célinienne, si magistralement éditée par Godard, s’impose pour intégrer Londres au tome II et compléter Casse-Pipe au tome III. Compte tenu de l’ampleur de ces nouveaux matériaux, leur intercalation ne peut que faire éclater l’ordonnance de l’opus célinien postérieur au Voyage tel que le donne cette édition de référence, surtout si Godard insiste pour les entourer de la même richesse de notices et de notes que précédemment. Un remaniement de grande ampleur, avec probable intercalation d’un cinquième tome, me semble inévitable, gros investissement scientifique et éditorial qui ne sera pas achevé avant d’assez nombreuses années, s’agissant d’une terra incognita. Or l’âge de Godard, les orientations actuelles de la Pléiade, la frilosité propre à Gallimard ne laissent pas présager de hâte particulière à mettre en chantier cette entreprise ; qui pis est, l’actualité et notre collection favorite ne vont guère de pair, considérant que douze ans après la divulgation fracassante de l’homosexualité (ou plutôt, de la bisexualité) de Mauriac, nul indice ne laisse envisager de réédition revue et corrigée des quatre tomes de ses romans, dont l’exégèse biographique ainsi que la genèse sont pourtant devenues caduques à l’aune des révélations orchestrées par Barré. Les nouveautés céliniennes paraîtront en premier dans une série coûteuse de Gallimard, si la vieille maison alléchée par l’aubaine parvient à emporter la mise, laissant les spécialistes entourer et le texte inédit et le roman complété d’un intertexte de recherches de détail sur lequel se basera une éventuelle Pléiade. Il est à craindre, en attendant, que se multiplieront les éditions sur Bible d’auteurs médiocres mais vendeurs comme Tolkien, et de recueils dans l’air du temps, au détriment des suites de l’Aristote, du tome II d’Huysmans ou de l’Ovide annoncé depuis longtemps mais dont aucun parergon ne laisse supposer qu’il soit en bonne voie (sans compter les changements d’équipe ; au tome I de l’Aristote, l’Ethique à Eudème devait paraître dans la traduction annotée du grand Bloch, témoin A. Mckenna, M. Benítez, G. Paganini et J. Salem (edd.), Materia actuosa – Antiquité, âge classique, Lumières. Mélanges en l’honneur d’Olivier Bloch, Paris, 2000, pp. 16 et 23, mais le recentrage de ce volume, piloté de longue date par Christian Rutten et Jean Pépin avant qu’il n’échoie à Richard Bodéüs, sur un thiase québéco-belge, a fait écarter son travail au profit d’une version due à Bodéüs lui-même…).

    • Je maintiens, sans état d’âme, le peu d’estime dans lequel je tiens Céline, à la fois humainement et littérairement. Hautement dispensable. Et je donne dans la litote, pour ne pas faire « monter les enchères ».

      • Pour parler clair, je ne trouve pas l’écrivain aussi génialissime qu’on le dit, et pas suffisamment pour faire oublier le piètre spécimen d’humanité qu’était l’homme. Je suis entièrement du côté du lucide et roboratif « Céline en chemise brune » de Hanns-Erich Kaminski.

        (Je précise qu’à différentes époques de ma vie, je le l’ai lu, à peu près intégralement, y compris les pamphlets qu’on pouvait trouver aisément chez les bouquinistes dans ma jeunesse, romans, correspondances… et la plupart des ouvrages à lui consacrés par ses thuriféraires. Pour finalement décider que mes héritiers ne trouveraient pas ses ouvrages dans ma bibliothèque.)

  57. Il faut savoir que Tolkien est né le 3 janvier 1892… En 2022 on se souviendra des 130 ans de sa naissance. Une entrée de Tolkien dans la Pléiade en début d’année 2022 ( ou en mai avec l’album ) ne me surprendrait pas et serait tout à fait dans l’actuelle logique commémorative de la collection.

    Je ne fais que spéculer.

    Si des internautes ont des indiscrétions plus solides sur le programme de 2022 qu’ils n’hésitent pas à nous les partager…

  58. A propos de  » cet idiot de Gide » : En répondant « Victor Hugo, hélas ! » ,Gide n’était pas idiot. Il re-
    connaissait l’importance et la suprématie de Hugo mais ce poète ne s’accordait pas à ce qu’il
    appelait son idiosyncrasie .A mon avis, ce n’était pas un jugement de valeur,et simplement une
    réponse sous forme de boutade .

  59. Céline : Néo-Birt a raison ; mais, à voir ces 6000 pages retrouvées, il me semble que le plus urgent serait de publier l’intégralité de « Casse-Pipe » (environ 800 p.), et cela permettrait enfin de reconstituer la trilogie au complet (avec « Le Voyage » et « Mort à crédit »). Peut-être pas, dans un premier temps, en Pléiade, mais dans la collection « Blanche ». Godard, dans son édition des pages restantes de « Casse-Pipe », était convaincu qu’il existait quelque part le manuscrit manquant et que les affirmations de Céline, à ce sujet, n’étaient pas un mensonge. Pour le reste, cela peut attendre (le manuscrit « Londres » semble proche de « Guignol’s Band »).
    Car Proust et Céline sont quand même les deux plus grands écrivains français du XXe siècle.
    Que Céline soit AUSSI une ordure, je suis plus que d’accord (je n’ai jamais pu aller au bout des pamphlets). J’ai été naguère l’ami et le collègue de Milton Hindus, dans une université proche de Boston. Milton Hindus, jeune professeur juif fasciné par Céline (il avait pourtant lu les pamphlets !) avait eu le courage de vouloir rencontrer, dans son exil au Danemark, celui qu’il appelait « The Monster ». Il l’a rencontré plusieurs semaines. Au début, chaleureuses discussions, réponses empressées de Céline aux questions de Hindus (même si Céline disait que Hindus, en raison de son nom, avait des ascendances ….hindoues!), puis les choses se sont gâtées, et Hindus l’a trouvé finalement « répugnant », hargneux, et aussi infiniment sale ! Quand Hindus a publié son livre (« The Crippled Giant », « Le Géant Estropié » — mal traduit en farnçais: « Céline tel que je l’ai connu »), Céline est entré dans une si grande colère qu’il a même écrit au Président de l’Université de mettre Milton Hindus à la porte …! (les archives de l’université conservent la lettre en anglais de Céline…).

    • Céline n’est pas l’un des plus grands écrivains du siècle. Je ne sais quel qualificatif employer, d’ailleurs, Le terme de « grand » est trop ambigu, et puis, de toute façon, je n’aime guère ces notations de type scolaire ou bien hit parade… (ou Jeux Olympiques, pour être dans la récente actualité).

      Je le crois fortement surestimé, je crois qu’il y a pas mal d’écrivains plus importants, influents, et dont on ne saurait se passer, en ce vingtième siècle qui fut fécond. Céline n’existerait pas qu’il ne me manquerait rien. C’est, à mes yeux, pour une très grande partie, un Mythe, fabriqué par quelques-uns et qui a connu le succès. Une sorte de gourou. Franchement, sa « petite musique » c’est du marketing, et cela n’a pas changé la face de la littérature.

      L’équivalence que les célinolâtres veulent bien concéder du bout des lèvres avec Proust est particulièrement inopérante. Proust est irremplaçable. Il y a un avant et un après. Pas seulement une littérature, mais un monde des lettres d’avant et d’après. Céline, non. Il n’a rien fondé. Il n’a pas bouleversé l’art littéraire. Il n’a pas de véritable postérité, et ceux qui se prétendent ses « héritiers » se leurrent sur eux-mêmes ou bien sont des escrocs. La génération des grands auteurs américains de lui contemporains – Faulkner, Steinbeck, Dos Passos, Hemingway – infiniment supérieurs, infiniment plus importants, influents. Ils ont ouvert un nouveau chapitre, au lieu d’être à la marge.

      Je ne parle même pas des poètes, du Surréalisme, même du Nouveau Roman… Ecrivain considérable, je le concède, mais au rôle nul dans l’histoire du genre romanesque.

      • Quand je dis, écrivain considérable, je parle bien sûr du premier Céline, celui d’avant les pamphlets, celui du Voyage et de Mort à Crédit, pas du fou furieux des années quarante, ni du vieux radoteur des années cinquante.

      • Libre à vous d’avoir cet avis très tranché sur Céline. Reste qu’à mes yeux, comme à ceux de beaucoup d’autres, ce bon docteur Destouches demeure aussi irremplaçable que Proust dans l’histoire des lettres, tant françaises que mondiales d’ailleurs. Dire qu’il n’y a pas d’avant et d’après Céline en littérature, qu’il n’a rien fondé, cela relève d’une mauvaise foi qui ne vous est pas coutumière, cher Domonkos, si vous me permettez. Cela ne signifie pas que Proust et Céline sont les seuls, heureusement que non, mais Céline, que ça plaise ou non, est un GÉANT. L’exhumation de milliers de feuillets inédits est un événement considérable. Le monde n’a pas connu plus grande découverte depuis – au moins – le tombeau de Toutânkhamon ! Domonkos, je suis désolé que vous soyez hermétique à la petite musique, mais de grâce ! reconnaissez son inestimable valeur !

  60. A Demonkos Szenes : je crois avoir suggéré, hier soir, que je n’étais pas, selon votre mot, «célinolâtre». (Mais Milton Hindus, que je citais, considérait, lui, à tort ou à raison, que Céline était le plus important romancier français du XXe siècle, et cet universitaire juif, qui eut de vives altercations avec Céline au Danemark, a pourtant fait ensuite publier aux USA, et fait traduire (par une de ses connaissances), « Mort à crédit » (« Death on the Installment Plan », alors que le roman était déjà publié en Grande-Bretagne sous le titre de « Death on Credit »).
    Et j’avais écrit écrivain « français ». Loin de moi l’idée de nier (puisque vous en parlez) la place capitale de Faulkner (et son influence sur le roman, du reste ailleurs qu’aux USA, principalement en France et en Am. du Sud). Que Céline, lui, n’ait aucune postérité en France, je suis parfaitement d’accord : ses pâles imitateurs français sont pathétiques. Sa (minime) postérité se trouve plutôt aux USA : Henry Miller, Kerouac, etc.
    C’est dire l’importance de la publication intégrale de « Casse-pipe », dont le style préfigure celui de la dernière trilogie.

    • Merci de vos précisions. J’ai des positions claires, longuement mûries, fruits d’une longue fréquentation de cet auteur. Ce sont mes positions et elles n’ont vocation à s’imposer à personne. Nulle envie de polémiquer non plus, le sujet (au deux sens du terme) ayant déjà épuisé plusieurs générations de polémistes, sans profit pour personne, me semble-t-il.
      Bien à vous.

      • Une seule et dernière précision : à propos de la séparation qu’on veut faire entre l’homme et l’oeuvre, séparation que je trouve pertinente dans la plupart des cas (par exemple le stalinien Aragon, le pédophile Gide, etc). Cette discrimination n’est pas opérante dans le cas de Céline, car ses livres sont essentiellement autobiographiques (avec un écart plus ou moins grand) et remplis à chaque page de ses opinions, de ses « pensées », y compris son racisme foncier (à l’égard des « nègres » et des Chinois tout autant que des Juifs) qui s’y étale avec une constance épuisante pour le lecteur. Partant de là, il est difficile « d’oublier » l’individu Destouches et « d’innocenter » l’auteur Céline.

        • Pour ma part, quitte à me faire taxer d’indécrottable simplificateur, je ne trouve simplement pas assez d’art, fond comme forme, en Céline pour accepter d’occulter, le temps de la lecture, tout ce que sa personnalité a d’immonde. Ses spécialistes ont consacré des centaines de volumes à lui chercher des circonstances atténuantes, ou à plaider son excellence littéraire ; il n’est pas jusqu’à sa torrentueuse rhétorique sémitophobe devant laquelle on ne s’ébaubisse, Juilland et Tettamanzi listant jusqu’à la nausée ses néologismes pour mieux s’émerveiller de sa capacité à féconder la langue. Or la référence flatteuse à Rabelais en ce domaine est aussi évidement controuvée que la mise hors de pair de Céline : d’une part le parler peuple commence en littérature avec Eugène Sue et Hugo, les premiers à s’être souciés d’une certaine authenticité lexicale et même syntaxique dans les propos attribués à leurs quadrilleurs de pavés ou de macadam, d’autre part Rabelais, tout piètre latiniste qu’il fût, n’aurait sans aucun doute jamais usé à son propre compte des, équivalents Renaissance des saillies céliniennes de l’acabit de « troufignoliser ».et « enculagailler la moumouche ». Pour une discussion récente et débarrassée de toute révérence, je renvoie à David Fieni, Decadent Orientalisms. The Decay of Colonial Modernity, New York 2020, pp. 85-94 (la thèse entière du livre est une toute autre paire de manches).

  61. P-S : je précise que le cher et regretté Milton Hindus, qui était, tout à la fois, « dégoûté par Céline » et un grand admirateur de son œuvre, a aussi publié des textes sur des écrivains juifs américains, et il fut l’un des principaux collaborateurs de l’ « Encyclopaedia Judaica »….

  62. A Demonkos Szenes.
    Polémiquer n’est pas dans ma nature, et encore moins au sujet de Céline, j’ai d’autres choses à faire. Ce sera donc la dernière fois que j’interviens à ce sujet.
    Je précise pour finir que je ne consultais ce site que pour connaître les prochaines publications de la Pléiade.
    Bien à vous.

    • Bien que je me sois défendu (inutilement, selon toutes apparences) de vouloir polémiquer (n’ayant pas assez de temps à consacrer à cet exercice), il est inutile d’employer le mot « polémique » ou « polémiquer » avec un air de dégoût, comme s’il s’agissait là d’une saleté qu’on ne saisit que du bout des doigts, et encore avec des gants. La polémique peut être vaine ou bien salutaire.

      En ce qui concerne Céline, il ne s’agit pas d’une simple querelle littéraire, car on touche à des questions essentielles, sur le racisme, le fascisme, la nature humaine. Parce qu’on ne peut lire Céline, quoi qu’on pense de son « génie » réel ou supposé, sans oublier une seule minute ces questions, puisqu’il les évoque lui-même à chaque page. Il ne peut, je le répète, y avoir de lecture « innocente » ou purement « littéraire » ou stylistique de Céline, c’est pourquoi le débat (terme que je préfère) sur l’auteur et son oeuvre – indissociables en l’espèce- ne peut être évité, mais reste constamment nécessaire.
      En tout état de cause, sans mépriser l’information sur les prochaines parutions en Pléiade (mais, s’agissant d’une éventuelle réédition de Céline, n’est-ce point aussi de cela que nous parlons ?), la question me paraît d’une importance incomparablement supérieure.
      À moins de se contenter d’aligner des jolis volumes dans sa bibliothèque, sans se soucier plus que cela de leur contenu.

      J’entends bien la tactique des célinolâtres : qu’on ne parle plus de son racisme, de son antisémitisme, de sa Collaboration, de sa fuite honteuse dans les fourgons de l’armée nazie et qu’on ne parle que de « Liiitératuuure » ! Ne retenez que l’enveloppe sucrée de la dragée et oubliez l’amertume de l’amande !
      Même si j’étais un célinolâtre, je ne voudrais pas que mon idole devienne ce personnage émasculé, lisse, insignifiant.

      Pour moi aussi ce sera mon dernier mot après le dernier mot… en attendant mon prochain dernier mot.

      • Le jour où Céline ne provoquera plus de polémique sera un triste jour (y compris pour lui-même, c’est alors qu’il aura perdu toute saveur).

        Je précise que, non seulement, je suis contre toute censure de Céline, mais je milite pour que soient publiés et accessibles les pamphlets que Céline, ses proches, ses parents, ses partisans, aimeraient tant qu’on oublie ou considère comme un égarement passager.

        • Une édition Pléiade solidement annotée des pamphlets céliniens serait la bienvenue, histoire de rappeler leur existence aux thuriféraires néophytes du Voyage et de Mort à crédit qui les méconnaissent si volontiers. Lorsque nous polémiquâmes sur ce fil à propos de la parution de ces immondices chez Gallimard, différente était ma position, mais la sortie sans la moindre émotion publique de la vaste somme fayardesque consacrée à Mein Kampf m’a persuadé que la circulation sous forme de Samizdat de tous les textes de cet acabit signés de figures majeures, entretenait leur aura sulfureuse et les confirmait dans leur prestige malsain. Le choix de l’éditeur responsable d’une telle Pléiade importe évidemment beaucoup ; il faudrait, à mon sens, que ce fardeau incombât à un lettré ayant longue pratique de la doctrine et de la manière des principaux penseurs nationalistes français, de Drumont à Maurras en passant par Barrès mais aussi par Péguy (cela exclut Tettamanzi, non seulement compilateur morne de statistiques lexicales mais esprit assez peu cultivé, à la différence de Joseph Barbier pour les poésies péguyennes) soutenu d’un historien de cette période qui idéalement ne serait ni un pourfendeur de Zeev Sternhell ni un apologiste des écrivains en question. Vaste tâche requérant abnégation, jugement et tact davantage encore qu’érudition !

          • Vous vérifierez, je pense, mon impression assez mitigée touchant à cette publication. Il s’agit, ni plus ni moins, de la reproduction d’une grosse moitié de la thèse de Tettamanzi dirigée par Godard et soutenue en 1993 (Esthétique de l’outrance et stylistique des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline, Tusson, Du Lérot, 1999, 2 vol.), seule l’introduction de 37 p. étant peu ou prou nouvelle. Il aurait été plus honnête de mentionner en quatrième de couverture qu’il s’agit de la remise en circulation de matériaux déjà publiés mais épuisés. Des diverses annexes, la plus utile est probablement le « synopsis des pamphlets » (pp. 861-873 = Esthétique…, II Annexes, pp. 447-459) , lequel permet de s’y retrouver dans la triade de vomissures sans avoir à la feuilleter. L’annotation (pp. 627-857 = Esthétique…, II Annexes, pp. 183-390) rendra service pour ses éclairages historiques ainsi que son élucidation des noms propres et des allusions, mais ne dialogue pas suffisamment avec les textes au fil de leurs innombrables approximations et entorses factuelles délibérées, pointées (quand elles le sont) plutôt que rectifiées à la hauteur du vitriol célinien. Quant à l’illustration stylistique, notamment le traçage des locutions antisémitiques et le démontage sommaire des arcanes du discours raciste de Céline, elle demeure hélas embryonnaire ; j’aurais volontiers troqué l’annexe iconographique (pp. 874-914 = Esthétique…, II Annexes, pp. 391-439) contre un commentaire philologique plus fouillé. Les références bibliographiques postérieures au milieu des années 90 brillent par leur absence ; ce qui était défendable en 1999 l’est moins en 2012, date de l’édition Huit. Par ailleurs, il me semble que Tettamanzi, qui n’en peut mais, n’est pas totalement parvenu à tenir à distance sa sympathie pour son auteur ; à cet égard, la collecte en Annexe de ces chétives choses que constituent les brefs morceaux de polémique littéraire (pp. 611-624), ainsi que la mise en vedette, avant les trois pamphlets, de Mea Culpa, pp. 1-16, non seulement ne justifient guère l’intitulé de l’édition Écrits polémiques, mais donnent le sentiment fallacieux que la judéophobie primaire de Céline participe de, voire se subsume sous, son tempérament de bretteur des lettres. Nihil vitiosus. Au final, une édition intéressante et fouillée, mais pratiquement dépourvue de tout aggiornamento par rapport à la version publiée de la thèse de l’éditeur et colorée par l’admiration de ce dernier envers son auteur ; le Leconte de Lisle donné par Pich chez Champion, outre sa fraîcheur, se situe à un niveau technique très supérieur.

          • Par ailleurs, il me semble que Tettamanzi, qui n’en peut mais, n’est pas totalement parvenu à tenir à distance sa sympathie pour son auteur ; à cet égard, la collecte en Annexe de ces chétives choses que constituent les brefs morceaux de polémique littéraire (pp. 611-624), ainsi que la mise en vedette, avant les trois pamphlets, de Mea Culpa, pp. 1-16, non seulement ne justifient guère l’intitulé de l’édition Écrits polémiques, mais donnent le sentiment fallacieux que la judéophobie primaire de Céline participe de, voire se subsume sous, son tempérament de bretteur des lettres. (NeoBirt7)

            Voudrait-on faire croire (tout en feignant de n’y point toucher), en les enrobant d’autres écrits « polémiques », que la monstruosité que représentent les « Pamphlets » appartiendraient, quoique hautement contestables, à la catégorie des « écrits polémiques » qui, après tout, a sa noblesse, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

            Pour ma part, je m’obstinerai à ne pas considérer les pamphlets comme des écrits polémiques parmi d’autres, et à faire de Céline – « génial » ou non – un auteur qu’on peut traiter comme n’importe quel auteur. Quelques efforts qu’il ait fait pour tenter d’effacer la monstruosité des pamphlets, et celle de sa conduite durant les années d’occupation et la débâcle nazie, efforts repris par ses thuriféraires posthumes, ils ne furent pas un accident ni un péché de jeunesse, et ce qui constitue leur fonds – racisme et antisémitisme – se retrouve, parfois en sourdine parfois avec des accents de clairon, dans toute son oeuvre d’après-guerre.

            Céline ne fut jamais un égaré revenu dans le droit chemin, ni un repenti.

            Un volume Pléiade des pamphlets est une nécessité absolue, afin de disposer dans la collection qui se veut définitive de l’ensemble du corpus célinien et d’en juger à partir d’un dossier complet.

            (J’avais averti que mon « dernier mot » n’était que l’annonce d’autres « derniers mots » ! Celui qui croit aux promesses d’ivrogne n’est que sa propre dupe…)

          • Horreur ! Une négation manque et le sens de la phrase est renversé :
            « (Céline) un auteur qu’on NE peut traiter comme n’importe quel auteur. »

  63. Je m’étais juré de ne plus intervenir ici, mais c’est l’été et les frontières de pays chers à mon coeur sont fermées.

    Neo-Birt7 suggérait hier de publier les pamphlets de Céline en Pléiade !

    Or, l’une des fonctions de la Pléiade (rôle certes minime) est de légitimer un auteur (on l’a vu, par ex., naguère avec Restif de la Bretonne (appelé le « Rousseau des ruisseaux » au XIXe siècle, vilipendé par Hugo, etc.) ; et, plus récemment, avec Jules Verne, auteur « pour adolescents » du temps de Hetzel, puis promu par des thèses, et enfin légitimé en Pléiade, avec en plus le choix d’un préfacier (biographe de Mallarmé et de Rimbaud, spécialiste de Lautréamont et de Pétrus Borel) qui n’avait jamais montré, à aucun moment, même dans les discussions quotidiennes, un quelconque intérêt pour l’auteur de « Michel Strogoff », mais qui permettait à Gallimard de conférer un certain « parfum » à Jules Verne, une « aura », et ainsi de le « légitimer ».

    Publier « Bagatelle pour un massacre » et les autres pamphlets en Pléiade serait une abomination. Cela reviendrait à consacrer, sacraliser, et « légitimer » les dégueulis, les vomissements et les excréments de Céline.

    La situation de « Mein Kampf », cité aussi par Neo-Birt 7, est totalement différente. Le grand tort des Français, après 1933, est au contraire, précisément, de n’avoir pas lu l’intégralité du livre de Hitler, livre-programme dont les « planifications » étaient évidentes, claires, trop claires. Or, la traduction intégrale, en 1934, fut interdite, en France , à la demande de Hitler lui-même ! Hitler, qui cherchait à cacher ses ambitions militaires et territoriales, autorisa, en 1938, une traduction en français, mais totalement expurgée : entre autres, tous les passages anti-français étaient effacés. L’édition de 1938 comporte 347 p. alors que la traduction de 1934 interdite en France avait 697 p., et le titre n’était plus « Mon Combat », mais « Ma doctrine ». (Voir le livre de D. Alexandre, P. Coen et J.-.M. Dreyfus, « Pour en finir avec Mein Kampf et combattre la haine sur internet »

    • Peut-on, doit-on, cacher sous le tapis « les dégueulis, les vomissements et les excréments de Céline » ?

      Un lecteur d’aujourd’hui – qui n’est pas forcément féru d’Histoire des années 30 et 40 et au fait des idées qui avaient alors pignon sur rue – peut-il comprendre l’oeuvre de Céline d’après-guerre, qui est une interminable auto-justification pour faire oublier (ou du moins rendre anodins) ses pamphlets et sa conduite durant les années d’Occupation et sa fuite dans les fourgons de l’armée nazie en déroute, sans connaître les Pamphlets ?

      La légitimation ne réside-t-elle pas dans cette censure des écrits les plus insupportables de Céline, amputé de ses membres les plus pourris, et ainsi rendu « présentable » ?

      Un volume Pléiade des pamphlets est une nécessité absolue, afin de disposer dans la collection qui se veut définitive de l’ensemble du corpus célinien et d’en juger à partir d’un dossier complet.
      …………………..
      PS : j’émets les plus expresses réserves sur le traitement que vous infligez à l’édition de Jules Verne et, semble-t-il, à Jules Verne lui-même, mais c’est un autre sujet, qui a déjà été traité ici, et qui m’amènerait à trop de lassantes redites.

    • Sachons raison garder. La dimension de canon littéraire national assumée par la Pléiade au fil de sa réinvention comme collection patrimoniale et savante de référence ne joue à plein que dans quelques rares cas, principalement d’ailleurs lorsque la bataille pour la réhabilitation de ses auteurs controversés pouvait être tenue pour peu ou prou déjà gagnée, et par d’autres que Gallimard (songeons à Sade, pour lequel cet éditeur a cyniquement tiré les marrons du feu allumé puis entretenu par Pauvert ; à la différence du marquis aux cantharidines, Rétif n’a plus rien de sulfureux aujourd’hui, pas même son Paysan perverti, que l’on s’est bien gardé pourtant de Pléiadiser de concert avec ses autres écrits libertins, leur préférant, sous une forme d’ailleurs tronquée, l’interminable Monsieur Nicolas). Je ne sache pas non plus que l’entrée sur papier bible d’un théoricien historiquement à ce point coupable d’avoir semé les germes desquels devaient sortir l’hydre fasciste au XXe siècle que l’est Gobineau, pour son Essai sur l’inégalité des races humaines, prétendait valider si peu que ce fût l’idéologie mortifère de ce touche-à-tout, attendu que Gallimard intégra le monstrueux traité dans une vaste sélection des oeuvres gobiniennes à la fois dogmatiques et littéraires. Comme Domonkos, je demeure persuadé de l’urgence d’une Pléiade du versant sombre de Céline, honnêtement intitulée (par exemple, Écrits antisémites et polémique littéraire) et munie d’une annotation combative ne laissant rien passer du jeu d’équivoques avec l’Histoire auquel se livra le fanatique médecin, afin qu’un lecteur contemporain, forcément peu versé en ces matières ni armé d’une bonne culture générale, ne s’abandonne point aux séductions de cette rhétorique forcenée dont l’inventivité verbale et les flots d’injures recoupent le vitriol de maints Twittos. J’irai même plus loin : une réédition sur Bible conduite selon les mêmes critères exégétiques, de l’essentiel de Drumont (La France juive, prolongée par un montage d’extraits des traités ultérieurs, en particulier La fin d’un monde, toujours dangereux pour sa puissante lecture de l’histoire de la société française post-révolutionnaire), en arrachant ce redoutable rhéteur aux officines de la droite extrême qui le republient sans la moindre mise en perspective, clouerait cette pensée au pilori pour la postérité tout en coupant, si peu que ce soit, l’herbe sous le pied aux actuels polémistes nationalistes qui font du Drumont sans le dire. Par les longues ombres qu’ils projettent, par leur nature de trous noirs que l’on dissimule au tout public, Céline, Drumont valent bien, en termes d’intérêt pour notre temps, la pâle, falote, et éteinte littérature des camps de concentration. Il est vrai que s’attaquer à ces monstres maniant la plume comme une rapière requiert une pâte intellectuelle peu courante, ainsi que du courage éditorial dont Gallimard ne nous donne plus d’exemple depuis belle lurette.

      • Encore une fois d’accord avec vous, NeoBirt7.
        Y compris pour Drumont.
        D’ailleurs, n’y a-t-il pas quelque inconséquence à publier La Grande Peur des Bien-Pensants de Bernanos, qui est un panégyrique de Drumont, et de laisser les lecteurs actuels dans la plus parfaite ignorance (en Pléiade bien entendu) des écrits de Drumont himself ?

        Petite remarque satanique (ou complotante ?) : la publication des Écrits des Camps annoncée pour la rentrée, serait-elle, pourrait-elle être un contre-feu d’une future hypothétique édition des Pamphlets ?

        • « Écrits des camps », projet dont (avouons-le) nous ne savons rien, ne risque-t-il pas de prêter à confusion ou en tout cas de poser un problème de genre ? Dans le domaine qui est le nôtre, on avait mis cette étiquette sur le premier ouvrage de Primo Levi – « Si c’est [là] un homme » -, un échec commercial d’ailleurs, avant de le rééditer, plusieurs fois bien sûr, comme classique du XX° siècle.
          Cordialement,
          uapi

          • Réunir des textes sous la dénomination « Écrits des Camps » n’est-ce pas les réduire à leur plus petit commun dénominateur ?

            N’est-ce pas nier leur valeur intrinsèque que de les rapporter aux lieux et aux circonstances (au demeurant fort différents, selon les « camps ») de leur composition ou de leur origine et d’en faire l’unique prétexte de leur réunion ?

            Cela me fait penser à tous ces « Bouquins » thématiques, genre « Voyage en Orient » etc, qui nous fourguent, sous la même couverture, des oeuvres de valeur et d’intérêt fort inégaux et de genres aussi différents qu’il est possible.

            Ce commentaire n’étant que l’expression d’une crainte ou d’une méfiance n’ayant à ce jour que peu de fondement, dans l’ignorance où je suis du contenu exact et de la forme du Pléiade à venir, crainte et méfiance que je serais heureux de voir bientôt démentis, à parution.

          • Oui, Domonkos Szenes :
            c’est exactement cela.
            Mais nous avons peut-être exagéré dans la « brevitas orationis »…

  64. La semaine dernière, recevant chez nous un jeune couple, ami de notre fils, et discutant de choses et d’autres, je me suis aperçu, avec stupéfaction, que la jeune femme (35 ans, instruite, diplômée, socialement intégrée, que je classerais dans la catégorie Cadre sup) ne savait pas qui était Soljenitsyne !!!
    Je savais qu’elle ne s’intéressait guère à la littérature et j’ai tenté de lui expliquer le rôle historique de Soljenitsyne, qu’on ne peut ignorer même si on n’a lu aucun de ses livres, mais elle n’avait pas plus d’appétence pour l’Histoire – à ses yeux frappée d’obsolescence – que pour les Lettres et n’a peut-être même pas compris qu’il s’agissait d’une histoire récente qui conditionne directement notre présent.
    Cas extrême ? Je n’en sais rien. Je n’ose pas le vérifier, de peur d’aller vers la plus cruelle des déceptions.

    Aujourd’hui, je suis persuadé que des générations entières ne savent pas grand chose sur ce qui s’est passé dans les années 30 et 40, ce qui se pensait, ce qui se disait, ce qui se publiait… Pour d’éventuels lecteurs appartenant à ces générations qui tomberaient sur des ouvrages de Céline, il est absolument nécessaire de publier (dans une édition critique) les Pamphlets.

    Plus le temps passe, plus cette époque entre dans les brumes de l’Histoire, plus le procès en canonisation de Céline, qui a commencé dès le lendemain de sa mort, avance. Et doit être stoppé.

    • Gallimard serait mal venu de nous faire des mines dégoûtées de précieuse, à l’idée de publier les pamphlets en Pléiade, alors qu’il ne s’est pas gêné pour faire imprimer un volume des Lettres de l’immortel auteur de Bagatelles pour un Massacre, L’Ecole des Cadavres, Les Beaux Draps (ignominie aggravée car publiée sous l’Occupation), qui contiennent pas mal de saloperies dignes de figurer dans les susdits pamphlets. (Là aussi, matériel de contrebande, habillé d’une réputée honorable Correspondance Générale.)

  65. J’ai encore un peu de temps avant un prochain départ. Voici donc quelques mots.

    Vous me reprochez, entre autres, de n’avoir pas lu ce qui fut publié sur ce site, concernant l’édition de Jules Verne en Pléiade. Je l’ai dit avant-hier : habituellement, je ne lis rien de ce qui s’écrit ici. Sauf des informations précieuses que je sélectionne (je songe par ex. à celles du dénommé «Lukacs») sur les publications futures de la Pléiade. Ceci dit, je suis plutôt heureux de l’édition « chapeautée » par Jean-Luc Steinmetz.

    Vous souhaitez avec ferveur la publication des pamphlets de Céline en Pléiade (au côté d’Albert Cohen ?). On peut toujours « rêver » — ou cauchemarder. C’est, d’abord sur le plan éditorial, IMPOSSIBLE. Jamais Antoine Gallimard (et son successeur), n’accepteront une telle souillure.

    En revanche, oui, en effet, serait pertinente une édition « ordinaire », avec un énorme appareil (notes, notices, etc.) rédigé par des « littéraires » (j’ai plusieurs fois parlé avec Régis Tettamanzi de son édition au Canada et je la trouve plutôt appropriée, mais elle est caduque, il faut la compléter désormais), et aussi, oui, des historiens des années 30-40, ainsi que des historiens de la littérature (Juste un exemple : ne serait-ce que pour éclairer le « nœud » de ce qui s’est passé dans la tête de Céline, d’abord à Roscoff (avec son supérieur A. Lwoff, futur prix Nobel de médecine en 1965), puis à la SDN (où Céline travaillait avec comme supérieur le Dr. L. Rajchman), et ensuite à Clichy, où le Dr. G. Ichok lui avait été préféré comme médecin chef ! Sur ce plan seul, Céline est un cas d’école : Mme le rabbin Horvilleur a lumineusement analysé, récemment, dans un livre, la nature de l’antisémitisme — à l’opposé des âneries de Sartre publiées en 1946. Elle montre notamment que l’antisémitisme est l’exact contraire du racisme (auquel on l’assimile souvent) : voir l’Autre non pas comme un inférieur, mais comme plus riche, plus puissant, et surtout plus influent, etc. D’où la rancœur, le ressentiment, l’aversion. Cf. Céline et son unique pièce de théâtre, « L’Eglise », que Godard n’avait pas publiée en Pléiade…

    Je disais : une édition « ordinaire » — un peu comme celle du « Journal de guerre » de Paul Morand, publié l’an dernier (au prix quand même de 27 euros). Après tout, certaines pages de ce journal sont «presque» aussi répugnantes que celles de Céline. «Presque» ou «davantage»? Devant un étalage de vomissures, il est difficile de faire le tri.

    • Je parlais à l’instant du « nœud » à propos de Céline. Lors de la publication du « Voyage », Paul Nizan, avec sa clairvoyance habituelle (et l’éclat du style, même dans un article de presse), avait très bien perçu, plus que les autres « intervenants » de l’époque (Bernanos, Gorki, Trotski, Mauriac, Lévi-Strauss, etc.),dans ce qu’il appelait une « œuvre considérable, d’une force et d’une ampleur à laquelle ne nous habituent pas les nains si bien frisés de la littérature bourgeoise », une sorte de point de basculement : « Cette révolte pure peut le mener n’importe où : parmi nous, contre nous, ou nulle part ». Ecrit le 9 décembre 1932 …

      Paul Nizan, qui, du reste, ne sera sans doute jamais (parmi d’autres), publié en Pléiade. Antoine Gallimard préfère publier les écrivains de l’« autre bord », plus « vendeurs » (Drieu La Rochelle, les journaux de guerre de Jünger – et pas les romans de Jünger ! –, etc., etc.).

    • Je n’ai pas du tout été convaincu par l’essai de Delphine Horvilleur Réflexions sur la question antisémite auquel vous faites allusion. La perspective rabbinique revendiquée par cette dame, outre qu’elle apparaît presque enfantine pour qui connaît tant soit peu les traditions juives et leur impressionnante bibliographie scientifique (être rabbin ne fait pas de vous un émule, fût-il le plus humble, de Jacob Neusner), n’enrichit guère son propos, lequel aurait gagné à s’appuyer sur des sondages étendus dans le corpus antisémitique français (pas une seule citation ou référence à Drumont etc !) plutôt que sur des citations d’autres essayistes ou philosophes, en particulier J.-L. Nancy, exploité dans le passage auquel vous faites allusion. Une lecture même cursive de La France juive, dont le raisonnement historique et sociologique sur le temps long sera exposé dans La fin d’un monde, déontre au contraire qu’antisémitisme et racisme allaient de pair pour les nationalistes de la génération de Drumont ; loin de la simple jalousie entre les trop-ayants, ce dernier insiste pendant des centaines de pages sur la destruction sourde de la France royaliste et catholique par ces ennemis de l’intérieur (e.g. p. 198 de l’édition in-quarto : « vous comprendrez bien le grand silence qu’Israël avait fait tout à coup autour de lui pour se consacrer à un travail souterrain contre la société »).

      • A chacun ses lectures. J’ai apprécié l’essai de Mme Horvilleur (pardon d’avoir écrit qu’elle était rabbin).
        Mais qui lit « La France juive » de Drumont, que vous souhaitez voir publié en Pléiade ?
        En Pléiade !
        Si vous le proposiez à Antoine Gallimard, cela aurait au moins le mérite de le faire rire (quelques secondes).

        • Ironie valant (beaucoup) moins que raisons, vous me permettrez d’ignorer votre message.

          Sur le plan de la méthode, prétendre à parler de l’antisémitisme français sans avoir pris la peine de remonter à ses pères fondateurs et en substituant à des lectures de Drumont, Barrès, Bloy, Léon Daudet et Maurras un discours second emprunté à des essayistes contemporains, revient à abandonner toutes prétentions intellectuelles pour s’exprimer en journaliste. Ainsi fit Mona Chollet dans son pitoyable Sorcières, qui ne s’appuie sur aucune source primaire ni connaissance des avatars de ce phénomène historique mais n’en développe pas moins un lourd argumentaire misandre.

          • Ironie de ma part ?
            Hier, 12 août, à 13 h 39, vous souhaitiez de tout cœur la publication de « La France juive » de Drumont en Pléiade ! De quoi alimenter les pancartes de prochains défilés ? Et, quelques lignes plus loin, vous vous affligez de la publication prochaine, dans la même collection, de (je vous cite hélas !) « la pâle, falote, et éteinte littérature des camps de concentration ». Même si l’on peut s’interroger sur la nécessité de réunir en Pléiade (à paraître le 7 octobre prochain) des livres depuis longtemps, et encore, diffusés en poche ou semi-poche (et lus, à voir les permanentes rééditions), certains ne sont pas que des témoignages, ce sont des œuvres littéraires de premier ordre. Seul exemple : « L’Espèce humaine » de Robert Antelme (à compléter par la lecture de « La Douleur », de son épouse Marguerite Duras, t. IV de la Pléiade).
            Vos lignes sont glaçantes.

        • Tout à votre zèle missionnaire vous confondez Histoire des idées et catéchisme, et n’hésitez pas à prêter à vos contradicteur (ou votre contradicteur préféré) des penchants « glaçants » qui ne reposent sur rien, et même qui sont démentis par moult interventions précédentes de NeoBirt7. Vous me faites penser à tous ces nouveaux inquisiteurs « woke » qui se répandent dans les médias, désignant ceux qui doivent être cloués au pilori.

          Je n’aime guère la censure, encore moins les jugements fondés sur l’ignorance ou les on-dits et vouloir faire disparaître les « pièces du dossier » ne me paraît pas le meilleur service à rendre aux nouvelles générations. L’effet serait même contraire, en nourrissant chez de jeunes ignorants un nouvel antisémitisme qui se croirait « anti-système » et qui serait fondé sur l’amnésie.

          Je crois qu’à la question : « y a-t-il un antisémite dans la salle (ou sur le site de Brumes) ? » la réponse est si évidente, que la question paraîtrait inepte, sauf à être malintentionnée.

          • Je serais donc, d’après vous, un « Inquisiteur « woke » » ? Bravo ! Puisque vous reprenez le mot favori des media actuels, je vous indique qu’en américain, cela peut vous servir, c’est une impropriété — une faute grammaticale — apparue d’abord dans une pièce de théâtre qui fait parler des Jamaïcains en « broken English », et qui met en scène Marcus Garvey, « prophète » rastafari né au nord de cette île des Caraïbes.

            Rassurez-vous : je vais vite totalement abandonner ce site à ses deux contributeurs principaux (Neo-Birt et Szenes), qui l’inondent en permanence de leurs propos, que j’évite toujours généralement.

            Et je n’ai aucune envie de continuer la controverse : le patronyme Szenes (même s’il n’y a aucun rapport avec vous) me laissait de trop bons souvenirs, que je n’ai nul désir d’entacher. J’ai une fois rencontré, et admiré (je l’admire encore), un grand peintre d’origine hongroise, peu connu en France désormais : Arpad Szenes.

            C’est fini pour moi désormais sur ce site (le message ci-dessous, concernant Antelme et Primo Levi, a été envoyé bien avant, ce matin).

          • Nul ne vous chasse, Monsieur, mais simplement, étant celui qui de nous trois assénez les plus rudes bourrades sous couvert d’un fin vernis justificatif mêlant érudition approximative, name dropping et privileged information, il faut vous souffrir en retour de recevoir, avec urbanité pour ce qui me concerne, plus vivement du côté de l’ami Domonkos, la contradiction, voire la réfutation. Vous assumez beaucoup trop en ce qui me concerne, ce qui est parfaitement dans votre droit ; vous ne l’êtes plus guère lorsque vous extirpez in malam partem tel mien propos hors de son contexte, par essence organique, pour me mieux discréditer (je déclarai ainsi volcanologiquement ‘éteinte’ la littérature des camps, ce que nul ne saurait contester) ; et vous reproduisez la méthodologie des croisés du redressage de torts, les wokes, en m’appliquant une forme sournoise de reductio ad Hitlerum, faite d’imputations de complicité intellectuelle avec Drumont ou Céline et de sarcasmes fort lourds invoquant Monsieur Gallimard ou telle ou telle gloire (dont vous faites comme si vous les connaissez). Libre à vous de vous inscrire en faux avec Domonkos et moi concernant la nécessité, pour la postérité si oublieuse de tout ce qui n’est pas contemporain, de faire entrer en Pléiade, sous une forme qui en neutralise la toujours vénéneuse inspiration, les vomissures antisémites de Céline, voire de Drumont ; cela ne fait pas de nous trois d’irréductibles ennemis pour autant, ne vous en déplaise.

          • Tant d’outrances, d’attaques personnelles, de mépris de vos interlocuteurs, et de pédanterie, seraient de nature à vous disqualifier, effectivement… Heureux de constater que vous vous en êtes aperçu.
            J’ai une prière à vous adresser : de grâce, lisez-moi ou ne me lisez pas, à votre guise, mais, si vous décidez de me lire, éviter de déformer mes propos, de me prêter des intentions cachées et malséantes.
            Mais, nonobstant, nul ne vous chasse, que vous-même. Inutile de pousser des cris d’orfraie, et de vous parer du statut de dissident, fort impertinent en l’occurrence ou de jouer la bête blessée partant lécher ses blessures.
            Bah, il n’y a pas mort d’homme, j’espère – pour vous – que vous vous en apercevrez.

  66. J’ajoute que n’ai jamais pu aller au-delà de la 2ème page de « La France juive » de Drumont (livre juste « effleuré » en bibliothèque), et il y a 1200 pages ! Avec en plus un index « utile » (?) de 3000 noms .. .
    Il vaut mieux relire « L’Argent » de Zola, à peu près de la même époque (t. V des « Rougon-Macquart » en Pléiade), avec la vision terrible de la montée de l’antisémitisme chez son personnage Saccard.

    • Antelme : parfait exemple du risque de confusion sur le genre (littéraire). Tout comme, disions-nous, Primo Levi dans le domaine italien…
      Mais les temps à venir reconnaîtront les leurs…
      Cordialement,
      uapi

      • Le genre en littérature et l’évolution ou le « remodelage » du champ littéraire ? Je vous renverrais bien à un ou deux livres, mais …

        Vous avez tout à fait raison pour Antelme : les temps à venir…. Et plus encore pour Primo Levi : ce fut très rapide pour lui, au moins en Italie et aux USA, si l’on prend en compte, dans son œuvre, non seulement le premier « Se questo è un uomo » (« Si c’est un homme »), mais les suivants, notamment le très beau « La tregua » (« La Trève ») et son roman de 1984, « Se non ora, quando ? ».

        La Tregua a été très vite intégrée dans certains programmes scolaires en Italie, et « Se questo è un uomo » inscrit dans plusieurs cours dans des universités.

        Mais je crois que malheureusement Primo Levi ne figure pas dans cette prochaine édition de la Pléiade.

  67. Un dernier mot, Alain-Michel B. avant de se quitter brouillés à mort (mais combien de temps durent ces fâcheries sans réel objet ?). Un mot au sujet de Milton Hindus que vous évoquez plus haut dans un de vos messages, ce qui m’a frappé à la relecture de notre échange.

    Milton Hindus admirait par-dessus tout – comme moi, comme nous tous je crois – le « Voyage au Bout de la Nuit » et il a voulu rencontrer son auteur, « réfugié » au Danemark où il se planquait pour échapper à la Justice de son pays qui avait légitimement des comptes à régler avec lui.

    Il faut bien préciser, pour ceux qui l’ignoreraient, que Milton Hindus est l’objet d’une des pires manipulations des célinolâtres, : « l’ami juif de Céline », le « bon juif » de cette saloperie de raciste antisémite jamais repenti, quoi. Sa caution, son témoin d’honorabilité…

    Hors Milton Hindus n’est rien de tout cela. Révulsé par les pamphlets mais ne pouvant oublier l’impression laissée par le Voyage, prenant son courage et sa naïveté en main, il est allé rencontrer – et longuement séjourner auprès de lui – le réprouvé au pays d’Hamlet. Rencontre éprouvante et décevante, Céline se montrant sous son vrai jour, odieux avec tous, amis comme ennemis. Hindus a produit un ouvrage de témoignage qui a fait date et inauguré les études sur Céline. Portrait non flatté et peu flatteur du grand homme de lettres (le terme gourou conviendrait mieux).

    Puis il s’est occupé d’autres sujets bien plus sérieux, durant le reste de sa vie intellectuelle et universitaire (tandis que Céline s’enfonçait dans ses amères et interminables ratiocinations). De Proust notamment (tiens, tiens, le fameux parallèle, devenu le pont aux ânes des célineux de tout poil ! décidément, ce pauvre Hindus n’a pas de chance).

    Son dernier mot sur le sujet fut que Le Voyage resterait incontournable, une oeuvre majeure du siècle. J’en suis encore d’accord (ce dont tout le monde se moque, mais je tiens à le préciser). Cela se transforme aisément, selon la doxa célinomaniaque en « Céline » définitivement « plus grand écrivain du siècle ». La bonne blague !

    Après tout ce déversement, je m’en vas dès demain aux aurores prier la Bonne Dame de bien vouloir tous nous pardonner nos péchés et nos offenses…
    Bien à vous.

    • J’avais juré de ne plus revenir sur ce site, mais vous parlez à nouveau de Milton Hindus, et cela me touche, même si je l’ai connu alors qu’il était déjà âgé. Vous citez « L’ami juif de Céline » ! !! Hélas, trois fois hélas, je viens de « tomber » sur ce texte, hélas, c’est précisément le titre d’un pseudo-article de l’inénarrable et inextinguible Sollers (et évitable : alors que, paraît-il, il adorerait être connu aux USA, il ne parvient pas même à se faire traduire outre-Atlantique).

      En France, je l’ai déjà dit, le malentendu vient du fait que Milton Hindus a été desservi par la mauvaise traduction de son livre sur Céline, depuis longtemps, semble-t-il, épuisé (alors qu’aux USA, il vient d’être réédité en livre de poche). Vous reprenez (ou peut-être Sollers, je n’ai pas tout lu) le cliché habituel au sujet des Américains : « Naïveté ».

      Aux USA, Milton Hindus n’est pas considéré comme « un témoin d’honorabilité » de Céline. Il est surtout connu pour avoir été, juste après la guerre, l’un des « Founding Fathers » de la plus grande université juive du pays (ouverte à tous) — où, du reste, a longtemps enseigné, mais vous allez encore m’accuser de «name dropping», le poète français Claude Vigée, mort l’an dernier à Paris, totalement oublié (par les grands médias nationaux, toujours empressés en revanche à annoncer le décès d’un batteur de rock d’un coin perdu du Midwest, que personne ne connait ici).

      Oui, Milton Hindus avait publié, sur Proust, deux petits livres, mais je n’en avais pas parlé car le plus connu était un vade me cum pour étudiants américains — et je l’ai déjà dit, il écrivait surtout dans l’«Encyclopaedia Judaica» — il aimait beaucoup aussi « Mort à crédit ».

      Mais dire tout cela m’a desservi aussi, car, tous les deux, avec Néo-Birt, vous m’avez du coup accusé, l’un de « pédanterie », l’autre de « fin vernis justificatif ». Alors que, moi-même, je n’avais jamais, auparavant, jamais, «étalé» ma «confiture» sur ce site de Brumes … (Vous connaissez trop bien le proverbe, « la culture, c’est comme la confiture… »). Je ne recommencerai plus.

      Je répète et en profite donc pour dire que hier, tous les deux, à deux, ensemble avec votre acolyte Neo-Birt, vous m’avez salement « habillé » de rancœur : « outrance » !, « mépris » !, je jouerais « la bête blessée partant lécher ses blessures», avec même, chic suprême, les mots à la mode. A nouveau, pour la deuxième fois, insulte suprême en France, «woke» — alors que j’avais déjà donné hier mon avis sur l’origine, bien connue (je n’ai rien inventé ni deviné), de ce mot exaspérant (à moins que vous n’ayez voulu écrire : « wok » ? pour faire cuire les nouilles chinoises ?), et aussi, donc : «name dropping» (pour se moquer de cette expression, on dit parfois : « Name ? Droopy ! »).

      Régis Tettamanzi ou Jean-Luc Steinmetz, profs. compétents et passionnés par certains auteurs, cités par moi à propos de Céline et de Verne, seraient vraiment amusés d’être considérés comme des « gloires » ! Des « gloires »…! (alors que, je crois, ils ne connaissent même pas ce site, ici, mais peu importe). Ou encore celui que vous appelez « Monsieur Gallimard » ! Est-ce ma faute si Antoine Gallimard est président d’un groupe éditorial, et que, même pour la Pléiade, lorsqu’il y a une décision importante à prendre, le choix lui revient ?

      Suis-je vraiment, selon votre expression, un « croisé du redressage de torts » ? Un « croisé » ! Décidément… Ne peut-on pas être terriblement choqué de lire, avant-hier, des propos (je cite) sur «la pâle, falote, et éteinte littérature des camps de concentration » ? Et, à nouveau, hier, obstinément, que serait « ‘éteinte’ la littérature des camps, ce que nul ne saurait contester » (Or, cette « littérature », depuis quinze ans environ, est de plus en plus le sujet de thèses d’université, moins en histoire qu’en lettres d’ailleurs). Dans le prochain volume de la Pléiade, l’analyse du mécanisme de mise place de la terreur et de l’horreur, ne serait-ce que dans l’ouvrage de David Rousset, permettra, peut-être (mais je me leurre sans aucun doute) d’éclairer certains camps plus récents, ou contemporains : par exemple, on peut aujourd’hui demander aux femmes Yézidies, qui s’expriment à ce sujet, car certaines ont eu la « chance » (!) de survivre, esclavagisées par Daech, à la différence des hommes, exterminés.

      J’ai été trop naïf, je ne recommencerai plus : comme c’était l’été, et que certaines frontières sont fermées, j’avais un peu de temps, j’ai cru que je pourrais mettre mon « grain de sel », ici, sur ces 6000 pages de Céline, mystérieusement « retrouvées » (je précise encore que je ne suis pas, selon vos mots, « célinolâtre » ou « célineux », et pas du tout « célinologue » — je n’ai jamais publié une seule ligne, jamais une seule, sur Céline, non par répulsion, mais parce que d’autres, plus compétents et enthousiastes à ce sujet, l’ont fait avant moi). J’ai simplement cru pouvoir dire que la publication de l’intégralité de « Casse-pipe » serait un immense événement. Erreur de ma part. Je suis tombé dans mon propre piège, je me suis laissé entraîner à répondre. Je ne recommencerai pas.

      C’est donc bien mon dernier message. Du reste, il y a maintenant bien d’autres choses à faire.
      AMB

      • Alain-Michel, vous perdez votre temps. Céline sera toujours traité de monstre alors que Sade, pourtant théoricien de l’abomination (pourtant sans grand talent en dehors de ses outrances) sera le Divin Marquis (passons sur l’absolution donnée à Aragon, Gide et consorts sans doute ne faudrait-il plus lire que Camus…) ! Ce qui me fait sourire c’est que ca aurait fait éructer ce vieux misanthrope de plus belle !
        Pour un célinolatre (puisque c’est le terme consacré à ceux qui ne le considèrent pas comme un monstre mais comme un des plus grands écrivain qui a révolutionné la littérature) comme moi, je dois confesser que la période entre Mort à Crédit et Féérie est de loin la moins bonne. Sans parler des pamphlets pratiquement illisibles en dehors du début de Bagatelle, je trouve que Casse Pipe et Guignol’s Band sont ses romans les plus faibles. Le voyage et Mort à Crédit avaient vidé la substance même de Céline, il lui faudra son petit circuit en Allemagne pour recharger ses émotions.
        Je déplore quand même les nombreuses années qu’il va falloir attendre pour ces inédits sous prétexte d’appareil critique indispensable à la lecture d’un tel monstre.

      • AMB, attendu que, loin de vouloir discuter in utramque partem des simples opinions que Domonkos et moi donnâmes sans prétendre imposer à quiconque la moindre doxa, mais en esquissant quelques pistes justificatives, vous en êtes réduit, par cherry picking, splitting hairs et nitpicking, à métaphysiquer de misérables rognures de mes interventions, lisant dans votre boule de cristal je ne sais quelles connotations derrière mon recours à ‘Monsieur’ (pour A. Gallimard) et à « gloires » puis méconstruisant sciemment mon recours à la métaphore vulcanologique (« éteinte », car n’inspirant que de la production critique médiocre sans avoir fécondé d’autres oeuvres de la même veine passé le moment de crise de la seconde guerre), plutôt que de vous défendre de l’accusation que je vous fais, et maintiens par la présence, de reductio ad Hitlerum, vous qui me trouvez ‘glaçant’, me rejetez du côté de Drumont et de l’antisémitisme français (dont vous parlez sans avoir lu ni le tiers ni le quart de ses sources !), me peignez enfin sous les couleurs d’un célinien — compte tenu de ce double standard caractérisé qui colore vos interventions, il n’y a rien que je souhaite moins que de continuer à rompre des lances avec vous. Vos future billets sur ce fil je cancellerai donc, trop heureux de me réfugier sur mon Aventin.

        • Bien. Je crois que tout a été dit et que toutes les vanités blessées ont eu l’occasion de s’exprimer et que nous pouvons ne nous occuper désormais que du fond.
          1/ la refonte de la Pléiade Céline, du reste plutôt ancienne, est presque officiellement annoncée. Elle paraît non seulement logique mais commercialement viable. C’est un projet nécessaire au vu de l’ampleur de la découverte.
          2/ cette refonte prendra néanmoins du temps, mais, heureusement, la justice a ordonné la remise des manuscrits aux héritiers, ce qui nous garantit que le délai d’action de la justice ne retardera pas la divulgation des documents.
          3/ les pamphlets auraient pu reparaître officiellement, mais le monde littéraire s’en est trop ému lors de cette annonce, repoussant sine die leur retour à la surface. Je n’en pense rien, ne les ayant pas lus, mais peut-être la Pléiade est elle un trop « bel » écrin pour ces textes, comme le suggérait l’un d’entre vous. Quoi qu’il en soit, il est probable que les ayant droits actuels y réfléchiront à deux fois, alors même qu’un projet autrement plus présentable, la parution d’amples inédits, à l’histoire elle-même romanesque, s’annonce à l’horizon.
          4/ en revanche, si je ne me trompe, Céline sera d’ici quelques années dans le domaine public (2031), ce qui pourrait inciter les ayant droits à accélérer un peu le travail éditorial sur cette nouvelle Pléiade, pour rentabiliser une dernière fois le corpus célinien.
          Ps : je goûte assez peu qu’on vienne commenter ici en se pinçant le nez et en regrettant de devoir condescendre à commenter ou à échanger avec quiconque ici. Ce n’est pas un bouge tout de même !
          Même si la vie m’a fait abandonner toute activité para-littéraire (et littéraire), il se trouve que ce fil est le meilleur endroit de tout l’Internet pour avoir des informations sur la Pléiade, tout simplement. Il n’y a donc pas à avoir de honte à y participer, à la mesure de ses moyens, et en laissant de côté sa propre susceptibilité (l’Internet la met souvent à grande épreuve).

          • Oui, Brumes, effectivement, j’ai tenté de le dire, ce que j’appréciais vraiment sur votre site étaient uniquement les informations précieuses qu’il apportait, parfois très tôt, concernant de futures publications de la Pléiade. J’avais moi-même indiqué, une fois, qu’il existait le tout début de la mise en place d’une préparation (sic) d’un volume consacré aux écrits autobiographiques de Louis Aragon (notamment «Je n’ai jamais appris à écrire», etc.). Mais, comme j’ai tenté de le dire également hier, il est évident que les rédacteurs de notes et notices, qui consument des années de leur existence pour préparer des volumes qui seront encore utiles 60 ans plus tard — je pense aux œuvres de Rousseau), ignorent l’existence de votre site, certains, même relativement jeunes, n’ayant que peu, ou jamais, recours à internet.

            Pour finir, puisque je serai désormais et à jamais «cancellé» (selon le charabia à la mode) car, selon deux de vos contributeurs, je suis trop «Woke» (en anglais réel ou normal, on dit plutôt : «Awake»), je tiens quand même à souligner que je n’ai jamais employé, à leur égard, le mot antisémitisme. D’ailleurs, dans le tout prochain volume de la Pléiade dont nous parlions, la plupart des auteurs ne sont pas juifs : Charlotte Delbo, Jean Cayrol, Robert Antelme, David Rousset furent déportés pour leurs actes de résistance. Et certains de ces ouvrages furent publiés, contrairement à ce qu’écrit ce contributeur, très tard, bien après ce qu’il appelle «la situation de crise de la seconde guerre» : il a fallu un demi-siècle pour que Jorge Semprún (qui n’est pas davantage juif) parvienne à écrire son livre, en s’arrachant enfin à ce qu’il appelle son «amnésie».

      • Cher B. je n’ajouterai rien ce que j’ai dit, ce serait inutile, car il n’est pire sourd…
        Je ne trouve rien non plus à regretter, à retrancher, à renier…
        Votre qualité de confident ayant recueilli l’ultime parole d’or d’un homme aujourd’hui disparu et dont je ne connais – et ne veux connaître- que les propos officiels ou publiés ne me conduit pas à considérer comme un Évangile vos commentaires.

        Vous représentez le cas classique de celui qui lance des attaques tous azimuts pour, ensuite, se retrancher dans une position victimaire.
        Je vous cite :
        « Pour finir, puisque je serai désormais et à jamais «cancellé» (selon le charabia à la mode) car, selon deux de vos contributeurs, je suis trop «Woke» (en anglais réel ou normal, on dit plutôt : «Awake»), je tiens quand même à souligner que je n’ai jamais employé, à leur égard, le mot antisémitisme. »

        Précisons :
        – personne ne vous « cancelle » (ou ne vous fait disparaître en bon français), puisque vous pouvez vous exprimer librement et ouvertement et que vos messages restent bien visibles sur le site.
        – J’ai utilisé le mot « woke » tel qu’il est d’usage courant aujourd’hui (plutôt rare sous ma plume mais omniprésent dans les médias), sans éprouver comme vous le besoin de faire une petite leçon du bon usage de la langue anglaise (qui m’est d’ailleurs étrangère et indifférente).
        J’ajoute que je n’ai utilisé ce terme que pour faire un rapprochement entre certains de vos propos et un certain nombre d’attitudes et de positions qu’il est convenu de mettre sous la dénomination « woke », sans pour autant vous assimiler à la secte qui en a fait sa novlangue.
        – je n’ai pas eu l’impression d’être traité par vous d’antisémite et n’ai rien déclaré de tel, mais votre terme de « glaçant » concernant les déclarations de NeoBirt7 n’était pas loin d’être injurieux, puisque tendant à assimiler – sans le dire trop clairement – qu’elles en évoquaient d’autres… effectivement « glaçantes ». Vous vous piquez d’appartenir à une certaine élite intellectuelle (non, non, ce n’est pas une injure !), vous ne pouvez donc ignorer la portée de vos propos.

        …………………..

        Comme vous, comme notre hôte Brumes, dont nous éprouvons plus que de raison l’infinie patience, je n’ai d’autre désir que de mettre fin à cet échange parfaitement stérile.

        Je ne connais pas d’autre remède que de m’éloigner pendant quelques jours, pour ne plus être tenté de répondre du tac au tac (c’est fou comme, au bout d’un laps de temps assez bref, tout cela apparaît dérisoire).

        Cet aspect dérisoire ne vaut que pour mes propos, et non pas sur la question de fond qui est de savoir si Céline – comme homme et comme écrivain – est « fréquentable » : ma réponse (qui ne semble partagée par personne ici, ce qui est parfaitement légitime) est toujours Non !

        • Domonkos, je viens de comprendre une chose : les échanges sur internet sont redoutables. C’est une planche savonnée. Je suis sûr que si nous avions eu une rencontre à Paris, au coin de la rue Saint-André-des Arts, ou à Boston, dans un café du port, notre discussion aurait été chaleureuse et vivante. Même sur Céline, que, tout comme vous, j’aurais détesté avoir en tête-à-tête.

          Ceci dit, ce n’est pas moi (ni vous) qui a écrit hier, à 16 h 43 : « Je (vous) cancellerai donc » (ce mot n’appartient pas à mon vocabulaire).

          Je vous souhaite une bonne fin d’été.
          AMB

          • « Canceller », au sens d’annuler un écrit en le biffant, appartient à la meilleure langue française (Littré, TLF), remonte, comme son doublet anglais cancel, apparu au même moment (milieu XVe siècle, voir le tome II de l’Oxford English Dictionary, en seconde édition : « To deface or obliterate (writing), properly by drawing lines across it lattice-wise; to cross out, strike out. Of legal documents, deeds, etc.: To annul, render void or invalid by so marking »), au latin cancellāre, et n’a rien d’une mienne concession à l’exécrable jargon actuel des zélotes de l’égalitarisme revanchard venu de l’autre côté de l’Atlantique. Vraiment, AMB, elle est risible, votre obsession à vouloir marquer le point, en assumant connaître mieux que moi mon usus linguistique. Je ne sache pas qu’elle vous grandisse ni accroisse si peu que ce soit l’aura de culture dont vous aimez visiblement à vous entourer.

          • Etant personnage nécessitant une exégèse grammaticale à défaut de laquelle vous vous lancez nez au vent sur incongrus chemins de traverse aussitôt que contributeurs à riche vocabulaire accouchent d’une formule à vous haïssable, je vous cancellerai dès cet instant, pour dire que vos interventions ne susciteront plus en moi nul réflexe d’anagnoste. Pérorez donc !

          • En ce cas, souhaitez-moi quelques degrés Celsius de moins et quelques gouttes de pluie de plus ! (Le piémont cévenol où le hasard m’a déposé voici quelques années, est pour moi, ces jours-ci, l’exacte image de l’enfer.)
            Mon jardin et moi-même vous en remercions par avance.

        • ouh là là, le piémont cévenol ! Je compatis, peut-être la région la plus chaude de France. J’ai passé un mois de Juillet à Colognac il y a déjà quelques années, et il avait fait plus de 35° pendant 3 semaines….

    • Sauf à ressortir du tiroir les traductions qui, selon le commentaire de Brumes « semblent avoir été rendues » sur la présente page, je crains que le projet soit enterré. Il semble en tout cas bel et bien reporté sine die, pour notre plus grand malheur. Je l’ai dit et le répète, c’est tout de même désespérant que Tanizaki soit le seul Japonais en la Pléiade, et pas même en œuvres complètes. C’est d’autant plus dommage que les traductions étaient signées des meilleures plumes (René Sieffert, Jacqueline Pigeot, Daniel Struve etc).

      Il y avait eu un projet Pléiade de Saikaku, malheureusement oblitéré lui aussi. Traduire quelques uns des plus grands auteurs japonais est une nécessité pour la Pléiade (Mishima, Sôseki, Kawabata, Ôe, Akutagawa etc). Une anthologie de la poésie japonaise – probablement non bilingue, comme pour celle de la Chine – m’agréerait également. Je n’ai pas parlé du Dit du Genji car nous avons déjà la traduction de René Sieffert.

  68. Domonkos, nous passons, ma femme et moi, la fin de l’été dans une maison de famille de l’autre côté du Rhône, dans le Bugey (au loin, on peut entrevoir vos Cévennes). Lorsque, chez Flaubert, Bouvard et Pécuchet cherchent en France un coin perdu, totalement inconnu, leur regard tombe bizarrement sur le Bugey. Ils n’iront jamais. D’autres sont venus : Claudel avait son château tout près ; Stendhal (Berthet, prototype de Julien Sorel, tire des coups de pistolet dans l’église) et la romancière américaine Gertrude Stein, qui y passait tous ses étés, y recevait, parmi d’autres, Picasso. Mais, STOP, arrêtons, car nous « polluons » à nouveau le site de Brumes, non dévolu non plus à ces échanges agrestes.

    • J’ai passé à Grenoble les 35 premières années de ma vie, ma mère était savoyarde, mon épouse est née à Aix-les-Bains, d’un père lyonnais et d’une mère née près de Dôle, son frère habite… le Buggy depuis quelques années et, quand j’était « petit » j’allais manifester contre le Surgénéréteur de Creys-Malville ! Pensez si je suis en terrain de connaissance !

      (J’ai aussi connu, à la même époque, les parents d’une amie, tous deux professeurs, le père était un spécialiste de Claudel et s’occupait de la grand messe annuelle claudélienne à Brangues (j’ai malheureusement un trou de mémoire et leur nom m’échappe, mais je me souviens de leur disparition tragique : un double suicide, et de l’épreuve que cela avait été pour mon amie)…

      • Domonkos, pour nous «purger» enfin de Céline, est-ce que suffiront deux lignes de Claudel, qui nous parle des montagnes du Bugey ? Voici, vue de sa fenêtre, «la puissante ondulation de collines prosodiques se relevant et s’abaissant comme une phrase, comme un vers de Virgile».

        Autre «médicament» contre Céline, Gertrude Stein ? C’est d’ailleurs dans le Bugey qu’elle se cache pour échapper aux copains de Céline, d’abord à Bilignin puis, à la fin de la zone libre, et grâce à la complicité d’une amie de Claudel, au château du « Colombier» (où des colloques sur l’œuvre de G. Stein et celle de sa compagne Alice Toklas furent récemment organisés par une université américaine). Anecdote peu connue, c’est lorsqu’elle résidait dans le Bugey, après la première guerre, qu’en discutant dans le garage où elle faisait réparer sa voiture, le chef d’atelier lui dit, à propos d’un mécanicien jugé incompétent, « tout ça, c’est une génération perdue ». Phrase que G. Stein reprit en s’adressant cette fois à Hemingway. Celui-ci en fit l’épigraphe du «Soleil se lève aussi» et il rapporte aussi le propos dans «Paris est une fête».

        Gertrude Stein figurera-t-elle un jour dans la Pléiade ? Bien qu’ayant vécu toute sa vie en France, elle n’y est pas assez connue.

        Mais j’arrête de jouer au pédant ! Définitivement.

        • Après l’avoir très longtemps et longuement fréquenté j’ai fini par bannir Céline de ma bibliothèque (elle et moi ne s’en portent pas plus mal et n’éprouvent aucun manque), je devrais me décider à le bannir également de ma plume et n’en plus parler, ce qui m’éviterait des montées d’adrénaline inopportunes à mon âge.
          Vous évoquez des auteurs chers à mon cœur (pour des raisons diverses et différentes) : Claudel, Hemingway (et tout ce qui s’ensuit) qui me replongent dans des souvenirs de lectures bien plus heureux.
          Portez-vous bien et continuez à nous faire profiter de ce genre de « pédanterie », de grâce.

  69. Domonkos, je comprends parfaitement que vous vous portiez bien sans Céline. C’est personnel et je respecte ça.

    Mais êtes vous absolument certain que votre bibliothèque ne ressent pas une certaine tristesse silencieuse d’être privé de cet auteur ? Je pose simplement la question.

    Offrez lui seulement le tome 1 édition Pléiade contenant le Voyage et Mort à crédit dans la superbe édition Godard. Et c’est tout. Oubliez la suite de son œuvre. Mais passer à côté du Voyage je trouve ça triste-surtout pour votre bibliothèque…

    • hin hin hin ! vous me connaissez mal, et ignorez l’étendue de mon jésuitisme…

      il se trouve que, au fond de ma pièce-bibliothèque, trônent deux armoires vitrées, comprenant moult rayonnages, et contenant environ… 2 000 Livres de Poche.

      Je dis bien : « Le Livre de Poche », le vrai, celui d’avant la multiplication des collections dites « e poche, celui qui, dans les années 50, 60 voire déclinantes années 70, dominait le marché, étant le débouché de la plupart des grands éditeurs (avant que Gallimard se retire pour créer Folio), et ne laissait de place qu’à Garnier-Flammarion pour les Classiques et Marabout pour la littérature Populaire.

      Ces livres qui étaient dépourvus de notes, de commentaires et d’introductions savantes, mais qui étaient souvent parés d’une préface brève, brillante et tonique d’auteurs contemporains de première grandeur. Quelquefois de petits morceaux de fort bonne littérature en soi.

      La collection dans laquelle entre 12 et 18 ans j’ai découvert et lu presque tous les grands auteurs (et pas mal de petits). Collection que j’ai reconstitué, par fétichisme, ces dernières années, de bouquinistes en brocantes…

      Maintenant, approchez, ouvrez les portes de l’armoire de gauche, repérez le rayon supportant les auteurs dont le nom commence par C… quelque part, entre Camus et Colette… un certain Céline y demeure… Le Voyage… Mort… et tout le toutim. Sous les belles couvertures bariolées à la mode du temps, dont la seule vue provoque chez moi un délicieux frisson de nostalgie…

      Mais, chuuuut ! il n’en faut point parler. Pour qui passerais-je ?

      • On dira ce qu’on voudra, mais tels quels, ces livres étaient de nature à mettre l’eau à la bouche d’un jeune lecteur naïf et curieux, loin de le dégoûter de la littérature sérieuse et ennuyeuse (scolaire, en somme).

        • 2000 livres de poche !!??!! DEUX MILLE !!!???!!! Une Bibliothèque épanouie et qui fait envie.

          Je vais écrire moins fort pour ne pas (r)éveiller l’envie et la susceptibilité de ma misérable et néanmoins affectueuse petite Bibliothèque.

      • Ca me rappelle une scène du film de Bertrand Blier, « Préparez vos mouchoirs », où le personnage joué par Patrick Dewaere possède tous les « Livres de poche » classés par ordre de parution. Il suffit de lui donner le numéro et, hop ! il vous sort le titre. Fortiche !

        • J’ai un peu honte !… (Un tout petit peu.)
          Ma seule excuse, c’est qu’à l’époque de ma sortie de l’enfance et adolescence, je les ai réellement lus, c’est l’âge où je pouvais dévorer deux petits livres ou bien un gros chaque jour, où j’avais pillé toutes les bibliothèques à portée de flèche : l’école, l’usine où travaillait mon père, le Centre Social, la Maison pour Tous, etc. Bibliophagite aiguë.
          Je leur dois la vie.
          Sans cela, je serais mort d’ennui et de frustration, dans ma cité ouvrière dans la banlieue d’une petite ville de province… Foutu à l’eau, tiré une balle dans le buffet, pendu à la grande vergue, que sais-je ?…
          Alors, mes deux armoires à trésor, NON TANGERE !

  70. Certains se sont demandés quel était le contenu des pléiades Labé et « des camps », le détail est dans le catalogue pléiade 2021 qui a pour couverture le portrait de la dite Labé, mais pour ceux qui ne le possède pas, le voici :

    L’espèce humaine et autres écrits des camps : (édition Dominique Moncond’huy)
    David Rousset : L’univers concentrationnaire ; François le Lionnais : La peinture à Dora ; Robert Antelme : L’espèce humaine ; Jean Cayrol : De la mort à la vie – Nuit et brouillard ; Élie Wiesel : La nuit ; Piotr Rawicz : Le sang du ciel ; Charlotte Delbo : Auschwitz et après (aucun de nous ne reviendra) – Une connaissance inutile – Mesure de nos jours ; Jorge Semprun : L’écriture et la vie

    Labé : (édition de Mireille Huchon)
    Euvres de Louïze Labé Lionnoize : Débat de folie et d’amour – Élégies – Sonnets – Aus poètes de Louïze Labé – Escriz de divers poètes à la louenge de Louïze Labé Lionnoize ;
    Florilège : Textes de Sappho – Catulle – Ovide – Pétrarque – Sannazaro – Marot – Mellin de Saint-Gelais – Scève – Ronsard – Baïf – Tyard – Des Autels – Peletier – Magny… ; Portrait ; Documents et commentaires : La belle Cordière – Testament Charlin – Loyse L’abbé – Louise Labé – Clémence de Bourges

    Ce qui est amusant avec ce nouveau pléiade Labé, c’est que traditionnellement une pléiade c’est de donner le maximum de contenu dans un contenant minimum, là à l’inverse, c’est partir d’un épiphénomène littéraire et en produire une étude exhaustive qui nécessite une pléiade entière.
    Pour celle « des camps », on est plutôt dans une nouvelle politique de la maison gallimard, c’est de faire, comme pour le Frankenstein et le Dracula, des anthologies sur un sujet donné, c’est peut être intéressant si le thème plaît mais çà enlève une place pour découvrir un nouvel auteur, cela donne l’impression qu’ils s’inspirent de Bouquins.

    Quant aux écrits céliniens on ne peut faire un mauvais procès à Gallimard qui a voulu republier les pamphlets avec critiques, en pléiade ou autre, en arrachant à feu Mme Céline l’accord, elle avait certainement besoin de sousous dans sa grande vieillesse, mais devant les indignations des bien pensants ils ont fini par y renoncer.
    On pourrait trouver formidable qu’il y ait des personnes qui soient si sensibles à l’antisémitisme et qui luttent contre mais il suffit de faire une petite balade sur internet et de taper pamphlet céline et on les trouvent sans problème et bien sûr sans aucun avertissement. Et si vous ne voulez pas vous fatiguer les yeux sur une tablette et que vous préférer l’avoir sur papier, il n’y a pas besoin d’aller l’acheter dans une cave douteuse sous le regard mauvais de brutes au crâne rasé ou d’aller dans les bas-fonds du darknet, non il suffit de surfer sur … Amazon où on peut tranquillement se les procurer pour une trentaine d’euros publiés par Omnia Veritas.
    On se demande vraiment si les agités du bocal qui s’indignent à tout-va ne sont pas en fait les idiots utiles de l’antisémitisme.

    • Le « Louise Labbé’ restera dans l’histoire de la Pléiade (voire de l’édition) : une escroquerie éditoriale sur une escroquerie littéraire.

      A partir de ce précédent, on peut tout imaginer, tout se permettre, les bornes de la bienséance ont été abolies.

      Tant pis, je vais encore passer pour un bilieux. Et pourtant, j’essaie désespérément de rester sobre.

      • Quant aux « Ecrits des Camps » : un indigeste pudding. Qu’est-ce que cet ouvrage a à faire dans la Pléiade ? Cela ferait un bon « Quarto » ou un mauvais « Bouquins », au choix, mais en aucun cas un Pléiade.

        Quand je pense qu’on nous accuse d’être des prophètes de malheur, alors que nous sommes bien en-deçà de la dégringolade !

        Bon allez, tant pis. Bientôt un Dylan, agrémenté de poèmes de Jim Morrison et autres rockers. Faut bien que la vieille Dame s’encanaille… Et puis quoi ? avec l’argent économisé en n’achetant pas ces deux ouvrages, je pourrai m’en payer d’occasion quatre ou cinq, de purs chefs-d’oeuvre, qui me manquent cruellement. Merci Monsieur Gallimard è!

  71. Je pense qu’une ouverture plus ample dans le monde de la littérature populaire française serait fondamentale pour La Pléiade. Qu’elle ose, enfin, publier les classiques oubliés. Pourquoi pas  »Les Mystères de Paris » de Sue, voire même  »Les bas-fonds de Paris » de Bruant?
    Une ouverture aux romans appartenant au  »merveilleux-scientifique » d’auteurs comme Maurice Renard serait la bienvenue. Il s’agit d’une littérature fondamentale pour comprendre la psyché européenne des débuts du XXème siècle, à tâtons, bruyants et lumineux, entre Edgar Allan Poe et Jules Verne (qui, comme vous le saurez tous, ont tous les deux été pléiadisés).

  72. Au vu de la qualité globale des volumes récents, je ne regrette pas l’absence de certaines oeuvres dans la Pléiade. Prenons par exemple l’Alexandra de Lycophron. Cette oeuvre très difficile de part son contenu et de sa langue qui comporte de nombreux hapax a bien sûr peu de chance d’être éditée en Pléiade. Elle est d’ailleurs bien représentée par les traductions de Lambin, Chauvin et Cusset, Hummel, l’édition Budé de Hurst qui n’est pas si mauvaise et même le jeune Pascal Quignard dont la traduction est le moins que l’on puisse dire très lourde, basée presque uniquement sur l’étymologie et encore moins compréhensible que l’original.
    Mais je frémis à la vision d’une édition critique dans la Pléiade (comme celle de la Divine Comédie annoncée). Je suis en train de lire une édition commentée de l’Alexandra par Simon Hornblower parue en 2015 chez Oxford. C’est une véritable somme (652 Pages !), très technique en particulier l’introduction mais le commentaire fourni au bas du texte grec est une fête. Malheureusement retrouver ce niveau de qualité dans la Pléiade me semble dorénavant impensable.

  73. À propos de l’édition Corneille en Pléiade, du tome 2, KleineFuge si vous êtes dans les parages pourriez si possible nous indiquer la date d’impression du volume ?

    Ce tome 2 de Corneille est un cas d’école dans la collection. Il s’agit d’un des volumes les moins vendu. Le 1er tirage de 1984 aura mis beaucoup du temps pour s’épuiser.

    Sa réimpression inattendu est une bonne nouvelle. J’espère bien que c’est Roto à la manœuvre ou sinon l’imprimeur allemand dont le nom de me vient spontanément pas à la mémoire.

    • Bonsoir,
      Effectivement, j’ai racheté récemment le second volume des œuvres de Corneille, par souci d’homogénéité de présentation des trois volumes (l’ancienne édition du volume II présentait un papier Jeand’heurs, légèrement plus rugueux et rosé que le papier Bolloré).
      Le volume que j’ai acheté dernièrement a été achevé d’imprimer le 02 janvier 2020, par Roto.

    • Pour une reliure bien plus réussie que les Roto des Flaubert IV et V. Et j’ai manipulé une cinquantaine de ces volumes, tous à la reliure perfectible. Ceci pour m’offrir les « moins pires »…

      • Merci KleineFuge. Je m’interroge encore sur le sort qui sera réservé aux autres volumes du 17eme siècle n’ayant toujours pas épuisés leur tirage initial.

        Je pense aux 2 tomes de Malebranche et au tome 1 de Fénelon.

        La réimpression du Corneille tome 2 leur donne peut-être une chance de ne pas sortir définitivement de la collection.

  74. Ne pas rééditer le tome 1 de Malebranche serait une faute éditoriale énorme. Il s’agit, sans aucun doute, d’un des livres de la collection les mieux travailler au niveau de l’annotation. Avec les fameux Rousseau. Par tous les saints ! en reniant son passé glorieux, la collection semble vouloir se tirer une balle dans le pied…

    • Non, Monsieur Antoine connaît les chiffres de vente du comptoir Chez Gaston, et s’adapte à eux.
      Convertissez vos proches à la lecture assidue de Malebranche, faites leur acheter les volumes restants et, peut-être, Monsieur Antoine changera-t-il d’avis…

  75. Je dois avoir l’imagination trop bornée pour concevoir qu’un éditeur puisse condamner à tout jamais un de ses livres les mieux travailler. L’annotation du Malebranche tome 1 est fameuse, titanesque. Un sommet dans la collection.

    Les chiffres de ventes ? Tout le problème est là. Convertir mes proches à la lecture de Malebranche ? Ça va être difficile. Il faudrait déjà que je puisse les convertir au plaisir d’ouvrir un livre. Alors Malebranche…

    Le mieux serait de convertir directement Antoine Gallimard ou Hugues Pradier à la lecture la Malebranche…

    • Et puisque nous parlons des auteurs du 17eme siècle et de Malebranche, parlons un peu de Saint François de Sales. Gallimard a fait un choix malheureux en le retirant de son catalogue.

      3 choses à savoir sur Saint François et la Pléiade.

      1.Précurseur. Précurseur du 17eme siècle Saint François est un immense écrivain qui influença Descartes en début de siècle ; en fin de siècle Fénelon et Bossuet l’estimaient énormément. L’ombre sainte de Saint François plane sur tout le 17éme siècle.

      2. Saint Patron. L’Eglise le considère comme le saint patron des écrivains. Rien que ça. La Pléiade n’a donc officiellement plus de
      saint patron à qui se vouer. Est-ce une des raisons de la mauvaise pente que descend la collection selon Domonkos, Néo-birt7 et tant d’autres intervenants ? On peut le croire.

      3. Commémoration. On commémorera le 23 décembre 2022 les 400 ans de sa mort ici-bas ou de sa naissance au ciel. Une occasion providentielle de le rééditer avec en plus le gracieux volume de ses lettres qu’on nous avait annoncé jadis ; et si on ajoute l’album c’est juste divin.

      Reste plus qu’à prier avec ferveur les dieux faiseurs de la collection, vivants ou morts, les Gallimards de tous les temps…

  76. Cher NeoBirt7,
    je sollicite votre jugement (tout en le redoutant !) sur deux ouvrages que j’ai acquis ces dernières semaines, chez mon petit bouquiniste local (qui a récupéré une formidable bibliothèque d’un défunt juge aixois…).
    Il s’agit du Pléiade (réimpression 1996 état impeccable de l’édition de 1952) consacrée à Machiavel – avec le supplément « Tableaux Généalogiques » et des deux volumes « Toutes les Lettres de Machiavel » NRF 1955.
    Les deux ouvrages étant concoctés par le même Edmond Barincou et bénéficiant d’une préface de Jean Giono (qui, du Pléiade aux Lettres à plus que doublé d’étendue).

    Je n’ai, pour le moment, que lu la présentation de l’éditeur et les préfaces de Giono, qui sont de délicieux morceaux de Giono et éclairent plus l’oeuvre de Giono que celle de Machiavel.

    Je me suis, bien sûr, rendu compte, que les traductions des oeuvres de Machiavel contenues dans le Pléiade, sont des « classiques » à peine révisées par Edmond Barincou, qui ne s’en cache pas. C’est là, d’ailleurs, un des points principaux, sur lesquels j’aimerais connaître votre avis, NeoBirt7 (ou celui d’autres intervenants connaisseurs en la matière).

    Sans avoir abordé une lecture exhaustive, je me suis tout de même plongé dans ces ouvrages, à coups de sonde ou me laissant entraîner par d’hasardeux courants, comme je fais toujours dans ce genre de situation – à l’instar de l’ancien navigateur qui, avant de se lancer dans la traversée d’océans inconnus se penche sur les cartes parcellaires et incertaines qui nourrissent sa rêverie plus que sa connaissance…

    • Je ne suis tout de même pas totalement béotien en « machiavélisme » et avait déjà lu les oeuvres majeures (Prince, Tite Live, Art de la Guerre) dans plusieurs éditions, mais jamais l’oeuvre complet ni la correspondance… Et n’ai aucun avis sur les qualités des diverses traductions, n’étant malheureusement pas italianisant (la honte m’accable en songeant à mes 50% de « sang italien » et ma proximité dauphine-savoyarde avec les cousins transalpins !).

  77. Juste un petit commentaire pour vous signaler que les tomes II et III de la Correspondance de Stendhal en Pléiade sont disponibles chez Gibert Joseph à Paris VI, et à un prix bien inférieur à ce qu’on peut trouver sur Internet.
    Que les intéressés se dépêchent, je ne pense pas que les volumes resteront longtemps en rayonnage…

  78. Bonjour à tous. Y a t-il encore des passagers sur le navire ?

    Mon interrogation portera sur l’édition Pléiade de Anatole France. Le tome 4 en particulier.

    1- Est-elle fiable d’un point de vue de l’annotation ? ( Contrairement à Domonkos c’est un point qui peut avoir pour moi toute son importance )

    2- Le tome 4 est-il imprimé convenablement , autrement dit : est-ce un Aubin ou un Roto ?

    Merci d’avance à qui pourra me répondre. Ce qui est ( peut-être ) loin d’être évident…

    J’ai ouï dire que Anatole France est un peu ( beaucoup ? ) passer de mode de nos jours…

    Combien de gens le lisent encore ?

    • Cher Passant,

      1 – « Le tome 4 est-il imprimé convenablement » :Je ne peux vous renseigner sur la qualité de reliure des France – puisque la remise en cause de la qualité de certains volumes Pléiade porte sur ce point plutôt que sur l’impression – n’ayant pas la chance de les posséder.

      2 – « …l’annotation ? (Contrairement à Domonkos c’est un point qui peut avoir pour moi toute son importance) » :
      Ciel ! Où donc et quand ai-je pu vous laisser penser que l’annotation n’était à mes yeux point importante ? Je croyais avoir plus d’une fois exprimé l’opinion exactement contraire. Mais, quand on songe que même Allah se contredit à tout bout de champ, oserais-je me prétendre totalement exempt de pareil travers ?

      3 – « J’ai ouï dire que Anatole France est un peu (beaucoup ?) passé de mode de nos jours… »
      Je crois l’avoir ouï également.
      « Combien de gens le lisent encore ? » :
      au moins deux personnes, vous (selon toute apparence) et moi. Qui me moque bien des modes et des oukases littéraires condamnant France, dès le lendemain de sa mort (voir « Un Cadavre » publié par le groupe surréaliste d’alors), aux Enfers de la médiocrité… Je ne dirai rien des raisons qui me font continuer à le goûter, car cela nous mènerait trop loin, mais croyez bien qu’il ne s’agit pas seulement d’une nostalgie de mes lectures adolescentes et qu’elles se fondent sur quelques arguments sérieux.

  79. Autant pour moi, Domonkos. Ce qui m’a fait dire, à tort, que l’annotation était secondaire chez vous, c’est votre fameuse bibliothèque de plus 2000 livres de poches sans aucune notes…

    Vous m’avez corrigé sans colère, et repris sans fureur. Je l’avais bien mérité.

    À propos d’Anatole France et de son actualité, je vous conseille une émission du 27 janvier 2018 sur France culture : Concordance des Temps. Actualité d’Anatole France.

    • Vous me donnez envie de m’y remettre (idée qui trottinait depuis pas mal de temps dans un recoin de mon cerveau), cher Passant.

      En ce qui concerne mes Livres de Poche (et les vieux Marabout), il s’agit d’une exception, un pur fétichisme à l’égard des livres de mon enfance et de mon adolescence, les seuls alors à ma portée, dans lesquels j’ai découvert la littérature (la « grande », la classique, l’ancienne, la contemporaine, mais aussi la populaire et la fantastique).
      Il n’y avait aucun motif à colère de ma part dans vos propos et, de toute façon j’ai, depuis huit jours, franchi le cap des 70 ans et me considère entré dans la confrérie des Vénérables et l’âge de la sagesse (tant qu’on ne me parle par de Céline ! ha ha !)

      • Mon idéal, si j’avais les sous et la place, serait d’avoir deux éditions : l’une avec le texte nu, pour une lecture « naïve » et l’autre avec un appareil critique le plus pointu et développé possible, pour une lecture « sçavante »…

        Encore un qui veut le beurre et l’argent du beurre !

  80. J’ai les 4 tomes d’Anatole France dans ma bibliothèque et les ai beaucoup appréciés, surtout le tome 4 qui contient deux romans remarquables et pleins d’humour : L’Ile des pingouins et la Révolte des anges.
    Mon tome 4 a été imprimé par Roto en 1994 et son état est satisfaisant.

  81. Merci pour votre réponse. Effectivement le contenu du tome 4 est d’une grande richesse. Anatole France à son sommet.

    Ce tome 4 contient également un des romans les plus poignant qui soit et que j’ai bien envie de relire : Les dieux ont soif.

    • J’ai beaucoup apprécié ce tome 4 également que j’ai acheté pour pouvoir lire « L’Île des Pingouins » et je me dis que je devrais songer à compléter ma série avant qu’il ne s’épuise du catalogue.

      • Vous ne sauriez imaginer comme il m’est agréable de voir plusieurs intervenants chanter les louanges de cet auteur si oublié (ou méprisé ?), et citer les titres dont j’ai le meilleur souvenir : « L’île des Pingouins » « La Révolte des Anges », « Les Dieux ont soif »…
        Je n’osais citer son nom, de crainte de me faire ringardiser.

        Pourquoi devrait-il être si démodé ? Les débats qui agitaient son temps et qui se reflètent dans ses livres sont toujours d’actualité.
        Son style, sans doute, le dessert, en nos temps de langue victime des iconoclastes et des vandales, réduite presque en charpie…

  82. Je fais suite au post de Bruno Legrec du 19 Aout.

    L’Alexandra est un texte qui effectivement rebute et dérange. Il a été qualifié dès l’Antiquité de poème « obscur ». Au XIXème siècle Jean-François Boissonade le décrit comme « un véritable monstre de bizarrerie et de ténèbres ». Son auteur Lycophron est parfois appelé le « Mallarmé de l’Antiquité » du fait de sa lecture à la fois difficile et savante. A ce poème énigmatique s’ajoute le mystère de son auteur : il a été attribué à Lycophron, mais lequel : était-il le poète de Chalcis ou celui de Rhègion ? L’identité de son auteur a été débattue tout au long de notre histoire et reste encore aujourd’hui un point d’interrogation.
    Ce poème est composé de 1474 trimètres iambiques. Cassandre est ici nommée Alexandra par le serviteur du roi Priam, et le corps principal du poème, à part une brève introduction et une aussi brève conclusion, représente la prophétie de Cassandre, un long monologue de la taille d’une tragédie.

    Pour ma part, seule la traduction de Pascale Hummel happe le lecteur par la densité et la netteté des images proposées. Elle restitue la fluidité de la longue coulée de mots que je me fais du texte original : une logorrhée prophétique aux images proliférantes et énigmatiques. Au contraire de ses confrères traducteurs – sauf pour Dehèque et Hurst qui ont (trop) recherché la clarté -, elle ne superpose pas les ténèbres à l’obscur – le summum étant la traduction de Pascal Quignard, première de l’ère moderne, où sous le couvert d’une littéralité dévorante, le texte en devient quasiment illisible -; la langue, ici, chez Hummel, regorge d’images, de sons et de couleurs.

    Les seuls petits reproches que je peux lui faire est que 1) sur certaines parties on sent trop un décalque revisité (mais nettement amélioré) de la version de Dehèque de 1853, 2) elle aurait pu être plus ambitieuse et tenter de translater ce poème en vers ! La traduction ultime est donc encore à venir !

    Voici six traductions des vers 16-30 d’Alexandra, listées par ordre de préférence :

    I- Traduction Pascale Hummel (« Cassandre », Editions Comp’Act, 2006)

    « L’aurore sur les ailes rapides de Pégase survolait la colline escarpée du Phégion, où elle avait abandonné tout près Tithon, ton frère de sang paternel, sur le lit que lui faisait l’île de Cerné.
    Les matelots détachaient du creux des rochers les amarres protectrices, et du rivage lâchaient
    les ancres. Les filles de Phalacra, à la mine avenante, aux pieds de scolopendre et aux reflets de cigogne, frappaient de leurs rames Thétis l’immoleuse de vierges, déployant au-delà des Calydnes leurs ailes blanches, leurs aplustres et leurs grosses voiles tendues par les souffles septentrionaux de l’ouragan ardent. Ouvrant grande sa bouche de bacchante inspirée, du haut des collines de l’Até, où se réfugia jadis la génisse errante, Alexandra commença alors de proférer les paroles que voilà. »

    II- Traduction Gérard Lambin (« L’Alexandra de Lycophron », Presses Universitaires de Rennes, 2010)

    « Aurore, à l’instant, au-dessus de la roche escarpée du Phègion
    S’élevait grâce aux ailes rapides de Pégase,
    Sur sa couche proche de Cerné laissant Tithônos,
    Ton frère de l’autre branche maternelle.
    D’un rocher creux les amarres du calme plat
    Par les marins étaient relâchées, et de la terre ils coupaient
    Les ancrages. Thétis, tueuse de la jeune fille,
    Était frappée du plat des rames par celles aux mille pattes, au bel aspect,
    Couleur de la cigogne, les demoiselles du mont Chauve,
    Qui montraient au-dessus des Calydnes des ailes blanches
    Et des châteaux d’arrière et des toiles bras étendus,
    Grâce aux souffles, venus du nord, de l’ouragan de feu.
    Ouvrant, divine, sa bouche possédée,
    Du plus haut des crêtes de l’Atè, où cessa d’errer la génisse fondatrice,
    Alexandra commença dès le début à parler ainsi : »

    III- Traduction Cédric Chauvin (& Christophe Cusset) (« Alexandra », l’Harmattan, 2008)

    « Aurore à peine survolait l’abrupt
    Piton du Phégion, sur les promptes ailes de Pégase,
    Dans son lit près du Cerné laissant
    Tithon, ton frère adultérin.
    Eux, par une embellie de la roche rongée
    Ils fléchissaient, les marins, et pour quitter la terre coupèrent
    Les amarres. Elles, Thétis, la tueuse de vierges,
    Elles la frappaient à coups de rames, les filles aux beaux yeux, aux pattes de scolopendre,
    Les filles au teint de cigogne, celles du mont Chauve,
    Au-delà des Calydnes montrant leurs ailerons luisants,
    Leurs poupes et leurs toiles aux bras tendus
    Par les souffles aparctiques d’un ardent cyclône.
    Elle, ouvrant pleine du dieu sa bouche bacchéenne,
    Du haut des collines d’Até fondées par une génisse errante,
    Dès le début, sur de tels dires elle débuta, Alexandra : »

    IV- Traduction André Hurst (« Alexandra », Les Belles Lettres, 2008)

    « Aurore, au-dessus du Phégion escarpé,
    Volait portée sur les ailes rapides de Pégase :
    Elle avait laissé Tithon dans sa couche près de Cerné
    Vous êtes frères, toi et lui, de mères différentes.
    Eux, poussés par temps calme loin des rochers poreux,
    Les matelots, larguaient les amarres et levaient l’ancre.
    Elles, les nefs, frappaient la meurtrière de vierge Thétis
    De leurs replats, elles aux pieds de scolopendres, aux beaux visages,
    Elles aux couleurs de cigognes, les filles de Phalacra,
    Montrant leurs ailes blanches au-delà des îles Calydnes
    Etalant leurs poupes et leurs toiles au grand écart
    Que le vent du Nord déployait d’un souffle violent.
    Elle, saisie par le dieu, largua sa bachique bouche,
    Du haut des collines de Folie, fixées par les errances de la vache,
    Voici dès le début ce qu’Alexandra disait : »

    V- Traduction Félix-Désiré Dehèque (« La Cassandre de Lycophron », 1853)

    « L’Aurore, sur les ailes rapides de Pégase, volait par delà le haut sommet du Phégium, ayant laissé dans le lit nuptial, près de Cerné, Tithon, votre beau-frère. Les matelots détachaient du creux des rochers les amarres qui les avaient protégés contre l’orage, et du rivage arrachaient leurs ancres ; et les [nefs] filles des monts Idéens, aux pieds sans nombre, aux beaux yeux, aux flancs tout blancs d’écume, frappaient de leurs rames la mer où périt une vierge, montrant au delà des Calydnes leurs blanches voiles, leurs poupes ornées et les longues banderoles qu’agitaient les brises boréales d’un vent impétueux. C’est alors que Cassandre, des hauts sommets d’Até, où une ville a été bâtie sur l’indication d’une génisse errante, s’est mise à prononcer ces prophétiques paroles : »

    VI- Traduction Pascal Quignard (« Alexandra », Gallimard, 1971)

    « L’à-peine lumière du jour par-delà l’abrupt figement de la colline aux chênes.
    La clarté du matin –
    Elle fendait l’air, se déployaient les saisissantes plumes du cheval,
    près de Kernè le plus vieux des vieillards
    il l’a laissé couché, ton frère par la ceinture défaite de ta mère.

    Là : parfaitement calme,
    – du creux des rocs que la mer ronge
    les marins jaillirent, ils tranchèrent qui les maintenaient au rivage
    les cordes. La mer, qu’on tète et celle qui tue les vierges,
    les filles scolopendre la frappèrent, filles aux beaux yeux du plat des rames
    filles bateaux du mont Chauve, les filles blanches-noires, écumes-coraux, cigognes
    au delà des Kalydnes paraissaient les voiles qui brillaient
    en poupe la figure liée et les bras étendus, les étoffes
    planantes par les souffles qui viennent du nord suivant le monde des étoiles, de la violence d’un vent qui brûle. C’est à ce moment là –

    dès lors elle ouvrit la bouche, sa bouche possédée du divin, la bouche ivre,
    et du faîte égaré, sur le mont consacré du Malheur, au haut escarpement de la ville, fondée au lieu marqué par une vache errante, —
    Alexandra prononça ces paroles. »

    Je vous souhaite Bonnes lectures.

    • À suivre Μπρούνο ο Αδαής, vous allez vous recevoir une volée de bois vert de notre gouleyant savant ; et ce ne sera pas… volé ! et je n’évoque même pas de votre admiration pour P. H., plagiaire notoire et médiocre philologue… Reprenez-vous, Revpop !

      • Il n’est pas dans mes habitudes de réagir aux montages indiscriminés de traductions auxquels se plait l’ami Revpop. Informatifs et divertissants qu’ils sont, je me fais scrupule d’y injecter la moindre glose loisible de passer pour de l’odium philologicum. Dans le cas particulier de Lycophron, l’original est tellement compact et difficile, un vrai tissu d’énigmes par kenningar mythographiques et devinettes savantes, les difficultés textuelles si évidentes (l’œuvre n’a pas été très bien transmise, n’en déplaise à ce critique insensible aux accrocs de la pensée et aux bizarreries dialectologiques qu’est Hurst : voir les recensions de sa Budé par G. Liberman, Bryn Mawr Classical Review 2009.03.38, §§3, 8-10, et A. Blanc, Revue des Études Grecques 123, 2008, pp. 469-472, qui se concentrent respectivement sur l’un et l’autre aspect) qu’il n’est pas admissible de traiter toutes les versions récentes données de l’Alexandra peu ou prou comme si elles se valaient sur le plan technique, afin de préférer celle qui donne le meilleur style français. Le principal reproche qu’on doit leur faire est de n’avoir aucune lumière textuelle, comme il sied à des traductions s’adressant à des non-spécialistes ; cela vaut hélas même pour Hurst, dont le travail d’éditeur-traducteur s’est limité à collationner les manuscrits, assembler un apparat critique d’ailleurs mal rédigé arrimé à un gros et indiscriminé apparat des citateurs, et démarquer le grec de l’editio Teubneriana (le riche appareil de notes explicatives, plus de 200 pages où la portion de la critique textuelle monte à fort peu de choses, a été sous-traité à Antje Kolde). La moins mauvaise version, sur le double registre de l’explicitation des allusions et de la compréhension courante du grec, est probablement celle de Lambin, savant médiocre chez qui l’on ne saurait attendre de Textkritik autre que rudimentaire mais helléniste besogneux et honnête qui s’informe largement et bien ; son style simple, direct, sans fioriture se maintient à une distance suffisante de l’amphigouri lycophronien pour ne pas embarrasser la lecture (citons les v. 705-709 francisés par lui : “et le flot du Cocyte qui s’est rué dans les ténèbres, | courant du sombre Styx, où Termieus | établit pour les immortels les lieux par quoi l’on jure, | pour les libations puisant son éclat dans des coupes d’or, | au moment de marcher contre les Géants et les Titans”). Il y a davantage d’affectation chez Hummel, dont la plume maniérée se pique de poétismes (cela commence par le titre du poème, modifié bien arbitrairement en Cassandre !) ; son rendu serait beaucoup plus utile s’il manifestait une personnalité plus froide et s’appropriait moins les gloses allemandes présentes dans les commentaires de von Holzinger et Schade, qu’ils aient raison ou non. Les négligences abondent également, rançon d’un travail accompli, comme toujours chez cette pisse-copie aux tocades bien connues dans la profession (elle s’est persuadée que la science philologique française du XVIe siècle a anticipé presque tous les acquis des XIXe XXe siècle, en particulier dans le domaine linguistique ; ses livres, presque toujours de simples compilations sans personnalité, se résument trop souvent à de mornes amas de citations latines et grecques, à des listes interminables de mots et de noms, au ressassement des fichiers de la Bibliothèque Nationale et des notices de l’Année Philologique et des grands répertoires spécialisés), à bride abattue dans les intervalles de ses recherches bibliographiques. Voici le même passage : “l’épais brouillard qui ensevelit le Cocyte, les eaux noires du Styx, où le Protecteur des frontières, alors qu’il s’apprêtait à marcher contre les géants et les titans, pour les immortels établit l’autel des serments ». La version Chauvin-Cusset est plus sérieuse ; elle représente en effet la reprise en commun par le maître et son disciple du mémoire de mastère dirigé par Cusset en 1999-2000. L’expertise en poésie hellénistique acquise par Cusset se voit davantage dans les annexes et les notes que dans la traduction elle-même ; cette dernière certes ne s’autorise guère de brimborions pseudo-poétiques en dehors du rendu littéral des adjectifs référentiels dont regorge l’original (du type ‘mer ausonienne’ pour ‘mer d’Ausonie’), tic stylistique somme toute tolérable chez Lycophron en raison de la facilité et du naturel avec lesquels le grec les crée mais dont la reproduction systématique est toute lourdeur et devient très vite insupportable dans notre langue, mais les gloses encombrantes, voire hideuses, abondent (“en lui fracassant la tête de son fouet piaculaire” 436 ; “à l’aide de leur rostre pêchant le frai des esturgeons”, etc). Plus élégante et fluide, la version Hurst est malheureusement déparée par un contingent d’erreurs de détail, de négligence et de bévues, conditionnées par l’établissement défectueux du texte grec ou indépendantes, trop considérable pour une édition savante : “the translation, which is understandably not more elegant than the difficult Greek, is useful but might have been much more helpful if it had been more accurate and closer to the original. More or less essential Greek words are left untranslated (e. g. ἄρτι l. 16; μυχούς l. 44; ταρχυθεῖσαν l. 369; αἰγίλιψ l. 1325; πάλαι l. 1326; μακρά l. 1451) or are mistranslated (e. g. ἄφλαστα“poupe” l. 26; “beaupré” with “poupe” for κόρυμβα l. 295; ἀρχαῖς“forces” l. 1437, through confusion with ἀλκαῖς ?). The reader who faces the difficult ἔλυσε χρησμῶν στόμα (l. 4) is not helped by the extremely loose rendering “lâché le flot de ses oracles”: why not “freed her mouth from its oracles”? For that seems to be the meaning of the Greek. Lines 1356-1358 are misconstrued (the first word goes with the last: they form a nice “Sperrung”)” (Liberman).

        • Merci l’ami Neo-Birt7 pour vos doctes notes et vos quelques traits vengeurs mais savamment tirés sur les différents traducteurs modernes de Lycophron (Il manque toutefois à l’appel Quignard et Déhèque, mais ils sont,eux, hors catégorie chacun dans leur style)

          J’ai lu l’article de G. Liberman (que l’on peut trouver dans sa totalité ici : https://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009.03.38/) et j’avoue que tous ces débats et questionnements philologiques m’ont passé au-dessus de la tête et qu’ils sont manifestement réservés à des spécialistes; en cela mon intérêt s’est quelque peu délité sauf sur le (petit) paragraphe où Liberman s’interroge sur la dimension obscure des poètes comme Mallarmé et Saint John Perse.

          Après relecture ce weekend (jusqu’à la mort d’Hector, son frère bien-aimé), j’ai toujours préférence pour la version maniérée et poétique (même si elle se présente sous forme de prose) de Pascale Hummel (dont vous avez fait, par ailleurs, l’éloge de ses traductions de Lou-Andreas Salomé).

          Par contre, j’aurais vraiment aimé pour chacune des traductions qu’elle soit assortie en plus d’une version en prose adaptée comme l’a fait Damaso Alonso aux lecteurs espagnols de Luis de Gongora ; principe repris par Jacques Ancet pour la traduction de « Fable de Polyphème et Galatée » et par Robert Jammes pour l’immense poème « Solitudes ».
          D’après Jacques Ancet : « Cette mise en miroir a un double avantage. Celui, d’abord, d’aider le lecteur a s’orienter dans le labyrinthe syntaxique ou la concentration souvent très elliptique de l’ écriture de Gongora, ainsi que dans le tissu d’allusions mythologiques que suppose la lecture de la fable ».
          On aurait pu dire la même chose pour Lycophron. Pourquoi ne l’a t-on pas fait ?

          Un exemple extrait du chant 4 de « Fable de Polyphème et Galatée » :
          « Où écumeuse la mer sicilienne
          le pied vient argenter du Lilybée
          (arc des forges de Vulcain souterraines,
          ou bien tombeau pour les os de Typhée),
          de pâles signes une cendreuse plaine
          – sinon de sacrilège vanité –
          offre du noir métier. .. »

          Paraphrase en prose :
          « Près de l’endroit où l’écumeuse mer sicilienne entoure, comme lui chaussant le pied et l’argentant de ses eaux, le promontoire baptisé Lilybée par les Anciens ; près de ce mont qui servit de voûte aux forges souterraines de Vulcain ou de sépulture aux os de Typhée (l’un des géants qui prétendirent escalader le ciel et furent vaincus par les dieux), une plaine couverte de cendres offre les pâles traces soit du dur, du noir métier des forges de Vulcain, soit de la sacrilège tentative de Typhée (car enterré là, il vomit des cendres ardentes depuis sa sépulture).

          • Ce que vous proposez, Revpop, est substantiellement identique aux vieux « juxtas » dont la maison Hachette se fit une spécialité : « Les auteurs latins » (ou « grecs ») « expliqués d’après une méthode nouvelle par deux traductions françaises, l’une littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots latins » (ou « grecs ») « correspondants, l’autre correcte et précédée du texte latin » (ou « grec ») « avec des arguments et des notes par une société de professeurs et de latinistes » (ou « d’hellénistes »). Ces volumes incombaient à des enseignants de rhétorique, bons classicistes selon les standards des années 1870-1890 mais dont tous, tant s’en faut, n’avaient pas un niveau philologique très solide (en somme, des Izambard bien davantage que des Gustave Hinstin) ; ces vade-mecum s’adossant par surcroît à des usuels de l’enseignement secondaire et supérieur aussi périmés que le dictionnaire gréco-français notoirement lamentable de Charles Alexandre (les réimpressions suppriment le millésime, par pur esprit de lucre ; or il remonte à 1836, et c’est à lui que les traductions de Leconte de Lisle, quand elles ne furent pas démarquées d’une version latine type Didot, doivent nombre de leurs approximations lexicales ou erreurs), tendent à un défaut criant de fiabilité jamais plus sensible que sur les oeuvres antiques pour lesquelles l’assistance des juxtas est la plus appréciable, compte tenu de leur langue ardue et de leur texte imparfait : je vise bien sûr la poésie, en particulier la tragédie grecque. La traduction littérale dans les juxtas grecs présente la perversité de délester les particules chaque fois qu’elles ne jouent pas un rôle syntaxique (et même parfois lorsque c’est le cas) ; or l’absence dans le mot à mot français d’un men solitarium aboutit à galvauder gravement un exposé entier, notamment dans les nombreux prologues tragiques où cette particule constitue le second mot de la pièce et colore l’incipit. On mesure d’emblée ainsi la part d’arbitraire de cette méthode d’explicitation courante. Ne parlons même pas de la constitution textuelle poussiéreuse, voire obsolète, assumée par les juxtas, en ce qu’ils adoptent comme leur Vorlage un texte grec ou latin courant en France, très souvent celui des collections Didot ou Lemerre (quand ce n’est pas Panckoucke, Nisard, voire Dubochet), lesquelles avaient une à deux générations de retard sur la science philologique allemande. Compte tenu de ce précédent, Revpop, je ne puis vous rejoindre sur la pertinence, tranchons même la question : sur l’utilité, d’un rendu des poètes au moyen d’une paraphrase en bonne langue arrimée à une bouillie littérale, anglais « crib », qui respecterait peu ou prou la forme syntaxique et l’ordre des propositions et des mots, de la langue originale. Mais peut-être ai-je mal entendu vos remarques assez informelles ?

      • Les amateurs de polémique érudite trouveront peut-être quelque intérêt à la volée de bois vert que s’est prise la Hummel (comme on dit la Callas ou la Tebaldi, attendu que la fondatrice des éditions Philologicum et pédagogue ministérielle pose à la diva bien davantage qu’elle n’assume un rôle d’universitaire et de chercheur) pour avoir recopié en y changeant fort peu de choses, sur le seul plan de la diction, plusieurs pages d’un livre, déjà ancien et assez peu courant, commis par le fin grammairien grec doublé d’un stakhanoviste de la recension, Daniel Donnet, en son interminable compilation De lingua Graeca. Histoire de l’histoire de la langue grecque (2007, y compris une bibliographie de 110 pages où les erreurs en tous genre abondent : datations fausses, mentions d’éditeurs erronées ou absentes, titres modifiés, voire livres fantômes) : https://bit.ly/3ze9hZK (seconde partie de la chronique). Il y aurait tout un travail à écrire sur la pratique philologique du plagiat par les auteurs comme Mme Hummel se piquant tant d’une érudition bibliographique exhaustive que d’une vaste productivité : il n’est que trop évident que les immenses bataillons de références primaires et secondaires, ainsi que les piles de citations, souvent très longues, de textes grecs ou latins rarement commentés ou distillés ni jamais traduits, qu’ils affectionnent, évidemment parce que l’helléniste ou le latiniste moyen n’a ni le temps matériel de contrôler la documentation mise en oeuvre aussitôt qu’elle est tentaculaire ni l’inclination de se faire sa propre opinion sur icelle, tendent à être reproduits de quelque source intermédiaire, soit imprimés, soit bases de données (TLG E, Bibliotheca Teubneriana Latina), soit ressource électronique (Perseus Project, etc). Cette manière de procéder ne présente plus la moindre valeur de nos jours où quelques clics de souris mettent le philologue professionnel ayant les bons accès en contact avec une documentation primaire peu ou prou exhaustive et une documentation secondaire proliférante ; il en allait différemment au début de la carrière de Mme Hummel (agrégée de grammaire puis doctorante entre 1988 et 1997), lorsqu’elle acquit ce qu’il faut bien identifier avec une méthodologie industrielle ainsi que l’ignorance de la critique textuelle non conservatrice. De manière moins mesquine, dès 2001 et une recension de son autre magnum opus L’épithète pindarique dans la redoutable (à l’époque !) Classical Review, la stérilité du déballage de fiches pauvrement ravaudé par un maigre ciment argumentatif ou par des divisions de la matière dignes de Varron, auquel se résument tous les pensums hummeliens avait été dénoncée comme telle, avec la politesse sans pitié des Britanniques : « the many original documents and tables included in the book are simultaneously a strength and a major weakness. The author has indeed accumulated and made accessible to scholars a wealth of material which would otherwise be very hard to find. Yet surely more could have been done with these documents themselves to assist the time-strapped reader. Extensive lists and long quotations are given without much direction and often with little comment afterwards; none of the many pages of manuscripts quoted is ever translated. To get the full benefit of such a compilation one would have to spend many hours studying these in gread detail? Reading through yet another document, I often found myself wondering why it was included, what particular purpose was served by the includion of another entire list. This is an important contribution, but one perhaps slightly less helpful than it could have been for the general scholar of Pindar or Greek poetry » (Mirjam Plantinga, CR 51, 2001, p. 155). Cela fait une bonne quinzaine d’années maintenant que la trop abondante production philologique de Mme Hummel, laquelle continue de signer des recensions généralement complaisantes (asinus asinum fricat! ) dans les principales revues classiques françaises, n’est plus chroniquée par les grands médias spécialisés anglo-saxons.

  83. Mille excuses ! Je ne voulais aucunement généraliser le rôle de ce genre de « juxtas » à toute poésie traduite :
    1- Je les réserve uniquement aux poètes (peu nombreux) dits « hermétique » comme Lycophron ou Gongora.
    2- Cette paraphrase n’empêche nullement tout usage de notes plus explicites. Elle n’est qu’une première aide à la lecture sans avoir à s’abimer les yeux sur des notes souvent verbeuses.
    3- Cela n’implique pas non plus d’être accompagnée d’une traduction versifiée « littérale », « mot à mot » ou « crib » dont vous savez surement que j’en ai une sainte horreur !

    Après, la qualité de ces commentaires rejoint (étrangement) la discussion constante (voire pugilat parfois) que nous avons sur ce site sur la qualité des traductions …

  84. Bonsoir,

    Merci pour cette information concernant la parution du livre de Amos Reichman concernant Jacques Schiffrin. Lors de la parution initiale aux USA en 2019, je me suis empressé de le lire, et j’ai appris quelques points de l’histoire que AR a bien éclairé.
    Mais je souhaite vous faire part d’un droit de réponse de A. Gallimard dans le monde diplomatique d’Avril 2021 suite à un article dans le même journal en Février de M.Discepolo. A. Gallimard donne des informations factuelles et nouvelles au public sur la période qui a suivi le départ de JS de chez Gallimard pendant la seconde guerre mondiale. Ce droit de réponse est fort bien documenté et permet de rétablir une certaine vérité et aussi de couper court aux polémiques, tout en apaisant le débat .
    https://www.monde-diplomatique.fr/2021/04/A/62971

    Je vous encourage à en prendre connaissance,

    Bonne soirée, César

  85. Les Inédits de Céline ; Gallimard trace un feuille de route avec les ayants droits :
    Extrait de l’article : Livres Hebdo 13 sept 2021
    La première étape pour Gallimard , consiste à monter une équipe de travail . Le nom d’Henri Godard, spécialiste de Céline , qui a notamment coordonné les quatre volumes des « Romans » de Céline dans la Bibliothèque de la Pléiade , est déjà évoqué au sein de la maison .
    Le PDG a demandé aux ayants droit de pouvoir consulter puis numériser les textes , qui n’ont été vus que par une poignée d’initiés avant d’être mis à l’abris dans à la banque.
    « Nous imaginons publier dans un premier temps deux ouvrages : l’ensemble GUERRE , qui correspond à une période de la vie de Céline consécutive au Voyage au bout de la nuit , et une version extrêmement augmentée de Casse-Pipe dont 444 feuillets inédits ont été retrouvés en plus des 60 déjà publiés « détaille Antoine Gallimard. Viendrait plus tard une recomposition du volume 3 de « La Pléiade » , collection phare de la maison dont le directeur , Hugues Pradier, a également assisté à la réunion .

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