Le Retour du roi : Le Roi caché, d’Yves-Marie Bercé

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Le roi caché, Yves-Marie Bercé, Fayard, 1990

« Quand viendras-tu, Ô Roi Caché, / Ô songe portugais des ères, / Faire de moi bien plus que le souffle incertain / D’une aspiration immense que Dieu fit ? »

Fernando Pessoa, « Mon Livre, je l’écris »

Une rumeur parcourt le pays. Le petit prince, l’héritier légitime qu’on avait cru mort (ou bien est-ce le monarque trop tôt disparu ?) ne l’est pas. Pris pour un autre, dissimulé dans un monastère, sous une fausse identité, il attend, depuis bien des années, le bon moment pour se révéler à ses sujets. Dans peu de temps, il reprendra sa couronne. La dynastie légitime sera restaurée et l’usurpateur chassé. Déjà certains, ecclésiastiques, nobles provinciaux, paysans, se rallient à lui. On parle de marcher sur la capitale. Le peuple s’agite. Une armée se forme, prête à prendre le pouvoir et à le porter sur le trône, lui le véritable prince, le véritable roi, naguère caché au regard de tous et désormais dévoilé. Restauré, il rétablira la justice et abaissera les impôts, réalisant les espoirs que ses sujets, harassés par un pouvoir tyrannique, ont mis en lui. Lorsque ses troupes, enfin, se mettent en route, elles sont surprises par l’armée régulière, vaincues ; le jeune prince est capturé, bientôt exécuté avec ses plus proches partisans pour crime de lèse-majesté. Sa légende est faite. À l’âge moderne, dans toute l’Europe chrétienne, ce scénario, riche en variantes, se reproduit de nombreuses fois. Il suffit qu’un roi disparaisse loin de son pays ou sur le champ de bataille (Barberousse, Jacques IV d’Écosse ou Sébastien du Portugal), qu’un prince décède en bas âge (Jean Ier, Dimitri) ou qu’une dynastie s’éteigne et laisse la place à une autre (Valois, Rurikovitch) pour que naisse une légende, entre légitimisme et messianisme, celle d’un hypothétique retour du roi. Qu’un prétendant, raisonnablement crédible, se proclame, et s’assemble autour de lui un parti de mécontents, souvent monnayés par des puissances rivales. Quelques moines et ecclésiastiques fournissent l’intendance symbolique, piochant au besoin dans un répertoire de figures, d’historiettes et de prophéties antérieures, remises au goût du jour, recontextualisées. Immédiatement émerge un faisceau d’indices, contribuant à certifier l’identité du prétendant : il a rencontré telle ou telle personne ayant connu le disparu et attestant qu’il s’agit bien, malgré les différences physiques, de la même personne ; il présente un signe distinctif évident ; il dispose, le cas échéant, du pouvoir des thaumaturges ; son histoire ne présente pas d’incohérences majeures. Son aventure dure quelques semaines, quelques mois et, sauf exception (celle de Dimitri), ne s’achève pas sur le trône, mais à un gibet ou à une potence. Le roi caché est mort ? Vive le roi ! Son histoire a eu le temps de générer d’autres prétendants, d’autres fables, et ce jusqu’à l’épuisement de son rôle symbolique dans les mentalités du temps. Un roi, toujours, attend de renaître.

La force du livre du professeur Yves-Marie Bercé, Le Roi caché, publié voici un quart de siècle déjà, est de proposer une double lecture du phénomène : factuelle d’une part, avec un répertoire très riche d’anecdotes historiques, s’étalant du XIVe au XIXe siècle ; thématique d’autre part, présentant une analyse serrée et passionnante du phénomène du « roi caché », des légendes dans lesquelles il a pris corps (littérature arthurienne, matière de France, perspective sacrificielle, etc.). Autour des exemples contemporains de Sébastien du Portugal, du tsar Dimitri et du prétendu François de Valois, il analyse, de manière très fouillée, les ressorts historiques et mentaux qui ont rendu ces proclamations possibles. Comment des hommes de peu, provinciaux, roturiers, commerçants, ont-ils pu, contre toute logique, proclamer qu’ils étaient des rois ou des princes déchus ? Comment d’autres hommes ont-ils pu les croire, les suivre, alors que toutes les évidences s’opposaient à ces revendications ? Sur quels ressorts mentaux se sont-ils appuyés ? Pourquoi ont-ils été suivis ? Au-delà du cynisme et de l’opportunisme évidents de quelques-uns se tient la foi du grand nombre. Le roi caché n’est pas une simple naïveté d’âges barbares. Il apparaît, au contraire, être la conséquence d’un mythe raffiné, patiemment élaboré, poli par les siècles, celui d’un roi avisé, sacrificiel, incarnation tutélaire et mystique de la nation, roi passé d’un âge d’or ou bien roi à venir d’un royaume futur, modèle de vertus idéales que les peuples rêvent de voir advenues ou restaurées. Cela signe l’alliance du passé et de l’avenir contre le présent. Entre nostalgie et espérance, le roi caché canalise sur sa personne et sur sa légende l’idée que les choses pourraient être autres, mieux, qu’elles le devraient, qu’il est de l’ordre légitime du monde qu’elles le soient. Sur ce système légendaire se greffe, au gré des époques et des personnes, une série d’aspirations populaires ou aristocratiques, un espoir jamais incarné quoique toujours en gésine. Il suffit de circonstances exceptionnelles, frappantes, pour que la vieille fable des veillées s’incarne en une brève épopée, rebelle par nature au monde tel qu’il va et, partant, éminemment dangereuse pour les pouvoirs institués.

Le phénomène du roi caché, dans sa définition la plus stricte, est étroitement lié au sébastianisme portugais, lui-même issu de mythes médiévaux plus structurants, insistant sur la survie posthume et providentielle d’Arthur, de Charlemagne, de Barberousse ou de Frédéric II Hohenstaufen, endormis hors de portée des hommes, et prêts à s’éveiller pour rétablir, en auxiliaires du Christ, l’ordre du monde. Le sébastianisme est une idéologie messianique selon laquelle le roi Sébastien attend, dans son île enchantée, le moment idoine pour revenir et restaurer la gloire du Portugal. Sébastien Ier (1554-1578), esprit chimérique et fanatique, s’était lancé, avec une grande partie de la noblesse du pays, dans une guerre risquée au Maroc, pour renverser le nouveau sultan et rétablir son prédécesseur. L’offensive, menée en plein été dans le désert, fut un véritable désastre et, à la bataille de l’Alcácer Quibir, ou bataille des trois rois, l’armée du sultan anéantit celle de Sébastien. Sa mort dans le chaos de la bataille – pourtant attestée par le Sultan – demeurait incertaine pour les Portugais ; l’hypothèse de sa survie devait rapidement alimenter une ample légende, d’autant plus ample que dans l’histoire nationale, la disparition tragique de celui qui deviendra, dans les mémoires portugaises, O Desejado (Le Désiré), marque une véritable césure. Il ne s’agit pas seulement d’un jeune roi disparu tragiquement sur un champ de bataille lointain ; sa mort met fin à court terme à la dynastie régnante (son héritier est son vieil oncle, cardinal, qui meurt deux ans après sans postérité) ; elle met fin, aussi, pour soixante ans, à l’indépendance du pays et à son âge d’or géopolitique et culturel. Philippe II, le roi d’Espagne, cousin de Sébastien, s’empare du Portugal. Les élites portugaises subiront désormais le poids des engagements internationaux lourds de l’empire espagnol. Dans un contexte comme celui-ci, les opposants à la mainmise castillane ont besoin d’un prétendant. Un cousin bâtard de Sébastien, Antoine, est d’abord proclamé, et bien vite chassé par les tercios de Philippe II. Parti en exil en France, il rassemble près de lui une petite cour, pauvre, itinérante, par laquelle il espère, un jour, reprendre son trône. Ce contexte national troublé est propice à la naissance de rumeurs selon lesquelles le légitime Sébastien a survécu, va revenir bientôt, une fois qu’il aura pu s’échapper de sa geôle ou qu’il aura fini d’expier ses erreurs dans un monastère. Apparaissent, ici ou là, pour répondre à cette attente, de faux Sébastien. Influencés le plus souvent par des ecclésiastiques, qui les aident à étayer leur légitimité, ces Sébastien sont fort dangereux pour la couronne d’Espagne, encore mal assurée de son emprise sur le Portugal – ce que démontrera par ailleurs la révolte réussie de 1640. La plupart de ces prétendants – d’un sérieux tout relatif – sont capturés et exécutés. Après le fameux Sébastien de Venise, aux aventures italiennes rocambolesques, il n’apparaît plus de nouveaux candidats ; l’histoire du roi caché se transforme en une légende messianique, soit l’attente d’une libération nationale et, de façon plus mystique, l’avènement d’une ère de justice et de gloire. Le professeur Bercé offre d’excellents aperçus sur les histoires respectives de ces prétendants, anecdotes où la crédulité se mêle, à parts égales, à la duplicité, aux frontières de la foi et de l’espérance.

Deux autres exemples sont particulièrement développés : l’histoire du tsar Dimitri, au début du XVIIe siècle et, moins connue, l’apparition d’un prétendu Valois, dans les premières années du règne d’Henri IV. Ici, ce n’est plus d’un roi tué au loin qu’il est question, mais de la réapparition de jeunes héritiers disparus. Le contexte structurel est sensiblement le même : basculement dynastique (passage de la couronne de France des Valois aux Bourbons en 1589, accession au trône de l’usurpateur Boris Godounov en Russie), inquiétudes paysannes et populaires, existence d’un fort parti d’opposition, soutenu par l’étranger (les Ligueurs par l’Espagne, Dimitri et les opposants des Boyards par la Pologne). Le prétendant François de Valois, dont l’interrogatoire figure en annexe du livre, n’est jamais qu’un bâtard qui s’est inventé, selon toute probabilité, une identité éminente pour soigner une blessure narcissique. L’historien, conscient de la minceur des sources, n’aborde que brièvement cet aspect psychologique largement inaccessible de la démarche des prétendants. Croyaient-ils en leur histoire ? Savaient-ils consciemment qu’ils mentaient  ? En étaient-ils venus à se convaincre eux-mêmes ? Étaient-ils manipulés par des cyniques ? Investis contre leur gré d’une identité prestigieuse par des naïfs ? Chaque cas est différent. Il est délicat d’en tirer des lois absolues, surtout face à des sources lacunaires ou biaisées. L’histoire de François de Valois, par exemple, contrairement à bien des faux Tsars, n’est pas une proclamation entièrement absurde ou cynique. Par certains aspects, elle est plausible, ou tout du moins suspecte – plusieurs coïncidences sont troublantes. L’important n’est pas là, cette histoire a pris de l’envergure en quelques semaines en raison non de l’homme mais du contexte : faible légitimité d’Henri IV et de sa branche, absence d’héritier direct, pays encore troublé par les guerres de religion et les assassinats du duc de Guise et d’Henri III, etc. Le pouvoir royal ne pouvait laisser François réunir à sa cause les restes des ligueurs et du parti ultra-catholique : il fut arrêté, jugé et exécuté. Henri IV ne voulait pas être dépossédé de sa légende naissante par les proclamations d’un individu instable, d’autant plus lorsque celui-ci avait, en puissance, les moyens de raviver les cendres encore rougeoyantes de la guerre civile. La France connut plus tard, une autre série de prétendants, dans un contexte aussi troublé, les faux Louis XVII qui incarnèrent, pendant un temps assez court, les aspirations des monarchistes. Le professeur Bercé s’intéresse durant quelques pages aux deux plus célèbres faux Louis XVII mais montre aussi, en parallèle, qu’ils n’eurent pas de véritable impact politique, contrairement à leurs prédécesseurs du XVIIe siècle.

En Russie, le contexte est à peu près similaire : absence d’héritiers directs des derniers souverains, usurpation d’une nouvelle (et brève) dynastie, fondée par Boris Godounov, apparition d’un jeune prétendant aux marges du pays, etc. Là où l’exemple russe est intéressant, c’est que la révolte, soutenue par les Polonais pour des motifs politiques et religieux, réussit. Dimitri profite de la mort subite de Godounov pour accéder brièvement au trône. Son règne se passe mal ; on l’accuse de donner la Russie aux catholiques polonais, on l’accuse de corruption, on l’accuse, aussi, de ne pas être ce qu’il prétend. Il finit assassiné, remplacé par un autre usurpateur Vassili Chouïski, lui-même renversé quelques années plus tard. Les faux Dimitri se multiplient – on en compte huit, à l’été 1608. Chaque groupe de mécontents présente le sien et le pays sombre dans le chaos, c’est le célèbre Temps des Troubles. Une assemblée finit par trancher et choisir le nouveau tsar, Michel Romanov, en 1613. Sa dynastie est confrontée, pendant deux siècles, à l’émergence récurrente de prétendants, devenue, après le succès du faux Dimitri, une sorte de tradition politique russe. Le professeur Bercé en a compté 44 rien qu’au dix-huitième siècle (dont le célèbre cosaque Pougatchev, pseudo-Pierre III, dont la révolte ébranla le pouvoir des Tsars en 1773-74). Comme le pouvoir passe à plusieurs reprises de main en main par des coups d’État, des disparitions opportunes et des assassinats mystérieux, les tsars cachés se multiplient. Ce phénomène prend en Russie une signification singulière : cette tradition, en perdant son caractère exceptionnel, devient un moyen régulier d’étayer symboliquement une révolte, de légitimer les proclamations des rebelles, en lutte contre le pouvoir central. L’immense Russie contrôle, à ses marges, des populations étrangères, turbulentes et insatisfaites, et en son centre une masse paysanne serve ; ces deux groupes n’ont rien à perdre à suivre un prétendant, même incertain, prétendant qui porte en lui des espoirs de changement immédiat et radical. Il faut d’ailleurs bien reconnaître que, si un ou deux Dimitri purent croire, au moins en partie, à leur rôle, les autres proclamations ne furent que des mascarades politiques, destinées à soutenir symboliquement un ensemble de revendications assez éloignées du simple légitimisme.

La force du livre du professeur Bercé tient moins à ces trois récits factuels – pourtant passionnants – qu’à l’étude qui les suit, analyse des mentalités de l’âge moderne et, en premier lieu, analyse des légendes royales dans l’Europe chrétienne. Pourquoi a-t-on cru en eux, malgré tous les doutes que levaient leurs intrigantes réapparitions ? Comment ont-ils pu émerger comme des opposants crédibles ? Ces rois cachés ne naissent pas de rien. Leur survenance a été permise par l’émergence, sur une longue période, d’une certaine figuration mystique de la royauté, sur le modèle chrétien et suivant, peut-être, l’inspiration du messianisme juif. En piochant tant dans le répertoire populaire que dans le légendaire des lettrés, les prétendants se plaçaient moins en rupture de leur époque qu’en continuité du passé. Une querelle de légitimité signifie en effet que chaque adversaire se dit plus légitime que l’autre, qu’il a plus de droits à hériter du passé national et dynastique que son rival, qu’il répond mieux à l’impératif sacré de la continuité de l’institution royale. Sur le trône est assis un faux roi, un être déloyal, un traître, un tyran, qu’il convient de remplacer par le véritable héritier, un homme jeune (et donc sans taches), victime d’une injustice (et donc innocent) et caché parmi ses sujets (et donc proche d’eux). Cette espérance, selon le professeur Bercé, est nourrie par trois systèmes de figuration de la monarchie : « le roi sacrificiel », « le roi tutélaire », « le roi avisé ». Ces prétendants incarnent, à un moment ou à un autre de leur histoire, les figures légendaires dont se nourrit la chrétienté depuis le Moyen Âge. Le roi caché incarne la dimension sacrificielle du pouvoir. Son drame est l’épreuve qui doit lui permettre de se racheter et de racheter les fautes de son peuple, qu’il prend à son compte. De là naît cette période de disparition ou de dissimulation, au couvent, en exil, dans des fonctions obscures, sous une autre identité. Ce passage assure sa rédemption. Il est donc attendu qu’un roi de retour de telles épreuves, qui ont menacé l’ordre social des choses (en traitant un roi comme un roturier), soit meilleur que tout autre, plus conscient, plus juste. La preuve : il est si conscient qu’il hésite à prendre la couronne. Son sacrifice est un rachat. Ce récit moral s’ente sur une figuration plus vaste du roi « tutélaire » : un souverain du passé, glorieux et vertueux, est l’autorité légendaire de la nation. Répétés par les lettrés au service des États, des mythes le disent endormi, dans l’attente de son rétablissement, dans ce qui forme une promesse aux allures de Parousie. Il n’est pas étonnant, alors, compte tenu des nombreux précédents notés par M. Bercé, que Sébastien, roi disparu d’une nation (un temps) disparue, prenne ces traits tutélaires dans l’imaginaire portugais. Enfin, l’époque aime à représenter un roi sage et tout-puissant, se dissimulant pour observer son peuple en toute liberté, se masquant pour mieux disparaître dans la foule, se jouant, dans de savoureux quiproquos, de l’ingénuité populaire. Il s’agit moins d’un mythe, comme celui du roi sacrificiel ou du roi tutélaire, que d’un ensemble de figurations qui facilitent la croyance en la dissimulation du roi. Le roi peut être caché parce qu’il existe bien des précédents, plus ou moins avérés, de monarques ayant fait temporairement le choix de disparaître, mieux connaître leur pays et réapparaître pour rendre une vraie justice. Cette foi, aux motifs populaires, en la bonté du souverain et en la fin possible des injustices du fait de l’accession au trône d’un roi christique, à la fois rédempteur et sacrifié, trouve un lointain écho dans certaines des espérances politiques électorales de l’âge démocratique (l’homme providentiel, le système parfait, la réforme permanente, etc.).

Cette copieuse étude, dont ma petite note de lecture ne rend qu’imparfaitement l’intérêt, se situe aux confins de l’histoire factuelle et de l’histoire des mentalités. Elle intéresse à mon avis autant l’historien, l’anthropologue que le littéraire. Le professeur Bercé prend un phénomène anecdotique assez fascinant, l’imposture – rappelons qu’une Natalie Zemon Davis a tiré de l’imposture un très grand livre d’histoire, Le retour de Martin Guerre – et le replace dans un temps long des sensibilités, dans la succession des mythes qui soutiennent la perception politique et sociale du monde. Il ne s’agit pas seulement de naïfs croyant leur roi défunt endormi dans une île enchantée, ou d’hurluberlus mégalomanes se proclamant prince, roi ou empereur, ou encore de cyniques manipulant par des mensonges des foules encolérées. Il s’agit du soutènement de l’espérance politique et collective, de ces mécanismes qui donnent au peuple la conviction rassurante d’un avenir plus juste, plus ordonné, où seraient satisfaites ses aspirations naturelles et vengées ses humiliations. Il s’agit d’un étonnant mélange de foi et d’intérêt, porté par un personnage mystérieux de sauveur auto-proclamé, empêché et pénitent. Cet homme, hostile au monde tel qu’il est, devient le réceptacle de toutes les insatisfactions temporelles, qu’il transmue en une action positive et légendaire. Il s’agit enfin d’un étrange mécanisme, récurrent dans l’histoire humaine, qui met la subversion de l’ordre institué au profit non d’une inversion complète de ses valeurs mais d’une restauration légitime du monde tel qu’il devrait être, partant du réel pour aller vers l’idéal. Par sa maîtrise des sources, son sujet, son style, sobre et efficace, son choix comparatiste assumé, et son intelligence symbolique, voire psychologique, Le roi caché offre au lecteur un excellent aperçu de ce que peut, à son meilleur, la réflexion historique.

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