Forme contre forme : Vie des hommes non illustres, de Giuseppe Pontiggia

foule

Vie des hommes non illustres, Giuseppe Pontiggia, Albin Michel, coll. « Les Grandes Traductions », 1995 (Trad. François Bouchard ; Première éd. originale 1993 ; Titre original : Vite di uomini non illustri)

Plutarque écrivit, voici près de vingt siècles, ses fameuses Vies parallèles des hommes illustres, un des classiques les mieux connus et les plus essentiels de la culture occidentale. Le principe est connu, l’historien confronte une quarantaine de biographies, assemblées par couples ; chacun d’entre eux présente successivement un Grec et un Romain célèbres, et met en parallèle leurs caractères, leurs destinées ou leurs accomplissements. Ces Vies forment un massif presque intact, tenant à la fois de l’histoire, de la philosophie et de la morale – Plutarque ne s’est jamais caché de poursuivre un but avant tout éthique. Sa méthode comparative, si elle a été admirée, n’a jamais été véritablement reproduite. Et son travail, par sa construction audacieuse, demeure une des références lointaines de notre temps. Il n’est pas certain que, dans vingt siècles, on lise encore la Vie des hommes non illustres, de l’écrivain italien Giuseppe Pontiggia. Je ne sais ce que liront les hommes du XLIe siècle, je ne sais s’ils liront, je ne sais même pas s’ils existeront, ces lointains et putatifs descendants, mais il me semble improbable que ce petit livre ait, chez eux, la destinée du glorieux aîné sous l’égide duquel il s’est placé, au moins à titre de clin d’œil. Sa forme, d’ailleurs, est plus proche de celle des Vies imaginaires de Marcel Schwob que de celle des Vies de Plutarque. Il était cependant difficile de ne pas penser à l’auteur grec avec un tel titre ; après lecture, un autre nom s’impose, celui de Luigi Pirandello. Je ne veux pas dire par là que Pontiggia a littérairement l’importance du Sicilien – je ne le crois pas, même s’il reçut de son vivant les Prix Strega, Chiara, Brancati et Campiello. Il y a, en revanche, dans les textes que j’ai lus de lui un motif pascalien – non point tiré de Blaise Pascal, mais de Feu Mathias Pascal. Des hommes et des femmes, pris dans les rets de leur propre existence, paralysés par les formes que le regard des autres et leur caractère leur imposent, cherchent à s’en libérer, par une deuxième naissance. Excepté le premier et le dernier, aucun n’y arrive véritablement. Je n’ai pas connaissance de ce qu’Alberto Albertini, un chercheur italien, a dit de Pontiggia dans Nascere due volte: le straordinarie opportunità della scrittura di Giuseppe Pontiggia, paru à Brescia voici dix ans. Néanmoins, après avoir lu coup sur coup deux ouvrages de l’écrivain italien, il m’a semblé que le motif central de son travail était bien, comme le suppose le titre de cette étude critique, l’idée de renaissance à soi.

Composé de dix-huit courtes biographies, Vie des hommes non illustres propose en apparence une série de vies sans rapport entre elles, sinon qu’elles sont à peu près contemporaines, s’étalant de 1890 à 2018. En passant de Mauro Terzaghi, grand blessé de 1917 à Massimo Lovati, petit-bourgeois avare et médiocre, d’Elisa Giacchero, qui rêve d’écrire mais se le refuse, à Nena Prinzhofer, déchirée entre le romantisme de l’âme et la vulgarité du corps, ou encore à Ludovico Ghioni, dont l’exil en Argentine se passe fort mal, le lecteur fera avant tout la connaissance de personnages d’une complète insignifiance. Il émane d’eux un parfum commun d’amertume un peu rance, d’occasions manquées, de ratage. Toutes ces vies s’achèvent au jour du décès de leur sujet, énoncé avec la précision et l’absence d’émotion d’un officier d’état civil. La plupart – sauf la première et la dernière – aboutissent à un échec presque complet, une vie médiocre, erronée, fausse. Ces hommes et ces femmes non illustres ne sont pas seulement des quidams, des anonymes, ils sont tous des produits ratés de leur temps et de leur classe, des manifestations humaines de la bêtise bourgeoise et petite-bourgeoise, les symptômes d’un mal, une société formelle et asphyxiante. Aucun d’entre eux ne s’est illustré dans la vie. Est-ce à dire que la vie « non illustre » équivaut à l’échec ? Qu’il suffirait de s’illustrer pour s’épanouir et prendre une forme plus concordante avec soi ? Ce tableau sociologique et psychique d’une époque tend à le suggérer, mais je crois que ce n’est pas là exactement l’idée de Pontiggia. La fausseté de ces existences tient moins à leur obscurité qu’à leur figement dans des situations subies, nées de névroses personnelles ou consécutives aux erreurs d’autrui, en un mot, étouffantes. On touche, vous l’aurez deviné, au Pirandello d’Henri IV ou de Feu Mathias Pascal, ces deux personnages enfermés, l’un dans sa propre fiction, l’autre dans la fiction écrite pour lui par ses proches. Excepté la première et la dernière vie, aucune ne présente de point de fuite. Ce sont des objets littéraires clos, d’autant plus clos qu’ils s’ouvrent à la naissance du sujet et s’achèvent à sa mort. Les romans, les nouvelles, le théâtre s’intéressent généralement à des nœuds de vie, des instants, débutant et s’achevant in media res. Leur regard porte vers la profondeur ou vers le lointain, vers l’infini en soi ou vers l’infini hors soi. Or, en compilant sur quelques pages une existence entière, Pontiggia la ferme sur elle-même, la boucle dans un maigre espace où ne subsistent plus que quelques événements, et rien des pulsations, des désirs, des doutes, des espoirs, des rêves, bref, rien de la texture des jours. Ce sont là des squelettes de vies, des vies sans vie, des empreintes fossiles qui, en disant tout de la forme, ne disent rien du flux de la vie. À l’occasion, ces biographies rappelleront un peu celles de Dos Passos, dans U.S.A. : des faits, des dates, pas la moindre introspection, aucune prétention du narrateur à l’omniscience. Seulement, ces sections biographiques, chez l’Américain, s’intéressaient à des vies illustres.

La forme extrêmement serrée choisie par Pontiggia contribue à accentuer cet effet de claustration. Ses textes, articulés, jusqu’à la manie, par des séries de dates précises, nourris par un style factuel et glacial, n’offrent aucune respiration à l’écart des réalités banales de leur temps. Telle date, X naît. Telle date, il lui arrive ceci. Telle date, il se passe cela. Je schématise, bien évidemment, des dialogues, des instantanés animent un peu ces portraits. La forme narrative montre quoi qu’il en soit un excès de structure délibéré : il s’agit bien de tout figer, de tout enfermer dans de tristes cloisons chronologiques et biographiques. Cette Vie des hommes non illustres manque avant tout de vie. À la tentation romanesque, c’est-à-dire la mise en scène d’une continuité un peu fictive du récit historique et biographique, bâti par un narrateur omniscient, Pontiggia oppose les effets de collage, un montage habile et signifiant, un peu à la manière des historiens antiques, d’ailleurs. L’auteur cherche à paraître le plus extérieur possible à ce qu’il écrit – et ce n’est pas là une manie inconsciente d’écriture, tant un autre de ses livres, La Comptabilité céleste, montre de don pour l’introspection et l’analyse psychologique, jusqu’à l’exaspération du lecteur. L’effet de chaque vie tient donc moins à la conscience narrative qui l’anime explicitement qu’à l’habileté et au dynamisme du montage. Le narrateur s’efface complètement derrière son texte, qui semble tenir seul, tant les coutures et les jointures ont été dissimulées. Ce montage, plutôt réussi, rend l’exercice, par principe un peu répétitif et froid, moins statique. La conjonction d’éléments précis crée parfois, d’ailleurs, des effets comiques, mais d’un comique à froid, qui tient précisément aux contradictions des individus ou aux non-dits du texte. Pontiggia ne verse ni dans la facétie, ni dans le baroque ; au contraire, ses phrases sèches, d’une platitude si absolue qu’elle apparaît travaillée à l’extrême, éveillent le sourire tant elles sont écrites sur le ton délicieux de l’understatement. Le lecteur averti sait, sans qu’on lui en dise rien, ce qu’il peut penser de ce qu’il lit. À lui de décider s’il préfère manifester de la compassion ou se moquer.

J’évoquais plus haut l’idée de la renaissance à soi. Je pense qu’il s’agit bien du motif central du livre. La première biographie s’ouvre sur une étrange expérience de seconde naissance, menée physiquement, dans une baignoire, par un homme, Antonio Vitali, et sa maîtresse. La dernière commence par la soudaine prise de conscience, par le professeur Tornaghi, d’une renaissance personnelle. Ces deux hommes sont les seuls, à mon sens, à atteindre une seconde forme, plus ajustée, d’eux-mêmes. La mort les attend certes au bout du chemin, comme elle attend chacun de nous ; néanmoins, l’un – par un voyage solitaire en Égypte – comme l’autre – par la libération artistique dans une œuvre picturale – parviennent, dans de difficiles convulsions psychiques et physiques, à renaître. Ils disparaissent dans un état d’immense proximité à leur nature, proximité refusée aux seize autres personnages. Je ne peux évidemment pas résumer toutes ces vies. Elles peuvent toutefois être classées en deux catégories majeures. D’une part sont regroupés ceux qui refusent la deuxième naissance. Ils se sont enfermés dans une forme inauthentique, et n’ont ni en eux ni autour d’eux les ressources pour briser cette forme, se libérer, et renaître. Buti s’obstine, par réaction, dans son matérialisme ; Corridoni se croit inférieur ; pour Lovati, seul l’argent a un sens ; Marinoni ne cherche qu’à nuire ; de Capitani ne veut pas être un héritier ; Garavaglia n’est pas capable de prendre conscience de son conformisme ; Venturini est écrasé par un modèle inaccessible ; Pinzauti ne parvient pas à comprendre ce qu’on lui demande ; Cuomo s’enferme dans une relation trouble et débilitante avec sa mère. Par leurs blocages intérieurs, ces hommes et ces femmes n’arrivent pas au stade de la prise de conscience ; leur névrose les condamne. Si prise de conscience il y a, à l’occasion, eh bien ! comme dans Le K, de Buzzatti, elle arrive trop tard. D’autre part se tiennent ceux qui cherchent la renaissance, sans l’atteindre. Bertelli navigue entre diverses spiritualités sans trouver celle qui lui convient ; Premoli veut se transformer dans l’amour ; Prinzhofer hésite sans jamais choisir entre son romantisme éthéré et sa sensualité ; Giacchero ne parvient pas écrire ; Ghioni pense à tort que le lointain géographique le libérera ; Molteni ne réalise pas son rêve d’actrice ; Terzaghi voit dans les aventures adultérines un moyen de devenir un autre. Ici, ces personnages ont bien conscience d’avoir adopté des formes fausses, mais ils n’atteignent pas de nouvelle forme, leur deuxième naissance n’est qu’un douloureux avortement.

Vie des hommes non illustres apparaît comme une coupe presque sociologique dans son époque. Deux traits frappent particulièrement : l’adultère et le salut par l’art. Presque tous les personnages connaissent une existence sentimentale perturbée par l’adultère, qu’il soit perpétré ou subi. Nés pour moitié entre 1890 et 1905 et pour moitié entre 1930 et 1935 – une seule exception à cette règle, Claudia Bertelli, née en 1949 – les personnages ont connu une époque où le mariage était un contrat presque indissoluble, une machinerie sociale dont les rouages étaient huilés par l’adultère. Leur vie obscure et factuelle se résume souvent à l’enchaînement rencontre/mariage/enfants/adultère. La banalité de la vie petite-bourgeoise tient aussi à cela, à l’ordinaire récurrence de motifs universels : on naît, on convole, on copule, on engendre, on se déchire, on meurt. Le réalisme froid des textes de Pontiggia alimente une impression – justifiée – de misère sentimentale et spirituelle. La possibilité même d’un élan est, comme chez Michel Houellebecq, dont il partage la noire ironie, cassée immédiatement, tant par la platitude d’un détail connexe que par celle de la phrase. Il n’y a pas d’envol possible ; et celui qui y croit se leurre ; il se ridiculise dans l’instant. Comme remède à cette misère, l’auteur nous inflige hélas le pont aux ânes de la pensée contemporaine, le salut par l’œuvre, par l’art, par l’écriture ou la peinture. C’est ainsi que Tornaghi renaît à lui-même – bien aidé en cela par un amour impromptu – c’est ainsi, on le sent, que Giacchero et Molteni eussent dû renaître, l’une par l’écriture, l’autre par la scène. Je l’ai déjà dit par ailleurs, il me semble qu’il y a là une confusion entre réalisation personnelle et œuvre, entre le fait, excusez la bêtise de la formule, de « devenir soi » et celui de créer. Les artistes, pour qui œuvrer fut une renaissance, produisent souvent ce discours du salut par l’art, tirant de leur situation une leçon de vie générale. Je suis fort sceptique à cet égard ; je suis là les leçons (entre autres) du vieux Claudel, selon qui la vocation était avant tout malédiction. Œuvrer est une souffrance, créer est une douleur, accoucher est un tourment. Bien sûr, pour une minorité, qui ne peut faire autrement, la création artistique offre une réalisation de soi, une manière de renaître, d’assumer une forme qui soit conforme à ses espérances, à ses aspirations, à son essence peut-être. Mais pour une large majorité, la création ne peut être que frustration, médiocrité, erreur. Les artistes, parce qu’ils produisent l’arrière-fond narratif et interprétatif de notre structure mentale, nous proposent – sans toujours en être conscients – une voie qui ne convient qu’à eux. Pontiggia n’illumine ces vies sinistres que de deux perspectives : l’amour – passager et toujours condamné – et l’œuvre – la seule perspective tangible à terme.

En cela, Vie des hommes non illustres colle à une époque, le XXe siècle, à l’illusion que la vie ne peut trouver sa libération que dans une renaissance, passant d’une forme figée vers une autre, plus authentique, plus fluide, créatrice. Renaître équivaut alors à accoucher, dans un même geste, de soi et d’une œuvre – perspective autorisée à quelques-uns seulement. À défaut, la vie ne peut être qu’un échec, un fastidieux alignement de déjà-vu, déjà-vécu, déjà-subi s’achevant, bien avant la mort, par une longue stase calcifiée, une existence de mort-vivant. La quête de vie bonne des moralistes, des philosophes, des sages, stoïciens, épicuriens, platoniciens, etc. se résume alors, étroitement, à la seule perspective de l’artiste, créer pour se libérer, pour devenir soi. Il est permis, assez légitimement, de ne pas suivre Pontiggia sur ce terrain. Comme Pirandello avant lui, il voit dans la vie une dynamique dialectique entre la vie et la forme, entre l’onde et le corpuscule, entre le mouvement et la stase. Privée de l’oxygène de la renaissance à soi, la vie s’asphyxie dans ses névroses, se rétracte, se racornit à force d’erreurs et de mensonges. Se lit ici, mise en forme, non sans efficacité, fictionnalisée, la même banale leçon de sagesse dans laquelle nous baignons au quotidien, sagesse naguère adaptée, mais dont l’adéquation à notre époque me paraît de plus en plus discutable. Ce n’est pas un hasard que Pontiggia ait choisi des vies s’étalant pour la plupart entre 1890 et 1980. Au-delà, son discours ne tient plus. Ma théorie, si théorie j’ai, et j’assume qu’elle me soit personnelle, et qu’on ne la partage pas, c’est que la vie, de nos jours, n’a plus besoin de s’échapper de la forme. Il n’y a plus de forme. Dans notre temps informel, temps de fluidité, de virtualité, d’instabilité, c’est bien la forme qui manque. Un univers flexible a besoin de fluidité comme l’océan d’eau ; Narcisse-roi n’a pas besoin de devenir lui-même, il l’est déjà, jusqu’au vertige ; l’art et l’amour ne lui seront d’aucun secours contre le mal de notre époque, la névrose d’être soi. Si ce roman de Pontiggia doit survivre à son époque, ce sera à ce titre, comme un témoin d’une époque révolue, celle où l’on croyait qu’il fallait, pour être soi, pour être heureux, simplement renaître.

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4 réflexions sur “Forme contre forme : Vie des hommes non illustres, de Giuseppe Pontiggia

  1. « La névrose d’être soi », dites-vous, Laurent Carlier, er en effet, et quand on les entend ajouter « être moi-même », ce « même », quel aveu, qu’il est clos, fort-clos…
    Félicitations pour votre prolongement réflexif.
    Jean-Philippe Domecq

    • Merci, cher Jean-Philippe Domecq, pour votre commentaire.
      Quand j’évoque les névrosés du narcissisme, j’ai toujours peur de désigner là un lieu commun (trop ?) inspiré par la pensée de Christopher Lasch, auteur que j’ai beaucoup lu. Ses écrits me paraissent très importants par le dévoilement qu’ils opèrent de points aveugles de notre fonctionnement social, individuel et collectif. Une fois remarqués, on ne peut plus faire comme s’ils n’existaient pas…
      Cet auteur est passé, désormais, je crois, et à raison, dans le « Canon » (ou ce qui en tient lieu) de la pensée critique contemporaine.

  2. Pardon encore de vous déranger cher auteur inconnu, mais ce qui selon moi, caractérise notre époque tient davantage au scandale devant la forme du paradoxe qu’a l’absence pure et simple de forme (car le paradoxe de la réalité est bel et bien une forme; forme dont certains siècles avaient la connaissance de la manière, de la façon de le travailler: ex la grande passion du moyen age pour le cloitre, ou forme du héros dans l’antiquité, celui qui se sacrifie pour le bien être général …. on en pense ce qu’on veut, reste que ici l’homme se donnait les moyens réels de la mort a soi-même et de la renaissance … ce qui caractérise notre temps par contre c’est la confusion de tous les plans et l’absence de teleologie dans la passion qui en découle et fermente dans l’horizon rédimé de l’esprit a courte vue petit bourgeois), c’est a dire au refoulement de l’esprit et du paradoxe salvateur, qu’au fait que l’univers n’a plus de forme (car il se peut très bien que nous n’ayons qu’une idée sans connaissance possible de sa forme, de la même façon que le sens de l’être ne peut se réduire a aucun savoir, et encore, il se peut très bien que le réel soit un système mais que ce système de l’être de fait nous échappe quoique nous en ayons une vague idée), puisqu’il en a une qui est contradictoire en soi (mise en évidence dans tous les domaine de l’humain, science antropo, socio, linguistique, esthétique, philo etc…), mais au manque de passion et a tout le moins au manque d’humour capable d’intégrer a la raison le dépassement de la raison, au manque de cœur pour reprendre les thermes de Feuerbach dans l’essence du christianisme, passion sans laquelle l’humanité ne sait plus faire avec la matière première du paradoxe dont est fait l’obscur objet du désir et qui a proprement parlé relève du sacré (le don excellent et parfait étant aussi un choix, a la fois quelque chose que l’on se donne et quelque chose qu’on reçoit parce qu’on est incapable de se le donner)… par ailleurs il ne faut pas (selon moi) oublier que la renaissance en terme de conversion spirituelle n’est pas une simple transformation de soi en soi, mais bien l’aufhebung (pour faire vite) de l’échec en victoire, la transformation de la matière noire en lumière, l’évacuation de narcisse a la pensée scandalisé par la nature du paradoxe réel de la réalité, auquel se substitue, le nouvel Adam, l’homme-dieu, le théantropique désintéressé et amoureux de la répétition d’une intention transcendante œuvrant le monde, qui incite plutôt a penser la renaissance en terme non de création de soi par soi (qui est plutôt la réflexion relative a la pensée de son échec, a la faillite nécessaire de toute éthique devant la mort, dont la conscience est nécessaire cependant pour que l’impossible devienne possible), mais de manière a se laisser tout au contraire créer par un Autre dont on répète l’intention par laquelle il nous crée, et qu’on ne peut reproduire, répéter sans a la fois avoir l’impression de la construire nous-même et se de défaire de cette illusion(et c’est cet Autre qui est en soi paradoxal, qui implique qu’on se rapporte a lui comme a quelque chose qu’on projette comme ne pouvant pas l’avoir nous-même projeté); mais désormais, dans ce monde de petits bourgeois obsédés par les calculs au plus court termes on ne sait plus prendre le temps du concept, laisser au temps le temps de révéler la réalité de l’intention qui nous pose nous-même dans la réalité qu’on a de plus en plus de mal a rejoindre parce qu’on manque et du pathos et de la langue qui désigne cette situation pour le faire…. bien a vous, jerome.

  3. Je viens de lire cette phrase de Jünger : « Il est des temps de décadence, où s’efface la forme dans laquelle notre vie profonde doit s’accomplir. » Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre
    Sa lecture m’a immédiatement rappelé ta réflexion.

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