Cocteau, ô Cocteau !

J’avais beaucoup aimé lire, voici quelques années, Paris, ô Paris !, recueil d’articles des années 50, composés par l’écrivain et journaliste italien Alberto Arbasino (paru aux éditions du Promeneur, où les amateurs trouvent toujours matière à satisfaire leurs appétits italiens). C’était à l’époque où, bien introduit à Paris, encore capitale du XXe siècle artistique, on pouvait rendre visite successivement à Céline, Mauriac, Cocteau, Jouhandeau, Malraux, Paulhan, Camus, Simenon, Léger, Miller, Picasso, Sartre, Aragon, Robbe-Grillet, Aron, Wahl, de Roux, Breton ou encore Julien Green – la liste reste ouverte. Arbasino les rencontra presque tous, livrant à la presse italienne quelques tableaux, souvent doux-amers, parfois sarcastiques, d’une certaine réalité parisienne et littéraire. À l’inverse du respectueux Eugenio Montale (voir le recueil En France, paru à La Fosse aux Ours), envoyé en France à peu près à la même époque, prenant religieusement en note les plus profondes pensées des grands esprits, le jeune Arbasino, âgé alors d’une vingtaine d’années, n’était pas toujours bienveillant avec ceux qu’il rencontrait. Les idoles littéraires, saisies dans leur intimité, étaient ramenées à des proportions plus humaines, à cet en deçà de l’œuvre qui caractérise l’écrivain observé à un instant parmi d’autres de sa vie privée. Le transalpin avait pour lui, il est vrai, l’insolence de sa jeunesse. Il portait un regard acéré sur ses interlocuteurs, usant avec adresse, dans ses textes, du petit détail moqueur et signifiant – ainsi François Mauriac, pontifiant gravement, chez lui, sur les rapports de l’Église et de la Démocratie Chrétienne, vêtu d’un veston croisé, de sa légion d’honneur et… de pantoufles ornées de la figure joviale de Mickey Mouse.

Dans ces portraits, l’auteur ne juge jamais explicitement, il expose, compose, coupe et par là, émet une forme d’opinion tout en sous-entendus. Les effets de juxtaposition, les incongruités, les citations font la saveur de ces articles gentiment moqueurs. L’irrévérence du jeune Alberto Arbasino divertit encore aujourd’hui, même si l’auteur est désormais un vieux monsieur de 84 ans, dont les œuvres, consacrées, sont parues récemment à la « Pléiade » italienne, I Meridiani. Après quelques hésitations, j’ai choisi un des chapitres qui m’avaient le plus amusé alors – peut-être, aussi, parce que l’œuvre et la personnalité de son sujet m’ont plus souvent agacé que touché.

La cuisine d’un académicien

Le nom de Palais-Royal pourrait suggérer des souvenirs imagés, des nobles rêveries ; mais l’on sait bien que l’immense édifice à arcades, avec ses jardins au milieu, est subdivisé en des centaines de petits appartements et boutiques, petits et même misérables ; dedans, il y a de tout. À intervalles réguliers, des escaliers larges ou étroits s’ouvrent sur des ruelles discrètes et sombres : comme l’ombreuse rue de Montpensier.

Sur le premier palier s’entrouvre une porte ; et la gouvernante qui répond durement au téléphone passe la tête en s’exclamant comme au théâtre : « Mensonge ! Mensonge ! Monsieur n’attend personne ! Monsieur ne téléphone jamais à personne ! » Derrière elle, à un mètre, on entend Monsieur qui hurle au téléphone : « Je ne parle jamais au téléphone ! » dans un tourbillon de chats siamois noisette, à la queue et aux oreilles marron sombre. L’un d’eux s’échappe par la porte : sera-ce la faute du visiteur ? Et tant pis si celui-ci observe qu’un de plus ou de moins, quelle différence cela fait-il, dans quelques mètres carrés ? « Mensonge ! » répète la gouvernante, offensée, tandis que les chats se pressent et débordent sur les marches : quelle odeur ! « Vous n’avez jamais, jamais parlé à Monsieur ! » Et pourquoi donc ne pas demander directement à Monsieur si c’est vrai ou non ? Et, après avoir traversé et retraversé les chats, aussitôt calmée et amadouée : « Que voulez-vous ! Il faut bien que nous nous défendions ! Il y a toujours quelqu’un qui tente d’entrer à la maison ! »

Et la maison de Cocteau est vraiment très petite. Entre-temps, silencieux et envahissant, est arrivé sur le palier un vieux monsieur, tout en gris clair et tout respect. Nous sommes introduits ensemble et l’on nous installe, moi dans la cuisinette et lui dans les toilettes, portes ouvertes sur la petite entrée. Invités de manière aimable et globale à nous asseoir où nous pouvons, nous prenons place sur un escabeau et sur le siège.

On ne voit qu’une autre pièce dans l’appartement, lit-séjour-atelier, pleine de chats ; et le Poète, le visage hilare et enflammé, va de l’une à l’autre, nu sous un simple peignoir blanc de tissu-éponge. Je voudrais bien avoir à son âge la même peau que lui ! Il est lisse, rose, beau.

Le vieux monsieur dans les toilettes, vêtu d’une symphonie de gris sur une note fondamentale couleur souris, gants à la main, canne qu’il ne pose pas, parapluie, chapeau et rosette de la Légion d’honneur, est un de ces vaniteux qui ont le désir effréné de devenir académicien, et qui dans ce but font la tournée de ceux qui le sont déjà, pour les assaillir et les étouffer de bassesses et s’assurer ainsi leur voix. Enfermés tous deux dans les toilettes, ils se répètent en hurlant « Cher Maître » et « Cher Monsieur », chacun tentant d’avoir le dessus dans cet exercice de charme.

« La seule chose qui m’a fait plaisir là-dedans, déclame celui qui est déjà académicien, c’est qu’ils m’ont reçu non pas tant comme un maître, mais comme un mauvais élève !

– C’est cela, c’est bien cela, confirme, haletant, celui qui ne l’est pas encore. C’est vraiment cela, c’est tout à fait cela, les autres académiciens vous ont honoré comme quelqu’un qui vient d’un autre pays ! Comme le représentant d’un territoire qu’ils ne connaissent pas ! Un galopin !

– Oh oui ! oui ! commente l’académicien, très content. Et moi, je me suis laissé accueillir surtout en pensant qu’entrait avec moi sous la Coupole un délégué de tous ceux qu’on prétend refuser : un contrebandier du non-conformisme. La révolte, toujours, n’est-ce pas ! »

Dans la cuisine, au milieu de petits placards blancs de menuiserie, avec des chats jusque sur la tête (je ferai semblant de les aimer), la gouvernante se déboutonne immédiatement en des confidences de servante. Elle tente d’abord de tout raconter sur elle-même. « Qu’est-ce que vous croyez ? me fait-elle, ici, ce n’est qu’un trou, rien d’autre qu’un pied-à-terre, mais à la campagne, à Milly, Monsieur a un immense château, qui est sa véritable maison, un château ancien avec plein de salons, où il vit avec son fils adoptif, qui était ferblantier avant, et toujours des invités, toujours des invités…

« Monsieur ne fait pas attention à l’argent. Il dit que ce n’est pas important, et il se contente de rien. Il n’en a jamais eu beaucoup, mais autant il en rentre, autant il en sort. C’est qu’il fait tellement de bien… Regardez ça, regardez ça. »

Et dans un petit buffet, entre assiettes et sucriers, elle montre les paquets de lettres : prêtres de campagne, ambassadeurs, universités étrangères, publications officielles de l’Académie… « Regardez celle-là : c’est trois grands jeunes gens de Venise qui me l’ont envoyée, grands et gros, ils riaient tout le temps, ils remplissaient toute la cuisine, et gais, gais ! des gens des arts, de la couture, toujours envie de plaisanter, mais je ne sais pas si Monsieur pourra, il est tellement pris… »

«… Mais le plus important, c’est qu’on me nomme docteur honoris causa d’Oxford ! lance celui-ci en ressortant des toilettes, et j’aurai robe jaune et toque noire, et je serai très bien ! Tous les mauvais chemins mènent à Oxford ! L’école buissonnière est parfois plus avantageuse que les grandes routes recommandées par les guides officiels de l’esprit ! Je suis en train de préparer le discours aux étudiants, naturellement sur la poésie : la poésie est une solitude effrayante, une malédiction de naissance, une maladie de l’âme… Contagieuse ! … La poésie est une arme secrète, dangereuse, précise, au tir rapide, et qui parfois ne touche son but qu’à des distances incalculables… La poésie, au lieu d’orner de vocables certaines idées, puise sa pensée dans les vocables…. Elle trouve d’abord et cherche après ! … Déshabillez l’âme ! Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi ! » Un ambassadeur anciennement en poste à Rome téléphone de Marseille, et il se précipite alors dans la petite entrée : « Comment va le Saint-Siège ? »

L’antichambre, qui est un véritable trou, devient une cabine quand on ferme les portes recouvertes d’ardoise, sur lesquelles sont écrits à la craie les noms et les numéros de téléphone les plus importants. Il y a encore Gide, peut-être parce que, lors de l’élection de l’académicien, on répétait d’un air d’autorité : « Si Gide l’apprend, il va se retourner dans sa tombe. » Et le poète, prompt : « Comme si, de son vivant, il ne l’avait jamais fait ! »

Il reparaît aussitôt. « Je n’écris plus ! Suffit ! Je le dis toujours à Picasso : écrire, c’est vraiment « s’enfermer », c’est un travail, et un travail pénible. Et pour qui, du reste ? Pour des lecteurs que vous ignorez, pour des étrangers qui ne vous connaîtront qu’à travers des traductions ! Au contraire, pour le peintre, c’est tellement plus facile : tout le monde, même les étrangers, même les âmes simples, tout le monde est en mesure de comprendre son travail. Et puis c’est beaucoup plus amusant. Ainsi, je me repose en peignant. J’ai deux œuvres importantes en cours : la salle des mariages à la mairie de Menton, beaucoup de mètres carrés de fresque. Et je suis en train de restaurer une chapelle de pêcheurs, à Villefranche. Elle tombait en ruine, abandonnée par tout le monde, on y mettait les filets et les casiers. Mais maintenant nous l’arrangeons : ce sont des souvenirs de jeunesse qui reviennent, ces pêcheurs ont des fêtes secrètes superbes, ils brûlent une barque la nuit de la Saint-Pierre… »

C’est à présent Genet qui téléphone (les interlocuteurs sont annoncés comme dans les programmes de variétés), avec une verbosité interminable. On entend qu’il ne cesse de se plaindre. (Et nous au contraire, en enfants modèles, toujours là avec notre bonne éducation stoïque…) J’en profite pour regarder les photomontages, il en possède tellement : certains épigones les lui préparent, et il les trouve divins.

Voici Picasso qui peint en short et chemisette d’Américain, et Sacha Guitry habillé en Napoléon : mais le visage est toujours celui de l’académicien. Et lui encore, sur une de ces incroyables photographies de Pie XII (qui lui ressemble énormément) avec des agneaux à ses pieds et des petits oiseaux sur les mains, regardant Jésus. Puis un Montherlant costumé en toréador dans l’arène, toujours avec le visage de l’académicien, tandis que la tête de Montherlant, les joues creuses, les cheveux courts et l’air courroucé, est allée finir sur le petit corps de Louison Bobet qui gagne une étape du Tour de France, avec une moue.

Quand il réapparaît, le Poète a au cou une écharpe blanche de soirée, et il annonce qu’il est aussi fatigué du théâtre. « Pirandello avait raison, il me le disait toujours : la véritable scène est une rue italienne, avec beaucoup de spectateurs aux fenêtres, et tout un peuple d’acteurs magnifiques qui jouent du matin au soir. Bien autre chose que ces cabotins de théâtreux professionnels. Je voudrais pouvoir aller plus souvent en Italie. Elle m’enchante, elle me ravit. »

Nous nous levons, il faut passer dans la chambre à coucher, tendue d’un magnifique velours vert. «… Du reste, au théâtre, ne me plaisent que ces choses où, à la fin, tout le monde s’explique, ils s’avancent et disent tout, ils partent, arrivent, meurent, ou bien se marient. » Il se lève d’un bond, et retourne dans les toilettes pour être un peu avec l’aspirant académicien.

La cuisine se remplit de nouveaux arrivants. « Notre époque est celle de la hâte, et la jeunesse moderne en est victime parce qu’elle fait de l’auto-stop moral au lieu d’écrire à la main. » Sans les regarder, il revient sur le lit où je suis assis et s’exclame, enthousiaste : « Les Mille et Une Nuits ! Maciste et la Vamp ! », et il entame une série de déclarations sur le cinéma. Totalement raté, dit-il : ce n’est que retour du mauvais goût, et bâtons dans les roues des jeunes.

« Vous voyez, me fait-il avec ardeur, le grand mauvais goût est une chose magnifique ! Ce qui fait peur, c’est le mauvais goût du bon goût, vous comprenez ? Si l’on peut dire : le mauvais goût avec la pédale douce… »

Il saisit un chat, le repose, court téléphoner à Gabriel Marcel. Il revient après avoir changé d’écharpe. « En ce moment, je me refuse à faire du cinéma. » La gouvernante vient lui remettre une liste d’appels téléphoniques. Elle dit qu’une célébrité (avec un clin d’œil) a déjà appelé quatre fois.

« Pourquoi devrais-je faire, moi, des choses qu’on empêche les jeunes de faire ? J’aurais honte, j’aurais l’impression de profiter de la position de celui qui a tous les avantages. Je préfère rester dans l’opposition, dit-il. Et puis, dès lors que toute cette affaire n’a vraiment plus rien de commun avec la culture, en quoi voulez-vous qu’elle m’intéresse ? Ces producteurs qui cherchent à descendre toujours plus bas, et qui font tout pour ne pas élever le niveau, agissent d’ailleurs de la façon la plus aveugle. L’Éternel Retour est un film qui a gagné des sommes énormes : et pourtant, comme j’ai dû me disputer pour imposer ce sujet ! Tout le monde me disait : « Ils meurent à la fin, c’est triste et cela ne fait pas recette. » On l’a bien vu ! »

On entend protester à haute voix. À la porte, la gouvernante est en train de chasser quelqu’un.

« Et d’ailleurs il est honteux que les jeunes n’aient pas aujourd’hui la possibilité de travailler. On se méfie d’eux et on leur demande : « Qu’est-ce que vous avez fait jusqu’ici ? » Avant même de confier une tâche, on veut déjà voir des résultats. Mais si l’on ne commence pas par les faire travailler, quels résultats attend-on ? Et pourtant il y a des jeunes très compétents, ils pourraient faire d’excellentes choses. L’auteur du Sang des bêtes, tout sur les abattoirs, vous l’avez sans doute vu ! Il a l’intention de faire un film d’après l’un de mes livres, et moi aussitôt, pour l’aider, je lui ai donné gratis tous les droits. Mais les producteurs n’ont pas confiance, ils viennent ici me demander : « Mais c’est vous qui faites ensuite la supervision ?… » Quelles sottises ! Moi, ce garçon, j’ai confiance en lui, il est capable de très bien faire tout seul, je le sais. Mais en attendant, la chose n’avance pas. » Il fait tristement la tournée de la cuisine et des toilettes, où il recueille de nouveaux tributs d’admiration, et il revient réconforté pour parler de ses nouveaux projets.

« … Qui ne sont d’ailleurs pas des vrais projets, parce que, si je faisais un film aujourd’hui, je voudrais faire un film « de jeune », qui coûte très peu, peut-être même en me rattachant au Sang d’un poète. J’aimerais décrire la journée d’un écrivain, mais « tout faux », faux au sens de Picasso. La véritable journée intérieure de notre « moi » profond. Ce qui se passe dans l’âme du poète n’est pas moins incroyable que les mœurs des Mongols : Marco Polo les décrivait et on ne le croyait pas. Du reste, l’art est un scandale d’exhibitionnisme avec pour seul prétexte qu’il se pratique devant les aveugles : il faudrait un Champollion de l’écriture pour en déchiffrer les énigmes, pour l’artiste lui-même aussi… Et avec tout cela, affirme-t-il, péremptoire, j’ai horreur des œuvres d’imagination.

« Ce n’est pas le travail du théâtre, ou le film, reprend-il, qui m’intéresse : c’est autre chose. Je crois que l’on peut trouver des indications précieuses dans la littérature populaire, qui est toujours en avance sur le roman littéraire… Parce que, dans ce dernier, on parle en se disant encore : « Monsieur, Madame… », et, par ailleurs, nous en sommes déjà à la science-fiction, où les personnages découvrent d’autres dimensions dans la leur, vous comprenez ? » dit-il confusément, cependant que la foule de ses disciples se presse et s’entasse à la porte.

La cuisine et les toilettes ne suffisent plus à les contenir. Toutes les portes s’ouvrent toutes grandes, et nous nous mettons debout pour écouter le finale.

« Aujourd’hui, la bêtise se voit davantage », affirme l’académicien, et il noue bien serrée la ceinture du peignoir blanc. « C’est inédit », ajoute-t-il.

Les chats siamois mangent du pain et du lait, les acolytes et les prosélytes l’entourent d’une approbation sincère.

« Elle se voit davantage parce qu’elle a droit à la parole. Aujourd’hui on interroge la Bêtise en public, et elle accorde des entretiens. Cela aussi, c’est inédit. » Il se tourne vers tous ses admirateurs, et il martèle : « AUJOURD’HUI, LA BÊTISE PENSE ! »

(Printemps 1956)

Paris, ô Paris, Alberto Arbasino, Le Promeneur, 1997 (trad. Dominique Férault) (Première éd. originale 1995) , pp. 47-54

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2 réflexions sur “Cocteau, ô Cocteau !

  1. Votre sélection du Cocoteau sur le vif confirme l’épinglage le plus économique du monde et même du mondain: « Un cocktail, des Cocteau » (André Breton). Tonique, merci donc!
    Jean-Philippe Domecq

  2. Merci cher M. Domecq, je ne connaissais pas cette amusante formule de Breton.
    Pour trouver un Cocteau moins figé dans sa propre caricature que chez Arbasino, un Cocteau encore poétique et lunaire, il vaut mieux piocher dans la seconde partie du Journal de l’Abbé Mugnier, qui contient quelques beaux aphorismes, pris sur le vif par le diariste déjà chenu.

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