Pratiques de lecture

Ci-dessous un extrait du livre de Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantômes, dans lequel ce dernier explore son rapport aux livres.

« Les avez-vous tous lus ? » Non, bien sûr. Ou peut-être. En fait, je ne sais pas. C’est complexe. Il y a des livres que j’ai lus et oubliés (beaucoup), et certains que je n’ai fait que parcourir et dont je me souviens. Donc pas tous lus mais tous feuilletés, humés, soupesés. Ensuite, l’ouvrage prend trois directions possibles (je parle des livres choisis, acquis par moi et donc déjà « sélectionnés », et non pas des livres reçus) : lecture immédiate ou à court terme, lecture pour plus tard (cela peut prendre des semaines, des mois, des années si les circonstances sont particulièrement défavorables et l’afflux trop important, cela s’appelle des « piles de livres à lire ») ou bien à ranger dans les rayonnages. Ces livres-là aussi ont été, d’une certaine manière, « lus ». Ils sont classés quelque part dans mon esprit comme dans ma bibliothèque. Ils serviront un jour, je ne sais quand, je ne sais à quoi, mais ils ne sont pas là par hasard. Il faudrait aussi parler des livres qu’on a lus et qu’on a ratés, de ceux avec qui ça ne marchera jamais, parce que, malgré leur génie, ils ne nous correspondent pas, de ceux qui ont besoin d’être relus pour être assimilés, de ceux que nous avons envie de relire par pur plaisir, de ceux qu’on n’ouvrira sans doute jamais plus mais on n’a pas envie de se séparer, de ces auteurs qu’on se promet de relire intégralement un jour ou d’enfin découvrir, etc. « En vérité une bibliothèque, quelle que soit sa taille, n’a pas besoin pour être utile qu’on l’ait lue entièrement ; chaque lecteur profite d’un juste équilibre entre savoir et ignorance, souvenir et oubli », Alberto Manguel. Sénèque allait jusqu’à considérer les trop nombreux rouleaux de la bibliothèque d’Alexandrie comme des « décorations de salle à manger ».

« Mais vous avez une méthode de lecture rapide ? » Oui, bien sûr, et une seule : cela fait cinquante ans que je passe une grande partie de mon temps à lire toutes sortes d’ouvrages, dans toutes sortes de circonstances, à toutes sortes de fins. Comme pour n’importe quelle activité devenue familière (manuelle, artistique ou sportive), cela donne forcément une relation quelque peu spéciale avec l’objet en question, en l’occurrence la chose imprimée (« Des années de travail sont nécessaires avant que les rouages cérébraux de la lecture, bien huilés, se fassent enfin oublier », Stanislas Dehaene). L’important n’est pas de lire vite, mais de lire chaque livre concerné à la vitesse qu’il mérite. Il est aussi dommageable de passer trop de temps sur certains que d’en lire d’autres trop vite. Il y a des livres que l’on connaît en les feuilletant, d’autres qu’on ne saisit qu’à la deuxième ou troisième lecture, d’autres encore qu’on peut relire toute sa vie avec profit. Un polar se lit en quelques heures, mais préparer un cours sur quelques pages de The Waste Land de T.S. Eliot demande plusieurs jours. Le comble du déséquilibre entre le temps passé sur un texte et sa longueur étant sans aucun doute de faire un exposé sur le célèbre monostiche (ou monostique) d’Apollinaire « Et l’unique cordeau des trompettes marines » ! Écrire un article de presse sur un ouvrage qui vient de paraître exige – du moins en ce qui me concerne – deux lectures : la première pour découvrir le livre en tant que lecteur innocent, la seconde pour mettre de l’ordre dans ses impressions et ses idées. Et puis, en fait, on oublie la plus grande partie de ce qu’on lit. Pierre Bayard dans Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ? (Minuit, 2007) a brillamment disserté sur le fait que nous étions tous amenés à parler de livres que nous n’avions pas lus, et dont nous avions seulement entendu parler. Un peu trop bruyamment, d’ailleurs, la somme de lectures que l’on sent derrière son propos étant en contradiction flagrante avec sa thèse. Il évoque aussi l’oubli dans lequel tombent la plupart de nos lectures : « Il est d’abord difficile de savoir avec précision si l’on a ou non lu un livre, tant la lecture est le lieu de l’évanescence. » Car même lorsque le livre a vraiment été lu, et assez bien pour qu’il ait pris une place spécifique dans notre esprit, il ne reste parfois que le souvenir de l’émotion ressentie à la lecture et plus rien de précis de son contenu (on offre le livre des années après parce qu’on se rappelle l’avoir beaucoup aimé et l’on est incapable d’en parler avec le récipiendaire parce que les détails s’en sont totalement effacés).

Stanislas Dehaene montre dans Les neurones de la lecture (Odile Jacob 2007) ce que l’avènement de la lecture a eu de singulier dans l’évolution humaine. Il s’agit d’une activité de notre cerveau relativement récente : l’invention babylonienne de l’écriture remonte à 5400 ans et celle de l’alphabet à 3800 ans, c’est-à-dire trop récemment pour que notre génome ait eu le temps de se modifier afin de développer des circuits cérébraux propres à la lecture (« Comment l’architecture cérébrale d’un étrange primate bipède devenu chasseur-cueilleur s’est-elle ajustée aussi finement, en quelques milliers d’années, aux difficultés que soulève la reconnaissance de l’écriture ? » Stanislas Dehaene). Cette faculté ressentie individuellement comme magique constitue donc aussi un évènement improbable sur le plan de l’évolution humaine, et l’un des aspects les plus surprenants de notre fonctionnement cérébral. La lecture, en recueillant d’abord des informations (sans doute de compatibilité commerciale, de traces d’échanges et de redevances), a permis de passer ensuite à la notation de réflexion plus gratuite, de les transmettre à distance et, en les léguant aux générations suivantes, de favoriser leur accumulation et leur enrichissement constant. Avec l’écriture, et donc la lecture, l’homme n’a pas effectué un saut culturel simplement quantitatif, il a mentalement changé d’échelle. Il est devenu un être pensant complexe. (« Homo sapiens est le seul primate capable de pédagogie, dans la mesure où lui seul sait prêter attention aux connaissances et aux états mentaux d’autrui à des fins d’enseignement. Non seulement nous transmettons activement les objets culturels que nous jugeons utiles, mais – et cela est particulièrement évident dans le cadre de l’écriture – nous les perfectionnons intentionnellement. Voici plus de 5000 ans, les premiers scribes découvrirent un pouvoir caché du cerveau humain, celui d’apprendre à transmettre le langage par les yeux », Stanislas Dehaene).

Rien d’étonnant à ce que la lecture soit encore ressentie comme une activité unique. Et dans mon cas, il y a toujours de l’euphorie à mettre une réalité derrière le simple nom d’un auteur ou derrière le titre d’un ouvrage (« Je lis sans choisir, simplement pour entrer en contact » Walter Benjamin). Non lu, un livre n’est au pire qu’un ensemble de lettres, au mieux une vague et, souvent fausse, image née de ce que l’on a entendu dire. Prendre un livre en main et découvrir ce qu’il contient vraiment revient à donner de la chair, c’est-à-dire une épaisseur et une densité qu’il ne perdra plus jamais, à ce qui jusque là, n’était qu’un mot. Par exemple, pour quelqu’un n’ayant jamais lu le roman de Knut Hamsun, Pan n’est qu’un ensemble de trois lettres signifiant habituellement une des divinités de la nature. Lu, il reste à jamais lié aux odeurs et aux bruits de la forêt derrière la hutte dans le Nordland où logeait le lieutenant Thomas Glahn avec son chien Ésope, et où, parfois, venait le retrouver Edvarda, la fille de M. Mack, le négociant ; et aux deux plumes d’oiseaux sauvages que le lieutenant « au regard ardent de bête sauvage » reçut deux ans plus tard, à des milliers de kilomètres de là, dans une feuille de papier à lettres blasonné. Ou, pour changer de littérature, que peuvent dire à quelqu’un ne les ayant pas lus les noms de Nagaï Kafû (1879-1959), le chantre mélancolique et sarcastique des charmes vénéneux de La Sumida (Gallimard, 1975), le quartier des plaisirs de Tokyo, ou Dosamu Dazaï (1909-1948), l’auteur tuberculeux et désespéré de Soleil couchant et de La Déchéance d’un homme (Gallimard, 1961, 1962) ? Une fois découverte, l’œuvre des deux écrivains (six ou sept ouvrages de chacun ont été traduits en français) reste inscrite, de manière indélébile, dans l’esprit du lecteur.

Dans chaque livre ouvert pour la première fois, il y a un aspect « coffre-fort forcé ». Oui, c’est exactement cela, le liseur frénétique est comme un casseur ayant passé des heures et des heures à creuser un souterrain pour parvenir à la salle des coffres d’une banque. Il se retrouve face à ces centaines de coffres se ressemblant tous et il les ouvre un à un. Et à chaque fois le coffre enfin ouvert perd son anonymat pour devenir unique, l’un avec des tableaux, l’autre avec des liasses de billets, un autre avec des bijoux, ou des lettres entourées d’un ruban, des gravures, des objets sans valeur, de l’argenterie, des photos, des louis d’or, des fleurs séchées, des dossiers, des verres en cristal, des jouets d’enfants, etc. Il y a quelque chose d’enivrant à en ouvrir un nouveau, à en découvrir le contenu, et d’exaltant à n’être plus, au bout d’un moment, devant une série de coffres mais en présence des richesses et des misérables banalités auxquelles peut se résumer l’existence humaine.

« (…) imaginez un homme qui s’y adonne toute la journée et, s’il le souhaite, la nuit. Et qui a de l’argent pour acheter les livres qu’il désire. C’est sans limites. Il est à la merci de son désir. Et que veut le désir ? Si vous permettez cette observation, il veut trouver sa limite. Mais il n’est pas facile de la trouver ainsi. Plus qu’un voyageur, Brauer était un conquérant. Il était devenu un conquérant. (La Maison en papier) »

Effectivement, un lecteur compulsif est un conquérant. Et il considère les terres imprimées qui s’offrent à lui comme valant bien celles conquises par Alexandre, Gengis Khan, Tamerlan ou Napoléon, au moins aussi fascinantes et riches et dans tous les cas exigeant moins de dévastations inutiles, de cruautés et de sang versé.

Le nom d’un livre lu (conquis ?) n’a plus rien à voir avec ce qu’il représentait auparavant. Le livre va ensuite vivre sa propre vie dans notre mémoire. Il va, souvent, tomber dans l’oubli. Mais il arrive aussi qu’il se développe de manière autonome, que l’intrigue se transforme, que la fin n’ait plus rien à voir avec celle écrite par l’auteur, que sa longueur se modifie radicalement (ma surprise, en reprenant après des années Casa d’altri, de m’apercevoir qu’il ne comprenait en fait que 65 pages alors qu’avec le temps, dans mon souvenir, il en avait gagné une centaine de plus). Et je n’aurais jamais imaginé, relisant Anna Karénine vingt ans après, être plus ému du sort d’Alexis Alexandrovitch Karénine qu’enflammé, comme à la première lecture, par les sentiments exaltés de la belle Anna pour Vronski. Sans parler des livres dont on se demande à la relecture comment on a pu les aimer. Ainsi, la sensation désagréable en reprenant, il y a quelques années, un ouvrage de Paul Morand (Ouvert la nuit ou L’homme pressé ou Hécate et ses chiens, je ne sais plus) dont la vivacité du style m’avait enchanté à vingt ans, et de sentir sourdre de sa prose, certes brillante, un mépris social, un sentiment de supériorité hautaine, une autosatisfaction boursouflée devenus insupportables. Ne me restera donc de Morand que l’Ode à Marcel Proust (« Ombre/née de la fumée de vos fumigations,/le visage et la voix/mangée/par l’usage de la nuit,/Céleste,/avec sa rigueur douce, me trempe dans le jus noir/de votre chambre/qui sent le bouchon tiède et la cheminée morte… »). Il y parlait en témoin amical, et le sujet du poème rendait, en l’occurrence, son antisémitisme à venir, d’une paradoxale absurdité.

« Et comment et où lisez-vous ? » Partout et dans n’importe quelle position. En tout cas très éloigné du raffinement de Guarino dont Anthony Grafton nous dit qu’il « aimait lire un texte pendant qu’il faisait une promenade en bateau, son livre posé sur les genoux. Il pouvait ainsi goûter simultanément les plaisirs du texte et le beau spectacle des champs et des vignobles ». Donc assis, debout, pourquoi pas en marchant, l’idéal restant d’être allongé comme si la position permettait au texte de mieux descendre dans le corps. La lecture m’a permis de raccourcir les voyages les plus longs, de ne pas voir passer les heures d’attente dans un aéroport, et de supporter pendant deux décennies les réunions aussi inutiles qu’interminables auxquelles je ne pouvais échapper. Reste aussi très fort le souvenir de livres dont la lecture prenante a comme arrêté le temps : Le Quatuor d’Alexandrie en mai 68, auquel les événements me permirent de me consacrer à temps plein ; Guerre et paix que je terminai à l’arrière d’une voiture entre Paris et Marseille ; L’Homme sans qualités que je lisais émerveillé en marchant un printemps du début des années 70 sur la route des Pinchinats qui sortait d’Aix pour grimper vers la tour de César ; L’Espion qui venait du froid, commencé un après-midi et pour lequel j’abrégeai le dîner auquel j’étais convié afin d’en poursuivre la lecture que je terminai au petit matin ; Moby Dick dont je relus quelques pages sur l’île baleinière de Nantuckett où je retrouvai d’ailleurs sur des boîtes aux lettres le nom de Coffin (Cercueil) figurant dans le roman de Melville. J’ai la chance de pouvoir lire dans le bruit, dans la foule et même environné de conversations ne m’intéressant pas. Et la faculté de le faire toute une journée et de poursuivre tard dans la nuit. Et d’y trouver du repos après une journée bien remplie. La lecture me fatigue aussi peu que la nage le poisson, le vol l’oiseau. J’ai parfois l’impression de n’avoir vraiment commencé à exister que par la lecture et espère mourir comme Segalen dans la forêt de Huelgoat, un livre à la main.

J’écris dans mes livres, au crayon, mais aussi au feutre ou au stylo. Je ne peux d’ailleurs lire sans quelque chose à la main. Habitude sans doute prise à relire des épreuves, le livre est plus un instrument de travail qu’un objet à respecter. Comme certaines personnes ayant travaillé dans l’édition ou en imprimerie, je ne peux m’empêcher de corriger coquilles, erreurs grammaticales ou fautes d’impression dans les ouvrages que je lis (lorsque je connais l’éditeur ou l’auteur, je me sens dans l’obligation de lui envoyer les corrections à faire sur une éventuelle réédition, et j’ai apprécié que quelques rares personnes en aient fait de même avec moi). Écrire dans un livre aide à ma lecture, mais aussi à sa mémorisation et à une éventuelle relecture (je garde visuellement pendant des mois le souvenir approximatif de l’endroit du livre où se trouve le passage qui m’a frappé : en haut en bas, page de gauche page de droite, au début à la fin, ou bien j’inscris en fin de livre les pages auxquelles il me faudra revenir). Le fait de vivre avec des milliers de livres n’est pas sans influencer le fonctionnement de la mémoire. La mienne est plus soucieuse de pouvoir retrouver rapidement le livre où se trouve le renseignement que je cherche que de s’encombrer de faits, de dates, de citations, qui se trouvent sur mes étagères. Encore faut-il que ma mémoire et mes étagères, et mes livres sur mes étagères, et le passage que je cherche dans un livre, soient correctement ordonnés. Loin de ma bibliothèque, il m’arrive souvent de me sentir handicapé, comme amputé d’une partie de moi-même. Cela peut dépasser le cadre de la simple information et relever de l’émotion ou de l’idée – et de sa formulation exacte – sur laquelle on veut remettre la main. Des années après, grâce aux annotations et aux passages soulignés à la première lecture, le contenu de l’ouvrage me revient en quelques instants (« … sur mon vieil exemplaire de la Critique de la raison pure se sont gravés les traits de ce que j’ai souligné il y a trente ans : les traits au crayon datent d’une décennie, ceux au stylo à bille d’une autre. Ils portent la mémoire de mon rapport avec le livre », Umberto Eco). Ou encore Alberto Manguel : « J’écris toujours dans mes livres. Quand je les relis, je n’arrive pas, le plus souvent, à imaginer pourquoi j’ai pensé que tel passage méritait d’être souligné, ni ce que j’ai voulu exprimer par telle remarqueHier je suis tombé sur un exemplaire de René Leys, de Victor Segalen, daté de Trieste, 1978. Je ne me souviens pas d’être jamais allé à Trieste » (Journal d’un lecteur). Charles Nodier, quant à lui, consacre quelques pages de « bibliologie » aux Hommes célèbres qui ont signé ou annoté leurs livres. Il évoque le cas d’un exemplaire des Essais offert par Montaigne à Charron, de plusieurs exemplaires de l’Imitation de Jésus-Christ traduite en vers par Corneille offert en présent par ce dernier, d’ouvrages comportant la signature de Jean-Jacques Rousseau ou de Voltaire, et se dit heureux de posséder l’Eschyle ayant appartenu à Racine alors que son Euripide et son Aristophane figurent dans la Bibliothèque du Roi…

Ces dizaines de milliers de livres soulignés et annotés, qui ont absorbé une grande partie de l’argent gagné par mon travail, ne valent donc plus rien. Il y a une certaine cohérence avec le fait que je les ai toujours considérés comme une extension matérielle et mentale devant disparaître en même temps que moi (symboliquement, car les enterrer et même les incinérer, solution pourtant originale, en tout cas plus élégante que de se faire brûler ou enterrer avec famille, armes, chevaux et serviteurs, poserait de grandes difficultés matérielles).

Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantômes, Denoël, 2008, pp. 55-67

Advertisements

Une réflexion sur “Pratiques de lecture

  1. Tout simplement passionnant

    « Le fait de vivre avec des milliers de livres n’est pas sans influencer le fonctionnement de la mémoire. La mienne est plus soucieuse de pouvoir retrouver rapidement le livre où se trouve le renseignement que je cherche que de s’encombrer de faits, de dates, de citations, qui se trouvent sur mes étagères. »

    C’est le b-a ba de toute recherche universitaire : être capable de retrouver rapidement une référence permettant d’illustrer ou prouver une réflexion.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s