Un Empire faible, portrait : Histoire de l’Afrique lusophone, d’Armelle Enders

Diogo Cao, Angola

Histoire de l’Afrique lusophone, Armelle Enders, Chandeigne, 1995 (édition 2013)

 Fou, mais oui, fou, car j’ai voulu telle grandeur que la Fortune n’octroie pas. En moi ne put trouver place ma certitude ; voilà pourquoi là-bas où s’étendent les sables demeura mon être qui fut, non pas celui qui est. Cette mienne folie, que d’autres s’en emparent avec tout ce qu’elle drainait ! Sans la folie, l’homme, qu’est-il de plus que la robuste bête, cadavre ajourné qui procrée ?

Fernando Pessoa, Dom Sébastien, roi du Portugal

Même si ce blog a pris, ces dernières semaines, une tournure plus franchement littéraire, il n’a jamais prétendu être exclusivement consacré aux romans, au théâtre et à la poésie. Lisant chaque année une bonne quarantaine de livres d’histoire, je ne vois pas de raisons d’exclure ceux-ci du corps de mes analyses. Depuis quelques semaines, je sentais monter en moi une confuse envie de lire les Lusiades, de Camões. Ce genre de désirs s’éveille assez rarement ; il faut y céder quand ils naissent, de peur qu’ils ne reviennent pas – peur du découragement, de l’exotisme, de la difficulté, que sais-je ? Pour préparer cette lecture, j’ai exploré, un peu, l’histoire portugaise. De par sa position marginale en Europe, au Finistère de la péninsule ibérique, avec un seul voisin frontalier, le Portugal  a connu une histoire assez singulière, qui n’a rien vu de certaines des grandes aventures de l’Europe Occidentale, mais qui a, au moins, joué un rôle éminent dans une de celles-là : la conquête des océans, de nouvelles terres, de nouvelles voies commerciales.

Si l’Espagne fut l’exploratrice de l’Occident, le Portugal le fut, somme toute, de l’Orient. Et pour y accéder, de sa position, il devait contourner l’Afrique, immense bloc de terres émergées et inhospitalières, dont la façade occidentale, contrairement à la façade orientale, était restée méconnue des grandes civilisations du bassin méditerranéen. Bien sûr, les musulmans avaient dessiné des routes commerciales à travers le Sahara, bien sûr, Indiens et Arabes s’étaient installés tout le long de la côte orientale de l’Afrique, la faisant entrer, au moins comme périphérie, dans l’économie mondiale. Mais du secteur allant des sables marocains au Cap de Bonne-Espérance, nul ne savait grand chose. Le Portugal découvrit en un siècle, au cours d’une aventure maritime disproportionnée pour un État d’à peine un million d’hommes, la route menant des présides marocains au golfe d’Aden et en Inde. Entre la prise de Ceuta par les troupes portugaises en 1415 et le départ des soldats portugais du Mozambique et de l’Angola en 1975, s’est écrite une histoire de plus de cinq siècles : aucun pays occidental n’a bâti, avec l’Afrique, des relations aussi longues. Le salazarisme, nationalisme austère et sourcilleux, passa près de cinquante ans à rappeler cette exception portugaise, ce lien qu’il pensait consubstantiel avec l’Outre-mer. Lorsque l’Angleterre, la France ou l’Allemagne, nations avancées, colonisèrent l’Afrique, elles avaient à leur disposition un savoir colonial, une administration, des explorateurs, bref toute une structure mentale et politique leur permettant d’appréhender leurs découvertes avec une forme d’efficacité routinière (qui n’empêchait pas les mauvaises surprises et les innovations brutales). Le Portugal, lui, arrivant le premier, partant le dernier, sans guère de ressources, toujours à moitié assiégé dans ses factoreries, administrant avec plus ou moins de vigueur une forme de chaos colonial aux liens très lâches, dut innover, tout au long de son histoire, pour conquérir et tenir les routes commerciales puis les terres agricoles et minières dont il s’était emparé. Il est moins aisé de tenir que de conquérir. L’élite portugaise inventa des formes coloniales, tout au long de son histoire, pour compenser les faiblesses de son pays : conquête de villes, établissement de forteresses, évangélisation, commerce d’esclaves, exploitation agricole directe, etc. La force de l’ouvrage de Mme Enders est de se concentrer sur les spécificités de la conquête et de l’exploitation portugaise de l’Afrique.

Ce livre revient, en 150 pages, sur une relation de cinq siècles. Par sa brièveté, il ne pouvait prétendre à l’exhaustivité et il serait malvenu de lui reprocher. Je ne le blâmerai que sur un point. Même s’il a été réimprimé en novembre 2013, ce livre date hélas de 1995 (ce que je n’avais pas vu lors de mon achat) et n’a pas été mis à jour (il eût pu l’être, l’auteur est toujours en activité, à la Sorbonne). Il manquera donc, pour tous ceux qui s’intéressent aux destinées post-coloniales – assez dramatiques au demeurant – des cinq États lusophones d’Afrique (São Tomé-et-Principe, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Cap-Vert et l’Angola) des éléments plus actuels. De manière plus globale, ce livre n’a pas beaucoup d’intérêt pour ce qui suit le départ précipité des troupes portugaises à la suite de la Révolution des Œillets de 1974. Les vingt-cinq pages consacrées aux lendemains des indépendances ont un peu vieilli ; par leur brièveté, elles ne peuvent remplacer un travail plus ambitieux et plus actualisé.

En revanche, et c’est la richesse du livre, pour la période précédant la décolonisation, et, encore plus, pour celle couvrant les pages les plus méconnues, en France, de l’histoire de la présence portugaise en Afrique, je crois qu’il serait difficile de faire mieux sur un nombre de pages aussi court. Mme Enders identifie, avant la décolonisation, quatre périodes : la découverte maritime et l’organisation de la conquête (1415-1500), l’histoire heurtée de l’Afrique dans l’Empire portugais (1500-1822), la construction d’un empire « moderne » (1822-1926), l’Afrique sous la dictature (1926-1974).

Si la découverte des Amériques peut passer pour un « coup de tonnerre dans un ciel serein », en 1492, celle de l’Afrique, au contraire, était le fruit d’une démarche lente, mûrement réfléchie, soutenue par la jeune dynastie d’Aviz, installée sur le trône en 1385, aux dépens des Castillans. Des années 1430 au début du XVIe siècle, il fallut plus d’un demi-siècle pour réaliser, petits pas par petits pas, la circumnavigation de l’Afrique. Sous l’égide du prince Henri le Navigateur, les Portugais descendent la côte marocaine, la dépassent, arrivent en Guinée, où ils trouvent, rapidement, les motifs de rentabiliser leur aventure (l’or et les esclaves noirs ; ceux-ci représentent, vers 1550, plus de 10% de la population lisbonnaise – le Portugal sera, aussi, un important trafiquant d’esclaves). En 1444, les Portugais atteignent le Sénégal, en 1460, la Sierra Leone, en 1471, l’actuel Ghana, en 1483, le Congo, en 1488, le Cap, en 1498, les Indes. Parce qu’elle est rentable, parce qu’elle est soutenue fortement par le pouvoir administratif, la conquête maritime portugaise avance, au rythme permis par le danger et les difficultés de telles expéditions. L’aventure portugaise, par le rôle qu’y joua la monarchie, constitue une exception dans l’histoire coloniale : les États laissaient généralement les entrepreneurs coloniaux prendre les risques avant de s’emparer de leurs éventuels bénéfices. Ce ne fut pas le cas des portugais, dans le premier temps de la conquête, tout du moins. Sous les règnes des derniers Aviz, de 1495 à 1580, l’Empire colonial, dans lequel le Brésil joue encore un rôle marginal, est surtout un maillage étroit de postes portugais, permettant aux navires portugais de commercer avec l’Orient. Les factoreries, installées, sur les côtes, commercent avec les États africains (Mali, Kongo) : aucune stratégie de conquête militaire et d’occupation n’est possible – contrairement à ce qui est observé, à la même époque, aux Amériques. Les aventuriers, les lançados, qui vivent dans les factoreries prennent femmes sur place, générant une population métissée, luso-africaine, qui diffuse, par le négoce, la langue portugaise et, un peu, la foi chrétienne. Ces luso-africains maintiendront la présence portugaise, même lorsque le pays, annexé à l’Espagne de 1580 à 1640, sera privé d’une partie de ses colonies par les Hollandais. Enfin, la mise en valeur de Madère et des Açores donne à la couronne portugaise une forme d’expérience de l’exploitation agricole coloniale, fondée, c’est une évidence pour un pays peu peuplé, sur des concessions exploitées avec une main d’œuvre servile. Les colonies insulaires prospèrent par l’arrivée permanente d’esclaves agricoles, venus du continent.

Le Maroc, où le Portugal s’était installé au 15e siècle, est peu à peu abandonné : les Maures y sont trop forts pour de petits établissements, rapidement en déclin. Le Portugal vise plus loin que ces enclaves ; les milliers de soldats qui tiennent ces avant-postes seraient utiles ailleurs. L’aventure désastreuse du roi Sébastien, tué avec son armée en juillet 1578 dans les sables marocains, si elle fait naître un mysticisme politique singulier, le sébastianisme (la poésie de Pessoa s’en est fait écho), met surtout fin aux Croisades. Peu après, Philippe II d’Espagne, qui descend, par sa mère, des Aviz, récupérera la couronne portugaise ; Ceuta passe définitivement aux Espagnols ; le Maroc ne figure plus sur la carte des ambitions lusitaniennes.

Les Portugais multiplient, jusque 1580, les contacts avec les entités politiques africaines : ils évangélisent même brièvement la famille régnante du Kongo. Contraints d’abandonner la zone au XVIIe siècle, et opérant plus au sud, dans l’actuel Angola, les Portugais ont néanmoins laissé des formes de messianisme religieux, derniers vestiges de leur passage. Sur les côtes orientales, une partie des factoreries, victimes du renouveau des États africains de la zone, disparaîtra à la fin du XVIIe. Au Mozambique, en revanche, un intéressant système d’exploitation, le prazos da coroa, permettra aux Portugais de tenir jusqu’au renouveau colonial du XIXe : le roi concède des terres pour trois générations à un senhor de prazos qui doit les exploiter et les défendre de sorte qu’à la troisième génération, à échéance de la concession, le roi la juge digne d’être renouvelée. Les hommes qui s’installent sur ces terres ont tout intérêt, alors, à les valoriser et à les protéger ; le Royaume n’y portant qu’une attention distraite et épisodique, naissent des entités politiques inédites, luso-africaines, aptes à se défendre et à s’étendre. Elles deviendront vite autonomes, structures spécifiques utiles en temps de faiblesse mais gênantes au temps du renouveau. Au XIXe, lors de la reprise en main du Mozambique, les Portugais trouvent, devant eux, quelques fâcheux prazos da cora, de plusieurs milliers de km², bien armés et qui ont survécu tant à l’essor des royaumes Zoulous qu’à l’extension des réseaux commerciaux arabes partant de Zanzibar vers le cœur de l’Afrique. Mais la grande affaire du XVIIe et du XVIIIe, ce n’est pas la conquête et l’occupation territoriale, c’est le commerce des esclaves, seul moyen de donner à l’immense colonie brésilienne, de l’autre côté de l’Atlantique, les forces humaines dont elle a besoin pour se développer. 10 à 15 000 esclaves sont annuellement envoyés d’Afrique en Amérique à la fin du XVIe siècle. Des fortunes se bâtissent. Le Portugal ne parvient pas à faire naître de solides compagnies commerciales d’État, mais ses marchands échangent avec les royaumes africains : ce sont eux les fournisseurs d’esclaves que les maigres troupes portugaises seraient bien en mal de rafler elles-mêmes. Au cours de 18e siècle, Mme Enders signale d’ailleurs que les Brésiliens commencent à organiser le trafic, en parallèle de la métropole, affaiblie par le tremblement de terre qui détruit Lisbonne en 1755.

Lorsque commence la véritable conquête de l’Afrique, au XIXe siècle, les établissements portugais sont une constellation fragmentée de cités à moitié abandonnées, de zones autonomes et de territoires à l’allégeance précaire. Les colonies occidentales végètent ; elles ne vivent guère que d’un trafic d’esclaves que l’Europe tolère de moins en moins. Sous la pression de l’éternel allié anglais, les Portugais l’interdisent en 1836 et passent près de vingt ans à essayer de faire respecter cette prohibition. Les senhores de prazos, jusqu’à la fin du XIXe siècle, vont, de leur côté, empoisonner la vie des autorités coloniales portugaises sur les côtes orientales ; ce qui permit le maintien de la présence portugaise s’oppose désormais à son extension. Les expéditions portugaises, dans les années 1860, ne viennent toujours pas à bout de la puissante famille des Cruz. C’est le grand mouvement de conquête de l’Afrique des années 1870-1880 qui pousse le Portugal, en situation de faiblesse face aux puissances industrielles carnassières, à défendre comme il le peut ses possessions, à les pacifier. Si Londres, allié, promet bien des choses aux Portugais, les entrepreneurs coloniaux, sur le terrain, s’arrangent des grandes promesses de leur capitale par des actions brutales et rapides. Cecil Rhodes met fin au rêve portugais de relier l’Angola au Mozambique. En contrepartie, les frontières des colonies portugaises sont fixées. Reste, désormais, à administrer tout cela.

Puissance européenne arriérée, le Portugal n’a pas vraiment, pour le dire en des termes journalistiques, les moyens de ses ambitions. Un pays sous-peuplé de 90 000km² est à la tête d’un empire de plus de 2 millions de km². Quelques grandes compagnies minières et agricoles, surveillées par l’État, assurent une première exploitation des terres. Le gouvernement, lui, pacifie : d’expéditions en expéditions, l’armée portugaise mène, de 1840 à 1920, en moyenne, une campagne par an et par colonie ! La République, entre 1910 et 1926 fait le choix de décentraliser : les colonies seront autonomes financièrement, à charge pour elles de se développer. Cette politique échoue ; les conditions de vie en Afrique s’aggravent ; le Portugal, victime de troubles intérieurs, est à la tête d’un Empire en faillite. La junte militaire qui s’installe en 1926 confie bientôt les destinées de l’économie portugaise à un professeur austère et réactionnaire, Antonio de Oliveira Salazar. Mme Enders montre fort bien comment le salazarisme, fondé sur une idéologie défensive, conservatrice, cherche à reprendre en main les forces centrifuges de l’Empire. Forte centralisation à Lisbonne, au Ministère des colonies ; augmentation des relations économiques entre la métropole et ses colonies ; intense propagande en vue d’un peuplement colonial ; essor de la production pétrolière angolaise : le Portugal de Salazar cherche surtout à rentabiliser ce qui, d’un point de vue contemporain, paraît avoir été un immense gouffre financier et économique. L’historienne ne dresse pas le bilan financier de l’Empire colonial au XXe siècle ; je doute qu’il fût en faveur du maintien des colonies dans le giron lisboète. Après-guerre, face à la décolonisation du reste de l’Afrique, achevée en 1961, le Portugal se raidit une dizaine d’années supplémentaires. La disparition de Salazar ne change rien : la guerre coloniale, meurtrière, continue, s’inspirant même des techniques américaines au Vietnam, jusqu’à ce que l’effondrement du régime, tenu par Caetano, sous la pression des troupes coloniales, conduise à une décolonisation précipitée. Ce sont les militaires, l’outil permanent du maintien de l’Afrique portugaise qui mettront fin à celle-ci ; progressistes, les « Capitaines d’avril » ouvrent le Portugal  à la démocratie et accordent, précipitamment, les indépendances aux colonies portugaises. La Guinée Bissau tentera l’expérience marxiste, le Mozambique et l’Angola s’enfonceront dans des guerres civiles longues dont ils émergent à grand peine, depuis une dizaine d’années.

Le livre de Mme Enders est, je pense, une excellente introduction à l’histoire de l’Afrique portugaise. S’il a un peu vieilli pour ses aspects les plus contemporains, postérieurs à l’indépendance, il me semble présenter très efficacement les particularités d’un impérialisme faible, porté par une puissance commerciale qui dut, en cinq siècles, s’acclimater successivement de la fin des Croisades, de la découverte de l’Orient, de la sujétion espagnole, de l’essor puis de l’arrêt de l’esclavage, de la rationalisation de l’exploitation économique, puis, enfin, du légitime désir des Africains de choisir en toute indépendance leur avenir. Une question reste ouverte : cet effort, consubstantiel à l’idée que le Portugal se fit de lui-même pendant cinq siècles, n’a-t-il pas distrait l’énergie du pays vers un trou sans fond, rêve immense, trop grand pour lui, qui débordait les maigres possibilités de l’État qui le porta, pour sa grandeur (au moins les Grandes Découvertes) et, surtout, pour son malheur ?

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3 réflexions sur “Un Empire faible, portrait : Histoire de l’Afrique lusophone, d’Armelle Enders

  1. ubuesque, certes, cet empire largué par ses troupes coloniales… mais son impuissance nous a légué le « concept, » désormais universel de caste, que même les Indes s’appliquent, malgré gandhi : la limpieza de sangre érigée en rivale de « la race ». Bel instrument de mondialisation d’une société qui se rêve close, conquérante… et perdue ! Un lien avec vos réflexions sur l’armure vide ? Bonne année

  2. Bonne année à vous.
    J’avoue que, du discours épique de Camões au Père Vieira (concepteur du « Quint-Empire ») en passant par le sébastianisme (le retour du Roi caché et de son armée d’Afrique) et les bouffées mystiques un peu fumeuses des écrivains portugais (cf les beaux poèmes (tout de même) de Pessoa dans le recueil Messages)), j’ai une fascination certaine pour cette histoire-là, dont le caractère absurde (et révélateur) éclate fort souvent (voir l’histoire de Mazagão).
    Vous l’évoquez avec justesse, cette société se rêve close, pure, alors qu’elle est probablement la plus ouverte, dans les faits, de son temps, au moins jusque 1580 et la prise de contrôle des Castillans (ainsi qu’après leur départ). Les forts coloniaux et les possessions africaines ou indiennes sont peuplées généralement de métis, les armées coloniales sont dirigées par des aventuriers, tout cela vit de trafic (d’esclaves et d’or), Lisbonne, même, est présentée par les voyageurs du XVIIIe (notamment l’ambassadeur de France qui y passe dans les années 1770 et 1780) comme une ville à moitié africaine, moins européenne qu’elle ne l’affirme, etc. Ses théories sont le reflet inversé de ce qu’elle est.
    L’obsession portugaise de la limpieza de sangre (la pureté du sang) vient, aussi, de la contradiction entre la vieille tolérance médiévale portugaise envers les juifs et les maures et les nouvelles pratiques intolérantes, venues de Castille et de Rome, et adoptées en urgence par le Portugal. La conversion contrainte (et superficielle) des juifs, les rend intolérables à la société portugaise (de haut en bas, cf pogromes du XVIe) : leur statut de Nouveaux-Chrétiens leur nuit bien plus que celui de juifs.
    Cette conversion forcée, qu’édicta la Couronne portugaise à la fin du XVe fut une décision contrainte, prise sous la pression de certaines forces sociales et politiques (et de l’arrivée des juifs espagnols). Il fallait obtenir l’homogénéité religieuse, sans perdre le capital économique de la communauté juive : hors de question qu’ils quittent le Royaume. On les convertit sans trop regarder dans le détail et on s’étonna que, mal assimilés, ils suscitent une hostilité supérieure dans les classes populaires de Lisbonne et de Porto (surtout de Lisbonne, où ils étaient nombreux). L’hypocrisie de la mesure est totale puisque, pour épargner cette communauté indispensable à l’Empire portugais, D.Manuel avait très clairement édicté (et ça a tenu jusque 1537) que les Nouveaux-Chrétiens (et donc anciens juifs) ne devaient pas être ennuyés pour leurs coutumes et leurs croyances, compte tenu du caractère fort récent de leur conversion. Ils obtenaient donc des droits (ceux de se mêler à la population), sans être obligés par des devoirs. La société portugaise a porté ce fléau de la conversion forcée jusqu’au gouvernement de Pombal, à la fin du XVIIIe, tout de même… On arborait alors fièrement des arbres généalogiques délirants, remontant à la 4e, 5e, 6e génération et prouvant qu’aucun ancêtre n’était juif (ou Nouveau-Chrétien)

    • oui, mais des ‘Nouveaux Chrétiens’ qui s’inventent des lignées d’ancêtres dans ce qui fut ‘le camp d’en face’, longue histoire… depuis ¨Paul, dit le saint, jusqu’à l’autocrucifiction de Gary/Seberg… conversion-ralliemennt, déconversion-ralliement, réintegration-fondation, l’histoire (et le roman) nous offre(nt) des millions d’exemples. A quand les Blancs qui se forgeront des ancêtres noirs ?
      C’est sans doute une des fonctions (anti-faulknérienne) de la mondialisation du snobisme démocratique. Que d’ex à la tête de nos ‘élites’, quelles flopées d’héritiers d’ex-clus au chevet de nos institutions à rénover-restaurer! Changer de vie, changer de corps;;;
      Métamorphose fait ta mort fausse ? Contrainte ou pas, la conversion n »est qu’un simulacre de métamorphose: ils ont reçu la grâce pour s’en faire un destin.
      Aux antipodes, Conrad se défait de ses armoiries, se forge un prénom et refuse d’être anobli.. Créer, faire race à part.. c’est toute la grâce que je nous souhaite

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