Gerrit van Honthorst, galerie

Gerrit van Honthorst (1590-1656)

Une petite note dominicale et visuelle.

Gerrit van Honthorst est, avec van Baburen et ter Brugghen, un des trois principaux représentants de l’école caravagesque d’Utrecht, qui prospéra dans les années 1610 à 1620. Né en Italie, avec l’œuvre, majeure, du Caravage (mort en 1610), le caravagisme, sans faire école, a essaimé brièvement dans toute l’Europe occidentale (Espagne, Flandres, Hollande, Italie), autour de thèmes et de traitements communs. Assimilée au baroque, la mouvance caravagiste se reconnaît à quelques traits principaux, partagés par tous ses représentants : prégnance de la lumière et des effets de clair-obscur ; intimisme, souvent nocturne ; cadrage particulièrement serré de la scène ; absence d’arrière-plan et de perspectives ; faible distance entre la scène et le spectateur ; réalisme des figures, souvent grimaçantes ou hilares ; teintes chaudes – brun, rouge ; panel étroit de sujets, souvent puisés dans la vie quotidienne ou dans le Nouveau Testament. Ces caractéristiques se retrouvent sur la plupart des tableaux de ce billet.

Le caravagisme s’éteint, comme mouvance picturale, vers 1630 (sauf peut-être en France, où De La Tour le perpétue un temps à sa manière bien particulière, plus spirituelle, moins corporelle). Van Honthorst crée, pendant une décennie d’intéressants tableaux caravagesques (1617-1627), puis bascule, pour le reste de sa carrière, vers des modes de représentation plus classiques, scènes mythologiques ou portraits officiels (du fait des commandes nobiliaires ou royales, comme celles d’Elizabeth de Bohême, la belle-sœur de Charles Ier d’Angleterre). Ces toiles ont perdu toute la mystérieuse chaleur des premières œuvres baroques que j’ai réunies ci-dessous.

Un intérieur aux murs indistincts, perdus dans les ténèbres ; deux ou trois personnages au premier plan, ridés, marqués, souriants ou grimaçants, trognes réalistes, burinées par de longues vies peut-être dissolues ; la scène est saisie sur le vif, en pleine action ; l’arracheur de dents s’apprête à retirer un chicot de la bouche de son patient, le fils prodigue lutine une jeune femme sous le regard complaisant de ses compagnons, Dalila tranche une mèche de cheveux de Samson, des convives rient aux éclats lors d’un souper ; une lumière chaude irradie les visages, éclaire les passions, exprime les sentiments. Dans l’obscurité, quelques visages indistincts apparaissent, parfois inquiétants, souvent joyeux. La bougie, centrale dans les premières œuvres, se déplace par la suite, sur les côtés du tableau, puis derrière un obstacle. Dans Le reniement de saint Pierre comme dans L’Entremetteuse ou dans La joyeuse compagnie, un bras, un corps, nous empêchent de voir la lumière directement. Seule persiste son empreinte, éclairant à demi des visages et des corps égarés dans la pénombre. La flamme scintille, chaleureuse, au centre du groupe ; l’obscurité n’est pas une noirceur, les flambeaux éclairent des joies profondes et équivoques ; la vieille querelle du trait et de la couleur s’éteint au profit de la lutte de l’ombre et de la lumière, du mystère et de l’esprit.

Dans les peintures suivantes, dans La joueuse de luth, les représentations de violonistes ou les scènes de concert, van Honthorst évacue la source lumineuse du tableau. Des tenues plus vives, une lumière plus franche, venue de l’extérieur de la toile, éclairent les ombres des premières œuvres. Les énigmes des ténèbres se dissipent. Les couleurs, ravivées émettent parfois des oppositions violentes – comme la nappe blanche du Concert et les tenues vives, jaune et rouge, des musiciens. Les contrastes sont obtenus par les couleurs plus que par les ombres. Les bougies ne brûlent plus sur les toiles, un temps semble s’achever.

Les conventions les plus étroites du caravagisme sont abandonnées, mais la leçon de clair-obscur, elle, ne sera pas oubliée par la peinture européenne ultérieure.

Samson et Dalila 1615

Samson et Dalila 1615

La libération de saint Pierre, 1618

La libération de saint Pierre, 1618

Le Christ aux outrages, 1617

Le Christ aux outrages, 1617

Le souper, 1619

Le souper, 1619

L'adoration du Christ, 1620

L’adoration du Christ, 1620

L'enfance du Christ, 1620

L’enfance du Christ, 1620

Le Dentiste, 1622

Le Dentiste, 1622

Le Fils prodigue, 1622

Le Fils prodigue, 1622

Le reniement de saint Pierre, 1624

Le reniement de saint Pierre, 1624

Saint Jérôme, sans date

Saint Jérôme, sans date

Le joyeux violoniste, 1623

Le joyeux violoniste, 1623

La vieille femme examinant une pièce

La vieille femme examinant une pièce, 1623

La joyeuse compagnie, 1623

La joyeuse compagnie, 1623

La joueuse de luth, 1624

La joueuse de luth, 1624

Violoniste heureux au verre de vin, 1624

Violoniste heureux au verre de vin, 1624

L'entremetteuse, 1625

L’entremetteuse, 1625

Le concert au balcon, 1624

Le concert au balcon, 1624

Le Concert, 1630

Le Concert, 1630

Portrait d'un gentilhomme, 1631

Portrait d’un gentilhomme, 1631

Suzanne et les vieillards

Suzanne et les vieillards

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