Quelques notes pour l’éternité

Dying on the vine (John Cale)

Parfois, on entend une musique plusieurs fois sans se rendre compte de ses qualités. L’oreille, inattentive, ignore le morceau jusqu’au jour où une alchimie miraculeuse entre l’instant, la disponibilité émotionnelle et la mélodie la rend indispensable, incontournable. Le titre « Dying on the vine », je l’ai entendu sans l’écouter près d’une dizaine de fois et, à la onzième, ou à la douzième, peu importe, il est devenu une part vitale de moi-même. Les frissons éveillent le cerveau et, soudain, la musique devient évidence, l’accessoire nécessaire et la sensibilité elle-même en sort métamorphosée. La musique, ce ne sont pas quelques notes jetées sur une partition, c’est un moyen de transfigurer le présent, d’accrocher la mémoire, les sentiments, la raison, sur un instant éphémère. Demain, après-demain, je retrouverai cette chanson et les mêmes émotions reviendront, amplifiées par la distance avec l’instant suprême et unique de la découverte, réelle, totale. Une fois enregistrée par le cerveau, affectée à un ensemble d’émotions, à un espace temporel délimité, la musique devient une machine à remonter le temps. Il suffit d’apprécier les premières notes et reviennent, inchangées et pourtant différentes, les sensations du jour de la révélation. John Cale m’a parlé, « Dying on the vine » est devenu une part de ma personnalité, de ma sensibilité. Elles sont peu nombreuses, et partant, précieuses, les mélodies qui éveillent la subjectivité, traversent l’écran chaotique du bruit de fond pour parler à l’âme. Même si elle perd dans quelques années une partie, voire la totalité de ses effets,  qu’elle s’émousse, car l’équilibre magique n’est pas éternel, cette chanson demeurera au fond de mon cœur une part de moi-même. Qu’elle puisse mourir ne l’empêche pas d’être advenue, d’avoir existé pour moi, et seulement pour moi, pour un instant de mon existence, donc pour toujours. On peut traverser des années qui ne comptent pas et vivre 3 minutes 53  qui vous transforment à jamais. Que des milliers d’autres personnes l’aient aimée ne change rien au fond : la musique parle à chacun comme s’il était le seul, l’unique. Cette magie irremplaçable, physique, sensitive, extatique, je l’ai vécue grâce à John Cale. Et si demain, je ne tressaille plus à l’écoute de ces quelques notes de piano, le simple souvenir d’avoir frissonné suffira pour toute la durée de mon existence.

.

.

I’ve been chasing ghosts and I don’t like it
I wish someone would show me where to draw the line
I’d lay down my sword if you would take it
And tell everyone back home I’m doing fine

I was with you down in Acapulco
Trading clothing for some wine
Smelling like an old adobe woman
Or a William Burroughs playing for lost time

I was thinking about my mother
I was thinking about what’s mine
I was living my life like a Hollywood
But I was dying on the vine

Who could sleep through all that noisy chatter
The troops, the celebrations in the sun
The authorities say my papers are all in order
And if I wasn’t such a coward I would run

I’ll see you me when all the shooting’s over
Meet me on the other side of town
Yes, you can bring all your friends along for protection
It’s always nice to have them hanging around

I was thinking about my mother
I was thinking about what’s mine
I was living my life like a Hollywood
But I was dying, dying on the vine

Publicités

Une réflexion sur “Quelques notes pour l’éternité

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s