Variations autour d’un poème de Schiller

Caspar David Friedrich, Meeresufer im Mondschein (1838)

Avertissement : les diverses traductions, toutes réalisées au XIXe, diffèrent. Ce sont ces variations qui m’intéressaient au-delà du poème lui-même. J’aurais aimé proposer parmi ces traductions quelque chose de plus littéral, mais je n’ai pas trouvé et je ne suis pas suffisamment certain de mon allemand pour en proposer une.

Die Größe der Welt

Die der schaffende Geist einst aus dem Chaos schlug,
Durch die schwebende Welt flieg ich des Windes Flug,
Bis am Strande
Ihrer Wogen ich lande,
Anker werf, wo kein Hauch mehr weht
Und der Markstein der Schöpfung steht.

Sterne sah ich bereits jugendlich auferstehn,
Tausendjährigen Gangs durchs Firmament zu gehn,
Sah sie spielen
Nach den lockenden Zielen,
Irrend suchte mein Blick umher,
Sah die Räume schon – sternenleer.

Anzufeuren den Flug weiter zum Reich des Nichts,
Steur ich mutiger f ort, nehme den Flug des Lichts,
Neblicht trüber
Himmel an mir vorüber,
Weltsysteme, Fluten im Bach,
Strudeln dem Sonnenwanderer nach.

Sieh, den einsamen Pfad wandelt ein Pilger mir
Rasch entgegen – « Halt an! Waller, was suchst du hier? »
«  »Zum Gestade
Seiner Welt meine Pfade!
Segle hin wo kein Hauch mehr weht
Und der Markstein der Schöpfung steht. » »

« Steh! du segelst umsonst – vor dir Unendlichkeit! »
«  »Steh! du segelst umsonst – Pilger, auch hinter mir! –
Senke nieder
Adlergedank dein Gefieder,
Kühne Seglerin, Phantasie,
Wirf ein mutloses Anker hie.

—————————-

LA GRANDEUR DU MONDE (trad. G. de Nerval)

Je veux parcourir avec l’aile des vents tout ce que l’Éternel a tiré du chaos ; jusqu’à ce que j’atteigne aux limites de cette mer immense et que je jette l’ancre là où l’on cesse de respirer, où Dieu a posé les bornes de la création !

Je vois déjà de près les étoiles dans tout l’éclat de leur jeunesse, je les vois poursuivre leur course millénaire à travers le firmament, pour atteindre au but qui leur est assigné ; je m’élance plus haut… Il n’y a plus d’étoiles !

Je me jette courageusement dans l’empire immense du vide, mon vol est rapide comme la lumière… Voici que m’apparaissent de nouveaux nuages, un nouvel univers et des terres et des fleuves…

Tout à coup, dans un chemin solitaire, un pèlerin vient à moi : — « Arrête, voyageur, où vas-tu ? — Je marche aux limites du monde, là où l’on cesse de respirer, où Dieu a posé les bornes de la création ! »

— « Arrête ! tu marcherais en vain : l’infini est devant toi ! — Ô ma pensée, replie donc tes ailes d’aigle ! et toi audacieuse imagination, c’est ici, hélas ! ici qu’il faut jeter l’ancre ! »

—————————-

LA GRANDEUR DU MONDE (trad. X.Marmier)

À travers l’espace du globe que le Créateur fit sortir du chaos,je fuis avec la rapidité du vent jusqu’aux bords de l’Océan. Je jette l’ancre là où nul être ne respire, là où est placée la limite de la création.

J’ai vu les étoiles se lever et accomplir pendant des milliers d’années leur cours à travers le firmament ; je les ai vues courir, flotter vers leur but. Je promène mes regards errants autour de moi, et je vois l’espace vide d’étoiles ;

Je veux continuer mon vol dans l’empire de la nuit, je vais hardiment avec la rapidité de la lumière. Le ciel, de plus en plus sombre, disparaît derrière moi, et les globes et les ondes tourbillonnent à la suite du soleil. Par ce sentier solitaire un pèlerin s’avance vers moi : « Arrête, me dit-il, que cherches-tu ici ? ― Je veux aller jusqu’aux dernières rives du monde : là où nul être ne respire, là où est posée la limite de la création.

― Arrête : tu cherches en vain… devant toi est l’infini… Arrête : tu cherches en vain : replie tes ailes d’aigle, ardente pensée ; jette ici, téméraire imagination, l’ancre du découragement. »

—————————-

LA GRANDEUR DU MONDE (trad. A.Régnier)

A travers ce monde flottant que l’Esprit créateur fit autrefois jaillir du chaos, je vole, rapide comme le vent, jusqu’à ce que j’aborde le rivage où expirent ses vagues, et que je jette l’ancre là où ne souffle plus aucune haleine, où se dresse la borne de la création.
.
Déjà, j’ai vu des astres naître, pleins de jeunesse, pour accomplir leur course, des milliers d’années, à travers le firmament ; je les ai vus courir, se jouant, au but qui les attire ; puis, mon œil errant chercha autour de moi et vit les espaces déjà … vides d’étoiles.
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Pour hâter et poursuivre mon vol vers l’empire du néant, je vogue en avant avec plus d’ardeur ; je prends la vitesse de la lumière ; et un ciel trouble et nébuleux passe devant moi  ; des systèmes de mondes, comme les flots dans un torrent, tourbillonnent derrière le voyageur des globes.
.
Voyez ! Sur le sentier solitaire, un pèlerin vient au-devant de moi d’une course rapide. « Arrête voyageur, que cherches-tu ici ? – Je cherche une route qui me mène à la rive de son vaste univers. Je vogue vers le lieu où ne souffle plus aucune haleine, où se dresse la borne de la création.
.
– Arrête ! en vain tu vogues ! … – Devant toi est l’infini. – Arrête ! en vain tu vogues ! … Pèlerin derrière moi est aussi l’infini… Replie tes ailes, pensée d’aigle ! Navigatrice hardie, imagination, jette ici l’ancre, et perds courage ! »
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