Bach par Stokowski

Les reprises n’existent pas qu’en rock. Le compositeur et chef d’orchestre Leopold Stokowski a marqué l’histoire musicale du 20e siècle en adaptant, pour un orchestre symphonique certaines pièces de Jean-Sébastien Bach, conçues pour l’orgue. La Passacaglia, connue aussi sous sa poétique appellation musicologique « BWV 582 », est peut-être la plus célèbre reprise de Stokowski. Les puristes crièrent au scandale : transformer l’œuvre du baroque Jean-Sébastien en une pièce digne de Brahms, inconcevable ! L’orgue incite au recueillement spirituel, on ne l’utilise que dans les églises, où ses sonorités sont adaptées à l’acoustique souvent spécifique du lieu. Le laïciser, l’extraire de son environnement religieux, c’est prendre le risque de rompre le subtil équilibre de la composition et de sa réception. La révérence  envers les grands maîtres de la musique – Bach, Haydn, Beethoven et quelques autres – s’accommode mal des tentatives de « modernisation ». A une époque où la musique classique n’était pas encore sanctuarisée, fixée sur des supports phonographiques  qui en gèlent les interprétations, qui statufient les compositeurs, qui les éloignent de nous, une telle transformation n’aurait probablement pas gêné les amateurs.

La musique classique est valorisante socialement, ceux qui l’apprécient pour elle-même l’aiment aussi pour l’image qu’elle leur renvoie. Des amateurs, connaisseurs, aptes à trier le bon grain de l’ivraie, le grand interprète et l’arrangeur médiocre, n’aiment pas voir leurs œuvres préférées transformées. Pour se mettre au goût du jour ? Tenter de faire apprécier Bach à un public moins sensible aux tonalités religieuses de l’orgue et plus réceptif à l’émotion brute que permet l’orchestre symphonique ? Une hérésie ! Pourtant, la question me semble moins caricaturale qu’elle n’y paraît. L’écoute de Stokowski n’empêche pas celle de Bach : la partition originale, adaptée à l’orchestre, dévoile d’autres qualités. Il ne s’agit pas de jeter Jean-Sébastien et son orgue hors de la musique classique ; il s’agit de lui donner d’autres couleurs, de nouvelles dimensions. L’orchestre symphonique joue sur un autre registre, une émotion plus brute, plus accessible, qui révèle la puissance de composition de Jean-Sébastien Bach aux oreilles peu habituées au baroque. Cette interprétation n’exclut en aucun cas celle de l’original : au contraire elle excite la curiosité, appelle les écoutes, les comparaisons, éduque l’oreille.

Stokowski ne respecte pas la lettre de Bach, je trouve qu’il en respecte l’esprit. Et j’apprécie les deux versions que je vous soumets ci-dessous (excusez la faible qualité sonore des enregistrements d’ailleurs). La profondeur recueillie se transforme en une puissance émotionnelle remarquable. Je vous laisse juges.

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Version originale

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Version de Stokowski


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