99 notes

Attention : note égotiste

Quatre-vingt-dix-neuvième note de ce blog… Le décompte, pour inutile qu’il soit au fond, a un mérite : quantifier mon obstination. Sur la précédente plate-forme, je n’avais écrit qu’une quarantaine d’articles en trois ans. En sept mois, j’en ai rédigé ici plus du double. Connaissant ma tendance profonde à entamer sans perséverer, ce rythme est déjà, en soi, une réussite. Pour le reste… Je laisse mes habitués en décider. Néanmoins, j’ai déjà en tête les quelques lignes de ma défense, adressés à un imaginaire procureur, celui de mon âme. Conçu sans plan bien établi, privé du titre référencé que j’aurais voulu lui donner – I will show you fear in handful of dust, ou quelque chose d’approchant, mais déjà pris par d’autres –, ce blog n’a pas eu d’autre prétention que de me permettre d’y exprimer quelques avis culturels plus ou moins informés. Toute entreprise de ce genre contient par nature de sérieuses bavures de narcissisme, une poignées de proclamations identitaires à moitié sincères et, in fine, un besoin de se situer, de construire une image de soi qui agrée son auteur. J’ai essayé, sans y parvenir, d’éviter ces hasardeuses proclamations. Il s’agissait moins d’être soi que de proposer sous une forme plus élaborée les avis que je délivrais, à l’occasion, à quelques proches. Il s’agissait moins d’affirmer que d’essayer, par le travail toujours éclairant de la rédaction, d’aller au-delà des fugaces impressions de lecteur ou de spectateur. Ce blog me divertit (et je suis bien le seul, me direz-vous !). Pour être plus précis, il ne me divertit pas au sens premier du divertissement, du loisir, mais au sens moins évident de la diversion, du détour. Il est un moyen de sortir de soi. Probablement aussi un moyen de s’affirmer hors de soi – d’essayer tout au moins –. Plongé chaque jour dans une vie qui n’est mienne que par défaut, j’ai trouvé ici le modeste exutoire de passions réelles, lire, observer, (essayer de) penser.

La liste des sujets abordés compte presque moins que celle des thèmes ignorés, oubliés, laissés de côté. Tenir un blog, c’est toujours livrer une part de soi, même involontaire. Une affirmation. La nécessité que suppose la publication, l’intégration, même nanoscopique, dans l’espace public, prévient chez moi les malheureux débordements de la sphère privée. Jusque là, à part pour ce petit bilan, j’ai tenté de garder étanches les portes de la vie personnelle. Je compte persévérer dans cette voie. Et pourtant, sous le suif d’une prose souvent brouillonne et de thématiques fragmentaires, comme le disait un de mes intervenants sur un forum de nous bien connu, il n’est pas impossible de me situer. Il n’est jamais bien compliqué d’identifier un blog, de lui apposer une étiquette rassurante : l’affirmation nette, bien arrêtée de la personnalité de l’auteur facilite le travail. Plus encore quand interviennent des personnes qui ont eu l’occasion de connaître l’auteur sous d’autres cieux, dans d’autres lieux.

La confusion, le flou, le vague, ont plus marqué ces brumes que je le pensais au fond : j’ai voulu éviter un marquage. Je ne suis qu’un lecteur parmi des millions, un spectateur perdu dans la foule. Je parle à mes voisins. Je construis par là, quoi que j’en dise, une certaine image, qui ne correspond qu’imparfaitement à ce que je crois être, à ce que je souhaiterais être dans le regard des autres. Regard sans lequel néanmoins un blog n’a plus de raison d’être. Espace intermédiaire entre l’intime, le journal personnel, et le public, la prise de position, un blog oscille entre l’exposition complaisante de l’égo et l’affirmation bruyante des convictions. Au milieu de cette ligne de partage floue, réside un espace réduit, menacé. C’est là que j’essaie, depuis plusieurs mois, de me tenir : éviter de ne parler qu’à soi – à défaut de parler de soi – et ne pas trop outrageusement proclamer les quelques idées vagues (et reçues) qui me tiennent lieu de pensées. Croire que j’ai quelque chose à écrire et, en parallèle, savoir que le publier ne changera rien. Conséquence logique et passablement infantile : j’hésite parfois à continuer.

Quand j’y réfléchis, dommage d’avoir été privé du beau vers de T.S. Eliot en guise de titulature, car la poussière me convient plus que la brume. Une masse de particules inutiles, comme toute construction « bloguesque » qui se respecte, une certaine idée du vieux, du gris, du morne qui correspond à beaucoup de mes articles. Une atmosphère parfois pontifiante, et je m’en excuse auprès d’amis lecteurs qui, s’ils viennent ici, le font en connaissance de cause. Des objets (a)variés : des pièces négligées de Schiller au roman oublié, du film italien des années 70 aux banales critiques du Zeitgeist Moixo-Béhachélien, du Petit Père des Peuples à l’obscur poète hollandais Slauerhoff, d’Emile Verhaeren à Pulp, j’ai emprunté des chemins de traverse personnels et ce blog n’en est qu’une trace éphémère, anodine. Elle me ressemble, même si j’aurais voulu être plus vif, plus incisif, plus léger, plus ironique…

Cette diversion achevée, je reprends le cours ouaté de mes pérégrinations. Promis, je ne recommencerai pas !

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2 réflexions sur “99 notes

  1. A 1 franc par note, ça te fait un best-seller (pas taper pas taper!)

    Je me compte au nombre de tes lecteurs réguliers que ton blog divertit également. Egalement, voire à plus forte raison: les retours sur soi par autrui sont l’occasion de détours de soi-même.

    Tu regrettes presque que, bien que tu aies choisi de décentrer ton ego vers tes impressions de lecture ou autres, on continue à en percevoir les contours. Mais c’est précisément parce que ces impressions me sont un peu étrangères, qu’elles appartiennent à quelqu’un d’autre que moi, que j’y porte intérêt et que l’on peut échanger autour.

    J’insiste sur le « un peu », puisqu’il faut malgré tout une certaine communauté de goût pour pouvoir communiquer et faire découvrir alentour- ce que tu fais très bien, mais qui ne peut s’adresser qu’à quelques alter ego, qui partageraient les défauts que tu veux bien t’attribuer et les mêmes atours soi-disant pontifiants, sans avoir forcément la même étendue de culture (là je parle plus qu’à mon tour).

    (il me restait « vautours » à placer dans la liste, mais comment le faire d’une manière qui ne soit pas désobligeante? 😀 )

  2. Moi je te lis aussi régulièrement, mais je me rends bien compte que nous n’avons pas les même goûts, vu que les notes que tu as écrites et qui m’ont convaincu d’essayer un livre ou un autre, en général, je ne me retrouve pas dans le bouquin. 😛

    Mais du coup, c’est intéressant quand même, c’est un peu le blog des bons livres qu’il faut que j’évite. 😆

    Sauf pour les livres d’Histoire, où là, je pense que ton esprit critique est des plus bienvenus, car ce n’est jamais évident de savoir si un bouquin sera bien ou non sur un thème donné. 🙂

    Et je continue de penser que tu perds ton temps où tu es, et qu’avec un peu plus d’ambition, tu pourrais te créer un espace reconnu de critique littéraire. Et, sinon gagner ta vie avec, du moins monter d’un cran entre le hobby et le professionnalisme. La régularité de tes publications ici, sans sacrifice à leur qualité, me conforte dans cette idée.

    Après, on ne vit qu’une fois… 😉

    Cat

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