Une année de lectures I : Histoires

Thucydide

Après ces quelques jours de pause, ce blog reprend sa route. 2009 est passée, mais il est toujours temps de réaliser quelques bilans d’une année de lecture. Petit satisfecit un peu imbécile, j’ai largement dépassé mes objectifs de lecture – 104 contre 80 -. Il s’agit même du meilleur total de mon existence. Si l’on examine les genres abordés, j’ai lu 36 romans, 12 pièces de théâtre, 15 livres de critique et d’histoire littéraire, 31 livres d’histoire, 2 livres d’économie, 7 livres de philosophie, sociologie et théologie et 4 livres de science. Pour permettre de comparer, en 2008, j’avais lu 14 romans, 4 pièces de théâtre, 7 livres d’histoire, de critique ou de théorie littéraire, 27 livres d’histoire, 1 livre d’économie, 4 livres de science politique, 2 livres de philosophie, 1 livre de relations internationales, 6 livres de science et 1 livre de sports (oui, j’aime le tennis et il m’arrive de lire les « mémoires » des champions d’hier). J’arrête là ce décompte un peu aride et entre dans le vif du sujet pour cette première partie de bilan, qui concernera les livres d’histoire.

Il s’agit de la fraction la plus imposante de ma bibliothèque, peut-être aussi la plus anciennement constituée, si l’on tient compte du fait que je ne me suis réellement remis à la littérature qu’au mitan des années 2000. Je possède une bonne quantité de livres d’histoire, de toutes les périodes, de l’Antiquité aux années 90, et de tous les genres, de la biographie grand public aux travaux plus spécialisés. J’ai la malheureuse habitude d’acheter les livres d’histoire au moment de leur sortie, étant par expérience peu confiant dans leur capacité de survie dans les rayons des librairies. Ce qui entraîne une imposante accumulation de travaux que je ne lirai peut-être que dans dix ans.  De mes lectures 2009, j’aimerais détacher deux livres : L’ivrogne et la marchande de fleurs de Nicolas Werth et Une guerre totale : Paraguay 1864-1870 de Luc Capdevila. Je vous renvoie aux articles afférents si les sujets vous intéressent. Nicolas Werth est probablement le meilleur spécialiste français d’histoire soviétique et sa maîtrise des archives restitue dans toutes ses dimensions la Terreur stalinienne, souvent et à tort assimilée aux seuls et spectaculaires Procès de Moscou. Les travaux de Werth – j’ai également lu ses Procès de Moscou – méritent l’attention, tout comme, dans  d’autres genres, ceux de Simon Sebag Montefiore sur Staline et de Rudolf Pikhoia sur l’URSS entre 1945 et 1991. Publié aux excellentes Presses Universitaires de Rennes, l’ouvrage de Capdevila a le mérite de dévoiler un pan plutôt ignoré de l’histoire sud-américaine, la guerre du Paraguay. Le conflit, qui dura six ans, conduisit à la quasi extermination du peuple paraguayen. Plutôt synthétique, l’ouvrage a l’intelligence de ne pas se limiter au seul récit des opérations militaires. Il s’interroge également sur l’empreinte que ce conflit laissa dans les mémoires paraguayennes et les caractéristiques de son utilisation symbolique dans le champ politique paraguayen au long du XXe siècle. Dernier point, et non des moindres, les annexes, composées des passionnantes correspondances des consuls de France à Asuncion durant le conflit. Il s’agit là du travail de référence dans le domaine en français.

Juste derrière ces deux excellents livres, le désormais classique Retour de Martin Guerre de Natalie Zemon Davis – monographie concise sur l’intrigant procès d’un usurpateur au XVIe siècle – un modèle de travail historique ; la biographie de Pierre Laval par Fred Kupferman, miracle d’équilibre et d’intelligence, malheureusement un peu datée ; le travail monumental de Michel Winock sur Le siècle des intellectuels, qui revient avec brio sur les engagements des écrivains français au XXe siècle, du retournement de Barrès lors de l’Affaire Dreyfus à la mort de Sartre – seul regret, le bâclage de l’après 68 – ; Les guerres préhistoriques de Lawrence Keeley, qui, malgré son titre, n’évoque pas la guerre du Feu mais se livre à un pertinent travail d’anthropologie du fait guerrier et des conflits asymétriques dans l’histoire ; Les entretiens de Nuremberg de Leon Goldensohn, édifiant recueil des notes prises par le psychiatre des dirigeants nazis lors des Procès de l’après-guerre ; Pour l’amour de Staline de Jean-Marie Goulemot, étude de cas détaillée sur les  mécanismes des célébrations d’adoration du Camarade Staline au PCF. Ces six livres méritent largement qu’on s’y arrête, car ils apportent  tous quelque chose, de précis en plus de leur excellent tenue intellectuelle : Zemon Davies une méthode, Kupferman un ton,  Winock  une ampleur, Keeley un décentrage, Goldensohn une parole et Goulemot une démonstration .

Ensuite vient ce que les commentateurs sportifs appellent le « ventre mou », tous sont des travaux de qualité, mais pêchent par certains aspects,  et n’emportent donc pas l’adhésion. Je classerais dans cette catégorie le Savonarole de Marie Viallon, qui s’attarde sur les prêches du frère dominicain et oublie, par érudition théologique, d’en planter sérieusement le décor politique et économique ; La crise des sociétés impériales 1900-1940 de Christophe Charle, qui dresse un tableau convaincant des sociétés britannique, allemande et française mais ne définit pas suffisamment, à mon sens, les termes de son sujet – crise et, surtout, société impériale – ; les Choix fatidiques de Ian Kershaw, qui détaille dix moments clés de la seconde guerre mondiale et les insère dans une chaîne de nécessités trop appuyée à mon goût ; Katyn d’Alexandra Viatteau qui joint l’excellent – l’analyse historique du massacre des officiers polonais – au médiocre – des parties non révisées qui parlent de Brejnev et de Jaruzelski au présent – ; Dans la bibliothèque privée d’Hitler de Thimothy Ryback, qui, partant d’une bonne idée – quels livres lisait le chef nazi? – parvient à retracer quelques tendances de la bibliothèque de son sujet. Malheureusement celle-ci n’a jamais été cataloguée et a presque totalement disparu, ce qui enlève beaucoup de la pertinence du propos . Je pourrais aussi ajouter le Beethoven d’André Tubeuf, mais ce serait de mauvaise foi : je peux difficilement juger un livre qui me paraîtrait peut-être excellent si seulement je l’avais compris. Je n’avais probablement pas la compétence et l’intelligence pour aborder sérieusement ce travail.

J’ai, comme chaque année, lu une série de livres sans beaucoup de relief, dont le principal mérite est d’apporter les informations qu’on y cherche, sans susciter d’excitation particulière : Le Clan des Médicis et L’histoire oubliée des guerres d’Italie de Jacques Heers, L’assassinat de Kirov d’Anna Kirilina, La démesure russe de Georges Solokoff, La grande armée de la liberté de Walter Bruyère-Osteels, On a volé le Maréchal de Jean-Yves Le Naour, Garibaldi d’Alfonso Scirocco, l’Histoire de la Prusse de Jean-Paul Bled, Hermann Goering de François Kersaudy, Le pouvoir d’abdiquer de Jacques Le Brun et La chute de Constantinople de Steven Runciman.

Et, en moindre quantité que les années précédentes, j’ai lu quelques opuscules médiocres et dispensables : l’inégale chronique du Nazisme en Amérique du Sud de Sergio Correa da Costa, recueil mal agencé d’opinions de seconde main ; Koba la terreur de Martin Amis, compilation sans génie des travaux de Robert Conquest ; la poussiéreuse Histoire de l’Italie depuis le Risorgimento de Sergio Romano, vieillie, partiale, décousue et toute faite pour dégoûter les étudiants en histoire de continuer leurs études ; L’exécution des Ceaucescu de Radu Portucala, à l’agaçante paranoïa et le médiocre Ces gens du Moyen-Âge de Robert Fossier, qui reconnaît lui-même n’apporter rien à personne.

Ces quelques exceptions près, j’ai plutôt bien sélectionné mes lectures historiques cette année.

A suivre, les romans.

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