Projets de Pléiades I

Avant-hier, j’évoquais la prestigieuse collection de Gallimard, la Bibliothèque de la Pléiade. Dans un moment de coupable désœuvrement, j’avais imaginé le volume dont la couverture orne cet article. Les Libres propos de Nicolas Sarkozy – avec S.M.S. Complets, Discours de campagne et Interventions publiques improvisées – prendraient ainsi leur juste place auprès du Mémorial de Sainte-Hélène et des Mémoires de guerre du Général de Gaulle. Le rôle central de M.Sarkozy dans l’histoire de notre temps serait ainsi fortement souligné et sa présence dans notre histoire doublement assurée. Comme le disait avec lyrisme Nadine Morano, députée de cette vieille terre de Lorraine qui donna Barrès et Poincaré à la France, « dans l’histoire de France, y a Napoléon, De Gaulle et Sarkozy. Entre, c’est peanuts. » La publication en Pléiade des œuvres de M.Sarkozy, originales puisque principalement orales, sanctionnerait ce constat en rétablissant l’égalité entre les trois hommes.

Blague à part, voilà quelques temps, j’avais listé une série de volumes – sérieux – pouvant prendre place au sein de la Bibliothèque de la Pléiade. La série de ces Pléiades imaginaires n’est pas fermée, j’ai probablement oublié certains auteurs, certains volumes collectifs. Elle ne constitue qu’une forme de jeu, consécutif à la politique éditoriale de Gallimard. Lorsqu’une maison d’édition effectue un choix, elle inclut autant qu’elle exclut. La publication de C.F. Ramuz surprit en son temps, et celle de Lévy-Strauss constitua une notable incursion hors du terrain proprement littéraire et philosophique – le volume s’est d’ailleurs bien vendu.  La Pléiade peut effectuer des choix inattendus. Voici quelques nouvelles pistes, dont j’espère qu’elles viendront – ou sont déjà venues – à l’esprit de Gallimard.

-> Chroniqueurs de la conquête des Indes (Diaz Del Castillo, Las Casas, Cortès,…) : les volumes collectifs permettent souvent une mise en commun thématique. Il existe un tome consacré aux voyageurs arabes du Moyen-Âge, il ne paraîtrait pas absurde que la Pléiade remette en avant les témoignages fondamentaux qui ont suivi la découverte de l’Amérique. Dans la pléthore de récits historiques rédigés plus ou moins « à chaud » par des témoins directs ou leurs successeurs immédiats, ceux de Bernal Diaz del Castillo, Las Casas et Hernan Cortès paraissent centraux, mais les historiens spécialistes pourraient en proposer d’autres. Leur mise en commun en un volume, après nouvelle traduction, accompagnée d’un bel appareil critique et chronologique, serait d’un intérêt intellectuel évident.

-> La redécouverte d’Alfred Döblin, avec la nouvelle traduction de Berliner Alexanderplatz parue récemment, pourrait tout à fait justifier la mise en chantier d’un volume consacré à un auteur encore trop méconnu en France. Tous ses romans ne justifient peut-être pas une publication en Pléiade, mais en un ou deux volumes, l’édition des œuvres de Döblin allierait la redécouverte d’un écrivain majeur négligé en France et la mise en valeur de la littérature étrangère de l’immédiat après-1918. Premier volume : les romans de jeunesse, Berliner Alexanderplatz,  Voyage babylonien ; second volume : la tétralogie historique sur Novembre 1918, récemment publiée chez Agone. Le choix de Döblin comporterait un certain risque économique, je l’admets, mais après tout, l’édition est aussi un pari.

-> Au cas où l’œuvre de Döblin ne le justifierait pas, un volume « Romanciers allemands sous la République de Weimar (1919-33) » pourrait permettre de relier entre elles les œuvres expérimentales d’une période extrêmement féconde, dans laquelle prendrait place Döblin, Glaeser, Toller, Jünger – quoique celui-ci soit déjà pléiadisé – , Remarque, etc… L’idée n’est pas de mettre en valeur un courant artistique précis mais de mettre en commun les approches d’une dizaine d’écrivains par rapport à cette République mal née, dont Peter Gay disait qu’elle n’avait jamais réussi à susciter le soutien de ceux qui auraient dû la défendre. Un ou deux volumes pourraient être envisagés.

-> Plus généralement, la littérature allemande est fort négligée, et les romantiques allemands à moitié épuisés.  Même après réédition des deux volumes concernant Lessing, Novalis, Tieck ou Schiller, le chantier serait encore vaste. Parmi les auteurs qui pourraient faire l’objet d’une publication : Hermann Broch, ambitieux et ardu, serait difficile à vendre ; Zweig, beaucoup plus accessible, est peut-être trop peu original pour intégrer la Pléiade, mais il assurerait de belles ventes. Même si son lyrisme n’est plus totalement au goût du jour, Hermann Hesse pourrait faire l’objet d’un volume. Enfin, Musil, pour son Homme sans qualité, devrait depuis des années figurer au catalogue. Son absence est très étonnante. Cependant, il paraît difficile de combler rapidement les lacunes de la Pléiade en matière germanique.

-> Surtout que Thomas Mann manque à l’appel. Il serait impossible de tout publier, à moins d’en faire dix volumes. Les œuvres de Mann sont peut-être de facture plus classique que celles de Musil ou de Broch, mais leur absence laisse à l’amateur de littérature allemande un goût d’inachevé. En outre la seule publication à peu près complète a été réalisée dans le cadre de la collection « Pochothèque », dans laquelle il manque néanmoins la tétralogie de Joseph. J’avais essayé d’imaginer à quoi pourrait ressembler une publication étendue des ouvrages de Thomas Mann à la Pléiade. Dans le premier tome, Œuvres romanesques I, se placeraient les œuvres de jeunesse (dont les BuddenbrookMort à VeniseTonio Kröger, et ses recueils de nouvelles d’avant 1920), dans un second, Œuvres romanesques II, les œuvres de la maturité (Félix KrullLa montagne magiqueMario et le sorcierLotte à Weimar), et dans un troisième, Œuvres Romanesques III, la tétralogie sur Joseph, son Docteur Faust, et ses dernières nouvelles. Une autre série, Ecrits politiques, pourraient reprendre une partie des œuvres critiques et politiques de l’auteur. Deux tomes permettraient de retracer son parcours intellectuel. Enfin, mais de manière plus accessoire, les Lettres et les Mémoires pourraient faire l’objet d’une publication également. J’en arrive presque à 10 tomes.

-> Après l’Allemagne, abordons les Etats-Unis, autrefois négligés par la collection de la NRF. Les publications de Faulkner et Melville sont une très belle initiative. Mais il reste des trous. L’absence de Nathanaël Hawthorne du catalogue me paraît incompréhensible. L’auteur de La lettre écarlate mériterait amplement son volume. Peut-être moins vendable que des volumes « Ecrivains de Weimar » ou « Chroniqueurs de la conquête des Indes ». Autre grand absent américain, Mark Twain, qui pâtit en France de son image d’auteur pour enfants. Aux États-Unis, il est demeuré un auteur majeur. Son humour et ses récits aventureux et grinçants auraient leur place à la Pléiade – bien plus que le poussiéreux Simenon : qui souhaite encore lire Maigret de nos jours ? -. D’autres américains manquent à l’appel, John Dos Passos, malheureusement publié en Quarto et donc difficilement transférable à la Pléiade ; Thoreau, Dickinson, R.W.Emerson ou, pourquoi pas, Toni Morrison, l’auteur de Beloved ?

-> Enfin, Francis Scott Fitzgerald, qui a peu écrit, pourrait être publié en Oeuvres Complètes, en deux volumes peut-être. Dans le premier tome, le lecteur trouverait L’envers du paradisLes heureux et les damnés, évidemment Gatsby le Magnifique et ses nouvelles des années 20 – dont Flappers and philosophersTales of the Jazz AgeAll the sad young men ainsi que sa pièce de théâtre. Dans le second tome, il trouverait ses écrits des années 30, Tendre est la nuitLe dernier nabab ainsi que ses nouvelles tardives, voire la correspondance avec son épouse Zelda.

Je vous proposerai d’autres Pléiades possibles dans de futurs articles – car ma liste n’est pas épuisée (Strindberg, Woolf, Gary, Perec, etc…)

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30 réflexions sur “Projets de Pléiades I

  1. Je ne pense pas que René Girard, malgré ses grandes qualités, puisse entrer à la Pléiade. Il y a peu de spécialistes de sciences humaines (Lévy-Strauss et… c’est tout). Malgré le succès de la publication du volume consacré aux travaux de l’ethnologue, je n’ai pas l’impression que cette parution doive être la première d’une longue série. Je m’interroge toujours sur les raisons profondes qui ont motivé cette publication.

    La Pléiade, avec son public « d’honnêtes hommes » et d’universitaires, édite surtout des écrivains (romanciers et dramaturges, quelques poètes). Certains philosophes (Descartes, Spinoza, Kant, Marx, mais ni Aristote, ni Hegel) en ont eu les honneurs, mais ce sont des figures majeures de l’histoire universelle de la pensée. René Girard est-il à ce niveau? Je ne pense pas. Il nous faudrait plus de recul.

    Par contre, en Quarto, pourquoi pas? L’islamologue Bernard Lewis, Kantorowicz et Roger Caillois ont leur volume.

  2. Albertine Sarrazin ?
    Leon-Paul Fargue ?
    Max Jacob ?
    Jack London ?
    Bram Stocker ?
    Henry Ridder Haggard ?

    Il faudrait aussi proposer une liste des auteurs à supprimer (Leiris,…) et une liste des auteurs à rééditer.

    Pour Casanova, cela a l’air bien parti !

  3. Alors, selon les dernières informations glanées ici ou là, mon vœu de deux volumes pour F.S. Fitzgerald devrait être exaucé (d’ici le milieu de la décennie ?) ! Huysmans n’est pas prévu, pas plus que Sarrazin, Fargue, Jacob, London, Stoker et Haggard. Casanova est en cours de refonte, effectivement.
    Concernant London, vous le trouverez, retraduit, en plusieurs volumes de la collection Bouquins. Pour Stoker, j’aurais bien vu un volume romantiques et fantastiques anglais (avec Shelley, etc…)…

    Sinon, quelques auteurs effectivement prévus à la Pléiade :
    Aristote en 3 volumes (il est temps, Platon, les présocratiques, les stoïciens et les épicuriens ont tous fait l’objet de volumes), Virgile (là aussi, il était temps), Kierkegaard, Zweig (en 2 volumes), Verne (oui, oui, Jules Verne), Duras (en 4 volumes) et, en mars 2011, Milan Kundera (2 volumes). Gary et Beauvoir sont en réflexion.

    Autant je me félicite pour Fitzgerald et Virgile, autant je suis un peu déçu de voir Zweig, certes très bon vendeur, intégrer la Pléiade tandis que Broch, Musil et Mann restent à quai. Bon, vous me direz que leurs oeuvres sont aisément trouvables par ailleurs, mais j’aurais bien aimé une édition très complète de ces auteurs…

  4. Evidemment, N. Sarkozy dans la Pléiade, cela aurait de l’allure !

    Pourquoi pas W. Benjamin, que l’on publie ici et là par petits bouts? J’ai beaucoup apprécié la publication de T. de Quincey. Dans un registre différent, Benjamin l’inclassable serait tout à fait à sa place dans la collection.

    Le théâtre de Ghelderode, pourquoi pas? Un peu d’audace !

    Ramuz est un très grand écrivain. « Derborence », son chef-d’oeuvre à mon avis, c’est de la poésie en prose.

  5. Je crois que G. Pérec va rentrer dans la Pléiade : pour preuve une citation de celui-ci dans l’agenda Pléiade 2012 (semaine du 2 janvier) – les auteurs cités dans cet agenda sont ceux publiés par la collection de la Pléiade. Pour la petite touche critique, j’apprécierais que la politique éditoriale suivie par Gallimard accorde une place plus importante aux auteurs de l’Antiquité et ce jusqu’au XVIIIe siècle. Le XXe est trop représenté, et non pas les mêmes valeurs d’exemplarité et de classicisme. Peut-on comparer Kundera/Duras à Racine ou Montaigne ou Platon?

  6. Beaucoup d’immenses écrivains manquent dans LA PLEIADE: je ne vais citer que des morts pour ne pas vexer les vivants: HUYSMANS, DOS PASSOS, KEROUAC, STEINBECK, Pierre BAYLE en volume consacré à lui et pas seulement quelques pages des »Libertins du XVIIèmes siècle », Carlos FUENTES (qui vient de nous quitter), Ray BRADBURY (qui vient de nous quitter), Julio CORTAZAR, Antonin ARTAUD, Guy DEBORD, Jean BAUDRILLARD, MISHIMA, SOLJENITSYNE, ORWELL, CONAN DOYLE, H.G. WELLS, Isaac ASIMOV, Louis GUILLOUX, Raymond LULLE, Giordano BRUNO, Edmond JABES, HAN SHAN, TU FU, Bohumil HRABAL, Andreï PLATONOV, PASOLINI, Walt WHITMAN, Frederick PROKOSCH, Tristan TZARA, Juan Carlos ONETTI, Jules ROMAINS, Georges DUHAMEL, LEOPARDI, UNGARETTI, Ahmadou KOUROUMA, Mongo BETI, Edouard GLISSANT. Voilà des indispensables et donc du travail pour les siècles à venir pour la Pléiade ! bonnes lectures à toutes et tous.

  7. Pardon de déterrer un sujet, mais Thomas Mann manque à l’appel. Je fais un Master 1 dans lequel l’un de mes deux ouvrages principaux est le Docteur Faustus de Mann, c’est le seul que je ne peux prétendre avoir lu en Pléiade, ce qui est assez hallucinant (quand on voit qu’il y a Duras…). Je ne sais pas si c’est du franco-francisme mais j’en ai assez honte, tout amoureux de notre littérature que je sois.

    • Je trouve que votre suggestion n’est pas exempte d’une certaine ironie : Stèle pour Pierre Bourdieu sous forme de pavé en papier bible, le sociologue de la distinction ramené à un format relevant de la culture bourgeoise, rejeté du champ scientifique vers le champ littéraire…
      Marx, l’édition a été lancée à une époque plus marxiste que la nôtre ; elle est en panne (définitivement à mon avis) depuis le début des années 90…

  8. Je partage l’étonnement de certains quant à l’absence de Musil. Je pense à un autre européen majeur qui n’a pas été cité: Kazantzakis, dont on ne trouve plus que son Alexis Zorba.
    Virgile et Aristote se font bien attendre…
    Par ailleurs, l’arrivée prochaine de Jaccottet est un signal intéressant après les Simenon, Vian, Verne.

    • Je suis bien d’accord avec vous. Je me demande si l’absence de Musil n’est pas tout simplement liée à l’immense difficulté d’établissement du texte du second tome de L’Homme sans qualités, que l’écrivain n’eut pas le temps de finir. Je n’ai pas changé d’avis depuis quatre ans, je considère toujours que le domaine germanique est le parent pauvre de la collection (Musil, Roth, Broch, la poésie de Goethe, Mann, Grass, etc.).
      Parmi les auteurs prévus à coup sûr, outre Virgile et Aristote : Perec, les auteurs de la négritude,(Senghor/Césaire/Damas), Jaccottet, Vargas Llosa (et j’en oublie peut-être…)

      L’absence de Virgile est proprement sidérante quand on sait le poids de cet auteur dans notre patrimoine littéraire européen.
      Quelque chose d’intéressant, que je développerai peut-être d’ici peu sur ce blog, serait une comparaison des catalogues de la Pléiade et d’I Meridiani, la grande collection semi-luxe italienne…

  9. Une information qui vous intéressera peut-être : l’édition des oeuvres de Huysmans en Pléiade avait été programmée au début des années 2000, mais plusieurs universitaires pressentis pour la coordonner ayant décliné la proposition, le projet a (provisoirement ?) été abandonné.

    • Merci pour cette information. Je ne crois pas, de ce que j’ai pu glaner à droite à gauche que le projet soit parti pour être relancé…
      Décidément, Huysmans n’a pas de « chance ». Bouquins (« la Pléiade du pauvre ») avait décidé de publier l’oeuvre romanesque intégrale de Huysmans en deux tomes. Ils ont fait paraître le premier en 2005 et il s’est tellement mal vendu qu’ils ont annulé la parution du deuxième (à moins d’un improbable réveil commercial).
      En parlant de lacunes de la collection, on m’a dit, sur le stand Gallimard du salon du livre, que les volumes « serpents de mer » Virgile et Aristote (au moins le premier tome) paraîtraient à l’automne 2014 !

    • Absolument honteuse l’ absence de huysmans en Pleiade … Votre information ( Mr Durtal ) confirme ce que je pensais . Une sorte de conspiration mysterieuse contre l’ écrivain dont l’ oeuvre dépasse largement celle d’ autres écrivains ( ? ) figurant au catalogue . Un projet abandonné , pourquoi donc … que diable ?

  10. Je me permets d’ajouter à cette liste les noms de Thomas Bernhard (ses écrits autobiographiques faisant cependant déjà l’objet d’une édition en Quarto), Oswald Spengler, Schopenhauer bien sûr, et les tomes II et III de Nietzsche qui se font cruellement attendre (en 2020 peut-être ?!).

    Jouhandeau (faisant également l’objet d’un Quarto), Chardonne, Rebatet, Nimier (apparemment déjà prévu d’après les informations récupérées sur votre blog — et pourquoi pas un volume Hussards à la place…).

    Sans compter les rééditions ou rafraîchissements qui feraient le plus grand bien à certains volumes.

    • Oui, on me l’a confirmé à droite et à gauche, Nimier devrait avoir le droit à son édition. Il faut rester patient pour Nietzsche (pareil pour Kierkegaard) mais ça viendra bien un jour… Par contre, je crois que je vais devoir vous décevoir, et ça n’est que mon avis, mais excepté Bernhard peut-être, les autres auteurs que vous citez ont d’infimes chances d’entrer dans la Pléiade (Les Deux Étendards sont déjà vendus au tarif d’un Pléiade et les Décombres ne sont pas prêts d’être réédités, même en guise de témoignage historique…).
      Vous soulevez en revanche un point très intéressant, celui du rafraîchissement de certaines éditions. Auxquelles pensez-vous ? Les éditions Verlaine et Musset (sauf son Théâtre) m’ont l’air bien anciennes mais je n’en n’ai pas d’autres en tête…

      • Thomas Bernhard certainement, j’ai aussi de bons espoirs pour Schopenhauer. Pour le reste, je ne me fais pas d’illusion quant à Jouhandeau, Rebatet ou Spengler.

        Verlaine, Musset, mais aussi La Bruyère, Descartes, quelques tomes de Hugo. Certaines traductions laissent à désirer (Machiavel, Spinoza, Dostoïevski). Le volume des Stoïciens devrait aussi être revu.

        Enfin, de nombreux tomes présentent un appareil critique inadéquat, trop volumineux (éditions universitaires des années 70-80) ou quasi-inexistant (années 30 à 50)… et l’équilibre est très difficile à trouver, ce qui semble avoir été résolu ces 20 dernières années, avec de bonnes réussites en la matière ; Cioran, Gracq, Ramuz, Céline, etc. pour ne citer qu’eux.

        • Bonjour,
          concernant Descartes, j’ai vu il, y a quelques mois, sur un CV de chercheur (ah, ces chers CV qui nous aident à glaner des informations sur les prochaines éditions, qui permettent aux chercheurs d’ajouter une ligne à l’encre dorée, et à Gallimard… de râler doucement pour « information confidentielle » précoce ?) qu’une nouvelle édition venait d’être livrée (en deux tomes il me semble).

          • Vous êtes un aruspice, cher Jimmy, mais au lieu de lire notre avenir pléiadesque dans les entrailles des animaux, vous le lisez dans celles des CV !
            Il faut bien admettre que cette nouvelle ne me surprend pas vraiment. Il est même étonnant que le travail n’ait pas été mené plus tôt (à l’époque de la nouvelle édition de Pascal par exemple). L’édition actuelle de Descartes date, je crois, d’avant-guerre (comme celles de Bossuet, Las Cases, Platon, Plutarque, La Bruyère et La Rochefoucauld je crois).
            Une question connexe : a-t-on une idée du programme de réimpressions 2015 ? (et non de rééditions) Parce que certains « indisponibles » (et non épuisés) se font attendre depuis fort longtemps…

  11. Bonjour je ne sais pas si vous êtes déjà au courant mais en avril prochain sera publié le volume (épais !) des romans de Jean d’Ormesson dans la bibliothèque de la Pléiade.
    Et la nouvelle édition complètement revue des Poésies complètes d’Apollinaire (grâce à sa tombée dans le domaine public) est fin prête.
    Bien à vous. T

    • Cher Tigrane,
      merci pour ces informations : j’étais au courant pour d’Ormesson (le volume Twain suit, je crois), car Amazon a déjà une page consacrée au Pléiade de l’académicien… Avons-nous une idée de ce qui a été retenu pour d’Ormesson ?
      Pour Apollinaire, je n’en savais rien… et c’est (à titre personnel) un peu dommage, cette histoire de révision impromptue, car j’ai acheté il y a 6 mois l’édition actuelle (je me suis aussi fait avoir avec Péguy et Claudel ces dernières années) !
      Plus généralement, je me permets de vous inviter à nous confier de futures indiscrétions, à l’avenir, sur un autre fil, qui s’est peu à peu transformé en banque d’informations sur la collection, celui-là : brumes.wordpress.com/2013/12/19/les-evolutions-recentes-et-futures-de-la-bibliotheque-de-la-pleiade/

  12. L’annonce de l’entrée de Nicolas Sarkozy dans la Pleiade étant certainement la source de nombreuses interrogations, je propose d’y répondre en regroupant ci-après les réponses suivantes, par catégorie…

    Sarkozy dans la Pléiade ? Mais comment se fait-il que je n’ai pas trouvé le bouquin ce week-end à la FNAC ?

    L’explication est simple : ce n’est pas parce ses œuvres étaient dissimulées derrière les piles des autres écrivains de génie (Valérie T et Eric Z), qui font la joie en ce moment des adhérents de l’UMP, mais simplement parce que le stock était épuisé suite au rush des cadeaux de Noël.

    Pourrait-on me citer un seul livre de Sarkozy (j’ignorais déjà qu’il lisait, alors écrire…) ?

    Le premier titre qui vient à l’esprit est le dictionnaire de ses citations, dont on reconnaîtra sans peine que le brio et la pertinence qui les caractérisent ont renvoyé en classe maternelle ses piètres devanciers (Jules César, le cardinal de Retz, Clémenceau, De Gaulle…). N’avez-vous jamais entendu les « Entre Carla et moi c’est du sérieux » ou encore « Casse-toi pov’con » ou enfin « Lance, tu est le plus grand cycliste de l’histoire du vélo, yeah », prononcés dans les 3 temples de l’intelligence française que sont, respectivement, Eurodisney, le salon de l’agriculture et le hall d’entrée du Club Med de l’Alpe d’Huez ?

    J’ai lu dernièrement sa dernière publication (Mes idées qu’elles sont bonnes pour 2017) et, franchement, j’ai été déçu par la maigreur du propos…

    Si l’ouvrage tient sur un feuillet A4, c’est que Twitter a exigé comme à son habitude qu’il soit plafonné à 140 caractères (format au demeurant très largement suffisant, étant donné que son programme tient en 3 lettres seulement : moi), et pas du tout car le fils de Pal serait un aussi mauvais écrivain que son père est un mauvais peintre (à côté duquel les pires croûtes de Jeff Koons passent pour des chef d’œuvre dignes du Caravage et de Rembrandt réunis).

    Sa pensée est en réalité d’une profondeur inouïe que l’on retrouve dans sa position subtile sur le mariage pour tous (je suis pour que ceux qui sont contre puissent s’exprimer contre ceux qui sont pour – et inversement -). Et au moins, tout le monde le comprend (vu qu’il n’utilise que 200 mots), alors que l’on ne peut pas en dire autant des philosophes consacrés du siècle passé : par exemple Martin Heidegger (qui a réussi, pendant plusieurs décennies tout de même, le prodige de faire croire que l’on pouvait être à la fois philosophe et nazi) ou encore Guy Debord (qui a compris quoi que ce soit à la pensée situationniste – et illisible – dont celui-ci est le créateur, sanctifié par toute l’intelligentsia de notre pays ?).

    La correspondance de Flaubert tient en 5 tomes dans la Pléiade, celle de Voltaire en 13 tomes. Combien de volumes sont prévus pour les SMS de Sarkozy ?

    Question idiote puisque la série est toujours en cours ! Pour l’instant, seuls 2 tomes sont parus. Le premier (intitulé « Mes amis les tyrans ») réunit déjà tous les textos échangés avec Bachar El-Assad, Khadafi et Ben Ali, aux premiers temps du quinquennat. Le second (« Aboule l’artiche ») met en scène Liliane Bettencourt, Patrick Balkany, Ziad Takieddine, ainsi qu’une large brochette d’aigrefins sympathiques (qui font au demeurant tout le charme de notre belle et bienaimée cinquième République). En revanche, pas d’annonce pour l’instant, de la part de Gallimard, concernant Bigard, alors que tout le monde attend pourtant avec impatience la parution de leurs discussions, dont le célèbre SMS à Jean-Marie, en aparté d’une rencontre avec le pape de l’époque, Benoit XVI, qui les avait reçus gentiment tous les deux (« qu’est-ce qu’on se fait chier ; le vioque a plus sa tête ; vivement ce soir la bamboula chez Silvio »).

    Sarkozy mérite-t-il (comme Gide, Malraux, Montherlant ou Ionesco) de rentrer dans la Pléiade de son vivant ? Est-il normal qu’il soit pléiadisé avant d’autres légendes : Soljenistyne, Garcia-Marques ou Orwell ?

    Je veux mon neveu ! Et même à la première place (Baudelaire, ex-numéro 1 des titres de la collection, va du coup être réédité en 602ème position bis, entre l’anthologie de la poésie chinoise et les œuvres complètes du poète latin Virgile). Après tout, ce n’est pas le premier écrivain de droite à être contesté en même temps qu’il est publié (la gauche ne sait faire que râler dans ce pays ; avec une stupéfiante mauvaise fois !) : Drieu la Rochelle en 2012, D’Ormesson en 2015, etc…

    Il n’y a que les socio-démocrates suédois du jury Nobel (les pires socialistes qui soient) à ne pas avoir remarqué que dans l’histoire de la littérature française, Sarkozy c’est infiniment meilleur que nos compatriotes dernièrement et complaisamment élus (Le Clézio ou Modiano) ; et qu’il aurait mérité avant eux cette distinction littéraire (comme Churchill en 1953), en sus du Nobel d’économie (à la place cette fois de Jean Tirole ; en prenant alors en considération le coup de génie de celui qui, tel un magicien, a achevé de ruiner la France tout en faisant croire à ses groupies hypnotisées qu’il l’avait sauvée !).

    Et puis, il n’est pas donné à tout le monde d’inventer 2 genres littéraires. Comme Choderlos de Laclos (incarnation à jamais du roman épistolaire, écrit à partir des lettres de la marquise de Merteuil et du vicomte de Valmont), Nicolas Sarkozy a été révolutionnaire à sa manière, en prenant en considération le fait qu’il était devenu impossible de creuser ce sillon littéraire dépassé, à une époque où la Poste est en grève tous les matins et où Internet a rangé le courrier dans l’armoire à souvenirs des disquettes, des minitels et des hommes politiques crédibles.

    D’où la géniale création par ses soins du roman textolaire (les lettres laissent la place aux SMS) et du roman E-pistolaire (les lettres étant remplacées par un dialogue, vif et brillant, sur Iphone), dont le premier titre (aux éditions de la Chancellerie) n’est autre que le désormais célèbre « Conversations téléphoniques de Paul Bismuth »…

    • Merci pour votre commentaire, fort divertissant (quelle que soit l’opinion qu’on puisse avoir de l’ancien président, d’ailleurs, je pense) et qui, je l’espère, donnera à Gallimard l’impulsion nécessaire pour se lancer dans ce prodigieux projet, que vous nous présentez – non sans sarcasmes – de manière appétissante.

      • Vous êtes mal informés; commencez par lire ce que Nicolas Sarkozy a publié: une biographie de Georges Mandel, parue en 1994. Le style est en plus neutre que les saillies auxquelles il nous a habitués. Mais rien ne prouve qu’il l’a écrite.

  13. On ne peut nier l’indéniable talent de certains auteurs « maudits » : Ezra Pound, Robert Brasillach et Henri Béraud. Il est également possible d’imaginer Tolkien, Curzio Malaparte, Mishima, Aimé Césaire, Fernando Pessoa, Simone de Beauvoir, John dos Passos…

  14. Je me permets également d’avancer les noms de quelques auteurs régionalistes : Mistral, Henri Vincenot, Maxence van der Meersch ou Pierre-Jakez Hélias.
    L’Ecole des Hussards : Jacques Laurent, Blondin, Nimier

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