Le chant du prolétaire

Common People, Pulp

Parce que cette chanson conjugue une fougue juvénile inépuisable et un message astucieux, quasi-sociologique.

Parce qu’une orchestration de qualité ne gâchera jamais un bon texte, contrairement à ce que la paresseuse variété française croit quand elle produit trois accords ratés et appelle ça « chanson à texte ».

Parce qu’il est impossible de se lasser de cette chanson, qui s’élève par touches jusqu’à l’embrasement final .

Parce que Jarvis parle des classes sociales, de l’Angleterre, de la bourgeoisie et des jeunes friqués qui ne peuvent comprendre la clôture de l’espace vital, mental et culturel de ceux qui ne sont pas en haut de l’échelle.

Parce que, parfois, l’émotion, plus intellectuelle, que procurent la littérature et la poésie ne suffisent plus.

Parce que Pulp exalte et élève ici la musique populaire.

Parce que cette chanson me renverse à chaque écoute.

Parce que ce blog n’est pas que l’expression sentencieuse d’un demi-lettré autodidacte.

Parce que le rugissement de Jarvis Cocker, ce « tu ne seras jamais comme nous » parvient à exprimer le non-dit social avec plus de véracité, sinon de pertinence, que des milliers de travaux sociologiques.

Et pour des milliers d’autres raisons, le Common people de Pulp  méritait une note!

She came from Greece, she had a thirst for knowledge
She studied sculpture at Saint Martin’s College
That’s where I caught her eye
She told me that her Dad was loaded
I said « In that case I’ll have rum and coca-cola
She said « fine »
And then in 30 seconds time she said
« I want to live like common people
I want to do whatever common people do
I want to sleep with common people
I want to sleep with common people like you »
Well what else could I do?
I said « I’ll see what I can do »


I took her to a supermarket
I don’t know why
but I had to start it somewhere
so it started there
I said « pretend you’ve got no money »
but she just laughed
and said « oh you’re so funny »
I said « Yeah
Well I can’t see anyone else smiling in here
Are you sure
you want to live like common people
you want to see whatever common people see
you want to sleep with common people
you want to sleep with common people like me? »
But she didn’t understand
she just smiled and held my hand


Rent a flat above a shop
Cut your hair and get a job
Smoke some fags and play some pool
Pretend you never went to school
But still you’ll never get it right
‘cos when you’re laid in bed at night
watching roaches climb the wall
if you called your dad he could stop it all
yeah

You’ll never live like common people
You’ll never do whatever common people do
You’ll never fail like common people
You’ll never watch your life slide out of view
and then dance and drink and screw
because there’s nothing else to do
Sing along with the common people
Sing along and it might just get you through
Laugh along with the common people
Laugh along although they’re laughing at you
and the stupid things that you do
because you think that poor is cool


Like a dog lying in a corner
they will bite you and never warn you
Look out
they’ll tear your insides out
‘cos everybody hates a tourist
especially one who thinks
it’s all such a laugh
yeah and the chip stain’s grease
will come out in the bath

You will never understand
how it feels to live your life
with no meaning or control
and with nowhere left to go
You are amazed that they exist
and they burn so bright
whilst you can only wonder why


Rent a flat above a shop
Cut your hair and get a job
Smoke some fags and play some pool
Pretend you never went to school
But still you’ll never get it right
’cause when you’re laid in bed at night
watching roaches climb the wall
if you called your dad he could stop it all

yeah
You’ll never live like common people
You’ll never do whatever common people do
You’ll never fail like common people
You’ll never watch your life slide out of view
and then dance and drink and screw
‘because there’s nothing else to do
I want to live with common people like you…..

Album Different Classes (1995).

Les trois premières vidéos sont des live de Pulp. La dernière est la version de William Shatner – l’acteur qui jouait le Capitaine Kirk dans Star Trek -. Shatner, 75 ans quand même, livre une interprétation assez spéciale, mais fort réussie de Common People. Accompagné de Joe Jackson – qui a eu son petit succès avec Steppin’ Out dans les années 80 – et du pianiste Ben Folds – du quintet Ben Folds Five -, il redonne de l’agressivité au texte en accélérant le tempo. Seuls les live de Pulp parviennent à égaler cette puissance combinatoire des paroles et de la mélodie. Les trois extraits de concerts sélectionnés, dans trois voies différentes, enrichissent, par leur ton général, Common people.

Advertisements

3 réflexions sur “Le chant du prolétaire

  1. Ca ne serait pas ton blog s’il n’y avait pas une notice sur cette chanson 😉

    Tout ce que tu dis est très juste, et en même temps on se dit qu’il serait vain d’aller chercher ailleurs un talent équivalent à celui de JC (oui je dis « JC » -lui-même ne s’est pas embarrassé pour faire la comparaison!). Les « chanteurs à texte » sont à mille lieues de Common people, mais c’est précisément parce qu’ils ne sont pas le personnage décrit par Cocker.

    L’acuité de la perception des différences de classe, du cloisonnement social… le sens de l’expression populaire… la culture de l’humour et l’understatement… On ne peut pas s’attendre à les trouver à Paris ou à Chicago, à St Etienne ou à NY. Le regard est exceptionnellement acéré, mais la chose est universelle : rares sont ceux qui parviennent à exprimer ce qui est commun à tous. Du coup c’est évidemment bien plus fort que n’importe quelles paroles militantes (de la même façon que l’intelligence des textes de Ray Davis écrase toutes les proclamations politiques de ses contemporains)

    Je ne peux pas écouter les extraits que tu as retenus, mais ce qui m’impressionne toujours dans l’interprétation de la version studio, c’est la subtilité avec laquelle Jarvis retourne l’attitude de son personnage tout en conservant les mêmes paroles, simplement par un changement de ton.

    (Pour rebondir sur ma 1ère phrase, ça ne serait pas mon commentaire si je ne pondais pas un pavé sur cette notice 😛 )

  2. Je ne peux que te rejoindre : la finesse des paroles, et leur densité m’impressionnent. Et la mélodie porte réellement la chanson. Une des toutes meilleures de l’histoire de la musique populaire – et je n’aime pas beaucoup en général ce genre d’affirmations-.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s